‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 763 sur 1059 · POPULA- TION · texte numérisé non relu

POPULA- TION

catholiques.

PROTES- TANTS.

Si l'on ajoute aux catholiques et protestants 11,435 adhérents de diverses sectes chrétiennes, et 6,996 israélites, on retrouve le chiffre de la population totale. Sq.us le rapport de la langue, dans les cantons de Vaud , Neuchâtel et Genève, on ne parle que le français ; dans les cinq cantons de Berne, Fribourg, Grisons, Tessin et Valais, on parle français, allemand et italien simultanément; enfin, dans les quatorze autres cantons, la langue allemande est seule en usage. Donnons maintenant une description rapide dp cette république admirable qui fleurit au milieu de l'Europe presque toute monarchique.

— Description physique. Aspect général, orographie, hydrographie, climat. La Suisse, avec ses hautes montagnes couvertes de neiges éternelles, ses glaciers, ses beaux lues, ses fraîches vallées, sa flore si variée et si riche, est une des contrées les plus pittoresques du globe; c'est aussi un des pays les plus montagneux et les plus élevés de l'Europe. Toute su partie méridionale et une partie de la région orientale sont traversées par les Alpes et leurs ramifications: Une assez grande portion de la Suisse occidentale est couverte par le Jura; enfin une vaste plaine onduleuse, dont l'altitude varie entre 250 et 390 mètres, et qu'on appelle Hochebene, s'étend de l'O. au N.-O., en partant de l'extrémité N. du lac de Genève pour se terminer

à la Wasser-Scheide, chaîne de collines boisées qui se trouve entre le Rhin et le Danube. La grande chaîne des Alpes, qui sépare l'Italie de la Suisse, prend le nom d'Alpes Pennines à partir du col de Feret et marque son passage par les importants massifs du. mont Saint-Bernard, du mont Ceivin, qui a la forme d'une tour, et du mont Rosa, qui a 4,636 mètres d'altitude. Vis-à-vis de cette puissante masse centrale, et séparé d'elle seulement par la vallée du Rhône, s'élève le rameau colossal des Alpes Bernoises. Là aussi s'étendent d'effrayants déserts de neige glacée qui couvrent une étendue de plus de 39 lieues suisses carrées. Les plus hautes montagnes de ce groupe, qui se dirige de l'E. à l'O., sont le Finsteraarhorn (4,362 mètres d'altitude), la majestueuse Jungfrau (4, 180 mètres d'altitude), le Moine, les deux pointes du Schreckhorn , l'Eiger, le Wetterhorn , etc. La magnificence des Alpes Bernoises et les charmes de leurs premiers plans en ont fait depuis longtemps le but particulier des excursions des touristes avides d'admirer la majestueuse beauté de ces fieras contrées. Si, laissant de côté les Alpes Bernoises, nous revenons au mont Rosa, on voit les grandes chaînes des Alpes, -lites alors Lépontiennes, remonter vers le N.-E. en présentant les massifs du Simplon et du Saint-Gothard, pénétrer dans la Suisse par diverses ramifications, puis s'iniléchir vers l'E. en prenant au

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Berlandino le nom d'Alpes Rhétiques. De ce grand massif se détachent deux groupes prin- , cipaux, l'un qui se rattache aux Alpes Bernoises par une longue chaîne qui embrasse le groupe du Tœrti et qui, par le Rhutikon, l'Albula et le Selvretta, va rejoindre les Alpes du Tyrol; l'autre, qui forme les Alpes Tessinoises et Grisonnes avec le groupe puissant de l'Adula, où naît le Rhin postérieur, et qui se prolonge jusqu'aux, masses imposantes de la Bernina, dans l'Engadine.

Les monts Jura, situés dans la partie occidentale, ne dépassent nulle part l'altitude de 1,766 mètres. Ils n'ont point de glaciers, mais on y trouve de larges crevasses, obstruées par des niasses de neige que le soleil n'atteint jamais. La plus haute altitude des montagnes situées entre le Jura et les Alpes se trouve au mont Pilate, qui a 2,190 mètres.

C'est dans le massif des Alpes, à une altitude d'environ 2,600 mètres, qu'on trouve les neiges éternelles et les glaciers, qui descendent beaucoup plus bas. On compte un nombre considérable de glaciers formant à leur sommet une mer de glace et dont fort peu ont inoins d'un myriamètre de longueur.

Pour se faire une idée de la quantité prodigieuse de glace que contient un seul grand glacier, il suffit de savoir que celui du Ro- Segg a une épaisseur de 193 mètres et celui de l'Unteraar une de 366 mètres ; que le glacier du Gorner couvre plus de 12 kilomètres de terrain et que celui de l'Aletsch a Une étendue d'environ 20 kilomètres. On a compté que la Suisse renferme près de six cents glaciers, tant grands que petits.

La commission fédérale d'hydrométrie a calculé l'étendue des glaciers de la Suisse. Elle n'a pas tenu compte des rochers qui bordent les champs de glace ou qui s'élèvent dans leur intérieur. D où il suit que l'aire

?u'elle attribue aux glaciers est bien la surace véritable des grandes et petites mers de glace de l'Helvétie. Des calculs de la commission, il ressort que ta Suisse possède 209,609 hectares de glaciers, c'est-à-dire plus des cinq centièmes du territoire de la Confédération. De ces 209,609 hectares, près de la moitié, 103,727 hectares, appartiennent au seul bassin du Rhône, 75,050 relèvent du bassin du Rhin, 18,251 du bassin de l'Inn, 12,581 du bassin du Pô. Ainsi, de l'Oberland bernois et des montagnes géantes du Valais, le grand fleuve français reçoit en Suisse, de plus que le grand fleuve allemand, le tribut de 28,677 hectares de glaciers. Ces 103,727 hectares Se divisent de la manière suivante : Rhône, au-dessus du confluent de la Viége, 28,929 hectares; bassin de la Viége, torrent qu'alimente le mont Rosa, 30,235 hectares , Dranse valaisunne, 15,362 hectares ; tributaires moins importants, 29,211 hectares.

Les 75,050 hectares de glaciers du bassin du Rhin, en Suisse, se partagent comme suit : Rhin, en amont du confluent de l'Aar, 26,575 hectares; Aar, 48,475 hectares, dont 7,423 pour la Lutchine, 4,542 pour la Kander, 701 pour la Simme, 718 pour la Surine, 14,517 pour la Reuss, 4,526 pour la Linunat. 11 faut ajouter, aux 75,050 hectares des glaciers suisses du bassin du Rhin, ceux qui sont portés par les montagnes du Vorarlberg (Autriche), et qui envoient leurs torrents au fleuve au-dessus de son entrée dans le lac de Constance. Mais, même avec ce supplément de frimas éternels, le Rhin, quand il rencontre L'Aar, lui est inférieur, pour ainsi dire, en étendue glaciaire et peutêtre en masse d'eau. De même du Rhône quand il rencontre la Viége. Au-dessous de Bâle, le Rhin ne reçoit plus un seul déversoir de glaciers, tandis qu'en aval du lac de Genève le Rhône reçoit, par l'Arve, par l'Isère, par la Durance et leurs affluents, le tribut des glaciers du mont Blanc, des monts du col Iseran, des chaînes de la Savoie, des Rousses, du Pelvoux et des «uutres massifs dauphinois dépassant lu limite des neiges persistantes. Cela fait plusieurs dizaines de milliers d'hectares de glaciers k ajouter aux 103,727 hectares que possède le Rhône en Suisse. Il est donc tout simple que le Rhône soit un fleuve de l'importance du Rhin et qu'il roule 2,612 mètres cubes d'eau par seconde, en moyenne.

De ces mers de glace sortent les grands fleuves. Le Rhin prend sa source aux glaciers de Marschol et de Piz-Val-Rhein ; le Rhône, à celui qui porte son nom ; l'Aar, aux deux glaciers de l'Aar; la Reuss, aux ehumps de neige du Galenstock et du Mutterhorn, dans le canton d'Uri ; la Linth et la Linimat, dans les Clarides de Glarus -, i'inn, au glacier de Fedos, dans la haute Engadine, etc. Si l'urne inépuisable dont ils s'échappent est entourée d'ombre, de silence et de mystère, à peine en sont-ils sortis qu'ils s'élancent avec fracas, de chute eu chute, à travers les rochers; leurs flots te brisent, écuinent et mugissent dans des passes étroites et périlleuses, en sorte qu'ils ne commencent à devenir navigables qu'au moment où ils quittent leur première patrie, fiour se diriger, le Rhin au N., vers l'AIemagne; l'Inn à l'E., vers le Tyrol; le Rhône a l'O., vers la France ; le Tessin au S., vers l'Italie. Citons encore, parmi les cours d'eau qui naissent en Suisse, i'Eininen, la Stirine, la Thièle, la Lorca, qui se jettent dans l'Aar ; la Thur et la Birse, affluents du Rhin; l'Ame, qui va grossir le Rhône; le

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Doubs, etc. Les chutes des torrents et des fleuves forment une des beautés les plus pittoresques de la Suisse. Dans la vallée du Hasli, l'Aar se précipite, à la Handeek, déplus de 90 pieds de hauteur, dans un vaste et profond bassin de roche noire ; la Reuss semble se dissoudre en vapeurs dans les abîmes du Pont-du-Diable, doiit elle ressort écuinante et courroucée. Le Rhin postérieur, après s'être brisé une première fois sur les larges rochers de la Rofla, va se réunir au Rhin antérieur, près de Reichenau, et tous deux viennent, au-dessous de Schaffhous'e, verser l'énorme volume de leurs eaux dans une chute haute de 50 pieds, large de 300, dont Ja célébrité est européenne.

Mais les grands fleuves n'ont pas soûls la privilège d'offrir, dans leur cours impétueux, cet attrayant spectacle. Un nombre infini de torrents et de ruisseaux animent, embellissent de leurs chutes et de leurs cascades toute la région montagneuse. La chute du Reiehenbach dans le Berner-Oberland; celle du Staubach, qui, dans la .vallée de Lauterbrunn, tombe du haut d'un mur de roche de 300 mètres; le saut du Doubs; au lac de Brienz, le Giesbach ; la magnifique gerbe d'eau de Pisse-Vache, dans Te bas Valais, présentent au voyageur ébloui une suite de scènes ravissantes, harmonieusement encadrées dans des sites dignes d'elles.

Beaucoup de ces torrents roulent une eau trouble, colorée par la terre des montagnes qu'ils traversent. Au pied des Alpes se trouvent de grands bassins d'é.puration où les fleuves viennentse plonger pouren ressortir avec l'éclat limpide et pur du cristal : ce .«ont les lacs, le plus bel ornement de la Suisse. Presque aucun des grands cours d'eau de ce pays ne le quitte sans s'être baigné dans un de ces lacs. Les deux plus grands fleuves des Alpes alimentent aussi les deux plus grands lacs. Le Rhin se plonge dans le lac de Constance, qui couvre 23 lieues suisses carrées, et prend, dans ses différentes parties, les noms de lac supérieur, d'Uberlinger et de lac inférieur; le Rhône, dans le lac Léman ou de Genève, d'une étendue de 27 lieues carrées. Tous deux forment frontière, l'un du côté de l'Allemagne (Baden, Wurtemberg, Bavière, Autriche), l'autre du côté de la Savoie. Au nord des Alpes se font remarquer, par leur étendue, le Wallenstœdt, enfermé dans les hautes et sombres murailles des sauvages Churfisten; le lac de Zurich, si gracieux et si poétique, entouré d'habitations riantes; le lac de Zug,^u pied du Righi;le merveilleux lac des Quatre-Cantons ou de Lucerne, qui vit poindre sur ses bords l'aube de la liberté; les deux lacs oberlandais de Brienz et de Thur, que l'Aar traverse et réunit. Au sud, le délicieux lac de Lugano, avec ses rives boisées, appartient seul tout entier à la Suisse ; le lac Majeur n'est suisse que dans ta partie où vient se jeter le Tessin. Enfin, la longue chaîne du Jura, qui ferme la Suisse du côté de l'ouest, voit s'étendre à ses pieds le lac de Neuchâtel, sur un espace de 8 lieues carrées, et le lac de Bienne, plus petit, mais qui possède une Ile que ses beautés naturelles auraient rendue célèbre, même quand le souvenir de Jean-Jacques Rousseau ne s'y rattacherait pas. Sur tous ces lacs, la navigation est très-aetive, et le nombre des bateaux à vapeur qui les parcourent dans toutes les directions a quadruplé depuis vingt ans.

Citons encore les lacs de Morat, de Sempach, de Hallweil, etc. Dans la région des Alpes, on trouve une soixantaine de petits lacs, entre 660 mètres et 1,600 mètres d'altitude.

La Suisse possède sept canaux : les canaux de Stockalper, de la Lùtschine, du Renggbach, de la Glatt, d'Entrerochos, destiné a réunir le lac de Genève au lac de Neuchâtel, et les canaux de Mcellis et de la Linth, qui conduisent dans le lac de Wallenstœdt les eaux de la Linth.

Le ciimat est extrêmement variable, suivant les localités et les altitudes. Dans les hautes régions, on peut éprouver un froid sibérien et dans certaines vallées une chaleur extrême. Dans quelques localités, le thermomètre monte jusqu'à + 31», dans d'autres il descend à — 31°. Chaud dîîns le sud, tempéré sur les versants des Alpes, il est froid dans les montagnes. La température moyenne des lieux habités est de -f- 8°,50 en été et de — 10°, 25 pour l'hiver, c'est-à-dire généralement froide. La pluie est très-inégalement répartie. Les variations de température sont brusques, les orages fréquents, d'une grande violence et souvent accompagnés de grêle. La neige tombe en grande quantité dans certaines contrées. Les tremblements de terre y étaient autrefois d'une extrême fréquence. Excepté dans les plaines marécageuses, dans les vallées humides, le climat est pur, salubre, et l'air serein.

— Productions minérales, flore, faune, etc Le sol de la Suisse est granitique dans les Alpes, calcaire dans le Jura ; dans les autres parties, ce qui domine, ce sont les grès et les marne3. Les produits minéraux, tels que l'argent, le cuivre, le plomb et l'or, qu on trouve dans le Rhin et l'Aar, sont en petite quantité. On y exploite des mines d'un fer excellent et, dans le canton du Valais, une mine de nickel. La Suisse possède en abondance de beaux marbres, de l'albâtre, des

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pierres meulières et calcaires, de l'ardoise, des cristaux, de la houille, de la tourbe, des mines de sel gemme. Les salines de Bex, qui jadis étaient les plus importantes de la Suisse, ne fournissent actuellement que 12,000 quintaux métriques de sel. En revanche, celles d'Augst, de Schweizerhall et de Rheinfelden, près de Bâle, exploitées sérieusement depuis quelques années, livrent au commerce, année moyenne, environ 300,000 quintaux métriques de sel. Peu de pays sont plus riches en sources minérales, sulfureuses, ferrugineuses, alcalines. Leur nombre dépasse trois cent cinquante. Beaucoup de ces sources sont devenues des stations de bains. Nous citerons noiamraent celles de Baden, Tarasp, Ragatz, Saxon, Lavey, Louesche, Saint-Moriz, Stachelberg, Pfsefers, Blumenstein, Gurnigel, Bex, Nidelbad, etc. Les trois huitièmes environ du sol de la Suisse sont occupés par les cours d'eau, les lacs, les glaciers, les roches nues et Stériles et les parties montagneuses, qui ne produisent que de l'herbe. Plusieurs parties du territoire ont à souffrir des avalanches, des éboulements rie montagnes et des inondations qui déposent du gravier dans les parties basses. D'autres parties sont très-fertiles, et de riches pâturages fournissent de grandes ressources à l'agriculture. Au point de vue de la végétation, on divise le territoire en sept zones : la zone inférieure, située entre 233 mètres et 566 mètres d'altitude, où l'on trouve la vigne, le mûrier, le froment et le châtaignier; la zone située entre 566 mètres et 933 mètres, dans laquelle viennent le chêne, le noyer, l'épeautre et de riches pâturages; la zone comprise entre 933 mètres et 1,366 mètres, où l'on trouve l'orge, le seigle, la pomme de terre, le noyer, le pommier, le poirier, le prunier, le cerisier, le hêtre et des pâturages estimés; la région dite des sapins, entre 1,366 mètres et 1,833 mètres, où viennent le sapin, le mélèze, le platane, l'érable, l'épicéa, le sorbier des oiseleurs, et des pâturages; la zone inférieure alpestre, entre 1,833 mètres et 2,166 mètres, où l'on ne rencontre plus que des herbages, le bouleau, des buissons rabougris, le pin torche, la rose des Alpes et où toute culture devient impossible ; la zone supérieure alpestre, entre 2,166 mètres et 2,666 mètres, qui touche aux neiges éternelles, où l'on voit seulement quelques plantes alpestres et dont la plupart des vallées sont devenues des glaciers; enfin la zone située au-dessus des neiges éternelles, recouverte entièrement de neige, et où l'on ne voit que dans certains endroits exposés au soleil des mousses et des lichens. Dans les forêts, qui sont nombreuses, dominent le sapin, le pin, l'érable, le chêne, le hêtre, l'aune, le mélèze et le bouleau. Les forêts de montagne sont formées principalement d'arbres résineux, le sapin, le mélèze et diverses sortes de pin. Au sein de ces forêts, et au-dessus délies, on rencontre le pâquis alpestre, avec son chalet du fromager et ses plantes savoureuses, dont le suc enfle la mamelle des troupeaux. C'est un magnifique tapis de fleurs, si richement décoré que l'art et les soins du jardinier le plus habile ne parviendraient pas a l'imiter ; là brillent la gentiane jaune, dont la racine fournit un excellent alcool ; les silènes, qui vivent en famille et rapprochent leurs corolles d'un rose vif; la benoîte, aux grandes fleurs dorées: la nigritille, qui porte une odeur de vanille, et la magnifique primevère des Alpes; l'aconit, l'ellébore, le muguet. Parmi les plantes qui donnent le plus de lait, on compte le pied-de-lion, l'alchémille aux feuilles pures, la inatricaire, le plantain et la initie-feuille. Dans ces pâturages alpestres, le berger voit une table abondante et richement servie qui se renouvelle tous les ans pour nourrir ses troupeaux et qui se transforme pour lui en lait, en beurre, en fromage, large source de bénéfices.

Le cerf et le chevreuil ont disparu de la Suisse, mais il y reste le chamois. Cette race, qui semble appartenir exclusivement aux Alpes, menace aussi de s'éteindre ; on ne la rencontre plus guère que dans les Grisons, l'Appenzell et le Valais. Pour arrêter sa destruction, le temps pendant lequel la chasse eu est permise est très -restreint; trois à quatre mois seulement d'automne et d'hiver ; le reste de l'année, de fortes amendes viennent protéger la reproduction. Il y a même, dans certains cantons, des montagnes qu'on nomme montagnes franches, sur lesquelles la chasse est interdite toute l'année, afin qu'elles puissent offrir à ces pauvres animaux une retraite et un refuge. Une autre race, le bouquetin, est presque entièrement détruite; rarement on en voit encore errer quelques individus isolés sur les pentes du mont Rosa. Mais on trouve encore assez fréquemment, surtout dans les hautes forêts solitaires des Grisons, le redoutable ours brun, qui exerce souvent de grands ravages dans les troupeaux. Pour les loups, on n'en voit que dans Je Jura, très-rarement et seulement pendant les plus rigoureux hivers. La ferme et le troupeau ont encore d'autres ennemis dans les grands oiseaux de proie, l'aigle et le vautour des agneaux, qui trouvent h placer leur aire au creux des rochers inaccessibles; heureusement, ils sont moins nombreux qu'on ne le croit d'ordinaire; mais les oiseaux de proie de moindre taille, le faucon, te busard, l'épervier, les ducs sont très-

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communs. Parmi les paisibles mammifères qui habitent les Alpes, il faut compter la marmotta, qui s'ensevelit, à l'automne, dans son souterrain, pour y dormir tout l'hiver, et le lièvre des Alpes, dont le pelage blanc comme la neige prend une couleur brune en été. Le nombre des diverses espèces d'oiseaux qui vivent sur les hauteurs est moins grand que dans la plaine ; les corneilles, la perdrix blanche, la gelinotte, la bartavelle et le coq de bruyère on sont les principaux représentants. Au temps des grandes migrations, les oiseaux de passage s'arrêtent quelques jours en foule au pied des hautes Alpes, comme pour prendre haleine avant de les franchir, mais ils n'y demeurent pas. Dans la région moyenne, où le climat est plus doux, les espèces sont aussi plus nombreuses, et le laboureur salue avec joie le retour des cigognes, des étourneaux, des hirondelles; il protège leurs nids et leurs couvées, car il voit en eux d'utiles auxiliaires pour la destruction des insectes et des animaux malfaisants.

Le poisson est très -abondant, surtout dans les lacs, et il forme dans certains endroits une ressource importante. On trouve dans les grands lacs des silures d'une énorme grosseur.

— Agriculture, industrie, commerce. En Suisse, la population pastorale tend à diminuer et à devenir population agricole et industrielle. L'agriculture y est portée dans plusieurs cantons à un haut degré de perfection. Dans la Suisse centrale, entre les Alpes et le Jura, dans les cantons de Thurjfovie, de Zurich, Argovie, Soleure, Berne, Fribourg et Vaud, on voit de vastes plaines labourées, qui, sous le rapport de l'économie agricole et de la fécondité, ne craignent point de rivales. Dans quelques contrées, par exemple dans celles qu'arrose la Thur, la terre donne un double produit, gràc- aux arbres fruitiers qui couvrent les champs. Dans la Suisse orientale, on rencontre de véritables forêts de ces arbres, dont le3 fruits, en partie sèches, en partie portés au pressoir, fournissent ainsi, a la fois, un aliment sain et une boisson agréable. Dans les chaudes vallées, abritées des vents du nord, et dans le Tessin, de l'autre côté des Alpes, souvent le mHÎs remplace le seigle et le froment. Où mûrit le maïs, la vigne prospère, et la Thurgovie, Saint-Gall, les Grisons, Scliaffliouse, Argovie, Baie, Neuchâtel, le pays Vaudois, le Valais et le Tessin produisent des vins estimés. On évalue à 900,000 hectolitres la récolte annuelle du vin. Malgré les soins donnés à l'agriculture, le sol ne produit guère en grains que les quatre cinquièmes de la consommation. D'après les calculs de M. l'ingénieur Deuzler, l'étendue du sol utilisé comme pâturages dans toute la Suisse comporte 3,080,000 arpents, qui sont ainsi répartis :

Chaînes du Jura 350,000

— du mont Rose 300.000

— du Finslur-Aar-Horu. . 580,000

— du Brienzer-Rothhorn. 190,000

Groupe du Winterberg. 120,000

Chaîne du Tœdi 330,000

Groupe du Stentis 100,000

Chaîne du Piz-Val-Rhein. . . . 570,000

— de la Bernina 430,000

Comme la superficie du sol suisse en forêts, d'après le rapport de la commission d'enquête sur les bois des montagnes, comporte 2,134,600 arpents, cette superficie est dépassée du tiers environ par celle des pâturages. Ceux-ci occupent le 27,1 pour 100 du territoire de la Confédération, tandis que les forêts en occupent le 18,8 pour 100.

Les châtaigniers donnent dans certaines parties de la Suisse des produits abondants qui contribuent à l'alimentation. D'après le dernier recensement du bétail dans ce pays (1866), on y trouve 105,792 chevaux, 992,895 bêtes à cornes, 445,400 moutons et brebis, 374,481 chèvres, 304,191 porcs. L'éducation du bétail est l'objet des plus grands soins. Les races bovines les plus estimées se trouvent dans les vallées de Saanen et de Simmen (canton de Berne), de Greyerz (canton de Fribourg), etc. L'industrie laitière, la fabrication du beurre et du fromage, l'élevage du bétail sont très-florissants. Dans certains cantons, on se livre sur la plus vaste échelle à la production du beurre et des fromages. Les meilleurs fromages proviennent des vallées de Greyerz (Gruyère), d'Einmen, de Saanen, de Simmen, d'Useren. Les chevaux sont vigoureux sans être beaux. L'élève des moutons et des porcs ne suffit pas a la consommation.

L'agriculture suisse étant encore assez loin de suffire à la consommation intérieure, une grande partie de la population s'est adonnée depuis longtemps à l'industrie et au 'commerce. Aidée par ses nombreux cours d'eau, par ses torrents même, qui fournissent à peu de frais de puissantes forces motrices, la Suisse, obstinée et travailleuse, n'a cessé do perfectionner ses industries de plus en plus nombreuses.

L'industrie de la soie, au point de vue de l'importance des affaires, occupe en Suisse !e premier rang. Le total de l'exportation annuelle s'élève à 215 millions de francs. Le centre de la fabrication des étoffes de soie i est à Zurich; mais elle est aussi répanduo j dans les cantons de Berne, de Baie, do

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Schaffhouse, d'Argovie, de Glaris, de Thurgovie et des Grisons. Zug, Schwitz et Unterwalden travaillentpour Zurich. Bâle est le siège principal de la fabrication des rubans de soie, qui pénètre aussi dans le Jura bernois et dans le canton de Soleure. A côté de ces deux branches essentielles, nous trouvons le moulinage de la soie sur les bords du lac de Zurich et en Argovie, la filature de bourre de soie dans les cantons de Bàle, de Zurich, de Schwitz, d'Argovie et de Berne. Il va de soi que cette industrie exige une foule de travaux accessoires-, tels que la blanchissage, la teinture, l'apprêt, etc., etc. Les soieries, qui ne peuvent lutter pour l'élégance des nuances et des dessins avec nos soieries de Lyon, sont surtout remarquables par la solidité et la beauté du tissu. L industrie cotonnière, très-florissante, surtout dans les cantons de Zurich, d'Argovie, de Glaris, de Saint-Gall, d'Appenzell, se répand peu a peu dans les cantons de Zug, de Thurgovie, de Schaffhouse, de Soleure et de Berue. En 1860, on ne comptait en Suisse que 1,602,000 broches ; il y en avait en 1873 plus de 2,059,000 ; ce qui constitue en treize années une augmentation de plus de 457,000 broches. En portant la consommation d'une broche h 28 livres de matière brute et 25liT- 1/2 de filé, et en supposant que le numéro 45 soit le nombre moyen des filés confectionnés par rapport au nombre des broches, il en résulte une consommation annuelle de coton brut d'environ 57,500,000 livres et une production annuelle de fil d'environ 52,500,000 livres. Une partie des filés est exportée en Allemagne, en Autriche, en France et en Italie, tandis qu'une autre est tissée dans le pays mêm •, principalement dans les cantons de Zurich, d'Argovie, de Gbiris, d'Appenzell, de Saint-Gall et de Zug. Les étoffes de coton tissées en couleur, aux couleurs éclatantes et bizarres, sont exportées dans l'Inde, dans le Levant et en Afrique. Une des industries les plus renommées de la Suisse est l'horlogerie. Genève, Neuchàtel et le Jura bernois sont les centres les plus importants de cette industrie, qui n'a pas de rivales pour le bon marché des montres ordinaires, marchant avec une exactitude passable.

Le chiffre de la population horlogère des différents cantons suisses peut être considéré comme exactement représenté par le tableau suivant, établi d'après les résultats du recensement de l'année 1870 :

Cantons. Hcmmes. Femmes. Total,

Neuchàtel.. 11,081 5.383 16,464

Berne. . . . 9,392 4^743 14,135

Vaud. . . . 2,439 1,313 3,732

Genève. . . 2,330 1,288 3,618

Total.

C'est dans le canton de Berne que l'industrie horlogere a pris le plus grand essor pendant les derniers temps ; on estime la production de ce canton à 500,000 montres par an, et comme ce sont presque exclusivement des montres courantes, on peut évaluer leur prix moyen à 40 francs, ce qui donne une valeur totale pour la production bernoise de 20 millions de francs. A Genève, la production ne dépasse pas sensiblement 150,000 montres par an; mais comme les onze douzièmes sont des montres d'or et en partie richement décorées, leur valeur s'élève probablement à 20 millions de francs. Le canton de Vaud produit également environ 150,000 montres, dont les mouvements sont généralement soignés, mais qui sont exportées en bonne partie sous forme de mouvements sans boîtes; le prix moyen en étant évalué à 35 francs environ, on arrive à une valeur totale (je 8 millions. On fabrique, en outre, dans le canton de Vaud, 80,000 boiter à musique, d'une valeur totale d'environ 2 millions de francs. Le Canton de Neuchàtel produit près de la moitié de l'horlogerie suisse quant à la valeur (35 pour 100); les cantons de Genève et de Berne y entrent chacun pour 23 pour 100 et le canton de Vaud pour 9 pour 100. La production annuelle des montres fabriquées en Suisse est d'environ 1,600,000, représentant une valeur de 88 millions de francs. Outre ces trois branches principale» de l'industrie helvétique, nous mentionnerons la fabrication des broderies a la mécanique et à la main, qui occupe un grand nombre d'ouvriers dans les cantons de Tburgovie et du Tessin ; la teinturerie, l'imprimerie d'étoffes, la fabrication des toileries et des laineries, celle des tressages de paille, de crins, mêlés; la bijouterie, la construction des machines, devenue très-importante; celle des boites à musique, dont le seul district vaudois de Sainte-Croix produit à lui seul environ 100,000 par an ; la fabrication des instruments de mathématiques et de physique à Zurich, Aarau, Berne ; celle des papiers à Bàle, Argovie, Soleure, Vaud, Neuchàtel; celle des pianos manufacturés à Zurich et à Bàle ; celle des parquets de Pribourg et de Berne. Mentionnons encore les sculptures en bois del'Oberland bernois, les poteries de Berne, de Schaffhouse et du Tes*in.

Le commerce de la Suisse consiste principalement, pour l'exportation, en soieries, cotonnades, toiles, laines, horlogerie, bijouterie, fromage, beurre, machines, instruments aratoires, bois de construction, ouvrages en bois sculpté, etc. La plus grande partie des marchandisaï exportées s'expédie dans le

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Levant, l'Afrique, l'Amérique, etc. Les importations consistent en vins, eaux-de-vie, céréales, bestiaux, coton, café, sucre raffiné, garance, savon, fil de lin , de chanvre, indigo, verre et cristaux, etc. La valeur de l'importation et de l'exportation de ce pays n'est pas constatée par des chiffres officiels. Le mouvement commercial de ce pays, un des plus industriels et des plus commerçants du monde, malgré sa situation géographique défavorable, est facilité par ses coûts d'eau, Ses canaux, ses lacs, desservis par des bateaux à vapeur ; ses routes cantonales, qui ont un développement de plus de 3,000 kilomètres, et par son réseau de chemins de fer, qui le met en communication avec l'Italie, la France et l'Allemagne. La longueur totale du réseau suisse était en 1874 de 1,508 kilomètres; dans le premier semestre de 1874, les recettes totales se sont élevées à 20,2 17,626 francs, soit793,23l francs de plus que dans le même temps en 1873; le transport des marchandises seul a produit 11,534,970 francs. La recette kilométrique moyenne a atteint la somme de 13,327 fr., soit 2 pour 100 de plus que dans l'année précédente. Quant à la densité de la circulation, en prenant le nombre 100 pour exprimer la moyenne de toutes les lignes, les voies ferrées qui dépassent cette moyenne' sont le chemin du Righi (163), le Central (161), le Nord-Est(145)et la Suisse occidentale (117). Des lignes télégraphiques mettent en outre en communication toutes les villes de la Suisse entre elles et avec les lignes françaises, allemandes et italiennes. En 1873, les bureaux télégraphiques étaient au nombre de 790. Le système métrique a été mis en vigueur dans ce pays depuis 1851. On y trouve un grand nombre de banques, destinées à faciliter les opérations commerciales, et 53 caisses d'épargne.

— Institutions politiques; pacte fédérât. La Suisse est régie par un gouvernement républicain fédératif, et elle a su donner h l'Europe l'exemple, dont celle-ci a si peu profité, d'un peuple libre, se gouvernant luimême et progressant sans cesse, par le fait seul de la liberté, en moralité et en bienêtre. Depuis 1798, ce pays a eu six constitutions : celle du 12 avril 1798 faisait de la Confédération un Etat pleinement unitaire, la seconde, du 20 mai 1802, consacrait aussi le principe de l'unitarisme, mais sur des bases moins absolues que la précédente; la troisième est l'acte de médiation du 19 février 1803, qui prévoit une confédération d'Etats, avec un landamman de la Suisse a sa tête; la quatrième est le pacte fédéral de 1815; la cinquième est celle du 18 septembre 1848 ; enfin la constitution votée par le peuple le 19 avril 1874. En tout temps, la constitution suisse peut être revisée. Lorsqu'une partie de l'Assemblée fédérale ou 50,000 électeurs demandent la révision, la question doit être portée devant le peuple, qui répond par oui ou par non. Dans le cas de l'affirmative, les deux conseils sont réélus et procèdent a la révision; mais la constitution révisée n'a force de loi qu'autant qu'elle est acceptée par la majorité des citoyens votants et par la majorité des cantons. D'après la constitution en vigueur, la Confédération suisse, composée de vingt-deux cantons dont nous, avons donné plus haut les noms, a pour but d'assurer l'indépendance de la république contre l'étranger, de maintenir l'ordre et la tranquillité à l'intérieur et de protéger les droits et la liberté des citoyens. Chaque canton conserve sa souveraineté et Se régit lui-même par une constitution particulière ; mais cette constitution, bien entendu, ne doit rien contenir de contraire aux dispositions du pacte fédéral, qui constitue le droit public, reconnaît la forme républicaine et peut, du reste, être revisé. Les cantons ne peuvent faire entre eux aucun traité touchant a des matières politiques ; toutefois ils ont le droit de faire des conventions sur des matières relatives à l'administration, la justice et la législation, mais seulement eo tant qu'elles ne sont pas contraires aux droits des autres cantons et au pacte fédéral. C'est à la Confédération seule qu'appartient le droit de contracter des alliances, île déclarer la guerre et de faire la paix avec les pays étrangers. Les capitulations militaires sont interdites; l'autorité fédérale ne peut entretenir de troupes permanentes; aucun individu remplissant dans l'Etat des fonctions quelconques ne peut recevoir d'un gouvernement étranger ni pension, ni traitement, ni présent, ni titre, ni décoration. Les différends qui peuvent s'élever entre les cantons doivent être soumis à la décision du tribunal fédéral. En cas de trouble intérieur, d'agression de la part d'un autre canton ou d'un danger subit provenant d'un pays étranger, le gouvernement du canton menacé doit en aviser le conseil fédéral et peut, en cas d'urgence, tout en avertissant ce conseil, prendre certaines mesures de défense , surtout lorsqu'il y a péril giave. Les frais de l'intervention fédérale sont toujours supportés par la Confédération. En vertu du pacte fédéral, tous les Suisses sont égaux devant lu loi, qui n'admet aucune espèce de privilège. Tout citoyen d'un canton étant citoyen suisse peut s'établir où bon lui semble et y exercer ses droits politiques. Un étranger ne peut être naturalisé Suisse qu'autant qu'il a cessé de faire partie du pays où il est né. La

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liberté de conscience la plus complète règne en Suisse. Nul ne peut être contraint de faire partie d'une association religieuse,, de suivre un enseignement religieux, ni être frappé d'une peine quelconque pour cause d'opinion religieuse. Par contre, nul, sous prétexte d'opinion religieuse, ne peut se soustraire à l'accomplissement d'un devoir civique. Personne ne peut être contraint il payer des impôts pour l'entretien d'un culte auquel il n'appartient pas. Le droit de pétition est garanti. Sauf des restrictions en ce qui touche l'ordre public, les bonnes mœurs, la sûreté do l'Etat, il existe une liberté complète pour la presse, pour l'exercice des cultes et pour le droit de réunion et d'association. L'ordre des jésuites et les sociétés qui lui sont afrtliées, étant considérés comme un péril pour les sociétés fondées sur la liberté, n'ont pas le droit de s'établir en Suisse. Cette interdiction peut s'étendre, par décret fédéral, à tout autre ordre religieux troublant la paix publique et aux étrangers qui compromettent la sûreté intérieure ou extérieure de l'Etat. Aucun empêchement au mariage ne peut être fondé sur des motifs confessionnels, i.a Confédération seule a aujourd'hui le droit de légiférer sur ta construction et l'exploitation des chemins de fer, sur la protection il accorder aux ouvriers employés dans les industries insalubres et dangereuses, sur le travail des enfants et des adultes dans les manufactures; de faire exécuter des travaux publics intéressant tout eu la plus grande partie du pays, de faire des lois sur la sylviculture, la pèche, la chasse ; elle a;le droit de haute surveillance sur les endiguements et les forêts dans les hautes régions, sur le reboisement des montagnes, la correction du cours des torrents, etc.

L'Assemblée fédérale, qui représente l'autorité suprême de la Confédération, se compose de deux Chambres ou conseils, le conseil national et le conseil des Etats. Le premier comprend des députés élus à raison d'un membre par 20,000 habitants. Les fractions en sus de 10,000 âmes nomment également un député. Chaque canton et demi-canton élit un député au moins. Le conseil national est élu par le suffrage direct. Sont électeurs, sans condition de cens, tous les Suisses ayant vingt ans révolus et qui n'ont pas encouru do peine leur enlevant leur droit électoral. Sont éligibles tous les citoyens ayant le droit de voier. Les naturalisés ne peuvent être élus que cinq ans après leur naturalisation. Ne peuvent faire partie de ce conseil, réélu en entier tous les trois ans, les membres du conseil des Etats, les membre;; du conseil fédéral et les fonctionnaires nommés par ce dernier conseil. Les députés du conseil national nomment leur président et leur viceprésident et reçoivent une indemnité de 14 francs par jour. Le conseil des Etats se compose de quarante-quatre députés, c'està-dire d'autant de fois deux députés qu'il y a de cantons. Tout citoyen qui est électeur est éligible. Le mode d'élection à cette Chambre n'est point uniforme dans tous les cantons. Dans les cantons qui ont conservé le régime représentatif (FriUourg, Genève, Tessin, etc.) l'élection est faite à la majorité par le grand conseil. Dans les petits cantons, où le peuple se réunit chaque année en assemblée générale, c'est cette assemblée qui élit les membres du conseil des Etats. Les votants se bornent à lever la main en faveur des candidats de leur choix. Enfin dans d'autres cantons (Bâle, Zurich, Thurgovie, etc.), le vote a lieu au scrutin dans chaque commune. Les députés du conseil des Etats nomment leur président et leur vice-président, qui ne peuvent pas être choisis parmi les députés du canton qui a fourni le président ou le viceprésident de la session précédente. Ils ne peuvent pas faire partie du conseil national et reçoivent une indemnité du canton qui les nomme. Les deux conseils, dent les membres votent sans mandat impératif et ont le droit d'initiative, se réunissent chaque année en session ordinaire. Us peuvent être en outre convoqués extraordinairement, soit sur la demande du conseil fédéral, soit sur celle d'un quart des membres du conseil national, soit enfin sur celle des deux cantons. Chaque conseil délibère séparément et leurs séances sont ordinairement publiques. Ils délibèrent toutefois en commun lorsqu'il s'agit d'exercer le droit de grâce, d'élire le conseil fédéral et de prononcer sur un conflit de compétence. En ce cas, ils sont présidés par le président du conseil national et -prennent leurs décisions à la majorité des voix. Les deux conseils, qui forment, ainsi que nous l'avons dit, l'Assemblée fédérale, ont de multiples attributions. Ils nomment le conseil fédéral, le tribunal fédéral, le chancelier, le général eu chef de l'armée fédérale; votent les lois qui concernent toute la Confédération, le budget annuel de 1» Confédération, les emprunts; ratifient les comptes relatifs au b.udget, délibèrent sur les déclarations de guerre, les conclusions de paix, les alliances avec les Etats étrangers, sur les amnisties et les recours en grâce, sur les mesures concernant la sûreté intérieure et extérieure de la république, sur les mesures nécessaires pour faire respecter la constitution fédérale et les constitutions des cantons, sur la révision de la constitution fédérale. Ils font les lois relatives à l'armée, à la nomination et au traitement des autorités fédérales ; surveillent

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l'administration et la justice fédérales, etc. Aucune loi, décret ou arrêté relatifs à la Confédération ne sont valables sans le consentement des deux conseils. Eu outre, sauf les cas d'urgence, les lois fédérales peuvent être soumises au vote du peuple si huit cantons ou 30,000 électeurs en font la demande. Le pouvoir exécutif de la Confédération est exercé Car le conseil fédéral, compose de sept [neutres élus pour trois ans par l'Assemblée fédérale, parmi tes citoyens éligibles au conseil national. On ne peut prendre dans le même canton plus d'un membre du conseil fédéral. Les membres de ce conseil sont indéfiniment rééligibles et ne peuvent, pendant la durée de leur mandat, exercer aucune autre fonction publique ou aucune profession privée. C'est parmi les membres du conseil fédéral que l'Assemblée fédérale élit le président de ce Conseil, qui devient président de la Confédération, et le vice-président. Ils sont nommés l'un et l'autre pour un an et ne peuvent être réélus l'année suivante. Les membres du conseil fédéral ont voix consultative dans le conseil national et dans le conseil des Etats, auxquels ils peuvent faire des propositions. Ils sont chargés de diriger les affaires de la Confédération, de faire exécuter les lois et jugements, de nommer les fonctionnaires dont la nomination n'appartient pas à l'Assemblée fédérale, de présenter des projets de loi, de veiller au maintien de la constitution, d'administrer les finances, de proposer le budget, de surveiller la gestion des fonctionnaires, de diriger la politique étrangère, etc. Si, dans un cas d'urgence, ils ordonnent la levée de 20,000 hommes de troupes, ils doivent convoquer immédiatement l'Assemblée fédérale. Enfin, chaque année, le conseil doit présenter à l'Assemblée un compte rendu de lu situation intérieure et extérieure de la république. Tous les fonctionnaires de la Confédération sont responsables de la manière dont ils s'acquittent de leurs fonctions; la plupart de ces fonctions sont temporaires, peu ou point rétribuées, et peu d'emplois donnent droit â une pension.

— Institutions cantonales. Les constitutions des vingt-deux cantons de la Suisse reposent sur un principe commun, la souveraineté du peuple. Chaque canton s'administre lui-même et légifère dans les limites qui lui sont assignées par le pacte fédéral. Les constitutions des cantons présentent des différences notables, que nous n'entreprendrons pas d'indiquer en détail. Nous nous bornerons à en signaler ici les traits généraux. Ces constitutions peuvent être rangées dans deux classes principales, celles qui ont pour base le système purement démocratique et celles qui ont adopté le système représentatif. Dans le premier système, pratiqué dans les petits cantons (Unterwalden, Uri, Glaris, Appenzell), tous les citoyens, réunis en plein air, forment une assemblée appelée tandsgemeinde, dans laquelle ils votent en levant la main. La landsyemeinde vote les projets de loi, nomme les députés au conseil national, au conseil des Etats, élit les principaux fonctionnaires, enfin choisit les hommes qui doivent faire partie du conseil ou landrath et de la commission d'iïiat. Le landrath est chargé du pouvoir administratif; il veille sur l'exécution des lois , sur ta gestion des fonctionnaires, sur l'instruction publique, etc., et prépare des projets de loi. Le conseil est parfois doublé et même triplé par l'addition de nouveaux membres nommés par des fractions de territoire. C'est ainsi que Glaris possède un triple conseil de 117 membres. Auprès du landrath se trouve la commission d'Elat,qui remplace celui-ci pour les affaires de moindre importance. Enfin un magistrat suprême, le laiidaminan, nommé parla iandsgemeinde , préside non-seulement cette assemblée, mais encore le landrath, le double ou triple conseil et la commission d'Etat; il garde le sceau de l'Etat, signe les conventions, veille à l'exécution des lois et décrets, reçoit les dépêches qui doivent être transmises aux autorités, etc. Dans les cantons qui ont adopté le système représentatif, les citoyens élisent des représentants dont i'assemtdée, appelée grand conseil, est chargée de faire les lois et d'exercer les droits du peuple. Les cantons de Zug, du Tessin, de Cenève, de Bàle-Ville ont adopté Ce système, que pratiquaient encore, avant 1863, les cantons de Berne, Soleure, Zurich, Argovie, Thurgovie et Bàle-Campagne. Depuis cette époque, ces derniers cantons ont remplacé le système représentatif par le vote direct de tous les citoyens actifs sur les projets de loi. Néanmoins ils ont continué à nommer un grand conseil. Les membres de ce conseil sont élus pour un an dans les Grisons, pour deux à Genève et à Zug, pour trois à Saint- Gail, Thurgovie, Zurich, Bàle-Campagne; pour quatre à Berne, Vaud, Tessin, Argovie, Valais, Neuchàtel; pour cinq à Fribourg. Dans les cantons ou règne le système représentatif, le grand conseil fait les lois; dans les autres, il se borne k les préparer et k les présenter à la sanction populaire. Les autres attributions du grand conseil consistent à veiller sur l'administration, fixer le budget annuel et les traitements des fonctionnaires , surveiller l'exécution des lois, nommer les députes du conseil des Etats, etc. Près du grand conseil se trouve le conseil d'Etat ou conseil exécutif, chargé du pou-

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voir exécutif et administratif et élu, selon les cantons, soit par le grand conseil, 'soit directement par le peuple, comme à Genève, Zurich, Thurgovie, Bàle-Campagne. Le nombre et la durée du miindat des membres du grand conseil et du conseil d'Etat varient selon les cantons.

Les constitutions cantonales sont trèssouvent revisées; on ne compte pas moins de quatre-vingt-quatre révisions totales ou partielles de 1830 à 1874. Nous allons donner, d'après M. Strœssel, la date des constitutions cantonales actuellement en vigueur : Appenzell, Rhodes-Intérieures, 1829; Tessin, 1830, constitution modifiée en 1855 et 1861; Berne, 1846, modifiée en 1869; Genève, 1847, modifiée en 1863 et 1868; Zug, 1848, modifiée en 1874; Schwitz, 1848, modifiée en 1855; Unterwald-le-Bas et Uri, 1850 ; Glaiïs, 1851, modifiée en 1866; Argovie, 1852, modifiée en 1863, 1864 et 1870 ; Schaffhouse, 1852, modifiée en 1868 et 1874; Valais, 1852; Grisons, 1853; Soleure, 1S56, modifiée en 1863, 1867 et 1860; Fribourg, 1857, modifiée en 1874: Bâle-Ville, 1858, modifiée en 1868; Neuchàtel et Appenzell, Rhodes-Extérieures, 1858; Saint-Giill, 1861; Vand, 1S61, modifiée en 1872; Lucerne, 1863, modifiée en 1869; Bâle-Campagne, 1863; Unterwiild-Ie-Haut, 1867; Zurich, 1869; Thurgovie, 1869.

Les cantons, au point de vue administratif, sont divisés en districts, a la tête desquels settrouvent des administrateurs ou préfets, nommés tantôt par le pouvoir exécutif , tantôt par le grand conseil, tantôt enfin par le peuple. Auprès de ces fonctionnaires, on rencontre fréquemment un conseil de district. A la tête de chaque commune se trouve un maire appelé, selon les lieux, syndic, ainman , hauptman, président et maire. Auprès de ce maire, élu par la commune, est un conseil municipal qu il préside. Ce conseil administre les finances communales, fixe le budget, perçoit les revenus, s'occupe de ce qui a trait a la salubriié publique, a la police, etc. Dans plusieurs cantons de la Suisse, notamment dans les cantons d'Appenzell et des Grisons, les communes ont un pouvoir extrêmement étendu.

— Justice. Au sommet de l'organisation judiciaire en Suisse se trouve un tribunal spécial et politique appelé tribunal fédéral. Les onze membres et les' suppléants qui le composent sont élus pour trois ans par l'Assemblée fédérale et toujours rééligibles. Le président et le vice-président sont nommés pour un an parmi les membres du -tribunal. Ce tribunal, dont les attributions ont été étendues par la nouvelle constitution du 19 avril 1874, connaît des différends enlre la Confédération et les cantons, des différends sur les compétences entre les autorités de la Confédération et celles des cantons, des différends touchant le droit public entre les cantons; des différends entre la Confédération et les corporations ou particuliers, lorsque particuliers et corporations sont demandeurs; des recours concernant la violation des droits constitutionnels d'un citoyen ; des ' différends concernant les gens sans patrie. En outre, le tribunal fédéral connaît de la violation des droits garantis par la constitution, lorsque les plaintes lui sont renvoyées par l'Assemblée fédérale. Enfin, il peut juger d'autres causes, lorsque les parties s'accordent pour Je saisir et que l'objet en litige dépasse la valeur de 3,000 francs. En matière politique, un jury réuni en cour d'assises juge les cas de haute trahison envers la Confédération, de révolte ou de violence envers les autorités; les crimes et délits contre le droit des gens, les crimes et délits politiques qui sont la cause ou la suite de troubles ayant nécessité l'intervention de l'armée fédérale, les crimes commis par les fonctionnaires fédéraux. En matière civile et criminelle, l'organisation judiciaire est assez variable selon les cantons. C'est ainsi que, dans les cantons où existe la landsgemeinde, on trouve les attributions judiciaires déférées tantôt au landrath, tantôt à des autorités spéciales. Dans les grands cantons de la Suisse, l'organisation des tribunaux a beaucoup d'analogie avec celle qui existe en France. Les diflérends en matière civile sont d'abord portés en conciliation devant un juge de paix, puis devant un tribunal de district et, en appel, devant le tribunal cantonal ou suprême. Les juges des tribunaux inférieurs sont nommés le plus souvent par le peuple, parfois par le grand conseil, qui nomme les membres du tribunal suprême. Les jugements civils devenus définitifs dans un canton sont exécutoires dans toute l'étendue du territoire. En matière criminelle, c'est le jury qui, établi d'abord à Genève, fonctionne dans la plupart des cantons. Enfin la justice militaire est rendue aujourd'hui par des tribunaux militaires institués dans chaque brigade en service actif. Le droit suisse contient encore beaucoup d'éléments du vieux droit germanique et, sauf quelques cantons situés sur les frontières, le droit roitiiiin n'a nulle part complètement prévalu. Dans plusieurs des petits cantons, on se sert encore de traditions orales ou écrites; mais, depuis un certain nombre d'années, on a cherché autant que possible à les réunir et à les faire imprimer; plusieurs cantons ont fait rédiger des codes. Cette multiplicité de législation donne lieu à des inconvénients graves; c'est pour les faire dis-

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paraître en partie que, le 31 janvier 1874, le peuple suisse, en adoptant une nouvelle constitution, a décidé d'établir un régime uniforme sur la iégislation en matière de capacité civile, sur les matières de droit commercial, sur les faillites et poursuites pour dettes, sur la propriété littéraire et artistique. La peine de mort, d'abord abolie en matière politique, l'est aussi maintenant en matière criminelle ; il en est de même des peines corporelles qui existaient encore dans certains cantons. Sous la constitution nouvelle, l'administration de la justice continue h rester aux cantons, sous la réserve des attributions du tribunal fédéral, qui ont été étendues.

— Instruction publique. Journaux. Littérature. Dans un pays libre et démocratique, où le peuple se gouverne lui-même, il importe au plus haut point que ce peuple soit éclairé. Les Suisses l'ont compris depuis longtemps ; aussi y a-t-il peu de nations au monde où l'instruction primaire soit plus répandue, plus forte et où les citoyens fassent plus de sacrifices pour elle. Dans tous les cantons elle est obligatoire, et dans les écoles publiques elle est gratuite. Le père de famille peut faire élever ses enfants soit à l'école, soit chez lui ; mais, dans ce cas, l'instruction doit être égale à celle qu'on donne dans les écoles. D'aprèsla réforme fédéraledu 19avril 1874, les cantons pourvoient à l'instruction primaire, qui doit être suffisante et placée exclusivement sous la direction de l'autorité civile ; elle est obligatoire et 'gratuite. Les adhérents dé toutes les confessions doivent pouvoir fréquenter les écoles publiques sans avoir à souffrir d'aucune façon dans leur liberté de conscience ou de croyance. Ces dispositions, comme on le voit, sont pleines de sagesse et dignes d'une véritable république démocratique, qui veut empêcher l'intolérance religieuse de supprimer la liberté de conscience. L'instruction primaire en Suisse trouva son complément dans les écoles primaires supérieures, les écoles commerciales, agricoles et industrielles. Des lycées ou gymnases donnent l'Instruction secondaire, et des écoles normales forment des instituteurs. Une instruction spéciale est donnée à l'école polytechnique fédérale, établie à Zurich, et qui comprend des écoles de génie civil, de construction civile, de chimie, de mécanique, de sciences mathématiques, naturelles, forestières, de sciences morales et politiques et de littérature. Enfin l'enseignement supérieur est représenté par les académies de Genève et de Lausanne et par ies universités de Berne, Bàle et Zurich. Sur son budget, qui s'élève à 37 millions, la Suisse dépense plus de 9 millions pour l'instruction publique. Les Suisses tiennent essentiellement k se rendre compte des affaires publiques, aux;quelles ils prennent une part si active. Aussi est-i! peu de pays où il y ait plus de journaux et où les journaux soient plus lus, surtout par le peuple. D'après une statistique de la presse suisse publiée à la fin de 1872, il paraissait dans ce pays, k cette époque, 412 journaux ou publications périodiques, dont 266 en [allemand, 118 en français (47 dans le canton de Vaud), 16 en italien, 5 en romanche et l en anglais.

Le nombre total des journaux distribués s'est élevé à 90,875,388 {Vaud 7,622,450); c'est plus qu'il n'en faudrait pour couvrir une lieue carrée de terrain.

La plus ancienne publication périodique en Suisse remonte au xviie siècle : c'est un journal zurichois qui paraît tous les vendredis.-; depuis 1740, il a toujours passé de père en fils dans la famille Bilrekli. Sept feuilles datent du xviiie siècle, dont trois dans le canton de Vaud, savoir : la Feuille d'Avis de Lausanne (1764), la Feuille d'Avis d'Yverdun (1774) et la Gazette de Lausanne (1799) fv. journal, t. IX, p. 1050]. Comme on parle trois langues principales en Suisse, fallemand, le français et 1 italien, il n'y a pas, à proprement parler, de littérature suisse. Ses écrivains et ses savants, tant dans le passé que dans le présent, et parmi eux on en compte d'éminents, se rattachent presque tous par la langue soit au groupe allemand, soit au groupe français. Nous nous bornerons à. citer dans ce dernier : François Bonivard, Jean-Jacques Rousseau , B. de Saussure, M"ie de Staël, Benjamin Constant, Alexandre Vinet, Tôpffer, Auguste de La Rive, Victor Cherbuliez, Juste Olivier, etc.

— Finances. Nous empruntons à M. Stœssel l'aperçu suivant sur l'état des finances de la Suisse, t Les dépenses de la Confédération sont couvertes par les intérêts des fonds de guerre fédéraux , par le produit des péages (douanes) établis aux frontières suisses, par celui des postes et des poudres, enfin par les contributions des cantons perçues en vertu de décisions de l'Assemblée fédérale. Aucune contribution fédérale n'a encore été établie depuis que la constitution de 1848 fonctionne ; aussi l'Assemblée.fédérale s'est-elle abstenue de reviser le tsibleau des cotes cantonales, cotes qui ont pour base tant la population des cantons que leur richesse et les forces productives qu'ils renferment. Ce tableau attribue les cotes suivantes aux divers cantons : Uri, 10 centimes par habitant; Unterwald et Appenzell-Intérieur , 14; Schwitz, Grisons, Valais, 20; Claris, 25; Zug et Tessin, 30; Lucerne, Fribourg, Soleure, Bâle-Campagne, Appenzell-Extérieur, Saint-Lîall, Sehatïhouse,

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Thurgovie, 40 ; Zurich, Berne , Argovie , Vaud, 50; Neuchàtel, 55; Genève, 70; Bâle-Ville, 1 franc par tête. D'après le recensement de 1850, le produit total en principal d'une pareille contribution s'élèverait a. 1,041,031 fr., somme qui correspondrait à un taux moyen de 41 centimes par tête. Après le recensement de 1860, on s est contenté de fixer le contingent militaire. Le produit des douanes et celui des postes n'étaient pas versés en entier dans la caisse fédérale avant 1874; ils étaient employés en Sartie à indemniser les cantons de la cession e leurs droits régaliens. Chaque canton recevait du produit'des péages, ou douanes, 4 batz (0 fr. 58) par tête d'après le recensement de 1838. Les cantons que ces 4 batz ne couvraient pas de la perte des droits perçus par eux recevaientun supplémentjusqu'àcon-

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currence de la moyenne du produit net des années 1842 à 1846 inclusivement. Les cantons recevaient, en outre, la moyenne du revenu net que les postes ont produit sur leur territoire pendant les trois années 1844, 1845 et 1848. Toutefois, si le produit net que la Confédération retirait des postes ne suffisait pas pour payer Cette indemnité, il était fait aux cantons une diminution proportionnelle, ce qui a d'ailleurs eu lieu pendant quelques années. Depuis la constitution de 1874, les produits des douanes et des postes sont versés en totalité dans les caisses fédérales sans être répartis entre les cantons. Le trésor fédéral reçoit aussi maintenant la moitié de la taxe sur les exemptions militaires. Les principaux articles de recettes fédérales, d'après la compte de la Confédération, pour les années 1862 et 1872, sont :

Produit des immeubles et capitaux placés,

Intérêts des capitaux de roulement et des avances 102,813

Recettes brutes de l'administration des péages 8,156,457

Postes 7,426,353

Télégraphes 583, 91G

Poudres 1,144,149

Capsules 55,281

Monnaies 2,021,971

Ateher télégraphique 76,951

Ecole polytechnique 38,824

Recettes diverses 151,895

Total des recettes 19,911,653

Les principaux articles de dépenses sont:

323,702 fr.

173,788 fr.

Voici le tableau des recettes et dépenses do la Confédération dans l'intervalle de 1862-1872 :

HeceUes.

Conseil national

Conseil des Etats (indemnités aux commissions, frais de traduction, les vacations des membres sont payées par les cantons)

Conseil fédéral .'

Tribunal fédéral

Chancellerie fédérale

Pensions pour les blessés dans le service militaire de la Confédération

Département politique 115,369

— de l'intérieur 342,893

— des finances 43,304

— de justice et de police 16,291

Administration inilituire 3,270,090

Péages (y compris les paj'ements pour le rachat de 2,433,106 francs

en 1862 et de 2,398,553 francs en 1872 3,420,104

Postes (y compris l'indemnité aux cantons de 1,490,623 francs en

1862 et de 1,649,290 ft'mïCS en 1872 7,426,354

Télégraphes 502,102

Poudres 1,042,403

Capsules 44,807

Monnaies. , 2,921,971

Ecole polytechnique , 329,516

Dépenses diverses 8,977

Total des dépenses 19, 286,039

Solde actif. 625.G17

Dépenses.

18,671,651 fr.

Le budget de la Suisse, pour les trois années qui suivent, se décompose ainsi :

Recettes 36.993,000 fr. 39,516,000 fr. 41,738,000 fr.

Dépenses 37,003,000 39,260,000 42,775,100

• La Confédération a contracté en 1857, lorsqu'elle avait à craindre une guerre avec la Prusse, à cause de Neuchàtel , un emprunt de 12 millions, dont il reste à rembourser une somme de 1,500,000 fr. Ensuite elle a emprunté 12 millions en 1867 et 15 millions en 1871, pour le nouvel armement. Enfin il y avait des bons du trésor pour une somme de 61,200 fr., à la fin de 1872. En regard de ce passif, il faut placer l'actif de la Confédération qui s'élève à 28 millions, et se compose de la valeur des immeubles et domaines, 3 millions; de capitaux et avances, 10 millions; de l'inventaire mobilier, 11 millions; d'argent comptant en caisse , 4 millions.

» Il est difficile de donner un aperçu des finances cantonales, applicable à la même année, tant il y a de variété dans les institutions financières des cantons.

» Les trois départements qui absorbent la plus grande partie du budget sont: les affaires militaires (nouvel armement), les travaux Oublies (subventions aux chemins de fer) et instruction publique (augmentation des traitements et fondation d'écoles moyennes).

On peut dire que 8 pour 100 des recettes sont fournis par les intérêts de capitaux, 5 pour 100 par lesdomaines et forêts, 12 pour 100 par les droits régaliens, 34 pour 100 par les impôts directs, 36 pour 100 par les impôts indirects, et 5 pour 100 par des revenus accidentels.

» Les emprunts d'Etat ne sont plus aussi rares qu'autrefois en Suisse. Dans le tiers des cantons, tout au plus le passif lépasse l'actif, mais nulle part l'équilibre des finances n'est rompu, si ce n'est passagèrement. L'actif de la Confédération et celui des cantons réunis dépussent les passifs d'une somme de 150 millions environ. Dans beaucoup do cantons les impôts indirects ont rW- réduits au minimum et on s'efforce de les faire disparaître entièrement. Dans les cantons de Zurich, Thur-

govie, Schaffhouse, etc., le sel est vendu au prix de 0 fr, 10 le kilogramme, quoique ces cantons n'en produisent point. L impôt indirect le moins contesté a été jusqu'à présent le droit sur les boissons, nommé ohmgeld. Le canton de Berne en a tiré jusqu'à présent plus d'un million par an ; mais il faudra que Berne et les autres cantons qui ont profité da cet impôt, comme Fribourg, Soleure, le Tessin, Grisons, Glaris, etc., y renoncent, car l'article 32 de la nouvelle constitution fédérale dispose que tous les droits d'entrée perçus actuellement parles cantons, ainsi que les droits analogues perçus par les communes, doivent disparaître sans indemnité a l'expiration de l'année 1890. »

Au mois de juillet 1872, l'Assemblée fédérale a augmenté le traitement, encore bien modeste, des premiers magistrats de la république. Le président de la Confédération reçoit depuis tors 13,500 francs par an au lieu de 10,000; chacun des autres membres du conseil fédéral 12,000 francs au lieu de 8,500 et le chancelier 9,000 francs au lieu de 6,000.

— Armée. A l'article ARMKii(t.I,p.657), nous avons exposé l'organisation et indiqué l'effectif de l'armée suisse en 1862; cet effectif s'élevait en 1878 à 201,578. Depuis cette époque, on s'est occupé de modifier l'organisation do l'armée fédérale. En vertu de la constitution du 10 janvier 1874, cette armée comprend les corps de troupes des cantons et tous les Suisses qui, n'appartenant pas à ces corps, sont néanmoins astreints au service militaire. L'instruction militaire et l'armement rentrent désormais dans les attributions de la Confédération. C'est elle qui se charge de faire instruire les troupes d'infanterie, du génie, de l'artillerie, de la cavalerie et des carabiniers. Quant à l'entretien de l'habillement et de 1,'èquipement, il reste dans les attributions cantonales. Comme dès l'âge de douze ans on

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apprend aux enfants, dans les écoles, le maniement des armes, ils n'ont que peu de chose à apprendre lorsqu'ils font partie de l'armée, ce qui explique pourquoi les citoyens suisses ne sont employés que fort peu de temps chaque année au service et possèdent néanmoins une excellente éducation militaire. Chaque année, l'élite et'la réserve fédérale sont inspectées par les colonels fédéraux, et tous les deux ans il y a un exercice en corps d'armée composé des troupes de toutes armes. Les officiers de l'état-major général sont nommés par le conseil fédéral. Le grade le plus élevé que puissent obtenir ces officiers est celui da colonel. Quant aux officiers qui forment les cadres de l'armée, ils sont nommés par les gouvernements cantonaux. Le point capital du nouveau système militaire, c'est le droit pour la Confédération de disposer de l'armée et du matériel de guerre ; au lieu de fournir, comme avant 1874, des contingents, les cantons auront des corps de troupes incorporés directement dans l'armée fédérale, de telle sorte que ce sont les citoyens suisses, et non les Etats de la Confédération qui devront leur prestation militaire au pouvoir central.

— Habitants. Nous avons donné au début de cet article le tableau de la population suisse par cantons. Cette population appartient à quatre races distinctes, qui parlent chacune un idiome diffèrent. Les habitants de Bâle, Zurich, Argovie,Schaffhouse,Suint- Gall, Thurgovie, Lucerne, Zug , Schwitz; Appenzell, Uri, Unterwald , Glaris et une partie des habitants de Berne et de Soleure parlent l'allemand et divers patois de cette langue. Dans le Tessin, une partie du Valais et des Grisons, ce qui domine, c'est l'italien ; la langue romane, sorte de latin corrompu, est parlée dans l'Oberland, l'Engadine et les Grisons. Entin on parle assez purement le français dans les cantons de Genève, "Vaud, Neuchâtel, Valais, une grande partie de celui de Fribourg, et dans quelques parties des cantons de Soleure, Bâle et Berne. Cette diversité de races et de langues n'empêche pas la Suisse de former une nation parfaitement unie par une longue communauté d'intérêts et surtout par le goût de l'indépendance, la passion de la liberté et l'amour de la patrie. Le profond amour que le Svusso porte à sa patrie n'est point un amour stérile et rêveur. Le Suisse est sérieux et po>itif et sa passion pour son pays se traduit par des actes virils et utiles. Presque chaque année, les donations, les fondations atteignent un chiffre énorme; et les établissements de bienfaisance, les hospices, les asiles pour les vieillards, l'éducation et l'instruction des enfants sont pre.sque toujours l'objet de ces sacrifices volontaires ; mais c'est surtout en présence d'une catastrophe, de l'incendie d une ville, de l'inondation d'une vallée, qu'éclate toute la puissance de ce noble sentiment; alors chaque Suisse prouve qu'il porte vivante au fond de son cœur cette maxime républicaine et d'une beauté vraiment divine : « Un pour tous, tous pour un. » Alors, de toutes les parties du globe, des extrémités de la terre affluent les dons et les offrandes fraternelles, car cette population hardie, entreprenante va porter au loin son activité, son industrie, son commerce; mais eile y porte aussi l'image de la patrie, elle s'associe a ses succès comme à ses revers, elle prend part à ses deuils comme à ses fêtes. La Suisse a des fêtes nationales, fêtes de chant, de lutteurs, et surtout de tir. Les frais de ces solennités sont couverts, non par le produit des impôts, mais par des contributions volontaires; eh bienl du fond de l'Inde, de l'Amérique, de l'Océanie, les Suisses envoient leur cotisation k la dépense commune et des prix pour les vainqueurs. Le Suisse aime la vie en commun; plaisirs, goûts, vocation, études, tout, jusquaux circonstances les plus indifférentes, sert de but uses réunions; à l'étranger, il garde les mêmes habitudes; dès que plusieurs Suisses habitent le même endroit, ils y fondent des sociétés de secours mutuels et d'agrément. De Paris à ■Washington, de Moscou à San-Francisco, ces sociétés forment une chaîne dont les anneaux entourent le globe, et offrent à tout fils de l'Helvétie un appui fraternel, une ressource contre l'isolement. La Confédération les encourage, et, quand les revenus des sociétés de secours mutuels ne répondent pas à leurs besoins, elle leur envoie des subventions. Et souvent, en retour, le Suisse qui a amassé une grande fortune a l'étranger, choisit pour héritiers les pauvres de son pays ou de sa commune.

Ce qui distingue encore le Suisse, ce qui le place aux premiers rangs de l'humanité civilisée, c'est la droiture du cœur, un bon sens rare, une patience k toute épreuve, une aspiration constante vers le progrès. Chez lui, toutes les classes de la société concourent de tout leur pouvoir à la prospérité générale, chacun en est jaloux et fier, chacun en fait sa chose et le premier but de sa vie. Il a subi, comme toute l'humanité, les transformations que le temps, l'expérience et les lumières apportent dans la vie des peuples. Il ne les a ni repoussées ni hâtées. N'étant point à la merci d'un pouvoir unitaire qui impose à la masse ses volontés ou son caprice, il s'est trouvé à l'abri des coups d'Etat, des révolutions de palais ou de capitale; il n'a pas vu ses destinées dépendre du hasard

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qui fait succéder un monstre ou un imbécile k un homme de bien ou de génie; il s'est réservé à lui seul te droit de les régler; il s'est transformé lui-même par sa propre force et sa propre volonté. Plus profondément attaché qu'aucun autre peuple à ses anciennes institutions, il les a cependant modifiées peu à peu, sans de trop rudes secousses, mais aussi, sans réaction. Son point de départ était heureux : il avait conquis, par une vaillance héroïque, la liberté politique; les autres libertés, conséquences nécessaires, inséparables, sont venues s'y rattacher. Aujourd'hui, le Suisse possède la plus grande somme de liberté, et par conséquent de bien-être, k laquelle un peuple puisse arriver dans l'état actuel de la civilisation ; il travaille à l'augmenter sans cesse, et par un trait de ce rare bon sens qui le distingue, il a laissé la porte ouverte aux améliorations que peut apporter l'avenir. En reconnaissant aux cantons Je droit de souveraineté absolue dans le choix d'une constitution, le pacte fédéral ne fait que cette seule réserve : « Pourvu que cette constitution soit conforme aux principes républicains que proclame la Suisse, et qu'elle puisse toujours être revisée, sur la demande du peuple. »

Ce3 qualités, ces traits généraux de caractère ont cependant leurs nuances suivant les différents cantons. Il faut d'abord distinguer entre le peuple des montagnes et celui des

; plaines. La nature qui l'entoure, le plus ou moins de densité de la population, les professions et la manière de vivre qui en résulte, amènent d'essentielles modifications. L'homme des montagnes est ordinairement de forte et solide structure, sain et vigoureux, endurci par son contact journalier et sa

I lutte continuelle avec une nature gigantestesque, souvent ennemie, résolu, expéditif,

: sérieux et opiniâtre, d'humeur douce pourtant; souvent il a conservé les mœurs patriarcales et hospitalières; sa principale occupation, le soin des troupeaux, l'a rendu flegmatique, tant que la nécessité ne le force pas au mouvement; il est moins intelligent et, d'ordinaire, moins instruit que l'habitant des plaines. Pour celui-ci, il faut distinguer encore entre l'homme qui se livre à la culture et l'homme qui vit dans les fabriques. Tous deux sont laborieux, intelligents et assez amis de l'ordre. Le paysan proprement dit est, en général, prodigieusement économe, un peu lourd, modéré dans ses jouissances, instruit, jaloux de maintenir intact l'honneur de son nom, en garde contre les nouveautés, et de formes assez rudes. L'homme des fabriques est plus agile, plus rusé, inquiet, ami des plaisirs, moins rangé chez lui, spéculateur, instruit, politique passionné, presque toujours libéral et même radical, quelquefois violent, et ami d'un progrès décidé. Mais toutes ces dispositions naturelles varient encore dans leur ensemble, suivant le caractère des races nationales ; l'habitant de la Suisse française ou italienne est plus vif, plus prompt que celui du pays allemand.

Comme nous l'avons dit plus haut, on ne trouve dans ce pays aucune distinction de classes ou de castes, aucun privilège exclusif. La noblesse proprement dite n'existe pas. Celle qu'on y rencontre provient d'immigration, ou. date de l'époque où le pays faisait partie de l'empire d'Allemagne, ou bien encore fut donnée par des princes étrangers à des Suisses qui étaient entrés à leur service. De même qu'aux Etats-Unis, ce peuple viril n'a point voulu introduire chez lui ces hochets de la vanité qu'on appelle des décorations. Dans beaucoup de cantons même il est interdit de porter les décorations ou les titres donnés par des puissances étrangères.

— Histoire. La plus grande obscurité règne sur les premiers siècles des annales helvétiques. Ce qui paraît certain, c'est que les Helvètes étaient une tribu gauloise qui, k une époque très-reculée, s'était fixée entre le Rhin, le Jura et les Alpes. Lorsque Rome étendit sa domination sur les Gaules, l'Helvétie rit partie de la cinquième Lyonnaise. Lorsque les barbares envahirent de tous côtés l'empire romain, les Helvètes subirent le sort de leurs premiers vainqueurs et furent subjugués avec eux par les peuples de la Germanie. Presque tout le territoire qui forme actuellement la Suisse fut conquis par les Alemans (Alemani). Les quelques districts qui échappèrent à la domination de ces peuplades devinrent la proie des Lombards et des Bourguignons. Plus tard, l'Helvétie fit partie du vaste empire des Francs et jouit pendant quelques années d'une grande prospérité.

Mais après la mort de Charlemagne, au milieu des guerres continuelles des seigneurs qui cherchaient à se rendre indépendants, ce pays eut beaucoup à souffrir.

Lorsque, en 1032, Rodolphe III, roi d'Arles, légua son royaume k 1 empereur Conrad le Salique, l'Helvétie fut comprise dans le legs et devint province immédiate de l'empire. Les empereurs en confièrent l'administration aux ducs de Zœhringen, qui furent les bienfaiteurs de ce pays. Ces seigneurs favorisèrent l'agriculture et le commerce, fondèrent plusieurs villes, entre autres Berne et Fribourg et étouffèrent les dissensions intestines. Mais l'extinction de cette famille (V218), en réveillant les ambitions assoupies, amena de nouveaux désordres. La noblesse helvétique, tant ecclésiastique que séculière, profi -

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tant de l'éloignement des empereurs allemands, reprit, sous une suzeraineté purement nominale, son ancienne indépendance et menaça la liberté des bourgeois. Les plus puissants de ces seigneurs étaient ceux de Habsbourg, deKibourg et les comtes de Savoie. A la même époque, les villes les plus importantes étaient Berne, Bâle, Zurich, qui s'unirent pour défendre leur indépendance contre la cruelle tyrannie de ces nobles qui ne connaissaient d'autre droit que celui du plus fort. Quand, en 1Ï73, le comte Rodolphe de Habsbourg eut été élevé à la dignité impériale, la maison de Hubsbourg devint toutepuissante en Helvétie, et sa volonté n'y rencontra plus d'obstacles. Rodolphe, au reste, en reconnaissance des services qu'il en avait reçus dans ses guerres, respecta les droits des villes et augmenta même les franchises des trois autres cantons forestiers d'Uri, Schwitz et Unterwald. Mais Albert 1er, son fils, n'imita pas la conduite sage et modérée de Rodolphe. A peine monté sur le trône (1298), il voulut reprendre les franchises accordées par ses prédécesseurs et eut recours aux armes pour vaincre la résistance qu'il rencontrait. Il échoua contre l'héroïque résistance de Zurich et de Berne, mais réussit à soumettre les trois petits Etats d'Uri, de Schwitz et d'Unterwald. Les vexations insultantes et la tyrannie cruelle de ses baillis et surtout d'Hermann Gessler donnèrent lieu a la formation de la Ligue helvétique. Trois hommes, trois héros immortels, Stauffacher de Schwitz, Furst d'Uri et Melchthal d'Unterwald, chacun avec dix, amis de son choix, se réunirent pendant la nuit du 7 novembre 1307, sur la plage solitaire du Rutli, au bord du lac Waidstetter et jurèrent d'en finir avec la tyrannie de l'Autriche. Ce serment, proféré par des hommes de cœur, engendra la république helvétique. Le premier jour de l'année 1308 fut choisi par les conjurés pour l'exécution de leur projet. Ce jour, un soulèvement général éclata dans les trois cantons; les forts d'Albert furent rasés, ses baillis mis à mort ou chassés, et les habitants des trois cantons arrêtèrent une ligue Solennelle de dix ans. La mort d'Albert sur la Reuss, en 130S, et la défaite de son filsLéopold (1315), duns les défilés de Morgarten, consolidèrent l'union des trois cantons, qui conclurent la même année la ligue perpétuelle de Brunnen. Bientôt, Lucerne (1332). Zurich et Glaris (1351), Zug (1352) et Berne (1353) entrèrent diuis la ligue. Ces huit cantons ont été les premiers de la Confédération helvétique ; on les nomme les huit anciens , et ils ont, à ce titre, conservé jusqu'en 1798 de nom* breux privilèges.

Durant le premier siècle de son existence, cette confédération ne chercha à s'agrandir que par des moyens pacifiques, en achetant les domaines que les étrangers possédaient sur son territoire et en admettant la noblesse rurale aux franchises de ses communes. Bien que compris encore dans la souveraineté nominale de l'empire, ce pays jouit ainsi de toute sa liberté. Cependant la maison d Autriche n'avait oublié ni ses ressentiments ni ses projets de conquête, mais la grande bataille de Sempach (1386) et celle de Nœfels (1389) assurèrent l'indépendance helvétique. Ces succès éclatants changèrent complètement la tactique des confédérés. Au lieu de se borner à la défense du territoire national, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, on les vit tout à coup prendre l'offensive et se jeter sur les possessions héréditaires de l'Autriche. Il s'ensuivit des luttes sanglantes. La dUcorde en outre éclata parmi les confédérés ; Zurich abandonna les autres cantons et s'allia k l'Autriche. Ce fut alors que les autres cantons arborèrent les couleurs de Schwitz, le blanc et le rouge, et prirent le nom de Suisses (Schwitser ) , qui est devenu celui de toute la nation. Schwitz fut redevable de cet honneur à son ardent patriotisme et à son état d'hostilité avec Zurich. Cette ville était assiégée par les confédérés, lorsque l'empereur Frédéric III appela à son secours les bandes mercenaires de France. Le dauphin Louis (plus tard LouisXI) approcha de Bâle à la tête de 40,000 hommes; les Suisses détachèrent 1,600 des leurs, qui lurent écrasés a la bataille de Saint-Jacques (1444). Mais le dauphin, qui avait k se plaindre de Frédéric, fit la paix avec les Suisses et cultiva des lors leur amitié. Les Suisses firent alors la conquête de la Thurgovie. Cependant la jeune république se vit bientôt menacée par un puissant ennemi, Charle3 le Téméraire, duc de Bourgogne. L'armée de ce prince comptait 60,000 hommes, tandis que les Suisses et leurs alliés, la Lorraine et Strasbourg, ne pouvaient lui opposer que 30,000 combattants ; mais ces derniers se battaient pour l'indépendance de leur pays, et les victoires de Morat, de Granson et de Nancy (1476), prouvèrent que le sentiment du devoir et la valeur pouvaient suppléer k l'infériorité numérique. Les Suisses recueillirent un immense butin ; mais, usant avec modération de la victoire, ils rendirent une grande partie du pays de Vaud, qu'ils avaient conquis sur la Savoie, et refusèrent les offres de la Franche-Comté, qui demandait à entrer dans leur confédération. Peu après cette confédération s'agrandit et se fortifia par l'annexion de Fribourg et de Soleure (1481). Les Suisses conclurent en outre des alliances défensives avec leurs voisins,

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et leur ligue devint assez puissante pour voir les souverains étrangers briguer son amitié et solliciter son appui. Ce fut à cette époque que les Suisses commencèrent k se mettre à fa solde des puissances étrangères. La France, Rome, Venise eurent pendant longtemps k leur service des mercenaires suisses. La bravoure éprouvée de ces troupes les faisait rechercher de tous côtés.

Vers la fin du xv« siècle, alors que la confédération était sortie victorieuse de toutes ses luttes contre les ennemis du dehors, les discussions intérieures commencèrent à renaître, et la liberté helvétique se trouva de nouveau menacée. L'empereur Maximilien 1er, voulant resserrer les liens qui réunissaient le9 différentes parties de l'empire, imagina de la partager en cercles et de faire entrer la Suisse dans une de ces grandes divisions administratives. Maisles Suisses avaient appris depuis deux siècles à se passer de la protection de l'empire, et d'ailleurs la victoire les avait habitués à compter sur le succès de leurs armées; aussi refusèrent-ils toutes les propositions de Maximilien. Ce refus irrita 1 empereur, qui leur déclara immédiatement la guerre, de concert avec la ligue de Souabe (1408), et attaqua leurs frontières sur toute leur étendue, depuis l'Engadina jusqu'à Bâle. Les Suisses combattirent avec leur valeur accoutumée, et, huit fois vainqueurs en huit mois, forcèrent par le traité de Bâle (1499) l'empereur à se désister de ses prétentions. C'est de cette époque seulement que date l'indépendance réelle et complète de la Suisse et sa séparation d'avec l'empire, qui dut renoncer désormais à s'immiscer dans les affaires de la Confédération.

En 1501, Bâle et Schaffhouse,en 1513, Appenzell fuient admis dans la confédération, dont le nombre des cantons fut ainsi porté à treize. Les autres, tels que Saint-Gall, Bienne, Neuchâtel, Genève, Mulhouse, le canton des Grisons, l'évêché de Bâle, étaient considérés seulement comme alliés. Les pays sujets (Argovie, Thurgovie et quelques bailliages italiens ne jouissaient d'aucune indépendance politique; ils avaient seulement quelques privilèges nullement comparables aux droits des cantons confédérés.

Enhardis par leurs succès contre l'Autriche, les Suisses osèrent attaquer la France ; on les vit s'avancer jusqu'à Dijon, d'où on ne parvint k les déloger qu'à prix d'or. Peu après, ils conquirent la Lombardie au profit ■ du tyran Maximilien Sforza de Milan, et remportèrent sur les Français une victoire signalée à Novare (1513). Deux ans après, les Français prirent k Marignan une éclatante revanche, et l'année suivante un traité de paix perpétuelle fut signé entre la France et la Suisse. La confédération puissante et redoutée semblait entrer dans une ère de prospérité toujours croissante, lorsque les troubles religieux qui suivirent la Réforme vinrent apporter de nouveaux retards au développement de la république helvétique.

Zwingle eut ses partisans à Zurich, Farel et Calvin les leurs à Genève; mab les nouvelles doctrines ne séduisirent qu'une partie de la population, de là des luttes sanglantes entre les catholiques et les protestants. Les Etats voisins, du reste, ne manquaient pas de fomenter cet esprit de secte pour affaiblir la confédération k leur profit. En 1597, les dissensions religieuses amenèrent la scission du canton d'Appenzell en deux parties distinctes : les Rhodes intérieures (catholiques), et les Rhodes extérieures (protestants). S'il est une cause de guerre impie et insensée, c'est certainement le dissentiment dans les croyances religieuses, et pourtant les guerres les plus désastreuses, les plus sauvages sont les guerres de religion. La confédération en donna la preuve au xvie siècle; l'affaiblissement où elle tomba fut tel que l'on vit l'Autriche, la France et l'Espagne se disputer la Valteline comme une proie, et cette contrée, de même que le canton des Grisons, serait tombée au pouvoir d'une de ces puissances sans la sagesse et l'énergie de Zurich et de Berne. Enfin le traité de Westphalie (1648), reconnut solennellement la Suisse comme Etat indépendant. Quelques troubles civils éclatèrent au commencement du xvme siècle entre les habitants deTockenbourg et l'abbé de Saint-Gall, mais le triomphe des protestants amena la paix, qui fut conclue en 1712, à la diète d'Aarau. La Suisse fut alors tranquille jusqu'à l'époque de la Révolution française, qui fit entendre aux quatre coins du monde sa voix retentissante et libératrice La Confédération helvétique était un gouvernement républicain, mais le pouvoir et toutes les fonctions publiques se trouvaient concentrés dans les initias de quelques familles. La majeure partie de Ja population était exclue de toute participation aux affaires publiques et souvent même opprimée par les seigneurs. Les premières vibratious delà France révolutionnaire se firent sentir en Suisse, et en 179&, le Directoire, profitant de l'état du pays de Vaud , insurgé contre Berne, y fit admettre les soldats français à titre de libérateurs. Toutes les populations sujettes des treize cantons se déclarèrent libres; l'ancienne confédération fut dissoute, et la Suisse, sous le nom à'Heloétie, forma une république partagée en dix-huit cantons égaux. Genève, Bâle, Mulhouse et Neuchâtel faisaient partie de la République française. Malheureusement le libérateur était devenu

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un maître ; toute initiative fut enlevée au pays : la'constitution qui fut alors promulguée avait été rédigée d'avance à Paris: les créatures des Français furent placées a la tête du pouvoir exécutif. Quand la protection dégénère en despotisme , elle paraît plus odieuse que l'hostilité la plus accentuée; aussi un sourd mécontentement fermentait-il partout dans le pays, qui salua avec joie l'arrivée des Russes et des Autrichiens. La victoire de Masséna à Zurich dissipa les espérances des patriotes suisses et maintint la république sous le joug de la France victorieuse.

En 1803, Bonaparte, dont le talent de replâtrage fut souvent pris pour du génie, rétablit, par le nouvel acte de médiation , les cantons et tous les liens fédéraux. Aux treize cantons anciens, il en ajouta six nouveaux : Saint-Gall, les Grisous, Argovie, Thurgovie, le pays de Vaud et le Tessin. L'Italie garda la Vnlteline. Le Valais forma une république séparée, qui fut plus tard réunie k la France (1807). Neuchâtel fut enlevé à la Confédération et devint un lîef français possédé par Berthier. Après la chute de Napoléon, l'ancienne Confédération fut rétablie, on rendit à (a Suisse ce qu'elle avait perdu pendant les guerres de la République et de l'Empire, et un nnuvel acte fédéral, élaboré par la diète (v. Diètes en Suisse), fut signé le 7 août 1815. L'admission du Valais, de Baie et de Genève, demandée par la congrès devienne, porta le nombre des cantons a vingt-deux ; et les truites internationaux qui furent signés à cette époque, garantirent l'intégrité et l'inviolabilité du territoire de la Suisse dans ses nouvelles limites. La révolution de 1830 eut son contre-coup en Suisse, et fit éclater le sourd mécontentement qui travaillait la nation. Les campagnes se soulevèrent, leurs habitants s'emparèrent des hôtels de ville, et 1k, ils obtinrent la promesse de nouvelles institutions constitutionnelles. Bàle se morcela en Bàle-Villeet Bâle-Campagne: le parti démociatique prit de jour en jour une influence prépondérante, et 1 accroissement de ses forces se manifesta par la révolution du Valais en 1840, pai les troubles du Tessin en 1841 et ceux de Genève en 1846. La courte guerre du Sondkkbund (v. ce mot) amena la révision du pacte fédéral de 1815, et l'adoption de la constitution fédérale démocratique de 1848, dont les dispositions, sauf celles qui ont été modiliées par la constitution de 1S74 , régissent encore la république helvétique.

Lors de la violente réaction qui, à partir de 1849, suivit dans plusieurs Etats de l'Europe le mouvement révolutionnaire comprimé, des milliers de proscrits allemands, italiens et français allèrent chercher un refuge sur le territoire suisse. Leur présence fournit à quelques-uns des gouvernements qui persécutaient les démocrates un prétexte pour élever auprès du gouvernement fédéral de vives réclamations et amener des difficultés diplomatiques. Quelques Italiens, réfugiés en Suisse, ayant été soupçonnés d'avoir participé à l'attentat de Milan (6 février 1853), le gouvernement autrichien, irrité déjà de ce qu'on avait expulsé du canton du Tessin, quelques capucins, originaires de la Lombardie, demanda impérieusement pour l'avenir, au gouvernement fédéral, des garanties incompatibles avec la dignité de la Suisse et sa situation d'Etat indépendant. Ces exigences ayant été repoussées , le cabinet de Vienne rappela de Berne son chargé d'affaires, bloqua la frontière du Tessin et expulsa de ses Etats tous les habitants de ce canton qui s'étaient établis dans le royaume Lombard-Vénitien. La guerre était sur Je point d'éclater, lorsque les complications qui survinrent au sujet de la question d'Orient amenèrent la guerre entre l'Angleterre, la France et la Russie, tirent oublier à l'Autriche ses difficultés avec la Suisse et décidèrent les deux puissances à consentir à un arrangement pacifique (juin 1854). La question de Neuchâtel vint, deux ans plus tard, menacer la Suisse d'une nouvelle guerre. En 1848, la principauté de Neuchâtel s'était émancipée de la suzeraineté du roi de Prusse, avait proclamé une constitution démocratique, et était devenue purement et simplement un des cantons de la confédération dont elle faisait partie depuis 1815. Après de vaines protestations, le roi de Prusse lit reconnaître ses prétentions par le protocole de Londres (i 85?) et attendit une occasion favorable. Au mois de septembre 1856, le parti royaliste tenta un coup de main pour rétablir la suzeraineté prussienne et renverser la constitution ; mais, grâeo à une énergique et rapide répression, la tentative échoua. Le roi de Prusse réclama l'élargissement des prisonniers; d.e son côté, le gouvernement fé léral demanda la reconnaissance légale de l'indépendance du canton. La guerre était imminente lorsque, grâce au général Dufour, le cabinet des Tuileries intervint comme conciliateur. Les représentants des cinq grandes puissances et de la Suisse se réunirent à Paris, le5 mars 1857, et conclurent le traité du Î6 mai, par lequel le roi de Prusse renonça à ses droits de souveraineté, à une indemnité pécuniaire qu'il avait d'abord réclamée et ne garda que le titre de prince de Neuchâtel. Au commencement de l'année suivante, à la suite de la tentative de meurtre commise rur Napoléon III par des réfugiés italiens, le conseil fédéral reçut du gouvernement Iran-

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çais une note assez menaçante au sujet des étrangers réfugiés à. Genève. Le conseil fédc'ral ordonna une enquête, à la suite de laquelle douze réfugiés français et dix-sept ililiens furent expulsés et plusieurs internés (février-mars 1858). Pendant la guerre d'Italie (1853), la Suisse garda la neutralité et interdit, à la suite des événements de Pérouse et de Naples, tout enrôlement des nationaux dans les troupes étrangères (30 juillet). Après l'annexion de Nice et de la Savoie par la France, l'Assemblée fédérale, qui avait espéré la cession des territoires du Faucigny et du Chablais, neutralisés comme la Suisse par les traités de 1815, protesta vivement et s'adressa, mais sans succès (19 mars 1860),aux puissances signataires de ces traités. En 1861, la Suisse entra en conflit avec la France au sujet de la vallée des Dappe<=, entre les forts . français des Rousses et de l'Ecluse, dont le droit de propriété est incertain depuis 1815. Dans les années qui suivirent, il ne se passa aucun événement d'une réelle importance dans la pacifique république , principalement occupée d étendre son réseau de chemins de fer, d'accroître sa prospérité et d'introduire des modifications dans ses lois et constitution? cantonales. En 1866, une commission internationale se réunit à Genève pour s'occuper d'établir des règles pour le traitement des blessés en temps de guerre, et la convention qui y fut conclue reçut l'adhésion de douze Etats, Ce fut également sur cette terre neutre et libre qu'à diverses reprises, furent tenus des congrès de la paix, des congrès ouvriers qui eurent un grand retentissement et parmi lesquels nou3 citerons les congrès de Berne (1865), de Genève ([866 et 1867), le congrès de Lausanne (1869), etc. En 1868, on vit se produire en Suisse un fait jusque-là très-rare, une grève, la grande grève de l'industrie du bâtiment à Genève, suivie en 1869 de celle des ouvriers typographes et des tailleurs de pierre. Cette même année 1869, à la suite d'une conférence tenue à Berne, les représentants de l'Italie et de la Suisse signèrent un traité (15 octobre) par lequel les deux Etats déclarèrent s'unir pour 1 exécution de la ligne de chemin de 1er reliant les deux pays au moyen d'un tunnel sous le Saint-Gothard et s'engagèrent le premier à fournir une subvention de 45 millions, !e second une subvention de 20 millions. L'Assemblée fédérale ratifia ce traité le 19 octobre suivant. Ce fut également en 1869 que le grand conseil de Genève abolit les fêtes légales. Au début de la guerre entre la France et l'Allemagne, la Suisse se prononça pour la neutralité (juillet 1870), et, dès qu'il reçut la nouvelle de la révolution de septembre, le conseil s'empressa de reconnaître la République française, tout en restant fidèle au principe de neutralité. Pendant cette guerre néfaste, les Suisses se montrèrent pleins de dévouement et de charité pour les réfugiés et les blessés français. A la fin de janvier 1871, lorsque 80,000 hommes de l'armée de l'Est se virent contraints de se jeter en Suisse, ils furent reçus, soignés, nourris et traités comme les enfants du pays, et la conduite des Suisses en cette circonstance fut au-dessus de tout éloge. Quelques mois plus tard, la défaite du mouvement communaliste de Paris amena de nouveaux réfugiés français. Au mois de septembre 1871 se tint à Lausanne le congrès de la paix, présidé par Eytel, et qui eut un assez grand retentissement. En 1871, la vie politique fut très-active dans les can- i tons par suite de la mise à l'ordre du jour de la révision de la constitution. D'autre part, : les dissensions soulevées par le Syllabia et. i parle nouveau dogme de 1 infaillibilité continuèrent à occuper vivement les esprits. On ! vit alors se former en Suisse, comme en Aile- ; magne, le parti anti-infaillibîliste , dit des vieux catholiques, qui tint de nombreux meetings. L'Assemblée fédérale commença, à la fin de cette même année, à discuter les modifications à apporter à la constitution, dans un sens centralisateur, et en prenant pour programme un seul code, une seuleuririée. La constitution, modifiée par les deux conseils, fut soumise au vote populaire, le 22 mai 1872, et repousséc: par treize cantons contre neuf, et par 261,096 non, contre 255,585 oui; mais peu après, par un revirement subit, les élections pour le conseil national donnèrent une grande majorité aux partisans de la révision (27 octobre/. En ce moment la question religieuse passionnait de plus en plus le public. Beaucoup de communes se prononçaient formellement contre l'infaillibilité du pape. La lutte qui s'était engagée entre le conseil d'Etat de Genève et M. Mermillod, curé de cette ville, et qui se poursuivit en 1872 et 1873, contribua beaucoup au succès des vieux catholiques, en montrant le péril que faisaient courir à l'Etat les prétentions ultramontaines. Le fougueux et brouillon curé , évêque I d'Hébron inpwtibus et délégué par l'évëque de Lausanne, déclara nettement qu'il était au-dessus des lois et refusa d'obéir aux ordres du conseil d'Etat (septembre 1872).

Nous avons parlé ailleurs (v. Mermillod) de ce conflit dans lequel le pape intervint, et qui se termina, en ce qui concerne le curé de Genève, par son expulsion de la Suisse (17 février 1873). Le 19 février suivant, le

frand conseil de Genève adopta un projet e loi par lequel les curés seraient nommés désormais par le peuple, et peu après t'ex-

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père Hyacinthe devint curé de Genève. A la fin du mois précédent, les gouvernements des sept cantons composant le diocèse de Bâle, réunis en conférence à Soleure, avaient révoqué de ses fonctions l'évëque de Bàle, Lâchât, poux avoir méconnu les ordres du pouvoir civil en proclamant le dogme de l'infaillibilité et en sévissant contre ceux qui refusaient de reconnaître ce dogme. Le conseil fédéral de Berne approuva celte résolution, comme celle du conseil d'Etat de Genève. En réponse aux protestatior ., de M. Agnozzi, chargé d'affaires de Pie IX, il déclara, le II février, qu'il considérait comme attentatoire aux droits de l'Etat et aux principes du droit public fédéral le bref pontifical du 16 janvier 1876 qui détachait le canton de Genève du diocèse de Lausanne et refusa en conséquence de reconnaître ce bref. Nous n'entreprendrons point de raconter ici, dans ses détails, la lutté ardente qui s'éleva alors entre le pouvoir civil, demandant l'obéissance de tous aux lois, et les infaillibilistes ne reconnaissant d'autre autorité que celle du pape. Parmi les faits les plus saillants de ce conflit, nous citerons : la suspension, puis la révocation par le tribunal supérieur de Berne de quatre-vingt-dix-nc;uf prêtres du Jura bernois, qui avaient protesté contre la révocation de l'évëque Lâchât et déclaré que les mesures prises par l'Etat n'ont pour eux aucun caractère et aucune valeur et qu'ils ne reçoivent pas et ne peuvent pas admettre les défenses fuites par le gouvernement ; le vote par le conseil de Berne (30 octobre 1S73) de la nouvelle loi sur l'organisation des cultes, qui confère aux paroissiens l'élection des curés et des pasteurs soumis à la réélection tous les six ans; la rupture des rapports officiels entre le gouvernement suisse et Pie IX (12 décembre 1873), à la suite de la publication de l'encyclique du 21 novembre, dans laquelle ce dernier accusait la Suisse d'avoir violé la foi publique, et qualifiait l'expulsion de M. Mermillod d' « acte honteux et plein d'ignominie. • Cependant l'Assemblée fédérale avait remis à l'étude la révision de la constitution. Elle la vota, après avoir fait quelques modifications au projet rejeté en 1872, et introduit quelques garanties contre ies prétentions des infaillibilistes. La constitution modifiée fut soumise au vote populaire, le 19 avril 1874. Grâce à l'exaspération générale contre les ultramontains, elle fut approuvée par quatorze cantons et demi contre sept et demi, par 331,087 voix contre 199,657. Les sept cantons et demi qui se prononcèrent contre, sont ceux d'Uri, Schwitz, Unterwald, Zug, Fribourg, Valais, Lucarne et Appenzell (Rhodes intérieures), les cantons qui formaient autrefois le Sonderbund. Depuis lors , l'Assemblée fédérale suisse s'est occupée d'élaborer des projets de lois , notamment sur l'organisation militaire, sur l'organisation judiciaire fédérale, etc. Le 23 mai 1875, le peuple a approuvé la loi qui confie la tenue des registres de l'état civil aux autorités civiles et laïques et étend le mariage civil à toute la confédération, mais il a rejeté, le même jour, le projet de loi relatif aux demandes de votation populaire sur les lois et arrêtés fédéraux. Parmi les faits principaux qui se sont produits cette dernière année en Suisse, nous citerons : la mise à exécution de la loi sur le culte extérieur, voté en août 1875 parle grand conseil de Genève, et qui interdit toute cérémonie religieuse quelconque sur la voie publique, ainsi que le port de tout costume ecclésiastique ou d'ordre religieux ; quelques troubles occasionnés par la prise de possession des églises par les curés élus, ou au sujet de 1 inventaire des objets mobiliers contenus dans les églises catholiques; les efforts des vieux catholiques pour constituer une Eglise catholique nationale, enfin les élections du 31 octobre 1875 pour le renouvellement du conseil national et qui ont maintenu au grand parti libéral une importante majorité.

— Beaux-arts. La Suisse a enfanté à toutes les époques des artistes distingués que les historiens ont coutume de rattacher aux écoles des trois grands peuples qui entourent, la confédération, et le plus généralement à l'école allemande. C'est bien à tort, selon nous, que l'on dépouille ainsi ce petit pays d'une partie de sa gloire; sans doute, les productions de l'art helvétique se rapprochent plus ou moins, suivant la ville et l'époque où elles ont vu le jour, des styles qui ont prévalu soit en Allemagne, soit en France, soit en Italie ; mais, bien loin d'avoir été à la remorque de ses puissants voisins, la Suisse a su montrer fréquemment, en art comme en politique, son esprit d'indépendance et a même parfois fourni aux autres pays des initiateurs et des modèles d'art. C est ce qu'il nous sera facile de constater dans la revue que nous allons faire des travaux de ses peintres, de ses sculpteurs, de ses architectes, de ses graveurs.

— I. Peinture. Au moyen'àge, le monastère des bénédictins de Saint-Gall fut un des centres artistiques les plus actifs et les plus renommés de l'Europe, t Où trouver, disaiton, des artistes aussi habiles dans tous les genres qu'à Suint-Gull? » Un moine de ce couvent, nommé Tutilon, se rendit célèbre comme peintre, .statuaire, poète et musicien vers la fin du ix« siècle ; on citait de lui des

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tablettes d'ivoire, ornées de bas-reliefs, uni servaient de couverture à un évangéliaîre qu'avait écrit et enluminé Sintromme, religieux du même couvent. Vers le milieu du siècle suivant, le monastère de Saint-Gall eut pour abbé Notker, qui fut peintre, médecin et poëte. Plusieurs manuscrits enrichis de miniatures, dont un est dû à Notker luimême, sont conservés dans la bibliothèque de ce couvent, qui est aujourd'hui communale. Le codex n» 338, contenant divers rituels, date du xe siècle; on y remarque, entre autres miniatures, un Crucifiement et une Descente du Saint-Esprit portant la signature d'un moine nommé Gottschalk. « Les motifs sont heureux, dit Waagen, le dessin assez correct; dans le procédé large et qui rappelle la manière antique, on rencontre çà et là des demi-tons. «

Au commencement du xvi« siècle, un artiste de génie, Hans Holbein le jeune vint d'Augsbourg, sa ville natale, s'établir à Bàle et y exécuta d'importants travaux de 1516 à 1526; quelques écrivains ont même avancé qu'il serait né dans cette dernière cité, où son père, Hans Holbein le vieux, avait lui-même travaillé, Holbein le jeune fut patronné à Bâle par le bourgmestre Jacques Meyer et par Boniface Amerbach, dont il nous a laissé d'admirables portraits; il fit aussi le portrait de Hans lierbster, peintre bâlois, qui ne nous est d'ailleurs connu que par cette peinture, conservée aujourd'hui dans la collection Baring, à Londres. Il orna l'hôtel de ville do fresques représentant des sujets de l'histoire ancienne, compositions dont il ne subsiste malheureusement que quelques fragments, qui ont été placés au musée. Il travailla aussi a Lucerna et y pei- • gnit à fresque la maison du bailli Jacques de Hartenstein. Lorsque, muni de la recommandation de l'illustre Erasme pour Thomas Morus, il se fut rendu en Angleterre, il n'y oublia point Bàle, où il avait obtenu ses premiers succès; il y revint deux fois : la première vers 1529, la seconde en 1538. Son influence sur les artistes de la Suisse allemande ne put moins faire que d'être grande. On la reconnaît dans les portraits de Zwingle et de sa femme, peints par Hans Asper, né à Zurich en 1499 et mort vers 1571, portraits qui appartiennent à la bibliothèque de cette ville. Un autre peintre suisse, Nicolas Manuel, surnommé Deutsch (1435-1530), a montré plus d'indépendance dans les fresques dont il avait orné le cimetière des dominicains de Berne, sa ville natale, et où il avait représenté la Danse des morts. Ses compositions, dit Waagen , n'ont rien de l'amertume de celles de Holbein ; elles brillent, au contraire, par la bonne humeur, comme on peut le voir par les copies qui en ont été faites et dont il a été publié des lithographies par M. Haag, de Berne. Quelques tableaux qui nous restent de ce maître dénotent l'influence du Titien, avec qui il passa quelque temps à Venise en 1511. Son fils, Hans-Rodolph Manuel, né à Erlach en 1525, se rattache davantage à la manière de Holbein ; il est plus connu d'ailleurs comme graveur que comme peintre. Il en est de même d'Ursus Graf, qui travaillait à Bâle de 1485 à 1530. Un peintre de cette ville nommé Maximin , que quelques auteurs donnent pour maître à Manuel le jeune et qui vivait vers le milieu du xvio siècle, u peint dans le genre de Quentin Massys. Tobias Stimmer, né à Schaffhouse en 1534, orna de fresques les façades de bon nombre de maisons de cette ville, ainsi que de Strasbourg et de Fnincfort-sur-le-.Mein ; ces ouvrages ont péri, mais son talent peut être apprécié duns une suite de planches en bois gravées d'après ses compositions- par son frère, Jean-Christophe, sous ce titre : Nous Tobias Slimmeri sacrorum Bibliorum.

firj)ir$ versibus tatinis et germanicis exposits (Bàle, 1586). Un autre de ses frères, nommé Abel, a peint des vitraux. Hans Bock décora l'intérieur etJ'extéiieur de l'hôtel de ville de Bàle de fresques d'un style qui manque de clarté et de simplicité ; mais un tableau de la Calomnie d'Apelle, que l'on conserve dans cet édifice, est traité avec vigueur. Zurich produisit, dans le même temps, plusieurs peintres de talent : JosSe Amman (1539-1591), qui se fixa à Nuremberg et peignit à l'huile et sur verre, mais qui est plus connu comme graveur; Hans-Heinrich Waegeinann, qui se signala surtout comme dessinateur k la plume et qui habita Lueerne; Christophe Maure'- (1558-1614), élève et imitateur de Tobias Stimmer, qui fut peintre et graveur. Joseph Heinz, surnomme Swister ou \'b Suisse, et que l'on croit natif de Berne, eut pour maître Hans von Aehen et fut un des peintres favoris de l'empereur Rodophe II ; il mourut à Prague en 1609. Des tableaux de lui se voient au musée de Vienne et à Venise. Gotharil Ringgle ou Ringly, né à Zurich (1575- 1635), fut appelé à Berne pour y peindre l'histoire de cette ville en plusieurs tableaux ■ il s'acquitta si bien de cette commande, que les magistrats lui accordèrent le droit de bourgeoisie. 11 eut pour élève son concitoyen Samuel HotFman, qui se perfectionna sous la direction de liubens et mourut à Francfort. Dictrich Meyer (1572-1652), né à EglUau, peignit avec succès le portrait et l'histoire. Ses fils, Rodolphe-Théodore (1605-1638) et Conrad (1009-1680), s'appliquèrent aux mêmes genres et se distinguèrent en même temps comme graveurs. Conrad reçut des

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leçons de Matthieu Merian (1593-1651), de Bàle, qui avait étudié [ni-méme sous Dietrich et qui travailla en Allemagne, où il se signala principalement par ses gravures. Matthieu Merian le tils, né à B£Ue en 1621 et mort à. Francfort en 1687 , fut également peintre et graveur; il eut pour maîtres Sandrardt et Van Dyek. Sa sœur, Maria-Sibylki, qui se rendit célèbre comme peintre de fleurs, de fruits et d'inseetes, naquit à Francfort en 18*7.

Le plus célèbre ues peintres qu'ait produits la Suisse au xvue siècle est Jean Petitot, de Genève (1607-1691), qui coniinença par être joaillier et qui s'adonna ensuite à la peinture sur émail, dans laquelle il excella. Il travailla à la cour de Charles 1er d'Angleterre et fut ensuite attaché pendant de longues années à Louis XIV ; après la révocation de l'édit de Nantes, il revint en Suisse et mourut à Vevey. Ses œuvres, d'une délicatesse d'exécution merveilleuse, atteignent aujourd'hui des prix énormes dans les ventes publiques. Plusieurs autres peintres suisses de la même époque méritent d'être cités : Matthieu Fûssli le vieux, né à Zurich en 1598, élève de G. Ringgle, travailla en Italie, peignit des batailles et îles combats sur rner et fut le chef d'une famille qui fournit des artistes de talent pendant deux siècles. Matthieu Fûssli le jeune, né en 163G, élève de son père et de Benedetto Lutî, peignit surtout le portrait; sa femme, Anna Meyer, eut du succès dans la peinture de fleurs; l'un de ses fils, nommé Matthieu, fut portraitiste, et un autre, Johann-Melchior (1677-1739), Se distingua surtout comme graveur. Joseph Werner (1637-1710), de Berne, élève de son père et de Matthieu Merian le jeune, eut du talent comme miniaturiste et travailla à la cour de Louis XIV et à celle du roi de Prusse. Il y a de lui des tableaux mythologiques et allégoriques au musée de sa ville natale. Ce même musée a des portraits peints par J, Dùnu, qui vivait vers ia fin du xvii» siècle et le commencement du xvme. Rodolphe Werenfels, de Bàle (1629-1673), étudia en Hollande, travailla en Fiance et on Italie et peignit le portrait et l'histoire. A Sehuffhouse vivait ii la même époque Gaspard Hurter, peiu; tre d'histoire. Rudolphe Wevdwuller ( 1638-. 1668), élève de Conrad Meyer et de J. Morell, peignit les fleurs, le portrait, le paysage et fut ingénieur et architecte. Un autre élève de C. Meyer, Johann Wirtz ou Witz, de Zurich (16401709), fut peintre de portraits et exécuta des eaux-fortes très-originales. C'est encore comme graveurs que se sont surtout fait connaître Johann Meyer (1655-1710), fils de Conrad, et Félix Meyer de Winterthur (1653-1713). D. Diebold , peintre qui vivait à Zurich en 1667, ne nous est connu que par son portrait, qu'il a lui-même gravé. Guillaume Stettler, de Berne, mort en 1708, cultiva la miniature. Johann-Rodolphe Sehmutz, né à Regensberg en 1670, fut élève de Fùss-li le jeune et alla s'établir à Londres, où il se lia avec G. Kneller, qu'il imita avec succès dans la peinture de portraits. Robert Gardelle, né à Genève en 1682, étudia en France sous la direction de Largillière; il y a un portrait de lui au musée Rath. Jean-Jacques Scharer, de Sehuffhouse (1676-1746), étudia à Munich et fut peintre de portraits, modeleur et architecte. Un autre peintre de Schaffhouse, N. Hurter, élevé de son père Gaspard, passa la plus grande partie de sa vie en Hollande; il était encore à La Haye en 1776. Jean- Henri Trippel, né aussi à ScharThouse, fut peintre de genre et architecte. Jean Siminler (1G93-1748), portraitiste, élève de Melehior Fûssli, et Jacques- Christophe Weyerinann (1598-1757), paysagiste, élevé de Beich, travaillèrent en Allemagne. Johann Schnell, de Bàle, peintre de portraits, travai!la"en Angleterre et y mourut. De beaux plafonds ont été peints dans le palais du landgrave de Hesse-Cassel par Françoiis- Louis Rauft, qui séjourna aussi en France, en. Italie et en Hollande. Johann - Ulrie Schnatzler (1704-1763), de Zurich, peintre de portraits et sculpteur, eut pour premier maître son compatriote J.-J. Scharer et étudia ensuite à Vienne sous la directon de Van Schuppen. Alexandre de La Chana (1703- 1765), Rouquet (1702-1758) et Jacques Thouro» (1748-17S8), tous les trois nés à Genève, s'efforcèrent de continuer Pétitot dans la peinture en émail; les deux derniers ont travaillé avec succès k Paris et y sont morts. Emmanuel Witz, né k Biel en 1717, se fit connaître en Espagne par des portraits et des tableaux d'histoire. Les mêmes genres ont été cultivés par Emmanuel Handmann (1718-1781), de Bâle, qui eut pour premier maître Schnatzler et étudia ensuite h Paris sous la direction de Restout; il s'adonna aussi à la peinture au pastel, genre dans lequel il fut bien surpasse d'ailleurs par Jean- Eueiine Liotard (1702-1789), de Genève. Celui-ci, qui peignit également à l'huile, en miniature et sur émail, voyagea dans toute l'Europe et fut appelé à faire les portraits d'une foule de grands personnages en Angleterre, à Paris, à Rome, k Naples, k Constantiuople, à Vienne, en Moldavie, en Hollande et à Genève, où il passa les dernières années de sa vie. Son frète cadet, Jean-Michel, ne s'occupa que de gravure.

La famille des Fûssli a produit, au xvme siècle : Jean-Rodolphe le vieux (1709-1793), qui, après avoir pris des leçons de Jeun-Melchior,

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son père, alla se perfectionner à Paris sous la direction de Loutherbourg, s'adonna à \a miniature et publia un Dictionnaire des artistes; Jean-Gaspard (1707-1782), dis et élève de Matthieu, fit des portraits en Suisse et en Allemagne, fut attaché au service du duc de Wurtemberg, écrivit une Histoire des meilleurs peintres de la Suisse et les Eloges des peintres Rugendas et Kupetzky; ses deux filles, Rose et Lise, peignirent des fleurs et des insectes; son fils aîné, Jean-Rodolphe le jeune (1737-1806), peignit le portrait, mais s'occupa spécialement de l'histoire de l'art; son second flts, Henri Fûssli (1742-1825), so rendit jeune en Angleterre, où il reçut des leçons de Reynolds; il voyagea ensuite en Italie et en France et revint k Londres, où il devint académicien (1790). Ses compositions, du style le plus original, témoignent d'une imagination vive, ardente, inépuisable, mais portée trop souvent à la bizarrerie. Deux autres artistes de cette époque, Salomon Gessner (1730-1788) et Jean- Louis Aberli (1723-1786), ontacquis de la réputation Comme paysagistes. Le premier, né k Zurich, est non moins célèbre comme écrivain; le second, né à Winterthur, eut pour maîtres H. Meyer et J. Giiuim et peignit des vues et des costumes de son pays. Deux autres peintres de Winterthur, Anton Gralf (1730-1813) et Gaspard Steiner, né en 1734, ont cultivé la peinture de portraits; le premier se rendit célèbre en Allemagne et fut attaché k la cour du roi de Saxe.

Maria-An'gelica Kauffmann (1748-1808), née à Coire, dans le canton des Grisons, fut élève de son père, Joseph Kauffmann, médiocre portraitiste; mais elle se forma par l'étude des grands maîtres de l'Italie, où elle alla de bonne heure et où elle se fixa définitivement après un séjour en Angleterre. Quoiqu'elle eût débuté par le portrait, elle se consacra plus tard aux sujets historiques, qui lui valurent une telle renommée, qu'elle eut peine k suffire aux commandes qui lui venaient de tomes parts. « Une grande facilité de composition, dépourvue toutefois de profondeur ; un sentiment gracieux de la forme, souvent, il est vrai, monotone et vide; un coloris brillant et parfois chaud, bien que Cru par moment; une exécution superficielle mais agréable, et surtout un sentimentalisme vaporeux, en harmonie avec la mode du temps, » tels sont, suivant le docteur Waagen, les qualités et les défauts de cet artiste célèbre. Parmi les autres peintres que la Suisse a vus naître au xviiib siècle, nous citerons : Jean de Beyer, de Aurai, paysagiste et portraitiste, qui étudia à Amsterdam ; Jean-Balthazar Bulliiiger, né à Langnau en 1713, élève de Tiepolo, qui cultiva les mêmes genres que le précédent; Jean Huber l'ancien (1721-1786), paysagiste genevois; François Ferrie re (1753-1840), dont le musée Rath a deux tableaux imitant le bas-relief et un portrait; Jean-Ulric Schellenberg, né k Winterthur en 1709, et qui, après un séjour en Allemagne, s'établit à Berne; Jean-Jacques Schalch, né k Sohaffhouse en 1723, élève de Schnatzler; Jean-Conrad Steiner, né k Winterthur en 1757, imitateur de S. Gessner ; Chrétien-Frédéric Kleeniann (1735-1789), d'Altdorf, peintre d'histoire naturelle; Alexandre Trippel, de Schaffhouse, qui obtint le premier prix de peinture à l'Académie de Copenhague en 1767; Sigisuiond Freudenberger (1745- 1802), de Berne, élève de Hanumann, qui travailla à Paris et peignit des Scènes de mœurs alpestres; Jean-Rodolpha Schellenberg, né en 1740, peintre d'oiseaux, de fleurs, d'insectes, élève de son père, Jean-Ulric, et ami de Gessner. Le paysage fut encore cultivé dans le même temps par Jean-Henri Wuest, né à Zurich en 1741 ; par Pierre Ducros, né en 1745 et mort k Lausanne en 1810 ; par Philippe-Henri Dunker, né à Berne, où son père, Baithazar-Autoine, ariUta allemand, avait obtenu le droit de bourgeoisie; par Johann-Jacob Meyer (1749-1812), de Zurich, élève de B. Bulliiiger, de J.-G. Fûssli et de Brand ; par le chevalier Fasrsin ou Facin, né k Liège, mais qui passa la plus grande partie de sa vie k Genève et y fonda, en 1769, une académie de dessin; par Jean Webber (1751-1793), qui voyagea avec le célèbre capitaine Cook; par Henri Rieter (1751-1818), de Winterthur, qui fut pendant trente-sept ans maître de dessin k l'école publique de Berne; par Henri Bleuler, de Zolliken, imitateur d'Abeili; par Jean-Pierre de La Rive (1753-1807), de Genève, qui s'adonna au paysage historique. Dans la peinture d'histoire proprement dit», Genève s'honore d'avoir produit Jean-Pierre Saint-Ours, élève de Vienne, qui remporta le grand prix en 1771 et revint s'établir dans son pays en 1792. G. Chaix, né k Madrid en 1784, étudia k l'école de David et se fixa ensuite à Genève; le musée Rath a de lui un Œdipe maudissant Polynice. Adam- Wolfgang Tôptfer (1766-1847), père du célèbre écrivain genevois, se forma aussi à Paris et cultiva à la fois la peinture de genre et le paysage. Jacques-Antoine Arlaud, né à Genève en 1668 et mort en 1746, a été un des plus habiles miniaturistes de son temps. Jacob Merz (1783-1807), né dans le canton de Zurich, a peint le portrait. Martin- Frédéric Escher, ne k Lyon en 1772 et mort k Zurich en 1813, a imité S. Gessner. Le' musée de Berne possède une ancienne collection de Costumes suisses, peinLs, de 1793 à 1795, par J. Reinhardt. Godefroid Miml (i76S-lS14J,de

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Berne, s'est fait connaître par son talent pour peindre les ours et surtout les chats.

Biedermann, Scheuchzer, Gabriel Lory le père, Gabriel Lory le fils, J.-H. Juillerat, G. Lôhrer, J. Siiter, B. Menu, S. Corrodi, Gaspard Wild, Sigisinond Himely doivent être cités parmi les paysagistes suisses de la première moitié de ce siècle; mais les maîtres du genre ont été François Diday et Alexandre Calame, l'un le maître, l'autre le disciple, qui comptent tous deux une foule d'imitateurs dans leur pays, « L'école suisse n'est guère composée que de peintres de paysages, a dit M. Marins Chaumelin (Y Art contemporain). On s'expliquerait difficilement qu'il en fût autrement dans un pays où la nature est si imposante, si poétique, si éminemment pittoresque. Le désir de fournir aux touristes étrangers le moyen de conserver l'image des splendeurs qu'ils sont venus admirer suffirait, ce semble, pour encourager les peintres des vingt-quatre cantons a reproduire sur la toile les hautes montagnes hérissées de sapins noirs et couronnées de neiges éternelles, les vallées profondes où les torrents mugissent, les cascades éemnantes, les chalets perchés au bord des abîmes, les troupeaux bondissants dans les vertes prairies. Mais, il faut bien le reconnaître, ce merveilleux panorama est presque impossible à peindre. La photographie, qui peut embrasser un champ immense dans un cadre étroit, donne seule une idée exacte de la configuration de ces sites grandioses; malheureusement, elle no rend ni la couleur, ni le mouvement, ni la vie. D'ailleurs, une vue panoramique n'est pas plus un paysage, clans le sens artistique du mot, que le àluhâbharata, qui compte 250,000 vers, n'est un poéine. Les œuvres d'art, comme les oeuvres littéraires, n'admettent qu'un petit nombre d'éléments, car elles ont pour conditions essentielles la simplicité, l'unité... Parmi les artistes qui se sont essayés k la peinture des paysages alpestres , je ne vois guère que Calaine qui n'ait pas été accablé par l'immensité du sujet; encora devons-nous ajouter que ses meilleurs tableaux sont ceux qui offrent une vue relativement restreinte, un coin du panorama. Peintre très-médiocre, mais dessinateur excellent, il a reproduit la nature avec fidélité, tout en ,choisissant si bien ses motifs, qu'on pourrait croire ses motifs composés. M. Diday, son maître et celui de beaucoup d'autres peintres suisses, a eu beaucoup de succès en France vers 1840; il est k la tête d'un groupe d'artistes qui s'est réservé la spécialité des petits chalets, des petits sapins, des petits rochers, des petits moutons, des petites vaches et de tout un monde en miniature qui pourrait se démonter pièce à pièce et qui tiendrait dans une boîte de bois blanc, comme on en donne aux enfants le 1er janvier. » L'école suisse compte malheureusement beaucoup plus de peintres qui rapetissent ainsi la nature que de maîtres qui, k l'exemple de Calame, savent en reproduire la grandeur poétique.

Parmi les paysagistes contemporains qui ont pris part aux Expositions de Paris et de Londres, nous signalerons : MM. François d'Andiran, Amédée Baudit, Auguste-Henri Berthoud, Louis Berthoud, François Bocion, Karl Bodmer, Jean Bryner, Joseph et Antoine Bûttler, Arthur Calame le tils, Gustave Castan, Hermann Corrodi, Emmanuel Dieudonné, Dubois-Melly, Alfred Dumout, Etienne Duval, Edmond Favre, François Furet, Karl Girardet, Charles Guigon, Jean et Louis Jacottet, Jeanniot, Adolphe Langhard, N. Lemaître, Gabriel Loppé , Albert Lugardon, Jacques Mayer-AUenhofer, B. Menn, Albert de Meuron, François-Louis de Niederhausen- Koechlin, Nicolas Pfyffer, Adolphe Potter, T. Schiess, J. Schitfmann, Rod. Snell, Eugène Sordet, H. Steffan, Fr. Sommer, Louis Mennet, Jacques Ulrich, Auguste Veillon, François Vuagnat, Joseph Zelger, Frédéric Zimmennann, Robert Zund, etc.

La peinture de genre compte en Suisse un assez grand nombre de maîtres habiles. Léopold Robert (179L-1835), né à La Chaux-de- Fonds, s'est rendu célèbre en reproduisant les types et les costumes italiens dans des compositions d'un style élégant et poétique, mais d'une exécution un peu sèche. Sou frère Aurèie a marché «le loin sur ses traces. C'est à la Suisse même que la plupart des peintres de genre actuels demandent les sujets de leurs tableaux ; MM. Albert Auker, Edouard Girardet, Louis Grosclaude, Alf. van Muyden, Benjamin Vautier, Edouard Castre, Simon Durand ont exposé à Paris des oeuvres qui ont été justement remarquées. Après eux, nous citerons : Agasse, de Genève ; Bonnet, de Lausanne, et, parmi les contemporains : MM. Bachelin, Baud-Bovy, Henri Girardet, Philippe Kuhn, W. Moritz, Conrad Zeller, Théophile Bischoff, Franck Buchser, etc.

A la tête des peintres d'histoire se place Charles Gleyre, I auteur des Illusions perdues, qui, bien qu ayant passé la plus grande partie de sa vie en France, a eu cependant une certaine influence sur l'école suisse contemporaine. Joseph Hornung et Jeun-Léonard Lugardon, de Genève, ont peint avec un grand talent des scènes de l'hisioire helvétique. Cette histoire a inspiré aussi K. Rieter, Joseph Volmar, Ernest Stuckelberg, Jean- Gabriel Scheffer, Adrien Kutikler, Jules Hébert, Albert Landerer, etc. La peinture religieuse a été pratiquée par Jules-Gaspard

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Gsell, qui a fait de nombreux dessins pour vitraux; .I.-L. Lugardon, Edmond Charles de Pury, Louis Rubio, Paul de Schwanden, Albert Darier, etc. Parmi les portraitistes, nous citerons : Mlle Rath, la fondatrice du musée qui porte son nom k Genève; Menn, Carlos Giron, Frédéric Gillet, François Poggi, Louis -Frédéric Grosclaude, Fritz Zuber- Buhler. Ce dernier, qui s'est fixé à Paris, peint aussi des sujets mythologiques.

MM. Rodolphe Koller, Charles Humbert et Jacot-Guiltarmot peignent les animaux avec succès. Mlle Suzanne Rey a envoyé un tableau de fleurs à l'Exposition universelle de 1855, et M. Jules d'ivernois, de Genève, a exposé une marine au Salon de 1875. Dans la peinture sur émail, on distingue : MM. Jean- Marc Baud, Jean-Victor Dupont, Eugène Autran, Charles Fellev, Cb.-Louis-Pr. Glardon- Leubez Pierre-Henri Sturm, 1111" Fanny Roy, Suzanne Dm-hosal, etc. AIme Elisabeth Pfenninger, de Zurich, élève d'Augustin, s'est distinguée comme miniaturiste. Citons enfin Chartes Joseph Traviès, l'aquarelliste, qui, au talent de peindre les bêtes, a joint celui de représenter l'homme sous ses aspects grotesques.

— II. Sculpture. La Suisse conserve de nombreuses sculptures du moyen âge, basreliefs de tympans, de voussures, de chapiteaux, statues tumulaires, figures en bois décorant les sièges, les stalles et les armoiries des églises et des châteaux. Il serait trop long d'en faire ici l'énumération. Dans les temps modernes, la sculpture en bois a produit encore quelques ouvrages d'une exécution délicate ; mais la statuaire de marbre et de bronze a été peu féconde. Un grand maître, toutefois, est sorti de Suisse, James Pradier, l'auteur de tant d'œuvies charmantes qui ont paru aux Expositions parisiennes et dont ht France garde la plus grande partie. Genève, sa ville natale, a de lui, indépendamment de quelques modèles et de quelques études qui se voient au musée Rath, la statue de J.-J. Rousseau. C'est aussi k Genève qu'est né Chaponnière (1801-1S35), l'auteur do \& Jeune Grecque pleurant sur le tombeau de Byron et l'un des sculpteurs de l'arc de triomphe de l'Etoile , a Paris. Vincent Vêla, qui a obtenu une médaille de lf cltts^e et la croix d'ofrieier de la Légion d'honneur pour son Napoléon mourant, exposé à Paris en 1RG7, est né dans la Suisse italienne, ainsi que M. Emmanuel Caroui, qui a mérité k la même époque une médaille de 2e classe. Un buste en bronze d'une Zinottretla a été exposé au Salon de 1875 par M. Paul Tôpffer, de Genève. M. Raphaël Christen, de Bàle, a exposé plusieurs bustes en 1855. Le musée de Berne a des sculptures dues à Grossmann, de Brienz, Sonnenschein, Alexandre Trippel, de Schaffhouse, Gaspard Schlee, de Lucerne, Robert Dorer, de Baden -en - Argovie , H. Iinhof, d'Uri, etc. A l'hôtel de ville de Soleure, on voit plusieurs ouvrages d'Eggenschwyler.

Les statues de Calvin, de Luther et de Zwingle, qui soutiennent la chaire de l'église de Sehwitz, ont été sculptées par les frères Orelli, de Locarno. Des sculptures de Ch. Menn, de Huin, dit Fitting, et de Dorcière sont au musée de Genève.

— 111. Architectubb. Malgréles innombrables destructions opérées par la guerre et par le fanatisme religieux, la Suisse possède encore un grand nombre de monuments dignes d'intérêt. Nous ne dirons rien des débris d'architecture romaine qui ont été découverts à Avenches, k Baugy, à Moudon, à Bàle et dans d'autres villes; les traces de l'antiquité ont été bien effacées sur le territoire des Helvètes. Mais les souvenirs du moyen âge catholique et féodal subsistent dans une foule d'églises et de manoirs. Le château d'Unspunnen, construit au x« siècle, etîceluido Habsbourg, qui date du xi«, n'offrent maintenant que des ruines; mais celui de Wuflens, dont la construction en brique est attribuée à la reine Berthe et que quelques archéologues même croient avoir été bâti en partie par les Romains, couronne encore de ses hautes murailles les collines qui dominent Morges; le château d'Yverdun, fondé en 1135 par Conrad de Zœhringen et agrandi, en 1260, par Pierre de Savoie, est toujours flanqué de ses quatre tours; celui de Chillon, que le même Pierre de Savoie fit élever, est un des édifices les plus connus et les plus pittoresques des bords du Léman. Du château d'Ouchy, construit vers 1470 par l'évêque Landry de Dornach, il ne subsiste qu'une tour carrée, et le château de Glérolles, l'ancienne habitation d'été des évéq.ues de Lausanne, est en fort mauvais état; mais le château même de Lausanne, construit au xv« siècle, abrite aujourd'hui le conseil d'Etat du canton dans ses vastes murs en pierre de taille surmontés de quatre tourelles en brique, et l'on peut encore admirer l'aspect imposant du château de Rolle, fondé en 1261 par le baron Ebald de Mont-Vieux.

La plus vieille église de la Suisse, croyonsnous, est la cathédrale de Coire, bâtie, suivant ia tradition, sur l'emplacement d'un temple romain détruit au m" siècle; on attribue k l'évêque Thello, mort en 773, la partie ia plus ancienne, qui appartient incontestablement au style roman; le portail principal, d'architecture romano-byzuntine, est décoré d'un rang de colonnes dont les chapiteaux sont -.usez bien sculptés; k l'intérieur do l'a-

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difice, on remarque aussi de beaux chapiteaux. La cathédrale de Zurich, construite du xe au xio siècle, dans le style byzantin, renferme une crypte de 4 mètres de hauteur. Les cathédrales de Payerne et de Neuehâtel, fondées vers la fin du x» siècle par la reine Berthe, qui fut une si célèbre fileuse en son temps, ont subi dans les siècles suivants des modifications qui en ont beaucoup altéré le style primitif. Il en est de même de la cathédrale de Genève, fondée à la tin du xe siècle par Conrad le Pacifique et qui fut terminée en 1124. La cathédrale <!e Schaffliouse, qui date du xio siècle, a subi en 1753 des restaurations du plus mauvais goût. L'église de Saint-Jean, dans la même ville, a été bâtie en 1120 et a été bien agrandie depuis. L'église d'Appenzel), fondée en 1061, a été restaurée de 1824 a 1826. L'église de Saint-Pierre, à Lucerne, date du xne siècle. La cathédrale de Lausanne, qui est regardée comme une des plus belles de la Suisse, offre, par suite des reconstructions et réparations qu'elle a subies, un mélange de divers styles ; fondée en l'an 1000 par 1 évêque Henri, reconstruite une première fois au xmo siècle et consacrée, en 1275, par le pape Grégoire X, en présence de l'empereur Rodolphe, elle a été refaite en partie au xiiiû siècle et restaurée au commencement du xvr" ; le grand portail qui s'ouvre entre les deux tours de la façade est de cette dernière époque; l'intérieur de l'édifice, dans lequel on compte mille colonnes, se compose d'un vestibule flanqué de deux chapelles, d'une nef divisée en huit travées, d'un transsept et d'un sanctuaire qu'entoure un deambulatorium; il est éclairé par soixantedix fenêtres. L'ornementation, qui est trèsriche, est puisée presque entièrement dans le règne végétai. La cathédrale de Fribourg, fondée en 1183 par Roger, évêque de Lausanne, n'a été terminée qu'en 1500 ; la tour, qui a 117 mètres de hauteur, ne fut commencée qu'en 1452. L'église Notre-Dame, dans la même ville, est du commencementdu xur« siècle. Dans l'église de Romont, construite par les barons de Vaud et achevée en 1296, le chœur se fait remarquer par ses belles proportions. Au xme siècle appartiennent encore les églises du Fraumunster et des Prédicateurs, à Zurich; le couvent des dominicaines de Saint-Pierre, à Schwitz; le château de Neuchâtel, etc. La cathédrale de Baie, bâtie en pierres rouges sur l'emplacement d'une église l'ondée, vers le commencement du xi8 siècle, par l'empereur Henri, est un des rares monuments de la Suisse qui datent du xrye siècle; commencée en 1356, elle n'a été terminée qu'en 1490. Les deux plus intéressants monuments de Berne appartiennent au xve siècle. L'hôtel de ville a été bâti de 1406 à 1416; la cathédrale, commencée en 1421 par Matthieu Oezinger, de Strasbourg, et continuée par son fils Vincent jusqu'en 1446, a été achevée en 1502 par Etienne Abrigger; le chœur est la partie la plus remarquable de ce dernier édifice, dont la longueur totale, dans œuvre, est de 58 mètres et la largeur de 26; la tour, qui surmonte un portai] orné de sculptures anciennes, a 56 mètres jusqu'à, la hauteur du toit et 62 mètres jusqu'à sa sommité. Du xve siècle datent encore le temple de Lausanne, fondé en 1442 par la pape Félix V, la cathédrale de Vevey (1458), l'église de Nyçn (1471), le pont de Saint-Maurice sur le Rhône (1482), les curieuses fontaines de Lucerne, etc.

Le style ogival, auquel appartiennent les édifices que nous venons de citer, persista en Suisse, surtout dans les cantons voisins de l'Allemagne, longtemps après l'apparition en Italie et en Fiance du style de la Renaissance. Les tours de l'église Saint-Léger, à Lucerne, qui datent de 1506; l'hôtel de ville de Baie (1508), l'hôtel de ville de Fribourg (1514), le portail de la cathédrale de Lausanne, dont la tour du midi, la seule qui soit achevée, est surmontée d'une (lèche à huit pans, sont des constructions gothiques. Le château de Coppet, bâti au Xvib siècle, le château de Romont, fondé au Xe siècle, mais reconstruit en grande partie de 1577 à 1580 , le collège académique de Lausanne (1587) offrent également plus de caractères de l'ancien style que du nouveau. Il n'est pas impossible que l'architecte qui a construit en 1570 l'escalier de l'hôtel de ville de Genève, composé de plans inclinés et sans marches, se soit inspiré des dispositions intérieures du campanile de Saint -Marc de Venise. Au iviis siècle, les plus importantes constructions sont les collèges et églises fondés par les jésuites à Brieg, dans le Valais, en 1662, à Lucerne, en 1676, et à Soleure, en 1689. L'hôtel de ville de Zurich est de la même époque. Le xvme siècle a vu s'élever les vastes bâtiments du couvent d'Einsiedelu (1704- 1754); le Grand-Grenier (1711-1716) et l'église du Saint-Esprit (1722), à Berne; l'hôpital (1734) et l'hôtel de ville (1755) de Vevey; l'église de Suint-GaU,(1755) ; le péristyle grec delà cathédrale de Genève, construit en 1749 par l'arcliitecie italien Alfieri ; l'église de Saint-Ours, à Soleure (1762-1722), et l'église de Sehwytz (1769-1774), qui sont au nombre des plus remarquables monuments de la Suisse; l'hôpital cantonal de Lausanne (1766); i'iiôtel des Monnaies, à Berne (1790-1793), etc. L'église de Saint-Ours, à Soleure, a été construite par Pisoni, architecte d'Aueônejsa façade, précédée d'un large escalier de trentetrois degrés, est décorée de douze colonnes

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corinthiennes et d'autant de statues ; l'intérieur a 64 mètres de longueur et 44 mètres de largeur. Parmi les grands travaux du même temps, on peut citer la jetée d'Ouchy, construite de 1791 à 1793 par l'ingénieur français Céard. Au xixe siècle, un autre ingénieur français, Chaley, a construit le fameux pont suspendu de Fribourg (1830-1834). La route qui, au moyen d'un pont et d'un tunnel, met en communication les divers quartiers de Lausanne a été conçue et commencée, vers 1838, par Pichard ; le nom de cet ingénieur est resté attaché au pont, qui a deux rangs d'arches superposés et dont la longueur est de 180 mètres sur une hauteur de 24. Le pont des Bergues, à Genève, date de 1832 ; parmi les autres monuments construits dans cette ville de notre temps, il faut citer en première ligne l'église catholique. A Berne, M. Studer, capitaine d'artillerie, a dirigé la construction du Palais fédéral. Le pont de la Nydeck, construit sur l'Aar, de 1841 a 1844, est un des plus beaux monuments de ce genre qu'il y ait en Suisse; il a 138 mètres de longueur et 27 mètres de hauteur au-dessus de la rivière. A Neuehâtel, l'hôtel de ville avec portique grec et l'hôpital de la bourgeoisie ont été construits au commencement de ce siècle, aux frais d'un habitant de cette ville, David Pury, né dans la pauvreté et devenu plusieurs fois millionnaire; l'hôpital Pourtalès a été fondé par un autre négociant neuchâ- .telois; le gymnase, beau bâtiment situé près du lac, a été terminé en 1835.

Divers architectes suisses ont envoyé des plans et modèles à l'Exposition universelle de Paris en 1867. M. Godefroy Semper, de Zurich, a obtenu une médaille pour son projet d'un théâtre à Rio-Janeiro. M. Henri Bachofen a exposé une vue da la synagogue qu'il a construite à Genève, et M. Schaeck- Jaquet une vue de l'Athénée de la même ville, dont il est l'auteur. Différents projets ont été exposés par MM. Louis Brocher, Jules Magnin, Francis Gindroz (chalets et maisons de campagne), Jean-Christ Kurokler, Ferdinand Stadler, Frédéric Jager. M. Gladbach a envoyé des planches d'un ouvrage sur les Constructions en bois de la Suisse.

— IV. Gravure. Hans Holbein le jeune, pendant son séjour à Bâle, a dessiné sur bois un assez grand nombre de pièces, entre autres : le portrait d'Erasme, le frontispice de la Paraphrase que ce célèbre écrivain a faite de l'Epilre autc Galates (1519), l'Apocalypse (21 pi., 1523), les Quatre éuangélisles (1523), l'Alphabet de ta danse des morts, l'Alphabet des paysans, l'Alphabet des enfants. Des planches de la Danse des morts ont été gravées par un artiste du nom de Hans Lûtzelburger, que l'on croit natif de Bàle. Nicolas Manuel, de Berne, qui vivait dans le même temps, a gravé sur bois une suite de 10 planches représentant les Vierges sages et les vierges folles et diverses autres pièces pour des livres. Son fils, Hans-Rodolphe, a exécuté une trentaine de planches, représentant pour la plupart des vues de villes, pour la Cosmographie de Sébastien Munster, imprimée à Bàle en 1550, chez Henri Pétri. Ursus Graf, qui travaillait à Bâle de 1485 à 1530, a gravé quelques pièces sur cuivre et uu assez grand nombre de planches sur bois, notamment une suite de 20 pièces et une autre de 24 représentant la Passion. Nous avons mentionné, dans l'article relatif aux peintres suisses, le recueil de sujets bibliques publié à Bâle en 1586, d'après les dessins de Tobias Stimmer, et dont un certain nombre de planches ont été gravées par Jean-Christophe Stimmer; celui-ci a exécuté en outre, d'après ses propres dessins, une suite de gravures du Nouveau Testament, un recueil d'emblèmes (Icônes affabrx, 1591) et un assez grand nombre de portraits qui ont paru à Strasbourg. L'œuvre de Josse Amman, de Zurich, qui a été publié en grande partie à Francfort et à Nuremberg, se compose d'une foule de pièces sur cuivre et sur bois. • Ce maître dessinait bien et composait passablement J'hi&toire, » dit Basan. Les Emblemata nova, publiés à Zurich par J.-G. Rordofi'en en 1622, contiennent 40 planches, exécutées à l'eau- forte par Christophe Maurer. Le même artiste a gravé 10 planches pour une édition allemande de l'ouvrage de Jacques du Fouilloux sur la Chasse, qui a paru à Strasbourg en 1590. Un graveur sur bois, nommé Joachim-Théodore Coriolanus, travaillait à Bâle vers la tin du xvie siècle. Martin Martini, orfèvre, géomètre et graveur au burin, qui travaillait à Lucerne de 1597 à. 1602, a gravé des sujets religieux, des portraits et des plans de villes suisses.

Dietrich Meyer est l'auteur de diverses pièces exécutées dans le goût de Théodore île Bry, notamment d'une Danse de village (1519), en six planches formant une espèce de frise, et d'une suite représentant les Douze mois de l'année. Son fils, Conrad, a publié une foule d'eaux-fortes, entre autres une suite de sujets tirés du Nouveau Testament (122 pi.), la Danse des morts (60 pi., Zurich, 1650), les Mois, les Saisons, les Ages de l'homme, les (Eûmes de miséricorde, etc. Rodolphe-Théodore Meyer, autre fils de Dietrich, a beaucoup gravé aussi, bien qu'il soit «mort jeune; on a (la lui des portraits, des Emblèmes, des Jeux, des scènes de mœurs. Johann Meyer, fils de Conrad, a exécuté des sujets religieux, des portraits, des vues de villes. Les Merian

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n'ont pas été moins féconds que les Meyer. Ch. Le Blanc a catalogué, sous le nom de Matthieu Merian le père, environ 800 pièces, parmi lesquelles ; la Danse des morts (42 pi., Bâle, 1621), des Figures de la Bible (258 pi., publiées à Amsterdam, chez N. Visscher), les Saisons, les Mois, les Quatre heures du jour, des Chasses, les Exploits des grands capitaines de l'antiquité (50 pi., d'après Tempesta), l'Histoire de Charles-Quint (8 pi.), des Vues de Suisse, d'Allemagne et de France, des paysages, des portraits. Matthieu Merian le tils a gravé quelques eaux-fortes de sa composition. Les pièces gravées par Matthieu Fiissli le vieux sont rares ; mais celtes qu'a exécutées Johann-Melchior Fussli, élève de Johann Meyer et du Prussien Blesendorf, sont très-nombreuses; nous citerons dans le nombre tes 750 planches de la Bible de Scheuchzer,

Sous le titre de Roms animale exemplum, Johann Witz, de Zurich, a publié en 1677 un livre orné de 42 planches d'une exécution originale et d'un caractère très-fantastique. Dans le même temps, Franz Diodati a gravé des portraits et des vues de Genève ; Félix Meyer, de Winterthur, des vues de différentes localités suisses et des paysages; Hans-Jacob Bizius, de Berne, Johann-Jacob Turnheisen, de Bàle, Johann-Jacob Bodmcr et Johann-Caspar Morf, de Zurich, des portraits.

Un des plus habiles graveurs du xvmo siècle, Jean-Jacques Frey, est né à Lucerne en 1681 ; il étudia à Rome sous la direction d'Arnold van Westerhout et de Carie Maratte; dessinateur correct, spirituel, plein de chaleur et d'harmonie, il a traduit avec une rare perfection les chefs-d'œuvre des peintres italiens les plus réputés du xviie siècle. Il travailla presque constamment à Rome et y mourut en 1752. Jobaiin-Heinrich Lips (1758- 1817) a gravé au burin quelques estampes d'après Raphaël, Poussin, Annibal Carrache, Van Dyck et autres grands maîtres et un assez grand nombre de portraits de personnages suisses ou allemands. Le sentimental Salomon Gessner a gravé à l'eau- forte une assez grande quantité de paysages et de sujets champêtres de sa composition. Deux autres Gessner, Johann-Conrad, qui travaillait au commencement du ïvuis siècle, et Conrad (1764-1826), nous ont laissé quelques planches. Conrad a gravé principalement des animaux. Jean-Louis Aberli (1723-1786) s'est fuit connaître par des Vues de Suisse et des planches de costumes, coloriées avec beaucoup d'habileté, r Ses estampes, très-légèrement mordues, dit Charles Blanc, sont lavées et retouchées au pinceau , quelquesunes avec une si grande perfection qu'on pourrait les prendre pour des dessins. » Parmi les autres graveurs qui ont publié des Vues et des costumes de ta Suisse à la même époque et au commencement de notre siècle, nous citerons Jean-Jacques Meyer, Henri Fussli (6 livraisons avec texte, par H. -H. Fussli, 1797-1803), Balthazar-Antoiue et Philippe-Henri Dunker, Johann Aschmann, Frédéric W. Ginelin (de Badenweiier), Jean-Daniel Huber (de Genève), François-Nicolas Kcenig (de Berne, 1760-1832), Franz Hegi (né à Zurich en 1794), Ludwig Hess (né à Zurich en 1760), Jeau-Autoiue Linck, Jean- Jacques Bidermanu (de Winterthur), Henri Bleuler, imitateur d' Aberli; Gaspard Wyss, imitateur d'Aberli, Gaspard Wocker, etc. Siigismond Freudenberger a gravé des scènes de mœurs suisses. Jean-Etienne Liotard, Antoine Graff, Johaun-Ulrie Heidegger (de Zurich), David Herrliberger (de Zurich), Jean Simler, J.-A. Choviu (de Lausanne), Johann Lochmann (de Zurich), Johann -Wilhelin Hass (de Bàle), Jean-Balthazar Buliinger, Jean-JacquesScbalch (de Schatl'house), Christian von Mechel (de Baie), Jean-Henri Meyer (de Zurich), Johann Hegi (de Zurich), Daniel Beyel (de Zurich), Henri Pfenninger (de Zurich), J.-J.-L. Blilwiller (de Suint-Gail) ont gravé des portraits. Des paysages ont élé exécutés par Mat, Pfenninger (de Bàle), Jean-Conrad Sleiner (de Winterthur), Jean Webber, Jean-Gaspard Huber (de Zurich), J.-Pierre de La Rive (de Genève), J.-J. Bidèrniatin, Pierre Ducros ( Vues d'Italie), Martin-Frédéric Escher (de Zurich), etc. Le baron Philippe von Buren de Vaumarcus a gravé à l'eau-forte, à la tiu du siècle dernier, une suite d'études d'animaux.

C. von Mechel (1737-1817), qui a travaillé à Bâle, à Nuremberg, à Augsbourg, à Paris, a gravé une foule de planches et de vignettes pour des livres, notamment pour le Catalogue raisonné de ta galerie de Dusseldorf (177S), pour l'Œuvre de Holbein (Bâle, 1780), pour l'Œuvre du chevalier Hedlinger (142 pi., 1776), Alexandre Cbaponnier, né à Genève en 1753 et qui s'est établi à Paris, a gravé au pointillé d'après J.-B. Regnauit, L. Boiliy, John Opie, L. Arlaud, etc. Théodore Falckeisen a gravé le Cauchemar, d'après H. Fussli , et la Mort du général Wolf, d'après B. West. Jean-Jacques Lips (1790-1835), élevé de son père, a gravé des sujets religieux d'après les maîtres et quelques portraits. Balthnzai'-AiKuiue Dunker, déjà nommé, a exécuté 91 planches pour le livre intitule Itescastumes, des mœurs et de l'esprit français avant la grande lieoolution (Lyon, 1791).

Abraham Girardet (1764-1823), du Locle, qui a travaillé à Paris et qui a gravé d'après l'antique et d'après Raphaël, le Poussin, Phi-

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lippe de Champaigne, Andréa del Sarto et autres maîtres, est le chef d'une nomhreusft famille d'artistes; son fils, Charles-Samuel (1780-I8r,5), a gravé au burin diverses études de L. Lavid, la Tente de Darius et l'Entrée d'Alexandre à Babylone, de Le Brun, s'est signalé un des premiers dans l'art de la lithographie et a eu l'honneur de donner des leçons a Léopold Robert; Karl Girardet (1810lB7l),fils aîné de Charles Samuel, s'est fait connaître comme peintre et comme dessinateur d'illustrations. Edouard Gimrdet (1819- 1867), le second fils de Charles-Samuel, a peint des tableaux de genre et s'est distingué surtout comme graveur à la manière noire; il a reproduit des œuvres de P. Delaroche, de Gérome et a été médaillé aux Salons de 1861, 1863 et 1867. Paul Girudet (1821-1865), Je troisième fils du Charles-Samuel, a obtenu de nombreuses médailles aussi pour ses gravures d'après Karl Girardet, Horace Vernet, Philippoteaux, Ch. Millier, Robert Fleury, Knaus, Brion, H. Baron, etc.

François Forster, né au Locle en 1790, étudia h Paris et y accomplit sa carrière, comme les Girardet; il y est arrivé au premier rang dans son art; nommé membre de l'Institut en 1844, il a été fait officier de la Légion d'honneur en 1863. Son burin ferme et savant a traduit d'une façon magistrale divers chefsd'œuvre des anciens maîtres italiens et des maîtres français de notre siècle.

Pierre Pelée, de Courtedoux, Frédéric Weber, de Bâle, Sigismond Himely, J. Huerlimann, Georges Jacquemot, de Neuehâtel, et Karl Bodmer, de Zurich, se distinguent parmi les graveurs suisses contemporains qui so sont établis en France. Samuel Amsler, de Schinznnch , Martin Esslinger, de Zurich, Gaspard-Henri Merz, de Saint-G«ll, ont travaillé en Allemagne. Le peintre Calame a publié, sous le titre d'Essais de gravure à l'eau-forte, une quarantaine de pièces.

Sulaae (HISTOIRE DE LA CONFÉDÉRATION),

par Jean de Millier (1786-1808, 5 vol. in-S»}. Cet ouvrage a ouvert une nouvelle voie à l'histoire. L'auteur réunissait, il est vrai, toutes les qualités et tous les talents nécessaires pour réussir dans le genre qu'il choisissait. 11 avait passé toute son enfance dans un pays libre, et son imagination, quoique vive, était réglée par un jugement sévère; il joignait it cela une pénétration profonde et une constance à toute épreuve pour recueillir des matériaux. De bonne heure, il avait reconnu sa vocation, et le projet d'être un jour l'historien de sa patrie ne le quitta plus. Pendant huit années, il réunit des documents et des matériaux; il parcourait la Suisse entière, ' examinant le théâtre des événements, étudiant l'aspect et la nature des lieux pour pouvoir les peindre avec cette fidélité qu'on devait tant admirer chez lui ; recueillant les traditions populaires, il causait avec les paysans, et dans les cabanes comme dans les bibliothèques il savait trouver des trésors de renseignements. Dès que la nouvelle se répandit qu'il allait écrire l'histoire de la Confédération suisse, les hommes les plus distingués du pays lui ouvrirent leurs collections, et les archives des villes et des monastères furent mises à sa disposition. Il est regrettable qu'un ouvrage composé dans de pareilles conditions Soit resté incomplet et n'ait pu être continué, ainsi que Jean de Millier en avait le dessein, jusqu'à la réformation en Suisse. Il s'arrête au xve siècle. En histoire, selon l'opinion de Heeren, il faut pour réussir se rendre maître de lainatière, ei c'était difficile pour le sujet que Millier avait choisi. L'Etat dont il se proposait d'écrire l'histoire n'a jamais eu l'unité politique des grandes monarchies ou des grandes républiques. C'est une agglomération de petits Etais confédérés, qui se sont formés successivement et qui ont même longtemps manqué d'un gouvernement central permanent, érigé en vue des intérêts communs. C'est donc par l'histoire particulière des différents éléments delà Confédération que Millier dut commencer ses recherches, c'est-à-dire par l'histoire des petites peuplades, des villes et des localités. Il sut se garantir du danger de s'appesantir sur des détails minutieux, et maigre le grand nombre de faits que lui donnaient les vieilles chroniques, il sut garder ces vuesd'enseiablo qui sont indispensables au véritable historien. Mûller lisait beaucoup ; parmi les prosateurs grecs, Thucydide et Pulybe l'attachèrent le plus, ils furent ses maîtres dans la politique. Parmi les historiens de Rome, Tacite l'occupa surtout, parce qu'il l'exeitaic le plus à penser et k réfléchir ; mais les Commentaires de César lui parurent le chefd'œuvre du style et de la composition historique. Montesquieu et Machiavel, parmi les politiques modernes, exercèrent aussi une certaine influence sur son esprit. Le premier caractère de Mûller comme historien, celui qui éclate partout et qui embrasse en quelque sorte tous les autres, c'est la manière dont il envisage l'histoire. Elle est pour lui le récit exact et tidele des faits. Jamais il ne sacrifie la vérité aux exigences du style ou de la composition, ou à quelque système politique ou philosophique. Daus aucun temps plus qu'à son époque, on n'avait tenté de :onfondre et de pervertir toutes les idées sur l'essence de l'histoire. On allait, le système de Niebuluen est la preuve la plus palpable, jusqu'à inventer les événements mêmes pour

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en faire le fondement de certaines hypothèses. Dans le sujet que Mûiler avait choisi, il n'y avait rien qui pût exciter tes passions -, il s'agissait des événements d'un lointain passé, et quoique l'auteur eût pour sa patrie tous les sentiments d'un bon citoyen, il ne craignit pas d'ajouter des ombres au tableau. La première édition, parue en 1780, sous le titre d'Histoire des Suisses , n'était , pour ainsi dire, qu'une ébauche de l'ouvrage définitif. L'auteur s'était interdit tout développement et se bornait à indiquer sommairement les sources où il avait puisé ; mais il sentit bientôt ce que cette méthode avait d'insuffisant, et dans l'édition nouvelle chaque fait fut accompagné de sa preuve, L'Histoire de la Confédération suisse restera un monument et le modèle d'une investigation historique profonde. Ce qui distingue encore cet ouvrage, et ce qui ajoute beaucoup à son intérêt, ce sont les vues politiques et pratiques qui s'y révèlent partout. L auteur avait compris son siècle, et, quoique les premières parties de son ouvrage parussent avant le commencement de la Révolution, il ne se trompa pas sur l'avenir. Son individualité imprima à son ouvrage trois caractères particuliers : une espèce d'optimisme dans sa manière d'envisager le monde, l'amour de la liberté et un grand enthousiasme pour tout. ce qui montre l'apparence de la grandeur politique. Ce livre offre de nombreux sujets de tableaux et de descriptions , des récits de batailles qui sont de véritables modèles. Millier se vit forcé de se créer sa langue. Avant lui, la littérature allemande possédait beaucoup d'ouvrages précieux au point de vue de l'érudition, mais elle n'offrait encore aucune histoire bien écrite. Les caractères de son style sont la concision et la force dans l'expression, la hardiesse et l'originalité. Heeren l'a appelé un style de chronique perfectionné, et, aux yeux de l'historien allemand, c'était un éloge. Dans une iettre à Bonstetten, Jean de Mûiler disait lui-même : • Je mettrai dans mon style beaucoup de gravité et de simplicité, « ec ces deuJL qualités caractérisent en effet sa manière d'écrire. M.-J. thénier l'a jugé très-favorablement dans ces lignes: «Son histoire est pleine de recherches sur les origines des villes et sur leurs traditions particulières. Quoique fort érudite, elle n'est pas sèche ; elle abonde en réflexions toujours judicieuses et quelquefois d'une grande portée. Quant k l'exécution générale, Tu manière de l'auteur est large et grave ; la chaleur n'est pas sa qualité dominante, mais il a souvent de ld noblesse, et dans ce qui concerne l'histoire naturelle de la Suisse, partie traitée de main do maître, "son style s'élève à des formes majestueuses. L'ouvrage est dédié à tous les' confédérés de la Suisse. Dans cette dédicace, on remarque, comme en tout le reste du livre, un profond sentiment de liberté et, ce qui pourrait, à l'analyse, se trouver encore la même chose, un grand respect pour la genre humain, «

Suisse (HISTOIRE DE LA) pour le peuple

suisse, par H. Zschokke (1S22, 1 vol. ; traduction française par Ch, Monnard, 1823]. Quel devait être l'esprit général d'une histoire faite pour le peuple? l'allait-il en faire un instrument de parti? Le peuple doit-il ignorer les fautes de ses pères, dont l'expérience peut l'instruire? Ne faut-il pas les retracer avec douleur, sans amertume, pour que l'image du passé ne perpétue pas les haines dans l'avenir? L'auteur de l'Histoire de la Suisse n'a de parti que celui de la patrie et de la liberté. Appelé à mettre souvent en opposition les intérêts des districts qui forment aujourd'hui vingt-deux republiques, il s'est défendu de favoriser l'un aux dépens de l'autre, dé se montrer partial pour la race allemande ou la race romane, pour la religion catholique eu la religion réformée, pour les libres paysans des petits cantons ou pour les bourgeois des villes. Mais cette impartialité nes'etend point, ne doit point s'étendre aux principes fondamentaux sur lesquels repose la société humaine. L'honnête homme ne saurait être impartial entre la loyauté et la fraude, entre la justice et l'usurpation, entre la liberté et la servitude. Zschokke, en exaltant le patriotisme des Suisses, a su éviter de les tlauer, excepté peut-être sous le rapport de la bravoure militaire.

Le tableau qu'il trace de la formation, du développement et de la chute de l'ancienne Confédération helvétique fait une impression douloureuse. La conquête de l'indépendance n'avait pas fondé la liberté ; le régime féodal s'y aggrava tellement, qu'il devint aussi insupportable que l'oppivssion étrangère. Le xvae et surtout le xviii' siècle furent pour la Suisse des siècles de conspirations et de révoltes; en lisant l'Histoire de Zschokke, on s'étonne d'avoir presque ignoré des événements si récents et si remarquables. Mais les cantons étaient trop petits pour attirer les yeux des étrangers, et la politique jalouse des gouvernements imposait un silence absolu aux Suisses. L'Europe n'a connu que les révolutions de la petite république de Genève, parce que son attention avait été éveillée par la réputation littéraire de ce petit Elat. Cette longue suite de conspirations et de soulèvements apprend que, dans une république, tout comme dans une monarchie, les abus, lorsqu'ils sont affermis par le temps, ne peuvent plus guère se corriger par le seul pro-

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grès des lumières, par la seule opération régulière des lois. Une révolution, ou l'intervention étrangère, telle est souvent la crise douloureuse, mais salutaire, qui vient fatalement réorganiser le corps social.

L'ouvrage de Zschokke est court, comme il convient que soit un livre écrit pour les classes laborieuses; le style, qui imite quelquefois le. langage de la Bible, ne doit pas déplaire à un peuple habitué à méditer et à respecter le livre de sa foi religieuse. Cette histoire lui enseigne sa foi politique. C'est le meilleur des ouvrages de Zschokke.

Suisse contemporaine (LA), par Hepworth Dixon, traduit de l'anglais par M. E. Barbier (Paris, 1872, in-12). Cet ouvrage est moins un livre d'histoire proprementditqu'une suite de réflexions et de causeries un peu décousues sur la constitution politique du peuple suisse, son tempérament, ses aptitudes. De même que dans sa Jlussie libre, l'auteur se platt, dans cet ouvrage, -à s'effacer pour donner la parole à quelque personnage de convention qui est censé connaître la question traitée. La religion est-elle en cause, c'est un prêtre qui explique les dissensions régnantes dans les cantons, et il le fait avec toute la passion et toute la partialité dont il est animé. L'auteur veut-il montrer les progrès de la science , blâmer certaines coutumes industrielles , louer l'accroissement des routes et leur propreté, c'est un ingénieur qui se charge de cette tâche. De cette façon, M. Dixon a espéré sans doute obtenir des effets de pittoresque et mettre en relief les causes de divisions, les sentiments opposés des partis. C'est une erreur, et son ouvrage, si consciencieux d'ailleurs et si bien renseigné, aurait gagné en clarté et en force à être écrit d'après un autre système. Voici quels sont les points principaux touchés dans cet ouvrage.

En Suisse, l'unité de la société politique n'est ni l'individu ni la famille, c'est la commune. Elle est le pivot sur lequel roule toute l'organisation sociale. Chacune a des lois, des ressources, une armée, des assemblées qui lui sont propres; chacune forme une petite république dans la république. Le maire et le conseil sont les pères de la commune ; en eux sont concentrés tous les pouvoirs. C'est au maire que revient !e droit de faire construire les écoles primaires, de se procurer des maîtres, d'inspecter les classes, de faire les mariages, d'accueillir dans sa commune ou de repousser un nouveau citoyen, etc. Ainsi tout étranger qui désire faire partie d'une commune doit payer une somme d'argent et obtenir l'autorisation du maire. La somme exigée dans la commune de Lausanne , par exemple, est de 1,000 fr. pour un chef de famille, de 700 fr. pour un fils marié, de 300 fr. pour un célibataire, de 150 fr. pour une fille. Ces prix sont abaissés pour les Suisses qui désirent changer de commune. Ils sont de 500 fr. pour un chef de famille, 350 fr. pour un fils marié, 150 fr. pour un célibataire, 75 fr. pour une tille. Le maire peut aussi empêcher les mariages dans une certaine mesure; c'est là un des écueils de ce pouvoir exorbitant qui lui est accordé.

Toute l'autorité des communes vient âe fondre dans celle du canton, en qui réside la véritable souveraineté suisse. Chaque canton constitue un Etat séparé, complet en luimême, jouissant de droits qu'il ne tire d'aucune source extérieure et exerçant certains pouvoirs avec une complète indépendance.

11 n'y a pas longtemps, chaque canton avait sa monnaie particulière, son agent diplomatique spécial dans les capitales de l'Europe, ses douaniers, ses droits d'impôt, son année. Aujourd'hui, ces attributs ont été enlevés aux cantons, k part celui de prélever certains droits sur le vin et d'équiper un demi-bataillon de 300 hommes. Mais chaque canton néanmoins a sa constitution, sa capitale, son gouvernement séparé ; chacun a son parlement, sa magistrature, ses coutumes et ses lois. Selon l'auteur de la Suisse contemporaine, on peut classer pourtant les vingt-deux cantons indépendants de la Suisse en quatre groupes dont les gouvernements pratiquent, le premier la démocratie absolue, le second la démocratie parlementaire, le troisième la démocratie mixte, le quatrième la démocratie pure, i Dans le premier groupe, dit M, Dixon, se trouvent Genève, Vaud, Liicernu, Fribourg, Argovie, Baie- Ville, Sclmffhouse, Neuchâtel, le Tessin ; dans le second, Ori, les deux Appenzell, les deuxTJnterwald, Glaris, Schv/itz et Zug ; dans le troisième, les Grisons, Berne, Thurgovie, le Valais, Baie-Campagne, Saint-Gall; Zurich seul représente le gouvernement pur et parfait, selon les nouvelles idées démocratiques prétendant faire de chaque citoyen un législateur, un juge et un roi. * Zurich est pour les Suisses le centre de la vie intellectuelle; les savants l'appellent l'Athènes de la Suisse. Jusqu'en 18S7 sa constitution politique eut un caractère féodal assez prononcé; mais à cette époque eut lieu un mouvement libéral qui amena une révision dans un sens absolument démocratique. Le gouvernement est aujourd'hui direct dans le canton; le peuple nomme ses officiers, choisit ses juges, fait les lois. Chaque électeur prend part a tous les actes publics ; son député n'est .qu'un serviteur qu'il charge de lui faire un rapport sur telle ou telli aifuire, de lui préparer un projet

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de loi dans tel ou tel sens. Mais il ne délègue aucune partie de sa souveraineté à ce serviteur. Aucun acte ne peut avoir force de loi s'il n'a pas été sanctionné par le vote populaire.

Tous les cantons sont reliés par un pacte fédéral qui a reçu diverses modifications successives et qui en recevra certainement d'autres encore. Les uns sont catholiques, et les autres, en majorité, combattent le catholicisme. De là des luttes longues et pénibles, où le clergé s'agite avec toutes ses armes. Les prêtres et les jésuites sentent que leur influence disparaît et font retentir les chaires de leurs cris de guerre. Les fidèles sont convoqués en pèlerinage ; Gaspard Mermillod compose des sermons et des mémoires sur les griefs du parti catholique contre le parti libéral; la pieuse société de Pio nono est appelée en témoignage; l'Eglise enfin trouble la Suisse tout entière. M. Dixon s'étend longuement sur ces graves divisions et il en parle avec une rare impartialité; mais son livre, écrit il y a quelques années seulement, n'est plus exact sur bien de.j points, et notamment sur la question religieuse, depuis le vote de la nouvelle constitution suisse de 1874 et depuis qu'on a pris certaines mesures contre l'agitation soulevée par les infailUbilisteS.

Les écoles, dit M. Dixon, tiennent une des premières places dans les préoccupations des Suisses ; sur elles repose la politique des partis. Les enfants y entrent dès l'âge de sept ans, quelques-uns seulement à huit ou dix ans; ils doivent y rester six ans et parcourir ainsi six classes différentes. Quand ils en sortent, ils sont prêts à commencer la vie dans les positions inférieures; ils ont encore, s'ils le veulent, les écoles du soir, ou bien, s'ils sont riches, ils entrent dans les écoles secondaires Mais tous, comme on voit, quelle que soit leur position de fortune, ont commencé par recevoir la même instruction ; en sorte que pus les Suisses savent lire, écrire, tenir des comptes. Depuis l'âge de sept ans, ils se sont exercés ensemble au métier militaire par des manœuvres proportionnées à leurs forces. On a commencé par les amuser en les déployant en tiraiLleurs, en les habituant à se rassembler en compagnies, à courir et à sauter; ils vont ensuite par bataillons, s'exercent au tir, où ils deviennent extrêmement habiles. Quand ils ont vingt ans, ce sont déjà des soldats, et on n'a plus rien à leur apprendre.

Telle est cette nation, où se trouve réalisée la plus complète et la plus noble liberté. M. Dixon , en l'étudiant, s'est pris pour elle d'admiration; mois on peut quelquefois lui reprocher de n'avoir pas des vues assez larges. Son livre ne présente pas, comme nous le disions en commençant, l'homogénéité d'une étude historique ou philosophique; ce n'est pas non plus un exposé politique; il offre encore moins des tableaux de mœurs. 11 n'a d'autre mérite que celui d'être une sorte de résumé substantiel, une suite de notes ramassées et classées nettement par un homme qui a su voir, comprendre et juger ce peuple auquel il prête ces paroles: « Nous avons besoin d'hommes honnêtes et non de grands hommes... Tous pour un et un pour tous 1 voilà notre règle; le serment de Grûtlil voilà notre code oral traditionnel. Tout notre enseignement n'a qu'un but : que personne n'aspire à devenir homme public avant d'avoir bien compris qu'il faut mettre le bien public au-dessus de l'intérêt particulier. »

SC1SSK SAXONNE, en allemand Sâchsische Schweiz, nom donné à une contrée inonta-

fneuse de l'Allemagne, qui s'étend, partie ans la Saxe royale, partie dans la Bohême, sur les deux rives de l'Elbe, depuis Tetschen, en Bohème, jusqu'à Pirna, en Saxe. Des vallons bien arrosés, des gorges étroites, des rochers bizarres, de beaux ombrages, quelques panoramas étendus justifient en quelque sorte le nom de Suisse qu'on donne à cette contrée.

SUISSEBIE s. f. (sui-se-rî — rad. suisse). Logement d'un suisse d'hôtel.

SUIT s. m. (sui). Ane. coût. Obligation d'assister aux plaids de son seigneur.

SUITE s. f. (sui-ts — du vieux français seute, qui représente un type latin seçuta, par la syncope du c. Comparez tuile pour teule, du latin tegula. Secuta est le participe passé féminin de sequi, suivre, qui, selon Eiohhoff, représente la racine sanscrite saik, aller, rapprocher.) Ensemble de ceux qui suivent quelqu'un, qui viennent après lui : On laissa passer les trois premiers et on ferma la porte à toute ta suite. Quand les grues volent en troupe, l'une d'elles prend ta tête; la suite se divise en deux lignes divergentes.

— Objets qui viennent après, à des distances de plus en plus grandes : L'ail découvrait au loin les sommets sourcilleux des Pyrénées ; quelques-uns des pics étaient encore éclairés par le soleil couchant; la suite s'enfonçait peu à peu dans un horizon bleuâtre et, par nuances successives, courait se perdre avec le bleu du ciel. (***.) <■

— Cortège qui accompagne quelqu'un pour lui faire honneur : Selle suite. Suite brillante, nombreuse. Les gentilshommes de la suite du prince. Grande suite de courtisans. Prince qui va sans suite et sans escorte, Le

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favori n'a point de suite ; il est sans engagement et sans liaison. (La Bruy.)

Je ne sais, en esclave k la iiiiVe des grands. A des dieux sans vertu prodiguer mon encens.

Bon. EAU.

A votre suite, 6 nymphes bocagères, J'irai fouler les naissantes fougères.

Malfilatre.

— Série de personnes qui se succèdent : Une longue suite de rois, de magistrats. Une longue suite d'aïeux, d'ancêtres. Homèremarche suivi de la longue suite des poètes cycliques. (Boissonade.)

Hélas ! nous espérions que de leur race heureuse Devait sortir de rois une suite nombreuse.

Racine.

— Ce qui vient après une chose déjà connue : Pour bien entendre ce passage, il faut lire la suite. (Acad.) Le commencement de cette histoire m'a ennuyé ; on dit que la suite est plus intéressante. (Acad.) Il Continuation d'une œuvre écrite, laissée inachevée : Suite de Don Quichotte. Suite des Annales de Baronius. Cet homme, qui verse la joie et le délire à tant de folles têtes, a l'air de méditer une suite aux Nuits d'Toung. (Th. Gaut.)

— Choses de même nature, rangées dans un certain ordre : Suite de médailles, d'estampes , de gravures. Une suite de livres d'histoire, d'historiens.

— Succession, série de choses arrivées les unes après les autres et ayant entre elles quelque lien ou quelque rapport de nature ou de temps : Une suite de pensées, d'images. Une suite d'événements. La vie. de cet homme n'a été qu'une suite de disgrâces, de fautes. (Acad.) Cette campagne ci été une siîitk de victoires. (Acad.) Cet ouvrage est le résultat d'une longue suite d'observations. (Acad.) Les sciences font autant de progrès par la suite d?s siècles que par la suite des hommes. (Pasc.) C'est parce qu'une langue suppose une suite de pensées que les animaux n'en ont aucune. (Buff.) Une suite de convenances qui ont un centre commun forme l'ordre. (B. de St-P.) Le bonheur est l'état résultant, d'une suite de sensations agréables. (Senancour.) Je fais consister le bonheur dans une suite de mouvements doux qui agitent l'âme sans la fatiguer. (Barthél.j L'histoire n'est qu'une longue suite de révolutions. (T. Delord.)

— Conséquence, résultat : £vénements qui sont la suite nécessaire, inévitable de notre conduite. A/faire qui a eu des suites fâcheuses. Les suites d'un événement. Projet qui n'a pas eu de suite. Ne point donner suite, ne point donner de SUITE a un projet. Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour toujours prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre. (Mol. lia corruption, du valet n'est qu'une suite de la dépravation dumuiire. (Grinim.) Les fautes que font les hommes d'JStat ne sont pas toujours libres; souvent ce sont des suites nécessaires de la situation où l'on est. (Montesq.) Il n'est point d'erreur qui n'ait des suites funestes. (Dumarsais.) On peut toujours raisonner sur le probable lorsqu'il est la suite d'une position donnée. (Chateaub.) On dit trop que les fautes des femmes sont la suite des premiers torts de leurs maris. (Mme de Rémusat.) Si l'enthousiasme est beau, les Suites et les origines en sont cruelles. (H. Taine.) Lesopinions des femmes ne sont que la suite de leurs sentiments, (De Sêgur.) Il Conséquence funeste, résultat fâcheux : Cela peut avoir des suites. L'accident n'a pas eu de suites.

Mais la mollesse est douce et sa suite est cruelle.

"Voltaire.

— Temps qui suivent une époque déterminée : Tel est le plan qu'il avait conçu, mais il le réforma beaucoup dans ta suite. (Acad.) Il devint, par la suite, un homme laborieux et réfléchi. (Acad.) Je me louai autant dans la suite d'avoir renoué avec lui que j'avais eu auparavant de regret de l'avoir connu. (Le Sage.)

— Ordre, liaison : Discours, propos sans suite. Il y a peu de suite dans ses idées, dans ses raisonnements, dans ses réponses. Dans une cause mauvaise, c'est toujours gagner quelque chose que de se jeter à l'écart et faire perdre la suite d'un raisonnement. (Boss.) Nous autres, femmes, avons si peu de suite dans les idées ! (Scribe.) Le raisonnement est une suite de jugements enchaînés par des liens particuliers. (Garnier.) Les fous mettent quelquefois beaucoup de suite dans leurs raisonnements, (Lamenn.) Il Persévérance raisonnée : N'avoir pas de suite dans l'esprit. N'avoir pas l'esprit de suite. Ma mère avait infiniment d'esprit de suite et de sens. (St-Suuon.) L'esprit de suite est cette faculté merveilleuse dont sont doués certains individus de s'absorber tout entiers dans la poursuite d'un but unique. (Toussenel.)

... Le bonheur du cœur est dans la confiance, Un commerce de suite avec les mûmes gens.

Gresset.

— Carrosses de suite, Carrosses à l'usage des domestiques chez un prince, un ambassadeur ou tout autre grand personnage.

— Vin de suite, Vin destiné à être servi sur la table des domestiques d'une maison.

— Féod. Droit de suite, Droit en vertu duquel un seigneur pouvait réclamer son vassal partout ou il se trouvait. Il Argent n'a point de suite, Si le vassal reçoit de l'argent pour son

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travail ou par don, le seigneur ne peut rien en exiger.

— Ane. coût. Faire suite, Poursuivre en justice.

— Jurispr. Les meubles n'ont pas de suite

fiar hypothèque, On ne peut pas hypothéquer es meubles.

— Ane. mus. Sonate : Les suites de Hsendel.

— Véner. Faire une suite, Suivre la voie d'un animal : Dès que le chien aura fait plusieurs belles suites, il faudra lui apprendre à détourner. (E. Chapus.)

— Mathém. Termes qui se succèdent suivant une certaine loi.

— s. f. pi. Techn. Opérations successives faites sur un même bain de teinture, dans le but d'obtenir des couleurs de plus en plus pâles.

— Loc. adv. De suite , Immédiatement, l'un après l'autre : Pygmalion ne coucha jamais deux jours de suite dans la même chambre, de peur d'être égorgé. (Fén.)

Les mnlheurs vont de suite, on n'en a pas pour un,

La Chaussée.

Il Sans interruption : Ne pouvoir dire deux mots de suite. Il y a eu plusieurs siècles DE suite où on n'a point avancé d'un pas vers la vérité. (Thomas.) Les animaux peuvent apprendre à faire mille fois ce qu'ils ont fait une fois, à faire de Suite ce qu'ils ne faisaient que par intervalles. (Buff.) Les serpents jeûnent parfois six mois de suite. ,(L. Cruveilhier.) il Selon l'ordre prescrit: Mettre, rangerdes livres, des médailles dk suite.

— Tout de suite, Sans délai : Il faut que les enfants obéissent tout de suite. Les gens du peuple sont prenables ou tout de suite ou jamais. (Mme de Staël.) Celui qui veut conserver toutes les libertés de son esprit doit se mettre, et tout de suite, à l'abri des nécessités de la vie. (J. Janin.) Il On emploie souvent de suite dans le même sens ; mais les grammairiens condamnent cette manière de parler.

— Par suite, Par une conséquence naturelle : On rejeta cet article du projet et, par suite, toutes les dispositions qui s'y rapportaient. Acad.)

— Loc. prov. Par suite de, Kn conséquence de : Par suite des arrangements pris entre eux, vous serez payé. (Acad.) La raison et la moralité se produisent duns le monde par Suite de l'existence d'un certain organisme. (Renan.)

— A la suite de, Dans le cortège de : Etre A la suite de la cour, d'un ambassadeur.

Tantôt deux cents valets paraissent à sa suite, Puis a dix seulement on la trouve réduite.

La Fontaine.

Il Après : Marcher À la suite de quelqu'un.

Il Comme conséquence de : Partout où se trouve établi l'esclavage domestique, la polygamie marche À sa suite. (fortalis.) La modération amène presque toujours le bonheur k sa suite. (Mme C. Fée. ) La vérité mène A sa suite l'analyse scrutatrice, la raison aux cent yeux. (Domergue. )

Le lâche fuit en vain, la mort vole d ta suite.

Voltaire.

Quelle foule de maux l'amour traîne à sa suite.'

Racine.

Il Etre à ta suite d'un tribunal, Suivre une affairu devant un tribunal. Il Etre à la suite d'une affaire, La poursuivre, en observer les détails : // est depuis dix ans k la suite de cette affaire, -personne n'en sait mieux que lui tous les délaits. (Acad.)

— Art milit. A la suite, Officier attaché momentanément à un corps dont il ne fait pas partie et attendant son tour pour prendre rang .comme titulaire d'un emploi de son grade.

— Gramm. De suite se dit des choses qui viennent l'une après l'autre sans interruption, nui sont disposées dans un ordre régulier: Faites-les marcher de suite; Il ne saurait dire deux mots de suite; Ces médailles ne sont pas de suite. Tout de suite peut signilier aussi sans interruption; il le signifie même avec plus de force et peut être considéré comme équivalant à tout à fait sans interruption, sans aucune interruption : Il but trois rasades tout de suite. Mais on l'emploie le plus souvi-nt pour signifier sur-le-champ, sans délai, et de suite ne devrait jamais être employé dans ce sens; Il faut que les enfants obéissent tout de suite.

Suites du il bal masqué (LES), Comédie en

un acte, en prose, par Mmc de Bavr; représentée sur le Théâtre-Français le 9 avril 1813. Tous les bals masqués n'ont pas de suites aussi agréables que celui-ci; le plus souvent on en rapporte désillusions et regrets ; bien heureux encore quand, le masque tombé, la femme ne reste pas. Dans la comédie dont nous allons parler, les suites du bal masqué sont le commencement d'une passion, la Sa d'un procès et un mariage. Versac a un procès contre Mm« de Belmont, une jeune provinciale venue tout exprès k Paris pour suivre elle-même son affaire. Un ancien ami de Mme de Belmont avait, à l'insu de celle-ci, offert sa main à Versac pour terminer le procès qui semblait interminable. Versac l'a refusée par un effet de sa prévention contre le caractère des provinciales. Ce jeûna homme,

SUIV

plus occupé de bals que de son procès, a été vivement intrigué pendant plusieurs nuits, et dans des maisons différentes, par la comtesse de Mareuil, une jeune veuve très-vive et très- enjouée. Ce n'est qu'après de longues recherches que Versac est enfin parvenu à découvrir le nom de l'aimable masque qui l'a si fort lutine, et il écrit à Mme de Mareuil pour lui exprimer le désir qu'il a de la voir. Mais la jolie veuve a un amant jaloux qu'elle ne veut pas désespérer; elle répond à Versac qu'elle le verra le soir même, mais à la condition qu'il quittera son nom et se présentera sous celui de Gerville; et, en même temps, elle prie son amie M»« de Belmont, qui loge chez elle, de recevoir cette visite en sa place. M™o de Belmont y consent; Gerville arrive et trouve la daine fort à son gré. Il en devient subitement amoureux et s'étonne seulement de ce qu'elle est chez elle si raisonnable et si douce, tandis qu'au bal c'est un véritable petit démon. Gerville, après la retraite de ûlnsc de Belmont, rencontre son ami Saint- Albe, qu'il ne sait pas être l'umantjaloux de Mme de Mareuil, et naturellement il n'a rien de plus pressé que de lui raconter ses aventures de bal masqué, son changement de nom, sa visite à sa belle inconnue et, enfin de compte, son amour pour l'adorable comtesse de Mareuil. Saint-Albe est furieux; il court chez elle pour lui demander des explications, rencontre Mm« de Belmont qui le rassure et le desabuse ; le mystère se découvre, et tout finit par un mariage. Les Suites d'un bal masqué ont eu, dans leur temps, une longue série de représentations. L'action- est vive et gracieuse ; les scènes sont bien liées entre elles ; rien ne languit; le dialogue est rapide, enjoué, naturel, sans ombre de verbiage ; les plaisanteries sont de bon goût, l'esprit est de bon aloi, et le style, suffisamment pur et correct, est d'une élégance qu'on chercherait vainement dans la plupart des œuvres théâtrales de cette époque.

SUITÉE adj. f. (sui-té — rad. suite). Econ. rur. Se dit d'une jument suivie d'un poulain.

SUITES s. f. pi. (sui-te — par corruption de luites). Véner. Testicules du sanglier : Dès que le sanglier est tué, les chasseurs ont grand soin de lui couper les suites, c'esl-à-

I dire les testicules, dont l'odeur es! siforteque, si l'on passe seulement cinq on six heures sans

I les ôter, toute la chair est infectée. (Bulf.)

1 SUIVABLE adj. (sui-va-ble — rad. suivre). Qu'on peut, ou qu'on doit suivre, il Peu usité.

— Techn. Fil suivable, Fil égal et sans noeud.

] SUIVANT prép. (sui-van — de suivre. Comparez la préposition latine secundum, également tirée de seq.ui. Suivant est donc une forme verbale mise au rang des prépositions ; on doit tantôt la considérer comme un gérondif où la préposition en se trouve sousentendue , tantôt elle doit être regardée comme un participe présent; dans ce cas elle se rapporte au substantif qui précède et a pour complément le substantif qui suit: Suivant cette opinion, tout se transforme et rien ne périt, c'est-à-dire en suivant celle opinion. Ce magistrat jugea suivant sa conscience ; c'est le magistrat qui suit sa conscience). Conformément à, en proportion de : Traiter les gens suivant leurs mérites. On est traité dans te monde suivant ce qu'on y paraît. (Le Sage.) Notre bonheur consiste à vivre suivant la nature et ta vertu. (B. de St.-P.) On a des devoirs suivant la portée de son esprit. (H. Beyle.)

— Dans la direction de : Les secousses des tremblements de terre sont généralement dirigées suivant l'axe de la chaîne ou de la vallée qui les ressent. (A. Maury.)

— Au dire de, selon l'opinion de: L'homme, suivant les Perses, ne pouvait atteindre à la lumière incréée. (A. Maury.)

Suivant tous les anciens et ce qu'Us ont écrit, L'homme est de sa nature un anima! qui rit,

Regnard.

— Loc, conj, Suivant que, Selon que: Je le récompenserai suivant Qu't'i m'aura serui, (Acad.)

— Syn, Suivant, selon. V. SELON.

SUIVANT, ANTE adj. (sui-van, an-te — rad. suivre). Qui suit, qui vient après: Livre suivant. Jour suivant. Les bons exemptes passent jusqu'aux siècles suivants. (Mass.) Les véritables grands hommes sont ceux qui ont rendu leurs pareils moins nécessaires aux générations suivantes. (Mme de Staël.)

— Fille ou demoiselle suivante, Femme attachée au service d'une grande dame :

Ces dames ont, chacune, une fille suivante.

Desmauis.

. . . Vous êtes, ma mie, une fille suivante Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.

Molière.

— Substantiv. Personne qui suit, qui vient après: Les premiers assaillants restent dans le fossé et font fascine de leurs corps aux suivants. (E. Augier.)

— - Personne qui est au Service de quelqu'un et qui l'accompagne quand il sort : Avoir de nombreux suivants. Inviter quelqu'un et ses suivants. Il n'est pas d'usage que les grisetles aient des dames de compagnie ou des suivantus lorsqu'elles trottent par la ville. (Th. Gaut.)

SUIV

— Fig. Chose qui dépend d'une autre ou qui sert à la réalisation de celle-ci : L'envie, en toute sorte de profession, est un des apanages de la nature humaine et une des suivantes de son infirmité. (Gui Patin.)

— Imitateur, disciple :

Suivant de Démocrite, en cette solitude, Ce n'est qu'avec des ours que j'ai quelque habitude.

Reûnard.

— Poétiq. Suivants d'Apollon, Poètes, littérateurs. 0 Suivantes de l'Aurore, Heures.

Il Suivantes de Vénus, Courtisanes.

— s. m. Ane. véner. Animal qui tette encore et qui suit sa mère.

— s. f. Théâtre. Soubrette confidente :

J'ai trouvé la suivante

D'un minois revenant et fort appétissante.

REQNÀE.D.

Suivante (la), comédie de Corneille, en cinq actes et en Vers (1634). Cette pièce est un des premiers essais de l'auteur. On y trouve tous les défauts du temps, mais avec un caractère plus élevé et moins trivial. Corneille reconnaissait lui-même que le style de cette comédie était plus facile que celui de ses autres pièces. Il y règne d'ailleurs un défaut essentiel, en ce que le principal personnage, à qui s'adressent tous les compliments et sur qui roule tonte l'intrigue, est une simple soubrette, n'ayant aucune qualité qui la fasse sortir de son état et mériter ce rôle. On y remarque un autre défaut, dans l'entretien de Daphnis et de Clorimond, au troisième acte: ces deux personnes, par une affectation assez singulière, ne disent cha- I eune qu'un vers à la fois. Cela sort tout à fait du vraisemblable ; on ne peut être si mesuré lorsqu'on s'entretient sur un sujet quelconque.

La Suivante n'a point été commentée par Voltaire, Elle n'est plus au répertoire.

SU1VER v. a. ou tr. (sui-vé — rad. suif). Enduire de suif: Suiver une cheville, une mèche. Suiver un mât de cocagne, il On dit plus ordinairement suifper.

SUIVI, IE (sui-vi , 1) part, passé du v. Suivre. Que l'on suit, après qui l'on va: Les Lacédémoniens, suivis de trois mille Tégéates, défilèrent au pied du Cithéron. (Barlhè\.) Les pauvres bohèmes, alors qu'ils voyagent suivis de leurs enfants, portent sur leur dos une mauvaise harpe d'un bois grossier, dont ils tirent des sons harmonieux. (M"»« de Staël.)

11 vit passer une dame jolie, Leste, pimpante et d'un pnjre suivie.

La Fontaine.

— Accompagné, après quoi une chose se produit : Ces paroles furent suivies d'une nouvelle accolade qu'il me fallut essuyer, au hasard d'avoir le sort d'Antée. (Lu Sage.) Toutes les fêtes religieuses, chez tes sauvages et même chez les peuples policés, sont suivies de festins où l'on boit à perdre la raison. (B.deSt.-P.)

De mille maux la vieillesse est suivie.

La Fontaine.

Un nuage sinistre û passé sur ma vie; Ma jeunesse s'en va de longs regrets suivie.

A. GuiRAUD.

— Qui a des auditeurs ou des spectateurs : Prédicateur, professeur fort suivi. Acteur fort suivi. Pièce fort suivie: Les représentalions de Mustapha sont très-peu suiviics et très-peu applaudies. (La Harpe.) Il Qui a des imitateurs, des partisans : Celui qui met l'intérêt personnel à la base de sa morale ne peut manquer d'être suivi.

— Pratiqué, observé : La bienséance est la moindre de toutes les lois et la plus suivie. (l.a Roehef.) Le meilleur calcul du monde, sans être le plus suivi, est celui de la probité. (S.-Dubay.)

— Qui est continu, sans interruption: Travail suivi. Correspondance suivie. Helations suivies. Les Indiens, non plus que les Grecs, n'avaient pas de théâtre suivi. (Th. Gaut.) Bien n'est plusinégat et moins suivi que ce qui se passe dans le cœur et dans l'esprit de certains hommes. (La Bruy.) La lecture suivie du Coran est pour nous à peu près insoutenable, (Renan.)

— Dont les parties sont bien liées et disposées : Discours, raisonnement suivi.

— Littér. Vers suivis, Vers qui ont tous la même mesure.

— Manège. Se dit d'un cheval dont les lignes sont harmonieuses et agréablement combinées, sans heurt ni disproportion.

— Techn. Se dit, en termes de tisseur, de toutes les opérations régulières relatives aux divers montages, dont l'ordre ne subit aucun changement.

SUIVRE v. a. ou tr. (sui-vre — du vieux français seure, qui représente l'infinitif latin barbare sequere, pour sequi, suivre, lequel reproduit, selon Eichhoff, la racine sauscrite seik, aller, approcher, également conservée par le grec ekà, je viens, le gothique sokian, suivre; allemand suchen, anglais to seek, et le lithuanien seku, russe sieszezu, même sens. Je suis, tu suis, il suit, nous suivons, vous suivez, ils suivent; je suivais, nous suivions ; je suivis, nous suivîmes'; je suivrai, nous suivrons ; je suivrais, nous suivrions; suis, suivons,suivez; que je suive, que nous suivions; que je. suivisse, que nous suivissions ; suivant ;

SUIV

suivi, te). Aller, marcher après quelqu'un : Suivre quelqu'un de près, de loin. Suivrb quelqu'un de rue en rue, de ville en ville. Sufvrb quelqu'un partout. Suivre quelqu'un à la piste, à la trace. Suivre quelqu'un pas à pas. SuiVEZ-moi. Je vous suis.

A la porte de la salle

Us entendirent du bruit:

Le rat de ville détale,"

Son camarade le mit.

La Fontaine.

Il Accompagner, escorter quelqu'un dans ses déplacements, ses émigrations: Suivre ioi prince. Suivre la cour. La canaille suivait Jésus-Christ. (V. Hugo.) Quand Néron allait donner des représentations, il se faisait SUI- VRE de ses claqueurs. (L. Veuillot.)

— Poursuivre, chercher à atteindre : Ses ennemis te suivaient ô la piste, (Volt.)

— Mourir après : Sa mère est morte et il l'x suivie de près.

— Etre porté, transporté après : Ma lettre vous suivra dans cette ville. Votre malle vous suivra à un jour de distance,

— Marcher aussi vite que : Je ne puis vous suivre. Je vous suivrai, car j'ai don pas. Certains coureurs peuvent suivre un cheval lancé au galop.

Vous marchez d'un tel pas qu'on a peine a vous suivre.

Molière.

— Examiner la marche, le mouvement, le déplacement de : Suivre de l'œil, des yeux une personne, une chose. Suivre du regard un vaisseau aussi longtemps qu'on peut le distinguer.

Tu n'a9 pas remorqué qu'il nous suivait de l'oeil?

C. Delavignë. L'œil suit les plis mouvants de sa robe flottante.

DgMLI.E.

Il Imaginer, se représenter le mouvement, le déplacement de; se représenter quelqu'un dans les différents endroits qu'il parcourt : C'est être avec ses amis que de pouvoir les suivre en idée. (Mme de Sév.)

— Observer, épier, examiner dans son développement, son évolution : SUIVRE la conduite de quelqu'un. Suivre les progrès d'un jeune homme. Suivre les événements du siècle. Suivre tous les détails d'une affaire, il Etudier et diriger avec persévérance : Suivre une a/faire, une entreprise. Suivre un procès. A la cour, il faut arranger ses pièces et ses batteries, avoir un dessein, le suivre, parer celui de son adversaire. (La Bruy.)

— Ecouter avec attention et persévérance : Suivre un discours, une discussion. Il Ecouter avec attention et persévérance les discours de : Cet orateur parle di rapidement, qu'il est difficile de le suivre. (Acad.) Vous étiez distrait, prêtez-moi votre attention et suivkzmoi. (Acad.) Il tëtre assidu aux leçons, aux discours, aux exercices de : Suivre un prédicateur, un professeur, un acteur. |] Ecouter et comprendre les paroles de : On a peine à suivre ce professeur .

— Rester au niveau de : Cet élève a peine à suivre sa classe.

— Parcourir en détail : Suivre la chaîne des événements. L'esprit humain a des folies trop nombreuses pour les suivre dans toutes leurs ramifications. (Chateaub.)

— Rester toujours avec, ne jamais quitter : Ce bâton m'K suivi dans tous mes voyages. Ce paquet doit me suivre partout. Les mœurs anglaises suivent partout les Anglais. (Chateaub.) La vanité suit l'homme jusqu'à sa dernière heure. (Alibert.)

Dans le fond des forêts votre image me suit.

Racine.

— Parcourir, aller dans la direction de : Suivre un chemin, un sentier. Suivre son chemin. Suivre les pas, tes traces de quelqu'un. Suivre une allée d'arbres. Suivre les bords de la mer, te cours d'un fleuve. Suivre les cotes de l'île. Bateau qui suit te fil de l'eau. Lorsqu'on suit une roule, il faut y mar cher franchement, rondement. (Chateaub.) Il Marcher, persévérer diins : Suivre le chemin, le sentier de la vertu. Suivre le chemin de la gloire. Suivre les traces, les pas de ses devanciers, de ses ancêtres.

— Se laisser guider, conduire par : Il faut se résoudre à mettre en panne au milieu de cette mer, ou suivre le vent qui nous pousse vers Chypre. (I.amart.) Il S'abandonner, se livrer à : Suivre sou imagination, sa pensée, son idée, sa fantaisie. Suivre sa passion, son caprice. Suivre ses goûts, ses penchants.

Toujours boire et manger, carnassier animal! C'est bien fait: suis toujours ton appétit brutal.

Reonard.

Le peuple turbulent qui suit sa passion Est une proie acquise à chaque faction.

Ponsard.

...... Le songeur ne fait cas

Que d'un coin retiré du monde et du fracas, Ou l'on puisse a loisir suivre un rêve bizarre.

| Tu. Gautier.

I — Prolonger, étendre, pousser plus loin : Le sentiment de l'immortalité et la pensée d'un

1 avenir sont pour l'âme comme deux ailes qui

'. l'élèvent et ta soutiennent; mais ces ailes, s'il m'est permis de suivre cette image, ne sont

. pas toujours déployées. (iMannoutel.)

. — S'engager »t persévérer dans : Suivre le

1 parti de quelqu'un.

SUIV

Lorsque deux factions divisent un empire, Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire.

Corneille.

— Embrassser , donner son adhésion à, prendre parti pour : Suivre une doctrine, une opinion. C'est croire quelque chose que de croire qu'une doctrine que l'on suivait est fausse. (Joutïroy.) il Embrasser les opinions de : Suivre Aristote, Platon, Départes. Il Imiter, prendre les mœurs, les habitudes de, le genre de :

Moi je ne sais qu'un tort à nos conteurs récents, C'est qu'ils ont trop suivi Lsl Fontaine à la trace. Fr. de Neufchateau.

Rousseau su iu il Malherbe, et Lebrun, sans scrupule, A suivi Malherbe et Rousseau.

Fr. de Neufciiateau.

— Pratiquer, se conformer à : Suivrb la mode, l'usage, les coutumes d'un pays. Suivre les avis, les conseils, l'exempte de quelqu'un. Suivre les ordres que l'on a reçus. Suivre le plan qu'on s'est tracé. Suivre une méthode. Suivre in loi. Suivre la régie. Suivre sa religion. Nous n'avons pas assez de fnree pour suivre toute raison. (La Rochef.) Chacun doit suivre courageusement sa destinée; il est inutile de s'affliger. (Fén.) Les chevaliers euxmêmes, s'ils sortaient aujourd'hui de leurs tombeaux, suivraient la lumière de notre siècle. (Chateaub.) Les livres suivent les mœurs, et les mœurs ne suivent pas les livres. (Th. Gant.) H est des gens qui consultent toujours et ne suivent jamais l'avis qu'on leur donne. (La Roehef.-Doud.) Celui qui aime ses flatteurs suit, sans le vouloir, le divin précepte : Aimez vos ennemis. (Petit-Senn.)

Malgré mes intérêts j'ai suivi mon devoir.

Voltaire.

Un sage suit la mode et tout bas il s'en moque.

Destouches.

De la simple candeur il faut suivre la loi.

DÉSAUOIERS.

Il Exercer, entrer dans : Suivre une profession. Suivre la profession d'avocat. Suivre le -métier des armes. Suivre in carrière des lettres. Suivre le barreau.

Je suivis à quinze ans le métier de la guorre.

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