V. CABARET, FUMliUR
Tabagie (UN!î), tableau d'Adrien van Ostade ; au musée de Munich. Des paysans sont réunis dans 1 intérieur d'une chambre rustique et s'y livrent au double plaisir de fumer et de boire. Une femme montre qu'elle est capable d'apprécier par elle-même l'un et l'autre de ces agréments ; une autre a fort à faire pour se délivrer de l'étreinte d'un gars qui est assis par terre et qui cherche à la renverser. Cette scène est traitée avec verve, dans une manière réaliste qui louche à la caricature. Adrien van Ostaile uifectionnuil les intérieurs de Tabagie ou d'Estaminet; nous avons décrit sous ce dernier titre (Vil, p. 960) plusieurs compositions qui sont justement célèbres. Des Tabagies d'Adrien van Osiade ont été gravées par L.-A. Claesseus, F. Janinet (1778), A. Chatuigner et Bovinet (Musée Filhoi, n" 297), P.-G. Langlois, G.-Fr. Schmidt, etc.
Tabagie (INTÉRIEUR d'unb), tableau d'Adrien Brouwer; au musée des Offices (Florence). Au milieu d'une vaste pièce, des paysans sont groupés autour d'une table chargea de brocs ; les uns fument, les autres boivent, quelques-uns sont appesantis par l'ivresse; un joyeux compagnon, assis sur un baquet renversé, lève sou verre comme pour porter un toast; un joueur de violon nous îegardc. Des chaudrons et beaucoup d'autres ustensiles garnissent les coins de la composition. Ce tableau est peint avec largeur, dans d«3 tons roux; il a un peu souffert des injures du temps ou des maladressus des restaurateurs. 11 a été gravé dans l'ouvrage de Jlolini sur la Galerie de Florence (série II, p. 99).
D'autres Tabagies de Brouter se voient au musée de Besançon, au musée de Lyon, dans la collection de Dulwich-Coilege, en Angleterre, dans ia galerie d'Are» berg, en Belgique, etc.
TABAGO ou TOBAGO, une des Petites Antilles anglaises, située au N.-Ë. de l'île de la Trinité, dont elle est séparée par le canal de ce nom, par 11» et 15° ua lut.it. N. et 630 <ie longit. O. ; 486 kilom. carrés, 50 kilom. sur 19; 18,000 hab., en grande partie nègres. Chef-lieu, Scaiborough. A l'extrémité méridionale se trouvent divers îlots nommés Saint-Git, et à l'extrémité orientale une petite ile connue sous le nom de Petite Tabago. Les côtes présentent plusieurs havres surs et commodes, dans lesquels les navires sont à l'abri pendant toute l'année. « L'intérieur de l'île, dit le Dictionnaire général de géographie universelle, se compose de collines et de vallées très- fertiles. Les montagnes de Tabago ne présentent pas, comme celles des autres Antilles, des pics aigus, des pans escarpés et fortement découpés et des traces de révolutions volcaniques, et pendant que les autres Antilles excitent l'admiration du voyageur par leur configuration eu même temps majestueuse et etiroyable, l'île de Tabago captive la vue par ses plaines verdoyantes, fertiles et sillonnées par une infinité de ruisseaux et par ses collines en pente douce et presque partout accessibles à la culture. Les vents alises du N.-E. soufflent continuellement dans les parages de cette île. Le climat est plus salubre que celui des autres Antilles, et les ouragans y sont moins fréquents que dans le resta de ces Iles. ■ Le soi y est tres-fertile, et-on y recueille du maïs, du blé de Guinée, du manioc, du sucre, du tabac, de l'indigo, du gingembre, delà salsepareille, des baumes, des ligues, des ananas, des grenades, des oranges, des limons, des bananes, et d'autres fruits inconnus en Europe. Le cocotier y atteint une telle perfection, que les Indiens la
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nomment l'arbre de Dieu, parce qu'il leur offre a la fois un aliment sain, une boisson agréable et la matière première de leurs vêtements,
L'Ile nourrit des chevaux, des bœufs, des ânes, des moutons, des porcs sauvages (ces derniers s'y sont multipliés avec une prodigieuse rapidité), de nombreux lapins, des peccarts, espèce de porc sauvage, des blaireaux, etc. Les volatiles les plus répandus dans Mie sont : le canard sauvage, la poule d'eau, te pigeon ramier, la colombe, le colibri, les merles jaune et noir, la grive, la bécasse, le héron, le pélican, l'aigle de l'Orénoque et le flamant. Le3 côtes sont trèspoissonneuses. Le commerce d'exportation a surtout pour objet le sucre et le rhum. Les habitants tirent de l'Europe les différents objets fabriqués dont ils ont besoin. L'Ile est partagée en sept quartiers ou districts : Baie-de-Courlande, Baie-de-la-Barbade, Baiede-la-Reine, Baie-de-Bockly, Baie-Sablonneuse, Grande-Kiviére et Nord-Est.
Christophe Colomb découvrit Tabago en 1498; suivant quelques-uns, elle tire sou nom de la grande quantité de tabac qu'elle fournit. Les premiers Européens qui s'y fixèrent étaient des Hollandais. Leur établissement date de 163Î, et ils donnèrent à l'île le-nom de Kieuwe-Walchern. Les Espagnols, de concert avec les Indiens deTrinidad, détruisirent cet établissement naissant, el pendant vingt ans Tabago resta déserte. « Les Anglais s'en emparèrent en 1737. Onze ans après, en 174.S, par suite d'un traité entre la France et l'Angleterre, elle fut déclarée neutre, en înêma temps que Saint-Vincent, la Dominique et Sainte-Lucie, ce qui n'empêcha pas les Anglais de s'en emparer en 1762. Elle leur fut cédée jjar le traité de 1763. Les Français la reprirent en 1781, et elle leur resta à la paix de 17S3. Reprise par les Anglais en 1793, rendue à la Fiance par le traité d'Amiens en 1802, reprise encore par les Anglais en 1809, elle est restée définitivement à ces derniers par le traité de 1814. •
TABAK BOLCRAD, bourg des Principautés-Unies (Moldavie), à environ 10 kiloui. du. Pruth, à 25 kilom. de Reni, de Kilia et d'Isiriuïl, à l'embouchure de l'Yapouk dans un lac de ce nom ; 400 hab. Colonie agricole. Aux environs, mine de sel gemme et ruines d'un palais bâti par un kan de Crimée. Ce bourg appartenait à la Russie avant 1856.
TABALA s. m. (ta-ba-la). Grand tambour des nègres d'Afrique.
TABAN, rivière de la Bulgarie. Elle prend sa source non loin du Hadji-Oglou-Bazardjik et de la intsr Noire, mais se dirige vers le N.-O et le N. pour aller se jeter dans le Danube, à 15 kilom. environ au-dessous de Silistrie.
TABANAN, Etat de la Malaisie, un des petits royaumes indigènes entre lesquels est partagée l'Ile de Bail. Sa population est évaluée k environ 40,000 ou 45,000 hab.
TABANIEN, IENNE adj. (ta-ba-ni-ain, i-è-ne — du lat. tabunus, taon). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte au taon.
— s. m. pi. Famille d'insectes diptères brachocères, ayant pour type le genre taon : Les tabaniens fréquentent particulièrement les bois et les pâturages. (K. Desuiarest.) Les tabaniens sont répandus sur toute la terre. (H. Lucas,)
— Encycl. Les tabaniens ont pour caractères principaux : un corps large, peu velu, à fond brun, tacheté de blanc, de gris ou de noir; la tête arrondie, un peu déprimée, occupée presque entièrement, surtout chez les mâles, par les yeux, qui sont d'un vert doré, rayé et tache de pourpre; les antennes longues, formées de trois articles et terminées en pointes; les palpes coniques, comprimées, velues, relevées chez les mâles, couchées sur la trompe chez les femelles ; le suçoir est composé de six pièces écailleuses, étroites et allongées , qui s'emboîtent réciproquement; la trompe est ordinairement saillante, à lèvres terminales allongées; le thorax estaussi larga que la tête ; l'abdomen est triangulaire et déprimé ; les ailes sont ordinairement écartées et étendues horizontalement, ù réticulalion assez compliquée; les cuillerons recouvrent presque euueruineutles balanciers ; les turses soin termines par trois pelottes situées entra lus crochets.
Ces insectes ressemblent beaucoup aux mouches, tant par leur aspect que par leurs habitudes. Répandus sur toute la surface du globe, ils suut bien connus, surtout des habitâtes de la campagne, k raison des tourments qu'ils font éprouver aux animaux, notamment aux bœufs et aux chevaux, dont ils percent la peau pour sucer leur sang. Comme chaque pays a des tabaniens qui lui sont propres, les rennes de la Lapouie et les lions de la zone torride ne Sont pas à l'abri de' leurs piqûres. 1 Au moment, dit M. H. Lucas, où l'insecte parvient à se fixer, malgré le mouvement adroitement dirigé de la crinière et de la queue de l'animal, la trompe perce le cuir le plus épais, et le sang coule il l'instant. > Toutefois, les femelles des tabjniens attaquent seules les animaux. Les mâles vivent sur les arbres et se nourrissent du suc des Heurs ; on les voit le plus souvent, dans les1 allées des bois, faire en quelque sorte la navette, restant quelque temps suspendus à une même place, puis se transportant, d'un mouvement brusque et presque direct, à. l'autre bout de
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leur station aérienne pour y reprendre la même immobilité; ils guettent ainsi les femelles au passage, se précipitent sur elles, les saisissent au vol et s'enlèvent avec elles à une hauteur où l'œil ne peut les suivre.
Les larves des tabaniens vivent dans la terre sans qu'on sache de quoi elles se nourrissent, et y subissent leurs métamorphoses; elles sont cylindriques, apodes, d'un blanc jaunâtre, amincies en avant et ont la tête armée de deux forts crochets qui leur servent à creuser la terre. La nymphe est nue, cylindrique ; elle remonte à la surface du sol pour se transformer en insecte parfait. Cette himille comprend les genres : acanthocère, acantliomère, chrysops, hémàtopote, hesatome, pangonie, taon, etc.
TABANIFORME adj. (ta-ba-ni-for-me — du lat. tabanus, taon, et de forme)^ Entom. Qui a la forme d'un taon.
TABAQUEUR s. m. (ta-ba-keur — rad. tabac). Entom. Nom vulgaire de la noctuelle gamma, qui se nourrit des feuilles du tabac.
TABAR ou TABARD s. m. (ta-bar. Chevallet rattache le nom de ce vêtement au germanique : ancien allemand tappert, taùert, vêtement long à l'usage des hommes et des femmes, casaque, robe ; hollandais tabbaart , anglais tabard, jaquette, cotte de mailles. Mais il est probable que les formes germaniques sont simplement les formes corrélatives du mot français et de l'italien tabarro, espagnol, portugais tabardo, kymrique thbar, grec du moyen âge lamparion, et, dans tous les cas, l'origine première de ce nom est inconnue). Sorte de petit manteau court que l'on portait autrefois :
Et a chacun un grand iahar De cordelier jueques aux pieds,
Villon.
— Encycl. Dans l'origine, le tabar était d'un usage général chez les gens de guerre, à l'époque ou l'habit rond était le vêtement dps citadins. Peu à peu, le tabar, cessant d'être d'un usage général dans l'armée, ne fut plus conservé que par les hérauts d'armes, les poursuivants d'armes, les rois d'armes. C'était le petit manteau qui leur servait de surtout. Les hérauts finirent par le porter seuls, à l'exclusion de tous les autres officiers. Ils ne proclamaient de manifeste que sous la protection du tabar, vêtement qui était pour eux une sauvegarde, un laisserpasser. Insulter un héraut revêtu du tabar fut pendant longtemps considéré comme un sujet de guerre. Le tabar était alors analogue au drapeau blanc de nos jours. Pendant les guerres ou les sièges, un homme revêtu du tabar pouvait librement circuler d'un camp à l'autre, parce que chacun reconnaissait en lui un parlementaire.
TABARAKA ou TABARCA, lie de la Méditerranée, sur la côte N. de Tunis, par 36° 56' de latit. N. et 6» 22' 45" de longit. E. C'est un petit rocher fortifié par la nature et par l'art et dont le sommet est défendu par un fort. Il s'y fait un commerce assez avantageux avec les Maures, et les habitants s'y occupent aussi de la pêche du corail. Une compagnie française, qui l'avait acquise en 1768, la conserva jusqu'en 1814.
TABARAUD (Matthieu-Mathurin), controversiste et écrivain français, né a Limoges en 1714, mort dans la même ville en 1832. Son père, qui était orfèvre, le fit élever chez les jésuites, qu'il quitta pour aller étudier la théologie au séminaire de Saiut-Sulpice, à Paris (1764). Peu après, le jeune Tabaraud entra dans la congrégation de l'Oratoire et enseigna successivement les humanités k Nantes, la théologie, le grec et l'hébreu à Arles et la théologie k Lyon (1773). Dans cette dernière ville, H collabora k l'ouvrage du Père Valla, connu sous le nom de Théologie de Lyon, puis il remplit les fonctions de supérieur au collège de Pézénas (1783) et à celui de La Rochelle (1787). A cette époque, l'évèque de cette dernière ville ayant publié un mandement contre l'édit rendu par Louis XVI en faveur des protestants, Tabaraud défendit dans deux lettres la cause de la tolérance. Supérieur de la maison de l'Oratoire de Limoges au commencement de la Révolution, il se lit remarquer eu publiant une brochure dans laquelle il indiquait quelques-unes des réformes qu'il lui semblait urgent d'opérer dans le clergé ; mais bientôt, voyant la marche que prenaient les événements, il prit la défense du clergé et de la monarchie, combattit dans un écrit l'élection des évêques par le peuple, refusa de prêter serinent à la constitution civile, et, après les journées de Septembre, il se réfugia en Angleterre, où il resta dix ans, écrivant des ouvrages et collaborant k divers journaux, au Times, k l'Oracle, à 1' 'Anti-jacobin lieuiew, etc. De retour en France après la conclusion du concordat (1802), il alla habiter sa ville natale et employa son influence sur d'Argentré, ancien évoque de Limoges, pour le déterminer k ne point contrarier l'exercice du ministère de son successeur, Dubourg. On prétend que Fojché, qui avait été oratorien, proposa à Tabaraud de le faire nommer evêque, mais qu'il refusa; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il lui lit donner, en 1811, les fonctions de censeur pour les livres de théologie. En 1814, par suite d'une cécité presque complote, il dut donner sa démission et reçut
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de Louis XVIII, avec une pension, le titre de censeur honoraire. En 1816, Tabaraud réédita un écrit intitulé : Principes sur la distinction du contrat et du sacrement de mariage, qu'il avait publié en 1803 et qui était alors passé inaperçu. Dans cet ouvrage, il soutint que le pouvoir d'opposer des empêchements dirimants au mariage et d'en dispenser appartient de droit au pouvoir temporel, et que la puissance spirituelle ne l'exerce que d'une manière précaire, en vertu d'une concession du prince et sous sa protection. Cette doctrine fut dénoncée k l'évèque de Limoges, Dubourg, qui lança contre Tabaraud, le 18 février 1818, une sentence de condamnation. L'oratorien.qui joignait à une grande énergie beaucoup de science et une humeur guerroyante, ne se tint pas pour battu, persista dans ses opinions et les soutint dans divers autres écrits qui donnèrent à cette affaire un grand retentissement. Grâce à une heureuse opération, Tabaraud recouvra la vue et ne cessa, jusqu'à la fin de sa vie, de se livrer à l'étude et de composer des ouvrages. Tout en restant un catholique convaincu, depuis longtemps il ne disait plus la messe et ne remplissait aucune fonction ecclésiastique lorsqu'il mourut. Dans ses nombreux écrits, il se montra constamment un partisan déclaré du gallicanisme et de3 doctrines jansénistes, un ardent adversaire des ultramontains et des jésuites, qu'il avait appris de bonne heure à détester. Indépendamment d'articles insérés dans la Biographie universelle, la Chronique religieuse, etc., nous citerons de lui : deux Lettres à M. de Crussol, évêque de La Rochelle (1788, in-8°); Traité historique et critique de l'élection des évêques (Paris, 1792, 2 vol. in-8»); De la nécessité d'une religion d'Etat (Paris, 1803); Principes sur la distinction du contrat et du sacrement de mariage (Paris, 1803, in-8°) ; De la philosophie de la Henriade (Paris, 1805), avec une curieuse préface dans laquelle il parle de son éducation par les jésuites ; Histoire critique du philosophisme anglais (Paris, 1806, 2 vol.), un de ses meilleurs ouvrages ; De la réunion des communions chrétiennes (Paris, 1808, in-8°) ; Essai historique et critique sur l'institution canonique des évêques (1811); Du pape et des jésuites (Paris, 18H); Histoire de Pierre de Bérulle, fondateur de l'Oratoire (Paris, 1817, 2 vol. in-8°) ; Du droit de la puissance temporelle sur le mariage (Paris, 1818, in-8°), réponse à la censure portée contre lui par l'évèque Dubourg ; De l'appel comme d'abus (Paris, 1820, in-80) ; De l'inamovibilité des pasteurs de second ordre (Paris, 1821); Des sacrés cœurs de Jésus et de Marie (1823), contre la dévotion mystique introduite par Marie Alacoque ; Histoire critique de l'assemblée du clergé de France en 1682 (Paris,-1826, in-8<>), apologie de l'Eglise gallicane ; Essai sur l'état des jésuites en France (Paris, 1828, in-8°), etc.
TABARD s. m. V. TABAR.
TABARET s. m. (ta-ba-rè). Ornith. Nom vulgaire d'une linotte.
TABAR1 ou THABERI (Abou-Djafar-Mohamined-ben-Djoraïr), historien et jurisconsulte arabe, né à Amol (Tabaristan) en 839 de notre ère, mort à Bagdad en 922. Il acquit des connaissances approfondies en droit, en histoire, en grammaire, étudia les traditions, l'exégèse du Coran, explora les sources les plus importantes des sciences arabes, se livra à l'enseignement à Bagdad et acquit une immense réputation chez les musulmans. Il fut inhumé dans sa propre maison, et son sépulcre devint un lieu de pèlerinage. Tabari joignait à un vaste savoir une mémoire prodigieuse. En jurisprudence, il ne suivit l'opinion d'aucun des légistes antérieurs et reçut pour ce motif le titre de moudjtéhed. Il se déterminait par lui-même, en dehors de toute autorité, dans toutes les questions controversées. Comme historien, il s'attachait scrupuleusement à ne rapporter que des faits vrais et mettait le plus grand soin à puiser k des sources authentiques. Parmi ses nombreux ouvrages, il en est deux surtout qui sont extrêmement estimés; ce sont : un Commentaire sur le Coran, dont les musulmans font le plus grand cas pour ses explications ingénieuses et profondes, et son Histoire ou Chronique universelle, qui s'étend jusqu'en 914, dont il rit lui-même un abrégé, et qui a eu plusieurs continuateurs. Elle a été traduite en persan par le vizir Abou-Ali-Abdul- Ghani, qui l'enrichit de remarques prises dans les livres des anciens Guèbres, dans les ouvrages juifs et musulmans. liosegarten en a donné une traduction latine, avec le texte, sous le titre de Taberistanensts (Greifswalde, 1831-1853, 3 vol. in-4») ; Louis Dubeux a publié, d'après la version persane d'Abou-Ali, la traduction française d'une partie de cette Chronique (Paris, 1836) ; enfin , une bonne version turque a paru à Constantinople (1844, in-fol.). On cite encore de Tabari : Tahhib alathar, livre sur les traditions, et El Basith, grand ouvrage juridique resté inachevé, mais dont ou a conservé quelques traités.
TABARI K (le vicomte), administrateur et homme politique français, né vers 1760, mort à Montfort-1 Amaury en 1839. Il entra de butine heure dans l'administration militaire, devint pendant la République comtnissuire des guerres, sous l'Empire sous-inspecteur aux. revues, chef de division, puis secrétaire
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général du ministère de la guerre jusqu'en 1814. A cette époque, Louis XVIII le nomma chef de la 4^ division de l'administration de la guerre et lui donna le titre de vicomte. Ayant suivi ce prince à Gand pendant les Cent-Jours, Tabarié devint successivement, après la seconde Restauration, intendant de la maison du roi, membre de la Chambre des députés, secrétaire général du ministère de la guerre (1825), conseiller d'Etat et soussecrétaire d'Etat au département de la guerre. Il seconda activement le duc de Feltre dans l'organisation d'une armée nouvelle et défendit avec une grande vivacité k la Chambre des députés, en 1817, ce ministre, accusé d'avoir négligé les moyens d'économie qui pouvaient se concilier avec les besoins du service. Le duc de Feltre ayant perdu le portefeuille de la guerre, Tabarié ne garda que les fonctions de conseiller d'Etat et fut peu après mis k la retraite. Sans fortune, il ouvrit alors un cabinet d'affaires qui ne prospéra point et alla finir ses jours en province. On lui doit quelques écrits : 1' 'Antidoctrinaire et Réponse à M. Guizot sur ses moyens de gouvernement, précédée d'une Discussion sur l'égalité et sur la souveraineté du peuple (Paris, 1822, in-8<>).
TABAR1ÈII, ancienne Tibériade, ville forte de la Turquie d'Asie (Syrie), dana le livûh et à 65 kilom. S.-E. d'Acre, sur la rive O. du lac de son nom, dans une plaine environnée de montagnes; 4,500 hab". Archevêché grec. Elle est située au N. d'une petite plaine pierreuse et forme un parallélogramme étroit de plus de 1 kilom. de longueur. A l'E., le lac baigne le pied des maisons ; les trois autres côtés sont protégés par une enceinte massive, bâtie en gros blocs de basalte et flanquée de tours, A l'angle N.-O. se dresse la citadelle. Cette enceinte imposante a été fort endommagée en 1837 par un tremblement de terre. « Partout, dit M. Isambert, d'immenses lézardes, des pans de murs écroulés ou menaçant ruine, de vastes brèches, qui permettent presque partout d'entrer sans passer par la seule porte k peu près intacte, celle du N.-O,, qui s'ouvre en face d'une mosquée également en ruine. Tout autour s'étend un quartier couvert uniquement de décombres. A peine un petit nombre de maisons ont-elles été relevées à la hâte depuis la grande catastrophe, i Tabarièh est une ville sacrée pour les juifs ; car c'est là, disent-ils, que doit venir le Messie. Les tombes des grands rabbins qui entourent la ville sont l'objet d'une vénération toute particulière. Dans le quartier juif, qui occupe le milieu de la ville du côté du lac, se voient quelques synagogues et quelques écoles. Au N. du quartier juif, sur le rivage du lac, s'élève l'église Saint- Pierre. La ville ancienne s'étendait beaucoup plus vers le S., comme on peut en juger par un assez grand nombre de pierres taillées, de colonnes brisées, de fondations et quelques cavernes sépulcrales.
Empruntons à MM. Jeanne et Isambert quelques renseignements sur la ville antique de Tibériade .*
i La ville de Tibériade occupait, d'après l'autorité de saint Jérôme (Onomasticon) , l'emplacement de l'ancienne Kenreth, qui avait donné son nom au lac ; selon les traditions rabbiniques, elle répond aussi au Rakketh de Josué (xix, 35). Elle est mentionnée deux fois dans l'Evangile (saint Jean, vi, l, 23; xx, 1), sous le nom de Tibériade, et FI. Josèphe nous apprend que la ville fut fondée par Hérode Antipas, qui lui donna le nom de l'empereui Tibère, son protecteur, vers l'an 16 avant J.-C. (Archéol., xviu, 2,3; Guerre des Juifs, il, 9, l). La ville nouvelle, dotée de privilèges de toute sorte, devint la capitale de la tialilée. Néron la donna à Agrippa le Jeune. Dans la guerre des Juifs contre les Romains, cette ville fut fortifiée par l'historien Josèphe, commandant en chef de la Galilée, qui y vint à plusieurs reprises pour apaiser l'esprit remuant de sa population (Josèphe, Vie, 8, 12, 17,32, 53, 63; Guerre des Juifs, n, 20, 6). Tibériade ouvrit ses portes sans résistance à Vespasien, qui épargna la ville. Après la destruction de Jérusalem, elle devint un des centres de réunion de la nation juive et, dans le ii= siècle,, le siège du sanhédrin, présidé alors par le célèbre rabbin Judah Hakkodech, la compilateur de la Mischna. De l'école de Tibériade sortit encore la Gemara, plus connue sous le nom de Talmud de Jérusalem, composée par le rabbin Jochanan, et la Massore, destinée à conserver la tradition des Ecritures et la pureté de la prononciation. Saint Jérôme étudia sous la direction d'un de ses docteurs. Elle vit encore fleurir les rabbins Akiba et Muimonide (Robinson, t. III, p. 269). Sous le règne de Constantin, un juif, converti obtint d'y élever une église chrétienne, et l'on voit mentionné plusieurs fois plus tard un évêqiie de Tibériade. Justinien rebâtit les remparts de la ville; elle fut prise, en 614, par Chosroès;, en 637, par le calife Omar. Après la première croisade, elle fut donnée en fief à Tancrède et érigée en évêché ; reprise en 1187 par Saladin, puis rendue en 1240 aux chrétiens, elle retourna définitivement aux musulmans en 1247. Dès lois, elle n'est plus mentionnée que rarement dans les écrits des voyageurs ou des auteurs arabes. Au xvino siècle, le fameux cheik Dhaher-el-'Amr l'entoura de fortifications. Elle fut occupée
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un instant par les Français en 1799. Un tremblement de terre la bouleversa de fond en comble en 1759 et en 1837. Après Tibériade, El-Medjdel, Es-Semak et Es-Samrah sont k peu près les seules localités habitées. • Aux environs de Tabarièh se trouvent les bains chauds de Hammaih ou d'Emmaûs, dont il est question dans Pline et dans Josèphe, et qui sont encore mentionnés à l'époque des croisades. Les sources, au nombre de quatre, répandent une odeur sulfureuse et ont un goût très-salé. Leur température s'élève jusqu'à 62» centigrades. Les bains de Hammaih, assez fréquentés, sont efficaces contre les rhumatismes et pour les tempéraments affaiblis.
TABARIÈH ou TABBARIAH, ancienne Tibériade ou Tibérias, ou Génésareth, mer de Galilée ou de Tinnerolh, un des principaux lacs de la Turquie d'Asie, en Syrie, dans la partie occidentale de l'eyalet de Damas, sur la limite de celui d'Acre, par 32° 49' de latit. N. et 33t>34' de longit. E. Sa longueur est de 20 kilom. 824 met. ; sa largeur moyenne de 9 kilom. 255 met. L'historien Josèphe lui attribuait de moindresdimensions. Le niveaudu lac, selon quelques écrivains, est de 230 mètres au-dessous de celui de la Méditerranée, circonstance à laquelle on attribue la température exceptionnelle de ses rives, où la neige est à peu près inconnue. Ce lac, de forme ovule, est entouré, au S. et a l'E., de falaises de 300 mètres d'élévation et aux pentes arrondies. Au N.-O. s'étend une plaine alluviale, annonçant l'entrée du Jourdain ; plus à l'O. se dresse la montagne de Safed. La côte S.-O., du côté de la ville, s'élève par plateaux successifs vers les plaines du Thabor. Au S. s'élève la vallée El-Ghor, par laquelle s'échappe le Jourdain. Le bassin du lac est de nature volcanique, comme le démontrent non-seulement les sources chaudes qui y
Faillissent sur plusieurs points, mais encore a fréquence des tremblements de terre et la présence des basaltes qui couvrent les côtes. Les eaux du lac, fraîches et potables, nourrissent une grande variété de poissons. « La végétation des rives, disent MM. Joanne et Isambert, est plus hâtive et plus méridionale que celle de la contrée environnante. Le palmier s'y voit par intervalles et le laurier rose y est magnifique. L'indigo, le tabac, le millet, l'orge, les melons d'excellente qualité et le raisin sont ses principales productions. Il est facile de deviner ce que ce beau pays pourrait produire s'il n'était presque absolument désert, et de reconnaître ce qu'il était au temps où le Christ attirait par ses prédications les nombreuses populations de ses rivages. Josèphe nous en a tracé un tableau enchanteur, et tous les incidents militaires qui s'y passent dans la guerre des Juifs nous montrent l'importance de ses villes. Vespasien y livra une véritable bataille navale contre les Tarichéens. ■
TABARIN a. m. (ta-ba-rain. — Nom d'un farceur, dérivé du tabar qu'il portait). Farceur de parade, homme qui, monté sur des tréteaux, cherche à amuser le public :
Le Parnasse parla le langage des halles; Apollon travesti devint un tabarin.
Boilemj»
— Techn. Morceau de bois qui forme la clef, le soutien de la charpente de la drome, dans une forge, il On dit aussi taburin.
TABARIN, célèbro farceur ambulant des premières années du xvne siècle. Qui ne connaît pas ce maître charlatan, ce roi des bateleurs ? Boileau l'a fustigé comme trop peu classique. En revanche, La Fontaine l'a immortalise dans la fable : le Cochon, la chèvre et le mouton :
Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur même char, s'en allaient à la foire
Leur divertissement ne les y portait pu ;
On s'en allait les vendre, à ce que dit l'histoire. Le charton n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin.
Tallemant des Réaux l'a comparé au Père André, ni plus ni moins, et Molière, qui prenait son bien où il le trouvait, lui a pris une scène entière, celle du sac, dans les Fourberies de Scapin.
Molière plagiaire de Tabarin I Est-ce assez d'honneur pour le bouffon du pont Neuf?
Les Farces de Tabarin eurent quatre éditions en la première année (1622) qu'elles parurent chez Soinmaville et Racollet, et tous les jours encore on les réimprime. Elles ont été annotées et commentées ; Baussonnet et Thouvenin les ont reliées. Combien de nos écrivains, de nos immortels dont les œuvres ont moins de succès que celles de ce marchand de drogues, et dont le nom aura moins de durée 1
Tabarin se tenait, il nous l'apprend luimême, en la place Dauphine ; cette place, qui a presque disparu aujourd'hui et au fond de laquelle on voit maintenant (1875) le palais de la Cour de cassation; ce coin, aujourd'hui l'un des plus tristes peut-être de tout Paris et le plus désert, en était, au temps de Tabarin, le plus gai, le plus vivant. Là et sur le pont Neuf on voyait se grouper les charlatans et les saltimbanques, les chanteurs ,et diseurs de bonne aventure ; c'était la plaça de la Bastille actuelle.
Tabarin dépassait de la tête au moins tous ses confrères du tréteau, depuis le baron de Grattelard jusqu'à certain siguor tlieionimo,
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d'envieuse mémoire; et cependant il n'avait point, comme ce dernier, cliiiîned'or et riche équipage-, son costume était celui de Pierrot; il portait une blouse ample, de couleur verte et jaune, et Un large pantalon de même étoffe ; une longue épée de bois pendait à sa ceinture, et, avec un chapeau de feutre gris, un chapeau sans fond, il s'arrangeait toutes sortes de coiffures, depuis ie casque romain jusqu'au bonnet d'âne. Son théâtre, c'étaient quelques mauvaises planches ajustées et quelques lambeaux de toile cousus ensemble; son personnel, un nègre, sa femme Franoisquine, en habit d'Arlequine, et Mondor, « le bel homme à la grande barbe, à la longue robe, » le docteur de Tabarin, non point son maître.
Dès que chantaient la viole et le rebec du triacleur, on accourait de toute part, on se pressait en foule; et la place Dauphine, au jour de grande représentation, le vendredi, n'était pas assez grande pour contenir les curieux.
Ecoutez, c'est maître Rossignol, procureur au petit Chàtelet, qui parle ; • Monsieur le lieutenant, je plaide pour deux honnestes femmes ; l'une veuve d'un savetier, l'autre femme d'un tailleur, qui n'en vaut guère mieux , car son mari se meurt pour ce que, vendredy dernier, leurs maris voulant prendre récréation à la farce de Mondor, où ils étaient allez exprès, il intervint tumulte, où le savetier fut tué et le tailleur bien blessé, sans y comprendre plusieurs malcontents... •
Et certes, ou avait bien raison d'accourir I Oh ! les bons mots, les joyeusetés divertissantes, les étourdissantes facéties, les gaillardises, un peu crues, il est vrai, mais pleines de naturel, qui sortaient de « l'escarcelle imuginative de Tabarin I »
Ici devraient être transcrites quelques pages des œuvres tabariniques; mais comment ehoisir entre les Souhaits pour la nouvelle année et lu Querelle avec Francisque; entre le Procès du moulin à vent et la Descente aux enfers, entre dix autres ébouriffantes bouffonneries ? Nous aimons mieux renvoyer au livre lui-même, à celui qu'a annoté M. d'Harmonville et qu'a édité M. Delahaye. Quand on aura jeté les yeux sur la première page, on lira le tout.
Après cela, est-il possible que, pour quelques sous tournois, on n'achète pointa noire héros le baume souverain contre la migraine et le vertigo, l'onguent. contre la brûlure, « dont il a voit éprouvé les effets merveilleux lors de sa descente aux enfers, » ou bien encore l'opiat contre les maux de dents 1 Que si l'on a les dents gastées, Faut les pommades fréquentées, "L'opiate, le romarÎD, Que l'on trouve chez Tabarin.
On ne sait point d'où était venu Tabarin; de Naples, prétendent quelques-uns, et un beau jour il disparut sans qu'on sût où il était allé.
Tout divertissement nous manque.
Tabarin ne va plus en banque,
Chacun reste clos et couvert.
Voila ce que l'on dit quand on ne vit plus Tabarin, et la foule ne se pressa plus autour de Mondor, qui, pendant dix ans encore, vendit cependant tles drogues sur la place Dauphine.
« Tout divertissement nons manque depuis que Tabarin s'en est allé 1 » Certes, voilà un éloge qui en ^aut bien un autre, et qui sufrit à expliquer le bruit qui s'est fait autour de ce inakre charlatan.
Tabarin, pièce en deux actes et en vers, par M, Paul Ferrier ; représentée au Théâtre- Français le 13 juin 1874. Dans cette pièce, l'auteur s'est beaucoup moins attaché a nous représenter le Tabarin historique qu'à personnifier dans le marchand d'orviétan, dans le farceur célèbre le comédien qui, dévoré par le chagrin, est obligé de paraître sur les planches avec un air joyeux, et de divertir le public. Dans le premier acte, M. Ferrier nous introduit dans l'intérieur de la baraque de Tabarin, installée sur le pont Neuf. 11 nous montre Mondor, en costume d'astrologue, s'apprêtant à vendre son prétendu élixir d'ainour;| Nicaise ou Fripe-Sauce, le pitredulieu; Francisquine, la femmedeTaburin, en train de ravauder les nippes de la troupe. Francisquine est jeune, jolie, coquette. Elle n'aime point Tabari», qui l'adore, mais qui a des façons à lui de lui témoigner son affection. Jaloux et brutal, il lui a appliqué, le matin même, à la suite d'une scène, quelques coups de pied et de bâton. La jeune femme songe k se venger, lorsque Tabarin rentre. Honteux de sa colère, il s'excuse, supplie, menace, gronde et pleure. Mais Francisquine ne se laisse point toucher. « Tu ne veux pas< faire la paix, lui dit-il ; eh bien l je vais boire. » Pendant qu'il s'éloigne, la petite troupe est inquiète. Le matamore a quitté depuis la veille la baraque. Comment donner la représentation du soir? En ce moment arrive un écolier qui depuis longtemps cherche à aborder Francisquine. Dj.ns le charmant amoureux celle-ci voit app iraître la vengeance qu'elle couve contre son mari, et, pour la voir plus aisément, l'écolier consent à s'engager dans la troupe, à jouer le rôle du matamore. Au second acte, nous assistons au spectacle que Tabarin donne à sou
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public en plein vent. A la parade succède la Farce des- tonneaux, dans laquelle Tabarin, qui fait le rôle du mari malheureux, doit se cacher dans un tonneau lorsque apparaît le matamore, déclarant d'une voix de pourfendeur qu'il veut enlever Isabelle. Mais pendant que s'accomplit le jeu de scène, 1 écolier matamore enlève en réalité Francisquine- Isabelle. Tabarin, n'entendant plus rien, s'inquiète dans son tonneau et en sort enfin, au moment où Nicaise vient lui dire : «Tabarin, ta femme est partie ; le matamore te l'a volée. » Alors commence la scène capitale de la pièce. En présence du public, qui ne voit que l'acteur, Tabarin laisse déborder, au milieu des bouffonneries et des quolibets de son répertoire ordinaire, les sentiments et la passion qui l'oppressent. Il pousse des cris de rage, des hurlements de désespoir. < Bravo ! » Crie le public, qui se tord de rire et applaudit le bouffon, qu'il n'a jamais trouvé sien verve. Il veut s échapper, courir après les fugitifs; mais les spectateurs le contraignent de rester. Qneiques-uns commencent néanmoins à entrevoir la vérité, à s'apitoyer sur son sort. En ce moment, Francisquine, sans qu'on sache trop pourquoi, reparaît confuse et repentante. La foule, furieuse contre la femme coupable, veut se jeter sur elle; mais Tabarin les retient du geste, et, éclatant tout à coup de rire : « Vous n'avez donc pas compris, leur dit-il; c'était la pièce. » Ace mot, la foule rit de plus belle et applaudit à tout rompre. Telle est la scène fort remarquable et très-mouvementée qui rachète les longueurs de la pièce. Le style manque de relief, et l'auteur a fait de Tabarin une sorte de Manfred des tréteaux, ce qui est un anachronisme.'Néanmoins, le Tabarin de M. Ferrier a obtenu un vif succès, grâce au souple et vigoureux talent de son principal interprète, Coquelin aîné.
Tabarin, opéra-comique en deux actes, paroles de MM. Alboize et André, musique de Georges Bousquet ; représenté au Théâtre- Lyrique en décembre 1852. Le pauvre Tabarin est exploité par ,un avide imprésario, le barbare Mondor, qui lui interdit le mariage avec la jolie Francisquine. Un chevalier, sans le savoir, lève les obstacles et, croyant séduire la jeune tille, lui fournit les moyens d'épouser l'acteur poète. La musique de M. Bousquet n'offre rien de remarquable, si ce n'est toutefois un bon quatuor. Chanté par Laurent, Grignon, Mlle» Colson et Renaud.
TABARI NAGE s. m. (ta-ba-ri-na-je — rad. tabarin). Action, propos de tabarin, bouffonnerie : Ces petits journaux vous fatiguent avec leur Tabarinage guindé. (M. Fournier.)
— Econ. rur. Lit de bruyère disposé sous les vers à soie, pour empêcher leurs ordures de tomber sur les vers placés au-dessous.
TABARINIQUE adj. (ta-ba-ri-ni-ke — rad.
tabarin). Qui tient au genre de Tabarin, qui est digne de Tabarin : Recueil de chansons
TABARIJUQOES.
TABÀRISTAN ou TABEIUSTAN, province de la Perse, au N., entre 35» 55' et 36° 15'
de latit. N. et entre 47» 30' et 52» 33' de longit. E.; borné au N. par le Mazenderan, à l'E. par le Khoraçan, au S.-E. par le Kourdistan, au S. et au S.-O. par l'Irak-Adjéiai. Superficie, 18,000 kilom. carrés ; 400 kilom. sur 100; 130,000 hab. Chef-lieu, Demavend. C'est une région très-accidentée. De nombreuses ramifications de l'El-Brons la traversent. La plupart de ces montagnes sont nues et rocheuses. Quelques districts sont couverts de forêts; la plus remarquable est celle qui occupe la frontière septentrionale. La province est arrosée par un grand nombre de cours d'eau ; les plus importants sont le Firuskouh, le Demavend, le Niinroud, le Delitschai, etc. Le sol, bien que pierreux, est assez fertile partout où il est arrosé, notamment dans la partie orientale de la province. Du reste, les habitants négligent volontiers l'agriculture pour s'occuper spécialement de l'éducation du bétail et de la recherche du miel des abeilles sauvages, miel abondant et délicieux, dont ils font un commerce lucratif.
' Le gibier est très-commun, et le schah vient souvent dansleTabaristan se livrer au plaisir de la chasse. On trouve du soufre au mont Demavend. Les exportations ne consistent guère qu'en laine, bestiaux et miel, que l'on tire de l'Irak. On divise la province eu Damghan ou Kouimis, à l'E-, et Tabaristan propre ou Demavend, à l'O. Dans l'antiquité, ce pays était occupé par les Tapuriens Ou Tapyres.
TABARQCE, petite lie de la Méditerranée, sur la côte occidentale de Tunis. Elle est le point de réunion des bateaux corailleurs.
TABABRAN1 (Pierre), anatomiste italien, né à Lombrici, près de Luoques, en 1702, mort à Sienne en 1780. 11 lit ses études médicales à Pise. Après sa réception au doctorat, il alla à Florence, où il commença a pratiquer dans l'hôpital Santa-Maria-Nuova. Le cardinal Salviati l'emmena avec lui à Rome, comme son médecin. Dans cette ville, l'archiatre pontifical Leprotti lui procura la faculté de disposer de tous les cadavres dont il pourrait avoir besoin pour ses travaux, et il se livra avec ardeur à des recherches anatomiques, dont il publia les résultats. Une
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longue maladie de son frère le rappela à, Lucques et l'y retint longtemps. Quand il en partit, ce fut pour aller à Bologne, où il passa plusieurs années. Le désir délier connaissance avec MorgagDi le conduisit à Padoue, où il restajusqu'en 1759. A cette époqne, il fut appelé à Sienne comme professeur d'anatomie. Non-seulement il occupa Sa chaire avec beaucoup de distinction ; mais il fit renaître dans l'université le goût de l'anatomie, qui s'y était éteint depuis quinze ans que l'enseignement de cette science y avait été suspendu. Devenu aveugle a l'âge de soixante-trois ans, il eut pour suppléant son disciple, devenu célèbre, Paul Mascagni.
Tabarrani succomba à une gangrène spontanée du pied droit. Parmi ses écrits, nous citerons : Observationes anatomics (Lucques, 1753,in-4<>);£e£ta-e///<ZtP. ï'aiarrani (Lucques, 1764, in-4°) ; la première roule sur le flux du sang, la Seconde sur l'opération de l'hydrocèle, et la troisième sur les ventricules du cerveau, sur les muscles intercostaux et sur le larynx.
TABAS ou TEBBES, ville de Perse, âans le Khoraçan, au milieu de montagnes et sur un torrent; 8,000 hab. Sa position sur la route de Yezd à Hérat y donne lieu à un commerce assea actif.
TABASCHIR ou TABASHIR s. m. (ta-bachir). Bot. Sucre qui exsude naturellement de la canne à sucre. Il Concrétion siliceuse qui se forme dans les noeuds des bambous, il On dit aussi tabaxir.
— Encycl. Quand la canne à sucre commence à être d'une certaine force, elle laisse exsuder un suc qui se coagule près des nœuds par la chaleur du soleil et forme des larmes dures et fragiles; c'est cette sorte de sucre naturel que les anciens ont nommé tabaschir ou tabaxir. Les médecins arabes parlent souvent de cette substance. Le tabaschir d'Avicenne, d'après Juba, est le suc d'une espèce de bambou qui croit aux lies Canaries et produit du sucre. M. Hœfer ne le distingue pas du véritable sucre de canne. Fort vantée autrefois en médecine, cette substance est encore fréquemment employée en Asie, notamment contre la dyssenterie et les fièvres chaudes. On a désigné aussi sous les noms de tabaschir ou tabaxir certaines concrétions siliceuses qu'on trouve dans les nœuds de la tige des bambous.
TABASCO, dite aussi VILLA-HEKMOSA-DE- TABASCO ou VILLA-DE-SAN-JUAN-BAU- TISTA, ville du Mexique, située dans l'Etat de son nom, sur une lie formée par le Tabasco, port à son embouchure dans le golfe du Mexique, à 360 kilom. E.-S.-E. de Vera- Cruz, par 18° 34' de latit. N. et 94» 36' de longit. O. ; 7,000 hab. C'est une des plus anciennes villes du Mexique. En 1519, Fernand Cortez y remporta une victoire qui la fit appeler par les Espagnols NuestraSeftoradella-yittoria (Notre-Dame-de-la-Victoire).
TABASCO (Etat be), à l'extrémité S.-E, du Mexique, formé de la partie orientale de l'ancienne intendance de la Vera-Cruz, entre 160 50' et iso n' de latit. N., et entre 93° 15' et 960 30' de longit. O. ; borné au N. par le golfe du Mexique, à l'E. par l'Etat de Yucatan, au S. par le Guatemala et a l'O. par l'Etat de Vera-Cruz; 44,030 kilomètres carrés; 72,000 hab. Les côtes sont très-découpées et forment le lac Santa-Anna dans la partie O. et le lac de Terminos sur la limite orientale. Sa surface est plate et marécageuse, excepté au S.-O. Il est arrosé par le Tabasco, le Guazacoalco, le Chunpa, le Palizada, etc. Le climat y est, en général, malsain et les côtes sont souvent ravagées par d'effroyables ouragans. Le sol y est peu fertile. Ses principales productions consistent en maïs, riz, orge, vin, légumes et fruits d'Europe et d'Amérique, etc. La cacaotier y vient très-bien et on trouve sur les bords du Tabasco des cotonniers magnifiques. On y élève beaucoup de bétail qui, joint à du maïs et à des noix de coeo, forme son principal commerce. Les forêts, où dominent les bois de Brésil et le cèdre, servent de refuge à des tigres, des ours, des singes, des daims, des écureuils, et sont infestées de serpents. Capitale, San-Juan-Bautista.
TABASCO, rivière du Mexique. Elle prend sa source dans les Andes (Etat de Chiapa), coule au N.-O., entre dans l'Etat de Tabasco, se dirige au N.-E., puis au N.-N.-E. et se jette dans la golfe du Mexique, à Tabasco, après un cours de 535 kilomètres.
TABASHIR s. m. (ta-ba-chir). Bot. V, TA- BASCHIR.
TABASSABAN, district de la Russie méridionale (Daghestan méridional), situé à l'O. de Derbeud et qui a pour chef-lieu Yersi.
TABASTRÉB s. f. (ta-ba-stré). Zooph.
Forme vicieuse du mot tobastrée,
TABATIER, 1ÈRE s. (ta-ba-tié, iè-re — rad. tabac). Ouvrier, ouvrière qui travaille à la fabrication du tabac : Il y avait à Bruxelles une bourgeoise qui avait usurpé le nom de belle et qu'un appelait la Belle tabatière, parce qu'elle était fille d'un marchand de tabac. (Mm« Dunoyer.)
TABATIÈRE s. f. (ta-ba-tiè-re — rad. tabac). Petite boîte de poche, où l'on met du tabac à priser : Tabatière d'écaillé, d'argent, d'or.
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Ne saurait-on que dire, on prend la tabatière. Th. Corneille.
— Tabatière à réflexion, Tabatière munia d'une petite glace cachée, dont les filous se servent pour faire connaître à leur compère le jeu de leur adversaire.
— Tabatière à surprise, Boîte à surprise qui a l'apparence'.extérieure d'une tabatière : Dans ses pièces, la Discorde allume sa torche à un rat de cave, l'hydre de ^anarchie sort d'une tabatière À surprise. (P. de St-Victor.)
— Fusil à tabatière, Fusil qui se charge h l'aide d'une fenêtre ménagée dans la culasse et fermée par un couvercle semblable à celui d'une tabatière.
— Loc. pop. Ouvrir sa tabatière, Lâcher un vent puant.
— Archit, Fenêtre, lucarne à tabatière, Fenêtre, lucarne qui, ayant la même inclinaison que le toit, s'ouvre à la manière d'un couvercle de tabatière : La fenêtrk à tabatière n'ouvre pas sur l'océan de verdure den jardins du voisinage. (Th. Gaut.)
— Anat. Petite fossette du métacarpe, comprise entre les tendons du long extenseur et du court extenseur du pouce, ainsi dite parce que certains priseurs ont l'habitude d'y déposer la pincée de tabac qu'ils veulent priser.
•— Encycl. -Il y a un siècle, le terme tabatière n'était guère employé que dans la bijouterie ; car on ne fabriquait que des boîtes d'or, enrichies de pierres fines ou fausses. Il y en avait d'unies, de gravées, de ciselées, d'incrustées, d'émaillées, de tournées, etc., absolument comme aujourd'hui ; on leur donnait déjà les formes de poire, d'artichaut, d'oignon, de navette et de bien, d'autres choses encore que nous ne pouvons nommer.
Molière définissait la tabatière « un petit
f renier tabachique, » ce qui nous prouve que éjà les tabatières étaient en usage et même assez répandues en France.
Comme l'usage du tabac s'est répandu à l'infini et est devenu presque universel, les tabatières sont l'objet d'une industrie fort importante ; on en fabrique de toutes les matières, en or, en argent, en platine, en ivoire, en écaille, en buis et en une foule d'autres bois plus ou moins précieux ; en carton, en corne, etc.
Les tabatières de métal sont celles qui, à Paris, occupent le plus grand nombre d'ouvriers, parce qu'elles ont un débouché assuré, non-seulement en France, mais encore dans tous les pays civilisés, où on les achète avec un égal empressement. Ce qui fait leur succès, c'est leur bon marché, car il paraît que, sous le rapport de la qualité, elles sont inférieures à celles que l'on fabrique en Allemagne et en Angleterre.
Grâce à la vogue qu'ont obtenue les tabatières françaises de métal, on en a vendu jusqu'à 30,000 à l'étranger, et l'on en a fabriqué jusqu'à 40,000 dans une seule année.
I! y a un demi-siècle, la Russie convertissait une certaine partie de l'argent de Sibérie en tabatières, dites tabatières niellées; cette industrie a été importée en France par MM. Mention et Wagner, et la fabrication dés tabatières niellées a fini par acquérir unô grande importance, puisqu'on a évalué le nombre de celtes que l'on a fabriquées à 8,000 ou 9,000 par année.
Mais le grand succès de l'industrie française a été pour la fabrication des tabatières d'or, parce que c'est celle qui demande le plus de goût; à Genève se fabriquent des tabatières émaillées qui se vendent en Orient, Presque toutes les tabatières d'or et d'argent employées en Allemagne et en Russie sont originaires de Hanau.
Paris fabrique tout ce qu'il y a de mieux en buis, émaillé et enjolivé de nacre ou d'ivoire ; mais les fabriques de Saint-Claude ont atteint un bon marché qui leur a ouvert de bien plus vastes débouchés, et elles se sont rapprochées de Pans pour la beauté de leurs modèles.
Sarreguemines a la réputation pour les bottes en carton vernissé. C'est en 1776 que fut établie, par un meunier de Nassau, la première fabrique, et, depuis lors, cette industrie n'a fait que s'accroître, si bien que l'on a fabriqué dans l'arrondissement de Sarreguemines jusqu'à 150,000 douzaines de tabatières. Les campagnards, les paysans font le gros du travail, et les ouvriers de la ville donnent la dernière façon.
Bruns-wick et Hanovre fabriquent aussi des tabatières de carton verni, mais elles coûtent plus cher ; il faut reconnaître aussi que leur confection est supérieure à celle de Sarreguemines. De jolies peintures, exécutées quelquefois avec talent, ornent ordinairement le couvercle.
Oberstein (Oldenbourg) fournit des tabatières en agate et quelques tabatières ea carton vernisse à charnières, avec un cercle en cuivre. „
Les tabatières en étain se fabriquent à Paris; elles ne se vendent qu'en France et quelque peu dans le Sénégal.
La tabatière de bouleau, vulgairement connue sous le nom de queue-de-rat, de forme ovale et haute et d'une grande simplicité , a obtenu un immense succès; elle se fabrique en Alsace et principalement à Strasbourg. Il y a une trentaine d'années, un nouveau
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genre de tabatières en bois s'introduisit; ce sont les tabatières d'Ecosse. Voici quels renseignements nous fournit à ce sujet Mac- Culiooh :
• Ces boîtes, dit-il, sont en bois, admirablement peintes et vernies. Elles furent d'abord fabriquées au village de Lawrencekirk, dans le Kinkardineshiie, il y a environ quarante-cinq ans (ce qui fait aujourd'hui plus de quatre-vingts ans). L'inventeur était un homme impotent qui pouvait â peine changer de place. Au lieu de rideaux, son lit était entouré d'établis et d'appareils destinés à recevoir des outils, pour 1 invention et l'usage desquels il montrait la plus gronde adresse. Il no prit point de brevet et confia son secret a un menuisier du même village, qui amassa en peu d'années une fortune considérable, tandis que lui mourut comme il avait vécu, dans la plus grande pauvreté. La grande difficulté de la fabrication consiste dans la formation de la charnière, qui, dans une boite de prix, est si délicatement faite, qu'elle est a peine visible. Des outils particuliers sont nécessaires pour exécuter ce travail-, et, quoiqu'ils aient été beaucoup perfectionnés par le temps et l'expérience, le mystère avec lequel on les prépare est encore gardé avec tant de soin, qu'il est rigoureusement interdit aux ouvriers d'un atelier d'avoir des communications avec ceux qui sont employés dans un autre.
• Vers le commencement de ce siècle, un individu très-ingénieux, du village de Cumnock, dans l'Ayrsbire, appelé Crawfoid, ayant vu une tabatière de Lawrencekirk, parvint, après différents essais et avec l'aide d'un horloger du même village qui fabriqua les outils nécessaires, à produire des boîtes semblables. Par ce succès, non-seulement il lit sa fortune particulière, mais il créa une source de richesses pour sa paroisse natale et toute la province. Pendant longtemps, les boites de Lawrencekirk furent les plus demandées ; mais M. Crawfo'rd et ses voisins de Cuinnock, non-seulement en imitèrent la fabrication, mais y introduisirent tant de perfectionnements, que, dans peu d'années, pour une boite qui se faisait dans le nord on en fabriquait probablement vingt dans le sud. En isîô, le commerce de Cuinnock était partagé entre 8 maîtres fabricants qui occupaient plus de 100 personnes. Les demandes égalaient alors les produits, et l'on a calculé que cette industrie produisait annuellement 700 à 800 livres sterling, somme considérable pour un genre de fabrique en apparence si insignifiant et qui consiste presque exclusivement dans le prix de la main-d'œuvre. La valeur du buis, pour une boite de grandeur ordinaire, n'excède pas 1 denier; la peinture et le vernis sont évalués à î deniers, et, bien
3u'il y ait quelque perte pour choisir le bois e la plus belle couleur, cependant la valeur totale de la matière brute revient à beaucoup moins de 1/2 pour 100 de la somme qu'elle rapporte. Dans les commencements, M. Crawford obtenait à peu près tous les prix qu'il lui plaisait de demander; il arriva souvent que des tabatières de dimension ordinaire se vendaient 2 liv. 12 shill. 6 den. (65 fr. 50 enviion) et des boîtes à ouvrage pour les dames 25 livres (1,375 francs). Mais les affaires prenant un gruuddéveliippement, on fut obligé d'employer des apprentis, qui d'abord devinrent ouvriers et ensuite maîtres, et tels ont été les résultats des perfectionnements et de la concurrence, qu'on peut se procurer les objets mentionnes ci-dessus «u prix de 10 a 25 shillings. Tandis que l'art du menuisier est demeuré stationuaire, celui du peintre a été en se perfectionnant toujours. Au moyen du pantogfaphe, les gravures les plus grandes sont réduites aux dimensions convenables sans recevoir le plus léger ilommage; ainsi, un fabricant de tabatières, comme un tisserand de Dunferm, peut exécuter sur le bois, d'après les ordres qu'il reçoit, des armoiries ou tout autre objet qui se l'attache à l'art de la peinture. Quelques peintres montrent beaucoup de talent et produisent parfois des dessins de boite qui méritent réellement d'être conservés comme des objets d'art. A Cuinnock, le nombre de bras employés pour cette industrie s'est considérablement accru, et il existe à Mauchliue un atelier si étendu, qu'on pourrait presque le comparer à une filature de coton. Cette industrie prend aussi de l'extension dans d'autres localités, telles que Helen*burgb, près de Greeuock, Catrine, Maxwelton, Dumfries, etc. Les principaux débouchés pour les tabatières sont Londres, Liverpool, Glascow et Edimbourg. A une certaine époque, il s'expédiait de grandes quantités de tabatières pour l'Amérique du Sud, ce qui a encore probablement lieu aujourd'hui, La l'Yanoe vu u importé d'assez grandes quantités; car la mode les avait prisea sous sa protection. »
Nous terminerons par un extrait du compte rendu ofiiciel da l'Exposition universelle de 1867, relatif à cette industrie ;
■ Depuis que !a mode a permis aux gens du monde l'usage du cigare, la tabatière de luxe est devenue d'un emploi plus rare, et cette industrie brille plutôt par la perfection du travail que par son importance. Une partie considérable des boîtes à tabac échappe à notre jugement: ce sont celles en or et en argent qui se trouvent dans une autre classe; mais il nous reste à apprécier les tabatières eu écaille transparente et celles d'écaillé dite
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demi-feuille. On obtient ces dernières en chauffant deux plaques d'écaillé entre lesquelles on place une feuille de corne, et qui se soudent par la chaleur et la pression. Le dessus et le dessous ainsi faits, le tour est en poudre d'écaillé. Ces tabatières, quoique d'un prix très-inférieur, ont autant d'apparence que celles en écaille ; mais elles sont d'un moins bon usage. On peut les incruster comme les plus belles tabatières, et elles ont complètement remplacé celles que l'on faisait autrefois entièrement en poudre d écaille et qui n'avaient aucune transparence.
m La tabatière de Paris se fabrique en racine et en bois de palmier, d'olivier, d'érable, de thuïa, de chêne; en ivoire, en écaille plaquée sur bois, en corne marbrée.
• 11 suffit d'examiner la vitrine de M. Mercier pour se rendre compte du soin, de l'habileté et du goût qui dirigent sa fabrication et lui ont fait une réputation universelle. Ce n'est pas seulement à l'extérieur qu'il faut regarder; l'intérieur de ces boites et même les charnières sont doublés d'écaillé, et les fermetures hermétiques sont très-douces.
» En 1827, la journée des ouvriers, dans les 12 à 15 fabriques qui existaient à celte époque, était de 3 fr. 50 à 4 francs par jour; alors la belle tabatière de bois se vendait do 50 à 60 francs. Aujourd'hui, la journée des ouvriers est de 5 à 7 francs, et les produits, mieux faits que ceux précédemment cités, se vendent de 20 à 30 francs.
• Un grand nombre d'ouvriers de cette partie travaillent chez eux et gagnent de 8 à 9 francs, tandis que, autrefois, ils ne trouvaient guère à gagner plus de 5 à 7 francs.
» Les tabatières de Saint-Claude sont d'une production très-iinportante ; l,000Ou l,20OOuvriersen fabriquent 125,000 douzaines par année. Les prix varient entre 1 fr. 25 la douzaine et 12 et même 15 francs. Les tabatières faillies d'écaillé valent de -4 à 20 francs la ouzaina ; les tabatières de corne, de 3 à 10 fr.
■ Là, comme à Paris, les meilleurs ouvriers travaillent en chambre et vendent directementaux négociants de Paris, de Lyon et de Genève. Ils gagnent de 5 à 6 francs par jour.
» On fabrique à Rennes la tabatière dite de Bretagne, en corne blanche ou grise ; son principal mérite est dans la solidité, car la forme laisse souvent à désirer.
» Nous arrivons aux tabatières en carton, dont les principales fabriques sont à Sarreguemines et à Forbach. La légèreté et le bun marché leur assurent une grande consommation ; mais les charnières et les fermetures sont loin de valoir celles des tabatières en corne. »
— Tabatière à réflexion. Voici la description de cet instrument de lilou, d'après Robert Houdin : « Le grec, en se mettant au jeu, dépose sans affectation sur la table une tabatière, sur le dessus de laquelle est un petit médaillon, de la grandeur d'une pièce de 1 franc, renfermant une miniature. C'est un portrait de femme exécuté avec beaucoup d'art. Les yeux des joueurs so portent tout naturellement sur cet objet; quelquefois même, il arrive qu'on le prend en main pour l'examiner et le faire admirer à son voisinage. Lorsque la partie est engagée, le grec prend une prise de tabac, ce qui lui donne l'occasion de rapprocher sa tabatière en la déposant devant lui. Mais, dans le même temps, il a pressé un ressort invisible qui substitue à la miniature une petite glace convexe, dont il tire un grand parti pour la tricherie. En effet, quand le grec est en main, comme ce miroir se trouve sous les cartes qu'il donne à ses adversaires, celles-ci s'y réfléchissent et viennent sa peindre dans ses yeux. De teints à autre, ie grec fait revenir le médaillon et offre une prise de tabac à ses victimes. ■ Du reste, il n'est pas nécessaire d'avoir uue tabatière préparée pour faire ce truc. Une foule d'escroc3 se contentent d'une tabatière ordinaire, pourvu que le dessus en soit très-poli. Aussi, l'auteur d'un traité de civilité a-t-il cru devoir donner ce conseil: «Si votre partenaire inconnu place sur le bord de la table entre lui et les cartes, pendant sa donne, une tabatière d'or ou d'argent dont le dessus est poli, interrompez sa donne pour lui demander une prise de tabac et gardez la tabatière jusqu'à ce qu'il ait fini de douuer. ■
TABATJriGA, montagne du Brésil, province de Minas-Geraes. C'est une des plus hautes montagnes qui limitent à l'O. la comarca de Sabara.
TABAXIR s. m. (ta ba-ksir). Bot. V. ta-
BASCHIR.
TAUBAY, petite lie d'Ecosse, sur la côte K. de l'Jle de Skog; par 57" 16' de latit. N. et 8" il' de longit. O.
TABÉBUIA s. m. (ta-bé-boui-a). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des bignoniacées, formé aux dépens des bignones, et comprenant seize espèces, dont la plupart croissent au Brésil,
TABEL s. m. (ta-bèl). Agric. Nom donné, dans le midi de la France, aux tas de gerbes qu'on forme dans les champs.
TABELLAIRE adj. (ta-bèl-lè-re — lat. tabellarius; de tabella, petite table). Qui est en forme de tablette, de petite table.
— Antiq. rom. Lois tabellaires. Lois romaines qui réglèrent que les suifrages se
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donneraient a l'avenir par nn vote écrit but des tablettes et non plus de vive voix.
— Typogr. Impression tabellaire, Impression qu'on faisait avec des planches gravées avant l'invention des caractères mobiles.
— s. m. Antiq. rom. Esclave ou messager chargé de porter les lettres ou tablettes missives. || Bâtiment léger qui marchait en avant des flottes pour annoncer leur arrivée.
— s. f. Bot. Genre d'algues microscopiques, de la tribu des bacitlariées.
— Encyci. Antiq. rom. Lois tabellaires. Ce nom fut donné par les anciens Romains aux lois qui introduisirent dans les comices le vote au scrutin, c'est-à-dire le vote par tablettes, pour certaines délibérations où il n'était pas admis auparavant. Si l'on en croit l'opinion la plus répandue, les comices, antérieurement aux lois tabellaires, votaient toujours par acclamation. Des érudits modernes ont démontré que cette opinion était erronée ; que le vote au scrutin avait lieu dans certains cas; que, toutefois, on ne se servait pas alors de tablettes, mais de pierres blanches et noires , et que ce genre de vote était en usage seulement lorsqu'il s'agissait de faire une loi nouvelle ou d'abroger une loi ancienne, qu'il n'était admis ni pour les élections ni pour les jugements du peuple.
La première en date des lois tabellaires fut la loi Gabinia, qui ordonna, en 139 avant notre ère, le vote par tablettes pour l'élection des magistrats. C'est à propos de cette loi que Cicéron appelle lu tablette tabella quasi «index liberiatis. Puis vint, en 137 avant notre ère, la loi Cassia, qui ordonna le vote par tablettes dans les jugements du peuple, excepté pour les cas de perduellio, c'est-à-dire de crime de haute trahison. L<* jugement du peuple, judicium populi, était sans aucun doute le jugement prononcé par le peuple dans les comices; Ernesti a essayé en vain de donner un autre sens à ces mots. La loi Cassia fut soutenue par le second Scipion l'Africain, et il fut, pour ce fuit, l'objet des censures du parti aristocratique. Une troisième loi tabellaire, proposée par le tribun Papirius Carbon en 131 avant notre ère et nommée loi Papiria, rendit le vote par tablettes obligatoire en matière législative. La quatrième loi tabellaire fut la loi Cselia, portée en 107 avant notre ère, et qui comprit dans le vote par tablettes le cas de haute trahison excepté par la loi Cassia.
On place aussi dans le nombre des lois tabellaires une loi de Marius, dont parlent Plutarque dans sa Vie de Marius, et Cicéron dans son traité De tegibus; elle était relative à l'organisation du scrutin: elle en réglait l'ordre et en assurait la liberté. Cette loi, d'un objet plus général que les précédentes et d'une importance considérable, fut rendue l'an 119 avant notre ère.
TABELLION s. f. (ta-bèl-li-on — lat. tabellio; de tabella, tablette), Hist. Officier romain qui était chargé de la garde des acte3 publics. Il Fonctionnaire autrefois chargé do mettre en grosse les actes dont les minutes avaient été dressées par les notaires. Il Ancien officier public qui, dans les seigneuries et dans les juridictions subalternes, remplissait les fonctions de notaire.
— Par dénigr. Notaire: Avez -vous fini, notaire? reprit le moribond d'une voix éteinte. Dépéchez'vous donc, paresseux de tabkllion. (G. Sand.) Probablement que le drôle avait reçu quelque pourboire du tabellion. (Alex. Dumas.)
— Encyci. Une faut pas confondre le terme tabellion avec celui de notaire, parce que ces deux mots, pris dans leur véritable acception, n'étaient pas absolument synonymes ; le tabellion n'avait été ainsi nommé que pour le distinguer du notaire, qui était d'un ordre supérieur et qui résidait dans les villes, tandis que le tabellion était le notaire de campagne. Les tabellions romains remplissaient à la fois les fonctions de nos juges, de nos notaires et de nos greffiers. Les notaires étaient alors leurs clercs ou leurs aides, et cette coutume subsista pendant toute la première période de la monarchie française ; puis, on en vint à donner le nom de notaire-faietiton aux officiers civils qui rédigeaient les actes au nom du roi. Un èdit de François I« (novembre 1542) nous apprend que les notaires-jaie/iions, ne pouvant suffire au service public, commettaient des personnes pour les remplacer dans les endroits éloignés de leur domicile. Cet inconvénient détermina ce prince à établir des notaires royaux pour les villes et d'octroyer aux tabellions que l'on établit dans les villages le droit de grossoyer les actes que les notaires avaient reçus. Les notaires recevaient donc les actes et en dressaient les minutes, tandis que le tabellion n'avait d'autre droit que celui de les mettre en grosse.
Henri IV renouvela les règlements oubliés de François I<" (21 mai l,- -J7), et il reconnut deux sortes d'écrivains publics : 1° les notaires garde-notes; 2» les tabellions. Louis XV supprima cette distinction, en ordonnant que les labellionages fussent supprimés et que les fonctions des tabellions demeurassent réunies à perpétuité à celles des notaires royaux, chacun dans son arrondissement (fév. 1761). L'edit de Louis XV exceptait de la suppression les tabellions créés dans l'étendue de l'apanage du duc d'Orléans et ceux qui ressortissaient au parlement de Flandre et d'Ar-
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tois; les seigneurs conservèrent jusqu'à la Révolution le droit d'établir des tabellions dans l'étendue de leur seigneurie. Le nom de tabellion continua jusqu'à cette époque de distinguer les notaires royaux des notaires établis par les seigneurs, auxquels des titres en règle donnaient cette prérogative. Le tabellionage se disait à la fois de la charge du tabellion et du droit seigneurial qui consistait à pouvoir instituer des notaires.
TABELLION AGE s. m. (ta-bèl-li-o-na-je — rad. (ubellion). Office, fonction de tabellion : Vous saurez donc que je m'appelle Pierre Gringoire, et que je suis fils du fermier da tàbkllio.v'agk de Gonesse. (V. Hugo.)
— Logement, étude du tabellion.
— Féod. Droit de tabellionage, Droit que les seigneurs avaient d'établir un bu plusieurs tabellions dans l'étendue de leur juridiction.
TABELLIONER v. a. ou tr. (ta-bèl-li-o-né — rad. tabellion). Dresser et donner expédition de : Tabkllionke un contrat, il Vieux mot.
TABÊM s. m. (ta-bêmm). Nom donné par les musulmans aux successeurs des disciples de Mahomet.
TABERGITE s. f. (ta-bèr-ji-te — de Taberg, nom de montagne). Miner. Chlorite d'un bleu verdâtre, qui présente les mêmes caractères que le clinochlore, dont elle paraît être une simple modification , et qui est ainsi appelée parce qu'elle se trouve au Taberg, dans le Wermeland, en Suède.
TABERNA s. m. (ta-bèr-na). Bot. Section du genre tabernémomane.
TABERNA, grand village d'Espagne (Valence), dans une belle vallée, à 2 kilom. de la Méditerranée et à 38 kilom. N.-E. de San- Felipe; 5,000 hab. 11 est riche en riz d'excellente qualité, huile, vin, fruits et soie.
TABERNACLE s. m. (ta-bèr-na-kle — du lat. tabernacuium, dimin, de tabenia, chaumière). Hist. ju;ve. Tente, pavillon, dans le langage biblique : fietcurne, Israël, dans tes tabernacles. (Acad.) I! Tabernacle du Seigneur ou simplement Tabernacle, Tonte où se trouvait l'arche d'alliance, jusqu'à l'époque où le temple fut bâti : Jéhouah résidait dans le tadkrnacle. il Fête des Tabernacles, Une des trois grandes solennités des Hébreux , qu'ils célébraient après la moisson , sous des tentes et des feuillées, en mémoire de leur campement dans le désert, après la sortie d'Egypte.
— Poétiq. Tabernacles éternels, Ciel, la demeure des élus, dans le langage ecclésiastique : Il vous importe seulement que Die,u vous reçoive dans les taberna cj.es ètkrnbls.
(Wlech.)
— Liturg. cathol. Sorte de petit réduit, en forme d'édifice, qui est placé au milieu de l'autel, et où l'on enferme les hosties consacrées :
C'est la tabernacle où repose La majesté du saint des saints.