‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 845 sur 1059 · V. sysomatio.uk, sysome, SYSOM1EN · texte numérisé non relu

V. sysomatio.uk, sysome, SYSOM1EN

SYSSPHJNX s. m. (si-sfainkss — du préf. sys, et de sphinx). Entom. Genre d'insectes lépidoptèresnocturnes, tribu desbombycides, comprenant des espèces qui ont quelque analogie avec les sphynx.

SystallocÈre s. m, (si-stal-lo-sè-re).

Entom. V. systellocère.

SYSTALTIQUE adj. (si-stal-ti-ke — du gr. sustelld, je contracte). Physiol. Qui a rapport à la systole; qui produit une contraction alternant avec une dilatation : Mouvement systaltique du coeur, des artères, etc. (Acad.)

SYSTARQUE s. m. (si-star-ke — gr. sustarchos; de sustasis, systase, et de archos, chef). Antiq. milit. Chef d'une systase.

SYSTASE s. f. (si-sta-ze — gr. sustasis; de sumstêmi, j'établis). Antiq. milit. Subdivision de la milice grecque, comprenant quatre stiques ou décuries de peltastes.

— Rhétor. Genre oratoire inventé par les rhéteurs, et comprenant les discours faits pour obtenir une faveur personnelle.

— a. m. Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des chalcidiens, tribu des ptéromalites, comprenant plusieurs espèces, qui habitent la France et l'Angleterre.

— Encycl. Rhétor. Systase est le nom d'un de ces discours grecs dont les sophistes, à l'époque de la décadence, multiplièrent les dénominations, et qui comprenaient l'épidixis, la dialexis, la lalie, la mélété, la proslalie, la schédiasme, etc. De ces divisions et subdivisions de l'art oratoire, il ne sortit rien qui sentît la véritable éloquence, rien qui rappelât la grande voix d'un Démosthène, ni même l'élégante parole d'un Isocrate. Tout se bornait à des exercices d'école ou à des harangues déclamatoires. Quand, par hasard, on revenait aux grandes questions qui avaient agité la Grèce dans les jours de sa splendeur, ce n'était pas dans un but de politique ou d'instruction, mais dans le simple but de produire des effets de style. Ce n'était plus lo peuple, avec ses passions et ses intérêts, qui était appelé à juger les orateurs, mais quelque auditoire de rhéteurs sans convictions. Le plus souvent, les sujets étaient sans importance. Ces harangues oiseuses pouvaient n'être qu'un compliment; elles s'appelaient alors lalies. Elles pouvaient aussi n'avoir d'autre objet que de recommander à un protecteur celui qui les prononçait; elles portaient alors la dénomination de systases.

SYSTELLOCÈRE s. m. (si-slèl-lo-sè-re — du gr. sustetlô, je contracte; Aéras, corne). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères , de la famille des charançons tribu des tmthribides, dont l'espèce type habite la Guyane.

SYSTELLOPHYTE S. m. (si-stèl-lo-fi-te, — du gr. susteliâ, je contracte; phuton plante). Bot. Plante dont le calice persistant embrasse le fruit à tel point qu'il semble faire corps avec lui. Il Peu usité."

SYSTÉMATIQUE adj. (si-sté-ma-ti-ke— lat.

syslematicus, gr. sustêmatikos ; de sustéma, système). Qui appartient à un système, qui aie caractère d'un système ; qui est combiné d'après un système, de règles préconçues et coordonnées : Le génie seul peut former un ordre systématique des choses et des faits, de leurs combinaisons respectives, de la dépendance des causes et des effets. (Buff.) La science est plus que la connaissance, c'est la connaissance réfléchie, systématique, méthodique. (Ch. de Kémusat.)

— Qui est érigé en système, qui est voulu, préparé, conçu dans un but défini : L'opposition systématique me semble la seule propre au gouvernement représentatif. (Chateaub.) Scepticisme, doute systématique et universel. (E. Saisset.) L'éclectisme pur, l'éclectisme systématique, l'éclectisme pour l'éclectisme est une chimère. (P. Leroux.) L'opposition systématique est un lit qui fut inventé pour favoriser la paresse et vaincre l'insomnie. (E. de Gir.)

— Qui a un système, qui agit d'après un système, des règles préconçues et coordonnées : Ecrivain systématique. Auteur systématique. Le médecin systématique est toujours dangereux. (Gardanne.)

— Dont les actions sont réglées, décidéss d'avance avec précision : Un homme systématique ignore les sacrifices imposés par les circonstances.

— Substantiv. Personne systématique, personne à système : Le défaut des systématiques est de généraliser les faits particuliers, et de les plier adroitement à leurs hypothèses. (Dider.)-"

SYSTÉMATIQUEMENT adv. (si-sté-ma-tike-mac — rad. systématique). D'une ma^imu

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systématique ; d'après des règles préconçues et coordonnées : Les faits systématiquement groupés.

— Par système, dessein préconçu: S'abstenir systématiquement. Il faut dédaigner hautement et systématiquement tout ce qui tend à circonscrire notre vie. (Peyrat.)

SYSTÉMATISATION s. f. (si-sté-roa-ti-zasi-on — rad. systématiser). Action de systématiser, de réduire en système : La doctrine de Hegel est une systématisation du panthéisme. (OU.)

SYSTÉMATISER v. a. ou tr. (si-sté-roa-tizè — rad. système). Réduire en système : Le caractère de notre siècle est de systématiser tout, sottise, lâcheté, crime. (Chateaub.) Le gouvernement systématise l'injustice. (P. Bastiat.)

SYSTÉMATOLOGIE s. f. (si-sté-ma-to-lojt — du gr. susiêma, système ; logos, discours). Scienee ou histoire des systèmes.

SYSTÉMATOLOGIQUE adj. (si-sté-ma-tolo-ji-ke — rad. systématologie). Qui a rapport à la systématologie.

SYSTÈME s. m. (si-stè-me — grec sustéma ; de sun, avec, et de istémi, slad, rester, demeurer, être placé. Le mot grec sustéma correspond exactement au mot latin constitutio). Réunion de principes coordonnés de façon à former un tout scientifique ou un corps de doctrine : Système philosophique. Un faiseur de systèmes. Le système astronomique de Ptolémëe. Le système de Newton, former, composer un système. Défendre, soutenir, combattre, renverser un système. (Acad.) Tout système n'est qu'une combinaison raisonnée, une ordonnance des choses ou des idées qui les représentent. (Buff.) Proposons-nous de grands exemples à imiter plutôt que de vains systèmes à suivre. (J.-J. Rouss.) En choisissant un système, gardons-nous de proscrire ceux que nous n adoptons pas. (Droz.) Lorsqu'on adopte un système, il faut l'adopter complètement. (B. Constant.) On voit toujours la morale pratique des peuples correspondre à leurs systèmes philosophiques.

(L'abbé Bautain.) Les systèmes sont les' échelles au moyen .desquelles on monte à la vérité. (V. Hugo.) Dans une civilisation, la religion, la philosophie, la littérature et les arts composent .un système oïl tout changement local entraineun changement général. (H. Taine.) Un seul défaut dans l'observation, et c'en est fait de l'exactitude de tout un système. ( J. Simon.) Le succès d'un système est une démonstration de la vérité de quelqu'une deses parties. (V. Cousin.) Il Ensemble d'idées préconçues, à après lesquelles on classe et on juge les faits : La science a presque toujours été retardée par tes systèmes. (Cuv.) Les systèmes n'ont le plus souvent produit que confusion et désordre. (Boissonade.) Les systèmes sont, en quelque sorte, les préjugés des savants. (S.-Dubay.) L'auteur d'un système est un captif qui prétend éclairer le monde avec la lampe de son cachot. (Boiste.) Les observations sont l'histoire de la science, les systèmes en sont la fable. (A. Karr.)

— Réunion, combinaison de parties assem- ■ blées pour concourir à un résultat ou de manière à former un ensemble : Le système nerveux. Le système planétaire. Un système de rouages. Un système de montagnes. Paris est desservi par un système complet de voies ferrées. Le système de nos connaissances est composé de différentes branches. (D'Alemb.) Le système des connaissances directes ne peut consister que dans la collection purement passive et même machinale de ces mêmes connaissances. (D'Alemb.) Chez les uns, le système musculaire semble tout attirer à lui; ches d'autres, le système cérébral et nerveux joue le principal râle. (Cabanis.) Le système <ientaire des animaux à sabot non ruminants est, en général, plus parfait que celui des animaux à pied fourchu ou ruminants. (Cuv.} La femme vit sous l'influence du système nerveux ganglionnaire. (Descuret.) Le système entier de nos connaissances repose sur le sens commun. (Proudh.) H Méthode, combinaison de procédés, de moyens destinés à produire un résultat : Système d' éducation. Système de finances. Changer de système. Vous avez un bon système. Ce n'est pas te système que je suis. Il faut avoir un système de conduite. Aucun système d'éducaiion n'est en soi préférable à un autre système. (Chateaub.) La base d'un bon système de finances doit être la suppression des dépenses inutiles. (Droz.) Le système est la maladie de tous les esprits supérieurs que ronge ta fièvre de l'oisiveté. (Rime E. de Gir.)

C'est mon système a moi, l'esprit croit dans le vin. % Keunakd.

Moi je pense, c'est mon système, Qu'un roi doit tout Voir par lui-même,

Scribe.

— Par système, Systématiquement, de parti pris : Contredire par système. Comment peut-on être scepiiqur par système et de bonne foi? Je ne saurais le comprendre. (J.-J. Rouss.)

Le méchant, quel qu'il soit, ne l'est point par «T/s/éme.

VlENNET.

— Esprit de système ou simplement Système, Penchant à tout systématiser ou tout réduire en système, à -agir de parti pris:

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Quiconque est possédé de /'esprit de système ferme les yeux à la vérité. (Chateaub.)

— Se faire un système de. Tenir de parti pris, avec entêtement à: Il s'est fait un système de sa mauvaise conduite. (Acad.)

— Politiq. Mode de gouvernement : Système féodal. Système représentatif. Système républicain. Tout système vexatoire porte la peine de ses vexations. (B. Const.) Tout système qui ne procure pas l'ordre dans le présent et le mouvement dans l'avenir est vicieux et bientôt abandonné. (Guizot.) Jusqu'à présent, le fédéralisme n'avait éveillé dans les esprits que dès idées de désagrégation ; il était réservé à notre époque de le concevoir comme système politique. (Proudh.) Un Etat aussi homogène, aussi bien fondu que ta France, ne pouvait admettre le système fédéral. (Thiers.) Il n'y a pas de gouvernement prépondérant sans un système. (E. de Gir.)

— Hist. Opérations financières imaginées par Law : Le système bouleversa la fortune publique, il Système continental, Ensemble de mesures imaginées par Napoléon 1er, pour interdire à l'Angleterre le commerce avec le continent.

— Métriq. anc. Suite de vers ayant la même mesure, dans une même strophe.

— Mus. Ordonnance générale et ensemble des intervalles musicaux élémentaires, compris entre deux sons extrêmes.

— Navig. Support en cuivre ou en fer, qui est enfoncé dans le bord d'un canot, et autour duquel se meut l'aviron, lorsqu'on le manœuvre.

— Métrol. Système métrique, Ensemble de mesures ayant pour base le mètre.

— Hist. nat. Méthode artificielle de classification, basée sur l'emploi d'un Seul ou d'un petit nombre de caractères : Ainsi sont nés les systèmes et les méthodes en histoire naturelle. (Ad. de Jussieu.)-Z.es systèmes supposent que tous les êtres peuvent être rangés en série rectiligne. (bujardifi.) Il est essentiel de distinguer te système de la méthode. (Bory de Saint-Vincent.) L'unité, qui fait l'essence du système, est plus favorable pour soulager la mémoire. (Bosc.) Les arrangements nommés' clefs dichotomiques sont de véritables systèmes. (E. Lemaout.)

— Bot. Système sexuel, Méthode de classification des plantes créée par Linné, et qui est fondée sur les organes sexuels : Le système sexuel de Linné ne tarda pas à détrôner tous les autres. (A. de Jussieu.) Son système sexuel demeure la seule table qui puisse, en botanique, conduire aisément à la connaissance individuelle des objets. (Bory de Saint- Vincent.) II Système ascendant, Nom donné à ia tige des végétaux, qui s'élève ordinairement vers le ciel : L'axe, ou système ascendant, est en général seul pourvu de moelle et de vaisseaux d'une nature spéciale qui la circonscrivent. (Bon jardinier.) Il Système descendant, Nom donné à la racine des végétaux, qui s'enfonce vers les couches inférieures du sol : Le système oescendant est dépourvu de feuilles. (A. Dupuis.)

— Agric. Système de culture, Mode d'exploitation du sol, en ce qui concerne le choix des plantes cultivées et la manière dont elles doivent être distribuées dans l'assolement : Il est de la plus grande importance de choisir un bon systemr de culture; mieux vaut n'en avoir pas du tout que d'en avoir un vicieux. (F. Villeroy.)

— GéoL Classe de roi;bes ayant la même formation : Système déwmien,

— Encycl. Philos.Trois conditions sont nécessaires pour qu'il y ait système: multiplicité départies, réunion de ces parties, enfiimnion intime et, pour ainsi dire, organisation de ces divers éléments. Il est facile de voir que cette dernière condition est la plus importante. Supposez en effet une multiplicité d'éléments hétérogènes , sans lien commun :

vous irez de l'un à l'autre sans saisir aucun rapport entre eux; il n'y aura donc pas système ; supposez que ces éléments séparés se réunissent pour former un ensemble, il n'y aura pas encore système; il y aura juxtaposition de ces éléments, mais non pas union intime ; ce sera en quelque sorte un mélahge et non pas une combinaison; vous pourrez enlever tel élément à votre choix sans altérer la nature même du tout ; ce sera, pour nous servir d'une autre comparaison qui rend bien notre idée, comme des rangées de pierres alignées dans l'espace. Mais qu'un architecte dispose ces pierres, selon les lois de son art, pour en former une voûte : la voûte une fois construite, vous ne pourrez en enlever la clef sans miner l'édifice. Il y aura système; toutes les parties de l'ensemble ont entre elles des rapports de dépendance mutuelle, et toutes se rattachent à une partie principale, à laquelle elles sont pour ainsi dire suspendues. Ainsi, un système est une sorte de tout organisé ; chaque partie de cet ensemble a sa fonction propre, et toutes relèvent d'une fonction supérieure vers laquelle elles convergente! d où elles reçoivent la vie.

Ce qui, dans un système, rend raison de tout le reste s'appelle, avons-nous dit, principe du système. On pourra donc, en thèse générale, classer les systèmes d'après leurs principes. Or, il ne peut y avoir que trois sortes de principes : ou des notions abstraites,

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ou des hypothèses, ou des faits constatés directement par l'expérience. Il ne peut donc exister que trois sortes de systèmes, selon qu'ils reposent les uns ou les autres sur ces principes. Examinons successivement les systèmes abstraits, les systèmes hypothétiques et les systèmes fondés sur l'expérience immédiate.

Et d'abord, à proprement parler, une notion abstraite peut-elle être principe d'un système? Au premier abord, il semble que oui. Une notion abstraite est en effet plus générale qu'une notion concrète et particulière, et tout principe, devant renfermer ses conséquences, doit être nécessairement plus général que ces conséquences. Mais, à considérer attentivement la chose, nous serons amenés à une conclusion différente. Qu'estce en effet qu'une notion abstraite ? C'est ce qu'il y a de commun entre plusieurs idées

fiarticulières; la perception, dans l'ordre de a connaissance, précède donc l'abstraction, et si principe veut dire ce qui est au commencement, une notion abstraite ne saurait être principe, puisqu'elle a devant elle une somme plus ou moins grande' d'idées particulières d où elle est sortie. Cette considération n'a pas empêché la plupart des philosophes de fonder sur des notions abstraites des systèmes bâtis en l'air, comme la cité des oiseaux d'Aristophane. Le procédé est facile. On prend une idée abstraite, l'idée d'être, par exemple; on la définit arbitrairement et, pour peu qu'on ait l'esprit logique, on tire de cette définition une série merveilleuse de conclusions, et l'on s'admire, et l'on s'étonne de la richesse du principe qu'on a choisi. Condillac, dans son Traité des systèmes, cite un curieux exemple de l'arbitraire avec lequel procèdent d'ordinaire les philosophes. • Un aveugle-né, dit-il, après bien des questions et des méditations sur les couleurs, crut enfin apercevoir dans le son de la trompette l'idée de l'écarlate. Si nous voulons chercher la manière dont il avait raisonné, nous y reconnaîtrons celle des philosophes. Quelqu'un lui avait dit que l'écarlate est une couleur brillante et éclatante; il lit ce raisonnement : J'ai l'idée d'une chose brillante et éclatante dans le son d'une trompette ; or, l'écarlate est une chose brillante et éclatante; donc j'ai l'idée de l'écarlate dans le son de la trompette. Sur ce principe, cet aveugle aurait également pu se former des idées de toutes les couleurs et établir les fondements d'un système dans lequel il aurait démontré : 1<> qu'on peut exécuter des airs avec des couleurs comme avec des sons; 2° qu'on peut faire un concert avec des corps diversement colorés, comme avec des instruments ; 3° qu'on peut voir des airs comme on peut les entendre ; 4° qu'un sourd peut danser en mesure, et mille autres choses plus belles et plus merveilleuses les unes que les autres. »

En second lieu, les systèmes peuvent être fondés 'sur des hypothèses. L'hypothèse est l'explication probable et plausible d'un fait dont la cause nous échappe. D'après la définition même , nous devons donner peu de créance aux hypothèses; aussi, la plupart des vrais savants relèguent-ils les systèmes hypothétiques au rang des systèmes abstraits. Pourtant, n'exagérons rien ; les hypothèses ne sont pas seulement des moyens et des soupçons dont la science fait usage en désespoir de cause; elles, peuvent être aussi des principes, c'est-à-dire des vérités premières qui en expliquent d'autres. A le bien prendre, tous les systèmes philosophiques sont fondés sur des hypothèses. Que l'âme existe ou qu'elle n'existe pas, qu'elle soit une substance sui generis, ou simplement une propriété de la matière organisée, ce sont là autant d'opinions qu'on ne saurait démontrer rigoureusement, mathématiquement, et qu'on appuie seulement sur des probabilités plus ou moins grandes. L'hypothèse des tourbillons, imaginée par Descartes pour rendre compte de ia formation du monde, nous donne un exemple frappant des erreurs où peuvent tomber les philosophes, lorsqu'ils abandonnent la voie lente mais sûre de l'observation pour s'élancer audacieuseraent vers l'infini, sur les ailes de l'imagination. Mais il est des sciences où l'hypothèse est de mise, et où elle est un fondement solide. Ainsi, la vieille astronomie expliquait le système du monde, le mouvement et les révolutions des astres par l'hypothèse de l'immobilité de la terre. Copernic est venu et a renversé les termes de cette proposition; le système de Copernic, non moins que celui de Ptolémée, reposait primitivement sur une hypothèse; seulement, au lieu d'admettre l'immobilité de la terre, centre de tout le système céleste, il supposait l'immobilité du soleil et le mouvement de la terre autour de cet astre. Les lois de la mécanique et les récentes expériences de M. Foucault sont venues démontrer ce qui, à l'origine, n'était qu'une simple supposition. Mais, remarquons-le, si l'hypothèse peut être principe d'un système, surtout en astronomie, ce n'est qu'à certaines conditions, dont la réalisation plus ou moins complète donne la mesure de l'hypothèse. Ces conditions sont au nombre de trois : 1° il faut, lorsqu'on veut expliquer un fait dont la cause nous échappe, faire à propos de ce fait toutes les suppositions possibles, et ne pas se contenter de la première qui se présente ji l'esprit; 2o il faut passer successivement en revue toutes ces suppositions, reconnaître leurs

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caractères et faire choix de celle qui explique le mieux, non-seulement le fait en question, mais tous les autres faits corrélatifs; 3° il faut enfin, l'hypothèse une fois choisie, la soumettre au contrôle de l'expérience et lui donner ainsi la meilleure «t la plus scientifique de toutes les sanctions , je veux dire la sanction expérimentale. Si ces trois conditions sont remplies, l'hypothèse pourra être prise comme principe d'un système. Condillac, dans son Traité des systèmes, a reconnu et mis en lumière l'utilité des hypothèses, t Les suppositions, dit-il, sont à un système ce que les fondements sont à un édifice. • On peut même dire, sans être taxé d'exagération, que les mathématiques, qui sortent tout entières de principes abstraits , reposent aussi sur des hypothèses, ou, mieux, que les principes en sont à. la fois abstraits et hypothétiques. En effet, comment procède le mathématicien? Il dit : si un triangle est donné, il en résulte telle et telle conséquence. Il part donc à la fois d'une supposition et d'une abstraction ou, si l'on aime mieux, d'une supposition abstraite. Nous pouvons, en résumé, dire avec Condillac : 1» Les hypothèses sont non-seulement utiles, mais nécessaires, quand on peut épuiser toutes les suppositions et qu'on a une règle pour reconnaître la bonne ; quelle sera cette règle? l'expérience. 2° On ne les doit pas rejeter quand elles peuvent faciliter les observations, ou rendre plus sensibles des vérités attestées par l'expérience. Telles sont par exemple les hypothèses de physique, si on les réduit à leur juste valeur. Mais les plus parfaites dont les physiciens puissent faire usage -sont celles que les observations indiquent, et qui donnent de tous les phénomènes une explication analogue à celles que l'expérience fournit dans quelques cas.

Kn troisième lieu, un système, avons-nous dit, peut être fondé sur des faits bien et dûment constatés par l'expérience. Quelle est la valeur de ces sortes de systèmes? Et d'abord, un fait peut-il être un principe? Principe veut dire ce qui est au commencement. Or, dans l'ordre de la connaissance, non moins que dans l'ordre chronologique, nous débutons toujours par la perception, et nous ne pouvons percevoir que des objets juxtaposés dans l'espace et se succédant dans le temps. Le fait est donc à l'origine. Par conséquent, il peut et il doit être principe. Ce que le monde offre à nos regards n'est rien autre chose qu'un tissu de faits. Un bon système consistera donc à partir d'un fait primitif, qui nous servira pour ainsi dire de fil conducteur dans cette trame parfois assez embrouillée ; a suivre religieusement, sans bonds et sans saccades, les séries multiples et entre-croisées des faits, et à reproduire ainsi, dans l'œuvre de la science, 1 ordre et l'enchaînement que nous remarquons dans l'œuvre de la nature. Ainsi, il faut admettre comme très-légitime le système qui commence par l'analyse, c'est-à-dire par l'observation exacte et rigoureuse des faits, et sa termine par la synthèse, qui reproduit dans l'unité de la science l'unité naturelle des choses.

— Classification des systèmes. Les systèmes n'existerît pas seulement en philosophie, mais aussi dans toutes les sciences et dans tous les arts. Kn effet, ils naissent du besoin qu'éprouve l'esprit de réunir ses idées et ses raisonnements en une sorte de tout organisé. Or, ce besoin est précisément celui que la science se charge de satisfaire-, par conséquent, qui dit science dit système. Mais c'est surtout en philosophie que le mot système est employé. Chaque tentative nouvelle d'explication donne naissance à un nouveau système. Nous ne passerons pas en revue tous les systèmes différents qui ont vu le jour depuis Thaïes jusqu'à Auguste Comte. Nos lecteurs trouveront, à l'article consacré par le Grand Dictionnaire à chaque philosophe, un exposé complet de chaque système différent. Nous voulons seulement donner ici une classification générale de tous ces systèmes. On pourrait les classer, d'après les principes dont ils dérivent, en systèmes abstraits, hypothétiques et expérimentaux. Mais une telle division, outre qu'elle dirait peu de chose à l'esprit, serait purement artificielle et extérieure. Il nous sera facile d'en trouver une autre plus naturelle et plus intrinsèque. On peut encore classer les divers systèmes philosophiques d'une façon toute subjective, en se fondant sur une distinction logique. Ainsi, M. Victor Cousin reconnaissait trois types généraux de systèmes : le dogmatisme, qui consiste à admettre l'autorité de la raison et la possibilité de la science; le scepticisme, qui consiste à nier ces deux choses, et le mysticisme, qui cherche la vérité dans une faculté supérieure à la raison. Cette division vaut mieux, sans contredit, que celle que nous indiquions tout à l'heure; mais elle a le grand défaut, à nos yeux du moins, de prendre toujours l'esprit de l'homme pour mesure, et d'être, par conséquent, purement subjective et, partant, artificielle. Voas pourrez bien, je l'avoue, ranger tous les systèmes passés, présents et à venir sous ces trois chefs principaux ; dogmatisme, scepticisme et mysticisme; mais prenez garde aux accouplements bizarres.

Platon, par exemple, est un dogmatiste; il croit à ia science; mais vous mettrez à côté de lui le docteur Bûchner qui, lui aussi, croit à la "possibilité de la science; et pourtant Platon est un idéaliste et le docteur Bùchner

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un matérialiste. Avec votre division, je saurai bien que ces deux philosophes sont dogmatistes, mais j'ignorerai s'ils le sont de la même manière. Voici, ce nous semble, une meilleure classification. Prenez pour base le principe même de chaque système, et vous arriverez à trois types généraux : le matérialisme, l'idéalisme et le dualisme; le premier admettant pour principe urTique la matière; le second, l'esprit, la pensée, et le troisième reconnaissant la coexistence de l'esprit et de la matière. Prenez maintenant tous les systèmes qu'a enfantés l'esprit humain depuis les premiers jours de la philosophie, et en négligeant certains caractères purement extérieurs, vous les ferez tous rentrer sans effort sous ces trois chefs principaux ; il en sera de même de tous les nouveaux systèmes qui pourront éclore. Cette dernière classification a le grand avantage de vous faire connaître à première vue le principe même de chaque système; elle ne vous met donc pas dans l'esprit de simples étiquettes destinées à venir en aide à la mémoire; mais à l'étiquette est toujours jointe une idée. C'est là le propre des classifications naturelles.

— Esprit de système. L'expression esprit de système se prend dans un sens défavorable; elle se dit d'un homme entêté de ses propres idées, qui, une fois entré dans son sillon, ne consent jamais à en sortir, quand même il verrait un abîme au bout de ce sillon. L'esprit de système est propre à presque tous les |)hilosophes. Préoccupés de la recherche du principe universel des choses, quand ils ont une fuis trouvé une idée abstraite, ils s'y cramponnent comme l'homme qui se noie à une racine ou à un tronc d'arbre. Kn vain leur diriez-vous que la planche à laquelle ils s'accrochent, loin d'être une planche de salut, doit les conduire à leur perte; jamais ils ne consentiront à écouter vos conseils. Tels sont par exemple ces philosophes qui ferment les yeux aux progrès éclatants des sciences positives. Confinés dans ce qu'ils appellent l'arche sainte, ils croiraient le sanctuaire profané s'ils y donnaient place aux découvertes de plus en plus concluantes de la science moderne. Us ont un système; hors de là, pas de salut, hors de là pas de vérité; si vous ne montrez pas patte blanche, on ne regarde même pas qui vous êtes, d'où vous venez, ni ce que vous apportez. L'esprit de système vient d'un aveuglement volontaire, causé lui-même par la présomption. Quand on croit avoir trouvé la vérité, il est difficile de reconnaître qu'on n'a rencontré que l'erreur. Aussi, quand la lumière se fait, on ferme les yeux et l'on s'enfonce de plus en plus dans les ténèbres. Il est inutile d'insister sur les abus de l'esprit de système : c'est lui qui faisait condamner Galilée, c'est lui qui retient l'esprit humain dans l'ornière de la routine.

Toutefois, n'exagérons rien. L'esprit de système % aussi ses bons côtés, et on ne saurait le bannir complètement de la science, « Autant vaodrait, dit M. Franck dans le ZWcîionnatre des sciences philosophiques, bannir de la science l'esprit d'ordre et d'unité, ou, mieux encore, autant vaudrait supprimer la science elle-même; car, sans unité et Sans ordre, c'est-à-dire sans système, la science n'existe pas, et il ne reste à sa place que des idées confuses, que des jugements stériles, isolés et sans preuves. Cela est évident pour les mathématiques, c'est-à-dire les sciences les inoins accessibles à l'erreur, et qu'on qualifie particulièrement d'exactes. Cela est également vrai des sciences physiques et, ea général, de toutes les sciences d'observation. Que dirons-nous de la philosophie, dont l'objet propre est de rechercher le principe des principes, c'est-à-dire le seul qui soit digne de ce nom, et tout ce qu'il y a de commun à toutes nos connaissances? Une telle science n'est-elle pas la plus haute expression de l'idée que nous nous formons d'un système? Une philosophie sans système n'est qu'un empirisme grossier, qui équivaut à la négation même de toute philosophie. »

— Hist. Système continental. V. blocus.

Système intellectuel de l'univers (LKVRAl), traité de philosophie spéculative, par R. Cud- WQrth (Londres, 1678). L'objet de cet ouvrage est d'établir la liberté des actions humaines contre la doctrine du fatalisme. 11 y a, suivant l'auteur, trois sortes de fatalistes. Les premiers sont athées. Viennent ensuite ceux qui admettent une divinité agissant nécessairement et dépourvue de perfections morales. Enfin, les derniers accordent à Dieu ses attributs moraux, mais soutiennent que toutes les actions humaines sont régies par les lois nécessaires qu'il a ordonnées. Le premier livre du Vrai système intellectuel, le seul qui existe,' roule entièrement sur les preuves de l'existence d'un Dieu contre les fatalistes athées. Le premier chapitre contient un exposé de l'ancienne philosophie corpusculaire, que Cudworth considère comme ayant été non-seulement théiste, mais plus en harmonie que toute autre avec les principes du théisme, jusqu'à ce qu'elle eût été corrompue par Leucippe et par Démocriie. Ces deux philosophes introduisirent un fatalisme basé sur leur théorie atomique. Dans le second chapitre, l'auteur expose d'une manière complète et loyale tous leurs arguments, ou, pour mieux dire, tous les arguments qui ont été en tout temps formulés k l'appui

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de l'athéisme. Dans le troisième, il s'étend sur l'athéisme hylozoïque de Straton, système qui suppose le monde animé dans toutes ses parties,, mais sans une intelligence unique qui le contrôle, et il s'occupe aussi d'une autre hypothèse qui donne au monde une vie végétale, mais privée de sentiment. De là, Cudworth passe à sa fameuse théorie d'une nature ou d'un médiateur plastique, imaginée pour expliquer les opérations des lois physiques sans l'action continuelle de la divinité. 11 ne s'explique pas sur ce sujet avec toute la clarté désirable; il donne à sa nature plastique une sorte de vie sensitive, « une pensée sommeillante, • et il la traite toujours comme une entité ou être réel. (J'est quelque chose d'analogue au principe vital de quelques physiologistes modernes. Dans le quatrième chapitre de l'ouvrage, l'auteur se lance dans un large exposé de. la philosophie ancienne pour prouver que l'unité d un Dieu suprême était la croyance générale de l'antiquité. Tout ce quatrième chapitre, qui forme à lui seul la moitié de l'ouvrage, peut être considéré comme un grand épisode, et comme il renferme une masse de connaissances utiles sur la philosophie des anciens, non -seulement il a été plus lu que le reste du Système intellectuel, mais il a été cause, à plusieurs égards , que l'on s'est fait une fausse idée de l'ouvrage. C'est ainsi que des écrivains très-recommandables ont mis Cudworth au rang des philosophes de l'école de Platon ou même des néo-platoniciens. Il est vrai qu'il s'étend longuement sur une prétendue ressemblance entre la trinité platonique et la trinité chrétienne, mais sa philosophie propre fait de l'auteur un éclectique. Dans le cinquième chapitre, Cudwonh, revenant sur les divers argumeuts en faveur de l'athéisme, les combat fort longuement. Hobbes est l'adversaire avec lequel il lutte de préférence. De tous les antagonistes de Hobbes, il n'en esc peutêtre aucun qui soit descendu dans la lice avec plusd'ardeur. Toutefois, à beaucoup d'égards, son raisonnement manque de précision et de logique. A l'opposé de Hobbes, Cudworth maintient l'existence d'une distinction naturelle et primordiale entre le juste et l'injuste • et le libre arbitre de l'homme. Son but général a été de prouver la .vérité du christianisme en établissant un lien entre cette religion et les philosophiez spiritualistes de l'antiquité. Son hypothèse sur un médiateur plastique, agent inintelligent et nécessaire, n'a été imaginée que pour rendre compte de la formation et de la conservation du monde physique. Trop crédule et prodigue d'érudition, Cudworth ne montre pas assez de critique en ce qui touche les écrits de l'antiquité ; il défend tout comme authentique. D'ailleurs sa candeur est telle, qu'elle a fait suspecter sa sincérité par un théologien protestant du temps et que Dryden disait plaisamment • qu'il avait élevé des objections si solides contre l'existence de Dieu et de la Providence que beaucoup estimaient qu'il n'avait pu ensuite les réfuter. > Comme philosophe, Cudworth est bien inférieur à Hobbes, à Malebranche et à Locke, mais il se place fort au-dessus des scolastiques. Sa terminologie, roide et pédantesque, fourmille d'expressions qui ne se sont point naturalisées dans la langue. Le Système intellectuel a été traduit' en latin par Mosheim (1733).

SjMlètne «oelal (lb) ou les Principe» naturels de In morale et de la politique, par le

baron d'Holbach (1772). Cet ouvrage,- brûlé par le bourreau sur un arrêt du parlement, avait pour but de poser les principes et d'établir les règles d'une morale et d'une politique indépendantes de tout système religieux. 11 se divise en trois parties : 1° Principes naturels de la morale; S» Principes naturels de la politique; 3° influence du gouvernement sur les mœurs ou Des causes et des remèdes de la corruption.

Tout est lié dans le monde moral comme dans le monde physique. On se plaint sans cesse des effets e'. on n'en cherche jamais les causes. On déclame sans fin contre la méchanceté des hommes; on est tout étonné de leurs vices et de leur corruption ; les prédications et les leçons des moralistes et des prêtres n'ont pour objet que la perversité du genre humain; les lois les plus sévères et les châtiments les plus rigoureux ne peuvent obliger les êtres sociables à vivre paisiblement entre eux. L'ignorance, les préjugés, l'opinion, l'éducation, des gouvernements injustes, la paresse, voilà les sources permanentes de la corruption des peuples ; leurs vices et leurs folies sont des suites fatales et nécessaires de leurs institutions déraisonnables.

L'imagination des hommes s'est efforcée de deviner les mystères d'un monde idéal, taudis qu'ils n'ont eu aucune idée du monde réel qu'ils habitent et qu'ils n'ont pas connu les vrais moyens de s'y rendre heureux. Les principes simples et naturels de la morale et de la politique sont encore à trouver. Les peuples les plus éclairés et les plus policés nous montrent à tout moment des vesùges très-marqués de l'ignorance et de la déraison. Ils reconnaissent Te prix de la vertu, de la raison, de ia morale, mais ils n'en ont pour l'ordinaire que des idées incertaines et des notions très-obscures.

A la vue des antiques erreurs dont les peuples sont les dupes, des préjugés sans nombre

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dont ils sont les victimes, des opinions et des vanités auxquelles ils sont obstinément attachés, des obstacles formidables qui s'opposent aux progrès de l'esprit humain, bien des gens ont pensé que les maux de notre espèce sont incurables et qu'il fallait l'abandonner à son sort; d'autres se sont irrités contre elle et ont regardé l'homme comme un monstre dé» testable; d'autres enfin ne l'ont jugé digne que de mépris.

S'irriter contre les hommes parce qu'ils sont malheureux, c'est pécher également contre la justice et l'humanité ; s'étonner de leurs folies, déclamer vaguement contre les passions dont nous les voyons agités et n'en pas chercher les vraies causes, c'est être aveugla soi-même. C'est au peu de sagesse, à la négligence, à la perversité des instituteurs et des guides qu'il faut s'en prendre des vices dont nous les voyons infectés. Plaignons donc les hommes de leurs misères, remontons à la source de leurs maux, cherchons la vérité qui seule peut quelque jour nous fournir des remèdes plus sûrs que ceux que l'illusion a jusqu'ici vainement appliqués aux infirmités de notre espèce.

La morale est si vaine et ses préceptes si stériles, parce que ceux qui l'enseignent, faute de connaître l'homme et de considérer les causes qui agissent incessamment sur lui, n'ont fait que s'égarer eux-mêmes et n'ont jamais connu ni la source du mal, ni les moyens de l'arrêter. Le théologien suppose l'homme essentiellement corrompu, incapable par sa nature de faire le bien, ennemi-né de toute vertu. Si vous lui demandez sur quoi il fonde un jugementsi défavorable à la nature humaine, il vous débite aussitôt mille folies reposant sur le péché originel, mystère profond qu'il faut croire sans le comprendre. Dans l'idée de rendre plus dociles des peuples ignorants et sauvages, leurs premiers législateurs inventèrent des religions. On leur parla de puissances invisibles ; on prétendit « par des fantômes réprimer leurs passions; » on peignit ces fantômes sons les couleurs les plus terribles; on effraya les hommes sans le3 rendre meilleurs. Des dieux méchants, injustes et cruels étaient-ils bien propres à les rendre plus sociables, plus justes, plus humains? D'ailleurs on leur fournit des moyens de les gagner ; parla les ministres intéressés de ces dieux détruisirent évidemment l'effet qu'ils prétendaient produire à l'aide des terreurs qu'ils avaient excitées dans l'esprit des mortels. Siies prêtres sont parvenus à rendre les esprits plus souples, ils n'ont travaillé qu'à faire valoir leurs propres intérêts; ils se sont bien gardés de cultiver la raison de leurs esclaves intimidés; ils ne leur ont point enseigné une morale utile et vraie; ils ne leur ont fait connaître que de fausses vertus; ils leur ont donné le change sur les causes de leurs peines; ils leur ont inspiré des idées qui, bien loin de les rendre heureux, n'étaient propres qu'à les détourner de la route du bonheur et à porter le trouble dans ta société. En un mot, la morale religieuse, fondée sur des chimères, dépourvue de motifs connus, subordonnée aux intérêts des prêtres, n'eut rien de ce qu'il fallait pour contenir ou diriger les passions des hommes; elle ne servit au contraire qu'à leur en suggéter souvent de très-funestes et à leur faire violer sans remords les devoirs les plus sacrés et les plus évidents de la morale humaine.

Le gouvernement fut originairement destiné à réprimer les passions discordantes des membres de la société. Mais ce pouvoir, Je plus souvent usurpateur et tyrannique, devint pour les peuples moins une protection qu'un fléau et une source de corruption, et les barrières destinées à contenir les passions devinrent aussi funestes aux hommes que leurs passions mêmes. Les gouverneurs de peuples sont d'ailleurs infectés de plus de préjugés peut-être que leurs sujets,

11 faut remédier k tous ces maux, et le moyen est aisé ; il ne s'agit que de cimenter 1 union de la morale avec la politique, l'objet de la morale étant de faire connaître aux hommes que leur plus grand intérêt exige qu'ils pratiquent la vertu, et le but des gouvernements étant de la leur faire pratiquer. La morale ne peut qu'inviter les hommes à faire le bien ; le gouvernement peut ou les y contraindre par les lois, ou les y solliciter par des récompenses et des bienfaits.

Tels sont les principes sur lesquels d'Holbach fonde son système inoral et politique, dans lequel il engage les souverains à confondre leurs intérêts avec ceux de leurs sujets, et les sujets à confondre les leurs entre eux. On ne peut nier qu'il n'y ait dans cet ouvrage le principe de l'association, de la solidarité et pour ainsi dire les éléments de la devise républicaine ; « Liberté, égalité, fraternité ; > mais cela ne suffit pas pour expli-. quer la rigueur avec laquelle on le traita. Le prétexte fut que, si l'auteur vante la morale et la vertu, il bannit la religion ; le motif véritable, c'est la liberté avec laquelle d'Holbach s'attaquait aux puissants, blâmait leur ambition, leurs guerres injustes, leur despotisme, leurs exactions et s'arrêtait juste à temps pour ne pas prêcher la révolte.

Sjiième de l* nature, par le baron d'Holbach. V. nature (Système de la).

SjttèaiB pénitentiaire aux Eloll-Unl. (ou),

par MM. de Tocqueville et de Beaumout (1833, in-8» ; 2« édit., 1836, 2 vol. in-8°). Est-il

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vrai que la destinée tout entière d'un homme dépende des premiers pas qu'il fait dans la vie? Conçoit-on une organisation physique et morale telle qu'elle soit invinciblement, fatalement condamnée au ma! ou dirigée vers le bien? N'y a-t-il point un traitement gui puisse arrêter les progrès de la corruption ou même rendre à une conscience viciée l'intelligence et l'amour du bien? Ce sont là de hautes questions, car à leur solution est attachée le sort d'une partie de l'humanité; les lois pénales y trouveraient une base rationnelle et les prisons un principe d'organisation. Si l'homme déchu, en effet, est pour la société un ennemi irréconciliable, l'éternité des peines doif commencer pour lui sur la terre. Si, au contraire, l'homme déchu peut être régénéré , les peines ne doivent plus alors être marquées du sceau de l'éternité, et dès lors aussi les prisons doivent être organisées d'après un système qui tende incessamment à 1 amélioration du condamné.

Ces questions sont donc fondamentales; elles influent en bien ou en mal sur le système pénal comme sur le système pénitentiaire, selon qu'elles sont bien ou mal résolues. Et, cependant, loin d'avoir reçu une solution, à peine ont-elles été posées. Si l'on interroge les lois pénales, les règlements pénitentiaires, on y verra qu'une guerre est déclarée au sein de la société, guerre inévitable là où règne, comme force ou comme droit, l'inégalité des conditions ; en faco des combattants, au-dessus d'eux et, pour ainsi dire, comme juge du camp, siège la justice, c'està-dire une institution de rhomme, faite à son image, partiale, passionnée, barbare, punissant une faute comme on venge une querelle. « Non contente de réduire celui qu'elle atteint à l'impuissance de mal faire, elle le saisit, le dégrade à jamais de sa dignité d'homme: elle le livre à des supplices atroces pendant lesquels un public curieux, qu'elle endurcit loin de le corriger par l'exemple, peut calculer à quelques secondes près ce qu'il faut de temps à un homme pour mourir; ou bien encore, le frappant, elle, justice humaine, d'une peine éternelle ou d'une honte ineffaçable attachée à une peine temporaire, elle le livre à la corruption de ses prisons; on dirait qu'elle le lâche à regret et qu'elle se réserve de le ressaisir aussitôt quV les aura quittées. » Ce sont là les paroles d'un éloquent avocat, Me Marie.

Déjà le bon sens public a obtenu l'abolition de ces peines ineptes autant que barbares qui fermaient éternellement la porte au repentir. On proteste aussi contre le régime des prisons, contre ce pêle-mêle corrupteur dans lequel, en face même de l'autorité, des prisonniers s'enseignent mutuellement le catéchisme du vice et de l'immoralité. C'est là, encore un progrès. Jusqu'ici, il est vrai, la raison seule a parlé; mais si ces enseignements de la raison n'ont encore pour nous que la force d'une grande et noble théorie, du moins la nécessité de réaliser cette théorie est affirmée par tous. Un pas reste donc à faire, mais l'avenir est certain.

Ce qui retarde ordinairement la transition de la théorie au fait, ce sont les obstacles matériels et la crainte que l'expérience ne réponde pas aux belles promesses de la théorie; c'est donc un service à. rendre à la société que de briser les obstacles, d'éclairer la marehe'et d'ajouter a la puissance de l'idée toute la force d'une épreuve expérimentale. Ce service, M. de Beaumont et M. de Tuequeville ont entrepris de le rendre à la France. Pendant que les jurisconsultes, les économistes, les criminalistes philosophes posaient la nécessité, l'opportunité d'un système pénitentiaire et qu'ils raisonnaient sur des théories plus ou moins ingénieuses, plus eu moins savantes, l'Amérique construisait des prisons pénitentiaires, essayait des réformes, obtenait des résultats. A cet égard, l'Europe se trouvait en arrière de l'Amérique sur la route de la civilisation. Le système pénitentiaire de l'Amérique est en activité depuis assez longtemps pour que ses résultats puissent faire autorité.

C'est ce système que MM. de Beaumont et de Toequeville ont pris pour objet d'étude et d'observation. Ce n'est pas seulement une théorie, ce sont des résultats pratiques qu'ils ont voulu pénétrer et apprécier. La théorie, ils auraient pu la connaître plus ou moins complètement en ouvrant des livres; les résultats, il fallait les observer sur les lieux mêmes. Les deux collaborateurs sont donc partis, ils ont traversé les mers, ne sollicitant du gouvernement qu'ils allaient servir que sa protection et lui promettant en échange un travail intelligent et consciencieux dans lequel la philanthropie trouverait enfin des avantages que jusque-là les grands mots ne lui avaient pas donnés. Ils ont tenu leurs promesses. Leur livre est un rapport détaillé des faits observés dans les différentes prisons d'Amérique pendant un séjour de dix-huit mois; rapport consciencieux dans lequel les réflexions graves et élevées viennent se joindre à l'élégante simplicité du récit, sans détourner jamais l'attention des faits qui sont la base, l'objet essentiel de ce rapport.

Ce travail est fait avec une intelligence remarquable, et l'on voit avec plaisir qu'en parcourant l'Amérique et en étudiant ses institutions, les auteurs avaient toujours leurs regards tournés vers la France. C'est pour elle qu'ils observent; aussi, pour se reudre

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un compte plus exact du système pénitentiaire américain et de son application à la France, se livrent-ils à l'étude du pays qu'ils parcourent, à celle de ses mœurs et de ses préjugés, car les mœurs se reflètent toujours dans les institutions. Ce n'est pas tout: dans l'application d'un système il y a, à côté de la question d'opportunité et d'utilité, une question économique à résoudre; MM. de Beaumont et de Toequeville ne l'ont pas oublié, et, pour aider à la solution de ta difficulté, ils donnent des statistiques fort curieuses et très-circonstanciées sur la construction des prisons, les dépenses, les revenus produits par le travail des prisonniers. Le système américain est donc comsilétement élucidé par un ouvrage qui le présente dans sa partie organique, morale, administrative et économique.

Aux Etats-Unis, on semble avoir compris tout ce que vaut un homme, tout ce qu'il y a encore de respectable et de sacré dans cet être même déchu. La prison n'est pas dans cette contrée un enfer sans avenir, sur la porte duquel soit écrite la pensée désolante du Dante ; c'est un séjour de regret et d'épuration. Du fond de sa prison, le condamné aperçoit la société ; il peut y arriver, comme 1 initié arrivait autrefois au temple de la Sagesse, à travers des épreuves difficiles et périlleuses. Il y a loin de là au système appliqué en Europe.

Le problème posé par la loi américaine est celui-ci ; punir l'homme de manière à le faire revivre pour la société. Afin de résoudre ce problème, différents systèmes ont été proposés dans lesquels leurs auteurs se sont divisés sur la construction des prisons, la classification des condamnés, l'isolement sans travail ou avec travail, avec travail dans des ateliers communs ou dans des cellules. Tous ces systèmes sont examinés avec soin , d'abord historiquement, puis en eux-mêmes, enrïn dans leurs résultats pratiques. MM. de Beaumont et de Toequeville ont tout jugé : les avantages, les défauts, les réformes possibles. Ils ont jugé non-seulement en voyant la machine en action, mais en interrogeant les hommes qui entrent dans l'action de cette machine. Ainsi, on trouve dans leur ouvrage les conversations qu'ils ont engagées avec les prisonniers eux-mêmes sur l'effet de l'isolement cellulaire et complet, sur l'effet moral de l'isolement sans travail ou avec travail, sur l'influence des lectures pieuses, par exemple de la Bible, seul livre qui soit offert comme délassement aux prisonniers. Ces conversations sont intéressantes et instructives ; c'est prendre l'effet à la source même, c'est observer la cause influente sur la personne même qui reçoit cette influence et qui, mieux que qui que ce soit, peut conséquemment en rendre compte.

Les deux systèmes les mieux appréciés en Amérique sont celui de Philadelphie et celui d'Auburn. Tous deux admettent la cellule ou l'emprisonnement isolé, mais ils diffèrent en ce qu'à Philadelphie le prisonnier travaille solitairement dans sa cellule, tandis qu'àAuburn le travail a lieu en silence, mais dans des ateliers communs. Il est curieux de suivre les observations des auteurs sur ces deux systèmes et leur influence diverse, sur la discipline égale pour tous, riches ou pauvres, sur les agents, parmi lesquels figurent même des sénateurs, tant on attache d'importance dans ce pays à tout ce qui intéresse l'humanité.

Après avoir analysé ces différents systèmes et nous les avoir rendus familiers par une description claire, précise, qui n'exclut pourtant pas les considérations éloquentes, MM. da Beaumont et de Toequeville posent et discutent cette question : « Le système pénitentiaire de l'Amérique est-il applicable à la France? • Leurs conclusions sont pour l'affirmative, malgré certains obstacles : l'existence de prisons mal construites qu'il faudrait remplacer, la répugnance de l'opinion publique pour les châtiments corporels, la variété des niodes de détention et la centralisation administrative. Le système n'obtiendrait pas en France tout l'effet qu'il obtient aux Etats- Unis; mais on pourrait toujours lui emprunter quelques-uns de ses avantages, et, pour un essai, il serait bon d'établir un pénitencier modèle.

Ce livre a reçu de l'Académie le prix Montyon; traduit dans toutes les langues, comblé d'éloges par la presse du monde entier, il est devenu classique en matière pénitentiaire. La première revue des Etats-Unis, TheNorth American Review, à Londres le Montihy Jievievj, un recueil périodique, The-Law magasine, et la Revue d 'Edimbourg i le déclarèrent une oeuvre hors ligne tant pour la science que pour l'impartialité, pour la profondeur de la théorie comme pour la simplicité de la pratique. En France, la plupart des journaux constatèrent que cette étude ne faisait pas moins d'honneur au caractère qu'au savoir des deux auteurs. La France nouvelle apprécia cette œuvre de statistique raisonnée en termes qui résument très-bien notre pensée : «MM. de Beaumont et de Toequeville on;, entrepris cet ouvrage avec des idées élevées, mais en même temps très-saines. Ce ne sont pas de ces écrivains qui ne croient pas à des devoirs de la société envers les condamnés; mais ils n'appartiennent pas non plus à cette secte de philanthropes exagérés qui prennent,

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pour ainsi dire, parti contre la société en faveur de ceux qu'elle a punis. Nos auteurs sont dans le vrai, et, s'ils savent respecter la sainte humanité, ils ont aussi du respect pour les faits et comprennent que, quand on veut reformer, il faut écouter surtout la voix de l'expérience! Ce livre est une œuvre de conscience et de talent qui doit mériter à MM. de Beaumont et de Toequeville l'estime de leurs concitoyens. ■

Système grammatical dos langues de quelque* nations indiennes de 1 Amérique da

Nord (mémoire sur lïï), par M. Du Ponceau (Paris, 1838, 1 vol. in-8"). Ce mémoire, quia remporté en 1838 le prix Volney, débute par des considérations générales sur la formation dès langues, et spécialement des langues américaines, et fait surtout connaître celles que désigne la dénomination d'algonquines. Les observations de l'auteur sur les éléments de ces idiomes, noms substantifs et adjectifs, articles, pronoms, verbes, etc., aboutissent à caractériser les langues algonquines par l'épithète de polysynthétiques que les philologues américains leur ont appliquée. Suivent, sous le titre d'Appendix, des vocabulaires comparatifs : 1° des langues algonquines et iroquoises ; 2« des différents idiomes de la famille algonquine. Le volume est terminé par un savant rapport sur le caractère générai et les formes grammaticales des langues d'Amérique, présenté, par M. Du Ponceau, au comité d'histoire et de littérature de la Société philosophique américaine.

S)l(èm« financier de la France , pur

M. d'Audiffret (1854, 5 vol. in-8°). Cet ouvrage est moins un tableau méthodique de la législation et des institutions financières de la France qu'un recueil de rapports, de documents et de règlements administratifs ou législatifs ; il possède néanmoins l'unité d'ensemble résultant de la connexion naturelle des sujets traités. Un premier essai de cet ouvrage avait paru en 1840 (2 vol.). Remanié et complété par l'auteur, il est devenu le plus riche et le plus savant répertoire du droit économique et financier. Cette science, toute de pratique en quelque sorte, est à peine connue de ceux-là mêmes k qui elle s'impose par devoir; des jurisconsultes, des législateurs, dont la mission spéciale est le vote réfléchi de l'impôt et le contrôle sérieux des dépenses, ignorent et les principes et les dispositions légales qui régissent les services financiers de l'Etat. Cette organisation, successivement instituée et modifiée par les divers gouvernements, ne peut subir tous les changements que proposent les théoriciens ; cependant il est possible de l'améliorer, à la condition de connaître les diverses parties du système. Il n'importe pas moins aux fonctionnaires, aux économistes, aux jurisconsultes, enfin au grand public des contribuables de savoir jusqu'où s'étendent les limites respectives de leurs droits et de leurs devoirs, d autant plus que les plus sages innovations et que les réformes vraiment utiles sortent de l'enquête générale, de l'expérimentation permanente à laquelle concourent le public, l'administration et la législature. Grâce à M. d'Audiffret, on comprend sans effort toutes les questions de finances et d'économie politique qui se rattachent à l'impôt sur la propriété foncière, sur les capitaux et les biens d'une nature mobilière. En s'attachant aux principes, l'auteur indique mathématiquement les résultats des tarifs fiscaux ; il révèle tous les secrets du mécanisme administratif des sources de la richesse du Trésor. On partage sa conviction que l'administration des finances d'un pays est, de tous les services publics, celui qui touche le plus intimement à tous les intérêts de la société et qu'il produit le bien-être ou le malaise général. Rien n'est accordé à l'esprit de système ; on n'édifie pas une théorie philosophique, on étudie un organisme vivant. L'histoire intervient à chaque instant, et l'histoire armée du positivisme des chiffres et des faits. Ainsi, le Ùapport au roi sur l'udministration des finances en 1830, un des modèles du genre, fait connaître la législation financière de la France depuis 1789. Un autre rapport montre le système et les résultats de l'amortissement depuis 1816jusqu'en 1848. Dans un troisième document , on se rend compte de la crise de 1848, comparée à celles de 1814, 1815, 1830. Les exposés analytiques, qui embrassent tous les éléments de l'organisation politique, administrative et financière, n'offrent pas un moindre intérêt. L'examen des revenus publics, du crédit de l'Etat, de Ses moyens de libération, de la circulation des valeurs, de la comptabilité publique, des services du ministère des finances, de l'administration et de la situation financière des départements et des communes, de la responsabilité ministérielle en matière de dépenses publiques, des caisses des dépôts et consignations, etc., est rempli de renseignements précieux et instructifs. L'auteur soulève et discute des questions majeures quand il traite de l'assiette de l'impôt, de la libération de la propriété, du système des hypothèques, du budget général de l'Etat, de 1 organisation de la comptabilité publique et de la Cour des comptes, des contrôles du Trésor, des droits fiscaux sur les sels, les boissons et les sucres, du monopole et de l'exploitation exclusive des tabacs, poudres, postes, monnaies, etc.-, des tarifs de douane par rapport à l'agriculture, au commerce en général, à

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l'industrie manufacturière, à la navigation et aux colonies.

En définitive, il ressort du tableau, de M. d'Audiffret qu'il existe des garanties trèsrassurantes d'ordre, de contrôle et de haute surveillance sur la. recette et l'emploi des deniers publics; il y a un triple contrôle : celui du ministre, ordonnateur de la recette et de la dépense, celui de la Cour des comptes et celui de la législature. Cette méthode serait, en effet, excellente si on observait les règles essentielles à la matière : 1° responsabilité du ministre ; 2<> vote préalable du Corps législatif librement élu; 30 sanction ou censure motivée et formulée par la Cour des comptes, et exécution des arrêts de cette Cour, qui est moins un tribunal qu'une commission financière du conseil d'Etat. M. d'Audiffret n'insiste pas assez sur cet ordre de considérations; on aimerait aussi à voir indiquer par un esprit si compétent un plan d 'administration plus simple, le système actuel paraissant trop compliqué. Le style de l'auteur est d'une élégance soutenue et d'une lucidité parfaite.

Systèmes métriques el monétaires des anciens peuples, depuis les premiers temps historiques jusqu'à la lin du Ciillfat d'Orient

(essai sur les), par don Vazquez Queipo (Faris, 1859, 3 vol. in-80). Cet ouvrage est digne d'une très-sérieuse attention. L'objet qu'il embrasse est considérable. M. Queipo examine successivement le système métrique des Egyptiens, auquel tiennent les poids et les mesures des Hébreux et de l'empire des Lagides, puis celui des Assyriens, des Syro- Chaldéens et des Perses; des régions orientales et de cette haute antiquité, il arrive aux Grecs et aux Romains ; enfin il termine par les Arabes, intermédiaires de toute façon entre la civilisation gréco-romaine et la nôtre au moyen âge; un appendice est consacré aux Indiens. Les recherches ont été longues et laborieuses. M. Queipo a visité les musées et les monuments, pesant et mesurant sans cesse. Un volume tout entier, le troisième, est rempli par des tables qui offrent les poids des monnaies anciennes conservées dans les collections et rangées buvvant le plan de l'ouvrage. « La méthode est irréprochable, dit M. Littré. M. Queipo met constamment en regard les textes des auteurs et les monuments (coudées, pieds, poids, vases, etc.) qui sont parvenus jusqu'à nous ; il s'efforce d'interpréter les uns par les autres et considère rigoureusement chaque système particulier en soi; puis, quand il pense l'avoir établi sur des documents qui soient propres à ce système, il le compare aux autres pour qu'il leur donne de la lumière et en reçoive. De la sorte s'élève peu à peu, comme un vaste édifice, le corps de la métrologie ancienne, qui embrasse tous les peuples examinés dans l'ouvrage de M. Queipo, va au delà saisir les Chinois, atteint le moyen âge et les temps modernes, et ne commence à s'effacer que par le conflit avec le système métrique Irançais, celui-ci étant devenu nécessaire par la dissolution croissante d'un système qui, singulièrement élégant et judicieux, avait fini, en changeant trop souvent de mains, par perdre sa connexion intrinsèque. ■ Les recherches de M. Queipo, après celles de M. Saigey, établissent d une manière péremptoire que, sous les grands empires d'Egypte et d'Assyrie, civilisés avant la Grèce, il y, eut un système métrologique d'une élégante simplicité, qui, partant de la coudée comme unité linéaire, en tirait les mesures de capacité et de poids, et que toute l'antiquité indienne , grecque , romaine a puisé dans ce système primitif les éléments des systèmes secondaires qui se sont formés. « Ce double résultat, dit Littré, est d'une très-haute importance; car, d'une part, il témoigne que les grands empires dont il est ici question, à côté du génie qui éleva leurs vastes et splendides monuments, eurent aussi le génie inventif, qui sait satisfaire scientifiquement aux pressantes nécessités d'une civilisation déjà très-considérable, et tirèrent de leur arithmétique et de leur géométrie un service qui s'est prolongé pendant des milliers d'années parmi les peuples les plus divers et les plus lointains; d'autre part, il témoigne que la race aryenne, représentée par les Indiens, les Grecs et les Latins, au moment où elle vint en contact avec une civilisation supérieure à la sienne, n'avait pas de mesures ni de poids ou du moins aucun système qui pût tenir contre celui qui venait des contrées égyptiennes, phéniciennes, assyriennes. »

Système du monde (EXPOSITION Dtl), par

Laplace. V. exposition.

SYSTÈNE s. m. (si-stè-ne — du gr. sustenos, étroit), Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des cycliques, tribu des alticides, comprenant uue quinzaine d'espèces, presque toutes d'Amérique.

SYSTÉNODÈRE s. m. (sî-sté-no-dè-re — du gr. suslenos, étroit ; àerê, cou). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des malacodermes, tribu des cléri* tes, comprenant deux espèces, qui habitent les régions centrales de l'Amérique.

SYSTÉPHANIE s. f. (si-sté-fa-nt — du préf. sy, et du gr. stephanos, couronne). Bot. Genre d'algues, de la tribu des bacillariées ou diatomées.

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SYSTOLAIHE adj. (si-Sto-lè-re — rad.

systole). Physiol. Qui a rapport a la systole : Mouvement systolaire.

SYSTOLES, f. fsi-sto-le — gr.siw/oW, contraction ; de sustellô, je contracte). Physiol. Mouvement de contraction du cœur et des artères qui donne l'impulsion au sang : Systole cardiaque. Systole artérielle. La systole et la diastole. Le sang passe du cœur dans les artères pendant la systole. (Aead.)

— Ane. métriq. Licence par laquelle on employait une syllabe longue au lieu d'une brève.

— s. m. Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, dont l'espèce type habite l'Autriche. Il Syn. d'KURYTOMK, autre genre d'insectes.

— Encycl. Physiol. La systole ne survient pas simultanément dans tous les points du cœur, mais elle a lieu d'abord dans les oreillettes, et ensuite dans les ventricules. La^yîtole auriculaire se produit au moment où les oreillettes sont pleines, la droite de sang veineux, et la gauche de sang artériel. Si on observe son mécanisme sur le cœur mis à nu d'un animal encore vivant, on voit qu'elle commence par les auricules, qu'elle tend à pousser le sang vers les orifices auriculoventriculaires par une sorte de mouvement péristallique, et qu'elle s'accompagne plutôt d'une diminution do l'oreillette dans le sens vertical que dans le sens transversal. La systole ventriculaire succède à la précédente lorsque les ventricules sont remplis. C'est elle qui chasse le sang dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire. Ainsi, les deux oreillettes se contractent ensemble et les deux ventricules ensemble, mais un peu plus tard. Ces quatre cavités ne se vident jamais complètement pendant leur systole.

On donne encore le nom de systole artérielle au resserrement des artères dû à leur élasticité, qui fait qu'elles reviennent Sur elles-mêmes, après avoir été distendues un moment par l'ondée sanguine que lance le cœur.

SYSTOLIDE adj. (si-sto-li-de — du gr. sustolé, contraction], lnfus. Qui a un corps contractile.

— s. m. pi. Classe d'animalcules infusoires, plus connue sous le nom de rotateurs.

SYSTOLIQUE adj. (si-sto-li-ke — rad. systole). Physiol. Qui a rapport à la systole : Mouvement systolique,

SYSTOME s. m. (si- slo-me — du préf. sy, et du gr. stoma, bouche). Erpét. Genre de batraciens.

SYSTRÈPHE s. f. (si-strè-fe — du préf. «y, et du gr. strephô, je tourne). Bot. Genre de

fdantes, de la famille des apocynées, dont 'espèce type croit au Cap de Bonne-Espérance.'

SYSTROPE s. m.(si-stro-pe). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des tanystoraes, tribu des bombyliers, dont l'espèce type vit au Cap de Bonne-Espérance.

SYSTROPHE s. f. (si-stro-fe — du gr. sustrophè, contournement). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des apiens ou mellifères, formé aux dépens des hylées. Il Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des chélonides.

SYSTYLE adj. (si-sti-le — gr. sustulos; de sun, avec, et de stulos, colonne). Archit. anc. Se dit d'une ordonnance où 1 entre-coioenemont était de deux diamètres.

— s. m. Ordonnance systyle.

— Encycl. De même que l'on donnait aux édifices certaines dénominations rappelant le nombre ou la disposition de leurs colonnes, de même on les désignait aussi par des termes se rapportant a la distance qui séparait les colonnes les unes des autres. L'entre-colonnement le plus étroit n'était pas le systyle, comme on pourrait le croire, mais le pyenostyle, ou la distance d'une colonne à Vautre ne dépassait pas un diamètre et demi. L'ordonnance systyle avait un eutrecolonnement de deux diamètres. Il s'en fallait de bien peu qu'elle ne réalisât dans l'architecture antique ce qu'on a appelé le système parfait, l'ordonnance eus t y le. Dans ce dernier système, l'entre-colonnement comprenait deux diamètres et quart, excepté au milieu de la façade et de l'arrière de l'édifice, où il était de trois diamètres.

SYSTYLIE s. f. (si-sti-lî — du préf. sy, et de style). Bot. Genre de mousses, de la tribu des splachnées, voisin des taylories. Il Syn. de dissodou et de CYhtodon, genres de mousses.

SYSYG1TE s. m. (si-zi-ji-te — du gr. susu^os, uni). Bot. Genre de cryptogames, type de la tribu des sysygités, et qui parait intermédiaire entre les algues et les champignons,

SYSYGITE, ÉE adj. (si-zi-ji-té — rad. sysygiie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au sysygite.

— s. m, pi. Groupe de cryptogames, ayant pour type le genre sysygite, et qui tient des algues et des champignons.

SYZÉTÈSE s. f. (si-zé-tè-ze — du préf. sy, et du gr. zêtêsis, recherche). Rhétor. Figure par laquelle on feint de commencer avec l'auditeur une discussion, une recherche.

SZAL

SYZÉTÈTE s. m. (si-zé-tè-te — du préf.

sy, et du gr. zététés, chercheur). Nom donné à des docteurs juifs qui cherchent le .sens allégorique et le sens mythique de l'Ecriture.

SYZYGIE s. f. (si-zt-jt — gr. suzugia; de sun, avec, et de zeugos, joug, lien). Astrou. Nom donné aux points opposés dans lesquels la lune est nouvelle ou pleine, c'est-à-dire en conjonction ou en opposition avec le soleil : C'est dans les syzygies qu'ont lieu les éclipses de lune et de soleil. (Arago.)

— Métriq. anc. Réunion de plusieurs pieds de vers en un seul,

— Philos. Syzygies valentiniennes, Déterminations successives et personnelles de l'essence divine, se déroulant deux par deux, chaque éon masculin ayant à ses côtés un éon féminin, d'après certains gnostiques.

— Encycl. Astron. Les syzygies sont la conjonction et l'opposition et correspondent à la nouvelle et à la pleine lune. L'intervalle de deux syzygies consécutives forme un demimois lunaire , qui était égal à la moitié de 29.1,530589 au commencement du siècle; mais il dépend de la durée de la révolution sidérale de la lune et diminue peu à peu de siècle en siècle, par suite de la diminution de la durée de cette révolution.

C'est dans les syzygies que peuvent avoir lieu les éclipses de soleil et de lune. Les syzygies sont aussi marquées par une plus foin de énergie de la résultante des actions u soleil et 3e la lune sur nos mers et notre atmosphère, parce qu'alors ces deux actions, étant de même sens, s'ajoutent. Les marées des syzygies sont, en effet, plus fortes que les marées ordinaires.

SYZYGION s. m. (si-zi-ji-on — du gr. suzugos, conjoint, uni). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux, de la famille des myrtacées, tribu des myrtées, comprenant une cinquantaine d'espèces, qui croissent dans l'Asie et l'Afrique tropicales.

SYZYGOPS s. m. (si-zi-gopss — du gr.

suzuyos, joint; ops, œil). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des pachyrhynchides, comprenant cinq ou six espèces, qui habitent les Iles de France et de la Réunion.

SZABOLCS ou SABOLTSCH (comitat de), division administrative de la région orientale de la Hongrie, entre les comitats de Zeniplin au N., d'Unghvar et de Beregh au N.-E., de Szathmarà l'E.,de Nord-Bihar au S. et à l'O., et de Zemplin au N.-O. U mesure 160 kiiom. sur ISO et 483,138 hectares de superficie ; 146,248 hab. Chef-lieu, Nagy- Kallo. Le sol présente une vaste plaine sablonneuse, sillonnée de nombreux marais et arrosée au N. par la Theiss. C'est un pays fertile en blé, tabac, vins, melons et fruits; élève considérable de gros bétail et de porcs ; récolte de soude, déposée par l'évaporation des marais, et de salpêtre. Ce comitat doit son nom à un château voisin de Tokay.

SZAJNOCHA (Charles), poète et historien polonais, né en Gallicie en 1818. Il débuta dans la carrière littéraire en publiant, dans le Journal des modes, le Roman qu'on a vu de ses propres yeux, ouvrage qui fut bien accueilli, puis collabora a la Gazette de Lemberg, où il donna des comptes rendus des théâtres et desarticles de circonstance (1843). Quelque temps après, il publia Slasio, tragédie en quatre actes, en prose, à laquelle il doit le commencement de sa réputation et qui fut représentée sur le théâtre de Lemberg (1843). Szajnocha rédigea, en 1847 et 1848, la Semaine polonaise, collabora activement à la publication de la Bibliothèque d'Ussolinski, rédigea, de 1852 à 1854, le Journal littéraire et reprit, en 1856 et 1857, sa rédaction à la Gazette de Lemberg. En même temps, il se livra à une étude approfondie de l'histoire et cultiva la poésie avec un grand sueccès. Il a fait paraître ses diverses compositions poétiques dans des journaux et des publications périodiques de Pologne. Parmi ses ouvrages publiés séparément nous citerons : Wojevjodzianka Sandomirska (la Fille d'un vayoode de Sandomiersk), drame en cinq actes et en vers, dont le sujet est tiré de l'histoire de Marina Mnischech, czarine de Russie ; Zonia, tragédie en cinq actes ; Paniez i Dziecocryna (Gentilhomme et demoiselle), tragédie en vers; Boleslas le Brave, récit historique (Lemberg, 1849, in-8<>) ; la Première renaissance de la Pologne, 1279- 1333 (Lemberg, 1849) ; Esquisse historique, sur la Pologne à l'époque de Ladislas Lokiclek et de Casimir le Grand*, Jedvige et Jagello (Lemberg, 1855 et 1856, 3 vol. in-8°), son chef-d'œuvre. C'est une suite de tableaux vivants, mouvementés, d'une grande couleur locale. Le style est pur, poétique, plein de feu et d'une précision rare ; Esquisses historiques (Lemberg, 1854) ; les Nouvelles Esquisses historiques (Lemberg, 1857, 2 vol.) ; Barbara Radziwillowna ; l'Epoque de Casimir le Grand; le Petit-fils de Jean 111 et \&Mère desJagellons; Deux ans denotre histoire, de 1646 a 1648 (Lemberg, 1865); ['Origine de Lech de Pologne (Lemberg, 1858, iu-8"), belle production poétique; la Revue critique (Lemberg, 1865, in-8») ; Recueil de poésies diverses (1864, in-4o), etc.

SZALAD (comitat de), division administrative de la région occidentale de la Hongrie,

SZAN

entre les comitats de Weszprim au N.-E., de Schumegh au S.-E., d'Eisenburg au N.-O., la Sty rie à l'O. et la Croatie au S. Superficie, 5,280 kilom. carrés; 225,385 hab. Chef-lieu, Szala-Egerszeg. Le sol de ce comitat est ondulé, traversé au N.-E. par la chaîne de Bakoniy, arrosé par la Drove, la Mur, la Szala, et baigné par le lac Balaton. Il est très-fertile en grains, vins et fruits. Elève considérable de bétail et d'abeilles.

SZALA-EGERSZEG, ville de Hongrie, cheflieu du comitat de Szalad, sur la petite rivière de Szala, affluent du lac Balaton, à 188 kilom. S.-0. de Pesth ; 3,700 hab.

SZALA Y (Ladislas de), historien hongrois, né à Bude en 1813, mort en 1864. Il étudia, de 182S à 1831, la philosophie et le droit à l'université de Pesth, se lia, 'dans cette ville, avec Kazinczy et Szemere et s'adonna, à leur exemple, à la culture des lettres. Après avoir obtenu, en 1833, le diplôme d'avocat, il ne s'occupa plus que d'histoire, de politique et de jurisprudence et chercha, en 1837, h populariser en Hongrie les idées du droit moderne par son journal Themis, qui n'obtint cependant que fort peu de succès. En 1840, il publia à Pesth ud ouvrage intitulé : la Procédure criminelle par rapport surtout aux tribunaux crimi7iels, qui le rit nommer membre et secrétaire de la commission chargée parla diète d'élaborer un code pénal, et ce fut lui qui, après Deak, eut la plus grande part à la rédaction de ce code, que Mi ttermaier regardait comme le meilleur qui existât en Europe. A la même époque, Szalay publiait la Budapesti Szemle (revue de Bude et Pesth), où étaient examinées et discutées à fond les idées de réforme de l'époque , et après que Kossuth eut quitté le PestiHirlap, il prit, en 1844, la rédaction en chef de ce journal qu'il abandonna en 1845, tout en continuant à être, jusqu'en 1848, l'un de ses collaborateurs les plus actifs. Sus articles, dans lesquels il défendait le plus souvent la question de la centralisation administrative et la réforme de l'organisation des comitats, furent réunis plus tard sous le titre de Travaux politiques (Pesth, 1847, 2 vol.). Ce recueil renferme aussi plusieurs discours remarquables, que Szalay prononça, en qualité de député de la ville de Kacpfan, à la diète de 1843-1844 ; mais la tendance plutôt cosmopolite que nationale de ses idées et la forme trop savante de ses discours nuisirent à son influence sur les masses. Le gouvernement hongrois le choisit, en 1S4S, pour son représentant auprès du pouvoir central allemand à Francfort, et, lorsque les évônements d'octobre eurent rendu celte mission inutile, il fut envoyé k Londres, en la même qualité, sans réussir à se faire reconnaître par le gouvernement anglais comme ambassadeur de la Hongrie. Szalay se rendit alors en Suisse, où il publia les pièces relatives à son ambassade en Allemagne (Zurich, 1849), et, depuis lors, il se consacra exclusivement a l'étude de l'histoire de sa patrie. Le plus remarquable de ses travaux en ce genre est son excellente Histoire de la Hongrie (Leipzig, 1850-1853, tomes I à III; Pesth, 1854- 1863, tomes IV .à VI ; trad. en allemand par Wœgerer, Pesth, 1866 et suiv.), que la mort l'empêcha de terminer. On a encore de lui : le Livredes hommes d'Etat (Pesth, 1847-1852), ouvrage parfait et pour le fond et pour la forme; Faits remarquables de l'histoire de Hongrie (Pesth, 1856-JS60, 3 vol.); le Roi Jean et la diplomatie, dans le Buda Szemle (années 1858-1860); les Colonies serbes en Hongrie (Leipzig, 1862); le Comte Nicolas d'Esterhazy, palatin de Hongrie (Pesth, 1862- .'.166, 2 vol.). Il avait, en outre, publié aux irais et dans la collection de l'Académie hongroise les Œuvres complètes d'Antoine Veranci. Consulter l'ouvrage de Flegler, intitulé : Souvenirs sur Ladislas de Szalay (Leipzig, 1866).

SZALKAI (Anlcine de), poète hongrois, mort k Bude en 1804. U lit pendant quelque temps partie de la maison de l'archiduc Alexandre -Léopold. Szalkai est regardé comme le fondateur de la littérature dramatique de sa patrie, et sou Pikko Hertzeg est la première pièce régulière qui ait été composée en langue madgyare. Ou lui doit en outre une Enéide travestie (1792, in-8°), qui fut interdite par la censure.

SZAMOS, en latin Samusius, rivière de l'empire d'Autriche. Elle se forme dans la Transylvanie par laréunion, à Dees,du Grand-Szamos, qui descend du versant occidental des montagnes situées entre la Transylvanie et la Bukovine, et du Szamos-Chaud, qui baigne Klausenburg. Le Szamos, ainsi formé, coule d'abord à l'O., puis au N., entre dans la Hongrie, baigne Nemethi et se jette dans la Theiss, à 3 kilom. N.-O. d'Olésva, après un cours très-sinueux de 400 kilom.

SZAMOS-UJVARouABMENlENSTADT,ville

de l'empire d'Autriche, dans la Transylvanie, chef-lieu de l'ancien comitat de Szoluok-Intérieur, à 35 kilom. N.-O. de klausenburg, sur le Szamos-Chaud ; 3,728 haD., la plupart d'origine arménienne. Ancien château fort servant de maison centrale. Commerce actif de grains et de bétail.

SZANIAWSKI (Joseph) , écrivain It administrateur polonais, né en G»llic;a en 1764, mort en 1843. Il suivit les cours de droit à l'université de Kœnigsberg, où il devint un des plus ardents disciples de Kant. Après

SZAït

avoir été commissaire du gouvernement du palatinat de Kalisz pendant trois ans, il servit comme volontaire dans la cavalerie nationale, sous le général Lubo, et se montra un des plus chaleureux partisans des réformes en Pologne. Szaniawski prit une part active aux événements de 1794 à Varsovie, puis s'expatria et s'enrôla dans les légions polonaises au service de la république française en Italie. Membre par la suite du comité des émigrés polonais de Paris, il joua à ce titre un rôle fort important. De retour à Varsovie, il fut nommé, en 1806, membre de la chambre suprême administrative, puis procureur à la cour de cassation, où il siégea jusqu'en 1811, remplit diverses missions politiques , devint membre du comité de réforme du gouvernement du duché et fut chargé, en 1815, d'une mission diplomatique auprès du congrès de Vienne, Après la réorganisation du royaume de Pologne, Szaniawski fut nommé référendaire d'Etat, procureur général, président, conseiller d'Etat, directeur au ministère de l'instruction publique, membre de la cour de cassation , etc. Szaniawski , en parcourant tous les degrés de la hiérarchie administrative, se fit constamment remarquer comme habile administrateur en même temps qu'il était un savant et un philosophe. On lui doit plusieurs traités philosophiques et la formation de la langue ou plutôt de la terminologie philosophique polonaise. Parmi ses œuvres, nous citerons : Qu'est-ce que la philosophie? (Varsovie, 1802, in-8°); Sur les principaux systèmes moraux de l'antiquité (1802, in-8«); le Système du christianisme ^$03,111-80)^ Coup d'œil sur l'histoire de la philosophie depuis sa chute chez les Grecs et chez les Romains jusqu'à l'époque de la renaissance des sciences, etc. (1804, in/S"); Traité sur le scepticisme (1803, in-40); Sur les tendances dangereuses de la philosophie auxvme siècle (1804) ; Conseils amicaux adressés à un jeune ami des sciences et de la philosophie (1805, in-8°); Traité sur les classiques et les romantiques par rapport à la philosophie (1822, in-8°); Histoire de l'anarchie en Pologne ; Traité sur les différentes formes du gouvernement (Varsovie, 1807, in-40).

SZANIAWSKI (François-Sévère), jurisconsulte et écrivain polonais, né en 1768, mort & Varsovie en 1830. Après avoir terminé'ses études à Kielizé, il entra au séminaire de cette ville (1784), puis suivit les cours de l'Académie de Cracovie, où il se fit recevoir docteur en philosophie et en droit. Il se chargea ensuite de l'éducation des enfants du comte Félix Lubienski. En 1802, il devint chanoine de Kieltzé, exerça la fonction de secrétaire au ministère delà justice pour les affaires de l'Eglise (1807-1808), puis fut nommé chanoine de la cathédrale de Varsovie, membre de la haute commission de l'instruction publique professeur de l'université (1818), censeur général et administrateur de l'archevêché de Varsovie. Szaniawski était un homme instruit, éloquent et un écrivain distingué. Il a laissé plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous citerons : le Code civil français, livres I, II et III (Varsovie, 1807-1808); l'Organisation des notariats et les écoles de droit (Varsovie, 1807 in-8°) ; Sur les dispositions nécessaires pour l'étude du droit (1810, in-8») ; Traité sur les hypothèques (Lowicz, 1810, in- 8») ; Sur les magistrats (1810, in-8«), Manière de gouverner et de conseiller (1810, in-8°); Traité sur le droit commercial (1810, in-80); Traité sur le divorce et l'interprétation du texte du code Napoléon (1811, in-8«); Sermons de l'abbé Szaniawski (1819, .3 vol. in-8»); Recueil de sermons divers (Bvesfau, 1827, in-8»); les Principes élémentaires de droit (Varsovie, 1817, in-8») ; les Hypothèques et les privilèges (Varsovie, 1820) ; Sur tes juifs (1815) ; Sur ta république (1823); le Droit des gens (1819, in-40)- Histoire du droit (1819, in-4°), etc., et une foule d'articles, de dissertations, de brochures et autres éerits publiés dans les journaux ' de l'époque.

SZANTO, ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, comitat de Abanj-Torna, au pied du mont Satorj 4,600 hab. Récolte de tabac, de bons vins de l'espèce de ceux del'Hegyallya.

SZAPSBA S. m. V. CZAPSKA.

SZAKWADY (Frédéric) , homme d'Etat et écrivain hongrois, né eu 1822. 11 étudia le droit à Vienne et à Prague et devint, en 1847, avocat à Presbourg. Partisan de la révolution hongroise de 1848, il envoya aux journaux étrangers des articles sur la Hongrie et traduisit en allemand une brochure de Szechenyi. Il fut un des députés envoyés aVienne auprès de l'empereur et manifesta la plus grande sympathie pour les insurrections de Pologne et de Vienne. Il devint ensuite rédacteur de la Gazette de Presbourg et fonda, avec Friedmann, le journal Gradàm. Chargé par Kossuth d'une mission secrète à Paris, il se rendit en juin 1848 dans cette ville et y devint le représentant du gouvernement national hongrois. Le 12 octobre, il apporta q Kossuth, en s'exposant aux plus grands dan« gers, le texte d'un traité d'alliance avec la république de Venise. Il revint à Paris. Après la chute de la révolution nationale hongroise, il écrivit à la Gazette de Cologne. Pendant la guerre d'Italie, il fut l'intermédiaire de Cavour et de Kossuth. On a de lui : V Isthme de Suez, Paris, en allemand, et plusieurs traductions allemandes d'ouvrages français. Il

SZEC

avait épousé, en 1855, Wilhelmine Klaus, pianiste très-remarquable. .

SZARWADV ( Wilhelmine Klaus , dame ), pianiste et femme du précédent, née à Prague en 1834. Son père, commerçant à Prague, fut frappé de ses précoces dispositions musicales et lui donna pour maître Joseph Procksch, qui la prit en affection et lui donna tous ses soins. Les progrès de Mlle Klaus, dit Fétis, furent si rapides, qu'en 1849 son éducation musicale était terminée. Elle entreprit un voyage d'artiste avec sa mère et frappa d'étonnementle publie et les connaisseurs. A Dresde, elle joua k la cour et obtint un brillantsuccès. A Leipzig, Liszt, Spohr et Schumann lui prédirent une brillante carrière. Les dilettanti de Brunswick, Cassel, Francfort et Hambourg l'applaudirent aussi avec enthousiasme. Mllc Klaus vint à Paris en 1852 ; elle débuta dans un concert de Berlioz, où elle exécuta le premier concerto de Beethoven. Toute la presse musicale n'eut qu'une voix pour louer ce jeune talent, aussi remarquable par le brio que par la délicatesse. Elle uerdit alors sa mère qui, en mourant, lacontia à M™e Unghez-Sabatier et à M. Szarwady. En 1855, M'I" Klaus épousa ce dernier. EÏle fit de nouveaux voyages artistiques en Angleterre, en Allemagne, en Hongrie, et revint en 1857 à Paris, qu'elle a constamment habité depuis. A partir de ce moment, elle ne s'est fuit qu'assez rarement en tendre dans les concerts. En 1873, elle a exécuté avec Delaborde, dans la salle Pleyel, la neuvième symphonie de Beethoven et a obtenu un très-grand succès, en avril 1875, par la rare perfection avec Iti- |ue!le elle a joué des oeuvres de Beethoven, ie Schumann et de Mendelssohn. « Mme Szaryrady,.dit M, E. Reyer, est devenue nonseulement une très-habile musicienne, mais aussi une grande artiste. Toutes les forces de sa grande intelligence mnsicale se sont concentrées sur un seul point : traduire dans leur vérité la plus absolue et dans toute leur simplicité, c'est-à-dire sans en rien retrancher et sans y rien ajouLer, la pensée des maîtres. Elle a l'élégance du doigté; elle a aussi toutes les qualités qu'on acquiert par un travail obstiné. «Ajoutons qu'elle a beaucoup contribué à la réaction qui s'est produite dans le goût des amateurs en les ramenant au culte des œuvres classiques des grands maîtres, dont elle a même fait publier quelques morceaux inconnus ou tombés dans l'oubli. Nous citerons, entre autres, un admirable concerto inédit (en fa mineur), de Charles-Philippc- Emmanuel Bach, pour clavecin, deux violons, alto et basse, arrangé par Mme Szarwady, pour piano seul.

SZARWAS,villede l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, comitat et à 57 kilom. 0. de Bekès, sur le Koros ; 14,200 hab. Ecole industrielle; élève de bétail. Fondée par une colonie slave en 1725.

SZÀSKA (Nemeth), bourg de l'empire d'Autriche, dans la vayvodie, cercle et à 84 kilom. S. de Lugos, sur la Néra ; 2,207 hab. Mines de cuivre et de plomb argentifères.

SZASZ-REGEN, bourg de l'empire d'Autriche, dans la Transylvnnie, à 77 kiloin. E. de Klausenburg, sur le Maros ; 3,400 hab. Fabrication de tonnellerie et commerce de bois. Fondée par une colonie saxonne.

SZASZ-VAROS, ville de l'empire d'Autriche, dans la Transylvanie, chef-lieu du district de son nom, à 93 kilom. S. de Klausenburg, dans le cercla et à 70 kilom. O. d'Hermanstadt; 9,000 hab. Gymnase calviniste.

SZATHMAR (comitat de), division administrative de la Hongrie, dans le cercle de«Grosswardein , entre les cotnitats de Beregh- Ugotsch au N., de Marmarosch k l'E., de Nord-Bichor au S.-O., de Szabolcs k l'O. et la Transylvanie au S. Superficie, 5,888 kilom. carrés ; 249,500 hab. Chef-lieu, Nagy-Kuroly. Le sol de ce comitat, montagneux dans sa partie orientale, plat à l'O. et au S., est arrosé par la Theiss, le Szainos, le Bios et la Krasna ; il est fertile en vins, grains et fruits. Elève de bétail; éducation d'abeilles et de vers à soie. Riches mines d'or, d'argent, do cuivre, de piomb, d'antimoine, d'arsenic et de zinc.

SZATHMAR -NEMETH, ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, comitat de Szathmar, sur le Szamos, a 35 kilom. N.-E. de Nagy-Karoly ; 12,207 hab. Evêché catholique, suffragant d'Érlau; séminaire, lycée, gymnase. Fabrication de toiles, pelleteries grossières, poteries et tonnellerie. Récolte de vins et de fruits. Elle fut érigée en ville en 1715 par la réunion des deux bourgs de Szathmar et de Nemeth que séparait le Szamos.

SZATMARY (Joseph), poète hongrois. V.Szi-

GL1GKTI.

SZCZATARA, rivière de la Russie d'Europe, dans laquelle le canal Oghinski prend son origine.

SZECHENYI (Etienne, comte de), homme politique hongrois, né à. Vienne en 1792, mort en 1860. Il descendait d'une très-ancienne famille magyare et était le fils de Francis Szechenyi, le fondateur du musée de Pesih. Il s'engagea sous l'empire dans les troupes hongroises ; las de la campagne qui se termina par la bataille de Wagiam, il entra ensuite uans l'armée autrichienne et, après la paix, parcourut l'Europe de 1815 à 1825 pour com-

SZEM

pléter son éducation politique, et rit partie, depuis cette dernière année, des diètes qui se succédèrent en Hongrie jusqu'en 1848. Allié d'abord au. parti libéral, il finit par entrer dans le parti constitutionnel. C'est lui qui lit, en 1830, k la diète une proposition tendantà ce que les débats n'eussent plus lieu en latin, vibais dans la langue nationale. Emprisonné en 1834 avec Kossuth, il put apprécier le radicalisme du célèbre révolutionnaire, dont il se déclara dès lors l'adversaire résolu. Aussi, lors de la publication du Pesti ffirlap, Sczechenyi fit paraître un journal modéré, la Lumière, destiné à contre-balancer l'influence de ce dernier et se borna à demander des réformes politiques et religieuses. En même temps il acquérait une sérieuse popularité, grâce k son immense fortune qui lui permettait de fonder des académies, une société des haras, un théâtre et un conservatoire de musique à Pesth.- Après la publication de sa brochure sur le Crédit, qui témoignait d'une connaissance approfondie de> l'économie politique, il se montra l'un des promoteurs les plus actifs de la navigation du Danube et, grâce à son intelligente activité, rendit prospères et commerçantes les rives désertes de la Theiss, par l'établissement d'un grand nombre d'usines et de fabriques. Vers 1840, Szechenyi dévoila nettement son opposition contre Kossuth, lorsque ce dernier eut adressé à la diète son manifeste pour la publication des débats judiciaires. Le tribun hongrois ayant l'avantage 'dans cette question, de Szechenyi l'attaqua violemment dans les journaux et dans ses • deux brochures : le Peuple en Orient et Essai d'un programme politique. En 1847, lorsque Kossuth eut été nommé membre de la diète par le comitut de Pesth, il refusa de siéger k la chambre haute, comme il en avait le droit, et se fit élire à la deuxième chambra comme représentant de Wieselburg. La proclamation d'indépendance de 1848 porta un coup terrible à ses espérances politiques, et il s'opposa de toutes ses forces a la guerre contre le gouvernement autrichien. Lors de la formation du ministère Bathyani , il reçut le portefeuille des travaux publics, et les appréhensions qu'il avait d'une rupture avec l'Autriche frappèrent tellement son esprit, qu'il en devint fou. Ce ne fut qu'en 1859 qu'il parvint à recouvrer la raison. Sa probité politique, sa générosité lui avaient fait un grand nombre d'amis, qui l'entourèrent de soins; ses adversaires eux-mêmes rendaient hommage à ses éminentes qualités. La police autri-" chienne prit ombrage de cette sympathie générale et organisa autour de lui un système de persécution et de surveillance qui Lui fit perdre de nouveau la raison; dans un accès, il se brûla la cervelle. On a de Szechenyi : les Chevaux , leur e'ducafion et les courses (Pesth, 1830); Projets d'amétioration(Le\pz'ig, 1833); la Navigation du. Danube (Bude, 1830); Oit mot sur la Hongrie (Pesth, 1839) et l'Acudëmie hongroise (Leipzig, 1843).

SZEGEUI (Jean-Baptiste), jésuite hongrois, né en 1699 dans le comté d'Ëisenstadt, mort en 1760. Il a publié: Tripartitnm juris Mun~ garici Tirocinium (Tirnau, 1734, m-12); Synopsis titulorum juris Bungariei (1734, in-8»); Décréta et vitie regum Sungarise gui Transyluaniam possiderunt (Klausenburg, 1743, in-8o) ; Werbotsius itlustratus (Tirnau, 1753, in-8»).

SZEGEDIN, SEGED1N ou SEGED, place forte de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, chef-lieu du comitat de Csongrad, sur la rive droite de la Theiss, près de l'embouchure du Maros, au milieu de marais, à 150 kilom. S.-E. de Bude; 40,000hab. Institut philosophique, collège, gymnase de piaristes, entrepôt de sel. L'ancienne citadelle sert actuellement de maison centrale de force pour le ■royaume de Hongrie. Fabrication de tabac renommé, soude, savon; récolte de bons vins et de tabac. Important commerce de vins, tabac, bois, grains, bétail, sangsues, savon et salpêtre. Navigation très-active.

SZEJNAN s. m. (zè-i-nan). Mamm. Syn.

d'AHU ou tseiran, espèce d'antilope.

SZEKLERS, littéralement gardes -frontières, peuple de l'empire d'Autriche, d'origine hongroise, habitant la partie montueuse du S.-E, de la Transylvanie, dans les trois cercles de Maros-Vasarhely , Uwarhely et Cronstadt. Us sont environ au nombre de 590,000, tous nobles et libres, les uns catholiques, les autres grecs unis.

SZEKSZARD, ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, chef-lieu du comtat de Tolna, k 139 kilom. S. de Bude près de Ja petite rivière de Sarviz; 8,250 hab. Récolte de vins renonynés.

SZEMERE (Barthélémy), écrivain et homme politique hongrois, né en 1812, mort en 1865. Il fit ses études k Meskolcz, à Patak et à l'université de Presbourg; se fit, en J834, i recevoir avocat, et, de retour àVatta, devint s notaire du comitat de Bosod. Il partit en 1836

Four un long voyage en Europe, afin d'étudier administration et les mœurs politiques des principales nations de cette partie du monde civilisé. Après un long séjour en France, où il vécut particulièrement dans la société des journalistes politiques d'alors, il retourna dans son pays et fit paraître successivement : Plan d'une maison de correction, d'après le système cellulaire (Cassovie , 1839) ; Voyage en Europe (Pesth, 1840), et De la peine de

SZOB

mort (Pesth, 1842), contre laquelle il se prononçait énergiquement. Nommé, cette même année, juge à la haute cour de justice, il fut, l'année suivante, élu député à la diète de 1843-44. Il devint ensuite directeur du comitat de Vatta, et dut à son franc libéralisme sa réélection k la diète de 1847-48. Lois des événements de cette dernière année, il reçut dans le ministère Bathyani le portefeuille de l'intérieur, et, pour soutenir les idées de Kossuth, qu'il partageait, il fonda une feuille républicaine, le Journal de Szemere. Lors de la dissolution du cabinet Bathyani, il obtint provisoirement la direction des affaires intérieures, et prit une part active aux travaux du comité de défense nationale. Au mois de décembre 1848, il alla, comme commissaire d'Etat, dans la haute Hongrie, où il leva un corps de volontaires, et, en avril 1849, après la déclaration d'indépendance, inaugura le nouveau ministère, dont il eut la présidence, par une proclamation ultra-révolutionnaire. Toutefois, il ne tarda pas à se séparer de Kossuth ; il poussa le général Bem k la guerre et fit hautement opposition k l'autorité du général Goergei. Lorsque le triomphe de la réaction eut amené la chute du parti national, il s'exila volontairement à Constantinople, d'où il revint à Paris. Il y a publié une brochure, qui fit une certaine sensation, intitulée : Bathyani, Gœrgei et Kossuth,' dans laquelle il combattait vivement la politique de ce dernier. En 18G4, il put revenir en Hongrie, par suite d'un décret d'amnistie; mais, à cette époque, sa raison s'était troublée, et il ne tarda pas a succomber. On a encore de lui des essais critiques fort importants qui ont paru dans VAroiz Kcengs et dans VAtneniEum hongrois, deux revues publiées à Pesth, et la Question hongroise (Paris, 1860, in-8°).

SZENT-MAHTONIX (Ignace), jésuite hongrois né à Belliza (Croatie) vers 1718. mort en 1793, Il fut astronome à la cour de Lisbonne, et envoyé au Brésil pour lever le ^plan des frontières près du fleuve des Amazones, que se disputaient l'Espagne et le Portugal. Au moment où il terminait ce travail, il fut, en même temps que les autres jésuites du Brésil, arrêté par ordre de Pombal et transporté à Lisbonne. Il fut emprisonné pendant huit ans, et ne fut rendu a la liberté qu'après la mort de Joseph Ie'. Il revint alors à Vienne, puis alla passer le reste de sa vie auprès de son neveu, Ignace Szent-Martonix le jeune, curé et doyen à Belliza.

SZEREM, comitat de Hongrie. V. syhmie.

SZIGETH ou SIGETH, ville de l'empire d'Autriche, ch.-l. du comitat de Marmoros, à 230 kilom. E. de Bude; 6,230 hab. Gymnase de piaristes ; gymnase réformé ; salines importantes aux environs; grand entrepôt de sel du comitat.

SZIGETH (NAGY-), ville de Hongrie, comitat de Schumegh, à 30 kilom. S. de Kaposvar ■ 3,000 hab.

SZIGLIGETI (Joseph SZATHMARY, connu sous le nom de), auteur dramatique hongrois, né à Gross'wardein (comitat Ue Bihar) en 1814. Elevé dans sa ville natale, il vint, en 1832, à Pesth pour y apprendre la profession d'ingénieur; mais son goût pour le théâtre l'emporta, et il se fit recevoir membre de la Société des acteurs hongrois. Ce fut k cette époque qu'il quitta son véritable nom de famille. Il se fixa définitivement à Pesth, lorsque fut ouvert dans cette ville le Théâtre- National hongrois, auquel il n'a cessé d'appartenir'depuis cette époque, et dont il était en 1875 secrétaire et régisseur. Comme acteur, il n'a jamais obtenu de grands succès, car il n'a point fait d'études spéciales, et les avantages extérieurs lui manquent; mais il a acquis une grande réputation connue auteur dramatique. Ses pièces intitulées : la Rose et le Comédien errant, remportèrent le premier prix de l'Académie hongroise ; une autre, le Petit- fils de Zach, en obtint un de la. direction du théâtre, et trois de ses drames reçurent aussi un prix de l'Académie; enfin, depuis 1855, c'est à lui qu'est décerné presque annuellement le prix l'eketi, pour le meilleur ouvrage théâtral. Parmi ses drames historiques, que distinguent l'intérêt de l'action et une rare fidélité dans la peinture des mœurs et des caractères, il faut citer en première ligne : Vazul, Couronne et épée, le Faux André, Etienne IV, Bêla III et le Fils de Mathias. Mais il a obtenu encore plus de succès par ses pièces populaires, qui retracent admirablement la vie du peuple magyare sous ses bons et ses mauvais côtés, et dont plusieurs ont été représentées avec succès sur les théâtres allemands. Tels sont, entre autres : le Déserteur , Deux pistolets, le Juif, le Csikos, etc. II a écrit une foule de compositions originales, qui se sont toutes maintenues sur la scène, et qui forment presque exclusivement le répertoire des théâtres de province et des troupes théâtrales ambulantes de la Hongrie.

SZ1STOWA, ville forte de la Turquie d'Europe. V. Sistova.

SZISZEK (ALT-), bourg de l'empire d'Autriche, dans la Croatie, comitat et à 47 kilom. S.-É. d'Agram, surlaKulpa; 1,270 hab. Important commerce de grains. Nombreuses antiquités romaines.

SZOBOLSLO, ville de l'empire d'Autriche,

SZUJ

dans la Hongrie, comitat de Nord-Bihar, a 25 kilom. S.-E. de Debreczin.sur leKossely; 13,000 hab.

SZOKARSKl (Victor-Félix), médecin polonais, né vers 1808. Surpris par la révolution de 1830, au milieu de ses études médicales, k Varsovie, il fut forcé, après la prise de cette ville, de se retirer en Allemagne, où i) se fit recevoir docteur (1834), et se rendit en 1836 k Paris, où il se soumit une seconde fois aux examens. Il choisit pour sujet de sa thèse de doctorat (1839) une question importante de médecine oculaire, la diplopie uniloculaire. Depuis lors, il s'est voué spécialement au traitement des maladies de la vue, et il a publié : Essai sur les sensations des couleurs dans l'état physiologique et pathologique de l'ceil (1840) ; Sur la rotation du. globe oculaire (1841); Sur l'emploi des lunettes et des conserves (1842) ; -Sur l'anatomie élémentaire du cristallin (1843); la P ligue polonaise {IZU). Szokarski a fondé, en 1845, une société de médecins allemands, destinée k former, au sein de la capitale, un point intermédiaire entre le mouvement scientifique de la France et de l'Allemagne.

SZOLNOK, ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, chef-lieu du comitat de son nom, au milieu des marais formés par la Theiss, au confluent de la Zagyru et de la Theiss; 9,000 hab. Entrepôt de sel, commerce de bois et bétail, il Le comitat de Szolnok, formé, en 1849, d''ine portion du comitat de Heves, s'étend sur les deux rives de la Theiss, et mesure une superficie de î,851 kilom. carrés; 109,329 hab.

SZOLNOK INTÉRIEUR, en hongrois Belsœ- Szolnok, ancien comitat de la Transylvanie ; il avait une superficie de 3,465 kilom. carrés, avec une population de 86,000 hab., et pour chef-lieu la ville de Szamos-Ujvar. Il forme actuellement la partie méridionale du cercle de Dees.

SZOLNOK MOYEN, en hongrois Kœsep- Szolnok, ancien comitat de la Transylvanie, d'une superficie do 4,178 kilom. carrés, avec une population de 128,000 hab. Le chef.-l. était la ville de Zillah. Il forme actuellement le cercle de Somlvo. V. ce mot.

SZOTAKS, tribu slave de la Hongrie, dans le comitat de Zemphis. Les Szotaks, au nombre de 110,000, ne font alliance qu'entre eux.

SZOVITZIE s. f. (zo-vi-tzt — de Szovilz, savant russe). Bot. Genre de plantes, de la famille des ombellifères, tribu des caucalinées, dont l'espèce croît en Perse.

SZTARAY (Antoine, comte de), général autrichien, mort en 1808. Il fut chargé, en 1792, après la bataille de Jemmape3, de protéger contre Dumouriez la retraite du duc de Saxe-Teschen. Il assista aux combats de Tirfemont, de Liège et de Courtrai (11 mai 1794), où il fut dangereusement blessé; puis en 1796 à ceux de Forchheim, de Bamberg et de Wurtzbourg, se distingua surtout à Cronach et fut blessé au combat du pont de Kehl (20 avril 1797). Il fit les campagnes de 1799 et de 1800, sous les ordres de l'archiduc Charles et de Kray.

SZUJSKI, famille de princes polonais, qui a fourni un grand nombre d'hommes distingués. Selon Niesiecki, certains membres de cette famille quittèrent Moscou et vinrent se fixer en Pologne avant 1600. Toutefois, on trouve la preuve de leur présence en Lithuanie bien avant cette époque. Une lettre par laquelle Sigismond le Vieux, roi de Pologne, accorde un subside k un Szujski, prouve que celui-ci s'était établi en LiUmanie vers 1540. Les princes Szujski descendent de la famille desprinces deSuzdalsk. — Le prince Szujski Gp.iiBiiiNKA fut grand vayvode de Novgorod, vers le temps ou cette ville perdit sa liberté. Lorsque Novgorod fut tombé au pouvoir des czars moscovites, les princes Szujski se rendirent k Moscou, entrèrent au service du czar et occupèrent d'importantes charges à la cour et dans l'Etat. Ce n'est que du temps de Sigismond III que cette maison commença à jouer un rôle dans l'histoire delà Pologne. Basile Szujski et son frère Demetri furent amenés dans ce pays comme prisonniers de guerre. Demetri put se faire accompagner de sa femme ; mais il n'en fut pas de même de Basile, dont la femme mourut religieuse au monastère de Moscou. Les deux frères vinrent habiter le palais de Gostyn. Basile mourut en 1612, âgé de soixante -dix ans; Demetri en 1622. La famille des Szujski se propagea rapidement en Pologne; mais le manque de fortune nuisit k l'éclat de cette maison. Tous ses membres appartenaient k la religion catholique et deux d'entre eux entrèrent dans la Société de Jésus. Le plus célèbre parmi les Szujski est Coustantin-Jean, fils de Jean- Alexandre, magnat de Crzesc, mort en 1687. Député k la diète de 1667, commissaire extraordinaire dans l'armée lithuanienne, il fut élu, k la diète de 1677, commissaire du tribunal des finances de Lithuanie, puis devint gouverneur de Jalolosk, de Zabalski, -enfin porte-enseigne de la cour. Du temps de Stanislas-Auguste, deux Szujski, Florian et Wojciech, chambellan du roi, acquirent une grande notoriété. La maison de Szujski est actuellement éteinte.

SZUJSKI (Joseph), auteur dramatique et historien polonais, né à Tarnovo en 1835. Il étudia le droit et la philosophie k l'université

SZUT

de Cracovie, où il prit ses grades, compléta ses études à Vienne, pais se retira à Kurdwanowo (Gallicie). A partir de 1846, Szujski devint un des membres les plus actifs de la Société scientifique de Cracovie et, en 1866, il fut nommé membre de la Société des amis des sciences de Posen. Depuis 1863, Szujski habite Cracovie. Il a débuté dans la carrière littéraire par des poésies lyriques, insérées dans divers recueils, principalement dans le Journal littéraire de Léopol. Bientôt après, il se mit à écrire des drames que le public accueillit avec faveur. Szujski s'est également fait connaître comme romancier, farmi ses nombreux ouvrages, nous citerons :

Halszka de Osttog, drame en cinq actes (Cracovie, 1859), représenté & Praga en 1860 ; Dzierz'anowski, drame historique en cinq actes (Léopol, 1859); Jerzy Lubomirski, drame historique en cinq actes (Léopol (1860) ; ladwiga, drame en cinq actes (1869) ; Rieronim Radziejowski, draine en vers; Samuel Iborowski, . tragédie ; la Mort du prophète, poëme ; Sluga grobow (le Serviteur des sépulcres) ; Iacek Brsuchalski, épisode historique de 1656; Défense de Sainte- Çze&tochowa (Léopol, 1862). Ses poésies religieuses ont paru sous ce titre : Les moments graves, ei sous le pseudonyme de I, Pracodzic. On lui doit encore : les Portraits par Nou- Van-Dick (Léopol, 1861), esquisses de mœurs, contes et nouvelles; les Mémoires de Mimoza; les Aventures de M. Sylwan, récit humoristique (Léopol, 1863). Depuis 1860, M. Szujski s est beaucoup occupé de travaux historiques. Il a publié dans le Journal littéraire un travail intitulé : Coup d'ail sur l'histoire polonaise et commencé à la même époque à faire paraître une Histoire de Pologne, à l'usage de la jeunesse des écoles (Léopol, 1862-1865,4 vol.). Parmi les produits récents de sa muse féconde, nous citerons : X Histoire d'un gentilhomme sur le pavé (en vers) ; les drames suivants : Néron, Sauonarota, Radziejowski, Michel Korybut, Samuel Zaborowski, Fwardowski, en quatre actes (1866), et la comédie intitulée Adam Szmigielsko, représentée sur le théâtre de Cracovie en

SZUMItAK., un des esprits infernaux, dans l'ancienne mythologie slave. Il avai^ pour mission de gonfler encore l'orgueil des hommes déjà vains et arrogants, afin de les conduire ainsi plus vite à leur perte ou à leur amendement.

SZC-TCHOUAN ou Sl'ï-TCUOUAN ou SZ'-

SZYM

TSHWAN {Pays des quatre fleuves), la plus grande des provinces de la Chine, dans la partie occidentale de l'empire, entre le Thi- Det à l'0.T le Chen-Si au N., le Houpé à l'E., le Kouéi-Tchéou et le Yun-nam au S., par 250-330 de latit. N. et 9S°-1070 de longit. E. Superficie, 433,689 kilom. carrés; la population, qui était en 1812 de 23 millions d'habitants, était évaluée par le baron Richthofen, en 1872, à 35 millions. Chef-lieu, Tching-Tou ou Tshing-Tou-Fou, ancienne résidence des empereurs, une des plus belles villes de la Chine et dont la population est de huit cent mille âmes. Cette province se compose de deux parties; la partie occidentale, qui est très-peu peuplée, peu fertile, presque inculte et sans importance; le partie orientale, qui est au contraire une des régions les plus riches et les plus peuplées de la Chine. Les principaux objets de culture sont le tabac, le pavot, le thé, la canne à sucre. On y fabrique en grande quantité de la soie, de 1 opium, de l'huile, qui sont l'objet d'un commerce important, ainsi que la cire. On y trouve d'importantes salines, du pétrole, de la houille, du minerai de fer, qui est l'objet d'une industrie florissante. Les Chinois de cette province se livrent paisiblement à l'agriculture, à l'industrie et au commerce. D'après le voyageur Richthofen, ils sont de tous les habitants de la Chine les plus polis, les plus affables, les plus proprement habillés, et se font remarquer par l'accueil sympathique qu'ils font aux étrangers.

SZYMANOWSKI (Joseph), poète polonais, né en 1748, mort en 1801. 11 visita avec le prince Gzartorisky, dont il était l'ami, la Russie, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. De retour.dans sa patrie, il fonda la Société des amis des sciences et des lettres, ga^na la faveur de Stanislas-Auguste et acquit une grande popularité par ses productions poétiques et littéraires. Nous citerons de lui: le Temple de Vénus à Cnide (Parme, 1807, in-4<JJ, son chef-d'œuvre; Sur te goût (Lemberg, 1776) ; Etude sur les procès criminels (Lemberg, 1793); Itecueil d'improvisations (Varsovie, 1803). Il traduisit, en outre, les œuvres de Montesquieu, le roman de Voltaire intitulé Zadig, etc.

SZYMANOWSKI (Martin), artiste dramatique polonais, né dans le grand-duché de Posen en 1775, mort eu 1830. Après avoir achevé ses études dans sa ville natale, il entra dans l'artillerie royale; mais, poussé par sa vocation pour le théâtre, il quitta bientôt l'armée

SZYM

et débuta, en 1797, dans une petite opérette. Un nouveau rôle qu'il remplit dans le drame à' Eugénie révéla dans Szymano'wski un grand artiste, et, à partir de ce moment, il joua avec un grand éclat les amoureux et les héros tragiques. Il parut pour la dernière fois sur le théâtre dans Preciosa (1830), tragédie allemande, traduite en polonais par J.-D. Minasowicz. Szymanowski possédait toutes les qualités d'un grand artiste dramatique.

SZYMANOWSKI (Wojeiech), artiste dramatique et littérateur polonais, tils du précédent, né à Varsovie en 1799, mort en 1861. Il fit ses études à l'école des cadets, puis devint acteur, auteur dramatique et traducteur. Parmi les pièces de Ihéàtre et autres ouvrages traduits par lui, nous citerons : Deux précepteurs; les Cochers de fiacre; le Retour du matelot; V Anneau, drame de Ducange; le Cours d'histoire universelle de Lamé (9 vol.) , Education d'une mère (14 vol.) ; le Voyage autour du monde de Jacques Arago (1846, 2 vol.) ; Tableau de tous les voyages faits autour du monde (1848, 5 vol.); Voyage dans la Ilussie occidentale et en Crimée, ]mr A. Demidoflf (1845) ; les Voyages de Gulliver (1853) ; la Case de l'oncle Tom, p;ir Mme Beecher Stowe, etc. Parmi les œuvres qui lui sont propres, nous mentionnerons: les Moyens d'approfondir l'art dramatique (Varsovie, 1837); le Monde dramatique, journal théâtral publié en 1838, 1839, etc. ; l'Histoire du monde depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; le Musée du jiidicule, avec des caricatures dessinées par Joseph Gkïwacki; Trois cents portraits d'illustres Polonais et Polonaises (Varsovie, 1860, avec 60 planches de gravures); Récit des plus importantes inventions (1854, 2 vol.); le Monde et ses habitants (1853); Choix des voyages et des découvertes les plus curieuses (6 vol.), etc.

SZYMANOWSKI (Waclaw), littérateur polonais, né à Varsovie en 1821. 11 suivit d'abord la carrière administrative, travailla quelques années dans la commission des finances, puis s'adonna tout entier à la culture des lettres. Il débuta par des poésies diverses et des petits contes, puis rédigea le Journal de Varsovie et la Chronique. Depuis quelques années, M. Szymano'wski collabore à la Semaine illustrée et à diverses autres publications. Dans ses productions littéraires, il se fait remarquer par la finesse de son esprit, par sa verve satirique et humoristique, et "par un style énergique et correct. On a de lui : Sedrivoj, comédie jouée avec succès ;

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Histoire de cœur et Une mère (en vers) ; Silazlego njx jednego {Trop de malheur pour un seul) ; Esquisses de Varsovie (1855, in-80), en prose ; les Usuriers (1855, in-8») ; les Derniers moments de Copernic , tableau dramatique (1855, in-8°), en vers; Salomon, drame du xvie siècle, en trois actes et en vers (1856, in-8»), etc. Il a donné des traductions du Paria et des Enfants d'Edouard de Delavigne, de l'Honneur et l'argent de Ponsard, etc.

SZYMONOW1CZ (Simon), en latin Slmonidei, poète latin polonais, né à Lemberg en 1557, mort en 1629. Il reçut une éducation très-soignée, suivit il Cracovie les cours d'histoire, de philosophie, de médecine, de sciences, d'histoire naturelle, et gagna l'amitié des deux suvants professeurs Jacob Gorski et Stanislas Sokolowski. Szymonowk-s dirigea ensuite plusieurs éducations

Earticulières, notamment celle de Jacob Soieski, père de Jean III, roi de Pologne, et acquit une immense réputation dans sou pays. Jnste-Lipse le nomme le plus grand et le seul poëte de son époque ; Thomas Seget, savant anglais, prétendait ne pas connaître en latin d'odes plus sublimes que celles de Szymonowicz; enfin, le poëte Berley le comparait à Pindare. Une grande partie de ses œuvres sont restées manuscrites et se trouven dans les bibliothèques de Pologne, de Saint- Pétersbourg et de Lemberg. Parmi celles qui ont été publiées, nous citerons : Flageltum liooris, confinent omnia fere metrorum gênera, quibus tisus est Horatius (Cracovie, 1583, in-40); Epithalamium Sigismundi III Poloniorum régis et Annie Caroli archiducis Ausd-ias filias (Lemberg, 1592, in-40) ; JElinopsan (1589), poème dont le Sujet est la victoire remportée par Zamoiski sur les Turcs et Tartares (1589); Castw Joseph (Cracovie, 1587, in-40), drame; Joël, prophète (Cracovie, 1593, in-4°); Herennii philosopld enarrotio in metaphysica Simone Simonide interprète, etc. (iu-40), en grec et en latin ; Imagines Distœ Lamoscians (Cracovie, 1604, in-40); E'ncomia divi Stanislai (Cracovie, 1604, in-40); Lutnia Rokokansca, poème élégiaque (Cracovie, 1806); Pentesilea (1618, in-8»), etc. Le Recueil des Poésies de Szymonowicz a été publié par J. Mors Hancburcryk sons ce titre : Poemata aurea Simonis Siinonidx,ed.Joachim Marsius (Lugduni- Batav., 1619, in-12). On doit une excellente édition des œuvres de Szymonowicz à Ange Durini, sous ce titre : Simonis Simonidte Beudonski et Pindari laliiti Opéra omnia.

GRAND

DU XIXe SIÈCLE

1 — Tiré d'un manuscrit de la Bibiue royale de Munich. — XIIe siècle.

2 — Alphabet lapidaire de Turin. — XVe siècle.

3 — Tiré du missel du cardinal Cornélius. — XVIIe siècle. A — Tiré d'un manuscrit du XVIe siècle.

5 — Lettres bizllatiques d'Italie — XVIe siècle.

6 — Tiré d'un manuscrit de Venise. — XVe siècle.

7 — Tiré d'inscriptions sépulcrales de Vienne (Autriche). — XIV" siècle.

8 — Tiré d'un èvangéliaiïe de la Bib<iue royale de Munich. — XIe eiècle.

9 — Écriture d'église du XIV8 siècle.

10 — Tiré d'inscriptions sépulcrales lapidaires de Naples. — XIII8 siècle.

11 — Tiré de la Bible du surintendant Fouquet. — XIII8 siècle.

12 — Alphabet vénitien du XVIIe siècle.

T s. m. (té dans l'ancienne épellation, te dans la nouvelle). Vingtième lettre et seizième consonne de notre alphabet, la deuxième des dentales, correspondant au tau des Grecs, îles Hébreux et des Phéniciens : Un grand T. Un petit t.

Le ! tient au toucher, tape, terrasse et tue ; On le trouva à la tète, aux talons, en statue; C'est lji qui fait au loin retentir le tocsin. Peut-on le méconnaître an tic tac du moulin? De nos toits par sa forme il dicta la structure, Ct tirant tous les tons du sein de la nature, Exactement taillé sur le type du tau, Le T dans tous les temps imita le marteau.

De Pus.

— Objet ayant la forme d'un T majuseulp, V. té, qu'on écrit fréquemment au lieu de i.

— 7* final ne se fait ordinairement sentir que devant les mots qui commencent par un,e voyelle ou par un A muet : Un soldaT Atldacieux. Un saim HOMme. Cependant, même devant une consonne, le 1 final se fait entendre dans quelques mots qui seront indiqués en leur lieu dans ce dictionnaire. \

— Tt, Se prononce tantôt comme un t sim(ple et tantôt comme deux t; l'usage seul peut apprendre cette distinction. <

— Th, Signe alphabétique qui traduit généralement le i des Grecs, mais sans en reproduire l'aspiration, ce qui réduit le th a un rôle purement orthographique et le confond avec t dans la prononciation.

— 7ï, Articulation où, devant une voyelle, ( conserve tantôt sa valeur propre et tantôt prend celle de c, sans qu'il paraisse possible d'établir, à ce sujet, des Tëgles générales.

La prononciation de cette articulation est indiquée pour chaque mot dans ce dictionnaire.

— Comme abréviation, T, dans les monuments latins, représente un nom propre commençant par cette lettre, comme Titus, Titius, Tullius; Tantum, Autant; Terra, .Terre; Tibi, A toi ; Ter, Trois et souvent trois mois ; Testamentnm. Testament; Titulus, Inscription; Terminus, Borne ; Triarius, Triaire; Tribunus, Tribun ; Turma, Troupe de cavaliers ; Tutor, Tuteur; Tuteta, Tutelle, protection; Testatus superstes, Survivant, qui a échappé aux périls de la guerre. Il TH. ou © signifie morruuSjMort, parce que le thêta est la première lettre du mot grec. Divtrtoj, la mort; TAB., TABVL., tabula, tabularius. Banque et banquier; TAR., Tarquinius, Tarquin; TB. D.

F., tibi dulcissimo fitio, A toi mon très-cher fils ; TI. ou TIR, Tiberius, Tibère ; T. F., Titi filius, Fils de Titus; THR. Tlirax, Thrace, de Thrace; T. L., Titus it'uius, Tite-Live; TM., thernue, Thermes, bains chauds; TR. PO., tribunitia patentas, Puissance tribunitienne; TRAi., Trajanus, Trajan ; TVL., Tullius, nom propre; TR. VV., triumviri, Triumvirs; TT. QTS., Titus Quintus, nom propre. || En terme de turf, T. est l'abréviation de toque : T. bleue, T. cerise, T. gris perle. !l En musique, la lettre T, dans les anciennes partirions, se plaçait au- dessus de la portée pour \désigner la partie de taille. Quelquefois, sur Fps parties d'orchestre, on place un T., qui signifie alors Tous ou Tutti, il Dans les marquas que l'on imprimait autrefois sur l'épaule des\çondaranés, T. F. signifiait Travaux forcés; \r. P., Travaux à perpétuité, il En biblio-

graphie, T signifie Tomnx, tome. Il Dans le commerce, Trs signifie Traites. Il T indiquait le Tridi, ou le troisième jour de la décade, sur les calendriers républicains.

— Sur les monnaies de France, T indique celles qui ont été frappées à Nantes.

— Comme signe d'ordre, T'indique le vingtième objet d'une série : Le casier T. II En typographie, il indiquait la vingtième feuille d'impression d'un volume, qu'on désigne généralement aujourd'hui par le nombre 20.

— Comme lettre numérale, le T'iet des Hébreux valait 9, et, avec deux points horizontaux en dessus, 900,000. Il Le Tau des Hébreux valait 300 avec un accent en dessus, et 300,000 avec l'accent en dessous. I]î* signifie 160, et, avec une ligne au-dessus, T, 160,000, chez les Romains, qui l'employaient d'ailleurs rarement, il Chez les Grecs, T, avec un accent supérieur à droite (t'), vaut 300, et avec l'accent inférieur à gauche (vï) 300,000.

— Hist. relig. Sorte de croix tronquée que portaient sur leurs vêtements les religieux de l'ordre de Saint- Antoine.

— Encyçl. Origine de la lettre 1. Le t de l'alphabet latin, qui est resté dans notre langue et dans la plupart des langues modernes, répond, par sa forme, au tau des Grecs, qui répondait lui-même, chez les Phéniciens et les Hébreux, à une lettre de même nom. Le nom du tau hébraïque rappelait l'idée de la croix, dont la forme est, en effet, celle que l'on reconnaît dans cette lettre sur d'anciennes médailles juives. Court de Gébelin, dans son Histoire naturelle de la parole, donne une assez singulière explication de cette éty-

mologie du nom de tau : « La croîs, l'une des formes du T primitif, fut la peinture de ta perfection, de 10, nombre partait, de tout ce qui est grand et élevé, comme peinture des deux mains en croix qui valent 10, ou comme peinture de l'homme à bras étendu pour embrasser tout. • Ce savant fantaisiste prétend trouver un argument en faveur de son explication dans ce fait eue le caractère chinois représentant le nombre 10 se compose de deux traits, l'un vertical et l'autre horizontal, se croisant à angle droit; mais il oublie que le mot qui, dans la langue chinoise parlée, répond à ce caractère est chi et ne renferme pas l'articulation dont il est question.

Selon quelques égyptologues, cette figure de la croix se retrouvait avec la même valeur dans l'écriture des anciens Egyptiens. L'hiéroglyphe que Kircher et ses disciples ont pris pour le tau égyptien est une ligure con nue des archéologues sous le nom de croix ansée, figure dont on retrouve la représentation sur un grand nombre de monuments tant statuaires qu'épigraphiques et qui a été fort diversement interprétée. Sa forme est celle d'une croix dont le trait supérieur est remplacé par une boule ou anse. L'antiquaire Paw croit y trouver la représentation du phallus; Cleyston y voit un plantoir; Caylus et Winckelmann supposent que c'est une clef. Le fait que sur les bas-reliefs les personnages d'un rang supérieur sont souvent représentés tenant en main la croix unséa donne du poids à cette dernière opinion, adoptée d'ailleurs par Champollion, qui voit dans cette figure le signe symbolique de la vie di-

vine. C'est dans ce sens, et comme attribut figuratif du personnage nommé, que la croix ansée figure dans les cartouches des noms d'individus; mais nulle part elle n'est employée comme caractère alphabétique. L'hiéroglyphe phonétique q«e l'on croit représenter l'articulation / est le plus souvent une main ouverte. Si donc, comme le fait remarquer judicieusement Waïsse, l'image d'une croix a servi de modèle aux inventeurs de l'alphabet pour tracer la forme du T, ce ne serait point dans l'écriture égyptienne qu'on en pourrait trouver la preuve.

Selon 'Waïsse, pour faire entendre l'articulation que représente la lettre t et qui est à la fois linguale et dentale, il faut d abord que la langue se relève et aille appliquer son extrémité antérieure au palais, immédiatement derrière les incisives supérieures, tandis que ses bords, s'appuyant contre les molaires qui forment les faces latérales de la cavité buccale, achèvent de clore complètement le tube vocal. La consonne en question est le bruit que produit ensuite le souffle en s'échappant comme par explosion au moment où, triomphant de la résistance que lui oppose l'effort musculaire de la langue, il la force à se détacher brusquement du palais pour lui livrer passage.

Chevallet appelle le t une explosion dentale forte, pour la formation de laquelle les deux mâchoires s'écartent un peu l'une de l'autre, de façon a laisser entre les dents une ouverture longitudinale que vient fermer la langue en s appuyant avec assez de force contre le bord des incisives supérieures. L'air, chassé des poumons aveu une certaine énergie, fait effort pour s'ouvrir une issue, et la langue, se retirant tout a coup, lui laisse un libre passage par lequel il s'échappe au, dehors en faisant entendre une assez vive explosion.

Max Millier explique d'une façon beaucoup plus simple la formation de l'articulation représentée par la lettre t. Selon lui, cette lettre appartient à la catégorie des arrêts ou muettes, qui se distinguent de tontes les autres en ce que, pour un instant, elles arrêtent complètement l'émission du souffle. Les Grecs les appellent apAono, muettes, parce qu'elles arrêtent la voix ou, ce qui revient au même, parce qu'elles ne sont pas susceptibles d'intonation. Elles diffèrent toutefois des sifflements ou des aspirations rudes, qui résistent aussi à toute intonation, Taudis

âue les sifflements sont desémissions du soufe, les muettes en sont la suppression momentanée. Elles sont formées, comme disent les grammairiens sanscrits, par le contact complet des organes actifs et passifs. Si nous portons la racine de la langue contre la partie molle du palais, nous entendons le bruit de la consonne k; si nous portons la langue contre les dents, nous entendons le bruit de la consonne t; si nous portons la lèvre inférieure contre la lèvre supérieure, nous entendons le bruit de la consonne p. Voici quelle est la différence réelle entre ces trois articulions : pour lep, c'est une surface plane qui en frappe une autre ; pour le t, une pointe qui frappe une surface plane; pour le #, c'est une surface ronde qui en frappe une concave. Ces trois contacts principaux peuvent être modifiés presque à 1 infini, et cela, dans certains cas, sans changer d'une manière sensible l'articulation. Max Millier regarde le d et le n comme des modifications du t.

Outre leur tau, les Grecs, ainsi que les Hébreux et les Phéniciens, avaient un autre t, placé avant lui dans l'ordre des lettres, puisqu'il y occupait la huitième place chez les premiers, qui le nommaient thêta, et la neuvième chez les seconds, qui le nommaient thet. Bien que le thêta grec vienne, selon toute apparence, du thet sémitique, il ne parait pas avoir fait partie de l'alphabet dont l'introduction est attribuée à Cadmus, mais c'est l'une des quatre lettres doat Flutarque fait honneur à Palamède. Cette lettre, que, dans les noms dérivés du grec, nous transcrivons par th, appartenait k ta classe des aspirées. Dans la bouche des Grecs modernes, c'est une articulation sifflante, parfaitement identique avec celle que fait entendre le th anglais, a Pour la prononcer, dit Waïsse, on avance l'extrémité de lu langue jusqu'au bord des incisives supérieures. Le souffle, en passant par l'intervalle presque imperceptible qui y reste ménagé, produit un son qui forme comme l'intermédiaire entre celui du t et celui du s. • Les Anglo-Saxons avaient pour cette articulation particulière un caractère propre, sorte de d barré. Le th anglais, pouvant se prononcer avec ou sans participation des cordes vocales, a, selon les cas, la valeur de sonnante ou de sourde ; mais, en grec , le thêta est toujours uue consonne sourde, laquelle a pour sonnante correspondante le delta.

L'existence d'un t aspiré chez les Grecs, et Bans douie aussi chez les Sémites, explique comment nous avons nous-mêmes, n'agissant d'ailleurs qu'à l'imitation des Latins, qui écrivirent indifféremment Muuritius et Mauricius, vicibuset vitibus, donné souvent à notre I, devant la voyelle », la valeur duc dans des mots tels que aùùatiat, partiel, factieux, etc.

Dans la dérivation du latia aux langues romanes, le t latin, suivi d'un i ou d'une autre voyelle, est devenu s, c, t, prononcés dans une foule de mots : Actio, action; additio, addition; abundantia abondance; eantio,

chanson ; creatio, création ; coctio, cuisson ; essentia, essence; exerciiium, exercice; gratia, grâce; hospitium, hospice; iniliare, initier ; malilia, malice ; negolium, négoce ; nuplise, noces ; ptatea, place ; silentium, silence ; vitium, vice, etc.

T est devenu d dans : Cubitus, coude; intybum, endive; faluus, fade; granatum, grenade ; maie aptus, malade; cogitare, cnider; roture, roder; subiianeus, soudain, etc.

T est devenu s doux, prononcé s, dans : Arbuium, arbouse ; declinatio, déclinaison ; potio, poison ; oratio, oraison ; ratio, raison ; titio, tison ; traditia, trahison ; uti, user. Le t se change quelquefois en k ou c dur dans certains idiomes de la famille indo-européenne. Nous trouvons quelques exemples de cette permutation dans le langage des paysans des environs de Paris, qui disent : Amikié pour amitié, moikiè pour moitié. Chevallet ne connaît qu'un seul mot latin qui ait subi cette permutation en passant dans notre langue ; c'est tremere, qui devient d'abord cremer et ensuite craindre.

Quant au / français, il vient, en général, d'un i latin, mais quelquefois d un d: Dont, de deunde ; vert, de viridis; souvent, de subinde; Escaut, de Scaldis. Le th vient régulièrement du i grec, comme dans les mots : Théâtre, théorie, mathématiques, etc.

Dans quelques cas, le t initial français est dû à une prosthèse d'origine assez obscure. Amita a donné ante, qui est devenu tante, on ne sait trop comment :

Li hera dit & son «nie : Pensiez a vo santé,

Je reviendrai bien tost si vient & Dieu en gré. (Chronique de Bertrand Ou Guesclin.)

Peut-être devons-nous le t initial de tante k ce que l'on entendait souvent sonner devant ante un t Anal appartenant au mot précédent; car cette lettre est une de celles qui terminent le plus grand nombre des mots français. L'expression fort usuelle grand ante, que l'on écrivait et que l'on prononçait grant ante, se trouve précisément dans ce cas. On aura pris le t final du mot qui précédait ante pour fa premiérelettredeee substantif, parce que cette consonne servait de liaison entre les deux mots. L'incertitude dans laquelle nos pères se sont trouvés k cet égard semble être prise sur le fait dans le Livre de jostice et de plet, qui nous offre dans le même passage grant ante, grant tante, est ante et est tante. Tante pourrait également venir, par un procédé tout semblable, de la ante, élidé en t'ante. On aura dit : Va voir t'ante, et l'on se sera habitué à croire que cette expression représentait, non un nom ante précédé de l'adjectif possessif fa, mais un simple nom tante; car l'usage de supprimer 1 adjectif possessif dans le langage familier, usage qui subsiste encore : Va voir tante, s'est introduit de bonne heure.

Le t est parfois introduit dans le corps du mot à la suite de n .• tinter, de tinnire.

Nos pères, qui n'étaient point gênés par la rigidité des règles grammaticales, sacrifiaient beaucoup plus que nous à la douceur de la prononciation; ils ne se faisaient point scrupule de se ménager des liaisons agréables à l'oreille par un fréquent usage des lettres euphoniques qu'ils ajoutaient à la tin des mots. Le s et le t étaient, chez eux, les consonnes les plus généralement employées à cet effet. Ce choix n'était nullement arbitraire, ces deux consonnes étant celles qui se rencontraient le plus souvent k la fin des mots. Voulait-on éviter l'hiatus entre un mot finissant par une voyelle et un autre mot commençant par une autre voyelle, on ajoutait une consonne à la fin du premier mot, et l'on préférait, naturellement, une de celles qui se présentaient le plus souvent dans la prononciation des finales. Ce choix était réclamé par l'analogie et nécessité par l'habitude qu'avait fait contracter à l'oreille le retour fréquent des mêmes désinences. Des raisons toutes pareilles déterminèrent les Grecs à se servir du v comme lettre euphonique. Ce t final, qui motivait l'emploi du t euphonique, était beaucoup plus fréquent autrefois qu'il ne l'est aujourd'hui ; car l'habitude de le supprimer à la prononciation n'était pas encore devenue générale. » T, dit Geoffroy Tory, veult estra prononcé en frapant de la langue contre les dents serrées. Les Italiens le pronuncent si bien et si résonent qu'il semble qu'ilz y adjoustent un e, quant, pour et au lieu de dire : Caput vertigine taborat, ils pronuncent: Capute vertigine laborate... Laquelle pronunciation n'est aucunement tenue ne usitée des Lionnois, qui laissent ledict t et ne le pronuncent en façon que ce soit k lu tin de la tierce personne plurielle des verbes actifs et neutres, en disant amaverun et araverun, pour amaverunt, araverunt. Pareillement, aucuns Picards laissent celui i à la fin de aucunes 1 dictions eu françois, comme quunt ilz veulent 1 dire : Cornant cela, cornant'/ Monsieur, c'est j une jument; ilz pronuncent : Cornait chela,

coman? Monsieur ch'est unejumen, •

| La prononciation que l'on trouvait ridicule

- sous François 1er est la seule qui soit admise

aujourd'hui. Celle qui était recommandée par

Geoffroy Tory, Robert Estienne et Marot nous

paraîtrait maintenant fort singulière.

Le ( euphonique a été conserve après les

I troisièmes personnes singulières terminées

| par une voyelle et suivies des pronoms it, elle,

\ on : Donne-t-il? Aima-t-elle? !• era-t-onl Dans

! ce cas, le t doit être un vestige de notre an-

TAAU

cienne langue, dans laquelle toutes les troisièmes personnes singulières finissaient par cette consonne , comme les formes latines dont elles dérivaient, amat, amavit , etc. L'usage a prévalu d'isoler le t euphonique après les troisièmes personnes, au lieu de le joindre à la fin du mot, comme on le fait pour le ». On a voulu par ce moyen éviter un inconvénient qui en serait résulté dans certains cas. Il est dans nos habitudes orthographiques modernes de considérer l'e comme sonore et non point comme muettoutes-les fois qu'il est immédiatement suivi d'un / final, en sorte que donnet il eût représenté donnët-il et non donne-t-il. L'emploi du t euphonique est encore autorisé après tioi'id suivi du pronom il : Ne voilà- t-il pas une belle équipée? Mais, dans les expressions va-t'en, garde-t'en iïeii/le t placé après le verbe nest autre chose que le pronon toi élidé pour éviter l'hiatus que toi produirait devant le pronom en ; ce n'est plus alors une lettre euphonique, et c'est pourquoi le second trait d'union doit être remplacé par l'apostrophe, qui est le signe ordinaire de l'élision.

Dans la dérivation, le t s'ajoute à la fin des mots dans arpent, de aripennis ; seringat, de syringa ; pavot, de papaver ; artichaut, du grec artutikon,àout on ne trouve dans les auteurs

?ue le pluriel ariutika; levraut, diminutif de ièvre, qui devrait faire levreau, comme chèvre fait chevreau ; perdrix, perdreau , carpe, carpeau, etc.

TA s. m. {(a). Gramm. Nom d'une consonne de l'alphabet dévanagari, qui est la forte du quatrième ordre ou de l'ordre des dentales. Il Troisième lettre de l'alphabet arabe, et quatrième de l'alphabet turc, répondant à notre T.

— Mus. Une des quatre syllabes qui servaient aux Grecs anciens pour solfier. Il Coup de baguette donné sec sur une caisse de tambour.

TA adj. poss. V. ton.

TA, TA, TA loc. interj. (ta, ta, ta). S'emploie pour interrompre , désapprouver ou railler : Ta, ta, ta, comme il y val (Scribe.) Ecoute-moi, ne fais pas ce petit ta, ta, ta..., par lequel tu me fais taire avec une impertinence que j'aime. (Balz.) Ta, ta, ta, lu veux me fermer la bouche ; je ne suis pas ta dupe. (Ë. Sue.)

Ta, la, ta, ta, voilà bien instruire une affaire.

Racine.

TAAL, ville de l'Ile de Luçon, dans l'archipel des Philippines, sur le côté oriental de la baie qui porte son nom, par 51° 30' de latit. N. et 118» 36' de longit. E. ; 40,000 hab. Fabiï-

3ues d'étoffes de coton; fabriques d'huile et e cuirs; teintureries; salaisons; pêche active. Taal fait un commerce très-important avec Manille.

TAAROA, un des principaux dieux adorés par les anciens Taïtiens, Il eut l'idée d'introduire l'espèce humaine dans le monde et il ordonna, 'dans ce but, k la déesse Hina de s'unir à Téima-Raataî, qu'il appela à la vie. Ptir la suite, irrité contre le monde, il le lança dans la mer, et tout fut submergé, a l'exception de quelques points saillants qui ont formé les lies.

TAAS ou TAES, ville d'Arabie (Yémen), dans l'imanat et à UO kiloin. S. de Sana, au pied de la fertile montagne de Sabber, par 130 14' de latit. N. et 41» 42'de longit. E. Elle est entourée d'une muraille en brique, flanquée de plusieurs tours, et renferme quelques palais, des mosquées, dont la plus remarquable est celle d'Ismael-Moulk, et de vastes souterrains servant de poudrières. Au S. de la ville se dresse un rocher escarpé que couronne lu forteresse de Kuhhré. Dans le xvmo siècle, l'un des gouverneurs de Taas se rendit indépendant; niais peu de temps après sa mort, ses successeurs se disputèrent son trône, et l'iman de Sana, ayant profité de cette division, y établit sou pouvoir en s'emparant des prétendants.

TAASS1NGE ou THORSENGE, lie du Danemark, dons la mer Baliique, au S.-E. de la Fionie , bailliage de Sveudborg, par 55» 1' de latit. N., et 8° 27' de longit. E. ; 70 kilom. carrés, K kilom. sur 7; 4,000 hab. Une vaste baie s'ouvre sur la côte orientale. L'île est traversée par une chaîne de collines couvertes de bois et de vergers. Le sol, généralement fertile, produit une quantité considérable de grains (environ 37,500 tonnes par an) et nourrit du gros bétail. Les productions du sol sont l'objet d'un commerce d'exportation assez actif. L'île a pour chef-lieu Troenses. Christian IV la donna à l'amiral Nicolas Suul, vainqueur de la flotte suédoise dans la bataille de la baie de Kiaege, en 1677.

TAAUT, dieu phénicien, l'un des Cabires. C'est, sans doute, le même personnage mythique que le Caduius des Grecs. Les deux légendes sont identiques. Comme Cadmus , 'i'aaut le Tyrien quitta son pays à la tête d'une colonie et s'en fut k la recherche de sa sœur Chusarthis (Harmonie, lîurope). In-/ venteur de l'écriture, commô Caduius, Taaut/ découvrit également la médecine et lu métallurgie. Aussi était-ce un dieu vénéré des savants, des physiciens, des chimistes. • Cotmfae inventeur de la métallurgie, dit M. Hcefefr, il est représenté sur quelques monnaies/avec un© patère k la main. > Taaut, dieu/colon,

ilieuVc

TABA

avait fait connaître, en Thrace, le travail de l'or; en Béotie, le travail de l'argent. Taaut, dans ses fonctions purement mystiques, écrivait les annales sacerdotales et conseillait l'Etre suprême ; enfin Taaut, divinité physique, était le symbole du ciel.

TAB, ancien Aroois ou Oroates, rivière de Perse. Elle naît dans la chaîne de l'Elvend, coule au S.-O. et se jette dans le golfe Persique.au S. d'Endian, par 290 55' de latit. N., après un cours d'environ 280 kilom. Cette rivière sépare le Kourdistan du Farsistan.

TABA, groupe de petites lies, sur la côte E. de celle de Bornéo, par 20 6' de latit. N. et 115" 45' de longit. E.

TABAC s. m. (ta-ba. — Ce mot est né en Amérique. C'était en premier lieu, d'après Schwenk, le nom du vase dans lequel les indigènes fumaient le tabac. La plante ellemême s'appelait cohiba. D'autres fout dériver le mot de 1 Ile de Tabago, une des Petites Antilles, d'où l'on pense que le premier tabac fut apporté en Espagne). Bot. Nom vulgaire du genre nicotiane et en particulier de l'espèce cultivée : Sous le rapport de la culture, le tabac est une plante précieuse pour l'engrais et l'assolement des terres. (Th. de Berneaud.) Lorsqu'on veut cultiver du tabac, ce doit être dans une terre grasse et humide, exposée au midi. (V. de Bomare.) Le tabac se sime en pépinière dans un bon terrain; il se repique ensuite en lignes. (Raspuil.) Un pied de tabac produit près de 300,000 graines. (A. Karr.) Il Tabac des Vosyes,Nom vulgaire de l'arnica. Il Tabac marron, Nom vulgaire d'une espèce de morelie.

— Feuilles de la nicotiane cultivée, préparées pour la consommation des fumeurs, des priseurs ou des chiqueurs : Débit de tabac. Tabao de cantine. Tabac caporal. Le tabac est un poison des plus actifs. (A. Rion.) Le tabac détruit le corps, attaque l'intelligence, hébété une nation. (Balz.) Le monopole du tabac produit plus de 100 millions de bénéfice net à l'Etat. (A. Karr.) Le tabac est un peu moins vénéneux que le datura. (A. Karr.) Le poète Santeul est mort presque subitement après avoir bu un verre de vin dans lequel on aoait mis du tabac. (A. tturr.) Ne poudrez jamais votre lettre avec du tabac. (Boitard.) L'impôt sur le tabac nie semble un impôt somptuaire du meilleur aloi. (froudh.)

— Loc.fam, Prise de tabac, Pipe de tabac, Chose sans valeur ou de très-faible valeur : Je n'en donnerais pas une prise, une pipe du tabac.

— Entom. Tabac d'Espagne, Espèce de papillon du genre argynne.

— PI. Administration des tabacs de la régie : Entrer dans les tabacs,

— Ency cl. Bot. Le genre tabac ou nicotiane renferme des plantes herbacées ou frutescentes, k feuilles alternes, généralement amples ; les fleurs, réunies en grappes ou en panicules terminales, présentent un calice cam panulé ou urcéolé, un peu irrégulier, persistant, k cinq divisions; Une corolle tuuuleuse, en entonnoir ou eu coupe, à cinq lobes ; cinq étainines, à filets longs; un ovaire libre, à deux luges multiovulees, surmonté d'un style simple terminé par un stigmate en tête; le fruit est une capsule ovoïde, mince, merobraneuse,entourée parle ualice,diviséeen deux loges qui renferment des graines très-petites, mais ires-nombreuses. Les nombreuses espèces de ce genre croissent en Amérique, notamment dans les parties centrales de ce continent; mais plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui cultivées eu grand daus presque toutes les contrées chaudes ou tempérées du globe.

Le tabac ordinaire ou tabac proprement dit, appelé aussi petun, herbe à ta reine, etc., est une plante annueLe, couverte, sur toutes des parties herbacées, de poils glanduleux, visqueux; sa tige, qui atteint et dépasse même la hauteur de 2 mètres, est droite, robuste* rameuse au sommet et porte des feuilles alternes, sessiles, un peu embrassantes, trèsgrandes, lancéolées oblougues, molles, d'un beau vert ; les fleurs, grandes, roses, munies de bractées, .■sont disposées eu grappes, dont l'ensemble constitue une ample pamoula terjviinalo ; la capsule renferme des graines noires. Cette espèce, originaire ues régions chaudes de l'Amérique du Sud, est la plus anciennement et la plus fréquemment cultivée, soit dans les jardins d agrément, pour l'élégance de son port et la beauté de sa floraison, soit en grand, dans les champs, pour sfes usages économiques. Elle a produit de nombreuses variétés ou races plus ou moins vigoureuses, k feuilles plus ou moins longues oju larges, ou aiguës, à fleurs de couleur uarr/ée ou d'un rose plus ou moins foncé. Ces ariètés n'offrent pas de caractères assez etteinent tranches pour pouvoir être distiu- ,;Ufes au point de vue botanique ou horticole ; on peut citer néanmoins le tabac du Guatemala, k fleurs blanches, relativement petites, groupées eu pauicule compacte et plus tardives, et le tabac du Cap, à feuilles très-amples, ondulées et k fleurs roses. Dans le commerce, on distingue do uurabreuses variétés ou plutôt de sortes de tabac, d'après l'abondance ou la dimension des feuilles, leur odeur, leur saveur, leur composition chimique, en un mot tous ies caractères qui influent sur leur valeur marchande; on les dé-

cigne généralement par le nom du lieu de leur provenance.

Le tabac du Afaryland ou à larges feuilles, regardé par la plupart des auteurs comme une simple variété de l'espèce précédente, s'en distingue surtout par ses tiges plus robustes, ses feuilles plus amples et plus ondulées, largement ovales ou cordiformes aiguës, et par ses fleurs un peu plus grandes et d'un rouge pâle. C'est sans doute à ce type qu'il faut, d'après MM. Vilmorin, rapporter une variété récemment introduite dans les jardins sous le nom de tabac géant, à grandes fleurs rouges ou pourpres. Cette variété, beaucoup plus grande et plus robuste dans toutes ses parties, a des feuilles qui atteignent 0",45 de longueur sur 0m.30 de largeur et des fieurs d'un rose pourpré ou d'un rouge carminé assez intense. Le tabac de Virginie est aussi rattaché par plusieurs botan.stes à la première espèce; sa tige, qui dépasse rarement la hauteur de l™^, porte des feuilles beaucoup plus petites, oblique* ment pointues au sommet ; ses fleurs rosées sont disposées en grappes peu nombreuses et paniculées.

Le tabac glauque est un arbrisseau de i à 5 mètres, à feuilles longuement pétiolées, ovules aiguës, d'un vert très-glauque; ses fleurs, très- abondantes, sont d'abord d'un jaune verdàtre, qui passe ensuite au jaune clair et luisant. Originaire de l'Amérique du Sud, il est aujourd'hui presque naturalisé dans le midi de la France; sous la latitude de Paris, on le cultive comme bisannuel; dons tous les cas, il se fait remarquer parla rapidité de sa croissance. Le tabac à longues /leurs est une espèce annuelle, atteignant rarement la hauteur de 1 mètre, à grandes feuilles glabres et d'un vert gai, à fleurs blanches au dedans, fauves ou jaunâtres au dehors; il est originaire du Chili, et on le cultive dans les jardins, à cause de l'abondance et de la dimension de ses fleurs. Le tabac à fleurs de pervenche ressemble beaucoup au précédent, dont il se distingue surtout par ses fleurs blanches, longuement tubuleuses, qui en font une très-jolie espèce.

Le tabac glutineux est une plante annuelle, visqueuse dans toutes ses parties, à feuilles [jéliolées, cordiformes, ondulées, tomenteuses et à tliMirs d'un rouge pâle, un peu irrégulières ; il croît au Pérou. Le tabac particule est aussi annuel; sa tige roide, haute de t mètre à jm,50, couverte, comme toutes les autres parties de la plante, d'un duvet blanchâtre, porte des feuilles ovales, entières, presque cordiformes, acuminées ; ses fleurs forment une panicule grêle et peu ramifiée ; il croît aussi au Pérou. Le tabac à feuilles de wigimdia se l'ait moins remarquer par ses (leurs, d'un blanc jaunâtre terne, que par ses grandes feuillef , qui atteignent la longueur de O'OjSO; on ignore sa vraie patrie. Le tabac rustique est une plante annuelle, velue, glutineuse, à feuilles ovales, entières et à fleurs d'un vert jaunâtre ; on pense que c'est la première espèce introduite en Europe, où elle est aujourd'hui presque complètement naturalisée.

— I. Culture. Bien qu'il soit originaire des pays chauds, le tabac est cultivé en grand, mais seulement connue plante annuelle, dans tout le midi et le centre de l'Europe et jusqu'en Hollande; mais, pour qu'il réussisse sous les climats froids, il faut que l'été y soit assez long et assez intense pour que la plante puisse parcourir toutes les phases de sa végétation ; il faut aussi choisir les expositions les plus chaudes et les plus abritées. Toutefois, dans les contrées méridionales, les produits sont plus abondants et de meiUoure qualité. Les sols qui conviennent le mieux a cette plante sont ceux qui sont profonds, de consistance moyenne, assez frais en été, riches et, autant que possible, anciennement fumés, enfin .bien nettoyés des mauvaises herbes. Le terrain choisi doit être bien ameubli par un bon labour en automne, un second vers la fin de l'hiver; enfin, deux labours légers, séparés par un hersage, dans le courant d'avril. La fumure, qui esc en général abondante et composée u'engrais riches en sels alcalins , est répandue sur le sol après le labour d'automne et enfouie par celui d'hiver.

On ne peut guère semer le tabac à demeure ou en place, vu l'extrême finesse de la graine, qui ne permettrait pas de la répartir régulièrement. On sème donc en pépinière, dans le courant de mars, et on transplante les jeunes pieds en juin, sur un dernier labour, suivi d'un hersage et d'un roulage. S:il ne survient pas de pluie après la plantation, on doit y suppléer par des arrosages pour faciliter la reprise. Au bout de quinze jours ou trois semaines, on bine légèrement et, un peu plus tard, on raffermit chaque pied par un léger buttage. Il ne reste plus, pour assurer la bonne végétation de la plante, qu'à détruire les mauvaises herbes pur des sarclages assez fréquemment réitérés. Dès que la couroune des plantes commence à se former, on la pince, c'est-à-dire qu'on en coupe l'extrémité entre les ongles du pouce et de l'index; on renouvelle cette opération sur tous les bourgeons, au fur et à mesure qu'ils se développent, en ayant soin de la pratiquer toujours dans la matinée ; ces pincements ont pour but et pour résultat de favoriser le développement des feuilles inférieures.

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Tels sont les principes généraux de la culture du tabac; mais, dans l'application, cette culture présente quelques particularités intéressantes, dues à des circonstances étrangères à l'économie rurale. Dans certains pays, comme la Belgique ou la Hollande, elle est entièrement libre et subordonnée seulement aux conditions de sol ou de climat et aux exigences du commerce. Dans d'autres, ne culive pas qui veut le tabac; en France, par exemple, cette culture n'est autorisée que dans un certain nombre de départements, où elle occupe une étendue de 10,000 hectares environ. Elle est, en outre, soumise à des règlements qui prescrivent un mode de culture dont il n'est pas permis de s'écarter. Ainsi, par exemple, la régie fixe le nombre de plants que doit contenir chaque hectare, et ce nombre varie beaucoup, suivant les contrées; il est de 50,000 dans le Pas-de- Calais, de 10,000 seulement dans les départements méridionaux. «Ces prescriptions, di- -sent MM. Girardin et Dubreuil, sont loin d'être en rapport avec les intérêts des cultivateurs du Midi, qui, avec une culture soignée et des engrais plus abondants, pourraient nourrir, sur un hectare de terre, un nombre de plants plus considérable. » C'est encore la régie qui impose le choix de la variété qu'on doit adopter, et les cultivateurs se plaignent, non sans raison, de ne pouvoir choisir des races plus productives.

La récolte commence vers la fin de l'été; (pn doit pour cela choisir un beau temps et attendre que la rosée soit dissipée. Dès que les feuilles jaunissent et que leur extrémité se penche vers la terre, on coupe ces feuilles à leur point d'insertion; souvent même on coupe la tige rez terre. Ou laisse le tout couché sur le sol pendant quelques heures; après le coucher du soleil, la récolte est rentrée en grange ou sous un hangar; on enfile les feuilles à des ficelles qu'on suspend à l'air; quand ces feuilles sont suffisamment sèches, on les attache par paquets ou manoques de 25 à 30, la dernière servant à lier les autres; on eu fait un grand tas, où elles reprennent bientôt leur souplesse. S'il se manifeste un peu d'humidité dans le tas, on l'ouvre et on le distribue en couches épaisses, que l'on remue fréquemment. Enfin, on réunit les manoques en baltes, on les livre à la régie ou aux fabricants, et ici commence une nouvelle série d'opérations.

Le tabac, naturalisé dans toutes les parties du monde, est aujourd'hui cultivé en grand dans plusieurs pays. Les lieux les plus renommés pour sa culture sont: La Havane, Bornéo, le Brésil, la Virginie, le Mexique, l'île de Ceylan. En Europe, ou estime particulièrement les tabacs de l'Italie, de la Hongrie et de la Hollande. Parmi les tabacs indigènes, en France, les meilleurs sont ceux du la Guyenne, de lu Normandie et de l'Artois. Le meilleur tabac pour la confection des cigares est cultivé à l'extrémité occidentale de l'Ile de Cuba et on le désigne sous le nom de vuelta-abajo , l'espèce la plus en vogue dans cette région est le nicotiana repanda. Celui que l'on cultive à l'est de La Havane, d'une qualité inférieure , se nomme vuelta ari'iba. La plus célèbre vega, ou plantation, nommée Yara, se trouve dans le voisinage de la ville de Santiago-de-Cuba. Le bon tabac de Cuba ou de La Havane est aromatique, d'une belle couleur brune, à la feuille sans taches, mince, élastique, et qui brûle sans aucun goût acte ou amer. Le vuelta-abajo se divise en cinq classes : l<> calidad ou libra, renommée pour l'excellence de son arôme, sa couleur, son élasticité et la perfection de ses fouilles, particularité qui la rend inappréciable comme enveloppe de cigares ; 2" ynjuriado principal, ou premières, qui a moins de parfum et dont la couleur est plus claire; cette classe fournit également les enveloppes; 3° segundas, ou secondes, classe inférieure aux deux précédentes," sous tous les rapports, mais bonne pour faire le cigare lui-même et pour fournir des enveloppes de seconde qualité ; 4° terceiras, ou troisièmes, que l'on emploie généralement pour remplissage; 5° quartas, ou quatrièmes, classe employée également pour remplissage. Le tabac de choix est celui qui croît sur les bords des rivières périodiquement inondées, ce qui lui a fait donner le nom de tabaco de rio. Ces rivières sont Lo Rio, Riottondo et Pincer del " Rio, et leur tabac se distingue de tous les autres par le sable fin que l'on trouve dans les plis des feuilles. Les prix des tabacs de La Havane sont toujours élevés et les qualités supérieures se vendent extrêmement cher; la plus grande partie est convertie en cigares dans iîle même, où on excelle à les fabriquer, et, de là, on les exporte en Europe, sous fe nom général de havanes et sous les noms particuliers de régalias , impériales , panatellas , etc. L'Ile de la Trinité produit aussi un tabac de qualité supérieure. « Dans la partie orientale de l'Ile d'Haïti, on cultive trois espèces de tabac, dit M. Mangin, le nicotiana latifolia, le nicotiana angustifolia et une variété dite semitla de Cuba ou tabac de La Havane, connue dans le pays sons le nom de tabaco de olor (tabac d'odeur). Les deux premières espèces, qui sout cultivées en bien plus grande quantité que la troisième, composent la majeure partie des exportations et donnent presque exclusivement les feuilles propres à faire les enveloppes de cigares. Ce que le commerce recherche sur-

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tout dans ces tabacs, ce sont les feuilles longues, larges, sans trous, souples, fines et de belle couleur, propres à faire des couvertures ou capas. Le tabac d'odeur, qui a beaucoup plus de force, de résine, de montant, est beaucoup moins abondant. On le travaille peu, parce que le commerce allemand, qui a monopolisé, ou à peu près, la totalité des exportations, n'en retire qu'un trop faible bénéfice pour les frais qui s'allient aux envois de cet article. Le parti que l'on peut tirer du tabac de Saint-Domingue explique le prix qu'on en donne. On ne fume pas, dans la majeure partie des Antilles, sous Je nom de cigares de La Havane, d'autres cigares que ceux qui sont faits avec toutes les rognures de feuilles à enveloppes, réunies et recouvertes d'une belle capa ordinaire. Cela fait un cigare fa-ible et d'un goût très-agréable, qui pourrait réussir en France. Le tabac pour l'exportation est emballé en surons de Y quintal de 100 livres françaises anciennes. Le quintal se compose en général de 16 à 20 manojos pour les tabacs de première qualité, et Ion compte qu'ils donnent de 18,000 à 20,000 enveloppes de cigares ; un bon ouvrier peut en retirer jusqu'à 25,000 dans les tabacs tins. » Aux Etats-Unis, où il n'existe aucun monopole, la culture du tabac est immense, et c'est là que les nations européennes trouvent le complément nécessaire à leur consommation. Dans l'Etat de Connecticut, on cultive une qualité excellente pour enveloppes ; on en expédie une grande partie à Cuba, et l'Etat de New-York accapare le reste dans le même but. Ces variétés particulières sont précieuses à cause de la finesse de leurs feuilles et de l'absence de fibres épaisses. On a souvent tenté de transplanter la grain© du tabac espagnol dans diverses parties du monde, particulièrement dans les Etats du centre de l'Union américaine; dans certains cas, ces essais ont été couronnés d'un succès marqué. On a toutefois jugé nécessaire de renouveler la graine tous les deux ans, la plante, au bout de ce temps, perdant son goût et son arôme originels. Dans le Maryland, un de ces Etats, on consacre à la culture du tabac des capitaux considérables, et cette exploitation est devenue largement rémunératrice.

Dans l'Amérique du Sud, principalement au Brésil, à la Nouvelle-Grenade, au Paraguay, la culture du tabac est facile et abondante. L'Europe tire de ces contrées du tabac en feuilles, des cigarettes et des cigares de qualité moyenne.

Au Mexique, on cultive le tabac sur une grande échelle, mais seulement pour la consommation intérieure, l'exportation en ayant été jusqu'à présent interdite. Le tabac employé pour la confection des cigares de Manille vient de l'île de Luçon, et il passe pour être presque égal en qualité à celui de La Havane. On cultive aussi un tabac supérieur dans la province de Kœdoe, lie de Java, où il croît sur un sol naturellement riche, alternativement avec le riz, et sans engrais. Dans l'Asie occidentale, le tabac de Latakieh, en Syrie, et celui de Schiraz, en Perse, sont les plus estimés.

En Europe, la culture belge a peu d'importance et donne des produits médiocres, dont une partie s'infiltre en France par voie de contrebande. En Hollande, au contraire, on cultive des tabacs estimés et l'on obtient même des produits renommés, qu'on exporte en Angleterre, en Belgique, en France et dans le nord de l'Europe. Ils consistent en tabacs en feuilles, en scaferlati et surtout en cigares, qui se vendent facilement. Les tabacs qu'on cultive en Hongrie sont, en général, de bonne qualité. En Russie, on cultive cette plante en grande quantité, surtout dans les régions méridionales. On en distingue quatre qualités i la feuille très-grande, saxonne, pour cigares; la feuille grande, saxonne, pour cigares; la feuille petite, saxonne jaune; la feuille moyenne et ronde, russe makhorta. La plupart des tabacs russes sont de couleur plus ou moins noire, ce qui tient au procédé employés pour le faire sécher. En France, la culture donne des produits estimés pour fabriquer le tabac en poudre et le tabac à fumer ordinaire. Les tabacs qu'on cultive en Algérie sont de qualités très- différentes.

— II. Propriétés et usages. Le tabac a été analysé pi.r Vauquelin, et, après lui, par de nombreux chimistes. Il renferme : des substances minérales (silice) ; des bases minérales (potasse, chaux, magnésie, ammoniaque); des acides minéraux (azotique, chlorhydrique, phosphorique, sulfurique); des acides organiques (acétique, citrique, malique, oxalique, pectique, ulmique) ; des corps neutres organiques (cellulose, cire ou graisse, résines jaune et verte, matières azotées); enfin, une base organique, la nicotine. Cette composition, très-complexe, est d'ailleurs tout à fait variable, suivant les sortes sur lesquelles on opère. La plante, à l'état frais, a une odeur plus ou moins forte, vireuse, nauséeuse et une saveur acre, amère, piquante et désagréable. Ces propriétés deviennent plus marquées dans les feuilles séchées simplement et par les moyens ordinaires ; ces feuilles deviennent alors très - fragiles et prennent une couleur jaune particulière qui les fait aisément reconnaître. C'est presque toujours à cet état frais que la plante antre dans la matière médicale.

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Le tabac, qui a joui d'une grande réputation dans l'ancienne médecine, est beaucoup moins usité aujourd'hui, et avec raison, parcs que son emploi est très-dangereux, surtout à 1 intérieur, et demande une grande circonspection. On l'emploie sous forme de décoction, d'extrait aqueux, de sirop, d'infusion en lavement ou de fumigation. Quant aux extraits et aux teintures, leur action est si énergique et si dangereuse que la prudence commande de s'en abstenir. A 1 extérieur , on l'emploie sous forme de décoction ou d'emplâtre. On l'administre, dans le premier cas, comme émétique ou purgatif, contre l'asthme; dans le second, comme excitant ou fondant, pour guérir les plaies, les ulcères, les tumeurs des hypocondres, etc.

L'action stimulante du tabac est si forte qu'elle peut produire l'inflammation des tissus sur lesquels on l'applique, même de la peau non dénudée. Ses effets peuvent devenir plus dangereux encore lorsque ses principes sont absorbés et portés dans l'appareil circulatoire ; alors ils exercent une action narcotique qui se porte sur le cerveau et se traduit par une sorte de stupeur, un tremblement général, susceptibles d'avoir un dénoûment mortel. Voici, d'après A. Gautier, les quelques cas dans lesquels son emploi peut être avantageux. En lavement, il agit comme excitant direct dans la constipation rebelle, ou comme révulsif dans l'apoplexie séreuse, les fièvres soporeuses, l'asphyxie, surtout par submersion, où il faut réveiller l'énergie vitale par une excitation forte, auquel cas on emploie aussi, mais avec moins d'avantage, la fumée introduite dans les intestins. Il agit aussi efficacement comme stimulant indirect des poumons dans l'asthme, les catarrhes anciens, les dispositions à l'hydropisie de poitrine, etc.; comme diurétique, si on le donne à petites doses à l'intérieur, pour guérir les obstructions du ventre et i'hydropisie, quand il est nécessaire d'exciter des organes abdominaux.

• A l'extérieur, dit l'auteur cité, on a beaucoup employé le tabac, soit les feuilles vertes appliquées sur des ulcères anciens, ou leur décoction, vertes ou sèches, en lotions dans le même cas; ou sur la pe;iu pour guérir la gale, les dartres, la teigne, les tumeurs indolentes, scrofuleuses et détruire les poux. Enfin, le tabac peut être un sternutatoire tort commode pour les personnes qui n'en usent pas habituellement, en ce qu'il produit l'éternument sans aucun danger d'enflammer. • Toutefois, dans ce dernier cas, il peut avoir un inconvénient, en ce que l'usage momentané de ce médicament peut Conduire à l'emploi habituel du tabac à priser. Enfin, on a conseillé l'application des feuilles fraîches sur les parties malades, contre les douleurs névralgiques, la goutte, les rhumatismes, les maux de dents, etc.

— Emploi du tabac préparé. Le tabac, après avoir subi les diverses manipulations auxquelles on le soumet dans les manufactures, acquiert des propriétés nouvelles et plus énergiques'. C'est ce qu'on appelle, en France du moins, le tabac de la régie. La consommation considérable et toujours croissante qu'on en fait est bien connue ; on fume, dans une pipe, ou sous forme 'de cigares ou de cigarettes, ce tabac en feuilles ou haché ; on prise le tabac en poudre; enfin, on le chique ou on le mâche. Mais ce tabac est rarement employé, et peut-être ne devrait-il jamais l'être, pour l'usage médical; la raison en est qu'on ne saurait apprécier ses effets, parce qu'on ne connaît pas les préparations et les assaisonnements auxquels il a été soumis. Néanmoins, quelques praticiens y ont eu quelquefois recours et en ont même obtenu d'assez bons résultats.

Mais, le plus souvent, il y aurait plutôt avantage à diminuer l'usage exagéré ou plutôt l'abus du tabac. Ainsi, le tabac en poudre, prisé en quantité convenable, excite le cerveau dans une juste mesure, de manière à rendre plus actives et plus fortes les facultés auxquelles cet organe préside ; il irrite la membrane pituitaire, tout juste assez pour entretenir un état Ûuxionnaire modéré et un écoulement de sérosité bien propres à diminuer certains maux de tête opiniâtres, des dispositions à la cécité, des douleurs de dents ou u'oreilles auxquelles sont sujettes les personnes pituiteuses; sous ce rapport, il est très-utile, notamment dans les pays humides. Mais, introduit trop souvent dans les narines, il fatigue le cerveau par son action narcotique et détruit peu à peu l'odorat par son action irritante.

De même, l'usage modéré du tabac à fumer est quelquefois salutaire, surtout dans les contrées froides et marécageuses; il excite les poumons peu énergiques et remplis de mucosités chez les individus d'un tempérament pituiteux. ■ Le tabac à fumer, dit Millot, exerce une action très-marquée sur le cerveau. Il agit à la manière de l'opium et donne aux idées quelque chose de riant et de tumultueux tout à la fois. Ce que la pensée perd alors en netteté. et en précision, elle le gagne en variété. L'imagination, plus active, se montre moins dépendante du corps, qui s'engourdit et fait moins sentir ses exigences Sans cesse renaissantes ; mais, pour éprouver toujours cette excitation momentanée, il faut peu à peu augmenter les doses de ta6ac. » On arrive ainsi à l'abus, qui a pour résultat

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de jaunir les dents, do diminuer la délicatesse du goût, de rendre la digestion pénibie par la perte de la salive que les fumeurs rejettent continuellement, et par l'excitation que produit sur l'estomac celle qu'ils avalent, toujours imprégnée de fumée. Les effets désastreux du tabac s'observent surtout chez les Orientaux.

Le tabac devient souvent un poison mortel; on sait que le poète Santeul mourut, après d'affreuses douleurs, pour avoir pris du vin dans lequel un très-mauvais plaisant avait vidé sa tabatière. On a d'autres exemples d'hommes tombés en somnolence et morts apoplectiques pour avoir aspiré par le nez une trop grande quantité de fumée de tabac. Trois enfants, dont on avait frotté la tête avec une décoction de tabac (remède de bonne femme) pour les guérir de la teigne, périrent dans d'horribles convulsions. On cite également un cas de mort d'un contrebandier qui avait enroulé une certaine quantité de tabac autour de son corps. Nous n'avons pas à parier ici des empoisonnements par ia nicotine (v. ce mot). Le tabac peut agir aussi eotnme'poison lent; il suffit, pour s en convaincre, de remarquer la maigreur et le teint hâve des ouvriers qui le manipulent dans les manufactures et qui sont sujets aux affections de poitrine, à la céphalalgie, aux coliques, aux flux de sang, aux vomissements, etc. Legrand du Saule attribue à la fréquentation des estaminets les maladies mentales et les paralysies dont la fréquence augmente tons les jours.

D'un autre côté, de nombreuses expériences faites sur les animaux ont mis hors de doute les propriétés délétères du tabac. Introduit, en décoction ou en fumigation, dans l'estomac, le rectum ou !e tissu cellulaire, injecté clans les veinas ou appliqué immédiatement sur de simples excoriations, il a provoqué des accidents toujours très-graves et très-souvent mortels. L'huile empyreumatique extraite de cette plante est tellement drastique, qu'une seule goutte, mise sur la langue ou introduite dans le rectum d'un chien, le fait périr au milieu de convulsions. Enfin, on a constaté quelquefois, a Bicètre, des suicides accomplis au moyen du tabac par des individus atteints de lypémanie. Le tabac mâché ou chiqué est, sous ce rapport, le plus dangereux, ne fût-ce qu'en influant d'une manière très-fâcheuse sur les digestions.

Dans les empoisonnements par le tabac, la première chose à faire est de provoquer l'expulsion du poison, en donnant un vomitif qu'on fait prendre dans une faible quantité de boisson pour le rendre plus actif; dans le même but, on chatouille la luette avec la barbe d'une plume ou tout autre objet analogue. Si le tabac est avalé depuis longtemps, on ajoutera un sel purgatif, de i'émétique, et on aidera l'effet par des lavements au séné. Quand le poisou est évacué, s'il reste un grand embarras au cerveau, on peut pratiquer une saignée au cou et donner trèssouvent, mais a petite dose, de l'eau faiblement vinaigrée. Toutefois, si l'évacuation est impossible, il faut proscrire l'eau vinaigrée, qui aurait pour effet d'étendre le principe toxique, d'en faciliter l'absorption et d'augmenter l'inflammation. On doit combattre celle-ci, quand les symptômes nerveux ont cessé, par des boissons mueilagineuses. Enfin, si les accidents sont produits par l'absorption du tabac appliqué sur une plaie ou sur la peau dénudée, on emploiera les mêmes moyens, à l'exception des évacuants. Orfi.'a indique aussi, dans ce cas, une ligature au-dessus de la partie qui a absorbé le poison ; on pourrait encore appliquer alors avec succès un vésicatoire sur cette partie, quaûd bien même ce serait une plaie.

Le tabac étant mortel pour les petits animaux, on l'emploie avec succès, en poudre, en fumigation ou en décoction, pour faire périr les insectes et les arachnides qui attaquent les plantes de serre ou les arbres fruitiers. On répand la décoction en forme de pluie au moyen d'une pompe ou d'un arrosoir, et la fumée à l'aide d'un soufflet. Ce remède serait très-coûteux s'il fallait se servir du tabac ordinaire; mais on peut utiliser pour cela les jus ou les déchets provenant des manufactures et que l'administration livre à bon marché, moyennant certaines formalités.

— 111. Procédés de fabrication du tabac en France. Nous allons emprunter toute cette section de notre article à un rapport trèsremarquable présenté k l'Assemblée nationale par M. V. Hamiile, le 31 juillet 1875, au nom de la commission d'enquête sur l'exploitation du monopole et sur la fabrication des tabacs.

■ Depuis le commencement de ce siècle, dit M. Hamiile, les diverses industries, sont entrées, en France et à l'étranger, dans une phase de progrès qui se manifeste aujourd'hui par d'éclatants résultats. Presque partout maintenant, le travail de l'homme est, sinon remplacé, du moins aidé dans une large mesure pur l'uction de machines ingénieuses dont la découverte a eu pour effet de développer la force productive dans des proportions étonnantes. 11 était naturel que la fabrication ues tabacs, monopolisée par 1 Etat et forcée de satisfaire à des besoins qui augmentaient sans cesse, participât k ce mouvement. Aussi peut-

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on dire que, depuis quarante ans surtout, cette industrie s'est véritablement transformée. En 1835, quatre manufactures seules étaient pourvues de moteurs dont la puissance n'était utilisée que pour un nombre très-restreint d'opérations j c'étaient celles de Strasbourg et de Toulouse, mues par des moteurs hydrauliques, et celles de Paris et du Havre, qu'actionnaient des machines à vapeur.

» Dans toutes les autres, les travaux les plus

Eénibles étaient exécutés à bras, dans des âtiments qui, pour la plupart, avaient été construits sans plan d'ensemble, ou qui, édifiés pour les besoins limités de la fabrication libre, se prêtaient mal aux agrandissements devenus nécessaires. Aujourd'hui, la situation est changée : les machines ont remplacé les outils manoeuvres k bras d'homme, et des moteurs a vapeur ou des roues hydrauliques fournissent la force que l'on demandait naguère à la vigueur des ouvriers; une seule manufacture, celle de Bordeaux, était encore, en 1875, dépourvue de ces moyens d'action; mais la transformation mécanique de cet établissement était, à cette époque, en cours d'exécution.

■ Les manufactures créées depuis 1835, ou pour mieux dire depuis 1834, ont toutes été pourvues, dès l'abord, d'un outillage perfectionné j leur construction avait d'ailleurs été étudiée de façon k réaliser le mieux possible les conditions d'une installation rationnelle. La disposition des bâtiments et les agencements des divers ateliers étaient conçus de manière à éviter tout faux transport et à utiliser tout l'emplacement disponible.

> Pour les anciennes qui, à ce point de vue, laissent beaucoup à désirer, ou bien elles ont été reconstruites, comme celles de Marseille et de Tonneins, ou bien, lorsque cette reconstruction n'était pas jugée économique, elles ont été aménagées pour le mieux, en tirant parti de toutes les ressources qu'elles pouvaient offrir. On n'est pas, il faut l'avouer, arrivé partout à des solutions absolument satisfaisantes, et la manufacture du Gros-Caillou, à Paris, quoique pourvue d'un outillage mécanique considérable, est encore bien loin de présenter un spectacle satisfaisant au visiteur engagé dans ses labyrinthes. Les magasins aussi ont eu leur part de ces améliorations. Ceux de construction récente ont été agencés en vue de faciliter les manutentions et les diverses préparations que les tabacs ont à subir; ceux qui étaient plus anciens ont été appropriés le mieux possible à leur destination.

» Sans vouloir entrer ici dans le détail des opérations diverses des fabrications auxquelles nous avons assisté dans les différents établissements qu'il nous a été donné de visiter au cours de l'enquête, il nous a paru utile d'exposer, en les résumant, les principaux procédés en usage aujourd'hui. Cette rapide description des transformations que subit la feuille de tabac pour arriver aux divers états sous lesquels; elle est présentée aux consommateurs nous aidera k apprécier plus tard les causes qui influent sur la qualité des produits et k déterminer les points sur lesquels des améliorations devraient porter.

» — Traitement du tabac dans tes magasins. Nous allons d'abord examiner ce qui se passe dans les magasins destinés à entreposer les tabacs en feuilles.

• Ces magasins sont de deux sortes : les magasins de transit pour les tabacs exotiques, les magasins de culture pour les tabacs indigènes. Dans les magasins de transit , les feuilles exotiques n'ont point, à proprement parler, à subir de manutention. Ces tabacs sont, en effet, propres, dès leur arrivée, à être livrés à la fabrication. On se borne donc à ouvrir les colis pour vérifier si leur contenu est en bon état et pour prélever les échantillons d'après lesquels la commission d'expertise prononce sur la réception des tabacs.

• H n'en est pas de même des tabacs indigènes. Ces tabacs, au moment où ils sont livrés aux magasins de culture, n'ont encore subi chez les planteurs qu'une dessiccation fort imparfaite et sont loin de se trouver en état d'être immédiatement mis en œuvre.

Les préparations prinoipales'qu'ils ont k subir dans les magasins ont pour but, en leur faisant perdre l'excédant d'eau qu'ils contiennent encore, de développer leur goût et leur arôme. Après un battage et un triuge des manoques suivant leur état de maturité, ils sont mis en masse et soumis h des fermentations dans lesquelles la température s'élève jusqu'à 30° ou 40°.

a Cette maturation dure de six k sept mois dans le Midi, de huit à neuf dans le Nord; elle est interrompue par des retournements, simples ou avec secouage, opérations ayant pour but d'empêcher, en aérant les feuilles, la fermentation de s'exagérer. Quand la fermentation s'arrête, les feuilles, qui ne contiennent plus que 20 pour 100 d'eau au maximum, sont prêtes à être emballées. Mais, avant cette dernière manutention, on fait subir à certaines catégories de tabacs (Pasde-Calais, Nord, Algérie) une opération appelée écabochage, destinée à enlever la partie ligneuse du pédoncule, qui, dans ces espèces, serait impropre à tout usage. Les tabacs légers, destinés à la fabrication du tabac à fumer, ne sont pas écabochés; on les coupe, c'est-à-dire que l'on enlève, dans la propor-

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tion de 12 pour 100 environ, la partie inférieure de la feuille. Cette coupure comprend la partie la plus accusée de la côte et la portion de parenchyme qui l'entoure ; elle peut être employée dans la fabrication des tabacs à fumer k prix réduits. Les coupures sont expédiées directement des magasins où elles sont produites sur les deux manufactures de Nancy et de Lille, dans lesquelles se trouva concentrée la fabrication des tabacs de zone.

» L'emballage des tabacs, c'est-à-dire leur mise en balles renfermant, sous un volume de 1 mètre cube, 400 k 500 kilogr. de feuilles, s'effectuait autrefois à l'aide de presses à bras, auxquelles on a depuis substitué des presses hydrauliques. Cette opération et celles auxquelles donnent lieu l'arrimage des colis et leur désarrimage au moyen de treuils, ainsi que leur transport horizontal dans des chariots mobiles sur des rails, sont, à proprement parler, les seules qui puissent s'effectuer mécaniquement. Mais, en raison de l'intermittence des travaux , l'installation des moteurs à vapeur ne saurait être économique" que dans les magasins d'une très-grande importance. Aussi beaucoup de ces établissements en sont-ils encore dépourvus.

«Une fois les tabacs emballés, il s'écoule encore plusieurs mois avant leur expédition dans les manufactures; dans le but d'atténuer autant que possible les variations qui, d'une année à l'autre, surviennent dans la

Qualité des tabacs indigènes et dans les confions d'achat des tabacs exotiques, ce n'est que quinze k dix-huit mois après la récolte* que l'on commence à diriger les tabacs sur les manufactures, en expédiant d'abord les feuilles de qualité inférieure; l'administration centrale répartit entre les divers établissements, au prorata des quantités à fabriquer et d'après les données de i'état de composition, les diverses espèces et qualités de tabacs indigènes et exotiques existant dans les magasins de culture et de transit. C'est dans les limites tracées par ces répartitions que les directeurs des manufactures, s'adressant directement aux entreposeurs des magasins, demandent, selon leurs besoins, les tabacs qui leur ont été alloués. Dans ces conditions, comme les magasins des manufactures ne peuvent pas contenir des approvisionnements de plus de quatre à cinq mois, une récolte met environ un au k s'écouler; de là suit qu'un magasin de culture doit pouvoir contenir k la fois deux récoltes : 1 une en cours de manutention, l'autre emballée et prête k être expédiée au fur et k mesure des demandes.

» — Traitement dans les manufactures. Préparation générale des matières. A leur arrivée en manufacture, les tabacs sont emmagasinés par espèces et qualités dans des locaux disposés de façon à contenir les quantités qui sont nécessaires k une fabrication de plusieurs mois. C'est de ces magasins que sortent les balles de tabac indigène et les boucauts exotiques pour se rendre à la ire section, où sont concentrées toutes les opérations dont l'ensemble constitue ce que l'on appelle la préparation générale des matières. Dans ces ateliers, on ouvre les colis, puis on pèse les matières qu'ils contiennent ; on procède ensuite k l' écabochage ou au coupage des tabacs exotiques et des tabacs indigènes qui n'auraient pas reçu cette maind'œuvre au magasin. Ensuite viennent t'époulardage, destiné à séparer les feuilles d'une même manoque ies unes des autres et k les étaler-, les mouillades préparatoires, qui ont pour but d'assouplir les tabacs de façon à éviter la production des débris ; le triage des feuilles suivant la fabrication à laquelle elles sont destinées; enfin la composition, c'est-à-dire la répartition des différentes espèces et qualités entre les divers genres de produits, conformément aux prescriptions de l'administration centrale.

» La plupart de ces opérations se font k la main ; elles sont facilitées par l'agencement rationnel des locaux, qui permet d'éviter les transports inutiles et de conduire les matières du magasin d'entrée aux ateliers où elles subiront la série des transformations par lesquelles elles arrivent k l'état de produits fabriqués. Cette partie si importante de la fabrication, puisque du soin avec lequel sont faits les divers triages dépendent, dans une large mesure, le bon emploi des matières et la qualité des produits, n a que peu participé au bénéfice de l'introduction des machines. L'attention de l'ouvrier et la connaissance qu'il peut avoir des tabacs sont en effet plus importantes ici que la force ou la vitesse. Les seuls changements que la commission ait eu a constater consistent donc dans les modifications apportées aux diverses mains-d'œuvre, ainsi qu'à l'ordre dans lequel on y procède. Ii serait trop long d'entrer ici dans le détail de ces modifications, dont on pourra se rendre un compte exact eu lisant Jes réponses faites au questionnaire, tant par l'administration centrale que par les directeurs des manufactures; nous nous Contenterons de suivre maintenant les feuilles au sortir des ateliers de la lre section et d'examiner, par catégorie de produits, les principales opérations de la fabrication proprement dite.

» — l'aine à priser. La fabrication du tabac k priser avait atteint dans les anciennes manufactures, au moins quant au goût des produits, un haut degré de perfection. Mais les

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procédés employés étaient plutôt empiriques qui; r.itionnr-ls; chaque directeur avait ses méthodes k lui, et pour ainsi dire son secret ; aussi, dans l'ensemble, les progrès étaient difficiles à réaliser. D'ailleurs, la longue durée de cette fabrication et l'importance des quantités^ sur lesquelles on opère rendaient les expériences peu aisées et les conclusions qu'on en pouvait déduire fort discutables. Heureusement, la chimie venant au secours de la pratique a fini par éclairer, a la suite d'ingénieuses études, les mystères de la production de l'arôme et du montant de la poudre. Les fermentations, mieux étudiées, sont apparues sous leur véritable jour, et on a

Eu arriver k organiser régulièrement une farication qui paraissait devoir demeurer longtemps encore dans le domaine de l'empirisme. » L'enquête nous montre comme première, conséquence de eette étude les modifications avantageuses apportées dans la composition de cette sorte ae produits; les tabacs indigènes, ceux spécialement du Nord et du Lot, y occupent maintenant une place importante. En 1869, les mises en œuvre comportaient 64 pour 100 d'exotiques pour la poudre ordinaire. D'un autre côté, les matières provenant de la fabrication des cigares ou du tabac k fumer, côtes, coupures et débris, qui n'étaient employées en 1835 que dans la proportion de 13 pour 100, atteignent aujourd'hui le taux de 26 pour 100. Si l'on ajoute à cela que depuis 1862 les tabacs indigènes no sont plus écoles, il est évident qu'un progrès notable a été réalisé au point de vue de la complète utilisation des matières.

» Quant aux expériences elles-mêmes entreprises dans le laboratoire du Gros-Caillou sur le tabac k priser, nous ne saurions avoir le dessein de les exposer ici. Nous dirons seulement qu'elles ont surtout porté sur les deux fermentations que l'on fait subir aux tabacs dans cette fabrication, et qu'elles ont conduit à les distinguer nettement l'une de l'autre et k reconnaître comment elles devaient être dirigées pour développer l'aromo et spécialement le montant que recherche le priseur.

» One fois les phénomènes de la fermentation bien connus, on organisa la fabrication telle que nous la voyons fonctionner aujourd'hui. Les feuilles, hachées mécaniquement en lanières d'un doigt de largeur, sont, après une mouillude, mêlées avec les côtes, les coupures et les débris qui ont été, eux aussi, mouillés Soit à l'eau pure, soit avec des jus d'un degré convenable. On construit ave>: ces éléments divers une masse d'un poids de 35,000 à 40,000 kilogr., en ayant soin de faciliter la circulation de l'air, dont l'urrivéu dans la salle est réglée par une cheminé..; d'appel. Pour éviter les arrêts qu'apporteraient k la fermentation les variations do température, des poêles k vapeur chauffent la salle des masses, dont les fenêtres sont munies de doubles vitrages. On obtient d.; la sorte une fermentation uniforme,qui,aprèi avoir amené une élévation de température, s'arrête au bout d'un mois ou six semaines environ.

• A ce moment, le tabac, dont l'aspect extérieur a été considérablement modifié, est prêt k passer au râpage. Autrefois, cette opéra ■ tion s'effectuait péniblement k bras d'homme, ainsi que le tamisage qui la suit; aujourd'hui, les moulins à râper et les tamis sont mu-, mécaniquement, et nous avons pu constater que le tabac sortant des masses passait, k l'aide d'une vis d'Archimède, dans les moulins et de 1k sur les tamis, d'où tombait te grain suffisamment fin, sans avoir subi nulle part le contact de l'air. Les parcelles trop grosses sont rejetées mécaniquement dans les moulins où elles repassent jusqu'à ce qu'elles atteignent la fiuesse nécessaire pour traverser les tamis.

• Après le râpage, le tabac est mouillé pour que la seconde opération soit possible ; il e~t ensuite déposé dans des cases en charpente par quantités qui varient de 25,000 k 30,000 kilogr. Pour que la fermentation ne se fasse pas attendre, la dernière mouillade se fait, en hiver, avec de l'eau chauffée à environ 30°, et, pour rendre ce résultat encore plus certain, on a recours aux mélanges réchauffants, c'est-à-dire qu'au râpé de quatre cases en voie de formation on ajoute un quart de râpé dont la fermentation est déjà développée. De cette manière, l'opération se fait régulièrement. Elle dure plusieurs mois, interrompue par des transvasements successifs destinés à empêcher la température de trop s'élever. Les dispositions des cases et les appareils élévatoires dont elles sont munies simplifient les transvasements, que la température et les poussières de tabac rendaient autrefois fort pénibles pour les ouvriers. Au sortir des cases, ou plutôt de la salle des mélanges, c'est-à-dire d'une dernière case d'une contenance égale à celle de quatre ou six cases ordinaires, où il subit une maturation qui dure un mois environ, le tabac k priser est emballé dans des tonneaux pour être livré aux entrepôts.

» Cet emballage était fait autrefois par des hommes qui comprimaient le râpé sous leurs pieds dans les tcuneaux. Aujourd'hui, un mécanisme ingénieux, que nous avons admiré k Chàteauroux et k Morlaix, permet de répartir le tabac dans les tonneaux et de l'y pilonner plus régulièrement et à moins de frais que quand un ouvrier accomplissait cette

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double opération. Il serait & souhaiter, au

fioint de vue même de la qualité des tabacs ivres, que ce mode d'emballage pût être installé dans tous les établissements qui fabriquent de la poudre.

• Nous aurons à examiner plus loin les résultats de ces transformations, au double point de vue de l'économie et de la qualité du produit; nous nous bornerons à dire ici que l'organisation actuelle de cette fabrication permet d'en réduire de douze à quatorze mois la durée, qui était de trois ans en 1835, et que l'on réalise ainsi une notable économie de place et de temps.

» — Râles et carottes. Sous ce titre se groupent trois produits distincts : les rôles ordinaires, destinés à être mâchés ou fumés; les rôles menu filés, qui sont toujours mâchés, et les carottes, produit fabriqué exclusivement à Morlaix et appelé, comme les rôles ordinaires, à servir à deux Uns.

" Pour les rôles ordinaires, leur composition a peu varié depuis 1835 ; ils sont toujours composés de 40 pour 100 de tabacs de Virginie et de Kentucky et de 60 pour 100 de tabacs indigènes. En ce qui concerne ce produit, qui consiste en une véritable corde formée de feuilles de tabac, l'outillage a plus varié que la composition. Une machine donne la torsion au brin en même temps qu'elle enroule sur une poulie le rôle déjà formé. Celui-ci, au sortir du rouet mécanique, est coupé en brins d'un poids déterminé et soumis, s'il est destiné à être mâché, au trempage dans les jus concentrés, puis à une pression. Les rôles pour la pipe ne subissent ni l'une ni l'autre de ces deux opérations.

• Quant aux rôles menu filés, leur composition a été complètement modifiée depuis 1835. Le tabac de Virginie , exclusivement employé autrefois pour cette fabrication, étant venu à faire complètement défaut en 1853, par suite de ta guerre de sécession, l'administration tenta de le remplacer, pour moitié, par des tabacs de qualité supérieure du Lot-et-Garonne et du Nord. L'essai réussit au delà des prévisions ; les consommateurs accueillirent avec faveur le changement amené par la force des choses, et, dès 1868, on en arriva à remplacer entièrement le tabac de Virginie par les feuilles du Lot-et-Garonne, qui avaient paru emporter spécialement les suffrages du public.

• Ces rôles sont fabriqués à l'aide de rouets à main par des ouvrières auxquelles les tabacs sont livrés écôtés. Les jus de tabac concentrés remplacent maintenant, pour le trempage, les ingrédients tels que la mélasse, le, jus de réglisse, etc., que l'on employait autrefois. La mouillade est suivie d'une pression donnée par une presse hydraulique, et une dessiccation dans un courant d'air chaud complète La préparation de ce produit, qui est livré à la consommation en petites pelotes de l hectogramme.

> Les carottes, produit particulièrement apprécié dans les campagnes de la Bretagne, se mâchent et surtout se fument. Leur principal mérite consiste dans la difficulté avec laquelle elles brûlent. On arrive à leur donner cette qualité en leur faisant subir uno compression extrêmement énergique, qui était obtenue jadis a l'aide de presses a bras et qui, aujourd'hui, est fournie par des presses hydrauliques de construction spéciale, qui permettent d'élever la pression jusqu'à no et 120 atmosphères. Ces presses ont été étudiées par un des ingénieurs de l'administration au moment où la manufacture de Morlaix a reçu son outillage mécanique, et les dispositions fort ingénieuses et pratiques qu elles présentent ont attiré l'attention des industriels.

• Nous ne nous étendrons pas davantage sur une catégorie de produits qui ne s'adressent qu'à un nombre intiniment restreint de consommateurs et nous passerons aux tabacs h fumer, dont la fabrication présente un intérêt plus général.

• — Tabacs à fumer. L'enquête de 1835 mettait en doute la possibilité d'une fabrication en grand des tabacs à fumer : ce problème est maintenant résolu. Dans les conditions actuelles, en effet, nous voyons des manufactures produire annuellement en scaferlati ordinaire de 1,800,000 kilogr. a 2,000,000 dts kilogr. et la fabrication oes scaferlatis de cantine dépasse, à Lille, le chiffre considérable de 5,000,000 de kilogr. C'est là un iraportant résultat, et il est intéressant d'examiner par quels moyens il a pu être obtenu.

• Les documents que nous avons entre les mains et les renseignements qui nous out été fournis dans les manufactures nous apprennent qu'autrefois les tabacs destinés au hachas© et dans lesquels il n'entrait que 20 pour 100 au maximum de tabacs exotiques étaient, tout d'abord, mouillés à l'aide d'arrosoirs, puis retournés à la fourche, opération coûteuse, irrégulière et donnant lieu k beaucoup de débris. Ils étaient ensuite, après écôtage préalable, portés sous des hachoirs mus à bras d'homme, avec lesquels il était difficile de produire une coupe régulière. Lorsqu'il s'agissait enfin de les débarrasser de l'excédant d'humidité qu'on leur avait incorporé pour rendre le hachage possibl», les tabacs étaient chauffés à feu nu sur des plaques métalliques ou, plus tard, sur des tables à vapeur imaginées par Gay-Lussac.

> Dans l'un et l'autre cas, il fallait qu'un ou-

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vrier exposé aux émanations nicotineuses et ammoniacales , auxquelles la torréfaction donnait lieu, veillât à retourner les tabacs^ de manière qu'ils ne fussent pas grillés. La mise en paquet s'effectuait à l'aide de l'appareil h leviers, que nous avons pu voir encore à la manufacture du Gros-Caillou ; la manœuvre de cet appareil, il est facile de s'en rendre compte, exigeait des efforts compromettants pour la santé des ouvriers.

» Avec cet outillage, la fabrication du tabac à fumer était irrégulière, pénible, dangereuse même et lente surtout. Il n'est donc pas étonnant que la commission de 1835 l'ait jugée à peu près impossible à pratiquer en grand.

• Aujourd'hui, il n'en est plus de même; tout d'abord, la composition des tabacs à fumer supérieurs et ordinaires s'est modifiée. Les tabacs exotiques, maryland, kentucky, levant, hongrie, entrent en proportion sensiblement plus forte que les tabacs indigènes. Pour les tabacs de cantine, on a réussi à faire entrer dans leur préparation une quantité graduellement croissante de côtes et de débris ; le laminage des côtes, pratiqué depuis 1854, a permis de réaliser ainsi une économie notable. Pour les procédés de fabrication, ils se sont absolument transformés. La mouillade, si peu uniforme autrefois, se fait maintenant avec une complète régularité dans le cylindre mouilleur. Cet appareil, entre autres avantages, permet de régler avec précision la quantité d'eau incorporée aux feuilles et d'obtenir un mélange parfait des diverses espèces employées, tout en réduisant la production des débris.

■ Une fois mouillés, les tabacs sont mis en masse jusqu'au moment où ils sont livrés au capsage ; on appelle ainsi l'opération qui, pour le scaferlati ordinaire, a été substituée à l'ancien écôtage conservé seulement pour le scaferlati supérieur. Au capsage, les feuilles alignées à la main, de façon que toutes les côtes soient bien parallèles et réunies en ballotin, sont en cet état portées au hachage. Cette opération s'effectue maintenant mécaniquement à l'aide de machines qui, depuis quinze ans, ont subi de nombreux perfectionnements. L'ouvrier place les ballots de feuilles dans son hachoir, de manière que la lame du couteau vienne trancher, transversalement toutes les côtes : on parvient à éviter ainsi, sans recourir al écôtage, la production de ces aiguilles ligneuses si désagréables aux fumeurs.

> Du hachage, le scaferlati passe immédiatement à la torréfaction. Cette opération, jadis aussi nuisible au goût du tabac qu'à la santé des ouvriers, s'effectue maintenant dans un appareil dont le fonctionnement laisse peu de chose à désirer. Le scaferlati est introduit automatiquement dans un cylindre creux, qui tourne lentement dans une enveloppe en tôle. De l'air, chauffé dans un double foyer, circule dans l'enveloppe eldans le cylindre, où il traverse le tabac, en lui enlevant son humidité. Un ingénieux mécanisme règle l'introduction de l'air sous les foyers, de manière à maintenir la température constante dans l'enveloppe. De la sorte, on n'a plus à craindre que le tabac ne soit ou grillé ou trop humide, et la torréfaction se fait rapidement et sans danger pour personne, les vapeurs étant entraînées dans une cheminée d'appel.

» De là, le tabac passe au cylindre sécheur, où il se débarrasse des poussières, et, après un séjour d'un mois environ en masses de maturation, il est livré au paquetage. Le paquetage s'effectue maintenant à l'aide d'une machine à colonne d'eau, imaginée en 1865 à la manufacture de Lille. Grâce à cette machine, qui se prête également à la confection de tous les modules de paquets, nous n'avons plus sous les yeux le spectacle pénible de ces ouvrières qui, autrelois, étaient obligées de peser de tout leur poids sur un levier pour comprimer le tabac dans les moules.

• Telle est la suite des opérations auxquelles donne lieu ia fabrication en grand du tabac à fumer. La commission d'enquête peut constater, au moins sur ce point, la réalisation d'un progrès réclamé par sa devancière de

» — Cigares. Bien qu'aujourd'hui, comme en 1835, la confection des cigares se fasse encore à la main, on peut dire cependant que dans son ensemble la fabrication, telle qu on la comprend maintenant, ne ressemble guère à ce qu'elle était à cette époque. L'opération principale, le roulage du cigare, est, il est vrai, restée la même, puisqu'on n'a pas encore trouvé de machine douée du tact que possèdent les doigts de l'ouvrière et capable de faire des cigares qui ne soient pas trop durs. Mais la série des mains-d'œuvre préparatoires s'est considérablement et heureusement modifiée.

» Il y a quarante ans, les cigares ordinaires étaient uniquement composés de feuilles de Virginie, de kentucky et de inaryland. Ces crus exotiques, ou du moins les deux premiers, cédèrent la place, à partir de 1841 et de 1850, aux tabacs d'Algérie et de Hongrie. Ces changements furent bientôt suivis par l'introduction des tabacs indigènes légers, dont le taux d'emploi, d'abord de 15 pour 100, a attejnt, en 1869, 56 pour 100 et est encore aujourd'hui de 44 pour 100, malgré la perte de l'Alsace-Lorraine. Quant aux cigares à

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0 fr. 10, tous sont formés k l'intérieur de tabacs du Brésil et du Mexique ; une partie seulement d'entre eux est recouverte avec les feuilles indigènes les plus fines.

• Le développement de l'emploi des tabacs indigènes dans les cigares à 0 fr. 05 et à 0 fr.075 est dû surtout à un perfectionnement apporté aux procédés de lavage des feuilles, qui permet d'adoucir les tabacs trop forts au profit de ceux qui sont dénués d'arome et de rendre ainsi les goûts uniformes. A l'origine, les tabacs n'étaient pas lavés; on leur donnait une mouillade destinée uniquement à les assouplir. Vers 1846, on commença à recourir à une fermentation légère, ou à un étuvage à la vapeur dans le but de faire disparaître une partie de la nicotine. Les premiers essais de lavage des feuilles eurent lieu en 1850; on se proposait uniquement, alors, d'affaiblir les tabacs trop forts en leur enlevant une partie de leurs principes solubles.

• A l'eau pure employée dans ce lavage, la manufacture de Bordeaux substitua plus tard les jus de tabac pour- la macération des feuilles. Dans cette opération, il se produisait un échange de matières solubles entre les tabacs et les jus aboutissant k l'établissement d'un certain état d'équilibre, qui dépendait de la durée de la macération et de la richesse des jus employés. Cet échange, encore bien irrégulier dans le procédé empirique de la macération, se fait maintenant d'une manière complètement uniforme depuis que les conditions d'un épuisement méthodique complet ont été étudiées pour le tabac. Les différents phénomènes qui se passent au contact des tabacs et des jus furent élucidés par l'analyse chimique pendant les années 1863 et 1864 ; les résultats obtenus conduisirent à organiser d'une manière rationnelle le système de lavage méthodique, en vue de fusionner autant que possible les goûts, la force et la combustibilité des différents tabacs employés.

• Ce lavage méthodique est maintenant en usage dans toutes les manufactures, et un appareil perfectionné, imaginé à la manufacture de Chàteauroux en 1868, permet d'éviter le transport des ballots de tabac de l'une à l'autre des cuves contenant le jus k diâérents degrés. Avec les appareils que nous avons vus fonctionner, les tabacs séjournent dans la même cuve pendant toute la durée de l'opération ; ce sont les jus qui se déplacent, en passant des cuves à macération dans une cuve centrale supportée sur le plateau d'un' élévateur hydraulique et de laquelle ils sont répartis de nouveau sur les tabacs. Les jus les plus concentrés sont mis en contact avec les tabacs frais, tandis que les tabacs déjà épuisés reçoivent le jus alimentaire dont le degré varie suivant la force que l'on veut conserver au tabac.

• On est ainsi parfaitementmaftredela conduite de l'opération et, les quantités d'eau employées étant relativement faibles, on obtient des jus très-riches en matières solubles et par suite aisément utilisables dans les fabrications des tabacs en poudre ou des tabacs à mâcher. La dessiccation des tabacs sortant du lavage méthodique est commencée à l'aide de presses ou d'essoreuses, puis terminée au torréfacteur mécanique ou à l'air libre. Les tabacs livrés k la confection sont ainsi assez secs pour que les cigares ne risquent pas de se déformer au séchoir.

> La confection proprement dite s'est, elle aussi, améliorée depuis 1835. A cette époque, en effet, les intérieurs se composaient de feuilles plaquées, enroulées autour d'une aiguille centrale, que l'on retirait pour constituer une sorte de cheminée nécessaire pour que le cigare brûlât ; mais la combustion était irregulière; trop active sur certains points, sur d'autres elle se faisait mal.

» Aujourd'hui, le placage des feuilles est rendu impossible par l'emploi de tabacs plus secs, déchirés en menues lanières. Les intérieurs, ainsi formés, sont roulés dans des enveloppes triées et préparées à l'avance à l'atelier du robage ; enfin, l'installation même des cigarières a été modifiée, de façon k mettre les matières premières à l'abri de la poussière et du contact de l'air. Un ensemble de perfectionnements de détail a ainsi permis de rendre plus régulière, plus industrielle, une fabrication dans laquelle l'habileté même de l'ouvrière et la surveillance dont elle est l'objet ont une si grande importance.

• Différents systèmes de confection mécanique ont été essayés jusqu'ici, niais sans résultat bien satisfaisant. Nous n'avons vu employer dans les ateliers qu'un seul de ces appareils, la machine Reininger; encore estelle exclusivement appliquée au roulage des cigares à 0 fr. 05, à bout coupé.

• La dessiccation, des cigares, surtout celle des cigares à 0 fr. 10, a été pendant longtemps unedifticulté dans la fabrication. Cette difficulté est surmontée maintenant, et l'opération s'effectue dans des séchoirs où la circulation de l'air et son échauffeinent autour des poêles à vapeur peuvent être facilement réglés selon les saisons et l'état de l'atmosphère.

» Depuis 1872, une espèce intermédiaire est venue s'intercaler entre les cigares à Ofr. 10 et ceux, à 0 fr. 05. Ces cigares à 0 fr. 075 ne diffèrent de ceux à 0 fr. 05 que par le module et le soin plus grand que l'on apporte à leur confection. Une seule variété, les esquicha-

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des, reçoit une préparation spéciale, qui consiste en un trempage dans des jus aromatiques, suivi d'une pression qui donne an cigare une forme carrée ; cette variété est appréciée de certains consommateurs.

» — Fabrication, en France, des cigares de La Havane. Nous ne pouvons quitter la fabrication des cigares sans dire quelques mots des cigares en tabac de La Havane que produit la manufacture de Paris-Reuilly. Cet établissement, créé en 1857, à la suite d'essais entrepris au Gros- Caillou dans le but de se rendre compte de la possibilité de fabriquer en France des cigares de prix, est destiné à mettre exclusivement en œuvre les feuilles provenant de l'île de Cuba. Ces matières ont une valeur énorme relativement à celles qui entrent dans les fabrications ordinaires, puisque les prix des tabacs de la Vuelta-Abajo, seuls employés à Reuiily, varient entre 600 francs à 1,500 francs les 1D0 kilogr. pourleserusordinaires, tandis que pour les grands crus ils dépassent 3,000 fr. Les procédés de fabrication doivent donc différer notablement de ceux qui sont en usage dans les autres manufactures. Deux points sont ici prépondérants : l'économie dans l'emploi des matières et la conservation de l'arome qui donne au tabac de Havane toute sa valeur. Nous n'entrerons pas dans le détail des mesures prises en vue de ce double objet ; il nous suffira de dire qu'elles ont dû être imaginées en France, car on ne pouvait se borner à copier les procédés des fabriques havanaises, dans lesquelles les matières premières sont littéralement gaspillées.

> La principale raison qui a conduit à importer en France la fabrication des cigares de La Havane et en particulier des londrès, c'est la différence des prix de main-d'œuvre, qui sont considérablement plus élevés que dans notre pays. Ace titre, il serait à souhaiter qu'il devînt possible de ne plus acheter à La Havane que des tabacs en feuilles et de confectionner en France la totalité des cigares, des londrès au moins, que l'on achète aujourd'hui tout fabriqués. Malheureusement, la différence des climats constitue une difficulté considérable et un grand avantage au profit du fabricant havanais \, la fabrication de ces cigares ne pourra être considérée comme définitivement implantée en France que lorsque les. études entreprises en ce moment par l'administration auront été menées à bonne fin.

» — Cigarettes. La fabrication des cigarettes n'est pas d'introduction nouvelle dans les manufactures françaises ; elle date de 1843. Au début, la consommation atteignait à peine 4,500 kilogrammes; elle s'éleva, grâce à la création de nouvelles variétés , jusqu'à 11,000 kilogrammes, ou 11,000,000 de cigarettes, en 1869.

• Aucune des variétés fabriquées à cette époque ne se rapprochait de la cigarette telle que le consommateur la fait lui-même ; aussi étaient-elles toutes peu goûtées du public. Leur fabrication était tout entière concentrée dans la manufacture du Gros-Caillou, où elle ne tenait pas une grande place. La situation a bien changé aujourd'hui; sept manufactures, Paris, Bordeaux, Marseille, Morlaix, Nancy, Nantes et Toulouse , occupent à la confection des cigarettes plus de deux mille ouvrières, et la production annuelle dépassa 400,000 kilogrammes.. Si les cigarettes sont devenues maintenant un des produits importants des manufactures, tandis que leur fabrication jadis avait mis tant de temps à se développer, cela tient à la création, en 1872, des modules de cigarettes dites françaises, vendues par vingt duns ces paquets bleus, roses ou verts que l'on voit aujourd'hui aux devantures de tous les débits. Ces cigarettes ne différent de celles que le fumeur roule lui-même que parce que l'ouvrière introduit le tabac au moyen d'un petit moule dans un tube de papier préparé à l'avancé et collé à la gomme arabique, au lieu de rouler le tout entre ses doigts. Ce moule, qui permet l'emploi de tabucs en brins longs et non plus en débris comme autrefois, constitue le principal progrès d'une fabrication que l'on n'a pu. encore parvenir à rendre mécanique, bien que des essais intéressants soient entrepris dans ce sens.

• En dehors des cigarettes en caporal ordinaire et supérieur, ou fabrique, mais à Paris seulement, des cigarettes de même forme avec des tabacs exotiques, et principalement des crus divers du Levant, Samsoun, Latakièh, Yénidgé, Platana, Vizir, etc. L'administration pourra ainsi se rendre compte de l'avantage qu'elle peut avoir à fabriquer elle-même ces diverses cigarettes, pour l'époque (31 décembre 1877) où expirera le traité conclu avec M. Kœnig. Aux termes de ce traité, M. Koenig fabrique dans un local de la manufacture du Gros-Caillou, avec des tabacs achetés et transportés à ses frais et à ses risques, des tabacs à fumer et des cigarettes qu'il livre à la régie à des prix déterminés. 11 rachète ensuite ces produits «t les vend au public, sous les vignettes de l'administration, au prix même auquel il les a payés à la régie. Celle-ci d'ailleurs s'est réservé toute liberté de faire fabriquer et de débiter des tabacs et des cigarettes de modules analogues à ceux de M. Kcenig, paquetés et boltés de même, et elle use de ce droit en mettant en vente, au bureau du Grand-Hôtel,

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les principales variétés que l'on trouve au débit spécial du boulevard des Capucines. »

La fabrication des tabacs à l'étranger diffère peu, quant à ses procédés, de la fabrication française, bien qu'en général elle soit moins perfectionnée. Nous fren ferons point ici l'objet d'une étude spéciale, qui nous entraînerait trop loin et dont l'intérêt serait médiocre. Nous nous bornerons k rappeler que c'est k La Havane qu'on fabrique les meilleurs cigares. Une manufacture, appelée la ffonradez (l'Honnêteté), fondée a La Havane vers 1860, a adopté des procédés perfectionnés et fabrique aujourd'hui plus de 3,000,000 de cigarettes par jour, grâce à l'emploi de la machine Susini. En Allemagne, la fabrication des tabacs a été portée k un haut degré de perfection, notamment à Hambourg et à Brème, où l'on reçoit des quantités considérables de tabacs de La Havane et de Saint- Domingue. «Grâce aux. ouvriers fort habiles qu'ils emploient, dit M. Mangin, les fabricants de ces deux villes donnent à leurs cigares, avec les belles capas de Saint-Domingue et du Palatinat, qui ne recouvrent que des tabacs médiocres d'Allemagne et des Etats-Unis, toute l'apparence des plus beaux cigares de La Havane. Ils leur appliquent toutes les formes connues des fumeurs, régalias, impériales, trabucos,panatelIas, etc., et, pour mieuxtromper l'acheteur, prétend-on, ils font venir de La Havane les planches de cèdre sur lesquelles on fabrique les boites, le papier qui les tapisse intérieurement et jusqu'aux petits clous qui fixent les boites ; ils disposent les cigares de la même façon qu'à La Havane, y appliquent les noms, gravures et marques les plus renommés, et, lorsqu'un bâtiment arrive de Cuba en rade de Brème ou de Hambourg, les négociants ont soin, avant qu'il entre dans le port, de faire porter à bord des milliers de boites qui sont alors déclarées en douane et déposées à l'entrepôt sous le titre de cigares de La Havane. C'est de ces entrepôts que sortent la plupart de ces cigares, dits de La Havane , qui inondent l'Europe. » ,

— IV. Régie des tabacs. A vant de parler du système de régie adopté en France, indiquons en quelques mots les systèmes adoptés à l'étranger. «L'Allemagne, dit M. Hervé, a adopté le régime de la liberté pour la culture, la fabrication et la vente. Les champs Sont partagés en plusieurs classes et soumis à une légère surtaxe en sus de l'impôt foncier. Divers pays, comme la Hollande et la Belgique, se contentent d'un droit d'importation peu élevé, traitant le tabac comme toute autre denrée. La Russie a un système particulier. La production est astreinte à une patente spéciale avec un droit de circulation représenté par la vente des bandes officielles dont les paquets doivent être revêtus. Tous les commerçants peuvent vendre du tabac, tuais à condition d'acheter au gouvernement Un minimun prescrit de bandes -, la taxe est assez élevée. Aux Etats-Unis, la culture, la fabrication et la vente du tabac sont soumises à un droit de patente. L'Angleterre pratique un système différent, La culture du tabac y est interdite, le revenu considérable (170 à -180 millions de francs) qu'elle tire du tabac est produit par les droits de douanes dont il est frappé et par des licences accordées aux fabricants et débitants. ■ Dans plusieurs Etais de l'Europe, la fabrication et la vente du tabac ont été monopolisées par les gouvernements. C'est ce qui a lieu en Autriche, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Roumanie, en Hongrie, depuis 1850, et en France. « En Autriche, dit l'écrivain précité, la culture et la fabrication ont cessé d'être libres en'l670 et ont été organisées en régie en 1784. Le revenu net était, il y a dix ans, d'une trentaine de millions ; il u doublé depuis (ces chiffres ne comprennent pas la Hongrie), En Espagne, le monopole date de 1730 et a été exploité par une régie jusqu'en 1826. Après avoir été affermé à des compagnies pendant quelques années, on est revenu au système de Ja régie qui donne une trentaine de millions de revenu net. En Italie, le monopole de l'Etat a été affermé à une compagnie pour treize ans par ia loi du 24 août ISfiS. • Comme on le voit, quel que soit le mode adopté, tous les gouvernements trouvent dans la consommation du tabac des revenus importants et quelques-uns une de leurs sources de revenus les plus productives.

Le système adopté en France est celui du monopole, système que nous condamnons comme contraire aux véritables lois de l'économie politique. Nous ne prétendons pas demander à l'Etat de renoncer à une des ressources les plus productives du budget. De tous les objets imposables, le tabac, par sa nature, est celui qui semble s'offrir le plus volontiers à la perception d'un impôt. Son usage, en effet, peut être considéré comme le résultat d'une fantaisie plutôt que d'un besoin réel ; il convient donc de rejeter sur lui, de préférence à toute autre denrée de première nécessité, une partie du fardeau des subsides. Mais, s'il est juste que le fisc l'atteigne et le soumette à des règles conservatrices des droits dont il doit être frappé, il serait absurbe de penser qu'on ne peut irouver de garantie suffisante que dans une loi qui attribue au gouvernement l'exploitation exclusive d'une branche de commerce dwanue si intéressante depuis que la con-

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sommation du tabac est presque générale en Europe. Qu'a la place du monopole, également nuisible à la culture, au commerce et au consommateur, on rétablisse le régime des taxes, la culture, la fabrication, la vente du tabac renaîtront libres, et une partie de nos départements de l'Est, du Nord et du Midi pourront recouvrer leurs richesses primitives; des milliers de bras trouveront un emploi, l'exportation reprendra son ancienne importance.

Le monopole de la vente du tabac remonte en France k 1674, époque où fut établie la première ferme. Cet état de choses dura jusqu'en 1791, sauf une interruption d'un peu moins de deux ans (1719-1720), pendant laquelle la culture du tabac fut interdite dans tout le royaume et la vente exclusive convertie en droits d'entrée. Les fermiers spéciaux avaient seuls, avant la Révolution, le privilège d'acheter la récolte, d'opérer la fabrication et le débit. En outre, trois provinces pouvaient seules, k cette époque, se livrer a la culture du tabac. C'étaient la Franche-Comté , la Flandre et l'Alsace.

Quant à la fabrication, elle n'était autorisée qu'à Paris, Dieppe, Morlaix, Tonneins.Le Havre, Toulouse et Valenciennes.

Par sa loi des 20-27 mars 1791, l'Assemblée nationale rendit entièrement libres la culture, la fabrication et la vente du tabac. C'était se priver de revenus considérables, et il était d'autant plus nécessaire de revenir à l'ancien état de choses que, contrairement k tous les autres, l'impôt sur le tabac était volontairement consenti et facilement accepté. La loi du 22 brumaire an VII rétablit une taxe sur la fabrication du tabac, et, quelques années après, l'article premier du décret du 16 juin 1808 prescrivit à tout particulier qui voudrait cultiver du tabac l'obligation d'en faire la déclaration aux agents du fisc. Enfin, le décret du 29 novembre 1810, complété par celui du 12 janvier 1811, rétablit dans son entier le monopole de la fabrication et de la vente. On raconte que Napoléon 1er, ayant rencontré dans un bal une dame couverte de diamants, demanda quelle était la femme dont le mari était assez riche pour une pareille profusion. On lui répondit que le mari de Mme R.... était fabricant de tabacs. Quelques mois après paraissait le décret qui attribuait U 1 Etat la fabrication et la vente du tabac.

Les lois des 24 décembre 1814, 28 avril 1816, 28 avril 1819, 17 juin 1824, 19 avril 1829, 12 février 1S35, 23 avril 1840, etc., ont consacré le régime établi par le décret de 1810, k titre provisoire il est vrai; mais ce provisoire est devenu définif et ce régime, qui, d'après la loi de 1852, devait cesser d'avoir son effet le 1er janvier 1863, dure encore et n'est pas près de prendre fin. 11 a été renouvelé successivement par la loi du 23 mai 1862 et par celle du 21 décembre 1872.

La culture, la fabrication et la vente du tabac ont été de tout temps placées sous la surveillance du ministre des finances, qui a délégué cette partie de ses attributions d'aboru à la régie des droits réunis, puis à une direction générale des tabacs, supprimée aujourd'hui. Depuis 1851 , tout ce qui concerne l'exploitation du monopole du tabac appartient exclusivement à l'administration des contributions indirectes.

Les seuls départements où la culture du tabac soit autorisée sous le contrôle vigilant de l'administration sont les suivants : Alpes- Maritimes, Bouches-du-Rhône, Dovdogne, Gironde, Ille-et-Vilaine, Lot, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nord, Pas-de-Calais, Haute-Suôntt, Savoie, Haute-Savoie, Var, Hautes- Pyrénées (depuis 1866), Landes (depuis 1867), Puy-de-Dôme (depuis 1870), Isère, Meuse et Vosges (depuis 1872) ; il faut ajouter l'Algérie. En 1869, 50,751 planteurs avaient Consacré k la culture des tabacs une superficie totale de 16,724 hectares ; la récolte prévue était de 27 millions de kilogrammes ; la récolte effective a été de 21,364,000 kilogrammes seulement.

Aux termes des articles 180 et 202 de la loi du 28 uvril 1816, celui qui veut se livrer à la culture du tabac, dans un des départements ci-dessus mentionnés, doit obtenir de l'Etat une autorisation préalable qui n'est accordée que lorsqu'il s'agit de parcelles ayant une contenance d'au moius 20 ares. 11 est cependant certaines contrées où le morcellement de la propriété motive des exceptions à cette règle, et l'administration tient compte des conditions locales. L'article 2 de la loi du 12 février 1835 indique la manière dont les permissions doivent être accordées. Conformément à cet article, les permissions sont données dans chaque arrondissement par une commission spéciale de cinq membres. Cette commission se compose du préfet ou d'un de ses délégués, du directeur des contributions indirectes, d'un agent supérieur du service de culture, d'un membre du conseil général et d'un membre du conseil d'arrondissement, domicilié dans l'arrondissement et étranger à la culture du tabac. La commission est présidée par le préfet ou par son délégué. Le nombre d'hectares à cultiver ainsi que les quantités de tabac k demander aux départements où la culture est permise sont fixés chaque aiitiée par le* ministre des finances , de manière que le tabac indi-

tène n'entre que pour les quatre cinquièmes ans Les approvisionnements des nmnufac-

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tures de l'Etat. C'est encore au ministre qu'il appartient de déterminer, pour chaque arrondissement, les prix des diverses qualités de tabacs qui seront récoltés l'année suivante.

'Les planteurs de tabac sont libres de destiner leur récolte soit à l'approvisionnement des manufactures de l'Etat, soit k l'exportation ; mais ils sont tenus de présenter aux agents de l'administration le produit intégral de cette récolte, et, s'il y a déficit dans les quantités qu'ils doivent représenter conformément aux évaluations faites, ils payent la valeur des quantités manquantes au taux du tabac de cantine. Lorsque la différence peut résulter d'accidents quelconques , indépendants de la volonté du propriétaire, il est libéré de toute responsabilité.

Les articles 202, 203 et 206 de la loi du 28 avril 1816 règlent les conditions dans lesquelles peut être faite la culture des tabacs destinés à l'exportation. Cette culture donne Heu à une autorisation préalable, que le préfet n'accorde qu'après avoir reconnu la solvabilité du propriétaire ou avoir accepté de lui une caution. Le directeur des contributions indirectes est appelé k donner son avis, et l'arrêté préfectoral est rendu en conseil de préfecture.

Conformément à l'article 206 de la loi précitée, l'exportation doit être effectuée avant le 1er août de l'année qui suit la récolte, à moins que le cultivateur n'obtienne du préfet, sur l'avis du directeur des contributions indirectes du département, une prolongation de délai, qui, en aucun cas, ne peut dépasser le ler septembre et qui n'est accordée qu'autant que le cultivateur justifie que sa récolte est intacte. La surveillance de la culture est confiée â des employés spéciaux qui relèvent de la direction générale des contributions indirectes. Tout ce qui concerne le mode de déclaration, permission, décharge, classification, expertise et livraison de la récolte, est déterminé par des arrêtés préfectoraux,

La fabrication du tabac s'opère dans des établissements spéciaux , appartenant k l'Etat, que l'on nomme manufactures de tabacs et dont les employés de tout ordre sont placés sous les ordres du ministre des finances et du directeur général des contributions indirectes, chef de l'administration centrale. Ces établissements étaient au nombre de dix en 1835 et fournissaient 13 millions de kilogrammes de tabac consommés en France.

Plus tard, huit autreâ manufactures furent créées; mais deux d'entre elles durent être supprimées à la suite de la guerre de 1870- 1871, de sorte qu'aujourd'hui la France possède seize manufactures de tabacs, situées à Bordeaux, Chàteauroux, Dieppe, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Morlaix, Nancy, Nantes, Nice, Paris (Gros -Caillou), Paris (Reuilly), Riom, Tonneins et Toulouse, et produisant 30,510,150 kilogrammes de tabacs fabriqués. Outre ses seize manufactures, l'administration des tabacs possède vingt-sept magasins de culture et quatre magasins de transit. Ces divers établissements occupent un personnel de dix-neuf mille préposés et ouvriers. Le personnel supérieur ou technique, qui se trouve k la tête de chaque manufacture, se recrute parmi les élèves de l'Ecole polytechnique, qui, avec le titre d'élèves ingénieurs, font un stage de deux ans dans l'Ecole d'application fondée en 1824 et annexée à la manufacture du Gros-Caillou. Ce personnel comprend un directeur, un ingénieur et un sous-ingénieur. Le directeur dirige la marche générale de l'établissement dont il est le chef, beaucoup plus qu'il ne surveille les détails des diverses opérations. Il est chargé de toutes les attributions du chef de service d'une administration financière, il est dépositaire responsable de tous les objets

filacés dans sa manufacture, et il mandate es dépenses en qualité d'ordonnateur secondaire ; de'même que dans une compagnie industrielle, le chef d'établissement, tout en dirigeant la production, est chargé des rapports avec l'extérieur, c'est-à-dire avec les consommateurs d'une part et les administrateurs de l'autre ; de même, dans les manufactures de l'Etat, c'est aux directeurs que revient la correspondance avec l'administration centrale et avec les contributions indirectes chargées de la vente des produits. L'ingénieur, au contraire, et, sous ses ordres, le sous-ingénieur, sont spécialement préposés k la conduite de la fabrication. Directement en contact avec les chefs de section qu'il réunit chaque jour en conférence, l'ingénieur donne, d'accord avec le directeur, tous les ordres de détail, en surveille l'exécution et reste spécialement chargé de toutes les questions qui intéressent le personnel ouvrier. Les mesures à prendre pour entretenir, réparer ou compléter l'outillage sont aussi de sa compétence, ainsi que les essais de toute nature entrepris en vue d'améliorer les procédés de fabrication. Le sousingénieur est le second et le suppléant de l'ingénieur, qui dirige le travail de son adjoint de manière k assurer le service et à compléter en même temps l'instruction pratique de ce fonctionnaire.

Au-dessous du personuei technique se trouve le personnel du contrôle et des bureaux. A la tête de ce personnel se place le contrôleur de comptabilité, qui arrive a cet emploi par voie de concours et de surnumérariat"(décision du il février 1865), ainsi que les em-

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ployés principaux. L'exécution des marchés, la qualité des ustensiles, des fournitures, sont soumises k son examen; il veille k ce qu'aucune irrégularité ne se commette dans 1 établissement. Il s'assure,dans les ateliers, du temps pendant lequel les ouvriers travaillent, delà façon dont les pesées des matières se font; il vérifie et arrête les écritures qui s'y tiennent. Dans le conseil, il a voix délibérative et donne, au point de vue de l'emploi des crédits, son avis sur toutes les questions. Sa principale mission est de maintenir la régularité dans les écritures et de veiller & ce que les crédits ouverts ne soient pas dépassés. Il peut, du reste, en référer k l'administration centrale, par l'intermédiaire du directeur, qui est tenu de transmettre ses observations. Le contrôleur est assisté dans sa tâche par un ou plusieurs commis aux écritures.

En dehors du cadre des employés supérieurs, et immédiatement au-dessous d'eux viennent le garde- magasin et le premier commis. Le garde-magasin est le comptable en matières de l'établissement. U prend charge de toutes les livraisons k l'entrée dans la manufacture et il est responsable des fournitures, ustensiles ou tabacs en feuilles, jusqu'à leur livraison aux ateliers. Il est aussi préposé au magasin des expéditions. Il est justiciable de la cour des comptes, k laquelle il soumet en fin d'année le relevé de ses écritures. Le premier commis est placé sous les ordres immédiats du directeur. C'est lui qui est chargé de répartir les travaux de la correspondance entre les divers employés des bureauï. Il est assisté dans sa tâche par le second commis.

Quant aux employés et commis de diverses classes, leurs fonctions sont toutes de bureau, de façon k les initier successivement aux différentes parties du service; il est de règle de procéder tous les six mois k une nouvelle répartition des travaux entre eux. Ils peuvent arriver ainsi k acquérir les connaissances pratiques nécessaires pour subir, si leur instruction générale le permet, les épreuves du deuxième degré.

Les employés au service de la culture sont les commis et les vérificateurs qui surveillent directement la plantation, les contrôleurs qui dirigent les travaux de plusieurs sections de vérificateurs, les sous-inspecteurs et inspecteurs qui ont la haute direction duservice dans une circonscription entière. Les inspecteurs sont placés auprès des directeurs des tabacs, ou bien k la tête d'un département, quand une même direction de culture en comprend deux. Enfin, au sommet de l'échelle, les directeurs de culture ont les mêmes attributions que les directeurs de manufacture pour la fabrication. Dans les magasins, on trouve un directeur ou entrepreneur, responsable des tabacs qu'il a en dépôt, et, au-dessous de lui, le contrôleurde magasin, chargé de la comptabilité, prenant, comme ce dernieretsous ses ordres, une part active k la direction et k la surveillance des ouvriers. Outre les divers employés dont nous venons de parler, les manufactures de tabacs ont un personnel de préposés, comprenant les surveillants, les contre-maîtres, les chefs de section et ies chefs mécaniciens. Ces préposés ont une grande influence sur la bonne marche des établissements. Enfin, audessous d'eux sont les ouvriers des deux sexes. Comme nous l'apprend M.Hamille.au rapport duquel nous faisons de nombreux emprunts, le nombre des ouvriers des deux sexes employés dans les manufactures dépassa aujourd'hui dix -huit mille. 11 était, a coup sur, bien moindre en 1835; aussi seinblerait-il, à première vue, que l'introduction des machines n'a pas eu pour conséquence une diminution du nombre des bras nécessaires aux diverses fabrications. Les muchines ont cependant permis de réduire dans une large mesure le personnel ouvrier; il suffit, pour en être convaincu, de remarquer que l'augmentation de ce nombre a, pour uinsi dire, tout entière porté sur le chiffre des ouvrières, ce qui s'explique suffisamment parle développement de la production des cigares, tandis que les hommes ont k peu près disparu des manufactures, soit que l'outillage nouveau uit permis de restreindre le nombre des ouvriers, s>oit qu'il ait donné la possibilité de confier k des femmes des travaux qui jusque-là avaient dû être exécutés par des hommes (le paquetage du tabac a. fumer, par exemple). Ainsi, sur un total de 17,668 ouvriers immatriculés des deux sexes, les femmes étaient, au 31 décembre 1874, au nombre de 16,325, tandis que le nombre des hommes n'atteignait pas le dixième de ce chiffre.

Les salaires des ouvriers varient d'une manufacture k l'autre ; ils sont fixés par l'administration, sur la proposition des chefs de service locaux. On aura une idée de ces différences de prix si l'on sait que, pour les surveillants de la dernière classe, le salaire journalier varie de 5 francs, prix payé à Paris, k 3 fr. 75. Les prix de journée de ces surveillants représentent ce qu'un ouvrier valide peut gagner. Les différences entre les prix doivent être attribuées a la proportion variable d'ouvrières formées etd'appreuties que renferment les divers établissements. Pour les femmes employées à la confection des cigares, le salaire varie de 2 fr. à 1 fr. 50 pour dix heures'de travail effectif.

— Des produits fabriqués et de leurs prix.

Les produits fabriqués dans les manufactures de la régie, en France, s'obtiennent avec quatre classes de tabacs : les tabacs exotiques, les tabacs du Levant, les tabacs d'Europe et les tabacs indigènes. Les tabacs de la première classe sont : la Virginie, gras, corsé, très-aromatique et précieux pour la fabrication du tabac à priser; le hentucky, gras, fort, k grand feuillage, très-recherché j le marylaita, léger, odorant, à grandes feuilles, employé presque exclusivement pour le tabac k fumer; le havane, sans égal pour In; cigares ; le java, & l'udeur poivrée, e^qu'on emploie au même usage; les tabacs de Cuba, de Saint-Domingue, du Brésil, du Mexique, de

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l'A mérique centrale, de la Caroline, de Guayaquil, du Pnraguay, etc., employés pour la fabrication des cigares à 0 fr. 10. Dans la seconde classe se rangent les tabacs du Levant, provenant de \s. Turquie, de l'Asie Mineure, de la Grèce, et qui rendent peu de services. Nous citerons, parmi ces tabacs: le taoac noir du Sinaî; le /a(flAie^,très-parfumé ; le tombe ki, qui sont très-esttmês en Orient, où on les fume dans des chibouks et des narghilehs. La troisième classe de tabacs, ou tabacs d'Europe, comprend : le hollande, ayant beaucoup de force, excellent pour la poudre a priser et qu'on mélange ordinairement avec les tabacs faibles; le debreczin, qui provient

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de Hongrie et dont on fait des cigares; le szegedin, également de Hongrie, qui entre dans la fabrication du tabac à fumer; enfin les tabacs français, qui offrent des caractères différents, s'emploient tantôt pour la fabrication de la poudre à priser, tantôt pour la fabrication des tabacs à fumer et des cigares. Dans la première catégorie se placent les tabacs du Lot, du Lot-et-Garonne, du Nord, de l'IUe-et- Vilaine; on classe dans la seconde ceux des autres départements. Les tabacs d'Algérie, qui depuis quelques années prennent un grand développement, offrent des qualités très-variables; quelques-uns peuvent presque rivaliser avec les tabacs exo-

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tiques, d'autres ne donnent que des produits inférieurs. Dans la fabrication de nos tabacs indigènes, on mêle le plus souvent des tabacs exotiques dans des proportions déterminées. Les deux tableaux suivants, dont les éléments ont été déduits de l'expérience des cinq années 1866-1870, indiquent, en les comparant aux prix d'achat, les prix auxquels ressorteut les différentes variétés de tabacs indigènes et exotiques rendus en manufacture. Ils donnent ainsi la mesure des frais qu'entraînent, d'une part, le service de la culture et des magasins de feuilles indigènes et, de l'autre, celui des magasins de transit.

TABACS INDIGENES.

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