DISTANCES
par le Cap.
par Sues.
Le règlement de la navigation dans l'isthme fut établi de la manière suivante, d'après l'acte de concession du 15 janvier 1856 :
Article l*i. La navigation sur le canal est
ftermise à tous les navires, quelle que soit eur nationalité, pourvu qu'ils ne calent pas plus de 7îa, 50, le eanal ayant 8 mètres de profondeur. Les navires à voiles, au-dessus de 50 tonneaux, sont tenus de se faire remorquer en ayant recours au service établi h cet elfetparla Compagnie. Les steamers qui voudront se faire remorquer traiteront de gré à gré. Chaque navire remorqué fournira ses amarres.
Art. 2. La vitesse maximum de la marche dos navires dans le canal est provisoirement fixée à 10 kilom. à l'heure.
Art. 3. Tout navire jaugeant plus de 100 tonneaux devra prendre un pilote de la Compagnie.
Art. 4. Les droits de passage, de pilotage, de remorquage, de stationnement seront acquittés au port d'entrée, soit Port-Saïd, soit Suez.
Art. 11. Les droits à payer sont calculés sur le tonnage réel des navires, quant au droit de transit, de remorquage et de stationnement. Ce tonnage est déterminé, jusqu'ànouvel ordre, d'après les papiers officiels du bord. Le droit de transit d'une mer à l'autre est de 10 francs par tonne de jauge et de 10 francs par passager. Le droit de remorquage est fixé à 2 francs par tonne. Le droit de stationnement ou d'ancrage à Port-Saïd, à Ismuïlia et devant le terre-plein de Suez après un séjour de vingt-quatre heures, pour vingt jours au plus, est fixé à 0 fr. 05 par jour et par tonneau. Le droit de pilotage pour la traversée est perçu relativement au tirant d'eau. Il est fixé comme suit : pour chaque décimètre d'enfoncement jusquà 3 mètres, 5 francs; de 3 métrés à 411^50, 10 francs; de 4m,50 à 6 mètres, 15 francs; de 6 mètres à 7™, 50, 20 francs. Chaque décimètre d'enfoncement paye proportionnellement suivant la catégorie à laquelle appartient le navire. Le pilote gardé à bord en cas de stationnement sera payé 20 francs par jour. Les navires remorqués jouiront d'une réduction de 25 p. 100 sur le droit de pilotage.
La Compagnie fut longtemps à atteindre des résultats suffisants. 11 est facile de calculer que pour faire le service de sa dette, payer les frais d'administration, de perception, d'entretien et d'amélioration du canal, et servir un dividende à ses actionnaires, il faut qu'elle réalise une recette annuelle de 25 à 30 millions, c'est-à-dire qu'elle perçoive un droit de 10 francs par tonne sur 5,000 ou 6,000 navires d'une moyennne'de 500 tonneaux, ce qui suppose un transit de 16 ou 17 navires par jour. Cela semblait impossible. Les années 1870, 1871 et 1872 présentèrent un transit bien inférieur à ce chiffre; mais on pouvait remarquer une progression constante, et, en 1873, les droits furent perçus sur 1,173 navires jaugeant ensemble 208,572 tonnes, ce qui, joint aux divers autres revenus de la Compagnie, porta les recettes à 24,830,000 francs. Ainsi le moment approchait où la Compagnie allait être récompensée de ses immenses sacrifices. Aussitôt, des contestations furent élevées par le viceroi d'Egypte, appuyé par le sultan, l'Angleterre, l'Autriche et même par les grandes compagnies maritimes françaises. On a vu que, d'après le règlement de navigation, la Compagnie du canal de Suez entendait percevoir le droit de 10 francs par tonne sur le
SUEZ
tonnage réel des navires et que provisoirement elle acceptait que ce tonnage serait déterminé par les papiers officiels du bord. Or, il y a toujours un écart entre le tonnage réel et le tonnage officiel; celui-ci varie d'un pays à l'autre et ne représente guère que les deux tiers de ta capacité réelle. La Compagnie, usant de son droit, perçut ses tarifs sur la capacité réelle et eut d'abord a ce sujet à soutenir, contre la compagnie française des messageries maritimes, un procès qu'elle ga-
fna devant la cour de Paris et devant la cour e cassation. Mais les armateurs anglais, italiens, autrichiens, allemands, hollandais, ne se sentirent pas liés par une décision des tribunaux français et le litige subsista. La Porte, poussée par l'Angleterre, le trancha brutalement en 1874 en enjoignant uu viceroi d'Egypte de faire avancer des troupes sur ies établissements de la Compagnie, d'en chasser les agents et de prendre en main l'administration du transit, si la Compagnie résistait à faire droit à la réclamation des armateurs. Contre cet emploi brutal de la force, M. de Lesseps ne pouvait rien ; il dut se soumettre et consentir provisoirement à ce que les droits fussent perçus sur le tonnage officiel, ce qui flt perdre a la Compagnie un tiers de ses revenus. On agita à cette occasion la question de la dépossession amiable de Ja Compagnie et de la gérance du canal par un syndicat des puissances. » Il est dans l'ordre naturel, disait la République française, que la Compagnie de Suez se retrouve tôt ou tard en présence de difficultés qu'elle sera peut-être inhabile à surmonter par elle-même et qui appelleront dès lors l'intervention des puissances. Il ne faut pas se dissimuler que l'entreprise du canal, effectuée à la hâte, avec des ressources insuffisantes et dans des conditions d'ailleurs fort ingrates, risque à un momentdonné d'être débordée par les frais d'entretien et peut-être de réfection. Les nécessités croissantes de la marine moderne, la gabarit de plus en plus spacieux des navires, une circulation très- active dans un étroit passage détermineront inévitablement des remaniements considérables dans l'assiette du canal. Il n'est pas très-sûr que la Société puisse faire face à ces énormes charges avec ses seules ressources ni que les gouverne • nients étrangers lui permettent d élever en conséquence ses tarifs. Elle aura beau invoquer la lettre de ses traités, il y aura une sorte d'intérêt internationnal qui primera tout, et la Compagnie se verra entravée dans l'exercice de ses droits.
» A notre avis, le seul recours de Ja Compagnie de Suez est dans la neutralisation de son entreprise ou dans le rachat du canal par un syndicat de toutes les puissances. Cette voie est d'autant plus indiquée que l'intérêt maritime du monde civilisé ne saurait s'accommoder longtemps de l'obstacle apporté à la libre navigation par le péage de la Compagnie. Evidemment, on doit tendre à affranchir cette grande route indo-européenne de tout ce qui pourrait en gêner la fréquentation. Dans quelques années, il est inévitable que les gouvernements se préoccuperont d'assurer au canal toutes les dimensions et les facilités compatibles avec une grande navigation de plus en plus active. Us ne pourront honnêtement y parvenir que si le canal a été rais sous la main d'une commission internationale qui opérera pour le compte et dans l'intérêt communs. >
Les choses en étaient là lorsque l'Angleterre, par une manœuvre habile, vint donner une nouvelle face à la question. A la fin de novembre 1875, elle a acheté du vice-roi d'Egypte, pour une somme de 4 millions de livres , 176,602 actions de la Compagnie. Par cette opération, à la fois financière et politique , l'Angleterre a mis en partie la main sur ce canal dont elle ne voulait pas entendre parler d'abord , et qu'elle regarde avec raison aujourd'hui comme indispensable pour elle.
Suem (L'ISTHME Dit) don» ce* rapports en gênerai avec le commerce indo-europeeu, et eu particulier avec ta marine aarclidtldc italienne à voile et à -vapeur, par M. Jaûopo Virgilio, professeur d'économie politique à l'Institut technique de Gênes (Gènes, 1869, in-8°, en italien). En prévision de l'heureux achèvement du canal de l'isthme de Suez, destiné à ouvrir au commerce européen avec les Indes de si larges perspectives, M. Jacopo Virgilio a, dès 1869, étudié les principales questions économiques et commerciales qui se rattachent à cette grande entreprise. L'Occident, siège de la civilisation moderne, est destiné à la propager dans les autres parties du monde où 1 appellent ses intérêts et ceux de l'humanité, et M. Virgilio considère l'ouverture du canal de Suez comme un puissant moyen de répandre au loin les idées sur lesquelles s'appuie cette civilisation. Avant tout, dans son premier chapitre, l'auteur préconise excellemment l'écola de la liberté commerciale, du libre échange. ■ Sous l'impulsion de la liberté, dit-il, les forces latonles des peuples, même de ceux qui semblent endormis, s'éveillent, l'industrie s'anime, le commerce prend des ailes. Si un peuple possède de nombreux produits naturels et ne sait pas en tirer profit, l'étranger lui en apprend la valeur et par des capitaux les féconde; il donne ainsi à, ce peuple la connaissance de sa richesse, tout en la faisant tour-
SUFF
ner lui-même a son avantage. » Le livre est plein de documents très-précis, très-positifs, géographiques, topographiques qt statistiques sur les divers pays vers lesquels pourra se diriger le commerce européen par la mer Rouge. Il renferme surtout les plus intéressants détails sur les pays de l'extrême Orient qui peuvent présenter quelque intérêt et qui seront certainement, dans un temps prochain, l'objet d'activés explorations à la fois scientifiques et commerciales. On peut dire que le jeune et savant économiste génois a donné, dans ce substantiel ouvrage, un aperçu géographique et un résume statistique de la situation présente des nations de l'Orient qui jusqu'à nos jours n'avaient attiré, pour ainsi dire, que notre curiosité et qui vont désormais attirer notre activité positive et noblement intéressée,
SUFFECTE adj. m. (su-fè-kte — lat. suffectus, subrogé). Antiq. rom. Se disait du consul nommé pour exercer la charge du coiisul mort avant l'expiration de ses pouvoirs, il On se sert aussi de la forme suffectus, suffecti.
— Encycl. Hist. V. l'article faste, où l'on trouve la suite complète des noms des consuls, ainsi que ceux des consuls suffectes.
SUFFÈTE s. m. (su-fè-te — lat. suffc.tus, forme latine d'un mot carthaginois). Hist, Nom que les Romains donnaient à des magistrats annuels de Tyr, de Carlhage et de leurs colonies : Les suffetes de Cadix.
— Encycl. Polybe compare les suffetes aux consuls romains, Aristote les compare aux rois de Sparte. Ils étaient choisis dans les premièîes familles et, dans l'origine, nommés à vie. A l'époque de la première guerre punique, ils n'étaient plus élus que pour un an, et ils avaient perdu en grande partie leur puissance. Leurs attributions étaient devenues purement civiles. Ils présidaient le sénat et avaient l'administration générale de la république; mais ils n'exerçaient aucune autorité militaire, quoiqu'ils pussent être placés accidentellement à la tète des armées. Le pouvoir des généraux balançait leur influence. Cette séparation des charges civiles et militaires a souvent été citée par les anciens comme une supériorité sur ia constitution romaine.
SUFFETIUS (Metius), dictateur d'Albe au temps du roi de Rome Tullus Hostiiius. V. Metius.
SUFFIBULUM s. m. (suf-Ii-bulomm — mot lat. formé de sub, sous, et de fibutum, agrafe). Antiq. roin. Voile blanc retenu par une agrafe, avec lequel les vestales se couvraient la tête pendant le sacrifice.
— Encycl. On sait à quel point la modestie et le décorum étaient exigés des vestales. A l'époque de leur consécration, les cheveux leur étaient coupés, de même qu'à nos religieuses le jour où elles prennent la voile. On ne peut affirmer qu'on les leur coupât ensuite périodiquement; mais on ne les voit jamais représentées avec des cheveux flottants ou bouclés. Elles portaient la stole, comme les matrones, mais recouverte d'une autre tunique en lin. Quand elles sacrifiaient, elles avaient, outre les bandelettes désignées sous les noms à'infula et de vitta, un voile blanc, de forme quadrangulaire et bordé de pourpre, qui tombait de la tête jusqu'au jarret. C'est ce voile qu'on appelait suffibulum. Une pierre précieuse, dont le dessin a été reproduit par MontfaucOD, représente la vestule Tuccia accusée de sacrilège et en appelant à Vesta; elle a aussi le suffibulum et le relève de sa main gauche pour tenir le vase plein d'eau qu'elle porte du Tibre jusqu'au temple de la déesse, afin de prouver son innocence. On voit aussi le suffibulum suspendu à la tête d'une vestale qui se trouve représentée sur le revers d'un denier de la gens Clodia.
SUFFlCIT v. unipersonn. (suf-fi-sitt — mot lat. ; de sub, sous, et de facere, faire). Forme purement latine qui indique acquiescement, satisfaction, et qui s'emploie pour marquer qu'il est inutile de passer outre, que ce qui a été die ou fait est suffisant.
SUFFIRE v. i). ou intr. (su-fi-re — lat. sufficere; de sub, sous, et de facere, faire. Je suffis, tu suffis, il suffit, nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent ; je suffisais, nous suffisions ; je suffis, nous suffîmes; je suffirai, nous suffirons; je suffirais, nous suffirions ; suffis, suffisons, suffisez; que je suffise, que nous suffisions; suffisant; suffi. Nous avons, à l'exemple de l'Académie, omis l'imparfait du subjonctif; cependant, ce temps est absolument nécessaire, et nous ne voyons pas ce qui peut s'opposer k ce que l'on dise : S'il fallait que je suffisse a tout.,.). Avoir assez de pouvoir, de force, de capacité, de ressources pour subvenir : Suffire à toutes ses obligations. Cet homme ne peut suffire aux ' travaux qu'on lui impose. L'esprit, qui sert o tout, ne suffit à rien. (Dupanl.) Lee prêtre» ns pouvaient suffire aux sacrifices.
Racine.
— Etre assee considérable, assez grand pour un certain but, n'exiger rien de plus : Le pain ne suffit pas à l'homme. Aux grands rien ne Suffit, parce qu'ils peuvent prétendre à tout. (Mass.) Les vertus privées ne suffisent pas aux grands, il leur faut encore les vertus publiques. (Mass.) Le gain de l'ouvrière ne suffit pas aux premières nécessités
SUFF
de la vie. (Mme Romieu.) A chaque siècle suffit son travail. (B. Const.) Le fat diffère de l'homme vaniteux en ce qu'il s'inquiète peu du suffrage d'autrui; le sien lui suffit. (Alibert.) Quand le mépris suffit à la haine, la vengeance lui est inutile, (Beauchène.) J'ai connu des femmes et des maris qui se regardaient continuellement le blanc des yeux et à qui cela suffisait. (Th. Leclercq.) L'avenir ne suffit pas à l'amour. (G. Planche.) La science et la philosophie doivent suffire un jour à l'humanité. (Vacherot.)
Songez a qui n'a rien, peu pourra vous suffire.
Piron.
Le soin de chaque jour a chaque jour suffit.
Lamartine.
Donnez; peu me suffit, je ne suis qu'un enfant.
A, Guiraud.
Dans un jour d'appareil, une biche, un mouton Suffiraient au dîner des vainqueurs d'Ilion.
BûlLEAU.
. . Mon lopin me suffit; Faites votre profit du reste.
La Fontaine.
— Etre une raison, une causa assez forte, assez efficace : Un rien suffit pour l'irriter. La mort et l'immortalité bien comprises suffisent pour occuper et diriger toute l'existence. (M01» de BtaSl.) L'esprit suffit pour placer un homme très-haut dans l'estime de son temps. (P. Raynal.) La volonté drs peuples ne suffit pas d faire des rois, (Gitizot.) La justice ne suffit pas entre les maures et les serviteurs. (L'abbé Bautain.)
— Cela me suffit, cela suffit, En voilà assez; il n'est pas nécessaire qu'on en dise ou qu'on en fasse davantage : Il vous ia promis, ckla suffit.
— l'rov. A chaque jour suffit son mal ou sa peine, Il faut s occuper du moment présent, sans se tourmenter au sujet de l'avenir ; ce proverbe a été diversement modifié : A chaque jour suffit sa tâche, mais chaque jour doit avoir la sienne. (Mich. Chev.)
— Impersonnellem. H suffit, suffit, Cela suffit, il n'est pas besoin d'autre chose : Il suffit, vous pouvez sortir. Il refuse ! suffit, on saura le contraindre.
L'honneur parle, il suffit : ce sont là mes oracles.
Racine.
. . . Il suffit; vous pouvez nous laisser; Le reste me regarde et je vais y penser.
Racine.
— Il suffit de, Il n'est besoin que de, c'est assez de : Il suffit du cent francs pour faire ce voyage. Il suffit de pouvoir tout pour n'être touché de rien. (Mass.) Il ne suffit pas de bien faire, il faut faire au goût du public. (Volt.) Pour être vertueux, il suffit Dis vouloir l'être. (J.-J. Rouss.) Pour vérifier l'ordre de la nature, IL suffit de s'en écarter. (B. de St-P.) Pour être libre, il suffit de le vouloir. (Lambert.) Il suffit D'une résistance quelconque pour qu'une femme désire ta vaincre. (Balz.) Il ne suffit pas n'être un homme de génie, il faut vivre dans un siècle de génie. (Th. Gaut.)
— Il suffit que, suffit que, C'est assez que :1l Suffit que vous t'ayez dit pour que je le croie. Heureux ou malheurcui, il suffit qu'on me craigne.
Racine.
Dans le crime il suffit qu'une fois on débute; Une chute toujours amené une autre chute.