‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 854 sur 1059 · C. DELAVIONS · texte numérisé non relu

C. DELAVIONS

-^ Fig. Chose sacrée', objet d'un respect religieux : liabetais jeta te sarcasme et les moqueries dans tous les tabernacles du moyen âge. (Ledru-Rolliii.) Le trésor de chacun est nn tabkrnacle dont il écarte les profanes, même ses amis. (Boiste.)

— Fam. Réduit où l'on enferme des objets d'un grand prix : // eut soin de ne pas nous laisser manquer de certaines liqueurs qu'il tira d'une espèce de taberhaclb dont il avait la clef. (Brill.-Sav.)

— Hist. ecclés. Œuvre des tabernacles, CEuvre charitable qu'on avait fondée pour fournir aux paroisses pauvres l'argent nécessaire u la célébration du culte.

— Antiq. romaine. Lieu où se trouvait la tente du magistrat qui présidait les comices.

Il Endroit élevé d'où les augures faisaient leurs observations.

— Ane. mar. Dunette, petit exhaussement pratiqué vers la poupe d'une galère et qui servait de poste au capitaine.

— Constr. Espace libre qu'on ménage, sous terre, autour d'un robinet, afin de pouvoir le manœuvrer au moyen d'une clef à long manche.

— Techn. Caisse ajustée sur la meule d'un cloutier,

— Encyci. Hist. hébr. Quelques mois après la sortie de l'Egypte et après avoir donné aux llébroux les laineuses lois du Décalogue, Moïse sentit la nécessité d'établir un symbole visible de la présence du Dieu unique («Jéhovah) au milieu du peuple hébreu. Malgré ses ordres et ses rigueurs envers qui les enfreignait, il n'était point parvenu à déraciner complètement l'idolâtrie. 11 dressa provisoirement hors du camp une tente qui devait être le lieu de la manifestation visible de la divinité et où il feignait d'aller de temps k autre chercher ses inspirations. Il lui donna le nom de Onel-Moêd, tente de rendez-vous, parce qu'elle était le lieude rendez-vous entra la divinité et le peuple hébreu, représente par Moïse. « Lorsque Moïse se rendait à la tente, dit la Bible (Exode, xxxai, 7, 11), tout le peuple se levait et chacun se tenuit deboucà l'entrée de sa propre tente. Lorsque Moïse arrivait à la tente, une colonne de nuco descendait et se posait a l'entrée de la teuto

TÀBE

et tout le peuple se prosternait & l'entrée de sa propre tente. Et 1 Eternel parlait à Moïse, face à face, comme un homme parle à son ami; puis Moïse revenait au camp, mais Josué, nls de Nun, jeune homme qui le servait, ne quittait point l'intérieur de la tente. •

Après l'établissement de la tente du rendez-vous, Moïse retourna au Sinaî pour y reprendre le texte du Décalogue, dont il avait brisé les premières tabies, saisi de fureur à la vue de l'adoration du veau d'or. Après une absence de quarante jours, il revint au camp ; il communiqua ses inspirations divines d'abord à Aaron et aux chefs des tribus, ensuite à la nation tout entière, et il exposa le plan d'un temple portatif où l'on devait célébrer désormais le culte de Jéhovah.

Les instructions de Jéhovah a Moïse touchant la construction du tabernacle, les détails des préparatifs, de l'édification et de l'achèvement de ce temple portatif n'occupent pas moins de dix chapitres du livre de l'Exode (xxv à xxx et xxxv à xl). Nous allons les résumer le plus brièvement possible et accompagner ce résumé des rectifications, explications et réflexions critiques des hébiaïsants les plus autorisés, Vater, Bohlen, Grambirg, de "Wette, Munie, etc.

A la suite de l'appel que fit Moïse à la générositédela nation, les matériaux, les métaux et autres objets nécessaires à la confection du tabernacle, des autels, des vases sacrés, etc., furent apportés avec profusion. De nombreux ouvriers se mirent à l'œuvre, sous la direction de deux artistes, Betsaléel, fils de Ouri, fils de Hur, de la tribu de Juda, et Oholiub, fils d'Abisamech, de la tribu de Dan. Le travail fut mené avec rapidité, et, au premier jour de la seconde année, le tabernacle put être dressé et consacré à Jéhovah.

Le tabernacle devait servir dans le désert de sanctuaire central et unique aux Hébreux, pour les accompagner dans leurs divers campements jusqu'à ce que, maîtres du pays de Chanaan, ils pussent fonder dans l'une de ses villes un temple plus solide, mais d'après le même modèle et dans les mêmes proportions. Le sanctuaire unkjue était le symbole du Dieu unique, fixant sa résidence au milieu des Hébreux. Ce temple central avait, en outre, le triple avantage de servir de lien politique et religieux aux différentes tribus, d'empêcher l'idolâtrie et de restreindre le chiffre matériel des sacrifices, qui étaient sévèrement interdits en dehors du tabernacle.

Ce temple était une tente, mais la tenture ' en était soutenue par un échafaudage de

E tanches qui lui donnait plus de consistance. >e tout formait un carré oblong,dont les côtés plus longs allaient du levant au couchant, et il se composait du sanctuaire proprement dit, appelé mischân (demeure), et d'un vaste parvis qui l'entourait de tous les côtés.

Le mischàn ou tabernacle se divisait en deux parties : le devant, appelé lieu saint ou sanctuaire, et le derrière, appelé le saint des saints. Cette partie remplaçait la tente du rendez-vous et formait 1 Ohel-Moëd proprevent dit.

Quarante-huit planches épaisses formaient l'échafaudage du tabernacle. Elles étaient de bois de sittim (probablement une espèce d'acacia) ; chacune avait la largeur de 1 coudée et demie et la longueur de 10 coudées. Elles étaient placées debout, de sorte que la hauteur de l'édifice était de 10 coudées. La coudée hébraïque était très - probablement de 6 palmes, comme celle des Égyptiens (Hérodote, IL 149), et devait équivaloir comme elle à 0m,5î5. Vingt de ces planches étaient placées au nord et vingt au midi, ce qui donne 30 coudées pour toute la longueur du tabernacle. La distance entre les deux parois était, selon Phiion, Josèphe et les rabbins, de lu coudées. D'après la Bible (Exode, xxvt, 22, 25), la paroi du fond ou de l'occident était formée de six planches, faisant 9 coudées; plus une planche de chaque côté pour les encoignures. 11 parait donc que ces deux planches étaient placées de manière a fournir chacune 1 demi-coudée pour la paroi du fond. Le reste servait a couvrir l'épaisseur des planches des deux autres parois. Ces trois parois formaient, pour ainsi dire, le squelette du tabernacle. Le côté oriental, par où l'on entrait, n'avait pas besoin de cloison. Toutes les planches étaient dorées et elles avaient chacune deux tenons: on les plantait dans des soubassements il argent, probablement pointus, pour les fixer dans la terre. Les planches se joignaient les unes aux autres au moyen de traverses de bois de sittim, également dorées, et qui étaient renfermées dans des anneaux d'or fixés aux planches.

Une tenture très-précieuse recouvrait l'intérieur du tabernacle et en formait en même temps le plafond. C'était un tissu de lin retors avec des trames, couleur d'azur, de pourpre et de vermillon, formant des figures de chérubins et, selon Josèphe, de toute espèce de fleurs. Toute la tenture se composait de dix tapis ayant chacun 28 coudées de longueursur 4 de largeur; les tapis étaient cousus ensemble cinq à cinq et les deux moitiés se joignaient l'une à l'autre par cinquante nœuds couleur azur et cinquante agrafes d'or. L'ensemble formait donc une draperie de 40 coudées de longueur sur 28 de largeur. La longueur était exactement la mesure du plafond et de tout l'édifice (30 coudées), plus la hauteur de la paroi occidentale (10 coudées) ; la largeur devait correspondre a la hauteur

TABE

des deux parois latérales, plus la largeur du plafond, ensemble 30 coudées; or, comme la largeur de la tenture n'était que de 23 coudées, il s'ensuit qu'au bas de chacune des deux parois 1 coudée de la boiserie dorée restait a découvert.

L'extérieur du plafond et de la boiserie était recouvert d une seconde tenture de poil de chèvre. Elle Se composait de onze tapis longs de 30 coudées et larges de 4. Après avoir cousu ensemble cinq tapis d'une part et six de l'autre, on joignait les deux portions par cinquante nœuds et cinquante agrafes d'airain. Toute la tenture avait donc 44 coudées de longueur et 30 de largeur; sa jointure s'appliquait sur celle de la première tenture; la portion la plus grande, celle de six tapis, était vers l'orient, et le sixième tapis, qui dépassait nécessairement la longueur du tabernacle, retombait sur le devant. Par-dessus se trouvaient encore deux couvertures, dont l'inférieure était de peaux de bé.ier teintes en rouge et la supérieure de peaux d'animaux sur la nature desquels on est incertain (ihahasch). La Vulyale prend ce mot pour une couleur : pelles ianthins, dit-elle. Le Tattnud croit que ce sont des loutres; d'autres, des chiens de mer, etc. Ces peaux étaient attachées avec des piquets en cuivre fixés dans le sol.

L'entrée vers l'orient était fermée par un rideau de lin retors, onié de broderies d'azur, de pourpre et de vermillon, et tendu sur des colonnes de bois de sittim doré, ayant des crochets d'or et des soubassements d'airain. Un autre rideau, dont le travail était semblable a celui de la première tenture, se trouvait dans l'intérieur à 20 coudées de l'entrée, pour établir une séparation. La partie du tabernacle qui se trouvait derrière le rideau formait le saint des saints, dont l'espace était un cube parfait de 6 coudées. Ce rideau de séparation (paroeheth) était tendu sur quatre colonnes dorées, ayant des soubassements d'argent.

Autour, du tabernacle se trouvait, avonsnous dit, le parvis. Il était beaucoup plus éloigné du sanctuaire du côté de l'orient, où il formait une vaste cour dans laquelle s'assemblaient les fidèles. Cette enceinte, qui avait 100 coudées de longueur et 50 de largeur, était fermée par une série de rideaux de lin tendus entre des colonnes d'airain de la hauteur de 5 coudées; les colonnes étaient placées à 5 coudées de distance les unes des autres et liées en haut par des bâtons d'argent; des crochets d'argent servaient à fixer la tenture. A l'orient, où était l'entrée, la tenture était interrompue au milieu pour faire place à un rideau de 20 coudées de largeur. Ce rideau, tendu sur les quatre colonnes du milieu, était pareil à celui de l'entrée du tabernacle.

Examinons maintenant les objets sacrés qui se trouvaient dans les trois parties du tabernacle .•

1° Dans le parvis, on trouvait, en face du sanctuaire, l'autel destiné aux sacrifices. U était construit en bois de sittim et couvert d'airain; il avait 5 coudées en longueur et en largeur et 3 coudées de hauteur. Sur cet autel brûlait perpétuellement un feu sacré. Entre l'autel et le sanctuaire, mais, selon la tradition rabbinique, un peu sur la gauche, était placé un bassin d'airain sur un piédestal du même métal. Les prêtres y puisaient de l'eau pour se laver les mains et les pieds avant d'entrer dans le sanctuaire ou de s'ap-

F rocher de l'autel. Selon les rabbins, on tirait eau au moyen de deux bassins placés aux deux côtés opposés. On avait employé, pour faire ce bassin, les miroirs métalliques des femmes préposées dans cette partie de l'enceinte sacrée à un service dont on ignore la nature. V. Exode, xxxviu, g, et I, Sam., u, 22. 2° Dans le sanctuaire, on trouvait à droite, au nord, la table des pains de présentation, en bois de sittim, longue de 2 coudées, large de 1 coudée et haute de l coudée et demie. Elle était dorée et couronnée d'or tout à l'entour. Différents vases d'or pur servaient & faire les pains de présentation. Ces pains, de fleur de farine, sans levain et recouverts d'encens, étaient au nombre de douze, représentant sans doute les douze tribus d'Israël. On les renouvelait chaque jour de sabbat. Les pains qu'on enlevait appartenaient aux prêtres, qui devaient les manger dans le lieu saint. A gauche était placé le chandelier h sept branches ; les branches étaient ornées de calices d'amandes, avec les boutons et les fleurs; le tout d'or pur, d'une seule pièce et travaillé au marteau. Les branches restaient allumées du soir au matin; auprès du chandelier se trouvaient des mouchettes et des cendriers d'or pur. Entre la table et le chandelier, devant le rideau du saint des saints, se trouvait l'autel des parfums, aussi appelé l'autel d'or, parce qu'il était entièrement revêtu de laines d'or. Le grand prêtre y brûlait matin et soir des parfums.

30 Dans le saint des saints, on ne trouvait aucune autre chose que l'arche sainte. C'était une caisse de bois de sittim, recouverte d'or pur en dedans et en dehors et cerclée d'or. Quatre anneaux d'or placés aux quatre coins étaient destinés à recevoir des barres de bois recouvertes d'or pour transporter la caisse. La caisse avait 2 coudées et demie de longueur, 1 coudée et demie de largeur et autant de hauteur. Elle renfermait les deux tables de la loi. Le couvercle était d'or massif étendu

TABE

au marteau. Ce couvercle est appelé propitiatoire dans les Bibles françaises, propitiatorium dans la Vutgate, ilasiérion dans les Seplante, par suite d un contre-sens. Le texte hébreu porte, en effet, capporeth, qui veut dire couvercle, tandis que les Septante ont fait de ce mot, bien & tort, un dérivé du mot capper, qui veut dire expier. A chacune des deux extrémités du couvercle étaient placés deux chérubins d'or pur, aux ailes étendues au-dessus du couvercle; ces deux chérubins avaient les faces tournées l'un vers l'autre et un peu penchées en avant. Entre ces deux figures se trouvait la résidence symbolique de Jéhovah, où Moïse allait chercher ses inspirations. La forme de ces chérubins paraît se rapprocher de celle des sphinx de l'Egypte, qui ont généralement ta tête d'un homme et le corps d'un lion, pour exprimer l'union de l'intelligence et de la force.

Les chérubins n'étaient pas le seul emprunt fait par Moïse aux institutions égyptiennes, dans la connaissance desquelles il était versé. Le tabernacle lui-même, dans sou ensemble, est un souvenir et une imitation des temples de l'Egypte. En effet, Hérodote (II, 4) noua apprend que les Egyptiens furent les premiers à construire des autels et des temples; que chez eux, comme chez bien d'autres peuples de l'antiquité, l'entrée des temples était du côté de l'orient, et que dans l'intérieur de leurs temples se trouvaient des arches et des caisses sacrées qui renfermaient des symboles et des mystères.

Tous les détails merveilleux que donne le livre de l'Exode sur la magnificence du tabernacle, sur le luxe et la richesse des matériaux qu'on y employait et sur la beauté et la finesse des travaux ont fait penser à plusieurs critiques sérieux que tout ce récit n'est qu'une œuvre d'imagination, composée plusieurs siècles après Moïse par quelque auteur qui aurait vu les magnificences du temple de Salomon. 11 est bien peu vraisemblable, en effet, que les Hébreux nomades aient pu produire dans le désert des ouvrages d'arc aussi compliqués, puisque Salomon lui-même était obligé de se servir d'artistes étrangers. Les parfums et autres produits devaient être très-difficiles à. trouver, surtout en assez grande quantité , aux environs du Sinaï. Enfin, ce qui constitue la plus grave difficulté, c'est la quantité énorme d'argent, et d'or que les Hébreux durent fournir dans cette occasion et la rapidité étonnante avec laquelle les travaux furent menés et achevés. On doit donc, comme nous l'&vons dit plus haut, révoquer en doute l'authenticité de bon nombre des détails que nous donne l'Exode et que nous avons résumés. Mais il est impossible de ne pas admettre le fait même de la fondation d'un lieu central de culte, de la fabrication d'un tabernacle.

La consécration du tabernacle dura douze jours; chaque jour, un des chefs des douze tribus vint offrir des présents et des sacrifices à Jéhovah.

Le grand prêtre seul pouvait pénétrer dans Le saint des saints au grand jour des expiations. Le reste du tabernacle était accessible aux prêtres ordinaires et le parvis aux lévites, ainsi qu'à ceux qui venaient offrir des sacrifices.

Le tabernacle fut placé, pendant tout le séjour au désert, au milieu du camp, et les douze tribus étaient campées autour, chacune avec sa bannière et ses enseignes, dans l'ordre prescrit au chapitre H du livre des Nombres. La tribu de Lévi se trouvait dans le centre, auprès du sanctuaire, chargée de défaire, d'emballer et de transporter les pièces du temple portatif à chaque levée du camp , ainsi que de le reconstruire à chaque campement nouveau (Nombres, iv).

Nul ne pouvait pratiquer le culte de Jéhovah au dehors du tabernacle sous peine d'être éliminé du sein du peuple (Lèvit., xvii, 4). Des que les Israélites seraient parvenus 'a l'état de sécurité, c'est-à-dire dans le pays de Cbanaan, ils devaient déterminer un lieu fixe pour le tabernacle (Léoit., xii, 4). Us choisirent en effet, après la conquête, le lieu de Silo, puis Nob et enfin Gabaon, lieu définitif, qui ne fut abandonné que lorsque Salomon eut fait bâtir le magnifique temple de Jérusalem, qui remplaça Te tabernacle.

— Fête des Tabernacles. Les Grecs donnaient le nom de scénopégie à la fête des Tabernacles, que les Jutfs célébraient tous les ans au mois de tisri. Cette fête durait sept jours, pendant lesquels les Juifs habitaient sous des tentes ou sous des berceaux de feuillage , en mémoire de ce que leurs pères avaient vécu longtemps sous des tentes dans le désert avant d'entrer dans la terre promise. On offrait chaque jour un certain nombre de victimes en holocauste et tin bouc en sacrifice pour les péchés. Pendant toute la durée de la fête, c'est-a-dire pendant sept jours pleins, les Juifs prenaient leurs repas avec leurs femmes et leurs enfants en ajoutant beaucoup à l'ordinaire ; c'étaient de véritables festins sous la tente et sous la ramée, auxquels il était de règle d'inviter ou d'admettre les lévites du Seigneur, les étrangers, les veuves et les orphelins. Tout travail était interdit pendant les jours que durait cette commémoration de la vie au désert, et, tes sept jours expirés, on employait le huitième jour en prières et en cérémonies reli-

TABE

gïeuses, jusqu'au soir, où le signal de la rentrée dans la vie civile était donné par le grand prêtre.

TABERN*MONTANUS{Jacques-Théodore), médecin et botaniste allemand, né à Berg- Zabern (en latin Berga ou Mont ad tabernas) vers 1515, d'où il prit le nom sous lequel U est uniquement connu, mort en 1590. Après avoir exercé quelque temps la profession d'apothicaire dans sa ville natale, il vint faire ses études médicales à Paris, y fut reçu docteur et, de retour en Allemagne, s'établit h Worms. Il devint, dans la suite, médecin du prince électeur Jean-Casimir et de l'évêque de Spire et, pendant ses dernières années, résida à Heidelberg. Vivant a une époque où l'on avait une confiance illimitée dana

I efficacité des remèdes végétaux contre toute espèce de maladie, il s'adonna surtout à l'étude de la botanique, acquit une connaissance approfondie des propriétés médicinales d'un grand nombre de plantes et consigna les résultats de ses recherches dans un grand ouvrage, intitulé : le Nouvel herbier complet; mais il n'eut le temps d'en publier que la première partie (1588, in-fol.). On donna après sa mort, en Allemagne, plusieurs éditions de cet ouvrage, renfermant la seconde et la troisième partie. La seconde édition, publiée à Francfort en 1613 par le célèbre Gaspard Bauhin, renfermait la description de 5,400 espèces de plantes, dont 2,480 étaient reproduites par des gravures sur bois. La meilleure et la dernière édition est celle de Bâle (1731). Le livre de Tabernœmontanus a, pendant plus de deux siècles, fait autorité en botanique; les plantes y sont décrites avec une grande minutie de détail, et la majeure partie de l'ouvrage est consacrée à l'examen de leurs propriétés médicinales. L'auteur y soutenait cette théorie que la Providence fait naître dans chaque région les plantes efficaces contre les maladies qui y exercent habituellement leurs ravages. Il exagérait à tel point cette idée, qu'en 1552, au siège de Metz, auquel il assistait comme médecin de l'armée espagnole, il n'employa pour guérir les blessures des soldats d autre remède que des pansements d'armoise, parce que cette plante croissait en abondance dans le voisinage. On a encore de lui quelques autres ouvrages à peu près oubliés aujourd'hui, entre autres un traité des eaux minérales, intitulé : le Nouveau trésor des eaux (Heidelberg, 1584).

TABEB.NAS-Y-TIIRHIt.LAS , grand bourg d'Espagne (Grenade), avec un ancien château en ruine, bâti sur une hauteur qui le domine, a 27 kilom. N.-N.-E. d'Almena; 5,509 hab.

II y a dans les environs des mines de fer, de cuivre, de plomb et de houille, ainsi que des carrières de jaspe.

TABERNÉMONTANE s. m. (ta-bèr-né-monta-ne — de Tabernxmonlanus, botan. allem.). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux, de la famille des apocynées, tribu des plumérièes, comprenant près de cent espèces, qui croissent dans les régions tropicales : Le TabkRnbmontank élégant est vn joli arbuste des Indes orientales. (P. Duchartre.)

— Encycl. Les tabernêmontanes sont des arbres ou des arbrisseaux, à. feuilles opposées, inégales, ovales, lisse3, entières, accompagnées de stipules interpétiolaires; les fleurs, groupées en eorymbes ou en cymes dichotomiques pauciflores, axillaires ou terminales, présentent un calice à cinq divisions; une corolle longue, en entonnoir, contournée, à tube cylindrique, à limbe divisé en cinq lobes obtus, étalés ; le fruit se compose de deux follicules écartés, un peu renflés, fortement ridés, renfermant des graines entourées d'une pulpe molle et jaunâtre. Ces végétaux habitent l'Inde et les lies voisines, ainsi que les Antilles et les régions chaudes de l'Amérique du Sud.

On les cultive quelquefois dans nos jardins ; mais ils exigent la serre chaude, du moins pendant la période de végétation, car, à l'époque du repos, ils se contentent d'une bonne serre tempérée ; il leur faut une atmosphère humide et la terre de bruyère, qu'on peut remplacer par un mélange de bon terreau de feuilles, de terre substantielle et de sable siliceux. On les multiplie de boutures à l'étouffée, en pots bien drainés et plongés dans la tannée. Ou rabat fréquemment les jeunes plants, pour les faire bien ramifier dès la base. Ces arbrisseaux demandent quelques soins; mais ils en dédommagent largement le cultivateur par l'élégance de leur port et la beauté de leurs fleurs, souvent odorantes. On a peu ou point essayé de les propager par graines, celles-ci perdant de très-bonne heure leur faculté germinative.

Les tabernêmontanes, dans leur pays natal, atteignent quelquefois d'assez grandes dimensions pour qu'on puisse utiliser leur bois à des ouvrages de tour et de tabletterie. Les feuilles sont employées en médecine ; on les vante surtout contre la dyssen tarie et la morsure des serpents venimeux. Toutes les parties herbacées de ces végétaux laissent écouler, surtout quand on y pratique des incisions, un suc laiteux, blanchâtre, très-abondant, doué de propriétés très-diverses suivant les espèces. Il est très-doux dans le tabernêmon' tans utile et sert à la nourriture des indigènes; il devient caustique dans le tabernémontane à fleurs d'oranger et vénéneux dans le

TABI

tabernêmontane à feuilles de persicaire. Le sac de quelques espèces moins connues est employé en médecine comme fébrifuge, vulnéraire, etc.

Parmi les espèces les plus répandues, nous citerons encore : le tabernêmontane à couronne, le plus beau du genre, a grandes fleurs blanches, doubles, odorantes surtout pendant la nuit j le tabernêmontane à grandes fleurs, arbrisseau a fleurs jaunes, de la Guyane ; les tabernémontanes à feuilles de laurier et à feuilles d'amandier, à fleurs blanches et inodores, originaires des Antilles; le tabernêmontane à cymes, à fleurs blanc jaunâtre, inodores ; le tabernêmontane à feuilles de citronnier, à fleurs jaunes, etc.

TABES s, m, (ta-bès — mot lat. V. tabidb). Ane. méd. Sang corrompu ; liquide purulent et sanguinolent.

TABES, anciennement Tabte, ancienne ville de l'Asie Mineure (Carie), sur les confias de la Pisidie.

TABET BEN CORRAH, savant arabe. V.

Thabet.

TABIANO, bourg d'Italie (Parme), à 55 kilom. de Plaisance, sur une riante colline, dominée par un antique château et offrant de beaux points de vue. Ce bourg doit sa célébrité à ses sources minérales, au nombre de trois, dont les eaux froides, sulfatées, calcaires, sulfureuses et connues depuis un siècle environ, ont une température de 180,75. On les emploie en boisson et surtout en bains. L'eau de Tabiano, légèrement Jaxative, très-diurétique et sudoriflque, agit principalement sur la peau, dont elle stimule et modifie les fonctions ; elle a, de plus, sur les tissus fibreux et sur les muqueuses, l'action commune a toutes les eaux sulfureuses. L'analyse y a fuit découvrir, du protosulfure de lithium, du chlorure de sodium et de magnésium, du sulfate de soude, de chaux et de magnésie; du bicarbonate de chaux, de magnésie, de manganèse et de fer ; de l'acide carbonique libre, de l'acide sulfb'ydrlque libre, etc.

TABIDE adj. (ta-bi-de — lat. tabidus; de tabès, humeur corrompue, d'où tabescere, fondre, se consumer, dépérir. Ces termes appartiennent a la même famille que le grec tékô, fondre, liquéfier, takeros, fondu, liquéfié, têkedân, fusion, fonte, consomption, têganon, poêle a frire; l'anglo-saxon thâvan, ancien haut allemand daiojan, allemand moderne thaiten, fondre; haut allemand moderne thâ, terre dégelée, tyher, vent de dégel, et l'ancien slave taja, liquéfier, teshei, teka, courir, couler, lithuanien teketi, même sens). Ane. méd. Atteint de marasme, de consomption.

TABIFIQUE adj. (ta-bi-fi-ke — du lat. tabès, consomption; facere, faire). Ane. méd. Qui cause la consomption, le marasme.

TAB1HAT ou TEBÛUE, ville d'Arabie, dans le Hedjaz, à 280 kilom. S.-E. de Jérusalem. Ce fut la première ville que conquit Mahomet.

TABINET s. m. (ta-bi-nè — rad. tabis), Comm. Nom d'une ancienne étoffe légère dont la chaîne était de soie et la trame de fleuret ou de flloselle, et qu'on a appelée

aUSsi PAPBLINB.

TABINSK, petite ville de Russie (Orenbourg), sur la Belaïa, à iqo kilom, S.-O. d'Out'a; 800 hab. Mines de cuivre dans les environs,

TABIS s. m. (ta-bi. — On disait aussi anciennement zatabis et tabith,. Huet pense que ces mots ont été tirés du nom du royaume de Thibet, Tkebeth, d'où venaient ces sortes d'étoffes. On a aussi indiqué comme primitif de ces mats le français tapis ou le verbe taper; mais aucune de ces explications ne parait probable^. Comm. Sorte de moire de soie à petits grains : Nos grand'mères portaient des vêtements de tabis à fleurs.

On apporte à l'instant ses somptueux habits. Où sur l'ouate molle éclate le tabis.

BoiLEAO.

L'étole dont le blanc tabis

M'est déployé qu'aux jours de fête.

Page 1