‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 758 sur 1059 · TUM · texte numérisé non relu

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SUGGËSTEUB, TRICE s. m. (su-gjè-steur, tri-se — du lat. suggère, suggérer). Personne qui fait des suggestions.

SUGGESTION s. f. (su-gjè-sti-on — lat.

suggestion de suggerere, suggérer). Instigation, action de porter quelqu'un à un acte mauvais : De perfides suggestions. Les suggestions de V avarice. Le peuple fier, intelligent, porté à l'héroïsme, n'écoute pas les suggestions de quelques terroristes plagiaires. (D. Stern.)

— Fig. Inspiration, action, impression bonne ou indifférente : Dès que la sensation a lieu, la perception nous révèle son objet immédiatement par une suggestion ou inspiration naturelle. (V. Cousin.)

— Hist. Nom que l'on donnait autrefois à des placets adressés aux princes.

— Chancell. rora. Rapport envoyé au pape par un légat, pour lui rendre compte de l'exécution des ordres reçus.

StJGGESTCM s. m. (su-gjê-stomm — mot latin formé de suggerere, placer par-dessous). Antiq. rom. Plate-forme sur laquelle les orateurs se plaçaient pourharanguer la foule. U Loge de l'empereur dans un cirque. Il On dit quelquefois suggbstb.

— Encycl. A Rome, le suggestum était placé entre le Forum, où le peuple se réunissait par tribus, et le Comitium, où il se réunissait par curies et pour les comices. L'orateur pouvait se tourner vers l'un ou l'autre côté; mais jusqu'au temps de Caïus Gracchus, les tribuns du peuple eux-mêmes se tournèrent vers le Comitium ; il fut le premier qui tourna le dos à cette partie de la place publique et qui harangua le peuple en regardant le Forum. Voici, d'après Bunsen, comment il faut se représenter le suggestum de Rome : « C'était, dit-il, une construction circulaire portée sur des arches, avec une plate-forme que bordait un parapet. On y montait par deux escaliers, l'un a droite, l'autre à gauche. La forme en a été conservée dans les ambons ou chaires des plus anciennes églises, qui sont également circulaires et présentent deux escaliers, l'un au côté oriental, par où le prédicateur montait, l'autre du côté occidental, par où il descendait. On peut voir encore a Rome des spécimens de ces chaires antiques, dans les églises de Saint-Clément et de Saint-Laurent-hors-les-murs, » Le suggestum du Forum romain reçut d'abord, selon Tite-Live, le nom de temple (templum), parce qu'il fut consacré par les augures. Plus tard, on lui donna le nom de rostres, lorsque, à la fin de la grande guerre latine, on lui eut ajouté pour ornement les proues de navires (rostra) prises sur les Autiates. Jules César transporta le suggestum à l'extrémité occidentale du Forum. Cette nouvelle tribune aux harangues fut appelée rostres Juliens ou rostres nouveaux, tandis que l'emplacement de la précédente conserva ' le nom à'anciens rostres.

Le suggestum, dans les camps, était une construction en bois, en pierres sèches op. en gazon. C'est de là que le général parlait à ses soldats. On l'ornait de la statue de l'empereur, des enseignes et des étendards. Tacite, après le meiirtre de Galba, nous montre les troupes auxquelles il avait refusé le donaiivum s'empressant de remplacer sa statue par celle d'Othon, au milieu des drapeaux qui garnissaient le suggestum (Histoires, I, xxxvi).

On appelait aussi suggestum le lieu élevé, la loge d'où les empereurs romains assistaient aux jeux publics. Au lieu de s'y tenir assis, comme les anciens magistrats, sur une chaise curule, ils y étaient couchés sur un lit. De là vient que Suétone (Néron, 12) et Pline le Jeune (Panégyrique, 51) appellent cubiculum cette sorte de suggestum, littéralement : chambre à coucher.

SUGI s. m. (su-ji). Bot. Nom vulgaire de la cryptomérie ou cyprès du Japon.

SUGIIXATION s. f. (su-jil-la-si-on — lat. sugillatio ; de sugillare, sugiiler). Méd. Meurtrissure, légère ecchymose cutanée, u Taches scorbutiques qui se produisent sous l'influence de certaines maladies de la peau. D Lividité cadavérique.

SUGIX.LER v. a. ou tr. (su-jil-lè — lat. sugillare. M. Littré fait venir ce mot de sub, sous, et de cilium, cil, le mot sugillatio ayant d'abord désigné, selon lui, une meurtrissure de l'œil. Nous pensons que sugillare est plutôt un fréquentatif de sugere, sucer, et que la meurtrissure légère, sugillatio, a été comparée aux élevures colorées, quelquefois

meurtries, qu'on produit sur la peau en la suçant fortement, et qu'on appelle vulgairement suçons). Méd. Faire une sugillation, une meurtrissure sur : Sugiller la peau.

SUGLACURU s. m. (su-gla-ku-ru). Helminth.

Nom donné, par les habitants de la Guyane, à un vers intestinal peu connu, qui est peutêtre une douve.

SUfiNT (Servan de). V. Servan db Sugny.

SUHL, ville de Prusse, province de Saxe, régence et a 50 kilom. S.-O. d'Erfurt, sur l'Aue; 9,000 hab. Direction et tribunal des mines. Fabrique royale d'armes; fabrication importante de quincaillerie, cuirs ; moulins à huile, à farine et à tan.

SUHM (Ulric-Frédéric de), diplomate allemand, connu surtout par l'amitié qu'il avait inspirée à Frédéric le Grand, né à Dresde en 1691, mort en 1740. U fit ses études à Genève, passa plusieurs années a Paris, où son père étaitambassadeurde l'électeur de Hesse, et devint lui-même ambassadeur du même prince près de la cour de Berlin, où il demeura jusqu'en 1730. Il sut gagner au plus haut pointraffection et la confiance du prince royal, plus tard Frédéric IL Après son départ, il entretint avec ce prince une correspondance assidue, qui fut recueillie et publiée, après la mort du roi, sous ce titre: Correspondance familière et amicale de Frédéric U avec Suhm (Berlin, 1787, 2 vol.). Les lettres de Suhm, bien que moins intéressantes que celles du roi, n'en révèlent pas moins chez leur auteur des connaissances variées et un esprit très-lin. Suhm était devenu, en 1737, ambassadeur à Saint-Pétersbourg et se disposait, en 1740, à entrer au service de Frédéric, lorsqu'il mourut subitement en se rendant auprès de ce prince.

SUHM (Pierre-Frédéric de), historien danois, chambellan et historiographe du roi, né à Copenhague en 1728, mort dans la même ville en 1798. Il prit part à la conjuration qui renversa le ministre Struensèe (1772), se montra favorable aux réformes et protégea les lettres. Possesseur d'une bibliothèque de 100,000 volumes, il mettait cette immense collection à la disposition du public et, à sa mort, il en fit don à l'Etat. On a de lui : Odin ou Mythologie et culte du Nord païen (1771, in-4»); Histoire des peuples sortis du Nord (1772, 2 vol. in-4»); Histoire critique du Danemark pendant les siècles païens (1774-1181, 4 vol. in-40).

SUHRIEs.f. (su-rî — de Su/ir, botan.allem.). Bot. Genre d'algues, de la famille des fncacées, formé aux dépens des fucus, et dont l'espèce type vit dans les parages du Cap de Bonne-Espérance.

SUI-BAPTISTE s. m. (su-i-ba-ti-ste — du lat. sui. de soi; baptisa, je baptise). Hist, relig. Nom donné à des sectaires russes qui s'administrent le baptême à eux-mêmes.

SU1CER (Jean-Gaspar Scwweitzër, plus connu sous le nom latinisé de), théologien et philologue suisse, né à Zurich en 1620, mort en 1684. Il professa l'hébreu et le grec au collège de Zurich de 1660 à 1683. Ses ouvrages sont : Syntaxeos grscss quatenus a latmadiffert compendium (Zurich, 1651, in-8°) ; 'EimijtfJiLO. ciaiSia;, «te. (Zurich, 1658-1681, in-12); Sacrarum' observaiionum liber singularis (Zurich, 1665, in-4»); Thésaurus ecclesiasticus de Patribus grsscis ordine alphabetico exhibens guscumque phrases, ritus, dogmata, hxreses et hujusmadi alia speclant (Amsterdam, 1682, 2 vol. in-fol.; ï« édit. corrigée et complétée par le fils aîné de l'auteur, Amsterdam, 1728, in- fol.) -, Lexicon grsco-lalinum et laiino-grscum (Zurich, 1683, 2 vol. in-40) ; Symbolum Niaeno-Constantinopolitanum, ex antiquate ecclesiaslica illuslrutum (Utrecht, 1718, in-40).

SUICER (Jean-Henri), fils du précédent, pasteur protestant, né à Zurich en 1644, mort en 1705. 11 succéda, en 1683, à son père dans la chaire de grec et fut, l'année suivante, pourvu d'un canonicat. En 1700, il fut nomme professeur de théologie a, l'Académie d'Heidelberg. On lui doit, outre des notes sur le Thésaurus ecclesiasticus de son père, les ouvrages suivants : Compendium physics aristotelico-cartesianx (Amsterdam, 1685; Bâle, 1 69) , in-12) ; Commentaire sur l'épitre de saint Paul aux Colossiens (Zui ich, 1699, in-40) ; on trouve a ta suite trois discours : De fortunis Gratis antiqus , De Grxcia ehristiana et De internis Ecclesie reformata) terroribus; Spécimen commentarii in epistolam ad Epbesios, dans les Miscellan.Duisburgensia [t. II). Jean- Rodolphe Wolff a publié une Vie de J.-H. Suicer, en latin (Zurich, 1745, in-4").

SUICIDE s. m. (su-i-si-de — du lat. sut, de soi, et d'une terminaison cida qui se trouve dans homicida, homicide; parricida, parricide, etc. V. le mot suivant). Meurtrier de soi-même, personne qui se donne la mort: D'Eglise refuse la sépulture aux suicides. Autrefois, le corps des suicides était traîné sur la claie. (Acad.) Nos barbares aïeux traînaient sur la claie le malheureux suicide dont souvent leurs préjugés avaient dirigé le bras. (Bois te.)

— Fig. Personne qui s'annule, qui s'efface volontairement, qui détruit elle-même sa propre activité ou sa propre influence : L'égoïste, n'aimant que lui, n'est aimé de per-

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sonne; l'égoïste est donc un suicide moral. (Gaston .)

Quel préjugé funeste à des lois si rigides Attacha, dites-vous, ces pieux suicides ?

De Pontahes.

SUICIDE s. m. (su-i-si-de. — Ce mot est formé sur le patron des mots homicide, parricide, etc., du pronom lutin sui, de soi- même, et du suffixe cide, qui représente le suffixe latin cidium, de cxdere, tuer, supin cxsum. qui se rattache sans doute k la racine sanscrite kash, cash, cash, çish, même sens, persan kushtan, tuer; kourde, kust, il tua. L'allemand selbstmord est tout à fait à comparer, pour la composition et pour le sens, nu français suicide. Ce dernier mot, qui signifie proprement oceision de soi-même, ne remonte qu'au xvme siècle, et le Supplément du dictionnaire de Trévoux, publié en 1752, en attribue la paternité à l'abbé Desfontaines. Montesquieu ne l'emploie pas; il dit homicide de soi-même ou mort volontaire. Voltaire s'en est servi dans son Commentaire sur /'Esprit des lois,- en 1778, et il fut accueilli, la même année, dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie ). Action de se donner la mort à soi-même : La religion, la morale défendent le suicide. (Aead.) Pourquoi auons-nous moins de suicides dans les campagnes que dans les villes? (Volt.) Le suicide es t une mort furlive et honteuse; c'est un vol fait au genre humain. (J.-J. Rousseau.) L'orgueil est toujours plus près du suicide que du repentir. (Rivarol.) La religion enlève au suicide l'excuse, le prétexte, la sécurité que lui donne l'incrédulité. (La Luzerne.) Les Suicides sont toujours communs chez les peuples corrompus. (Chateaub.) Le suicide n'est une preuve de faiblesse que parce qu'il est l'impatience dans la douleur. (Mme C. Bachi.) Le suicide n'est pas la maladie des simples de cœur et d'esprit, c'est la maladie des raffinés et des philosophes. (St-Marc Girard.) Il y a des gens qui réprouvent le suicide et admettent la peine de mort. (L. Blanc.) Il existe un ordre du jour célèbre du général Bonaparte contre le suicide ; il déclare que tout soldat qui se lue est un soldat qui déserte. [K. de Girard.) Le suicide est à ta fois une grande absurdité et un grand crime. (L'abbé Bautain.) Le suicide est une banqueroute frauduleuse. (Pjoudh.) La communauté aboutit par toutes ses voies au buictde. (Proudh.) Quand la douleur est extrême, l'homme se réfugie dans tous les asiles, jusque dans le suicide, jusque dans la folie. (H. Tuine.)

— Par anal. Acte qui mène k la propre destruction de celui qui l'accomplit ou de quelqu'un qui ne fait, pour ainsi (lire, qu'un avec lui : Le célibat est en même temps le véhicule de la débauche, le scandale du monde et le suicide du genre humain. (A. Martin.) Qu'un homme balte sa maîtresse, c'est mie blessure; mais sa femme, c'est un suicide. (Balz.) f.a propriété est le suicide de la société. (Proudh.)

— Fig. Acte d'anéantissement, d'effacement volontaire : L'âme lutte contre les erreurs de la pensée, et le suicide moral est infiniment rare. (Guizot.) La prise de voile ou de froc est un suicide payé d'éternité. (V. Hugo.) La résignation est un suicide quotidien. (Balz.) La modestie sincère est un suicide; oh est toujours pris au mot. (A. d'Houdetot.) Il vient un âge où les changements sont des suicides de l'esprit. (I„ Ulbach.)

— Encycl. Législ. et morale. L.e suicide n'a été en général, dans les législations de l'antiquité, 1 objet d'aucune de ces pénalités posthumes, le prétexte d'aucun de ces supplices infligés au cadavre du suicidé, qui étaient pratiqués au moyen âge et qui se sont perpétués durant tout notre ancien régime judiciaire. En Grèce, une secte de philosophes, l'austère école du Portique, honorait même le suicide, comme témoignant d'un superbe mépris de la vie, et plus d'un adepte des doctrines stoïciennes joignit l'exemple k la maxime et préféra une mort volontaire à la défaillance de sa vertu ou k la perte de la liberté. Le droit romain était imprégné des idées stoïciennes ; il traita le suicide avec indulgence. La loi romaine ne punissait d'aucune peine l'homicide dé soi-même, lorsqu'il avait été la conséquence du piradoxe philosophique et même quand il avait été 'Jetermine par des mobiles beaucoup plus vulgaires, par exemple par le désir d'échapper par la mort aux épreuves d'une maladie douloureuse. Le suicide n'était puni par la loi romaine que lorsqu'on y avait cherché un moyen d'échapper k une accusation capitale. La peine était alors celle de la confiscation des biens ; la succession du Suicidé était, en pareil cas, dévolue au fisc. 11 y avait toutefois sur ce point des accommodements, non pas avec le ciel, il est vrai, mais avec le dieu César et avec la tourbe des délateurs. Un

.citoyen riche, enveloppé dans quelqu'une de ces élastiques et formidables accusations de lèse-majesté qui étaient une des soui'ces les plus abondantes du revenu impérial sous les Tibère et les Domitien, obtenait quelquefois d'aller au-devant du supplice par une mort volontaire et s'ouvrait les veines dans un bain parfumé. Souvent même, le centurion porteur du message de mort était accompagné d'un chirurgien qui offrait son office et ouvrait l'artère. C'était un compromis; le nuicide ainsi convenu n'entraînait pas la cou-

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fiscation des biens, et celui qui se donnait la mort par ordre conservait lo droit de tester en faveur des siens; il achetait seulement ce droit en faisant k César un legs considérable et dont le montant était réglé de gré à gré. Le monde romain acceptait ce régime monstrueux.

L'antiquité biblique n'avait pas, comme l'antiquité païenne, absous le suicide. D'après la loi de Moïse, les suicidés étaient privés des honneurs de la sépulture. Dans cette législation théocratique, l'homme était considéré comme tenant de Dieu le don de la vie et comme n'en ayant pas la libre disposition. Celui qui n'attendait pas le jour marqué par la volonté de Dieu pour quitter la vie et en sortait volontairement par une mort violente ne pouvait être honoré à l'égal des morts ordinaires, et la sépulture lui était refusée.

Le christianisme suivit sur ce point la tradition hébraïque ; les conciles et les Pères de l'Eglise anathématisèrent le suicide. Saint Augustin l'assimilait absolument k l'homicide commis sur autrui, « Evidemment, disait ce Père de l'Eglise latine, lorsqu'on se tue, c'est un homme qu'on tue. • Saint Thomas d'Aquin estimait même que le suicide présente un degré de plus de culpabilité que l'homicide ordinaire. Voici la doctrine exprimée sur ce point par ce docteur dans sa Somme théologique : « L'homicide de soi-même l'emporte d'autant plus en gravité sur les autres homicides, que l'amour qu'on se doit k soimême doit être le type de l'amour qu'on doit aux autres hommes. • Cependant, lorsqu'on lit l'histoire de tant de martyrs qui, sans y être contraints, se présentaient devant le magistrat romain pour lui déclarer qu'ils étaient chrétiens et qu'ils refusaient de sacrifier aux idoles, on ne peut s'empêcher de Censer qu'une telle conduite était un véritale suicide; or l'Eglise, loin de condamner cette manière d'ugir, la jugeait digne des plus grands éloges.

Au moyen âge, le droit civil des coutumes était modelé et en quelque sorte moulé sur les décisions du droit canonique et sur les décrets des conciles. La doctrine de saint Thomas dut donc nécessairement réagir sur le droit séculier, et la loi positive édicta des peines contre le suicide. Le coupable ayant échappé par la mort k la vindicte légale, la justice s'en prit à sa dépouille et supplicia le cadavre. Ce supplice, dont la mise en scène était effrayante, était réglementé au xme siècle par une dispositionde la coutumede Beaumont-en-Argonne, dont M. l'abbé de Fourny a restitué et commenté le texte dans une intéressante monographie. Voici ce texte en ce qui concerne le supplice infligé aux cadavres des suicidés : « La personne qui se deffait d'elle mesme, le corps doibt estre trahinez aux champs le plus cruellemens que se faire pouldra, pour monstrer l'expérience aux. aultres, et le corps doibt estre ufourchiz et les pierres de dessoubz les issues des chaussées par où il faut qu'il passe et sorte de la maison estre arachez, car il n'e?t pas digne de passer dessus... «

M. de Fourny fait ressortir la haute signification de chacun des détails de ce supplice posthume. Le corps devait ètveafourchiz, ce qui veut dire pendu. C'était la peine de l'homicide légitimement appliquée bu supplicié, selon la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. En traînant aux champs la dépouille du suicidé, on devait au préalable arracher les pierres formant le seuil de sa demeure. Puisqu'il avait déserté les épreuves et les devoirs de la vie domestique, il était réputé indigne de fouler cette pierre, cette limite sacrée du foyer de la famille. On arrachait de même les pierres de la chaussée sur les points où le cadavre traversait la voie publique. C'était comme un symbole d'excommunication ; les grandes routes sont un moyen de commerce et de relations entre les hommes ; celui qui avait désespéré devait être séparé de tout commerce avec la société.

Ce barbare, mais émouvant symbolisme disparut des mœurs et des pratiques judiciaires ; mais le procès fait au cadavre et la prononciation d'une peine sévère se perpétuèrent jusqu'aux époques d'une civilisation plus avancée. L'urdonnance criminelle de Louis XIV, >a tameuse ordonnance de J670, consacrait un titre entier a la matière du suicide, ie titre xxii, et réglait tant l'appareil du supplice posthume que les formes de l'instruction du procès. Le supplice consistait à traîner le cadavre attaché derrière une charrette, de manière que la tête rasât le pavé; le corps était ensuite pendu par les pieds et finalement privé de sépulture et jeté k la voirie. Une peine plus effective, et qui avait l'inconvénient de frapper la famille sans atteindre plus que les autres, d'ailleurs, le suicidé, était la confiscation des biens, suite nécessaire de la sentence qui décimait un homme convaincu du crime d'homicide Sur lui-même. L'ordonnance de 1070 réglait aussi, avons-nous dit, les formes et l'instruction du procès. Un curateur était nommé au défunt et chargé de défendre sa mémoire et de le disculperde l'accusation desuicide, soit en établissant qu'il avait été irresponsable de son acte, comme atteint d'aliénation mentale ou accidentellement en proie k une fièvre délirante, soit en cherchant k établir que sa mort avait été le résultat du crime d'une tierce personne. Il était d'ailleurs de rigueur que les parents, héritiers présomptifs

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du défunt, fussent appelés comme parties au débat. Ils y avaient un évident intérêt, puisqu'une sentence de condamnation entraînant la confiscation des biens devait les priver de la sucession. Le cadavre du suicidé ou présumé tel devait d'ailleurs figurer sur la sellette et comparaître à toutes les phases du litige. Cela pouvait être long, d'autant que le curateur avait la faculté d'appeler, s'il le jugeait bon, de la sentence des juges du premier degré. La décomposition du corps pouvait ne pas attendre les délais de la procédure, et, pour le conserver, les chroniqueurs du vieux palais nous apprennent qu'on avait recours quelquefois au moyen de la saiaison.

Dans le droit actuel, le suicide échappe k toute loi pénale. Nos codes criminels ne 1 absolvent pas en termes exprès, mais ils sont muets sur ce crime du désespoir et, en matière pénale, le silence de la loi équivaut k l'immunité. L'article 295 du code pénal définit le meurtre : l'homicide volontaire. Ceci, k la rigueur, n'exclurait pas absolument le suicide, qui est une variété de l'homicide. Mais la variété a un caractère si spécial, elle est si particulièrement hors nature qu'il faudrait une disposition explicite pour l'incriminer. Quand on parle d'homicide sans rien ajouter, tout le monde entend qu'il s'agit de l'homicide commis sur autrui. Pour frapper le suicide, au moins faudrait-il le nommer soit par son nom propre, soit par l'expression équivalente : homicide de soi-même. Du reste, tous les interprètes du code sont unanimes; la jurisprudence est invariablement fixée. Ni le suicide, ni la tentative de suicide ne sont punissables dans l'état présent de notre législation. Pour justifier cette nouvelle doctrine légale, on a mis en ligne des arguments qui ne sont pas tous, k beaucoup pies, de même valeur. On a dit, par exemple, qu'il ne peut y avoir crime, au vrai sens du mot, quand un homme ne fait de mal qu'à soi-même : scienti et volenti non fit injuria. L'argument n'est pas valable, au moins dans beaucoup de cas, car il peut arriver, et il arrive souvent, que la mort du suicidé porte un réel préjudice k sa famille ou k des personnes avec qui il avait formé des relations de diverse nature. La raison sérieuse et valable est, croyons-nous, que la peine doit, autunt que possible, être personnelle connue le méfait lui-même. Or, le châtiment légal du suicide n'atteignait pas le coupable et ne frappait que la famille, parla confiscation de l'héritage et par la flétrissure d'un de ses membres. D'ailleurs, nul ne peut être condamné sans être entendu, et le défunt n'est pas là pour se défendre. L'office du curateur n'était qu'un palliatif hypocrite et ne pouvait garantir une défense sérieuse. Il faut convenir, toutefois, que ces raisons ne s'appliquent qu'au suicide consommé, et nullement ii la tentative de suicide à laquelle son auteur aurait survécu. Il peut être regrettable que, dans certains cas, celui où l'auteur de la tentative est père de famille, par exemple, un pareil fait reste absolument impuni; mais le crime consommé échappant nécessairement k toute punition, il faut convenir qu'il pourrait paraître peu logique d'en punir la simple tentative.

Du reste, malgré l'impunité que la législation nouvelle accorde au suicide, la jurisprudence a décidé, en plus d'une rencontre, que la complicité des tiers en pareille matière était punissable. C'est ce qui résulte notamment u'un arrêt de la cour de cassation (chambre criminelle) du 1G novembre 1827, rapporté par Dalîoz. Un sieur Lefloch, obsédé par les supplications d'un ami eu proie aux toitures d'une maladie intolérable, avait consenti k donner ta mort à ce malheureux, il fut luimême condamné à la peine capitale, comme coupable d'homicide volontaire avec préméditation, par la cour d'assises du Finistère. On peut uouver celte décision trop sévère. Il y avait là moins un meurtre ordinaire qu'une complicité de suicide, déterminée par un égarement de pitié et peut-être d'amitié. Néanmoins, la cour de cassation rejeta le pourvoi. Elle considéra qu'il n'y a dans nos lois pénales d immunité que pour le suicide, c'està-dire pour l'homicide de soi-même, et que l'homicide d'autrui, perpétré même sur les sollicitations de ia personne homicidée, constitue un meurtre rentrant dans ia définition de l'article 295 du code pénal et qui ne trouve d'excuse particulière dans aucune disposition explicite de la loi.

Nos physiologistes ont presque tous affirmé que le suicide est un acte de folie ou le résultat d'une véritable maladie. D'autres affirment, au contraire, que, sauf les cas exceptionnels, et faciles a discerner, où il est commis sous l'influence de la colère ou de l'aliénation mentale, le suicide est un acte essentiellement volontaire, qu'il est pour l'homme la plus haute expression de sa liberté. C'est la marque la plus énergique de la supériorité de sa nature. Les animaux ne conçoivent pas le suicide, parce que leur uature est toute passive. L'homme, au contraire, actif et libre, peut pousser son activité et son libre arbitre jusqu k la destruction de soi-même.

Le suicide implique-t-il courage ou lâcheté ? Beaucoup <ie gens soutiennent que qui se tue est un lâche; que les âmes faibles seules n'osent pas regarder la douleur en face, tandis que les âmes bien trempées la combattent et ne désespèrent jamais de la vaincre; que

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l'homme doit rester attaché à la vie comme un soldat k son poste. Telle est la thèse soutenue par le christianisme, qui nie complètement la liberté de disposer de soi-même et divinise la souffrance.

Voltaire pensait que sans courage on ne va pas au - devant d'une mort sanglante et qu'il faut une certaine force pour imposer silence k l'instinct si puissant de la conservation. Il rappelle k ce propos que, le misérable cardinal Dubois ayant eu un jour la velléité de se tuer, on l'entendit se dire g lui-même : i Tue-toi donc, lâche; tu n'oserais 1 •

Parmi les suicides qui doivent être attribués k une cause pathologique, il faut placer le suicide par imitation et le suicide héréditaire.

Le suicide par imitation ou suicide épidémique s'observe quelquefois dans l'armée. 11 a suffi, dans certaines occasions, qu'un soldat se soit pendu dans une caserne ou se soit tiré un coup de fusil dans une guérite, pour que le même drame se répétât les jours suivants sans qu'on pût l'empêcher autrement, qu'en changeant le régiment de garnison.

Le suicide héréditaire a une certaine analogie avec le suicide épidémique et n'est pas moins bizarre que lui. Des individus se sont tués au même âge, de la même façon et souvent dans les mêmes lieux, que leurs pères et grands-pères.

Jusqu'à ce jour, la science n'a pas encore • pu expliquer d'une façon vraimeut satisfaisante ces phénomènes, qui pourtant sont assez curieux pour mériter des études, de.i recherches sérieuses.

La conscience sociale désapprouve hautement certains suicides; par exemple, celui do l'homme qui a une feinme et des enfants non majeurs. Mais il se rencontre aussi des suicidKS qui, aux yeux de l'opinion, sont non-seulement excusables, mais encore louables : par exemple, le suicide d'un commandant de place ou de navire qui se fait sauter plutôt que de se rendre k l'ennemi. Dans ce cas, le suicide est comme un brevet de gloire. Le suicide d'un homme atteint d'une maladie incurable et qui n'est plus qu'une charge pour les siens est approuve par bien des gens et des plus intelligents.

— Stulislique. Depuis que des statistiques officielles ont permis d'étudier la quantité des suicides, ou a constaté leur accroissement régulier et annuel. Le plus grand nombre des suicides a été relevé dans des pays où la vie est réputée heureuse et facile, dans les royaumes et les duchés de Saxe (Saxe- Altenbourg, notamment), dans les autres Etats allemands et dans le Danemark. Contrairement à l'opinion accréditée, l'Angleterre n'arrive sur cette liste funèbre que beaucoup après la France, dans la proportion de 69 à HO; l'Espagne y ligure au dernier rang.

D'après les observations recueillies, on compte environ 30 suicides féminins contre 100 masculins. Généralement aussi celte épidémie sévit sur les individus de quarante k soixante ans. Le minimum des suicides Su produit en hiver, le maximum d'avril k juillet. Les modes les plus fréquents sont la strangulation et la submersion. Chose bien curieuse 1 on se noie moins l'hiver que l'été.

En France, voici dans quel ordre le suicide, connut; l'aliénation mentale, du reste, affecte les différentes classes sociales : 9 agriculteurs pour 100,000 individus, 12 industriels et commerçauts, 20 personnes" appartenant aux professions libérales, 59 déclassés.

Voici d'autres détails statistiques tirés d'un livre intitulé lu Suicide, et dont l'auteur est M. Ediuoi:d Douay. Le nombre des suicides va tuujours croissant, surtout dans lé*s grandes villes.

De 1826 à 1830 il était, en moyenne, de 1,739

1861 k 1865 — 4,BU1

Ainsi de 1826 à 1850, le chiffre a doublé; après 1850, la progression continue.

Les 23,304 suicides constatés de 1861 k 1805 inclusivement se répartisssnt ainsi au point de vue do l'âge du suicidé :

AOÏ.

Mo

ns de 16 ans.

us de 80

Age

inconnu

suie

suie

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