SUFFRAGE
— Par ext. Approbation : Obtenir, enlever les suffrages du publie. Mériter les suffrages de tous. Ce n'est qu'à la longue que les suffrages se réunissent sur certains ouvrages et sur certaines gens. (Y oit.) On ne doit ambitionner les éloges que de ceux dont le suffrage est éclairé. (Mme d'Epinay.) C'est du genre humain futur que le grand homme doit ambitionner les suffrages. (Dumarsais.) La vertu doit nous valoir le suffrage des autres ou nous apprendre à nous en passer. (Mme de Staël.) L'orgueil se contente de son propre suffrage; la vanité a besoin du suffrage des autres. (Beauchêne.) Le fat diffère de l'homme vaniteux en ce qu'il s'inquiète peu du suffrage d'autrui, (Alibert.)
Celui qui fiait le mieux flatter l'aveugle masse Entraîne son suffrage...
PONSARD
— Politiq. Vote émis pour l'élection d'un candidat : Les lois qui établissent le droit de suffrage sont fondamentales. (Montesq.) L'avidité amène la vénalité des suffrages.
(Rulhière.) Le barreau était, à Rome, la grande candidature aux suffrages politiques de la multitude. (Lamart.) La liberté est un droit, le suffrage est une fonction. (L. Faucher.) Le droit de suffrage peut toujours être successivement étendu, mais il ne peut jamais être légitimement diminué. ( E. de Gir.) Le suffrage restreint est la négation même du principe démocratique. (Vacherot.)
— Suffrage universel, Droit de vote pour l'élection des représentants de la naiion, exercé par tous les citoyens majeurs, hors les cas d'incapacité légale : Priver un seul citoyen du suffrage universel est un attentat. (Montalemb.) Le suffrage universel n'est qu'un moyen légal de faire intervenir le peuple dans son gouvernement. (Ch. de R<;musat.)Z,e suffrage universel est une énigme et il contient un mystère. (Lamart.) Le suffrage universel est, à mes yeux, une vraie loterie. (Proudh.) Le suffrage universel suppose la liberté de la presse. (Proudh.) Le suffrage universel est le principe démocratique par excellence. (Proudh.) L'avenir appartient au suffrage universel. (E. de Gir.) Le suffrage universel, c'est l'unité nationale, c'est l'égalité de tous les hommes devant l'urne électorale. (E- de Gir.) Le suffrage universel a sa racine dans le principe de l'égalité. (E. Scherer.)
— Liturg. Prière que l'Eglise catholique fait, à certains jours, a laudes et à vêpres, pour invoquer les saints. Il Suffrages de l'Eglise, Prières de l'Eglise universelle pour les Jidèles. Il Suffrages des saints, Prières que les saints adressent à Dieu, dans le ciel, en faveur des fidèles qui sont sur la terre.
— Fam. Menus suffrages, Courtes prières : Il se mit d réciter tout bas les litanies, puis il expédia encore avec distraction quelques menus suffrages. (Mérimée.) il Vétilles, objets sans importance :
D'un doui baiser quand l'époux est témoin, Jusque-là passe; époui, quand ils sont sages, Ne prennent garde à ces menus suffrages.
— Encycl. Politiq. Dans les Etats modernes qui sont soumis au régime représentatif, le droit de suffrage se subdivise et se dédouble. Pour le grand nombre des citoyens, il se réduit au droit de vote pour l'élection de leurs représentants. Les élu3 seuls discutent et votent les lois, en un mot exercent le pouvoir législatif. Il en était autrement dans les républiques de l'antiquité ; le gouvernement direct y était pratiqué. A Rome, le peuple votait pour l'élection des magistrats et il votait aussi lui-même, et sans délégation, les lois ou les plébiscites dont les projets lui étaient proposés par ses consuls ou ses tribuns. Le droit de suffrage, jus suffragii, comprenait à la fois, pour chaque citoyen, le vote électoral et le vote législatif. Nous devons ajouter qu'il comprenait, en outre, le droit de statuer sur les accusations criminelles qui, par voie d'appel et en dernier ressort, étaient portées devant les comices du peuple. La masse des citoyens exerçait ainsi le pouvoir électoral, le pouvoir législatif et, dans une certaine mesure, le pouvoir judiciaire. Il n'y avait, à proprement parler, que la puissance executive dont les différentes attributions fussent déléguées à des magistrats annuels. Le pouvoir exécutif, en effet, pouvoir se résolvant essentiellement dans l'action , doit s'individualiser dntis dss (irtran«s nntifs. La délibération et
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le vote conviennent à la masse des citoyens ; l'exécution , l'action doivent être dévolues h des magistrats électifs.
On vient d'indiquer quelle était, dans la république romaine, l'étendue du jus $uffx-agii. Il importe de rappeler que ce droit de suffrage n'était pas, à beaucoup près, universel, du moins dans la période aristocratique de l? société romaine. Il s'étendit et se généralisa avec le progrès des institutions, A toutes les époques, les comices qui élisaient les magistrats votèrent les lois et prononcèrent sur les accusations capitales qui leur étaient déférées par voie d'appel. Mais le mode de formation des comices et les éléments dont ils se composaient subirent, avec le temps, des modifications considérables, et ce furem ces transformations successives qui élargirent progressivement Je droit de suffrage. Trois périodes sont à distinguer dans le système d'organisation des comices. La forme primitive et essentiellement patricienne fut celle des comices par curies. Les curies étaient au nombre de trente. Le droit de suffrage y était exercé par les chefs de ces majores génies, dont la constitution est imparfaitement connue, mais offrait très-vraisemblablement de l'analogie avec celle des clans celtiques. Le chef delà gens représentait à la fois les membres de sa famille et les clients qui tenaient de lui des terres en culture. Son vote résumait implicitement le vote des personnes placées sous sa dépendance, c'est-à-dire de la gens tout entière.
L'aristocratie de race dominait dans les comices par curies; dans les comices par centuries, la prépondérance appartint à l'aristocratie de fortune. La population était divisée en six classes, d'après l'importance des fortunes privées. Les citoyens les plus riches, et nécessairement les moins nombreux, formaient la première classe. Les fortunes moyennes étaient réparties dans les classes intermédiaires, ot la masse entière des prolétaires était refoulée dans la sixième classe, qui était la dernière. Les six classes se subdivisaient. en cent quatre-vingt-treize centuries. Le vote collectif de chaque centurie représentait une voix, un seul suffrage dans les élections et dans la votation des lois, La première classe, la moins populeuse, comprenait quatre-vingt-dix-huit centuries et disposait à elle seule de quatre-vingt-dixhuit votes. Les classes intermédiaires comprenaient aussi chacune un certain nombre de centuries. La sixième classe, c'est-a-dire le prolétariat tout entier, ne formait qu'une centurie et n'avait ainsi qu'un vote sur cent quatre-vingt-treize. Ajoutons que cette centurie votait la dernière, quand déjà la majorité était formée; son suffrage n'était qu'une forme; d'ordinaire, on ne prenait même pas la peine de le recueillir. Caïus Gracchus fit passer un plébiscite suivant lequel le sort dut décider de l'ordre de priorité des centuries dans la votation. Dans ce nouveau système, les plébéiens purent avoir quelquefois la satisfaction de voter les premiers; leurs suffrages ne devenaient pas moins à peu près illusoires, grâce à cet ingénieux mécanisme qui plaçait la majorité légale entre les mains de la minorité aristocratique.
Les comices vraiment démocratiques, où le suffrage individuel comptait, où l'avantage était assuré à la majorité réelle, à la majorité numérique, furent les comices par tribus ou quartiers. Dans ces comices, on votait par tête, viritim. Il est vraisemblable, quoiquil se soit élevé quelques doutes à cet égard, que les patriciens n'étaient pas exclus des comices par tribus. Ils pouvaient prendre part au vote, mais leurs suffrages étaient noyés dans l'élément plébéieD, auquel appartenait l'immense supériorité du nombre. L'institution des comices par tribus sortit d'une insurrection, mais d'une insurrection victorieuse et qui fut législativement sanctionnée par la loi Valeria et définitivement par la loi Hortensia (an de Rome 468). Les tribus , comme précédemment les centuries, se formèrent en comices électoraux, en comices législatifs et aussi en tribunal suprême pour statuer sur des accusations capitales. Il n'y eut néanmoins pas suppression formelle des anciens comices par centuries et même par curies. Ces différentes formes d'assemblées du peuple coexistèrent parallèlement. Les comices par centuries retinrent la prérogative d'élire seuls aux magistratures supérieures, le consulat, la préture, la censure. Les dernières et les plus mémorables lois qui aient été soumises à la délibération du peuple sous le règne d'Auguste, les lois Julia, Pappia Poppaea, Junia Norbana, furent votées dans les comices par centuries. Quant aux assemblées par curies, elles continuèrent de subsister aussi; mais leurs délibérations et leur droit de suffrage n'eurent plus pour objet que des matières de droit privé. Les curies assemblées sanctionnaient les testaments des citoyens (le testament avait lieu primitivement dans cette formo publique et était voté comme une loi, calatis comitiis). Les comices par curies statuaient aussi sur la régularité et. la légitimité des adoptions et en donnaient acte. Mais la vie s'était retirée de ces vieu;: comices patriciens; le mouvement et l'initiative avaient passé aux assemblées plébéiennes par tribus. Les plébiscites ou décrets des tribus, qui avaient force de loi depuis la loi Hortensia, formèrent, jusqu'à la fin At la république, la plus abondante source de la
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législation civile. Il y eut un temps d'arrêt, un moment de réaction aristocratique sous la dictature de Sylla. Sylla retira aux tribus leur puissance légiférante et ne leur laissa que 1 élection des magistrats plébéiens, tribuns, édiles mineurs, questeurs du parricide. Pompée réagit à son tour contre la réaction de Sylla et restitua aux comices par tribus l'intégrité de leur pouvoir. Il continua de subsister un fantôme de comices sous les premiers Césars. Ces assemblées firent encore le simulacre d'élire les magistrats. Mais le peuple votait passivement i pour le candidat recommandé. » Nul candidat, d'ailleurs, ne se présentait pour faire concurrence « au candidat agréable ; » le jeu eût été dangereux. Tibère eut le bon goût de mettre fin à cette parodie de votation populaire -, il transféra au sénat le droit de suffrage des comices : Tune primum, dit Tacite, e campo comitia ad patres translata sunt. Tacite ajoute que cette translation s'opéra sans secousse et sans produire d'émotion populaire. On le comprend de reste ; la multitude tenait peu à son droit illusoire de suffrage et dut s'en laisser dépouiller sans humeur.
Disons un mot du mode de votation. Le suffrage avait d'abord été public et. exprimé de vive voix. Au vie siècle de Rome, on adopta la règle du- mode secret comme assurant mieux la liberté des suffrages. Chaque citoyen écrivait son vote sur des tablettes. Le suffrage était exprimé par de simples initiales. Quand un projet de loi était présenté aux comices, sur la motion (rogalio) d'un consul ou d'un tribun, les citoyens qui votaient pour le rejet écrivaient sur leurs tablettes la lettre A. Cette initiale signifiait antiguo et devait se traduire ainsi : • Je vote pour l'ancien état de choses, par conséquent contre le projet de loi. » Les citoyens qui opinaient pour la loi proposée écrivaient sur leurs tablettes les initiales U. R. (uli rogas, comme tu proposes, comme il est proposé). S'agissait-il de statuer sur une accusation capitale, ceux qui étaient d'avis d'absoudre écrivaient la lettre A, {absolve, j'absous). Ceux qui se prononçaient pour la culpabilité y écrivaient la lettre C. (condemno, je condamne). Quant aux membres de l'assemblée qui doutaient et qui ne se jugeaient pas suffisamment informés, ils exprimaient leurs sentiments au moyen des initiales N. L. (non liguet, la chose est douteuse). Lorsqu'il s'agissait d'élection, chaque votant écrivait Sur sa tablette le nom du candidat auquel il donnait sa voix.
En France, nos primitives assemblées nationales, le&placita des temps mérovingiens et carlovingiens, n'avaient pas le caractère de l'élection populaire. Les grands feudataires , les comtes et les évêques étaient seuls appelés à y siéger, et ils y entraient de plein droit et de par Ta prérogative attachée à leur dignité ou k leurs charges. Les cités gallo-romaines, durant cette période, avaient certainement conservé leur administration intérieure, mais elles n'étaient point représentées dans les placites généraux de la nation, sauf que leurs intérêts pouvaient y être défendus pur les évêques, promus à cette époque par le suffrage populaire. C'est dans les états généraux de la troisième race qu'apparaît, pour la première fois, l'élément représentatif dans les députés des villes ou du tiers état. Le mode originaire d'élection de ces députés du tiers est imparfaitement connu, ce qui s'explique par la longue désuétude où la monarchie absolue avait systématiquement laissé tomber la convocation des assemblées nationales. Il est, en tout cas, constant que le droit de suffrage n'était point universel et que l'élection avait lieu à plusieurs degrés. On rechercha ces anciens usages pour la convocation des états généraux de 1789. Les assemblées primaires des villes et des bourgs désignèrent, non point les élus, mais les électeurs. Ces assemblées primaires exercèrent néanmoins un droit d'une importance réelle et une sorte de participation éloignée au vote législatif par la rédaction des cahiers. On sait que les électeurs désignés parles assemblées primaires durent se réunir au cheflieu du bailliage et procéder à l'élection du député ou des députés de la circonscription. Ces électeurs, en outre, étaient chargés de dépouiller les cahiers des différentes assemblées primaires, de raccorder et de fondre ensemble ces cahiers, lesquels étaient remis aux députés respectifs des bailliages et fixaient les termes de leur mandat.
La constitution de 1791 s'éloigna assez peu de ces bases traditionnelles. Elle adopta la règle de l'élection à deux degrés. Les assemblées primaires durent simplement désigner les électeurs, et ce fut à ceux-ci que fut attribué le droit de choisir les députés. Le droit de vote dans les assemblées primaires fut très-large, mais ne fut point universel. L'Assemblée constituante accepta, dans une certaine mesure, l'idée de Sieyès de diviser la population en citoyens actifs et citoyens passifs. Elle écarta de l'assemblée primaire les ' individus placés dans une condition trop dépendante, les domestiques à gages. Elle en écarta aussi ceux qui ne payaient aucune contribution directe. Etre né ou naturalisé Elançais, âgé de vingt-cinq ans, domicilié depuis un an dans la circonscription électorale, payer une contribution directe équivalant au minimum de trois journées de travail, n'être ni failli, ni condamné pour crime, ni
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en état de contumace, telles furent les conditions mises par la constitution de 1791 au droit de suffrage dans les assemblées primaires.
La constitution du 24 juin 1793 fut plus radicale; elle adopta l'élection directe et elle fit disparaître l'exclusion des domestiques à gages. Il est vrai que la législation de la Convention avait aboli ou prétendu abolir la domesticité. En tout cas, si elle avait supprimé le nom, la chose continua d'exister, et les domestiques, on le sait, prirent légalement la dénomination d'officieux. Ceci ne manque pas d'une certaine puérilité. Du reste, la constitution de 1793 n'a jamais fonctionné ; son application avait été prorogée jusqu'à la paix et elle fut remplacée par la constitution de l'an III avant d'avoir pu être appliquée. Les conditions d'âge, de domicile et de cens auxquelles a été subordonné le droit de suffrage ont subi de nombreuses vicissitudes dans les constitutions et les chartes qui se sont succédé jusqu'à la constitution de 1848, qui a définitivement inauguré l'ère du suffrage universel.
Cette question du suffrage universel est une des plus importantes que présente la politique ; elle a depuis longtemps soulevé et elle soulève encore de très-vives discussions ; le droit de tous au suffrage a rencontré des critiques acerbes et des approbations chaleureuses. Nous traitons cette question aux articles élection et représentation ; nous n'avons donc ici qu'à résumer ce que nous y disons, en y ajoutant quelques développements particuliers.
On a quelquefois prétendu que l'homme appelé à donner son suffrage exerçait, non pas un droit, mais une fonction, un mandat. Si le suffrage relevait d'un droit, disent ceux qui soutiennent cette thèse, pourquoi les enfants et les femmes en seraient-ils exclus? Ce sont les hommes seuls, remplissant certaines conditions d'âge, de domicile, etc., qui votent pour les enfants et pour les femmes ; donc ils remplissent à leur égard un véritable mandat et ils manquent à leur devoir si, en votant, ils ne tiennent pas compte des intérêts de ces deux portions importantes de l'humanité. Cet argument est-il bien sérieux en ce qui touche les enfants? N'est-il pas évident que les enfants n'existent pas légalement et ne peuvent avoir aucun droit, puisque leur faiblesse même les empêche d'avoir des devoirs? Quant k la femme, sans entrer dans une discussion approfondie k ce sujet, nous constaterons que des esprits très-distingués sont loin de trouver juste la nonadmission des femmes k voter sur les questions politiques et sociales-, Condorcet s'est élevé avec force contre cette exclusibn ; tout dernièrement encore , rérainent publiciste anglais Stuart Mill a soutenu les droits de la femme à la tribune de la Chambre des communes.
Quoi qu'il en soit, il nous paraît évident que, puisqu'on oblige le citoyen k payer des impôts, puisqu'on peut le contraindre à se battre et à verser son sang pour la défense du pays, il doit avoir le droit de savoir pourquoi il se bat, quel usage on fait de son argent, de voir enfin compter son opinion pour ce qu'elle vaut et pas davantage. Dans une nation adulte et civilisée, il ne devrait pas y avoir de parias, pas d'hommes frappés d'incapacité, si ce n'est par leur propre faute. Ainsi, il est bien indiscutable qu au point de vue théorique tout citoyen a le droit de participer au gouvernement de la chose publique , et ce n'est pas seulement un droit qu'exerce le citoyen en déposant son bulletin dans l'urne, c'est aussi un mandat, une fonction publique qu'il remplit, et il a le devoir de la remplir de la manière qu'il juge la meilleure au point de vue des intérêts généraux ; mais ce droit soulève dans la pratique de nombreuses objections qu'il nous faut attentivement examiner.
Le but des sociétés, c'est le développement de toutes les forces, l'amélioration de toutes les classes et le plus grand bonheur commun ; or, pour arriver là, il faut que les sociétés soient dirigées par les hommes les plus intelligents et les plus dévoués. Il faut donc que les suffrages appelés k choisir les hommes à qui sera confié le soin de la chose publique soient réglés de manière à assurer de bons choix. Or, on a souvent reproché au suffrage universel de s'être plusieurs fois laissé trop facilement séduire parle prestige d'un nom illustre et de n'avoir usé de ses droits que pour les abdiquer et les remettre follement entre les mains d'un homme qui se pose dès lors en dictateur, en despote, et dont il étaye ensuite complaisamment le despotisme. Mais si le peuple s'est trompé dans le passé, cela prouve seulement qu'il faut changer les conditions dans lesquelles a toujours fonctionné le suffrage universel, qu'il faut surtout éclairer les masses en les appelant de plus en plus à jouir des bienfaits de l'instruction. On a déjà fait quelque chose pour améliorer et propager l'instruction dans les classes pauvres, mais il reste encore beaucoup à faire. En tout cas, il ne faut point désespérer de l'avenir. Rappelons-nous que, lorsqu'on parla pour la première fois des chemins de fer, une commission de savants officiellement rassemblés déclara publiquement que la locomotive ne marcherait pas ou marcherait en arrière. Ceux qui jugent le suffrage universel sur ses malencontreux effets
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imitent les savants qui, prudemment renfermés dans leur chambre, examinent tous les ressorts, démontent un k un tous les mécanismes, puis, laissant tomber un regard de pitié sur l'appareil, disent : « Cela ne marchera pas. » Qu'ils mettent le charbon et le feu dans les flancs de la machine qu'ils retiennent captive, et elle cessera d'être immobile. Au lieu de faire fonctionner le suffrage universel comme on l'a fait jusqu'ici, qu'on lui donne l'air, l'espace; au lieu de peser sur lui de toute la force de notre centralisation énervante, qu'on approche de ses flancs puissants l'éducation, la justice, la liberté, et la machine se redressera, elle s'élancera en avant, entraînant avec elle sur la route de l'avenir, sur la voie du progrès ceux-là mêmes qui tournaient son impuissance en dérision et raillaient son immobilité.
Parmi les questions qui se rattachent au meilleur fonctionnement du suffrage universel, une des plus importantes est celle de savoir si le vote doit se faire au scrutin de liste ou au scrutin uninominal. Quand la masse des électeurs n'a qu'un seul nom à choisir, il semble que le choix est plus facile; le candidat peut se présenter devant les électeurs ; ils peuvent le voir, l'interroger, entendre ses réponses. Souvent même ce candidat est un homme du pays, connu de tous, jouissant d'une réputation bien établie. Si deux candidats également connus se présentent , les électeurs peuvent choisir et choisir par euxmêmes, sans être obligés de se laisser guider par des conseils étrangers. Avec le scrutin de liste, au contraire, quand l'électeur doit inscrire sur son bulletin dix, quinze, vingt noms et quelquefois davantage, il est fort embarrassé ; car lorsqu'il regarde autour de lui, c'est tout au plus s'il aperçoit un ou deux habitants du pays qui lui paraissent capables de remplir avec honneur les fonctions de député ou de représentant du peuple. Les journaux, alors, s'empressent de venir k son secours; des comités se forment, et presque toujours ces comités sont composés de journalistes ou d'hommes remuants qui aspirent à jouer un rôle politique. Des listes de candidats sont discutées dans ces comités; puis, quand elles ont été arrêtées, on les fait imprimer, afficher, recommander dans les journaux et on les présente k l'électeur, qui n'a plus qu'à les ratifier par son suffrage. Cependant, presque toujours, chaque opinion politique trouve moyen de dresser sa liste, et l'électeur reste libre de choisir entre les diverses listes qui lui sont proposées. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans ce système, la part des électeurs dans le choix des députés est bien amoindrie; ils ne choisissent que la couleur politique, et cette couleur même ils ne la voient que par les yeux d'autrui, car le plus souvent les noms portés sur les listes doivent leur notoriété à des faits qui se sont passés loin du pays où se fait l'élection. Estce à dire pour cela que le scrutin de liste soit attentatoire à la liberté des suffrages ? Non ; il faut reconnaître, au contraire, que, dans certaines circonstances, il en est le meilleur appui, et qu'il fournit seul le moyen de faire des élections réellement politiques. Dans les temps qu'on pourrait appeler révolutionnaires, c'est-à-dire quand tout citoyen éclairé désire des changements radicaux dans l'organisation politique ou sociale, le vote au scrutin de liste peut seul amener ces changements ; car il faut alors des hommes d'action et d'énergie, des hommes capables de lutter d'éloquence avec des ministres réactionnaires, des hommes assez habiles pour préparer de loin le triomphe des idées nouvelles; or, ces hommes-là ne se rencontrent guère dans la sphère modeste et tranquille où vivent les électeurs des campagnes et des petites villes ; il faut donc alors que leur choix soit dirigé, et il ne peut guère l'être mieux que par l'intervention des journaux ou des comités. Mais quand l'époque révolutionnaire est terminée, quand le pays tient enfin la forme de gouvernement qu'il a longtemps désirée , quand il n'a plus rien à craindre pour le maintien de ce gouvernement, les hommes d'action énergique ne sont plus nécessaires; du bon sens et de l'honnêteté suffisent pour faire un bon député et l'électeur peut trouver cela autour de lui. Alors, au nom de sa dignité personnelle, il doit préférerle scrutin uninominal. La B^rance en est-elle là aujourd'hui? C'est une question bien délicate et nous nous contenterons de la poser sans avoir la prétention de la résoudre.
SCFFREN (Jean), jésuite français, né k Salon, en Provence, en 1565, mort à Flessingue le 15 septembre 1641. Il fut nommé, en 1615, confesseur de la reine mère, Marie de Médicis, et plus tard confesseur du roi. Il ne conserva pas longtemps cette dernière fonction, alla rejoindre Marie dans les Pays-Bas et la suivit ensuite en Angleterre. Outre quelques opuscules ascétiques, on a de lui : des Sermons (Paris, 1622-1623, 2 vol. in-8») et l'Année chrétienne (Paris, 1641, 6 vol. m-4<>). Ce dernier ouvrage, que Suffren avait composé à la prière de Saint François de Sales, a été abrégé par le Père Frizon (Nancy, 1728, 2 vol. in- 12).
SUFFREN DE SAINT-TROPEZ (Louis-Jérôme de), prélat français, né k Saint-Cannat en 1722, mort à Turin en 1796. Successivement évêque de Sisteron (1764), puis évêque de Nevers (1789), il a attaché son nom à la
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construction d'un canal qui a doublé la richesse du territoire sis autour de Sisteron
SDFFREN DE SAINT-TROPEZ (Pierre-André de), nommé communément le Bailli d« Surrrcn, frère du précédent et l'un des mann3 les plus illustres que la France ait produits, né au château de Saint-Cannat, près de Lambesc, en 1726, mort à Paris en 1788, Toute sa vie fut consacrée k combattre les Anglais. Ses parents, suivant l'usage des familles nobles, voulant avantager son frère aîné, le firent entrer dans l'ordre de Malte et le destinèrent à la marine. Doué d'un courage sans égal, d'une activité sans pareille, d'un grand sang-froid, d'un coup d'œil prompt et sûr, de connaissances étendues, d'un caractère élevé, de toutes les qualités, enfin, nécessaires à la noble profession qu'il avait embrassée, ce ne fut pourtant que lentement et en faisant pour ainsi dire violence à la fortune qu'il parvint à s'élever. Garde-marine en 1743, il fit plusieurs campagnes, fut nomme enseigne en 1748 et prit part au glorieux combat de Belle- Isle, où il fut fait prisonnier par les Anglais. Rendu k la liberté par le traité d'Aix-la-Chapelle, il combattit pour l'ordre de Malte jusqu'en 1754, rentra dans la marine royale, fit partie de l'escadre de La Galissonnière, qui appuya le siège de Mahon (1756), fut de nouveau fait prisonnier en 1759 et parvint enfin au grade de capitaine de frégate en 1767. Il fit encore sur les galères de l'ordre plusieurs campagnes, k la suite desquelles il fut nommé commandeur. Le titre de bailli, sous lequel il est généralement connu, ne lui fut donné que plusieurs années après. Capitaine de vaisseau en 1772, il fit deux croisières dans les mers du Levant et servit avec distinction dans l'escadre envoyée pour protéger la révolte des colonies anglaises de l'Amérique. Lorsque enfin la France songea à lutter aux Indes contre l'avidité des Anglais, qui tentaient sans relâche de conquérir ou de ruiner les établissements français et hollandais, elle chargea Suffren de défendre dans ces mers les intérêts nationaux et l'honneur du pavillon. Parti de Brest avec le grade de chef d'escadre et à la tête de cinq vaisseaux et de deux frégates qui portaient des troupes destinées à protéger le Cap de Bonne-Espérance, le bailli battit une escadre anglaise à la hauteur du cap Vert (16 avril 1781), ravitailla le Cap de Bonne-Espérance, rejoignit à l'île de France l'escadre du comte d'Orvès, dont la mort lui laissa le commandement en chef, écrasa près de Madras (17 février 1782) la flotte de 1 amiral Hughes et conclut une alliance avec le nabab Haïder-Ali, qui luttait depuis longtemps pour chasser les Anglais des Indes. 11 battit de nouveau ces derniers à Negapatam, s'empara de Trinquemule et maintint glorieusement sa supériorité jusqu'à la conclusion de la paix de Versailles (1783). A son retour en France, il fut comblé d'honneurs par la reconnaissance nationale.
En 1787, de nouvelles difficultés s'étant élevées avec l'Angleterre, Louis XVI confia k Suffren le commandement d'une flotte en armement k Brest, mais Suffren mourut presque aussitôt. Le bruit courut qu'il avait succombé k une attaque d'apoplexie ; d'après M. Jal, historiographe de la marine, il fut tué en duel. Une punition avait été infligée k deux neveux d'un homme de la cour, marins pour rire, qui servaient sous les ordres du bailli. Ce grand seigneur vint prier Suffren de lever leurs arrêts; Suffren répondit qu'il ne ferait rien pour de pareils j... f... Provoqué à l'occasion de ces paroles par le solliciteur, il se battit avec lui dans le parc même de Versailles, et le duel eut pour témoin le cavalier Bernin. Suffren, qui était énormément gros, pouvait à peine se mouvoir ; il reçut dans le bas-ventre un coup d'épée dont il mourut presque aussitôt.
« Suffren, dit M. Hennequin, était d'une taille ordinaire, mais d'un embonpoint extrême. La régularité de ses traits donnait à sa physionomie un aspect noble et gracieux. Ses manières, aisées et polies avec ses égaux, devenaient douces et affectueuses pour ses inférieurs. Personne n'était plus affable ni plus simple que lui; on l'a vu souvent s'entretenir familièrement avec ses matelots ; aussi la confiance qu'il était parvenu à leur inspirer allait-elle jusqu'à l'enthousiasme. A un sang-froid imperturbable dans l'action, il joignait une activité et une ardeur extrêmes. Courageux et brave même jusqu'à la témérité, il était d'une rigueur inflexible pour les officiers chez lesquels il croyait remarquer de la faiblesse et de la lâcheté. En un mot, il réunissait dans sa personne toutes les qualités qui font le guerrier illustre, le marin expérimenté et l'homme estimable. »
SUFFRÉNIE s. f. (su-fré-nl — de Suffren, marin fr.). Bot. Genre de plantes, de la famille des lythrariées, dont l'espèce type croît dans les rivières de la haute Italie.
SUFFRUTESCENT, ENTE adj. (suff-fiu-tèssan, an-te). Bot. Syn. de sous-frutescent.
SUFFDMIGATION s. f. (suff-fu-mi-ga-si-on — du préf. sub, et de fumigation). Combustion de matières odorantes, qui a pour but de chasser les miasmes.
— Méd. Se dit quelquefois pour fumigation.
SUFFUSION s. f. (suff-fu-zi-on — lat. suffusio;àosub, sous, etde/'uîio, épanchement). Méd, Epanchement d'un liquide hors dea
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vaisseaux qui le contiennent ordinairement . Soffusion de sang. Suffusion débile, il Alnux de sang sous la peau, dans certaines parties do corps : La honte, la pudeur produisent une suffusion de sang dans la face. Il laie ae couleur blanche dans l'humeur aqueuse ae l'œil. Il Ancien nom de la cataracte.
SUFI s. m. V. souFl SUTISME s. m, V. soufisme.
SUGAL s. m. (su-gal). Moll. Coquille du f^enre volute, qu'on trouve dans les mers du Sénégal.
SUGER, abbéde Saint-Denis, ministre d'Etat, né à Saint- Orner, suivant l'es uns, à Saint- Denis ou a Tours, suivant d'autres, vers 1081. Ce qu'il y o de certain, c'est que vers 1091 il tut confie à l'abbaye par son père Elinand, eu qualité d'oblat, pour être consacre a Dieu. On reconnut bientôt en lui une intelligence d'élite, et l'abbé de Saint-Denis, Yves I", lui fit donner une éducation qui comprenait toutes les connaissances du temps. Le jeune Sucer fut le condisciple du prince qui plus tant fut Louis le Gros, et se lia avec lui dune étroite amitié. Chargé par ses supérieurs d'assister à plusieurs conciles et de remplir différentes missions, il montra un esprit prudent et délié, en même temps qu une éloquence qui fit l'admiration de ses contemporains. Louis le Gros l'envoya en ambassade à Rome, pour régler quelques différends relatifs à l'église de Sens. A son retour (1123), il fut élu abbé de Saint-Denis par assemblée générale des religieux. Dans la même année, il alla à Rome pour assister au concile de Latran, fut chargé a son retour d aller représenter le roi a la diète électorale de Mayence, réunie pour élire un empereur, et parvint par son habileté à empêcher ) élection d'un neveu de Henri V, qui eut été contraire à la politique de la France.
Diplomate, conseiller d'un roi, cnet de Ja plus riche et de la plus puissante abbaye de la chrétienté, illustre par son éloquence et son savoir, Suger, qu'on se représente quelquefois comme un pauvre moine, était alors un personnage qui différait peu des plus hauts seigneurs laïques du temps. 11 avait un train fastueux et princier, prenait activement part aux expéditions militaires, marchait suivi d'une escorte de brillants cavaliers, et tenait une véritable cour dans son abbaye, ou se succédaient les fêtes, les grandes chasses, les festins, et où les femmes et les gens de plaisir avaient libre entrée. Ces habitudes étaient d'ailleurs à peu près générales dans le haut clergé. Dans la suite , Suger reforma en partie ses mœurs et ramena un peu plus de discipline parmi ses religieux. Saint Berncd, la grande autorité morale de ce temps, et qui s'était sévèrement élevé plusieurs l'ois contre le genre de vie de l'abbé de Saint- Denis, le félicita publiquement alors de la réforme qu'il avait accomplie.
11 est permis de croire cependant que cette réforme n'était pas d'une austérité monacale, dans le sens rigoureux du mot. Dans son ardeur de réformation, Suger profita de sa puissance et de son crédit pour confisquer au profit de son abbaye le monastère d'Argenteuil et ses riches dépendantes. Il prétend, il est vrai, dans sa Vie de Louis le Gros, que la vie des religieuses de ce monastère n'était pas régulière; mais quelques-uns l'ont accusé d'avoir obéi dans cette circonstance à des préoccupations toutes personnelles. La célèbre Hèloïse était alors retirée dans ce couvent. Dépossédées, expropriées, pour employer une expression moderne, les religieuses d'Argenteuil se retirèrent au Paraclet, qu'Abailard leur céda. Déjà, quelques années auparavant, Suger avait persécuté Abailard et l'avait fait jeter dans les prisons de son abbaye." . .
Suger aida au mouvement qui prépara 1 atfranchissement des communes et que Louis le Gros favorisait pour affaiblir les seigneurs et fortifier l'autorité royale. Lui-même, souverain de fait et de droit dans les vastes possessions de son abbaye, il concéda royalement des chartes aux vassaux des moines et fonda même une commune libre, Villeneuve- Saint-Dems; libre eu ce sens qu'elle ne dépendait ni des vassaux de l'abbaye, ni d'aucun prince ou seigneur, ni même du roi, mais exclusivement de l'abbaye.
Au moment de son abdication et un peu avant sa mort, Louis le Gros chargea Suger d'accompagner à Bordeaux son fils Louis le Jeune, qui allait épouser la fille du duc d'Aquitaine.
Pendant les premières années du nouveau règne, Suger fut occupé tout entier à la reconstruction de l'église de l'abbaye, travail immense qui fut achevé en quatre ans, grâce à sa dévorante activité. Pendant cet espace de temps, il ne paraît avoir pris aucune paît a la direction des affaires publiques. Sur ces entrefaites, une croisade nouvelle futprêchée par saint Bernard. Le jeune roi se mit a la tête des croisés, malgré l'énergique opposition de Suger, qu'il chargea à son départ de la régence du royaume (1146). Maître de la France, le puissant moine administra avec autant d'énergie que d'habileté et comprima quelques tentatives de révolte. Rien de plus naïf, au reste, et qui peint mieux l'époque que son système administratif ; quand la force des armes ne suffisait pas pour dompter un de ces barons indisciplinés, il faisait flèche de tout
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bois, s'il est permis d'employer cette expression familière, sa servait des! armes spirituelles et obtenait contre le seigneur rebe le quelque bonne excommunication papale. Chargé d'envoyer des secours et de 1 argent au roi, il était obligé d'ailleurs d écraser a peuple d'impôts, ce qui servait de P«wxte aux mécontents pour se soulever. L un (les frères du roi, Robert de Dreux, multipliait même ses intrigues pour s'emparer delà couronne. Suger déjoua ses complots en les révélant aux grands et aux évêques du royaume, qu'il avait convoqués à Soissons, en s assurant de l'appui du clergé et du pape ; car il n oubliait jamais de faire entrer l'excommunication dans ses moyens de répression (et dans le fait, c'en était un beaucoup plus décisit et plus puissant que chez les modernes le i régime de l'état de siège, dont on sait cependant la puissance) ; enfin, il prenait toutes les mesures que lui suggéraient la prudence et 1 habitude qu'il avait des grandes affaires.
Au retour de sa malheureuse expédition, Louis VU reconnaissant conféra à Suger le titre de Pire de la patrie et lui laissa la direction des affaires, avec un pouvoir a peu près absolu. L'abbé fit tous ses efforts pour détourner le prince de son projet de divorce, acte justifié peut-être, mais unpolitique, et qui, réalisé quelques années plus tard, devait enlever à la France, pour trois siècles, lune de ses plus belles provinces.
Cependant, à la tin de 1151, la nouvelle de nouveaux désastres subis par les chrétiens de la Palestine vint affliger les chrétiens d Occident. L'impression fut telle, qu'on vit avec
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le plus profond étonnement Suger, qui, seul en Europe, s'était opposé àladeruiève expédition en terre sainte, prêcher une nouvelle croisade et, au milieu du découragement universel, former le projet insensé, lui, vieillard de soixante-dix ans, infirme et consume par la fièvre quarte, de diriger en personne une entreprise déjà tentée sans succès par deux puissants monarques et par tous tes barons de lachrétien té. 11 fit appel à tout le clergé et à tous les hommes de guerre, mais sans rencontrer l'appui qu'il espérait. Après tant de malheurs et dinsuccès, on était entré dans une période de découragement et d'inertie. 11 persista néanmoius dans son projet, fit un pèlerinage au tombeau de saint Martin de Tours, prélude obligé de toutes les grandes entreprises, et commença à lever des hommes et à faire ses préparatifs d'armement, au moyen des épargnes et des revenus de l'abbaye de Saint-Denis.
Mais la mort pe lui laissa pas le temps de poursuivre une oeuvre qui, avec des ressources aussi bornées, aurait sans aucun doute avorté. La maladie dont il était atteint redoubla d'intensité, et, le 13 janvier 1152, il expira à Saint-Denis, en présence de tous ses religieux et d'un grand nombre de prélats et de hauts personnages, qui étaient accourus à son ht de mort.
L'historien Sismondi a dit de Suger qu il était « beaucoup plus célèbre que ses talents ou le rôle politique qu il joua n'auraient du le faire attendre. »
Le rôle, en effet, du moine homme d Etat ne semble pas à la hauteur de sa réputation ; mais c'est sans doute pour nous une question de distance. A défaut de grands actes, il faut bien croire qu'il était homme de conseil, car on voit les souverains et les papes le prendre souvent pour arbitre et se conformer à ses avis. 11 était de tous les conseils royaux et son opinion faisait loi. Dans l'administration du royaume, il dut déployer une certaine habileté, pour ne point perdre toute autorité au milieu des complications de tant d'affaires politiques, administratives, ecclésiastiques et féodales, dont le détail nous est inconnu, mais dont nous pouvons nous faire une idée par l'état d'anarchie où se trouvaient alors les affaires publiques. Ce qu'il y a de certain, c'est que ses contemporains le regardaient comme un grand homme.
On a de lui une Vie de Louis le Gros, en latin, qui se trouve dans la collection Duchesne, et des mémoires sur sa propre administration, insérés dans la collection Guizot, ainsi que des lettres assez nombreuses, dans la collection Martène et Durand. Plus homme d'Etat et plus courtisan qu'historien, il dissimule soigneusement tout ce qui est défavorable aux princes et aux grands. Il passe pour le fondateur des Grandes chroniques de Saint-Denis.
Consultez : Histoire de Suger, par D. Gervaise (1732);!' Abbé Suger, par Combes (1853); Suger et la monarchie française au xtie siècle, par A. Huguenin (1857); Eloge de Suger, par Garât, couronné par l'Académie (1778); Suger, dans les Portraits historiques de M. P Clément (1855), etc.
SUGGARD s. m. (su-gar). Myriap. Nom vulgaire d'une espèce de scolopendre, du Cap de Bonne-Espérance,
SUGGÉRER v. a. ou tr. (su-gjé-ré — lat. suggerere, entasser en dessous ; de sub, sous, et Ue gerere, porter. Change é en è devant une syllabe muette : Je suggère, ils suggèrent; excepté au fut, de l'ind. et au prés, du cond. : Je suggérerai; nous suggérerais). Insinuer, inspirer, mettre dans l'esprit : Suggérer une idée, un conseil. Je prendrai le parti que la circonstance me suggérera.
(Acad.) La notion d'une durée limitée nous buggêkb la notion d'une durée sans bornes,
gui n'a pas pu commencer, qui ne pourrait pM finir. (Royer-Collard.) L'imagination, en parquant les hommes sur la terre, leur suggère toutes les convoitises. (Nourrisson.) Quels timides conseils m'osez-vous suggérer!'
Racine.
— Jurispr. Suggérer un testament, L'obtenir par insinuation, par adresse, en agissant sur l'esprit du testateur.
Se suggérer v. pr. Etre suggéré : Les sentiments véritables ne sa suggèrent pas, ils s'inspirent. (Ch. Nod.)
— Syn. Suggérer, ineinuer, inspirer, etc. V. INSINUER.
SUGGESTB s, m. (su-gjè-ste). V. SOGGES-