Biliverdine
5, Hémaphéine.
Nous avens cru devoir donner ici cette liste des matériaux constituants du sang, te\s qu'ils sont connus aujourd'hui dans la science. Leur nombie dispense de tout commentaire sur la complexité du liquide nourricier du corps. Il importe encore de remarquer que celui-ci n'est pas identique à lui-même dans toutes les parties de l'économie. Nous avons déjà vu qu'j le sang artériel diffère du song veineux. Celui-ci n a pas la même composition dans les diverses veines et aux divers moments do la journée. Après un repas composé surtout de féculents, les veines intestinales contiennent une quantité considérable de glucose. Les mêmes vaisseaux peuvent renfetiner, dans d'autres circonstances, des corps gras neutres en nature et seulement émultionnés par les sucs digestifs. Les veines sust.épatiques charrient vers le cœur le sucre formé dans le foie et destiné à une combustion prochaine ou à une transformation en acile lactique, lactates, etc.
MM. Becquerel et Bréchet, en introduisant dans les vaisseaux sanguins leurs aiguilles thermo- électriques, ont constaté que le sang est plus chaud que toutes les autres parties de l'économie Dans l'artère carotide, il l'est un peu plus que dans la veine jugulaire, dans l'aorte un peu plus que dans la veine cave supérieure. En général, le sang artériel a une température supérieure k celle du sang veineux. Ly a toutetois une exception k cette règle pour le sang de la veine rénale. Echauffé par les phénomènes chimiques dont le rein est le théâtre, il accuse un peu plus de chaleur que le sang de l'artère rénale. La même remarque est applicable aux ve-nes sushépatic ues à cause de l'activité du foie. Le sang du ventricule droit du cœur est aussi plus chaud que celui de l'oreillette gauche, parce que ce dernier a épouvé un léger refroidissement au contact de l'air, en traversant le poumon.
On se contente souvent, pour donner une idée plus simple de la nature du sang, de présenter l'analyse suivante, en chiffres approximatifs. Le sang contient :
Eau 785,00
Globules 134,25
Albumine 70,0
Fibrine 2,2
Matières grasses 1,8
Sels et matières extractives . . 7,1
Autres éléments 66
Total. . ■ 1000,00
— Phydologie du sang. Le sang, que Bordeu nommait la chair coulante, circule dans un système de canaux fermés, et c'est seulement par transsudation des parties liquides
et dissoutes qu'il pourvoit aux nécessités continuelles de l'assimilation et de la désassimilation. Il est dans un état de métamorphose incessante. D'un côté, il fournit les éléments des tissus et des produits de sécrétion ; de l'autre il se régénère sans cesse par l'absorption veineuse intestinale, par celle qui se fait dans la trame des tissus et enfin aux dépens des matériaux qu'il puise dans le système lymphatique. Nous avons décrit les mouvements du sang aux mots circulation, artère, veine, etc., et nous y renvoyons le lecteur. Nous ferons seulement remarquer ici que c'est surtout par ses propriétés physiologiques que le sang artériel diffère du sang veineux; il est vraiment vital et l'autre a cessé de l'être. On a même prétendu que ce dernier était devenu, par la surcharge d'acide carbonique et de détritus qu'il charrie, une sorte de liquide vénéneux et morbifère; mais l'expérience démontre que cette assertion était exagérée : si l'on injecte dans les vaisseaux d'un animal privé de son sang et près de mourir à la suite d'une hémorragie du sang veineux d'un autre individu, on le ranime et on prolonge son existence. D'un autre côté, si l'on injecte dans les vaisseaux qui conduisent Se sang au cerveau du sang veineux, on détermine dans l'animal un assoupissement qui est suivi d'une espèce d'asphyxie et finit par la mort, tandis que, si l'on injecte par la même voie du sang artériel, on ranime l'être, qui ne meurt que beaucoup plus tard.
Durant toute la série d'actions et de réactions, d'assimilations et de désassimilations, de mouvements et de repos, de combinaisons et de dissolutions, qui se font à la fois par tout l'organisme, et qui ne sont autres que la vie en action, il faut distinguer, dans le sang, le rôle du plasma et le rôle" des globules. Le rôle du plasma, relatif à l'intérieur, consiste dans le charriage des particules nutritives aux organes par l'assimilation, et son rôle relatif à l'extérieur consiste dans le transport des particules désassintilées, et devenues impropres à cet usage, vers les appareils expulseurs. Les globules établissent une liaison intime entre le sang et les gaz atmosphériques auxquels ils enlèvent l'oxygène et qu'ils chargent d'acide carbonique. Tandis qu'en raison des propriétés inhérentes aux liquides et aux solides nous voyons la liaison du plasma et des aliments s'opérer d'une part dans les capillaires de la veine porte et de l'autre dans ceux du rein, les capillaires du poumon satisfont, à eux seuls, au double acte simultané d'endosmose de l'oxygène et d'exosmose de l'acide carbonique. Les globules, en d'autres termes, sont l'instrument de l'ussiinilation et de la désassimilution gazeuse, comme le plasma est l'instrument de l'assimilation et de la désassimilation des principes liquides ou solides en dissolution.
— Le sang considéré par rapport aux divers animaux. Le sang diffère chez les animaux suivant leur espèce et même suivant leur âge et leur sexe. Chez l'enfant nouveauné, la proportion d'eau augmente et celle des globules diminue depuis l'âge de deux semaines jusqu'à celui de cinq mois. Le contraire a lieu depuis cinq mois jusqu'il quarante ans, et, de quarante à soixante-dix ans, la proportion des globules diminue et celle de l'eau augmente de nouveau. Chez l'homme adulte, le poids du sang est de 14 à 15 kilogr. pour un poids total d'environ 65 kilogr. ; il paraît être, chez la femme adulte, plus élevé que chez l'homme de l kilog. à l kilogr. et demi. Chez l'homme, on compte environ 147 globules rouges par 1,000 parties, et chez la femme environ 127. Le sang de la femme contient un peu plus d'eau que celui *de l'homme, 791 pour 1,000 au lieu de 779. Le poids du sang est toujours plus grand spécifiquement chez les individus maigres que chez ceux qui se font remarquer par leur embonpoint. Une vache de 300 kilogr. a donné aux recherches de SchuUz jusqu'à 50 kilogr. de sang, tandis qu'un bœuf gras de même poids n'en donnait que 35, Cet observateur a constaté qu'en général , chez tous les vertébrés comme chez l'homme, le poids proportionnel du sang diminue avec l'embonpoint, et que les jeunes ont moins de sang que les adultes,
La couleur du sang varie aussi selon la classe à laquelle l'animal appartient ; le rouge est très-intense chez les oiseaux, et ce phénomène paraît se lier à l'activité de leur respiration. Si, en effet, on produit dans le poumon d'un animal le même effet qu'y produirait une respiration plus active en y insufflant par un canal artificiel plus d'air et d'oxygène, on augmente la couleur vermeille de son sang et l'on peut rendre son sang veineux luimême aussi rouge que l'autre en le soumettant k l'action d'un courant d'air additionnel. Chez les mammifères, le rouge du sang est moins intense, et, chez les reptiles et les poissons, la différence entre le sang rouge et \esang noir est moins tranchée, Anstote prétendait que dans la race humaine le sang du nègre est plus noir que celui du blanc; cette assertion a perdu beaucoup de son importance depuis que l'on sait que la cause de la couleur noire chez le nègre ne réside que dans le pigmentum.
On distingue encore, parmi les vertébrés, les animaux à sang chaud et les animaux ù sang froid, La sang des premiers, qui sont
les mammifères et plus encore les oiseaux, a une chaleur propre qui se conserve de 32° à 36° Réaumur, malgré les abaissements de la température ambiante; les seconds, qui sont les reptiles et les poissons, sont dits à sang froid parce que leur sang se met à, peu près au niveau de la température ambiante. La science est encore k son enfance sur l'étude du sang des animaux sans vertèbres. On sait qu'en général , chez les mollusques, les articulés et les rayonnes, le sang est incolore ou légèrement teinté en jaune, vert, rose ou lilas, et l'on dit que ces animaux sont à sang blanc. Nous ajoutons en général , car il y a des exceptions ; le sang, par exemple, de la plupart des annélides est rouge. Des auteurs prétendent que le sang des mollusques est composé, comme celui des vertébrés, d'un plasma et de globules, mais que ces globules ne contiennent pas de noyau; parmi les articulés, les crustacés ont mu sang bleuâtre et diaphane, dont les globules sont composés de vésicules. Celui du scorpion est limpide et à globules ovales, pointus ou ronds. Les globules du sang des insectes sont sphériques ou granuleux et diversement nuancés selon les espèces. La sangsue a le sérum jaunâtre et les globules d'un rouge jaune. Enfin, parmi les zoophytes, les échinodermes ont encore un sang à globules; mais on n'en a pas trouvé jusqu'ici dans le sang des intestinaux ni dans celui des acalèphes. Chez les infusoires, le fluide nutritif est réduit à l'état d'une humeur diffuse dont il est difficile d'étudier les caractères.
— Pathologie du sang. Presque toutes les maladies s'accompagnent ou dérivent de changements dans la crase du sang. Nous allons passer rapidement en revue ces modifications, sur lesquelles les travaux récents d'Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier ont jeté une vive lumière.
Les dernières périodes de la gestation sont caractérisées par une diminution notable dans le chilîre des hématies et par une légère •augmentation de la quantité de fibrine. Cette lésion s'accompagne de fatigue, d'épuisement et de la plupart des symptômes propres à la chloro-anémie. La saignée, la diète et le régime débilitant amènent le même résultat. Le chiffre des globules, dans ces cas, peut s'abaisser de 140 à 21, ainsi que l'a constaté Andral.
La fibrine augmente dans les phlegmasies aiguës d'une manière constante. De 2 k 3, elle s'élève à 9 ou 10 pour 1,000. C'est un caractère tellement sur, que, si dans une maladie on renoontre plus de 5 en fibrine, on peut assurer hardiment qu'il y a une inflammation de quelque organe. Cette lésion du sang s'observe même chez les chlorotiques, pendant le cours d'une phlegmasie intercurrente. Les maladies inflammatoires qui amènent le maximum de cette augmentation sont le rhumatisme articulaire et la pneumonie. Dans les pyrexies, dans la fièvre typhoïde, dans les lièvres éruptives et dans les hémorragies, la fibrine diminue ou se maintient dans ses proportions normales ; jamais elle n'augmente, ce qui les différencie très-bien des phlegmasies. La diminution considérable de la fibrine entraîne très-souvent une tendance hémorragique générale qui se manifeste par l'apparition de pétéchies, d'ecchymoses, d'épistaxis et d'autres pertes de sang par les divers organes de l'économie. La même tendance hémorragique peut se produire aussi dans la pléthore, c'est-à-dire lorsqu'il y a augmentation de la masse sanguine contenue dans le système vasculaire et hypergénèse des globules rouges.
Dans la phthisie et dans la maladie de Bright, à la suite des lièvres intermittentes et en général dans les maladies chroniques débilitantes, on trouve une diminution considérable des globules et souvent de la fibrine soluble, aussi nommée albumine du sang.
Dans ce dernier cas, il n'est pas rare de voir les malades en rendre par leurs urines une quantité considérable.
Certaines substances qui n'entrent pas dans la composition normale du sang, mais qui existent dans l'organisme sain, peuvent vicier ce liquide par leur pénétration. C'est ainsi qu'on retrouve dans le sang des ictériques (jaunisse) la biliverd.ine ou matière colorante de la bile. Dans le diabète sucré, le sang est chargé de sucre; cette substance étant en trop grande quantité pour être brûlée le long du torrent circulatoire s'écoule par l'urine. Dans d'autres circonstances, l'urée, qui se produit normalement dans la combustion profonde des tissus, n'étant plus éliminée par le rein, s'accumule dans le sang et il en résulte une maladie grave [urémie) ; s'il y a rétention d'urine complète, l'urée ne tarde pas à empoisonner le sang, et viennent les symptômes redoutables de la fièvre urineuse. fwfois, ce sont les globules blancs du sang lui-même qui se produisent en nombre insolite; il y a hypergénèse de ces globules, et alors le sang blanchit ou plutôt prend une teinte violacée par suite de leur mélange en trop forte proportion avec les hématies; c'est la leukémie ou leucocytkëmie, maladie mortelle. La graisse, dans certains troubles de la digestion , comme les matières biliaires dans certaines affections du fois, peut aussi s'accumuler dans le sang, et les désordres qui en résultent sont des plus intéressants pour le médecin.
Le sang peut encore être altéré par la pénétration dans le système vasculaire de globules purulents. Leur présence détermine la pyohéinie ou infection purulente. S'il y a seulement résorption de la sérosité altérée, c'est l'infection putride qui se produit. La matière cancéreuse peut aussi pénétrer dans le torrent circulatoire, et il n est pas rare d'en trouver dans les veines qui émanent du tissu eocéphaloîde.
En dehors des altérations qui tombent d'une manière médiate ou immédiate sous nos sens, il en est d'autres dont la gravité ne leur cède en rien et qui pourtant nous sont inconnues dans leur nature. Telles sont celles qui sont produites par la pénétration des venins et des virus. Qui oserait nier l'altération du sang dans le farcin, dans la morve, dans la syphilis, dans le charbon, dans la race? Et qui pourrait décrire sciemment les lésions du liquide sanguin dans ces affections? Tous les empoisonnements par les substances capables d'agir sur la totalité "de l'organisme s accompagnent de désordres dans la masse du sang. C'est par l'intermédiaire de ce liquide que ces substances arrivent jusqu'aux divers organes. De nombreuses analyses ont démontré qu'on retrouvait à l'occasion le plomb, le mercure, l'arsenic et bien d'autres poisons, lorsque ceux-ci avaient été absorbés et introduits dans le sang. Ce sont encore des altérations de cet ordre qui se manifestent lorsqu'il y a respiration de gaz méphitiques. Il y a, dans ces cas, des modifications matérielles très-réelles; seulement, elles ne portent pas sur la quantité des substances, mais sur des états moléculaires qui se révèlent par des troubles fonctionnels.
Dans les maladies virulentes , le sang éprouve une modification de toute sa masse, modification qualitative plutôt que quantitative, et qui porte spécialement sur les matières albuminoïdes. Celles-ci subissent une transformation isomérique qui les rend incapables de se métamorphoser normalement, et des perturbations souvent mortelles en sont la conséquence. Elles acquièrent de plus la propriété de transmettre par contact leurs propriétés morbides aux matières saines d'un organisme voisin (v. contagion). La science n'est pas encore fixée sur la nature de ces transformations isomértques ; mais les beaux travaux de Charles Robin (1866) sur le choléra ne laissent aucun doute sur la réalité de ces lésions occultes, qui avaient échappé jusqu'ici aux investigations les plus minutieuses. La syphilis et les autres maladies de cette famille comportent une altération virulente analogue. C'est aussi une altération virulente que le sang éprouve quelques jours après la mort; cette altération est telle qu'il suffit de s'en inoculer la plus petite quantité pour s'exposer à une mort presque certaine (v. piqûres anatomiquks). Il ne faut pas confondre ce sang virulent avec le sany putréfié, dont les propriétés sont bien moins redoutables.
Enfin, comme la fibrine résulte du dédoublement de la plasmine, ce dédoublement, qui a pour résultat la formation d'un caillot, peut s'opérer dans les vaisseaux aussi bien que hors des vaisseaux, et alors les caillots qui se produisent dans les artères ou les veines de l'être vivant les obstruent, arrêtent la marche du sang, et, si le phénomène se passe aux abords du cœur ou du poumon, la mort peut s'ensuivre instantanément ou trèsrapidement. Ces caillots, formés spontanément, sont appelés thromboses ou embolies.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, car les diverses lésions du sang sont étudiées dans les articles consacrés aux nombreuses maladies qu'elles accompagnent ou qu'elles déterminent. Eu résumé, on peut ranger sous les dénominations suivantes les principales altérations du sang ; spanémie ou appauvrissement du sang, la proportion des globules rouges étant au-dessous du taux ordinaire; leucocytkëmie ou excès de globules blancs ; hypérinose ou excès de fibrine ; hypinose ou défaut de fibrine ; piarrhémie ou excès de matières grasses ; mélithémie ou excès de matières sucrées; urémie ou excès de principes urinaires ; cholémie ou présence de produits biliaires; septicémie ou altération virulente de la masse sanguine,
— Thérapeutique du sang. Après tout ce qui vient d'être dit sur les altérations du sang, il suffit du simple bon sens pour poser ces principes généraux de thérapeutique : 1» que les maladies dont la cause est dans un sang débilité ou vicié doivent être combattues par une alimentation et des remèdes de nature à rendre au sang les qualités qu'il a perdues, par la respiration d'un air pur ou présentant une composition particulière propre à produire un effet déterminé, enfin par un régime et des soins concourant au même but; 2» que si l'altération du sang n'est, comme il arrive souvent, que le résultat d'une autre cause, soit maladie interne, soit accident, soit influences externes, il faut s'attaquer à la cause première et, avant tout, la faire disparaître. Mais il n'est pas rare, dans ces cas, que l'altération sanguine, après avoir été conséquence, redevienne cause à son tour et finisse par constituer la gravita du mal; alors il faut en apprécier 1 importance et la traiter, tout en faisant cesser la cause primitive si elle persiste encore, selon
SANG
la règle générale que nous venons de poser. On a toujours cherché dans les trois régnes de la nature fies substances qui eussent la vertu de rendre an sang, par l'absorption alimentaire, les qualités et les principes dont il peut, dans tel ou tel cas, avoir besoin, et, il faut le dire, la manie de la mode a souvent régné dans cet ordre d'idées comme en toutes choses j c'est ce qui a eu lieu encore dans ces derniers temps pour l'huile de foie de morue, pour le vin de quinquina et pour mille autres compositions ou produits naturels, dont le commerce ne manque pas de faire son profit. Nous n'entrerons dans aucun détail sur ces matières diverses , réservant aux articles spéciaux, soit sur les maladies, soit sur les matières elles-mêmes, ce qui peut présenter de l'intérêt. Nous dirons seulement que la voie curative par la digestion n'est pas In seule, que la nature présente aussi une voie par la respiration, qu'elle ouvre même de ce côté un vaste champ aux recherches thérapeutiques et que la science l'a à peine abordé. On a cependant inventé des appareils ayant pour but de faire respirer aux malades un air composé ou des gaz curatifs; mais on n'a pas encore obtenu de résultats bien avérés. Nous ne ferons aussi que rappeler et indiquer la méthode par transfusion du saut/. Cette méthode, qui fit tant de bruit dans le siècle précédent, et qui a été presque abandonnée depuis que, Denis ayant tué un sujet en injectant dans ses veines le sang d'un veau, la police crut devoir interdire de telles expériences, ne fut pas sans résultats satisfaisants et n'a point dit son dernier mot. Nous croyons pourtant que la transfusion ne laisse guère d'espérance à la thérapeutique qu'à ia condition de n'être tentée qu'entre individus de la même espèce, et nous pensons, d'ailleurs, qu'il n'y a pas a désespérer non plus de trouver de merveilleux curatifs du sang dans l'injection par les veines nonseuleinent d'un autre sang, mais encore de gaz ou de liquides qui ne seraient point du
Sang. V.GLOBULE , PLASMA , SKHUM , FIBRINE , CIRCULATION, TRANSFUSION, SAIGNÉE, ARTÈRE,
veine, etc.
— Art vétér. Sang de rate. Cette maladie, connue encore sous les noms de maladie de sang, de chaleur, de sang, de mourroy rouge, j de splênorrhagie, d'apoplexie charbonneuse de la rate, est sans contredit, parmi toutes les affections graves des bêtes à laine, celle qui i en fait périr le plus grand nombre. Annuelle et enzootique dans beaucoup de localités, frappant de mort presque tous les animaux qu'elle atiaque, cette maladie sévit spécialement sur les bêtes ovines des départements où la culture se fait en grand et où les troupeaux sont particulièrement alimentés soit par les fourrages des prairies artificielles, soit par les grains, comme l'orge et l'avoine. Aussi est-ce dans les plaines fertiles du midi de la France, dans la Brie et dans la Beauce, localités riches d'ailleurs eu beaux et nombreux troupeaux de races distinguées, que la maladie de sang fait le plus de ravages.
Cette maladie fait annuellement beaucoup de victimes. Ce sont les plus belles, les plus jeunes brebis, les agneaux qui donnent le plus d'espérance qu'elle fait périr. Ce n'est que par exception qu'elle sévit sur ies bûtes âgées ou de peu de valeur. Les agneaux à la mamelle n'en sont pas toujours exempts. Annuellement et en itioyenne/ies pertes s'élèvent à 20 pour 100; souvent, dans les localités dont le sol est sec et calcaire, lu mortalité va jusqu'au quart, au tiers, et dépasse parfois la moitié o,u troupeau.
Les bêtes qui vont être atteintes prochainement du sang de rate ont une vivacité et une excitabilité qui ne sont point ordinaires. Les conjonctives sont injectées; le sang retiré de la veine est riche en globules, en albumine et pauvre en éléments aqueux. Lorsque le troupeau paît en liberté, ces bêtes s'arrêtent de temps en temps, ouvrent la bouche et respirent péniblement; mais cette dyspnée est de courte durée. Après ie repas, le ventre se ballonne. L'urine est roussàtre et sanguinolente et tache les toisons. Entin, bientôt les excréments, ordinairement secs et moulés, deviennent mous et sont recouverts d'une matière glaireuse, blanchâtre et souvent sanguinolente. A Ces symptômes précurseurs succède bientôt une série de phénomènes après lesquels la bête succombe comme foudroyée. « L animal cesse de manger, dit d'Arboval, s'arrête tout à coup, porte la tête basse, parait étourdi, chancelle, trébuche, tourne, tombe et bat considérablement des flancs; du sang sort par l'anus ou le nez, les sens sont totalement troublés, la bouche s'ouvre et se remplit d'écume, le râle et la mort arrivent en cet état. D'autres fois, la bête se relève et va comme pour chercher à manger; mais bientôt elle retombe Je nouveau ; alors les symptômes indiqués augmentent et l'animal meurt au bout d'un qu;irt d'heure ou d'une demi-heure. Au moment de la mort, il est assez ordinaire de voir sortir par la bouche et les naseaux un sang noir et épais. Le gonflement, qui est rapide et considérable après la mort, existe ou commence quelquefois auparavant. La série de ces phénomènes n'est pas toujours bien marqu-e, tant parfois ils se succèdent rapidement. » Généralement, les animaux expirent après cinq, dix, quinze, vin^i minutes, une heure, deux heures, trois heures au plus.
SANG
A l'autopsie des animaux morts du sang de raie, on trouve tous les tissus gorgés d'un sang très-riche en globules et en albumine et très-pauvre en éléments aqueux. La rate est constamment gorgée d'un sang noir qui a considérablement distendu les cellules veineuses, an point d'en faire quelquefois plus que sextupler le poids. C'est cette dernière circonstance qui a fait désigner depuis longtemps cette maladie sous le nom de sang de rate.
Quant à la nature et au siège de cette maladie, les vétérinaires, même les plus autorisés, ne sont point d'accord à cet égard ; les uns, se fondant sans doute sur la rapidité avec laquelle se décomposent les cadavres, veulent y voir toujours une affection de nature charbonneuse; d'autres, une sorte d'apoplexie ; d'autres enfin, disant se fonder sur l'observation, pensent qu'on a souvent confondu sous le même nom deux genres de ma- , ladies bien distinctes qui se manifestent quelquefois dans les mêmes lieux et qui sont dues à des causes différentes. Quai.t au siège, | voici ce qu'en dit Delafond : » La maladie a son siège dans le système circulatoire ; elle ' est le résultat d'une proportion trop forte j dans le sang des principes organiques nom- ' niés globules, fibrine et albumine, d'une troD ! petite proportion d'eau et enfin d'un trop- I plein de sang dans la circulation. »
Les principales causes de cette maladie, ■ qu'on peut regarder comme prédisposantes, sont : une nourriture abondante, comme les vesces, les pois, les féveroles; les grandes chaleurs de l'été ; les courses trop précipitées dans des jours très-chauds; l'insolation; l'air chaud et poussiéreux ; l'insuffisance des boissons, leur insalubrité dans quelques- circonstances, l'eau salée dans d'autres; l'insalubrité des bergeries, etc. ; mais il est une foule de causes dont le mode d'action se dérobe à nos investigations.
Cette maladie est-elle contagieuse? On a discuté beaucoup et l'on discute encore sur la contagion et sur la transmission de la maladie aux animaux sains par des animaux atteints du sang de rate. Suivant les uns, la transmission aurait lieu pur inoculation ; suivant d'autres, cette transmission aurait lieu par infection, par suite du séjour simultané d'animaux sains avec des animaux malades dans une même bergerie ou dans un même enclos; enfin, d'autres personnes croient pouvoir douter de la contagion soit par inoculation, soit par infection.
Ce qui est certain, c'est qu'en inoculant à des animaux sains du sang infecté de bactéries et pris sur des animaux ayant succombé au sang de rate, les animaux inoculés ne tardent pas à succomber eux-mêmes à cette même maladie. Quant a la transmission par infection, elle n'est pas encore scientifiquement démontrée; il faut donc attendre de nouvelles preuves pour se prononcer à cet égard.
Les moyens préventifs k opposer à cette maladie sont : la saignée, la diète, le régime tempérant, enfin l'émigration de tout le troupeau dans des pâturages naturels, frais et même humides. Il ne faudrait pus s'imaginer que ces moyens préservatifs arrêtent le mal tout à coup : l'expérience a démontré le contraire. Ce n est guère qu'après huit, dix et même quinze jours qu'il est possible d'en apprécier les salutaires effets. Enfin, il faut essayer de soustraire les animaux à l'influence des causes qui semblent les prédisposer au sang de rate. Quant aux moyens curatifs, on n'en connaît pas encore; du reste, la maladie a une terminaison si prompte, qu'il serait presque impossible d'employer ces moyens s'ils existaient.
La maladie appelée sang de rate est, comme la clavelée, réputée pour l'espèce ovine vice rédhibitoire par la loi du 20 mai 1838, parce que son germe peut préexister à la vente et ne se développer que postérieurement; que, en outre, elle se manifeste sans qu'aucun signe précurseur apparent la fasse deviner, qu'elle attaque ordinairement en premier lieu les animaux qui paraissent eu meilleur état, et qu'ainsi il est facile de vendre un troupeau dans lequel elle a commencé k sévir sans que l'acheteur puisse le moins du monde se douter de son existence.
D'après la loi, le sang de rate o n'entraînera la rédhibition de tout le troupeau qu'autant que, dans le délai de la garantie, la perte constatée s'élèvera au quinzième au moins des animaux achetés. » Dans le cas où la perte dûment constatée reste au-dessous de la quinzième partie des animaux acquis, c'est uniquement pour ceux de ces animaux enlevés par le sang de rate que l'action rédhibitoire peut être intentée.
La loi ajoute que « la rédhibition n'aura lieu que si le troupeau porte la marque du vendeur. • La marque est une condition sine qua non, une condition que rien ne peut remplacer, du droit à la résolution de la vente; l'acheteur doit donc toujours exiger que les animaux soient marqués, afin de ne pas perdre la garantie due par le vendeur.
— Sport. Pursang. M. Eugène Gayotexpose ainsi ce qu'il faut entendre par les mots pur sang ; « Cette désignation a prévalu, dit-il, dans le langage hippique; elle a remplacé le mot noblesse, et c'est à juste titre, car elle dit plus et mieux ce qu'on voulait exprimer par celui-ci. lia noblesse s'acquiert, elle a I
SANG
des degrés ; la pureté du sang est préexistante et absolue, c'est un principe. Physiologiquement parlant, le sang est la source génératrice de toute trame organique ; il contient le germe, il est la cause de toutes les qualités physiques et morales, il est le véhicule de tous les éléments de l'organisme. Ces éléments sont bons, médiocres ou mauvais chez le cheval de haut lignage ; dans les familles qualifiées de pur sang, ils sont supérieurs; héréditairement, ils passent des ascendants aux produits avec leur force ou leur faiblesse. Ils ont chez le cheval pur des propriétés de l'ordre le plus élevé, qu'on ne retrouve au même degré chez aucun autre, et c'est là précisément ce qui fait sasu) ériorité, ce qui le place au-dessus de tous. Dans l'espèce chevaline, la pureté de race, co que l'on entend par les mots par sang, est plus qu'une affaire de convention, c'est un fait. (Je fait a son fondement, son assise sur les soins avec lesquels on s'est efforcé de retenir dans les animaux d'une famille d'élite les plus hautes qualitéset les plus précieux avantages dont la nature même du cheval était susceptible. Ce fait trouve son point d'appui dans le succès qui a couronné 1 œuvre. Il est si bien établi depuis nombre de siècles il est si stable qu'il se maintient toujours le même, non-seulement dans la mère patrie, mais partout où il plaît à l'homme de transporter dos animaux de pur sang. La seule condition qu'on ait à remplir alors, c'est de ne pas les mêler à d'autres, c'est de continuer à les entourer de toutes les conditions indispensables à leur entière conservation. La moimlie souillure est indélébile ; quoi qu'on fasse, mi germe d'ignobilitô est ineffaçable. La pureté est ou n^st pas. Ainsi, au faîte de toutes les questions qui aboutissent au cheval est un dogme, le dogme du pur sang, révélé par l'expérience de tous les peuples qui ont voulu donner de la valeur à leurs chevaux et faire de leur reproduction judicieuse encore plus qu'une richesse, une force. Le pw sany, puissance vive , active et conservatrice, force inhérente a l'espèce, doit être considéré eu dehors de la forme qui le contient. Celle-ci peut varier et revêtir des caractères extérieurs très - différents sans que le principe qui l'anime cesse d'être parlaitement identique, parce que le pur sang a pour lui une admirable flexibilité : c'est son propre. En lui sont toutes les perfections, il est la source de toutes les spécialités. C'est en cela qu'il domine l'espèce, c'est à cause de cela qu'il en est le prototype. » Certes, M. Kug. Gayot n'est pas ie premier venu; ce n'est pas seulement un écrivain élégant, c'est aussi un éleveur émérite à qui la science du cheval est familière. Il a été l'un des membres les plus distingués de l'ancienne administration des haras et depuis longtemps il a pris un rung éminent parmi les éleveurs de l'école moderne. Mais, franchement, la définition que l'on vient de lire nous semble bien obscure, et elle ne manque pas moins de précision que de clarté. Si, après l'avoir étudiée, on se demande de nouveau ce que c'est que le pur sang, quelle réponse peut-on se taire? Si on cherche a résumer eu quelques mots l'opinion de l'auteur, ou ne peut qu arriver à cette conclusion singulière : le pur sang est un dogme et un mystère.
Descendons maintenant des hauteurs où il plaît aux amateurs du sport de s'élever, et cherchons la vérité dans le simple exposé des laits. Deux races chevalines seules peuvent prendre la qualification de pur sang, ce sont la race arabe et la race anglaise. La race arabe de haut lignage, constituée pur quelques familles privilégiées et par leurs émanations directes dans diverses parties de l'Orient, n'est pas très-nombreuse. Parmi les individus amenés eu Europe à différentes époques, très-peu appartenaient au type de premier choix. Voici, d'après l'auteur do l'Histoire du cheval chez tous les peuples de ta terre, quelles sont les familles chevalines les plus nobles, celles qui forment réellement la race arabe ne pur sang. En première ligue se placent les chevaux de l'Irak, contrée située entre Bagdad et Bassora, sur les rives de l'Euphrate, abondante en pâturages exquis, riche par la fécondité de son sol et les habitudes commerciales de ses habitants.
L'Irak, uès les temps les plus anciens, était regardé comme la patrie des plus beaux chevaux de l'Arabie. C'est là surioutque l'on trouve la race des koehiani, dans sou berceau primitif. Ce qui distingue principalement les chevaux pur sang de l'Irak , c'est la belle expression de leur tête, leurs yeux granits et saillants, leur chanfrein logeieinent enfoncé qui donne à leurs narines une expression liere et superbe, leur front large et ouvert, signe de cette intelligence si merveilleusement développée chez tous les membres de cette admirable famille. Le cheval do l'Irak est plus grand que le cheval du Nedjd ; il est aussi plus robuste et plus dur à la fatigue. S'il n'a pas tout à fait sa supi élue élégance, il le surpasse comme producteur, chez les peuples du Nord, eu ce qu'il u plus d'ampleur et plus de propension à se plier à l'allure du ,trot. Ou trouve cette race principalement dans les environs de Bagdad, d'Urfa, de Bassora; mais il faut en acheter les descendants à l'état de jeunes poulains, car ils sont si estimés qu'ils sont enlevés de bonne heure par toutes les tribus arabes, par la Perse, par la Turquie et par
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les Anglais de l'Inde. Les chevaux du Nedjd sont ceux de ce pays qui représente à peu près l'ancienne Arabie déserte et forme le centre de l'Arabie, contrée montagneuse et coupée de déserts de sable. Là, sur un sol sec et pierreux, le cheval s'accoutume aux privations, aux courses longues et rapides. Les chevaux du Nedjd sont ainsi très-renommés pour leur vitesse et leur énergie. Comme tous les chevaux de montagnes, ils sont d'un tempérament soc et nerveux et d'une grande élégance. Ils sont en général de petite taille, mais leurs muscles sont bien sortis; ils ont le front haut et le chanfrein légèrement busqué. Comme dans un pays stérile et dépourvu de ressources ils ne rencontrent pas toujours leur nourriture naturelle, la nécessité leur a fait prendre des habitudes omnivores : le lait de chamelle, les dattes et le jus qui en découle, la viande sôchée, réduite en poudre, et même, dit-on, la viande cuite, aussi bien que les bouillons de viande, viennent remplacer pour eux l'orge et les herbes substantielles des vallées desséchées par les vents du midi. Les chevaux de l'Yémen sont bons et courageux, ils ont de la taille et du genre. C'est surtout aux environs de Ujof que se trouvent les plus beaux et ies meilleurs. Ceux-ci ont beaucoup de rapport avec les chevaux de l'Irak, dont il est même difficile de les distinguer. Ils ne le cèdent d'ailleurs aux chevaux du Nedjd ni en vitesse ni en élégance. Les chevaux de l'Oman sont généralement grands et forts. Ils ont des qualités précieuses, mais n'offrent pas le cachet prononcé qui distingue les autres races de l'Arabie. Les bonis de la mer Rouge, depuis Suez jusqu'à La Mecque, vers le He.ljaz , nourrissent d'excellentes races de chevaux dont plusieurs remontent au sang le plus précieux. Ces chevaux ont plus de taille que dans l'intérieur do l'Arabie ; il s'en fait un grand commerce avec l'Egypte et leur prix est fort élevé. Les diverses familles dont nous venons de parler forment le noyau autour duquel viennent se grouper les différentes parties de la race arabe do pur sung.
La race anglaise, qu'il nous reste à considérer, est une émanation de la race urubu. Celle-ci, importée, à une époque plus ou moins éloignée, dans une contrée si différente de son pays d'origine, a subi les influences du climat, du sol et d'une éducation particulière. C'est au moyen d'une sélection intelligente, appliquée pendant une longue suite d'années, que la race anglaise, dite de pur sang, était arrivée, au commencement de ce siècle, k un degré de perfection qui ne laissait rien k désirer. Mais, après l'avoir élevée à cette hauteur, ou n'a pas su l'y maintenir. Parmi les causes les plus funestes qui ont amené ce résultat, il faut citer la passion effrénée du jeu, qui est parvenue k dominer les courses de manière à faire dévier ces concours de leur destination première. L'ancien cheval anglais réunissait, k l'élégance de forme do l'arabe, une structure plus forte et plus solide, comme il convenait dans un pays de gras pâturages, sous un ciel froid et brumeux. Aujourd'hui, le cheval anglais de race pure n'a plus qu'une spécialité, l'hippodrome; ce qu'on lui demande, c'est non pas la résistance, mais la vitesse la plus grande déployée dans l'espace de quelques secondes. Cette vitesse, seul attribut qui lui reste, il l'a au suprême degré ; mais c'est tout, car pour l'obtenir on a tout sacrifié, même la régularité des aplombs. Ainsi spécialisé, le cheval anglais n'a d'utilité pratique que pour la reproduction. Et encore, au train dont vont les choses, cotte destination sera au-dessus de ses forces. C'en sera fait de cette belle race anglaise, fruit des labeurs de nombreuses générations; nous voudrions espérer qu'on l'arrêtera sur la punie fatale où o.le glisse ; mais cela est peu probable avec les institutions actuelles et les principes d'où elles découlent. Si rien de tout cela n'est changé, on aura beau multiplier les prix de loo,0t)0 francs, les paris insensés et étaler le luxe le plus extravagant, c'en sera fait, le pur sang européen aura vécu, en dépit de cet axiome cher aux adeptes : » Le pur sang est, indépendant de la forme qui le contient; par conséquent, il ne peut périr. »
' — AllUS. littér. De» lois cl nou du sang,
Hémistiche célèbre de Ouïus Gracr.kus, tragédie de Marie-Joseph Chômer. V. loi.
SullÇ de Gernianicua (LE), par M. Beulé
(Pans, 1SC9, l vol.). M. Beulé continue, Omis ce livre, les études sur l'histoire roiiiaiiie qu'il avait commencées en publiant ses Jeux ouvrages : Auyuàte et ses amis et l'ibère. Il a porté dans ces études non-seulement une érudition sérieuse, mais un esprit indépendant et fier. Il ne pense pas seulement ce qu'il dit, il le sent. L histoire romaine est là devant nos yeux , tantôt dans ses figures touchantes, comme celles de Crernianieus et d'Agrippine , sa femme; tantôt dans ses odieuses figures, comme celle d'Auguste, le scélérat hypocrite, ou de Tibère. A chaque moment M. Beulé trouve de belles paroles pour louer la liberté et l'héroïsme, peint et stigmatise violemment les tyrans. Il suffit, pour donner une idée de son tabut, de citer le portrait qu'il fait d'Auguste, i A la tin de la république romaine, d.t-il, un jeune bouline qui s'appelait Octave débuta dans l'histoire comme Néron finit. Pendant
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les guerres civiles, épreuve redoutable pour la jeunesse, il montra une résolution et une férocité précoces. 11 avait une absence complète de scrupules et de moralité, ce qui est commode dans toutes les positions politiques et surtout dt.ns les temps où les partis se combattent les armes à la main. Pour couvrir sa conduite d'une apparence de justice, il donnait pour prétexte la vengeance à tirer des meurtriers de César; ce n'était qu'un manteau sous lequel se cachaient ses propres rancunes; les crimes qu'il ordonnait n'avaient d'autre but que de déblayer le chemin devant lui. Il avait, du reste, autant de disposition à verser le sang que de plaisir à le voir couler. Ces jeux du cirque, dont les Etrusques avaient transmis I usage aux Romains , avaient développé chez eux un fonds de cruauté qui i'a jamais disparu et que les combats des gladiateurs entretenaient sans cesse. Octave prenait plaisir à assister aux supplices qu'il ordonnait; il a fait combattre un hls contre son père ; il a, dit-on, arraché lui-même les yeux à un malheureux qu'il croyait armé contre lui. Je n'ai pas besoin de rappeler les noms de ses victimes; des villes entières, comme Pérouse, furent en quelque sorto dépeuplées; son tuteur même ne fut pas épargné, et Cicéron, son premier protecteur, l'ut abandonné, pour ne pas dire tué, par lui.
» De plus, il était débauché; il portait si loin ses honteux libertinages, que ses amis n'essayaient plus de le justifier. Ils ne trouvaient d'autre excuse à sa conduite que le dessein de pénétrer les secrets des familles puissantes et de se créer'-des intelligences, même chez ses ennemis.
» N'ayant d'autre guide que son ambition, il a trahi successivement tous les partis : le sénat d'abora, pour se faire nommer tribun du peuple ; puis le peuple, pour se faire nommer propréteur par le sénat; enfin le sénat, de nouveau, quand il se fut assuré le déplorable appui des vétérans de César.
» Voilà sa jeunesse. Tout à coup s'opère un changement à vue.
i Le sang a coulé à flots. Les autres triumvirs sont morts, la puissance est conquise : un nouvel homme surgit. La chrysalide rompt son enveloppe, il en sort un papillon. Auguste apparaît devant la postérité dans toute sa splendeur; éblouie de tant d'éclat, la postérité l'absout. Il faut croire que Néron a été bien maladroit de commencer par la vertu et de finir par le crime. Il suffisait de renverser l'ordre chrorologique de ces deux parties de sa vie pour que Néron devînt aussi « un » bienfaiteur de l'humanité. »
On voit, d'après ce portrait, avec quelle vigueur M. Beulé sait peindre un tyran hypocrite. Pour lui, la tyrannie est toujours présente, et quand il parle de choses passées, on croirait vraiment qu'il songe au présent. Il est certain, d'ailleurs, que ce portrait visait, sous la plume de M. Beulé, un homme qui, maître de la France alors, avait, lui aussi, trahi le sénat et le peuple en dispersant l'Assem jlée et en massacrant les républicains. Pourquoi faut-il qu'un homme qui avait eu de tels accents de haine contre la tyrannie d'un Bonaparte se soit fait, quelques années plus tard, l'auxiliaire du tyranneau de l'ordre moral, le duc de Broglie? M. Beulé a senti combien il s'était mis en contradictior avec lui-même, et sa fin violente prouve qu'il n'avait pas, comme tant d'autres qui jouaient le libéralisme sous l'Empire, perdu tout sens moral.
SANGA, vi le murée du Japon, dans l'île de Kiou-Siou, à 60 kilom. N.-E. de Nangasaki, au fond d'une vaste baie formée par la mer de Corée. Ville grande et populeuse, où l'on fabrique unt grande quantité de porcelaine.
SANGALLI (Rita), danseuse italienne, née à Milan vers 1849. Elle fut destinée, dès son enfance, à l'art chorégraphique. Après avoir suivi la classe de Huss, habile professeur de danse, elle débuta, vers 1864, au théâtre de la Scala, dans le ballet de Flick et Flock. Elle passa ensuite à l'Opéra de Turin, où elle créa avec un grand succès la Comtesse d'Egmont, ballet de Rota, musique de Jorza. Engagée à Londres, elle n'y resta que peu de temps, parce que deux impresari de New- York, MM. Jarret el Palmert, décidèrent la charmante tayadère avenir créer dans cette ville le perse nnage principal de Black Crooch, grande pièco mêlée de danse dont elle assura la vogue. Ils la gardèrent dix-huit mois, au bout desque.s elle fit partie de la troupe des frères Stras ïosch, qui réalisèrent de beaux bénéfices tant qu'elle resta avec eux à Philadelphie. Elle s'associa ensuite avec un imprésario qui la conduisit à San-Francisco, puis à Asto.-ia et jusqu'à Great-Salt-Lake, chef-lieu de l'Utah. La troupe voyageait accompagnée de la milice des Etats-Unis, et, malgré cette escorte, Rita, ne se trouvant pas assez protégée, était armée d'une carabine dont elle eut plus d'une occasion de se servir contre les indigènes. On construisait à la hâte un t'iéâtre en bois et les spectateurs payaient leur place quelquefois avec de la poudre d'or et quelquefois avec un coq de bruyère ou une autre pièce de gibier. De retour en EurDpe, elle sembla vouloir se fixer en France 3t acheta même, au commencement de 1870, une propriété, quand la guerre qui survint .a força de quitter Paris. Elle se
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rendit à Londres et de là à Manchester où, pendant une saison, elle joua au théâtre du Prince. L'année suivante, elle devint l'idole du public de Hay-Market. M. Halanzier, qui assistait à une de ces représentations triomphales, lui offrit de la fuire débuter à l'Opéra. C'était le rêve de la rivale deCerrito, qui se montra pour la première fois sur notre grande scène lyrique le 7 septembre 1872. Le succès qu'elle obtint dans la Source fut éclatant et se prolongea jusqu'à l'incendie de notre Académie nationale de musique. Ce théâtre fumait encore lorsqu'on lui proposa un engagement pour l'Autriche. Elle partit et joua successivement, au Grand-Opéra de Vienne, plusieurs rôles dans lesquels elle fut vivement applaudie. Au premier appel de M. Halanzier, on la vit reparaître aux Italiens, sous les traits de Naïsa. la fée si acclamée delà grotte enchantée de la Source. Deux mois de congé lui suffirent pour apprendre, répéter et jouer Azurina, ballet en trois actes de Milano qu'on représenta, au mois de juin 1873, au nouveau théâtre du Palais - Royal de la princesse Alexandra. Depuis, M'^Rita Sangalli a prêté son concours à l'inauguration du nouvel Opéra de Paris. Elle est excellente musicienne et possède une voix de mezzo-soprano très-étendue,
SANGALLO (Julien Giamberti, dit da), architecte et ingénieur militaire florentin, né en 1443, mort en 1517. Il exécuta un grand nombre d'édifices remarquables dans plusieurs villes d'Italie, et notamment les fortifications d'Ostie, les dômes de plusieurs églises à Rome , la citadelle et la porte Saint- Marc, à Pise, l'église de la Madonna-delle- Carceri-del-Prato, à Florence, le plafond de Sainte-Marie-Majeure, le palais San-Pietroin-Vincoli pour Jules II, alors cardinal de La Rovère, etc.
SANGALLO (Antoine Giamberti, dit da), architecte italien, frère du précédant, né à Florence vers 1450, mort en 1534. Il fut chargé de changer en forteresse les ruines du mausolée d'Adrien (aujourd'hui le château Saint- Ange), et, en outre, il a construit la citadelle de Civita-Castellana, l'église de Montepulciano et les fortifications d'Arezzo.
SANGALLO (Bastien da), peintre italien, surnommé Arinnnilo, neveu des précédents, ne à Florence en 1481, mort en 1551. Il fut élève de Pierre Perugiui ; mais il a adopté nn style plus moderne que celui de son maître. Il a peint un grand nombre de tableaux, surtout des madones, et a exécuté aussi quelques copies. Il ne manquait pas de talent, mais il était dépourvu de tout génie d'invention. Il étudia les lois de la perspective et en profita pour faire des décors de théâtre, pour orner les rues de colonnes, de fenêtres, etc., qui trompaient de loin par leur ressemblance avec les objets qu'ils étaient destinés ù imiter. Bastien Sangallo a dû son surnom d'Artstotile à sa passion de discuter avec pédanterie sur la perspective et l'anatomie, qui étaient ses sciences de prédilection. Sur la fin de sa vie, Sangallo eut le chagrin de se voir éclipsé par Salviati et le Brotizino.
SANGALLO (Antoine PlCCONi, dit da), architecte italien, autre neveu de Julien et d'Antoine, né à Mugello en 1482, mort en 1546. Il apprit dans sa jeunesse le métier de menuisier, puis l'abandonna pour se livrer à l'étude de 1 architecture, se rendit à Rome où il prit, comme ses oncles, le nom de Sangallo, puis à Florence, où il fut remarqué par le Bramante, qui le chargea, en 15U, de la direction de plusieurs travaux importants. Sangallo fut ensuite chargé de construire l'église Notre-Dame-de-Lorette, près de la colonne Trajane, à Rome; on dit qu'elle n'est pas tout entière de lui et que la petite coupole est du Sicilien Jacques del Duca. Sangallo fut associé à Raphaël pour diriger les travaux de la construction de Saint-Pierre, depuis longtemps commencés. Doué d'une activité infatigable, Sangallo accumula depuis lors travaux sur travaux, projets sur projets. Il présenta un projet de fortification de Civita- Veccbia qui fut agréé, mais qui ne fut pas mis à exécution, carie pape abandonna bientôt l'idée de fortifier cette ville. Antoine fortifia et mit en état de résister au courant du Tibre l'église Saint-Jean-des-Florentins, construite par Sansovino au milieu du lieuve. 11 restaura la citadelle de. Montufiascone, aujourd'hui détruite, et construisit deux petits temples dans la plus grande des lies du lac Bolsena. Il répara l'église deSaint-Jacquesdes-Espagnols, à Rome, et construisit l'église de ftlontserrat et la façade de la banque ûu Saint-Esprit. La cour qui est au devant des loges du Vatican, due également à Sangallo, fut dégradée dans la suite par Jules III. Sous Adrien VI, Sangallo n'exécuta aucun ouvrage important. Clément VIII donna à l'illustre architecte le moyen de fournir de nouveau de brillantes preuves de son talent. Antoine travailla avec Sammicheli aux fortifications de Parme et de Plaisance; puis, de retour à Rome, il agrandit lo Vatican. Il répara et agrandit l'église de la -Vierge, à Loi elle, et construisit à Orvieto un puits gigantesque dans lequel les bêtes de somme pouvaient descendre et monter par des escaliers construits ad, hoc. Lors de l'arrivée de Charles-Quint à Rome, après l'expédition de Tunis, Sangallo, chargé de diriger les fêtes célébrées eu cette circonstance, éleva sur la
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place de Venise un arc de triomphe aujourd'hui détruit. Il construisit ensuite une citadelle à Nepi, revint à Rome et y éleva un grand nombre de bastions et la porte du Saint-Esprit, restée inachevée. Sangallo consolida et remania la salle du Vatican et construisit la chapelle Pauline. On lui doit, en outre, les forteresses de Pérouse et d'Ascoli, le palais Farnèse, à Rome, dont il a dirigé la construction jusqu'à la corniche, enfin des travaux hydrauliques au lac Marmora, près de Terni.
SANGALLO ( Antoine - Baptiste - Gobbo ) , frère du précédent et architecte comme lui. Il l'aida dans presque tous ses travaux. Il a enrichi de notes marginales et de très-remarquables dessins un exemplaire de Vitruve et a traduit cet auteur ; toutes ces compositions sont restées manuscrites.
SANGARICS ou SAGARIS, fleuve de l'ancienne Asie Mineure, appelé de nos jours Sakaria. Le cours do ce fleuve forma sous l'empire romain la frontière orientale de la Bithynie. Il prenait sa source sur les contins de la Phrygie et de la Galatie et se jetait dans le Pont-Èuxin.
SANGATANG, territoire qui fait partie du Gabon, sur la côte O. de l'Afrique. C'était, avant 1862, un foyer de traite ; depuis, le chef a reconnu la souveraineté de la France.
SAN-GAVINO s. m. (san-ga-vi-no). Marbre de CorSe, d'un blanc grisâtre, traversé par des veines noires ou violettes.
SANG-DE-DRAGON s. m. Bot. Nom vulgaire de la patience rouge. Il Syn. de sangdragon : On trouve chez les droguistes plusieurs sortes de sang-de-dragon. (V. de Boni are.)
SANG-DRAGON s. m. (san-dra-gon). Suc goinmo-résineux rouge, sécrété par divers végétaux : Le sang-dragon des Indes vient de l'arbre nommé dsjerenang. (B. de Jussieu.) tt On dit aussi sang-de-dragon.
— Encycl. La substance désignée sous le nom de sang-dragon est bien connue dans le commerce et dans la matière médicale; mais la nature du végétal qui la produit a été pendant longtemps une question fort controversée. On sait aujourd'hui que des plantes diverses, appartenant à des genres différents et-à des familles très-éloignées, concourent à la production du sang-dragon. On doit citer en premier lieu les rotangs ou calamus (palmiers), puis les ptérocarpes et les dalbergies (légumineuses), tes dragonniers et ies yuccas (liliacées), les pergulaires (apocynées), les crotons (euphorbiaoées), les humiries (htimiriacées), etc. Si à ces origines multiples on ajoute ies différences que présentent le mode d'extraction ou de fabrication, les mélanges, les sophistications de toute nature qu'on peut opérer, on ne sera pas surpris du nombre assez considérable de sortes que présente cette matière. Le sang-dragon, en général, est une gomme-résine en petites larmes sèches, compactes, d'un rouge brun ou sanguin, friable et cassante, offrant des parties vitreuses et brillantes très-inflammables, sans odeur ni saveur sensibles ; ces larmes sont tantôt détachées, tantôt réunies en masses informes qui sont d'un rouge moins vif et répandent une odeur moins agréable quand on les brûle. Il est souvent falsifié et brûle alors très-difficilement. Il nous arrive en masses ou en morceaux de diverses formes, emballés dans des caisses de bois de cèdre de 50 à 60 kilogrammes. Insoluble dans l'eau, il se dissout dans les huiles essentielles et dans l'alcool. Traité par l'acide nitrique, il donne de l'acide benzoïque. Il se compose d'une matière grasse, d'oxalate et de phosphate de chaux, d'acide benzoïque et de draconine ou résine pure. Par la distillation, il donne du benzoène, du cinnamène, de l'acide benzoïque, de i'acétine et une huile oxygénée qui, traitée par la potasse ou sous son influence, reproduit de l'acide benzoïque.
La manière d'obtenir le sang-dragon varie suivant les circonstances locales et suivant les végétaux qui le fournissent. Quand on opère sur les calamus ou rotangs, on secoue leurs fruits mûrs dans des sacs de toile rude ; il s'en détache une résine rouge, pulvérulente, qui passe à travers les mailles du tissu; on la recueille, on la fait fondre à une douce chaleur et on la façonne en petites masses de forme globuleuse ou autre, qu'on enveloppe dans des feuilles sèches de licuala ; c'est le sang-dragon de première qualité. On concasse ensuite les fruits et on les fait bouillir dans l'eau; la matière résineuse qui surnage est recueillie et façonnée en tablettes. Enfin, le marc qui reste est lui-même disposé en masses rondes ou aplaties; c'est le sangdragon le plus commun. Pour les ptérocarpes, le mode opératoire est moins compliqué; le bois de ces arbres est si résineux, surtout vers la base, qu'il suffit d'exposer le tronc à un feu modéré ou même au soleil pour voir suinter la matière résineuse rouge; on obtient aussi le sang-dragon en larmes par des incisions faites à l'écorce des arbres sur pied. C'est aussi ce dernier procédé qu'on emploie pour les dragonniers; car la résine qui suinte naturellement de ces arbres par les temps chauds ne donnerait pas un produit assez abondant.
■ Les principales sortes de sang-dragon que l'on trouve dans le commerce sont les sui-
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vantes : sang-dragon en baguettes, en bâtons do la grosseur du doigt, fragiles, friables, d'un rouge brun, donnant une poudre d'un beau rouge vermillon et exhalant, quand on la chauffe, une odeur aromatique analogue à celle du styrax ; sang-dragon en olives ou en globules, ne différant guère du précédent que par sa forme ; sang-dragon en cylindres, en masses cylindriques un peu aplaties , semblable aussi au premier ; sang-dragon en masse, en pains d un rouge vif, mélangé de débris de fruits et de qualité inférieure ; sangdragon en galettes, en pains de diamètre variable, ronds et aplatis, d'un rouge vif ou fiâle, demi-transparents, encore inférieur à a sorte précédente; sang-dragon faux, mélange frauduleux d'un peu de sang-dragon vrai avec beaucoup de résines diverses, d'ocre et de brique pilée, auquel on donne différentes formes et qu'on reconnaît sans peine à l'odeur de poix-résine qu'il répand quand on le chauffe.
Le sang-dragon est regardé, en médecine, comme astringent, dentifrice, dessiccatif, styptique et vulnéraire, mais inférieur, sous tous ces rapports, au kino et au ratanhia. On l'emploie pour donner de la force et de la tonicité aux tissus, raffermir les chairs molles, les gencives et les dents ébranlées, cicatriser les plaies, panser les ulcères sanieux, arrêter les hémorragies, la dyssenterie, les flux de ventre, les écoulements muqueux ou purulents, etc. Il entre dans la composition de la poudre arsenicale du frère Côme, des pilules d'alun d'Helvétius , de quelques dentifrices, etc. Dans l'industrie, il sert pour la teinture, la fabrication des vernis, la décoration des boites et des coffres en bois de Chine, etc. SANGERIIAUSEN, ville de Prusse, province de Saxe, régence et à 66 kilom. N.-O. de Mersebourg, au pied des montagnes du Harz, sur la Gomme; 7,000 hab. Tribunaux. Fonderie de cuivre, tanneries, fabrication de salpêtre et de toiles. Ecole latine. Important commerce de grains. Cette ville, qui appartenait à la fin du xvie siècle à la maison de Mi'-nie, est une des plus anciennes et des plus importantes delà Thuringe, bien qu'elle ait été plusieurs fois ruinée par des incendies.
SANG-FROID s. m.(san-froi. — Quelquesuns pensent que ce mot est une corruption de sens froid, bien que sang et froid expliquent tiès-convenableinent le sens de ce mot). Etat de calme, de possession de soi : Répondre avec sang froid. Garder tout son sangfroid. Perdre son sang-froid. La médisance est une barbarie de sang-froid, qui va percer votre frère absent. (Mass.) On augmente par l'éducation te sang-froid, cet à-propos du courage. (Buff.) Le sang-froid calme, qui réfléchit au milieu des danuers, vient de la supériorité de la puissance intellectuelle. (Virey.) Le sang-froid est le produit de la force morale. (Livry.) Le sang-froid d'un joueur et d'un ambitieux est comme la glace sur un volcan. (Bugny.) Le Sang-froid de la mère est le premier antidote à la colère de l'enfant. (Théry.) Les femmes, quand elles n'aiment pas, ont toutes le sang-froid d'un vieil avoué. (Balz.) || Froideur réfléchie, absence d'emporteinent : Tuer quelqu'un de Sang-froid.
— Anecdotes. Un jour que Charles XII dictait des lettres pour la Suède à un secrétaire, une bombe tomba sur la maison, perça le toit et vint éclater près de la chambre même du roi. La moitié du plancher tomba en pièces. Le cabinet où le roi dictait, étant pratiqué en partie dans une grosse muraille, ne souffrit point de l'ébranlement, et par un bonheur étonnant, aucun des éclats qui sautèrent en l'air n'entra dans le cabinet, dont la porte était ouverte. Au bruit de la bombe et au fracas de la maison qui semblait tomber, la plume échappa des mains du secrétaire. « Qu'y a-t-il, lui dit le roi d'un air tranquille? Pourquoi n'écrivez-vous pas? » Celui-ci ne put répondre que ces mots : o Ehl Sire, la bombe!... — Eh bien I reprit le roi, qu'a de commun la bombe avec la lettre que je vous dicte î Continuez. •
Un jour le duc d'Orléans, fatigué des remontrances réitérées du parlement, répondit au magistrat qui lui parlait au nom de sa compagnie, de ce ton grenadier qu'il se permettait quelquefois dans la fougue de sa colère. Le magistrat, sans se déconcerter, lui répliqua : i Votre Altesse ordonne-t-elle qu'on fasse registre de sa réponse?" Le prince, que cette gravité ramène à lui, change de langage et s'exprime avec la dignité qui lui convient.
A la bataille de Rocoux, comme le sieur Vidal, sergent au régiment de Flandre, donnait le bras au prinoe de Monaco pour la conduire au dépôt, il reçut un coup de feu qui le lui fracassa. Ce brave homme, sans s'émouvoir , ne fit que changer de bras. « Prenez celui-ci, mon prince, dit-il, l'autre ne vaut plus rien. ■
Un clairon qui sonnait la charge a le bras droit emporté par un boulet. L'instrument tombe. Le voltigeur le relève sur-ie-champ, ramasse sa musique, et, se retournant vers ses camarades : « Dites donc, vous autres, comme c'est heureux que je n'aie pas apprt3 le violon 1 1
SANG
SANG-GRIS s. m. Sorte de boisson en usage dans les Iles françaises de l'Amérique, il Infusion de thé dans du vin, en usage parmi les marins du Nord.
SANGHÂTI 3. m. (san-gâ-ti), nom indien du vêtement du Bouddha Çakya-Mouni; il était conservé précieusement comme une relique dans une ville du royaume de Nogarahâra. 11 y fut montré au vue siècle de notre ère au voyageur bouddhiste chinois Hioum-Tsang, comme on le voit dans l'Histoire de sa me, écrite par ses deux disciples Hoei-Li et Yen-Tsong, et traduite en français par M. Stanislas Julien. Dans cette ville, qui portait le nom étrange de ville du sommet du crâne de Jo, on montrait aussi le bâton du Bouddha; on y avait encore conservé même sa prunelle, qui selon les biographes chinois était si brillante qu'elle rayonnait en dehors de la boîte dans laquelle elle était renfermée. Le pèlerin chinois dut récompenser amplement par ses dons ceux qui lui montraient ces reliques si précieuses. Mais une relique qui l'est encore davantage et qui a quelque chose de plus merveilleux encore, c est l'ombre du Bouddha vainqueur du dragon, qui a été conservée dans une caverne située à deux lieues de la ville de Prâdiparas-mi-pouro, en chinois Teng-Kouangté-hing.
SANGIAC ou SANDJIAK s. m. (san-ji-ak).
Queue de cheval qui sert d'enseigne chez les Turcs.
— District, arrondissement territorial dans l'empire ottoman : Le chef-lieu, les cantons, le gouverneur d'un sangiac. (Acad.) H Gouverneur de ce district : Il leur envoya pour les protéger un sangiac et des firmans. (Viilem.) — Encycl. Le mot turc sangiac signifie littéralement o enseigne de queues de cheval. » Le sangiac est donc, cette enseigne que portent les Turcs devant les pachas et quelques autres grands officiers ; mais le mot a pris par la suite une grande extension. Il a designé des divisions administratives de l'empire ottoman ou des portions de province, a eyalets. » Les Turcs ont leur sangiac sacré, de même que les Français avaient leur oriflamme de Saint-Denis. Les musulmans l'appellent sangiac-chérif ou enseigne noble; c'est un sangiac, non en queue de cheval, comme les autres enseignes, mais en étoffe de soie verte, à franges d'or, sans inscription ni emblème, que l'on tient soigneusement enfermé dans une boîte d'argent garnie d'or, quiest confiée à la garde du grand vizir, et que l'on ne montre à l'armée et au peuple que dans les plus grandes circonstances. Le sanyiac-chérif est quelquefois emporté à la guerre, mais on ne 1 expose jamais dans une mêlée, de crainte de le perdre, ce qui serait le présage de la chute définitive des Turcs. Il est prouvé aujourd'hui que le sangiac-chérif, du reste trèsancien, n'appartint jamais au Prophète, et que son étendard est conservé à Constantinople dans le trésor impérial, qu'ii ne quitte jamais et où il repose couvert du manteau de Mahomet et de quarante autres enveloppes en soie, le tout renfermé dans un étui en drap. Quant au sangiac-chérif, bien qu'on ne le prodigue pas, on le montre dans les circonstances solennelles ; ainsi, les Turcs ont pu jouir de sa vue -lors du massacre des janissaires, et du départ des troupes pour la Crimée. Aussitôt que cette sainte enseigne est déployée, tout bon musulman, comprenant que la religion, c'est-à-dire la patrie est en danger, s arme et vient prendre les ordres du padischah. On soustrait autant que possible cette relique aux regards des infidèles. C'est le cas, du reste, de tous les palladiums.
Autrefois, le titre de sangiac se donnait à tous les gouverneurs de province, mais aujourd'hui il n'y a plus que les préfets inférieurs qui le portent; toutefois, pour avoir ce droit, ils doivent jouir de celui de faire porter devant eux l'enseigne à crins de cheval.
SANGIACAT ou SANDJIAEAT s. m. (sanji-a-ka — rad. sangiac). Titre, dignité du gouverneur d'un sangiac. il Territoire d'un sangiac.
SAN-G11UIGNA.N'0 (Vincenzo da), peintre italien de la première moitié du xvie siècle, né en Toscane. Il était élève de Raphaël et on lui attribue le Moise sur le mont Horeb des Stanze. Les tableaux de cet artiste sont fort rares; on ne cite guère de lui qu'une Madone, au musée de Dresde.
SÀN-GIORGIO (Gian-Antonio de), écrivain canoniste italien, né à Milan en 1439, mort il Rome en 1509. 11 ouvrit à Pavie une école publique de droit canon, puis fut nommé dans son pays natal membre du collège des jurisconsultes. Elu prévôt de la basilique Saint- Ambroise, il fut créé par Sixte IV évèque d'Alexandrie et auditeur de rote, et élevé par Alexandre VI à la dignité de cardinal. Ses principaux ouvrages sont : Commentaria decretorum (Milan, 1493, in-fol.) ; De appellationibus (Venise, 1497, in- fol.); Lecturse super décrétâtes (Pavie, 1497, in-fol.).
SAN-GIORGIO (Benvenuto, comte de), historien italien, mort à Casai en 1527. Admis dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, il se signala pendant le siège de Rhodes par les Turcs, revint dans sou pays, fut nommé par Guillaume VII président du sénat de Casai et créé comte par Charles-Quint. On lui doit :
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Bagionamento familiare délia origine dei marchesidi Montferrato (Casai, 1639) ; Libellus de origine Guelphorum et Gibellinorum (Bàle, 1519).
SAN-GIOVANN1 (Jean Manozzi di), un des plus grands peintres de fresque qu'ait produits l'Italie, né près de Florence en 1590, mort en 163g. Il exécuta un nombre infini de compositions, tant dans les Etats romains qu'à Rome et dans la Toscane. On cite particulièrement : les Sciences et les arts chassés de la Grèce et recueillis par Laurent de Médias (au palais Pitti, à Florence),
SAN-G10VANNI (Ercole-Maria di), surnommé l'Ercolino du Guide, peintre italien, né à Bologne. Il fut élève du Guide et se lit remarquer par son habileté à copier les tableaux du maître; l'imitation était si parfaite que le Guide lui-même ne sut pas toujours distinguer l'original et la copie de ses propres tableaux. San-Giovanni est mort jeune. Il a laissé deux belles copies de tableaux du Guide, copies qu'on voit à Bologne, et quelques autres toiles dispersées dans des collections particulières.
SANGLADE s. f. (san-gla-de — rad. sangler). Grand coup de sangle ou de fouet : Donner une sanGLade à son cheval.
SANGLANT, ANTE adj. (san-glan, an-te — rad. sang. Au propre, l'ètymologie n'est pas douteuse, et le passage au sens figuré est assez naturel. Toutefois, quelques philologues veulent que des reproches sanglants soient des reproches qui sanglent, qui frappent fort, et la chose n'est pus impossible). Taché, souillé de sang : Du linge sanglant. Il a encore les mains sanglantes du meurtre qu'il vient de commettre. (Acad.) Les capitaines chrétiens doivent avoir le cœur doux et charitable, tors même que leurs mains sont sanglantes. (Fléeh.),
De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher.
Racine.
Des assassins sanglants vers mon lit s'avancèrent.
Voltaire.
. . . Pour nous charmer, la tragédie en pleurs D'CEdipe tout sanglant fit parler les douleurs.
Boileau.
Est-il juste, grand Dieu! qu'ici-bas d'un seul homme Des millions d'humains soient les bêtes de somme, Que tant d'êtres de chair soient des hochets san-
[glnnls ?
A. Barbier.
— Mêlé de sang : Une eau sanglante.
Ils rougissent le mors d'une sang' tante écume.
— Injecté de sang : Les yeux du chien courant sont sanglants. (G. Sand.)
— Qui occasionne ou doit occasionner l'effusion du sang : Combat sanglant. Défaite sanglante. Rencontre sanglante. Les victoires trainent toujours après elles autant de calamités pour un Etat que lesplus sanglantes défaites. (Mass.) La guerre n'est pas autre chose qu'un échange sanglant d'idées à coups d'épée et à coups de canon. (V. Cousin.)
De vos ordres sanglants vous savez la rigueur.
Racine.
— Qui est de la couleur du sang : Desnuages sanglants. Une teinte sanglante.
— Fig. Souillé de meurtre ; qui a rapport à des meurtres : Une sanglante histoire. De sanglants souvenirs. Une sanglante nouvelle. Les anglicans ont des pages sanglantes dans leur histoire. (K. Laboulaye.) Il Se dit d'une plaie morale dont l'impression est encore très-vive : N'essayes pas de le consoler, la plaie est encore toute sanglante. (Acad.) On dit plus ordinairement saignante. [| Cruel, profondément douloureux : Verser des larmes SANGLANTES.
L'àme, rayon du ciel, prisonnière invisible, Souffre dans Bon cachot de sanglantes douleurs. A. de Musset.
Il Très-dur, très-amer : Un reproche sanglant. Une raillerie sanglante. Un mot sanglant. Une sanglante injure. Un démenti est un sanglant a/front. (Trévoux.) Quelle ironie sanglante qu'un palais en face d'une cabane! (Th. Gaut.)
— Mort sanglante, Mort violente, avec effusion de sang.
— Théol. Sacrifice sanglant, Sacrifice consistant à tuer un homme ou un animal, pour l'offrir à la divinité, il Sacrifice non sanglant, Sacrifice sans effusion de sang : Je ne viens pas vous donner des idées de carnage devant ces autels, où l'on n'offre plus le sang des taureaux en sacrifice au Dieu des armées, mais au Dieu de paix une victime non sanglante. (Mass.)
— Art culin. Se dit d'une viande peu cuite, et qui conserve la coloration du aaDg : On servit un atoyau sanglant, un gigot tout sanglant. (Acad.)
Ce lièvre est tout sanglant, se moque-t-on de nous?
Senecé.
Il On dit plus ordinairement saignant.
— Miner. Porphyre sanglant , Porphyre d'un rouge de saug.
— Syn. Sanglant, ensanglanté, Banguinolenl. V. ENSANGLANTÉ.
Songiunies asaiaea (les). On appelle ainsi le massacre judiciaire qui fat ordonné et présidé par l'infâme Jefiïeys dans la ville de
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Rochester, chef-lieu du district où Monmouth (v. ce nom) avait débarqué, a Exeter et dans le comté de Somerset. Par ordre du chiefjustice, la cour avait été tendue de rouge. Cette innovation parut de mauvais augure à la multitude, d'autant plus qu'on avait remarqué qu'un sourire féroce se dessina sur les lèvres de Jeffreys lorsque l'ecclésiastique qui prêchait le sermon d'ouverture des assises appuya sur les droits de la clémence. On prévoyait donc une session sanglante. 11 y avait plus de trois cents prisonniers à juger; c'élait une rude tâche, mais Jeffreys trouva moyen de la rendre facile. Il donna à entendre que le seul moyen d'obtenir grâce ou sursis était de s'avouer coupable. 29 prisonniers qui voulurent se défendre furent condamnés et pendus sans délai, et le reste s'avoua coupable par centaines. La peine de mort fut prononcée contre 292 accusés. Dans le Dorsetshire seul, 74 personnes furent pendues. De Dorchester, Jeffreys se rendit à Exeter. La guerre civile avait à peine effleuré la frontière du comté de De von; il y eut donc moins d'exécutions capitales. Mais le comté de Somerset, siège principal de la rébellion, avait été réservé pour la dernière et la plus épouvantable des vengeances. En peu de jours, 233 prisonniers y furent pendus, écarteles, coupes en quartiers. A. tous les carrefours des routes, sur toutes les places de marché, dans les villages qui avaient fourni des hommes à Monmouth, on voyait des cadavres enchaînés se balancer au vent; des têtes et des quartiers de victimes, fixés sur de longs poteaux, infectaient l'air et frappaient d'horreur les voyageurs. Dans quelques paroisses, les paysans ne pouvaient s'assembler dans les églises sans voir la tète défigurée d'un des leurs grimaçant sur le portail. Quant à Jeffreys, il était dans son élément; sa farouche gaieté augmentait avec le nombre des victimes. Il riait, plaisantait, jurait de manière à faire croire qu'il était ivre du matin au soir. Mais ce n'était pas chose facile que de distinguer chez lui l'ivresse causée par les mauvaises passions de celle produite par l'eau-de-vie. Un des prisonniers tentait d'invalider la déposition de deux témoins à charge parce que l'un était papiste et l'autre une prostituée. « Comment! misérable rebelle, s'écria le juge, tu critiques les témoins du roil Je te vois déjà, misérable, je te vois avec la corde au cou. > Un autre ayant fait témoigner qu'il était bon protestant : « Bon protestant, dit Jeffreys, tu veux dire presbytérien ; je t'en fais le pari, je sens un presbytérien à quarante milles ile distance j Un troisième était si misérable qu'il émut les tories lesplus exaltés. « Mylord, dirent-ils, cette pauvre créature vit ue la charité publique. — Soyez sans inquiétude, dit Jeffreys, je délivrerai la paroisse de ce fardeau. • Il ne se contentait pas d'assouvir sa rage sur les prisonniers. Tout noble ou tout gentilhomme, quelque estimé qu'il fût et quelque royaliste qu'il pût être, s'il osait lui faire remarquer une circonstance atténuante, était sûr ue s'attirer ce que Jeffreys, dans le grossier langage qu'il avait appris dans les cabarets de 'Whitechapel, appelait « une léchée du côté rude de sa langue. » 11 fit suspendre un cadavre à la porte du parc d'un pair tory, lord Stawell, parce que celui-ci n'avait pas dissimulé l'horreur que lui inspirait le massacre qu'on faisait de ses pauvres voisins. Ces scènes d'horreur donnèrent naissance à bien des fabies lugubres, que les fermiers du Somtrsetshire répétèrent longtemps eu buvant leur cidre au coin de leur feu. Il y a quarante ans à peine, on montrait encore dans quelques districts des endroits maudits où les paysans ne passaient pas volontiers apiès le coucher du soleil. Jeffreys se vantait d'avoir fait pendre plus de traîtres que tous ses prédécesseurs mis ensemble depuis la conquête de l'Angleterre. Il est certain que le nombre de personnes qu'il fit exécuter en un mois et dans un seul comté dépasse de beaucoup le nombre d'exécutions politiques qui ont eu lieu en Angleterre depuis la révolution. La vie pure et sans tache delà plupart des victimes augmenta encore l'horreur qu'inspira le massacre judiciaire connu sous le nom des Sanglantes assises.
SANGLE s. f. (san-gle — lat. cingula; de cingere, ceindre). Bande plate servant à ceindre, à serrer, à lier, à soutenir : Une sangle de cuir. Serrer une sanGLK à l aide d'une boucle. Fond de fauteuil garni de sangles. Il Etoffe de chanvre, en baudes étroites, servant à faire des sangles : La sangle est un tissu grossier, mais solide.
— Bande plate et large qui passe sous le ventre d'une bète de somme, et qui assujettit la seile ou le bât.
— Bande de cuir dont on se sert pour porter certains fardeaux.
— Ceinturon ou petit baudrier de cuir auquel on suspend l'epée.
— Lit de sangle, Lit composé de deux châssis croisés en X, sur lesquels sont tendues des sai gles ou une toile,
— Mar. Entrelacement de bitord qu'on met en différents endroits d'un vaisseau, pour empêcher que les manoeuvres ne se coupent.
— Pèche. Corde garnie d'hameçons, avec laquelle les pêcheurs prennent les soles et autres poissons de ce genre, il Tissu de cor-
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des à travers lequel on passe les épaules pour tirer pjus commodément les filets à terre.
— Erpét. Nom vulgaire de la couleuvre jaune et verte.
SANGLÉ, ÉE (san-glé) part, passé du v.
Sangier. Serré, attaché avec une Sangle : Cheval sanglé.
— Fort serré à la taille : Un habit sanglé. Une redingote sanglée.
— Fig. Malmenf, maltraité, qui a subi quelque violent échec : Il a voulu plaider, mais il a été sanglé.
— Blas. Se dit des animaux, particulièrement du cheval, du sanglier et du porc, qui ont autour du corps une ceinture ou sangle d'un émail particulier.
— Econ. rur. Bœuf sanglé, Bœuf qui présente une dépression vers la région antérieure du ventre : On regarde tes BŒUFS sanglés comme peu disposés à l'engraissement. (Lecoq.)
SANGLÉ s. m. (san-glé). Bouillie de m:iïs au lait, dont se nourrissent les nègres de la côte occidentale d'Afrique.
SANGLER v. a. ou tr. (san-glé — rad. sangle). Ceindre, serrer avec une sangle, avec des sangles : Sangler un cheval, un mulet.
— Serrer fortement à la taille : Cet habit
VOUS SANGLB trop.
— Garnir de sangles, mettre des sangles à : Sangler un lit. Sangler un canapé, un fauteuil.
— Frapper avec une sangle ; fouetter, frapper d'une manière quelconque : Sanglkr un enfant de la belle manière. On I'a sanglé comme il fallait.
On vous sangla le pauvre diable.
La Fontaine.
— Appliquer fortement comme on ferait avec une sangle : Je lui sanglai à travers le visage un coup de fouet qui l'obligea a lâcher prise. (Chateaub.)
. Si quelqu'un vient encor se gausser davantage, Je lui san j le d'abord mon poing par le visage.
Reonard.
— Fig. Malmener, maltraiter, faire essuyer un violent échec à : Si bous joues avec lui, il vous sanglera.
— Keon. rur. Sangler le fromage, Le serrer fortement tout autour avec uue sangle de peau ou avec une légère écorce de sapin, pour lui conserver sa torme pendant qu'on lui donne le sel.
Se sangler v. pr. Etre sanglé : Votre cheval pourruit-il SB sangler davantage?
— Se mettre une ceinture et la serrer fortement : Pour courir la poste à son aise, il faut se bien sanglkr. (Acad.) Il Se sérier k la taille : Cette femme SB sangle à étouffer.
SANGLIER s. m. (san-gli-é — du bas latin singutaris, solitaire, sous-entendu porcus. On disait primitivement porc sanglier. Cette dénomination se rapporte k une habitude caractéristique de cet animal ; eu termes de chasseur, ou dit de même un solitaire pour un sanglier. Le grec monios, qui a le même sens, s applique comme épithete au sanglier et au loup. Le sanscrit varaha, qui s'applique au sanglier et au verrat, a une signification analogue, étant formé, selon l'iclet, de va, comme, et de la racine rah, abandonner, d'où raha, solitude, et signifiant proprement qui est comme un solitaire). Mainm. Genre de mammifères pachydermes, dont l'espèce principale, qui habite l'Europe, est le type sauvage d'où est issu le cochon domestique : jf.es défenses, les soies d'un sanglier. Un jeune sanglier de trois ans est di/ficile à forcer. (V. de Bomare.) Pendant l'automne, les san- Gliers s'engraissent beaucoup. (LSoso.) Lu plupart des chasseurs se bornent à faire attaquer le sanglier à sa bauge pur de forts malins. (K. Desitiureat.) Le Sanglier reste ordinairement le jour dans sa bauge, au plus épais et dans le plus fort du bois. (Buff.) Une aes plus utiles conquêtes que l'homme uit januiii /ailes est celte du sanglier. (Toussenel.j Le sanglier se détourne de la même manière que le cerf. (E. Chapus.) il Sunytier d'Afrique, Nom vulgaire du pliacuohère. u Sanglier d'Amérique, Nom vulgaire du pécari, il Sanglier d Ethiopie. Nom vulgaire du babi-roussu. il Sanglier du Mexique, Nom vulgaire du lajuou.
— Prov. Au cerf la bière, au sunytier te barbier, Les blessures du cerf soin mortelles, les chirurgiens guérissent celles du sanglier.
Il Assuuc de lévrier, fuite de loup, défense de sanglier, Le lévrier est ardent u attaquer, le loup prompt à s'enfuir , le sanglier courageux a se défendre.
— Hist. Sanglier des Ardemies, Nom donné k Guillaume de La Murck,
— Véner. Grand sanglier, Sanglier ayant de six à sept ans. Il Grand vieux sunytier, Sanglier ayant plus de sept ans.
— Ichthyol. Nom vulgaire des poissons du genre capros. Il Sanglier de mer. Nom vulgaire d'un poisson uu genre z„-e.
— Encycl. Les sangliers forment un genre très-naturel, désigne aussi sous le nom de cochon , et dont nuus donnons les caractères k ce dernier mot. On n'en connaît qu'un petit nombre d'espèces, vivantes ou fossiles, parmi lesquelles ou doit citer en première ligne celle qui vit encore à l'état sauvage dans nos contrées et qu'on regarde comme la souche primitive du cochon domestique.
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Le sanglier commun a le corps épais, musculeux; la \ête assé> allongée; le chanfrein arqué ; les oreilles courtes et un peu arrondies ; les défenses robustes, triangulaires, de longueur médiocre, dirigées latéralement; une fourrure peu épaisse, formée de longues soies dures et élastiques, entremêlées, sur diverses parties du corps, d'une bourre laineuse et frisée, tantôt jaunâtre, tantôt noirâtre cendré; la queue droite et courte; les jambes courtes et fortes. La femelle se reconnaît à sa taille plis petite; les jeunes individus ont le dos rave de bandes longitudinales.
Cet anima! habite toutes les contrées tempérées de l'Europe et de l'Asie; on ne le trouve plus néanmoins en Angleterre, où il a été détruit. Il vit dans les forêts, où il choisit, pour établir sa bauge, les endroits les plus solitaires, les plus sombres et les plus humides. C'est surtout en automne et en hiver qu'il se retire ainsi ; au printemps et en été, il se rapproche de la lisière des bois , des vignes, des champs et des mares, où il va se rafraîchir. Il reste couché pendant le jour et ne sort guère que le soir pour aller chercher sa nourriture. 11 devient alors un voisin dangereux pour les terres cultu ées, car ces animaux peuvent, en une nuit, détruire complètement une récolte. Les sangliers fouillent le sol comme les cochons, mais plus profondément et toujours en ligne droite. Ils se nourrissent ordinairement de substances végétales (fruits sauvages, grains, raci les) ; ils mangent aussi des vers de terre et même, quand iis sont affamés, des lapins, des lièvres et des perdrix.
Si l'aspect extérieur du sanglier prévient peu en sa ft.veur, sa manière de vivre n'est pas faite pour détruire cette mauvaise impression; ses mœurs sont aussi rudes que sa robe. Sou naturel farouche, ses mouvements brusques, su hardiesse dans le danger le rendent dangereux, surtout k l'âge de trois à cinq ans; c'est alors, en effet, que ses défenses sont au plus haut degré longues et tranchantes; plus tard, elles se courbent et s'émoussent. A l'époque des amours, les mâles se livrent entre eux de furieux combats, qui souvent ne se terminent que par la mort du plus faible. La femelle met bas, vers le mois de mars, tiois à neuf petits qu'elle allaite pendant trois mois; elle les défend avec un courage qui va jusqu'à la fureur; aussi est-il alors très-dangereux de l'approcher. Les jeunes restent réuniskleur mère jusque vers la tin de leur troisième année ; k cet âge, ils se sentent assez forts pour quitter la troupe et vivre seuls.
Si les sai gliers ont le toucher très-obtus et le goût furt grossier, en revanche la vue, l'ouïe et l'odorat atteignent chez eux un trèshaut degré le finesse. Les chasseurs savent par expérience que, lorsqu'ils veulent surprendre un de ces animaux, ils doivent l'attendre en silence pendant la nuit et se placer au-dessous du veut, pour lui dérober les émanations qui le frappent de loin et toujours assez fortement pour lui faire aussitôt rebrousser chiinin. 11 paraît plus propre que le cochon, car il ne cherche pas, comme celui-ci, sa iiciurrUure dans les ordures, et il fiente peu oj point dans sa bauge. Il est rare de l'entendre jeter un cri, si ce n'est quand il est blesaé dans une lutte ; la laie crie davantage; quanc il est surpris et effrayé subitement, il souffle avec tant de violence qu'on l'entend de tres-loiu.« Pris jeune, dit K. Oesmarest, le sanglier, tout en conservant la rudesse et la brusquerie qui lui sont naturelles, est susceptible de s apprivoiser; il caresse à sa manière celui qui le soigne et reconnaît assez bien la voix de son pourvoyeur. » Enfin cet animal, peut s'accoupler et produire avec le cochon domestique.
La chair du marcassin et du jeune sanglier, jusqu'à l'âge d'un an, est un aliment délicat, assez fin et très-estimé ; mais, passé ce temps, elle diminue de qualité. Dans certains pays, on chaire les marcassins qu'on peut enlevé.' k leurs mères, puis on les lâche de nouveau dans les bois; ces sangliers coupés grossissent davantage et leur chair est bien meilleure. Dansle sanglier ordinaire, arrivé ;i un ctM-lain âge, il 11 y a guère de bon que la hure, qui fournit un mets copieux et uislingue. Lu général, aussitôt que la bêle est tuée, les chasseurs se bâtent de lui couper les suites (testicules), dont l'odeur est si forte que, si l'on tardait quelques heures k les ôtcr, la char eu serait infectée.
On trouve dans l'Amérique du Sud une variété de sanglier k demi domestiquée et nommée, peur ce motif, cochon marron. Cet animal, qui tend de plus en plus à se rapprocher du type domestique, habite les montagnes pendant la saison des pluies et descend,vers le commencement de l'été, dans les plaines marécageuses. 11 voyage par bandes de plusieurs centaines, dont chacune est conduite par un mâle très-fort et expérimenté. Toute la troupe obéit k ce chef, qui donne le signal de la halte et du dépari, détermine l'heure de la pâture, fixe les positions où l'on doit passer la uuit et jette l'alarme au moindre danger par un claquement de dents auquel toute la troupe répond.
i 11 est toujours dangereux d'attaquer la troupe, dit T. de Berneaud, etpriucipalement en ce moment. Le bruit l'irrite et l'exaspère. Vous la vojez, au nouveau signal donné, serrer les rangs et cerner l'ennemi ; dès que l'on est certain cu'il est enveloppé, le cercle décrit diminue sensiblement; les mâles, disposés sur
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deux, trois ou quatre rangs au plus, occupent la première place; derrière eux se tiennent les femelles et les petits, puis ensuite un dernier rang de mâles qui sont chargés de protéger les derrières de la troupe et d'empêcher toute surprise. L'ennemi, une fois à découvert, est attaqué sans pitié, mis à mort et déchiré par lambeaux. » Le jaguar lui-même succombe dans cette lutte et les chasseurs courent de grands dangers, k moins qu'ils ne soient montés sur de gros arbres. Toutefois, la troupe des sangliers prend la fuite si le chef vient à être tué.
Le sanglier des Papous est une espèce remarquable par sa petite taille, ses formes légères et presque élégantes et sa queue trèscourte; il a les canines supérieures très-petites et presque de même forme que le3 incisives; les soies assez épaisses, courtes, fauves et brunâtres en dessus, blanches en dessous et annelées de noir; sa longueur totale est d'environ 1 mètre. La livrée des marcassins est d'un brun plus ou moins foncé, avec cinq raies d'un fauve assez vif sur le dos. Cette espèce semble former le passage entre les sangliers et les pécaris; elle diffère d'ailleurs de l'espèce type par son système dentaire. Cet animal est très- commun k la Nouvelle- Guinée; il fréquente les forêts, les marécages et les plages maritimes peu élevées. Les Papous lui font la chasse avec beaucoup d'adresse et de patience; ils cherchent surtout à prendre ses petits, qu'ils élèvent dans une sorte de domesticité. Sa chair est excellente.
Le sanglier à masque ressemble beaucoup k notre espèce européenne par sa faille, sa forme et ses défenses; mais il en diffère surtout par une protubérance volumineuse placée de chaque côté du museau et renfermant dans son intérieur le renflement des os de cette partie. Ses membres postérieurs beaucoup plus courts, son train d'arrière plus bas contribuent à lui donner un aspect qui rappelle celui de l'hyène, tandis que par d'autres traits de son organisation il se rapproche des phacochères. Il habite Madagascar et la côte africaine qui fait face à cette lie. C'est un animal d'un naturel farouche, indomptable et qu'on craint de rencontrer sur sa route.
Outra les ossements de sangliers trouvés dans les cavernes, les cités lacustres et les autres dépôts de l'âge antéhistoria,ue, ossements qu il n'est pas toujours facile de distinguer de ceux du cochon domestique, on a trouvé, aux divers étages des terrains tertiaires, des débris qu'on a cru devoir rapporter à plusieurs espèces distinctes : tels sont le sus antediluvianus, qui était k peu près de la taille du babi-roussa ; le sus anliguus, qui devait être beaucoup plus grand que notre sanglier actuel ; le Sus palœochxrus ; ces trois espèces recueillies dans les sablières d'Eppelsheim; le sus priscus, trouvé dans la caverne de Sundwig, etc.
— Chasse. Le sanglier est un des plus dangereux ennemis de l'homme, en ce qu'il détruit, pendant la nuit, les blés , les orges, les avoines , les maïs , les vignes et , en un mot, toutes les céréales et les précieux arbustes qui nous nourrissent; il ne s'agit donc pas seulement de le chasser par plaisir et à grands frais comme font les riches; mais de le tirer à l'affût, ou de lui tendre des pièges, car tous les moyens sont bons.
Dès la plus haute antiquité , les écrivains nous apprennent que cet animal était poursuivi jusqu'au fond de sa retraite et chassé à outrance ; les historiens grecs de l'époque fabuleuse sont remplis de récits de ces sortes de chasses.
Est-il "nécessaire de rappeler le sanglier de Calydon, tué par Méléagre, le sanglier d'Erimanthe, tué par Hercule ? La liste des combats où le sanglier jouait un rôle souvent victorieux serait trop longue ; disons seulement que la défaite de l'un de ces animaux valait souvent une immense réputation au guerrier qui avait pu le vaincre. Le sanglier était consacré k Diane, Diane la chasseresse, et les Romains, imitateurs des Grecs, avaient fait de cette bête k moitié terrible et à moitié immonde, le symbole des jeux séculaires célébrés en l'honneur de la déesse k qui il était consacré, Le sanglier n'était pas seulement célèbre chez les peuples gréco-latins; les nations du Nord de l'Europe l'avaient en grande estime, sans doute en raison du mal qu il leur faisait. Plusieurs tribus gauloises, plusieurs nations germaniques portaient 1 image de cette bête au bout d'un bâton ou d'une fourche, et c'était pour elles un drapeau vénérable que nul n aurait refusé de suivre sans déshonneur. On attribuait alors au sanglier des vertus que nos savants n'ont point découvertes en lui.
On poursuivait le sanglier avec ou sans l'aide de chiens ; on ne ie combattait guère qu'au moyen d'une lance, d'un épieu, d'une pique, enfin d'une arme de hast; combat qui présentait les plus grands dangers , mais qui, en revanche, était toujours glorieux quelle qu'en fût l'issue.
Pendant le moyen âge, on ne chassait pas beaucoup le sanglier, qui restait maître des forêts.
En Angleterre, au x«e siècle, il y avait une telle quantité de sangliers, que les environs de Londres en étaient infestés. Une portion du terrain du comté de Fife, en Ecosse, était autrefois appelée Mukross, ce qui signifie, en langage celtique, la coltine aux sangliers.
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En France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, dans tout le monde connu, l'animal qui nous occupe venait jusqu'aux portes des villes jeter la terreur dans les esprits crédules des naïfs habitants, qui voyaient en lui une image de Satan ; de temps en temps, quelque ermite se dévouait et livrait combat à l'une de ces bêtes lorsqu'elle était devenue trop à craindre dans un canton ; la victoire lui valait souvent l'adoration des paysans; il devenait saint . La fondation de l'abbaye de la Couronne, en Angoumois, est due à Lambert, dont la réputation commença par un combat de ce genre.
Enfin l'époque de la Renaissance fut fatale à cet animal ; les sciences, en se répandant dans le monde, apprirent aux paysans k le combattre presque sans danger à l'aide de pièges et surtout du fusil. Les pièges qu'on tend aux sangliers sont des lacets horizontaux, attachés à un jeune arbre qui se redresse lorsque l'animal, en marchant, a fait tomber le mécanisme qui le tenait courbé; des pièges à renard à planchette, des fosses recouvertes de branches et de feuilles sèches.
On chasse encore le sanglier k l'affût ; mais quelle patience il faut avoir 1 La chasse à l'affût est basée sur ce fait acquis que le sanglier qui a trouvé bonne nourriture dans un champ y reviendra tôt ou tard ; le tout est de l'attendre chaque nuit, sans en manquer une, et de lui loger une balle dans ta tête a la première occasion , occasion qu'il est bien difficile de saisir.
La chasse au fusil a lieu k balles franches ; une seule balle est préférable au lingot ou aux balles mariées, balles superposées et rendues adhérentes par la pression et la torsion exercées en sens contraires.
Les seules chasses qui soient connues en France, de nos jours, sont les chasses k tir, k courre, ou en battue. ■ On chasse le sanglier à tir, soit eu le faisant mener par quelques chiens, ce qu'on appelle routailler le sanglier, soit en battue ; on le chasse aussi k courre afin de le prendre k force de chiens. » ( Joigneaux.) Ces chasses sont celles dont parle le célèbre du Fouilloux, dont nous ne pouvons nous dispenser de citer quelques passages :
■ Si les autres espèces esgratignent ou mordent, dit Jacques du Fouilloux, il y a toujours moyen de remédier à leurs morsures; mais au sanglier, s'il blesse un chien de la dent au coffre du corps, il n'en cuidera jamais eschapper... C'est une chose certaine que si on met des colliers chargés de sonnettes au coi des chiens courants, alors qu'ils courent le sangtier, il ne les tue pas sitôt; mais il s'enfuyra devant eux sans tenir les abbois ; il faut que le piqueur lève la main haute et qu'il donne les coups d'épée en plongeant, se donnant garde de donner au sanglier du costé de son cheval, mais de l'autre costé; car du costé que le sanglier se sent blessé, il tourne incontinent la hure ; que, s'il est en pays de plaine, le piqueur doit mettre un manteau devant les jambes de son cheval , puis doit tuer le sanglier k passades sans s'arrêter. »
Du Fouilloux nous indique plusieurs signes auxquels on reconnaît facilement le "caractère plus ou moins féroce du sanglier; celui qui ne gagne sa bauge qu'au lever du soleil, qui fait des boutis tout frais et profonds et donne des coups de boutoir contre les arbres est un animal hardi et méchant; au contraire, celui qui se reinbuche avant le jour, se souille souvent aux mares, est poltron et prêt k fuir ; les laies qui ont des marcassins se font toujours accompagner d'un mâle.
« On était toujours muni d'aiguilles, de fil et de soie, dit-il, pour raccommoder les chiens, les chevaux ouïes hommes éventrés; les écrivains nous apprennent que l'odeur seule du sanglier rebutait souvent une meute ; il fallait exciter les chiens de très-près et leur crier k tue-tête : Hou... Hou..., vel-ci-aller, vel-cialler..., houhou valets...; houhou, ça va, ça va.,., houhou..., laha, lahaha. < La chasse au sanglier, dit Joigneaux , surtout la chasse k tir, lorsque l'homme, le fusil au poing, attaque k la bauge le sauvage et cruel animal, n'est vraiment pas un jeu d'enfant. Qui n'a vu un sanglier en fureur charger avec rage les chiens ou l'homme ne peut se figurer le danger et le mâle attrait de cette chasse, image de la guerre, dans laquelle le sang du chasseur coule souvent sur le terrain où meurt sa terrible victime.»
Justement k cause du danger que l'on court dans ces sortes de chasses, les amateurs s'y livrent avec passion; des rois, des empereurs ont été renommés pour leur adresse.
En termes de chasse, l'animal est mareas» sin jusqu'à six mois; jusgu'k un an, bête rousse; d'un an k deux, bête de compagnie; de deux k trois, ragot ; k trois ans, il est tiers an ; à quatre, quartan ou quartanier ; ensuite, c'est un vieux sanglier, un solitaire, un vieil ermite. La femelle porte toujours le nom de laie.
Le ragot, le tiers an, le quartan sont les plus k craindre pour les chiens ; car les vieux sa7igliers ont les défenses retournées et ne peuvent plus faire autant de mal, k moins, ce qui leur arrive souvent, qu'ils n'aillent en casser la pointe contre un arbre ou un rocher; d'ailleurs les vieux sont plus méchants, sinon plus vigoureux que les jeunes.
Le pied du sanglier se nomme trace et diffère peu de celui du porc; cependant ce dernier ne pose pas, comme ie sanglier, la trace
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de derrière dans celle de devant; le sanglier appuie plus de la pince que du talon. Le sanglier et 1» laie ont tous les deux la trace de devant plus forte que celle de derrière; on reconnaît le pied du mâle à ses pinces larges, à ses côtés tranchants, au talon carré, aux gardes dont l'empreinte en arrière du pied se rapproche ou s'éloigne selon l'âge de l'animal, qui est plus bas-jointé en vieillissant.
Ainsi les sangliers mirés et contre- mirés ont les gardes plus larges, plus grosses et plus près du talon que les jeunes; ils marchent les quatre pieds fermes.
La laie a la trace plus étroite que celle du mâle ; elle pose le pied de derrière dans, celui de devant, mais à gauche et un peu en dedans, contrairement au mâle qui le pose en dehors ; ses pinces sont plus pointues et plus ouvertes, et, indice certain, elle laisse rarement l'empreinte de ses gardés. Le pied des jeunes sangliers se distingue par une empreinte plus petite, des côtés plus tranchants et moins usés.
Certains de ces animaux ont une pince plus longue que l'autre, soit k la trace antérieure, soit k la trace postérieure. Ces pieds, dont la connaissance est précieuse enchâsse, se nomment pieds pigaches.
On juge aussi de la taille du sanglier par les boutis, la souille, la bauge. Plus les boutis sont profonds et larges, plus l'animal est fort et gros ; il en est de même quant à la largeur et k la longueur de la souille et de la bauge,
La principale science du chasseur est de bien juger, c'est-à-dire bien distinguer l'âge, le sexe, etc. « On est exposé k prendre quelquefois les traces d'un porc domestique pour celles d'un sanglier, surtout dans les forêts où les porcs des fermes voisines vont glander de compagnie avec les sangliers; voici les différences qui les distinguent.
» Le porc ne met jamais la trace de derrière dans celle de devant; ses pinces sont plus rondes, les côtés plus usés, et ses gardes touchent à peine la terre.
» Les boutis des sangliers sont plus profonds que ceux du porc ; ils vermillent devant eux en fusée, tandis que le cochon donne à droite et k gauche. » (Jourdain, Traité général des chasses.)
On détourne ordinairement le sanglier à trait de limier ; le valet de limier, ou piqueur, chargé de cette besogne doit arriver au bois dès la pointe du jour, parce que le sanglier se reinbuche de meilleure heure que tout autre animal ; le piqueur se tient sous le vent en évitant d'être éventé, car alors le sanglier se déroberait.
On place souvent des relais à cette chasse comme aux autres. Plus d'une déception est réservée aux veneurs quand ils frappent aux brisées, parce que souvent l'animal a quitté l'enceinte, et l'attaque est manquée. Aussitôt que la meute est découplée sur la voie, piqueur et chasseurs ne doivent plus quitter leurs chiens, mais les appuyer et sonner de la trompe fréquemment afin d'effrayer le sanglier et lui faire quitter son fort; car il arrive qu'il refuse de sortir de sa bauge et tient tête à la meute, qu'il décime. Il faut piquer carrément et se trouver toujours a la queue des chiens.
Le valet de limier a dû observer soigneusement le genre et l'âge de la bête détournée et, en outre, l'âge et le genre de celles qui l'accompagnent, si elle n'est pas seule; il doit, en outre, savoir si l'animal est pigaclie ou s'il a quelque marque distinctive naturelle ou accidentelle qui puisse le faire reconnaître pendant la chasse. Le résultat de ses observations a fait l'objet de son rapport, après lequel on établit les relais comme pour le cerf, avec cette différence qu'on les place à portée des forts et des endroits les plus fourrés. IJ est préférable de lancer le sanglier avec un. grand nombre de chiens et en sonnant ferme; car si on l'attaque k bas bruit, il tiendra tête aux chiens et ira lentement se remettre dans un fort voisin , ou bien il se fera chasser sous le nez des chiens, les chargeant tous les cent pas et en tuant beaucoup.
« Le sangtier chassé, dit Joigneaux, se souille dans tous les ruisseaux, mares et ornières qu'il rencontre sur son passage ; il débuche rarement et se fait battre dans les fourrés. Ce n'est guère qu'après une heure de chasse que le sanglier, déjk fatigué, se décide à' faire tête aux chiens. Il s arrête, fait claquer ses dents avec fureur et charge la meute. C'est en ce moment que les veneurs doivent sonner, faire grand bruit et accourir au secours des chiens. Ce sont toujours les plus mordants qui sont tués ou foulés. Une bête de compagnie ou un ragot dure plus longtemps devant les chiens qu'un cerf dix cors, et il ne faut pas moins de sept k huit heures d'une chasse ardente pour le réduire et le forcer. Le sanglier, comme toute bête, cherche le change, mais réussit rarement k se débarrasser des chiens ; car, lorsqu'il est échauffé par la course, le sentiment et l'odeur qu'il laisse sont si forts que les chiens prennent change rarement. D'ailleurs, peu de défauts et de retours signalent une chasse au sanglier , la voie est toujours droite et chaude. Lorqu'on voit ie sanglier par corps, on ne doit pas, en appelant les chiens, crier taïau, mais dire : Vloo, vloo; c'est l'expression consacrée, le mot propre.
» On juge que le sanglier est sur ses fins à la
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manière dont il se fait battre dans les fourrés, s'arrêtant souvent et faisant tête aux chiens. Les chasseurs doivent iiiors suivre de près la meute en menant grand bruit et modérant les chiens, au lieu de les exciter. Si le sanglier, immobile, haletant, acculé à un baliveau , lient les abois, attendant le chasseur et refusant de prendre la fuite, c'est le moment d'en finir et de servir l'animal, soit en lui logeant une balle dans la tête, soit en lui portant un coup de couteau de chasse dans la région du cœur, tout en évitant de frapper l'armure. Quelques veneurs doués d'une force prodigieuse ont attaqué le sanglier face à face. Après l'avoir saisi par la trace, ils le renversaient à terre et lui coupaient la gorge. De semblables exploits sont rares, et peu d'hommes sont capables de les accomplir. Nous recommandons, au contraire, de ne s'approcher du sanglier qu'avec la plus grande défiance, lois même qu'il semble mort. On reconnaîtra k ses pattes roides et allongées qu'il n'a plus un souffle de vie et qu'il ne peut plus, par un retour soudain, terrasser un chasseur trop confiant. Alors, on coupe les suites ou testicules, afin de préserver la viande de l'odeur nauséabonde qu'elle prendrait; on laisse les chiens fouler la bête , on lève la trace droite et l'on procède à la curée avec lesde- ' dans, le cœur, le foie, la rate et les entrailles, le tout mêlé de pain et arrosé de sang.
» Pendant ce temps, les trompes sonnent l'hallali , puis on visite les chiens et on panse les blessés. Dans ce but, le piqueur et le maître d'équipage doivent être munis d'une trousse contenant les choses indispensables au premier pansement, savoir : des bandes de toile, de longues aiguilles, du fil, un flacon de teinture d'uloès et de petits morceaux de lard. Si les entrailles d'un chien éventié sont pendantes, et surtout si elles na sont mis coupées, on les lave soigneusement, on les replace, puis on lecoud. Dans le cas, au contraire, où il s'agit do panser une simple estafilade, une boutonnière de quelques centimètres de longueur, on introduit dans lu plaie un lardon, on verse quelques gouttes de teinture d'aloès , puis on recoud avec du fil double et, à chaque point de suture, on fait un gros nœud. Il est à remarquer, eu finissant, que tout chien décousu devient plus mordant et plus agressif; en effet, il a une revanche à prendre, une vengeance à exercer. Le chien qui a été décousu ne pratique pas l'oubli des injures.
» Quand on tire le sanglier, ajoute le même auteur, il faut viser à la tête et non au-dessous de l'épaule; la balle frappant k l'épaule pourrait rencontrer l'armure , cuir très-epais qui recouvre ce membre, ne pas pénétrer, s'aplatir même et n'occasionner qu'une blessure sans gravité. Le sanglier est souvent frappé à mort sans que le chasseur s'en aperçoive. M. Hartig a indiqué, par la couleur du sang que perd cet animal, la nature et la gravite de la blessure. Le sang qui s'échappe du poumon est d'uu rouge orangé mêlé d'ecume; le sang d'un rouge brun, jaillissant de tous côtés, indique une blessure au fuie ou à la rate ; le sang rouge foncé, une blessure au cœur ; beaucoup de sang, mais d'uue couleur ordinaire, une blessure au cou; peu de-sang, s;e répandant dans la trace mémo de la bête, une blessure à la cuisse ; le sang se répandant des deux côtés, selon sa hauteur, indique une blessure de part en part. Des lambeaux de chair, mêlés de poil et de sang, sont la preuve que 1 animal n'a été qu'effleuré ou fortement égratigné par la balle. ■
Peu d'équipages en France chassent à courre le sanglier, non parce qu'il est difficile à prendre, mais k cause des frais énormes que nécessite ce genre de chasse ; parce que dans un laisser-courre, lorsque l'équipage est découplé sur un robuste quunanier et qu'il s'enfonce dans une broussaille inextricable, où les jeunes sapins, les bruyères et tes fou- - gères enlacés empêchent hommes et chevaux de prendre part k lu lutte, le terrible animal s'accule k un arbre ou à une cépée, se laisse entourer par la meute et fait un carnage affreux doses ennemis, et, chose remarquable, ce sont presque toujours les plus vaillants qu'il découd les premiers ; il les frappe, les piétine et immole à sa fureur l'élite de la meute.
« Il tournoit sa hure vers les chiens, dit du Fouilloux en parlant d'un de ces animaux, et donnoit dedans le milieu de la meute de telle sorte qu'il tuoit aucunes fois six ou sept chiens d'une venue, et de cinquante chiens courants, il n'en fut pas ramené dix sains au logis, t
La meute doit donc être excessivement nombreuse et se composer d'animaux de choix dont le prix est toujours élevé, animaux que l'on est obligé do remplacer trèssouvent, par suite de leur mort violente. Les chiens anglais pur sang, les fox-hounds, forts, très-braves et tenant Dieu les abois, coûtent un prix fou, et l'on ne peut guère s'en passer. Voilà pourquoi il n'est permis qu'à bien peu de personnages de se livrer k la chasse k courre au sanglier.
L'équipage spécial destiné à cette chasse se nomme vautrait, du nom d'une ancienne espèce de chiens qui se vautrait dans lu fange et que l'on nommait vautre. Dans les parcs et les forêts très-peuplés, le sanglier peut se chasser k l'aide de panneaux très-forts en filets ou en toile j mais cette chasse est peu pratiquée.
— Chasse au sanglier en Algérie, d'après Jules Gérard. • Le sanglier, dit le tueur de lions, abonde dans les trois provinces de l'Algérie ; il y en a de deux espèces , le sanglier de bois et le sanglier de marais. Le premier est beaucoup plus grand, plus sournois et plus méchant que le second. Dans les premiers temps de l'occupation française, on les rencontrait par centaines autour des villes et des camps. Ils venaient, pendant la nuit, ravager les jardins plantés par nos soldats, au pied des fortifications et sous le fusil des factionnaires...
» Pour qu'on se fasse une idée de la quantité de sangiiers qui, à cette époque (1S42), vivaient autour de Ghelma, je dirai que chaque jour les Arabes en apportaient plusieurs sur le marché, où ils étaient vendus pour la modique somme de S ou 6 francs, et que, pour ma part, j'en ai tué soixante en moins de six mois.
«Avant l'occupation française, les Arabes, auxquels la chair du sanglier est interdite par le Coran, le tuaient pour protéger leurs récoltes. Aujourd'hui, ils le tuent pour le vendre sur nos marchés... En France, les bêtes noires ne quittent leur bauge qu'à la nuit, et elles ne se hasardent & sortir du bois que fort tard. Il n'en est pas de même en Algérie, où je vois presque tous les jours, quand je suis dans la montagne, soit de vieux sangliers isolés, soit une compagnie entière, quitter leur fort au coucher du soleil pour aller se souiller à une source assez voisine de ma tente pour que je puisse assister à leurs ébats. Si c'est en hiver, ils recherchent moins l'eau et prennent leurs mangeures dans un champ nouvellement ensemencé ou sur l'emplacement d'un douar, qu'ils mettent sens dessus dessous pour chercher les gruius que les Arabes y ont laissés.
• On compiend, d'api es cela, combien il est facile de tuer les sangliers lorsqu'on sait s'y prendre comme les indigènes. Il s'agit tout simplement d'aller, nu-pieds et à bon vent, vers l'animal, en profitant des accidents de terrain et des arbres qui peuvent vous permettre de l'approcher sans être vu, en s'arrêtant quand il écoule et marchant quand son boutoir travaille, afin de ne pas être entendu. On peut, de cette manière, approcher un sanglier isolé k trente pas. C'est plus difficile lorsqu'ils sont plusieurs, parce qu'il y en a toujours un qui écoute pour donner l'éveil au moindre bruit...
« Les chefs indigènes qui courent le saucier choisissent la saison d'été pour chasser en plaine, et celle d'hiver pour chasser au bois. Il y a dans ies trois provinces de l'Algérie uu grand nombre de lacs et de marais couverts de roseaux, au milieu desquels les sangliers vivent avec les canards et les bécassines. Lorsque les eaux sont basses, c'està-dire du mois de juin au mois de septembre, les bêtes noires se réfugient sur quelques Ilots touffus, qu'il suffit d incendier pour les en débusquer.
> Cette mission est confiée à des hommes à pied, tandis que les cavaliers s'échelonnent dans la plaine pour courir sus aux animaux que la peur du feu fait débucher. Cette chasse est pleine d'attrait et quelquefois dangereuse, quand on a affaire à un sanglier bien armé. U n'est pas rare de le voir, après avoir été chargé, charger k son tour et découdre les lévriers trop hardis qui veulent l'arrêter ou les chevaux qu'une main maladroite n'a pas su ranger à temps. J'ai assisté à ces sortes de chasses faites par des Français et des Arabes, et j'ai remarqué que l'avantage était toujours resté à ces derniers. Ce n'est pas qu'ils soient meilleurs tireurs que nous, je suis convaincu du contraire; mais c'est, sans doute, parce que nous nous occupons toujours un peu de notre cheval
Fendant la chasse, tandis que les Arabes oublient complètement pour ajuster et tirer comme s'ils étaient k pied. Je dois reconnaître, cependant, qu'il y a quelques officiers d'Afrique qui ont su s'élever à la hauteur des cavaliers arabes les plus adroits et les plus hardis. La saison du printemps est également bonne pour une chasse en plaine d'un autre genre et, k mon avis, plus amusante que celles qui précèdent.
• A cette époque de l'année, les bêtes noires quittent le bois de bonne heure et s'en vont bien loin chercher leurs mangeures et un ruisseau, où elles restent jusqu'à la pointe du jour. Les chasseurs, qui connaissent d'avance la rentrée des animaux, sont, k cette heure, déployés en tirailleurs sur la lisière du bois. Des qu'un ou plusieurs points noirs sont signalés dans la plaine, tout le monde se met en mouvement, et chacun manœuvre de façon k maintenir la chasse loin du couvert et à l'empêcher de franchir la ligne formée par les cavaliers.
> Une compagnie de sangliers attaquée de cette manière est presque toujours massacrée jusqu'au dernier, et ces sortes de chasses sont si productives que, lorsqu'on a l'intention d'emporter les morts, il est indispensable de se faire suivre par une ou plusieurs prolonges.
■ De toutes les manières de chasser le sanglier, celle-ci me parait la plus agréable pour les véritubles amateurs. En effet, pour la chasse au marais, il faut laisser passer la rosée du matin, qui neutraliserait l'ellèt du feu dans les roseaux, et les chasseurs ont beaucoup à souffrir de la chaleur.
• Celle que l'on fait au bois, si elle n'est point dirigée par un homme habile et connaissant bien le pays, n'est souvent qu'un buisson creux, et, dans tous les cas, elle est dangereuse, à cause des chutes des chevaux et des hommes qui courent k travers des broussailles, des futaies non percées, où il se présente k chaque instant des obstacles infranchissables pour les meilleurs chevaux et les meilleurs cavaliers.
» Les raisons qui me font préférer la chasse dont j'ai parlé plus haut, et que j'appellerai la chasse au rembucher, sont les suivantes ; d'abord, l'heure k laquelle on la fait, c'està-dire ce moment aimé de tous les chasseurs européens qui l'appellent entre chien et loup, les Arabes, entre chacal et chien, et qui, pour tous , est pleine de charme et de douces émotions k cette époque de l'année; ensuite, la beauté du courre dans ces plaines sans fin et sans obstacles, où aucun des incidents de la chasse n'échappe a. l'œil du veneur, et enfin l'imprévu qui est toujours une jouissance, soit qu'il se présente sous la forme d'une hyène ou d'une troupe de chacals, maraudeurs attardés qu'a surpris le jour.
• J'ai assisté plusieurs fois k une chasse aux lévriers que les Arabes font pendant la nuit et au clair de lune. Voici comment les choses se passent : à l'époque où les sangliers ravagent les moissons, on réunit le plus do monde possible et on monte k cheval de façon à arriver vers le milieu de la nuit dans la plaine, où so trouvent déjà les animaux.
» Les cavaliers, marchant sur une seule ligne, ne tardent pas k apercevoir les fuyards. Aussitôt l'alerte est donnée, et tout le inonde de charger avec des cris, des hourras qui feraient peur k des hommes.
» J'ai remarqué dans ces 'chasses que les vieux sangliers et les ragots, c'est-à-dire ceux qui sont bien armés, protégeaient toujours la retraite des bêtes rousses, des bêtes de compagnie, des laies et des marcassins.
» J'en ai vu qui, dès qu'ils étaient serrés do près par les lévriers, faisaient tête et chargeaient à outrance, tandis que leurs camarades détalaient. Dès qu'un animul tient au ferme, les cavaliers 1 entourent et, sans se préoccuper des hommes, des chevaux ou des chiens, chacun lui envoie son coup de fusil accompagné d'une injure, et cela dure ainsi jusqu'à ce que l'animal, qui , comme ou le pense bien , ne va pas toujours seul chez les morts, ne donne plus signe de vie. •
— Iconogr. Dans la religion grecque, le sanglier était consacré à Diane, déesse de la chasse; il figure sur des médailles antiques pour marquer les jeux séculaires qui se faisaient en l'honneur de cette divinité. Dans les compositions allégoriques, dit de Prézel, • il est regardé comme le symbole de l'intrépidité et d'un grand courage, parce qu'au lieu de fuir, comme le cerf, devant les chiens qui le poursuivent, il les attend, au contraire, et se jette même au milieu de la meute pour les mettre en pièces. •
Le musée de Florence possède un Sanglier en marbre gris, sculpture antique de l'exécution la plus remarquable ; il y en a au Louvre une répétition ou une copie, également antique. Pietro Tacca en a fait une belle reproduction en bronze, qui décore la fontaine det Porcellino, dans la loggia du Marché- Neuf, à' Florence. Une autre copie par Foggini décorait autrefois les jardins de Marly. Au musée du Vatican est un Sanglier antique, dont le mouvement (il se lève) est plein de vérité. Dans la cour des écuries, au nouveau Louvre, est un groupe en bronze de M. P.-L. Rouillard représentant un Sanglier arrêté par un chien. Le même artiste a exposé au Salon de 1842 une Chasse au sanglier, groupe de terre cuite. A l'Exposition universelle de 1S55 a figuré un Sanglier abattu et entouré par des chiens, ouvrage en bronze d'un artiste allemand, M. Guillaume Wolff. M. C.-E.
Masson a exposé au Salon de 1SG9 un Sanglier surprts par un lion. Un très -beau groupe de M. Caïn, Lion et lionne se disputant un sanglier, a paru au Salon de 1375.
Nous décrivons au mot chassh (tome HI, p. 503) les superbes tableaux du musée de Dresde dans lesquels Rubens et Suyders ont peint des Chasses au sanglier, et les compositions que Velazquez et Berghem ont consacrées au même sujet. Une autre Chasse au sanglier, de Rubens et de Snyders, où figurent deux gentilshommes k cheval et sept piqueurs ou valets de pied, se voit à la pinacothèque de Munich et a été gravée par Soutmann. Au musée du Belvédère, à Vienne, est un tableau peint par Snyders seul et qui représente un énorme Sanglier tenant tête à neuf chiens. La pinacothèque de Munich possède une grande Chasse au sanglier, de Jan Fyt, peinte avec une rare énergie, mais dans une gamme un peu sombre. Un tableau d'Oudry, au musée de Dresde, représente une laie et ses marcassins attaques par une meute. Horace Vernet a peint une Chasse au sanglier dans le Sahara, qui a été gravée par Jazet; M. Jules Gôlibert, un Sanglier faisant tête aux chiens (Salon de 18S7); M. Louis Cabat, une Chasse au sanglier (Salon de 185»), tableau où le paysage a beaucoup plus d'importance que les figures ; M. Hermann- Léon, un Hallali de sanglier (Salon de 1873), où l'on voit uu jeune chasseur à chevui, l epieu au poing, prêt k percer un sanglier et accompagné de deux piqueurs k pied en
costume du moyen âge. Des Chasses au sanglier ont été gravées par Hans Brosamer, Franz von Magnis (d'après J. Fischer, eauxfortes) ; Abraham Honaius (eau-forte), F.-A. Brand (1760), Franz Brun, etc. M. Karl Post a gravé un Sanglier surpris par des loups (Salon de 1865). '
SANGLIER, 1ère adj. (san-gli-é, i-è-re — rad. sanglier). Qui est propre au sanglier, qui rappelle le sanglier : Le poil rude et court, la joue en brosse, une barbe sanglière ; on voit d'ici l'homme. (V. Hugo.) il Inus.
SANGLIÈRE s. f. (san-gli-è-re — rad. sanglier). Femelle de sanglier, laie :
Le fusil sur l'épaule, en carrosse, en litière. Forcer chevreuil, cerf, daim, sanglier, sanglière, Manger froid, baire chaud, dormir couché, debout, Un garçon comme moi s'accommode de tout.
Destouciieb.
Il Inus.
SANGLON s. m. (san-glon — dimin. de sangle). Petite sangle.
— Mar. Fourcat. a Pièce de bois triangulaire employée en guise de varangue. Il Fausse cote dont on renforce un bateau.
SANGLOT s. in. (san-glo — lat. singullus, mot qu'on a fait venir, sans grande probabilité, de sin, radical de simplex, simple, et de gula, gosier, pour signifier contraction du gosier). Contraction spasmodique du diaphragme, suivie de l'émission brusque et bruyante de l'air contenu dans la poitrine : Pousser des sanglots. Etouffer ses sanglots. Les sanglots se succèdent plus rapidement que les soupirs. (But?.) L'homme a des larmes et des sanglots pour retracer ses douleurs, (Alibert.)
A nos sanglots donnons un libra cours.
Racine.
Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par milla sanglots qui se firent passage.
IUcinb.
Les plus désespérés sont Us chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. A. de Musset.
— Encycl. Le sanglot résulte d'un ensemble d'actes musculaires provoqués par une influence cérébrale et déterminés par une contraction convulsive du diaphragme, compliquée d'une résonnance des lèvres de la glotte. Cette contraction est saccadée de manière que te bruit produis pendant l'inspiration est intermittent. La sortie de l'air pendant l'expiration est également intermittente.
La plupart du temps, le sanglot s'accompagne de pleurs. Il persiste quelque temps après la cessation de ces pleurs, surtout chez les enfants. Ce phénomène est le signe de vives émotions et d'une profonde agitation nerveuse.
SANGLOTER v. n. ou intr. (san-glo-té — rad. sanglot). Pousser des sanglots, pleurer en sanglotant: Regardez cet enfant à qui l'on retire sonjoujou:il verse aussitôt des larmes, sa poitrine s'agite comme de mouvements convulsifs ; en un mot, il sanglote. (Villermé.)
SANGOU s. m. (san-gou). Gros coquillage en forme de conque, que les prêtres indous sectateurs de Vichnou portent toujours avec eux, et à l'aide duquel ils annoncent leur approche aux dévots de leur secte.
— Encycl. Les prêtres indous sont presque toujours en voyage, à la chasse des aumônes qui les font subsister; ils portent toujours avec eux, outre le sangou, une plaque ronde de bronze, sur laquelle ils frappent avec une petite baguette et à laquelle ils font rendre ainsi un son semblable k celui d'une cloche, toutes les fois qu'ils veulent annoncer leur approche ; de l'autre main, ils portent à la bouche leur sangou, avec lequel ils produisent, eu y soufflant par un bout, des sous monotones, aigres et perçants. Souvent, ces religieux mendiants voyagent par troupes nombreuses, et leur insolence croissant avec leur nombre, ils exigent les aumônes impérieusement et avec des menaces. Quand on ne se hâte pas de leur donner, ils redoublent leur vacarme, poussent des hurlements, frappent tous ensemble sur leurs plaques retentissantes et tirent de leur sangou des sons assourdissants. Si ces moyens ne réussissent pas, ils entrent quelquefois de vive force dans l'intérieur des maisons, cassent les vases de terre et renversent tous les effets qui s'y trouvent. On sait, du reste, que demander l'aumône est un droit, et qu'en général, dans l'Inde, toute personne revêtue d'un caractère religieux peut le faire, souvent même croit remplir un devoir religieux en le faisant. Outre leur plu-
- que de bronze et leur sangou, souvent on voit des prêtres de Vichnou qui portent, suspendues k leurs épaules et quelquefois attachées k leurs jambes, un grand nombre d<s clochettes, dont le tintement annonce leur arrivée; d'autres, enfin, portent au bout d'une tringle un réchaud contenant le feu sur lequel ils fout brûler l'encens de leurs sacrifices.
SANGHADO, un des personnages les plus comiques du Gil Bios de Le Sage, dont le nom est devenu proverbial pour désigner uu médecin ignorant et systématique. Lu saignée et l'eau chuude constituaient toute la pharmacopée du docteur Sangrado, et dans les applications que l'on fuit de ce mot, c'est surtout cette circonstance que l'on rappelle.
■ Comme il n'y avait pour Bi oussais qu'une
SANG
maladie, l'irritation^ il n'y avait pour lut qu'un seul et unique remède, le débilitant.
» L'empirisme de Sangrado fut élevé à la hauteur d'une théorie scientifique. La saignée et l'eau chaude triomphèrent sur toute la ligne, i
De PÊNE.
« Croyïz-vous que j'aie peur de la mort? Un jour plus tôt, un jour plus tard, à la volonté de Jieu ! Mais me mettre à l'eau et à lu diète corr.ine le voudrait ce docteur Sangrado, ajouter ii toutes mes autres privations un carême perpétuel, jamais, mordieul j'aimerais mieux en finir tout de suite. •
Ch. de Bernard.
« Regarde ta vie, père Duchesne, depuis le moment où tu étais un respectable frater à qui un médecin de notre connaissance faisait faire des saignées pour 12 sous, jusqu'à ce moment où, devenu notre médecin politique et le docteur Sangrado du peuple français, tu lui ordonnes des saignées si copieuses, moyennant 120,000 livres de traitement que te donne Bouehotte : regarde ta vie entière, et ose dire a quel titre tu te fais ainsi l'arbitre des réputations aux Jacobins. » Camille Dksmoulins.
SANGHO, le Sagrus'des anciens, rivière du royaume d'Italie, dans la province de l'Abruzze Citérieure. Elle prend sa source près de Gioja et se jette dans l'Adriatique, à 16 kilom. S.-K. de Lanciano, après un cours sinueux de uo kiloin.
SANGF.O (Raymond de), prince de San-Sevkro, savant italien. V. San-Seviïro.
SANGSUES, f. (san-sû — lat. sanguisuga; de sunguis, sang, et de sugere, sucer. Le nom latin de la sangsue est hirudo; mais Pline nous apprend que de son temps le peuple avait commencé à donner à cet annélide le nom significatif de sanguisuga, suce-sang. La plupart des noms de la sangsue expriment de même son avidité pour le sang : sanscrit raktapâ, Scandinave blodsuga, hongrois ver-szopo, grec bdetta, la suceuse). Annél. Genre d aunélides, type de la famille des hirudinéas, que plusieurs auteurs appellent également sangsues, et comprenant un assez grand nombre d'espèces, répandues clans les diverses régions du globe : Appliquer des sangsues à un malade. Les cocons de la sangsue médicinale ont à peu prés la forme et le volume des cocons du ver à soie. (Uujardin.) Les sangsues se cachent dans la fange dès que le frvid de l'automne se fait sentir. (V. de Bomare.) Les sangsues sont hermaphrodites et vivipares. (Bosc.) L'exercice poussé jusqu'à la sueur peut très- bien remplacer, dans certains cai; les sangsues, les saignées et les purgatifs. (Maquel.) One sangsue vigoureuse tire environ, terme moyen, une demi-once de sang, lorsqu'elle se remplit bien. (Nysten.) Si des SAN3SUE8 venaient à s'engager dans le rectum et le vagin, il faudrait employer l'eau salée en lavements et en injections. (Nysten.) Les sangsues enveniment les plaies. (Raspail.)
— Fig. Personne qui tire de l'argent par des exactions : Ce sont les sangsues du peuple. Ce sont de vraies sangsues. (Acad.) u Personne qui tire ou fait dépenser beaucoup d'argent par un moyen quelconque : Les enfants soi.t de terribles sangsues pour un ménage, dt homme de loi est'une sangsue pour ses clients. (Acad.)
— MéJ. Sangsue artificielle, Petit instrument pneumatique par lequel on a essayé de remplacer les sangsues.
— Mamm. Sangsue volante, Nom vulgaire du vampire.
— lchihyol. Sangsue de mer, Nom vulgaire de la lamproie,
— Helminth. Sangsue-limace, Nom vulgaire des fascioles.
— Agric. Petit fossé creusé dans les terres arables au dans les prairies, dans le but d'en faire écouler les eaux.
— En;ycl. Anuél. Ce genre a pour caractère distinetif : un corps terminé a chaque extrémité par une cavité dilatable, préhensile, faisant office de ventouse ; une bouche pourvut, de trois mâohoires, située dans la ventouse antérieure ; une ouverture anale placée i. l'extrémité postérieure. Les sangsues ont été connues de toute antiquité. On a cru en trouver des traces jusque dans la Bible, au Livre des Proverbes, ou la sangsue est désignée tous le nom hébreu d'halucah ou gnaluka. Li!S auteurs grecs en parlent sous le nom de bdetta, et les auteurs latins sous celui d' hirudo, de sanguisuga : Non missura cutem ttisi plena cruoris hirudo. (Horace.) Le mot sanguisuga indique certainement que les anciens connaissaient les propriétés de la sangsue en général; mais il est plus que probable qu'ils ue distinguaient point les espèces l'une de l'autre. Tout ce qui avait forme de sangsue était confondu sous la même dénomination, et il faut remonter jusqu'à Linné pour trouver les caractères Uistinctifs de chaque espèce. Cet auteur, adoptant la classification ue Ra\, décrivit huit espèces de sungsues. Depuis cette époque, on a créé de nouvelles subdivisions qu'on trouvera détaillées dans les ouvrages spéciaux.
Les sangsues, en général, présentent un corps mou, allongé, irrégulièrement cylindrique, extensible et contractile, long de 0<",08 à 0m,2û environ, couvert d'une viscosité abondante et composé d'anneaux juxtaposés, au nombre- de quatre-vingt-quinze, tous égaux, lisses ou granuleux. La tête est continue au corps, et la cavité qui la termine, plusou moins profonde, est tantôt simple, tantôt formée par un certain nombre de segments, deux le plus souvent ; c'est l'ouverture ou ventouse orale. L'extrémité opposée, toujours simple, est formée par l'expansion du dernier anneau du corps ; c'est la ventouse anale. Ces ouvertures sont toutes les deux préhensiles, et l'animal s'en sert pour se fixer en arrière ou en avant. Les yeux sont en nombre variable ; les organes génitaux inâles et femelles, placés sur le même individu, s'ouvrent vers l'extrémité antérieure du corps, le pénis entre le vingt-quatrième et le vingt-cinquième anneau, la vulve entre le vingt-neuvième et le trentième. La peau est composée de trois couches, l'épidémie, la couche pigmentaire et le derme. L'épiderme est extrêmement mince et tout à fait incolore, mais il se renouvelle fréquemment, surtout en été, où on le voit changer tous les quatre ou cinq jours. Il adhère intimement à la peau au niveau des anneaux, mais il est libre dans leurs interstices; son épaisseur est traversée par une multitude de petits trous à travers lesquels sort la liqueur gluante qui lubrifie la peau. La couche pigmentaire, répandue à la surface du derme, auquel elle adhère intimement, présente de grandes variétés de nuances. C est elle qui donne a la sangsue toutes les couleurs qu'on observe. Quelquefois, elle est noire et unie dans toute son étendue (sangsue noire); d'autres fois, elle est d'un gris vert ou olivâtre, surtout sous le ventre; d'autres fois enfin, elle forme tout le long du dos des lignes régulières ou un pointillé plus ou moins varié. Quelle que soit la couleur de la sangsue, la face dorsale est toujours plus foncée que la face abdominale. Chez quelques espèces, la couche de pigment est tellement claire qu'on voit à travers la peau les organes contenus dans l'intérieur du corps. Le derme est l'enveloppe la plus profonde; c'est une tunique mamelonnée, assez épaisse, à articulations distinctes et circulaires qui donnent au corps ôe l'animal l'aspect annelé qu'il présente. "C'est dans l'épaisseur du derme que sont situées les cryptes, espèces de glandes en culde-sac destinées à la sécrétion du liquide gluant qui revêt le corps de la sangsue. Les cryptes viennent s'ouvrir par de petits orifices à la surface de l'épiderme. Immédiatement au-dessous du derme, on trouve trois couches musculaires; la première est formée de fibres circulaires adhérentes au derme, la seconde de fibres longitudinales coupant les premières à angle droit, et la troisième de nouvelles libres circulaires en contact avec les organes internes. Toutes ces fibres musculaires ont leur point d'insertion sur le derme, qui constitue ainsi la charpente de l'animal et le principal organe de progression. Lorsque la sangsue veut se mouvoir, elle fixe d'abord sa ventouse anale sur un point solide, puis, allongeant son corps en avant autant que possible, elle va fixer encore la ventouse orale sur un second point plus ou moins éloigné du premier. Alors, se contractant énergiquement, elle fait lâcher prise à la ventouse postérieure, qu'elle ramone et fixe de nouveau près du point d'appui qu'elle vient de prendre ; puis elle détache sa ventouse orale pour la porter en avant, et ainsi de suite.
Le tube digestif de la sangsue commence au niveau de la ventouse orale. Celle-ci, espèce d'avant-bouche , est formée de deux lèvres , l'une supérieure, l'autre inférieure. La première est beaucoup plus développée que la seconde ; elle est en même temps plus longue et plus large. La lèvre inférieure, susceptible de varier de forme, est la première qui s'applique sur les corps ou sur l'animal que la sangsue veut entamer. Les mâchoires, au nombre de trois, demi-circulaires, sont situées au fond de la ventouse et munies de deux séries marginales de dentelures fines et aiguës, au nombre de soixante à soixantedix pour chaque série. Leur structure est presque cartilagineuse, leur bord libre tout à fait tranchant. La base des mâchoires est entourée d'un anneau cartilagineux qui commence le tube digestif. Celui-ci débute par une sorte d'oesophage très-étroit, auquel fait suite uue poche plus large, renfermant plusieurs plis qui se développent lorsque la sangsue a absorbé une certaine quantité de nourriture; cette poche n'est autre chose que l'estomac; les replis sont des espèces de cœcums, au nombre de neuf de chaque côté, et que Moquiu-Tandon considère comme de petits estomacs distincts. Après l'estomac se trouve un rétrécissement très-marqué, auquel fait suite le rectum. Ce dernier organe, très-court, s'ouvre sur le dos, au niveau de la ventouse postérieure qui constitue l'orifice anal. Les sangsues se nourrissent aux dépens des autres animaux, dont elles sucent le sang, ou bien qu'elles avalent par petites portions ou eu entier. C'est ainsi qu'on les voit s'attacher aux grenouilles, aux salamandres, etc., ou dévorer certains mollusques et les larves des insectes. Leur digestion s'opère trèslentement; il n'est pas rare d'observer, après
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plusieurs jours, plusieurs semaines et même plusieurs mois, que les matières alimentaires qu'elles ont avalées ne sont pas encore«digérées. Lorsqu'on les emploie en médecine, on peut remarquer que le sang qu'elles ont sucé n'a point changé dans leur estomac et n'a subi aucune altération ; mais dès qu'on l'expose au contact de l'air, ou que la sangsue vient à mourir, le liquide se coagule promptement et devient d'un brun noirâtre (Audouin). Le système nerveux des hirudinées, en général, se compose d'un grand nombre de ganglions disposés par séries, tout le long et au-dessous du tube digestif, depuis l'extrémité céphalique jusqu'à l'extrémité caudale. De ces divers ganglions partent un grand nombre de filets nerveux qui se distribuent aux organes et qui donnent aux sangsues le peu de sensibilité générale dont elles sont douées. Quant aux organes des sens, il n'est pas certain que ces animaux en soient pourvus. Cependant, la plupart des naturalistes s'accordent pour donner aux hirudinées le sens de la vue. Les yeux sont représentés par de petits points noirs situés à la partie an; térieure du corps , et principalement sur là ventouse orale. Le nombre d'yeux varie, selon les genres, depuis deux jusqu'à dix. Ce qui a fait croire à l'existence du la vision chez ces animaux, c'est que, si on les place dans un vase entouré d'un linge ou de papier noir et qu'on pratique une ouverture à travers laquelle la lumière puisse pénétrer dans l'intérieur du vase, toutes les sangsues se dirigent aussitôt vers cet endroit et cherchent à s'y fixer. Moquin-Tandon, ayant fait des expériences sur la néphélis vulgaire, rapporte que, plaçant au devant de la ventouse orale un morceau de bois rouge, la sangsue paraissait constamment se détourner pour l'éviter. Le système circulatoire a été étudié avec beaucoup de soin par plusieurs naturalistes qui ont tous trouvé, chez les hirudinées, quatre troncs vasculaires principaux, placés selon la longueur du corps de 1 animal et situés l'un sur la face dorsale, l'autre sur la face ventrale, et deux sur les parties latérales. Lo tronc vasculaire abdominal, le plus développé, envoie des branches collatérales volumineuses, qui embrassent le tube digestif par leur concavité et vont se jeter dans le tronc dorsal. Les troncs latéraux communiquent entre eux et avec les deux autres par de nombreux rameaux. Des branches spéciales se distribuent à la peau et aux organes respiratoires, composés de deux espèces de poches richement pourvues de capillaires sanguins, découverts par Pages et communiquant avec les troncs latéraux, dorsal et abdominal, ■ D'après cette organisation, on peut considérer les vaisseaux latéraux comme des espèces de golfes veineux qui reçoivent le sang de toutes les parties du corps et l'envoient dans les poches respiratoires, où il se réoxygène. Alors une petite portion de ce sang reflue dans les vaisseaux latéraux, tandis que l'autre portion arrive au vaisseau dorsal, puis au vaisseau abdominal, qui, tous deux, le chassent dans tout le corps, d'où il revient dans les troncs latéraux, qui le distribuent aux poches respiratoires, i (Audouin.) Malgré l'existence de l'appareil circulatoire, la peau des hirudinées doit être encore regardée comme un organe de respiration complémentaire. Les phénomènes chimiques de la respiration chez les sangsues ne diffèrent point de ceux des autres animaux , c'est-à-dire qu'elles absorbent l'oxygène de l'air et rejettent de l'acide carbonique. Les sangsues, comme nous l'avons déjà dit, sont hermaphrodites, ainsi que tous les autres unnélides. Chaque individu est pourvu d'organes mâles et d organes femelles, d'un pénis et d'une vulve, qui se trouvent à la partie antérieure du corps, du côté de la paroi abdominale, à une distance de la tête qui varie un peu selon les espèces. Le pénis est toujours plus rapproché de la tète que la vulve. La fécondation ne peut avoir lieu chez les sangsues, malgré l'hermaphrodisme, que par le rapprochement de deux individus différents et par l'introduction de l'organe mâle de l'un dans l'organe femelle de l'autre. L'appareil générateur mâle se compose des testicules, des canaux déférents, des vésicules séminales et de la verge. Les testicules, qu'on rencontre dans toutes les espèces avec quelques variantes, sont deux corps blanchâtres ou grisâtres, qui se présentent sous la forme d'une petite masse ovalaire ou d'un très-petit peloton irrégulièrement arrondi, dans l'intérieur duquel se trouvent de petits canaux entortillés. Les testicules s'ouvrent chacun dans un petit canal filiforme qui lonye d'arrière eu avant le corps de l'animal et qui rencontre sur son passage, à des intervalles réguliers, un plus ou nioijis grand nombre de vésicules piriformes. Ces canaux, composés d'une membrane mince, molle, transparente, sont remplis de granulations opaques nageant dans un liquide aqueux. Les canaux déférents sont, en général, assez courts, tantôt droits, tantôt flexueux ou coudés sur eux-môines ; ils charrient la liqueur prolifique et débouchent à la base de la verge. Les organes génitaux femelles se composent d'une vulve qui s'ouvre dans un vagin généralement assez court. Au fond du vagin se trouve une poche très-développée après la fécondation et à laquelle on a donné le nom de matrice. Celle-ci communique par un petit canal ou oviducte avec deux organes glandulaires qui
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constituent les ovaires. L'accouplement est réciproque; il se fait au mois de juillet et au mois d'août. Deux individus se rapprochent ventre contre ventre et en sens inverse, c'està-dire que la tête de l'un se place vis-à-vis de la ventouse anale de l'autre, de façon que le pénis du premier puisse s'introduire dans le vagin du second et le pénis du second dans le vagin du premier. En ce moment, il s'opère une véritable érection, et la fécondation a lieu après plusieurs heures que dure cette position (Johnson). Quelques hirudinées sont ovovivipares, c'est-à-dire que les œufs se développent dans la matrice et les petits sortent vivants. Cependant le plus grand nombre du sangsues et toutes les sangsues officinales en particulier pondent des œufs, au nombre de six à vingt-quatre, contenus dans une masse gélatineuse qui renferme un cocon corné, mince, couvert de petits filaments entre-croisés, d'apparence spongieuse. Les clepsines portent sous le ventre une poche dans laquelle les petits se réfugient pendant leur jeune âge. Les sangsues ne se reproduisent qu'à l'état de liberté. Lorsqu'on les conserve dans des bocaux ou même dans de grands vases, elles peuvent vivre plusieurs années, mais elles ne se fécondent pas. Les sangsues se trouvent répandues sur presque toute la surface du globe; mais les espèces varient selon les localités. La sangsue officinale exista surtout en Europe, depuis le nord de la Russie jusqu'au midi de l'Espagne ; on en trouve fort peu en Angleterre. Elles habitent les marais et les petits courants d'eau douce. On en trouve souvent de fixées sur les poissons, les tortues et les divers mollusques ; eiles s'attachent aux jambes des hommes et des animaux qui pénètrent dans les lieux qu'elles habitent. On en voit quelquefois se nicher dans les fosses nasales des chevaux pendant qu'ils boivent, et là elles peuvent vivre plusieurs jours, se gorger de sang et gêner par leur présence la respiration de ces animaux. Les sangsue» sont très-sensibles à l'influence de la température. Pendant les grands froids, elles s'enfoncent dans la vase des eaux dormantes et n'en sortent qu'aux premiers beaux jours du printemps. Quand le vent souffle, elles s'agitent; quand la tempête gronde, elles montent à la surface de 1 eau. Ces circonstances, observées par certaines personnes, ont donné lieu de supposer que les sangsues renfermées dans un verre pourraient indiquer pur leurs mouvements les changements atmosphériques. S'appuyant sur ce principe que la sungsue monte ou descend selon l'état de l'atmosphère, on a construit de véritables baromètres aveu de longs tubes gradués ou même avec de simples bocaux, sur les parois desquels on marquait la graduation. Mais un examen attentif et des expériences répétées ont démontré l'erreur des gens du peuple qfii croient à ces espèces de baromètres. Il est vrai que les sangsues montent et descendent dans le vase qui les contient; mais pour peu qu'on les observe, on ne tarde pas à remarquer que non-seulement ce mouvement n'est point général, mais que le plus souvent même il est en rapport inverse avec les changements atmosphériques qu'on prétend être indiqués.
Savigny a divisé la famille des sangsues en trois sections, comprenant chacune des genres différents; ce sont : ire section, sangsues Oranchelliennes, caractérisées par des branchies saillantes et une ventouse orale circulaire formée d'une seule pièce; c'est le genre brancheilion. 2e section : sangsues albioniennés, caractérisées par l'absence des branchies, par une ventouse orale d'une seule pièce, séparée du corps par un fort étranglement et formant uue ouverture longitudinale. Cette section comprend les genres albione et Itssmocharis ; 3e section, sangsues bdelliennes, caractérisées par l'absence des branchies, par une ventouse orale en plusieurs pièces, peu ou point séparée du reste du corps et foruiant une ouverture bilabiéeavec la lèvre supérieure extrêmement développée ; cette section comprend les genres bdeile, sangsue proprement dite, hsimophis, néphétis, clepsine (v. chacun des mots formant un genre particulier). A cette classification de Savigny, Auguste Odier et Moquin-Taudon ont ajouté deux nouveaux genres, qui sont : la branchiobdella de l'écrevisse , ainsi appelée parce qu'on ue La trouve que sur lesécrevisses, et \aulastoma ou aulacastome, que Moquin- Tandon place eutre les bdellesetles néphélis.
En médecine on n'emploie pas tous les genres de sangsues; ou se sert généralement, en France, de l'hirudo medicinalis de Rai et de Linné, dont le corps, de couleur gris olivâtre, est marqué eu dessus de six baudes plus ou inoins distinctes, à bords verdâtres, et traversé en dessous par des ligues marginales. On se sert encore de la sanguisuga officinalis de Savigoy,ou sangsue verte, et de lu sangsue noire de Moquin-'landon. La sangsue verte est la plus commune dans le midi de l'Europe, tandis que les deux autres se trouvent plutôt dans le Nord. Dans les autres contrées de l'Europe, en -Suède par exemple, on se sert d'un autre genre de sangsues. 11 en est de même au Sénégal, eu Algérie, en Chine, au Japon, etc. ; et quelles que soient les sangsues que l'on emploie, on ne doit pas craindre d'en trouver de venimeuses ;* il n'en existe pas, quoique cette opinion soit généralement répandue dans le vulgaire. S'il survient quelquefois des accidents après la piqûre des
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sangsue», il faut les attribuer à des circonstances particulières et non point à un virus quelconque fourni |>arces animaux. Les sangsues employées en médecine sont recueillies dans des mares et dans des-étangs où l'eau est peu agitée ; mais les plus estimées sont celles qu'on trouve dans les courants d'eau limpide, comme les ruisseaux et les petites rivières. Celles-ci sont plus vives, piquent avec plus de promptitude et tirent une plus grande quantité de sang. La récolte des sangsues se fait en été. Les paysans entrent dans les mares nu-jambes et ramassent les sangsues qui nagent sur l'eau, celles qui viennent les piquer et celles qui sont fixées au fond de l'eau sur les pierres ou dans la vase. Quelquefois, ils déposent dans l'eau des morceaux, de charogne de cheval, de chien, etc., et le lendemain ils viennent recueillir les sangsues qui se sont fixées sur ces amorces; mais ce moyen ne donne que de mauvaises sangsues, qui sont déjà gorgées quand on les prend et qui refusent souvent de mordre lorsqu'on les applique. Pour conserver les sangsues, immédiatement après les avoir sorties de l'eau, on les place dans un vase plein du même liquide ou dans un sac de toile qu'on a soin de mouiller de temps en temps. Plus tard, on les dépose dans des bocaux en verre, à large ouverture, remplis aux deux tiers et contenant au moins 3 litres d'eau pour trente sangsues et au-dessous. Le liquide doit être renouvelé tous les deux jours en hiver et tous les cinq jours en été. L'eau de pluie, de rivière ou d'étang est préférable à l'eau de fontaine. Dès qti une sangsue vient à mourir, il faut l'enlever aussitôt et renouveler l'eau du vase qui contient les autres. Le meilleur moyen de conserver les sangsues, c'est de les enfermer dans un vase à moitié rempli de terre argilo-siliceuse dépourvue de débris organiques. La terre doit être divisée en petits fragments, de manière à ne pas former un seul tout. On la recouvre d'une couche de mousse mouillée, qu'on humecte chaque fois qu'elle commence a se dessécher. Ou tient le vase fermé avec un couvercle de bois ou de verre, et on lave la terre deux ou trois fois par an. Le vase doit être tenu dans un lieu frais et moyennement éclairé; la température, qu'on tient le plus uniforme possible, ne doit jamais descendre au-dessous de 0».
— Méd. Lorsqu'on veut faire une application de sangsues, on choisit les meilleures, c'est-à-dire celles qui, de moyenne grosseur, paraissent les plus vives et s'attachent aux doigts- de celui qui les choisit. Les petites sangsues tirent peu de sang, parce qu'elles ne
fieuvem en contenir qu'une petite quantité; es sangsues trop grosses sont, en général, peu affamées ou déjà repues, parce qu elles ont été prises dans des eaux croupissantes ou aveu de la charogne dont elles se sont gorgées. Quand on a fait sou choix, il f.iut les laisser jeûner quelque temps avant de s'en servir, c'est-à-dire les enfermer dans un vase vide couvert avec un linge. Au moment de les appliquer, on les prend sur une compresse sèche et on les frotte légèrement entre les mains, de manière à les exciter le plus possible sans les blesser; puis ou les place sur la partie préparée d'avance, c'est-à-dire rasée, si elle est couverte de poils et humectée avec du lait tiède, du vin sucré ou du sang de viande crue. Une fois placées sur la peau, les sangsues ne prennent pas toujours avec facilite; elles vaguent, serpentent, portent leur tète de ça et de là, ce qui les distrait et les empêche de mordre. Pour éviter cet inconvénient, on les emprisonne dans la cavité d'un verre à liqueur renverse sur tes téguments. Alors il ne leur reste plus qu'à se fixer sur la peau, et elles exécutent cette opération de la manière suivante : elles fixent fortement la ventouse orale sur Je point qu'elles veulent entamer ; alors les tubercules dentiferes prennent (le la rigidité ; ils se contractent, et les denticules qu'ils supportent incisent en se mouvant la portion de peau qui les sépare. Aussitôt le sang coule de chacune des entailles, et l'animal, par un mouvement de succion, le t'ait passer dans sou œsophage et dans sou vaste estomac. (Audoum.) Une t'ois en action, les sangsues doivent être luissees tranquilles, sans les loucher ni les remuer ; ou peut même, par précaution, les couvrir d'uu pli du drap uu d'une serviette. Ou les voit peu à peu se remplir et, pur des oinmlatious successives et ti es- visibles, augmenter de voiuine et devenir trois ou quatre fois plus volumineuses qu'avant leur application. Une fois repues, elles ne détachent et tombent d'elles-mêmes, incapables du inoindre mouvement, tant elles sont distendues par le sang qu'elles ont absorbé. Si on les abandonne a elles-mêmes, la plupart payent de leur vie leur voracité; mais, si l'on veut les faire resservir, ou les débarrasse en les prenant avec le pouce et l'index de la main gauche par l'extrémité postérieure et en les comprimant d'arrière en avant aveu les mêmes doigts de la main droite, jusqu'à ce qu'elles aient rendu tout le sang qu'elles avaient suce. Il y a des sangsues qui, lorsqu'elles sont gorgées, ne tombent pas, mais restent immobiles sur place ; elles ue sucent plus? elles dorment. Pour les faire détacher, il faut alors les pincer par la ventouse caudale, ou, à l'aide d'une épingle, soulever légèrement ta ventouse orale. La sangsue se réveille, lâche pn$e et tombe. Ces animaux, pour se gorger
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de sang, emploient ordinairement l'espace d'une heure , et chaque sangsue de taille moyenne extrait environ 16 grammes de ce liquide lorsqu'elle se remplit bien. Il est rare qu'après que les sangsues se sont détachées on veuille fermer aussitôt les plaies qu'elles ont ouvertes; on favorise, au contraire, l'écoulement sanguin, soit par des lotions d'eau tiède, soit par l'application de cataplasmes de farine de lin, pour empêcher le sang de se coaguler au niveau des piqûres. Une précaution à prendre en lavant les petites plaies, c'est de ne pas éponger en glissant sur la peau, mais plutôt en pressant de haut en bas sans frotter ; car les mouvements de frottement renversent en dehors les lèvres de la filaie et occasionnent des douleurs au maade. Lorsque le lieu où ont été appliquées les sangsues peut être plongé dans leau, comme les jambes, les pieds, le siège, on fait usage d'un bain approprié pour faciliter l'écoulement sanguin. Celui-ci, dans certaines circonstances, peut durer jusqu'à vingt-quatre heures et plus, s'il n'est point arrêté par un moyen artiticiel. Aussi doit-on surveiller les piqûres des sangsues jusqu'au moment où le sang ne coule plus. Si, au bout d'un certain temps l'écoulement ne s'arrête pas naturellement, on applique sur chaque petite plaie un peu d'amadou, une boulette de charpie ou de toile d'araignée; on peut encore mettre de la cendre de linge brûlé. Si ces moyens étaient insuffisants, ce qui arrive fort rarement, il faudrait avoir recours à la cautérisation. Le sang rendu par les sangsues quanti on les fait dégorger est tantôt rouge, tantôt noir. Certaines personnes se figurent que, lorsqu'il est noir, la saignée était beaucoup plus nécessaire et que, si ce sang était resté dans l'économie, il n'aurait pas manqué de produire de grands ravages. Cette opinion, répandue surtout parmi le peuple, est extrêmement erronée; la différence de couleur tient à la nature des capillaires ouverts par les sangsues. Si les capillaires artériels ont été ouverts, c'est du sang rouge que rendent les sangsues; si la morsure a porté sur les capillaires veineux, on obtient du sang noir. Quelquefois le sang artériel et le sang veineux se trouvent mélangés ensemble.
L'emploi thérapeutique des sairgsues est basé sur deux principes : obtenir un dégagement local ou bien obtenir une dérivation. Dans le premier cas, on placera les animaux sur l'endroit malade ; dans le second cas, on les mettra a une certaine distance. Il nous est impossible d'examiner ici les cas dans lesquels l'application de ces animaux est salutaire; la seule chose que nous puissions considérer est celle-ci : Quelles sont les parties du corps sur lesquelles on peut appliquer les sangsues? Quelles sont les parties du corps qui rejettent ce moyen thérapeutique? Ces animaux ne doivent pas être placés sur les points où la peau est très-sensible; ainsi : sur le sein chez les femmes, sur la verge chez les hommes, et, pour les deux Sexes, sur les portions de téguments que double un tissu cellulaire lâche et mobile, comme aux paupières et au scrotum; il est à craindre que la morsure n'occasionne une infiltration ecchymotique, qui peut être portée au point de déterminer des escarres gangreneuses ; de là ce précepte de ne jamais employer les sangsues sur des parties œdémateuses ou ecchymosées, car on s exposeraitau même accident. On est assez généralement d'accord pour ne pas les mettre sur les parties habituellement découvertes, telles que le cou, le haut de la poitrine; car, après la guérison, les morsures laissent souvent de petites cicatrices indélébiles.
Doit-on faire mordre les sangsues sur les surfaces enflammées, ou doit-on les placer sur les parties environnantes? Dans les cas d'érysipèle, par exemple, les morsures sont trèsdouloureuses et il peut en résulter des furoncles également fort douloureux ; il est donc plus ralionuel de placer les sangsues autour du mal. On a d'ailleurs remarqué qu'en agissant ainsi on produit un dégorgement aussi considérable, sans être exposé aux dangers que nous venons de signaler. Cette remarque convient encore aux hernies et généralement a toutes les parties sur lesquelles on peut être appelé à pratiquer une opération. On a conseillé aussi l'application des sangsues sur quelques parties internes recouvertes d'une membrane muqueuse, telles que les gencives, les amygdales, etc. Quelques personnes les mettent au col même de l'utérus, dans le but de dégager cet organe. Cette pratique a des inconvénients et peut amener des ulcérations, surtout s'il y a tendance à une dégénérescence cancéreuse. Il faut ajouter que les sangsues doivent être appliquées le moins possible sur les parties de téguments que double un tissu cellulaire graisseux ; l'écoulement est alors trop peu considérable, et si une nécesssilé impérieuse contraint à placer les sangsues sur ces parties, on devra doubler ou tripler le nombre des animaux jugé nécessaire.
La cicatrisation des piqûres de sangsues ne se fait pas également vite ni également bien chez tuus les sujets; elle donne presque toujours lieu à des démangeaisons assez vives, que l'on peut soulager à l'aide de lotions rafraîchissantes. Le médecin devra suivre avec soin le progrès de ces cicatrices, surtout chez les femmes et chez les entants. Le plus souvent, la plaie se ferme en quelques jours. La place de la morsure est d'abord d'une couleur
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Elus ou moins rosée, environnée d'an cercla leuàtre, formé par du sang extravasé; puis elle blanchit, devient comme nacrée et présente comme une étoile à trois branches, qui rappelle la triple plaie à laquelle elle succède. Si l'on a été forcé d'appliquer les sangsues sur des parties doublées d'un tissu cellulaire lâche et qu'il se soit formé des ecchymoses, on aura recours à des révulsifs. Enfin, il est certaines personnes très-impressionnables chez lesquelles l'application îles sangsues détermine de tels accidents nerveux, qu'il est préférable, quand on est instruit de cette circonstance, de laisser ce moyen thérapeutique de côté. Quelques personnes ont signalé un accident fort grave qui résulterait de l'usage de sangsues ayant déjà été appliquées sur un sujet atteint de syphilis : les morsures des sangsues seraient suivies, dit-on, de chancres vénériens; mais les observations recueillies à ce sujet ne sont ni assez nombreuses ni assez concluantes pour que l'on puisse affirmer ce fait. On a beaucoup parlé aussi des ! accidents produits par la présence des sang- 1 sues dans les cavités muqueuses et donnant lieu à des hémorragies. Il est hors de doute que cet accident s est produit surtout chez les individus qui boivent à des mares ou à des ruisseaux après une longue marche pendant la nuit, comme cela est arrivé aux soldats pendant la guerre d'Afrique; tantôt la sangsue se trouve dans l'estomac, taniôt dans l'œsophage, tantôt et le plus souvent dans le larynx. Les accidents qui résultent de la présence d'une sangsue dans les voies digestives ou respiratoires consistent dans des hémorragies parfois très-abondantes. On ne peut connaître la cause de laccident qu'en remontant avec soin aux antécédents des malades. Une fois la présence de la sangsue connue, on administrera un vomitif, des lavements avec de ta décoction d'oignon ou de tabac ou encore avec une dissolution de sel marin. Quand la sangsue est fixée au fond de la gorge et qu'elle est apparente, il s'agit de la saisir avec des pinces et de la retirer ; dans le cas où elle serait dans le larynx, il faudrait pratiquer la trachéotomie.
Un accident assez fréquent après l'application des sangsues est une indigestion, si le malade commet l'imprudence de manger trop tôt. Cet accident se traduit par la pâleur du visage, la faiblesse, l'anxiété, quelques vertiges, le vomissement et parfois des déjections alvines; mais, ordinairement, au bout de vingt-quatre heures tout rentre dans l'ordre; il suffit du repos, de la diète et de quelques boissons délayantes. On observe parfois une légère infiltration sanguine autour des petites pluies ouvertes par les sangsues; mais cet accident disparaît bientôt spontanément par la résorption du sang épanché. Lorsqu'il se manifeste une inflammation locale, un érysipèle limité ou de petits flegmons autour aes incisions, on les combat par des cataplasmes émollieuts, par les adoucissants et le repos. Enfin, dans quelques cas rares, il se forme autour des piqûres, surtout lorsqu'elles sont nombreuses et rapprochées, de véritables points gangreneux, que l'on évitera en ne rapprochant pas trop les sangsues l'une de l'autre quand on les applique.
— Commerce des sangsues. Au point de vue commercial, on divise les sangsues en cinq catégories: les vaches, qui pèsent de 4 kilogr. 500 à 10 kilogr. le mille; les grosses, qui pèsent de 2 kilogr. 500 à 3 kilogr.; les grosses moyennes, qui pèsent de 1 kilogr. 125 à 1 kilogr. 250 ; les petites moyennes, qui pèsent de 625 grammes à 750 grammes ; et enlin les filets, qui pèsent de 385 grammes à 450 grammes.
Les fermiers des lacs ou pêcheries à sangsues vendent les sangsues, grosses et peiiies mêlées, aux marchands en gros, qui tont le triage et les revendent au poids. Les vaches et les filets sont mis de côte et ne sont point livrés aux débitants ou du moins ue doivent pas l'être , les premières parce qu'elles font des blessures trop larges, les seconds pour une raison contraire.
Les transports souvent lointains de ces animaux exigent beaucoup de précautions. D'ordinaire, on enferme les sangsues dans des Sacs de toile qui en contiennent de 20 à 30 kilogr. et qu'on place les uns à côté des autres sur des hamacs suspendus dans des caisses à claire-voie. Si te trajet est long et le temps chaud, il faut de temps a autre rafraîchir les sangsues" et même les trier pour enlever celles qui sont mortes. Pour cela, ou se sert de grands baquets, dans lesquels on en place-d'auties plus petits ; les uus et les autres sont remplis d'eau. Ou \ iiie les sacs dans les petits baquets : toutes les sungsues saines s'en échappent bientôt pour tomber dans les grands; celles qui restent dans les petits baquets sont mises à l'écart; les autres sont remises dans les sacs et continuent la route.
Le prix des sangsues a beaucoup varié depuis un certain nombre d'années. Après avoir atteint des chiffres excessifs, il a suivi une marche décroissante assez rapide. Sous l'empire des idées médicales de Bruussais, alors qu'on faisait une consommation tres-consiueruule de sangsues, le prix de ces aniielides s'éleva très- haut. IJ autre part, on se contentait jadis de pêcher ces animaux là où on en trouvait, c'est-a-dire dans les lieux où ils vivent et se reproduisent naturellement. Ces marais étant peu nombreux et la fécondité des sangsues médiocre, on était loin de pouvoir
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réparer les pertes Incessantes qu'éprouvait l'espèce, eu égard aux pêches nombreuses dont ces marais étaient le théâtre. Ajoutons à cela un préjugé absurde et qui fit perdre une quantité énorme de sangsues : on croyait qu'une sangsue était impropre h servir plusieurs fois; des milliers de ces animaux, qui eussent pu rendre encore des services si on leur eût tait dégorger ou digérer le sang qu'ils avaient sucé, étaient ainsi perdus chaque année. Ce n'est qu'à partir de 1824 qu'on a pris l'habitude, duns les hôpitaux militaires d'abord, d'appliquer plusieurs fois les mème3 sangsues.
Mais cela ne suffisait point pour réparer tous les vides faits par la consommation ; on a songé à cultiver les sangsues comme on cultive des poissons, à établir, en d'autres termes, des viviers à'hirudiniculture. Le succès a couronné ces efforts. Les marais naturels à sangsues situés dans les départements de l'Indre, de Loir-et-Cher, de la Vienne, des Deux- Sèvres, de la Vendée, d'Indre-et-Loire, de la Loire -Inférieure, de Maine-et-Loire, de la Haute-Marne, etc., étaient, il y a une quinzaine d'années, à peu près épuisés, et la consommation française n'étuit plus alimentée 3ue difficilement et chèrement par les marais e la Russie, de la Bohême, de fa Hongrie, des Provinces danubiennes, de la Sardaigne, de l'Algérie, du Maroc, de l'Egypte, enfin et surtout de la Perse et de la Turquie. Aujourd'hui, grâce au succès de l'élevage, les sangsues indigènes abondent sur le marché et les prix s'abaissent. C'est surtout dans la Gironde, les Landes, la Vienne, l'Indre, le Maine-et-Loire, l'Eure-et-Loir, la Seine et Seine-et-Oise que cette industrie s'exerce sur une large échelle.
De tous les pays étrangers, la Turquie est celui qui exporte le plus de sangsues. Les expéditions se font principalement des ports de Trébi^onde et d'Erzeroum (Arménie turque). On reçoit sur cette dernière place des sangsues vertes et grises ; les grises proviennent de la Perse et sont généralement exportées par des négociants français, qui envoient des agents chargés de faire ou de surveiller la pèche. Celle-ci se fait en automne. En 1857, les sangsues grises valaient, sur les lieux de production, de 4 à 5 fr. le kilogr.; mais les frais de transport et la mortalité décuplaient ce prix à l'arrivée. Les sangsues vertes viennent du Kurdistan ; on en exporte également une grande quantité de l'Arménie russe en contrebande, afin d'éviter le droit de 9 fr. par kilogr. dont cette marchandise est frappée à sa sortie. En 1857, les sangsues vertes se vendaient de 15 à 20 fr. le kilogramme.
La pêche des sangsues se fait, dans la plupart des marais de l'Europe et de l'Asie, pour le compte de spéculateurs étrangers. Le gouvernement la cède à bail au plus offrant. La pêche des sangsues en Turquie tend à perdre de plus en plus de son importance, vu les progrès de l'hirudiniculture en France.
Le commerce des sangsues est sujet à des fraudes graves et nombreuses. Voici, d'après Chevallier, les caractères essentiels auxquels on peut reconnaître que les sangsues appartiennent à l'espèce médicinale et qu'elles présentent les conditions indispensables de vigueur, de fraîcheur et de sauté.
Lorsqu'on achète des sangsues, il faut avoir soin d'examiner leur poids au raille; il faut, de plus, s'assurer si le mille de ces annélides est formé de sangsues du même choix.
La sangsue de bonne qualité a le corps allongé et déprimé; sa peau, à l'extérieur, présente un aspect velouté particulier; elle se meut dans leau avec une vivacité extrême, en se présentant sous une forme allongea remarquiible. Sou élasticité est telle, qu'on peut la prendre, l'étendre, tripler même sa longueur et s'en entourer le doigt comme on le ferait avec un ruban. Elle peut être comprimée dans toute sa longueur. Elle ne doit pas, par une forte pression opérée de la tète à la queue, fournir de sang, et s'il s'en échappait une minime quantité, ce qui arrive quelquefois avec les grosses sangsues de marais, ce sang, au lieu d'être rouge comme celui que fournissent les sangsues gorgées, est visqueux et d'un noir verdàtre.
Vue sangsue île bonne qualité est reconnaissable aussi à sa vigueur et à la rapidité de ses contractions, à la forme des anneaux, à la certitude de sa marche, qui dépend surtout de la précision avec laquelle s'appliquent les ventouses.
En examinant le corps d'une sangsue de bonne qualité à l'état de repos, on voit que les segments se recouvrent de manière à faire disparaître entièrement les intervalles qui les séparent, à inoins que la sangsue n'ait pris accidentellement une forme allongée. Plus elle se pelotonne, plus elle est vigoureuse.
Les sangsues ont la propriété de gonfler leur corps de manière à tromper sur leur volume. Un signe de bonne qualité est l'eftilement de la partie antérieure de leur corps relativement à la partie postérieure. Un autre caractère consiste encore dans la dépression ou l'aplatissement du corps. Suus la main, au toucher, ou seat également que les contractions s'exercent avec plus ou moins de vigueur.
On conçoit bien, du reste, que la faculté de rapprocher les anneaux, que l'élasticité du corps, que la forme aplatie Ce l'animal ne peuvent exister que si son tube intestinal est vide ou à peu prés.
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SÀNGÎJEL, rivière de l'Amérique du Sud, confédération de la Plata. Elle descend du versant oriental des Andes, coule au S.-E., se joint au Corao-Leuva après un cours de 700 kilom.
SANGUENIE s. f. (san-ghe-nî). Bot. Nom vul^jiire de !a santoline. Il On dit aussi san-
GUKNITE.
SANGUIFICATIF, IVE adj. (san-gui-fi-katiff, i-ve — du lat. sanguis, s»ng; facere, faire). Physiol. Qui produit ou forme le sang. Il Peu usité.
SANGUIFICATION s. f. (san-gui-fi-ka-sion — rad. sangv.ifier). Physiol. Formation du sang : II faut naturellement que les inspirations soient devx fois plus nombreuses pour que la sanguification se maintienne dans ses conditions normales. (L. Figuier.)
SANGUIFIER v. a. ou tr. (san-gui-fi-é — du lat. sanguis, sang ; facere, faire. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du subj. prés. : Nous sanguifiions; que vous sangui fiiez). Physiol. Convertir en sang : Etudier les causes qui sanguifient le chyle. Il Peu usité.
SANGUIF1QUE adj. (san-gui-fi-ke — rad. sanguifier). Physiol. Qui produit la sanguification. II l'eu uiiité.
SANGUIGNON s. m. (san-ghi-gnon; gn mil.). Bot. Genre de plantes, de la famille des caprifoliées, dont une espèce produit des baies qui donnent une huile à brûler. Il On dit aussi