‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 787 sur 1059 · LOIRE · texte numérisé non relu

LOIRE

SULL1AS (le), en latin Soltiacensis ager, petit pays de 1 ancienne France, dans 1 Orléanais; la localité principale était Sully-sur- Loire. Il fait aujourd'hui partie du département du Loiret.

SULLIVAN, bourg et circonscription communale des Etats-Unis dAmérique, dans l'Etat de New-York, sur la rive méridionale du lac Oneida; 4,500 hab.

SULLIVAN (Jean), général américain, né à Berwick, district du Maine, en 1741, mort en 1795. Dès le commencement de l'insurrection des colonies, it fut nommé major général, puis il remplaça le général Arnold (1776) dans le commandement du Canada. Fait prisonnier par les Anglais, mis ensuite en liberté, il se signala dans les campugnes de 1777 et 1778 et fut chargé avec Brandt d'écraser les tribus indiennes. Accusé de concussion par ses ennemis personnels, il quitta l'armée, rentra au congrès vers 1788 et devint successivement président du New-Hampshire et juge du même district.

SULLIVAN (James), frère du précédent, homme d'Etat américain, né à Berwick en 1744, mort à Boston en 1808. Avant la révolution de 1775, il était lieutenant royal dans le comté d'York. Il embrassa la cause des insurgés, devint en 1775 membre de l'assemblée provinciale du Massachusetts et fut, de 17S0 à 1806, lieutenant général, puis, en 1807 et 1808, gouverneur du Massachusetts. Il a publié un grand nombre d'ouvrages sur le droit, la politique et l'histoire, parmi lesquels on cite les suivants : Sur le gouvernement des Etats-Unis (1791) ; Histoire du Massachusetts (1801); Sur la liberté de l'imprimerie dans les États-Unis (1801).

SULLIVAN (William), fils du précédent, magistrat et homme politique américain, né eu 1774, mort à Boston eu 1839. Il siégea dans le sénat et dans la législature du Massachusetts. On a de lui : Familiar letlers on public characters and events from 1783 to 1815 (Boston, 1834); Historicat causes and e/fects from the fail of the Roman empire to the reformation 1517 (Boston, 1838); The public men of the révolution (Philadelphie, 1847), etc.

SOLL1VANT1E s. f. (sul-li-van-tt — de Sullivan, sav. angl.). Bot. Genre de plantes, de la famille des saxifragées, dont l'espèce type croit sur les rochers de l'Ohio.

SULLY, village et commune de France (Saône-et-Loire), cant. d'Epinac, arrond. et à 16 kilom.d'Autun, près delà Drée; 1,5 16 hab. Tuileries, fours à chaux ; mine de houille. On y voit les restes d'un ancien château fort et un magnifique château classé au nombre des monuments historiques et appartenant au i::arquis de Mae-Muhon. Ce bel édifice se

SULL

compose de quatre corp3 de logis, flanqués aux angles extérieurs de quatre tours carrées et encadrant une cour d'honneur, la plus belle qui fût en France au xvir8 siècle, au dire de Bussy-Rabutin. A l'intérieur, on remarque les appartements de réception , la salle d'armes et de vastes écuries.

SULLY SUR-LOIRE, bourg de France (Loiret), chef-lieu de cant., arrond. et à 21 kilom. N.-O. de Gien, situé à. 120 mètres d'altitude, dan3 une position pittoresque sur la rive gauche de la Loire ; pop. aggl., 1,891 hab. — pop. tôt., 2,503 hab. Commerce de bois.

— Histoire. Sully, berceau de la famille de ce nom, dont le ministre de Henri IV fut le représentant le plus illustra, était, dès le xie siècle, le siège d'une baronnie. Cette baronnie passa vers le xve siècle aux La Trémoille, qui la conservèrent plusieurs années. Fin 1602, le grand Sully, ayant racheté le château de ses ancêtres moyennant 43,000 écus, le fit restaurer et agrandir. C'est à lui que l'on doit la tour dite de Béthune, dans laquelle il établit plus tard une imprimerie clandestine, d'où sortit une édition célèbre des (Economies royales, quand Henri IV, en 1606, reconnut les services de son ministre en érigeant en duché l'ancienne baronnie. Sully alors s'occupa de transformer le château et en fît une des plus belles résidences da France. Après la mort de Henri IV, il s'y retira, et c'est ià que, entouré de ses secrétaires, il rédigeait ses curieux ouvrages.

Le château de Sully aftecte la forme d'un quadrilatère flanqué d'une lour à chacun de ses angles et entouré de toutes parts d'un large fossé plein d'eau. A l'intérieur se trouve la statue de Sully, oeuvre d'un statuaire italien. D'abord placée à Villebon, cette statue fit partie, pendant la Révolution, du Musée français créé par M. Alexandre Le Noir. Le ministre, couronné de laurier, revêtu de sa cuirasse et de ses brassards, sur lesquels est jeté en plis drapés son manteau ducal, tient de la inain droite le bâton de maréchal et s'appuie de la gauche sur un écusson.

M. Edouard Fournier a publié sur le château de Sully un album archéologique, auquel nous renvoyons nos lecteurs. • Près de la tour de Béthune, dit l'auteur précité, se trouve la chambre qu'habitait Henri IV dans ses trop rares visites au château de son ami, en 1606 par exemple. Cette grande salle, située au premier étage, a conservé tous Bes anciens ornements, canons en sautoir, bombes et grenades fulminantes. Les appartements de Sully étaient aussi dans cette aile sud-est du château-, la chambre k coucher, dont la plupart des ornements sont dans un assez bon état de conservation, sert aujourd'hui de salle à manger. Le portrait de Sully se voit au-dessus de la porte, et celui de la duchesse sa petite-fille, encore enfant, audessus de la cheminée. Les panneaux de la boiserie sont chargés de grenades et de canons dorés, tandis qu'au plafond, afin de compléter ces attributs de la principale dignité de Sully, grand maître de l'artillerie, on voit deux aigles déployant leurs ailes et tenant des foudres dans leurs serres. Au bas, on lit cette légende : Quo jussa Jouis. Auprès se trouvait le cabinet du duc ; malgré la dégradation des ornements, on peut cependant remarquer sur les peintures des panneaux et du plafond l'alliance bizarre de la Bible et de la mythologie, Ruth et Booz avec Phaéton. C'est là que Sully travaillait avec ses secrétaires. ■ Chapelle et Chaulieu furent reçus au château da Sully en 1661. Voltaire y séjourna longuement en 1719, et on voit encore dans le parc la grande avenue dite Allée des soupirs où le poète composa la plus grande partie de la Henriade.

SULLY-LA-TOUR, bourg et commune de France (Nièvre), cant. de Pouilty, arrond. et à 18 kilom. S,-E. de Cosne, surieNohain; 1,933 hab. Commerce de chevaux. Belle église paroissiale du xvi» siècle; la tour, bâtie à quelques pas de l'église, est regardée comme une des plus belles constructions de la Renaissance dans le Nivernais.

SULLY (Maurice, dit de), évêque de Paris, né à Sully-sur-Loire, d'où il prit son nom, mort à Paris en 1196. Issu d'une famille de pauvres paysans, il vint s'instruire à Paris et vécut des aumônes qu'il sollicitait à l'exemple de la plupart des étudiants de son époque. A force de privations, et grâce à son intelligence et à son savoir, il parvint à obtenir une chaire de lettres et de philosophie, puis il fut pourvu d'un canonicat à Bourges, devint ensuite chanoine et archidiacre de l'Eglise de Paris, et enfin fut, en 1160, appelé au siège épiscopal de cette ville, en remplacement de Pierre Lombard. Il n'a joué aucun rôle remarquable dans les grandes affaires de son siècle, et son nom ne mérite d'être conservé que parce qu'il a jeté les fondements de l'église Notre-Dame, qui fut achevés sous son successeur, Odon de Sully. Ses Sermons ont été imprimés avec la traduction française à Lyon (I5U, in-8°).

SULLY (Odon de), évêque de Paris, né à La Chapelle-d'AngilLon (Berri) vers 1165. mort à Paris en 1208. Il fit ses études dans cette ville, puis fut mandé à Bourges par son frère aîné, Henri de Sully, archevêque de cette ville, qui lui conféra Je titre de chanLie de la cathédrale, et, en 1196, fut élu à l'unanimité évêque de Paris, en remplacement de

SULL

Maurice de Sully. Dans la querelle qui s'éleva entre Philippe-Auguste et Innocent III, il prit parti pour le pape et fut expulsé de son palais par ordre du roi de'France. Dépouillé de ses biens, il resta caché pendant huit mois, après l'expiration desquels il fut réintégré . dans son titre et ses bénéfices. C'est sous son pontificat que se tint le concile de Paris (1201). On doit à, ce prélat l'achèvement de Notre-Dame et la fondation de Porrois, qui devint plus tard Port-Royal.

SULLY (Maximilien de Béthune, duc de), homme d'Etat, l'un des plus illustres ministres que la France ait produits, né à Rosny (Seine-et-Oise) le 13 décembre 1560. Son père, François de Béthune, le conduisit k l'âge de douze ans à Paris et le. présenta au roi de Navarre avant le massacre de la Saint-Barthélémy. Pendant cette nuit terrible, il fut forcé de s'échapper de la maison qu'il habitait, eut la présence d'esprit d'emporter un livre d'heures, qui trompa les assassins sur sa religion, et put échapper aux égorgements et se réfugier au collège de Bourgogne. Attaché à la personne de Henri de Navarre, il le suivit lorsqu'il s'échappa de la cour, l'accompagna dans toutes les guerres civiles et lui donna des preuves réitérées d'un dévouement inaltérable. Il s'établit entre eux, malgré la différence des rangs, une espèce de fraternité d'armes, de compagnonnage militaire, si l'on peut parler ainsi, qui a rendu son nom inséparable de celui de Henri IV. De 1576 à 1594, Rosny (il porta longtemps le nom du lieu de sa naissance) combattit vaillamment dans la plupart des escarmouches, sièges et batailles et fut plusieurs fois blessé. Un trait remarquable, c est que cette vie de danger et d'aventures He lui fît cependant "jamais négliger le soin de ses intérêts personnels, car ce grand homme, doué d'ailleurs de qualités si hautes, avait uo penchant prononcé pour l'avarice et ne se montra pas toujours fort scrupuleux sur les moyens de s'enrichir.

Tout en suivant la guerre et les affaires, il agiotait sur les ventes de chevaux et s'arrondissait par divers trafics, même un peu par le pillage des villes prises. Henri, qui puisait dans sa bourse, conçut, dès lors, une haute idée de ses capacités financières, et il n'était pas homme à se choquer des moyens.

Quoique protestant rigide, Rosny fut un des premiers à conseiller k Henri IV de céder à la nécessité et d'embrasser le catholicisme.

Chargé par lui de négociations importantes, notamment de détacher la Normandie de la Ligue, il s'en acquitta de manière à mériter la confiance absolue de son maître , qui cependant le négligea longtemps et ne l'appela à la tête du conseil des finances qu'en 1595. Depuis une année il en était membre, mais aans pouvoir réel.

C'est surtout dans ce poste important qu'il fit éclater les talents administratifs qui lui ont assuré le premier rang parmi les grands ministres de notre histoire.

Jamais un ministre habile et patriote n'avait été plus nécessaire à la France. Les produits de l'impôt étaient engagés pour plusieurs années à l'avance, le Trésor était vide, la dette de l'Etat étaiténorme, l'agriculture et le commerce avaient été ruinés par les guerres civiles. Rosny apporta dans l'administration des finances publiques l'exactitude et la . sévère économie qui présidait à ses propres affaires. En arrivant au conseil , il avait fait dresser un état • des deniers qui sortent de la bourse des sujets du roy pour toutes sortes de dépenses. » Dans cette pièce curieuse, nous apprenons que le budget de la France était alors de 239 millions. Dès qu'il eut seul la direction, il commença l'examen de la comptabilité des receveurs dans tout le royaume, et fit lui-même une tournée pour réprimer les «grivèleries» des officiers de finances, s'empara des registres, constata mille fraudes et falsifications, cassa nomOre d'employés et enfin fit rentrer au Trésor, dans cette première campagne, plus de 500,000 écus, qu'il rapporta lui-même sur des charrettes. Ensuite il commença une révision sévère des dettes de l'Etat, rejetant des comptes les dépenses irrégulières ou inutiles, et établit enfin dans cette partie importante de l'administration publique une régularité et un ordre inconnus jusque-la, et dont les résultats se firent promplemeiit sentir. Il fit remise au peuple de 20 millions arriérés sur la taille. Il est vrai qu'après tant de guerres civiles, de violences et de misères, il ne lui eût pas été possible de les recouvrer. Toutefois, ce dégrèvement légalement accordé apaisa les inquiétudes et les colères et favorisa la rentrée des impôts courants. Des améliorations apportées dans l'assiette et la perception de la taille, la diminution progressive de cette nature d'impôt, l'abaissement de l'intérêt de '.'argent, la répression des violences et des exactions des receveurs, contrôleurs, huissiers et autres sangsues, concilièrent au ministre la reconnaissance du peupie. Il la mérita mieux encore en protégeant les provinces contre la rapacité de leurs gouverneurs et en faisant rendre un arrêt portant défense de rien exiger des populations, dans une ordonnance en forme émanée du roi. Il y eut des résistances violentes. Le duc d'Epernon, qui, en sa qualité de gouverneur du Poitou, extorquait annuellement à cette province des sommes énormes, voulut empêcher l'arrêt de passer. Il eut avec Sully une altercation si vive,

SULL

qu'en plein conseil les deux adversaires portèrent la main à leur épée et qu'on dut les séparer. Un détail curieux des mœurs du temps, c'est qu'en apprenant cette scène Henri IV offrit à son ministre de lui servir de second. Mais l'affaire fut arrangée.

D'autres améliorations non moins utiles furent entreprises par le courageux réformateur. Ainsi Henri IV, qui avait emprunté de tous côtés pendant les guerres civiles, à l'Angleterre, aux Suisses, aux princes allemands, aux Italiens, qui, en outre, avait gorgé les chefs de la Ligue pour acheter leur soumission, ne pouvant toujours rembourser ses créanciers, leur donnait des délégations sur les tailles et autres impôts ; en sorte qu'une infinité de gens, parmi lesquels beaucoup d'étrangers, se payaient de leurs mains, imposaient directement les contribuables et multipliaient les extorsions, les usures et les persécutions de toute nature. Sully, pour mettre fin h ce brigandage fiscal, fit rendre un édit qui défendait de lever dorénavant aucun droit sur les contribuables, enjoignant aux créanciers de s'adresser désormais au Trésor. Pendant ce temps, il continuait sa guerre acharnée contre les gens de finances et les concussionnaires et déprédateurs de tout rang. Que , dans la pratique , ses mesures aient été souvent impuissantes à remédier au mal, cela n'est pas douteux ; mais il eut, du moins, la gloire de le tenter et le bonheur de réussir quelquefois. Dans cette lutte, où il avait des ennemis si puissants a combattre, il déploya une énergie qu'il eut souvent à exercer contre le roi lui-même. C'est ainsi que le comte de Soissons, prince du sang, et la duchesse de Verneuil, maltresse de Henri IV, avaient obtenu de ce dernier l'autorisation de frapper eux-mêmes à leur profit certaines marchandises d'un droit onéreux, sûr moyen de ruiner plusieurs industries. Sully prend feu, il s'attaque au roi, il lui dit en face ces fortes paroles : ■ Tout cela seroit bon, si Sa Majesté prenoit l'argent en sa bourse; mais de lever cela sur les marchands, artisans, laboureurs et pasteurs, il n'y a nulle raison, estant ceux qui nourrissent le roi et nous tous-, et se contentent bien d'un seul maître, sans avoir tant de cousins, de parents et de maltresses k entretenir. »

Cette fois, il remporta la victoire; mais dans le cours du règne, malgré sa vigoureuse et constante opposition, une foule de petits impôts n'en furent pas moins établis au bénéfice des personnages de la cour.

Ses opérations sur les monnaies furent moins heureuses; malgré ses bonnes intentions, il partageait sur cette question les préjugés économiques de son temps, let ses mesures, ses interdictions, ses surélévations de valeur, etc., étaient plutôt de nature k aggraver la situation. C est, du moins, l'opinion des hommes compétents.

En 1604, il entreprit la plus importante des réformes qu'il avait projetées, la révision de la dette publique. Il donna le premier exemple d'une réduction des rentes de l'Etat , et amena l'extinction de rentes dont certains personnages et communautés s'étaient emparés sans titre. Cette opération , qui procura une économie annuelle de 6 millions, lui fit naturellement beaucoup d'ennemis parmi les rentiers ; mais elle affranchit le Trésor d'une foule de dettes abusives ou exagérées.

La création de grands approvisionnements de guerre , l'exécution d'immenses travaux , les dépenses excessives du règne, les frais de guerre entre l'Espagne et la Savoie, la réparation des places et la construction de nouvelles forteresses, ne l'empêchèrent pas d'amasser, toutes dépenses soldées, une réserve de près de 42 millions.

Sans doute, cette réserve eût été plus utile dans la circulation, ou employée à diminuer certains impôts qui empêchaient l'industrie de se développer. Mais cette manie d'accumuler était une des erreurs du temps. Elle conduisit le grand ministre k des mesures déplorables en contradiction avec ses idées générales, telles que l'établissement de nouveaux impôts sur les denrées et autres objets, mesures que ses successeurs devaient si prodigieusement multiplier.

On sait que l'agriculture fut un des principaux objets de sa sollicitude. Précurseur lointain des physiocrates, c'est presque exclusivement dans la production du sol qu'il voyait le principe de la richesse nationale, et l'on connaît ce mot de lui qui a été cité si souvent : « Le labourage et le pastourage, voilà les deux mamelles dont la France est alimentée, les vrayes mines et trésors du Pérou. » Aussi, il prodigua les encouragements à l'agriculture, proclama l'exportation libre des grains, abolit ou réduisit un grand nombre de péages qui entravaient les communication entre les provinces , encouragea le dessèchement des marais, ouvrit des voies de communication, etc. On peut reprendre en lui le dédain qu'il témoigna pour l'industrie et le commerce; sur ce point, ses vues économiques étaient évidemment fausses.

Ainsi, il fut le contradicteur des plans de Henri IV sur l'accroissement des manufactures et il ne tint pas à lui d'entraver l'industrie des colons qui fondèrent la nouvelle France dans les déserts du Canada. Il s'opposa, aussi avec une ardeur singulière à la propagation du mûrier en France, et au développement de l'industrie de la soie. Cela

SULL

tenait a ses idées sur le luxe, qu'il détestait ii la manière de Caton. On connaît son mot à propos de courtisans brillamment vêtus :• • Voilà des gens qui portent leurs moulins et ldurs fermes sur le dos. » Suivant lui, le luxe n'était propre qu'à énerver les individus, corrompre les familles, etc. D'où lui vint la pensée persistante de le réprimer par des règlements somptuaires. La France, disait-il, ne devait pas être le royaume des «colifichets, s Le roi, qu'il voulait entraîner dans ces sortes de réglementations, toujours inutiles, eut le bon sens de lui résister. Mais l'opiniâtre ministre revenait toujours à la charge. Ami dévoué du roi, il ne craignait pas de se mettre en opposition avec lui quand la bien public lui paraissait l'exiger. Il ne craignait pas de résister à Henri IV, et souvent avec une franchise rude et sévère; et son austérité puritaine ne faiblit jamais devant les caprices et les exigences des favorites. Nous en avons cité un exemple plus haut à propos de la marquise de Verneuil.

Outre sa charge de surintendant et de conseiller du roi, il fut successivement nommé duc de Sully, gouverneur de la Bastille, grand maître de l'artillerie et des fortifications, grand voyer de France, capitaine des eaux et rivières, gouverneur du Poitou , de Mantes, etc.

Toutes ces charges lui rapportaient dos revenus énormes. On sait quel était son faible pour la thésaurisation. Ses ennemis l'accusèrent même de péculat; mais, en l'absence de renseignements précis, il est difficile de se prononcer. La cardinal de Richelieu a laissé sur lui cette note qui semble se rapporter à cette question délicate : • On peut assurer avec vérité que les premières années de ses services furent excellentes ; et si quelqu'un ajoute que les dernières furent moins austères, il ne saurait soutenir qu'elles lui aient été utiles sans l'être beaucoup à l'Etat. »

Sully avait en tête beaucoup d'autres projets de réformes excellentes sur lesquelles il a laissé des notes qui concernent le» finances, la guerre, les affaires du royaume, les affaires étrangères, etc. Partout on y voit l'administrateur sévère et vigilant, l'ennemi des dilapidations, des folles dépenses, des abus de toute nature, l'homme d'Etat préoccupé d'imprimer aux affaires publiques une marche prompte, régulière, honnête, enfin d'améliorer toutes les parties de l'administration.

Après le meurtre de Henri IV (1610), il conserva peu de temps le pouvoir, ne voulant point ployer devant le favori Concini, et il se démit successivement de ses principales charges, non sans en tirer de grasses indemnités, car il conserva jusqu'à la fin de sa vie cette passion de l'argent qui fait tache dans un tel caractère. Chose singulière, et qui peint bien les bigarrures de l'ancien régime, ce protestant rigide, qui ne voulut jamais abjurer sa religion, était pourvu de trois abbayes et de bénéfices ecclésiastiques pour Tabandon desquels il reçut plus de 250,000 livres.

Pour rappeler un mot bien connu, il pensait sans aucun doute que l'argent catholique « sent toujours bon. »

Il survécut plusdetrenteannéesàHenrilV, passant la plus grande partie de l'année dans ses terres, occupant l'activité de sa verte vieillesse à la rédaction de ses mémoires et aux soins de son gouvernement du Poitou. En 1634, Louis XIII le nomma maréchal de France.

Autre contradiction piquante : cet ennemi acharné du luxe menait dans ses châteaux un train quasi royal, avec l'éclat princier do la haute vie féodale. Au moment où Richelieu portait de si terribles coups à la féodalité , Sully en était, pour ainsi dire, le dernier représentant, lui qui cependant ne l'avait pas ménagée. Il avait des écuyers, des gentilshommes, des pages, des compagnies de gar-, des françaises et suisses, etc. Une grosse cloche annonçait ses promenades ; toute sa « maison » faisait la haie sur son passage ; sa femme avait des dames et demoiselles d'honneur, etc. Enfin, c'était une petite cour plus que seigneuriale.

Toutefois, ce faste extérieur tenait surtout à ce qu'il était naturellement vain et orgueilleux, «glorieux," comme disaient ses contemporains. C'était un des côtés de ï;on caractère. Dans sa personne et dans ses vêtemeDts, il avait conservé la simplicité calviniste, qui tranchait si singulièrement avec le luxe éclatant de l'époque. Rappelons ici, à ce propos, une anecdote charmante et bien connue.

Mandé parfois à la cour pour aider le gouvernement de ses conseils, il y venait sans rien changer dans son costume et vêtu à. la mode du règne précédent. Naturellement, cet homme d'un autre âge excitait la risée des courtisans, qui s'attirèrent un jour devant Louis XIII cette rude leçon ; « Sire, quand le roi votre père, de glorieuse mémoire, me faisait l'honneur de m'appeler pour m'entretenir des affaires de l'Etat, au préalable il faisait sortir les bouffons. »

D'ailleurs, si Louis XIII lui demandait des conseils, il se gardait bien de les suivre, et le vieux ministre n'eut jamais aucune influence sur la marche des affaires.

Sully rmurut le 22 décembre 1641, à son

SULL

château de Villebon. Il était âgé de quatrevingt-deux ans.

Jusqu'à son dernier jour, le souvenir de Henri IV fut comme une religion pour lui. Leur amitié est restée populaire; elle fut à peine troublée par intervalles par quelques nuages rapidement dissipés. Ce n'est pas que le roi ne fût parfois choqué des rudesses de son grand ministre, surtout en ce qui concernait ses maîtresses et ses dépenses ; mais il ne lui gardait jamais longtemps rancune. A propos d'une de leurs réconciliations, on connaît le mot charmant et d'une vraie tendresse, bien humaine et non princière, qu'il lui adressa; Sully avait mis un genou en terre : « Relevez-vous, Rosny, dit le prince, on croiroit que je vous pardonne. ■>

Une autre fois, Sully refusait de couvrir les prodigalités royales de Gabrielle d'Estrées, la maîtresse adorée ; il fut même choquant et plein de roideur; Gabrielle était outrée. Mais le premier feu passé, Henri finit par lui donner raison,' en disant à la belle indignée : « Je me passerais mieux de dix maltresses comme vous que d'un serviteur comme lui. »

Enfin ce «serviteur» impérieux eut la hardiesse de déchirer, un jour, en présence du roi, une promesse de mariage que ce prince avait follement faite à Mlle d'Entraigues.

Les aspérités de son caractère, sa rudesse ej. son orgueil, au moins autant que ses réformes, avaient fait à Sully un grand nombre d'ennemis, et, chose singulière, même parmi ces classes rurales qu'il avait tant favorisées. C'est à ce point, qu'après sa retraite les paysans, en certaines contrées, arrachaient, en haine de lui, les ormes qu'il avait fait planter au bord des routes. Il y avait dans cette irritation le souvenir de certaines mesures fiscales. Mais la postérité a jugé l'œuvre dans son ensemble, et la popularité s'est définitivement attachée au nom du ministre de Henri IV, qui, malgré ses erreurs et ses fautes, n'en a pas moins, par ses travaux, frayé la voie au génie de Colbert.

Il a laissé des mémoires très-précieux pour l'histoire du règne de Henri IV, sous le titre d'Economies royales (édition originale, 1634- 1662, 4 vol.). L'abbé de l'Ecluse en a donné, en 1745, une édition refondue, remaniée et travestie en style moderne, mais où !e texte original a subi des mutilations et des altérations graves. Les Economies royales ont été insérées dans les Mémoires relatifs à l'histoire de France, de M. Petitot. La forme de cet ouvrage est singulière, autant que le style original en est âpre et redondant; ce sont les secrétaires de Sully qui sont censés raconter à leur maître sa propre vie : ■ Vous avez fait ceci, vous avez dit cela, etc. » Voyez, d'ailleurs, l'article économies royales.

M. P. Clément a donné une bonne biographie de Sully dans ses Portraits historiques (Paris, 1855, 1 vol. in-12).

Sully, par M. Ernest Legouvé (1873, 1 vol. in-12). Le ministre de Henri IV, malgré la grandeur du rôle qu'il a joué, n'a pas fourni aux historiens le sujet de nombreuses études biographiques. Celle que M. Legouvé lui a consacrée offre moins les mérites d'un travail d'ensemble sur le rôle et l'action du personnage politique que les avantages d'une causerie sur le caractère et les habitudes de l'homme qui a contribué si puissamment à la prospérité de la France. Les anecdotes qui y fourmillent sont tirées de documents originaux, tels que les Economies royales, les Mémoires de Bassompierre, YHistoire de De Tkou. Elles sont écrites en un style dont la saveur est empruntée aux sources excellentes où elles ont été puisées. Nous en citerons quelques-unes.

Tour à tour et tout à la fois soldat, diplomate, grand maître de l'artillerie, ministre de la guerre, ministre des travaux publics, ministre de l'agriculture, ce qui caractérise surtout Sully, ce n'est pas la complication, la multiplicité de ses rôles, « c'est d'avoir acquis une gloire éternelle, dit M. Legouvé, en servant la gloire d'un autre, c'est d'être devenu un grand homme rien qu'en étant le second d'un grand roi. » Qu'aurait été Henri IV sans Sully? Personne ne peut le dire, tant le ministre complétait le roi. Henri avait une grande force d'initiative, le don d'intuition, une activité prodigieuse et une fécondité d'idées intarissable; mais il était peu instruit et peu laborieux ; être assis deux heures sur une chaise lui semblait chose insupportable. Sully, au contraire, était lent par force d'esprit autant que par lenteur naturelle, et infatigable au travail. L'un devinait tout, l'autre approfondissait tout. Surgissait-il dans la pensée du roi quelque dessein, il appelait aussitôt son ministre pour le lui communiquer et savoir son opinion. Que faisait Suily ? Il lui demandait deux jours pour lui répondre, et, au bout de quarante -huit heures, il apportait un travail où tout était élucidé, préparé.

Rien de plus touchant que le commencement de la liaison de ces deux hommes. Sully était encore enfant quand son père le fit appeler pour lui annoncer qu'il partait pour Paris et qu'il allait l'emmener. « Je veux, lui dit-il, vous présenter à la reine de Navarre et vous donner en sa présence à son fils. Ayez soin de préparer, et de préparer vous seul, sans le secours de votre précepteur, une harangue où vous lui offrirez votre ser-

SULL

vice et votre personne. » Henri avait alors seize ans ; il fut émerveillé du petit discours de cet enfant qui venait s'offrir à lui , et, l'ayant embrassé, lui jura, foi de prince, qu'il l'aimerait toujours. Sully aimait plus tard à se rappeler ces circonstances. « J'ai eu, racontait-il, un grand diable de précepteur, nommé Labrousse, qui se mêloit de faire des nativités et qui,, après avoir vu quej&vois l'honneur d'être né le même jour que léwince de Navarre, un 13 décembre, à la fête de sainte Luce, m'a assuré avec grand serment qu'infailliblement le prince seroit roi de France , qu'il régneroit glorieusement et m'appelleroit aux plus hautes dignités. Je lui resterai donc fidèle par affection pour lui et par intérêt pour moi. »

Lorsque le roi de Navarre eut pris les armes pour conquérir le trône de France, Sully le suivit et se fit bientôt une réputation d'homme de guerre. Son courage était ardent et calme tout à la fois. Un jour, au siège de La Charbonnière , que Sully dirigeait comme grand maître de l'artillerie, Crillon voulait faire une reconnaissance; Sully refusait, disant que les arquebusades des ennemis étaient trop redoublées et trop piquantes, « Quoi , mordieu ! mon grand maître, s'écria Crillon de sa voix gouailleuse, crai-

fnez-vous les arquebusades en la compagnie e Crillon ? Jarnidieu I puisque je suis ici, elles n'oseroient approcher. Allons faire cette reconnoissance. — Eh bien, monsieur, répliqua Sully en riant et en branlant la tête, allons ! Vous voulez que nous disputions à qui sera le plus fouî En bien, je vous forcerai à être le plus sage. » En effet, il le prit par la main et le conduisit dans la plaine, où les balles sifflaient et pleuvaient dru comme grêle. « Jarnidieu 1 dit Crillon, ces coquins, à ce que je vois, n'ont point d'égards au bâton de grand maître, non plus qu'à la croix du Saint-Esprit, et ils seroient capables de nous estropier. Gagnons au plus vite le chemin couvert, car, par le corps Dieu 1 je vois bien que vous êtes bon compagnon ; partant, je me dis pour toujours votre serviteur et veux que nous fassions amitié ensemble. • Depuis, Crillon garda toujours du courage de Sully une haute opinion, et c'était un juge sévère en cette matière.

Ce fut surtout comme négociateur que Sully fut utile à Henri IV; car sa circonspection, ses vertus, son intégrité et le grand air sévère qu'il gardait toujours lui donnaient beaucoup d autorité. Il s'entremit aussi quelquefois avec adresse entre les maîtresses du roi et Mario de Médicis, dont le caractère méchant, l'humeur chagrine et taquine causaient à Henri mille tourments. Un jour que le roi avait eu quelque fâcherie avec la reine, il partit à Chantilly sans lui dire adieu. L'après-dlnée, Sully s'en alla au Louvre et trouva Marie de Médicis qui écrivait à Son époux une lettre de reproches remplie d'expressions violentes et d'injures amères. Il déclara à la reine qu'il était impossible qu'elle envoyât une telle lettre. « Eh bien, refaitesla, » répliqua vivement la reine. Sully s'en défendit. « Je le veux, » dit la reine ; et elle le força de recommencer son épltre. Quelques jours après, Henri IV prit a. part son ministre et lui dit : ■ J'ai reçu une lettre de ma femme la plus impertinente du monde. Evidemment, ce n'est pas elle qui l'a écrite; je n'ai pas reconnu son style. Enquérez-vous quel en est l'auteur, afin que je puisse le punir. » Grand embarras de Sully, qui répondit : «Je ne comprends pas, sire, la colère de Votre Majesté. La reine n'a-t-elle pas sujet de se plaindre de vous à cause de M1^ d'Entraigues? — Cela est vrai, — Eh bien, si cette lettre avait été écrite à bonne intention et pour vous conseiller des choses utiles?... —

— Eh I cordieul ce qui m'irrite, c'est que cette lettre, qui contient de dures vérités et me demande un dur sacrifice, a été faite par un de mes ennemis pour me picoter. — Est-il bien certain, sire, que si elle avait été écrite à bonne intention, par un de vos serviteurs, vous ne vous fâcheriez pas? — Très-certain.

— Alors, sire, ne vous fâchez donc plus, car c'est moi qui ai dicté cette lettre, » Henri IV, stupéfait, se consola, mais il ne changea pas sa manière de vivre.

On sait quel intègre et quel méticuleux financier fut Sully. Il fit presque doubler le revenu des impôts et sut économiser sur tout. On a dit, et Richelieu principalement a insinué, que son désintéressement avait été plus feint que réel. Il reçut effectivement des mains du roi des dons et gratifications considérables, mais il n'en reçut que de lui et avec son agrément. C'est ce qu'atteste le fait suivant. Après la conclusion du traité qui remit Rouen au pouvoir de Henri IV, les principaux de la ville offrirent à Sully un très-beau présent de vaisselle d'argent doré. Le ministre fit porter les objets dans la chambre du roi et lui dit : « Ceux de Rouen veulent me gratifier d'un don d'argenterie ; mais, comme j'ai résolu de ne jamais rien recevoir pour affaires que je pourrais manier, sinon par vos libéralités, j'ni ordonné qu'on apportât ici cette argenterie, afin que Votre Majesté pût en disposer selon son bon plaisir. » Henri IV fut vivement touché d'un tel acte et joignit au cadeau un brevet qui lui en garantissait la possession. Aussi son ministre lui était -il cher entre tous.

Nous laissons à M. Legouvé la responsabilité de son opinion à propos du désintéres-

SULL

sèment de Sully, et nous nous en tenons sur ce point à ce qui a été dit dans notre article biographique.

Tous les jours, à quatre heures, en hiver comme en été, Sully était installé dans son cabinet de travail pour « nettoyer le tapis, » c'est son mot, c'est-à-dire pour mettre ordre aux affaires courantes; a six heures et demie, il s'habillait; à sept heures, il partait au conseil, et à midi il dînait; après le dîner, il donnait audience à tout le monde, puis il employait le reste de l'après-midi à ses affaires. Il demeuraitàl'Arsenal, dont il avait la garde. Henri IV venait souvent l'y voir et s'y invitait lui-même à dîner : ■ J'arriverai demain chez vous, et n'oubliez pas le poisson. • Ces jours-là, Sully se départait de son système de frugalité, car il savait que son maître aimait force ragoûts, et il avait soin de le traiter a sa guise. Une fois, peu après son mariage, le roi s'y rendit avec toute sa cour. Sully lui fit faire très-grande chère et s'occupa particulièrement des filles italiennes qui accompagnaient la reine. Après le dîner, le roi le prit à part et lui dit : « Hé I grand maître, voyez donc comme les filles <vhonneur de la reine ont l'oeil brillant, les joues empourprées et le rire éclatant! — Je sais pourquoi, répliqua gravement le ministre. — Qu'est-ce donc? — Le voici : comme j'avais remarqué que ces jeunes Italiennes appréciaient fort mon vin blanc d'Arbois, j en ai fait remplir toutes les aiguières destinées à contenir de l'eau, de façon qu'elles ont, pendant tout le dîner, trempé leur vin rouge avec du vin blanc. — Ah I bon Dieu I vous les avez grisées I — Un peu ; j'ai pensé que cela égayeroit la fin du repas. >

Cette anecdote montre Sully sous un aspect inattendu. Nous voilà loin de la Henriade, et l'on peut voir que le grave ministre était parfois badin, folâtre, même un peu grivois. M. Legouvé a mis presque tout entière sa vie en action, depuis les premiers moments de sa liaison avec Henri IV jusqu'à l'époque où, le maître mort, le fidèle serviteur, près de mourir aussi, tirait de temps en temps de sa poitrine»et baisait une médaille où était empreinte la figure de celui qu'il avait tant aimé,

Soltj (hôtel), célèbre hôtel et l'un des plus anciens de Paris. Il s'élève rue Saint-.Antoine , no 143 , k quelques pas de la place Royale et presque en lace de la rue Saint- Paul. Commencé vers 1624 par un sieur Mesme-Gallet, qui acquit deux maisons appartenant à Louis Huant de Montmagny, maisons qu'il fit abattre, la construction en fut arrêtée, le terrain sur lequel la façade était bâtie n'appartenant qu'en partie audit Mesme-Gallet. Quelque temps après, ce dernier fut saisi pour dettes et l'hôtel vendu par décret de 1627. Par la suite, l'édifice s'accrut de diverses propriétés voisines, sous plusieurs propriétaires successifs. Enfin, vers 1629, son propriétaire d'alors, un sieur du Vigean, fit construire l'entrée actuelle et le céda par' échange à Maximilien de Béthune, duc de Sully, le célèbre ministre de Henri IV, qui chargea Androuet du Cerceau de son achèvement et de son aménagement définitif, après l'avoir agrandi encore par l'acquisition d une maison (petit hôtel Sully, démoli depuis). En 1752, il passa de la famille de Suily k M. Turgot de Saint-Clair, dont il porta le nom jusqu'à la Révolution.

L'hôtel Sully se compose de quatre corps de bâtiments encadrant une cour carrée, avec une façade sur la rue, fort étendue et terminée à ses deux extrémités par deux pavillons à frontons arrondis, ornés de sculptures. Les façades de la cour sont riches et ornées de sculptures nombreuses, représentant des Génies tenant des casques et des armes. Les trumeaux principaux représentent les Saisons ; les fenêtres sont enjolivées de mascarons et de rinceaux curieux. L'hôtel Sully, bien que n'ayant pas encore été dégradé pour les besoins de l'industrie et des particuliers, est loué en détail aujourd'hui, et sa façade sur la rue Saint-Antoine est garnie de boutiques au rez-de-chaussée, de chaque côté de sa porte cochère. Un pensionnat occupe le bâtiment du fond de la cour, derrière lequel s'étend le'jardin.

C'est devant l'hôtel de Sully qu'eut lieu, en 1725, la scène scandaleuse à la suite de laquelle Voltaire fut mis si injustement à la Bastille. Voltaire allait dîner très-souvent chez le duc de Sully et y rencontrait le chevalier de Rohan, gentilhomme perdu de dettes et de débauches. Sur un mot sanglant du jeune philosophe, le chevalier lui voua une haine acharnée, et un jour que Voltaire dînait de nouveau chez le duc, on vint le prévenir que quelqu'un le demandait devant la porte de l'hôtel, rue Saint-Antoine. Voltaire □e fut pas plus tôt dans la rue, qu'il fut assailli de coups de bâton par les séides du chevalier. Voltaire, meurtri, remonte chez le duc de Sully, le supplie de se joindre à lui pour le venger; mais le duc recule devant le bruit et surtout devant le nom des Rohan et répond évasivement. On sait le reste : Voltaire pour avoir voulu se venger lui-même, fut mis à la Bastille et de là passa en Angleterre.

SULLY ( Henri ) , horloger anglais du xvine siècle, mort à Paris en 1728. C'est l'un des artistes qui ont le plus contribué aux progrès de l'horlogerie. Il mérita l'estime de

SULP

Newton par ses recherches sur les longitudes, vint à Paris, où, il abjura l'anglicanisme et s'y concilia la sympathie du duc d'Orléans, qui lui fit exécuter une pendule à levier pour mesurer le temps en mer. On a de lui : . Règle artificielle du temps (Paris, 1717, in-8°) ; Méthode pour régler les montres et les pendules (Paris, 1728, in-go).

SULMO, ville de l'Italie ancienne, dans le Samnium, à 16 kilora. S.-E. de Corfinium, au fond d'un bassin de montagnes. Elle fut détruite par Sylla, puis relevée peu après. Patrie du poète Ovide. C'est aujourd'hui la ville de Solmona.

SULMO, ville de l'Italie ancienne, dans le Latium, chez les Volsques. Aujourd'hui Sek-

MONliTTA.

SIJLMONA , ville du royaume d'Italie.

Page 1