TAPISSERIE
— Tissu, cuir ou papier que l'on étend sur les murs ou devant les portes : Tapisserie de damas. Tapisserie de brocatelle. Tapisserie de cuir de Cordoue. Tapisserie de papier peint. De temps en temps il soulevait la tapisserie. (Alex. Dum.)
— Fig. Personnes qui assistent a une réunion sans prendre part à ce qui s'y fait, ce qui les réduit en quelque sorte à jouer le même rôle que la tapisserie, à décorer la salle : Faire tapisserie, h On dit aujourd'hui
GALERIK.
— Tapisserie échantillonnée, Tapisserie commencée, pour guider l'ouvrier, lui servir de guide.
— Tapisserie de haute lisse, Tapisserie dont la chaîne est verticale. (! ÏVtpt'sserie de basse lisse, Tapisserie dont la chaîne est horizontale.
— Garnir une tapisserie, Y coudre une doublure.
— Etre derrière la tapisserie, Suivre une chose secrètement, sans paraître.
— Voir la tapisserie à l'envers. Connaître une chose, non par son effet d'ensemble, mais par les détails de son exécution : Quelque fidèle, quelque exact que soit un traducteur, il ne nous fait jamais voir la tapisserie qu'k l'envers. (Dom Petit.) Il Vieille loc,
— Syn. Tapisserie, <npl«, lenlare. V. TA- PIS.
— Encycl. B.-arts. Dès la plus haute antiquité, on savait, par la combinaison de fils de diverses couleurs, produire des tissus imitant la peinture. La description que ['Exode fait des tentures qui décoraient l'intérieur du temple de Jérusalem peut nous en convaincre. Telles de ces étoffes, brodées à l'aiguille avec des fils de soie, de laine et d'or, avaient reçu le nom d'opus plumarii (ouvrage imitant le plumage des oiseaux) ; telles autres, le voile du saint des saints, par exemple, qui représentait des chérubins, s'appelaient opus artificis (ouvrage de l'artisan), parce qu'elles sortaient de l'atelier du tisserand qui les fabriquait, en combinant à l'aide de nombreuses navettes, des laines et des soies diversement colorées. A Babylone aussi, on décorait les temples des dieux et les palais des rois de tentures historiées. Les femmes babyloniennes excellaient, au dire d'Apollonius, dans la confection de ces étoffes somptueuses. Philostrate nous apprend qu'on voyait dans le palais des souvernins d'Assyrie des tapisseries tissues d'or et d'argent, qui retraçaient les fables grecques d'Andromède, d'Orphée, etc. Les fameuses tapisseries qui, du temps de Metellus Scipion, furent vendues 800,000 sesterces et qui, plus tard, furent achetées par Néron pour couvrir les lits de ses festins, au prix exorbitant de 2,000,000 de sesterces, étaient de provenance babylonienne. On voit sur quelques monuments égyptiens des dessins de métiers à tisser et de navettes qui ont beaucoup d'analogie avec les instruments qu'on a employés depuis pour la fabrication des tapisseries. Les Mèdes, les Perses, les Phéniciens et plusieurs autres peuples de l'Orient étaient célèbres dans l'antiquité par leur habileté à fabriquer des tissus aux riches dessins et aux brillantes couleurs. Au dire d'Hérodote, certains peuples des bords de la mer Caspienne aimaient à figurer, sur leurs vêtements, des animaux, des fleurs, des paysages. Pendant fort longtemps, l'Orient conserva le privilège de fournir à l'Europe des étoffes, des tentures, des tapisseries tissées ou brodées. La Grèce et Rome recherchèrent avec empressement ces tissus précieux. A chaque instant, Homère fait mention d'ouvrages de ce genre. La toile de Pénélope, qui retraçait les exploits d'Ulysse, est demeurée célèbre. C'est par une Voile sur laquelle elle avait brodé toute son aventure avec Térée, que Philomèle, emprisonnée et muette, avertit Progné, sa sœur, de la barbare infidélité de son époux. Hélène, pendant le siège de Troie, travaillait à une broderie représentant les combats des héros qui s'égorgeaient à cause d'elle. Le manteau d'Ulysse représentait un chien déchirant un enfant. Tous ces ouvrages, vrais ou fabuleux, n'étaient pas sans doute, il proprement parler, des tapisseries; mais la description que les auteurs grecs nous en ont laissée montre que le
tout des étoffes historiées remonte à une ate extrêmement reculée. Les auteurs reniais, de leur côté, font souvent mention de riches tentures employées à tapisser les murs des maisons et à recouvrir les lits des festins. Les tapis attaliques, ainsi nommés parue qu'ils avaient été légués au peuple romain par Attale, roi de Pergame, étaient d'une magnificence incomparable. Sous Théodose, un historien nous montre les jeunes Romains de la décadence occupés » h faire de- la tapisserie. »
Les les premiers siècles du moyen âge, nous voyons des étoffés brodée-s ou tissées employées à la décoration des églises. Il en
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est souvent question dans les récits de Grégoire de Tours. Lors de la consécration de l'église de Saint-Denis, les murs furent couverts de tapisseries brodées d'or et garnies de perles. La même église reçut plus tard en présent de la reine Adélaïde, femme de Hugues Capet, une chasuble, un parement d'autel, ainsi que des tentures travaillées de sa main, et Doublet, l'historien de cette antique nbbaye de Saint- Denis, rapporte que la reine Berthe (celle dont un vieux proverbe a fuit une fileuse infatigable) broda sur un canevas une suite de dessins rappelant les titres de gloire de ses aïeux. On conserve encore, dans quelques églises de France, des étoffes brochées de soie et ornées de figures dont se paraient les hauts personnages du clergé, aux- jours de solennité; nous citerons, entre autres, la chape de saint Mesme, à Chinon ; le suaire de saint Germain, à Auxerre ; la chape de saint Louis d'Anjou, à Saint-Maxirom (Var); la chasuble de saint Yves, à l'évêché de Saint-Brieuc. t De ces tissus aux tapisseries historiées ou. tableaux de laine, dit M. Lacordaire (Notice sur l'origine et les travaux des manufactures de tapisseries et de tapis réunies aux Gobelins), la transition a pu s'effectuer silencieusement, pendant une longue période, à l'ombre des cloîtres et des cathédrales auxquels ce genre de décoration intérieure est si parfaitement approprié.» Les anciens historiens de la ville d'Auxerre attestent que saint Anthelme, évêque, mort en 840, fit exécuter de nombreux tapis pour son église. Vers 985, une véritable manufacture de tapisseries et de diverses étoffes était installée dans le monastère de Saint-Florent de Saumur. « Au temps de Robert III, abbé, disent dom Martenne et dom Durand, l'œuvre ou fabrique du cloître s'enrichit de splendides travaux de peinture et de sculpture, accompagnés de légendes en vers. Ledit abbé, amateur passionné, rechercha et acquit une quantité considérable d'ornements magnifiques, tels que grands dorserels (dossiers) en laine, courtines, factiers (dais), tentures, tapis de banc et autres ornements brodés de diverses images. Il fit faire, entre autres, deux tapisseries, d'une qualité et d'une ampleur admirables, représentant des éléphants, et ces pièces furent assemblées par des tapissiers à gages, à l'aide d'une soie précieuse. 11 ordonna aussi de tisser deux dorserets en laine. Or, pendant que l'on fabriquait l'un de ces tapis, ledit abbé étant allé en France, le frère cellerier défendit aux tapissiers d'exécuter la trame par le procédé accoutumé : « Eh bien, disent ceux-ci, en l'absence de » notre bon seigneur, nous n'abandonnerons » pas notre travail ; mais, puisque vous nous » contrariez, nous ferons un ouvrage diffé- » rent. » C'est ce qu'on peut vérifier aujourd'hui. Us firent donc plusieurs tapis, aussi longs que larges, représentant des lions d'argent sur champ de gueules (rouge), avec une bordure blanche semée d'animaux et d'oiseaux rouges. Cette pièce unique resta chez nous comme un modèle de ce genre d'ouvrage jusqu'au temps de l'abbé Guillaume et passa pour la plus remarquable des tapisseries du monastère. En effet, dans les grandes solennités, l'abbé faisait tendre le tapis aux éléphants, et le prieur le tapis aux lions. » Un fragment de correspondance échangée, en 1025, entre un évêque italien du nom da Léon et Guillaume IV , comte de Poitou, atteste qu'à cette époque les tapisseries de Poitiers jouissaient d'une grande renommée. Les villes de Reims, Troyes, Beauvais, Aubusson, Felletin, etc., ont également été réputées de très-bonne heure pour les ouvrages qu'elles produisaient en ce genre. Mais ce n'était pas seulement dans nos provinces de France que l'on comptait, à cette époque, des tisseurs habiles; la CUronique des ducs de Normandie, écrite par Dudon au xie siècle, nous apprend que ceux de l'Angleterre ne le cédaient à personne pour l'adresse et le goût ; pour désigner quelque magnifique broderie ou quelque riche tapis, on les qualifiait d'ot<vrage anglais, La même chronique nous fait connaître, en outre, que la duchesse Gonnor, épouse de Richard I", fit, avec l'aide de ses brodeuses, pour décorer Notre-Dame de Rouen, des tentures de Un et de soie ornées d'histoires et d'images représentant la vierge Marie et des saints. La tapisserie de Buyeux, dite de la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, est le plus ancien ouvrage de ce genre qui nous soit parvenu. V. ci-après.
« C'est seulement au xii» siècle, dit M. Paul Lacroix (les Ans au moyen âge), après le retour des croisades, qui avaient mis les Occidentaux à même d'admirer et de s'approprier les merveilleux tissus de l'Orient, que l'usage des tapisseries, en se propageant beaucoup plus encore dans les églises, passa dans les châteaux. Si, au milieu du cloître, les moines, pour se créer une occupation, avaient donné leurs soins minutieux à la laine et à la soie, à plus forte raison cette occupation devait-elle sourire aux nobles châtelaines confinées dans leurs manoirs féodaux. C'est alors qu'entourées de leurs suivantes, comme autrefois de leurs esclaves les chastes matrones romaines, les belles dames, tout émues des récits de chevalerie dont elles écoutaient la lecture, ou inspirées par une foi profonde, se consacrèrent a reproduire, l'aiguille à la main, les légendes pieuses des saints ou les exploits des guerriers. Couvertes de touchau-
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tes histoires ou de belliqueux souvenirs, les froides murailles des grandes salles revêtaientainsi une étrange éloquence, qui devait communiquer de beaux rêves aux esprits et de nobles élans aux cœurs. • Au xiie siècle, on tendait autour des lits des tapisseries qui les enveloppaient comme une tente. Au xrve siècle, les salles des châteaux furent presque toutes entièrement tendues de grandes tapisseries à franges, assez éloignées des murs pour qu'on put se cacher dans l'espace ainsi ménagé. Ces vastes pièces ainsi tendues, dit le savant historien de l'architecture française, M. Viollet-le-Duc, étaient tropj peu sûres pour la vie intime; cela explique pourquoi, dans les châteaux, on réservait souvent près des grandes pièces de ces réduits étroits où l'on pouvait s enfermer lorsqu'on voulait se livrer à quelque entretien secret. Vers le xiio et le xme siècle, sous l'influence des mœurs orientales, l'usage de s'asseoir sur des tapis s'était introduit dans les cours de l'Occident. Dès cette époque aussi, on employa très-fréquemment de riches tapisseries pour former les tentes de guerre ou de chasse. On les déployait aussi aux jours de fête, comme par exemple aux entrées des princes, pour cacher la nudité des murailles. Les salles de festin étaient tendues de magnifiques tapisseries qui rehaussaient encore l'éclat des eûtremets ou intermèdes qu'on jouait pendant les repas. Les tournois voyaient briller autour de leurs lices et se dérouler, du haut de leurs galeries, les étoffes qui représentaient d'héroïques histoires. Enfin, le caparaçon, ce vêlement d'honneur du destrier, étalait ses riches et brillantes images aux yeux de la foule émerveillée. Il était d'usage, d ailleurs, que les tapisseries portassent les armoiries tlu seigneur pour lequel elles avaient été fabriquées, en prévision sans doute des cérémonies où elles pouvaient être exposées publiquement. Un inventaire du 21 janvier 1370, conservé à la Bibliothèque nationale et dans lequel sont consignés, en même temps que tous les joyaux d'or et d'argent, « toutes les chapelles, chambres de broderies et tapisseries ■ du roi Charles V, peut donner une idée non-seulement delà multiplicité des tentures et tapis qui faisaient partie du mobilier royal, surtout à l'hôtel Saint-Pol, mais encore de la diversité des sujets qui 3' étaient représentés. Un petit nombre de ces tapisseries sont venues jusqu'à nous ; mais, parmi celles qui ont été détruites ou perdues, on peut remarquer : le grand tapis de la Passion de Notre-Seigneur, le grand tapis de la Vie de saint Denis et celui de la Vie de Theseus, le grand tapis de Bonté et de Beauté, le tapis des Sept péchés mortels, celui des Douze mois, celui de la Fontaine de Jouvence, les deux tapis des Neuf preux, celui des Dames qui chassent et qui volent (c'est-à-dire qui chassent à l'oiseau), celui des Hommes sauvages, celui de Godefroy de Bouillon; un ta|iis de chapelle blanc, au milieu duquel se virent « un compas et une rose, » un grand beau tapis « que le roy a acheté, qui est ouvraigé d'or, ystorié des Sep* sc«hc0.s et de .S'a»)/ Augustin;! un grand drap d'Arras, représentant les Batailles de Judas Macchabée et d'Aniiochus ; un autre représentant la bataille du duc d' Aquitaine et de Florence, etc. La liste est interminable. « Et qu'on n'aille pas supposer, dit M. Paul Lacroix, que les maisons royales offraient seules le spectacle de pareilles richesses. Le luxe des tapis était, on peut l'affirmer, général dans les hautes classes; luxe dispendieux s'il en fut, car, outre que l'examen de ces merveilleux travaux nous indique qu'ils ne pouvaient être abquis qu'à un très-haut prix, nous en trouvons dans les anciens documents plus d'une attestation formelle. Par exemple, Amaury de Goire, tapissier, reçoit, en 1348, du duc de Normandie et de Guyenne, pour un • drap de laine» sur lequel se voyaient « le Vieil et Nouveau Testament, » 492 livres 3 sous 9 deniers. En 1368, Huchon Barthélémy, changeur, reçoit 900 francs d'or pour un • tapis ouvré» représentant la Quête du Saint-Graal, et, en 1391, le tapis de l'Histoire de Theseus, mentionne plus haut, est acheté par Charles V au prix cle 1,200 livres; toutes sommes véritablement exorbitantes pour l'époque.»
Les manufactures de tapisseries de Flandre étaient déjà renommées au xiie siècle ; elles prirent un très-grand développement dans les siècles suivants, et les ouvrages exécutés à Arras furent recherchés dans toute l'Europe. L'église de la Chaise-Dieu, en Auvergne, possède des tapisseries qu'on prétend avoir été fabriquées à Arras au xive siècle, d'après les cartons du peintre florentin Taddeo Gaddi ; elles représentent des sujets tirés alternativement de l'Ancien et du Nouveau Testament. Tel fut le succès qu'obtinrent en Italie les tapisseries d'Arras, qu'on donna dans ce pays le nom à'arazzi (v. ce mot) à tous les ouvrages de ce génie provenant d'une fabrique quelconque de Flandre. Les arazzi exécutés pour le Vatican sur les cartons de Raphaël sont justement célèbres (v. ci-après). Bruxelles, Ôudenarda et d'autres villes flamandes ont eu d'importants ateliers pour la confection des tapisseries. Le musée de Cluny possède plusieurs tapisseries de Flandre du xve et du xvio siècle, entre autres une suite de dix pièces (nos iggs et 1701) représentant l'Histoire de David et de Bethsabée.
Vasari nous apprend que le grand-duc Côme
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de Métlicis chargea le Bronzino, le Pontormo et Francesco Salviati, tous trois peintres de grand mérite, de dessiner des cartons qui furent reproduits par un tapissier flamand du nom de Jean Rost {maestro Giovanni Roslo arazziere fiumingo); il ajoute que ce prince fut si enchanté de ces tapisseries, qu'il créa à Florence même une manufacture qui ne tarda pas à produire d'excellents ouvrages. Le duc Federico, à Mantoue, et le duc Francesco- Maria, à Urbin, établirent aussi des fabriques d'araizt. Venise posséda également des ateliers où l'on fabriquait des étoffes historiées et des tapis où la soie et l'or se trouvaient mélangés.
En Angleterre, l'art de fabriquer des tapisseriesiie haute lisse fut importé par William Sheldon , vers la fin du règne de Henri VIII, Le roi Jacques l«r fonda à Mortlake, dans le comté de Surrey, une manufacture dont il confia la direction à sir Francis Crâne et l'inspection des travaux au peintre Cleen ou Cleyn de Rostock ; ce fut dans cette fabrique que, sous Charles I8r,on exécuta eu tapisserie les sept fameux cartons de Raphaël conservés aujourd'hui à Hampton- Court.
Les plus anciens fabricants de tapis, en France, portaient le nom de sarrazinois, suivant ce que nous apprend Pierre du Pont, maître tapissier de Henri IV, dans un curieux petit recueil publié en 1632 sous ce titre : tStromatourgie, ou de l'excellence de la manufacture des tapis de Turquie nouvellement établie en France sous la conduite du noble homme Pierre du Pont, tapissier ordinaire du roi es dits ouvrages. » Voici comment s'exprime Pierre du Pont: 1 II est à présumer qu'après l'entière ruine des Sarrasins par Charles-Martel, en l'an 726, quelques-uns d'iceux qui sçavoient faire de ces tapis, fugitifs ou vagabonds au possible, réchappes de la défaite, s'habituèrent en France pour gaigner leur vie et commencèrent à faire et établir une manufacture de tapis snrrusinoi^. De sçavoir da quelle fabrique ni de quelle méthode estoient faits lesdits tapis, on n'en peut juger, sinon que l'on voit, par une sentence de 1302, que ces tapissiers sarrasinois sont institués beaucoup devant les tapissiers de haute lisse, et estoient en possession dès longtemps, mais sur leur déclin, et que lesdits tapissiers de haute lisse commeuçoient à naître pour ensevelir et mettre hors lesdits sarrasinois, comme ils ont fait. • Les tapissiers sarrasinois formaient ù Psvis, dèsle xne siècle, une importante corporation qui avait ses statuts et qui, entre autres privilèges, avait celui d'être exemptés de faire le guet. La sentence de 1302 dont parle P. du Pont eut pour effet d'adjoindre les tapissiers de haute lisse aux sarrasinois. Eu 1625, cette corporation fut encore accrue par l'adjonction d'autres corps de métiers qui n'avaient avec les tapissiers qu'une affinité uès-éloignée : les couverturiers-nôtrés-sergiers et les contrepointiers-coutiers. Ces trois classes jouissaient des mêmes privilèges ; !e corps entier avait quatre patrons : saint Louis, sainte Geneviève, saint Sébastien et saint François d'Assise.
La Notice sur la manufacture des Gobelins de M. Lacordaire, nous fournit, au sujet des origines des manufactures royales de tapisseries en France, les renseignements suivants :
La fabrication des tapisseries était exclusivement du domaine de l'industrie privée lorsque François 1er fit venir de Flandre et d'Italie quelques maîtres tapissiers et établit à Fontainebleau une fabrique de tapisseries de haute lisse, sous la direction de Philibert Babou, sieur de La Bourdaisière, surintendant des bâtiments royaux, et de Sébastien Serlio, son peintre et « architecteur » ordiuaiie. Quelques-uns des peintres appelés en assez grand nombre pour décorer le château de Fontainebleau furent chargés de l'exécution des modèles qui étaient, pour la plupart, de simples reproductions, sur papier, des peintures faisant partie de la décoration du château. Les comptes des dépenses royales, de 1540 à 1550, font à ce sujet plusieurs fois mention de Claude Badouyn, comme chargé de ces sortes de travaux. Ils donnent aussi les noms de quinze maîtres tapissiers recevant du roi la soie, la laine, l'or et l'argent filés, matières premières de leur fabrication, et payés, selon leur talent, à raison de 10 a 15 livres par mois ; ils étaient sous l'inspection particulière et quotidienne des frères Halomon et Pierre de Herbaines, maîtres tapissiers du roi, ayant la garde des meubles et tapisseries du château. Les tentures françaises s'enrichirent à cette époque d'un luxe nouveau par les rehauts d'or et d'argent introduits dans leur texture, mais plus encore par les travaux des premiers peintres du temps, parmi lesquels on compte le Primatioe, Féiibien signale, entre autres tapisseries exécutées d'après les dessins de ce maître, « une tenture à l'hôtel de Condé, peinte sur de la toile d'argent avec des couleurs claires, qui était autrefois à Montmorency. • L'impulsion donnée par François 1er à l'art des tapisseries ne s'arrêta pas à la création des ateliers de Fontainebleau; par de nombreuses commandes, il sut encourager les fabriques de Paris et même celles de Flandre, desquelles il acheta, moyennant 22,000 ècus, des tapisseries regardées alors comme les chefs-d'œuvre des ouvriers de oe pays, les
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Batailles de Scipion, d'après Jules Romain, collection que Henri II compléta quelques années après par le Triomphe de Scipion, exécuté en tapisserie sur les cartons du même peintre. Henri II conserva l'établissement fondé à Fontainebleau et confia la direction
fénérale k Philibert Delorme, surintendant es bâtiments royaux et son architecte ordinaire; il créa aussi à l'hôpital de la Trinité, a Paris, une fabrique de tapisseries qui, par suite de la concession da divers privilèges, parvint rapidementk une grande prospérité. Parmi les tapisseries remarquables sorties de ces nouveaux ateliers, Sauvai cite celles de l'église Saint-Merri, exécutées en 1594 sur les dessins de Lerambert par un maître tapissier nommé Dubourg. En 1597, des tapissiers de haute lisse furent iustallés par Henri IV dans la maison professe des jésuites, au faubourg Saint-Antoine, vacante depuis l'expulsion de ces religieux. Laurent, «excellent tapissier», dit Sauvai, fut nommé directeur de celte nouvelle fabrique, et Dubourg lui fut ensuite associé. Après le rappel des jésuites, l'établissement fut transféré dans les galeries du Louvre. Pierre du Font, dont il a été question ci-dessus, fut autorisé, en 1604, à établir dans ces mêmes galeries une fabrique de tapis façon du Levant. Henri IV ne se borna pas h la création de ces divers ateliers ; il lit venir de Flandre environ 200 ouvriers tapissiers et les installa d'abord dans quelques bâtiments encore debout du palais des Tournelles, d'où ils éuiigrèrent ensuite pour aller au faubourg Saint-Germain. Sous Louis XIII, un arrêt du conseil royal, du 17 avril 1057 accorda à Pierre du Pont et à Simon Lourdet « la fabrique et manufacture de toutes sortes de tapis, uultres ameublemens et ouvrages du Levant, en or, argent, soye, laine, ■ à la condition que • dans toutes les villes du royaume où les entrepreneurs s'établiront, ils seront tenus d'instruire dans leur art un certain nombre d'enfants pauvres, à eux conliés pur les administrateurs des hôpitaux. » Le nombre de ces enfants fut lixé à 100 pour la ville de Paris et le local atfeeté à lu nouvelle manufacture fut la maison de la Savonnerie, près de Chailloi (v. Savonnerie). Louis XIV donna, en 1663, la direction artistique de cet établissement au peintre Charles Le Brun. Du règne de ce prince datent la réorganisation des anciennes fabriques de Felletin et d'Aubusson et la fond.-ition des célèbres manufactures de tapisseries de Beauvais (1664) et des Gobelins (1667), La manufacture de Beauvais traitait pai ticnlièrement des sujets de nature morte, des fleurs, des fruits, des vases, des coquillages, du gibier; elle a été réunie en 1860 à celle des Gobelins,dont la spécialité est surtout de reproduire des scènes historiques, allégoriques ou mythologiques , des por- ' traits et des tableaux de genre. V. Gobb- I.1NS.
Nous serions entraîné beaucoup trop loin si nous voulions décrire les chefs-d'œuvre sortis des manufactures des Golelins et de Beauvais; mais nous croyons devoir donner quelques renseignements sur les tapisseries historiées les plus remarquables qui nous soient restées du moyeu âge.
— Tapisserie d'Aix. Elle provient d'Angleterre et a été achetée a Paris en 1656. Elle a 62 mètres de longueur et se divise en vingtsept compartiments, où sont représentés les
Jirincipaux traits de l'histoire de Jésus et do a Vierge. Elle est travaillée en laine mélangée de soie et a été exécutée au commencement du xvie siècle ; elle porte les armes de Henri III et de William Warham, archevêque de Cantorbéry.
— Tapisseries du château d'Anet. Ces tapisseries datent du milieu du xvie siècle, do l'époque même où fut construit le château de Diane de Poitiers; elles proviennent vraisemblablement de la manufacture fondée à Fontainebleau par François Ier et dont la direction fut confiée, par Henri II, à Philibert Delorme, l'architecte d'Anet. Elles sont au nombre de quatre, mais on pense qu'elles faisaient partie d'une suite plus considérable qui décorait une galerie ou un salon du premier étage. Elles ont 4m,70 de hauteur sur 4m)io de largeur. Elles représentent des sujets mythologiques, la Fable d'Iphigéme, la Fable, cle AJéléayre, la Fable de Lalone et la Fable d'Orion, encadrées par des bordures portant le chiffre et les armes de Diane de Poitiers, ainsi que tous les attributs qui la caractérisent et des banderoles ornées d'inscriptions. La bordure du haut est décorée par un grand cartouche placé entre deux tètes de cerf et contenant la description en vers français du sujet représenté dans chaque tapisserie. Les montants sont formés de motifs d'architecture entremêlés de cariatides, de ligures de femmes, de chiffres et d'attributs particuliers à Diane de Poitiers. Au centre de la bordure du bas, il y a un grand cartouche avec figures et inscriptions. M. P.-D. Roussel a publié les photographies de deux de ces tapisseries (la Fable de Latone et la Fable de Mëléagre) dans sa Description du château d'Anet (1875).
— Tapisserie d'Angers. Cette tenture, dite de l'Apocalypse â cause des sujets qti'eile représente, a été léguée à la cathédrale d'Angers (Saint-Maurice) par René d'Anjou. Elle date de deux époques, du xivo et du xve siècle, k en juger par la décoration architec-
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tarale des tableaux, par les initiales dont elle est semée et les armes qui l'authentiquent. En effet , le chiffra L M se rapporte a Louis l«r d'Anjou et à Marie de Bretagne, aïeuls de René d'Anjou, et morts l'un en 1384, l'autre en 1414. Les fleurs de lis sans nombre entourées d'une bordure de gueules et l'hermine conviennent à ces deux seuls personnages. La lettre Y peut être attribuée à Yolande d'Aragon, femme de Louis II et mère de René ; elle décéda en 1442. La clause du testament de René d'Anjou relative à cette tenture est ainsi conçue : ■ Item donne et laisse a icelle église (Saint-Maurice d'Angers) la belle tapisserie sur laquelle sont contenues toutes les figures et visions de l'Apocalypse. ■ L'héritage eut lieu par les soins de Louis XI, qui écrivait en ces termes, a, la date du 17 juillet 1461, à l'évêque Jean La Balue : i Monsieur d'Angers, baillez la tapisserie de ['Apocalypse à l'église de monsieur sainct Maurice, et baillez la tapisserie de broderie et tout le surplus de meuble qui sont dedans l'hostel de Baugé à monsieur le Mareschal. ■ Un inventaire du mobilier de la cathédrale d'Angers, daté de 1505, nous apprend qu'à cette date la tapisserie de l'Apocalypse, composée de six pièces, avait été complétée par une septième pièce donnée par la 'duchesse de Bourbon. Primitivement, on tendait cette magnifique tapisserie de chaque côté de la nef et du transsept, les jours de grande fête; plus tard, à partir de la lin du xvii« siècle, on l'employa à la décoration du sanctuaire et de l'abside; le placement des boiseries du chœur, sculptées par David père (1778-1783), la fit renvoyer dans le transsept, où elle était encore il y a une quarantaine d'années. Mise depuis à l'encan, nous ne savons par suite de quelle circonstance, elle fut rachetée par Mgr Angebault, évêque d'Angers, qui la restitua au chapitre et k la fabrique de Saint-Maurice. La fapisseri« de l'Apocalypse ne contient pas moins de quarantedeux sujets, les uns sur fond bleu, les autres sur fond rouge. Le premier sujet, qui est comme la préface de l'œuvre, représente un homme méditant sur ['Apocalypse pospe devant lui sur un pupitre ; une étoffe, semée de fleurs de lis et de croix, forme dais audessus de sa tête et dossier derrière son siège; des papillons, dont les ailes sont diaprées aux armes d'Anjou et de Bretagne, voltigent dans les airs ; enfin deux anges tiennent, au sommet de l'édifice qui abrite ce personnage, deux étendards armoriés d'Anjou et de la croix de Lorraine. La première scène apocalyptique nous montre saint Jean écoutant la voix céleste qui lui parle et prenant le livre où il va écrire sa vision, pour l'envoyer aux sept églises qui sont sousses yeux etquegardent sept anges. Dans le quarante-deuxième compartiment, l'ange qui doit mesurer la cité sainte tient une canne d'or; il prend saint Jean par la main et le conduit à la Jérusalem céleste,
— Tapisseries d'Arras ou Arazzi, nu Vatican, Nous avons consacré au mot ahazzi un article spécial à ces tapisseries célèbres exécutées d'après les cartons de Raphaël. Nous croyons devoir compléter cet article par des renseignements empruntés au livre de Passavant sur l'illustre peintre d'Urbin.
Ce fut pour décorer la partie inférieure des murs de la chapelle Sixtine, divisée par dix pilastres en autant de compartiments de la même largeur, que Raphaël dessina ces tapisseries célèbres. Il exécuta ce grand travail dans les années 1515 et 1516. On a prétendu que les tapisseries ne furent exécutées en Elandre qu'en 1520 et qu'elles n'arrivèrent k Rome qu'après la mort de Raphaël; mais des documents authentiques prouventqu'elles furent apportées au Vatican en 1518 et que le maître eut ainsi la jore de voir son œuvre couronnée d'un plein succès; car l'enthousiasme des Romains fut indescriptible. Vasari, parlant de ces tapisseries, dit « qu'elles paraissent plutôt créées pur un miracle que par la main des hommes. • On croit que le Flamand Bernard van ûrley, qui avait étudié sous Raphaël, dirigea la fabrication des arazzi. Il existe, du reste, plusieurs répétitions de ces admirables ouvrages et l'on a souvent dit qu'elles avaient été commandées par Léon X pour être offertes en présent k des souverains alliés; mais ce pontife étant mort la même annéeque Raphaël, c'est-à-dire en 1520.il n'est guère admissible qu'ilaiteule temps de faire exécuter tous les exemplaires que l'on connaît. On a discuté aussi sur le puinl de savoir en quelle ville de Flandre les arazzi avaient été fabriqués; Passavant et beaucoup d'autres historiens se sont prunoncés pour Arras même; des écrivains de Belgique ont nommé Bruxelles ; un êrudit de ce pays, M. Alexandre Pinchart, a publié dans la Revue universelle des arts J1857) un article où il a produit un document d'où il résulterait que Thomas Vincidoie, de Bologne, élève de Raphaël, dont Albert Durer fit la connaissance à Anvers au mois de mai 1521, serait venu en Flandre en 1520, chargé par Léon X de surveiller la fabrication des tapisseries; M. Pinchart ajoute : «La haute lisse était presque morte à Arras en 1520 et tes fabriques les plus renommées de cette époque sont celles de Bruxelles, Oudenarde, Enghien et Tournay. Le mot panni arazzi, employé par Vasari, était le mot en usage pour signifier les tapisseries de haute
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lisse ; il aura induit en erreur les premiers auteurs qui ont relevé cette particularité. Quant à moi, je ne sais pas encore la localité où ces tapisseries ont été confectionnées et je n'ose pas accepter Bruxelles sans faire de réserve, puisqu'on voit par le Journal de voyage d'Albert Durer, que Thomas Vincidore résidait k Anvers. • M. Pinchart raisonne ainsi dans l'hypothèse où les arazzi n'auraient été exécutées qu'en 1520, et nous avons vu que ces ouvrages étaient parvenus a Rome en 1518. Rien n'empêche d'ailleursda croire que Vincidore, chargé de faire confectionner de nouveaux exemplaires, se sera adressé à un fabricant de Bruxelles ou de quelque autre ville belge. Il se pourrait également, comme l'a conjecturé M. Passavant, que cet artiste fût venu en Flandre pour diriger l'exécution de la seconde série de tapisseries représentant la Vie de Jésus-C/iri.'t, d'après des cartons commandés à Raphaël par Krançois 1er, série qui, après avoir longtemps servi k l'ornement de la basilique de Saint-Pierre, a été transportée dans la galerie du Vatican, k côté des arazzi de la Sixtine représentant les Actes des apôtres.
— Tapisserie» d'Aulhac; au palais de justice d'Issoire (Puy-de-Dôme). Ces tapisseries qui, pendant la Révolution, furent enlevées à une habitation d'Aulhac et transportées à Issoire, sont malheureusement très-détériorées. Elles représentent des épisodes de la guerre de Troie et paraissent avoir été exécutées dans la seconde moitié du XV siècle. La composition en est très-remarquable pour l'époque. Elles ont 4n>,33 de hauteur.
— Tapisserie d'Auxerre, dite de Sni'nj- J5(ien;içtappartanantàrHôtel-Dieud'Auxerie, Quatre scènes se partagent cette tenture. La première représente le corps de saint K tienne abandonné au lieu de son martyre et exposé aux bêtes ; deux anges transportent au ciel l'âme du saint diacre. Dans le deuxième compartiment, on voit « comment Gamahel (Gamaliel) , occultement, pour la crainte des Juifs, porta le corps de saint Etienne en la ville nommée Caphargamalu et le mit en son sépulcre. • Dans la troisième scène, le prêtre Lucien, pendant son sommeil, est averti trois fois par Gamahel du lieu où repose le corps de saint Etienne. La quatrième scène nous montra Lucien révélant sa vision à Jean, évêque de Jérusalem, Les armoiries de J, Baillet, évêque d'Auxerre à la fin du xve siècle, se trouvent sur une colonne et sur un puits qui séparent deux des scènes.
— Tapisserie du château de Bayard. Après avoir longtemps décoré la grande salle du château de Bayard, près de Grenoble, cette tapisserie fut transportée à Lyon, où elle a été achetée par M. Jubinal, qui en a publié la description et le dessin dans son ouvrage intitulé : les Anciennes tapisseries historiées ou Collection des monuments tes plus remarquables de ce genre qui nous soient restés du moyen âge, à partir du xic jusqu'au xvio siècle inclusivement (Paris, 1838, 2 vol. in-fol.). La tapisserie du château de Bayard se compose de trois pièces qui ont chacune 2m, 33 de largeur sur 4m,33 de hauteur. Comme la tapisserie d'Aulhac, avec laquelle cette dernière dimension lui est commune, elle représente des héros de ï'/ltade. On y voit Penthésilée, reine des Amazones, venant au secours de Troie et reçue par Priam et sa cour; cette même reine combattant contre Diomède, tandis que Philimenès est aux prises avec Ajax, fils de Télamon ; Pyrrhus armé chevalier, avec tout le cérémonial du moyen Âge. Ces diverses scènes sont rendues d une façon' très-expressive ; les figures sont belles, les costumes riches et élégants.
— Tapisserie de Bayeux. V. Bayeux (tapisserie de). Aux renseignements consignés dans cet article nous croyons devoir ajouter les suivants, que nous empruntons à lamagirifique publication que M. Prank Rede Kowke a consacrée à cette célèbre tapisserie (Londres, 1875, in-4", avec 79 pi.). Le monument conservé à Bayeux est une bande de toile de plus de 230 pieds de longueur sur environ 20 pouces de largeur, sur laquelle l'histoire de la conquête- normande est tracée à l'aiguille, à l'aide de fils de laine de huit couleurs différentes. On y compte 72 compartiments ou scènes dans lesquelles figurent 623 personnes, 202 chevaux et mulets, 55 chiens, 505 animaux différents, 37 bâtiments, 41 vaisseaux et barques et 49 arbres, ce qui donne un total de 1,512 objets. Le côté historique de la tapisserie est, en grande partie, compris dans une longueur de 13 pieds et quelques pouces, au-dessus et au-dessous de laquelle se trouvent deux bordures contenant des lions, des oiseaux, des chameaux, des minotaures, des dragons, des sphinx, quelques-unes des fables u'Esope et de Phèdro, des scènes de manège, de chasse, etc. Parfois la bordure entre dans la traîne de l'histoire et contient des allusions allégoriques aux scènes qui y sont retracées. Suivant la tradition qui existe encore à Bayeux, cette tapisserie serait l'œuvre de la reine Mathilde. Une autre hypothèse lui attribue une origine anglaise ; elle est fondée surtout sur l'orthographe de certains mots comme ceastra, [ranci, celiyyoa, etc. D'autres veulent que cet ouvrage, qui, depuis les temps les plus reculés, appartient à la cathédrale de Bayeux, ait été fabriqué par les ordres de l'évêque
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Odon, frère de Guillaume le Conquérant, dont le portrait y figure plusieurs fois. La plupart des archéologues s'accordent k considérer la tapisserie de Bayeux comme une oeuvre du xi<î siècle, et ils en donnent pour motif l'absence de chaporon aux fau.ons, auxquels on ne commença k en mettre que vers 1200; l'es deux V au lieu du W, la ressemblance des lettres avec celles que l'on voit sur les monuments du xra siècle, la conformité des costumes, désarmes, etc. M. Fowke lui-même est d'avis que cette merveilleuse broderie fut probablement exécutée k Bayeux, pour l'évêque Odon, par des ouvriers du pays.
— Tapisseries de Beauvais. Guillaume de Hellande, évêque de Beauvais de 1444 à 1462, fit don k sa cathédrale de tapisseries de haute lisse qui ornèrent le chœur de cette église jusqu'au xvnte siècle. Plusieurs pièces de cette décoration ont péri ; les fragments qui ont été conservés représentent des Actes de saint Pierre apôtre. Un de ces fragments appartient au musée de Cluny et porte l'inscription Suivante, qui indique le sujet :<Coinmeut l'ange mena saint Pierre hors de la prison d'Hérode. » Les autres fragments que conserve la cathédrale de Beauvais se distinguent, ainsi que le précédent, par la richesse des costun»es et le naturel des physionomies. D'autres tapisseries de la premièro moitié du xivo siècle et que l'on croit provenir des manufactures d'Arras, mais qui pourraient bien avoir été fabriquées à Beauvais même, sont relatives k la fondation de diverses villes des Gaules et offrent les figures des personnages plus ou inoins apocryphes auxquels ces fondations sont attribuées, tels que Belgius, roi des Gaulois, fondateur de Beauvais; le Phrygien Paris, fondateur de Paris ; Lugdus, roi des Celtes, fondateur de Lyon ; Remus, frère de Romulus, fondateur de Reims. Dans un compartiment on voit une carte géographique avec des noms de contrées et de rivières ainsi orthographiés : le Rhin, Souisse, Savoye, Méditerranée, Loyre, Aquitaine, Gironde, Gascogne, France, Seine, Bretaigne, Normandie, Picardie, Angleterre, Flandres, Artois, Holende, Ardene.
— Tapisseries de Berne. Elles sont au nombre de dix. Six proviennent du butin fait à Uranson et à Morat (1476) et paraissent remonter k la première moitié du xve siècle; elles représentent {'Adoration des mayes, le Jugement de Trajan, Saint Grégoire de Nazianze arrachant par ses prières l'âme de cet empereur aux enfers, César passant le Itubicon, etc. Les quatre autres datent de la première partie du xvio siècle et représentent la Vie de saint Vincent. Ces tapisseries, d'une exécution remarquable et d'une belle conservation, sont exposées dans le chœur de la cathédrale de Berne les jours de solennité, nota'niment lors de l'ouverture de la diète helvétique.
— Tapisseries de La Chaise- Dieu. Nous avons dit plus haut que, suivant quelques auteurs, ces tapisseries auraient été exécutées sur les dessins de Taddeo Gaddi, artiste italien, mort en 136S; mais les archéologues les plus autorisés pensent qu'elles ne remontent pas au delà du commencement du xvi° siècle ou de la fin du xv. Elles portent les armoiries de Jacques de Suint - Nectaire, dernier abbé régulier do l'abbaye de La Chaise-Dieu, et furent données par lui k ce monastère en 1518. Mais il est permis de croire qu'elles ont été exécutées sur les cartons d'un artiste italien et peutêtre même en Italie, a Florence et k Venise; les figures ont une élégance d'attitude et une noblesse de type qu'on ne trouve pas dans les œuvres des écoles du Nord. Le travail de tapisserie est riche et délicat; le tissu est fait au métier avec des fils de laine, de soie, d'or et d'argent. Ces tapisseries sont au nombre de quatorze, dont trois, de forme carrée, ont 3'n,33 en tous sens et représentent la Naissance, la Mort et la Résurrection du Christ. Une quatrième a 8m,50 de largeur sur 2 mètres de hauteur. Les dix autres ont 6 mètres seulement sur 2 et sont divisées chacune en trois compartiments séparés par des colonnettes ; Celui du milieu est presque toujours occupé par un trait de l'histoire du Christ et les deux autres par des scènes de l'Ancien Testament, qui sont la figure du Nouveau. Des inscriptions latines expliquent et commentent les sujets.
— Tapisserie de Dijon. Elle a 6m,93 de longueur sur 2m, 73 de largeur et représente liois épisodes du Siège de Dijon par les Suisses en 1513. La première composition nous montre le commencement du siège par les armées alliées de Suisse et d'Allemagne, dont les chefs, Jacques de Watteville et Ulric de Wirtemberg, sont k cheval et couverts de leurs armures, sur le devant de la scène ; près d'eux, le seigneur de Vergy, k la têto des volontaires comtois, dirige le feu de l'artillerie contre les remparts de Dijon, où une brèche est déjk pratiquée et sur lesquels Hotte l'étendard de La Trémouille. La milice dijonnaise se dispose k repousser l'assaut, sous les ordres du grand écuyer Jean do Bassey et des seigneurs d'Aroelut, d'Arc-stir- Thil et d'Auvillars. Au fond, on aperçoit les clochers des églises de Dijon. La deuxième composition est relative a la cessation des hostilités, qui fut attribuée k l'intercession
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de la sainte Vierge; l'image de Notre-Dame de Bon-Espoir est portée proce.ssionnelleinent en grande pompe sur les remparts de Dijon; le clergé est revêtu des habits sacerdotaux les plus magnifiques; les principaux magistrats, suivis des dames de la ville et desbourgeois, forment un cortège brillant et nombreux. Le fond de la tapisserie offre la vue de l'église des Jacobins et de l'église de Notre-Dame. Sur le devant, l'armée assiégeante s'apprête à la retraite. Le troisième sujet nous la fait voir opérant définitivement cette retraite; un cheval blanc est chargé de deux coffres de fer, que l'on suppose avoir été destinés à contenir Vor qui séduisit les Suisses et leur fit lever le siège ; au deuxième plan, des gentilshommes et des notables de Dijon se constituent comme otages entre les mains des chefs des armées bernoise et impériale ; au fond, dans l'intérieur de l'église Notre-Dame, La Trémouille, gouverneur de la Bourgogne, prie devant l'image de la Vierge. Ces trois compositions que nous venons de décrire sont séparées par des colonnes ornées de guirlandes ; au-dessus des chapiteaux et dans le champ même des tableaux, on voit un chiffre que quelques auteurs ont cru être la marque du tapissier, mais qui, selon une opinion mieux fondée, serait le chiffre de l'amiral Philippe Chabot, qui gouverna !a Bourgogne quelques années après la levée du siège de 1513 et qui pourrait bien avoir fait la commande de cette tapisserie. Le style du dessin montre que cet ouvrage a été fabriqué peu après 1 événement qu'il retrace. Les compositions si riches de détails et les figures si pleines de naïveté rappellent tout k fait les miniatures françaises du commencement du Xvic siècle et de la.lin du xve. Cette tapisserie appartenait anciennement à l'église Notre-Dame de Dijon; tombée entre les mains d'un brocanteur à la lin du siècle dernier, elle fut rachetée par M. Ranfer de Bretomère, maire de Dijon de 1802 k 1806, et placée dans une des .-ailes de l'hôtel de ville; depuis, elle a été transportée au musée.
— Tapisserie de Middelbourg. Exécutée par Jean de Maegt, de Middelbourg, en 1593, cette tapisserie était autrefois placée dans le palais des états de la province de Zélande. Elle te divise en trois panneaux, représentant les victoires des Zélandais sur les Espagnols en 157-4 ; des légendes en vers latins expliquent chacun des sujets. Cet intéressant ouvrage a figuré ii l'Exposition universelle de Paris de 1867, dans la galerie de l'histoire du travail.
— Tapisserie de Nancy. Elle a 25 mètres de longueur sur près de 4 mètres de hauteur et comprend deux sujets entièrement distincts: l'un représente Assuérus révoquant son édit contre les Juifs, en présence U'Esther, d'Aman et de Mardochee; l'autre est une allégorie qui a pour objet de montrer les inconvénients de la bonne chère. Les personnages de celte dernière scène portent leur nom écrit sur eux ; les amphitryons se nomment : Diner, Souper, Banquet ; les convives : Passe- Temps, Ronne-Compugnie , Gourmandise, Friandise, Je-Boy-à-Vous, Je-Plaise-d' Autant, Acouslumance ; lesdits convives sont attaqués après le repas par de fort vilains personnages : Apoplexie, Paralysie, Pleurésie, Colicque, Jisquinancie, YUropisie, Jaunisse, Gravelle et Goutte; ils sont secourus par Sobriété, Pilule, Clislère, etc. Des inscriptions en caractères gothiques expliquent les scènes. L'histoire est malheureusement incomplète et le dénoûment perdu, la tapisserie ayant subi à diverses époques -des coupures et des interpolations. Les costumes, les ornements, le mobilier, le style même de l'ouvrage appartiennent au xve siècle. Cette tapisserie décorait la tente de Charles le Téméraire lorsque ce prince vint assiéger Nancy (1477) et fut prise par les Lorrains. Elle décora le palais des ducs de Lorraine jusqu'à Charles IV, qui en lit don à sa cour souveraine. Elle est placée aujourd'hui dans le musée historique lorrain.
— Tapisseries de Paris. Il existe à Paris, sans parler des chefs-d'œuvre des Gobelins et du la Savonnerie, plusieurs tapisseries historiées d'un grand prix. Le mu&ee de Cluny eu possède un certain nombre, provenant de diverses fabriques ; nous avons signalé cidessus les plus importantes. Au Louvre est une tapisserie qui a, appartenu à Richelieu et que Charles X a achetée du peintre Révoil ; elle représente un Miracle de saint Quentin et mesure 8m, 33 de longueur sur 4 mètres de hauteur. Elle est encadrée par une magnifique bordure composée de feuillages, de fleurs, de fruits et de divers ornements. Les vêtements, les types et les caractères mêmes de l'exécution semblent assigner à cet ouvrage une origine flamande.
Un ouvrage des plus précieux, bien connu sous le nom de Plan de tapisserie et qui a longtemps appartenu à l'Hôtel de ville, retvuçait le plan de Paris, avec ses principaux édifices, au xvje siècle. Voici ce qu'on lit a son sujet dans le Journal de Paris du 28 mai 17SS : « Sous la prévôté de M. Turgot, les officiers municipaux de la ville de Paris ont fait l'acquisition de cinq morceaux de tapissérie qui ont appartenu à la maison de Guise, sur lesquels sont figurés la carte d'Italie (un autre auteur dit le plan de Coustautinople), les plans de Rome, Venise, Jérusalem et t'a-
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ris. Ces tapisseries ont été exposées jusqu'à présent le long de la façade de l'Hôtel de ville, le jour de la Fête-Dieu, toute la journée, et le jour de l'octave jusqu'à midi; mais, faute d'y avoir fait de temps en temps quelques réparations, elles étaient, l'année dernière, dans le plus grand délabrement. Hier, on n'a exposé que le morceau le moins endommagé, qui offre Pari3 tel qu'il était il y a environ deux cent cinquante ans, c'est-à-dire sous François 1er, « Exposé ainsi au vent et à la pluie, employé même comme tapis dans les bals de l'Hôtel de ville, ce précieux morceau a fini par tomber en lambeaux et être jeté au rebut. Il ne nous est plus connu que par une immense gouache, que l'on conservait aux archives de l'Hôtel de ville, dans le bureau des plans, et par une copie trèsréduite du cabinet des estampes à, la Bibliothèque nationale. Parmi les localités et les monuments représentés avec le plus d'originalité dans la gouache de l'Hôtel de ville, nous citerons : le gibet de Montfauçon, où figurent six pendus ; le Logis de la royne, démembrement de l'hôtel Saint-Paul ; la façade de Notre-Dame, le Palais de justice, le Grand- Châtelet, l'abbaye de Montmartre, le Marché aux pourceaux, avec ses deux potences et le carré de maçonnerie destiné k recevoir la chaudière où l'on bouillait vifs les fauxmonnayeurs; l'abbaye Sa'mt-Germain-des- Prés, etc.
— Tapisseries de Reims. Elles ont été données, en 1531, à l'église de Saint-Remi par Kobert de Lénoncouit, archevêque de Reims. Elles se composent de dix pièces qui représentent : la Naissance de saint Rémi, ses Aumônes, ses Miracles; la Bataille de Tolbiac, le Baptême de Clovis, l'Histoire de saint Genebaud et Clovis punissant un meunier peu respectueux entiers saint Rémi; Saint Rémi ressuscitant un mort, plusieurs autres actes de ce saint; la Perte de Reims et, enfin, la Glorification de saint Rémi. Ces tapisseries, remarquables par l'entente du travail, la composition animée et pittoresque des divers sujets, l'habileté avec laquelle les figures sont dessinées, ont été gravées, en 1838, d'après les dessins de Victor bansonetti. M. du Sommerard eu a publié une dans son Album des arts au moyen âge (1641). La cathédrale de Reims possède d'autres tapisseries, données en 1530 par Robert de Lénuncourt, et représentant la Vie de la Vierge.
— Tapisserie de Toulouse. Elle décorait autrefois 1 église Saint-Saturnin de Toulouse et représente trois scènes de la vie de saint Saturnin, évêque de cette ville. Dans le premier compaititnent, on voit Jésus-Christ admettant saint Saturnin au nombre de ses soixante-douze disciples, et, au fond, le Crucifiement, la Résurrection, Y Ascension, la Descente du Saint-Esprit et la Pèche miraculeuse. Le deuxième sujet nous montre les Adieux de saint Pierre et de saint Saturnin, Saint Paul disant à saint Saturnin de prêcher l'Evangile et Saint Saturnin bâtissant une église. La troisième scène est le Martyre de saint Saturnin. Des pilastres chargés de grotesques encadrent ces compositions. Cette tapisserie appartient aujourd'hui à la cathédrale d'Angers; elle a figuré à l'Exposition universelle de 1867.
— Tapisserie de Valenciennes. Découverte en 1830 par M. Vitet, dans un grenier de l'hôtel de ville, elle occupe aujourd'hui une
. des grandes salles de cet édifice. Elle a 5m,50 de largeur et 5 mètres de hauteur. Elle représente un Tournoi : douze chevaliers, bardés de fer et montés sur dea chevaux richement caparaçonnés, s'attaquent à grands coups de dague; les lances courtoises ont' été rompues et leurs débris jonchent l'arène. « L'ordonnance générale du tableau est parfaite, dit M. P...; une grande harmonie règne entre ses diverses parties; les lois de la perspective, fort souvent oubliées dans les tapisseries, sont dans celle-là complètement observées. On y admire encore la fermeté et le fondu des nuances, la netteté et la franchise du dessin, la hardiesse et le charme de la composition. Dans la bordure, formée d'un riche feuillage arabesque et terminée du côlé du tableau par une chaîne de pierres merveilleusement imitées, on a placé vingt écussons, où l'on a cru distinguer, autant que l'a permis l'altération des couleurs, les armoiries de quelques maisons du pays de Liège et des provinces rhénanes. » Cette tapisserie avait été fabriquée en Flandre au xve siècle.
— Techn. Nous avons dit à l'article Gobelins que la tapisserie se fabriqua d'abord avec des métiers à basse lisse et que, d'après l'opinion générale, ce fut Lebrun qui introduisit dans cette manufacture le métier à haute lisse, qui est seul employé aujourd'hui. Pour donner une idée du vravail qui se fait avec ce métier, nous emprunterons quelques détails à un article publié par M. Charles Blanc dans le journal le Temps: « Comme tous les tissus, la tapisserie présente une chaîne et une trame. Mais tandis que dans la toile ordinaire la chaîne n'est couverte que do deux en deux fils, dans la tapisserie la chaîne est couverte entièrement par l'exacte superposition des fils de la trame, de sorte que, le travail fini, la trame seule paraît à 1 endroit et à l'envers. Si la chaîne est tendue verticalement, le métier est dit de haute lisse; si elle est tendue horizontalement, le métier est de busse lisse. Dans le métier à
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haute lisse, les fils de la chaîne, formant deux nappes " parallèles , sont séparés par un tube de verre dit bâton de croisure, qui en maintient l'éeartement, de façon que, à l'égard du tapissier assis entre la chaîne et le modèle, une moitié des fils est en avant, l'autre moitié en arrière. Les fils en avant sont les fils pairs; les fils en arrière sont les fils impairs. Ces fils sont embarrés, c'est-à-dire qu'ils sont tous pris dans des cordelettes en forme de boucles , appelées lisses. Les lisses se réunissent sur une perche horizontale placée en dehors de la chaîne, au-dessus de la tète du tapissier. Le fil de la trame est enroulé sur des espèces de fuseaux appelés broches. Lorsqu'on veut faire le tissu, on passe la broche de droite à gauche entre les fils d'arrière et les fils d'avant; la trame ainsi passée couvre les fils d'arrière. Si maintenant le tapissier tire ces fils en avant au moyen des lisses et qu'il passe la broche entre les deux nappes, il couvrira les fils de devant. Cette allée et venue de la broche, de droite k gauche et de gauche adroite, forme deux passées, en termes du métier une duite.
• A chaque duite on abat le fil avec le bout pointu de la broche , et lorsqu'on a passé plusieurs fils, on peut les serrer l'un contre l'autre au moyen d'un peigne de buis ou d'ivoire dont les dents, introduites dans les intervalles qui séparent les fils de la chaîne, tassent les duites et ne laissent aucun vide entre elles.
■ Mais avant de commencer le travail du tissage, le tapissier a fait un calque de son modèle sur un papier transparent. Ce calque, au crayon noir, est appliqué sur la chaîne pour y être décalqué fil par fil, de sorte que le contour n'est qu'une suite de points noirs marqués sur autant de fils séparés. Ces points, à vrai dire, ne sont que des repères, et le calque ainsi reporté sur des fils, qui, bien que tendus, sont mobiles, n'est qu'un insuffisant à peu près. Il doit être rectifié sans cesse par 1'inieliigence de l'artiste, qui peut voir ses contours lui échapper a tout instant, pour peu que le tissage, roide dans un endroit, relâché dans un autre, déplace les fils verticaux de ia chaîne et les fasse ondoyer. Il faut donc que le tapissier soit rompu aux finesses du dessin ; mais il faut surtout qu'il ait une connaissance approfondie des lois de la couleur, dont les applications les plus variées et les plus heureuses trouvent justement leur place dans l'art de la tapisserie.
» La surface d'une tapisserie n'est pas unie et polie comme celle d'une mosaïque ou d'une étoffe de soie. Elle a partout un grain et ce grain est partout le même. Les fils de la chaîne, sous la laine qui les couvre, forment autant de demi-cylindres, coupés encore par les stries de ia trame. Il s'ensuit que chaque fil de chaîne produit une petite ombre grise dans la mince cannelure qui le sépare du 111 voisin, et cette ombre, toute petite qu'elle est, multipliée par le nombre des fils de la chaîne, rend légèrement grise la surface entière de la tapisserie. C'est au point que, si la tenture était, par exemple, en. laine blanche ou même en soie' blanche, elle paraîtrait d'un blanc écru k côté d'une pièce de satin dont la superficie lisse réfléchirait ia lumière sur toute son étendue.
» L'artiste doit donc monter résolument les tons de la tapisserie, parce qu'en les tenant haut il rachète l'affaiblissement de couleur qui résultera de la cannelure. Le tissu retrouvera ainsi, par un redoublement de lumière dans les parties saillantes, ce qu'il doit perdre d'éclat par la somme des ombres logées dans les parties creuses. »
— Broderie en tapisserie. V. broderie.
Tapisserie (la), comédie-folie en un acte et en prose, d'Alexandre ûuval; représentée sur le théâtre de l'Impératrice (salle Louvois) le 1er mars 1808. L'auteur raconte luimême le sujet de sa pièce, et, comme le récit est piquant, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de le reproduire en partie : «Je venais d'être nommé directeur du théâtre de Louvois. qui, tout récemment aussi, avait pris le titre de théâtre[de l'Impératrice, et désirant, dès mon entrée dans cette place, montrer l'envie que j'avais d'être utile à ma nouvelle administration, je composai cette petite pièce pour les jours de carnaval. Je dois le fond de cette bluette aux Souvenirs de M^s de Genlis. Elle rapporte comme un fait très-vrai l'étourderie d'un jeune seigneur qui, forcé par les ordres de son père de se parer d'un habit de cérémonie pour recevoir une grande Société que l'on attendait au château, trouva plaisant de démeubler sa chambre d'une tenture à personnages, de s'en faire un habit et d'aller, dans cet état, donner la main aux dames à l'instant où elles descendaient de veiture. Cette anecdote, que je croîs comme un article de foi, puisque c'est Mme de Genlis qui l'a contée et que Mme de Genlis est trop bonne, trop religieuse pour avoir voulu par un mensonge tromper un pauvre auteur comique, je me crus permis de l'arranger pour la scène. Si le fait est.controuvê et s'il n'est pas vraisemblable, la faute doit en être k la respectable femme de lettres qui m'a induit en tentation... » Cette pièce, très-bien jouée par les acteurs, obtint un assez beau succès.
TAPISSIER, 1ÈRE s. (ta-ni-sié, iè-re — rad, tapisserie). Personne qui lait des meubles en tapisserie, qui décore avec, des tapisseries les appartements : Il alla sur-le-champ
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avec Formosante commander le canapé à un tapissier de sa connaissance. (Volt.) On fit venir des tapissiers de Paris, qui arrangèrent la belle maison. (Balz.)
— Marchand tapissier, Marchand de tapis.
— Hist. Le tapissier de Notre-Dame, Surnom donné au maréchal de Luxembourg, à cause du grand nombre de drapeaux pris par lui à l'ennemi et exposés dans l'église Notre- Dame de Paris.
— s. f. Femme qui fait de la tapisserie à l'aiguille : Minerve était la première tapissière du monde. (Volt.)
— Voiture suspendue, ouverte de tous côtés, et servant spécialement au transport dea meubles, il Fam. Corbillard : Dans son délire, il me prenait tantôt pour te croque-mort qui «eitoit le jeter dans la fatale tapissière, tantôt pour le bourreau qui le conduisait au supplice. (G. Sand.)
— s. f. pi. Arachn. Tribu de la famille des aranéides.
— Adjectiv. Entom. Se dit d'une abeille qui tapisse son nid avec les pétales des fleurs.
— Encycl. Avant ta Révolution, il existait à Paris une communauté des tapissiers, qui était très-ancienne et qui s'était longtemps divisée en deux branches, savoir : celle des maîtres marchands tapissiers et celle des courtepoiuliers.
Ces deux communautés ayant eu de nombreuses contestations , provoquées par la grande ressemblance de leur commerce, furent réunies au commencement du xvne siècle, et des statuts, approuvés le 25 juin 1635, réglèrent leur corporation de la manière suivante :
Le maître pouvait avoir deux apprentis engagés pour six ans; au bout de six ans, l'apprenti passait compagnon et devait servir au moins trois ans en cette qualité. L'élection des maîtres avait lieu le lendemain de la Saint-Louis, et celle des jurés le lendemain de la Saint-François. Les jurés devaient être au nombre de quatre, remplacés par moitié de deux années en deux années.
Les principes de l'art ou du métier de tapissier ont été plusieurs fois édictés et imprimés. Le sieur Biiuont, maître et marchand tapissier, a composé à ce sujet, en 1774, un ouvrage remarquable qui n'a qu'un défaut aujourd'hui, celui de remonter à plus d'un siècle.
M. Garnier-Audiger a composé, en 1330, un Manuel du tapissier dont nous extrayons le passage suivant : « La Révolution, en abolissant toutes les corporations, mit aussi fin a celle qui nous occupe, et l'on voit, depuis cette époque, l'art du tapissier, art si nécessaire et si utile, atteindre une perfection que l'on croirait à son terme, si l'expérience de chaque jour ne nous prouvait pas que la perfectibilité est sans bornes chez un peupla aussi ingénieux que les Français. ■
Aujourd'hui, comme autrefois, le tapissier proprement dit confectionne ou fabrique les meubles on décore les appartements; mais aujourd'hui, bien plus qu'autrefois, les progrès des arts, le raffinement du goût, les caprices de la mode, les exigences du luxe, et surtout l'habitude du bien-être qui s'est répandu dans toutes les classes de la société, exigent chez le tapissier .des connaissances que le bon goût et l'élégance doivent guider. Aussi un bon tapissier doit-il être maintenant, nonseulement un fabricant expérimenté , mais encore un décorateur habile et un inventeur élégant. Joignez à cela qu'il doit savoir choisir et acheter, carl'ébénisterie, la serrurerie, la dorure, les bronzes, les cristaux, les gravures encadrées, etc., sont actuellement, aussi bien que les fauteuils et les lits, des parties essentielles du mobilier.
En qualité de fabricant et d'ouvrier, le tapissier ne pourra donc trop s'appliquer k connaître, non-seulement toutes les parties de son travail proprement dit, mais encore à bieu apprécier la qualité et les propriétés des étoiles qu'il emploie, la préférence que l'on doit accorder aux unes sur les autres, leur assortiment, le parti le plus favorable qu'on peut tirer da chacune, leur distribution dans les meubles, la séparation et l'union des lés, l'emploi des bordures, les coutures convenables aux diverses étoffes, la quantité qu'on doit employer, la pose des clous, etc.
L'élégance des draperies, l'harmonie des couleurs et l'adroite combinaison des étoffes, toutes choses dont dépend cet ensemble gracieux qui flatte si agréablement la vue, sont en outre l'objet d'une étude particulière ; là, c'est moins l'expérience qu il faut que du goût; aussi le bon décorateuc est-il rare, surtout si on exige en lui autant de variété dans l'agencement qu'il y a de mobilité dans la mode.
A Paria, où les tapissiers trouvent sous leur main des matériaux faciles k disposer selon tous les goûts et au gré de tontes les bourses, où des dessinateurs, des artistes et des ouvriers expérimentés sont toujours prêts à satisfaire tous les besoins, il leur est beaucoup plus facile qu'en province de confectionner avec promptitude et exactitude. Loin de Paris, on est privé de tous les moyens qui abondent dan3 la capitale, et, en outre, la tapissier de province est obligé de faire lui" même une infinité de travaux ignorés du tapissier parisien ; tels font le collage des papiers de tenture, les paravriits , les ifil-
TAPP
lards, etc. Le tapissier de province doit donc être beaucoup plus instruit comme ouvrier que celui de Paris, qui est en quelque sorte un artiste.
TAPITÈLE adj. (ta-pi-tè-la — du lat. tapes, tapis). Arachn. Qui file une toile trèsserrée.
— s. f. pi. Tribu d'aranéides qui filent des toiles fort serrées.
TAPIT! s, m. (ta-pi-ti). Mamm. Syn. de tapéti : Le tapit: ressemble au lièvre par sa manière de vivre. (V. de Boraare.)
TÀPMN (Williams), vétérinaire anglais, né vers 1751, mort en 1807. Il fit faire de grands progrès a l'art vétérinaire, s'occupa particulièrement des équipages de chasse et fut frappé d'aliénation mentale vers la fin de sa vie. Ses principaux ouvrages sont : Dissertation sur l'écurie du gentleman ou Nouveau système de ferrure (1788, 2 vol. in-8°); Observations pratiques sur les blessures faites aux chevaux par des épines, sur les tendons piqués, elc, (1790, in-8°) ; Compendium ou Traité de la ferrure pratique et expérimentale (1705, ïn-80); Observations sur l'état du gibier en Angleterre (1772, in-S<>); Dictionnaire de la chasse (180*, in-8°).
TAPOGOMÉE s. f. (ta-po-go-mé). Bot.
Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, comprenant des espèces qui croissent à la Guyane.
TAPOLCSAN (NAGY-), bourg de Hongrie, comitat et à 26 kiiom. N. de Neitra ; 2,700 hab. Il s'y fait quelque commerce en fer et on cultive du safran dans les environs.
TAPOLLAMA (serra), chaîne de montagnes du Brésil, qui se dirige parallèlement à l'Océan, dans les provinces de Rio-Grande-do- Sul et de Sainte-Catherine, l'espace d'environ 310 kilom,
TAPON s. m. (ta-pon — tape, bouchon, qui représente l'anglo-saxon taeppe, bouchon, tampon; Scandinave tappe, tappi; anglais tap, ancien haut allemand zapho, allemand zapf, toutes formas qui se rattachent probablement nu radical tap, de tafier). Fam. Partie d'une pièce d'étoffe ou d'un inge chiffonnée et formant une sorte de bouchon : Ce linge est tout en tapons. Tu mets ton kabit en tapons.
— Mus. Sorte de gros tambour en usage dans l'Inde.
— Mar. Morceau de toile servant k boucher un trou fait dans une voile. |j Epite d'un goumable. Il Bouchon dont on se sert pour obturer les trous du nable.
— Ornith. Nom vulgaire du bouvreuil.
TAPONNAGE s. in. (ta-po-na-je — rad. tapnnner). Action de taponner les cheveux : Ce taponnage vous est naturel, il est au bout de vos doigts. (Mme de Sév.)
TAPONNER v. a. ou tr. (ta-po-né — rad. tapon). Mettre en tapons, en bouchons : Taponner ses cheveux.
TAPOTER v. a. ou tr. (ta-po-té — rad.
tape). Frapper fréquemment à petits coups : Il le tapotait amicalement sur la joue.
— Donner fréquemment des tapes à : Cette mère ne cesse de tapoter ses enfants.
— Fam. Exécuter négligemment sur un instrument à touches : L on cherche toujours à tapoter sur l' harmonica des choses gui ne lui conviennent pas du tout. (Champfieury.)
Se tapoter v. pr. Se donner mutuellement tes tapes.
TAPOUL,unedes petites îles Soulou, à 1 kilom. S. de celle de Soulou proprement dite. Ulle est fertile et bien cultivée. On y recueille beaucoup d'yams. Elle abonde en gros bétail, chèvres, etc.
■ TAPPA, une des petites îles Moluques, séparée de l'Ile de Latta par un petit détroit, par o<>6' de latit. N. et 121&15' de longit. E. Sur la côte S.-E. se trouve un petit port.
TAPPAHANNOCK , ville des Etats-Unis (Virginie), sur la riva droite de la Tappahannock, à 100 kilom. de Richmond; 5,000 hab. Commerce considérable.
TAPPAL s. m. (tapp-pal). Courrier indien qui faisait le service de la poste.
— Encycl. Le tappal, à peu près complètement nu, sauf le langouti de rigueur, courait k toutes jambes, portant un sac de cuir et un mouchoir roulé autour de son sac. Le sac était scellé, mais son mouchoir renfermait les lettres adressées à ceux que l'on supposait sa trouver sur la route entre deux bureaux de poste; on pouvait, par conséquent, où que l'on fût, recevoir et expédier sa correspondance ; il suffisait de guetter le passage du tappal, dont l'heure était connue à l'avance, et de lui remettre ou d'en recevoir son paquet. Il ne paraît pas qu'un tappal ait jamais abusé de cette confiance ou manqué d'une obligeance extrême. Comme il était souvent obligé de traverser des jungles ou autres localités infestées d'hôtes redoutables, tigres ou serpents, par exemple, et qu'en outre il ne pouvait portor de lanterne avec lui, le tappal tenait toujours à la main uu long bâton auquel étaient attachées des plaques de métal dont le cliquetis suffisait pour écarter l'ennemi do lu route. Depuis quelques
TAPT
années, les tappals ont été remplacés, dans beaucoup de parties de l'Inde, par une nouvelle organisation plus régulière, plus européenne du moins, et aussi avantageuse pour les populations qu'économique pour l'administration; moyennant une taxe uniforme moindre d'un penny, c'est-à-dire inférieure à 10 centimes, les lettres sont aujourd'hui transmises a toute distance indistinctement. Dans les régions qui ne sont point encore pourvues de chemins de fer, on emploie de petites malles-poste, habituellement traînées a deux chevaux, l'un attelé dans les brancards, l'autre sur le côté, comme bête de renfort. Cet arrangement est assez défectueux, car il expose fréquemment l'équipage à verserjînais il n'en laisse pas moins bien loin derrière lui le tappal, qui, trop souvent, malgré toutes ses précautions, devenait la proie de quelque bêta fauve, ce qui ne laissait pas de jeter du trouble dans le service.
TAPPAN (Henry-P.), philosophe américain, né vers 1810. Il descend d'une famille protestante française. Tappan se tourna de bonne heure vers l'étude de ta philosophie et s'adonna à l'enseignement de cette science à New-York. Vers 1850, il partit pour l'Europe, alla étudier les systèmes d'éducation en usatje en Angleterre et dans une partie de l'Allemagne et publia le résultat de se» études dans un ouvrage remarquable, intitulé .- Un pas du nouveau monde dans l'ancien, avec des considérations sur les avantages et les défauts des deux sociétés (1852, 3 vol. in- 12). Cette même année, il devint président de l'université de Michigan. Après avoir été pendant quelque temps partisan du fatalisme , M. Tappan, frappé des dangers de cette doctrine au point de vue de la moralité et de la dignité humaines, s'est mis à la combattre avec une grande vigueur. On lui doit plusieurs ouvrages, qui jouissent aux Etats-Unis d'une réputation méritée. Nous citerons de lui : la Doctrine de la volonté dans ses rapports avec la conduite et la responsabilité morale (New- York, in-lï); Revue critique de l'ouvrage de Jonathan Edwards sur le libre arbitre (in-12) ; Appel au sens intime pour fixer la doctrine de la volonté (in-12) ; Eléments de logique (in-ig), dont Cousin faisait grand cas: V Education universitaire (1851, in-lï); Sur l'organisation de l'enseignement, etc.
TAPPANOUU ou PONTCHAîiO-CATCllIL,
ville de la Malaisie, dans l'île de Sumatra, sur la baie de son nom. Commerce considérable.
TAPPANOOL1, baie de la côte occidentale de l'Ile de Sumatra (Malaisie). Elle offre un excellent port dans lequel des flottes entières peuvent se mettre à l'abri.
TAPPAN-SEA, lac des Etats-Unis (New- York), formé par l'Hudson, vis-a-vis d'Oi-angetown. Il a 20 kilom. de longueur sur 6 kilom. dans sa plus grande largeur.
TAPPE (Auguste-Guillaume), écrivain allemand, né à Hanovre en 1778,mortàTharand en 1830. Après avoir habité Dorpat pendant deux ans, il devint successivement professeur au gymnase de Viborg (1804), directeur de cet établissement (1809), professeur de morale, d'histoire et d'anthropologie à l'établissement allemand de Saint- Pierre, à Saint- Pétersbourg (1810), enfin professeur de langue allemande, de morale et de sciences naturelles à l'académie forestière de Tharand. On cite, parmi ses ouvrages : De l'inséparabilité de la foi et de la vertu (Gœttingue, 1802); Sur la conception et la valeur de l'anthropologie (Viborg, 1806) ; Enseignement théorique et pratique de la langue russe (Saint-Pétersbourg, 1827, 7« édit.) ; Histoire de Russie d'après Karamzine (Viborg, 1828); Tableau abrégé de l'histoire de Russie de Karamzine (Saint-Pétersbourg, 1815, Se édit.), en français.
TAPPER (Rueward), théologien flamand, né à Enkhuysen en 1487, mort à Bruxelles en 1559, 11 devint doyen et chancelier de l'université de Louvain, et Charles-Quint l'envoya au concile de Trente. Une controverse qu'il eut avec Baîus le lit accuser de pélagianisme. On a publié de lui, après sa mort : Oraliones théologies (Cologne, 1577) ; Quxstio quqdlibelica de effectibus quos consuetudo operatur in foro conscienlix (1520, in-i"), etc. Ses Œuvres ont été recueillies et publiées à Cologne (1582, in-fol.).
TAPSIE s. f. (ta-psJ). Bot. V. thapsib.
TAPSUS , ancienne ville de la Numidie, célèbre par la victoire que César y remporta sur Pompée Tan i6 av. J.-C.
TAPSUS, selon les Grecs Thapsus, presqu'île sur la cote orientale de Sicile, entre Mégare et Syracuse. C'est une terre basse, de niveau avec la mer, et qui paraît comme ensevelie dans les flots. La langue de terre qui la joint au continent est si étroite et si peu élevée, que plusieurs géographes l'ont prise pour une île. Le nom de Thausus vient de fiaitï», sepelio. Cette presqu'île porte aujourd'hui le nom ii' Isola delli Manyhisi.
TAPTY ou GOARIS, rivière de l'Indoustan. Elle descend des moûts Gandwana, court de l'E. a l'O., arrose les provinces de Bérar, de Malwu, de Kandeisch, de Guzarate, passe à Bourhanpour et se jette, par deux embouchures, dans la mer des Indes, au goli'c do Cauib ij'e> après un cours de 800 kilom. Ses
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principaux affluents sont le Groul, l'AnnuIr, le Maince, le Gouinaye, la Pournu, la Guirna, le Beary et le Guinzar.
TAPDRE s. m. (ta-pu-re). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des chaillétiées,- dont l'eipêce type eroît à la Guyane.
TAPYRA-COYANANA a. m. (ta-pi-ra-koiu-ua-na — mot brésilien). Bot. Un des noms de la casse du Brésil.
TAQUARI, rivière du Brésil (Rio-Grandedo-Sul). Elle prend sa source dans la serra Tapollama et se jette dans le Yacuy, au village de Feligarlia, après un cours d'environ 450 kilom. Son principal affluent estlaCruz.
TAQCASO, rivière de la NoUvelle-Grenade (Panama). Elle descend du versant occidental des Andes, coule d'abord au S. -S.-E., puis à l'O.-N.-O. et débouche dans le golfe de Panama, par la baie de San-Miguel, après un cours d environ 160 kilom. Elle charrie une grande quantité de grains d'or ; ses bords sont fertiles et bien Cultivés.
TAQUEs. (ta-ke — probablement de taquer, frapper, à moins que ce ne soit un mot de la môme famille que tache). Techn. Plaque de fer fondu. Il Chacune des plaques de foute qui forment les parois des feux d'afrinerre : Suivant la place qu'elles oecuperit, les taquiî3 se nomment sole, varme, contre-vent, rustine et laiterol. (W. Maigne.) H Cale de bois en forme de coin, au moyen de laquelle l'ouvrier tisseur maintient le rouleau ou ensouple de devant.
— Constr. Plaque formée par le contrecœur d'une cheminée.
— Jeux. V. TACQUB.
TAQUER v. a. ou tr. (ta-kô — d'un radical onomatopique taie, radical que l'on retrouve dans presque toutes les langues : sanscrit taksh, zend takltsh, grec tukd, tailler, façonner). Typogr. Niveler avec le taquoir sur : Taquer une forme.
TAQUERET s. m. (ta-ke-rè — rad. taquet). Techn. Plaque de font» d'un fourneau de forge.
TAQUET s. m. (ta-kè. — Ce mot est probablement de la même famille que le hollandais tak, anglais tack, allemand zaeke, pointe, crochet, de l'anglo-saxon taekan, anglais lake, hollandais taekeit, allemand zacken, prendre, saisir, toutes formes provenues soit de la racine sanscrite daç, mordre, soit de la racine tag, atteindre). Fauconn. Planche sur laquelle on frappe pour rappeler l'oiseau.
— Géod. Nom donné aux morceaux de bois que l'on enfonce en terre, pour servir de repère, après un travail sur le terrain.
— Fortif. Petit parallélépipède rectangle en bois, d'une hauteur variable, employé
Cour poser à un niveau déterminé les scmely.i d'un châssis quand le sol de la galerie est en pente.
— Mar. Sorte de crochet de bois dont on
TAQU
se sert pour amarrer une manœuvre courante : Taquet de hauban. Taquet de cabestan. Il Chacune des marches fixes qui servent pour atteindre le bord d'un navire et pour en descendre : Le canot étant alors assez halê de l'avant, Raoul saisit une tireveille et monta avec l'agilité d'un chat par les taquets de l'échelle du bord. (Defauconpret.) 11 Renfort ajouté à une poulie, pour 1 empêcher de se coucher.
— Chem. de fer. Taquet d'arrêt. Obstacle mobile qu'on place à l'origine d'une voie d'embranchement, pour empêcher les trains d'envahir la voie principale.
— Techn. Petit coin de bois servant a maintenir provisoirement en place un objet qu'on s'occupe de fixer : Mettez un taquet poui* fixer ce châssis, il Morceau de bols qui tourne autour d'un axe et sert à maintenir une porte fermée : Celte armoire ferme à l'aide d'un TAQUBT.
— Hortic. Morceau de bois ou de fonte ou'on met sous les caisses qui contiennent des arbustes, pour les isoler du sol.
— Encycl. Chera. de fer. Taquet d'arrêt. Le taquet d'arrêt est un obstacle mobile que l'on place sur les voies de garage et à l'origine des raccordements secondaires, pour protéger les voies principales contre l'invasion accidentelle du matériel roulant. Cette invasion peut être produite par un coup de tampon dans une manœuvre, une rupture d'attelage sur une rampe, quelquefois par un coup de vent violent; cette action se produit surtout sur 'les véhicules peu chargés et dont les dimensions transversales sont grandes, surtout aussi lorsque ces véhicules sont placés au sommet d'une forte rampe et que, la première impulsion une fois donnée, la vitesse du système tend à s'accroître en raison de la pesanteur.
11 convient donc d'empêcher Ces mouvements accidentels ; tous les véhicules ne sont pas pourvus de freins; l'embarrage des routis, très-utilisé k l'étranger, n'est pas en grande faveur en France, à cause des avaries possibles et parce qu'il ne s'applique pas aux roues pleines. Les cales k main peuvent s'égarer et présentent peu de garantie. On a donc songé à employer des appareils au moyen desquels on puisse à volonté laisser la voie libre ou en empêcher l'accès.
Les. taquets d'arrêt ne peuvent, du reste, être d'une véritable ressource que si on les place k une faible distance des véhicules susceptibles de prendre un mouvement anomal; si l'obstacle était trop éloigné, ils pourraient, en effet, acquérir une vitesse suffisante pour le franchir et continuer leur marche malgré la diminution de force vive due au choc.
Il est même facile de calculer quelle vitesse minimum doit avoir un système de masse connue pour qu'un taquet d'arrêt de hauteur déterminée ne puisse lui opposer uûe résistance suffisante. Nous supposerons, pour faire ce calcul, les corps non élastiques.
Fig. 1.
Considérons une paire de roues dont le rayon est r. Soient P le poids, du véhicule et de la surcharge, p celui des roues y compris l'essieu; soient encore k le rayon de giration des parties tournantes et V la vitesse du système.
Supposons la surcharge équilibrée de manière que le centre de gravité général soit placé sur l'axe de l'essieu; la force vivo du système avant le choc est
W+W gy'
en désignant par P' le poids P + - — .
Au moment du contact avec l'obstacle de hauteur A, les corps n'étant pas élastiques, il y a une perte de force vive égale à pr •
— V sin' o,
si nous appelons a l'angle formé avec la verticale par le rayon de contact de la roue et de l'obstacle.
La force vive qui subsiste dans le système après le choc est donc
— V1 COS1 a.
La force qui s'oppose à ce que l'arrêt soit franchi est la pesanteur; si cet arrêt est suflisammentrésutantpour ne pas se rompre sous la charge, la pesanteur exercera toute son action. Or, le travail dû à cette força est Ph;
l'obstacle ne sera donc franchi que si on a
-Veos" *> PA, 21/
d'où à la limite, et à cause de
il faut que
Si V dépasse cette limite, le système continue son mouvement ;la vitesse initiale V cosa reste constante ; la vitesse du système se modifie en raison de la pesanteur ; te mouvement est celui d'uti corps pesant; chaque point du système décrit un arc de parabole. La parabole du centre aura pour coordonnées a; = V cos' a.t,
2/ = V cos o sin a.t gl*,
l'axe des x étant horizontal et l'origine au point O. Les roues retomberont donc sur les rails a une dislance
nn' v i 2 V COS a Sin a.
OO = V cois a.
2 V'cos' a sin a
A ce moment, la vitesse est encore V cos o et fait un angle a avec l'horizontale, mais en dessous de l'horizontale, taudis qu'au moment du premier choc la vitesse était dirigée au-dessus de cette ligue.
TAQU
La composante verticale est V cos a sin o ; elle est détruite par le choc contre les rails. Le système ne possède plus alors qu'un© vitesse horizontale V cos' ». L'arrêt mobile a donc été franchi sans qu'il y ait eu cessation de mouvement, mais il y a eu une perte de force vive égale à
— lyt y' cos* a
Si A devenait égal à r, cette dernière équation indiquerait un arrêt complet; mais on voit, d'ailleurs, que l'obstacle ne saurait être franchi, car la vitesse minimum nécessaire serait alors
Les véhicules étant presque toujours à qua-
TAQU
tre roues et à deux essieux, les conditions du problème ne sont plus les mêmes et on arrive a des résultats différents. Soient toujours r le rayon des roues, P le poids total du véhicule et de la surcharge, p celui des roues et des essieux. Supposons encore la surcharge équilibrée de manière que le centre de gravité général soit placé sur la ligne parallèle aux essieux et passant par le milieu de la ligne des centres. Si k est le rayon de giration des parties tournantes, V la vitesse du système, posons encore
Au moment du choc contre l'obstacle de hauteur A, les roues d'avant perdent une vitesse V sin a si on suppose les corps non élastiques. Les roues d arrière conservent une vitesse horizontale V cos' a égale à la com-
pte. 2.
posante horizontale de la vitesse que conservent les roues d'avant et qui est V cos a inclinée de l'angle <n sur l'horizontale.
Le système aura donc après le choc une force vive égale à
V COS' a (1-|- COS' ç),
car il convient de remplacer la charge totale par deux charges égales chacune k la moitié de cette charge totale et appliquées aux essieux. L'obstacle sera surmonté et le mouvement continuera si la demi-force vive est au moins égale au travail résistant de la pesan-
PA , teur. Ce travail sera — . Il faut, en effet, que
les roues d'avant s'élèvent de la hauteur de l'obstacle A; mais les roues d'arrière reposant sur les rails, le centre de gravité de l'ensemble s'élève seulement de -.
La valeur minimum de la vitesse sera déterminée par l'équation
c'est-à-dire
COi' a (i + cos' a) = ,
r f Zr/h P
Dans le cas où la vitesse initiule est supérieure à cette valeur, la première paire de roues franchit l'obstacle, puis elle retombe sur les rails; la vitesse perd dans le choc sa composante verticale, et la composante horizontale est égala à V cos' ».
Les roues d'arrière viennent alors choquer contre l'obstacle; leur vitesse devient inclinée de l'angle « sur l'horizon et égale à V cos* a. Les roues d'avant ont une vitesse horizontale dont la valeur est V cos* a. La demi-force vive du système est ainsi, après ce nouveau choc,
— i V? cos' u (1 + cos^ n),
La condition pour que l'obstacle soit encore franchi est