TAN.U
lus plus gracieux de l'architecture du xviie siècle. M. Adolphe Joanne décrit ainsi cette perle archéologique : ■ La cour d'honneur, large de 42 mètres sur 32, est formée par un grand corps de logis (rez-de-chaussée, premier étage et attique), ayant à droite et à gauche une aile, terminée, celle de droite, par lu tour de la chapelle, et celle de gauche par la tour des archives. La façade du côté du parterre a été construite par François de Coligny d'Andelot. La tour de droite (quand on regarde cette façade) s'appelle la tour de la Ligue, parce que les Coligny et le prince de Condé tinrent plusieurs fois conseil dans la salle principale, pendant lea guerres de religion. A l'intérieur, on peut visiter : la galerie (27 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur) ornée de fresques; la chapelle; les cheminées en pierre des appartements. La plus grande, celle de la chambre de l'archevêque, large de 2", 60, haute de plus de 4 mètres, est ornée de cariatides et de statuettes en bas-relief; les peintures qui décorent une salle voûtée, au deuxième étage de la tour de la Ligue. » 11 n'est pas jusqu'aux bâtiments de service qui ne soient construits avec une rare grandeur de style. Dans le parc, gracieusement dessiné, se voit une magnifique pièce d'eau appelée le Grand canal. Elle a 530 mètres de longueur et est alimentée par les nombreuses sources de la vallée de Quincy. L'église paroissiale, qui date du xvue siècle, et une maladrerie du xvic siècle attirent aussi les regards à Tanlay. Aux environs se trouvent les ruines de l'abbaye de Quincy , qui remonte au xme et au xv» siècle.
TANMANAK. s. m. (tan-ma-nak). Ornith.
Genre de passereaux insectivores.
TANMOUTH ou TAYMOBTH, en anglais Tunmouth Caslle, célèbre château d'Ecosse, aux environs de Kenmore, au fond d'une vallée tapissée de verdure et offrant les plus gracieux paysages, surlarive droite du Tay. » Ce château, dit M. Esquiros, consiste eu nnbâtitiment carré de quatre étages, flanqué de quatre tours rondes aux quatre angles, et du milieu duquel se dresse, à 46 mètres, une tour carrée, flanquée aussi de tourelles et crénelée comme toutes les autres constructions. A l'E. s'étendent des dépendances et les écuries ; à l'O., le marquis de Breadalbane a fait récemment construire, dans le mémo style d'architecture, un bâtiment carré, que la grande salle gothique réunit au château proprement dit, tout autour duquel règne, a la hauteur du rez-de-chaussée , une petite galerie couverte, ornée de lierre. L'intérieur de ce magnifique château mérite d'être visité avec détail, bu reste, le marquis de Breadalbane, qui est le plus hospitalier et le plus aimable des grands propriétaires de l'Ecosse, en accorde facilement l'autorisation aux étrangers. On y remarque surtout le grand escalier, qui, remplissant toute la grande tour centrale, ressemble à l'intérieur d'une église. Le péristyle est orné d'une belle collection d'armes et de cornes d'animaux, et, de chaque côté de la première marche, les bustes en marbre de Bliicher et de Wellington attirent les regards. Les bustes des plus grands écrivains de la Grande-Bretagne décorent les niches situées à Ja hauteur du premier étage; la grande salle (Hall), bâtie et décorée pour la réception de la reine Victoria, d'après les dessins de sir James Gillespie Graham, esq. ; elle a 18 mètres de longueur, 9 mètres de largeur et de hauteur; elle est éclairée par deux fenêtres gothiques, en vitraux peints en partie anciens, placées en face l'une de l'autre aux deux extrémités. Son plafond de chêne sculpté et. doré se divise en quatre-vingt-dix compartiments, dont chacun est orné d'un blason. Des armes, des boucliers, des drapeaux décorent les murailles, et tout autour pendent des étendards historiques. Au milieu s'élève une magnifique cheminée de pierre sculptée; la galerie contiguë à la grande salle et à la bibliothèque, qui s'ouvre dans la galerie ; les décorations en chêne sculpté de ces deux pièces font le plus grand honneur à M. Charles Trotter, d'Edimbuurg, l'artiste qui a été chargé de leur exécution ; le salon, au plafond de chêne sculpté, et où l'on admire un magnifique tableau de Rubens, la lête de saint Jean- Baptiste apportée à Mérode ; la salle à manger, dont la grande table peut recevoir cent vingt-cinq convives servis en vermeil, et qui est aussi ornée de tableaux de grands maîtres ; les salles chinoises, la chambre h coucher de la reine, etc. » La propriété du marquis de Breadalbane s'étend sur une ligne d environ 100 milles; une journée ne suffit pas pour faire le tour du parc, qui est admirablement distribué et peuplé de daims et d'animaux étrangers. On remarque surtout dans ca parc sans égal : la laiterie; les glandes avenues de vieux arbres qui dominent le Tay; les serres et le fort qui couronne une colline d'où l'on découvre un magnifique panorama. « Au mois de septembre 1842, ajoute M. Esquiros, la reine Victoria vint rendre une visite au marquis de Breadalbane, et elle déclara, a son retour en Angleterre, que sa réception à Taymouth Castle était la plus belle chose qu elle eût vue clans son voyage. Les fêtes données en son honneur, bals, chasses, danses et revue des lîigblanders, durèrent trois jotft'S. A son arrivée, Sa Majesté avait été reçue avec une
TANN
telle pompe qu'elle s'écria : « Que tout cela est grand ! (How grand tkis is!) » Le soir, le parc tout entier fut illuminé. Le fort seul était entouré de plus de 40,000 verres de couleur, et de grands feux brillaient sur les sommets de toutes les montagnes voisines. Il faut lire l'ouvrage de sir T. Lauder, intitulé : Mémorial ûf the royal Progress, pour se faire une idée de ce que peut être l'hospitalité d'un grand seigneur écossais qui a l'honneur de recevoir sa souveraine. »
TANN, ville de Bavière, cercle du Mein- Inférieur, à 115 kilom. de Wurtebourg, sur l'Ulster; 2,000 hab. Nombreux moulins. Elle est ceinte de murailles et possède trois châteaux.
TANN (Louis, baron Von dek), général bavarois, né en 1815. Il fut élevé àrEcole des pages de Munich, entra en 1833 au service en qualité de lieutenant d'artillerie, passa en 1840 dans lltat - major général et devint, quatre ans plus tard, aide de camp du princo héritier Maximilien. Lorsque éclata , en 1848, la soulèvement du Slesvig-Holstein, il mit son épée au service de la cause des patriotes, acquit rapidement une grande réputation comme chef d'un corps franc et fut décoré de l'ordre du Mérite militaire de Bavière, en récompense de son hardi coup de main sur Hoptrupp (7 juin 1848). Le gouvernement provisoire des duchés donna, en outre, son nom a, une chaloupe canonnière. Pendant la campagne de 1849, il fut chef d'état-major de la division commandée par le prince de Saxe-Altenbourg, devint, l'année suivante, chef de l'état-major général de l'armée holsteinoise sous les ordres de Willisen, et, a son retour en Bavière, reprit ses anciennes fonctions auprès du prince de Bavière, devenu roi sous le nom de Maximilien II. Il fut élevé en 1860 au grade de lieutenant général et reçut le commandement d'une division. Au début de la guecre austroprussienne de 1866, le baron Von der Tarin fut nommé chef de l'état-major général du feldmaréchal prince Charles de Bavière, commandant en chef de tous les contingents militaires de l'Allemagne du Sud et conclut avec l'Autriche la convention d'Olmutz (14 juin). Ce n'était que sur les instances réitérées du prince Charles et du ministre de la guerre qu'il avait consenti à accepter ces importantes fonctions, et il commença la campagne, n'ayant, sous tous les rapports, qu'une médiocre confiance dans son issue. On a voulu le rendre responsable des fausses manœuvres de l'armée bavaroise et des troupes de la Confédération ; mais on a beaucoup exagéré à cet égard. Le seul reproche qu'on puisse lui ïaire avec quelque fondement , c'est d'avoir abandonné à Langensalzu les Hanovriens dans une situation des plus critiques. Il fut légèrement blessé à la bataille de Kissingen. Après la guerre, il reprit le commandement d une division de l'armée bavaroise et reçut, en 1869, le commandement militaire de Munich. Lorsque éclata, en juillet 1870, la guerre entre la France et la Prusse, le général Von der Tann reçut le commandement du 1er corps bavarois, qui fît partie de la 3° armée allemande, placée sous les ordres du prince royal de. Prusse. Le 30 août, il surprit, à Beaumont, le général de Failly, à qui il fit subir des pertes sensibles. Le 1" septembre, il attaqua, à Bazeilles, nos troupes, qui se défendirent avec acharnement, et finit par se rendre maître de cette position. Le lendemain , l'armée française subissait le désastre de Sedan et le général Von der Tann se dirigeait, peu après, avec l'armée du prince Frédéric-Guillaume, sur Paris. Il prit part à l'investissement de cette ville et établit son quartier général â Longjumeau. Lorsque l'armée de la Loire, commandée par le général La Motterouge, s'avança jusqu'à Toury, Von der Tann reçut l'ordre de marcher contre l'armée française avec 40,000 hommes. Se dirigeant sur la Loire, il attaqua, à Artenay, les Français, inférieurs en nombre et encore mal organisés, les força à battre en retraite sur Orléans (10 octobre), puis s'empara de cette ville. Au commencement de novembre, le général d'Aurelle do Paladines, prenant à son tour l'offensive, essaya d'envelopper et de couper le corps de Von der Tann. Après la bataille de Coulmiers (9 novembre), le général bavarois dut abandonner précipitamment Orléans et se replier sur Toury. Peu après, non-seulement il reçut des renforts, mais des corps d'armée, détachés de l'armée du prince Frédéric- Charles, s'avancèrent pour écraser l'armée de la Loire, dont les forces s'étaient rapidement accrues. Le 2 décembre, il éprouva un échec en attaquant, à Patay, le lfie corps français, sous les ordres de Chanzy ; mais les succès remportés d'autre part par Frédéric-Charles en personne décidèrent le général d'Aurelle à évacuer Orléans (3 décembre), que Von der Taon occupa de nouveau. Le général bavarois leva sur la ville de fortes contributions de guerre et y fit durement sentir la loi du vainqueur. Il coopéra ensuite aux opérations contre l'armée que Chanzy commandait dans l'Ouest et reçut, au mois de janvier 1871, du roi Guillaume, la croix de l'ordre du Mérite. Après la signature de la paix, Von der Tann fut chaigé d'occuper, avec ses Bavarois, quelques-uns des départements voisins de la Seine, puis, après le payement du troisième demi-milliard, il oc-
TANN
cupa les Ardennes et, à la fin de l'occupation, retourna dans son pays.
TANNA, lie de la Mélanésie, une des Nouvelles-Hébrides, par 19» 30' de latit, S. et 167» 21' de longit. E.; 36 kilom. de longueur sur 15 de largeur. Elle renferme un volcan en ignition et plusieurs sources thermales. Une chaîne de hautes montagnes , devant laquelle s'étend une suite de collines basses, la sillonne en tous sens. L'Ile est habitée par des nègres papouas. Découverte par Cook.
TANNA-BALLOU, petite île située près de la côte E. de celle de Bornéo, et par 4" 52' de latit. N.
TANNA-MERA, petite lie située près de la côte E. de l'Ile de Bornéo, et par 3» 45' de latit. N.
TANNAGE s. m. (ta-na-je — rad. tanner), Techn. Action de tanner les cuirs; résultat de cette action : L'acacia d'Egypte donne une graine gui sert à la teinture, tandis que son écorce s'emploie au tannage du cuir. (M.-Br.) Le tannage et la saturation de sublime' corrosif sont les moyens de dessiccation les plus avantageux. (Forget.)
— Encycl. L'art de travailler les peaux pour leur donner une grande solidité et une longue durée, afin de les faire servir à des usages divers, est un des plus anciens et des plus importants. Dès que les hommes se sont réunis en société, ils ont dû sentir la nécessité de tirer parti de la peau des animaux.
Les peuples nomades surtout surent pourvoir à la conservation des peaux. Les procédés qu'ils employaient étaient évidemment simples et avaient probablement de l'analogie avec celui dont les Baskirs, un des peuples les moins civilisés de la Russie , font encore usage aujourd'hui pour rendre les peaux imputrescibles et imperméables aux liquides. Ils les suspendent sur des perches tendues horizontalement dans des fosses fermées à leur partie supérieure. Ces fosses communiquent latéralement avec des trous où on brûle des matières combustibles dégageant beaucoup de fumée. Celle-ci passe dans les fosses et les peaux y restent exposées pendant quinze à vingt Jours ; ce temps suffit pour lea rendre propres aux usages domestiques.
A ces simples procédés de conservation a succédé le tannage. Cette opération, univer-' sellement employée chez les peuples civilisés pour la préparation des peaux, tire son nom du tan, qui est la substance particulière a l'action de laquelle on les soumet.
Bien que l'art du tannage soit connu depuis longtemps dans tous les pays et exercé par un grand nombre d'industriels, ses progrès ont été lents, et il est probable que ces procédés, qui tiennent aujourd'hui encore plus de la routine que des observations scientifiques, sont amplement perfectibles.
On doit attribuer cet état de choses à ce que les tanneurs, occupés de leurs propres intérêts, ont presque toujours fait mystère de leurs observations, dont la communication et la comparaison auraient été profitables h la pratique générale de l'art.
Néanmoins, depuis les développements récents des sciences naturelles et de la chimie en particulier, l'art du tanneur a fait des progrès réels. Quelques hommes éminents, et en particulier MM. Macbride, Saint-Réal, Séguin et, tout récemment, M. Knapp, ont publié des procédés basés sur les découvertes nouvelles de la chimie organique, qui ont été de la plus grande utilité aux praticiens intelligents.
Cependant, on n'est pas encore absolument fixé sur l'action chimique d'où résulta le tannage, et cette action, cette combinaison possible du tanin avec les matières organiques renfermées dans-la peau, est même absolument niée par certains chimistes.
En définitive, tanner une peau, c'est en rendre le tissu plus pesant, plus solide, sans qu'il devienne sec ni cassant. Il est seulement plus coloré, imputrescible, imperméable et résiste bien aux intempéries de l'air.
Il est vrai que l'on désigne dans le commerce et dans les ateliers, sous le nom de cuirs verts, les peaux de bœuf qui n'ont encore subi aucune préparation ou qui ont été simplement salées et séchées. C'est un tort; l'appellation de cuir doit être exclusivement réservée aux peaux qui présentent les avantages et les caractères spéciaux qui viennent d'être détaillés.
Les peaux sont formées d'une matière animale que l'ébullition avec l'eau transforme aisément en gélatine; dans les lieux humides, elles s'imprègnent d'eau et sont rapidement détruites par la putréfaction; si on les expose à l'air, dans un lieu sec, elles se dessèchent et acquièrent une dureté et une roideur qui en rend l'usure par le frottement très-rapide. Elles sont, sous cette forme, aussi impropres aux usages domestiques qu'à leur état naturel.
Le tannage comprend deux préparations distinctes et également importantes ; l'une a pour but de préparer la peau à recevoir le tan; elle se compose de différentes opérations |wéliminaires qui ont reçu les noms de : lavage ou trempe, écharnenient, débourreirteut, etc.; l'autre soumet la peau préparée à l'action directe du tan, et c'est cette dernière qui constitue -le tannage proprement dit. Nous passerons rapidement sur les opo-
TAi\N
Mol
rations préparatoires au tannage proprement dit, ces opérations ayant été l'objet d articles spéciaux dans ce dictionnaire.
— Lavage ou trempe. Les peaux de bœuf, de buffle, etc., sont particulièrement propres à donner des cuirs forts pour semelles et bottes fortes. Avec celles de vache, de veau, de cheval, etc., on prépare des cuirs mous pour bottes fines, chaussures minces et pour la sellerie ; en un mot, tous les cuirs compris sous la dénomination de molleterie.
Les peaux mises en œuvre par les tanneurs peuvent être sèches et non salées comme celles qui viennent de Buenos-Ayres, ou sèches et salées comme celles qui viennent de Bahia et de Pernambouc, ou enfin fraîches comme celles qui sont vendues directement par les bouchers aux tanneurs.
On tire encore des peaux sèches de la Russie, de la Turquie et de presque toutes les petites localités de France éloignées des tanneries.
Le lavage des peaux est naturellement plus ou moins long, suivant l'état dans lequel le tanneur les reçoit.
Les peaux fraîches, après la séparation des cornes, des os de la tête, des oreilles, des pieds et d'une partie de la queue, sont jetées dans l'eau courante, où elles restent plongées deux jours. On les agite plusieurs fois par jour pour les dessaigner ou ôter le sang et les ordures dont elles sont généralement imprégnées.
Les peaux sèches, celles surtout qui sont salées, exigent une immersion plus longue et un travail plus fatigant. Il faut le3 tremper longtemps, les fouler, les étirer, les comprimer fortement à l'aide du couteau rond ; on finit ainsi par les amener à un état a peu près semblable à celui des peaux fraîches ; ces différences font que les tanneurs les payent moins cher que ces dernières.
— Débourrement ou épilage et Eeharnement ou écalage. Lorsque les peaux sont suffisamment trempées, on continue la préparation par des procédés qui ont différé suivant les époques et se sont simplifiés peu à peu. Il s'agit de macérer les peaux, afin de pouvoir d'abord enlever le poil, puis les écharner et enfin les bien gonfler, en écarter les pores et les fibres pour les mettre en état de subir l'action du tan. Le procédé le plus ancien, nommé pelanage, consistait à faire macérer les peaux dans des eaux de chaux de plus en plus concentrées. Dans un autre, également abandonné maintenant, cette macération prenait le nom de travail à l'orbe et consistait à laisser séjourner les peaux dans des bains gradués où l'on avait délayé de la farine d'orge, qui ne tardait pas à fermenter. C'est alors qu'elle produisait son action sur la peau. Dans ces méthodes, le débourrement et l'écharnement s'opéraient après un séjour de quelques jours seulement dans le premier bain, qui était le plus faible.
Le procédé qui est maintenant d'un usage à peu près général en France et surtout â Paris (à quelques modifications près) est connu sous le nom de procédé liégeois, parce qu'il fut longtemps en usage dans le pays de Liège. On le îic-mme aussi travail d 2a jusée, parce que la macération des peaux s'eflectue dans des bains gradués de jusée. On nomme jnsée le liquide obtenu en débarrassant par l'eau de tous les principes actifs qu'il peut encore contenir le tan qui a déjà servi au tannage
Dans cette méthode, le débourrement constitue une opération tout à fait spéciale , qui précède le traitement par la jusée. On produit dans les peaux une légère fermentation en les mettant en tas, après les avoir salées, ou bien en les laissant séjourner quelque temps dans une étuve légèrement chauffée par de la tannée, ou mieux, par" de la vapeur d'eau qu'on laisse en contact avec les peauy.
Le débourrage proprement dit ou épilage s'exécute au moyen d'un couteau non tranchant, appelé couteau rond, avec lequel on racle le poil, la peau étant étendue sur un chevalet incliné et arrondi.
Cette opération étant terminée, les peaux sont lavées et remises sur le chevalet, la chair en dessus; on procède alors à l'écharnement. Il se pratique à peu près comme le débourrement, avec un couteau tranchant nommé écharnoir, que l'ouvrier, plaça du côté le plus élevé du chevalet, promène de haut en bas, en le tenant très-incliné, pour enlever, sans endommager la peau, toutes les parties charnues que le boucher y a laissées en dépouillant l'animal. Il amincit en même temps les parties trop épaisses, afin que la peau présente à peu près la même épaisseur dans tous les points de sa surface.
Cette opération ne doit être confiée qu'a, un ouvrier très-soigneux et très-habile. Le côté où était le poil se nomme fleur et l'autre grain.
Les peaux sont, après cela, lavées a grande eau. Il s'agit alors de les gonfler pour les disposer à recevoir l'action du tan. Ce gonflement se fait en passant successivement les peaux dans des bains de jusée de plus en plus concentrés, au nombre de huit; il dure sept à huit mois.
Enfin , dans ces derniers temps , on eut l'idée de procéder au gonflement des peaux par l'acide suil'urique. Cette méthode, enseignée par Macbride et M. Séguin , a l'avau-
TANN
tage d'être plus eypéditive, moins coûteuse et d'exiger moins de soins que la précédente. En deux ou trois jours, avec un bain Contenant 1/1500« à 1/5008 d'acide sulfurique, le gonflement peut être amené au degré convenable; mais ce procédé n'est pas uniquement employé : la plupart des tanneurs continuent à se servir du travail à la jusée, qu'ils rendent beaucoup plus expéditif en incorporant à leurs bains quelques millièmes d'acide sulfurique. Le surcroît de dépense est peu considérable, vu le très-bas prix de l'acide sulfurique dans le commerce, et cette modification constitue une économie véritable en réduisant de beaucoup le temps employé aux opérations préliminaires du tannage. On peut se procurer aujourd'hui par ce procédé mixte , en dix-huit ou vingt mois au plus, des cuirs aussi bons que ceux obtenus autrefois en deux et trois ans.
— Tannage. On pratique l'opération du tannage dans des cuves en bois cerclées de fer ou dans des foss"S en maçonnerie ayant 2 mètres à 3 métrés de diamètre et autant de profondeur. Elles peuvent contenir 60 à 80 peaux, que l'on y place, soit entières, soit fendues par le dos, en formant deux bandes. On place d'abord au fond de la fosse environ OBi,ào de tan qui a déjà servi, que l'on recouvre d'une couche de tan neuf de 0ra,0S à 0m,10. On étend dessus une peau que l'on recouvre de tan neuf et on place ainsi iilteinativement une peau et une couche de tan, jusqu'à ce que la fosse soit remplie. Les peaux doivent être très-soigneusem -nt étendues, pour ne pas avoir de faux plis qui seraient ineffaçables une fois qu'elles seraient tannées. On recouvre le tout d'une couche épaisse de tannée, que l'on nomme chapeau, sur laquelle on place des planches que l'on assujettit avec des pierres qui exercent une compression utile. On abreuve de temps en temps ta fosse avec quelques seaux d'eau ordinaire et on laisse les peaux dans cet état pendant trois mois. On décharge alors les fosses, on secoue les peaux, on les nettoie avec soin et on les remet avec le nouveau tan. Cette opération doit se renouveler au moins quatre fois. Quelques tanneurs vont jusqu'à cinq. Il est certain que leur cuir est plus beau, mais il leur revient plus cher.
En Angleterre, on abreuve beaucoup les fosses, de sorte que les cuirs sont constamment plongés dans un bain de tan. Le cuir que l'on obtient ainsi est bon , mak trèsfoncé en couleur. En France, où l'on aime mieux que le cuir ait une couleur fauve clair, on abreuve peu les fosses. En Belgique, on les abreuve moyennement.
On reconnaît qu'un cuir est parfaitement tanné par l'examen de la tranche nouvellement coupée. L'intérieur doit être luisant, comme marbré, et ne doit pas présenter en son milieu de raie blanche; cette dernière indique un cuir mal tanné, lâche et poreux et rejeté par le commerce, qui le désigne sous le nom de cuir creux.
La méthode complète de tannage que l'on vient d'exposer dans tous ses détails s'applique surtout aux cuirs forts. Les cuirs mous ou cuirs à œuvres ne nécessitent pas des soins aussi multiples, et la durée du tannage est moindre.
Le procédé en usage dans les pays du Nord, appelé sippage ou apprêt à la danoise, leur convient parfaitement. 11 consiste, après le débourrage, à les placer dans un bain d'eau de tan, pour leur faire subir un commencement de tannage; après quoi on les coud deux à deux par les bords, de façon à former des sacs dans lesquels on introduit du tan neuf et de l'eau. On achève ensuite la couture et on plonge les peaux dans des cuves remplies d eau de tan. On les relire tous les deux jours et on les bat fortement. Au bout de deux mois, le tannage est terminé.
Macbride avait eu l'idée de tanner les peaux en les plongeant simplement dans des dissolutions de tanin. C'est ce qui a donné lieu au tannage à la flotte.
M. Séguin préconisa beaucoup ce procédé et se fil fort de tanner du cuir en huit jours. Il faut se garder d'opérer avec cette rapidité. Le cuir ainsi obtenu a bonne apparence, mais c'est du cuir creux. Le tannage à la flotte ne peut être employé avec quelque succès que pour les cuirs mous, et encore faut-il graduer soigneusement les dissolutions ; car, si l'on procède tout de suite avec des liqueurs trop concentrées, on tanne fortement la surface du cuir, qui s'oppose à la pénétration du tanin jusqu'au milieu de la peau, et on obtient du cuir creux.
On a imaginé récemment d'autres modifications ou des perfectionnements qui ont encore accéléré la fabrication du cuir.
MM. Knowlis et O, en Angleterre, accélèrent l'absorption du tanin , dans le tannage à la flotte, en suspendant les peaux dans un vase fermé hermétiquement, dans lequel on introduit une dissolution de tanin alliés y avoir fait le vide.
Enfin, M. Vatiquelin a beaucoup diminué le temps du tannage en opérant mécaniquement l'écharnage, en tannant presque complètement à la flotte et seulement, pour finir, 1 endant une dizaine de jours dans les fosses.
Les cuirs mous arrivant du tannage subisf.'tit encore généralement l'opération du corl'iyage. Le corroyage consiste dans un étiiLigo violent, au moyen d'oui ils spéciaux. Il
TANN
est souvent suivi de la misa au suif ou à l'huile et d'une coloration en noir.
Les cuirs ne sont pas tous "obtenus an moyen du tannage. Ils sont sujets à d'autres préparations. Les unes relèvent de la mégisserie et de la chamoiserie; les autres sont tout à fait spéciales, telles que la fabrication du cuir de Russie, du maroquin, du cuir hongroyé, du veau pour reliure, etc.
. Pour terminer cet article, il est utile de dire quelques mots des théories par lesquelles on a tenté d'expliquer les phénomènes chimiques qui se passent dans 1 opération du tannage.
La plus en vogue de ces théories est celle de M. Séguin, qui prétend que le tannage est simplement une combinaison du tanin avec la gélatine dont la peau est composée en grande partie. Il a fait, pour le prouver, l'expérience suivante. On prend une solution de colle forte dans laquelle on verse une dissolution de tanin. Il se forme un précipité floconneux, filamenteux, d'un blanc sale, mais qui, réuni en masse et malaxé, prend ia couleur et l'odeur qui caractérisent le cuir.
La gélatine est entièrement précipitée, pourvu que la dissolution de tan soit ajoutée en quantité suffisante. Quelque concluante que paraisse cette expérience , l'opinion qu'elle semble établir n'est pas celle de M. Knapp, dont les recherches sont postérieures à celles de M. Séguin. C'est à tort, dit-il, que l'on veut faire passer le cuir pour du tannate de gélatine. Le précipité de gélatine par le tanin n'a rien qui le rapproche du cuir, et les sels de fer et d'alumine, qui tannent le cuir aussi bien que le tan, ne précipitent pas la gélatine. Du reste, le tanin n'est pas absorbé par la peau en proportion définie.
Pour M. Knapp , le cuir diffère de la peau sèche en ce que, dans celle-ci, les libres sont adhérentes les unes aux autres, tandis que, dans celui-là, elles sont isolées. La rôle de la matière tannante est de produire cet isolement en enveloppant les fibres de la peau de telle manière que leur adhérence devienne impossible et que la peau soit maniable après la dessiccation,
TANNAH1LL (Robert), poète écossais, né à Paysley en 177G, mort en 1810. Fils d'un tisserand, il exerça, lui aussi, le même métier, d'abord dans sa ville natale, puis à Glascow. 11 avait reçu une éducation trèsimparfaite qu'il compléta, sans autre maître que lui-même, par la lecture des œuvres d'Allan Ramsay, de Fergusson et de Burns. Si, dans ses œuvres, il n atteignit pas à l'art de ces princes de la poésie écossaise, il les surpassa du moins en grâce et en douceur mélancolique. Il se lit connaître de bonne heure par de naïves chansons, écrites en écossais, et que rendit promptement populaires la musique du compositeur R.-A. Smith, ami de Tannahill. En 1809, ce dernier se décida à publier un volume de Poèmes et chansons, qui obtinrent beaucoup de succès; mais différents désagréments éprouvés par l'auteur le rirent tomber dans une noire mélancolie, à laquelle mit le comble le refus que lui fit le libraire Constable de publier une seconde édition de son livre; désespéré, il mit fin à ses jours en se noyant. Les chansons de Tannahill sont encore aujourd'hui parmi les plus populaires de l'Ecosse et se recommandent surtout par leur naturel et leur naïveté ; celle que l'on regarde comme la meilleure de toutes a pour titre : Jessy, la fleur de Dumblane. Le recueil complet des Œuures de l'auteur, précédées de sa biographie, a paru en 1838 à Glascow (1851, 2e édit.).
TANNANT, ANTE adj . (ta-nan , an-te — rad. humer). Tech n. Propre au tannage des cuirs : Matières tannantks. Ecorces tannantes.
— Ennuyeux, fatigant : Il parait que les commis voyageurs sont tannants à Valeuciennes. (A. Legendre.)
TANNATE s. ta. (ta-na-te — rad. tannique). CJiim. Sel produitpar la combinaison de l'acide tannique ou tanin avec une base.
— Encycl. V. TakniQub (acide).
TANNAY, ville de France (Nièvre), ch.-l. de c;int. , arrond. et à 13 kilom.de Clameey ; pop. aggl. 1,240 hab. ; pop. tôt. i,<05 hab. Tanneries, vins blancs estimés. On y remarque l'église, classée parmi les monuments historiques, dont le choeur date du xin» siècle et le reste de l'édifice du xvi« ; elle est surmontée d'une tour carrée à plusieurs étages et on y voit, dans la chapelle des fonts baptismaux, un bas-relief représentant une chasse.
TANNE s. f. (ta-ne — rad. tan). Techn. Marque brune sur une peau préparée.
— Pathol. AiFection clans laquelle les sécrétions des glandes sébacées se durcissent au niveau de la peau, il Tumeur formée par l'accumulation de l'épithélium.
— Encycl. La tanne, qui est à»peine une maladie lorsqu'elle se présente dans son état le plus élémentaire, consiste essentiellement en une hypersécrétion des glandes sébacées. On sait que la fonction des glandes sébacées est de sécréter un liquide destiné à entretenir la souplesse et le poli de la peau. Lorsque cette fonction s'opère sans obstacle et par une transsudation insensible, on peut dire que l'état sain existe ; mais si, au contraire, la sécrétion devient trop abondante, si, en se portant en dehors, elle distend les canaux excréteurs, si elle ferme son embou-
TANN
chure par un amas de matières durcies ; enfin, si cette matière s'altère au contact de l'air, on a la maladie appelée tanne. Cette maladie a donc pour caractère, comme l'a fort bien dit M. Devergie, de se dessiner par un, plusieurs ou une multitude de points noirs, se présentant à fleur de peau vers les extrémités des canaux excréteuis des glandes sébacées, et ce dermatologiste l'a appelée acné pttnctata, tanne en langage vulgaire, parce que, dit-on, ces points ressemblent aux piqûres que l'on voit sur les cuirs tannés. Le docteur Kolliker attribue les tannes à un état trop visqueux, trop concret de la sécrétion sébacée, et i! fait remarquer qu'il y a souvent quelques poils mêlés à cette matière. Une fois formée, cette concrétion résiste au lavage du savon et au frottement ; mais, en saisissant entre deux doigts un peiit intervalle de peau et en le pressant vivement, le point noir disparaît et, à sa place, on voit sortir la matière sébacée en un cordon blanchâtre, s'allongeant en forme de ver. Ces petits cylindres ont été désignés sous le nom de syrons, cancedons et crinons, que le vulgaire appelle généralement les vers de la peau. C'est probablement l'apparence vermiforme de ces cylindres qui a fait croire à la présence d'un ver, soit dans la glande sébacée, soit dans son conduit excréteur. Le docteur Simon, de Berlin, soutient avoir vu ce parasite animal ; il en donne même une description détaillée qu'il accompagne d'un dessin explicatif. L'Anglais Wilson, les Allemands Henle et Vogt confirment cette opinion ; ils ont placé cet animalcule dans la famille des acariens et lui ont donné le nom de acarus folticulorum. Comme, depuis la publication de ces faits, aucun micrographe ni dennatolo.'iste français n'a vu de nouveau cet insecte, il y a tout lieu de croire qu'il n'existe pas. Toutefois, disons que M. Bazin, dans ses Leçons cliniques sur les maladies de la peau (1860), dit avoir vu l'acarus décrit par Simon -, mais, suivant lui, il n'aurait constaté la présence de ce parasite que sur les glandes sébacées à l'état normal. A défaut de parasite animal, M. Hardy a rencontré dans les glandes sébacées malades un parasite végétal dont il a montré, en 1858, ies spores et le mycélium, sans cependant en déterminer le genre et l'espèce. C'est sur les personnes à peau épaisse, grasse, que les tannes se présentent de préférence, et c'est au nez, sur les joues, sur le front, le long du cou et sur la poitrine qu'on les rencontre le plus souvent. Plusieurs médicaments ont été employés contre les tannes ; M. Devergie conseille les lotions sulfureuses et les pommades résolutives.
TANNÉ, ÉE (ta-né) part, passé duv. Tanner. Soumis à 1 opération du tannage : Peaux
TANNÉES
— Qui a la couleur du tan, qui a pris la couleur du tan : Hâlés, tannés par l'intempérie des saisons, ses traits disparaissaient presque entièrement sous une barbe fauve et grise.
(E. Sue.) /Y eût volontiers trouvé l'enfant gracieux et joli en dépit de sa peau tanné» et de ses yeux méchants. (X. Saintine.) Avouez-moi que vous aviez tous deux Le teint brûlé, la peau brune et tannée.
Voltaire.
— s. m. Couleur du tan ; Il parait démontré que la teinte plus on moins forte du tanné, du brun et du noir, dépend entièrement de la situation du climat. (Buff.)
— Blas. Couleur orangée, fort rarement employée en France et que les graveurs expriment par des lignes diagonales partant du chef sénestre, comme le pourpre dont ils distinguent le tanné par la lettre I : Le tanné ■est particulièrement en usage en Angleterre, où dans les cottes d'armes de tous ceux qui, dans ce pays, sont au-dessus du degré des nobles, cettecouteur s'appelle Tanné ; dans celles des nobles, hyacinthe, et dans celles desprinces, tête au sang de dragon.
TANNÉE s. f. (ta-né — rad. tan). Tan qui a servi à la préparation des cuirs et qui est dépouillé de son tanin : Les couches de tannée se font de préférence dans les bâches à ananas. (Bosc.)
— Encycl. La tannée n'est qu'une matière végétale pulvérulente, inerte ou à peu près. On en retire les derniers principes actifs qu'elle pourrait encore contenir par une macération prolongée dans l'eau, de façon à produire ce que l'on nomme la jusée, ou jus de tannée. Ce liquide est employé à la préparation des peaux, avant le tannage.
Une fois que la tannée est complètement épuisée, on peut s'en servir comme combustible, en la faisant sécher à l'air et la tassant fortement dans des moules en bois. Ces produits se nomment mottes à brûler ; on s'en sert pour animer la combustion du bois et aussi pour garnir les chaufferettes après qu'on a charbonné la matière.
Les gens du peuple en font une ample consommation , parce que c'est un mode de chauffage très-économique. Enfin, dans ces derniers temps, on a imaginé des dispositions partieulïèresqui permettent de brûler la tannée dans les foyers des chaudières à vapeur. Cela n'est pas sans importance pour les petites industries qui sont établies dans* des pays où les tanneries sont nombreuses. La tannée convient pour les petites forces motrices. Mais l'usage le plus répandu du tan épuisé consiste à eu former des couches épaisses
TANN
dans les bâches et serres chaudes, pour donner et conserver aux plantes la chaleur dont elles ont besoin, La fermentation lente qui s'opère dans la masse y développe une température douce, que le peu de conductibilité delà matière rend uniforme et de longue durée.
La tannée a en cela un grand avantage sur le fumier ; elle est plus propre et ne dégage aucune odeur nauséabonde. On l'emploie telle qu'elle vient des tanneries, sans la faire sécher; il est même utile de l'humecter de temps en temps pour accélérer la fermentation. Lorsque la chaleur baisse, on la ranime en remuant la matière, en humectant légèrement et en ajoutant de la tannée neuve.
La tannée, au moment où elle sort des fosses, constitue encore un excellent engrai3. On peut la répandre telle quelle sur les champs et surtout sur les prés ; mais il est plus avantageux de la mélanger avec du fumier quelques mois avantde s en servir. Cette précaution est surtout indispensable pour les tannées qui n'ont pas encore perdu tout leur principe astringent et qui pourraient nuire aux plantes sur lesquelles elles agiraient immédiatement-, mais, convenablement employées, celles-ci sont les meilleures ; toutefois, la rareté et l'extrême énergie de cet engrais obligent de l'employer avec modération, surtout pour les plantes qui sont en pleine végétation. Quant aux tannées qui ont déjà servi à faire des couches dans les cultures jardinières, on peut, bien qu'elles aient beaucoup perdu de leur puissance fertilisante, les utiliser comme engrais en les associant aux fumiers.
TANNEGUY DOCHÂTEL, vaillant capitaine français. V. Duxhàtel.
TANNENBERG, village des Etats prussiens (Brandebourg), cercle de Potsdam, près de Telton, à 122 kilom. S.-O. de Kœnigsberg et à 27 kilom. S,-E, d'Osterode; 320 hab. Le 5 juillet U09, les Polonais, commandés par leur roi Jagellon ou Ludislas V, y remportèrent une victoire signalée sur les chevaliers teutoniques.
TANNER v. a. ou tr. (ta-né— rad. tan). Préparer par le tan, rendre incorruptible par l'action du tan sur ia gélatine : Tanner des peaux. Les Indiens tannent spécialement la peau du bison avec l'écorce du bouleau. (Chateaub.)
— Fatiguer, ennuyer, impatienter : AI'av- R/L-t-el/e assez tanné avec toutes ses jérémiades l
— Tanner le cuira ou simplement Tanner, Battre, rosser : Je vais tb tanner le cuir. Tu vas te faire tanner.
— Mar. Tremper dans une préparation d'écorce de chêne et d'ocre rouge : Tanner des voites, des filets.
TANKER (Mathias), écrivain allemand, né à Pilsen (Bohême) en 1630, mort vers 1705, Il entra, en 1646, dans l'ordre des jésuites, se livra à l'enseignement de la théologie et de l'Ecriture sainte, devint recteur du collège de Prague et fut nommé, après un voyage à Rome, provincial de sa congrégation (1U76). Nous citerons parmi ses ouvrages : Histoire du mont Olinet, en Moravie (Prague, 1666, in-12) ; Societas Jesu apostolorum imitatrix (Prague, 1675, in-ful.); Societas, Jesu militans, sive vite et mores eorum qui in causa fidei interfecti sunt (Prague, 1675, in-fol.), avec 174 portraits. — Son frère, le jésuite Jean Tanner, né en 1625, s'adonna également à l'enseignement et devint confesseur de l'archevêque de Prague. On lui doit : Trophsa sancti Venceslas Bohemis patroni (Prague, 1661, in-fol.); Vestigianobilirtatisi>ternberyiae (Prague, 1661, in-fol.); Vie d'Albert Chanowski (Cologne, 1666, in-12).
TANNER (Thomas), antiquaire anglais, né à Market-Livington (Wiltshire), en 1674, mort à Oxford en 1735. Il se fit agréger à l'université d'Oxford, acquit une connaissance approfondie des antiquités anglaises, entra dans les ordres, fut pourvu de plusieurs bénéfices par l'èvêque Moore, son beau -père, puis devint archidiacre de Norfolk, chanoine d'Ely et d'pxford, évêque de Saint-Asaph (1733). Tanner légua une belle collection de chartes à la bibliothèque Bodléienne. On lui doit : Notitis monastics (Oxford, 1695, in-8°), description des collèges, couvents, hôpitaux d'Angleterre ; une édition des Atheuse Oxonienses (Londres, 1721, 2 vol. in-fol.), augmentée de 500 notices, et Bibliotheca Britannico-hibernica (Londres, 1748, in-fol.), grand travail biographique etbibliographique publié après sa mort. Cet ouvrage, qui coûta à Tanner quarante ans de recherches, est fort exact et l'un des plus complets qu'on connaisse sur l'histoire littéraire d'Angleterre.
TANNER (Bernard), voyageur allemand, né à Prague. Il vivait au xviie siècle, visita l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, apprit ainsi plusieurs langues et. /ut attaché, en 1678, comme gentilhomme-interprète à l'ambassade envoyée par le roi de Pologne, Jean Sobieski, au czar Kédor, à Moscou. Tanner a écrit sur cette brillante ambassade un ouvrage intéressant intitulé: Legatio polonolithitanica in Moscooiam (Nuremberg, 1689, iû-4o).
TANNERIE s. f. (ta-ne-rl — rad, tanner). Lieu où l'on tanne les cuirs : Fonder une tannerie.
— Fam. Lieu où l'on entasse une grande
TAjNN
quantité d'objets en cuir : Je ne veux,non plus que lui, visiter sa tannerie, qu'il appelle bibliothèque. (La Bruy.) Ceux qui ne recherchent dans un ouvrage qu'une reliure de prix font de leur bibliothèque une tannbrie. (E. Texier.)
— Prov. A la boucherie, toutes les vaches sont bœufs, et à la tannerie tous les bœufs sont vaches, Les marchands déguisent sous de faux noms les marchandises qu'ils débitent, pour en exagérer la valeur réelle.
— Encycl. Hist. Tannerie depeau hamaine. Georges Duval, dans ses Souvenirs de laTerreur, écrit, en parlant des culottes de peau
?ue portaient plusieurs représentants a îa ète de l'Etre suprême : « On se disait à l'oreille que quelques-uns en avaient de peau d'homme provenant de la tannerie de cuir humain établie à Meudon.
• Je n'affirme ni ne conteste la chose, je n'ai pas été à même de la vérifier; mais, Ce que j'affirme en pleine sûreté de conscience, c'est que tout le monde le croyait alors ; c'est que, malgré la terreur qui était à l'ordre du jour, cela se disait à peu prés tout haut ; c'est qu'à Meudon surtout personne n'en doutait et que les habitants de ce village montraient avec une mystérieuse terreur les fenêtres de la salle basse du vieux château où se faisaient, suivant eux, ces horribles manipulations; c'est qu'ils assuraientque chaque nuit l'on entendait le roulement lugubre .des chariots couverts qui voituraient là les troncs humains que l'échafaud de la place de la Révolution envoyait alimenter la tannerie. »
Nous allons expliquer l'origine deces bruits sinistres et l'on verra qu'ils étaient dénués de toute vérité. Il parait certain qu'à diverses époques des savants firent en ce genre quelques essais comme amusements scientifiques et qu'ils arrivèrent à un résultat quelconque. Nous lisonsdans Y Encyclopédie méthodique que, vers la fin du règne de Louis XV, ces essais se poursuivaient avec une certaine activité dans le château même de Meudon. Un chirurgien renommé (le grand-père d'Eugène Sue, dit-on), remit gracieusement es mains propres de Louis XV une paire de pantoufles sortant de cette officine. L'histoire des pantoufles se trouve répétée dans Valmont de Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle (1775). L'auteur, en rendant compte des expériences en question, a fort tranquillement publié et mis à la portée de tout amateur la recette pour tanuer proprement la peau de ses concitoyens. « Faites macérer pendant quelques jours dans une lessive chargée d'aluc, de vitriol romain et de sel commun, retirez; faites sécher k l'ombre, puis passez en mégie. »
On le voit, c'est aussi simple que peu dispendieux.
Du fait réel de ces essais naquirent nécessairement une foule d'anecdotes plus ou moins vraisemblables, qui se multiplièrent jusqu'à l'époque de la Révolution. Il n'y a donc rien de bien extraordinaire .qu'au commencement de i'an III on ait songé à exploiter cette légende, en la surchargeant encore, contre des hommes déjà écrasés sous le poids de la plus violente des réactions. On trouva sans doute plaisant de leur faire pratiquer sur une grande échelle un art dont les premiers pas avaient été soutenus par des princes du sang. C'était un complément aux drames de la Terreur.
La vérité est qu'il existait alors à Meudon ■un établissement, où le public n'était pas admis et qui se rattachait aux intérêts les plus sacrés du pays. Il avait une double destination : c'était d'abord une vaste usine où se fabriquaient sans relâche des munitions de guerre pour l'approvisionnement des armées ; c'était, en outre, une sorte de laboratoire où s'exécutaient une multitude d'expériences et d'essais relatifs à des machines nouvelles, à des moyens de guerre, à des projectiles, au perfectionnement du matériel et des munitions, à tout ce qui touchait enfin à la défense nationale.
C'est là notamment que furent perfectionnés les aérostats, dont on obtint quelques résultats pratiques à Kleurus et qu'on organisa en compagnies pour en former une sorte d'jirtillerie aérienne. On comprend que le secret était nécessaire à de telles opérations, qui étaient dirigées par une commission de savants dont les noms figurent parmi les plus grands de la science moderne et qui certainement avaient mieux a faire que de préparer des culottes de peau humaine.
TANNERON, village des Alpes-Maritimes, cant. et urrond. de Cannes ; 620 hub., qui descendent, dit-on, des Maures. Aux enviions se dresse la chaîne granitique du même nom, dominée par les deux pics des Pointus, d'où l'on découvre un beau panorama.
TÀNN
TANNEUR s. m. (ta-neur — rad. tanner).
Celui qui tanne les cuirs, qui vend les cuirs tannés.
TANNEVOT (Alexandre) , poste français, né à Versailles en 1692, mort en 1773. Il devint premier commis des finances, premier secrétaire de Boulogne, contrôleur général et censeur royal. Tannevat consacra ses loisirs à composer des tragédies et des pièces de vers, des odes, des êpîtres, des chansons, des fables, le tout en général fort médiocre. Nous citerons : Poésies diverses (1732, in-tî; îc édit., 1766, 2j vol.) ; Sethos, tragédie en cinq actes (l739,|in-80), qui n'a pas été représentée; Adam et Eve, tragédie en cinq actes (1742, in-4°), dans laquelle on trouve des limitations de plusieurs passages de Milton; la Parque vaincue, divertissement (1757), etc.
Tonnbaûaer, opéra en trois actes, paroles et musique de M. Richard Wagner ; représenté pour la première fois sur le théâtre de Dresde le 21 octobre 1845. Cet ouvrage excita tout d'abord le plus vif enthousiasme •, l'auteur fut appelé sur la scène à la suite de chaque acte, et, après la représentation, les musiciens de l'orchestre, suivis de plus de deux cents jeunes gens, se rendirent, un flambeau à la main, à la maison habitée par M. Wagner et exécutèrent, sous les fenêtres du jeune compositeur, une sérénade composée de morceaux choisis dans ses ouvrages, ainsi que dans ceux de Me3'erbeer. Toutefois, le Tannhaûser ne tarda pas à exciter de vifs débats dans le public et parmi les hommes de l'art. Lorsque cetopéra fut représenté en France, plus de quinze ans plus tard, le 13 mars 1861, à l'Académie de musique, le parterre fut assez peu courtois pour donner à l'auteur une sérénade d'un autre genre que celle qu'on lui avait fait entendre a Dresde, et on ne put obtenir plus de trois représentations. Malgré cet insuccès, cet ouvrage a fait grand bruit.
Le texte allemand a été traduit pour la scène française par M. Nuitter. Henri Heine xnous avait déjà fait connaître le héros de la vieille légende allemande. Le noble chevalier Tatinhiiilser s'abandonne à une vie molle et Sensuelle dans le palais de Vénus. Rassasié de voluptés, il s'y dérobe et se rend au Wartbourg, où les maîtres chanteurs se sont réunis pour se disputer le prix du chant. Le landgrave et Wolfram invitent le chevalier à prendre part à la lutte, dont le sujet est l'éloge de l'amour. Wolfram chante l'amour pur, éthéré, qui élève l'âme au-dessus des misérables faiblesses de la condition humaine; mais le chevalier Tannhaiiser, qui cependant se sait aimé de la belle et sage Elisabeth, fille du landgrave, célèbre au contraire l'amour charnel et en exalte les charmes dans des termes qui excitent contre lui, le chanteur impudique, l'indignation générale. Elisabeth protège cependant cet homme, qui devrait lui faire horreur. Le landgrave conseille au chevalier d'aller se faire exorciser à Rome. Tannhaiiser part en compagnie de pèlerins et va s'agenouiller devant le souverain pontife-, mais c'est en vain. A son retour, loin d'être corrigé de ses erreurs, il reprend le chemin du Venusberg, où il est. accueilli à bras ouverts, tandis qu'Elisabeth, qui représente l'amour pur et vertueux, expire de douleur.
La pensée de la légende est une pensée de moralité. L'auteur du poSme n'a pas semblé le comprendre. Plusieurs scènes sont d'une grossièreté qui devait révolter un public français, et le dénoûment est honteux, La musique, conçue dans un système plus littéraire que musical, n'a pas tenu les promesses que des preneurs exaltés et presque fanatiques avaient fait espérer. A l'exception de l'ouverture, de la marche des pèlerins, des strophes du chevalier au premier acte, du duo avec Elisabeth, de la romance de Wolfram au troisième acte, de quelques autres passages qui accusent une forte organisation musicale, un sentiment puissant de l'etr«t harmonique et instrumental, tout le reste de la partition est ou ténébreux, ou puéril, mais assurément fortennuyeux. A la première représentation, une chasse hyperbolique, une meute de chiens traversant la scène, une apparition de Vénus et des détails d'orchestre appartenant à un genre de description réaliste, ont singulièrement égayé l'assistance. La deuxième représentation, qui a eu lieu le lundi 18 mars, malgré de larges coupures, a achevé la chute bruyante d'un ouvrage trop bruyamment annoncé comme un chef-d'œuvre. Le Tannhaiiser a eu pour interprètes le ténor allemand Niemann, Morelli, Cazeaux, Coulot), Mme Tedesco et M"e Marie Sass. La partition a été réduite pour piano et chaut par M. Vauthrot.
Allegro, mf $J