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11 suffit de la correspondance adressée k Mlle Stourdza, la partie la plus intéressante, pour apprécier son caractère, son rôle et Son talent d écrivain.
C'est le talent seul de M™e Swetchine qui doit être l'objet de notre critique. En général, ses lettres sont un peu uniformes et maniérées. On peut dire, à son acquit, que la recherche et la subtilité, tant dans la censée que dans l'expression, ont chez elle quelque chose de naturel. C'est la finesse et l'ingéniosité propres à l'esprit byzantin, amoureux du brillant, du singulier, du bizarre. Elle a aussi une exquise et aimable distinction, empruntée sans doute à la société parisienne. Elle sait narrer avec grâce et facilité. Mais quant à la comparer avec M"18 de Sévigué, il faut y renoncer. La spirituelle marquise, qui lisait pourtant saint Augustin, aux jours de pluie, n'eût rien compris k la métaphysique orthodoxe de Mme Swet'.-hine ; et certainement elle eût écrit en un style plus franc et plus juste. Elle aimait moins la subtilité et davantage le simple bon sens. Le véritable intérêt des lettres de cette dévote réside dans le conflit de ses aspirations naturelles de femme et de son énergie k les réprimer. Ce tableau ne la rend guère sympathique ; néanmoins il la fait estimer. Une lutte morale qui aboutit au triomphe de la volonté est toujours un spectacle frappant.
Dans ses lettres, comme dans ses Pensées et dans ses Essais, M™e Swetchine, en analysant sou caractère et son coeur, a trouvé des pensées tines et pénétrantes, bonnes k méditer. C'est ce qu'elle a' laissé de plus durable. « Seulement, dit Sainte-Beuve, si ses amis sont sages, ils la loueront avec un peu plus de sobriété qu'ils ne font depuis quelque temps; ils exigeront pour elle un peu inoins qu'ils ne sont en train de réclamer ; car le public français, qu'on mène si loin et qui, par moments, se laisse faire Je plus docilement du monde, a ses brusques impatiences et ses retours. Il y a aussi des indigestions d'esprit. •
SWETTL , ville de l'empire d'Autriche.