LES SANGS
— Se ronger les sangs, Se contenir, se contraindre, quelque envie qu'on ait d'éclater.
— Encycl. Le sang est le liquide nourricier de l'animal comme la sève est le liquide nourricier de la plante. Ce liquide est rouge chez beaucoup d'animaux, mais il ne l'est pas chez tous, et Aristote connaissait déjà cette différence. « Tous les animaux, dit ce grand naturaliste, ont un fluide dont la privation, soit naturelle, soit accidentelle, les fait périr; chez les uns c'est le sang, chez les autres c'est un liquide incolore qui le remplace. « Aristote constata aussi que, sous ce rapport, les oiseaux et les poissons, aussi bien que les quadrupèdes, ressemblent à l'homme, tandis que les mollusques, les crustacés et les insectes en différent. Déjà, dans ces temps anciens, Platon avait soupçonné que le sang devait circuler constamment dans nos vaisseaux, revenant toujours au point d'où il est parti ; mais cette idée lumineuse resta dédaignée des savants pendant plus de vingt siècles, et ce n'est qu'en 1619 que le Célèbre médecin anglais Harvey découvrait le mécanisme de la circulation de Ce liquide. Quelques années après Harvey, en 1661, Malpighi aperçoit, dans le sang du hérisson, des corpuscules rouges et arrondis, qui lui paraissent être des globules de graisse. En 1673, Leuvenhoek, muni de meilleurs microscopes, voit nettement nager dans le sang humain une multitude incalculable de corpuscules arrondis, d'une petitesse extrême, et, peu de temps après, étendant ses recherches à beaucoup d'animaux, il arriva à ces conclusions que, chez les oiseaux et les poissons aussi bien que chez les quadrupèdes, le sang est un liquide hyalin dans lequel flottent de nombreux globules rouges; que, chez le bœuf, le mouton et le lapin, ces globules sont ronds, et qu'ils sont ovalaires chez les oiseaux, les poissons et les grenouilles. Leuvenhoek fut ainsi le premier qui révéla le trait principal de la constitution du sa?ig. Après lui vint Hewson qui, en 1770, publia des observations très-justes sur la structure et la dimension des globules. Au commencement du xvme siècle, Ruvsch avait isolé la liûrfcie du sang par le battage et Menghini avait démontré la présence du fer dans ce liquide. Immédiatement après Hewson, Boyle et d'autres montrèrent que le sang contient des matières terreuses et les laisse dans la combustion, sous forme de cendres. Rouelle le cadet fit voir que l'une de ces matières est l'alcali minéral, c'est-à-dire la soude. Après lui Bucquet , Macquer et Fourcroy firent de nouvelles et meilleures analyses du sang.
Mais ce n'est qu'au commencement de notre siècle et grâce aux patientes investigations de l'immortel Berzélius que la vraie
composition du sang fut connue. Depuis lors les travaux de Prévost et de Dumas, de Chevreul, de Lecanu, de Muider, de Nasse, de Denis, de Simon, de Lehmann, de Cl. Bernard ont encore largement éclairé la science sur la constitution réelle etles métamorphoses compliquées de ce liquide fondamental.
— Anatomie et composition chimique du sang. Lesang humain est un liquide d'une Couleur tantôt vermeille et tantôt foncée, qui remplit le système entier des veines, des artères et des capillaires. Sa densité est de 1,052 à 1,057, c'est-à-dire qu'il pèse de 52 à 57 millièmes de plus que l'eau; sa saveur est légèrement salée, son odeur est sut generis, et sa réaction franchement alcaline à l'état pathologique comme à l'état normal. Si on l'a trouvé quelquefois acide sur le cadavre, cela tient à une décomposition chimique qui ne saurait se produire durant la vie. Lorsqu'on abandonne & lui-même le sang tiré des vaisseaux, il ne tarde
fas à se séparer en deux parties distinctes: une solide, qui se resserre peu à peu sur ellemême et qu'on appelle le caillot; l'autre liquide, jaunâtre et plus lourde, nommée sérum. Le caillot, qui forme le tiers en poids du sang, est constitué en très-grande partie par des éléments anatomiques qui sont des globules ronges ou hématies et des globules blancs ou leucocytes, et par de la fibrine coagulée. Les globules rouges (v. globule) sont en oroportion beaucoup plus grande que les globules blancs. Le caillot se compose, d'ailleurs, de deux parties : l'une, superficielle, grisâtre, demi-transparente, appelée couenne, est formée de fibrine et de globules blancs; loutre, souvent appelée cruor, est formée de fibrine où sont emprisonnés la majorité des globules rouges.
La plupart des acides coagulent le sang. La fibrine hors des vaisseaux se coagule naturellement de trois à cinq minutes après la sortie du sang, un peu plus tôt dans le sang veineux, un peu plus tard dans le sang artériel. Le sang tient en dissolution ou fixés à ses hématies de l'oxygène, de l'hydrogène, de l'acide carbonique et de l'azote. Outre ces premiers éléments, il contient encore un trèsgrand nombre de principes que nous allons énumérer rapidement, en suivant l'ordre adopté par M. le professeur Robin, qui lés a divisés en trois grandes classes, et en faisant des emprunts considérables à son savant Traité des humeurs normales et morbides du corps de l'homme (Paris, 1867).
— Principes de la première classe. Ce sont ceux qui, cristallisables ou volatils, sont toujours d'origine minérale. Les uns sont solides, les autres sont liquides ou gazeux.
1. Eau. Le sang de l'homme en contient plus des trois quarts de sa masse ; cette eau provient des aliments et des boissons et ne se forme pas dans l'organisme. Certaines artères en contiennent une plus grande quantité que les veines correspondantes. C'est co qu'on observe notamment dans l'artère rénale.