V. Hnoo
L'avare,
Au fond d'un coffre-fort empile des ducats.
Des piastres, des doublons et plus d'or qu'aux Incas
Jadis avec leur sang n'en fit suer Pizarre. .
Th. Gautier.
— Fig. Respirer, exhaler , trahir, faire penser à : Ce malheureux sue le crime. (Beaumarch.) Les escaliers sont effondrés ; les murs crasseux suent la misère. (Privat-d'Anglemont.) La littérature, le théâtre, malgré ses ridicules sermons en trois ou cinq actes suent la crapule et l'obscénité. (Proudh.)
— Loc. fam. Suer de l'encre, Rendre une sueur noire et sale, a Suer de l'huiie, Rendre une sueur visqueuse. Il Suer sang et eau, Se donner une grunde peine; éprouver une extrême anxiété : J'ai sué sang et eau pour me procurer ces renseignements. Je fais tes honneurs de chez lui; je sue sang et eau pour être aimable et soutenir la conversation. (Scribe.)
Je suais sang et eau pour voir si du Japon Il viendrait à bon port au fait de son chapon.
Ricine.
Il Suer les grosses gouttes, Eprouver une trèsgrande anxiété : Je regarde la fin avec une anxiété qui me fait suer les grosses gouttes. (Mme de Sév.) il On dit aujourd'hui suer à. grosses gouttes.
— Techn. Suer le fer,L,e chauffer à chaude suante.
SCÈRE-DUPLÀN (Jean-Maurice), ecclésiastique français, né à Rieux vers le milieu du xvme siècle, mort en 1806. It a publié : un Psautier en grec, suivi des principales hymnes de l'Eglise et des prières de la messe dans la même langue (1786); un recueil de discours, intitulé : C'onciones sive orationesex grxcis hisloricis excerpl» (Paris, 1787,in-l2) ; une édition grecque de Sophocle (Faris, 2 vol. in-12); un Essai d'office en français , avec une préface enrichie de citations de Pères favorables à cette innovation. Les Racines de la langue latine, mises en vers français, que Suère-Duplan lit paraître sous son nom en 1789, ne sont qu'une reproduction de l'ouvrage du savant Fourinont.
SUERFAIS s. m. (su-èr-fè). Ane. coût. Bois taillis. Il Coupe d'un bois taillis.
SUERlE s. f. (sû-rî). Fam. Action de suer, de provoquer sa propre sueur : J'ai enfin achevé aujourd'hui ma douche et ma suerie; je crois qu'en huit jours il est sorti de mon pauvre corps plus de vingt pintes d'eau. (Mme de Sév.)
SUET
— Techn. Bâtiment où l'on met le tabac pour le faire ressuer et fermenter.
SOESSA POMETIA ou POMETll, dans la géographie ancienne, ville principale des Volsques, voisine deCoraetd'Ardée, auN.-O. d'Antium, dans cette partie de la campagne romaine qu'on a depuis appelée les marais Pontins. On la surnomma Pometia pour la distinguer d'une autre Suessa, Suessa Aurunca, située au delà du Lyris, dans le pays des Aiirunces. Le vieil Anehise, dans le "VIe livre de l'Enéide, prédisant à Enée les futures grandeurs de l'Etat qu'il va fonder dans le ' Latium, lui annonce que, parmi les descendants de ses compagnons, a les uns bâtiront Nomente, Gabie et Fidènes; les autres élèveront sur les monts les forteresses Collatines, Pométia, la citadelle d'Inuus, Bole et Cora, noms que doit prendre un jour une terre aujourd hui sans nom. •
Le territoire de Pometia s'appelait Ager Pometinus ou Pontptinus. Ce nom s'est conservé dans celui des marais Pontins ou Pomptins. Suessa Pometia s'appelle aujourd'hui Sezze.
SUESSIONES, peuple de l'ancienne Gaule, compris après la conquête romaine dans la province de la Belgique Ile, entre tes Veromandui au N., les Rémi à TE., les Meldi et les Triaasses au S., les Bellovaci k l'O. Les Rend parlent des Suessiones, dans César, comme d'un peuple qui leur était allié par le sang, qui était gouverné par les mêmes lois et les mêmes magistrats, dont le territoire était vaste et très-fertile. Ce qui leur obéissait contenait 12 villes, et ils promettaient d'armer 50,000 hommes dans leur confédération avec les Belges. Leur capitale était Noviodunum ou Augusia Suessionum (Soissons) ; leur territoire forma plus tard le Soissonnais.
SQESSULA, ville de l'Italie ancienne, dans la Campanie, à 16 kilom. S.-E. de Capoue. C'est aujourd'hui la petite ville de Maddaloki.
SUETONE (Caius Tranquillus Suetontos), célèbre historien latin, né vers 65 de l'ère moderne, mort vers 135. Ses contemporains ne nous ont transmis aucun renseignement sur la date et le lieu de sa naissance; on ne sait pas davantage la date de sa mort; mais un fait qu'il raconte comme s'étant passé durant son adolescence, et qui eut lieu vingt ans après la mort de Néron, permet de le faire naître vers l'an 65, et, d'autre part, comme on sait qu'il a écrit son principal ouvrage, les Douze Césars, postérieurement à la disgrâce qu'il encourut sous Adrien en 120, on peut aussi approximativement axer la date de sa mort. Il était le fils d'un tribun de la 130 légion, Suetomus Lents, et suivit, à la fois, comme Pline le Jeune et Tacite, la carrière des armes et la carrière des lettres. Pline, qui fut son ami et qui l'avait en grande estime, lui lit obtenir, sous Trajan, le grade de tribun. Suétone refusa et lit nommer à sa place un de ses parents (Pline, Epist. III). Une autre lettre du même écrivuinmontreque Suétone brilla aussi au barreau (Epist. Il) ; enfin , en le recommandant à l'empereur (Epist. X) pour lui faire obtenir les privilèges attachés, à Rome, à tout individu père de trois enfants (jus trium liberorum), Pline fait en ces termes l'éloge de son protégé : « Suétone, le plus intègre, le plus honorable, le plus savant de nos Romains, partage depuis longtemps ma maison; j'aime en lui ses mœurs, son érudition, et plus je l'ai vu de près, plus je me suis, attaché k lui. ■ Aucun lien de parenté n'existait cependant entre Suétone et Pline; le goût des lettres les avait seul rapprochés si intimement. Trajan accéda à la demande de son conseiller, mais en lui ' laissant entendre que c'était une grâce dont il était avare et qu'il n'accordait qu'avec peine. Suétone, quoique marié, n'avait pas d'enfants. Sous Adrien, en 119, l'éclat de sa réputation littéraire lui valut d'être nommé secrétaire de l'empereur. 11 avait, en effet, déjà beaucoup écrit, mais aucun de ces ououvrages, antérieurs aux Douze Césars, ne nous est parvenu; on ne les connaît que par les citations des grammairiens. C'étaient pour la plupart des travaux de pure érudition, dont la perte est regrettable, si l'on songe k la conscience des recherches de Suétone, k l'exactitude des détails qu'il aimait à noter. Les principaux avaient pour titres : De ludis Gr&corwn; De spectaculis et certaminibus Romanorum. Suétone donnait dans ces petits traités les détails les plus curieux sur la. construction et l'agencement des théâtres; De anno romano, dissertation sur le calendrier romain ; Denotis, examen des signes employés dans les manuscrits ; De Cicerouis Republica ; Depoetis; De nominibus propriis et de generibus vestium, traité qui serait fort utile aux archéologues ; De Roma ejusque instilutis-, dissertation sur les usages et les constitutions de l'ancienne Rome républicaine ; Stemma Mustrium Romanorum, brèves notices sur les diverses illustrations latines auxquelles sont peut-être empruntés, ainsi qu'au recueil De poetis et k deux autres livres du même genre, De illustribus grammaticis et De Claris rhetoribus, ces petits sommaires biographiques placés, dans certaines éditions, en tête des œuvres d'Horace, de Perse, de Juvénal, etc. Les matières de ces divers ouvrages donnent
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l'idée d'un homme studieux, enclin à rechercher et à rassembler des renseignements précis sur tout ce qui intéresse l'érudition.
Sa faveur auprès de l'empereur Adrien dura peu. Un rescrit spécial lui enleva sa charge et l'exila de la cour en 121, Adrien étant alors en Bretagne. Suivant quelques biographes, Suétone s était attiré cette disgrâce en indisposant contre lui l'impératrice Sabine. C'est une mauvaise interprétation d'une phrase de Spartien qui dit, en effet, que Suétone fut disgracié pour n'avoir pas suffisamment respecté l'impératrice. L'historien entend par là qu'il passait pour un de Ses amants, avec le préfet du prétoire, Septicius Clarus, qui fut exilé en même temps que lui. Ainsi, ce n'est pas en déplaisant à Sabine, c'est en lui plaisant beaucoup trop qu'il indisposa Adrien, au point que celui-ci crut devoir y mettre ordre du fond même de la Bretagne.
Cette tiisgrâce,en forçant Suétone à vivre dans la retraite, nous a valu un livre précieux, les Douze Césars. Mieux que tout autre, l'ancien secrétaire d'Adrien pouvait rédiger ce recueil, rempli de particularités sur la vie intime des empereurs. « Il avait sans doute, dit M. Charpentier, préparé de longue main les matériaux de cet ouvrage. Placé k la source même de l'histoire, il put, dans ses fonctions de secrétaire, savoir mieux et plus qu'on n'avait su jusque-là. Ces renseignements qui ne se transmettent que dans le palais, comme un mystère de la puissance, ces nouvelles à la main qui sont souvent les vérités les plus piquantes de l'histoire, il fut en position de les recueillir , et il n'y manqua point. Il donne des détails singulièrement précieux sur l'intérieur des césars, sur leur caractère, leurs vertus, leurs vices, leurs manières de se vêtir, etc.; c'est le Dangeau de la Rome impériale. On ne peut pas plus contester son exactitude que son impartialité. Il parle souvent en témoin oculaire; la plupart du temps, il rapporte ce qu'il a vu et entendu, et pour les faits dont il n'a pas eu personnellement connaissance, il a puisé aux meilleures sources. On peut relever règne par règne , et la critique allemande l'a fait , les divers auteurs qu'il a consultés. » Les Douze Césars sont donc un des livres les plus curieux que nous ait transmis l'antiquité. Il ne faut pas y chercher les annales et l'histoire de l'empire, le tableau des affaires politiques et militaires, l'appréciation des faits, la chronologie, ce qui constitue, en un mot, une véritable histoire. L'auteur ne possède point les qualités de l'historien ni du biographe. Mais ses Vies abondent en détails intéressants, en particularités minutieusement racontées, en renseignements précieux sur les mœurs de toutes les classes de la société et surtout sur la vie privée des empereurs. C'est, enfin, l'histoire secrète des temps dont Tacite a retracé l'histoire publique. En général, si l'on rend hommage à l'exactitude et à la véracité de Suétone, on lui reproche avec raison la licence de ses peintures; la corruption romaine est, en effet, retracée par lui dans toute son horrible nudité ; il a dévoilé les turpitudes de Tibère, de Néron et de Caligula avec une liberté presque aussi scandaleuse que les actions mêmes de ces monstres. On désirerait trouver dans son livre moins d'impassibilité et plus d'indignation contre les crimes et les infamies qu'il retrace. Laharpe l'a très-bien apprécié ; « Il est exact jusqu'au scrupule et rigoureusement méthodique ; il n'omet rien de ce qui concerne l'homme dont il écrit la vie ; il rapporte tout, mais il ne peint rien. C'est proprement un anecdotier, si l'on peut se servir de ce ternie, mais fort curieux à lire et à consulter. »
. « C'est avec raison, dit d'un autre côté M. Egger, que l'antiquité refuse à Suétone une place à côté des Tite-Live et des Salluste. Ce n'est plus là l'histoire comme la comprenait Cicéron, comme ces grands génies la réalisèrent, avec-un certain mépris, il faut l'avouer, pour les rigoureux procédés de la critique, mais avec cette force d'imagination savante qui rend la vie aux hommes et aux peuples. Suétone n'a pas une seule de ces hautes qualités. Le sentiment de l'honnête et du vrai, quelquefois le cri de l'indignation contre les infamies du vice, plus souvent une certaine complaisance à retracer des horreurs qu'aucune langue moderne n'osera jamais traduire , voilà pour le cœur ; une minutieuse attention à recueillir dans les meilleures sources les petits détails de la vie publique ou privée, les anecdotes les plus inattendues; un style pur, ferme et précis, qui rappelle même parfois l'expression de Tacite, voilà pour l'esprit et la science de l'écrivain. »
L'édition princeps de Suétone est celle de Rome (1470). On estime encore les suivantes : l'édition ad usum delphini (Paris, 1684) ; Wolf (Leipzig, 1802) ; Hase (1828), dons la collection Lemaire. Il a été traduit en fiançais par Laharpe (1710), par Maurice Lévesque (1807), par Golbéry (1832-1833), dans la collection Panckoucke, par E. Pessonneaux (1816).
SOETON1US PADLINUS, un des plus célèbres généraux du ier siècle de l'ère chrétienne. Préteur sous le règne de Claude (37), il soumit la Mauritanie révoltée et pénétra dans le désert au delà de l'Atlas. En 59, il fut nommé consul subrogé et envoyé dans la
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Grande-Bretagne, où il dompta plusieurs peuplades, dévasta l'île Mona (Anglesey), asile sacré du druidisme, et extermina dans une grande bataille les Bretons soulevés contre les épouvantables excès de la tyrannie romaine. Disgracié par Néron, il reparut huit ans après dans les armées d'Othon, et après la bataille de Bédriac, qui donnait 1 l'em- ■ pire à Vitellius, il se fit un mérite auprès du vainqueur d'avoir suivi un plan propre k ruiner la cause de celui qu'il servait; il dut la vie à cette lâcheté.
SDÈTRES, en latin Suetri, peuple de l'ancienne Gaule, dans la province romaine des Alpes Maritimes, à l'O. des Nerusi et au N. des Oxybii. Leur ville principale était Salins, aujourd'hui Seillans, dans le département du Var.
SUETTE s. f. (su-è-te — rad. suer). Pathol. Fièvre éruptive, épidémique, contagieuse, caractérisée par des sueurs abondantes, d'une odeur désagréable, et une éruption de très-petites vésicules ayant la forme de grains de millet. Il On l'appelle quelquelois suette anglaise, à cause des grands ravages qu'elle ht en Angleterre au xve siècle ; suette picarde, pour une raison analogue, et plus souvent suette miliaire, à cause de la forme de l'éruption.
— Enoycl. Suelte miliaire. Les causes les plus actives de la suette, suivant Boyer, sont l'usage d'aliments de mauvaise qualité et la respiration 'd'un air chargé d'émanations malsaines. Ce savant médecin a mis surtout hors de doute les effets désastreux de l'air vicié, en constatant que l'épidémie si meurtrière de 1821 a commencé par des villages entourés d'eaux putrides et stagnantes, qu'elle s'est répandue suivant l'inclinaison du sol et la direction des vents et qu'elle a régné uniquement dans des vallées formées par des terrains tourbeux.
La suette miliaire est une maladie qui se présente presque toujours à l'état d'épidémie ou d'endémie, et dont les principaux caractères sont des sueurs excessives, une éruption particulière et de graves symptômes nerveux.
Ordinairement, l'invasion de cette maladie n'est annoncée par aucun symptôme précurseur, et elle atteint des individus dont la santé ne paraissait jusque-là nullement menacée. Cependant, on la voit assez souvent précédée, pendant deux ou trois jours, de malaises, de douleurs vagues, de l'anorexie, etc. Quelle que soit, au reste, la manière dont se déclare la suelte, elle commence constamment par une sueur abondante, bornée d'abord, dans certains cas, à quelques parties du corps, mais ne tardant pas à devenir générale. Elle dure ensuite pendant tout le cours de la maladie, quelle qu'en soit l'issue, se faisant remarquer par une odeur fétide particulière, analogue à celle de la paille pourrie.
Avec la sueur, ou même avant son apparition, les malades éprouvent un sentiment de chaleur assez vif à la peau, accompagné assez rarement d'un léger mouvement de fièvre et toujours d'un serrement pénible à l'épigastre, joint k une sorte d'oppression. Ils ont la bouche pâteuse, la langue d'un blanc sale, rarement jaunâtre et quelquefois, vers le septième jour, d'un rouge très-vif. La soif est peu intense, l'urine n'offre rien de remarquable, et il y a habituellement de la constipation. Deux ou trois jours se passent ordinairement sans changement notable, la respiration continuant à offrir une gêne semblable à celle qu'on éprouve dans un air chaud et renfermé, les malades ne cessant de se montrer inquiets, tristes et abattus. Du deuxième au troisième jour, il se manifeste k la peau un picotement incommode, la fièvre augmente ou se développe pour la première fois, le pouls acquiert de, la fréquence et on voit paraître Sur tout le corps une éruption ordinairement discrète, rarement confluente, laquelle ne manque que chez un petit nombre de sujets. Elle se compose de boutons miliaires, d'abord rouges, durs et assez saillants, qui blanchissent ensuite à leur sommet, lequel ne tarde pas k s'affaisser, pour laisser sortir la sérosité blanchâtre qui s'y était formée, et à présenter une croûte légère qu'emporte une sorte de desquamation. Quelquefois, entre ces boutons, paraissent des sudamina faciles k distinguer des boutons, et même de petites phlyetènes, dont l'apparition est sans influence appréciable sur la marche de la maladie.
L'éruption se fait ordinairement d'un seul trait; elle commence par la nuque, les côtés du cou, les aisselles, le dessous du sein, puis gagne bientôt les autres parties du corps. Cependant, elle n'offre pas toujours cette régularité de développement; car elle s'opère quelquefois k diverses reprises successives, signalées chacune par une notable recrudescence des symptômes se montrant d'abord sur un point, puis sur un autre ; mais, dans tous les cas, elle se développe sans être excitée ni produite par les toniques, les couvertures trop chaudes ou l'âcreté de la sueur, quoiqu'on ait quelquefois prétendu le contraire. La durée, quand elle se montre régulièrement, n'est guère que de deux ou trois jours, et quand il ne survient dans le cours de la maladie que les accidents dont nous avons parlé jusqu'à présent, on les voit
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diminuer peu & peu, cesser entièrement du septième au neuvième ou dixième jour de l'invasion, sans crise marquée, et être suivis d'un rétablissement assez prompt. Mais la convalescence est longue et pénible. Des congestions cérébrales et pulmonaires, de véritables inflammations, soit des parenchymes, soit des membranes séreuses (pneumonie, pleurésie, péricardite, etc.), se déclarent quelquefois dans le cours de la suette, dont elles précipitent la terminaison mortelle.
Le pronostic varie suivant le caractère général de l'épidémie, suivant la période à laquelle celle-ci est arrivée dans son évolution; le danger est moindre k la fin da l'épidémie qu'à l'époque de son début.
Pour ce qui est du traitement euratif, il n'y en a pas de préférable, à quelques légères modifications près, à celui qu'avait adopté Boyer. Ce médecin, comme on sait, avait d'abord recours aux antiphlogistiques, puis administrait les émétiques et les purgatifs, mais avec beaucoup de réserve. S'il en est ainsi, on devra, toutes les fois que la maladie simple et bénigne se présente avec des symptômes modérés , s'en tenir k l'usage des boissons délayantes, telles qu'une tisane d'orge, de chiendent et de guimauve, l'eau panée, l'eau de veau; en même temps, on combattra la constipation par des lavements d'abord émollients, puis laxatifs et même purgatifs, si les premiers restaient sans effet; les malades garderont en outre le repos et seront soumis à une diète convenable.
SUEUR s, m. (su-eur — rad. suer). Techn. Ouvrier qui travaille le cuir immédiatement après le tanneur.
SUEUR s. f. (su-eur — latin sudor, mot qui représente le sanscrit svaidos, même sens, grec idràs, allemand schweifs, anglais sweat, de la racine svid, transpirer, conservée dans le latin sudare, suer). Liquide aqueux, incolore, d'une saveur salée, d'une odeur particulière, qui suinte par les pores de la peau : Sueur abondante. Etre couvert de sueur.
Avoir la SUEUR au front.
De tout son corps dégoutte une sueur sanglante.
Delille.
La sueur de la honte, Lorsque jt> pense à vous, à. la face me monte.
Il Emission du même liquide ou de quelque autre par les pores ; action de suer; état d'une personne qui sue : Des sueurs de sang. La Sueur guérit de certaines maladies. iVe entier pas frais quand vous êtes en sueur. La suppression brusque des sueurs des mains et surtout des pieds a été signalée, dans tous les temps, comme pouvant déterminer des accidents graves. (Chomel.) L'exercice poussé jusqu'à la sueur peut très-bien remplacer, dans certains as, les sangsues, les saignées et les purgatifs. (Maquel.) Lorsque sur le sillon l'oiseau chante l'aurore, Le laboureur s'arrête et, le front en sueur, Aspire dans l'air pur un souffle de bonheur. A. de Musset.
— Par ext. Travail pénible : Se nourrir des Sueurs du peuple. Le journalier travaille et acliète à force de sueurs la plus étroite subsistance. {Turgot.) L'homme est moins l'esclave de ses sueurs que de ses pensées. (Chateaub.) Il est des gens qui veulent à tout prix grossir leur opulence des sueurs du peuple et de l'impôt levé sur ses besoins. (Ancelot.) La sueur du mercenaire monte et va alimenter le parasitisme d'en haut, (froudh.)
Pour rendre la glèbe féconde,
De sueur il faut l'amollir.
Lamartine.
A la sueur de son front, Par un travail
pénible et persévérant : Ce n'est qu'k la sueur de son front que l'homme peut tirer du sein de la terre le pain, souvent amer, qui fait sa subsistance. (Buff.) La liberté est le pain que les peuples doivent gagner X la sueur dp. leur front. (Lamenn.) La civilisation, sachons-le bien, est chose apprise et inventée, perfectionnée k la sueur du front de bien des générations. (Ste-Beuve.) Il est bien plus simple de s'endormir sur l'oreiller de la foi que de poursuivre la vérité k la. sueur de son front, (Vacherot.)
— Arroser quelque chose de ses sueurs, Y travailler d'une façon pénible et persistante : Ze peuple arrose de ses sueurs le pain qui nous nourrit et le vêtement qui nous couvre.
— Sueur froide, Sueur qui se manifeste dans quelques cas particuliers de maladie, et aussi dans certains états d'angoisse : Les sueurs froides de l'agonie. Oie froide sueur courut par tous les membres de son corps, (b'èn.) Je fus tellement effrayé, qu'il m'en prit la sueur froide. (L'abbé Barthélémy.) Je serai discret désormuis, je le jure; la leçon a été bonne; j'en ai encore une sueur froide. (Scribe.)
— Loc. fum. Couvret-vous, la sueur vous est bonne, Invitation ironique que l'on fait k quelqu'un qui reste couvert, lorsque la politesse exigerait qu'il Se découvrit.
— Pathol. Sueur d'Angleterre, Syn. de buette. Il Sueur rentrée, Maladie produite par la suppression subite d'une sueur abondante. A Sueur bleue, Sueur qui donne au linge une
couleur bleuâtre ou verdâtre.
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— Encyol. Physiol.', et pathol. La sueur est ce liquide produit à la surface de la peau, condensé en gouttelettes, tantôt dans certaines conditions normales par suite d'élévation de la température extérieure, tantôt par suite de mouvements ou d'efforts énergiques, ou encore de certaines émotions violentes ou du certains états morbides. Lorsque la transpiration normale ou la perspiration, qui est insensible, devient assez abondante pour être appréciable, elle prend différents noms, suivant Ja quantité de liquide exhalé. Si la peau est légèrement humide, il y a ce qu'on appelle de la moiteur; si le liquide s échappe en gouttelettes nombreuses et rapprochées, il y a sueur proprement dite. La sueur peut être générale, c'est-à-dire sourdre de toute la surface du corps, ou partielle. Dans ce dernier cas, qui est assez ordinaire, les parties qui sont le plus fréquemment ie siège de la transpiration sont les pieds, la paume des mains, les aisselles, la tête, la poitrine. Les auteurs citent quelques cas exceptionnels de sueurs qui occupaient un seul côté de la tête ou du corps; cette dernière condition s<j rencontre parfois chez les hémiplégiques, qui ne transpirent pas ou presque pas du côté paralysé. Tantôt la transpiration a lieu indifféremment le jour ou la nuit; tantôt, et c'est là le cas ie plus commun, elle a lieu pendant la nuit, soit en bonne santé, soit en état de maladie (chez les phthisiques, par exemple). Il n'est pas rare de voir l'écoulement de la sueur se montrer d'une manière continue pendant plusieurs heures, quelquefois même durant plusieurs jours. Ce n'est pas seulement sous le rapport de la continuité que les sueurs offrent de nombreuses différences; c'est encore sous celui de la durée, qui peut s'étendre de quelques instants à des années entières, mais non toutefois d'une manière permanente. Il est rare que ces sueurs chroniques persistent jusqu'à la vieillesse ; elles s'arrêtent ordinairement vers les dernières périodes de la vie.
Les sueurs se montrent généralement ave.c abondance, mais en quantité variable, darîs les affections inflammatoires aiguës accompagnées de fièvres, comme la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme, la fièvre typhoïde. Dans les fièvres intermittentes, elles constituent à elles seules un des stades de la maladie ; dans certaines pyrexies de mauvaise nature, le typhus, la morve, les résorptions purulentes, elles sont ordinairement liées k des accès irréguliers, a des exacerbations dent elles semblent annoncer la prochaine rémission. Parmi les affections chroniques qui s'accomp;ignent de sueurs abondantes, nous signalerons principalement la phthisie, les caries avec suppuration ancienne et abondante. La transpiration qui s'observe dans les névroses convulsives doit, à notre avis, être attribuée plutôt à l'effet des mouvements violents auxquels se livrent les malades qu'à une modification pathologique de la calorification. Quant k ces sueurs morbides dont quelques nosographes ont parlé sous le nom d'éphidroses, leurs caractères ne sont pas assez nettement accusés pour que nous croyions devoir en parler ici autreineut que pour les mentionner. Et d'ailleurs, dans les différents cas rapportés par ces auteurs, il s'agissait le plus ordinairement de sueurs symptomatiques. Au lieu d'être augmentée, la sueur est quelquefois diminuée et même suspendue d'une manière complète, au début de certaines pyrexies ou dans leur cours. Un bon nombre d'affections chroniques, telles que le diabète, les paralysies dues à une lésion de la moelle, t'iohthyose, s'accompagnent d'une sécheresse et d'une aridité permanente de la peau. (Raige-Delorme.)
Parmi les phénomènes locaux qui accompagnent une transpiration abondante, nous noterons diverses éruptions, notamment l'éruption miliaire, qui se montre surtout dans la suette épidémique, une notable macération de l'épiderme , lequel peut même se détacher et laisser des excoriations, entre les doigts des pieds, par exemple. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la liaison qui peut exister entre \es sueurs et les sudamina. Pour M. Louis, ils ont une grande importance comme moyen de diagnostic dans la fièvre typhoïde , tandis que, suivant M. Bouillaud, on les rencontre toujours la où il y a des sueurs abondantes, chez les phthisiques et les rhumatisants, par exemple.
Les phénomènes généraux sont très-variables ; tantôt, pendant que la transpiration se manifeste, le malade, auparavant agité, souffrant, sent le calme renaître et le soulagement se manifester; d'autres fois, au contraire, il y a de l'anxiété, un malaise extrême. J.a soif est ordinairement en rapport avec la déperdition de liquide par l'exhalation cutanée. L'état du pouls varie, non suivant la nature des sueurs, mais suivant la nature de de la maladie qui les détermine ; plein et développé dans les sueurs des pyrexies inflammatoires, il est petit et faible dans les sueurs visqueuses du choléra, des gangrènes internes et de l'agonie.
« La suppression de la sueur générale ou partielle a joué un grand rôle dans l'étiologie des maladies, telle que l'avaient établie les anciens. Depuis , l'analyse rigoureuse des faits a démontré l'exagérât on dans laquelle ou était tombé. Toutefois, il est impossible de nier que la suppression brusque d'une transpiration abondante ne puisse produire
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des accidents plus ou moins graves. Dans ses recherches, continuées avec persévérance depuis plusieurs années, M. Fourcault s'est plus particulièrement occupé des effets de la suppression de la transpiration insensible. En arrêtant mécaniquement l'exhalation cutanée au moyen d'une couche de goudron, de vernis, de colle forte, appliquée sur la peau, il a donné naissance, chez les animaux soumis à cette expérience, à des maladies qui ont déterminé la mort.
Ces expériences peuvent être groupées en deux séries; dans les unes, en effet, on a agi sur toute la surface cutanée à la fois; dans ■ les autres, sur des portions seulement de cette surface. Les effets pathologiques résultant de la suppression générale de la transpiration ont été les suivants : inflammation aiguë compliquée, engorgements des veines caves et du cœur ; comme effets de la suppression graduée ou partielle de la transpiration cutanée, on vit survenir des phlegmasies subaiguës , des irritations chroniques, des formations de tubercules, une altération profonde de la nutrition." (Kaige-Delonne.)
La valeur diagnostique des sueurs avait également autrefois une grande importance, qui prenait surtout sa source dans les théuries humorales de la doctrine galénique. Aujourd'hui, elles ne sont que d'un bien faible secours pour la séméiologie. Toutefois, des sueurs nocturnes, occupant particulièrement la poitrine, peuvent mettre sur la voie d'une affection tuberculeuse pulmonaire, surtout s'il y a en même temps de l'amaigrissement. Des sueurs chroniques peuvent indiquer une suppuration profonde, une pleurésie avec épanchement; mais, pour porter un diagnostic, il faut en même temps la réunion de bien d'autres signes et de signes bien autrement positifs. C'est donc seulement dans la suette que lu transpiration peut avoir une signification de quelque valeur. Si, dans un temps d'épidémie, on voit survenir des sueurs abondantes fétides, avec fièvre, anxiété épigastrique, on peut diagnostiquer la maladie régnante.
Pour le pronostic, on peut tirer un meilleur parti du phénomène qui nous occupe. Des sueurs douces, avec chaleur halitueuse, s'accompagnant d'un sentiment de détente et de bien-être, sont ordinairement un signe favorable, tandis qu'au contraire les sueurs froides, visqueuses, collantes indiquent une maladie très-grave, voire même une issue prochainement funeste. Ces remarques nous conduisent à parler des sueurs critiques. Les anciens avaient remarqué qu'elles n'avaient pas toutes ce caractère; celles qui survenaient ait début d'une maladie, par exemple, étaient regardées comme de simples épiphonomènes; ils ne considéraient comme critiques que celles qui se montraient aux jours dits critiques et qui amenaient la solution de la maladie. L'observation moderne n'a confirmé que d'unemanière très-restreinte ces résultats de l'observation antique. Ainsi, dans 1p cours des maladies aiguës, il est des sueurs qui n'ont aucun caractère critique ; les observateurs contemporains l'ont surabondamment démontré. D'autres, au contraire, paraissent offrir ce caractère; du moins arrive-t-il de voir la rémission des accidents coïncider avec une diaphorèse plus ou moins abondante. Mais, en disant que la sueur a été critique dans ce cas, il ne faut pas croire qu'elle a été la cause de la guérison ; la guérison est, comme la maladie, un phénomène très-complexe, auquel concourent un grand nombre de conditions, et il paraît que, dans un certain nombre de cas, l'acte physiologique sous l'influence duquel la sueur se produit est une de ces conditions. C'est ce que l'on voit bien manifestement dans le dernier stade des fièvres intermittentes. L'apparition de la sueur est le signal delà dèleDte; la chaleur, le pouls reviennent au type normal. Dans les affections fébriles graves, les fièvres typhoïdes, les résorptions purulentes, la fin des exacerbations est caractérisée par l'éruption de l'exhalation cutanée, à laquelle succède une amélioration passagère. C'est à ces quelques faits bien limités et bien peu concluants que se borne tout ce que nous avons à dire sur les sueurs prétendues critiques.
Si les sueurs sont trop abondantes et colliquatives, comme il arrive dans la phthisie, on pourra tenter de les diminuer; ce sont particulièrement les astringents qui ont été proposés dans ce but; ainsi, plusieurs praticiens ont retiré de bons effets de l'acétate de plomb administré à l'intérieur; d'autres ont vanté l'agaric blanc, d'autres le kino,etc. ; mais bien souvent, en dépit de tous ces moyens, l'acte morbide sous 1 influence duquel la sueur se produit est plus puissant que tous les remèdes qu'on lui oppose, et la quantité du liquide sécrété n'est que bien peu ou même n'est nullement diminuée. Les sueurs revenant'périodiquement à des intervalles fixes spront traitées par les préparations de quinine; celles qui sont habituelles, et, on peut le dire, physiologiques, peuvent, par leur abondance, incommoder le sujet; on pourra les combattre à l'aide des bains de rivière, des bains sulfureux, des toniques et des lotions astringentes. Mais ici ii ne faut pas perdre de vue ce que nous avons dit des inconvénients d'une suppression brusque ; il faut donc tâcher de renfermer l'évacuation dans des bornes convenables, et non la supprimer,
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en se tenant prêt k la rappeler si elle venait a disparaître entièrement.
Les sueurs modérées de l'état physiologique, celles qui semblent avoir le caractcit, dit critique , celles qui accompagnent Icj phlegmasies aiguës doivent être respectées; il faudra alors se borner k des soins de propreté, changer fréquemment le linge des malades, ne pas trop les couvrir; ainsi, dans la suette, il faudra lutter contre ce préjugé populaire qui consiste à favoriser l'évacuation cutanée en écrasant le malade sous des mon-, ceaux de couvertures qui ['étouffent et amènent si fréquemment des congestions cérébrales. Dans tous les cas, on évitera tout ce qui pourrait déterminer un refroidissement brusque.
Enfin, quand les accidents observés dépendent de la suppression d'une transpiration habituelle, il faudra la rappeler; si Celle-ci était générale, on mettra en usage les moyens qui constituent l'ensemble des procédés diaphorétiques; si elle était partielle, celle des pieds par exemple, on administrera des pédiluves toniques , ou rendus excitants par l'addition de sel de cuisine, de moutarde, etc. On fera porter au sujet des chaussettes de laine recouvertes d'autres chaussettes en taffetas gommé. Quelques personnes se sont très-bien trouvées, dans ce cas, de saupoudrer légèrement de farine de moutarde l'intérieur de leurs bas, qui alors doivent être en tissu de laine.
— Art vétér. La peau des animaux est le siège d'une exhalation plus ou moins abondante, qu'on appelle transpiration insensible quand elle est peu appréciable, etsueur lorsque son produit se répand sous forme liquide à la surface du corps. Il y a à l'extérieur de la peau une évaporation simple, entièrement physique, analogue à celle qui s'opère sur toutes les surfaces chaudes et humides exposées au contact de l'air ; puis il y a dans son tissu une sécrétion spéciale, dont le produit versé sur l'épiderme doit aussi y être enlevé par volatilisation.
Les organes chargés de la sécrétion de la sueur sont des glandes situées dans la couche profonde du derme et dans le tissu cellulaire sous-jacent. Ces glandes sont constituées par un long tube pelotonné sur lui-même pour fo'iner une petite masse, désignée sous le nom de glomérule, et par un canal excréteur sinueux, s'ouvrant à la surface de l'épiderme par un orifice très-étroit. Les parois de ces glandes sont tapissées intérieurement par une couche de cellules épithéliales. Ces glandes sont très-développées chez lus solipudes, surtout à la région inguinale, et chez le mouton; mais elles sont très-petites chez la chien, si ce r'est a la peau qui recouvre les pelotes ou les coussinets plantaires. Le glouiérule est très-allongé chez ie mouton, ovale au scrotum du cheval et à la face plantaire du pied du chien; il constitue, au lieu d'une pelote, une espèce de capsule ovoïde dans le bœuf et la plus grande partie de la peau des carnivores.
L'exhalation de la sueur paraît Irès-fuible cheis les animaux inférieurs, dontla peau ett recouverte d'enveloppes solides, à peu près imperméables, et chez ceux qui ont l'épiderme épais, écailleux ou corné, comme les serpents, les lézards, les tortues, etc. ; elle est, au contraire, très-abondante chez les mammifères et les oiseaux, où la peau a pour revêtement un épiderme d'une faible épaisseur. Parmi ces derniers, elle est plus ou moins active, suivant le degré de souplesse, de vasculurité de la peau et d'abondance des productions pileuses. Ainsi , elle est plus abondante chez les animaux à peau nue des climats chauds que chez les animaux u fourrure épaisse des pays du Nord. Elle est plus active chez le cheval que chez le bœuf, et surtout que chez le porc et le chien, dont ou ne voit jamais la peau mouillée de sueur.
Lu quantité de la sueur éliminée par la peau a été déterminée, pour l'espèce humaine et pour quelques animaux, avec assez d'exaciititude. o En appliquant, dit M. Colin, ces résultats aux animaux, ou trouve qu'un cheval du poids de 400 kilogrammes devrait perdra en vmgt-quatre heures, par la transpiration cutanée, 7,270 gr. Edwards a déterminé directement la perte qu'elle fait éprouver , de concert avec la perspiratiou pulmonaire, a divers reptiles, aux souris, aux cochons d'Inde et aux moineaux. Ces deux exhalations firent perdre en vingt-quatre heures un douzième du poids du corps à un cochon d'Inde, un neuvième à des lézards et à des crapauds, plus d'un quart à des moineaux, un tiers k des souris.» Enfin, l'activité de l'exhalation de la sueur dépend d'une foule de causes intérieures et extérieures, qui agissent soit sur la circulation ou la respiration, soit sur l'état du sang, du système nerveux, de la peau, etc. L'élévation de la température, la sécheresse de l'air, son état électrique , la diminution de pression de l'atmosphère, les exercices violents, les efforts de toute espèce augmentent la sécrétion de la sueur. Cette dernière, en effet, est bien plus abondante pendant l'été que pendant l'hiver, et par les temps lourds et humides que lorsque la pression de l'air est très-forte. Enfin, la transpiration augmente pendant la digestion, comme on le voit chez les-chevaux que l'on fait travailler immédiatement apr«s le repas , chez les animaux affecté.» $6 col^ues
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ou d'indigestion, chez ceux dont la respiration est pénible et dans beaucoup de maladies à l'approche de la inort. Elle diminue pendant l'abstinence et dans le cours d'un grand nombre de maladies où la peau est sèche, et notamment dans celles où les sécrétions internes acquièrent un surcroît d'activité, dans les pleuritss, les péritonites avec épanchement, dans les hémorragies internes. Mais toujours il s'établit un rapport inverse entre la sécrétion de la sueur et celle de l'urine, qui augmente quand l'autre diminue et réciproquement. Mais il y a de grandes variations à cet égiird. Les animaux jeunes, ceux qui ont le tempérament lymphatique suent au moindre exercice, tandis que d autres suent rarement.
La transpiration cutanée ne peut être supprimée ou diminuée sans danger pour l'organisme, parce qu'elle joue un rôle important relativement à. la dépuration du sang et an maintien de l'équilibre de la température du Corps. Cette sécrétion augmente à mesure que la chaleur extérieure s élève et soustrait à la masse du corps le calorique qui dépasse le degré propre k chaque animal. Elle permet ainsi à 1 homme et aux animaux de supporter de hautes températures et de conserver une chaleur uniforme dans toutes les saisons et sous toutes les latitudes. La transpiration 'cutanée ne peut être supprimée sans amener des troubles fonctionnels incompatibles avec la vie. En effet, les arrêts de cette exhalation peuvent déterminer la pleurésie, la pneumonie, les flux intestinaux, etc. Ainsi, les brûlures très-étendues, les inflammations vives de la peau déterminent souvent des inflammations sur d'autres muqueuses, par suite de Ja suspension de la sécrétion da la sueur sous l'influence de l'inflammation de la peau. Enfin, M. Fourcault et M. Bouley, en appliquant sur la surface du corps de divers animaux une couche imperméable da substances emplastiques, ont vu la mort survenir au bout de quelques jours et quelquefois même de quelques heures.
Telles sont les connaissances sur la sécrétion physiologique de la sueur chez les animaux; mais, dans l'état de maladie, cette sécrétion peut être diminuée, augmentée ou pervertie. Dans toutes, les maladies aiguës ou chroniques de quelque durée, les fonctions de la peau sont toujours affaiblies; alors les poils deviennent ternes et secs; la laine, chez les moutons, se montre dure, terne et mémo cassante. L'épiderme se dessèche et forme des écailles furfuracées qui se détachent do sa couche superficielle. Cet état de la peau se montre surtout dans les cas de bronchite, de pneumonie, et notamment dans le cours de la phthisie des bêtes bovines. Enfin, cetm sécrétion de la sueur peut être suspendue tout a coup lorsque les animaux, étant malades et en sueur, sont exposés à des courants d'air froid, à la pluie, à la neige; dans ces cas, des accidents redoutables surviennent. Les.sueurs chaudes et critiques, généralemen t favorables à l'issue des maladies, interrompues et supprimées tout à coup, sont les plus dangereuses. La sécrétion de la sueur est, au contraire, augmentée dans les maladies éruptives intenses à l'époque de l'éruption, dans les cas de coliques violentes, dé hernies étranglées, de tétanos, de déchirures ou de compression de quelques rameaux nerveux.
Ces sueurs pathologiques apparaissent d'abord dans quelques régions particulières du corps où les glandes sudorifères sont nombreuses, comme au scrotum, à la face interne des cuisses, aux aisselles, à la base des oreilles. On les nomme sueurs locales. Plus tard, lorsque le corps entier est enveloppé d'une vapeur abondante, que les poils se montrent mouillés et parfois baignés par le liquide sécrété et condensé dans toute l'étendue de la surface du corps et des membres, ces sueurs sont dites générales. Elles sont nommées chaudes lorsque la température de la sueur est plus élevée que celle du corps. Elles sont appelées froides dans le cas contraire. Lorsque les sueurs se conservent chaudes., elles sont toujours d'un augure favorable. Les sueurs froides annoncent généralement une terminaison fatale.
Enfin, la sécrétion de la sueur est dite pervertie lorsqu'elle entraîne au dehors, avec le liquide qui la constitue, un principe morbide étranger introduit accidentellement dans le sang. Peu d'études pratiques ont été faites jusqu'à prosent sur la perversion de la sueur chez les animaux ; on sait seulement que, dans le cas de rétention d'urine, les sueurs abondantes qu'éprouvent alors les animaux répandent une odeur d'urine bien manifeste.
— Constitution chimique de la sueur. La sueur est incolore et serait transparente si elle était pure ; mais elle est toujours troublée par la présence d un certain nombre de lamelles épithéliales en suspension. Elle jouit d'une odeur spéciale et d'une réaction tantôt alcaline, tantôt acide. Son excrétion se fuit d'une manière continue, mais avec une activité très- variable. En général, un homme adulte en bonne santé en perd 1 kilogramme par jour, ce qui donne une moyenne de 41 grammes par heure. Les exercices violents, certaines maladies, l'élévation de température peuvent déterminer une déperdition beaucoup plus considérable e>t qui, dans quelques cas, a atteint le chiffre énorme de 2 litres par heure. Voici, d'après M. Favre, la
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composition quantitative et qualitative de la sueur :
Eau (sur 10,000 parties). . . 9955,73
Chlorure de sodium 22,30
Chlorure de potassium . . . 2,43 Sulfate de soude et de potasse 0,11
Phosphates de soude et de
• potasse traces.
Carbonates alcalins restant unis à une certaine quantité de substance azotée
coagulable o,05
Phosphates terreux traces.
Sudorate de soude 11,72
Sudorate de potasse .... 5,20
Lactate de soude 2,38
Lactate dépotasse 1,02
Urée 0,42
Principes graisseux (matière sébacée?) 0,13
Traces d'une substance azotée coagulable, analogue à l'albumine, et quelques cellules épithéliales.
Dans certains états pathologiques, la sueur contient en outre des sels ammoniacaux.
Cette humeur exerémentitieile diffère par ses qualités d'une région du corps à l'autre. Au pli de l'aine, chez la femme et chez l'homme, ainsi que dans l'intervalle des orteils, elle est alcaline. Elle est, au contraire, acide dans le creux de l'aisselle ; mais comme elle doit là son acidité à des principes volatils, elle ne tarde pas à la perdre si on laisse ceux-ci s'évaporer.
Outre son rôle de produit exeréinentitiel, la sueur sert encore ;i contre-balancer les effets que ne manque pas de produire sur le corps humain une puissante élévation de température. En s'évaporant rapidement à la surface de la peau, elle la rafraîchit, puisque c'est en partie aux dépens du calorique animal qu'elle se vaporise.
Dans l'urémie, la sueur se charge d'urée; elle se colore en vert dans les maladies biliaires. On a observé aussi des sueurs roàées et des sueurs bleues, mais sans savoir exactement à quelle cause rattacher ces couleurs. Chez certains individus, la sueur des pieds est chargée d'une telle quantité d'acides butyrique et eaprique, qu il est impossible de rester à côté d'eux, surtout en été. Des lotions à l'acide phénique sont indiquées en pareille circonstance.
Ajoutons, pour terminer, qu'on a signalé des cas de sueurs sanguinolentes dans le typhus, dans certaines aménorrhées et dans diverses autres maladies.
SUEUR (Eustache Lb). V. Le Sukor.
SUEVES, en latin Suevi, dénomination générique donnée par les Romains à tous les peuples de^ la Germanie au delà de l'Elbe. Ce n'était, à l'origine de l'unpiie romain, ni une nation ni un peuple, mais une grande horde nomade de la famille germaine. Au m' siècle de l'ère chrétienne, les diverses fractions do cette horde se formèrent en ligue et devinrent sédentaires, fousaés vers l'Occident par les premiers mouvements de la grande émigration des peuples, les Suèves vinrent d'abord se fixer entre le Rhin, le Mein, la Saale et le Danube, dans la contrée qui prit plus tard le nom de Souabe. Divers peuples firent alors partie de la ligue des Suèves; ce furent les Heraundures, les Lemnons et les Marcomatis. Au ve siècle, les Suèves envahirent les Gaules et l'Espagne, avec les Alains et les Vandales. Conduits par leur chef Hermanric , ils fondèrent dans la Galice un royaume qui fut un instant très- puissant, surtout sous Réchila et Rechiaire, de 438 à 451 ; il comprit la Bétique et la Lusitanie et fut sur le point d'envahir toute la péninsule ibérique. En 456, le roi des Visigoths, Théodoric, refoula les Suèves dans les limites de la Galice et, en 585, Léovigild détruisit le royaume suève et le reunit k l'empire visigoth.
SUÈVES (mer des), nom donné quelquefois par les auteurs anglais à la mer Baltique.
SUEV1A, nom latin de la S013A.be.
SUEZ (golfe de), l' Heroopolites Sinus des anciens, nom de la bifurcation occidentale de la mer Rou^e, au N,, entre l'Arabie à l'E. et l'Egypte a l'O. Il s'avance du S.-E, au N.-O. sur une longueur de 286 kilom., avec une largeur de 44 kilom. Son entrée est entre le cap Mohammed à l'E., sur la côte arabique, et le mont Ezzeit à l'O., sur le territoire égyptien. Les ports les plus importants que présente le golfe de Suez sont celui de i>uez, k l'extrémité septentrionale, et celui de Tor ou Déir sur la rive orientale.
SUEZ, X'Arsinoé ou Cleopatris des anciens, nommée Soueys par les Arabes, ville de la basse Egypte, à l'extrémité N. -E. du golfe de son nom, formé par la mer Rouge, à 139 kilom. E. du Caire, par 29" 58' de latit. N, et 30i> 20' de longit. E. ; 15,000 hab. Suez n'est encore qu'une ville peu importante, mais l'avenir que lui réserve l'ouverture du canal de communication des deux mers lui donne un grand intérêt. La seule industrie qui y fut pratiquée auparavant était la construction de petiis bâtiments destinés au cabotage entre le port et Djeddah ; grâce à sa position à la lète de la bifurcation occidentale de la mer Rouge, Suez fait un commerce extérieur as» sez considérable, facilité par le chemin de
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fer qui niet cette ville en communication directe avec Le Caire et Alexandrie.
La rade de Suez est vaste et sûre. Plus da 500 bâtiments pourraient y trouver place. Les profondeurs sont de 15 à 16 mètres au plus, sur un fond de vase molle et cependant d'une excellente tenue. Deux passes profondes, assez larges pour qu'on puisse y louvoyer en tout temps, à l'entrée et à Ta sortie, donnent accès an mouillage , en s'ouvrant par des profondeurs de 16 à 20 mètres. Le vent N.-N.-O. domine en toute saison. Il règne presque seul de mars en décembre, et 1>; reste de l'année il alterne avec les vents S- -S.-E. et O.-S.-O. Ce dernier est le plus violent; mais les atterrissements ne sont pas à redouter dans le golfe, car le fond de la rade ne paraît pas s'être exhaussé sensiblement depuis des siècles. Cette rade avait toutes les qualités nécessaires pour former la tête du canal construit entre les deux mers. On lui a donné une profondeur de 8 à 9 mètres par l'établissement de deux jetées, l'une de 1,500 mètres, au sud, l'autre de 1,200 mètres au nord.
La ville n'est pas en rapport avec ses destinées futures. «Elle a, dit M. G. Lejean, une enceinte irrégulière et misérable, quelques I habitationsmodernesconfortables, toutes voi- ; siues de la gare et du port, notamment l'a- > gence consulaire de transit (Peninsular Com- j pany) , quelques mosquées sans caractère monumental et deux ou trois places, dont la plus petite et la plus pittoresque est celle du marché aux grains. A l'angle d'une ruelle obscure et Sale qui mène au bazar s'élève la maison dont l'ornementation curieuse attire les regards. La dernière curiosité do Suez, c'est la maison qu'habita le général Bonaparte quand il vint dans cette ville. Elle fait face à la mer. ° La plage de Suez offre aux oisifs une promenade agréable; de là, on a souvent l'occasion d'observer les effets du miruge. L'existence de la ville actuelle, sur l'emplacement de l'antique Arsinoé, ne remonte pus bien haut; mais au moyen âge il y avait près de là un château appelé Clisma, qui défendait la sortie du canal de communication du Nil à la mer Rouge.
SUEZ (isthme de), langue de terre qui joint les continents asiatique et africain, entre la mer Rouge au S- et la Méditerranée au N.; largeur 117 kilom., en droite ligne entre Péluse et Suez. « L'immense plaine qui termino la vallée inférieure du Nil torme, comme chacun sait, un triangle dont le sommet est au Caire et auquel la côte maritime d'Alexandrie à Péluse sert de base. Il est probable qu'à une époque bien antérieure aux temps historiques ce vaste espace n'était qu'une immense et profonde baie qui, selon toute apparence, communiquait avec la mer Rouge par un détroit ou bosphore ouvert entre les pentes extrêmes des deux chaînes de montagnes qui bordent les rives de cette mer. Ce détroit, où l'inégalité des marées dans les deux mers qu'il mettait en communication devait entretenir des courants très-prononcés, ayant été intercepté, il n'en reste d'autres traces que le vaste et profond bassin des lacs Amers, qui occupe, sur une longueur de 40 ki- * lom., la. partie centrale de l'isthme de Suez. Au sud, ce bassin est séparé de la mer Rouge par un isthme d'environ 15 kilom. de largeur et dont la hauteur n'excède guère celle des hautes mers; au nord, il est limité par une langue de terre beaucoup plus étroite (5 ou 6 kilom. seulement) et plus élevée de 4 ou 5 mètres. Au delà on remarque uns autre dépression (le lac Timsah), qui communique avec le Delta par une vallée étroite appelée par les Arabes Ou.ady-Toum.ilat. Le sol actuel de cette vallée est seulement de S ou 3 mètres au-dessus de la haute mer; su direction est de l'orient à l'occident , et sa longueur de 40 kilom. environ ; elle débouche dans la vallée du Nil, non loin de l'ancienne branche Pélusiaque et à la hauteur où se trouvait sur celte branche la ville de Bubaslis, point de départ du premier canal qui ait été établi pour faire communiquer le NU et la mer Rouge. Le ldc Timsah et l'Ouady-Toumilat sont séparés du lac Menzaleh par un rameau étroit détaché de la chaîne Arabique; le col le plus bas de ce rameau placé en face du lac Timsah s'élève d'environ 15 mètres au-dessus de la mer. Une fois ce col franchi, on se trouve sur les bords du lac Baliah, affluent du lac Menzaleh, c'est-à-dire au niveau de la Méditerranée, dont on est séparé par la plaine, autrefois riche et peuplée, aujourd'hui entièrement déserte, de Péluse. ^faulin Talabot, Canal de Suez.)
Avant les découvertes maritimes du xve siècle, l'isthme était le seul chemin connu pour se rendre dans l'Inde. Les marchandises, débarquées sur les côtes de la Méditerranée, étaient placées à dos de chameau, traversaient le désert et reprenaient la mer à Suez. En 1486 un navigateur portugais, Barthélémy Diaz, découvrait le cap des Tourmentes, appelé plus tard cap de Bonne-Espérance. Vasco de Gama d"ublait eu 1497 le même cap et indiquait la nouvelle route des Indes. Il y eut donc à partir de cette époque deux routes pour se rendre dans les Indes, en Chine et en Australie : l'une, la plus ancienne, celle de l'isthme de Suez, exigeant un déchargement k Alexandrie, la traversée de l'isthme par les caravanes, plus tard par un chemin de fer, et le rechargement k Suez;
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1 autre contournant l'Afrique et permettant aux navires de l'Europe et de l'Amérique de débarquer dans les ports de l'Orient. La première a l'avantage d'être la plus courte, et la seconde celui de ne pas exiger de transbordement. Aussi la voie de l'isthme était-elle exclusivement réservée, avant la construction du canal, aux transports des personnes et des marchandises légères ou d'un grand pris , et laseconde aux marchandises encombrantes, d|un grand poids et d'une moindre valeur, qui peuvent, sans inconvénient, tenir la mer plus longtemps.
On conçoit donc tout l'intérêt que présentait le percement de l'isthme qtd devait permettre au mouvement considérable s'opérant aujourd'hui par le Cap de Bonne-Espérance de prendre la voie plus rapide de Suez, pour le plus grand nombre de ses destinations.
Les anciens, dont le commerce était si peu important relativement au nôtre, dont les relations, presque nulles à leur origine et pendant longtemps, ont été difficiles et gênées plus tard par les guerres et la piraterie , avaient parfaitement compris l'avantage que procurerait un canal réunissantles deux mers et ont cherché bien souvent à l'établir.
Selon Strabon et Pline, ce fut Sésostris, c'est-à-dire Ramsès II (1394-1328 av. J.-C), qui, le premier, entreprit de creuser un canal allant de la branche la plus orientale du Nil, la branche Pélusiaque.par l'Ouady-Toumilat jusqu'à Arsinoé, sur la mer Rouge. L'Ouady-Toumilat, nom que les Arabes donnent à cette vallée qui s'étend à l'E. du Nil, à quelques myriamètres au-dessous du Caire, et qui forme une bande de terre fertile, resserrée au N. et au S. entre des plaines désertes, est la terre de Gessen de l'Ancien Testament. Elle a dû être le lit d'un bras du Nil qui n'existe plus aujourd'hui et qui, dans les temps préhistoriques, devait se déverser dans les lacs Amers, lesquels formaient alors un golfe de la mer Rouge ; selon d'autres, co bras du Nil s'écoulait dans le lac Timsah (lac des Crocodiles). « Le canal, dit Strabon, coule à travers les lacs Amers, qui sont ainsi appelés parce qu'ils étaient amers jadis; mais, depuis que le canal a été creusé, ils se sont transformés et abondent en poissons et en oiseaux de marais. » Ramsès força les Juifs qui habitaient dans le voisinage à travailler au canal, sur les bords duquel ils durent aussi construire les deux villes de Pithom et de Rainsès, qui sont mentionnées dans la Bible et dont la situation exacte a été déterminée par les recherches des modernes, par celles de Lepsius notamment. Ce fut ce travail forcé qui fut la cause première du mécontentement des Juifs et de leur départ d'Kgypte. Cependant les auteurs anciens ne nous disent pas si c'était uu canal de navigation que Rainsès avait voulu établir; il est possible que ce ne fût qu'un canal d'irrigation, ou bien encore qu'il ait été destiné à Servir soit à l'écoulement du trop-plein des eaux du Nil, soit au transport des troupes et du matériel de guerre de ce prince belliqueux. L'intérêt que le roi Rainsès lll,qui avait fait construire une flotte de 400 gros vaisseaux sur la mer Rouge, aurait eu à posséder une communication assurée et commode avec cette Sotte a conduit quelques savants à supposer que ce prince avait transformé le canal d'irrigation en un canal de navigation ; mais les anciens ne nous ont- transmis aucun renseignement certain à cet égard: D'après Hérodote, ce serait Néchao II, fils de Psammétichus (617-601 av. J.-C), qui aurait le premier entrepris l'établissement d'un canal, qui, de Bubastis, où il recevait les eaux du Nil, se dirigeait d'abord de l'ouest à l'est, puismiléehissantverslesud aboutissait, près de Patamos, à la mer Rouge. Après avoir fait périr 120,000 hommes aux travaux de cette entreprise, Néchao y renonça, parce qu'un oracle l'avertit que le canal ne servirait qu'aux barbares. L'œuvre ne fut reprise que par Darius, fils d'Hystaspe, qui l'aurait achevée, si nous en croyons Hérodote ; mais ce dernier est contredit par Diodore de Sicile et par Strabon, qui soutiennent l'un et l'autre que Darius ne voulut pas faire terminer le canal parce qu'on lui avait dit que, par suite de l'élévation du niveau de la mer Rouge, le pays entier serait submergé. D'après ces deux auteurs et d'après Pline, ce fut Ptolémée 11 Philadelphe qui termina le canal navigable l'an 277 av. J.-C. Cependant Hérodote décrit le canal avec une telle profusion de détails, que l'on ne peut mettre en doute ou qu'il l'ait vu, ou qu'il ait utilisé pour sa description celle qu'en avait déjà donnée Hécatée l'Ancien, ce qui prouverait que le canal existait déjà bien longtemps avant l'époque des Ptolèmées. Du reste, ■■ n'est pas impossible que, par suite des mouvements du sol sur les bords de la mer Rouge, le canal terminé ait été obstrué à différentes places, ou que, plus tard, il soit devenu nécessaire de le prolonger. On expliquerait ainsi la contradiction qui existe entre les assertions des historiens anciens. « Le canal, dit Hérodote, a une longueur de quatre journées de navigation et il est assez large pour que deux trirèmes puissent y naviguer côte k côte. • Pline évalue la longueur à 62 milles, ce qui équivaut à 91 kilomètres environ. D'après Strabon , la largeur devait être de 100 aunes, et la profondeur assez grande pour qu'un vaisseau de transport tres-chargé pût y naviguer. Le canal d'eau douce actuel suit
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en partie le tracé de l'ancien canal, dont les traces sont encore visibles a certains endroits de l'isthme. On ne trouve dans les renseignements que nous ont transmis les anciens rien qui prouve que ce canal ait servi a la navigation commerciale; et ce qui fortifierait les doutes à ce sujet, c'est la difficulté que les bâtiments à voiles éprouvaient à naviguer dans le nord de la mer Rouge. Sous les Ptolémées et sous la domination romaine, les marchandises venant de l'Inde arrivaient au port de Bérénice et à celui de Myos-Hormos, qui était peut-être situé sur l'emplacement du port actuel d'Abou-Somer, vers le 86° parallèle de latit. N. ; de là elles étaient transportées par la grande route commerciale, militaire et postale, décrite par Strabon et par Pline et dessinée dans tous les itinéraires anciens , à Coptos, sur le Nil, d'où elles redescendaient le fleuve jusqu'à Alexandrie. Le coûteux entretien du canal et le mince avantage qu'on en retirait au point de vue commercial semblent en avoir plus tard amené la ruine; plusieurs des vaisseaux sur lesquels Cléopatre avait entassé ses trésors après la bataille d'Actium y durent être submergés. Trajan, et selon d'autres, Adrien le rétablit en partie, mais seulement dans l'intérêt du commerce local et de l'agriculture. Amrou, le conquérant arabe de l'Egypte, mit en avant, vers 640 de notre ère, l'idée d'un canal direct réunissant les deux mers; mais le calife Omar la rejeta, pour ne pas ouvrir aux corsaires de la Méditerranée les portes de ]a mer Rouge. Alors Amrou rit exécuter dans l'ancien canal d'importants travaux d'amélioration, afin que les céréales d'Egypte, qui remplissaient jadis les greniers du Tibre , puis ceux de la Corne - d'Or , pussent être plus facilement transportées en Arabie. En 775, Mohammedben-Abdallah s'étant révolté k Médine contre son neveu Abou-Jafar Al-Mansour, ce dernier lit combler le canal pour fermer l'accès de l'Egypte à l'armée des révoltés. Du reste, la politique des califes semble avoir eu pour but principal de diriger le commerce avec l'Inde sur le golfe Persique et sur Bagdad, qui venait de naître des ruines de l'antique Babylone. Ainsi finit le Canal des quatre rois (Ramsès, Néchao, Darius et Ptolémée). A la même époque, les lacs Amers, privés de communication d'un côté avec la mer Rouge, de l'autre avec le Nil, commencèrent à se transformer en une lagune morte, dont les eaux s'évaporèrent en laissant un dépôt de sel, qui avait fini par former un banc long de 11 kilomètres, large c'a près de 5 kilomètres et ayant 6 mètres d'épaisseur. Les marais qui l'entourent en rendaient l'exploitation impossible.
L'histoire ne fait connaître aucune tentative nouvelle depuis l'époque de la domination des califes jusqu'à la tin du siècle dernier. Au commencement du xvi" siècle, la république vénitienne, menacée dans ses intérêts commerciaux par les découvertes de Vasco de Gama, avait bien résolu, sur la proposition de Niccolo da Conti, le célèbre voyageur, d'entreprendre le percement de l'isthme de Suez; mais les sultans mameluks interdisaient aux chrétiens l'entrée de leurs Etats et Venise n'avait pas la force nécessaire pour les contraindre. Le projet fut forcément abandonné. Lorsque Bonaparte entra en Egypte, il chargea l'un des ingénieurs faisant partie de la commission scientifique attachée à l'expédition, Lepère, d'étudier un projet de jonction des deux mers. Le projet fut étudié, mais non exécuté. Enfin, en 1846, sous les auspices de M. Enfantin, une société se forma dans le but d'exécuter un canal de communication entre la Méditerranée etlamer Rouge. Le projet fut étudié par M. Talabot, directeur de ta compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Un autre projet fut présenté en 1856 par MM. Alexis et Emile Barrault. Les choses étaient en cet état, lorsque M. Ferdinand de Lesseps parvint à iu-téresser à cette œuvre réputée impossible le vice -roi d'Egypte, Mohammed- Saïd-Pacha; un nouveau projet fut étudié par les ingénieurs de ce dernier, MM. Linant et Mongel. Ce projet fut adopté par une commission internationale, qui se borna à apporter quelques légères modifications, et définitivement exécuté en dix ans (1859-1869).
Ainsi donc, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, sous les pharaons, sous les Ptolémées, au temps des empereurs romains et sous la domination des califes , on s'est occupé de ce percement de l'isthme. Avant de parler des travaux gigantesques qu'il a fallu entreprendre pour l'exécuter, il est nécessaire d'examiner de plus près, au point de vue géographique, l'isthme lui-même et les pays environnants.
La basse Egypte, ou Egypte cultivée, forme, comme nous le disions plus haut, un vaste triangle de 1,375 iieues de superficie, dont le sommet est au Caire et dont la base est formée par une ligne convexe terminée à l'ouest par Alexandrie et à l'est par Péluse. Le Nil arrose toute sa surface. Des sept branches qui existaient autrefois, il n'en reste plus que deux, celle de Rosette et celle de Dumiette, qui prennent leur origine en aval du Caire et descendent leurs eaux jusqu'à la Méditerranée, après avoir fécondé, par de nombreux canaux, les terres sur lesquelles elles se sont répandues. Fleuve inconstant, bonne et parfois mauvaise providence de l'Egypte, qu'il réduit à la famine si ses eaux sont trop bas-
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ses ou trop hautes, à laquelle il donne des récoltes favorables et l'abondance si seseaux atteignent et dépassent même un certain niveau, le Nil débite six fois autant que la Seine et à peu près le double du Rhône.
Sa vitesse varie de 0m,50, à l'étiage, à l"i,50 au moment des plus grandes crues. La proportion variable de limon qu'il tient en suspension est de 0,008 du volume d'eau, pendant la crue, de 0,002 à l'étiage et de 0,004 en moyenne. Indépendamment du limon que transporte le Nil et dont une faible quantité se dépose sur les terres qu'il arrose, tandis que la plus grande proportion est entraînée vers la. mer, le Nil transporte encore des sables arrachés à ses rives par le courant ou jetés dans son lit par les vents. Des lacs d'une grande étendue se trouvent à la base du Delta: les lacs Menzaleh, le lac de Bourlos, le lac d'Etko, l'ancien lao Muréotis, séparés de la mer par un banc de sable ou Lido, qui souvent ne présente pas plus de 100 à 150 mètres de largeur, émergeant à peine au-dessus de la mer.
Sauf quelques plateaux peu élevés, que l'on rencontre entre les lacs Amers et le lac Tiinsah et entre ce dernier et les lacs Menzaleh, la plaine est presque horizontale et le" thalweg très-nettement accusé.
Une autre dépression, non moins intéressante au point de vue de l'Egypte, est celle qui existe de l'est à l'ouest presque normalement à la première entre le lac Timsah et l'ancienne Bubasiis ; c'est la vallée de l'Ouady- Toumilat , la terre de Gessen des Hébreux. Lorsque la crue du Nil est un peu forte, ses eaux arrivent par cette vallée jusqu'au lac Timsah. C'est dans cette vallée que les ingénieurs commencèrent par creuser le canal d'eau douce, à côté et parfois dans l'emplacement même de l'ancien canal des Ptolémées et des empereurs romains.
Il résulte de cette configuration que le tracé le plus naturel est celui qui suit la li^ne la plus directe entre les deux mers, en 1 infléchissant, toutefois, de manière à profiter des dépressions profondes des lacs interposés. Le premier projet étudié dans les temps modernes est celui de M, Lepère, chargé par Bonaparte, au moment de 1 expédition d'Egypte, de préparer l'exécution du canal. Cet ingénieur, après un séjour de deux ans en Egypte, remettait au premier consul, le 24 août 1803, son Mémoire sur la communication de la mer des Indes à la Méditerranée par la mer Rouge et l'isthme de Suez, Il avait évité le canal direct, auquel il trouvait des inconvénients nombreux. Son tracé allait jusqu'aux lacs Amers, puis venait k Bubastis par la vallée transversale et allait enfin rejoindre la mer à Alexandrie, en traversant les branches du Nil.et les canaux. La dépense approximative était évaluée à 30 millions.
« La chose est grande, dit le premier consul ; ce n'est pas moi maintenant qui pourrai l'accomplir; mais le gouvernement turc trouvera un jour sa conservation et sa gloire dans l'exécution de ce projet. >
Après la constitution de la société de M. Enfantin en 1846, de nouvelles études furent effectuées par MM. Stephenson, Negrelli et Paulin Talabot. La première question qui préoccupa ces ingénieurs fut celle de la hauteur relative des deux mers. Eu effet, les explorateurs de 1799 avaient affirmé que les eaux de la mer Rouge étaient de 10 mètres environ plus élevées que celles de la Méditerranée.
Ce résultat, quoique étrange, était généralement admis. On croyait cela depuis les temps les plus reculés; Laplace et Fourier osèrent seuls se mettre en opposition avec une tradition qui remontait à Aristote et protestèrent contre ce résultat anomal. Un ingé nieur de la compagnie, M. Bourdaloue, qui a acquis dans ces sortes de travaux une réputation européenne, fut chargé des opérations de nivellement à faire dans l'isthme de Suez. Le résultat établit définitivement que la différence entre les niveaux moyens des deux mers n'était pas supérieure à 011,80.
Le canal proposé par M. Talabot était indirect comme celui de Lepère et débouchait à Alexandrie. Sa largeur devait être de 100 mètres, sa profondeur de 8 mètres, et il aurait été alimenté par les eaux du Nil. Indirect aussi était le tracé de MM. Alexis et Emile Barrault; il suivait d'abord le trajet direct par les lacs Amers, les lacs Menzaleh, puis, arrivé vers la mer, la côtoyait pendant plus de 40 lieues pour aller aussi déboucher à Alexandrie. On se rend difficilement compte de l'idée fixe qui montre à tous les auteurs des projets précédents Alexandrie comme débouché eu quelque sorte forcé du canal des deux mers dans la Méditerranée. Cette obligation, où ils se mettaient volontairement, les contraignait à passer le Nil ou ses embouchures et à troubler plus ou moins le système de canalisation et d'irrigation de l'Egypte. Enfin, un autre inconvénient non moins grave résidait dans la longueur de ces canaux, qui n'aurait pas été moindre de 400 kilomètres. Le projet qui a été adopté, celui de MM. Linant et Mongel, concluant à l'exécution du canal direct, a l'avantage de ne pas amener la traversée du Nil et de donner un parcours réduit de 147 kilomètres seulement.
1 Ce fut dans un voyage fait au Caire avec le prince d'Alexandrie, il travers le désert
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Libyque, dit M. F. de Lesseps, qu'il fut pour la première fois question entre nous du percement de l'isthme de Suez. Le viee-roi était pénétré des résultats grandioses de l'entreprise. Il me demanda un mémoire à ce sujet. »
Ce mémoire, daté du camp de Maréa (désert Lybique), était adressé à S. A. Monain med-Saïd-Pacha, le 15 novembre 1854.
Le firman de concession, remis parle viceroi « à son dévoué ami, de haute naissance et de rang élevé, M. F. de Lesseps, ■ vint bientôt après, le 30 novembre 1854.
Le 15 janvier 1855, MM. Linant et Mongel, ingénieurs du vice-roi, reçurent de M. de Lesseps des instructions pour l'avant-projet du canal maritime de la mer Rouge à la Méditerranée et du canal d'alimentation dérivé du Nil. Cet avant-projet fut terminé le 20 mars. A cette époque, le gouvernement anglais, sous l'impulsion de lord Palmerston, montra une si vive opposition au projet du canal, qu'on fut forcé de lui opposer le jugement des premiers ingénieurs de l'Europe. M. de Lesseps constitua, sous le nom de commission internationale, un tribunal scientifique suprême, appelé à décider en dernier ressort entre les ingénieurs du vice-roi, déclarant le percement de l'isthme de Suez possible et lucratif, et lord Palmerston qui soutenait le contraire. La commission internationale fut composée de : MM. Rendel, Ch. Manby, Mac- Clean, le capitaine Harris, pour l'Angleterre; M. Negrelli, pour l'Autriche ; M. Lentzé, pour la Prusse; M. Conrad, pour les Pays-lias; M. Paiéoeapa, pour l'Italie; M. Montesinos, pour l'Espagne ; MM. Renaud, Lieussou, le vice-amiral Rigault de Genouilly et le contre-amiral Jaurès, pour la France. Cinq membres de cette commission allèrent sur les lieux mêmes se rendre compte de la possibilité de l'entreprise. Ils furent cordialement et brillamment reçus par le vice-roi. Le l8r janvier 1856, leur mission était terminée, et la commission publiait un rapport concluant à l'exécution. L'Académie des sciences, à deux reprises différentes, déclarales mémoires présentés dignes de son approbation, satisfaisantes les explications données par la commission pour répondre aux objections faites contre le canal maritime. Tous les suffrages étant acquis à ces études et le doute n'étant plus permis sur les résultats, les opérations pratiques commencèrent immédiatement.
Les géologues furent appelés d'abord à faire connaître la nature du sol que devait traverser le canal. La commission fit exécuter dixneuf sondages , tant dans la rade de Suez que dans les seuils que coupe le tracé et dans les lacs qu'il traverse. Les terrains de l'isthme appartiennent à la formation tertiaire. On trouve dans la rade de Suez du sable oireux, mélangé de petit gravier et à divers états d'agglutination. La plaine de Suez est formée de sables et de galets paraissant provenir de dépôts opérés par les grandes marées. Au-dessous, on rencontre une épaisse couche d'argile plus ou moins sablonneuse et compacte. Au delà de Chalouf, la plaine descend insensiblement dans le petit lac Amer, dont le fond est formé de sable mou imprégné de sel et de sulfate de chaux. Dans le grand lac, la végétation se découvre en plus grande quantité. Depuis le seuil du Sérapéum jusqu'à la Méditerranée, on ne rencontre plus guère que des sables. En un point , on a trouvé de la marne. Au-dessous du limon du lac Timsah, on rencontre des coquilles d'espèces qui vivent dans la mer Rouge. Le seuil d'El-Guisr, qui s'élève à 15 mètres au-dessus des basses eaux de la Méditerranée, consiste en ud grand dépôt de sable, protégé par une
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couche de petit gravier et par quelques plantes contre l'action des vents.
Du seuil d'El-Guisr jusqu'à Péluse, le terrain ne présente plus que de grandes ondulations. On arrive enfin aux lacs Menzaleh, dans lesquels les sondages ont donné du sable mélangé à de la vase, à de l'argile en différentes proportions et à un peu de limon du Nil, En résumé, on ne trouve, dans toute l'étendue du canai, que deux espèces principales de terrains : de l'argile entre Suez et les lacs Amers, et du sable entre les lacs Amers et la Méditerranée.
Le tracé primitif partait de Suez, traversait la plaine, coupait le seuil de Chalouf, pénétrait dans les lacs Amers et dans le lac Timsah, après avoir franchi le seuil du Sérapéum. Au delà du lac, il coupait le seuil d'El- Guisr et celui d'El-Ferduns, traversait les lacs BalUih, puis les lacs Menzaleh, et arrivait à la mer dans le fond du golfe de Péluse. Cette dernière partie du tracé a seule été modifiée par les membres de la commission internationale, qui ont reporté à 2Sk'lom,500 vers l'ouest l'embouchure du canal. La longueur de celui-ci est alors de 160 kilomètres : il satisfait mieux qu'aucun des autres projets, p;ir la brièveté de son parcours, aux conditions que lui impose le commerce du monde. Il na trouble pas le système de canalisation et d'irrigation de l'Egypte et lui permet de prendre part au mouvement important qui doit s'opérer entre les deux mers, par le moyen du canal d'eau douce. Celui-ci était une des conditions indispensables de l'exécution du canal maritime. Il fut dès le principe utilisé pour l'alimentation des ouvriers et comme moyen de transport pour les approvisionnements de toute sorte. Depuis son achèvement, qui eut lieu le 1er mai 1862, il a rendu les plus grands services à l'agriculture par l'irrigation des terrains qu'il traverse. Il part de Kasr-el- Nil, un peu au-dessus de Boulak, et longe la ville du Caire, près de laquelle il rejoint l'ancien canal de Trajan et d'Amrou, qu'il suit à peu de chose près jusqu'au lac Timsah. Avant son embouchure dans ce dernier, il donne naissance à un canal dirigé vers Suez et à une conduite d'eau sur Port-Saïd.
On avait d'abord pensé à faire servir le canal d'eau douce à l'alimentation du canal maritime ; mais comme cette disposition conduisait forcément à l'emploi d'écluses, elle fut rejetée et l'on s'arrêta à la construction d'un canal ouvert dans lequel la mer circulerait librement, ayant une largeur de 100 mètres c à la ligne d'eau, de Suez aux lacs Amers, et 80 mètres seulement pour les autres parties de son parcours, avec une profondeur uniforme de 8 mètres au-dessous du niveau des deux mers. Voici quelques détails de sa construction :
Les talus sont inclinés de 2 pour 1. A 1 mètre au-dessous de la ligne d'eau est ménagée sur chaque talus une banquette de 2 mètres de largeur, recouverte d'un enrochement destiné à préserver les berges contre le clapotage des vagues. Entre Port-Saïd et les lacs Amers, trois types sont appliqués.:. le premier à la traversée des lacs Menzaleh, le terrain étant U moins de 2 mètres au-dessus et à moins de lm,75 au-dessous du niveau moyen de la Méditerranée. La largeur à la ligne d'eau est de 100 mètres. Les talus de la cuvette sont ceux que prennent naturellement les terrains traversés. A lm,SS en contre-bas du niveau de l'eau, une large banquette permet aux vagues de se développper sans porter atteinte aux berges du canal (fig. l). La largeur du plafond est de 22 mètres et la profondeur de 8 mètres, ab est la ligne d'eau de l'étiage moyen.
Lorsque le canai traverse des terrains plus élevés, une simple banquette de ï mètres est ménagée en contre-bas de l'eau. Au passage
des seuils, une seconde banquette de 3 mètres de largeur B (fig. 2) est établie à 3 mètres au-dessus du niveau de l'eau. Dans les deux
cas, les talus sont inclinés à 2 de base pour 1 de hauteur et la largeur du plan d'eau est de 58 mètres.
A la traversée des lacs, les talus de la cuvette sont inclinées de 3 pour 1. Deux types sont appliqués entre les lacs Amers et Suez.
Le premier est établi au passage du seuil de Chalouf; il est semblable à celui qui a été décrit plus haut et est appliqué à la traversée des seuils.
Le second type, dans la plaine de Suez, a 112 mètres de ligne d'eau au niveau de la haute mer. Les talus de la cuvette sont ceux que prennent naturellement les terrains traversés. Une large banquette réservée un peu audessous du niveau moyen de la mer Rouge précède des talus réglés à 5 pour 1, qui s'arrêtent au niveau de la haute mer. Des talus à 1 pour 1 rejoignent la surface du sol. Pour ce qui est des embouchures, l'une est située
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à Port-Saïd, Vautre a Suez. Cette ville, déjà vieille, a été conservée, la rade présentant toutes les conditions requises pour l'entrée du canal. Celle-ci est formée par un chenal indiqué par des enrochements jusqu'aux fonds de 6 mètres et raccordé ensuite au moyen d'une vaste excavation de 500 mètres de largeur avec la partie de la rade qui offre naturellement des fonds de 8 à 9 mètres d'eau. Cette solution est très-satisfaisante, parce que la longueur limitée donnée aux jetées ne divise pas la rade, et l'on n'a plus à redouter de modifications dans la direction ni la profondeur du chenal, qui se trouve garanti par des jetées partout où les mouvements du fond étaient à redouter. La direction commune des deux jetées a été calculée de manière à permettre l'entrée et la sortio des bâtiments à voiles par les vents dominants qui soufflent du S.-E. et du N.-E.-^
Les matériaux nécessaires pour tous ces travaux ont été en partie tirés des carrières de l'Attaka, montagne située à l'O. et non loin de Suez, et de celles de M' Salem, il l'E. sur la côte d'Asie.
L'embouchure du canal dans la Méditerranée a donné lieu à la fondation d'une ville nouvelle, qui a été appelée Port-Saïd en souvenir de l'ancienne ville de Saïs et en l'honneur du souverain qui a fait revivre la question du Canal, laissée si longtemps dans l'oubli par ses prédécesseurs. En ce point du rivage, on ne voit pas trace de vase; il n'y a que du sable parfaitement pur jusqu'aux fonds de g à 9 mètres, et au delà de la vase pure qui s'étend dans les grands fonds de la Méditerranée. Les vents S.-O. et N.-O. soufflent pendant les deux tiers de l'année et dominent principalement en hiver. Les brises alternatives qui soufflent régulièrement du N. pendant le jour et du S. pendant la nuit facilitent les mouvements d'entrée et do sortie du canal. Quant aux courants, ils sont à ce point de la côte sans intensité. Les deux jetées s'ouvrent dans la Méditerranée par un chenal de 400 mètres, conduit jusqu'aux profondeurs voulues. Celte de l'O. a une longueur de 500 mètres et atteint les fonds de 10 mètres; celle de l'E., arrêtée aux fonds de S^jSO, "aura 2,500 mètres de longueur. Leur direction commune est S.-O. 1/4 &• au N.-E. l/4 N. Enfin, le lac Timsah, qui ne recevait les eaux du Nil qu'au moment des crues de ce fleuve, est devenu un immense bassin (£,000 hectares de superficie) où se réuniront les navires de l'Orient et de l'Occident. Les bâtiments peuvent y renouveler leurs provisions de tous genres, vivres, eau, charbon, et subir dans les bassins qui y sont établis les réparations devenues nécessaires.
Le devis total des dépenses nécessitées par tous les travaux, tant du canal que des ports, et par divers établissements nécessaires, a été fixé par M. Mongel à 200 millions de francs, y compris les frais d'administration , une somme à valoir pour les accidents imprévus et les versements d'intérêt à 5 pour 100 pendant la durée des travaux, « C'est un travail de quelques années et sans obstacles sérieux du côté de la nature, » avait dit la commission internationale en terminant son rapport. 11 y eut à ce sujet quelques mécomptes, comme on va le voir.
— Marche des travaux. Installer au milieu d'un désert des armées d'ouvriers assez considérables pour déblayer en un temps relativement restreint plus de 70 millions de mètres cubes, leur procurer le matériel de leurs travaux, des abris, les vivres nécessaires à leur existence, les soins que nécessitait leur santé, bâtir des mosquées et des chapelles pour l'exercice de leurs devoirs religieux, tel était le problème complexe qu'avaient a résoudre les ingénieurs chargés du percement de l'isthme. C'est le 25 avril 1859 que le premier coup de pioche fut donné dans l'isthme. Cent cinquante hommes environ se trouvaient réunis sur la plage à Port-Saïd. « Au nom de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, dit M. de Lesseps, et en vertu des décisions de son conseil d'administration, nous allons donner le premier coup de pioche sur le terrain qui ouvrira l'accès de l'Orient au commerce et à la civilisation de l'Occident. •
Les ingénieurs s'installèrent et prirent possession des carrières; M. Mongel fut placé à la tête de la direction des travaux. En ce moment, l'Angleterre, que son échee dans la commission internationale n'avait nullement découragée, commença à apporter des entraves matérielles à l'exécution de l'entreprise. Ses émissaires s'opposèrent au transport des bagages, arrêtèrent les convois d'eau et empêchèrent l'enrôlement des fellahs. Il fallut toute l'énergie du vice-roi pour suspendre ces attaques. Les arsenaux d' Alexandrie et du Caire fournirent aux ingénieurs leur premier matériel. Des escortes, des transports leur furent donnés, 2,000 ouvriers se trouvèrent réunis dans l'isthme. A la lin de 1859, les dragues commencèrent à fonctionner. Dix postes et chantiers furent établis; Port-Saïd prit naissance.
Le 15 mai 1861, Port-Saïd était devenu une ville de 2,000 âmes; des constructions, des ateliers et des magasins de toutes sortes s'y élevaient et le nouveau port avait déjà reçu 125 bâtiments jaugeant ensemble 29,000 tonneaux ; on immergeait les premiers blocs des jetées de Port-Saïd.
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8,000 ouvriers travaillaient alors sur les chantiers ou dans les ateliers.
Le l<sr mai 1862, le canal d'eau douce déboucha dans le lac Timsah. Le chiffre des contingents avait triplé en un an; il était de 26,000 ouvriers. Le seuil d'El-Guisr fut franchi et la tranchée inaugurée le 18 novembre 1862 ; les eaux de la Méditerranée s'unirentà celles du Nil dans le lac Timsah, où elles arrivaient par un chenal de 15 mètres de largeur et de im,50 à 2 mètres de profondeur. A ce moment, la mort vint frapper Mohammed-Suïd. Ismajfl le remplaça et souscrivit à tous les engagements contractés par son prédécesseur.
En janvier 1863, le canal d'eau douce, eontigu au canal maritime, s'avançait vers Suez sur une longueur de 38 kilom. Port-Saïd se développait chaque jour; le nombre des travailleurs employés dans l'isthme atteignait 36,000. Cela marchait trop bien pour le gouvernement anglais; il se décida à recourir à la Turquie pour contre-miner l'œuvre qui menaçait de s'achever. Au nom de la Sublime- Porte, Nubar-Pacha demanda à la fois la suppression de la corvée, l'abandon du canal d'eau douce et le rétrocession des terres concédées à la Compagnie. C'était en quelque sorte la suspension indéfinie de l'entreprise ; on enlevait à la Compagnie tous ses moyens d'action. Néanmoins, l'œuvre ne fut pas abandonnée, et après quelques mois durant lesquels les chantiers furent presque déserts, la France réussit à faire accepter au sultan une convention d'après laquelle la partie achevée du canal d'eau douce dut rester a la Compagnie, ainsi que les terrains nécessaires à la continuation de son tracé du lac Timsah à Suez ; de plus 84 millions d'indemnité furent alloués à la Compagnie pour la rétrocession des terres, les prix des travaux déjà exécutés et l'augmentation de main-d'œuvre résultant de Ta substitution du travail des machines à celui des fellahs. En présence de ce résultat inattendu qui remettait en question toutee. qu'elle avait obtenu elle-même, l'Angleterre se décida à laisser achever l'œuvre, tout en se réservant d'essayer plus tard d'en entraver le fonctionnement. Les chantiers un instant déserts se repeuplèrent à la fois d'hommes et de machines puissantes. Des entrepreneurs habiles et hardis se chargèrent des différents travaux restant à exécuter. MM. Dussaud frères entreprirent la construction des jetées de Port-Saïd pour une somme de 10 millions de francs; MM. Borel , Lavalley et Cie, M. Couvreux opérèrent les dragages, etc.
Le 5 octobre 1865, la plus grande activité régnait de nouveau dans l'isthme, et M. de Lesseps put rendre compte aux actionnaires assemblés de la situation favorable de l'opération. A Port-Saïd, on avait immergé dans l'hiver précédent 204 blocs artificiels ; à la fin d'août, 148 autres étaient à la mer. Ces monolithes ont 3m,40 de longueur, 2 mètres de largeur et lm,50 de hauteur. Ils sont formés de sable de la plage et de chaux du Theil, dans la proportion de 325 kilogrammes de chaux en poudre sèche pour l mètre cube de sable. Ils sont soumis à la dessiccation sur une vaste plate-forme qui en peut contenir 1,900 à la fois.
A Port-Saïd, le chenal fut creusé an moyen de dragues qui d'abord versaient leurs déjections dans des caisses enlevées par des grues. Plus tard, on employa des dragues plus puissantes et l'on se servit de bateaux porteurs de déblais. En 1866, 7 dragues et 15 porteurs étaient employés au creusement des bassins de Port-Saïd, exécutant 100,000 mètres cubes par mois. On se servit à cet effet de dragues en fer munies dà godets d'une capacité de 400 litres. Tous les mouvements étaient effectués à la vapeur, au moyen d'une machine de 35 chevaux.
Dans les parties du canal où l'eau préexistait naturellement et où le sol présentait peu d'élévation au-dessus du niveau liquide, on déversait directement les déblais sur les rives au moyen de couloirs dans lesquels ils étaient entraînés par de l'eau que l'on versa d'abord avec les godets eux-mêmes, puis ensuite avec des pompes. Où il n'y avait pas d'eau, on en introduisit aussitôt que l'approfondissement du canal le permit, pour rendre partout possible le travail avec les dragues. Les déversoirs de ces dernières furent allongés au fur et â mesure de l'élargissement du canal. Ces dispositions ont donné lieu aux magnifiques appareils connus sous le nom de dragues à long couloir, appareils sans précédents comme les travaux qu'ils exécutaient. Le couloir déversoir est un véritable chenal de 70 mètres de longueur, dont la section demielliptique a 0™,60 de profondeur sur ltn,60 de largeur. Deux poutres en treillis le supportent et prennent leur point d'appui sur le fond d'un chaland placé au tiers environ de leur longueur. Une chaîne balayeuse a été disposée dans le couloir de façon à faciliter le transport des déblais sous une moindre inclinaison et en employant une moindre quantité d'eau.
Lorsque les rives du canal étaient trop élevées, la drague à long couloir ne pouvait plus être employée et l'on enlevait les déblais dans des caisses mues au moyen d'appareils appelés élévateurs, qui les montaient sur un plan incliné franchissant les berges et les déversaient automatiquement au delà.
En somme, quelle que soit la partie du parcours que l'on considère, le problème que l'on s'est toujours proposé a été celui-ci : intro-
SUEZ
dnire Veau dans les travaux pour agir avec la drague de préférence à tout autre engin. C'est dans ce but que le lac Timsah fut ouvert aux eaux de la Méditerranée au mois d'août 1866.
A la fin de 1866, le terrain était attaqué partout et le canal de 160 kilom. n'était plus qu'un seul chantier interrompu seulement par les lacs Amers; l'ensemble des machines a vapeur fournissait un total de 10,000 chevaux de force et, le rendement de tous tes appareils allant sans cesse croissant, le produit mensuel passa de 500,000 mètres cubes à 1,200,000. En septembre 1867, la tranchée était ouverte sur une longueur de 7 kilom. à. sa largeur définitive. On comptait sur les travaux environ 14,000 ouvriers, composés d'autant d'Occidentaux que d'Orientaux, de Maltais, de Calabrais, de Grecs, qui s'acclimatent sans peine, de gens du Nord, qui s'acclimatent moins bien, puis d'Arabes, d'Egyptiens, de Syriens. L'isthme présentait alors le panorama le plus curieux ; on dit même que ce rassemblement de tant de races diverses produisit une langue nouvelle, sorte de patois italien, corruption des idiomes méditerranéens, que parlaient promptemenï les Européens et les Arabes. La France était surtout représentée par le haut personnel de la direction et par des employés de tous grades. Quant aux produits de consommation nécessaires à tout le monde, ils venaient un peu de fiartout : la Russie et la Syrie fournissaient e blé ; l'Asie Mineure, la viande ; la France, les vins; les légumes étaient tirés de la Syrie, de Damiette et des terrains mêmes de l'isthme. La végétation se développa promptement sous le soleil d'Orient, dont l'eau du Nil, apportée en abondance par le canal d'eau douce, vint tempérer les ardeurs.
Les derniers appareils perfectionnés furent mis en œuvre à la fin de 1867. Le cube restant a déblayer n'était plus alors que de 40 millions de mètres cubes, et le rendement mensuel était de S millions de mètres environ ; on estimait alors qu'il fallait vingt-deux mois pour enlever le reste, ce qui promettait l'achèvement pour le l« octobre 1869.
Les ingénieurs ne s'étaient pas trompés; à la fin d'octobre, la communication était établie entre les deux mers et l'inauguration solennelle du canal fut fixée au 16 novembre. A cette date, l'état du canal pouvait se résumer ainsi :
Kilom.
Longueur totale d'une mer a l'autre. 104
Traversée des lacs Amers sur laquelle il n'y avait pas à creuser. 16
Longueur sur laquelle l'entreprise a dû travailler 148
SUEZ
Laquelle peut se diviser ainsi :
1° Parties terminées 91
2" Parties dans lesquelles il y avait plus de 7m,50 et moins de 3 mètres d'eau 34
30 Parties dans lesquelles il y avait
plus de 7 mètres et moins de 7m ,50. 19 40 Parties dans lesquelles il y avait moins de 7 mètres, et se trouvant sur plusieurs points du parcours du canal 4
Il avait fallu dix ans, et non six, comme on l'avait d'abord annoncé, pour mener à bien ce gnmd travail ; c'était peu de chose, si on songe aux difficultés de l'œuvre, augmentées encore par les embarras qu'avait suscités l'Angleterre. Le plus grand mécompte fut dans la partie financière de l'opération. On avait évalué le total des dépenses à 200 millions, et une émission de 400,000 actions à 500 francs, faite en novembre 1858, y avait immédiatement fait face. Ces actions avaient été souscrites en France pour un peu plus de la moitié (207,111). En 1867, ces fonds étaient entièrement absorbés et il fallut faire de nouveau appel au crédit, qui se montra un peu rétif. Sur 333,333 obligations à 300 francs dont M. de Lesseps réclamait la souscription, 108,393 seulement furent demandées, et l'on ne compléta les 100 millions de francs nécessaires à l'achèvement des travaux qu'à l'aide d'une émission nouvelle d'obligations à lots. Les dépenses avaient, en outre, absorbé en grande partie le montant de l'indemnité allouée par la convention de 1864, des prix de vente des terrains, etc., et s'élevaient au 31 décembre 1869 à la somme de 432,807,882 francs. Dans ce total, les frais de construction du canal figurent pour 253,099,124 francs; le matériel et. les approvisionnements pour 30,786,485 francs; les intérêts acquis aux actions pour 66,846,868 fr.; l'amortissement des obligations pour 2 millions 610,000 francs; les frais d'administration pour 25,225,553 francs; le service du transit et des transports, le matériel flot- . tant et roulant, les bâtiments et abris pour, 10,560,733 francs, etc.
L'essai du canal fut fait le jour de l'inauguration et les trois jours suivants, durant lesquels l'accès en fut permis, sans droits, à tous les navires qui se présentèrent. Le 17 novembre, 80 bâtiments, dont 50 navires de guerre, représentant les marines de toutes les cations, prirent la file à Port-Saïd dans la canal dont les berges avaient été ornées de tentes de verdure et de monuments pavoises ; la flotte mouilla le soir au lac Timsah , reprit sa route le lendemain, jeta i';incre aux
lacs Amers et, le 20, partit de ce grand bassin pour déboucher dans la mer Rouge. Le même trajet eut lieu en sens inverse le 21 et le 22. 130 navires de commerce profitèrent, en outre, de l'exonération momentanée des droits de transit et, sauf quelques accidents causés par des imprudences, Vépreuve fut jugée décisive; la nouvelle voie ouverte malgré tant d'obstacles répondait réellement aux besoins de la navigation. Le tableau suivant démontre quel est l'avantage considérable qu'elle offre aux relations des principaux ports de l'Europe avec l'Inde; les distances sont évaluées en lieues et se rapportent à la ville de Bombay.
DIFFÉ-
Odessa
Constantinnp'e. .
Malte
Trieste
Marseille
Cadix
Lisbonne
Bordeaux
Nantes .......
Le Havre
Londres
Liverpool
Amsterdam ....
St-Pétersbourg. .
New-York
Nouvelle-Orléans