‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 729 sur 1059 · V. ALIMENT · texte numérisé non relu

V. ALIMENT

— Subsistances, denrées, vivres. V. DEN- RÉE.

— Encycl. Administr. V. intendance et

SUBSISTANT, ANTE adj. (su-bsi-stan, ante— rad. subsister). Qui subsiste, qui est, qui continue à exister : L'attitude du corps est encore gênée par l'habitude subsistante des entraves habituelles. (Buff.) Tous les sages de l'antiquitié ont cru la matière éternelle, subsistante par elle-même. (Volt.) Il serait presque aussi court trj chercher une vérité Subsistante dans la nature qu'égarée dans une multitude immense de volumes. (Dider.).

— Art milit. Se dit d'un soldat placé provisoirement dans un autre corps, le corps auquel il appartient se trouvant éloigné ou dissous.

— s. m. Soldat en subsistance : Les subsistants d'un bataillon.

— Encycl. Art milit. Tant qu'un militaire est en subsistance dans un corps , il est soldé et nourri dans ce corps au moyen d'un fonds spécial. Seulement, il n'est rappelé de

> la prime journalière d'entretien, de la masse individuelle que lorsqu'il est de retour à son régiment. Ce rappel s'effectue sur la production d'un certificat visé par le sous-intendant militaire et constatant le nombre de journées pour lesquelles la prime est due.

Les généraux commandant les divisions et les subdivisions peuvent seuls autoriser la mise en subsistance d'un homme; mais ils doivent toujours faire connaître au corps qui reçoit l'ordre d'admettre cet homme en subsistance les motifs de cette admission, ce corps étant tenu d'indiquer, sur l'état de situation au premier du mois qui suit la mise en subsistance : 1» le corps auquel le militaire appartient; ïo la date et les motifs de l'admission ; 3° l'ordre eu vertu duquel l'admission u eu lieu.

Quoiqu'on ne puisse prévoir toutes les positions dans lesquelles on doit accorder la mise eu subsistance de militaires, on peut énumérer les principales. Seront mis en subsistance : 1° les militaires appelés en témoignage ; 20 ceux qui, chargés de conduire des détachements, ne peuvent partir immédiatement; 3° ceux auxquels une maladie ou des infirmités ne permettent pas de rejoindre leur corps, sans cependant que leur état nécessite leur entrée à l'hôpital; 4» ceux dont le congé est sur le point d'expirer et dont le corps fait ou va faire un mouvement qui l'amène près des lieux où ces militaires doivent se retirer une fois libérés ; 5° ceux qui attendent leur embarquement ; G° ceux qu'on laisse en route pour soigner les chevaux malades, etc.

SUBSISTER v. u. ou intr. (su-bsi-sté — lat. subsistera; de sub, sous, et de-sisiere, se tenir, être). Durer, continuer d'être, exister encore : Les monuments égyptiens qui subsistent ne. sont guère que des masses aussi inutiles que gigantesques. Le Panthéon subsiste en son entier à Home , sous le nom de liotonde. (Acad.) Un mauvais ouvrage de littérature passe et s'oublie, mais un monument ridicule subsiste pendant des siècles. (Grimin.) il Persister, se maintenir, conserver sa force, son action;

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n'être point aboli, supprimé, détruit : L'amitié ne peut subsister sans l'estime. (Acad.) L'empire de la beauté est passager, mais celui de la vertu subsiste toujours. (St-Evrem.) Le premier effet de l'attention, c'est de faire subsister dans l'esprit, en l'absence des objets, las perceptions qu'ils ont occasionnées, (Coiidill.) La haine qui a toujours subsiste entre les riches et les pauvres a partout détruit tes ressources de l'honneur et de la vertu, (barthél.) La société conjugale ne saurait sursister si l'un des époux n'était subordonné à l'autre. (Portalis.) La torture subsistait encore en 1789. (Mme de Staël.) // n'y a pas un Etat despotique qui ait subsisté dans toute sa force aussi longtemps que la liberté anglaise. (B. Const.) La république de Washington subsiste ; l'empire de Bonaparte est détruit. (Chateaub.) La distinction des classes, abolie en droit, subsiste toujours en fait. (Ou.) Hien de ce qui ne se maintient que par le crime ne peut longtemps srBSiSTER. (Leinontey.) Nul individu, a quelque classe qu'il appartienne, ne peut subsister isolément. (Lamenn.) La société subsisterait fort bien sans coûter si cher à la liberté. (Guizot.) La guerre ne subsiste que sur sa bonne renommée.

(Proudh.) La société ne subsiste! Qu'à la condition de se constituer un gouvernement.

(Proudh.)

— Etre, exister : Vn cœur faible peut subsister avec un esprit fort. (Volt.)

— Vivre, entretenir son existence : Subsister honnêtement. Faire subsister sa famille. H'avoir pas de quoi subsister. La nature a varié à l'infini, parmi les animaux, les moyens de se défendre comme ceux de subsister. (B. de St-P.) Le plus grand nombre des animaux ne subsiste qu'en s' entre-dévorant. (Virey.) Le désir des richesses n'est que le désir de subsister commodément. (Ciiraud.) 'foute la vie de l'homme fut d'abord absorbée par un souci, celui de subsister. (Mich. Chev.) Aussi longtemps que l'homme travaillera pour subsister, et travaillera librement, la justice sera la condition de la fraternité et la base de l'association. (Proudh.)

Bientôt, pour subsister, la noblesse sans bien Trouva l'art d'emprunter et de ne rendre rien.

Boileau.

.... Une muse affamée Ne peut pas, dira-t-OD, subsister de fumée.

Boileiu.

Il Se nourrir : Les blés, dont tant de peuples subsistent, ne sont que des espèces de graminées. (B. de St-P.)

— Syn. Subdslcr, 6cr», exister. V. ÊTRE.

ËUBSOMPTIÛN s. f. V. SUBSUMPTION.

SUBSPATHACÉ, ÉB adj. (sub-spa-ta-sé — du préf. sub, et de spathacé). Bot. Muni d'un appendice qui ressemble presque à une spathe.

SUBSPATHULIFORME adj. (sub-spa-lu-lifor-me — du prêt', sub, et de spaikuli forme). Hist. nat. Qui a une forme voisine de celle d'une cuiller.

SUBSPHÉRIQUE adj. (sub-sfé-ri-ke — du préf. sub, et de sphérique). Presque sphérique.

SUBSPHÉROÏDAL, ALE adj. (sub-sfé-ro-idal, a-le — du préf. sub, et de sphéroîdal). Presque sphéroîdal.

SUBSPIRAL, ALE adj. (sub-spi-ral, a-lo — du pref, sub, et de spiral). Légèrement contourné en spirale.

SUBSPIRÉ, ÉE adj. (sub-spi-ré — du préf. tub, et de spire). Qui offre une trace incomplète de spire.

SUBSQUAMEUX, EUSE adj. (sub-skouameu, eu-ze — du préf. sub, et de squameux). llist. nat. Qui ressemble un peu (à une écaille.

SUBSTANCE s. f. (sub-stnn-se — lat. substantia, proprement qui est dessous, l'être servant de base aux phénomènes dont nous avons la perception; de sub, sous, et de stare, être debout, exister, se tenir). Philos. Etre qui existe en soi, sous l'accident, c'est-à-dire indépendamment de tout accident déterminé : Substance corporelle, spirituelle. On connaît les qualités des choses, mais il est difficile d'expliquer ce que c'est que leur substance. (Acad.) Chez les catholiques, c'est un article de foi que, dans le mystère de l'eucharistie, la substance du pain et du vin se change au corps et au sang de Jésus-Christ. (Acad.) Je nie sais bon gré d'être une substance qui pense et qui lit. ('Mme de Sev.) J'entends par substance ce qui eut en soi et ce qui est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont te concept peut être formé sans avoir besoin du concept d aucune autre chose. (Spinoza.) Philosophiquement parlant, on appelle substance tout ce au delà duquel on ne peut rien concevoir. (Mesnard.) Il n'y a de substance que par rapport à la phénoménatité. (J. Tissot.) L'ontologie est la science du monde invisible, des substances et des causes, (Joulfroy.) Si par substance on entend le substralum de la cause qui est en nous, l'âme ne sent point un tel substralum, et il est permis de douter qu'une force en suppose un. (Jouffioy.)

— Dans le langage ordinaire, et dans les sciences naturelles , Matière ; Substance dure,molle, solide, liquide, gazeuse. Substance organique, inorganique, animale , végétale, minérale. Substance métallique, pierreuse,

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terreuse. Substance verte, jaune, rouge. Substance alimentaire, nutritive, assimilable. Une substance homogène ne peut différer d'une autre substance homogène qu'autant que la figure de ses parties primitives est différente. (Buff.) Parmi toutes les substances enivrantes, le café et le thé sont les moins nuisibles. (Maquel.) Toute substance, pour être alimentaire ou nutritive, doit être assimilable. {L. Cruveilhier.) Toute substance est assimilable lorsqu'elle peut se convertir en parties substantielles du sang, (L. Cruveilhier.)

— Choses nécessaires à la subsistance : Dépenser sa substance dans le luxe et les plaisirs, u Peu usité.

— Essence; partie la plus pure, )a plus raffinée, la plus particulièrement apte à quelque usajje, notamment à la nutrition ; Les végétaux attirent à eux, par leurs racines, la substance de la terre. La viande bouillie est un aliment dépouillé de sa substance. La chair est, de tous les aliments, celui qui a le plus de substance.

— Kig. Ce qu'il y a de plus essentiel, de plus nécessaire à la vie ; S'engraisser de lu substance du peuple. Le gouvernement est une grande machine fort compliquée, dont les roues sont graissées avec la substance de la nation, il Ce qu'il y a Je meilleur, de plus excellent, d'essentiel, de principal : Celui-là Sait lire, qui sait tirer la substance des livres. Je ne connais pas l'affaire dans ses détails, mais en voici la SUBSTANCE. Voict la SUBSTANCE de la lettre qu'il m'a écrite. C'est dans la manière de sentir que se trouve, en germe, la substance de la pensée. (L'abbé Bautain.) u Fond, partie solide, ayant une importance, une utilité réelle : Peu de paroles, beaucoup de substance, c'est la nourriture des forts. De beaux discours sans substance sont, comme l'herbe fleurie des prés, propres seulement à nourrir des bêtes. H Ensemble des idées, des sentiments, des connaissances qui sont comme l'essence de l'esprit et du caractère d'une personne : Pour bien lire, il faut digérer sa lecture et la convertir en sa propre substance. (Fén.)

— Méd. Médicaments en substance, Ceux, que l'on administre dans leur état naturel, sans leur faire subir aucune préparation proprement dite,

— Loc. auv. En substance. En résumé, en gros, sans entrer dans Je détail : Koict EN substance ce qu'il m'a proposé.

Sans vous appesantir but chaque circonstance, Racontez la chose en substance.

DbullE.

— Eneycl. Philos. Tout attribut suppose un sujet ; ce sujet, quel qu'il soit et quelle qu'en soit la nature, se nomme substance. Ainsi, l'or, le fer, les divers métaux sont des substances caractérisées par des propriétés qui les distinguent les unes des autres. Si l'on considère les propriétés de l'une de ces substances, le fer, par exempte, on verra que plusieurs propriétés différentes le caractérisent simultanément : il est en même temps pesant, ferme, ductile, etc.; il est donc le sujet un de propriétés multiples ; on verra aussi que plusieurs propriétés différentes le caractérisent en des temps successifs : il est successivement solide, liquide, etc.; il est donc le sujet identique de propriétés changeantes. La substance est donc toujours conçue comme identique et une, par opposition aux qualités changeantes et diverses qui la manifestent; et point de substance qui ne se ntanifeste par des qualités, ni de qualités qui ne manifestent

Quelque substance. Point d'être sans manière 'être, ni de manière d'être qui ne le soit de quelque être.

Ici s'élèvent plusieurs questions. Cette identité, cette unité, caractères de la substance, sont-ce des caractères absolus ou purement relaiifs? Quand on dit, par exemple, que le fer est une substance, faut-il entendre une certaine espèce de substance, dont les individus, si l'on peut ainsi parler, seraient les molécules du fer? Chaque molécule serait alors une substance, une et identique relativement, non absolument, en ce sens que chacune serait le sujet identique et un des propriétés du fer. Mais la molécule ellemême est déeomposable en atomes, et ces atomes sont ordinairement conçus comme les dernières parcelles des corps, ou comme des éléments permanents et simples, indivisibles, inélendus, conçus plus ou moins sur le patron des monades leibniziennes.

Autre question. L'expérience n'atteint pas les substances, mais seulement les qualités. On perçoit des qualités, on conçoit des substances comme les sujets de ces qualités. Mais ces sujets cachés de qualités visibles, doiton les concevoir à l'image des qualités visibles? On so les représente du moins conformément à cette image, et l'on se figure une substance corporelle étendue, pondérable, tangible, sans comprendre que ce sont encore là des qualités, les plus générales il est vrai d'entre celles des corps , mais enfin des qualités, des attributs susceptibles d'être perçus, et que ce ne sont pas des sujets, lesquels ne peuvent être que conçus.

■ frenons, dit Descartes clans sa Deuxième méditation, ce morceau de cire; il vient d'être tout fraîchement tiré de la ruche, il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur sont appa-

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rentes ; il est dur, il est froid, il est maniable, et si vous frappez dessus il rendra quelque son. Mais voici que pendant que je parle on l'approche du feu: ce qui y restait 3e saveur s'exhale, l'odeur s'évapore, sa couleur se change, sa ligure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s'échauffe; à peine peut-on le manier, et, quoique l'on frappe dessus, il ne rendra aucun son. La même cire demeuret-elle encore après ce changement? 11 faut avouer qu'elle demeure; personne n'en doute, personne ne juge autrement. Qu'est-ce donc que l'on connaissait dans ce morceau de cire? Certes, ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remarqué par l'entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, sous l'odorat, sous la vue, sous l'attouchement et sous l'ouïe se trouvent changées, et que cependant la même cire demeure, Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir, que cette cire n'était ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni Cette blancheur, ni cette figure, ni ce son , mais seulement un corps qui, un peu auparavant, me paraissait sensible sous ces formes, et qui maintenant se fait sentir sous d'autres? •

On voit que la substance, comme chose en soi, avait été presque éliminée du cartésianisme ; car la méthode cartésienne, à y bien regarder, assigne, sous les noms des deux attributs fondamentaux, l'étendue, la pensée, les deux formes les plus générales de ce qui est ou peut être, et après lesquelles il n'y a ritin. Locke, en une de ses meilleures analj'ses, a montré que nous n'avons de la substance aucune idée, hormis nelle d'un sujet de qualités en général. Hume a mis encore plus clairement en évidence le caractère de fiction d'une chose prétendue à laquelle des qualités seraient inhérentes, et qui dès lors en ellemême devrait être sans qualités. Enfin liant, tout en jugeant à propos de conserver la fiction, a dû nommer la substance un x, un pur inconnu; « ce qui, dit très Justement M. Renouvier, n'était pas assez dire, car les autres inconnus sont ceux que forment des qualités inconnues, et celui-là, n'étant point formé de qualités du tout, ne serait formé de rien, »

La notion de substance, étant si peu saisissable, devrait être abandonnée en philosophie. L'exemple de la méthode physico-chimique, en son état actuel, est le meilleur qu'on puisse apporter pour l'éclaircissement dos notions de phénomène et de loi substituées à la fiction de la substance. Quiconque voudra se rendre compte des procédés des savants et de la nature de leurs vraies découvertes reconnaîtra aussitôt que la tâche qu'ils poursuivent est de déterminer rigoureusement certaines relations spécifiques, par lesquelles seules ils définissent les derniers éléments que l'expérience atteigne dans les composés ; puis certaines connexions spécifiques , qui sont ces composés eux-mêmes, c'est-à-dire qui sont des corps; et enfin des connexions générales de ces connexions, des rapports généraux, des fonctions communes, qui sont ce qu'on appelle des lois. Par exemple, les éléments nommés hydrogène et oxygène sont connus exclusivement par des rapports ou phénomènes manifestés dans des eus définis (réactions spécifiques , pesanteurs spécifique;-' , chaleurs spécifiques et autres relations). Le protoxyde d'hydrogène, ou composé aqueux, n'est connu du commun des hommes que par une série de propriétés éprouvées dans une série de circonstances, et, en d'autres termes, par des rapports ou phénomènes; et la science, qui précise ces derniers, ne peut qu'en ajouter d'autres plus nombreux, plus profonds et plus profondément caractéristiques, sans rien qui dépasse, en fait de connaissance, la connaissance de connexions constantes, de successions constantes, de phénomènes constants sous les mêmes circonstances, et, en un mot, de lois. La lumière et la chaleur ne sont, à leur tour, que des phénomènes en rapport avec notre sensibilité, d'une part, et lies, d'une autre part, avec de grandes séries de faits de mouvement dans les corps. Ces faits, ces phénomènes, étant déterminés avec exactitude en leurs propres rapports divers et en toutes sortes de cas définis constamment reproduits, composent des lois et sont tout ce qu'il est possible de connaître, au lieu de ces vieilles essences calorifique et lumineuse qu'on est forcé d'avouer n'être que des noms généraux soit de sensations spécifiques, soit de propriétés de figure et de mouvement des corps liées avec ces sensations.

L'usage légitime autant que nécessaire de l'idée et du mot de substance consiste uniquement dans l'acte par lequel on rapporte Un attribut à on sujet quelconque, physique ou moral, mais définissable, c'est-à-dire un mode, une qualité à lu collection des modes et qualités tant inconnus que connus dont ce sujet se compose; un phénomène à un ensemble ordonné de phénomènes, une relation au groupe et à la série plus vaste des relations dans lesquelles elle trouve sa place et Sa loi; en un mot, le rapport du phénomène à ia substance, quan'1 on s- place au point de vue ph"iioméniste, n'est autre chose que le rapport dr> la partie au tout. Le mot substance n'est qu'un signe abréviatif qui exprime, non une abstraction, mais une collection, une somme. Le mot phénomène, pris par opposition à substance, est, au contraire, le vrai signe d'une abstraction, c'est-à-dire

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d'un élément particulier distingué et séparé de cette collection, de cette somme.

On objecte que, s'il n'existe q'ie des phénomènes et s'il faut les identifier avec les choses , alors il faudra donc dire a qu'une chose est l'attribut d'une autre chose.» Pourtant chose est synonyme de substance, et non d'attribut. La difficulté est purement verbale. U s'agit de s'entendre sur le sens du mot chose. Il est très-vrai que, dans le langage ordinaire, on entend par chose la substance, c'est-à-dire l'ensemble de phénomènes, de relations et de lois qui constitue un sujet. En ce sens, il est clair qu'une chose ne saurait être dite attribut d'une autre chose, puisque le mot chose ne s'applique pas au phénomène particulier détaché et isolé de l'ensemble. Mais s'il ne s'applique pas aux phénomènes particuliers détachés de cette collection naturelle dont ils font partie, c'est affaire de pure convention. Si l'on usait du droit logique des définitions nominales pour donner le nom de chose à la fois aux qualités séparées, à leurs ensembles, aux lois qui les relient, à nos propres pensées, alors on dirait sans s'étonner que les choses s'attribuent aux choses.

On dit encore : « S'il n'existe rien que des phénomènes, «lors c'est à des phénomènes qu'on attribue les phénomènes. Mais qu'est-ce que le phénomène d'un phénomène? La langue et le bon sens ne se révoltent-ils pas contre de telles expressions? • La difficulté, ici, est inverse de la précédente et se résout par une distinction pareille. Le phénomène sujet d'une attribution est un ensemble fie phénomènes liés, formant groupes et séries sous certaines lois. Le phénomène ou les phénomènes attribués sont distingués de ces groupes et séries et ensuite leur sont joints. Si l'on refuse de donner le nom commun de phénomène aux objets quelconques, simples ou complexes, unis ou séparés de la pensée qui rapporte les choses les unes aux autres, évidemment il faudra dire que le phénomène est attribué à une substance, et non à un phénomène. Mais si l'on accorde au mot phénomène la tuéme généralité qu'au mot chose, ce qu'on est bien libre de faire et ce qui est philosophiquement très-naturel, puisque les sujets quelconques d'attribution ou substances ne sont, ne peuvent être que des collections de groupes de phénomènes liés et enchaînés de telle ou- telle manière, alors on pourra user du droit qu'on a de fixer le sens qu'on attache aux mots, en disant que toute attribution, comme toute relation que nous pensons, n'est que de phénomènes à phénomènes.

Autre objection : ■ Le phénomène étant ce qui paraît aux sens, comme le constatent l'etymologie et l'usage, est-il possible qu'à l'apparence il ne réponde pas que/que chose qui parait? > Cette objection repose sur une équivoque qu'il est facile de lever. « Assurément , remarque M. Renouvier, quand on songe aux sujets particuliers, tels qu'ils existent pour eux-mêmes indépendamment de nos propres sensations, et, d'une autre part, à nos impressions ressenties, il est juste de dire que nos apparences sensibles en ce sens répondent à des choses qui se témoignent par ces sensations, qui se traduisent en ce.s sensations de diverses manières et qui sont ces sujets mêmes. Mais il ne faut pas oublier que ces sujets mêmes, quels que nous les imaginions, ne laissent pas d'être toujours des phénomènes ou ensembles de phénomènes, seulement rapportés à autre chose qu'à nous, rapportés, par exemple, à eux-mêmes. C'est donc abusivement que nous voudrions conclure de la distinction du sujet extérieur et de notre propre représentation à la distinction d'un sujet et de l'idée des phénomènes dont il se compose. Cette dernière distinction est illusoire. » Pour rendre manifeste l'illusion, M. Renouvier rétorque avec esprit l'argument, o Comment quelque chose paralt-il, deiuande-t-on, sans qu'il y ait quelque chose qui paraisse? — Mais, répondrons-nous, comment quelque chose peut-il paraître si co nJest ce qui parait? Ëntendriez-vous, par hasard, que la chose qui parait est celle qui ne paraît point? Telle est bien, en effet, l'idée qu'on semble se faire de la substance abstraite; elle paraît, car sans cela elle ne serait rien ni pour soi ni pour autrui; elle ne paraît pas, car autrement elle serait phénomène et non pas substance. ■

Voici encore une dernière objection ; « On a beau jeu à s'escrimer contre l'idée d'une substance séparabla do ses attributs; mais personne n'admet une telle idée; on regarde ia substance comme un x, qui, de sa nature et non par l'infirmité de notre esprit, ne peut être connu que par ses effets, mais que notre esprit conçoit nécessairement comme ce dont les phénomènes sont les signes, comme la cause persistante des effets coordonnés dont la série manifeste co que nous appelons un être. » Il y a, sans doute, peut-on répondre, nécessité de rapporter des phénomènes à des sujets, ceux-ci étant considérés comme ensemb.es et collectior.3 de phénomènes. Mais il n'y a nulle nécessité de se créer une notion vide de la substance. Confesser que la substance n'est point sèparable de ses attributs, c'est avouer malgré Soi qu'on n'a aucune idée de la substance à part des lois constitutives de ces collections et groupes de phénomènes liés qui sont des êtres, des personnes. On croit se tirer d'affaire en appelant \a.subs',ance un x. Mais on ne songe pas que les i irdi-

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naires ne sont pas des notions vides ou des existences sans propriétés. Les x ordinaires ne sont indéterminés qu'eu égard à notre ignorance; les découvrir et les connaître, c'est les déterminer, c'est-à-dire que c'est déterminer des qualités, des phénomènes.

Mais \'x de la substance serait un x de nature, un x en soi, et l'on ne saurait imaginer d'essenee plus baroque. Sa définition, au fond, est contradictoire; car si la substance est, comme on le dit, inséparable des attributs et modes, et cela sans pouvoir être identifiée avec aucun d'eux ni avec leur ensemble, il en résulte évidemment qu'elle est quelque chose sans qualités gui a des qualités.

SUBSTANTER v. a. ou tr. (sub-stan-té — lat, substentare, même sens). Nourrir, entretenir, faire vivre ; donner des aliments à : Substanter sa famille.

SUBSTANTIAIRE s. m. (sub-stan-si-è-re — du lat. substantia, substance). Hist. relig. Nom donné à des luthériens qui prétendaient qu'Adam, par sa chute, avuit perdu tous les avantages de sa nature, qu'ainsi le péché originel avait corrompu en lui la substance de l'humanité, et que ce péché était la substance même de l'homme.

SUBSTANTIAL1SER v. a. ou tr. (sub-stansi-a-li-sé — du lat. substantialis, substantiel). Considérer comme une substance, faire une substance de : La physique A longtemps Substantialisé la lumière et la chaleur.

SUBSTANTIALISME s. m. (sub-stan-si-ali-sine — du lat. substautialis , substantiel). Philos. Par opposition à idéalisme, Système de ceux, qui admettent la réuiitè substantielle.

SUBSTANTIALITÉ s.f. (sub-stan-si-a-li-té

— lat. substautialitas ; de subslanlialis , substantiel). Nature de ce qui est substantiel.

SUBSTANTIEL, ELLE adj. (sub-fitan-si-èl, è-le — lat. substautialis ; de substantia, substance). Philos. Qui a rapport à la substance ; qui a la nature de la substance : La série n'est point chose substantielle ni causatine : elle est ordre, ensemble de rapports ou de lois. (Proudh.) It Formes substantielles, Dans l'ancienne école, Substance qui détermine la matière a être une certaine chose : La nouvelle philosophie n'admet point de formes SUBSTANTIELLES. (Acad.)

— Physiol. Qui compose la substance, la matière essentielle d un corps : Toute substance est assimilable lorsqu'elle peut se convertir en parties substantielles du sang. (L. Cruveilhier.)

— Dans le langage ordinaire, Qui contient beaucoup de substance nutritive : La femelle du. renne dçnne du lait plus Substantiel el plus nourrissant que celui de ta vache. (Ijuff.) Il faut qu une nourrice prenne des aliments un peu substantiels. (J.-J. Rouss.) L'ordre des comestibles est des plus substantiels aux plus légers. (Brill.-Sav.) Les femmes , au moral comme au physique, ont besoin d'une nourriture SUBSTANTIELLE. (Mm0 RoUlieU.)

— Fig. Fondamental, capital, riche en doctrine, en enseignement, comprenant des idées nombreuses et condensées : Extraire d'un livre ce qu'il contient de plus substantiel. Il Physique, corporel, matériel : C'est par degrés insensibles que, des ravissements poétiques de l'âme, on descend jusqu'à des joies plus substantielles. (A. Iturr.j

SUBSTANTIELLEMENT adv. ( sub-stansi-e-le-man — rud. substantiel). Quant à la substance, par la substance, en substance i D'après ta doctrine catholique, Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent dans l Eucharistie. L'esprit et le corps sont intimement , substantiellement unis dans l'homme. (Le P. Ventura.)

SUBSTANTIF, 1VE adj. (sub-stan-tif , i-ve

— lat. substuittwus; 'lesu&ftuitfii, substance), Gramm. Se dit des mots qui par eux-mêmes, et sans l'addition d'aucun autre mot, désignent une substance, un être physique ou métaphysique : Les mots substantifs. » Qui se rapporte à ces mêmes mots : La forme SUB- STantive. 11 Verbe substantif, Nom que l'on

"donne au verbe être, parce qu'il est proprement le seul verbe réel, substantiel, tous les autres n'étant proprement que des formes elliptiques, dont le radical inuique l'attribut, et la terminaison les diverses formes du verbe être.

— Chim. Couleurs substanttves, Matières colorantes qui entrent en composition avec la matière même des étoiles.

— s. m. Gramm. Mot qui désigne tout seul, et sans le secours d'aucun autre mot, la substance, c'est-à-dire un être réel ou métaphysique. On dit substantif par abréviation de nom substantif, qui se disait lorsque le mot nom s'appliquait à la fois au substantif et à l'adjectif. Aujourd'hui nom et substantif sont absolument synonymes : Dans le style, te substantif est de nature et de nécessité, l'épithèie de réflexion, et d'ornement. (J, Joubert.) Les mots des lantjues monosyllabiques sont d la fois substantifs et verbes. (A. Alaury.) Les synonymes arabes ne sont le plus souvent que des epUhètes changées en substantifs. (Kenan.)

— Gramm. Voir la note sur le mot nom.

— Encvcl. On a désigné très-longtemps dans les grammaires le substantif par la dénomination de nom, qui semble plus simple et

jtiv.

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plus compréhensible au premier abord, et qui est encore fréquemment employée; celle de Substantif est cependant préféraole, tant parce qu'elle exprime mieux la nature de l'idée que cette espèce de mot doit exprimer, que parce que le mot nom a été longtemps une désignation commune sous laquelle les anciens grammairiens confondaient le substantif el l'adjectif. V. NOM.

Les grammairiens qui ont pris le mot substantif dans sa plus grande extension, comme s'appliquant à l'expression de tout objet de la pensée considéré comme existant par luimême, ont coin pris aussi le pronom sous cette désignation, et ils ont alors distingué deux grandes classes de substantifs, les substantifs proprement dits, qui, selon la définition de M. de Sacy, expriment les êtres d'une manière déterminée en rappelant l'idée de leur nature et sont dans la grammaire ce que l'idée est en logique, et les substantifs secondaires ou de second ordre, qui désignent les êires considérés non sous le point do vue de leur nature, mais seulement sous celui du rôle qu'ils jouent dans l'acte de la parole.

Il va sans dire que nous nous occupons seulement ici des substantifs proprement dits, qui sont les seuls d'aiileurs auxquels on applique généralement ce nom.

Les substantifs se divisent en différentes classes, selon la nature des différentes sortes d'idées qu'ils expriment.

Les uns, comme le dit fort bien Sylvestre de Sacy, désignent tes êtres par l'idée de leur nature individuelle, c'est-à-dire de telle manière qua cette désignation n'est applicable qu'a une seule chose, a un seul individu. Ainsi, quand on dit : Paris, Nome, Alexandre, Vespasien, chacun de ces mots ne s'applique qu'à un seul être, et il désigne cet être d'une manière qui ne peut convenir qu'à lui : ces substantifs s'appellent substantifs propres ou noms propres. Bien que ces substantifs ne conviennent oiïginairementqu'à. un seul être, cependant il peut arriver qu'ils s'appliquent à plusieurs êtres, car il y a plusieurs hommes qui se sont appelés Adam ou Alexandre, plusieurs femmes qui se sont appelées Eve ou Marie, etc.; mais ce qui différencie essentiellement ces substantifs de tous les autres, c'est que s'ils peuvent quelquefois s'appliquer à plusieurs êtres, ils ne s'appliquent jamais à tous les êtres de la même espèce.

D'autres substantifs désignent les êtres par l'idée d'une nature commune à tous les individus de la même espèce : tels sont les mots homme, cheval, chat, qui ne rappellent pas par eux-mêmes l'idée d'un individu en particulier, mais qui sont applicables à tous les individus de la même espèce, à tous les hommes, à tous les chevaux, à tous les chats, parce qu'ils ne rappellent que la nature qui leur est commune. Tout homme est un homme, mais tout homme n'est pas Alexandre ; c'est le nom d'un seul individu de l'espèce humaine. Tout cheval est un cheval, mais tout cheval n'est pas Bucëphale ; c'est le nom d'un seul individu de l'espèce des chevaux. Tout chat est un chat , mais tout chat n'est pas Raminagrobis ; c'est le nom d'un seul individu de l'espèce des chats. Ces noms, applicables à tous les individus d'une même espèce, sont appelés substantifs appellatifs.

Enfin il est des substantifs qui n'expriment ni des individus ni des classes entières d'êtres, mais des qualités, des manières d'être ou d'agir que l'on considère indépendamment des êtres en qui elles se trouvent ou qui en sont l'objet; tels sont ces mots : amitié, crainte, précipitation, joie, perfection, vertu, etc. Ou les appelle substantifs abstraits ou noms abstraits, parce qu'ils n'expriment qu'une manière d'être en faisant abstraction des êtres et de leurs autres qualités. Il semble au premier abord qu'il y ait contradiction dans l'expression de substantif abstrait, le mot suô- .siaNf (/'exprimant une substance, et le mot abstrait une simple qualité. Si l'on réfléchit cependant que les mots abstraits joie, vertu expriment des choses que l'esprit considère au moment ou il s'en occupe comme existant par elles-mêmes et comme étant elles-mêmes le siège de nouvelles qualités, la contradiction disparaîtra. On confond souvent les substantifs abstraits en une seule classe avec les substantifs appellatifs sous la désignation de substantifs communs.

Le grammairien Beauzée croit qu'il est essentiel de remarquer deux choses dans les noms appellatifs : la compréhension de l'idée et l'étendue de la signification.

Par la compréhension de l'idée il faut entendre la totalité des idées partielles qui constituent l'idée entière de la nature commune indiquéo par les noms appellatifs ; par exemple, l'idée entière de la nature humaine qui est indiquée par le nom appeilatif /tomms comprend les idées partielles de corps vivant et de ratsou ; celles-ci en renferment d'autres qui leur sontsubordonnées : par exemple, l'idée de raison suppoae les idées d'intelligence, de jugement, de volonté, etc. La totalité de ces idées partielles, parallèles ou subordonnées les unes aux autres est la compréhension de l'idée de la nature commune exprimée par le nom appellatif homme.

Par 1 étendue de la signification on entend la tutalité des individus en qui se trouve la nature commune indiquée par les noms appellatifs; par exemple, l'étendue de la signification du nom appellatif homme comprend

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tous et chacun des individus de l'espèce humaine, possibles ou réelB, nés ou à naître.

Sur quoi Beauzée remarque qu'il n'existe réellement dans l'univers que des individus; que chaque individu a sa nature propre et incommunicable et qu'il n'existe point par conséquent de nature commune, telle qu'on l'envisage dans les noms appellatifs. C'est une idée factice que l'espiit humain compose en quelque sorte de toutes les idées des attributs semblables qu'il distingue par abstraction dans les individus. Moins il entre d'idées partielles dans celle de cette nature factice et abstraite, plus il y a d'individus auxquels elle peut convenir, et plus, au contraire, il y entre d'idées partielles, moins il y a d'individus auxquels la totalité puisse convenir. Par exemple, l'idée de figure convient à un plus grand nombre d'individus que celle de triangle, de quadrilatère, de pentagone, d'hexagone, parce que cette idée ne renferme que les idées partielles d'espace, de bornes, de côlés et d'angles qui se retrouvent dans toutes les espèces qu'on vient de nommer, tandis que celle de triangle, qui renferme les mêmes idées partielles, comprend en outre l'idée précise de trois eûtes et de trois angles; l'idée de quadrilatère, outre les mêmes idées partielles, renferme de plus celle de quatre cotés et de quatre angles, etc. D'où il suit d'une manière très-évidente que l'étendue et la compréhension des noms1 appellatifs sont en raison inverse l'une de l'autre et que tout changement dans l'une suppose dans l'autre un changement contraire. D'où il suit encore que les noms propres, déterminant les êtres par une nature individuelle et ne pouvant convenir qu'à un seul individu, ont l'étendue la plus restreinte qu'il soit possible do concevoir et conséquemtnent la compréhension la plus complexe et la plus grande.

Parmi les substantifs communs, il faut distinguer les substantifs collectifs : ce sont les substantifs qui servent à désigner des collections totales ou partielles d'individus ou d'objets d'une même nature, comme troupe, amas, année, foule, multitude, infinité, etc. On n'a été amené à considérer à part cotte classe de substantifs communs que parce qu'ils donnent lieu à quelques règles particulières de syntaxe. V. COLLECTIF.

A ces espèces de substantifs, admises généralement, quelques grammairiens en ont ajouté d'autres. Ainsi Boinvilliers admet des Substantifs indéterminés, qui présentent, d'une manière vague, l'idée de plusieurs individus : tels sont les mots autrui, ce, ceci, cela, chacun, il, le, un, personne, que, quelqu'un, qui, quiconque, quoi, rien, mots rangés a tort, selon lui, parmi les pronoms, puisque ces mots ne tiennent pas la place d'uu nom et ne servent pas à en éviter la répétition.

Ces grammairiens appliquent souvent au verbe eVe le nom de verbe substantif, a La distinction des noms en substantifs et en adjectifs me semble, dit Beauzée, avoir établi une distinction de même nature entre les verbes, et cette dénomination n'est pas mieux fondée d'un côté que de l'autre. Je crois qu'il

?' aurait plus de justesse et de vérité à appeer abstrait le verbe que l'on nomme substantif, parce qu'en effet il fait abstraction de toute manière d'être déterminée, et alors ceux que l'on nomme adjectifs devraient s'appeler cohcrets , parce qu'ils expriment tout à la fois l'existence et la modification déterminée qui constitue l'attribut, comme aimer, partir, e te. »

Les choses que les substantifs expriment pouvant être uniques ou multiples, pouvant appartenir au sexe masculin ou féminin ou n être d'aucun sexe, il était nécessaire que les mots- exprimassent ces divers points de vue des choses. C'est k quoi ces langues on t pourvu par les variations du nombre et du genre que subissent ces mots. V. nombre, genre.

Les mots sont à l'égard les uns des autres dans certains rapports de dépendance que l'on exprime dans les langues soit au moyen de la place qu'occupent les mots, soit par le secours des prépositions que l'on met entre eux, soit au moyen de désinences que l'on donne aux substantifs, désinences appelées cas et dont l'ensemble constitue la déclinaison. V. cas et déclinaison.

Il arrive quelquefois que les substantifs se convertissent en adjectifs: tels sont les substantifs rieur, pleureur, roi, empereur, dans des expressions semblables a celles de humeur rieuse, mine pleureuse, Louis roi , Napoléon empereur. Toul substantif précédé de l'article indéfini peut du reste servir à en qualifier un autre et par conséquent remplir le rôle d'adjectif. C'est ainsi que, quand on dit Jean: est un homme, Pierre est un enfant, les abeilles sont des insectes, etc., les expressions un homme, un enfant, des insectes servent à qualiiier, comme le feraient de puis adjectifs, les substantifs Jean, Pierre, abeilles. Il n'y a pas jusqu'aux noms propres qui ne puissent, eux aussi, faire dans certains cas l'office d'adjectifs, comme quand nous disons : O poêle est un Virgile; cet avocat est un Cicéro» Far ces termes, un Virgile, un Cicéron, nous faisons entendre lu réunion des qualités qui constituaient le mérite des hommes cèlèbrus qui ont porté ces noms. Mais si quelques noms propres nous fournissent ainsi occasionnellement des qualificatifs, on doit reconnaître, d'un autre coté, que cp nt les adjectifs qui ont formé ia plupart des noms propres. Tous les noms propres, anciens ou modernes, sont étymiilogiquciiient en elf't des qualificatifs ou

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des noms appellatifs, bien que souvent il soit fort difficile ou même impossible de découvrir leur sens originaire. V, noms propres, au mot nom.

Le substantif peut remplir dans le discours cinq sortes de fonctions différentes.

Il peut être employé comme sujet du verbe. : L'homme armé peut régner sur tous les animaux. (Voltaire.)

Comme régime ou complément direct : La cupidité rend I'houmu injuste envers les autres hommes. (Massillon.)

Comme attribut, et alors il est un véritable adjectif, ainsi que nous l'avons vu plus haut : S'il n'est homme du monde, il est homme de bien.

En apostrophe : O hommes I vous ne connaissez pas les objets que vous aves sous les yeux. (Massillon.)

Enfin comme complément de préposition :

Tout dans {'homme est masqué. (Collé.)

SUBSTANTIFIER v. a. ou tr. (sub-stan-tift-é — du lat. sifftsianïin, substance ; facere, faire. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous subslanli fiions, que vous substanlifiiez). Donner une forme concrète à : Quand on arrive à la combinaison des radicaux et à la synthèse des mois pour en composer une espèce de phraséologie qui comprime la pensée et qui substantifie le discours, comme le font les langues parvenues à leur dernier degré de perfectionnement, il n'y a plus rien à tenter. (Ch. Nod.)

— Gramm. Prendre substantivement, faire un substantif de : Substantifier un verbe, un adjectif. Il On dit aussi substantiver.

SUBSTANTION ou SOSTANTION, en latin Sextantio, ancienne ville de France, dans le pays nommé Pagus Substautionensis dans un diplôme de Charles le Chauve, à 4 kilom. N.-tf. de Montpellier, au bord de la Lez. Il n'en reste que quelques ruines insignifiantes. La destruction de Maguelonne par Charles Martel en 737 donna lieu de transférer le siège épiscopal de cette ville à Substantion, qui devint aussi le chef-lieu d'un comté. Cette ville fut détruite au xne siècle.

SUBSTANTIVEMENT adv. (su-bstan- ti-veman — rad. substitutif). Gramm. Comme substantif, avec le sens d'un substantif : Un adjectif pris substantivement. Le sujet est toujours un substantif ou un mot pris substantivement.

— Gramm. Pour ce qui regarde les mots employés substantivement d'une manière accidentelle, voir, au mot NOM, la nota sur les noms accidentels.

SUBSTITUANT s. m. (sub-sti-tu-an — rad.

substituer). Administr. milit. Nom que l'on donnait, au xvue siècle, à ce que nous appelons aujourd'hui un remplaçant, il Nom donné aujourd'hui à celui qui se substitue, pour lo service actif, à un jeune soldat, eu faisant avec lui un échange de numéro.

SUBSTITUÉ, ÉE (sub-sti-tu-é) part, passé du v. Substituer. Mis à la place d'un autre : La justice a été substituée à la vengeance personnelle au milieu des /tontines réunis ensociélé. (Alibert.) Le loisir n'est pas l'inaction, mais le travail de l'intelligence substitué an labeur corporel. (L.amenn.) La souveraineté de la raison a été substituée à celle de la réoéia//<wi.- (Proudh.)

— Jurispr. Nommé comme héritier de la personne à laquelle le testateur laisse directement ses biens -, Héritier substitué, Il Désigné pour être laissé en héritage à une personne qui doit succéder à l'héritier actuel : Aujourd Uni it n'y a plus ni grandes for-tunes, ni palais substitués, ni majorais. (Balz.)

— Substantiv. Jurispr. Héritier par substitution.

— s. m. Admiuistr. milit. Celui qui est remplacé, dans le service actif, par un substituant.

SUBSTITUER v, o. Ou tr. (sub-sti-tu-é — latin substiluere ; de sub, préfixe, et statuere, placer). Mettre, établir à la place d'une autre personne ou d'une autre chose : Partout où l'on substitue l'utile à l'agréable, t'agréa- Ole y gagne presque toujours. (J.-J. Rouss.) C'est un déplorable aveuglement que celui de ces hommes qui Substituent l'irascibilité de lent amour- propre nu culte de la patrie. (Mirabeau.) Dès qu'on écarte une illusion, il faut y substituer une qualité réelle. (M"1" do Staël.) Lu censura crée une société factice, SUBSTITUE la fiction à la réalité. (Chateaub.) A ta place de tous les respects éteints, Bonaparte substitua l'admiration. (Mole.) L'imai ginalion substitue au monde réel un monde ! enchanté. (Ahbert.) Le trait caractéristique ] du xix" siècle est Savoir substitué la méthode historique à ta méthode dogmatique, dans toutes les éludes relatives à l'esprit humain. (Renan.)

— Jurispr. Substituer un héritier, L'appeler à succéder à défaut d'uu autre héritier ou après le décès de celui-ci : Il a laissé tous ses biens à son oncle, maU lui A substitué sou neveu. Il Substituer un héritage', Le laisser à quelqu'un (t désigner un autre héritier pour succéder au défaut ou après le décès du premier : Il a laissé cette terre à son fils uiné, mais l'A. substituée à son second fils.

Se substituer v. pr. Se mettre ou être mis à lu place d'une autre personne, d'une autiv

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chose : La démocratie tend à se substituer à l' aristocratie et à la royauté. (Cliateaub.) Chez les nègres du Soudan, la vénération pour les grisgris va jusqu'à ses substituer totalement à l'adoration des esprits. (Maury.)

SUBSTITUT s. m. (sub-sti-tu — du latin substitutus, participe passé de substituere, substituer, proprement mettre à, lu place). Personne chargée de remplir des fonctions lorsque celui h qui elles sont dévolues est absent ou empêché.

— Se dit particulièrement de deux magistrats chargés de remplacer au parquet, l'un le procureur général, l'autre le procureur de la république : Le substitut du procureur général. Le substitut du procureur de la république.

— Par plaisant. Personne que l'on substitue à une autre, à qui l'on donne les fonctions ou les droits d'une autre : Un substitut «' eût -il pour plaire que le plaisir du changement et de la nouveauté, c'est beaucoup aux yeuse d'une femme galante. (Ponten.)

— Encycl. Les substituts doivent être Français, licenciés en droit et avoir suivi le barreau au moins pendant deux ans. On ne peut être substitut d'un procureur général qu'après avoir atteint vingt-cinq ans, etsubsiitut d'un procureur de la République qu'à vingtdeux ans accomplis. Les substituts sont nommés par le chef du pouvoir exécutif et sont essentiellement amovibles. Ils doivent prêter serment. En cas d'absence ou d'empêchement, le procureur de la République est suppléé par son substitut, s'il n'en a qu'un seul, ou, s'ii en a plusieurs, par le plus ancien, et, en cas d'empêchement des substituts eux-mêmes, par un juge ou un suppléant désigné par le tribunal. Les substituts de service au parquet ou a l'audience sont suppléés de même. D'après l'article 20 du décret du 18 août 1810, le procureur ayant plusieurs substituts était suppléé par le plus ancien de ceux qui n'étaient point chargés des fonctions d'officiers de police judiciaire; mais cette disposition n'est plus en vigueur, aucun substitut n'étant chargé exclusivement de la poi.ee judiciaire.

L'exercice de l'action publique n'appartient personnellement qu'aux procureurs généraux et aux procureurs de la République; les autres officiers du ministère public n'y participent que sous leurs ordres. Néanmoins, les actes de procédure faits par un avocat général ou un substitut du parquet sont toujours présumés faits du consemeinentdu procureur général, tant qu'ils ne sont point désavoués par celui-ci.

Les substituts du procureur de la République ne participent à l'exercice de l'action publique que sous la direction de ce magistrat, qui exerce à leur égard le même droit de direction que le procureur général a l'égard des avocats généraux et des substituts de la cour d'appel. • Ils sont, dit M. Faustin Hélie, placés sous sa direction ; car le procureur de la République est le chef du parquet, et ils ne sont que ses substituts: 11 leur désigne en conséquence les différentes portions du service du ministère public qu'ils doivent remplir et il reste toujours le maître de changer la destination qu'il leur a donnée. Mais, ajoute ce criminulisle, ils sont investis des mêmes fonctions. En effet, l'article 43 de la loi du 20 avril 1810 déclare que les fonctions du ministère public seront exercées, dans chaque tribunal de lre instance, parun substitut du procureur général qui a le titre de procureur, et par des subsiituts du procureur dans les lieux où il sera nécessaire d'en établir. » Les substituts sont donc, comme le procureur lui-même, directement investis par la loi des fonctions du ministère public. L'article 9 du code d'instruction criminelle leur délègue également d'une manière directe les fonctions d'officier de police judiciaire. Il ne suit point de là qu'il puisse se manifester dans le sein de chaque parquet des autorités rivales ou du moins des tendances opposées dans les actes. La hiérarchie s'y oppose; tant que le procureur de la République est présent, il remplit seul les fonctions du ministère publie et son opinion prévaut nécessairement. Il s'ensuit seulement que les substituts tiennent leur pouvoir de la loi et non du chef du parquet, et qu'ils sont aptes, sans aucune délégation spéciale, à remplir, à défaut ou en l'absence du procureur de la République, toutes les fonctions du ministère public. Le procureur désigne celui d'entre eux qui doit s'occuper de la police judiciaire, celui qui doit être attaché à telle ou telle chambre du tribunal, celui qui doit être employé au service intérieur du parquet. Mais il n'a besoin, pour tous ces emplois, de leur déléguer aucun pouvoir ; ils trouvent ce pouvoir en eux-mêmes. < C'est à tort que M. Mangin n'admet point ce principe, car son opinion est en contradiction complète avec l'article 43 de la loi du 20 avril 1810 et l'article 9 du coded'insVuction criminelle, qui délèguent directement aux substituts, l'un les fonctions du ministère public, l'autre les fonctions de la police judiciaire. Ainsi, d'après ces dispositions législatives, les substituts sont investis des mêmes fonctions que les procureurs de la République ; comme eux, ils ont reçu de la loi le droit d'agir. M. Hélie conclut avec raison de ces principes que« les substituts des procureurs, comme les procureurs eux-mêmes et comme les procureurs généraux, recevant de la loi même la délégation de l'action publique, ont deux carac-

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tères qui ne doivent point être confondus : comme substituts, ils sont soumis à la direction du chef du parquet, ils doivent se conformer à ses ordres, ils doivent exécuter tous les actes de poursuite et d'instruction qui leur sont prescrits; comme délégués de la loi, comme chargés directement des fonctions qu'ils exercent, ils demeurent libres de suivre, dans l'exercice de ces fonctions, leur opinion personnelle et de prendre les conclusions qu'ils jugent convenables. » En résumé, le procureur de la République peut leur prescrire des actes, mais ils ne sont point ses agents ; ils puisent leur pouvoir dans la loi.

SUBSTITUTIF, IVE adj. (sub-sti-tu-tiff, ive), Méd. Se dit des médicaments irritants, qu'on administre pour substituer à une affection inflammatoire de mauvaise nature une autre affection inflammatoire qu'on espère guérir plus facilement : Médicaments substi- | tutifs. 11 Se dit du mode de médication dans ; lequel on emploie les agents substitutifs : Thérapeutique SUBSTITUTIVE.

— Encycl. La médication substitutive paraît devoir jouer un rôle important dans la thérapeutique des affections chroniques.

Voici en quelques mots les principes sur lesquels elle repose. Un médecin vraiment instruit peut prédire et prévoir dans beaucoup de cas la marche naturelle et la durée probable de certaines maladies. S'il reconnaît qu'abandonnées a elles-mêmes elles doivent durer longtemps, il" se décide à mettre en contact avec les tissus enflammés certains modificateurs irritants, susceptibles de changer le mode d'irritation existant et d'abréger la durée de la maladie. C'est dans ce but qu'il traita par des caustiques , plus ou moins étendus d'eau, les conjonctivites et les kératites; c'est ainsi qu'il cherche à substituer à une inflammation très-grave par elle-même une irritation spéciale plus simple, plus franche et plus facile à guérir. S'il n'a que des lésions superlicielles à combattre, il aura recours à des agents irritants dont la portée est très-courte, c'est-à-dire dont l'action est tout à la fois prompte à su produire et à disparaître. Tels sont, par exemple, le nitrate d'argent, le sulfate de zinc, le nitrate de mercure, le calomel et les chlorures alcalins. S'il faut au contraire s'opposer à des lésions plus profondes, on aura recours à des irritants d'une action moins fugace, comme les cantharides,le tartre stibié, les caustiques puissants, certaines euphorbiacées , renonculacées et colchicacées. v

« Quand on veut proportionner l'action substitutive à l'irritation existante, dit Trousseau, deux écueils sont également à éviter : rester en deçà, aller au delà. » Pour assurer le succès de la médication substitutive, il faut donc bien apprécier, d'une part, la nature et l'intensité de la phlegmasie qu'on veut traiter et, de l'putre, la portée propre de chaque médicament substituteur, portée qui varie depuis quelques heures jusqu'à quelques jours.

SUBSTITUTION s, f. (sub-sti-tu-si-on — lat. substitutio ; de subslilutum , supin de substituere, substituer, proprement mettre à la place). Action de substituer, de remplacer par une autre une personne ou une chose : Les substitutions, en amour, ne sauraient déplaire aux dames. (Fonten.)Zes égards sont une substitution à la bontédu cœur. (Mnie de Blessington.) Les conquêtes de l'Angleterre s'opèrent par voie de substitution, et non par voie de fusion. (L. Faucher.) La métonymie est la substitution d'un nom à un autre. (A. Didier.)

— Jurispr. Disposition testamentaire par laquelle on désigne, outre l'héritier direct, l'héritier ou les héritiers qui doivent succéder à celui-ci : Les Romains, qui tenaient à déshonneur de mourir sans héritiers, prirent pour héritiers leurs esclaves et inventèrent la substitution. (Montesq.) Les substitutions enfantent tes procès , suggèrent la fraude, créent les embarras, attisent les haines domestiques. (B. Const.) La Révolution a délivré la propriété des gènes des substitutions. (Mignet.) Il Substitution vulgaire ou directe, Dans le droit romain, Celle par laquelle le testateur disposait de ses biens en cas d'incapacité ou de nun-acceptation de l'héritier désigné en première ligne, il Substitution pupillaire, Dans le même droit, Testament d'un père qui disposait des biens laissés à son fils, en prévision du cas où ce fils décéderait avantl'âgedepuberté. il Substitution quasi pupillaire ou exemplaire, Testament en faveur d'un enfant pubère, privé de raison, en prévoyant le cas où cet enfant décéderait sans avoir recouvré ses facultés mentales. Il Substitution compendieuse. Dans le même droit, Celle dont les termes généraux semblent comprendre toutes les diverses sortes de substitutions. |) Substitution contractuelle , Celle qui se faisait par une disposition entre vifs, notamment pur contrat de mariage. Il Substitution fidéicommissaire, Celle dans laquelle la personne qui recevait directement la chose transmise par l'ncte s'engageait verbalement ou par acte à la transmettre totalement ou en partie à un tiers, ou acceptait cerlaines obligations eu faveur de ce tiers. H Substitution vulgaire, Institution d'un nouvel héritier ou d'un nouveau légataire, dans le cas prévu où le suc-

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cesseur désigné en premier n'arriverait pas à recueillir l'héritage ou le legs. Il Substitution réciproque, Disposition imposant des charges à divers légataires, en faveur des survivants entre ces légataires.

— Théol. Dogme d'après lequel une personne peut être substituée a une autre personne, une victime a une autre victime, pour satisfaire à la dette contractée envers Dieu par la seconde.

— Mus. Artifice d'harmonie qui consiste à, substituer, dans un accord de septième de dominante, la sus-dominante majeure ou mineure.

— Art milit. Remplacement par échange de numéro, que la loi autorise dans certains cas.

Il Aliments de substitution, Aliments substitués accidentellement à la ration réglementaire des chevaux de troupe.

— Chim. Remplacement d'un corps simple par un autre corps simple ou par un radical composé, sans modification importante dans le composé où l'on effectue ce remplacement.

— Anat. et physiol. Génération par substitution, Ensemble des conditions dans lesquelles a lieu la genèse d'éléments anatomiques succédant à d'autres éléments qui se sont liquéfiés. Il Substitution fonctionnelle , Phénomène par lequel une fonction organique viendrait à être remplie par un organe autre que celui qui la remplissait jusque-là.

— Pathol. Substitution fibreuse du poumon, Altération du tissu du poumon, constituée par un état comme ligamenteux de cet organe. \\ Substitution graisseuse, Production de principes gras qui prennent la place des matières organiques azotées, dans les éléments anatomiques.

— Encycl. Jurispr. On distinguait à Rome trois principales espèces de substitutions ;

îo La substitution vulgaire ou directe, par laquelle le testateur, après avoir institué un héritier, en nommait un autre pour le cas où le premier ne voudrait ou ne pourrait pas accepter la succession. Le testateur pouvait ainsi instituer non-seulement deux personnes, mais autant de personnes qu'il le voulait : Potest autem guis in testamento suo plures gradus heredum facere , ut put a : si ille hères non erit, ille hères esta ; et deinceps, in quantum velu testator substituere, (Inst., livre II, litre xv.)

2° La substitution pupillaire, par laquelle un père de famille instituait dans son propre testament un héritier k son fils impubère, pour le cas où, ce fils lui survivant, décéderait avant d'être pubère, et par cc-nsèquent avant d'être capable de tester : Liberis suis impuberibus quos in poteslale quis habet nonsolum iia ut supra diximus substituere potest, id est si heredes einon existerait alius sit hères; sed eo amptius ut et si heredes ei existerint et adhuc impubères mortui fuerint, sit eis aliquis hères; veluti si quis dicat hoc modo : l'itius filius meus hères in t'Ai esto ; et si filins meus itères mihi non erit, sive hères erit et prius moriutur quam in suam tutelatn veuerit (id est puber factus sit), tune Leius hères esto. (Just., livre II, tit. xvi.)

3° La substitution quasi pupillaire ou exemplaire, par laquelle, par exemple, un père ou une mère, ayant un fils ou une fille en état de démence ou de fureur, lui instituait un héritier pour le cas où il mourrait avant d'avoir recouvré la raison.

Cette substitution différait de la substitution pupillaire en ce que la substitution pupllaire ne pouvait être faite que par le chef de famille, tandis que tont ascendant pouvait faire la substitution quasi pupillaire. De plus, le chef de famille qui faisait une substitution pupillaire pouvait substituer qui il Voulait, tandis que l'ascendant qui faisait une substitution quasi pupillaire était obligé de choisir le substitué d'abord parmi les descendants de l'insensé, s'il en avait, à défaut de descendants parmi ses frères.

Il existait, sous la législation romaine , de très-nombreuses incapacités de recevoir par testament. Pour éluder ces prohibitions, le testateur instituait un héritier légalement capable de recevoir, en le priant par d'autres actes, par paroles, par lettres, soit en latin, soit en grec, de remettre tout ou partie de la succession k telle personne qui'il lui désignait. Ces substitutions, qui ont joué un grand rôle dans l'histoire du droit, utaietit désignées sous le nom de substitutions fidéicoinmissaires. Les fidéieommis n'étaient point obligatoires dans le principe, mais Auguste leur donna cet effet, en enjoignant aux consuls d'interposer leur autorité. Plus tard, Claude institua deux préteurs chargés de statuer extraordinairement sur ies (ideieomînis; Titus n'en laissa subsister qu'un seul. Sous cette législation, l'institué qui avait remis l'hérédité restait néanmoins héritier et l'on considérait le fidéicommissaire comme acheteur de l'hérédité. L'institué restait ainsi soumis aux actions des ^roanciers de l'hérédité sans en recueillir les avantages. Sous le règne de Néron parut le senatusconsulte trèbellien qui donnait au fidéicommissaire les actions héréditaires, et par réciprocité le sénatus-consulte fit cesser l'usage des stipulations erupts et venditie hereaitatis. Mais, bien que, en vertu de ce sénatus-consulte, l'institué ne fût pas soumis aux actions des créanciers au delà de la por-

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tion qui lui était laissée par le testateur, néanmoins, comme le bénélice qu'il recueillait était très-minime et quelquefois nul, il refusait souvent de faire adidon. Le sénatusconsulte pégasien, rendu en l'an deRome 823, remédia a cet inconvénient en permettant à l'héritier de retenir un quart de l'hérédité, alors même que le testateur ne le lui aurait pas laissé. Ce quart reçut le nom de quarte pégasienne. Sous Justinien, ces deux sénatusconsultes furent confondus en un seul sous le nom de sénatus-consulte trèbellien. Mais comme on se servait des fidéieommis surtout pour instituer héritiers des personnes incapables de recevoir par testament, ces personnes fuient bientôt déclarées également incapables de recevoir par fidéieommis.

Sous l'ancienne législation française, les substitutions furent successivement régies par les ordonnances de 1553, de 1560, de 1566, la déclaration du 17 novembre 1090, celle du 18 janvier 1712, et enfin par l'ordonnance d'août 1747.

La substitution directe et la substitution fidéicommissaire étaient admises dans les provinces de droit écrit et dans certains pays de droit coutumier. Mais on remarquera que dans les pays de droit écrit les substitutions directes étaient subdivisées en cinq espèces : la substitution vulgaire, la pupillaire, l'exemplaire, la réciproque, la compendieuse ; quant aux pays de droit coutumier, ils n'admettaient point les substitutions pupillaire et exemplaire. Nous avons d<\jà vu en quoi consistaient les substitutions vulgaire, pupillaire et exemplaire. La substitution réciproque était celle qui était fuite entre les institués et qui appelait l'un à défaut de l'autre. La substitution compendieuse était celle qui était conçue en ternies implicites renfermant à la fois la substitution directe et la substitution fidéicommissaire. Voici quels étaient ordinairement ces termes: « En cas de mort, ou après la mort, ou en quelque temps que meure mon héritier, je lui substitue un tel. « Toutes les personnes capables de recevoir directement pouvaient être appelées à une substitution, et l'on pouvait même y appeler une personne à naître ou non conçue, bien qu'on ne pût pas lui faire une libéralité directe; mais, à part cette exception, on ne pouvait, ni dans les pays de droit écrit, ni dans les provinces de droit coutumier, appeler à une substitution testamentaire que les personnes qu'on a.urait pu instituer.

Telles étaient les principales dispositions du droit ancien, lorsque l'Assemblée législative rendit, le 25 août 1792, un décret ordonnant qu'à partir de ce jour il n'était f)lus permis de substituer. Une loi rendue e n novembre suivant défendit^ définitivement toutes substitutions à l'avenir et déclara 3ue les substitutions déjà ouvertes n'avaient 'effet qu'en faveur de ceux qui avaient alors recueilli des biens substitués ou le droit de les réclamer. La loi du 17 nivôse an II abolit les substitutions pupiliaires dans les pays de droit écrit, et, comme les pays de coutume ne l'admettaient point, il en résulte que la substitution pupillaire n'est plus admise en France, puisque depuis cette époque aucune loi ne l'a rétablie. Laloi de nivôse an II abolit également la substitution exemplaire.

D'après l'article 896 du code civil, les substitutions sont prohibées, et toute substitution par laquelle le donataire, l'héritier institué ou le légataire est chargé de conserver et de rendre à un tiers est nulle, même à l'égard du donateur, de l'héritier institué ou du légataire.

De prime abord, cette prohibition nous amènerait à conclure que toute disposition par li. ■ quelle le testateur ou le donateur a imposé à son légataire ou donataire l'obligation de conserver tout ou partie de ses biens pour les rendre k un tiers désigné est nulle. Mais une telle conclusion serait tout à fuit contraire aux articles 1040 et 1121 du code civil, desquels il résulte qu'un légataire ou un donataire peut être très-valablement chargé do conserver des biens dont on le gnuilie et de les rendre à un tiers désigné. Mais en présence de cette autorisation , que devient l'article 896? Il a pour but, et cela résulte de la jurisprudence des tribunaux et du conseil j d'Etat, de prohiber, non pas toutes les substitutions, mais seulement celles par lesquelles le disposant impose à son légataire ou donataire direct l'obligation de conserver jusqu'à sa mort les biens qu'il lui donne et de les rendre k cette époque k une personne désignée, si cette personne est alors capable do les recevoir. Ces principes établis, on peut définir la substitution prohibée : la transmission d'un bien qui, à la mort du donataire ou du légataire, doit passer, non pas à ses héritiers légitimes ou testementaires, mais k une personne désignée par le disposant, si cette personne est d'ailleurs capable de recevoir à cette époque.

Deux cas sont ensuite prévus ou plutôt fixés par la loi :

1« cas, La disposition par laquelle un tiers serait appelé k recueillir le don ou le legs, dans le uns où le donataire ou le légataire ne le recueillerait point, ne sera point regardée comme une substitution et sera valable.

(Art. 898.)

2e cas. Il en est de même de la disposition par laquelle l'usufruit est donné à l'un et la nue propriété k l'autre.

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Une (elle disposition ne constitue point une substitution fidéicommissaire, mais contient simplement deux dispositions distinctes, car le nu propriétaire et l'usufruitier ont chacun un droit certain.

Voyons maintenant quelles sont les substitutions qui sont permises, par exception à l'article 896. Elles sont autorisées :

1° Lorsque les biens substitués forment la dotation d'un titre de noblesse. Ces substitutions sont désignées sous le nom de majorats. Toute institution de majorats a été interdite par la loi du 12 mai 1835, qui a limité à deux degrés, l'institution non corqprise, les majorais alors existants; mais cette limitation ne s'applique qu'aux majorats constitués avec des biens particuliers, et la loi de 1S35 a laissé subsister ceux qui ont été constitués par le chef de l'Etat.

20 Lorsque les pères et mères donnent ou lèguent leur quotité disponible à un ou plusieurs de leurs enfants, avec charge par le donataire ou légataire de conserver jusqu'à sa mort les biens dont il a été gratifié et de les rendre, à cette époque, à ses enfants nés ou a naître, mais au premier degré seulement.

o Le bénéfice de la restitution, dit Mourlon, ne peut pas ici être attribué à un seul des enfants du grevé; tous sont appelés sans distinction de sexe ou de primogéniture. La substitution que la loi tolère e.st conforme au principe d'égalité qui est la base de notre système successoral ; au lieu d'y déroger, elle lui vient en aide. Ce n'est donc pas dans un esprit aristocratique qu'elle a été organisée; il ne s'agit plus ici de réunir la plus grande masse de biens sur une seule et même tête, de conserver l'éclat et la splendeur du nom. Le but de la loi est bien plus noble, bien plus moral. Elle a voulu fournir aux chefs de famille qui craignent que leurs biens ne soient, après eux, dissipés ou perdus par leur enfant un moyen légal d'assurer l'avenir de leurs petits-enfants. Je crains que mon fils ne dissipe après moi le patrimoine que jo lui laisserai ou qu'il ne le compromette dans des entreprises hasardées; que ferai-je pour prévenir ce danger? Il m'est permis, sans doute, de donner ou léguer à mes petits-enfants la nue propriété de ma quotité disponible et d'en laisser l'usufruit à mon fils; mais je ne puis pas recourir à ce moyen si les petits -enfants dont je veux assurer l'avenir ne sont point encore conçus. Que si mon fils a déjà des enfants au moment où je dispose, ceux-ci, si j'emploie le moyen que je viens d'indiquer, seront avantagés au préjudice de ceux qui pourront naître ensuite, et c'est ce que je ne veux pas. La substitution pare à tout. Je donne ou je lègue mes biens à mon fils, à la charge par lui de les rendre, à sa mort, à tous ses enfants nés ou à naître. ■

30 Lorsque, en cas de mort sans enfantti, les frères ou sœurs donnent ou lèguent la quotité des biens disponibles à un ou plusieurs de leurs frères ou sœurs, si charge par le donataire ou le légataire de conserver jusqu'à sa mort les biens dont ils le gratifient et de les rendre à cette époque à ses enfants nés ou à naître, mais au premier degré seulement,

La loi du 17 mai 1826 alla plus loin : « Les biens, dit-elle, dont il est permis de disposer aux termes des articles 913 et 916 du code civil pourront être donnés par acte entre vifs ou testamentaire, avec la charge de les rendre à un ou plusieurs enfants du donataire nés ou à naître, jusqu'au deuxième degré inclusivement. » Cette loi, qui détruisait tout principe d'égalité, avantageait un enfant au détriment des autres et créait dans la classe bourgeoise une aristocratie de fortune, a éto abolie par une loi de l'Assemblée constituante du 7 mai 18-19, qui nous a replacés sous l'empire du code civil.

Une substitution peut être faite soit par donation, soit par testament, et le fidéicommis est valable alors même que l'appelé ne serait pas encore conçu au moment de la mort du testateur ou de la donation.

Il n'est point nécessaire, quand la substitution est faite par donation, que l'appelé intervienne à l'acte de donation pour y accepter la libéralité conditionnelle qui lui est offerte par le disposant et stipuler du donataire la restitution des biens. Les parties stipulent pour lui, et il peut acquérir ainsi, à son insu, le bénéfice de la substitution. Ce cas est une exception au principe établi par l'article 1121, d'après lequel le donateur qui stipule au profit d'un tiers conserve le droit de révoquer son offre tant qu'elle n'a pas été acceptée par le tiers, soit tacitement, soit expressément.

« Si l'enfant, dit l'article 1052, si le frère •U la sœur auxquels les biens auraient été donnés par actes entre-vifs, sans charge de restitution, acceptent une nouvelle libéralité faite par acte entre-vifs ou testamentaire, sous la condition que les biens précédemment donnés demeureront grevés de cette charge, il ne leur est plus permis de diviser les deux dispositions faites à leur profit et de renoncer à la seconde pour s'en tenir à la première, quand même ils offriraient de rendre les biens compris dans la seconde disposition. >

La donation une fois faite, le donateur est dessaisi; il ne peut, par conséquent, modifier la disposition en la grevant de restitution ; il ne le pourrait même pas par une stipulation

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nouvelle avec le donataire, car ce serait stipuler purement et simplement au profit d'un tiers; mais cette stipulation est possible lorsque c'est la condition d'une nouvelle donation faite au même donataire, puisque le donateur et le donataire ont un intérêt dans la stumJation.

— Des droits de l'appelé pendant la jouissance du grevé de la substitution et de l'ouverture des substitutions. Aux termes de l'article 1053 du code civil, « les droits des appelés seront ouverts à l'époque où, par quelque cause que ce soit, la jouissance de l'enfant, du frère ou de la sœur, grevés de restitution, cessera ; l'abandon anticipé de la jouissance au profit des appelés ne pourra préjudicier aux créanciers du grevé antérieurs à l'abandon. >

Bien que cet article ni aucun autre du code n'expliquent quelles sont les causes qui peuvent donner heu à l'ouverture de la substitution, on peut, d'après M. Duranton, les résumer ainsi :

1° La mort naturelle du grevé ;

2° Son indignité;

30 Sa déchéance pour inobservation de la loi ou abus de jouissance;

•4° L'abandon anticipé de sa jouissance ;

50 L'échéance du jour ou l'arrivée de l'événement auxquels il aurait été churgé de rendre.

Lorsque le grevé disparaît sans instituer un mandataire et sans donner de ses nouvelles, les appelés à la substitution peuvent après quatre ans provoquer la déclaration d'absence, la faire prononcer un an après le jugement qui aura ordonné l'enquête et se faire envoyer, à charge de donner caution, en possession provisoire des biens compris dans la substitution. Après trente ans depuis cet envoi en possession provisoire ou si le grevé se trouve avoir atteint auparavant sa centième année, les cautions sont déchargées; les appelés peuvent alors demander l'envoi en possession définitive et se partager les biens, conformément aux règles relatives aux biens des absents.

Le testateur ou le donataire peuvent, par le même acte ou par un acte postérieur en forme authentique, nommer un tuteur chargé de l'exécution de la substitution. A défaut de ce tuteur, il en est nommé un à la diligence du grevé ou de son tuteur, s'il est mineur, dans Je délai d'un mois à compter du jour du décès du donateur ou testateur, ou du jour où, -depuis cette mort, l'acte contenant la disposition aura été connu. Le grevé qui n'aura pas satisfait à cette prescription doit être déclaré déchu dès qu'il existe des appelés; il peut l'être aussi pour abus de jouissance. « Les juges pourraient, dit Duranton, suivant la gravité des circonstances etdans le cas où il existerait des appelés, même un seul, ou prononcer sa déchéance d'une manière absolue pour abus et l'entrée en jouissance des appelés, ou, sans prononcer la déchéance, ordonner néanmoins l'entrée en jouissance des appelés, mais à la charge de payer annuellement au grevé une certaine somme. De plus, s'il n'y avait encore point d'appelés, les juges pourraient ordonner la mise en séquestre des biens jusqu'à ce qu'il en survienne, en réservant néanmoins la jouissance des revenus au grevé. Cette décision, il est vrai, n'est appuyée sur aucun texte du code, mais elle est fondée en raison, et lus tribunaux ont souvent procédé de la sorte dans l'ancien droit. Nous ne pensons pas, au surplus, que, dans ce cas, les juges pussent prononcer la déchéance du grevé et la réunion des fruits k la masse des biens. La substitution ne peut s'ouvrir tant qu'il n'y a pas encore d'appelés pour la recueillir; or, la déchéance n'est prononcée que pour faire ouvrir le droit... En sorte que, s'il ne survient point d'appelés, les biens, après la mort du grevé, appartiendront à ses héritiers quels qu'ils soient; et il en serait de même dans le cas où il y aurait des appelés, si la substitution n'a point été déclarée ouverte et si tous les appelés sont venus à mourir avant lui, lors même qu'ils auraient laissé des descendants, puisque la représentation n'a pas lieu dans ce cas. »

La substitution peut s'ouvrir à une époque déterminée, lors de l'arrivée d'un événement prévu, par exemple à la majorité ou au mariage des appelés, ou successivement à certaines époques. Uans le cas oiiïa. substitution doit s'ouvrir à la majorité ou au mariage des appelés, la restitution doit se faire à chacun d'eux à sa majorité ou à son mariage, et la part de chacun de ceux qui est parvenu à sa majorité ou qui a contracté mariage lui est définitivement acquise et passe à ses héritiers quelconques, quand bien même il mourrait avant le grevé. -La substitution ayant été ouverte à son profit, la part qui lui revient en sort définitivement. » En un mot, dit Duranton, la substitution se divise entre les enfants au fur et à mesure qu'elle s'ouvre dans la personne de chacun d'eux, et, dès qu'elle est ainsi ouverte, ceux qui ont recueilli le droit sont en dehors de la disposition; il n'y a plus pour eux, par conséquent, substitution fidéicommissaire; il ne pourrait y avoir qu'une substitution vulgaire ; mais il faudrait pour cela que le disposant s'en fût expliqué, et cette substitution serait censée ne devoir s'exercer qu'à défaut des appelés qui reste-

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raient encore compris dans la substitution fidéicommissaire. >

— Des droits du grevé de substitution. Il a sur les biens chargés de restitution un droit de propriété résoluble. Ainsi, il peut vendre les biens avec effet, les hypothéquer, les grever de servitudes, de droits d'usufruit ou d'usage, en un mot faire tout ce que pourrait faire un propriétaire ordinaire. Tous ses actes sont valables si la substitution ne vient pas à s'ouvrir parce que les appelés mourraient avant lui. Mais si la substitution s'ouvre, tout ce que le grevé a fait sur les biens sans l'emploi des formalités qu'exigeait la nature de l'acte est sans effet à l'égard des appelés, au cas où ceux-ci renoncent à sa succession. Ainsi les appelés peuvent revendiquer les biens aliénés, qu'ils recouvreront francs et quittes de toutes charges créées par le grevé, Sauf aux .acquéreurs d'user de leur recours sur les biens libres du vendeur.

Mourlon explique très-bien ces différences qui existent entre le grevé de substitution et 1 usufruitier :

1 10 L'usufruitier est, dit-il, quant à présent et dans l'avenir, étranger à la propriété : il ne l'a pas actuellement et il n'a pas l'espoir de l'acquérir. Le grevé de substitution, au contraire, est actuellement propriétaire des choses comprises dans le fidéicommis; son droit, il est vrai, n'est pas irrévocable; il se peut qu'il lui soitenlevé rétroactivement, auquel cas il n'aura été, en fait, qu'un simple usufruitier; mais il se peut aussi que cette condition ne se réalise pas, auquel cas il aura été réellement propriétaire, et il restera propriétaire dans la personne de ses héritiers ou ayants cause.

■ 2" L'usufruitier est obligé de donner caution (art. 601). Le grevé n^st point soumis à cette obligation.

» 3» L'usufruitier n'est point tenu de faire les grosses réparations (art. 605). Le grevé, au contraire, doit les faire. En acceptant le fidéicommis, il s'oblige personnellement à faire tout ce qui est nécessaire & la conservation des biens. Mais, bien entendu, il a le droit de répéter ses impenses contre les appelés, lors de l'ouverture de la substitution.

» 40 L'usufruitier n'a droit à aucune indemnité pour les améliorations qu'il prétend avoir faites (art. 599). Le grevé, au contraire, peut réclamer des appelés, à l'époque de la restitution des biens, le remboursement de ses avances, jusqu'à concurrence de la plus-value qui en est résultée. »

— De l'extinction des substitutions. Elles s'éteignent : 10 par la défaillance des conditions qui y étaient apposées; 2« par l'incapacité de recueillir de l'appelé ; 3° par la révocation de la disposition testamentaire qui contenait la substitution; i" par la révocation de la donation dans les cas où cette révocation a lieu ; 50 par la renonciation des appelés ; 60 enfin, par la perte de la chose objet de la substitution.

La substitution ne peut produire d'effet si la condition de la substitution ne s'accomplit pas; tel est le cas où l'appelé meurt avant l'ouverture de la substitution.

La caducité de l'institution ou du legs n'entraîne point l'extinction de la substitution; elle lui donne, au contraire, ouverture. De plus, ceux-là seuls qui existent au moment de l'ouverture du droit recueillent au détriment de ceux qui naîtraient plus tard et qui auraient recueilli sans la caducité de l'institution ou du legs. Cela vient de ce que le fidéicommis est écarté dans ce cas et que les appelés recueillent alors directement, en qualité de substitués vulgaires, partant qu'ils doivent être capables au moment où l'acte produit son effet.

Quant à la révocation de la donation entrevifs, il faut admettre la distinction établie par Rolland de Villargues : si elle a lieu par suite de la survenance d'un enfant au donateur, elle anéantira la substitution aussi bien que la donation principale. 11 est même à remarquer que, d'après l'article 1049 du code civil, l'effet de la substitution serait nul alors même que la donation aurait été faite par un disposant qui avait déjà un enfant au moment de la passation de l'acte. Il faut, du reste, observer que, si cet enfant, né hors du contrat, mourait avant l'ouverture de la substitution, la révocation n'aurait pas lieu.

Les faits du grevé lui étant personnels, la révocation pour ingratitude no pouvant, dès lors, être opposée aux substitués, il y a simplement ouverture de la substitution au profit des appelés existants.

« La renonciation, dit M. d'Auvilliers, faite par les appelés capables éteint la substitution à leur égard, si elle a été faite par acte entrevifs. Comme cette renonciation est une véritable donation, elle doit être faite dans la forme des actes portant donation entre-vifs, soit qu'elle ait lieu au profit du grevé ou à celui d'un des substitués. Il faut appliquer la même solution à la renonciation, à la substitution testamentaire, alors que le droit du grevé est ouvert, car, faite avant le décès du disposant, elle ne produirait point d'effet. 1

La donation une fois acceptée régulièrement, il ne dépend point du grevé et du disposant d'anéantir la substitution. L'acceptation des substitués, nous l'avons déjà dit, n'est pas, du reste, nécessaire avant l'ouverture de leurs droits.

— Art uiilit. Dans le recrutement do l'ar-

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mée, on admettait autrefois la substitution entre deux jeunes gens d'un même canton et d'une même classe, quand même ii n'existait entre eux aucun lien de parenté, La loi du 17 mars 1858 décida que les frères, beauxfrères et autres parents jusqu'au sixième degré pouvaient échanger entre eux leurs numéros de tirage au sort, pourvu que le conseil de révision, après avoir constaté les aptitudes militaires du substitué et du substituant, les admît à la substitution. Lors de la discussion en seconde leeture de la loi de recrutement du 27 juillet 1872, l'Assemblée nationale repoussa la substitution demandée par MM. de Belcastel, de Barante, etc.; mais elle revint sur sa décision en troisième lecture, et elle décida que la substitution de numéros peut avoir lieu, mais entre frères seulement et si celui qui se présente est reconnu propre au service par le conseil de révision.

— Chim. Pour que deux corps puissent se substituer l'un à 1 autre dans une molécule, il faut qu'ils jouissent de propriétés analogues. Tous les corps ou presque tous les corps peuvent se mettre à la place les uns des autres; mais, quand ils n'ont aucune analogie chimique, ce remplacement détermine des modifications profondes dans la constitution et dans les propriétés du composé où le remplacement a été opéré. Les découvertes de Dumas sur les dérivés chlorés de l'acide acétique ont été le point de départ des connaissances relatives aux substitutions. Ce chimiste célèbre a vu qu'on pouvait remplacer 1, 2, 3 molécules d'hydrogène par 1, 2, 3 molécules de chlore dans cet acide et donner ainsi naissance à des acides mono, bi et trichloraeétiques, dont les propriétés sont entièrement semblables à celles de l'acide acétique ordinaire. L'acide ordinaire ayant pour composition C*H402, les trois acides chlorés sont exprimés par C*(H3C1)0*, C*lH2Cl!!)fX

cï(hci»:o*.

La naphtaline, découverte par Laurent, a donné entre ses mains plus de cinquante dérivés par substitution, qui tous ont les propriétés fondamentales de ce corps, dans lequel l'hydrogène est alors remplacé par du chlore, du brome, de l'iode, de l'acide hypoazotique, etc. Les couleurs d'aniline sont un produit d'une saine application de la théorie des substitutions à la métamorphose des alcalis organiques. La théorie des substitutions a eu l'influence la plus salutaire et-Ia plus décisive sur les progrès de la chimie et particulièrement de la chimie organique dans la seconde moitié de ce siècle. En montrant comment les corps se transforment et se métamorphosent par voie de substitution régulière d'un élément étranger à un de leurs propres éléments, en montrantles lois simples et la variété infinie de ces substitutions, elle a confirmé et étendu la notion de type chimique, en même temps qu'elle a fait pressentir la notion d'atomicité.

— Anat. et physiol. Le mot substitution a été employé pourdésignerdivers phénomènes que nous allons mentionner successivement.

— Génération par substitution. On observe ce mode de génération dans l'embryon des animaux, où les éléments définitifs remplacent les cellules embryonnaires qui se liquéfient. On l'observe encore chez l'adulte dans certaines conditions morbides. Il ne faut pas dire que les éléments anatomiques qui se succèdent se transforment les uns dans les autres; ils se substituent les uns aux autres. Dans la génération par substitution, il y a le fait de la disparition, molécule à molécule, de plusieurs principes immédiats, avec remplacement de ceux-ci par d'autres, un élément anatoinique nouveau et distinct qui se met à la place d'un élément anatoinique qui s'en va. C'est une substitution.

— Substitution fonctionnelle. C'est l'hypothèse de quelques biologistes métaphysiciens, admise encore par quelques physiologistes, et d'après laquelle une fonction déterminée serait susceptible d'être remplie par plusieurs organes, de telle sorte que, l'un deux disparaissant normalement ou accidentellement, l'autre pourrait le remplacer dans sa fonction. On a admis, par exemple, que, l'appareil circulatoire disparaissant, celui de la digestion pouvait le remplacer dans sa fonction qui consiste à porter aux divers organes principaux les matériaux nutritifs, bien que l'embryogénie prouve que nul organe n'est chargé do former ou de détruire telle ou telle espèce d'élément anatoinique en particulier, l'hypothèse précédente, jointe à l'absence de notions sur la genèse des éléments, a conduit à considérer tantôt le foie, tantôt la rate comme chargés de la formation des globules rouges ou des globules blancs du sang; elle a conduit aussi à considérer d'autres organes, tels que les glandes lymphatiques, comme capables de se substituer à la rate pour l'accomplissement de cette fonction imaginaire. L'expérience dément ces suppositions. L'écoulement cataménial s'accomplissant par les muqueuses nasale, bronchique, rectale ne constitue point une substitution fonctionnelle, car le fait fonctionnel essentiel, dans le cas présent, est l'expulsion d'un ovule hors de l'ovaire, fait à côté duquel les règles ne sont qu'un épiphénomène, ainsi que le montre leur absence chez certaines femmes fécondes et chez le plus grand nombre des mammifères.

— Pathol. Substitution fibreuse du poumon.

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Cet état est dû à une atrophie graduelle du tissu du poumon avec substitution du tissu lamineux dans des conditions encore mal connues. De la matité, vine absence de murmure respiratoire et même de souffla, im affaissement des parois thoraciques, tels sont les principaux symptômes de cette maladie mortelle. A l'autopsie, on trouve le poumon diminué de volume, adhérant de toutes parts tant au péricarde qu'aux parois thoraciques, trèsdense et résistant presque au scalpel. La surface de section est lisse , non granuleuse, d'une coloration grise tirant sur le bleu, avec des marbrures noirâtres irrégulièrement disposées. Des traînées lamino-libreuses subdivisent le poumon en lobules plus petits qu'à l'état normal, et ces cloisons lamino-libreuses sont pâles, peu vasculaires, très-résistantes. Il ne s'écoule du poumon ainsi altéré qu'un peu de liquide, jaunâtre.

— Substitution graisseuse. Dans ce phénomène, tantôt les éléments anatomiques disparaissent en totalité et sont remplacés par des amas de granulations graisseuses, tantôt celles-ci, dans une proportion plus restreinte, sont déposées dans l'épaisseur des éléments, et alors elles les remplissent plus ou moins, en y produisant une distension variable. Ce phénomène se manifeste dans un grand nombre de circonstances morbides et principalement dans l'alcoolisme.

Chez les vieillards, la substitution graisseuse s'observe d'abord dans tous les tissus non vasculaires, dont la nutrition est manifestement plus lente et plus facile à troubler que celle des tissus vasculaires. Tels sont les cellules épithéliales, la tunique élastique des artères, le pourtour de la cornée. Dans la substitution graisseuse des muscles, les éléments vasculaires s'atrophient sans contenir beaucoup de granulations, mais ils laissent la place aux vésicules adipeuses. Les os peuvent éprouver une semblable dégénérescence,

— Théol. Quoi que puissent dire les défenseurs des orthodoxies chrétiennes, il n'en est pas inoins vrai que le christianisme est un l'ait humain, puisqu'il s'est produit dans l'histoire et qu'il subit nécessairement les conditons faites à tous les événements naturels. Il ressent l'inlluence du temps et du milieu où il se produit; il subit les variations de l'opinion publique; il s'inspire du passé, il lui fait des emprunts, et dans beaucoup de ses dogmes, de ses cérémonies, de ses institutions, il ne serait pas diticile d'apercevoir la trace des religions qui l'ont précédé. Mais nulle part cette influeuce n'est plus visible que dans la doctrine célèbre de la subsiituiion.

Toutes les anciennes religions avaient des sacrifices qui étaient composés d'actes symboliques. L'homme qui désirait sacrifier conduisait au prêtre la victime et étendait la mam sur la tête de l'animal ; à ce moment, la victime était censée avoir reçu tous les péchés de celui qui offrait le sacrifice et devait en porter la peine. Il y avait eu substitution ; la victime avait été substituée au pécheur, et le dieu auquel était fait ce sacrifice acceptait cet échange. Naturellement, plus la victime éiait précieuse, et plus lo dieu devait être satisfait. Ce fut cette idée qui amena les sacrifices humains; les parents, pour se concilier la divinité, lui offraient ce qu'ils avaient de plus cher, leurs enfants.

On comprend maintenant combien il fut facile aux premiers chrétiens de considérer la mort de Jésus comme un sacrifice. Quelle victime plus précieuse aurait-on pu trouver que le Saint et le Juste, le Fils de Dieu, qu'on disait être Dieu lui-même ? Par son immolation, Dieu, croyait-on, ne pouvait manquer d'être apaisé. Le Christ prenait notre place; il se chargeait de nos péchés, et, pour souffrir ce que nous aurions dû souffrir nous-mêmes, il mourait sur la croix, en proie aux plus affreuses tortures morales et physiques. La conséquence logique de cette liypottiLse devait être le sulut de tous les hommes sans distinction et sans condition; mais l'Eglise a toujours reculé devant cette conclusion nécessaire de la doctrine de lu substitution.

Comme la plupart des doctrines chrétiennes, ce dogme a la prétention d'être fondé sur la Bible. Mais on sait combien il est fa-' cile de faire dire à un auteur ce qu'on pense, de découper dans un texte une phrase qui vous convient et de lu détourner de sa signification réelle. 11 n'est pas de livre dont on ait plus abusé à ce point de vue. Ainsi, au pied des statues de Joseph, l'époux de Marie, il n'est pas rare do voir dans les églises catholiques cette inscription en lettres d'or : Jte ad Josephwn (allez a Joseph), et ces mots sont tirés do 1 l bible. La bible a l'air de conseiller le cuite des saints et particulièrement l'invocation de Joseph. Mais si vous cherchez ce passage, vous verrez qu'il s'agit non pas de prières, mais de blé à acheter; non pas de l'époux de Marie, mais du fils de Jacob, et c'est le roi d'Egypte qui, pendant la famine, répond à ses sujets : « Adressez-vous à Joseph. ■ Ce sont des interprétations de ce genre qui ont fait donner à un spirituel auteur allemand cette définition de la Bible : « C'est un livre où chacun cherche ce qu'il désire et trouve ce qu'il cherche. » Les théologiens ont pris avec l'Ecriture la même liberté pour y découvrir la substitution. Il est vrai que saint Paul, en particulier, dit souvent que le Christ a souffert pour nous, en

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notre faveur; quelquefois même il affirme qu'il a souffert à notre place ;maislaquestion est de comprendre le vrai sens et la portée réelle de ses déclarations. Certes, en se plaçant au point de vue religieux, qui est toujours plus ou moins mystique, il ne faut pas l'oublier, on ne saurait contester que par ses propres souffrances Jésus ne nous ait épargné une foule de souffrances morales et même qu'il-ne nous ait sauvés de la mort spirituelle ; il faudrait admettre, autrement, que la contemplation du juste se dévouant et mourant pour le bonheur de l'humanité, que l'exemple de la sainteté victorieuse des tentations et du péché sont stins influence sur lecœur humain, et l'on serait dans l'obligation de donner un démenti formel au témoignage de la conscience qui nous atteste la puissance moralisatrice et des sacrifices grandioses ou obscurs et des héroïsmes désintéressés. Mais ce qui nous parait absurde, c'est la théorie juridique que nous étudions et en vertu de laquelle Jésus aurait fait ce que nous aurions dû faire nous-mêmes et aurait souffert ce que nous devions nous-mêmes souffrir.

Sur le premier point; que le Christ a fait ce que nous aurions du faire, il est vrai, en se plaçant au point de- vue catholique, que Jésus a été saint et que nous aurions dû l'être; mais cela ne veut pas dire que nous n'avons plus besoin d'être saints, parce qu'il l'a été. Il l'a été, au contraire, pour que nous puissions l'être; et lorsqu'on a du salut une notion spirituelle, on voit bien qu'un autre ne pont jmnais agir à votre place, puisque le salut consiste justement dans la sanctification et que la sanctification d'autrui, qui peut influer sur la nôtre, ne pourra jamais nous en tenir lieu.

Sur le second point, que Jésus a souffert ce que nous aurions dû souffrir, la formule que nous étudions aboutit à deux conséquences également inadmissibles. D'abord, en acceptant les données de la théologie orthodoxe, pour que la punition soit complète, il faut supposer que le Christ a souffert les peines de l'enfer, et c'est, en effet, le sentiment de plusieurs théologiens. Mais les peines de l'enfer, toujours d'après leurs théories, sont éternelles. Est-il possible de souffrir dans les trois jours qui séparent la mort de Jésus de sa résurrection l'équivalent des peines éternelles? Et puis, que sont ces peines de l'enfer? L'orthodoxie la plus rigoureuse n'ose plus guère de nos jours parler k la lettre du feu qui ne s'éteint point, du ver qui ne meurt point, de l'étang de poix et de soufre ; ce sont donc des peines purement morales, le remords de la conscience, l'éloignement de Dieu, la société des méchants. Peut-on dire que la conscience de Jésus a été soumise à ces tortures? qu'il s'est senti séparé de l'amour de Dieu? Et la compagnie des méchants qu'il aurait rencontrés dans l'enfer aurait-elle été capable d'altérer la pureté de son âme et de la troubler d'un autre sentiment que celui de la compassion?

Cette première conséquence du dogme de la substitution a fait reculer quelques théologiens et même a fait condamner cette conception de la doctrine dans plusieurs symboles. D'après l'opinion de leurs auteurs, on devrait reconnaître que la nature divine en Christ a souffert avec la nature humaine, et qu'ainsi la dignité de la personne qui souffre compense le défaut de la somme de souffrances. Il peut paraître difficile de comprendre cette communication des idiomes, comme on dit en langage théologique, ce Dieu qui souffre et qui meurt sur la croix. Mais ce n'est pas seulement l'intelligence qui est choquée, la conscience encore est froissée.

Le dogme de la Trinité, en effet, dans sa formule orthodoxe : trois personnes dans une seule nature, est nécessairement supposé par le dogme de la substitution. 11 y a deux manières de faire servir le premier à la démonstration du second. Ou bien on insiste de préférence sur la diversité des personnes et on dit : Le Père devait frapper pour satisfaire sa justice, mais, pour contentor son amour, il avait la volonté de pardonner aux hommes ; il a donc, du consentement du Fils, transporté sur celui-ci la punition qu'il devait infliger nécessairement au péché de l'humanité. Mais puisqu'on s'inquiète tant de la justice divine, comment arrive- t-on à la sauvegarder en frappant l'innocent à la place du coupable? .

D'autres, au contraire, insistent surtout sur l'unité de nature et prétendent que Dieu, voulant pardonner d'après sa miséricorde et en étant empêché par les exigences de sa justice, a souffert lui-même la punition des fautes de l'humanité. Mais, en ce cas, pourquoi ne pas pardonner purement et simplement? Pourquoi cet appareil juridique, ce conflit do sentiments contradictoires? On ne prend pas garde qu'on limite ainsi la puissance du Dieu que l'on met en cause et qu'on met au-dessus de lui je ne sais quel fatum auquel il est obligé d obéir.

Ces critiques dirigées contre la substitution sont d'ailleurs bien faibles, si on les compare aux protestations que la conscience et la science modernes élèvent contre cette doctrine. Le dogme de la substitution fuit partie d'un système condamné par la nouvelle conception du monde. Mais en voilà assez sur ce sujet; c'est trop s'arrêter à de semblables enfantillages.

SUBSTRATUM s. m. (sub-stra-tomm — du

SUBT

lat. sub, dessous; stratum, étendu). Philos. Ce qui existe dans un être indépendamment de ses qualités, qui ne sont que des manières' d'être du substratum ; Si par substance on entend le substratum de la cause qui est en nous, l'âme ne sent point un tel substratum, et il est permis de douter qu'une force en suppose un. (Jouffroy.) Aujourd'hui, l individu n'est plus qu'une substtince neutre, un substratum indifférent dont on ne tient pas compte. (Vinet.) De même que la matière ne change pas avec les figures qu'on lui donne et les usages auxquels on l'emploie, de même la force ?ie varie pas non plus, c'est-à-dire ne se classe pas, selon les séries dont elle peut être le SUBSTRATUM, le sujet. (Proudh.J

SUBSTRUCTION s. f. (sub-stru-ksi-on — lat. substructio; de substruere, construire en dessous). Archit. Fondement d'un édifice, travaux de construction exécutés au-dessous du niveau du sol. Il Edifice construit au-dessous d'un autre : Les ingénieurs renforcent le milieu de leurs substructions hydrauliques de troncs d'arbres entassés les uns sur les autres. (Chateaub.) Il Edifice antique sur lequel on a élevé des constructions modernes.

SUBSTRUCTURE s. f. (sub-stru-ktu-re — du lat. sub, sous; structura, construction). Construction située au-dessous d'autres constructions.

SUBSULTANT, ANTE adj. (su-bsul-tan, an-te — du lat. sub, dessous ; saltare, sauter), Physiq. Se dit des mouvement saccadés qui se produisent dans un tremblement de terre.

SUBSUMER v. a. ou tr. (su-bsu-mé — du lat. sub, sous ; sumere, prendre). Philos. Dans le langage de Kant, Rattacher à une règle, à un concept, à un loi : Subsumer un phénomène à une catégorie. Si je fais de l'entendement en général la faculté des régies, ta faculté de juger sera la faculté de subsumer, c'est-à-dire de distinguer si quelque chose est ou ti'est pas soumis à une règle donnée. (Kaiu.)

SUBSUMPTION OU SUBSOMPTION s. f.

(su-baon-psi-on — du lat. sub, sous; sumptio, action de prendre). Philos. Dans le langage de Kant, Opération par laquelle on range un fait particulier sous une règle, un concept, une loi : Dans toute subsumption d'un objet sous un concept, ta représentation de l'objet doit ressembler au concept, être d'une nature analogue à la sienne. (Kant.)

SUBSURD1TÉ s. f. (su-bsur-di-té — du pref. sué, et de surdité). Pathol. Surdité incomplète.

SUB TEGMINE FAGI {A l'ombre du hêtre).

Ces mots se trouvent dans le premier vers des Bucoliques et dans le dernier des Géorgiques, à la fin et au commencement des chants qu'ont inspirés au poète les charmes de la vie champêtre.

Tityre, tu patulx recubans sub teynune faiji...

' Tityre, assis à l'ombre du hêtre à l'épais feuillage... >

Tityre, te patuls cecini sub termine fagi. « Tityre, je t'ai chanté, toi qui es assis à l'ombre du hêtre a l'épais feuillage. >

i Encore moins doit-on mettre au nombre des historiens les madrigaux mérovingiens du moine Rovico, qui soupire l'histoire de Clovis, comme faisait le berger Tityre, sub tegmine fagi. •

J. Janin.

o Vous parlerai-je de Philippe de Commines, ce Machiavel français, qui vient au lever du soleil écrire ses histoires, comme on fait d'une idylle ou d'une églogue, sub tegmine fagi? >

Gustave Planche.

SUBTÉNIOSOMË adj!. (su-bté-ni-o-so-me

— du préf. sub, et du gr. tainia, bandelette; soma, corps). ichthyol. Se dit des poissons dont le corps est allongé et presque comprimé en forme de ruban.

SUBTENTACULÉ, ÉE adj. (su-btan-ta-ku-lé

— du préf. sub, et de tentacule), Hist. nat. Qui semble avoir des tentacules.

SUBTERFUGE s. m. (su-btèr-fu-je — du lat. subter, en dessous; fuyio, je fuisj. Moyen subtil, artificieux, détourné, par lequel on se tire d'embarras dans une affaire ou une discussion : Oser de subterfuges. Trouver un subterfuge. Peut-être aucun homme n'est -il capable d'aborder le crime sans subterfuge. (Mme de Staël.)

SUBTÉRICORNE adj. (subté-ri-kor-no — du préf. sub, et du lat teres , cylindrique; cornu , corne), Ivntom. Qui a les antennes presque cylindriques.

— s. m. pi. Syn. de fulgorides, tribu d'insectes hémiptères.

SUBTERMINAL, ALE adj. (su-btèr-mi-nal, a-le — du préf. sub, et de terminal). Hist. nat. Placé près de l'extrémité.

SUBTERRANÉ, ÉE adj. (su-btèr-ra-né — lat. subterraneus; de sub, sous, et de terra, terre). Placé sous terre : Cours d'eau subterrané.

— Hist. nat. Qui vit ou croit sous la terre.

— s. m. pi. Mamm. Nom donné aux mammifères insectivores.

SUBTESSULAIRE adj. (su-btè-su-lè-re —

SUBT

du préf. sub, et de tessulaire). Qui a presque la forme d'un parullélipipède rectangle.

SUBTÉTRACHOTOME adj. (su-bté-tra-koto-me — du préf. sub, et de télrachotome). Hist. nat. Divisé en quatre parties peu distinctes.

SUBTÉTRAGONE adj. (su-bté-tra-go-ne — du préf. sub, et de télragone). Hist. nat. Qui a quatre angles peu marqués.

SUBTHORACIQUE adj (su-bto-ra-si-ke — du préf. sub, et de thoràcique). Ichthyol. Qui se rapproche des poissons thoraciques.

SUBTIL, ILE" (su-btil, i-le — lat. subtilis, finement tissé ; de sub, sous, et du primitif qui est dans texere, tisser, tela, toile, etc.). Composé de. parties menues, fines, ténues : Une poussière subtile. Un gaz subtil. Une vapeur subtile. De subtiles émanations. L'air est un corps si pur, si subtil, si transparent, que les rayons des astres le percent tout entier sans peine. (Fén.) Sur les hautes montagnes, où l'air est pur et subtil, on se sent plus de sérénité dans l'esprit. (J.-J. Rouss.) Qu'est-ce que des parties subtiles? Y a-t-il des corps subtils en soi, et ceux qui nous échappent aujourd'hui ne seraient-ils pus grossiers si nous avions d'autres organes? (Condill.) Le sable de la mer Caspienne est si subtil que les Turcs disent en proverbe qu'il pénètre à travers la coque d'un œuf. (B. de St-P.) Un arôme léger d'herbe et de fleur montait ; Un murmure inûni dans l'air subtil ilottnit.

Leconte de Lisle.

Il Mince, fin, délié : Un trait de plume fort subtil. Les fils si subtils d'une toile d'araignée.

M'apprendra-t-il jamais par quels subtils ressorts L'éternel artisan fait végéter les corps?

Voltaire.

— Qui pénètre, qui se glisse, qui s'insinua avec grande facilité : Une liqueur subtile. Un venin, un poison subtil. Il en est des vices comme des poisons, dont les plus subtils sont aussi les plus dangereux. (Montcsq.) La gloire est un poison suutil qut pénètre l'airain des cœurs les mieux trempés. (Lacord.)

Je sens de veine en veine une subtile nomme Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois.

Boileau.

Il Perçant, pénétrant, en parlant des sens : Ouïe, vue subtile. Odorat subtil. Le tact est le moins subtil de tous les sens. (Acad.)

Je suis devin, mes chers amis; L'avenir qui nous est promis Se dévoile à mon œil subtil.

Ainsi-soit-il.

Eékakoer.

— Doué d'urt grande dextérité : Un escamoteur subtil. Un filou des plus subtils. Le renard est un animal fort subtil. Il Opéra avec beaucoup de dextérité : Un tour extrêmement SUBTIL.

— Fig. Habile, ingénieux, qui a l'esprit pénétrant : Un homme SUBTIL en affaires.

Voulez-vous un homme étonnant, subtil, qui vous conduise les choses rudement? Eh bien! donnez-moi tes finances. (Alex, llum.) Mais a me tourmenter mon ame est trop subtile.

Racine.

Il Qui a une grande délicatesse, une extrême pénétration pour percevoir, distinguer, exposer des choses extrêmement fines : Un logicien subtil. Ensuite de cela, le roi fit venir d'JJéliopolis certainspersonnagesd'esprit subtil et savants en questions énigmatiques. (La Fontaine.)

La fraude, adroite et subtile,

Sème de Heurs son chemin.

... Tu reviens d'Espagne après neuf mois d'exil, Facétieux en diable et tout à fuit subtil!

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