‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 842 sur 1059 · V. HOLOPHRASTIQUB · texte numérisé non relu

V. HOLOPHRASTIQUB

SYNTAGMA s. m. (sain-ta-gma). V. SYN- TAGME.

SYNTAGMATARQUE s. m. (saln-ta-gmatar-ke — gr. synlaymntarchos ; de syntayma, syntagme , et de archos , chef). Ane. art milit. Chef d'un syntagme.

SYNTAGME s. m. (sain-ta-gme — gr. suntagma; de sun, avec, et de tassa, je range). Ane. art milit. Subdivision de la phalange grecque, comprenant un carré de seiae hommes de côté.

— Bibliogr. Traité méthodique; traité en général, il On dit aussi syntagma.

— Encycl. Bibliogr. Ce mot a été assez fréquemment employé, comme titre, par les philosophes du xvi» et du xvn« siècle. Il avait chez les anciens, et il a gardé chez les modernes, le sens de traité méthodique ou simplement de traité. C'est, notamment, le titre do deux ouvrages de Gassendi : l'un est le Syntagme de lu philosophie d'Epicure, avec réfutation des dogmes de ce philosophe qui sont contraires à la foi chrétienne ; l'autre est le Syntagme philosophique, dans lequel il est traité des points principaux de toute la philosophie. Ces deux ouvrages sont écrits en latin. Le second, qui fut publié seulement après lu mort de l'auteur (1658), embrasse sa doctrine dans son entier, 11 est divisé en trois parties, précédées d'un préambule en neuf chapitres sur la philosophie en général. La première partie, relative k lu logique, se subdivise en quatre livres ; 1° De la simple conception des choses on Des idées; 2° De ta proposition; 3" Du syllogisme ; 4» De la méthode. La seconde partie, sur la physique, comprend quatre subdivisions : l« De la nature en général; 20 Des choses célestes; 3° Des objets inanimés; 4° Des animaux et des élres vivants. La troisième partie, qui traite de la morale, est subdivisée en trois livres : 10 Du bonheur; 2» Des vertus; 3» De la liberté, de ta fortune,' du destin et de la divination.

Dans l'un et l'autre syntagme se retrouve l'ennemi do la scolastique, l'esprit indépendant qui ne reconnaissait d'autre autorité que la raison eu matière de pure philosophie, le disciple de Montaigne qui a puisé dans l'étude des Essais un demi-scepticisme empreint d'ironie et s'arrètant toutefois devant les décisions de l'Eglise. On y voit ce fait singulier d'un catholique du xviio siècle, docteur en théologie et engagé dans les ordres, soutenant le sensualisme d'Epicure, mais prétendant l'ajuster au christianisme aussi bien qu'à la raison, et refusunt, au nom de la foi , d'admettre les conséquences des prémisses qu'il pose au nom de la philosophie. Partout aussi se manifeste une défiance sceptique des forces et des lumières de l'esprit humain. On y reconnaît bien , d'un bout k l'autre, le philosophe qui écrivait k Go~ lius : « L'ombre de la vérité, que je poursuis' partout, suffit à me remplir de joie; je dis î'oinbre, car, pour la vérité même, Dieu seul la peut connaître. •

— Antiq. gr. Le syntagme était l'élément de la phulange. Il se composait de seize stiques ou files sur seize rangs et formait, par conséquent, un carré. Il se divisait en deux taxiarehies de chacune huit files sur huit rangs; réuni k un autre, il formait une peutaensiarohie. A chaque syntagme étaient attachés un officier hors rang accompagné du porte-enseigne, un ourugos, un trompette et un héraut.

SYNTAXE s. f. (sain-ta-kse — gr. suntaxis; de sun, avec, et de taxis, ordre, arrangement). Gramm. Arrangement, construction des mots et des phrases selon les règles de la grammaire : Règles de ta syntaxe. Faute contre la syntaxe. Au renouvellement des lettres, on a commencé par se disputer pour les dogmes et pour des règles de syntaxe. (Volt.) Esclaves du bon goût, libres par la pensée, Gardons de soulever la syntaxe offensée.

Ancblot.

Il Partie de la grammaire où l'on traite des rapports des mots entre eux et des variations de forme qu'entraîne la diversité de ces rapports. Il Livre qui comprend les règles de la syntaxe : Cet élève a perdu sa Syntaxe.

— Encycl. La grammaire d'une langue quelconque se divise en deux parties bien distinctes : la lexicologie et la syntaxe. Dans la première, on étudia les mots sous la double rapport de leur nature propre et des variations qu'ils peuvent subir dans leur orthographe. Pour ceux dont l'orthographe est

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variable, on fait connaître les changements au moyen desquels ils peuvent exprimer toutes les modifications de genre, de nombre, de personne, de temps, de rapports de toute nature dont ils sont susceptibles. L'énumération et la distinction de ce qu'on appelle les parties du discours, la formation du fé-> minin et du pluriel, celle des eus dans les langues à déclinaisons, la conjugaison des" verbes, sont les parties les plus importantes de la lexicologie. La syntaxe diffère de la lexicologie en ce que, supposant connues la nature et les flexions grammaticales des mots considérés isolément, elle se propose uniquement d'établir les règles à suivre quand on veut assembler ces mots pour les faire servir à exprimer des pensées complètes ou des jugements, pour composer ce que les grammairiens appellent un discours, Parmi ces règles, les unes ont pour objet la concordance en genre, en nombre et en personne des mots qui servent à désigner les mêmes objets sous divers points de vue; d'autres déterminent la construction dos phrases, c'est-à-dire l'ordre dans lequel les mots doivent être disposés; d'autres enfin font connaître quels sont les mots ou les formes de mots les plus propres à. exprima nettement la pensée selon toutes ses nuances. On sait qu'en français les adjectifs qualificatifs ou déterminâtes, les pronoms ai, dans certains cas, les participes s'accordent en (jenre et en nombre avec le substantif auquel ils se rapportent. Mais cette règle, qui parait si simple, ne suffit pas; car il arrive souvent qu'un mot susceptible de concordance so rapporte ou parait se rapporter à plusieurs substantifs, et alors il faut dire d'abord dam quelles circonstances ce rapport multiple est réel, puis quel effet doit produire un rapport multiple, puis enfin dans quels cas le rapports multiple en apparence se réduit en réalité à un rapport simple. Ainsi, il y a réellement rapport multiple quand on dit : Un père et une mère indulgents ; c'est pour cela précisément que l'adjectif indulgents se met au pluriel; mais, comme les deux substantifs sont ici de genre différent, c'est a la syntaxe qu'il appartient de déterminer le genre auquel on doit donner la préférence pour l'adjectif. Ainsi encore, kl y a rapport multiple apparent dans cette phrase : La loi rend le père ou la mère responsable des délits commis par l'enfant; niais la syntaxe apprend qu'ici l'adjectif doit être considéré comme étant en rapport avec la mère seule, parce que la conjonction ou exclut ou fait oublier le substantif père énoncé le premier. On comprend, d'ailleurs, que nous n'allons pas entrerdans tous les développements auxquels donnent lieu les règles de concordance -, nous ne faisons pas ici un cours de grammaire, nous ne voulons qu'exposer clairement ce que les grammairiens entendent par syntaxe. Nous ne ferons plus, à propos de la concordance, qu'une seule remarque générale : elle est utile, elle est nécessaire dans toutes les langues où elle a été établie par l'usage ; mais elle n'est point d'une nécessité absolue pour l'expression de la pensée. En anglais, et sans doute dans plusieurs autres langues, les adjectifs ne varient tii pour le geDre ni

Î>our la nombre, et cela n empêche pus la angue d'être parfaitement propre à exprimer toutes les nuances do la pensée, à les exprimer avec élégance, car on sait que la littérature anglaise est une des plus riches qui existent, qu'elle compte des chefs-d'œuvre dans tous les genres d'écrire. Outre la concordance en genre et en nombre, il y a encore la concordance en personnes, qui est spécialement propre aux verbes, et toutes les observations qui précèdent s'appliquent également à cette partie de la syntaxe. On pourrait encore ranger parmi les règles de concordance celles qui déterminent la manière dont les temps au subjonctif, ou même ceux de l'indicatif dans les propositions in cidentes ou complétives, doivent correspondre aux temps du. verbe de la proposition principale; mais les principes qu'établit la syntaxe à ce sujet rentrent plutôt dans la troisième des classes de règles que nous avons distinguées.

Les règles de construction sont très-simples dans notre langue, comme dans presque toutes les langues modernes, parce que l'ordre dans lequel les mots doivent être disposés est presque toujours conforme à celui des idées. Il n'en était pas de même dans les langues anciennes, où la déclinabiiité des substantifs permettait des inversions qui, chez nous, rendraient souvent la phrase inintelligible. Cependant, nous faisons aussi quelquefois des inversions, surtout en ce qui regarde la place des pronoms, et c'est la synlax$ qui apprend dans quel cas une inversiou est nécessaire ou permise. D'autres inversions sont permises en poésie, et la lecture des bons postes suffit pour mettre à même d'employer ces inversions avec goût. Quant aux règles qui ont pour objet le bon emploi des mois relativement à la pensée qu'il s'agit d'exprimer, elles exigeraient, pour eue complètes, l'exacte définition de tous lea mots de la langue, rémunération de tontes leurs acceptions (et quelquefois elles sont nombreuses), la distinction des nuances qui différencient les expressions synonymes et, en général, tout ce qu'on lit dans de gros dictionnaires; L'étude du<!ù:ùi>iinaire devrait donc faire partie d'une syntaxe qu> i\<» vou-

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drait rien omettre d« ce qui doit être connu pour mettre en état d'assembler convenablement les mots d'une langue et de former un discours parfaitement adéquat à la pensée qu'il s'agit d'exprimer. Mais, en ce qui regarde les substantifs, les adjectifs qualificatifs, les verbes et les participes, les grammairiens se contentent ordinairement de signaler quelques cas particuliers où le danger d'un faux emploi leur a paru plus grand que dans les circonstances ordinaires. Il en est autrement de l'article, des adjectifs déterminatifs, des pronoms, des prépositions, des conjonctions f comme les mots compris sous ces dénominations sont en petit nombre et reviennent à tout moment dans le discours, les grammairiens ont senti la nécessité d'établir des règles assez nombreuses pour faire connaître non-seulement dans quels cas ils doivent ou peuvent être employés, mais encore quelles sont les conséquences de leur emploi par rapport aux mots qui les précèdent ou qui les suivent dans une même phrase. A ce point de vue, la syntaxe donne souvent lieu a des détails qui manquent dans les dictionnaires, si l'on en excepte toutefois ceux qui sont très-volumineux, tandis que pour les autres mots, si nombreux dans toutes les langues, la syntaxe n'essaye pas même d'entrer en lutte avec les dictionnaires et se voit obligée d'y renvoyer quiconque veut posséder la connaissance entière de la langue.

Parmi les exercices qu'on regarde comme les plus nécessaires pour les enfants a qui l'on enseigne la grammaire, on sait qu'il y a deux sortes d'analyses, appelées analyse grammaticale et analyse logique. La première est ordinairement considérée comme se rattachant à la lexicologie et la seconde à la syntaxe. Cette distinction n'est peut-être pas d'une exactitude bien rigoureuse, et il serait plus vrai de dire que l'analyse grammaticale exige surtout la Connaissance parfaite de la lexicologie, tout en exigeant aussi que l'élève sache déjà discerner certains rapports qui ne s'établissent entre les mots que lorsqu'ils sont associés. Mais on est parfaitement fondé à considérer l'analyse logique Comme une dépendance de la syntaxe, puisqu'elle consiste tout entière à discerner la rôle des mots les uns par rapport aux autres, quand leur association exprime des pensées plus ou moins complètes, et les rapports qui régnent entre les propositions.

Synluxe nouvelle de In langue cblnoUo,

par M. Stanislas Julien (Paris, 18S9, 1 vol. in-80). M. Stanislas Julien n'a pas voulu proprement écrire une nouvelle grammaire chinoise, mais plutôt un supplément aux grammaires chinoises publiées jusqu'à ce jour. Aussi laisse-t-il de côté tout ce qui a trait h la lecture et à la prononciation. Il suppose aussi connues les notions les plus élémentaires ; il ne parle point, par exemple, des noms de nombre ni des pronoms; mais il examine en détail tout < e qui se rapporte à l'arrangement de la phrase et aux règles do position, et c'est là précisément la principale difficulté de la langue chinoise. Les dictionnaires, en effet, donnent bien le sens des mots; mais la valeur qu'ils prennent en telle ou telle circonstance, la manière de les grouper entre eux et de les subordonner les uns aux autres es* ce qui arrête la plupart des étudiants et ce qui rend si difficile l'étude de cette langue.

L'ouvrage de M. Stanislas Julien se divise en cinq parties. Dans la première partie, il traite d'abord du nom et du verbe ; car il est obligé, comme tous ses prédécesseurs, d'introduire les termes de la grammaire européenne dans une langue où tousses mois sont indéclinables et peuvent prendre tour à tour les rôles les plus divers. Il y a là nonseulement une utilité pratique, mais une nécessité psychologique a laquelle il est impossible d'échapper. M. Stanislas Julien, à l'imitation des anciens missionnaires, va jusqu'à établir une déclinaison complète; aux six cas du latin il ajoute même le locatif et l'instrumental. Dans sa grammaire, l'adjectif a aussi ses degrés de comparaison, et le verbe une conjugaison à laquelle rien ne manque.

La seconde partie est intitulée Monographies. L'auteur y étudie le rôle et l'emploi des particules tchi,i,so.ioei,tohe,eal,yu,tchou, qui sont des roots dépouillés de leur sens propre et servant à la construction de la phrase. Cette partie offre un vif intérêt. L'auteur, qui a débuté comme philologue en 1824, par un travail analogue sur les caractères i, yn et heu, donne ici, avec une clarté parfaite, les résultats de sa longue expérience du chinois.

Dans la troisième partie, M. Julien donne un supplément aux Monographies. C'est la traduction d'un traité chinois subies particules et les principaux termes de grammaire, composé à la du du siècle dernier par un savant chinois nommé Wang-in-tchi.

La quatrième partie contient une table des particules qui servent à former des idiottsmes. M. Julien y a joint les prépositions les plus usitées, avec leurs principales significations. Cette table est rangée par clefs.

Enfin, la cinquième partie comprend cent vingt pages de texte chinois, accompagné de la traduction mot par mot. M. Julien a choisi los fables et apologues dont il a publié autrefois la traduction sous le titre ti'Avaùûnas.

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Comme on peut le voir par cette rapide analyse, ce liVre offre une grande importance. « Mieux que toutes les descriptions, a dit M. Michel Bréal, il permet au philologue de pénétrer dans l'organisme de la langue chinoise. Il n'est pas jusqu'à la méthode employée par l'auteur qui ne soit faite pour intéresser un esprit attentif; en mettant en regard deux idiomes aussi différents de structure que le chinois et le français, elle offre au linguiste et au philosophe un spectacle non moins instructif que curieux. »

SYNTAXER v. a. ou tr. (sain-ta-ksé — rad. syntaxe). Grainm. Soumettre aux règles de la syntaxe : Selon toutes les probabilités, la massore n'a dû sa naissance, ainsi que les grammairiens hébraïques, qu'à la nécessité où l'on fut au ix° siècle d'analyser, -de syntaxkr, de fixer la langue de David et de Moïse. (Denne-Baron.) Il Pou usité.

SYNTAXIQUE adj. (sain-ta-ksi-ke — rad.

syntaxe). Qui appartient, qui a rapport à la syntaxe : Ordre syntaxique. Règles syntaxiques. Le xvo siècle vit l 'achèvement de la révolution syntaxique gtti aeait été commencée par le xiv». (E. Littré.)

SYNTÉCOFYBE s. f. (sain-té-ko-pi-re — gr. suntêkà, je fais fondre). Pathol. Fièvre colliquative. n Peu usité.

SYNTÉNOSE s. f. (sain-té-nô-ze — du préf. syn, et du gr. tenon, tendon). Anat. Articulation dans laquelle deux os sont joints par uu tendon.

SYNTEXIE s. f. (sain-tè kst — du gr. suntêkà, je fais fondre). Pathol. Colliquation. II Peu usité.

SYNTHÈME s. m. (sain-tè-me — gr. sunthêma; de sun, avec, et de lithèmi, je place). Antiq. milit. Mot d'ordre dans les armées grecques. Il Ordre de réquisition, chez les Romains. Il Ordre du jour des légions romaines.

SYNTHÈR1SME s. m. (sain-té-ri-sme — du préf. syn, et du gr. (herismos, moisson). Bot. Genre non adopté de graminées, de la tribu des panicées, formé aux dépens des panics.

SYNTHÈSE s. f. (sam-tè-ze — gr. swtthesis; de sun, avec, et tithêmi, je place). Logiq. Méthode de démonstration qui descend des principes aux conséquences, des causes aux effets : La synthèse est opposée à l'analyse. (Acad.) Newton a marqué dans ses ouvrages une sorte de prédilection pour la synthèse. (D'Aleinb.) Le regard succède à la vue, la réflexion an sentiment, l'analyse libre à la synthèsk involontaire. (Jouifroy.) La science est la construction régulière des synthèses, après analyse préalable. (0. Renouvier.) Toutes les sciences commencent par l'analyse et finissent par la syntuèsb. (Ch. Lemaire.) Si le raisonnement ne s'appuyait pas sur des priticipes antérieurs à la raison, l'analyse n'aurait pas de fin, ni' la synthèsk de commencement. (Royer-Collard.) 2'outes les intelligences ne goûtent pas les brièvetés de la synthèse, (balz.) Il serait possible de vérifier dans presque toutes les langues' une marche constante de la synthèse à l'analyse. (Renan.) Il Dans la philosophie kantienne, Résolution de deux idées antithétiques en une troisième idée, y Par ext,, dans le langage vulgaire, Généralisation, groupement de faits particuliers en un ensemble qui les embrasse et les résume ; objet qui est comme le résumé, le résultat typique de toute une série d'objets ; Seloti Edgar Quinet, la France est en quelque sorte ou plutôt devrait être la synthèse des nations, l'institutrice des peuples. (T. Delord.)

— Matliém. Mode de démonstration qui consiste à partir d'une proposition démontrée ou évidente pour arriver, de déduction en déduction, à celle que l'on veut établir, contrairement au procédé de l'analyse qui, partant de la vérité à démontrer, la rattache, par une série de raisonnements, à une proposition reconnue vraie.

— Chim. Opération par laquelle on combine des corps simples pour en former des composés, ou des corps composés pour en former d'autres d'une composition plus complexe.

— Chir. Opération ou emploi de moyens thérapeutiques ayant pour but de réunir les parties divisées, de ramener à leur position première celles qui ont été déplacées : Les bandages, les emplâtres, les attelles agissent par synthèse. Il Synthèse de continuité, Réunion des parties accidentellement divisées, il Synthèse de contiguïté, Rapprochement des parties accidentellement écartées.

— Pharm. Art ou action de composer des remèdes. .

— Rhétor. Syn. de syllepsk.

— Antiq. rom. Robe que les Romains portaient pendant le repas.

— Encycl. Philos. La synthèse répond à l'analyse, dont elle est à la fois le principe et la fin : le principe, en ce qu'elle lui présente un ensemble à débrouiller, à démêler, à décomposer, pour en distinguer les éléments; la fin, en ce que l'ensemble qu'elle lui présente, et que l analyse décompose, doit être reconstruit, et que l'analyse n'a d'autre but que cette reconstruction réfléchie et savante de l'unité d'ensemble détruite par elle. L'intelligence, mise en présence d'un objet quelconque, en connaît d'abord l'ensemble, l'unité. Mais, pour arriver à le mLeu* connaître,

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il faut qu'elle applique son attention sur un détail ou sur un point de cet objet, puis sur un autre, jusqu'à ce qu'elle en ait considéré successivement tous les points; ensuite, qu'après l'avoir ainsi décomposé en la variété des éléments qui le constituent, elle le recompose en leur unité : synthèse primitive ou syltepse (v. ce mot), analyse, synthèse finale, telle est la marche de l'esprit.

L'analyse (àvd^titn;, décomposition) consiste à séparer les éléments d'une chose pour les mieux connaître; elle passe du composé au simple, du particulier au général, du concret à l'abstrait. Le tout, en effet) est la chose concrète, et les éléments, le plus souvent, ne sont que des abstractions.

La synthèse (irMtatî, réunion, composition) est précisément l'opération inverse. Elle rapproche les éléments que l'analyse a isolés et reproduit l'unité détruite. Elle passe du simple au composé, du général au particulier, de l'abstrait au concret.

Ces deux opérations ne vont pas l'une sans l'autre, et elles sont également nécessaires à l'esprit humain. Sa première vue embrasse un objet dans sa totalité, dans son unité, mais confusément; il faut qu'il en regarde un point avec l'attention qui lui ôte la vue de tous les autres points, et par conséquent qu'il les regarde ainsi tour à tour et les rapproche les uns des autres à mesure qu'il les a parcourus, jusqu'à ce qu'il revienne à l'unité de l'objet; il faut qu'il décompose et recompose " tout ce qu'il étudie. Sans l'analyse, point de connaissance nette, distincte; mais sans la synthèse, nulle connaissance de l'objet même qu'on veut connaître; on en connaît les détails, on ne le connaît pas lui-même. Encore ne connatt-on ces détails que parce qu'on les rapporte toujours mentalement à l'ensemble primitivement aperçu, c'est-à-dire parue qu'on en fait toujours la synthèse, sans le vouloir et sans le savoir, par cela seul que l'on connaît. La synthèse est la connaissance même, l'analyse n'en est que la condition. Il en est toujours ainsi, quel que soit l'objet de l'étude, physique ou moral, expérimental ou rationnel.

Il y a une synthèse rationnelle, comme il y* a une synthèse expérimentale. Analyser une idée, la décomposer en ses éléments purement idéaux, c'est faire une analyse rationnelle, qui prépare une synthèse du même ordre. Les" sciences exactes suivent cette méthode; elles posenten principe une définition, c'est-à-dire la détermination d'une notion, qu'elles décomposent ensuite en ses éléments, c'est-à-dire qu'elles analysent; c'est par l'analyse de la notion du triangle, par exemple, qu'on en découvre les propriétés. Cette méthode, essentiellement analytique, est celle que les géomètres nomment synthétique ; chose, curieuse, mais qui s'explique par cette considération qu'il y a deux synthèses, une primitive, appelée quelquefois syltepse, et une finale; la définition d'où l'on part, la notion qu'on décompose est une totalité, un ensemble, une synthèse primitive. Les géomètres entendent par méthode synthétique celle qui part de principes généraux pour en déduire les conséquences de plus, eu plus particulières qu'ils y trouvent comprises. C'est ce qui a fait croire et dire que la synthèse va du général au particulier, et l'analyse du particulier au général ; erreur, on l'a vu. La méthode synthétique des géomètres peut garder ce nom, si on le tire de ce qui est le caractère du point do départ, du priucipe; mais non pas si on lu tire du caractère de la marche qu'elle suit, laquelle, étant une déduction, est une décomposition idéale, une analyse.

La synthèse expérimentale présente des'earactères très-remarquables, correspondant à deux sortes d'analyse : ou l'analyse ne se fait que par la pensée, ce qui arrive quand on observe tour à tour tous les éléments, d'ailleurs inséparables de la chose qu'on étudie, ou elle se fait eu réalité. Les chimistes décomposent les corps et les recomposent. Quand leur analyse trouve dans l'eau de l'hydrogène et de l'oxygène, elle ne se contente pas d'y reconnaître ces deux éléments, elle les sépare, et leur synthèse les réunit de nouveau. 11 n'est pas toujours possible de réunir ainsi ce qui a été séparé ; mais, quand cette opération peut se faire, elle est la plus éclatante vérification de l'analyse qui la précède, et la science en tire une autorité qui la place bien au-dessus de toute atteinte. Cette sorte de synthèse, qui est réelle, se nomme synthèse chimique.

— Chim. La synthèse en chimie est d'une haute importance. Tout d'abord, il faut distinguer soigneusement les synthèses minérales des synthèses organiques. En chimie minérale, nous opérons sur des éléments stables que nous pouvons soumettre à l'action de réactifs énergiques sans les détruire; aussi la synthèse est-elle toujours, sinon facile, au moins possible. Les exemples de synthèse abondent; pour ne rappeler que les plus célèbres, nous citerons la synthèse de l'eau; c'est à Cavendish que l'on doit cette synthèse. Au commencement de 1781, le physicien anglais Warl tire, faisant passer une étincelle électrique dans un mélange d'air et d'hydiogèue, vit les deux gaz diminuer de volume ; ce fut tout. Cavendish eut connaissance de ces faits; il répéta les expériences de Warltire, mais il observa la formation de l'eau et, après l'avoir pesée, il ajouta son poids à celui du gaz restant et ne constata aucun changement de

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poids. La même expérience fut répétée avec de l'hydrogène et de l'oxygène ; cette fois encore il obtint de l'eau et il conclut de là que les deux gaz mélangés en proportions convenables produiraient de l'eau en disparaissant complètement eux-mêmes.

Malheureusement, Cavendish était un partisan forcené de la théorie du phlogistique. Aussi, au lieu de voir tout simplement dans l'eau une combinaison d'air vital (oxygène) et d'air inflammable (hydrogène), il conclut de ses expériences que ■ l'air déphlogistiqué est seulement de l'eau privée de son phlogistique et que l'air inflammable est de l'eau phiogistiquée. •

Un assez grand nombre de préparations ne sont que des synthèses. Ainsi, quand on brûle du soufre à l'air, il se forme de l'acide sulfureux ; c'est la synthèse de cet acide. On peut en dire autant de la préparation de l'acide chlorhydrique par le chlore et l'hydrogène, etc. 11 se produit continuellement dans les laboratoires des synthèses minérales ; il n'est pour ainsi dire pas de décomposition qui ne softaccompagnée d'une synthêse.Vienton à réduire un oxyde métallique par le chaibon, l'oxyde d'argent par exemple, il se forme de l'argent métallique et il se dégage do l'oxyde de carbone; en môme temps qu'il y a en réduction, on a fait la synthèse de ce gaz. Quand nous brûlons d<; la houille ou du bob, nous opérons la synthèse de l'oxyde de carbone, • celle de l'acide carbonique de l'eau et d'un certain nombre d'hydrocarbures. Les exemples de synthèses en chimie minérale ne portent pas seulement sur la reproduction du corps en tant que composé chimique. On a été jusqu'à reproduire la forme, l'aspect, la couleur des composés. Les belles expériences de MM. de Sénarmont, Dautrec, Deville, Becquerel, etc., sur la reproduction artificielle des minéraux ne sont rien autre chose que des synthèses. En chimie organique, les difficultés étaient beaucoup plus grandes. La plupart des chimistes étaient convaincus que les corps de la chimie organique étaient soumis à des lois telles que nous ne pouvions les connaître toutes; c'était, pour beaucoup d'entre eux, le p'rincipe vital; nous pourrions, disaient-iis, faire un composé, mais comment lui donner la vieî Mais la science a marché depuis, et, grâce aux travaux d'un grand nombre de chimistes, à la tête desquels il faut placer JVfM. Berthelot, Wurtz et Liebig, bon nombre de synthèses ont été exécutées, et cela en suivant le même procédé qu'emploient les végétaux. On a utilisé dans les laboratoires la réduction de l'eau et de l'acide carbonique ; dans les deux cas, la réduction a pour effet de mettre en présence le carbone, l'hydrogène et l'oxygène, à équivalents égaux. C'est ainsi que se produisent, aussi bien dans les végétaux que dan.» les laboratoires, les premiers hydrocarbures.

Au nombre des plus remarquables synthèses, il faut signaler celle de l'alcool faite par M. Berthelot.

L'acide acétique peut être obtenu synthétiquement soit par l'oxydation de l'alcool, soit par la décomposition d'un cyanure organique par la potasse bouillante. D'autres acides gras volatils ont été aussi obtenus, l'acide l'ormique, entre autres ; là encore nous retrouvons le nom de M, Berthelot; c'est à lui que nous devons de savoir que, si l'on chauffe pendant longtemps des tubes scellés à la lampe et contenant de l'oxyde de carbone et de la potasse, on obtiendra du formiate de potasse CO*+ KOH = COïKH. M. Dumas a montré que le chloral chauffé avec les hydrates alcalins se dédouble en formiates et en chloroforme. L'acétone a été obtenu synthétiquement en traitant le chlorure d'acétyle par le zinc méthyle. M. Vonkly a fait la synthèse de l'acide propionique. M. Berthelot a aussi obtenu l'acétylène en faisant passer le courant voltaïque entre deux charbons plongés dans l'hydrogène. Enfin nous ne devons pas omettre de dire que MM. Pelouzeet Gélis ont les premiers réalisé la synthèse d'un corps gras eu fussant passer un courant de gaz chlorhydrique dans un mélange d'acide butyrique et de glycérine. II s'est formé de la butyriue. La plupart des composés organiques ont donc pu être ainsi obtenus artificiellement, et l'on peut dire sans crainte de se tromper que la chimie organique n'est point au bout de ses découvertes, qui se multiplient tous les jours.

— Antiq. rom. La synthèse était le vêtement habituel des repas. La toge, avec ses longs plis, eût embarrassé le convive couché sur ie lit du tricliuium, et, d'un autre côté, la tunique de ville pouvait être tachée par les sauces ou par te vin. On ne se plaçait donc à table qu après avoir revêtu une sorte de par-dessus, que le maître de la maison tenait à la disposition de ses convives. C'est ce qu'on nommait la synthèse; Martial l'appelle le vêtement de table, vestis cœnatoria. On la représente assez ordinairement comme une sorte de robe, se rapprochant du pallium; mais d'un passage de Suétone, où cet historien décrit la manière dont s'habillait Néron, et d'un passage de Dion Cassius, il semble résulter que lu synthèse ressemblait plutôt à une tunique. C'était un vêtement assez étroit et par conséquent commode. La synthèse était ordinairement de toile blanche; elle se portait sans ceinture. On ne l'avait qu'à table, si ce n'est dans la fêle des saturnales. Elle

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était, en ces jours, de mode dans les rues de la ville et devenait comme un signe de cette liberté et de cette facilité des mœurs qui allaient souvent jusqu'à la licence. Quoique les Romains en eussent emprunté le nom à la langue grecque, il ne pavait pas que les Grecs aient employé ce vêtement avant eux, et dans les rares occasions où l'on trouve chez des écrivains grecs le mot dans ce sens, on peut remarquer qu'il a pour objet un usage romain ou utie imitation de la vie k Rome.

Les Latins donnèrent aussi le nom de synthèse à un ensemble da vêtements, à une garde-robe complète; cette signification se rapporte bien mieux à l'éiymologie du mot.

Synthèse chimique (la), par M. Berthelot (l vol., 1875). Le nom de M. Berthelot doit sa première célébrité à un livre publié en 1860 , sous le titre de Chimie organique fondée sur la synthèse. Au lieu de procéder par l'analyse, comme la plupart des chimistes, il recommençait la chimie en quelque sorte par en bas et s'appliquait à refaire synthétiquement les composés organiques, et il y a si bien réussi qu'il a eu le droit de dire : a J'ai trouvé des routes nouvelles et plus directes pour réaliser la formation totale des premières combinaisons de carbone et d'hydrogène, qui servent ensuite à préparer toutes les autres. » L'objet que se propose M. Berthelot dans ce nouvel ouvrage, c'est de faire connaître les idées fondamentales de la méthode synthétique.

On a cru longtemps que la synthèse ne pouvait rien ajouter aux connaissances obtenues par l'analyse des composés organiques. ■ L'obscurité; dit l'auteur, résultait de l'intervention de la vie dans la formation des principes immédiats : on avait prétendu, et à la rigueur il aurait pu se faire qu'une telle intervention imprimât à ces substances un caractère propre, impossible à imiter par un art fondé sur des conditions purement physiques et mécaniques. Ce doute ne pouvait être levé que par la synthèse; elle seule a démontré que les différences entre les composés organiques et les composés minéraux n ont rien de radical, et que les deux espèces de substances résultent de l'action des mêmes forces. »

Le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote sont les éléments que M." Berthelot a cherché à combiner entre eux. Il a formé des composés binaires , des carbures d'hydrogène ; puis les composés ternaires, les alcools. En combinant les alcools avec les acides, il a créé les éthers, qui forment les principes odorants des fruits, ainsi que les principes contenus dans l'ail, la inoutarde, les baumes, etc. Les alcools unis à l'ammoniaque donnent des alcalis artificiels et font espérer qu'on pourra reproduire la morphine, la quinine, la strychnine, la nicotine, etc. Les alcools soumis à l'action de l'oxygène engendrent les aldéhydes, qui comprennent une foule d'essences et de principes odorants. En augmentant la dose de l'oxygène on obtient l'acide du beurre, celui du vinaigre, de la valériaue, du benjoin, etc. Ces acides, en s'unissant à l'ammoniaque , forment les amides. On est ensuite parvenu à faire la synthèse de l'urée, ce qui paraissait impossible; on a fait aussi celle de la taurine, du sucre de gélatine, de la leucine, de l'acide hippurique. On parviendra sans doute un jour à reproduire artificiellement les principes albumineux, et alors la chimie organique sera devenue une science complète. Dès aujourd'hui l'on peut dire que les forces chimiques, les affinités suffisent pour construire à elles seules tous les matériaux de la vie organique ; elles les construisent sans le secours, de la vie ellemême, et le vitalisme perd ainsi le dernier soutien qui semblait lui assurer encore une certaine apparence de réalité.

SYNTHÉTIQUE adj. (sain-té-ti-ke — grec sunthetikos; de sunthesis, synthèse). Qui a rapporta la synthèse; qui se fait par synthèse : Méthode synthétique. Démonstration synthétique. L' enseignement dans l'antiquité ne pouvait être que synthétique. (E. Chevreul.)

— Jugement synthétique, Dans la philosophie de liant, Jugement oui affirme plus que le concept du sujet, et qui ajoute par conséquent à nos connaissances.

SYNTHÉTIQUËMENT adv. (sain-té-ti-keman — rad. synthétique). D'une manière synthétique : Démontrer synthétiquement une proposition. Procéder SYNTHÉTiQUEMliNT. (Acad.) Le sens commun est à la fois raison et expérience synthétiquement unies.

(Proudh.)

SYNTHÉTISER v. a. ou tr. (sain-té-ti-2ê-rad. synthèse). Réunir par synthèse : Synthétiser des faits.

— Absol. Faire de la synthèse : Décomposer, recomposer, analyser, synthétiser : uoilà toute la science humaine. (Ch. Dollfus.)

Se synthétiser v. pr. Etre synthétisé : Tôt ou tard te travail, après s'être particularisé,

SIS SYNTHÉTISERA. (Proudh.)

SYNTHÉTISME s. m. (sain-té-ti-sme — rad. synthèse). Clhir. Ensemble des quatre opérations nécessaires pour réduire et maintenir une fracture, savoir : l'extension, la réduction, la coaptation et le bandage.

SYNTHLIBONOTE s. m. (sain-tli-bo-no-te — du gr. sunthlibâ, je comprime; nàlos, dos).

SYNT

Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des eléonides, dont l'espèce type habite la Colombie.

SYNTHLIBORHYNQUE s. m. (sain-tli-borain-ke — du préf. sunlhlibô, je comprime; rhugehos, bec). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, dont l'espèce type habite l'Afrique australe.

SYNTHOQUE s. m. (sain-to-ke). Entom.

jSenre d'insectes coléoptères tétramères, de là famille des charançons , tribu des byrsopsides, comprenant cinq ou six espèces, qui habitent le Sénégal et l'Afrique australe.

SYNTHRÔNE adj. (sain-trô-ne — gr. sunthronos;ie sun, avec, et de t hronos, trône ; littér. assesseur de tous les dieux). Antiq. Se disait de certaines divinités admises accessoirement à l'honneur de siéger sur un trône.

SYNTHYMIE s. f. (sain-ti-mt — du préf.

syn, et dn gr. thumos, ardeur). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuides.

SYNTHYR1S s. m. (sain-ti-riss — du préf. syn, et du gr. thuris, petite porte). Bot. Genre de plantes, de la famille des personnées, tribu des digitalées, comprenant quatre espèces, qui croissent dans l'Amérique du Nord.

SYNTOME s. m. (sain-to-me — du gr.suntomos, raccourci). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques, tribu des troncatipennes, dont l'espèce type habite la Suède et la Norvège.

SYNTOMlDEs.f. (sain-to-mi-de — gr.sunfomos, raccourci). Entom. Genre d'insectes lépidoptères crépusculaires, de la tribu des zygénides , dont l'espèce type habite l'Europe : Les chenilles des syntomides sont diurnes et munies de faisceaux de poils. (H. Lucas.)

— Encycl. Les syntomides ont pour caractères : des antennes simples, grêles, un peu renflées au milieu ; des palpes très-courtes, cylindriques, velues; la trompe épaisse, longue, roulée en spirale; le corps allongé, glabre ; le thorax robuste; l'abdomen annelé de jaune ou de ronge; les ailes oblongues, allongées, noires ou bleuâtres, tachées de blanc ou de jaune transparent, les ailes inférieures beaucoup plus courtes. Les chenilles, munies de petits tubercules hérissés de poils, se roulent comme celles des chélonides et se changent en chrysalides al longées, cyliudro-eoniques, renfermées dans un tissu très-léger. Ce genre renferme un assez grand nombre d'espèces, répandues dans l'ancien continent et en Australie. Leurs mœurs sont à peu près celles des zygènes ; mais leur vol est plus long et moins lourd ; elles aiment à voltiger en plein soleil, et on les voit souvent en trèsgrand nombre autour des buissons,

SYNTOMIE s. m. (sain-to-ml — dugr.jwntomos, raccourci). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la tribu des oxytèles , dont l'espèce type habite le nord et le centre de l'Europe.

SYHTOMOPE s. m. (sain-to-mo-pe — du gr. suntomus, raccourci; pous, pied). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des chalcidiens, dont l'espèce type habile l'île de Wight. li Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des amphipyrides, dont l'espèce type habite l'Europe centrale.

SYNTONINE s. f. (sain-to-ni-ue — du préf. syn, et du gr. teinô, je tends). Ch'un. Nom qu'on a donné à la variété de fibrine qui forme les fibres musculaires.

— Encycl. Liebig a donné le nom de s^niont'ne à une variété de fibrine que l'on peut retirer du tissu musculaire, ou, d'une manière plus générale, de tout tissu contractile. On lave bien les muscles (la chair) pour les débarrasser de sang, on les coupe en trèspetits morceaux, et même on les hache, et on les lave ensuite à l'eau jusqu'à ce que les eaux de lavage ne renferment plus d'albumine. On traite alors la masse par dix fois son volume d'eau, aiguisée de 1 pour 100 d'acide chlorhydrique, et on laisse reposer la tout pendant vingt-quatre heures. La solution acide, après avoir été passée à travers un linge, puis filtrée, doit être neutralisée avec soin par du carbonate de sodium. Il en résulta un précipité que l'on recueille et qu'on lave. Il faut opérer le lavage aussi vite que l'on peut et à une température aussi basse que possible, sans quoi le produit se décompose.

La syntonine, préparée comme nous venons de le dire, est une masse blanche, opaque, gélatineuse, qui se sépare facilement en flocons et en pellicules. Elle renferme 54,06 de carbone, 7,28 d'hydrogène, 16,05 d'azote, 21,50 d'oxygène et 1,11 de soufre. Elle se dissout facilement dans l'acide cblorydrique étendu, dans les liquides faiblement alcalins, comme une solution de carbonate sodique, dans l'eau de baryte, dans l'eau de chaux, etc. ; elle est tout à fait insoluble dans la solution de chlorure de sodium, quel qu'en soit le degré de concentration.

La solution dans l'acide chlorhydrique à. 1 pour 100 n'est pas coagulée par la chaleur; mais, lorsqu'on y ajoute k froid du chlorure de sodium, de calcium ou d'ammonium, ou bien encore du sulfate de sodium ou de magnésium, il se produit un trouble laiteux, si

SYNU

la solution de syntonine -est étendue, et un précipité gélatineux qui se sépare en flocons par l'ébullition, si la dissolution de syntonine est concentrée. La solution de carbonate de sodiumàl pour 100 dissout lasjmloiiine et donne une liqueur que la chaleur ne coagule pas, mais qui devient trouble à froid, soit par l'addition de chlorure de sodium, soit par 'l'addition d'un mélange de sulfate de magnésium et de chlorure ammonique. Le trouble s'accroît à mesure que l'on fait bouillir le mélange, et il finit par se former une mousse qui se concrète en petits flocons opaques. La solution de la st/ncoiu'ue dans l'eau de chaux n'est pas non plus coagulée par la chaleur, mais elle mousse considérablement, et la mousse renferme des flocons qui se déposent par le repos. Une partie seulement de la syntonine se coagule toutefois; ainsi, la même solution de la syntonine dans l'eau de chaux ne se trouble pas sensiblement à froid par l'addition du chlorure de sodium, d'ammonium et de magnésium, mais donne, après cette addition, un coagulum plus ou moins volumineux quand on la fait bouillir. Le sulfate de magnésium y produit, à froid, un léger trouble et un précipité floconneux par l'ebullitiion ; le sulfate sodique n'y détermine jamais aucun trouble, ni à froid ni à chaud. Une solution calcique de syntonine, qui a été bouillie et abanoonnée au repos, conserve encore ces mêmes caractères. L'anhydride carbonique précipite la syntonine de ses solutions alcalines. Bien que les solutions alcalines de ce corps ne soient pus plus coagulées par la chaleur que les solutions acides, il suffit de mettre de la syntonine en suspension dans l'eau et de la maintenir peudant quelques minutes à la température de 85" pour la modifier et la rendre insoluble. L'acide acétique cristallisable forme avec la syntonine une masse gélatineuse trouble. Une solution de syntonine dans l'acide chlorhydrique étendu posi-ède un pouvoir spécifique lévogyre de 72& pour le rayon jaune.

Quoique le tissu musculaire fournisse le moyen le plus simple de préparer la syntonine, on peut cependant encore se procurer ce corps par d'autres moyens. Si l'on traite, par exemple, la fibrine ou l'albumine coagulée par i acide chlorhydrique fumant, qu on filtre et qu'on étende de % volumes d'eau, il se forme un précipité volumineux. Celui-ci, séparé et redissous dans l'eau, donne une solution identique par ses réactions avec la solution acide û& syntonine. Si l'on précipite par l'acide acétique une solution d'albuminate potassique, On obtient une masse qui, après lavage, est soluble dans l'acide chlorhydrique étendu du 1 pour 100 avec lequel elle forme une solution impossible à distinguer da la solution de syntonine. L'albumine non coagulée du blanc "d'oeuf, traitée par une quantité suffisante d'acide chlorhydrique à 1 pour 100, forme une solution qui, après vingt-quatre heures de repos, devient incoagulable par la chaleur, et possède alors tous les caractères de la syntonine. En fait, toutes les formes de l'albumine produisent de la syntonine avec une facilité plus ou inoins grande sous l'influence de l'acide chlorhydrique étendu. La "flarapeptone de Meissner (le premier stage de la peptoniticution) ne peut être distinguée de la syntonine par aucune de ses réactions. Enfin les solutions alcalines de la syntonine ne paraissent pas différer de l'albuminate potassique ordinaire. 11 n'est donc pas juste de considérer, avec Liebig, la syntonine comme la forme d'albumine propre aux muscles, ni comme un produit de décomposition de celle-ci, quoiqu'elle se forma plus facilement aux dépens de la myosine qu'aux dépens de toute autre substance protéique. La syntonine est un produit d'altération de toutes les substances albuminoïdes eu général.

SYNTONIQUE adj. (sain-to-ni-ke — gr. suntoni/cos ; de sun, avec, et de tonikos, tonique). Mus. anc. Se disait, chez les Grecs, d'une espèce du genre diatonique : Le genre syntoisiquu de Ptotémée.

— Encycl. Le genre diatonique des Grecs résultait d'une des trois règles principales qu'ils avaient établies pour l'accord des tétracordes. Aristoxène divise Je genre diatonique en deux espèces : le diatonique tendre ou mol, et le diatonique syntonique ou dur.

Le genre syntonique résulte de la division du tétracorde en un demi-ton. et deux tous égaux. Le syntonique de Ptolémée résulte de la division du tétracorde eu un deini-tou mujeur, un ton majeur et un ton mineur. Le syntonique (diatonique) de Dydirne résulte de la division du tétracorde en un derai-ton majeur, un ton mineur et un ton majeur.

SYNTONO-LYDIEN adj. m. (sain-to-no-lidi-ain — de syntonique, et de lydien). Mus. anc. Se disait d'un des modes employés par les Grecs : Platon, dit que les modes mixolydien et syntono-lycien sont propres à pro vaquer l'effusion des larmes.

SYNTRICHIE s. f. (sain-tri-kl — du préf *#«,et du gr. thriic, poil). Bot. Genre de plantes, de la lumille des mousses.

SYNTROPHIQOE adj. (sain-tro-fi-ke — du gr. suntrephô, je nourris avec). Bot. Se dit des plantes fausses parasites, li feu usité.

SYNUQUE s. m. (si-nu-ke — du préf. syn, et du gr. uchios, nuit). Eutoiu.'Syu. de ïa-

tHiUK.

SYPH

SYNURE s. m. (si-nu-re — du prêf. syn, et du gr. oura, queue). Infus. Genre d'infusoires polygustriques, de la famille des volvociens, réuni par quelques auteurs aux uroglènes.

SINUSIASTE s. m. (si-nu-zi-a-ste — du préf. syn, et du gr. ousia, substance). Hist. relig. Sectaire chrétien qui n'admettait en Jésus-Christ qu'une seule nature et une seule substance.

SYNZYGANTHÈBB s. m. (sain-zi-gan-tè" re — du préf. syn, et du gr. zugoô, je joins; aiifAera, anthère). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des lucistémées, dont l'espèce type croit au Pérou.

SYNZYG1E s. f. (sain-zi-jt — du préf. syn, etdugr. zugos, paire). Bot. Point de jonction des deux cotylédons sur l'axe, quand ils sont opposés, ce qui est le cas le plus général.

SYODON s. m. (si-o-don — du gr. sas, cochon; odous, dent). Mamm. Syn. de brithope, genre de mammifères fossiles.

SYOUAH, oasis d'Asie. V. Siocah.

SYOBTH, ville d'Egypte. V. Siouth.

SVPHAX, roi de la Numidie occidentale ou Mauritanie Césarienne, mort k Rome vers 203 avant notre ère. En 213, il s'allia avec les Romains contre les Carthaginois et fut vaincu k deux reprises par Masinissa, fils du roi numide Géta, qui avait fait alliance avec Carthage. Malgré ces défaites, Syphax conserva ses Etats. 11 allait conclure la paix avec les Carthaginois, lorsque Scipion passa en Afrique et signa avec lui un traité secret (206). Ayant épousé, vers cette époque, Sophonisbe, qui prit un grand ascendant sur son esprit, i! se détacha oientôt, sur les conseils de cette princesse, de l'alliance romaine pour se joindre aux Carthaginois, pendant qu'au contraire Masinissa abandonnait ces derniers pour passer du côté des Romains. La guerre ne tarda pas a recommencer (204). Syphax, après avoir remporté quelques avantages sur le roi numide, s'empara de Tholus et se réunit à l'armée carthaginoise; mais Scipion marcha contre lui, brûla son camp, le vainquit, etil dut battre en retruitejusque dans ses États; il y fut poursuivi par Masinissa, qui le battit complètement et le lit prisonnier avec son fils Vermina. Syphax, ainsi vaincu par Masinissa, fut emmené en Italie pour orner le triomphe de Scipion et mourut peu de jours avant. Les Romains donnèrent une partie de son royaume k son compétiteur Masinissa.

SYPHILICOME s. m. (si-fi-li-ko-me — de syphilis, et du gr. komein, soigner). Etablissement public où l'on donne des soins aux personnes atteintes de la syphilis.

SYPHILIDE s. f. (si-fi-li-de — rad. syphilis). Pathol. Eruption cutanée de nature syphilitique. || Syp/dlide populeuse, Nom donné a des altérations diverses que la contagion syphilitique fait subir k la peau et aux portions les plus extérieures des membranes muqueuses. Il Syphilide maculeuse , Roséole syphilitique. Il Syphilide pustuleuse, Affection qui consiste en pustules, ou plutôt en petits abcès qui laissent après eux des ulcères opiniâtres.

— Eucycl. V. syphilis.

SYPHILIGRAPHE s. m. (si-fl-li-gra-fe — de syphilis, et du gr. graphâ, j'écris). Auteur d'une syphiligraphie. Il On dit aussi sïphilio-

GRAPHa et SYPHILOGRAPHB.

SYPH1L1GRAPH1E s. f. (si-fi-li-gra-fî — de syphilis, et du gr. graphe, je décris). Description de la syphilis. Il On dit aussi Syphi-

LfOGRAPHIE et SYPHILOGRAPHIB.

SYPHIL1GRAPH1QUE adj. (si-fi-li-gra-fike — rad. syphiliyrapltie). Qui a rapport & la syphiligraphie II On dit aussi SYPHiliOgra-

PHigUK et SYPHILÛORAPHItJUB.

SYPHILIMANE s. m. (si-fl-li-ma-ne — de syphilis, et de manie). Celui qui est atteint de syohilimanie. I! On dit aussi syphiliomane et

SYPHILOMA.NE.

SYPHILIIUANIE s. f. (si-fi-li-ma-nî — de syphilis, et de nuinie). Manie des médecins qui voient dans toute maladie les effets delà syphilis. Il Manie des malades qui se croient à tout propos atteints de la syphilis. U On dit aUSSi SYPUliaOMANIK et syphilomanie.

SYPHILIS s. f. (si-n-liss — l'étymologie de ce mot, créé par Pracastor, est inconnue. U vient, suivant les uns, du gr. sus, cochon, et philein, aimer, pour dire amour dégoûtant; suivant d'autres, du gr. siphtos, contraction de sipalos, honteux). Pathol. Maladie constitutionnelle, contagieuse, qui se transmet par les rapports sexuels ou par hérédité : Les symptômes de la syphilis.

— Encycl. La syphilis est une maladie particulière à l'espèce humaine, à laquelle elle est inoculée, et qui, chez nous, ne se développe jamais spontanément. Le chancre est la première manifestation active de la syphilis. Dès lois l'organisme est infecté et un traitement général peut seul arrêter les suites de la maladie. Des circonstances particulières tenant au climat, à l'hygiène ou à l'tdiosyncrasie peuvent influer sur les manifestations de la syphilis. Au chancre succèdent les accidents constitutionnels, après un intervalle qui peut dépasser plusieurs mois. Ils affectent la peau

Xtv.

SYPH

(roséoles, syphilides), la gorge, l'anus et la muqueuse urino-génitale (plaques muqueuses, pustules ou papules). La vérole est inoculable à la première et à la seconde période par le pus du chancre et par celui des plaques muqueuses et par le sang même des sujets syphilitiques. Elle peut être transmise par la mère au fœtus contenu dans l'utérus, par les enfants aux nourrices et par les nourrices aux enfants. Le vaccin pris sur des sujets syphilitiques, les instruments de travail contaminés peuvent transmettre la syphilis.

Les avis sont partagés touchant l'origine de la syphilis; cependant le plus grand nombre des médecins se rangent a l'opinion d* Astruc, qui la considère comme une importation américaine, tout en admettant l'origine ancienne du chancre simple, de la blennorrhagie, du bubon et des végétations. Telle est aussi l'opinion de MM. Robin et Littré.

L'opinion qui fait remonter ce mal à l'antiquité, à Job lui-même, est considérée aujourd'hui comme une erreur manifeste ; elle paraît basée sur la confusion des accidents vénériens avec les accidents syphilitiques. Nous reviendrons bientôt sur cette distinction essentielle ; citons maintenant les textes et les faits allégués par ceux qui font la syphilis contemporaine d'Horace. Ce poste parle d'un mal campanieti, d'où peut-être la dénomination de mai napolitain :

Cumpanum ob morbum,in facient permultajûcatus. Il parle ailleurs d'un mal contracté dans la fréquentation de la canaille :

Contaminato cum grege turpimn

Morbo virorum ?

Auguste était atteint d'un mal contagieux ; pour l'en guérir, son médecin, Antonius Musca, le faisait frotter fréquemment devant un grand feu, de façon à déterminer des sueurs abondantes : Unctum s&pius sudare ad flammam (Suet.,tn Octavio). C'est peu décisif, mais passons. On a attribué à la syphilis les ulcères qui couvraient la face impudique de Tibère. Valère-Maxime, parlant de la mort de Claudius Pulcher, l'attribue à une maladie honteuse, contractée dans le commerce d'une courtisane : Perdiio amore merelricis infamis, erubescendo morbi génère consumptus fuit, La question est ici serrée de plus près; mais, pour trouver une allusion évidente à la syphilis, il faut arriver aux temps modernes. Gérard, médecin du Berry au xme siècle, écrivait : Virga palitur a coïtu cum mulieribus immundis, ex spermate corrupto, vel ex humore venenoso in collo matricis recepto; nam virga inficilur el aliquando totum corpus. M. Littré, qui cite ce texte, s'empresse de constater que le manuscrit dans lequel il a trouvé ce passage n'est point authentique. Toutefois, dans leur dictionnaire de médecine, MM. Littré et Robin signalent le fait sans l'accompagner de réflexions propres k éclairer le lecteur sur la valeur de ce docu-

Follin, dans un chapitre consacré à l'historique de la syphilis, conclut à son ancienneté. Mais les passages qu'il invoque se rapportent aux ulcères simples contagieux, et Von sait aujourd'hui que, seul, le chancre induré, dont aucun auteur ancien ne fait mention, est suivi de la syphilis constitutionnelle. Follin cite divers passages dans lesquels il croit retrouver les accidents secondaires ou tertiaires; mais ils se rapportent aussi bien et même mieux à d'autres affections. Les douleurs ostéocopes de Galien sont le fait de toutes les affections des os ; elles peuvent avoir la syphilis pour origine, mais n'impliquent pas nécessairement son existence. Les ulcérations des jambes de M. Einpiricus se retrouvent tous les jours dans nos salles d'hôpitaux, et pas un médecin ne rapporte exclusivement k la syphilis, les ulcères superficiels ou profonds des jambes. Le lupus, si commun en certaines contrées, ne suftit-il pas pour ronger le nez? Le passage cité par M. Darem'oerg n'indique pas davantage une infection générale qui succède aux ulcères de l'anus"; mais il désigne des ulcères locaux qui gagnent et s'étendent de proche en proche (sed et vieina loca). Or, il répugne de croire que les médecins anciens n ont point saisi le rapport qui existe entre le chancre primitif et tes accidents consécutifs, rapport frappant, surtout quand la syphilis n'est pas soignée. Au xve siècle, époque d'invasion et de diffusion rapidement universelle de la syphilis en Europe, les auteurs ne la confondaient pas avec le chancre simple et la blennorrhagie. Elle forma alors une sorte d'eiidémo-épidémie générale, surtout dans les grands centres de population et dans les camps, comme de notre temps on la voit régner dans la Suède, le Danemark, la Norvège, la Kabylie, et aussi dans certains villages où, importée par un soldat ou toute autre personne, elle se propage avec une rapidité effrayante.

On peut donc affirmer que la syphilis fut inconnue des anciens ; mais s'il est certain qu'ils ne connurent point cette terrible maladie, il l'est moins, quoi qu'on ait dit, qu'elle ait été importée en Europe par l'expédition de Colomb. Le principal argument de ceux qui, avec Astruo, considèrent la syphilis comme venue de 1 Amérique, est tiré de la coïncidence de son apparition violente en Italie, en 1494, avec le retour de Colomb. Pourtant, aucun auteur espagnol contempo-

SYPH

rain ne parle de ce mal comme existant en Andalousie au moment où il régnait en Italie et faisait l'objet de toutes les conversations en Europe. Comment donc les marins des deux vaisseaux de Christophe et de Martin Alonso (si peu nombreux d'ailleurs, défalcation faite de ceux qui étaient restés au fort de la .Natividad, à Haïti), arrivés à Lisbonne et k Bayonne et quelque temps après k Palos, n'auraient-ils pas infecté d'abord les femmes de ces ports? Ce n'est pourtant pas aux femmes de Lisbonne et de Bayonne, aux femmes de l'Andalousie qu'ils auraient, communiqué leur maladie; c'est en Italie qu'ils auraient été la porter et que ce petit nombre d'hommes aurait fait éclater l'épidémie vénérienne avec cette fureur et ce caractère contagieux, envenimé, qui firent l'effroi de ceux qui en furent les premiers atteints. D'autre part, les dates paraissent ici décisives : l'armée de Gonzalve de Cordoue, dans laquelle seulement pouvaient avoir songé k s'enrôler quelques-uns des compagnons de Colomb, si tant est qu'il y en ait eu, était encore en Sicile, sans aucune atteinte du mal, lorsque déjà le dégoûtant fléau frappait les Français et les Napolitains en deçà du Phare. S'il est vrai, comme le dit Voltaire, qu'il en soit de cette maladie comme des beaux-arts dont on ignore l'origine et l'inventeur, il se peut du moins que l'Amérique et Christophe Colomb aient été mal k propos mêlés à cette affaire, et que, loin d'avoir été transportée d'Amérique en. Europe, ce soit au contraire d'Europe en Amérique qu'elle l'ait été, vers ia fin du xve siècle et surtout au commencement du' XVIe siècle, par les aventuriers espagnols qui avaient pris part aux guerres d'Italie contre les Français.

Mais, k partir de 1494, tous les auteurs qui constituent cette pléiade de médecins singulièrement désignés par M. Rollel sous le nom de pères de \-à.'syphilis sont unanimes k maudire le tléau nouveau, que sèment partout la prostitution et les armées. Ce mal inconnu les délie, et ils avouent leur impuissance contre cette peste qui n'épargne ni couronne ni crosse et que leurs pères ignoraient.

A. Benedictus, qui vivait au sein même du foyer où se développa cette affection, raconte comment, en 1494, on vit éclater celte maladie nouvelle, produite par le coït. Il décrit les ulcères des organes génitaux, qui sont l'origine du mal, les douleurs nocturnes, l'horrible aspect du patient, les ulcérations de la bouche et de la gorge, les pustules, les taches énormes, saillantes, la salivation mercurielle elle-même qui guérit ce mal affreux. Il ne confond pas tout cela avec les ulcères des organes génitaux, le bubon et les écoulements connus des anciens, qu'il relate dans un chapitre k part.

J. Gruenpeck, dans un livre édité en 1496, publie des observations faites sur sa propre personne. La maladie débute par une papule qui devient une grande pustule et qui, au bout de deux k trois mois, envoie continuellement sur toutes les parties du corps une vénéneuse humidité. Lorsque cette première pustule disparaît d'elle-même , une multitude d'autres envahissent tout le corps. Il décrit ensuite les diverses éruptions, leur forme et leur siège, et maudit l'ignorance des médecins, dont les plus célèbres le traitèrent si bien que, couvert de tubercules et de larges ulcérations qui vomissaient de la sanie, it se livra aux charlatans, qui le guérirent avec l'arsenic, l'or et le mercure. Le mal revint; il fut guéri de nouveau; le mal reparut encore et fut suivi d'une nouvelle cure.

U. de Hutten, en 1519, décrit la maladie de 1494 dont il fut aussi victime. Elle est contagieuse par le coït, et les enfants et les vieillards en sont exempts. Le gaïac le guérit, après qu'il eut' onzn fois suivi le traitement des frictions au mercure.

M. Cuinianus dit que, en 1495, à Novare, il vit des écuyers et des fantassins dont la face et le corps entier étaient couverts de pustules; que le mat débutait sur le prépuce et sur le gland; que, au bout de quelque temps, survenaient des douleurs des bras, des jambes, et de grosses pustules qui rendaient les malades non traités semblables à des lépreux.

J. Cutanée (1805, Z>e morbo gallico) raconte que» en 1494, il survint eu Italie un mal monstrueux, que nul siècle n'a Connu, nouveau pour l'univers, nullement semblable aux autres ulcères. Un homme, selon lui, peut avoir les organes sains et donner la maladie par sou sang. Un homme peut être infecté par une femme saine qui vient d'avoir des rapports avec un homme malade, ia semence existant encore dans la matrice. Plusieurs nourrissons, atteints de ce mal, ont infecté leurs nourrices. Le lait d'une nourrice malade peut infecter le nourrisson, car le lait est infectant comme la sang. Il dit avoir vu des hommes braver un coït infect et rester sains ; mais il engage k ne pas tenter cette expérience. U déduit le pronostic des accidents consécutifs de l'aspect de la lésion primitive. Si l'on voit un ulcère enflammé et corrosif se développer sur la verge, avec chaleur et douleur, le virus est chaud et acre ; si, au contraire, l'ulcère est petit, avec peu de chaleur, et que l'infection soit restée longtemps latente, ators le virus est froid et obtus.

Citerai-je Fracastor? Il assista à la naissance du fléau et fut son parrain. Comme Ca-

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tanée, il fixe son incubation à un , deux, ou même quatre mois.

L'évêque Torella, médecin d'Alexandre VI, dans ses traités de la sy/ihitis, publiés de 1497 à 1500, décrit la maladie nouvelle importée, suivant lui, d'Amérique en Espagne en 1493. De là, elle fut portée en Italie, d'où bientôt elle envahit l'Europe. La matière en est contagieuse, maligne et virulente. Le mal débute par les organes génitaux; mais si une autre partie du corps est mise en contact avec une pustule sordide et virulente, l'infection commence par elle.

On pourrait faire mille autres citations empruntées aux auteurs qui vivaient vers la fin du xve siècle et qui démontrent toute la nouveauté du mal, dont ils distinguent fort bien la lésion primitive et les accidents consécutifs des ulcères et des maladies de la peau connus des anciens. Maladie nouvelle, inconnue, différente de toutes autres, contagieuse par les rapports sexuels, débutant par un chancre induré qui ouvre la marche à la roséole, aux papules, aux pustules, aux tubercules, aux doule'urs nocturnes, aux gommes, aux exostoses, avec rémissions par le mercure ;' maladie héréditaire, se transmettant du nourrisson à la nourrice et réciproquement, par le sang, par les accidents secondaires , et débutant toujours par un chancre dur, calleux : tels sont les caractères précis qu'ils affirment et décrivent.

L'importation relativement moderne de la vérole est donc un fait hors de doute; son mode de diffusion en Europe est loin d'être aussi certain. La variété de ses noms est une cause d'incertitude; les peuples européens se renvoient à l'envi le reproche de son importation et lui donueiit des noms appropriés : mal allemand pour les Polonais, polonais pour tes Allemands; chrétien pour les Turcs, turc pour les chrétiens, etc. L'esprit s'est exercé a le tourner en calembour et lui a fait donner le nom de Saint-Sement. Les Italiens prétendent l'avoir reçu de nous; naturellement, nous leur renvoyons cet houneur. Un fait incontesté , c'est que l'inoculation s'est faite entre les deux peuples lors de l'expédition de Charles VIII en Italie. Reste k savoir si le mal français, comme on dit au delà des monts, ou le mal napolitain, comme on a dit longtemps de ce côté-ci des Alpes, descend en droite ligne des tilles des Romains ou des tilles des Gaulois. Voltaire est naturellement du premier avis, mais il est trop Français et trop malin pour l'aire foi :

Quand les Français à téta foila S'en allèrent dans l'Italie, Ils gagnèrent à l'étourdie Et Gène etNapk et la vérole; Puis ils Curent chassés partout.

Et Gène et Naple on leur ôta; Mais ils ne perdirent pas tout, Car la vérole leur resta.

La certitude qu'on possédait en 1494 que l'invasion de ce iléau était récente n'empêcha point une prompte et inexplicable confusion. Dès 1530 on en vint, ou ne sait comiueut, niais par terreur du mal peut-être, k considérer le chancre infectant, le chancre simple et la bleunorrhagie comme également susceptibles de donner la syphilis, et l'erreur régna eu maltresse. L'esprit humain mit plus de trois siècles k débrouiller le chaos dans lequel il eût été si facile de ne pus tomber. Ces trois siècles de tâtonnements furent marqués cependant par un certain nombre de découvertes successives qui préparèrent les voies à cette théorie de la dualité dont la paternité revient tout entière à un observateur éminent, M. Basset-eau, et qui n'est qu'un retour, cette fois définitif, puisqu'il est oasé sur les faits, aux doctrines admises sans conteste pur les premiers syphiligraphes. Voyons d'abord comment la bleunorrhagie fut séparée de la syphilis et du chancre simple.

En 1777, le professeur Tode, de Copenhague, émit l'idée que la bleunorrhagie et la syphilis pouvaient ne pas être la même maladie. B. Bell, en 1793, et plus tard sou traducteur et commentateur, Bosquitton, en 1802, reprirent celte thèse, mal accueillie à sa naissance, et fournirent de nouveaux arguments en sa faveur. Lu meilleure raison qu'ils donnèrent était tirée du vieil adage : Naluram moroorum curatianes osteudutu. Ils démontrèrent l'inutilité du traitement inercuriel contre la gonorrhée, l'efticacité, la nécessité même de son emploi contre toutes les affections syphilitiques. Bientôt après, en 1S0S, la Société de médecine de Besançon mit au concours cette question alors très- disculée et demanda de déterminer par des expériences et des observations concluantes s'il y a identité de nature entre la gonorrhée et Ja sypkilis, entre les deux virus de ces maladies; si l'une peut donner l'autre et si le traitement qui convient à l'une peut être uppiiqué k 1 1 autre. Heriiandez, dans un mémoire couronné en 1812 à Besançon, démontra la nonidentité des deux maladies.

La syphilis se transmet par contagion directe, non par infection k distance. Le contact est nécessaire, et peut-être même la dénudation de l'épidémie ou de l'epithéliuin, pour que la transmission ait lieu. Dans cette action de l'individu malade sur l'individu sain, un agent morbide visible et tangible intervient; cet agent, c'est le plus souvent la chancre ; quelquefois c'est une plaque muqueuse ou une lésion syphilitique secondaire.

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de la peau ou de la muqueuse j plus rarement, c'est le sang même du syphilitique. Voilà ce qui est constaté. Ces divers agents matériels de la transmission examinés à l'œil nu, au microscope ou dans le creuset du chimiste, ne nous livrent point le secret de leur action spécifique, et on peut supposer, d'après leurs effets, qu'ils sont le véhicule d'un agent qui échappe aujourd'hui encore à l'analyse et que nous appelons virus.

Le virus syphilitique entre dans l'organisme en quantité souvent infinitésimale, puis, à un moment donné, tonte l'économie en est, pour ainsi dire, imprégnée, en sorte qu'un phénomène très- remarquable s'est passé dans l'intervalle, phénomène essentiellement caraotérisé par l;t multiplication du virus. Evidemment, c'est l'organisme qui a fourni au virus les matériaux de cette prodigieuse multiplication, et peut-être, lorsque la maladie est abandonnée à elle-même et qu'elle guérit, guérit-elle au moment où le virus ne trouve plus d'éléments organiques susceptibles d'entrer en combinaison avec lui. Ce qui tendrait à le faire supposer, c'est que, après la disparition de la syphilis chez un individu,. le virus syphilitique n'a généralement plus prise sur cet individu.

Deux opinions se partagent le monde médical relativement à l'accident initiarde lu. syphilis, le chancre. La première opinion, qui est soutenue par Ricord, Cullerier, etc., considère le virus comme bornant d'abord son action au chancre et à une sorte d'auréole peu étendue. De là le virus partirait pour infecter l'économie. L'autre opinion, qui est plus généralement admise , considère le chancre comme la manifestation d'une infection générale de l'organisme par le virus. Baumes, Cazenave, Baexensprung, A. Vidal ont soutenu cette opinion. On peut dire à son appui que, dès l'instant que l'organisme est infecté, la syphilis y est contenue en puissance ; on n'acquiert fa preuve de ce fuit, latent d'abord, qu'au moment de l'apparition du chancre, sorte d'action réflexe qui reporte la première réaction spécifique de l'organisme au point d'abord contaminé.

Le chancre est donc la manifestation initiale de la syphilis. Il y a deux espèces de chancres inoculables : l'un est syphilitique et procède d'une intoxication constitutionnelle, l'autre n'est qu'un accident local.

Pour Ricord, la syphilis débute par le chancre, dans lequel réaide la propriété virulente de cette affection ; lu vérole naît du chancre, qui ouvre la série des accidents. Les prétendues syphilis d'emblée sont, d'après le célèbre docteur, des faits apocryphes ou mal interprétés. V. la mot CHANCRE.

Peu de temps après l'infection, c'est-à-dire après l'apparition du chancre, les symptômes prodromiques apparaissent; ce sont : une douleur de tête intense, occupant surtout les tempes et quelquefois le front (oéphalie prodromique), puis des douleurs rhumatoïdes. L'adénite ou adénopathie est un des pramieia symptômes de* la syphilis. Cet engorgement occupe surtout les ganglions auxquels aboutissent les vaisseaux lymphatiques de la région ulcérée, par conséquent presque toujours dans l'aine. On observe encore cette adénopathie à la région postérieure du cou (adénopathie cervicale), mais alors elle est moins importante que lorsqu'elle siège dans les aines.

Nous devons, d'ailleurs, distinguer avec M. Fournier deux sortes d'adénopathies déterminées par la syphilis : l<> les unes, précoces, .se développent dès le début et ne sont que le retentissement de l'accident initial sur les glandes voisines; S" les autres, heaucoup )lus tardives, se montrent loin du siège de a lésion primitive et à l'époque des accidents secondaires, qu'elles soient elles-mêmes des manifestations diathésiques de l'état général ou seulement la conséquence d'autres phénomènes morbides (plaques muqueuses) qui agiraient sur elles comme le chancre sur les premières.

L'engorgement syphilitique produit par te chancre induré diffère essentiellement des tumeurs ganglionnaires. Voici quels en sont les caractères : 1» ce bubon est constant ; $o il se manifeste à la même époque que l'induration chancreuse, soit du septième au quinzième jour de l'évolution de l'accident initia! ; 3° il envahit plusieurs ganglions à la fois: 4° il est peu volumineux, d'une dureté semblable à celle de l'induration du chancre; 50 il est indolent, ne s'enflamme presque jamais et, dans les cas très-rares où il suppure, il ne donne jamais de pus inoculable.

10 Le bubon accompagne invariablement l'accident initial de la syphilis; il suit le chancre comme l'ombre suit le corps ; c'est le compagnon obligé du chancre infectant. Sans floute, il peut être plus ou moins développé, plus ou moins manifeste aux différentes époques de son existence; mais il ne fait jamais défaut. On objecte à M. Ricord quelques eus de chancres indurés suivis de phénomènes secondaires qui n'avaient pas présenté d'adénites ou du moins où il était très-difficile d'en constater ; mais ce ne sont là que quelques exceptions qui ne permettent pas de mettre en doute la loi générale.

20 Nous savons qu'il est à peu près impossible de fixer d'une façon précise l'espace de temps qui sépare l'apparition du bubon vénérien de l'accident primitif. Ici, tout au contraire, le bubon syphilitique se manifeste in-

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variablement à la même époque que l'induration chancreuse, c'est-à-dire dans l'espace des deux premiers septénaires. On cite quelques cas où il a été plus tardif, mais ils sont excessivement rares.

30 II faut insister, en parlant du bubon vénérien, sur ce caractère essentiel qu'il n'atteint qu'un seul ganglion à la fois; l'adénite vénérienne atteint, au contraire, toute la pléiade ganglionnaire, trois, quatre, six, dix ganglions même. Tous ces ganglions ne sont pas également affectés; tous présentent l'indolence et l'induration caractéristique, mais ils se prennent successivement; ils ne présentent pas le même volume, et, dans les cas très-rarement observés où l'on a constaté des phénomènes inflammatoires, elle existait dans l'un d'eux seulement, et c'était le plus voisin de la lésion originelle qui était le siège de cette inflammation. C'est celui auquel viennent aboutir directement les lymphatiques qui émanent de la partie ulcérée; c'est celui qui deviendrait ou pourrait devenir, dans le cas de chancre simple, le siège d'une suppuration spécifique. «Je l'appelle, dit Ricord, le ganglion anatomique ou direct de la pléiade, supposant qu'ilsubit directement l'influence du chancre par voie de continuité, tandis que les glandes environnantes ne seraient affectées que par sympathie diathésique. De même que dans le bubon vénérien 1 état du bubon dépend plus de l'idiosyncrasie du malade que du chancre lui-même, de même ici le nombre des ganglions affectés est entièrement subordonné a certains phénomènes qui nous échappent, mais qui paraissent tenir plus à l'individu contamine qu'à la violence de la maladie. Combien de fois n'a-t-on pas vu un chancre unique, assez peu développé pour passer presque inaperçu, engendrer une adénite de toute la série ganglionnaire des deux aines, tandis que les chancres multiples et aussi étendus que peuvent l'être des chancres infectants n'ont produit d'altération que dans deux ou trois ganglions et même quelquefois dans un seul 1 a Néanmoins, nous devons déclarer que l'adénopathie monoganglionnaire est tout à fait exceptionnelle.

4° Le bubon consécutif à un chancre infectant est toujours d'un volume peu considérable, et l'on peut établir comme règle générale qu'il n'atteint jamais la grosseur de l'adénite syinptomalique ou du bubon vénérien. Jamais ou presque jamais les glandes affectées ne dépassent le volume d'une noisette, et il n'existe pas d'inflammation du tissu cellulaire périganglionnaire. Il est bien entendu que nous n'avons en vue que les glandes prises isolément, et que ce serait une faute de considérer l'ensemble de la pléiade comme un bubon. De plus, chaque glande atteinte présente une dureté nui generis, toute caractéristique, et qui est tout à fait identique à la dureté qu'on observe à la base du chancre infectant dix à douze jours après son apparition. C'est, pour ainsi dire, l'induration chancreuse transportée dans le ganglion.

Toutes ces observations sont empruntées à Ricord.

5° Enfin, comme dernier caractère du ganglion syphilitique, nous constaterons qu'il ne présente presque jamais de phénomènes inflammatoires et qu'au contraireil n'y a qu'une évolution très-indolente, au point que le malade n'en a pas conscience, à moins qu'on n'ait éveillé son attention sur ce point. L'absence de phénomènes inflammatoires nous fait prévoir la rareté des bubons syphilitiques suppurants. Néanmoins, on a observé quelques cas contraires, et, toutes les fois qu'on a inoculé du pus qui en provenait, on n'a eu que des résultats négatifs.

Au début, l'adénite syphilitique marche rapidement. Au bout de quinze jours, elle reste assez longtemps stationnaire, de sorte que le chancre peut être complètement disparu et les phénomènes secondaires en pleine évolution alors que les ganglions sont encore indurés. Fournier, dans une étude très-remarquable sur le bubon, rappelle que Ricord insistait sur la persistance du bubon syphilitiâue comme moyen d'investigation au point 0 vue séinélologique. • Ne négligez jamais, disait-il, d'interroger les ganglions lorsqu'un malade affecté d'accidents constitutionnels se présente à vous en niant toute espèce d'antécédent suspect. L'adénopathie spécifique est pour le chancre infectant l'effetqui suit la cause. Eh bien 1 remontez à la cause par l'effet. De la sorte, vous serez mis sur la voie des chancres a siège insolite, de ceux dont le malade aura méconnu l'existence ou la nature, comme de ceux qu'il voudrait vous cacher. C'est ainsi qu'une adénopathie épitrochléenne ou axillaire vous indiquera un chancre siégeant sur le membre supérieur et le plus généralement un chancre digital ; que le bubon sous-maxillaire vous révélera un chancre de la bouche; que l'engorgement des ganglions extrêmes des pléiades inguinales vous fera suspecter un chancre de 1 anus, et de même pour tant d'autres accidents à siège plus ou moins insolite, plus ou moins honteux, dont les malades cherchent souvent à dissimuler l'existence.»

Nous avons dit plus haut combien la suppuration dans les bubons syphilitiques était rare, puisque cela avait permis à Ricord de poser comme absolue la loi suivante : « Le bubon qui suppure n'est pas syphilitique. «Cette rareté de la suppuration nous fait prévoir le seul mode possible de terminaison du bubon

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qui nous occupe. Ce sera la résolution, mais cette résolution se fera avec une indolence toute particulière.

Nous devons, pour compléter ce que nous avons à dire sur l'adënopathie, faire remarquer que le chancre peut agir comme irritation simple en même temps qu'il agit spécifiquement etgreffer, pour ainsi dire, une adénite inflammatoire sur le bubon syphilitique. C'est là, je crois, le seul moyen d'expliquer ces adénopathies consécutives à des chancres bien certainement infectants et qui présentent pourtant des phénomènes inflammatoires assez tranchés.

Enfin, comme dans le bubon vénérien, la scrofule peut ici altérer les formes habituelles de la maladie. Dans ce cas, le volume du bubon est beaucoup plus considérable, les différents ganglions sont soudés entre eux, quelques symptômes inflammatoires peu prononcés se manifestent et le bubon finit par s'ulcérer à la manière des adénites strumeuses.

L'invasion des accidents secondaires de la syphilis est quelquefois annoncée plus ou moins longtemps à l'avance par certains phénomènes précurseurs, notamment les douleurs névralgiques et rhumatoîdes, un engorgement des ganglions cervicaux postérieurs et plus souvent quelques accidents aigus, comme les prodromes d'une fièvre érnptive. Ces phénomènes précurseurs manquent d'ailleurs très-souvent. Les phénomènes secondaires qui apparaissent les premiers, soit dans le cours, soit à la suite de la syphilis primitive, consistent dans des affections diverses des muqueuses ou de la peau : roséoles, plaques muqueuses, syphilides diverses.

Les plaques muqueuses sont l'un des symptômes les plus fréquents de la syphilis constitutionnelle, surtout chez la femme. Elles se montrent ordinairement sur un grand nombre de points à la fois, mais spécialement aux organes génitaux, à l'anus et dans les parties voisines, dans la bouche, sur les amygdales , à la face et duns les intervalles des orteils. Ce3 plaques muqueuses débutent par une petite élevure molle et rosée, qui prend bientôt l'aspect d'une plaque légèrement saillante, arrondie ou elliptique, large de O^OOS à 0in,0t0, d'une coloration soit rosée, soit d'un rouge cuivre ou violacé, Tantôt les bords des tubercules plats se confondent insensiblement avec la peau; tantôt ils se renversent sims forma de ehuui pignons (condylomes); leur surface, quelquefois convexe, est recouverte d'une pellicule mince, qui laisse transsuder une matière séro-purulente, d'une fluidité toute particulière , qui les humecte presque constamment et dont la quantité est quelquefois assez considérable pour entretenir à la vulve, par exemple, un véritable écoulement.

La roséole syphilitique est, avec les plaques muqueuses, l'un des premiers phénomènes de la syphilis constitutionnelle. Elle se forme rapidement, en envahissant successivement l'abdomen, la poitrine, les membres et la face ; elle est constituée par des taches rouges, irrégulièrement arrondies, disposées en cercles ou en demi-cercles, quelquefois sans régularité aucune. Ces taches sont lisses ou un peu graveleuses, à peine saillantes, disparaissant par la pression. Leurs dimensions varient depuis celle d'une lentille jusqu'à celle d'une pièce de 1 franc; leur couleur varie aussi, et il est important de connaître les causes de cette variation, laquelle est due principalement à l'âge de l'éruption. Elle est d'abord rose ou rouge vif et tend a devenir plus foncée, jaunâtre , cuivreuse. C'est cette teinte que J.-L. Courier caractérisait par le nom de peau truitée. Quelquefois ces taches , pendant la période de décroissance, prennent une teinte grisâtre.

La syphilis étant essentiellement protéiforme, il serait impossible de donner les caractères de chaque syphilide en particulier. Nous devons seulement en décrire les symptômes communs, c'est-à-dire ceux qui, quelle que soit la lésion élémentaire de l'éruption spéciale, appartiennent à toutes les syphilides et peuvent bo retrouver dans toutes. L'ensemble de ces caractères imprime aux éruptions syphilitiques un tel cachet, une physionomie si particulière, qu'un œil exercé peut les reconnaître à distance et avaut toute espèce d'analyse graphique.

Au premier rang de ces symptômes, il faut placer la coloration spéciale des éruptions vénériennes, ce phénomène qui a frappé les observateurs de tous les temps, depuis FitJlope, qui la comparait à la chair de jambon, jusqu'à Swediaur, qui lui donnait le nom de rouge cuivreux. Prise dans un sens absolu, cette dernière dénomination est loin d'être d'une exactitude absolue. Aussi les exceptions sérieuses que l'on a signalées ont-elles servi d'argument à une certaine éco.i, qui prétendait nier la spécificité même de la syphitis. M. Cazenave croit qu'il faut 1m conserver pour lds ess où elle est aussi justo qu'heureusement appliquée, mais la rejetio comme terme typique, et il l'a remplacée par une expression qui a l'avantage de ne pas prêter à des contradictions, tout en conservant au phénomène de la coloration sa valeur, qui est réelle, par l'expression de teinte syphilitique. Cette teinte, quel que soit d'ailleurs son nom, existe incontestablement; elle

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vario depuis le rouge brun jusqu'au gris cendré, en passant par tous les degrés qui séparent les deux points extrêmes de cette gamme de tons sombres et livides.

A rencontre de ce qui se passe dans .es éruptions non spéciales, la congestion sanguine ne joue évidemment qu'un rôle secondaire dans la coloration des syphilides. Celleci est d'autant plus apparente que le malade est sous l'influence d'une cause qui favorise le retrait du sang des vaisseaux capillaires ; elle l'est d'autant moins, au contraire, que l'individu affecté de syphilis est soumis à une influence qui les congestionne. Cette double circonstance, parfaitement étudiée et établie par M. Cazenave, l'a conduit à considérer lu couleur spéciale des syphilides comme le résultat d'une altération de la matière colorante elle-même, qui intéresse non-seulement les points malades, mais encore toute l'enveloppe cutanée. On remarque en effet, surtout chez les individus atteints de syphilis chronique , une teinte générale particulière, une sorte de décoloration morbide de la peau ; il semble que celle-ci soit altérée , comme flétrie, et cette teinte est telle, dans certains cas, qu'elle suffit pour révéler l'existence d'une cachexie syphilitique pius ou moins avancée. On comprend qu'une inflammation cutanée survenant dans ces conditions emprunte à l'état anomal et spécifique de la peau une coloration particulière qui lui sert de cachet spécial , coloration qui, variant dès lors suivant l'état phlegmasique et congestionnel de l'éruption, est plus ou moins rouge, selon que celle-ci est plus récente, plus aiguS, grise et obscure, selon que l'inflammation est à l'état chronique depuis plus ou moins de temps. La teinte syphilitique est surtout apparente dans certaines formes de syphilides; ainsi, on la remarque surtout dans les formes populeuses et tuberculeuses. Elle persiste quelquefois alors que toute éruption spéciale a disparu , et même après que tout symptôme de syphilis a cessé.

Après la couleur, il faut citer la disposition à affecter une forme arrondie, comme un caractère remarquable des syphilides ; cette tendance n'est pas constante, toutefois, comme nous l'avons vu plus haut. En effet, parmi les éruptions simples, il en est, comme l'herpès ciiciiié, la lèpre vulgaire, qui se présentent avec une disposition annulaire pathognomonique; et il importe même d'être bien prévenu de cette coïncidence de forme, afin d'éviter, dans la pratique, des erreurs qui no seraient pas sans inconvénients. C'est surtout dans les éruptions tuberculeuses que la forme arrondie des syphilides est remarquable; elle est un signe précieux de diagnostic pour la syphilide serpigineuse. On la signale aussi dans la lèpre et le psoriasis syphilitique de la paume des mains ; dans l'herpès squameux spécial, etc.

Les syphilides suivent une marche essentiellement chronique, et ce caractère, qui ne souffre d'ailleurs que de rares exceptions, se présente avec une physionomie toute particulière. Ainsi, l'éruption n'est presque jamais accompagnée de phénomènes inflammatoires, de chaleur vive, de congestion, de tension pénible, de douleur. A plus forte raison ne signale-t-on que très-exceptionnellement, pour les syphilides primitives, par exemple, des symptômes généraux appréciables. Les éruptions syphilitiques à marche envahissante se propagent habituellement avec une grande lenteur, et, chose remarquable, ce caractère de chronicité se retrouve dans la durée individuelle, dans la marche de tel ou tel symptôme, de la lésion élémentaire, par exemple. Ainsi, dans la syphilide vésiculeuse, la vésicule reste longtemps stationnaire; elle se flétrit sur place, se résorbe sans se déchirer; ainsi encore une éruption pustuleuse à large base, avec une induration considérable, aboutit à une suppuration à peine perceptible. Enfin, même sous la forme papuleuse, les syphilides ne sont presque jamais accompagnées de prurit.

On a signalé des cas où les syphilides avaient revêtu un caractère d'acuité remarquable, s'étaient présentées avec un cortège de symptômes généraux intenses, avaient enfin affecté une marche rapide, une gravité redoutable; mais ces cas ne constituent que des exceptions heureusement restreintes, qui semblent tenir à des conditions individuelles particulières plutôt qu'au curactère propre de la syphilis.

Si l'on ajoute à ces signes distinctifs l'odeur particulière, sui generis, que les malades exhalent, surtout à l'état cachectique, l'état génpral de la peau, l'espèce de bouffissure qu'elle présente, son aspect flétri, terreux, comme parcheminé, on aura le tableau des symptômes communs des syphilides en général.

A la suite des syphilides viennent, dans l'ordre d'apparition des accidents, des lésions qu'on pourrait nommer accidents secondaires tardifs, par opposition aux syphilides, qui sont les premiers accidents secondaires ; ce sont : l'alopécie syphilitique (chute plus ou moins complète des cheveux); l'onyxis syphilitique (ulcération spéciale de la matrice des ongle») ; des végétations de formes très-diverses (choux-fleurs, crêtes do coq); enfin l'œil peut être le siège d'une phtegmasie spécifique, qui se localise plus spécialement dans l'iris (iritis syphilitique), niais qui, à part sa marche lente, les migra-

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lions d'un œil à l'autre, les rétrécissements, les douleurs trés-vives qui l'accompagnent surtout la nuit et la couleur cuivrée de l'iris, ne parait pas différer beaucoup de l'iritia ordinaire.

Les principaux symptômes tertiaires, ac-, cidents tardifs de la syphilis, ont pour siège le système osseux et consistent dans des douleurs ostéocopes intenses, surtout pendant Ja nuit, vagues d'abord, puis se localisant par une périostite ou une ostéite qui déterminent soit des périostoses, soit des caries, soit des nécroses ou des exostoses éburnées. En même temps, il se forme dans le tissu cellulaire sous-cutané et Bous-muqueux des tubercules profonds, des tumeurs gommeuses. Il n'est pas impossible que des tumeurs semblables ne se forment dans les poumons et ne donnent lieu auxsignes physiques de la phthisie pulmonaire. Les lésions viscérales de la syphilis ont été bien décrites, surtout dans ces dernières années ; leur anatomie pathologique est de date toute récente. Selon Dittrich, les diverses productions de la syphilis tertiaire, dont le type est la gomme, sont toujours organisées. MM. Lebert et Robin ont constaté qu'elles renferment toujours des cytoblastions et du tissu conjonctif. Pour M. Virchow, elles sont constituées uniquement par une prolifération du tissu conjonctif. Nous nous contenterons d'indiquer les différentes lésions nouvelles qu'on peut attribuer à la syphilis et sur la nature desquelles le microscope ainsi que l'observation clinique nous a apporté quelque lumière dans ces derniers temps. Nous ne parlerons donc que pour mémoire des rétrécissements syphilitiques de l'œsophage, signalés en 1853 par Follin, ainsi que de cette lésion si fréquente, les rétrécissements syphilitiques du rectum, décrits en 185-4 pur M. le professeur Gosselin, dont les belles recherches ont été poursuivies et complétées depuis cette époque par celles de MM. de Baexensprung, Muller et Leudet. Nous ne ferons également que citer les quelques faits nouveaux qui se trouvent consignés dans le volumineux ouvrage de M. Lanceraux, faits de myocardite gommeuse et d'arthropathie syphilitique. Nous insisterons seulement sur l'anatomie pathologique de la tumeur gommeuse, parce que, à notre sens, elle résume, presque à elle seule, la plus grande partie des lésions viscérales, ainsi que les accidents ternaires et quaternaires de la syphilis. Nous ne pouvons résister au désir de citer textuellement l'opinion de M. le professeur Robin sur la constitution anatomique de cette lésion si importante. « Les plus petites étaient formées d'un tissu tantôt uniformément gris, demi - transparent , tantôt d'un gris rosé , avec ou sans stries grisâtres plus opaques. Le tissu était d'une consistance comparable a celle du foie un peu induré ; il était friable et se déchirait sans présenter d'aspect filamenteux, si ce n'est vers la surface, où il se confondait peu à peu avec le tissu cellulaire ambiant. On y trouvait beaucoup de cytoblastions, constituant les 7 ou 8 dixièmes de la masse morbide. Ces éléments anatomiques étaient plongés dans une substance amorphe, tinementgranuleuse, demi-transpa rente, mais dépourvue de granulations graisseuses. Dans cette matière, il n'existait pas ou presque pas de fibres de tissu cellulaire isolées, non disposées en faisceaux; ça et là étaient de rares libres élastiques, ainsi que quelques vaisseaux capillaires; il ne s'y trouvait qu'un petit nombre de noyaux embryoplastiques et très-peu de corps fusiformes. Des tumeurs plus volumineuses, molles, offraient l'aspect gélatinifonne qui les a fait comparer a une matière gommeuse ; leur tissu donnait au toucher la. sensation d'une matière glutineuse, sans toutefois atteindre la viscosité du mucus. Ce tissu demi-transparent n'offrait pas d'une manière uniforme cet aspect; dans certains points, il présentait des portions d'un gris jaune analogue à celui produit par une infiltration de pus. Le tissu interposé , demi -transparent, gèlatimforme, était tantôt incolore, d'autres fois il offrait une teinte rosée ou une teinte jaune, analogue à de la gélatine mal purifiée. Dans le tissu des tumeurs offrant cet aspect se rencontraient les mêmes éléments décrits plus haut; seulement, la matière amorphe interposée aux cytoblastions et autres éléments était beaucoup plus abondante, plus molle, plus facile à écraser entre deux lames de verre, moins granuleuse, .plus transparente ; c'est à elle que le tissu devait principalement son aspect gélatineux et sa demi-transparence ; c'est à sa mollesse aussi qu'il devait sa consistance particulière. Quant aux parties jaunes, d'aspect purulent, elles ne renfermaient pas de pus, mais seulement de nombreuses granulations jaunâtres, de nature graisseuse, très-petites, mais nombreuses et rapprochées les unes des autres. Ce sont des tumeurs à cette période qui ont fait donner le nom. de gommes à ces produits morbides. Quant au tissu des tumeurs plus volumineuses que les précédentes, il présentait la même consistance, la même texture, la même vascularité. Plus riche en cytoblastions, il renfermait plus de matière amorphe; mais son opacité et sa couleur étaient dues, sans doute, à la quantité considérable de granulations moléculaires graisseuses, uniformément distribuées entre les éléments précédents. ■

Les nouveaux moyens d'exploration que la

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science a mis entre nos mains ont permis d'étudier d'une manière plus complète certaines altérations qui, avant ces dernières années, avaient échappé aux investigations les plus minutieuses. Il est incontestable, en effet, que l'emploi de l'ophthalmoscope a fait découvrir dans les différentes membranes de l'œil des lésions causées par la syphilis et dont l'existence n'avait pas été soupçonnée. La choroïdite syphilitique, bien étudiée par MM. Sehulze et Desmarres, est une lésion qui cemprend deux formes. Ces deux formes, dont l'une n'est que la conséquence de l'autre, se retrouvent exactement dans la rétinite. Il existe d'autres lésions syphilitiques de l'œil que nous devons mentionner; c'est d'abord le décollement de la rétine, si bien décrit par Follin ; l'atrophie de la pupille, dont la découverte est due à M. de Graefe, et enfin les corps flottants de l'humeur vitrée, dont la composition est la même que celle des exsudats de la choroïdite ei de la rétinite syphilitique. Nous ne parlerons pas des lésions du rein, du poumon., du foie, de la rate, car elles se composent invariablement et uniquement de la tumeur gommeuse ou de3 cicatrices qui lui succèdent. Le testicule syphilitique, caractérisé par un épaississement du tissu fibreux et un épanchement plastique dans le parenchyme de l'organe, a été décrit si souvent et d'une façon si complète il y a plus de trente années, que l'école actuelle n'a pu rien ajouter à cette description. Les lésions du périoste et dos os, depuis la périostose jusqu'à la carie et la nécrose, ont donné lieu également à de nombreux travaux qui n'entrent pas dans notre cadre.

L'étude des lésions syphilitiques du système nerveux est encore peu avancée, malgré les travaux nombreux auxquels elles ont donné naissance depuis quelques années. Mise à l'ordre du jour par l'Académie en 1859, cette question attire aujourd'hui l'attention d'un grand nombre de médecins distingués; les observations se multiplient , et bientôt on pourra tirer des conclusions formelles. Rien ne prouve d'ailleurs actuellement que les centres nerveux et les nerfs puissent être influencés directement par le virus syphilitique ; les troubles de la sensibilité, de l'intelligence et de la mobilité, notés par les auteurs comme dépendant de la syphilis, paraissent être causés d'une manière exclusive soit par des altérations osseuses provoquant des pné-nomènes de compression, soit par l'inévitable tumeur gommeuse, développée dans les organes voisins ou dans le tissu nerveux luimême.

Nous avons dit plus baut que la syphilis se transmettait par 1 inoculation du chancre ou des plaques muqueuses. Ce n'est malheureusement pas là le seul mode de contagion. Nous allons voir maintenant certains modes d'infection qui frappent tout particulièrement sur de malheureux innocents qm n'ont rien fait pour s'exposer à un pareil fléau. Nous voulons parler de la syphilis contractée par le nourrisson sur une nourrice malade, par la nourrice avec un nourrisson malade, par la vaccination, enfin par hérédité. Le premier mode n'est, à proprement parler, qu'une contamination normale, puisque c'est une inoculation de liquide provenant de papules muqueuses qui siègent sur les lèvres de l'enfant ou le sein de la nourrice. 11 y a ici une question importante de médecine légale, qui a été bien étudiée par M. Rollet, de Lyon : Qui est l'infectant, qui est l'infecté 7 Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de la discuter ici ; disons seulement que sa solution se base sur la connaissance de l'âge de la maladie.

La science a constaté un grand nombre de faits de transmission de la syphilis par la vaccination. Les deux maladies, syphilis et vaccine, ainsi transmises ensemble, se développent régulièrement, ce qui démontre que le virus syphilitique et le virus vaccin n'ont l'un sur l'autre aucune action altérante ou neutralisante. La syphilis transmise par la vaccination a été souvent communiquée à d'autres personnes, suivant les modes les plus variés, avec ses caractères habituels. L'inoculation vaccino-syphilitique est donc une inoculation mixte de virus vaccinal et de virus syphilitique. Des faits fournis par Montain, uérioli, Bidart, Schreir, Taupin, il résulte que le vaccin seul, le vaccin pur, recueilli sur un sujet syphilitique, donne une vaccine régulière et rien que la vaccine. Le procès Hubner permet de se demander si c'est le vaccin ou le sang périvaccinal qui a transmis la syphilis. Comme d'autres enfants avaient été vaccinés avant les huit qui ont eu la syphilis, et cela uvec le même vaccin, sans avoir eu autre chose que la vaccine; comme, parmi les huit enfants devenus syphilitiques après la vaccination, plusieurs n'ont pas eu de pustules vaccinales, et que quatre notamment ont pu être revaccinés avec succès, nous sommes en droit de conclure que c'est le sang, et non le vaccin qui a transmis la syphilis.

La syphilis transmise par la vaccination se propage, en général, très-rapidement. La source de 1 infection est le plus souvent un enfant atteint de syphilis héréditaire, soit a l'état apparent, mais inobservé, soit encore à l'état latent. Néanmoins, la syphilis acquise d'un enfant (Rivaltu) ou même d'un adulte (M. Lecoq) peut être l'origine de l'infection. Dans une même séance, l'auteur de

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la contagion sert à vacciner un nombre plus ou moins considérable d'enfants, auxquels il donne la syphilis avec la vaccine. Ces enfants la transmettent bientôt aux nourrices, aux parents, aux voisins, et si ces faits d'infections simultanées ou successives, dont on peut suivre la filiation, se passent à la campagne, ils atteignent rapidement un chiffre considérable. Seize personnes sont notées comme ayant été successivement infectées dans la relation du procès Hubner. Réunissant les seuls faits de Cérioli, Lupara et Rivalta, M. Bouvier a trouvé cent cinquantecinq enfants atteints de syphilis par la vaccination et un nombre de contagions successives qui portent le chiffre total des sujets infectés à près de trois cents.

M. Viennois, après avoir analysé tous les faits de contagion syphilitique dus à la vaccination, conclut que c'est le sang qui est le véhicule du virus syphilitique. M. Rollet incline vers la même opinion. Le fait rapporté par M. Sébastien confirme cette manière de voir. Lorsque la vaccination est pratiquée avec du vaccin mêlé de sang, qu'il soit contenu dans des tubes ou qu'on le recueille sur des pustules vaccinales saignantes, la lancette insère le virus syphilitique en inoculant Je vaccin; en un mot, le chancre vaeeino-syphilitique est le résultat d'une seule contagion dans laquelle les deux virus sont inoculés au même point. La matière mixte est habituellement recueillie sur les pustules vaccinales d'un sujet affecté de syphilis congénitale ou de syphilis secondaire acquise ; mais cette matière mixte peut aussi provenir d'une lésion primitive vaccino-syphilitique, c'est-àdire d'enfants déjà infectés par la vaccinalion et qui ont servi à en vacciner d'autres. C'est par la superposition accidentelle des deux lésions vaccinale et syphilitique, c'est au moyen de deux contagions successives, que M. Ricord a expliqué ces faits à l'Hôtel- Dien en 1861 et à l'Académie en 1865.

La contagion du sang syphilitique, démontrée aujourd'hui, ne permet plus aucun doute sur ce sujet. La vaccine, n'ayant qu'une incubation moyenne de quatre jours, se montre d'abord, et le chancre syphilitique apparaît ensuite sur les croûtes ou dans les cicatrices vaccinales. Si le chancre a un développement précoce, on peut, suivant Rivalta et Lupara, rencontrer des pustules vaccinales douées de propriétés mixtes. Dans tous les cas, lo chancre primitif, qu'il succède à la vaccine ou qu'il empiète sur elle, possède tous les caractères du chancre infectant, dont il parcourt les diverses périodes.

Quel est en définitive l'agent de la contagion 7 Est-ce le sang? Est-ce le vaccin ? Si le mueo-pus blennorrhagique , si le pus du chancre simple recueilli sur des sujets syphilitiques, si les sécrétions de ces mêmes sujets n'engendrent pas la syphilis, on est à priori fondé à penser que le vaccin pur ne l'engendre pas davantage. Or, les faits de Montain, Cérioli, 3idart, Schreir, Taupin et Hollfeld prouvent que le vaccin pur, recueilli sur un sujet syphilitique, donne une Vaccine régulière et rien que la vaccine.

Le virus syphilitique n'a jamais pu être transmis aux animaux, ou du moins la transmission, si elle a eu lieu, n'est pas encore admise dans le monde médical comme un fait hors de doute, malgré les deux expériences dû M. Auzias-Turenne et de M. Diday. Le premier a inoculé un singe avec le pus du chancre et prétend avoir pu reporter le virus syphilitique ensuite chez l'homme. Le second a inoculé des chats et des lapins de la même manière et, s'inoculant ensuite avec le pus recueilli sur un de ces animaux, assure, avoir reproduit le chancre sur lui-même.

ha syphilis héréditaire est celle qui est transmise aux enfants par voie de génération, soit du côté du père, soit du côté de la mère. Rien n'est plus obscur que les conditions de cette transmission, et il est fort difficile de les établir sur des faits suffisants. Il parait cependant démontré que la transmission provient plus souvent du père que de la mère et qu'elle peut avoir lieu sans que la mère ait été atteinte; qu'il n'est pas nécessaire non plus que les parents soient actuellement affectés d'accidents syphilitiques , et qu'il suffit que des symptômes primitifs aient existé et aient été suivis d'infection, qu'il y ait par conséquent imminence de syphilis constitutionnelle, pour que la transmission s'opère. La nature des symptômes que présentent les parents, ou plutôt le degré auquel est parvenue chez eux la maladie, n'est peut-être pas sans influence sur la transmission ; mais il n'est pas possible d'affirmer que les accidents tertiaires ne sont pas transmissibles. Ajoutons enfin que la syphilis héréditaire du côté de la mère est plus à craindre lorsque celle-ci est infectée au commencement qu'à la fin de sa grossesse.

Les règles du traitement de la syphilis sont actuellement formulées avec tant de netteté, qu'on peut affirmer que la thérapeutique n'est pour nulle autre affection plus avancée que pour la vérole. Cependant des hommes éminents,-au commencement de ce siècle, entre autres Broussais, et tout dernièrement encore des chirurgiens de plusieurs hôpilaux de Paris, ont combattu la spécificité du mercure, qui domine toute la thérapeutique syphilitique. En Allemagne, des travaux récents tendent à démontrer que le mercure n'a d'autre action que de modifier les lésions pro-

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duites par le virus syphilitique, et que, s'il agit sur ce viruslui-même, ce n'est qu'en facilitant son élimination. Mais jusqu'à ces derniers temps l'action du mercure sur l'économie a été mal connue ; son action sur le virus syphilitique était donc mal interprétée. C'est k M. lo firofesseur Sée que nous devons les données es plus nouvelles sur l'action physiologique du mercure. Nous en donnons un résumé.

Le mercure, sous quelque forme qu'il ait été administré, peut pénétrer dans le sang. A la suite des frictions mercurielles, les parties voisines du point d'application de la pommade médicamenteuse contiennent des globules de mercure. Ces globules se retrouvent dans le sang, où le microscope a constaté la présence du mercure en nature, sous la forme de globules arrondis de 1/15 de millimètre de diamètre, très-réfringents et résistant à tous les réactifs. Le sang contient toujours fort peu de mercure; il ne lui sert en quelque sorte que de véhicule. Le mercure s'élimine ; mais une partie se localise dans le système nerveux, dans le tissu, musculaire, etc., parfois même dans les os, mais cela exceptionnellement.

On a reproché au mercure de produire une diminution des globules et de 1 albumine et une dissolution de la fibrine. Pour réminent professeur que nous citons, la diminution de l'albumine est le seul phénomène produit sous l'influence de l'action dénutritive du mercure. Le sang des ouvriers qui travaillent dans le mercure ne présente nullement de l'aglobulie; au lieu d'être diffluent, leur sang est au contraire très-coagulable et donne parfois une très-belle couenne. Il y aurait donc bien plutôt augmentation que diminution de fibrine; aussi est-ce bien à tort que le mercure a été regardé comme un antiplastique, comme un diffluent du jsang.

L'excès de fibrine provient précisément de l'oxydation de l'albumine, dont la quantité est diminuée dans le sang mercurialisé. Le mercure s'élimine surtout par les glandes salivaires et par la peau, par les reins et l'intestin, rarement par les poumons et la glande mammaire. On sait toute l'importance que l'on attachait autrefois à la salivation dans le traitement de la syphilis; aujourd'hui, l'on ne doit regarder la salivation que comme un symptôme secondaire de la stomatite qui est déterminée par l'élimination du mercure au moyen des glandes salivaires. La salive mercurialisée produit Ja stomatite, qui elle-même, par action réflexe, occasionne une suractivité dans la sécrétion des glandes de la salive. On observe donc successivement l'élimination d'une salive contenant du mercure, une stomatite et une salivation abondante, conséquence de l'inflammation de la muqueuse buccale. Il en est de même pour les ganglions lymphatiques, qui peuvent s'eDgorger consécutivement à la stomatite ; on a attribué bien à tort leur induration au mercure. Le médicament n'a pas d'autre action sur le système lymphatique que sur toute l'économie, et, si des ganglions deviennent le siège d'hyperplasies, le mercure aura la propriété de les détruire, comme il les détruit partout. Le mercure s'élimine par ia peau, puisqu'on l'a retrouvé dans la sueur; mais cette élimination, peu intense d'ailleurs, n'est pas constante ; cependant, elle peut parfois produire des éruptions. Cette action du mercure sur la peau est très-superficielle et se borne à atteindre les épithéliums. Le mercure se retrouve aussi dans les urines ; son passage détermine quelquefois de l'albuminurie, par suite de l'irritation catarrhale de la membrane interne des calices et des bassinets. Chez l'homme, le mercure est peu éliminé par le foie; mais il n'en est pas de même pour les animaux et en particulier pour le chat ; chez eux, le mercure affectionne cette glande. En résumé, dans le sang, le mercure, ordinairement employé à l'état de sous-chlorure , se retrouve à 1 état de chloro-albuminate, quelquefois à l'état de globules, mais en très-petit nombre; il se retrouve aussi dans tous les tissus et dans toutes les humeurs, dans la salive, la bile, le lait, mais en proportion très-faible dans ce dernier. L'élimination du mercure ne se fait pas d'une manière continue, mais par poussées successives, par saccades. Comme nous l'avons vu, le mercure se localise dans nos tissus; mais il peut de là rentrer dans la circulation et être alors éliminé. Dans le mercurialisme latent, à chaque excitation qui amène une suractivité générale de la nutrition, le mercure est résorbé, il rentre dans la circulation, et c'est alors qu'il détermine des effets d élimination. Selon M. Sée, il en serait de même pour la syphilis, qu'il ne considère pas comme une diathèse; il y a là un virus dont l'élimination se fait par poussées successives.

L'action du mercure sur la nutrition générale est démontrée par le mercurialisme professionnel, que l'on est à même d'observer si fréquemment.

Le sang mercurialisé est caractérisé par une diminution de l'albumine et souvent par une augmentation de la fibrine; avec lemercurialisme, on ne retrouve jamais de produits inflammatoires. Quant à la tendance aux hémorragies, elle est très-discutable, puisqu'il n'existe que deux cas bien constatés jusqu ici. L'ulcération n'est pas non plus un symptôme dominant dans le inercuriulisme. La cachexie mercurielle est caractérisée par une

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dénutrition générale. Le mercure a donc une propriété dénutritive générale ; il dénourrit tout, mais aussi il attaque les produits inlltim- Histoires et détruit les hyperplasies. L'action thérapeutique du mercure se borne donc à deux effets principaux : effets par élimination et effets dénutritifs. Jamais le mercure ne donne naissance à de nouveaux produits ; il n'organise pas, il a plutôt une légère tendance ulcérative.

Pour M. le professeur Sée, la syphilis est Une maladie éminemment caractérisée par des h3-perplasies, et toutes .les lés-ions produites par le virus syphilitique sont des hyperplasies- La thérapeutique doit s'attacher à détruire ces lésions, et non cas à poursuivre le virus dans le sang, qui n'a qu'un rôle passif, qui sert de véhicule. Le mercure détruit l'hypergénèse syphilitique; il est le mod.ficateur énergique de toutes les syphilides superficielles. Quant aux lésions plus profondes de la syphilis, elles Bont bien plus facilement attaquées par l'iode, qui a une action puissante sur tout le tissu connectif. L'iode est un atrophiant local et général, et l'on peut réunir son action spéciale à l'action dénutritive du mercure. Il n'y a pft3 d'action spécifique produite sur le virus syphilitique, il n'y a que des actions sélectives sur les épitbeliums et les néoplasmes iiar le mercure, et sur le tissu conneciif par 1 iode. Contre les syphilides précoces, le mercure se, trouve donc naturellement indiqué ; contre les lésions profondes de la syphilis, dans lesquelles domine le tissu connectif, on donnera plutôt l'iode, ou mieux l'induré de potassium. Tels sont les deux médicaments que l'on a longtemps administrés comme des spécifiques contre la syphilis; la physiologie vient de leur attribuer leur véritable rôle, et leur action, de mystérieuse qu'elle était auparavant, est devenue nette et intelligible.

M. Sée repousse toute idée de spécificité en thérapeutique, et il ne reconnaît pas au chlorate de potasse une action spécifique contre la stomatite mercurielle. Le chlorate de potasse, produisant une hypersécrétion de la salive, favorise ainsi l'élimination du mercure ; il prévient donc la stomatite en hâtant le passage du mercure. Les sulfureux ont une action identique dans le mercurialisme et dans la syphilis latente. Chez les malades qui détiennent du mercure, il se produit de la suractivité dans la nutrition sous l'influence des sulfureux, qui font rentrer dans la circu-' lation le mercure localisé dans l'économie et en facilitent ainsi l'élimination. Il en est de même pour le virus syphilitique ; les sulfureux ont la propriété de faciliter son élimination et, par conséquent, de faire naître les manifestations extérieures. On a reproché au mercure d'engendrer bien des lésions qu'on ne devait rapporter qu'à la syphilis ; on l'a accusé de ptoduire une anémie. Ajuste titre, M. Sée lui attribue la propriété de guérir l'anémie due à la syphilis. Les sujets syphilitiques deviennent anémiques consécutivement aux lésions du système lymphatique; ces lésions devant nécessairement diminuer les globules blancs du sang, il en résulte une uglobulie ; mais le mercure a la propriété de détruire les néoplasmes qui ont pour siège les ganglions et de rendre à ces ganglions leur activité; il amène ainsi la disparition des causes de J'aglobulie et, partant, il la guérit.

En dehors de ces généralités, nous ne pouvons nous arrêter longtemps sur le traitement •ruratif de la syphilis. Le mercure produit de bons effets, et son influence bienfaisante demeure incontestable malgré la répugnance populaire et malgré les reclames de nombreux charlatans qui caressent , pour les exploiter, les préjugés des masses trop crédules. On doit l'administrer de bonne heure à l'intérieur, en commençant par de faibles doses, en tàtant la susceptibilité du malade et en augmentant peu à peu. Les préparations qui méritent le plus de Confiance sont le sublimé donné sous la forme de liqueur de Van Swieten et le protoiodure de mercure, qui s'ordonne en pilules. Si les malades qui suivent ce traitement évitent les excès et le froid humide, s'ils font usage d'un régime tonique, ils n'en éprouveront que du bien. Les accidents mercuriels, dont on a tant da fois exagéré la gravité, ne se produisent guère que chez les sujets indociles, insoucieux et qui «égligentde suivre le traitement qui leur est indiqué. Il est impossible de fixer la durée du traitement. Quelques semaines suffisent parfois pour amener Ja disparition des accidents; d'autres fois, plusieurs années n'en viennent pas à bout, il convient, en général, de continuer l'emploi des préparations hydrargyriques pendant vingt et trente jours après la cessation de8 symptômes pathognoinoniques. On pourra, si les inercuriaux demeurent impuissants, recourir au chlorure d'or et à l'iodurede potassium ; mais, avant d'en venir là, il sera toujours bon de tenter l'emploi de quelques moyens adjuvants d'une valeur réelle, comme les tisanes de Feltz et de Pollini, les boissons sudoriftques avec le sassafras, la salsepareille et le gatac , le rob Laffecteuret le sirop de Cuisinier. On devra encore, s'il survient de l'anémie, essayer les bains sulfureux, les bains de mer, les ferrugineux et tous les autres toniques reconstituants.

Trop souvent, en dépit des efforts de la thérapeutique, le mal suit un cours irrésisti-

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ble, et on voit paraître des lésions plus profondes, qui portent le nom d'accidents tertiaires. C'est alors qu'on observe des plaies énormes, des perforations de la voûte palatine, des caries des os du nez, etc., et diverses lésions qui, si elles ne sont traitées à temps et d'une manière très-active, laissent après elles des cicatrices et des désordres ineffaçables. Le traitement locfil, on le comprend aisément, doit considérablement varier suivant les cas, L'iodurede potassium à haute dose est toujours spécialement indiqué à l'intérieur; il produitsouventdes effets-merveilleux de rapidité.

Le traitement prophylactique n'est sérieux que dans le cas de syphilis héréditaire, que 1 on peut prévenir en imposant un traitement rigoureux à la mère pendant sa grossesse. Dans tous les autres cas, tous les moyens prophylactiques ne sont que des moyens de fortune employés par des charlatans malhonnêtes. Nous ne saurions mieux faire que de citer ici une lettre de Ricord sur ce sujet et sur lit police médicale, dans la partie afférente à la syphilis :

« Peut-être me permettrez-vous d'abord de vous dire quelque chose de la prophylaxie et de vous parler de la police médicale, qui a bien gagné depuis quelques années, etcela depuis que j'ai institué et que l'on a adopté, d'après moi, les visites au spéculum dans les hôpitaux spéciaux et dans les dispensaires de salubrité publique.

■ Il est. bien certain que, depuis que ce mode d'investigation a été généralement employé, on a pu remarquer une grande amélioration dans la santé des filles publiques. Ainsi, d'après Parent-Duchàtelet, en 1800, on rencontrait une fille malade sur neuf; on n'en rencontre plus, depuis 183-*, qu'une sur soixante. Par conséquent, le spéculum a eu sa grande part dans cette amélioration.

• Mais, si on veut bien faire, il faut arriver, comme je l'ai toujours professé, a visiter les femmes tous les trois jours, Sans distinction de rang, qu'elles soient en maison ou en carte, qu'elles habitent Paris ou les barrières. Vous vous rappelez que, dès le second jour d'une inoculation artificielle, on peut déjà avoir du pus inoculable. SVédiaur admettait que le chancre pouvait se développer en douze heures ; il faut donc des visites constantes, et toujours faites au spéculum, pour que la surveillance des tilles publiques offre une certaine garantie. J'écris avec dessein ce mot garantie, car il y a des gens qui, après un accident dans leurs aventureuses amours, se croient en droit de réclamer des indemnités de la part de l'administration.

» Vous croyez peut-être que je ne suis pas sérieux ; voici un fuit qui va vous prouver rnonassertion.il y a quelques années, un négociant de Lyon vint chez moi dans un état de très-grande exaspération contre M. le préfet de police. 11 venait chercher un certificat constatant qu'il avait contracté un chancre dans une maison de filles publiques, qu'il croyait garantie par l'autorité. Son intention était de faire des poursuites en dommagesintérêts. Il ne savait pas que la tolérance est une sorte de brevet qui, comme tous les brevets, est sans garantie du gouvernement.

• Je me hâte de dire que les améliorations que l'on introduit tous les jours dans la surveillance de ta prostitution et que le zèle (le nos confrères chargés du pénible service du dispensaire de salubrité et de l'hospice de Saint- Lazare donneront de plus eu plus d'heureux résultats,

■ Les filles publiques sont un mal nécessaire, on en convient généralement aujourd'hui; je ne veux ni combattre ni appuyer cette triste position, ce n'est pas ici le lieu de l'examiner ; mais, si ce mal est nécessaire, il ne faut pas l'étendre sous le rapport du nombre, ainsi que semblait Je vouloir récemment un savant confrère de Belgique, il faut surtout biea l'inspecter au point de vue de la qualité.

• En exigeant que les filles publiques ne communiquent pus de maladies, on devrait bien s'arranger de manière que ceux qui ont des rapports avec elles ne les y exposent pas. Comment faire? Faut-il instituer un examen pour les personnes qui les fréquentent et les empêcher si elles sont malades 1 Mais outre toutes les difficultés d'une semblable institution, le danger qu'on voudrait prévenir par cette institution serait rendu plus grand, car au lieu de tomber dans un égout que la police peut nettoyer, les immondices iraient ailleurs.

» On ne peut certainement pas penser aujourd'hui à établir des lazarets, des quarantaines, exiger à côté d'un certificat de vaccine une patente de vérole, comme l'a écrit dans un moment de louable philanthropie mon ami Diday, de Lyon, patente qui serait exigible et indispensable comme le passe-port ; patente sans laquelle on ne pourrait être admis à aucune fonction publique. Quoi qu'en ait dit l'ingénieux auteur de cette proposition, les difficultés d'exécution paraissent insurmontables. Il y a eu un moment, vous le savez, uù les véroles, bannis de Paris, étaient condamnés à la corde s'ils y rentraient; une époque où, dans les petites maisons de Bieêtre, on fouettait les malades a leur entrée et à leur sortie. Tout cela n'en avait pas diminue le nombre ; au contraire, les fouettants méritant peut-être à leur tour d'être fouet-

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tés , ces mesures barbares sont tombées en désuétude.

• Il faut sans doute soumettre à une rigoureuse surveillance tous ceux qu'on peut atteindre, les militaires par exemple, séquestrer tous les malades sur lesquels on peut avoir des droits ; mais une certaine tolérance, le pardon d'une faute assez souvent involontaire, et de bons hôpitaux avec les secours qu'on y trouve aujourd'hui et qu'on améliorera encore, voilà les meilleurs moyens de prophylaxie générale, ou ceux du moins qui tendront à rendre la maladie de moins en moins grave.

> Du reste, tous ceux qui connaissent les tristes conditions de travail et de rémunération qui sont faites aux femmes dans notre société actuelle ont depuis longtemps compris et proclamé que là était une des sources les plus abondantes de la prostitution, et par conséquent dès suites de la propagation de la syphilis. Améliorer les conditions du travail des femmes, c'est donc faire à la fois une œuvre d'humanité, de morale et d'hygiène publique.

« Vous vous rappelez ce que je vous ai dit de la manière dont se produisent les chancres. Il faut s en souvenir pour les éviter. Ce que la science possède de plus certain en fait de prophylaxie, c'est de ne pas s'y exposer. Cela paraît un peu naïf; mais que les débauchés s'en souviennent, c'est la vérité vraie. Je vais toucher ici un sujet délicat et rempli d'écueils. C'est encore une question de morale et de déontologie médicale non résolue, de savoir si le médecin peut et doit donner des conseils à ceux qui s'exposent à puiser le mal à une source infâme. Je n'ai pas la prétention d'être plus rigoureux que l'austère Parent-Duchàtelet, quia abordé ce sujet avec la pureté des intentions que vous lui connaissez. D'ailleurs, ne suis-je pas rassuré par la nature même du journal qui donne à mes lettres une hospitalité si libérale? Je m'adresse à des savants, à des médecins, et n'est-ce pas vous qui avez dit, mon cher ami, que la science est chaste même toute nue ? Rassurez-vous, iiprès tout, je ne ferai que glisser sur ce sujet scabreux.

» Il n'existe pas de préservatif assuré et absolu du chancre, voilà ma. déclaration.

» Si, malgré cela, on veut eu courir la chance, quelques précautions peuvent être prises. Il faut d'abord se Souvenir du précepte de Nicolas Massu, si énergiquement traduit par Cullerier l'ancien. Les rapports ne doivent pas être volontairement prolongés; dans ce moment, il faut être égoïste, comme le disait le grave Hunter, mais non pas égoïste à la manière de Mme de Staël, qui appelait l'amour de l'égoïsme à deux. Les soins de la plus minutieuse propreté de la part des persunnes suspectes doivent être exigés dans les maisons publiques. Ce que nous savons depuis longtemps du dépôt du pus virulent qui peut êire tenu en réserve dans les organes génitaux des femmes en démontre la nécessité. C'est un moyen de prévenir toujours les contagions médiates. Je vous ai dit que de nombreuses ex pêriences m'avaient démontré qu'il suffisait de décomposer le pus virulent pour le neutraliser ; de l'alcool dans l'eau, de l'eau étendue d'un cinquième de la liqueur de Lubarraque, tous les acides étendus d'eau, de manière à ne pas être caustiques, le vin, la solution de zinc et d'acétate de plomb suffisent pour empêcher le pus virulent d'être inoculable; tandis que, si ce même pus n'est pas altéré, il suffit de quantités excessivement minimes, homceopalhiques, si vous le voulez, pour agir. M. Puche nous a dit, à l'hôpital du Midi, qu'il avait obtenu des effets de l'inoculation d'une goutte de pus mélangé à un demi-verre deau. L'usage des corps gras est très-utile, surtout pour les personnes de l'art qui doivent pratiquer le toucher sur les parlies dangereuses. Les lotions astringentes qui tannent un peu les tissus ont souvent fait éviter Ja contagion.

• Mais si les soins de propreté sont nécessaires avant les rapports chez la personne qui peut contagionner , ils ne doivent être minutieux qu'après l'acte chez la'personne qui s'est exposée.

• Il est un moyen que la morale répudie et dans lequel la débauche a une grande confiance, qui sans doute garantit souvent, mais qui, comme l'a dit une femme de beaucoup d'esprit, est une cuirasse contre le plaisir et une toile d'araignée contre le danger. Ce moyen médiat est souvent poreux ou a déjà servi ; il se déplace fréquemment ; il fait l'office d'un mauvais parapluie que la tempête peut crever, et qui, dans tous les cas, garantissant assez mal de l'orage, n'empêche pas les pieds de se souiller. J'ai vu, en effet, bien souvent des ulcérations de la racine de la verge , de l'angle pènoscrotal , des bourses, etc., chez des personnes qui avaient pris de ces précautions inutiles.

» Beaucoup de personnes se croient à l'abri de la contagion en ne terminant pas l'acte vénérien. Une dame, qui me consultait pour elle-même, était très-étonnée d'avoir communiqué une maladie à son amant, attendu, disait-elle, qu'il ne concluait pas. Quelques syphilographes physiciens croyaient que l'infection urétrale en particulier s'effectuait après l'éjaculation qui faisait le vide et par l'horreur que la nature a du vide. Mais des faits nombreux m'ont enseigné le contraire. L'éjaculation, en effet, doit être considérée comme

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une puissante injection d'arrière en avant et qui nettoie ainsi l'urètre, et si les affections urétrales déjà si communes ne sont pas plus fréquentes, c'est peut-être à cette condition qu'il faut le rapporter. Ainsi, un vieil et excellent précepte est celui qui recommande une prompte miction après tout rapport suspect. Dans des temps heureusement loin de nous, on avait des psylles.

» La circoncision du prépuce, l'excision de nymphes trop longues devraient aussi constituer une règle d'hygiène des organes génitaux, car ces appendices favorisent beaucoup la contagion.

«Je vous demande pardon de cette digression; mais il faut que la science cherche à enlever au charlatanisme l'exploitation dangereuse d'une prophylaxie décevante. Il faudrait pouvoir indiquer toujours tout ce qui peut faire éviter la contagion et partant la propagation de la syphilis, non pour protéger ou favoriser le libertinage, mais pour en garantir la vertu et la chasteté, qui en deviennent trop souvent les victimes.»

Sypbili* «ive inorliî gnlllct llbri très, poSme latiu en trois chants, de Fraeastor (1530) in-4°). Ce poEme, dont le sujet répugnant est suffisamment indiqué par le titre, était dédié au cardinal Bembo. Il faut se souvenir que la syphilis, telle qu'elle apparut au xve siècle, avait un caractère bien plus prononcé qu'à présent et n'était pas plus considérée comme une maladie honteuse que la peste ou le typhus. C'e>t à ce point de vue que Fracastor s'est placé, et sa composition rappelle par certains endroits le fameux épisode de la peste d'Athènes, de Lucrèce. Après avoir annoncé, dans l'introduction ou invocation, qu'il va chanter un sujet tout neuf, puisqu'en effet les anciens paraissent avoir ignoré le fléau dont il s'agit, le poste demande à sa muse la véritable origine d'un mal qui attaque l'espèce humaine dans la source même de la vie, et déclare que la contagion ne s'est pas développée et communiquée à toute l'Europe par une succession de rapprochements sexuels, mais par une disposition générale qui l'a fait éclater presque partout à la fois. C'est dans l'atmosphère qu'il en trouve les germes. Il décrit ensuite les symptômes de celte nouvelle peste avec Un art qui concilie les beautés de la poésie et les intérêts de la vérité; mais peut-être a-t-il abusé de la mythologie. Il dépeint un jeune homme, te plus beau et le plus riche de l'Italie, chéri par toutes les nymphes de l'Oglio et du Pô, assailli par la cruelle maladie; le jeune amoureux périt et les nymphes, les déesses, les dieux pleurent sa mort. A ce tableau le poète n'oublie pas de joindre celui des calamités de la guerro qui dévastait son pays. Le second livre est consacré à la recherche des remèdes qui doivent arrêter les progrès de la maladie. 11 espère tout de l'activité de l'esprit humain; il en célèbre les découvertes et recommande le mercure comme principal remède. Dans l'épisode de rigueur, il raconte l'histoire d'Ilcée, fameux chasseur et berger; atteint par la maladie, Ilcée promet aux dieux des sacrifices s'il obtient sa guérison. Callithoé lui apparaît en songe et le prévient que Diane et Apollon ne lui permettent de trouver de remède que dans les entrailles de la terre. Il pénètre jusqu'à Ces forges secrètes où des nymphes inconnues s'amusent à travailler et à combiner des métaux et, guidé par la déesse Lipare, se baigne par trois fois dans une rivière sacrée ; il guérit aussitôt. La découverte est publiée et ses bienfaits consolent les humains. Le troisième livre, que Bembo considérait avec raison comme rendu tout à fait inutile par le second, traite de la découverte du gaïac, que les dieux accordent aux prières des hommes. Ceci est peu d'accord avec ce qui est dit au second livre; aussi a-t-on considéré ce troisième livre plutôt comme un nouveau poëme indépendant que comme une continuation et un complément des deux précédents. Au reste, l'invention et l'exposition de ce dernier livre ont tant d'originalité et d'intérêt que, remarque Salfi, elles font attacher peu -d importance à toutes les observations qu'on a faites à ce sujet. Le poète décrit la découverte de l'Amérique, puis raconte J'aventure de l'aimable Syphilus. Ce jeune Américain, coupable d'avoir refusé son culte au Soleil et à ses dieux, est puni, ainsi que ceux qui l'ont imité, par une cruelle maladie. Ces infortunés consultent, au moyen de la nymphe Amérique, les Oracles des dieux, et ils en obtiennent cette plante salutaire, capable d'atténuer le poison d'une peste à laquelle la terre avait été condamnée. Les Américains, voulant remercier et venger leurs dieux, se déterminent à immoler Syphilus au Soleil; mais Junon et Apollon viennent à son secours, et, à l'exemple de Diane en Aulide, remplacent la victime par un taureau. Dès lors, on célébra chaque année cet événement suivant des rites analogues, et c'est dans l'Amérique que les Espagnols ont appris cette histoire et ce remède prodigieux, qu'ils ont communiqué à toute l'Europe. Le poète termine en adressant ses hommages à cette plante mystérieuse dont il a chanté l'origine et les qualités. Enfin c'est Syphilus qui g, donné son titre à ce beau poeiue, et son nom à cette étrange maladie dont il fut la cause. Les nombreuses éditions et les traductions qu'on fit de ce poème prouvent quelle im-

SYPH

pression il produisit sur l'Europe savante. On porta les éloges jusqu'à l'enthousiasme. Sealiger le regardait comme une production divine; Gravina le cornière aux Géorgigitesi et Muffei est allé jusqu'à dire que l'âme do Virgile était passée dans Fracastor. Nous nous contenterons de dire avec Sallique Fracastor est celui de tous les poëtes latins modernes qui s'est approché le plus de ViryiUi et qui nous fait apercevoir le moins l'intention de l'imiter.

Il existe une excellente traduction en vers français de lu Syphilis par Barthélémy (1810, in-8o), avec le texte latin en regard.

SYPHILISATION s. f. (si-fi-li-za-si-on — rad. sypliiliser). Méd. Pénétration des organes par le virus syphilitique. Il Inoculation du virus syphilitique , proposé comme moyen préventif contre la syphilis.

— Encycl. On désigne ainsi une méthode qui consiste à inoculer successivement un grand nombre de chancres, ou bien à un sujet sain pour le préserver de la vérole, comme le vaccin préserve de la variole, ou bien k un vérole pour le saturer et le guérir, pour ainsi «lire, par l'excès du mal. Cette bizarre pratique, proposée k Paris par M. le docteur Auzias-Turenne, a été suivie en Piémont par M. Sperino et à Christiania par M. Bœk. 11 est juste de dire qu'elle a soulevé dans la. presse médicale et au congrès des médecins de Puris, lors de l'Exposition universelle de 1867, une réprobation aussi générale que légitime. La syphitisaiion préventive est odieuse et absurde tout à la fois, car elle a pour but

• de donner k tout le monde un mal que tant de personnes évitent dans le cours de leur vie. Comme agent thérapeutique, elle a été également repoussée; toutefois, de l'avis de M. Robin, elie mérite d'être étudiée au point de vue scientifique, car il résulte des expériences de Bœk et de Sperino qu'elle empêche, même en cas de coït impur, l'inoculation de nouveaux chancres.

Voici, d'après MM. Littréet Robin, qui ont eux-mêmes puisé ces renseignements daus l'ouvrage de Bidenkap (1863), comment on la pratique en Suéde ; » On ne l'emploie pas avant l'apparition des symptômes constitutionnels, mais elle réussit d'autant mieux que l'apparition de ceux-ci est plus récente. On fait six inoculations tous les trois jours sur les côtés du tronc, à l'aide de la matière prise dans les dernières pustules apparues. Les six premières sont faites à l'aide du pus d'un chancre infectant. Au commencement, on fait les piqûres éloignées les unes des autres pour que les petits ulcères ne Se remissent pas en un plus grand. Plus on multiplie les piqûres, plus les effets de l'inoculation deviennent faibles, jusqu'à ce qu'il ne se pro-

' duise que des pustules avortées ou rien, ce qui survient de la quinzième à la vingt-cinuièine inoculation ou génération de pustules e même source, c'est-à-dire après trois ou quatre mois. Ou prend alors du pus sur le chancre d'un autre individu, mais ce nouveau liquide virulent fait peu d'effet et ne produit plus de chancres après un petit nombre d'inoculations. C'est alors que disparaissent les accidents syphilitiques généraux, et que le malade acquiert contre la vérole une immunité complète, qui pourtant disparaît avec le temps chez quelques individus, sans qu'il soit possible encore de saisir les causes de cette disparition. >

SYPHILISER v. a. ou tr. (si-fi-li-zé— rad. syphilis). Med. Communiquer la syphilis à : 11 est des personnes que le moindre contact impur suffit à byphiuser. Il Inoculer la sy pbilis à, pratiquer la syphilis.aion sur : Ou a conseillé de syphiliser les enfants comme oit tes vaccine.

SYPHILISME s. m. (si-phi-li-sme — rad.

syp/tilis). Méd. Aptitude à être syphthsé : Le syphilismu lies animaux est contesté.

SYPHILITIQUE adj. (si-hVh-ti-ke — rad.

syphilis). Pathol. Qui est de la nature de la syphilis- qui appartient, qui a rapport à la syphilis : Symptômes syphilitiques. Yirus syphilitique. Maladie syphilitique, Les douleurs syphilitiques ont particulièrement leur siège dans les os longs. (Chomel.)

SYPHON s, m. Autre forme du mot siphon.

SYPHONAPTÈRE adj. (si-fo-na-ptè-re).

Entum. V. sipuonaptébk.

SYPHONE s. f. (si-fo-ne). Entom. v. si-

PHONB.

SYPHONOSTOME adj. (si-fo-no-sto-me).

Crust. V. SIPHONOSTOMB.

SYPHONOTÉTHYS s. m. (si-fo-no-té-tiss

— du gr. siphàn, siphon, et de tétliys). Molt. Genre d'ascidies.

SYPHOPATELLE s. f. (si-fo-pa-tè-le — de syphon, et ue patelle). Moll. Genre de mollusques, voisin des calyptrées. '

SYPBORHYNISs. m. (si-fo-ri-nUs). Entom.

Y, SIPHoKINK.

SYPHORININ.INEadj. (si-fo-ri-nain, i-ne

— du gr. stplidn, canal, r/tint bec), Oriiith. Qui a le bec creusé d'une gouttièie.

— s. m. pi. Syn. de procellariés, famille de paimipèdes.

SYPHROTIDE s. f. (si-fro-ti-de). Ornith.

Section du genre outarde.

Te

SYRA

SYRA, autrefois Syros, lie de la Grèce moderne, dans l'Archipel, presque au centre 'lu groupe des Cyclades, au N.-O. de Paros et au S.-O. de Tinos; son point culminant est par 37" 28' de Intit. N. et 22*35' de longit. E. Longueur du N. au S., 15 kilom.; largeur, 8 kilom. ; 50,000 hab. Ch.-l., Syra ou Hermopolis, villes principales : Cnlouta, Salustro et Jnnni. Cette île, qui forme l'éparchie de son nom, est montagneuse, peu fertile et manque d'eau. Son climat est doux: elle renferme 1,4"00 hectares de terres arables et 315 hectares de vignobles. On y récolte du blé, du vin, de l'huile, du coton, des fruits. L'île possède des établissements importants de corroierie et de tannerie, des fabriques de savon. On y pêche des éponges, et les constructions navales y constituent une industrie trèsimportante. Ses principales sources de commerce sont la pèche etla navigation. Le centre de tout le mouvement industriel et commercial de l'Ile est le chef-lieu Syra, ville située sur la côte orientale. Les Syriotes possèdent aujourd'hui plus de 1,000 navires et 11,000 matelots.

Homère a mentionné l'île de Syros, qu'il faut distinguer de celle de Scyros, où Achille fut caché parmi les filles de Lycomède, comme la patrie du fidèle Eumée, serviteur d'Ulysse. Il ne parait pas cependant que cette localité ait jamais joué un rôle historique. La capitale de Syros n'occupait pas, à 1 origine, l'emplacement actuel, mais la colline irès-escarpèe dominant la rade et où se voient encore aujourd'hui un grand nombre de ruines désignées sous le nom de vieux Syra. Au moyen âge, l'île était restée la plus catholique de toutes les Cyclades, et elle jouit longtemps pour cette raison de la protection ds la Fiance. Elle conserva la neutralité pendant la grande lutte entre les Turcs et les Grecs et donna asile aux nombreux fugitifs de Psara et de Chio.

SYRA ou HERMOPOLIS, ville de la Grèce, chef-lieu de l'île de Syra et de la noniarchie des Cyclades, sur la côte orientale de l'île ; 28,000 hab. Evêohé des deux rites, tribunal de ire instance, collège, hôpital, lazaret, consulats étrangers. Syra est aujourd'hui l'entrepôt général de l'Archipel et la cité lapins industrielle de la Grèce. Sa principale industrie est celle de la construction des navires et elle contribue beaucoup au mouvement et au progrès du eomm-rceet de la navigation. Plus de mille ouvriers travaillent sur les chantiers et il y a des années où on lance à la mer ; 90 bâtiments d'un tonnage total de 12,000 ton- , neaux. C'est un véritable arsenal pour la : marine marchande levantine; on y trouve ! aussi des tanneries qui occupent sept à huit mille ouvriers, des savonneries qui produisent 8,000 cantars de savon, de nombreux ate- | liers de serrurerie, des fabriques de poulies, de cordages, d'ancres, etc. Syra a une grande part du commerce de la Grèce et ce commerce est en progrès. En 1868, il a été importé à Syra pour 17 millions de drachmes de marchandises et il en est sorti pour 4 millions. La ville actuelle porte le nom d'Hermopolis : « Vue de la rade, dit M. Théophile Giiutier, Syra ressemble beaucoup à Alger, en petit, bien entendu. Sur un fond de montagnes du ton le plus chaud, terre de Sienne ou topaze brûlée, appliquez un triangle étincelant de blancheur dont la base plonge dans la mer, et dont la pointe est occupée par une église, et vous aurez l'idée la plus exacte de cette ville, hierencore tas informede masures et que le passage de bateaux à vapeur rendra dans peu de temps la reme des Cyclades. Des moulins à vent à huit ou neuf ailes varient celte silhouette aiguô. Au reste, pas un arbre, pas une pointe d'herbe verte, aussi loin que l'œil pouvait s'étendre. Une grande quantité de bâtiments de toute forme et de tout tonnage, dessinant en noir leurs agrès déliés sur les maisons blanches de la ville, passaient le long du bord. Des canots allaient et venaientavec une agitation joyeuse. L'eau, la terre, le ciel, tout ruisselait de lumière, la vie débordait de toutes parts... Le quai est bordé de boutiques de toutes sortes : poissonneries, boucheries, confiseries, cafés, gargotes, tavernes, marchands de tabac, etc., et présente l'aspect le plus animé. Il y' fourmille perpétuellement un monde bariolé de niatelo'a, de portefaix, d'acheteurs et de curieux de tout pays et de tout costume. On peut du bord donner la main aux barques et le rivage vit avec la mer dans la plus intime familiarité.» Syra se compose de deux parties, la ville ancienne et la ville moderne, qui a été construite dans ce siècle. Des deux Syra, la nouvelle et l'ancienne, la première, montant de ruelle en ruelje sur l'escarpement commencé presque nés le bord de la mer, présente quelques constructions passables formant des habitations commodes. • Une espèce de chaussée très-abrupte, dit encore Théophile Gautier, sépare la nouvelle Syra de l'ancienne. Le pont franchi, l'ascension commence à travers les rues à pic, posées comme des lits de torrents. Je grimpe avec deux camarades entre des murs croulants, des masures effondrées, à travers les pierres qui roulent et les cochons qui se dérangent eu glapissant et se sauvent en frottant leurs dos bleuâtres à nos jambes. Par les portes restées ouvertes, j'aperçois des mégères hagardes qui cuisent des mets inconnus a quelque feu brillant dans l'ombre; les hommes,

SYRA

& physionomie de brigands de mélodrame, quittent leur narghilé et regardent passer notre caravane d'un air très-gracieux... Les maisons se superposent les unes aux autres de façon que le seuil de la première soit nu niveau delà terrasse de l'inférieure ; chaque masure a l'air, pour se hisser en haut de la montagne, de mettre le pied sur celle qui la précède dans ce chemin fait plutôt pour les chèvres que pour les hommes. » Le port de Syra offre aux navires marchands un excellent mouillage, bien que peu profond. A l'entrée, sur un Ilot, se trouve nn phare à éclipse. Au sud du port se trouve le lazaret, vaste édifice régulier, qui ressemble à une prison. Les autres monuments de Syra sont : la cathédrale grecque, surmontée d'un dôme et précédée d'un narthex formé de colonnes ioniques,

SYRACOSAIN, AINE s. et adj. (si-ra-kuzain, è-ne). Gèogr. Habitant de Syracuse; qui appartient à Syracuse ou à ses habitants : Les Syracusains. La population syracu-

SAlNB,

SYRACUSE, ville du royaume d'Italie (Sicile), chef-liau de province, située sur la partie orientale de l'île, à 252 kilom. sud de Palerme; pop. 19,755 hab. Commerce de vins et de céréales. La Syracuse actuelle n'occupe qu'une très-faible partie de l'emplacement de la ville ancienne, le quartier bâti sur l'Ilot que les anciens appelaient Ortygie (Ile aux cailles), et son histoire a été à peu près nulle dans les temps modernes. Parmi les monuments de la ville actuelle, mentionnons les fortes murailles bastionnées, dont la construction remonte au xi« siècle ; la cathédrale, construite sur remplacement et avec une partie des matériaux du temple de Minerve. Malheureusement cette basilique, conçue dans la déplorable architecture du XVine siècle, sans art et sans goût, n'offre par elle-même rien de digne de remarque, et les colonnes du temple antique, lors de sa conversion en église, ont été lourdement engagées dans la maçonnerie actuelle; à l'intérieur, il faut néanmoins citer des fonts baptismaux byzantins fort curieux, soutenus par sept petits lions de bronze, un bas-relief, la Cène, en marbre, dû à un artiste français, et une fresque de Scilla de Messine (1650). Les églises San-Beneditto, San-Giovanni-Batista, San-Martino, San-Filippo n'offrent que de rares détails intéressants. Dans le Musée, on a réuni le résultat de toutes les fouilles pratiquées dans les lies à diverses reprises, et on est ainsi parvenu k rassembler une collection antique extrêmement précieuse. Au-dessus du Musée se trouve la Bibliothèque, riche de 9,000 volumes. Enfin, la principale porte d'entrée de la ville, dite Porta del Mare (porte de la mer), est décorée de sculptures et d'ornements gothiques d'un admirable fini d'exécution.

— Histoire et antiquités. Fondée par le Corinthien Archias, vers l'an 735 av. J.-C, sur l'île d'Ortygia, réunie bientôt par un pont solide à la terre ferme, Syracuse devint rapidement Une des plus grandes villes de la Sicile et même du monde ancien. Elle compta jusqu'à 500,000 habitants. La coionie ayant pris successivement un accroissement rapide, de nouveaux quartiers se construisirent au dehors; ces quartiers, aujourd'hui abandonnes, furent : Achradina ou Achradine, situe sur le rivage de la mer; Tyché ou Tycha, au nord-est, dans la direction de Catane; Epipolis, maintenant Epipoli, au nordouest; enfin Neapolis, au nord-ouest, aujourd'hui Temeniiès. Strabon affirme que Syracuse couvrait alors, en y comprenant ces nouveaux quartiers, un périmètre équivalant à 28 kilomètres actuels. La ville affectait le plan d'un triangle aigu dont le rivage maritime formait la base. Régie tout d'abord par un gouvernement républicain, Syracuse soumit à ses armes lu plus grande partie de la Sicile. Mais cette puissance subite et inattendue fut bientôt la source de divisions intestines entre les principales familles, jalouses de s'emparer du pouvoir, et, en 484, Gélon fut choisi pour chef suprême et ubsolu. De l'époque de son avènement à 477, époque de sa murt, il remporta sur les Carthaginois, le jour même où les Perses, alliés de ces derniers, étaient anéantis à Salamine, une victoire décisive, qui consolida définitivement la puissance de Syracuse.

Hierou I« succéda a Gélon, puis vint Thrasybule qui, ayant exaspéré le peuple par sa tyrannie, lut chassé au bout de huit mois (466). Les Syracusains rétablirent alors la forme républicaine, qui subsista jusqu'en 405 enviion. En 414, ils repoussèrent victorieusement une expédition partie d'Athènes. En 405, Denys, si connu sous le nom de Tyran de Syracuse, s'empare du pouvoir et se signale par ses cruautés (v. Denys). Il a pour successeur son fils, Uenys II, qui, chassé deux fois, finit par aller mourir obscurément à Corintbe. En même temps le gouvernement républicain fut réorganisé sous la puissante impulsion de Timuleon, que la même ville envoie a Syracuse (342). En 317, l'aventurier Agalhocle ressaisit le pouvoir absolu. Après avoir porté les armes de Syracuse jusqu'en Afrique, Agathoole mourut empoisonné en 289. Son successeur, liiéron II, se déclara allié des Romains, et Syracuse jouit des lors d'une paix que rien ne vint troubler pendant cinquante ans. Mais Annibal profita de la

SYRA

mort d'Hiéron II (215) pour faire rompre, à l'aide de menées, l'alliance romaine des Syracusains. Cei:x-ei cédèrent et, la guerre déclarée, Meiellus vint assiéger cette ville. (V. plus bas : sikgedb Syracosb.)

L'histoire de la ville, tombée au pouvoir des Romains, n'offre plus rien de remarquable. C'est à Syracuse qu'aborda saint Paul, Venu pour propager le chrisiianisme; il y demeura trois jours. Les dernières années de l'empire furent signalées par des désastres : les barbares l'envahirent et la dévastèrent. Reconquise par Bélisaire, elle tomba plus tard aux mains d'une expédition de pirates sarrasins qui, vainqueurs après un siège de dix mois, la dévastèrent complètement (878). Tour à tour normande, allemande, française, espagnole, suivant les fortunes diverses de la Sicile (v. ce mot), Syracuse, amoindrie et ruinée, était néanmoins encore une des sept intendances de la Sicile quand, en 1837, cette intendance fut transférée à Noto. Elle est aujourd'hui comprise dans le royaume d'Italie et forme, comme nous l'avons dit, un chef-lieu de province.

Nous avons brièvement exposé plus haut la topographie de la Syracuse ancienne, comprenant cinq grands quartiers ; il ne sera pas sans intérêt de reproduire la description qu'en faitCicéron (un instant questeur à Syracuse) dans son magnifique plaidoyer contre Verres : «Syracuse, dit-il, est si vaste qu'elle semble composée de quatre grandes villes; la première est l'Ile Ortygie (o'est-à-dire 111e aux cailles) qui, séparée par un petit bras de mer, communique par un pont au reste de la ville. C'est là que se trouve l'ancien palais d'Hiéron, aujourd'hui le palais du questeur. On y voit aussi un grand nombre de temples. Deux "l'emportent sur tous les autres : celui de Diane et celui de Minerve. A l'extrémité de l'île est une fontaine d'eau douce qu'on nomme Aréthuse; son bassin, d'une grandeur immense, rempli de poissons, serait inondé par la mer s'il n'était défendu par une forte digue. La seconde ville, l' Achradine, renferme un Forum spacieux, de très-beaux portiques, un superbe Prytanée, un vaste palais pour le sénat, un temple majestueux de Jupiter Olympien. La troisième a été nommée Tycha, parce qu'il y avait autrefois un temple de la Fortune; on y remarque un très-grand gymnase et plusieurs édifices sacrés. C'est la partie la plus populeuse. La quatrième est Néapoiis, ainsi nommée parce qu'elle a été bâtie la dernière. Dans sa partie la plus haute est un théâtre immense ; on y voit de plus deux temples, un de Céiès et l'autre de Proserpine. « Nous rapprocherons de cette description si précise et si vivante une indication sommaire des antiquités qui subsistent encore dans chaque quartier. Ces antiquités ne se rattachent pas toutes exclusivement à l'époque païenne; quelques-unes datent de l'ère du Christ, preuve évidente que la ruine de Syracuse ne s'est produite que lentement et sous le coup des désastres successifs dont nous avons parle plus haut.

Achradine. Ce quartier, jadis le plus populeux de la ville, est aujourd'hui un véritable désert. A peine si on trouve trace de Ses anciennes murailles. Les seuls monuments, ou plutôt les seules ruines, encore debout sont : l'ancien palais (prétendu) d'Agathocle, dit aussi Maison des soixante lus : c'est un édifice divise en trois grandes salles, aujourd'hui nues et délabrées, qui doivent avoir l'ait partie de bains ou thermes de fondation romaine; le couvent des Capucins, ancien monastère, qu'on prendrait volontiers pour un château fort k cause de sou architecture quasi militaire; le couvent de Sauta-Lucia, dont l'église, de style normand, conserve encore aujourd'hui une peinture uu Caravage, représentant la découverte du corps de la sainte; enfin, l'église tiiiii-Oiovaiii, construite au-dessus de la crypte de San-Marziano, qui marque, dit-on, l'emplacement où s'arrêta saint Paul lors de son passage à Syracuse. D'immenses caveaux ou îatoimes s'étendent, en outre, sous l'ancien plateau de l'Acliradine; les principaux sont: les Jatomies des Capucins, qui servirent de prison, en 414, aux Athéniens vaincus; les catacombes ou grottes San-Oiovauni et l'Intagliatella.

'Tycha. Il ne reste aucune trace ni des murailles ni des anciens monuments de ce quartier. On sait seulement que c'est par une de ses portes que Marcelius réussit à faire pénétrer ses troupes, par surprise, à la faveur du tumulte causé par la fête de Diane, célébrée eu grande pompe par les Syracusains.

Jipipolis. Ce quartier occupait la pointe extrême du triangle formé par Syracuse.

L'enceinte de murailles dotitDenys l'Ancien le fit entourer en vingt jours (l'an 402 av. J.-C.J, à l'aide de 60,000 ouvriers ayant k leur service 6,000 bœufs pour le transport des pierres, est encore admirablement conservée. C'est k Epipolis que se trouvait la villa, aujourd'hui disparue, de Timoléon. Le seul édifice encore subsistant est le fort Euryale, qui s'élève sur une crête ardue du colle Buffalaro. Très-délabré aujourd'hui, ce fort, auquel ou n'accédait jadis qu'a l'aide d'un pout-levis, était le point le plus élevé des fortifications gigantesques d'Epipolis. Citons encore la latoraie du Philosophe, profonde carrière, ainsi nommée à cause du séjour qu'y fitle philosophe Philoxène, lequel,

SYRA

comme on sait, s'était raillé des talents poétiques de Denys l'Ancien.

Neapolis. Peu de traces de murailles. En revanche, de nombreux et curieux monuments : l'amphithéâtre, dont parle Cicéron; il tient le milieu, comme dimensions, entre les amphithéâtres de Capouô et de Vérone; un autel immense, construit par Hiéron II, sur lequel avait lieu chaque année un sacrifice de 150 bœufs à propos des fêtes des éleuthéi'ies; le théâtre grec, creusé en partie dans le roc et qui pouvait contenir jusqu'à 24,000 spectateurs ; c'est là qu'avaient lieu les grujides réunions du peuple et qu'Agathocle assembla les Syracusains avant sa chute

• Quand il survenait, dit Plutarque, des affaires importantes, lesSyracusainsappelaientTimoléon, devenu aveugle ; on le voyait, sur un char ù deux chevaux, traverser la place publique et se rendre au théâtre, où il entrait assis sur son char. A son arrivée, le peuple le saluait tout d'une voix; il lui rendait le salut, et après avoir accordé quelques moments à ces élans d'acclamations et de louanges, on discutait l'affaire. Il donnait son avis, que le peuple confirmait toujours par son suffrage; après quoi les citoyens le reconduisaient avec des

' acclamations. » Les ruines de ce théâtre sont immenses et assez bien conservées ; elles méritant une mention particulière. Les gradins, taillés dans le roc, subsistent toujours. Le théâtre a trois étages ; le diasoma ou couloir qui séparait les étages est fort large ; on y remarque des trous pratiqués de distance en distance et destinés sans doute à recevoir une balustrade. La partie appelée ceryx, qui couronnait tous les théâtres et où se plaçaient les femmes, manque complètement dans celui-ci. Chaque corridor était de plainpied, par l'une de see extrémités, avec les rues qui entouraient le théâtre, de sorte que chacun prenait place à son gradin sans avoir à monter ni à descendre, disposition fort ingénieuse, adoptée là parce que ce théâtre, adossé à des collines et taillé dans le roc, permettait de se passer des vomitoires intérieurs. On lit l'inscription suivante taillée en grands caractères sur un des gradins :

BAÏIAEEAÏ *IAirriiOï.

Le comte Gaetani, qui a écrit sur les antiquités de Syracuse, l'a découverte; elle donne à croire qu'une reine, Philistide, dont l'histoire ne dit rien, a fait construire ou réparer ce théâtre.

Sur le territoire de Neapolis se trouvait encore le tombeau d'Archimède; mais celui qu'on montre aujourd'hui est très-vraisemblablement apocryphe. Cicéron, qui vit jadis le tombeau authentique du grand géomètre, en a fait une description qui ne ressemble en rien à celui-ci.

Ortygie. Les antiquités d'Ortygie sont : le temple de Minerve, sur l'emplacement duquel est bâtie la cathédrale actuelle; ensuite ie temple de Diane et la fontaine Aréthuse. Des fouilles pratiquées sur l'emplacement des ruines du temple de Diane en ont établi la lointaine antiquité. La hauteur de certaines colonnes de ce temple atteignait Sm,50 sur i™,90 à la base. Le style employé est le style dorique. Quant à Ja fontaine Aréthuse, qui prend sou nom d'une aventure mythologique bien connue (v. Aréthuse), elle est aujourd'hui, malgré sa célébrité légendaire, bien au-dessous de sa réputation.

• La fontaine Aréthuse, qui débite en moyenne, dit M. Du Pays, 1 mètre cube d'eau à la seconde, est reçue maintenant dans le bassin d'une espèce de puits de 5 à 6 mètres de profondeur. Une grille la défend. On y descend par un escalier, à la buse duquel se trouve un petit jardin. Cette fontaine était naguère le rendez-vous des blanchisseuses, halées, déguenillées, vêtues sans pudeur comme sans poésie ; elles se réunissent maintenant dans une espèce de caverne creusée sous les maisons, un peu plus à l'est. Un filet d'eau, dérivé de la fontaine, remplit le fond de cette caverne. Des canards et des poissons rouges nagent dans l'eau de la fontaine; des massifs de papyrus y croissent, mais sans atteindre la hauteur de ceux que l'on voit dans les eaux du Pisma. « La véritable curiosité de la fontaine Aréthuse est purement géologique; en effet, le rocher de Syracuse étant une île, il est évident que l'eau des montagnes de l'Hybla doit couler sous la mer pour venir jaillir ainsi. Cette eau est très-claire et d'une grande pureté,

Syrncuae (siégb de). Syracuse a eu à subir plusieurs sièges dans l'antiquité; le plus célèbre et le seul sur lequel nous croyons devoir nous arrêter ici est celui dans lequel périt l'illustre Archimède, siège qui mit tin à la grandeur et à la prospérité <le Syracuse.

Hiéron avait embrassé le parti des Ko mains, et ses premiers successeurs respectèrent ses engagements; mais les suivauts tirent alliance avec Annibal lors de la seconde guerre punique, et, en 212, les Syracusains, rompant les traités conclus, se révoltèrent contre les Romains. Le consul Marcellus se trouvait alors en Sicile, à la tête d'une puissante armée de terre appuyée par une nombreuse flotte. Il se dirigea uussilôt contre Syracuse, où son arrivée répandit la consternation ; cependant la ville comptait au nombre de ses citoyens un homme dont le génie allait plus faire pour sa défense que l'armée la plus aguerrie ; c'était Archimède. L'immortel géo-

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mètre, à lui seul, arrêta le redoutable choc des légions ennemies et les frappa d'épouvante. Il construisit une foule de machines qui lançaient des traits de toute espèce et jusqu'à des pierres d'une pesanteur énorme. Tantôt il faisait s'abattre sur les galères romaines des poutres d'un poids immense qui les broyaient et les abtmaient dans les flots ; tantôt, au moyen d'une main de fer gigantesque qu'il manœuvrait à son gré, il saisissait, il empoignait les vaisseaux, les dressait en l'air à 1 aide d'un contre-poids, puis, les lâchant tout à coup, les submergeait ou les mettait en pièces. Sans se décourager néanmoins devant ces prodiges du patriotisme et du génie, Marcellus fit élever une énorme machine que plusieurs galères attachées ensemble portèrent jusqu'au pied des murailles de la ville. Déjà on abattait le pont qui la surmontait et qui devait la relier aux remparts, lorsqu'un quartier de rocher, puis un second, puis un troisième d'un poids plus effrayant encore s'abattirent sur la machine avec un bruit terrible et la broyèrent en un instant. Marcellus, qui avait dejk perdu une foule de ses légionnaires, commençait à regarder le succès de son entreprise comme impossible, d'autant plus que l'épouvante gagnait tous les jours son armée. Les Romains n'osaient plus s'approcher de ces terribles murs ; dès qu'ils apercevaient un bout de corde ou une pièce de bois en mouvement sur les remparts, ils s'enfuyaient, frappés de terreur, en s'écriant qu'Archimède allait les foudroyer ; et ce qui contribuait encore à jeter dans les esprits une sorte d'effroi superstitieux, c'est qu'ils n'apercevaient aucun ennemi sur les fortifications, le service des redoutables machines d'Archimède se faisant à couvert.

Les machines et les vaisseaux qu'Archimède ne brisait pas avec ses terribles instruments de destruction, il les enflammait et les consumait au moyen de miroirs ardents. Quelques historiens ont essayé de révoquer en doute cette dernière circonstance; mais la Science en a parfaitement démontré la possibilité.

Marcellus, plein de dépit et de colère contre un ennemi invisible, se vit contraint de s'éloigner de la ville et de convertir le siège en blocus. Bientôt même il en vint à se familiariser avec l'idée d'abandonner son entreprise. Mais quel échec pour sou orgueil i quel affront pour la fière république! S'avouer vaincu par un seul homme 1 Tandis qu'il était obsédé par ces pensées amères, un soldat se présenta dans sa tente et lui dit qu'il avait remarqué un côté du mur beaucoup moins élevé qu'on ne le croyait, car il avuit compté les assises de pierres, mesuréles parties inférieures, et il assurait qu'avec de médiocres échelles on pourrait facilement escalader cette partie des fortifications. Ce rapport remplit Marcellus de joie et d'espérance, et il se hâta de véritier par lui-même le fait qui venait de lui être si heureusement signalé. Il fit alors préparer des échelles, et par une nuit obscure, tandis que les assiégés, confiants dans la solidité de leurs murailles, dormaient d'un profond sommeil, un corps de 1,000 soldats d'élite gravit le mur, le franchit, enfonça aussitôt la porta Hexapyle et s'empara ii'Epiuote. Les autros punies de la ville, telles que Tycha et Neapolis, furent emportées presque sans résistance ; toutefois, il n'en fut pas ainsi de l'Achradine et de l'Ile, qui avaient leurs fortifications particulières ; il fallut les assiéger de nouveau. Mais le découragement qui saisit alors les Syracusains, la famine et la peste qui exerçaient à la fois leurs ravages parmi eux, jointesaux séditions continuelles qui les divisaient, toutes ces circonstances les forcèrent enfin à se rendre. La ville fut livrée à toutes les fureurs de l'armée romaine, qui éteignit dans une immense dévastation sa soif de pillage et de vengeance. Marcellus, généreux dans sa victoire, versa des larmes sur le sort de cette opulente et malheureuse cité, vouée malgré lui à la destruction. 11 eût voulu du moins épargner la vie d'Archimède et témoigner à ce grand homme l'admiration que sou génie et son patriotisme lui avaient inspirée; mais il n'eut pas cette satisfaction. Archimède, absorbé dans les calculs d'un problème difficile, ignorait encore la prise de Syracuse, lorsqu'un soldat romain se présenta brusquement devant lui, l'épée à la main, et lui intima l'ordre de le suivre dans la tente de son général. Archimède, complètement étranger à ce qui se passait autour de lui, pria négligemment le soldat d'attendre qu'il eût terminé son problème. Alors le barbare, encore ivre de sang et de carnage, perça de son épéa le plus illustre savant de l'antiquité. Cette mort tragique affligea profondément Marcellus, qui fit a Archimède de magnifiques funérailles et combla d'égards tous les membres de sa famille.

SYRÉNIE s. f. (si-ré-nl). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des camélinees, comprenant trois espèces, qui habitent l'est de l'Europe et l'Asie centrale.

SYRÉNIE», IENNE adj. Mamm. V. Sirénien, IUNNE,

SYRÉNOPSI8 s. m. (si-ré-no-psiss — de syrénie, et du gr. opsis, aspect), Bot. Genre de plantes, de la fumille des crucifères, tribu des sisyrabriées, dont l'espèce type croit en Orient.

SYRI

SYBIAMJS , philosophe et grammairien grec, né à Alexandrie vers 380 de notre ère, mort vers 450. Il vint étudier à Athènes sous le platonicien Plutarque, qui le choisit pour lui succéder dans la direction de l'école. Il eut parmi ses disciples Hermias et le célèbre Proclus, qu'il désigna pour son successeur. Intimement lié avec ce dernier, il composa avec lui, au rapport de Suidas, plusieurs traités aujourd'hui perdus, des Commentaires suc Homère, sur la Théologie d'Orphée, sur la Politique de Platon; fa Concordance d'Orphée, de Pythagore el de Platon. Les écrits qui nous restent de lui montrent qu'à défaut d'originalité il avait un réel savoir et uu esprit judicieux. Ces ouvrages consistent en un Commentaire sur la Rhétorique d Hermogènç, publié dans les lihetores d Aide ; un Traité sur les idées, édité par Spengel, et des Commentaires sur quelques parties de la Métaphysique d'Aristote, dont le texte grec n'a pas été publié. Bagolini en a donné une version lutine incomplète (Venise, 1558).

SYRIAQUE adj. (si-ri-a-ke). Lingutst. Se dit de la langue que parlaient les anciens peuples deSyrieet des livres écrits dans cette langue : Langue syruq.uk. Les manuscrits coptes et syriaques nous rendent , dans sa beauté première, une part de l'ancienne liturgie, (Laboulaye.)

— Hist. retig. Ecole syriaque gnoslique, Secte de gnostiques qui résidèrent en Phenicie, et qui professèrent, en général, le dualisme.

— Patho). Ulcères syriaques, Angine couenneuse, affection que les anciens avaient observée en Syrie.

— s. m. Langue syriaque : Etudier le syriaque.

— Encycl. Linguist. Cette langue est un rameau de la branche arménienne ou septentrionale de la famille sémitique. Elle était répandue autrefois depuis la Méditerranée et la Judée jusqu'à la Slédie , la Suziane et le golfe Persique. C'était la langue de toutes les peuplades établies sur les deux rives do l'Kuphrate et sur le Tigre, depuis l'Arménie j usqu'à la mer. On ignore quelle fut sa forme la plus ancienne; les auteurs qui nous t'ont transmise nous montrent la langue syriaque déjà altérée par un grand nombre de mois grecs qui ont dû y être introduits sous la domination des successeurs d'Alexandre et ensuite sous celle des empereurs romains et grecs. Le syriaque nous a été conservé dans une version de la Bible qu'on appelle Péschito (ce mot signifie simple), version dont on place la daie au 11e siècle, daos la riche littérature chrétienne du ivc siècle et dans divers ouvrages des siècles suivants. Il est probable que la langue parlée a dû comprendre un grand nombre de dialectes vulgaires ; mais la langue écrite ne présente aucune différence pour l'emploi des mots et les formes grammaticales entre les auteurs syriens des différents siècles et de divers pays. Ainsi on trouve une même langue dans les livres de saint Ephrem, né à /Evnïde au ive siècle ; dans ceux de Denys de Telmahar, qui vivait au ïih« siècle; de Thomas de Maraghah, dans l'Ader* buidjan, au xe siècle; de Grégoire Bar-Hebraeus, nommé ordinairement Abou Ei'aradj, né à Maiathiuh dans ie xiiic siècle, ainsi que dans les livres des Maronites, en Syrie, et des chrétiens de Saint-Thomas, dans l'Inde. Le syriaque est encore la langue ecclésiastique et littérale des jwcobites, des nestoriens et des maronites, qui habitent les montagnes des Druses, la Syrie supérieure, la Mésopotamie, le Kouidistan et le pachalik de Bagdad. 11 s'est perpétué comme langue usuelle, bien. que sous une forme très-altérée, chez les nestoriens du Kourdistan aux environs des lacs de Van et d'Ourmia, et chez quelques populations chrétiennes de ia Mésopotamie. Des missionnaires américains établis à Ourinia, MAL Perkins et Stoddart, ont essayé de rendre à ce patois quelque régularite grammaticale en publiant des traductions et une grammaire du dialecte qu'ils appellent le néo-syriaque.

Parmi les dialectes qui paraissent appartenir à la langue syriaque, on cite : 1» le paluiyrêuien, qui fut parie- jadis dans Palmyre, le Tadmur de Saloinun, et ses environs. Les inscriptions antiques trouvées dans les imposantes ruines de Palmyre sont tout ce qui nous reste de ce dialecte, qui s'éteignit avant l'ère chrétienne. 11 est mélangé de quelques t'urines qui le rapprocheut de l'arabe ; on y trouve aussi des mots grecs, comme dans le syriaque littéraire, 2» Le nabatéea, qui est le langage de tous les paysans habitant les marais do Wasitli, entre liagdad et Bassora, et particulièrement sur les bords de l'Euphrate, en allant vers les ruines de l'ancienne Babylone. Les auteurs arabes font mention de plusieurs ouvrages, actuellement perdus, qui fuient écrits eu nabaleen. On suppose, que les Nabaléens, qui sont citas vers le commencement da l'ère chrétienne comme une race célèbre pour sa connaissance de l'astronomie et de toutes les sciences, étaient les ancêtres des Nabatéens du moyen âge et les descendants des anciens Babyloniens, a» Le sabëen, en usage chez les sectaires nommés sabéens par les Arabes, mais qui se nomment eux-mêmes mendaïtes, nazaréens, chuldéens , et chez les chrétiens de Saint- Juan, que l'on appelle aussi sabians. Cette

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secte prétend remonter jusqu'à saint Jean- Baptiste et dit être un reste des juifs chassés de Jérusalem au vu» siècle, lors de l'invasion de la Syrie par les mahomètans. Ils habitent actuellement à Bassora, à Suze, à Howaïzah et dans les villages cachés dans les marais, au milieu des bras du Tigre et de l'Euphrate, vers l'embouchure de ces fleuves dans le golfe Persique. La dénomination qui leur a été donnée de chrétiens de Saint-Jean est tout à fait impropre, car ils professent la plus grande aversion pour les chrétiens et pour Jésus- Christ. Ils se servent d'un alphabet particulier, dont les lettres sont toutes différentes de celles du syriaque.

La langue syriaque possède quatre alphabets, savoir : l'estranghelo , qui est le plus ancien et qui ne se trouve plus que sur d anciens monuments; il parait avoir été le type de l'alphabet ouigour, le plus ancien alphabet turc ; le nestorien, qui semble tiré de l'estranghelo; le syrien ordinaire, dit aussi maronite, dans lequel sont imprimés en Europe les livres syriens, et celui dit des chrétiens de Saint-Thomas, employé par les chrétiens connus bous ce nom et qui vivent dans l'Inde. Tous ces alphabets ont vingt-deux caractères ; mais les deux derniers ont adopté des points-voyelles, que ne possédaient pas l'estranghelo et le nestorien.

Consultez les ouvrages suivants : G.-M.

Amira Grammalica syriaca (Romee, 1596, iu-4«) , J. Accurens, Orammatica liiigu» syriaca} ad usum Maronitarum (Romœ, 1647, in-S"); J.-D. Michaelis, Grammalica syriaca (Halœ, 1784, in-4»); A.-Tbeod. Hoffmann, Grammatica syriaca (Halte, 1827, in-4°); Car.-Alagni Ayretlii supplément a syntaxis syriaca (1834, in-8°) ; Grummalik der syrischen Sprache mit votistândigen Paradigmen, Chrestomaliiie und Wùrterbuciie, von l'r. Uhlemann (Berlin, 1857, petit in-4»); Thomas Yeates, A syriac grammar principally adapted tothe lieu» 2'ej<«m<?iii(Loiidon,1819,in-lï);A/. Trostii Lexicon syriacum (Colhenis-Anhaltinorum, 1623, in -40) ; /Egid. Gutbirii Lexicon syriacum ■ (Hainb., 1667, in-lï); Ed. Castelli Lexicon syriacum (Gottingœ, 1738, 2 vol. in- 4°) ; Lexi* con syriacum ai Ant. Zauolino coilectum (Patavii, 1742, in-4°); Georg-Henr. Bernstein, Lexicon lingux syriaca (1857, gr. in-4°J ; G.-G. Kirsch, Ch-estomathia syriaca, cum iexico (Lipsiœ, 1832, in-8"); A. Merx, Grammalica syriaca; quant post opus Bo/Jmanni 7-efecit A. Merx (Halis, 1867, in-8» , br., part. D») ; Theod. Noldeke, Grammatik der neusyrischen Sprache (Leipzig, 1868, Lu- 8°); P. Zingerle, Monumenta syriaca (1869, ia-s°).

SYRICHTE s. m. (si-ri-kte — du gr. surikiis, siftieur). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des hespérides, formé aux dépens des hespéries, et comprenant plus de vingt espèces, dont la plupart habitent le midi de l'Europe.

— Encycl. Les syrichtes ont pour caractères : des antennes terminées en massue ovale, un peu courbée en dehors; les palpes écartées, très-velues; le-thorax très-robuste, un peu plus large que la tête; l'abdomen long, surtout chez les mâles ; les ailes bordéesd'unu frange noire entrecoupée de blanc. Le3 chenilles, glabres ou légèrement pubescentes, ont la tête globuleuse et un peu fendue; les chrysalides sont coniques et renfermées dans un tissu léger entre les feuilles. Les espèces de ce genre sont nombreuses; l'Europe en possède plus de vingt. Le syrichte proto habite le midi de la France; sa chenille se trouve, eu mai, sur les phiouiides; elle lie avec de la soie les feuilles du sommet de la plante, en forme un petit paquet, dans lequel elle se tient cachée, et ronge les parties qui se trouvent à sa portée, surtout vers l'extrémité de la jeune lige.

SYRICORE s. m. (si-ri-ko-re). Entom. V.

SÉRtCORB.

SYRIE, vaste contrée de la Turquie d'Asie, dont elle forme la partie méridionale, nommée par les Turcs et les Arabes Souristan et JSahr-el-Chum (pays de la gauche), c'est-àdire à gauche de La Mecque. Comprise entre 30" et 37«5' de latit. N., 3ï"25' et 37° de longit. E., la Syrie a pour bornes au N, le Taurus, dont les rameaux traversent le pachalik d'Alep, à l'E. le désert qui confine au pachalik de Bagdad, au S.-E. et au S. l'Arubie, au S.-O. l'Egypte et à l'O. la Méditerranée. Elle mesura 630 kilom. du N. au S., sur 300 kilom. dans sa plus grande largeur. Superficie, 115,000 kilom. carrés. A l'époque où Volney visita ce pays , sa population était évaluée à 2, 305,000 hab. ; en 1862, on y comptait 1,791,076 hab., dont 34!, 084 chrétiens des différents rites, 1,106,499 musulmans et 242,493 israélites, métoualis et dru* ses. (Jette population, qui depuis tors est restée à peu près stationnaire, est répartie entre 81 villes ou bourgs et 5,49! villages.

— Côtes, orographie et hydrographie. Les côtes de la Syrie sont très-découpées et présentent de nombreux golfes, baies et caps. Les accidents les plus importants de cette côte, en allant du N. au *>., sont : le golfe d'Alexandrette ou de Scanderoun, le cap Kanzir, le golfe de Souvadié, le cap Ziarat, le golfe de Lattaquié, te cap Ras-el-Hésn, les baies de Tripoli, Beyrouth, Saïd ou Seyde et Saint-Jean-d'Acre et le promontoire do Jafl'a. Les ports de commerce qu'elle offio sont, dans le même ordre : Alexandietto,

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Latakiéh, Tripoli, Beyrouth, Saïde, Caiffa et Acre, Jaffa.

L'ossature de la Syrie se compose de quatre chaînes principales. Au N., la frontière est couverte par un rameau du Taurus, qui court de l'E. a l'O. et prend successivement les noms de Giaour-Dagh et Kuiek-Dag. Pu Giaour-Dagh se détache au S.-O. l'Akma- Dagh (ancien Amanus), qui s'étend d'abord tout près de la mer et atteint sa plus grande élévation en face du golfe d'Alexandrette ; cette chaîne se prolonge par le Djebel-Mouça et le Djebel-Okra (ancien Cassius), haut de 1,500 mètres, et par la chaîne de l'aneien Bargylus, nommé aujourd'hui Djebel-Ansariéh, qui court directement au S. pour se terminer en face d'une grande coupure située entre Tortose et Tripoli et par laquelle la vallée de Harna communique avec la mer. L'Akma-Dagh donne naissance à une autre chaîne qui s'étend au S.-E. en longeant la Vallée de l'Euphrate ; Ce n'est qu'une suite de coliines arides, formées d'un calcaire dur et blanchâtre. Après avoir couru du N. au S. jusqu'à Palmyre, cette chaîne secondaire s'inliéchit vers l'O. de Palmyre à Damas et vient se rattacher à l'Anti-Liban. De l'autre côté de la grande coupure où se termine la branche principale de l'Akma-Dagh commence la chaîne du Liban, qui se dirige du N.-E. au S.-O. en se rapprochant de la mer. Le Liban forme deux chaînes parallèles : la chaîne occidentale ou Liban proprement dit, et la chaîne orientale ou Anti-Liban, dont la cime la plus élevée, le Djebel-el-Scheik (ancien Heruion), atteint 3,000 mètres. Entre le Liban et l'Anti-Liban s étend sur une longueur de 112 kilom. et une largeur de 35 à 40 la vallée de la Ccelésyrie ou Syrie creuse, qui est élevée d'environ 670 mètres au-dessus du niveau de la mer. La chaîne du Liban n'est plus couronnée que d'un très-petit nombre de ces cèdres si vantés; elle esc couverte en grande partie de chênes, de sapins, de mûriers, de vignes et d'oliviers. La chaîne occidentale ou du Liban proprement dit s'abaisse en descendant vers Sour (l'ancienne Tyr) et le Léontès. De l'autre côté de ce fleuve, deux branches, parties l'une du cap Blanc, l'autre du cap Cariuel, se dirigent des bords de la mer vers l'intérieur des terres, laissant entre elles la vaste plaine d'Esdrelon et formant ce qu'on nomme les montagnes de Judée. Les sommets les plus remarquables de la branche septentrionale sont le Thabor, le Carmel, le petit Hermon et le montGelboé; ceux de la branche méridionale sont les monts Ebal et Garizira, dans U Samarie, les monts d'Ephratiu et des Oliviers. Les pjus hauts sommets de ces ramifications ne dépassent pas 5 00 à 800 mètres. La chaîna orientale ou 1 Anti-Liban se bifurque un peu au-dessus du 330 parallèle pour former l'immense bassin du Jourdain et de la mer Morte. Toutes ces montagnes sont nues, arides et semblent annoncer l'approche du désert. Les deux chaînes du Liban et leurs ramifications! s'abaissent par degrés en s'avançant au S. et se terminent vers l'isthme de Suez en déclivités et en épanouissements insensibles. Ajoutons que les montagnes de Syrie qui longent la Méditerranée se terminent par des pentes plus ou moins courtes, plus ou moins escarpées, tandis que les montagnes de la chaîne orientale s'abaissent insensiblement par des

Î>enchauts qui se terminent en plaine. Toute a partie de la Syrie située à l'E. des montagnes que nous venons d'indiquer est entièrement plate, couverte de sables, et n'otfre qu'un immense désert nu et aride, fréquenté par des tribus errantes de Bédouins. On y voit éparses ça et là quelques oasis qui servent de stations aux caravanes. Les montagnes de Syrie présentent un grand nombre de volcans, tous, éteints; cependant l'action des feus souterrains agite assez souvent le sol de cette contrée et y produit de fréquents tremblements de terre qui portent la destruction dans les principales cités; celui de 1822, entre autres, fit éprouver de grandes pertes à Alep, Autiocbe et Alexandrie ; les secousses se tirent aussi sentir à J èrusalern et à Tripoli.

L'Euphrate ne fait que baigner une partie de la limite N.-E. de la Syrie. Les cinq principaux cours d'eau de cette contrée descendent tous du Liban ; ce sont : l'Oronte, nommé El-Aazi par les Arabes, qui traverse le lac Famieh et reçoit les eaux du lac Antakièh ; le Sitani, ancien Léonlès, arrosant la Cœlé- Syrie ; le Jourdain, qui sort du lac Pliiala, dans l'Anti-Liban, et va se perdre dans la mer Morte. Le Barada et l'Awach, qui descendent de l'Anti- Liban, arrosent la plaine de Damas et vont se perdre dans le lac Bahrel-Mardj.

— Climat; productions dans les trois règnes. Les reliefs que présente le sol de la Syrie partagent cette contrée en trois régions bien distinctes au point de vue climatérique : l<> la plaine orientale, qui s'étend de l'Euphrate au Jourdain et aux montagnes qui forment les vallées de l'Oronte et de Damas; cette région, placée sous un climat très-chaud, exposée à des pluies peu abondantes et de courte durée, se couvre rapidement, sur quelques points, d'une végétation luxuriante que la chaleur dévorante de l'été fait bientôt dépérir; 2° les montagnes, les plateaux et les vallées du Liban, où l'ordre des saisons est presque la niOme que dans la France centrale ; là, l'hi-

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ver, qui dure de novembre à mars, est vif, rigoureux et ne se passe point sans neige ; le printemps et l'automne y sont très-doux, et l'été n'y a que des chaleurs très-support:ibles ; 3° la plaine maritime, exposée pendant l'été à des chaleurs accablantes, et qui doit aux vents de l'ouest, qui prolongent la saison des pluies, et à la fonte des neiges du Liban une merveilleuse fertilité, est quelquefois insalubre. L'air est léger et pur dans la région élevée, mais il est malsain sur la côte, où régnent des fièvres intermittentes et putrides et des ophthalmies. Sur quelques points, à Tripoli, à Acre, à Alexandrette, le voisinage de marais considérables rend le séjour de mai à septembre assez dangereux; il y règne etidémiquement des fièvres intermittentes, accompagnées d'engorgement de la rate et se terminant par des hydropisies. Dans les montagnes, les eaux sont légères et de bonne qualité ; mais dans les plaines , soit à l'E. , soit à l'O., les sources sont r«res et la plupart sont sauinâtres. Les pluies commencent avec le mois d'octobre , mais elles ne sont durables et abondantes qu'en décembre et janvier. A partir de l'équinoxe de septembre, le vent dominant est le vent du N.-O., qui dure jusqu'en novembre. A partir de cette époque, les vents du S.-O., de l'O. et du N.-O. régnent alternativement jusqu'en février , pendant toute la saison des fortes pluies; en mars, le vent du S. commence à souffler ; les vents d'E. les remplacent en juin, et, de juin à septembre, il arrive assez souvent que le vent fait le tour de l'horizon.

Le sol de la Syrie est formé de sable mêlé de terre végétale et de calcaire; sous cette enveloppe superficielle gisent sans doute de grandes richesses minérales ; mais ce pays, mal administré, souvent déchiré par les guerres intestines, n'a pas encore été pénétré par les progrès de la science. On n y connnalt guère qu'une mine de fer un peu importante ; le marbre, la pierre à bâtir, la terre à foulon y sont plus communément exploités; plusieurs lacs fournissent du sel, et la mer Morte est remarquable par les matières bitumineuses qui flottent à sa surface ; enfin, des productions volcaniques se rencontrent sur plusieurs points.

Dans sa partie habitée, la Syrie peut être considérée comme une suite de vallées dont le plus grand nombre est de la plus étonnante fertilité; les cours d'eau que fournissent les montagnes et de nombreuses sources ajoutent à la fécondité des bonnes terres du pays, sous une température des plus heureuses; aussi n'est-il sorte de culture à laquelle ce terroir ne soit propre avec ces divers climats. • Mais les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, a dit Mirabeau, mais en raison de leur liberté. » Quoi d'étonnant alors que l'agriculture soit négligée dans ce pays placé sous l'administration sénile et despotique de la Turquie I Les travaux des champs ne consistent qu'en semailles et plantations dont les récoltes s'obtiennent en peu de temps; les arbres à fruits, les oliviers sont difficilement remplacés, parce que les habitants savent que, dans les troubles civils, le premier acte des troupes occupant le pays est d'en couper les arbres. Malgré Ces dévastations périodiques, la vigne et l'olivier couvrent la plupart des coteaux; sur les pentes du Liban, le mûrier est cultivé avec soin, il en est de même du tabac. On récolte, en outre, des grains, du sésame, du lin, du safran, du coton, de la garance, d'excellents fruits tels qu'oranges, citrons, pistaches, grenades, pêches, abricots, amandes, figues et melons. Sur la côte de la Méditerranée croissent le pistacia terebinthus et le chêne qui produit la noix de galle du Levant. Quelques montagnes sont boisées, mais le manque de voies de communication rend impossible l'exploitation de ces forêts, où l'on trouve des chênes et des sapins qui pourraient être utilement employés uux constructions navales. Nous résumerons, d'après M. Guys, consul de Fiance à Beyrouth, les grands produits agricoles de la Syrie par les chiffres suivants. En dehors des céréales, dont la récolle suffit à la consommation locale, la Syrie produit, année moyenne : 11,000 quintaux de tabac , 12,000 quintaux de coton , 50,000 quintaux d'huile, 900 quintaux de soie, 4,500 quintaux de laine, 40,000 quintaux de sésame. La valeur de ces produits est estimée à 50 raillions de francs.

La faune de la Syrie est riche, curieuse et variée ; elle comprend tous les animaux domestiques de l'Europe, plus le chameau, qu'on rencontre partout, de beaux chevaux, une magnifique race de moutons, le mouton à large queue : près des rives de l'Oronte, on trouve le buffle. Les gazelles abondent aux environs de Damas. Les rives du Jourdain, couvertes d'une épaisse végétation de roseaux, de saules et d'autres arbustes, servent de repaire à une multitude de sangliers, d'onces, de chacals, de lièvres et d'oiseaux ; mais le seul animal que les Syriens aient à redouter sérieusement, c'est la sauterelle. Quand l'hiver n'a pas été rigoureux, on voit les sauterelles venir du désert, de l'E., par nuées épaisses; l'air en est obscurci et, là où elles s'abattent, la terre en est littéralement couverte. En quelques heures, les moissons des plaines, l'écorce des arbres sont dévorées. Quelques oiseaux, entre autres ie sumarnar, font lu chasse à ces insectes, niais ils sont en trop petit nombre pour préserver les récoltes contre ce fléau ailé.

— Industrie, commerce , revenus , divisions

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administratives, etc. Si l'agriculture est négligée en Syrie, l'industrie y est encore plus en souffrance; elle est entravée par les droits exorbitants sur les matières premières, droits qui peuvent être estimés à 50 pour 100 de leur valeur. L'industrie générale de la Syrie était autrefois la filature du coton pour le tissage des toiles ; mais, depuis que les machines à grand moteur ont fait renoncer aux rouets en Europe, la Syrie, qui filait pour l'exportation, ne les a conservés qu'en proportion de ses besoins, et encore est-il des tisserands indigènes qui emploient les cotons filés à l'étrunger, comme étant moins chers et plus égaux que ceux du pays. Une autre industrie assez répandue est celle des fabrications de tissus en laine et en crin, pour lesquelles ces deux matières sont également préparées par les Syriens. Ils se font ainsi leurs habits, sacs, tapis et toiles pour tentes de campement. Quoique en décadence, les fabriques de coton et d'étoffes d'or et de soie d'Alger, les manufactures de sabres de Damas, sont encore très-renommées en Orient. Les autres fabrications de la Syrie sont les fils d'or et d'argent, les passementeries, le savon, le tabac râpé, les tanneries, les articles de sellerie, etc. « Si l'agriculture et l'industrie, dit l'auteur déjà cité, étaient dégrevées d'une partie des charges qui les écrasent, elles pourraient prospérer sans prendre toutefois beaucoup d'extension, peu de capitaux étant engagés dans la spéculation ; la prohibition absolue de tout intérêt sur les prêts d'argent ne permet d'eu trouver qu'au moyen d emprunts clandestins qui ruinent plutôt qu'ils ne soulagent. » Un des premiers berceaux du commerce fut incontestablement la Syrie. Les relations des différents peuples de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, que la position de la Syrie faisait converger sur divers points de sa côte, lui permirent d'édifier les villes nombreuses et florissantes qu'on y voyait autrefois. Nulle part, en effet, on ne peut trouver des places commerçantes aussi rapprochées qu'en Syrie, son littoral, qui n'a que 60 myriamétres, en ayant compté une douzaine et l'intérieur presque autant. Mais, là encore, on est forcé de constater une décadence complète. Le commerce de la Syrie, qui fut autrefois le plus florissant du monde, est dans un état déplorable de langueur. Tripoli , Saïde, Alexandrette font cependant des exportations de coton, soie, tabac, fruits secs, noix de galle, peaux, garance, chevaux. Le commerce de terre se fait par caravanes. Les importations par cette voie ont pour objet la gomme, l'assafœtida, l'opium, le safran de Perse et d'Anatolie, et les exportations consistent en peaux de lièvre, de renard, de chacal et de chèvre, duvet de cachemire. Par mer, les principales importations sont les denrées coloniales et les épices, le riz, les drogues tinctoriales, les métaux, les tissus, les verreries et divers autres produits manufacturés d'Europe. La valeur totale des importations en Syrie est évaluée à 43 millions, et celle des exportations à 32 millions. Il convient d'ajouter que la contrebande fait passer bien des valeurs qui, si elles étaient connues, rétabliraient la balance entre l'importation et l'exportation.

Au point de vue administratif, la Syrie est divisée en 5 pachaliks : Alep, Damas, Tripoli, Saïde et Jérusalem, subdivisés en 105 districts ou lirahs. Les revenus de cette province de l'empire ottoman sont de 17 millions. Terminons cette notice par quelques mots sur l'état des populations actuelles de la Syrie. Dans aucune contrée de la terre on ne trouve réunies sur un même point des populations aussi diverses par l'origine, par le caractère et par la religion. Dans le Liban, les Druses à côté des maronites (v. ces mots), les juifs au milieu des musulmans; çà et là, des Bédouins, des Arabes, etc. Toutes ces nationalités différentes sont perpétuellement en hostilité les unes contre les autres, et la Porte met habilement en pratique cet aphorisme du despotisme : « Diviser pour ré-

fner. • Les massacres du Liban en 1860 ont émontré jut-qu'à l'évidence que le gouvernement ottoman avait laissé faire, sinon favorisé la boucherie que les Druses firent des Maronites. Pour indiquer en deux mots l'état d'ignorance dans lequel croupit la population syrienne, nous emprunterons à M. Ôuys les lignes suivantes sur l'organisation de renseignement parmi les chrétiens, qui, sous ce rapport, sont les plus avancés de tous les Syriens : « Les deux collèges que j'ai connus pourraient être à peine comparés à des écoles de nos villages, et quant aux endroits où l'on montre, seulement à quelques enfants, à lire et un peu à écrire, de la manière la plus routinière, ce sont tout bonnement des chambres, quelquefois garnies d'une natte, et les écoliers s'y accroupissent avec le papier ou le livre qu on leur met entre les mains. Dans la plupart des lieux, c'est le curé qui fait l'école, en même temps qu'il s'occupe de ses affaires et qu'il pense à soigner ses ouailles, ce qui doit faire croire que les enfants ne l'ont pas toujours près d'eux. »

— Résumé historique. Dans les temps anciens, le nom de Syrie s'est appliqué à des contrées dont les limites ont beaucoup varié à différentes époques. Ce pays, nommé dans la Bible Aram, ne comprenait d'abord que la région comprise entre l'Amanus, l'Euphrate, le Liban occidental, les sources du Jourdain et le désert ; il était divisé en Syrie supé-

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rieure au N. et Ccelésyrie entre les chaînes du Liban. Quand les Perses eurent conquis la Syrie et réuni à la satrapie dont ce pays était le centre la Pliénicie, la Judée, la Mésopotamie, les géographes et les historiens grecs étendirent le nom de Syrie à la Phénicie et à la Judée, ainsi qu'à la Mésopotamie, qu'ils nommèrent Syrie des Rivières. Avant la conquête de la Syrie par les Perses, ce pays renfermait plusieurs petits royaumes, que nous ne connaissons que par la Bible et qui furent souvent en guerre avec les Hébreux. Les plus importants de ces Etats étaient ceux de Damas, d'Hamah et d'Arpad. En 738 av. J.-C, la Syrie tomba au pouvoir de Teglath-Phalazar et devint une province du second empire assyrien -, elle passa ensuite aux Perses sous Cyrus, et, dans la division de l'empire persan faite par Darius I", elle forma avec Chypre, la Phénicie et la Palestine la cinquième satrapie. Sidon fut la résidence du satrape, chargé de la levée des impôts (350 talents ou 3,380,000 francs) et du commandement des troupes. Là, comme sur les autres points de l'empire, les anciens princes ou rois devenus vassaux de la Perse étaient chargés de l'administration intérieure du pays. En 333, Alexandre le Grand traversa la Syrie en conquérant, et, après sa mort, ce pays forma en 301, sous Sèleucus 1er, le royaume de Syrie, qui comprenait, outre la Syrie propre, presque toute 1 Asie Mineure et la haute Asie, de l'Euphrate à l'Indus, et de la mer Erythrée à la mer Caspienne et à l'Iaxarte. La durée de ce vaste empire fut très-éphémère; en effet, sous Antiochus 1er Soter(28l), successeur de Sèleucus 1er, le royaume de Pergaine en Asie Mineure se rendit indépendant, et peu après les Bactriens et les Parthes secouèrent le joug des Séleucides. De plus, au S.-O., les Lagides, maîtres de l'Egypte, s'emparèrent de la Phénicie et da la Palestine et dirigèrent de fréquentes attaques contre la Syrie propre. De 222 à 186, Antiochus III le Grand reprit la Phénicie et la Palestine aux rois d'Egypte, soumit les cités grecques de l'Asie Mineure, Smyrne, Lainpsaque.Ephèse. Mais l'ambition de ce conquérant rencontra en Occident un ennemi qu il ne connaissait pas encore et dont les envahissements perpétuels (levaient être funestes à la monarchie syrienne. Antiochus, ayant accueilli les ennemis de Rome, Annibal et l'Etolien Thoas, n'hésita pas à déclarer la guerre à la république romaine. Le3 défaites qu'il essuya aux Thermopyles (191) et à Magnéni en Asie Mineure (190) lui firent perdre cette dernière province jusqu'au Taurus, pendant que l'Arménie, profitant des embarras et des revers du roi de Syrie, proclamait son indépendance. La décadence du royaume de Syrie fut dès lors rapido et irrémédiable; les dissensions intestines, les guerres civiles suscitées par différents princes de la famille royale, les révoltes de la Palestine sous les Macchabées (166) et les progrès incessants des Parthes, à l'E. du royaume, bâtèrent la ruine de l'empire des Séleucides. Les Syriens, fatigués de toutes ces luttes, s'étaient donnés à Tigrane, roi d'Arménie (85), lorsque Pompée passa en Asie pour combattre Mithridate. Le général romain triompha facilement de Tigrane et réduisit la Syrie en province romaine, dont la capitale fut Antioche. Sous ce nouveau pouvoir despotique, mais civilisateur, la Syrie aurait pu entrer dans une voie de prospérité; mais le voisinage des Parthes l'exposa à de fréquentes dévastations. La Syrie fut momentanément séparée des possessions romaines. Antoine l'avait donnée à un fils qu'il avait eu de Cléopâtre; mais après la bataille d'Actium et dans le partage entre

se trouvaient, comme à l'époque de l'empire des Perses, quelques petits Etats qui avaient conservé leur autonomie intérieure : tels étaient la C'omagène, les principautés de Palmyre et d'Emèse et quelques létrarchies le long de la côte. Cette contrée subit, sous le rapport administratif, plusieurs modifications successives ; ainsi Vespasien fit de la Palestine une province spéciale, appelée Sy rie- Palestine. Adrien en détacha la Syrie-Phénicie, avec Tyr pour capitale. Au ive siècle, la Syrie propre fut elle-même divisée en trois provinces : Syrie l*a ou Consulaire, capitale Antioche; Syrie Ile ou Salutaire, capitale Apamée, et Syrie Euphratésienne, capitale Hiéropolis. Ella dépendait alors du diooése et de la préfecture d'Orient. Tranquille pendant deux Siècles du côté des Parthes, grâce aux victoires deTrajau et de Septime-Sévère, soumise à une administration régulière et à l'abri des dissensions intérieures, la Syrie parvint à cette époque à un haut degré do prospérité; elle était devenue comme une seconde Grèce, presque aussi brillante que la première par les arts et par les lettres. C'est de cette époque que datent les monuments de Baalbeck et de Palmyre. Ce pays donna à Rome une famille de princes appelés empereurs syriens, depuis Septime jusqu'à Alexandre Sévère. La fondation du second empire des Perses sur les ruines de celui des Parthes fut pour la Syrie la source de nouveaux désastres. Sapor s'avança jusqu'à Antioche; mais les victoires d'Odénat et de Zénobie, reine de Palmyre, forcèrent les Perses à repasser l'Euphrate. Aurélien, Dioclétien, puis plus tard Justinien, eurent

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à repousser les invasions des Perses en Syrie ; mais les victoires de ces princes et celles d'Héraclius n'arrachèrent la Syrie des mains de ces envahisseurs que pour la laisser tomber dans celles des Arabes, fanatisés par les prédications de Mahomet (638). A partir de 661, Damas devint la capitale des califes Ommiades et conserva ce titre jusqu'en 762, époque où Bagdad devint la résidence des califes. Au ix« et au xe siècle, la mollesse des Abba.ssides amena le partage de la Syrie en différentes principautés. En 1084, les Turcs Seldjoucides s'emparèrent d'Alep, et en 1095 de Damas, pendant que, dans la Palestine, le royaume de Jérusalem tombait au pouvoir des Falimites d'Egypte. Tel était à peu près l'état de la Syrie à l'époque de la première croisade, qui en changea la situation. La côte tout entière, depuis l'Ainanus jusqu'à '[Egypte et depuis la Méditerranée jusqu'à l' Anti-Liban et au Jourdain, forma des principautés chrétiennes; au S. était le royaume de Jérusalem, qui avait pour vassaux "toutes les autres principautés chrétiennes de la Syrie. Les Sarrasins ne tardèrent pas à reconquérir la Syrie, et quelque temps après elle fut soumise par les soudans d'Egypte, auxquels les Turcs l'enlevèrent. Sous ces derniers, elle n'a jamais été complètement soumise; divers chefs d ruses, tels que Fackreddin, Daher et Djezzar, y ont exercé une autorité complètement indépendante. Pendant le règne de ce dernier eut lieu lu mémorable expédition des Français sous le commandement de Bonaparte. Quelque temps après, les Wahabis envahirent le pays, et, en 1S3Î, là Syrie fut conquise par une année égyptienne, sous les ordres d'Ibrahim-Pacha, fils de Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte. L'interventiou de l'Angleterre et la prise d'Acre en 1840 rendirent cette contrée à la Porte, à laquelle elle appartient aujourd'hui. Depuis cette époque, la Syrie a été fréquemment en proie à la guerre civile, par suite de la mauvaise administration de fa Porte et des sanglants; conflits qui ont eu lieu entre les Maronites et les Druses. Nous avons parlé ailleurs (v. Liban) de la guerre civile de 1845, des horribles massacres de 1860, qui amenèrent l'intervention d'un corps expéditionnaire français, commandé par le général de Beanfort et qui resta en Syrie jusqu'au mois de juin 1861. A la suite de cette expédition furent conclus entre les cinq grandes puissances et le gouvernement ottoman ies règlements du 9 juin 1861 et du 6 septembre 1864, qui apportèrent des modifications dans l'administration de cette partie de la Syrie. Kn 1866, la guerre recommença entre le chef maronite Kurant et le gouverneur de la Syrie, Daoud- Pacha. A diverses reprises, les Maronites infligèrent de graves échecs aux troupes turques; mais bientôt, faute d'armes et de munitions, Karam dut abandonner la lutte, et une partie du Liban fut ravagée. Depuis cette époque, aucun fait d'une importance notable ne s'est produit en Syrie; mais il y règne constamment une sourde fermentation qui se produit depuis quelques années, particulièrementdans la haute Syrie, beaucoup moins contre les chrétiens indigènes que contre l'élément occidental. Cette agitation a commencé à se produire lorsque la loi sur le droit de propriété des étrangers en Turquie a été l'objet de quelques applications isolées. Les paysans musulmans voient d'un œil jaloux l'afflux. européen qui tend de plus en plus à envahir la Syrie, et un sentiment de haine contre l'étranger qui vient leur disputer le sol trouve à la fois dans le fanatisme religieux un excitant et un moyen de se faire jour. La tentative d'assassinat faite par un musulman , en mars 1875, sur le consul d'Angleterre, M. Green, est un symptôme de l'état des esprits en Syrie.

Syrie, en Arabie et en Nubie (VOYAGES EN), par Burckhardt (Londres, 1819, 1822, 1829). La Société africaine de Londres avait donné mission à l'Allemand Burckhardt d'exploier le centre de l'Afrique. Après avoir appris la langue arabe , le voyageur s'embarqua le 14 juillet 1809 pour Malte. Il adopta le costume oriental, et, sous le nom de cheik Ibrahim, il partit pour la Syrie, atin d'étudier les mœurs et les langues de l'Orient à l'école d'Alep. Après un séjour de deux années dans cette école, en juillet 1810 il se mit eu route pour Palroyre sous la protection d'un cheik arabe, visita Damas et Balbec, traversa le Liban et l'Anti-Liban, revint à Damas, fit une excursion dans le Haouran, l'ancien patrimoine d'Abraham, reconnut des ruines nombreuses et revint à Alep le 1er janvier 1811. La même année, sous la protection d'un cheik, il lit une autre excursion dans le grand désert, du côté de 1 Euphrate. Se dirigeant vers Damas par la vallée de l'Oronte et- pur le mont Liban, qu'il parcourut dans le plus grand détail , il examina les montagnes a l'est et au sud-est du lac de Tiberiade, releva les magnifiques ruines de Djeresch, l'une des anciennes villes de la Décapole, et passa à Tabarneh et à Nazareth ; de là, prenant sa route à l'est du Jourdain et de la mer Moite, il découvrit les ruines de Pétra, l'ancienne capitale de l'Arabie Pétrée, a (Jeux journées du golfe Arabique. Comme son but était de se rendre au Caire pour y attendre la caravane du Fezzan,il se joignit à une caravane arabe qui allait au Caire et arriva dans cette ville le 4 septembre, après avoir ira-

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versé le désert affreux d'El-Tih. En 1813, suivant la rive orientale du Nil, il arriva à la seconde cataracte; mais les menaces des mameluks l'obligèrent à redescendre le Nil jusqu'à Ksamboul. A Esné, il se joignit à une petite caravane de marchands d'esclaves, parcourut le désert nubien et pénétra jusqu'au delà de Berber (1814). Il se dirigea ensuite vers le golfe Arabique, arriva àSuakin et de là il aborda à Djedda, Mandé par Mohammed- Ali à Talf, il reçut de ce pacha des cadeaux fort utiles. Voulant étudier l'islamisme à sa source, il passa quatre mois à La Mecque; puis, visitantMédine(l8l5), il se joignit à une troupe de pèlerins allant au mont Ararath. Bien qu'il eût pris le titre de hadji ou pèlerin, son orthodoxie musulmane parut suspecte ; deux ulémas lui firent subir un examen sévère sur la partie théorique et la partie pratique du Coran; ils le déclarèrent vrai croyant et, en outre, moslem d'une grande érudition. En 1S16, Burckhardt fit une tournée dans la basse Egypte, puis une excursion au Sinaï au printemps de 1816. De retour au Caire, il devait partir au mois de décembre 1817, avec la caravane du Fezzan , pour accomplir la mission dont il était chargé dans l'Afrique intérieure, quand il mourut.

Burckhardt avait réuni trois cent cinquante volumes de manuscrits orientaux, lesquels ont été envoyés en Angleterre. Ses relations se distinguent par la fidélité, l'exactitude et l'intérêt du récit. Bon observateur et bon narrateur, le voyageur allemand a produit des faits nouveaux; ses découvertes et ses aperçus ont contribué au progrès de la

féogiaphie physique et à la connaissance es mœurs musulmanes; il a fait des descriptions neuves des principales villes du lledjaz et des édifices des villes saintes. De plus, il a recueilli des vocabulaires et tracé des itinéraires.

SYRIEN, 1ENNE s. et adj. (si-ri-ain, i-è-ne)- Géogr. anc. Habitant de la Syrie; qui appartient h la Syrie ou à ses habitants : Les Syriens. Lé peuple syrien. La mythologie syrienne.

— Mythol. Déesse Syrienne, Divinité principale ues anciens Syriensd'Hiérapolis, identifiée parfois avec Cybèle, et représentée la tête couronnée de tours et ceinte de rayons, un voile sur le front, un sceptre dans une main, une quenouille dans l'autre, et couverte de pierreries.

— Philos. Lettres syriennes, Nom donné par les auteurs anciens aux caractères cursifs qui remplacèrent les caractères cunéiformes.

SYRIGMON s. m. (si-ri-gmon — du gr sungmos, sifflement). Mus. anc. Instrument qui parait avoir été une flûte très-aigue.

— Pathol. Bourdonnement d'oreille.

SYRINGA s. m. (si-rain-ga — du gr. surigxt tuyau, chalumeau). Bot. Nom scientifique du genre lilas. Il Nom donné par les anciens auteurs et appliqué encore aujourd'hui quelquefois au seringat : Le SYRInga ordinaire fleurit au commencement de l'été. (Bosc.) Les /leurs blanches des syringas ont l'odeur de celtes de l'oranger. (A. Karr.)

SYRINGE s. f, (si-rain-je). V. SYRINX.

SYRINGÉNINE s. f. (si-rin-jé-ni-ne — rad. syrinya). Ghim. Corps qui résulte de la saponification d'un glucoside, et qui est connu aussi sous le nom de syringine.

— Encycl. La syringénine C^il^O^H^O e&t une substance qui s'obtient, en même temps qu'un sucre fermentescible, dans la saponification d'un glucoside, la sj'ringine, que l'on rencontre dans l'écorce du lilas et du troëne (y. syringine). Lorsqu'on fait bouillir la syringine avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique étendu, la syringénine se dépose sous la forme de flocons visqueux et cohérents qui, après lavages à l'eau, forment une niasse amorphe, rosée, qui devient anhydre à 100°. Elle fond entre 170° et 180°; l'eau ne la dissout pas, non plus que l'éther; mais l'alcool la dissout en se colorant en rouge cerise. Par 1 evaporation de sa solution alcoolique, elle se sépare sous la forme d'une poudre couleur cannelle formée de petits globules transparents. Elle réagit sur les acides comme la syringine elle-même. La réaction qui lui donne naissance est exprimée par l'équation

C19HÎ3O10 + H20 = C13H1805 + CWiOB Syringine. Eau. Syringénine. Glucose.

SYRINGINE s. f. (si-rin-ji-ne — rad. syrinya). Chiin, Substance découverte en 1841 par Bernays dans l'écorce de lilas, où elle abonde surtout au printemps.

—Encycl. La syringine C19H280H»H*0 est une substance que Bernays a découverte en 1841 dans l'écorce du lilas et qui a été plus complètement étudiée par Kromayer. Elle est plus abondante en mars qu'en avril, ne se rencontre ni dans les feuilles ni dans le fruit à demi mûr, et l'on n'en trouve que des traces dans les bourgeons avant le développement des feuilles. Elle disparaît de l'écorce elle-même à mesure que la saison s'avance et se trouve alors remplacée par la syringopiciine. La ligustriue de l'écorce de troène serait, d'après Kromayer, identique à la syringine, et il en serait de même de la liiiacine de Meillet.

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Pour préparer la syringine, on épuise l'écorce de lilas par l'eau bouillante, on précipite la liqueur par le sous-acétate de plomb, on filtre, on fait passer un courant d'acide sulfhydrique à travers le liquide filtré, pour précipiter l'excès d'acétate de plomb, on filtre de nouveau pour éliminer le sulfure de plomb, on évapore en consistance de sirop clair et l'on abandonne le liquide à lui-même. Il se prend en une pulpe cristalline au bout d'un jour. Gn purifie cette masse en l'agitant avec un peu d eau froide, en la comprimant entre plusieurs doubles de papier buvard et en la faisant recristalliser clans l'eau bouillante après avoir complètement décoloré la solution à l'aide du charbon animal. La syringine qui reste dans les eaux de lavage peut en être extraite ; il suffit pour cela dVvaporer ces eaux de lavage et de reprendre le résidu par l'alcool.

La syringine est soluble dans l'alcool, où elle cristallise en longues aiguilles incolores et transparentes renfermant 4,5 pour 100 d'eau, qu'elles perdent à 115" en laissant la syringine anhydre. Ce corps répond à la formule C19HÏ8()10. Il fond à 2lgo en un liquide incolore et se solidifie par le refroidissement en une masse amorphe, transparente, dure, friable, insipide et neutre. La ligustriue do l'écorce de troène fond entre l8!»o et 190°. La syringine se dissout un peu dans l'eau froide et facilement dans l'eau bouillante; mais elle est insoluble dans l'éther. Elle ne précipite pas les sels métalliques.

Lorsqu'on la chauffe, la syringine se décompose, au-dessous de son point de fusion, en répandant une odeur de caramel et eu entrant en combustion. Ses solutions aqueuses acquièrent une couleur bleu foncé lorsqu'on les mêle avec leur volume d'acide sulturique concentré ; avec une quantité plus grande d'acide sulfurique, la couleur vire et devient d'un beau violet; le liquide abandonné au repos laisse alors déposer des flocons bleus, ou d'un gris bleuâtre si l'on y ajoute de l'eau. Ces flocons sont solubles dans l'ammoniaque et dans l'alcool, liquides auxquels ils communiquent une couleur rou^e cerise. Chauffée avec précaution avec l'acide chlorhydrique fumant, la syringine se dissout sans coloration; mais par l'ébuilition la liqueur laisse déposer des flocons bleus et prend elle-même une couleur rouge violet léger. Le chlore dirigé à l'état gazeux à travers une solution de syringine communiqua à celle-ci une teinte rouge brun qui disparaît ensuite, le liquide redevenant iuutktu.it incolore au bout de quelque temps. En même temps, il se forme un acide qui possède une saveur amère, irritante, et qui Se colore en bleu foncé sous l'influence du chlorure fei rique. La syringine se dissout avec facilité dans l'acide azutique concentré, en formant une dissolution d'un rouge de sang. L'acide chlorhydrique étendu et chaud devient laiteux avec ia syringine et laisse bientôt déposer des cristaux de syringénine, tauciis qu'il reste un sucre fermentescible en dissolution suivant l'équation

C19H28O10 + HlÛ = C13H1805 -|- C6H»20« Syringine. Eau. Syringénine. Sucre.

100 parties de syringine cristallisée donnent 61,77 parties de syringénine séchée à l'air et 41 parties de sucre (le calcul exigerait 62,67 parties de syringénine et 41,47 parties de sucre). La syringine ne réduit ni le cuprate de potassium ni l'azotate d'argent j les alcalis ne l'altèrent pas.

SYRINGITE s. f. (si-rain-ji-te — du grec surigx, tuyau). Moll. Dentale fossile de forme cylindrique.

SYRINGODÉE s. f. (si-rain-go-dé — du gr. suriggodës, en forme de tuyau). Bot. Genre non adopté d'arbustes, de la famille des éricinées, formé aux dépens des bruyères.

SYRJNGODENDRON s. m. (si-rain-go-dain.

dron — du gr. surigx, tuyau ; dendron, arbre). Bot. Genre de végétaux fossiles, voisin des sigillaires, et comprenant plusieurs espèces fossiles des terrains houillers.

SYRINGOGYRE s-, m. (si-rain-go-ji-re — du gr. suriyx, tuyau ; guroô, je roule), Infus. Genre d'iufusoii es, du groupe des vibrioniens.

SYRINGOÏDE adj. ( si-rain-go-i-de — du gr. surigx, roseau; eido.t, aspect). Hist. nat. Qui ressemble à un roseau.

SYRINGO-PICRINE s. f. (si-rin-go-pi-krine — de syrinya, et de picrine). Chiin. Substance que l'on trouve dans l'écorce du lilas,

— Encycl. La syringu-picrine prédomine dans l'écorce du lilas, quand la syringine commence au contraire a disparaître. Elle reste dans les eaux mères d'où la syringine s'est déposée. On l'a extraite en faisant passer la liqueur sur du noir animal, qui absorbe ce corps. On lave ensuite le noir animal à l'eau et on l'épuisé par l'alcool bouillant. On obtient ainsi une solution qui, après avoir été traitée de nouveau par le noir animal, donna une substance amère et jaunâtre soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éther. C'est cette substance qui a reçu le nom de syringo-picrine. Elle est précipitée par le tannin. Le sous-acétaie de plomb ne la précipite pas ; elle ne réduit pas ies solutions alcalines d'oxyde de cuivre jusqu'à ce qu'oit l'ait fait bouillir avec l'acide sulfurique étendu; mais, après cette opération, elle les réduit. Cela

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prouve que la syringo-picrine est un glucoside comme la syringine. V. ce mot.

SYRINGOPORE s. m. (si-rain-go-po-re — du gr. surigx, tuyau, et de pore). Zooph. Genre de polypiers, de la famille des alcyoniens, voisin des tnbipores, et comprenant plusieurs espèces fossiles des terrains tertiaires et de transition : Blainville place les syringopores dans la classe des zoanthaires. (Dujardin.) Il On dit aussi calamité et tubi-

PORITE.

SYRINGOTOME s. m. (si-rain-go-to-me — dugr. surigx, tuyau ;tomê, section). Chir. Instrument dont on se servait autrefois dans l'opération de la fistule à l'anus.

SYRINGOTOMIE s. f, (si-rain-go-to-ml — rad. syringotome). Chir. Opération de la fistule anale.

SYRINGUE s. f. (si-rain-ghe). V. syrinx.

SYRINX s. f. (si-rninkss — du gr, surigx, roseau). Mus. anc. Instrument composé de tuyaux d'inégale longueur, et que l'on nomme aussi fi.ûte de Pan. Il Ou dit aussi SYRINGE

et SYRINGUE.

— Antiq. Nom donné par les Grecs à des sépultures royales de Thèbes, en Egypte.

— Anat. Nom donné quelquefois aux bronches.

— s. m. Echin. Ancien nom des siponcles, appliqué encore par quelques auteurs à un genre formé aux dépens de ces derniers,

— Encycl. Antiq. La syrinx des Grecs consistait en plusieurs roseaux d'inégale longueur, ouverts en haut, fermés en bas, et liés ensemble de telle sorte que les ouvertures se trouvaient toutes sur un même plan horizontal, tandis que les parties intérieures allaient graduellement en diminuant. On en attribuait l'invention à Pan. Virgile a dit (bucoliques, n, 32) : « C'est Pan qui le premier apprit à unir plusieurs roseaux avec la cire. >

Pan primus calamot cera conjungere plures

Instiiuit.

Suivant la Fable, Pan poursuivait Syrinx, nymphe d'Arcadie, fille du fleuve Ladon et l'une des compagnes de Diane. Elle s'enfuit vers les eaux paternelles et y disparut métamorphosée en roseaux. Pan prit quelques-uns de ces roseaux et en fit la syrinx (en grec, roseau). La tradition nous montre d'abord cet instrument entre les mains des bergers d'Arcadie, puis on le voit généralement en usage parmi tous les bergers de la Grèce. Les poêles latins nous montrent aussi les bergers jouant du même instrument, mais ils ne lui conservèrent pas son nom primitif. Dans Virgile, la syrinx est tantôt appelée une fistule à sept tuyaux :

Est mihi disparibus septem compacta cimtit

Pistula. ......;

tantôt un calame :

Ludere qux uellcm calamo permisit agresti; tantôt un roseau :

Agrestem tenui meditabor nrumline tmtsam.

Dans un autre passage encore, Ménulque donne à Mopsus une fragile cicute, ce qu on peut traduire par « un léger tuyau,»

Bac te nos fragili donabimus anle cicuta.

Le plus souvent , la syrinx avait Sept tuyaux d'une longueur calculée de telle sorte que la suite des sous produisit une octave, moins la répétition de la première note. Une gemme antique, reproduite dans la collection de Maffei, nous offre l'exemple d'une syrinx à huit tuyaux. La syrinx dont parle Théocrke, dans sa huitième idylle, est à neuf tuyaux donnant un nombre égal de sons différents. Ces cas sont rares. Pan, les Faunes, les Satyres sont souvent représentés sur les monuments antiques avec la syrinx dans la main ; elle a toujours sept tuyaux. Plus tard, cet instrument, qui est venu jusqu'à nos jours Sous le nom de flûte de Pan, eut jusqu'à douze et même seize tuyaux.

La syrinx fut, chez les anciens, un des emblèmes de la vie pastorale; c'était un instrument essentiellement rustique, avec lequel les gardiens des troupeaux charmaient leurs loisirs et se livraient entre eux à des luttes musicales ; on s'en servait aussi pour régler les mouvements de la danse et même la marche militaire. Hérodote nous montre, en Lydie, les troupes qui marchent aux sons de la syrinx unie à d'autres instruments. De même, chez nous, on a marié les sons du fifre et du tambour.

SYUINX, nymphe arcadienne, fille du fleuve Ladon, l'une des plus fidèles compagnes de Diane. Poursuivie par le dieu Pan, elle s'enfuit aux bords du Ladon, pria ses sœurs de la secourir et fut dérobée aux enibiasseinenls de Pan, qui ne saisit dans ses bras qu'un faisceau de roseaux ; il en arracha quelques-uns, dont il fit la flûte champêtre qui porte le nom de la nymphe. Ovide, au livre 1er de sf!S Alétamorplioses, a raconté cette aventure, dont Mercure fait le récit à Argus pour l'eudormir.

— Iconogr. Simon Mazière a sculpté pour les jardins de Versailles une figure (terme) de Syrinx portant des roseaux. Deux terres cuiies de F. Pollet, représentant l'une Pan et l'autre Syrinx, ont ligure u la vente du peintre Boucher en 1771. La galerie de Dresde possède un tableau de Nicolas Poussin où

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