‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 928 sur 1059 · CHOU CARAÏBE · texte numérisé non relu

CHOU CARAÏBE

— Encycl. V. COLOCASE.

TARROBAT s. m. (ta-ro-ba). Mar, Large couteau dont se servent les gabiers dans la mâture.

TARRUNTIUS (Lucius), philosophe et mathématicien latin. V. Tarutius,

TARSAL, ALE adj. (tar-sa!, a-le — rad.

tarse). Zool. Syn. de tarse, bis.

TARSE s. m. (tar-se — du latin tarsus, venu du grec tarsos, claie. Le tarse est ainsi nommé parce qu'il a la forme de plusieurs pièces rangées avec ordre. Quant au grec tarsos, il vient du radical ters, qui est dans tersd, tersomai, sécher, et qui représente la racine sanscrite tars, sécher, brûler, d'où aussi le latin torreo, le gothique tàairsan, thatursjan, ancien haut allemand darru, allemand dursten , dorren , anglais ro tkirst, to dry, et le lithuanien troksztu, même sens). Anat. Portion postérieure du pied des animaux vertébrés : // faut distinguer dans le tarse deux rangées d'os. (Laurent), il Troisième article du pied des oiseaux. 11 Sixième pièce des pattes simples, chez ies crustacés. Il Partie inférieure, articulée, des pattes de3 insectes : Le tarse offre dans ses articles des différences de longueur et de réduction de nombre. (Laurent.)

— Adjectiv. Cartilages tarses, Expansions fibreuses, au nombre de deux, qu'on trouve dans l'épaisseur du bord libre des paupières.

— Encycl. La forme du tarse et le nombre des os qui le constituent présentent de grandes variétés dans les différentes classes de l'embranchement des vertébrés. Chez l'homme, il est formé de sept os disposés sur deux rangées, l'une supportant directement le poids de la jambe et nommée, pour cette raison , rangée jambière ; l'autre située en avant de celle-ci et nommée rangée métatarsienne. Le tarse est beaucoup plus long dans le sens antéro-postérieur que dans le sens transversal ; il a la forme d'une pyramide rectangulaire, à base tournée en avant. Sa face inférieure est excavée, en forme de gouttière, pour loger les nerfs et les vaisseaux, sans qu'ils puissent être comprimés

Î>ar le poids du corps pendant la marche ou a station. La rangée jambière est formée de deux os; la rangée métatarsienne en comprend cinq. Les deux os de ia rangée jambière sont l'astragale et le calcanéutn. L'astragale (v. ce mot) est situé directement au-dessus du ealcanéum, avec lequel il s'articule par deux facettes articulaires. Sa face supérieure correspond à la face inférieure de l'extrémité du tibia, avec laquelle elle forme une articulation trochléenne. Le ealcanéum, situé au-dessous de l'astragale, le dépasse en arrière pour constituer un levier puissant , dont l'extrémité postérieure donne insertion au tendon d'Achille. Sa face antérieure est sur le même plan que celle de l'astragale. Toutes deux sont articulaires. Les cinq os de la rangée métatarsienne sont le cuboïde, le scaphoïde et les trois cunéiformes, distingués en premier, deuxième et troisième. V- ces différents mots.

Le cuboïde est situé sur le côté externe du pied; jl s'articule en arrière

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canéum, en avant avec les quatrième et cinquième métatarsiens. Le scaphoïde et les trois cunéiformes sont placés sur deux rangs. Le scaphoïde en forme un h lui seul. Sa face postérieure correspond à la face antérieure do l'astragale; sa face antérieure offre des surfaces articulaires aux trois cunéiformes. Tous les os du tarse s'articulent les uns avec les autres par des surfaces maintenues en rapport par des ligaments très-serrés, qu'on a divisés en dorsaux plantaires et interosseux. L'articulation de l'astragale avec le ealcanéum a reçu le nom d'astragalo-catcanéenne; c'est une double arthrodie; elle n'a qu'un ligament interrosseux très-fort. Celle du ealcanéum avec le cuboïde, articulation calcanéo-cuboïdienne, est par emboîtement réciproque. Les articulations des cunéiformes entre eux ont reçu le nom d'articulations cunéennes, ot celles qu'ils forment a\-ec le scaphoïde celui de cunéo-scaphoïdiennes. Du ealcanéum part un ligament très-solide, qui so bifurque à son extrémité antérieure pour aller s'insérer, d'un côté, au cuboïde, et, de l'autre, au scaphoïde. On le nomme ligament en Y. Il forme la clef de l'articulation des deux rangées qui, après sa section, se séparent avec la plus grande facilité. La division du tarse en un grand nombre d'os et la multiplicité des surfaces articulaires et des ligaments étaient nécessaires pour détruire les effeis funestes des chocs dirigés de bas en haut. Une chute sur le talon est presque toujours dangereuse, la cpmmotion se transmettant à peu- près complètement à la colonne vertébrale. Dans la chute sur la pointe du pied, au contraire, la violence du choc se trouve en grande partie amortie par les mouvements que se transmettent tous les petits os du tarse, mobiles les uns sur les autres.

Les os du tarse offrent à peu près la même disposition chez les mammifères digités que chez l'homme. Le ealcanéum des singes n'offre pas, excepté chez les orangs, la tubérosité postérieure du talon. Les carnivores ont la poulie de l'astragale plus profonde que l'homme ; ceux qui marchent sur la plante du pied ont une petite tubérosité au ealcanéum; ceux qui marchent sur les doigts n'en ont pas. Cette tubérosité offre chez les kaiiguroos un grand développement et forma un levier puissant, à l'aide duquel ces animaux exécutent des bonds d'une grande étendue. Les rongeurs ont aussi le ealcanéum trèsallongé en arrière.

Les édentés n'ont que quatre os au rarse , le ealcanéum, l'astragale et deux cunéiformes. Leur pied ne posséda que des mouvements de latéralité; il ne peut ni se relever, ni s'abaisser. Cette disposition, très-favorable pour l'action de grimper, rend leur marche lente et pénible. Les pachydermes ont le tarse très-court; les ruminants ont le cuboïde et le scaphoïde soudés ensemble, k l'exception du chameau, qui les a distincts. Chez les oiseaux, le tarse et le métatarse sont réduits k un seul os, qui s'articule directement avec le tibia. Dans cette dernière classe d'animaux, on donne généralement le nom de tarse à toute la portion de la patte qui est dénudée de plumes; sa longueur présente de grandes variétés. Très-petite chez les oiseaux conformés spécialement pour le vol, elle devient très-grande chez ceux qui, comme les échassiers, vivent sur les rivages ou dans les marais.

Chez les reptiles, si nous prenons comme type le crocodile, le tarse a cinq os, le ealcanéum, l'astragale et trois cunéiformes.

TARSE, ancienne ville d'Asie Mineure, aujourd'hui Tarsous (v. ce mot). Elle eut, diton, Sardanapale pour fondateur, fut ensuite occupée par une colonie d'Argiens, et avait atteint un certain degré de prospérité, lorsque Cyrus le Jeune vint mettre le siège devant ses murs. La ville avait alors pour chef un satrape indépendant , nommé Syennesis.

Prise d'assaut et pillée pur Cyrus, elle réussit néanmoins à conclure la paix avec le vainqueur. Plus tard, Alexandre le Grand la prit à son tour sans résistance; c'est près de Tarse que le conquérant, à la suite d'un bain dans le Cydnus, faillit terminer brusquement une carrière déjà illustre. Après la mort d'Alexandre, Tarse échut aux Séleucides, puis aux Ptolémées. Réduite par Pompée en province romaine, elle prit parti pour César, lors de la guerre civile, et reçut, en récompense de sa fidélité, avec le titre de Juliopolis, qu'elle ne conserva d'ailleurs que peu de temps, la visite de l'auteur des Commentaires. Après la mort tragique de César, Cassius se souvint de cette faveur due à un dévouement qu'il condamnait ; il marcha contre Tarse a la tète de ses troupes, emporta la place d'assaut et la livra au plus horrible pillage. Tarse reconquit ses privilèges sous le gouvernement d'Antoine, qui y séjourna avec Cléopâtre et y donna ces fêtes, devenues légendaires, en l'honneur de la célèbre reine d'Egypte. Plutarque nous apprend, en effet, que ce fut sur le. Cydnus, près de Tarse, que Cléopâtre fit, en costuma d'Amphitrite et montée sur une galère éclatante de pourpre et de dorures, la promenade triomphale dont la peinture a plus d'une fois immortalisé le souvenir. Tarse reconnut de bonne heure la souveraineté d'Auguste et dut à son obéissance de conserver jusqu'à la fin de l'empire la faveur souveraine. La ville, pendant toute

période des guerres contre les Parthes et

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les Perses, devint le quartier général des opérations militaires. Les empereurs Tacite, Maximin et Julien moururent a Tarse; les deux derniers y furent enterrés. Après la chute de l'empire romain, la villa tomba au pouvoir des Sarrasins. Au x« siècle, Nicéphore réussit un instant à la recouvrer; mars Tarse ne tarda pas à être reprise par les musulmans. Elle n'a cessé, depuis cette époque, de faire partie de l'empire ottoman. Tarse a vu naître saint Paul. Elle a produit, en outre, un grand nombre de littérateurs et de philosophes.

Un concile fut tenu à Tarse en 431 ou 432. 11 fut assemblé par Jean d'Antioche et Alexandre d'Hiéraple, à leur retour du Concile d'Ephèse. Ils y entreprirent de nouveau de déposer saint Cyrille et, avec lui, les sept évêques que le concile d'Ephèse avait députés a l'empereur Théodose, et qui avaient été appelés à Constantinople pour l'ordination de Maximien. Théodoret et les autres Orientaux qui se trouvèrent à ce conciliabule promirent de ne consentir jamais à la déposition de Nestorius.

Mais, dès 435, les évêques de la première Cilicie, ayant à leur tête Helladius, métropolitain de Tarse, reçurent solennellement, dans un concile tenu à Tarse, les décisions d'Ephèse, anathématisèrent Nestorius et adoptèrent la paix faite entre saint Cyrille et Jean d'Antioche.

Un dernier concile fut réuni a Tarse en 1177 par le roi d'Arménie, Léon. Les grecs avaient fait aux arméniens des propositions pour se réunir à eux. Les arméniens étaient alors très-attachés à l'Eglise romaine ; ils refusèrent aux frrecs de se servir, comme ceux-ci l'ont toujours fait, de pain levé dans la messe, en même temps qu'ils convinrent d'y mêler dorénavant de l'eau au vin. Ils exhortèrent enfin les grecs à se réconcilier comme eux avec le siège de Rome et à en reconnaître la suprématie.

TARSE, ÉE adj. (tar-sé — rad. tarse). Zool- Dont les tarses se distinguent par une couleur différente de celle du corps.

TARSIA (Galéas de), poëte italien, né à Cosenza vers 1476, mort en 1530. Il suivit d'abord la carrière des armes, servit dans l'armée de Frédéric II d'Aragon, puis entra dans la magistrature et devint régent de la haute cour de la Vicaria, à Naples. Il avait ressenti une violente passion pour la célèbre Vittoria Colonna, et il a exhalé dans de beaux vers le chagrin qu'il éprouvait en voyant cette dame repousser son amour. Ses poésies, composées pour la plupart dans le château de Belmonte, en Calabre, sont remarquables par la fraîcheur des sentiments et par l'énerjiie du style. Elles n'ont été publiées que près d'un siècle après la mort deTarsia, sous le titre de Rime (Naples, 1617, in-12), et on les a souvent rééditées depuis. L'édition la plus complète est celle qui a paru, avec une notice biographique, sous le titre de Vita di G. di Tarsia (1758, in-S°).

TARSIA (Paul-Antoine de), historien italien, né à Conversano (Poutlle) au commencement du xviio siècle, mort à Madrid en 1670. S'étant rendu à Naples, il y étudia la théologie, entra dans les ordres, se lit connaître par quelques essais de poésie latine et fut admis au nombre des membres de l'Académie des Oziosi. Au bout de quelque temps, il quitta cette ville et se rendit en Espagne, pour y administrer les biens que le comte de Conversano possédait dans ce pays. Tarsia s'appliqua alors à l'étude de la langue espagnole et écrivit plusieurs ouvrages historiques, dont l'un contenait contre le gouvernement de Venise des allusions qui firent exiler l'auteur pour plusieurs annéesàGuadalaxara. Ce ne fut que peu de temps avant sa mort que Tarsia put revenir à Madrid. Nous citerons, parmi ses ouvrages écrits soit en latin, soit en espagnol: De S. J.-Baptists laudibus (Naples, 1643, in-4<>) ; Historia divss virginis insuis Cvpersaniensis (Madrid, 1648, in-4°) ; JJistoriarum Cupersaniensium libri III (Madrid, in-4°); Memoriale poiitico-historicum (Madrid, 1657, in-4°), ouvrage qui lui attira le ressentiment du sénat de Venise; Europa carminé descripla (Madrid, 1659, in-16) ; Vida de don Francesco de Queveda Viltegas (Madrid, 1663, in-8°) ; Tumultos de la ciudud y reyno de Napoles en eu anno 1647 (Lyon, 1670, in-4°), sur la révolution, faite & Naples par Masaniello.

TABSIDÉ, ÉE adj. (tar-si-dé — de tarsier, et du gr. eidos, aspect). Mamm. Qui ressemble ou qui se rapporte au tarsier.

— s. m. pi. Tribu de mammifères quadrumanes, de la famille des lémuriens, avant pour type le genre tarsier.

TARSIEN, IENNE adj. (tar-si-ain, i-è-ne — rud. tarse). Anat. Qui appartient au tarse : Os tarsiens. Articulations tarsiennes.

TARSIER s, m. (tar-sié — rad. tarse). Mamm. Genre de mammifères quadrumanes, de la famille des lémuriens, type de la tribu des tarsidés, comprenant plusieurs espèces, qui vivent aux Moluques : Les tarsiers ont tes caractères généraux des lémuriens. (E. Desmarest.) Le tarsier est une espèce de gerboise. (V. de Bomure.)

— Encycl. Ce nom de larster, qui rappelle la longueur assez grande du tarse chez l'animal qui le porte, a été donné par Daubenlon,

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qui a le premier fait connaître le tarsier ; ce qu'il en a dit est déjà fort complet. Cependant, ni lui ni Butfon n'ont décidé de ses véritables affinités, quoiqu'ils en aient parlé en même temps que des makis et des loris. Le galago ressemble encore plus au tarsier qu'aucun autre lémurien, mais il n'a été connu qu'après lui. Cependant le tarsier doit être regardé comme formant le type d'un genre à part, et c'est à tort que de Blainville réunissait ces deux sortes d'animaux. Si le tarsier a, comme le galago, la tête assez forte, les yeux gros, les oreilles grandes, les tarses allongés et la queue plus courte que !e corps, il en diffère parce qu il n'a que trente-quatre dents au lieu de trente-six, par suite de la présence d'une seule paire d incisives inférieures au lieu de deux. En outre, ses dents ont une différence quant à la forme avec celles des galagos; les incisives supérieures internes sont plus fortes et plus longues ; les fausses molaires inférieures sont aussi plus petites et comme geminiformes , et il y a quelques autres particularités dans les autres dents. De plus, le tarsier a les deux os de la jambe réunis dans une grande partie de leur longueur, et le second et le troisième de ses orteils, qui sont plus courts que les autres doigts, sont pourvus chacun d un ongle subule, ou mieux en forme de petit sabot, disposition qui rappelle ce que Ion voit chez la plupart des mammifères australiens marsupiaux, mais avec cette différence que chez le tarsier ces deux doigts restent séparés l'un de l'autre. Le pouce- de ses pieds de derrière est parfaitement opposable, et il est onguiculé ; son ongle est plat et seulement un peu coupé en pointe, comme celui des quatrième et cinquième orteils.

Le tarsier spectre (tarsius speclrum) est encore la seule espèce de ce genre dont on ait bien démontré l'existence ; il a reçu plusieurs dénominations, et divers auteurs ont établi à ses dépens deux ou trois espèces qui n'ont pas pu être acceptées. On le trouve dans les lies de Banka, de Bornéo et de Célèbes, qui font partie du grand archipel Indien; il n'est pas certain que Sumatra le possède, malgré son voisinage de Banka. C'est un petit animal fort gracieux , à pelage de couleur roussâtre, plus ou moins nuancé de brun en dessus et de pris en dessous; sa taille égale à peu près celle du rat commun, mais son corps a plus de rapport avec celui des singes; son museau est court et fin; sa queue longue et velue est plus fournie à son extrémité qu'à la base. Les Malais le nomment sodji. Il est inoifensif, tranquille ou même lent, et il vit surtout d'insectes. On le rencontre dans les lieux boisés. Malgré l'analogie de ses pieds avec ceux des didelphes australiens, nous ne le séparons pas des vrais lémuriens. Peut-être devrait-on lui donner un rang plus élevé parmi ces animaux, car il parait leur être supérieur en intelligence, aussi bien que par quelques-unes de ses particularités anatomiques. Cependant son cerveau manque de véritables circonvolutions.

TARSIPÈDE s. m. (tar-si-pè-de — de tarse et du lat. pes, pied). Mamm. Genre de mammifères marsupiaux, type de la tribu des tarsipédidés.

TARSIPÉDIDÉ, ÉEadj. (tar-si-pé-di-dé — de ta7-sipède,'el du gr. idea, forme). Mamm. Qui ressemble ou qui se rapporte au tarsipede.

— s. m. pi. Tribu de mammifères marsupiaux carnassiers, ayant pour type le genre tarsipede.

TARSO s. m. (tar-so). Miner. Marbre trèsdur de Toscane.

TARSO-MÉTATARSIEN, IENNE adj. (tarso-iiié-ta-Ur-si-aiiî, i-è-ne — de tarsien, et de métatarsien). Anat, Qui appartient au tarse et au métatarse : Articulation tarso-

métatarsibnnb.

— Encycl, Articulation tarso - métatarsienne. Cette articulation, constituée par une série transversale d'arthrodies, est formée par tous les métatarsiens et quatre os du tarse, les trois cunéiformes et le cuboîde. Les trois premiers métatarsiens s'articulent avec les trois cunéiformes; le second est reçu dans une sorte de mortaise constituée par ces derniers ; le quatrième et le cinquième s'articulent avec le cuboîde. L'interligne articulaire forme une courbe irrégulière, à convexité dirigée en avant. Les moyens d'union sont : îo sept ligaments dorsaux , cinq pour l'union des cunéiformes et des trois premiers métatarsiens, deux pour l'union des deux derniers avec le cuboîde; le plus interne va du premier métatarsien au grand cunéiforme; trois moyens vont des trois os de la mortaise signalée plus haut au second métatarsien ; le cinquième va du troisième métatarsien au troisième cunéiforme. Les ligaments qui unis sent le troisième métatarsien et le premier cunéiforme, le cinquième métatarsien et le cuboîde sont les plus puissants; deux de ces ligamea^ssont obliques : ce sont ceux qui partent des bords de la mortaise, c'est-à-dire du premier et du troisième cunéiforme, pour s'insérer au second métatarsien ; les cinq autres sont horizontalement dirigés d'arrière en avant; i° cinq ligaments plantaires, qui vont en diminuant d'épaisseur et de résistance à mesure que l'on se rapproche du bord externe du pied. Le plus interne unit le premier cunéiforme au premier métatarsien; le second va obliquement du premier cunéiforme à l'ex-

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trémilé postérieure du second et du troisième métatarsien; c'est le plus solide des ligaments plantaires; le troisième est mince et souvent confondu avec le tendon du jambier postérieur qui le renforce ; il va du troisième cunéiforme au troisième métatarsien; les deux derniers ligaments plantaires ne sont autre chose que deux expansions du ligament calcanéo-cuboïdien inférieur, qui forment la gaine du long péronier latéral; 3° trois ligaments interosseux peu importants, logés entre les métatarsiens et les os du tarse. Les moyens de glissement de ces articulations sont deux synoviales habituellement indépendantes : une pour l'articulation du premier métatarsien et du premier cunéiforme; la seconde est commune aux autres articulations tarso-métatarsiennes.

— Désarticulation tarso-métatarsienne. On appelle ainsi en chirurgie une opération qui consiste à désarticuler les os du métatarse. Cette opération a encore reçu le nom d'amputation de Lisfranc, ce chirurgien ayant inventé un procédé qui est le seul employé aujourd'hui. En voici la description d'après le docteur Alphonse Guérin. Les points de repère de la désarticulation de Lisfranc sont : en dedans, le tubercule interne de l'extrémité postérieure du premier métatarsien; en dehors, l'énorme tubercule du cinquième; immédiatement en arrière de ces deux points, on rencontre deux articulations qui, une fois ouvertes, facilitent beaucoup le reste de l'opération. Pour trouver ces deux points de repère, glissez la pulpe du doigt indicateur sur la face interne du premier métatarsien jusqu'à ce que vous rencontriez une petite saillie; c'est là le premier point de repère. Glissez ensuite l'autre doigt indicateur sur la face externe du cinquième métatarsien jus-' qu'à la partie la plus reculée de son tubercule. Il n'est point difficile de trouver ce dernier point de repère; il n'en est pas de même du premier, et l'on voit souvent le tubercule du premier métatarsien être dépassé par le doigt du médecin qui s'arrêtait sur celui du premier cunéiforme, avec lequel il est facile de le confondre. Pour éviter cette erreur , il faut ne commencer les incisions qu'après s'être bien assuré;, que la ligne qui réunirait le pouce et l'indicateur de la main gauche de l'opérateur est très-oblique d'arrière en avant et de dehors en dedans. Si l'on avait pris le premier tubercule du premier cunéiforme pour celui du premier métatarsien, les deux doigts qui indiquent les points de repère seraient aux extrémités d'une ligne droite presque transversale. Quand vous êtes bien sûr d'avoir trouvé vos deux points de repère, remplaçant l'indicateur de la main gauche par le pouce de la même main et l'indicateur de la main droite par l'indicateur de la main gauche, vous coupez immédiatement derrière vos doigts la peau, le tissu cellulaire et les tendons extenseurs, en décrivant uue courbe convexe en avant. Si la première 'incision n'a pas compris toutes les parties molles, vous faites rentrer le couteau dans la plaie, en lui faisant parcourir en sens inverse la voie qu'il vient de tracer, à la manière d'un archet de violon qui glisserait d'abord du talon à la pointe et, sans désemparer, de la pointe au talon. Dans le second temps, le couteau ouvre presque toujours une des articulations, la première ou la cinquième. Jusque-là, c'est avec le tranchant de 1 instrument qu'on a opéré ; c'est avec la pointe qu'il faudra chercher à ouvrir les articulations. On commence par celle qui est la plus éloignée de la main qui opère. S'il s'agit du pied droit, on ouvre successivement les cinquième, quatrième et troisième articulations; puis, portant le tranchant de la pointe du couteau sur le second métatarsien, on incise son périoste transversalement, d'avant en arrière, jusqu'à ce qu'on ait rencontré la seconde articulation, qui s'ouvre dès qu'on a coupé le3 ligaments dorsaux. La première articulation reste seule; on l'ouvre en portant le couteau obliquement d'arrière en avant et de dedans en dehors, dans une direction qui se croiserait avec celle des trois premières articulations. Si l'on opère sur le pied gauche, on commence par ouvrir la première articulation, et l'on finit par la cinquième. Pour les personnes qui n'ont pas une très-grande habitude d'opérer, il vaut peut-être mieux ouvrir tout de suite les deux articulations extrêmes, afin de n'avoir plus à s'occuper des points de repère; car, lorsqu'on commence, on trouve qu il est très-fatigant de les indiquer longtemps avec les doigts, qu'on a peine à teuir dans une immobilité complète. Les ligaments dorsaux du pied ayant été coupés, les os sont encore maintenus en pince par te ligament qui, à la face plantaire, s'étend obliquement du premier cunéiforme à l'extrémité postérieure du second et du troisième métatarsien. C'est pour en faire la section que Lisfranc a donné le conseil de plonger le couteau obliquement au-dessous d'eux et de le relever subitement. Voici comment on fait ce temps de l'opération : le chirurgien, tenant l'extrémité du manche du couteau dans la paume de la main, et ayant le doigt indicateur étendu sur la partie du manche qui correspond au tranchant, le dos de l'instrument étant tourné vers l'opérateur et son tranchant vers l'opéré, le chirurgien, disonsnous, plonge le couteau ainsi tenu sous un angle de 45° entre les deux premiers métatarsiens, de manière que sa pointe dépasse un peu

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le niveau de la tête du second de ces os. Alors, saisissant le couteau à pleine main, comme un poignard, il le redresse dans une direction verticale. Dans ce mouvement, le ligament qui est pour ainsi dire la clef de l'articulation tarso-métatarsienne étant coupé, rien ne s'op-

ftose plus à l'écartement des surfaces articualres, qu'on opère en complétant la section des ligaments plantaires. Dès que les surfaces articulaires sont suffisamment écartées, on fait sur la partie du pied correspondant à la main qui opère une incision longitudinale, au moyen de laquelle on glisse sans difficulté le couteau à plat (le tranchant dirigé vers l'opérateur) entre les os et les parties molles, jusqu'à ce qu'il soit parvenu au delà des os sésamoïdes de l'articulation du premier métatarsien avec le gros orteil. Le tranchant de l'instrument venantsouvent heurter contre ces petits os, il faut, pour les éviter, imprimer au pied un mouvement de bascule, au moyen du médius et de l'indicateur qui correspondent à la face plantaire, mouvement dans lequel, le bord postérieur des sésamoïdes étant relevé avec les métatarsiens, le couteau passe sans difficulté entre eux et la peau qui les recouvre ; saisissant alors la partie du pied qu'on veut enlever entre le pouce qui presse sur l'extrémité postérieure des métatarsiens et les autres doigts qu'on applique sous les orteils, on peut tendre le lambeau et le tailler en promenant lentement le tranchant du couteau d'un côté à l'autre, de sorte que la partie interne soit plus longue •que l'externe. Quelque soin que Ion apporte à arrondir ce lambeau et à le couper de manière qu'il s'adapte exactement au reste de la plaie, presque jamais il n'est irréprochable ; c'est pour cela que plusieurs chirurgiens sculptent le lambeau de dehors en dedans, avant de passer le couteau entre les parties molles et les métatarsiens.

TARSO-PHALANGIEN, IENNE adj. (tarso-t'a-lan-ji-ain, i-è-ne — de tarsien, et de phalangien). Anat. Qui appartient au tarsa et aux phalanges : Ligament tarso- phalangien.

TARSORRHAPHIE s. f, (tar-so-ra-f! — de tarse, et du gr. raphé, suture}. Chir. Suture des cartilages tarses.

TARSOSTÈNE s. m. {tar-so-stè-ne — de tarse, et du gr. sténos, étroit). Entom. Ge»re d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des malacodermes, tribu des clairones, comprenant deux espèces, dont une vit en Europe et l'autre dans l'Afrique australe.

TARSOCS, anciennement Tarse, ville de la Turquie d'Asie, ch.-l. de livah, dans l'eyalec et à 34 kilom. S.-O. d'Adana, sur la rive droite du Karasou, à 12 kilom. de la Méditerranée et à 25 kilom. de son port, qui est Mersine ; par 36» 46' 30" de latit. N. et 30° 26' 30" de longit. E.; 12,000 hab. Tarsous s'élève dans une plaine que limitent le Cydnus et une ligne de montagnes peu élevées. La surface de terrain occupée par la ville actuelle est bien restreinte si on la compare à l'emplacement de la ville antique. Pour en donner une idée, il suffira de dire que la cité primitive était traversée parle Cydnus, qui coule maintenant à plus de l kilom. des faubourgs de Tarsous. C'est avec les ruines de l'ancienne Tarse qu'ont été bâties la plupart des maisons de la ville actuelle; elles sont presque toutes couvertes en terrasse. Une partie de la ville est entourée d'un mur qui fut élevé, dit-on, par le calife Haroun-al-Raschid. La ville, très-peuplée en hiver, devient presque déserte en été, car la plupart des habitants remontent à cette époque dans les montagnes, fuyant la chaleur accablante et les pernicieuses influences de la cote. Le commerce y est assez actif. C'est là que la majeure partie des négociants de l'intérieur apportent les produits du pays, tels que laine , grains de toute espèce, cire, cuivre, etc., pour les échanger contre du savon, du café de l'Yémen, du sucre de Malte. Lorsque la récolte de blé et d'orge a été abondante, Tarsous peut charger pour l'étranger soixante bâtiments jaugeant ensemble io,000 tonneaux trois quarts en blé, un quart en orge. Les cotons de Tarsous se classent ordinairement en cotons supérieur et inférieur. Ce sont ces derniers qu'on exporte en Europe ; ceux do qualité supérieure sont expédiés sur divers points de l'Asie Mineure. La France s'est approprié, de nos jours, presque tout le commerce qu'autrefois l'Italie centrale entretenait exclusivement avec ce port.

Tarsous possède de beaux monuments, soit de l'antiquité, soit du moyen âge. En voici la description. L'édifice le plus curieux de l'ancienne Tarsous est le Deunuk-Tach (pierre tournante), vaste parallélogramme de 87 mètres de longueur, 42 mètres de largeur et 8 mètres de hauteur,» construit, dit M. Isambert, en poudingue (mélange de petits cailloux, de chaux et de sable liés par un ciment). Dans l'intérieur de ce parallélogramme et aux deux extrémités s'élèvent deux blocs de forme cubique. La base et le pourtour du parallélogramme, ainsi que les constructions qu'il renferme, sont garnis d'un grand nombre de pièces de marbre blanc de la plus grande beauté. Ce même marbre réduit en fragments ou en poussière couvre la partie supérieure des murs d'enceinte; ceux-ci présentent à une certaine hauteur, des cavités symétriques qui recevaient évidemment des plaques

de mnrbt î, aujourd'hui disparues. En 1836, M. Giilet, consul de France a Tarsous, lit pratiquer des fouilles dans l'intérieur do i:a monument, afin d'en découvrir la destination. Ces tentatives n'eurent aucun résultat sérieux. On ne trouva que des débris de marbre, des fragments de poterie rouge et un doigt en marbre blanc, qui paraissait avoir appartenu k une statue colossale placée jadis dans l'édifice. Sa destination est restée jusqu'ici l'objet d'opinions diverses entre les savants. Cependant le pins grand nombre s'accorde a considérer le Deunufc-Tach comme un monument funéraire, et quelques-uns croient pouvoir aflirmer que les deux cubes tout au inoins sont des tombeaux: M. Victor Langlois pense que ce pourrait bien être le tombeau de Sardanapale I". Quoi qu'il en soit, le Deunuk-Tach remonte à une trèshaute antiquité; c'est un produit de l'art asiatique, mais un produit légèrement modifié par des restaurations faites à l'époque de la domination grecque. » Le Dennuk-Tach est situé dans un jardin, au sud de la ville, sur la rive droite du Cydnus. Signalons aussi le château, qui domine la ville <;t dont lu construction est attribuée à 8;ijazet; on monument circulaire, dont on ne connaît pas la destination primitive; les ruines d'un théâtre, etc.

TAHSUL, village de la Côte-d'ûr, cant.

d'Is-snr-Tille, arrond. et à 32 kilom. de Dijon, sur l'Ignon ; 227 hab. Mine de fer, forges, hauts fourneaux. La commune de ce nom ii 057 hectares de superficie.

TARTAGLIA (Ange-Labello) , condottiere italien, qui vivait k la fin du xivo et au commencement du xve siècle. Jl fut pendant longtemps le premier lieutenant de Sforza, avec qui il se brouilla pendant le siège de Pise (1406), entra alors au service de Braecio de Montone, qui lui donna, en 1416, tous les fiefs possédés par Sforza dans l'Etat do Sienne, puis accepta, en 1421, un commandement dans les troupes du pape Martin V. Dans cette situation, il se trouva de nouveau sous les ordres de Sforza, devenu son implucable ennemi. Ce dernier le fit arrêter a Avette, ordonna do le mettre à" la torture pour le contraindre à révéler ses intelligences avec Braccio, alors en lutte contre le pape, puis lui fit trancher la tête. Les soldats de Tartaglia indignés abandonnèrent aussitôt Sforza et se joignirent à Braccio de Montone.

TARTAGLIA (Nicolas), géomètre italien, né au commencement du xvie siècle, d'une famille pauvre de Brescia, mort à Venise en 1557. Son nom, qui signifie le Bègue, lui vint d'une blessure qu'il reçut tout enfant lors de la reprise de Brescia par Gaston de Foix (1512). Orphelin et dénué de tout moyen d'instruction, il sut vaincre tous les obstacles et devint, k force de travail, l'un des premiers mathématiciens de son siècle. Il professa successivement k Vérone, à Vicence , k Brescia et enfin à Venise. Tartaglia se trouvait dans cette dernière ville lorsque, en 1535, del Fiore lui proposa une sorte de duel scientifique qu'il accepta. En deux heures, il résolut toutes les questions proposées par son adversaire, qui ne put parvenir k résoudre aucune de celles que Tartaglia lui avait posées. L'année sui- \ante, Zuano da Coi vint trouver Tartaglia, lui demanda de lui communiquer les trente questions qu'il avait propoiées k del Fiore, obtint de lui la solution d'un cas particulier de la première de ces questions, puis se rendit à Milun (1538), où il parla à Cardan de Tartaglia et lui dit que ce savant était en possession du procédé de résolution des équations du troisième degré, mais qu'il ne voulait point révéler sa découverte. Cardan écrivait alors son Ars magna. Désireux d'enrichir son ouvrage de cette découverte importante, il entra en correspondance avec Tartaglia, l'engagea à venir a Milan en lui annonçant que le marquis del Vasto, dont il vantait la libéralité, l'attendait avec impatience, et finit par le décider à venir le trouver (1539). 11 renouvela alors avec encore plus d'instance ses obsessions; et Tartaglia consentit enfin à iui communiquer l'ingénieuse solution qu'il avait trouvée des équations cubiques, après lui avoir fait prêter le serment de lui garder le plus inviolable secret. Mais Cardan ne tint aucun compte de sa promesse. Grâce à son élève Luigi Ferrari, il parvint à donner de l'extension aux règles de Tartaglia, à résoudre les équations du quatrième degré, et publia ces connaissances nouvelles dans son Ars magna (1545). Tartaglia, ayant lu cet ouvrage, se plaignit du procédé de Cardan et cria au parjure. « Une réponse orgueilleuse faite a ses réclamations, dit Angélis, le mit dans une telle fureur qu'il pensa en perdre l'esprit. Ne songeant plus qu'à humilier son rival, il eut recours à une sorte de duel littéraire alors en usage. Les deux champions , après s'être quelque teiqps provoqués par des problèmes, s'envoyèrent des cartels, dans un desquels Tartaglia, qui se montrait le plus emporté, menaçait Cardan et son disciple Ferrari de leur laver la tête ensemble et d'uu seul coup, ce que ne saurait faire aucun barbier d'Italie. » Le rendez-vous pour la lutte fut fixé au 10 août 1548 dans l'église de Santa-Muria-del-Giardino, à Milan. Mais Cardan n'y vint pas et Tartaglia dut se borner à entrer en lice avec Ferrari. Tartaglia entama la discussion eu relevant une erreur

TART

de Cardan dans la solution d'un problème qu'il lui avait adressé. Le public, qui se composait en grande majorité de partisans de ses adversaires, manifesta aussitôt par ses violents murmures son hostilité, et Tartaglia, ne se trouvant point en sûreté, s'évada secrètement de Milan, sans vouloir continuer plus longtemps la lutte.

Il serait bien difficile de savoir si on doit lui attribuer exclusivement la résolution de l'équation du troisième degré. Il n'est pas douteux qu'il ait trouvé la formule de la racine positive de cette équation, dans le cas où les deux autres sont imaginaires; mais Cardan, k qui il avait donné communication de cette formule, prétend qu'elle avait été découverte trente ans auparavant par Scipion Ferrei, professeur de mathématiques k Bologne ; que Florido, disciple de Ferrei, avait donné à Tartaglia des indications suffisantes relativement à cetie importante découverte, et que celui-ci n'avait fait que retrouver de son côté ce qui était dfja connu de Ferrei.

Cardan, qui, si on l'en croit, avaitlui-méme trouvé, sivec l'aide de son disciple Ferrari, la démonstration de la formule de Tartaglia, avait cru pouvoir la publier dans son Ars magna, et il ne semble pas qu'on puisse l'en blâmer; mais Tartaglia ne pensa pas comme nous et accusa hautement Cardan d'infidélité et de plagiat- C'est alors que Cardan publia le récit que nous avons rapporté plus haut, et les circonstances permettent de le regarder comme inventé pour les besoins de la cause de son auteur.

On doit encore à Tartaglia plusieurs découvertes inoins importantes et la première application des mathématiques k l'artillerie et a l'art militaire. 11 devina la condition de la , portée maximum des pièces d'artillerie, mais on pense bien qu'il n en avait aucune théorie exacte. Son raisonnement se réduit k ceci, que, la portée se trouvant nulle sous les inclinaisons 0° et 90°, elle doit être la plus grnnde possible sous l'angle de 45°.

On cite, parmi ses ouvrages : Nuova scienza, cioè invenzione mtovamente trovata utile per ciascuno speculativo matematico bombardiero ed altri (Venise, 1537), traduit en français parReiflel (Paris, 1845-1846, in-s°); Quesili ed invenzioni diverse (Venise, 1550, in-40), ouvrage contenant des recherches sur l'artillerie, la poudre, la défense des plares; La 7'ravagliata invenzione (Venise, 1551), écrit dans lequel il propose un nouveau procédé pour tirer un navire du fond de la mer ; Ragionamenti sopra la Travagliata invenzione (Venise, 1551, in-4°); Générale traltato de numeri e misure (Venise, 1556-1560, 2 vol. in-fol., avec fig.); Traltato di aritmetica (Venise, 1556, in-4°) , traduit en français (Paris, 1578), etc. On lui doit aussi une traduction italienne A'Euclide (1543) et une édition des Œuvres d'Archimède (1543). Ses quatre principaux, traités ont été réunis et publiés sous le titre d'Opere ( Venise , 1506 , in-40).

TARTAGLIA (le bègue, le bredouilleur ).

C'est un masque originaire de Naples, le plus souvent valet bavard qui, ne pouvant venir k bout d'articuler ses mots pour formuler ses idées, se met dans une colère perpétuelle contre les autres et contre lui-même. 11 est néanmoins gros et gras. De grandes lunettes bleues lui cachent les trois quarts du visage pour exprimer qu'il a la vue basse et qu'il ne veut pas être surpris par le danger ; car, bien qu'il se fasse fort de tout braver et de tenir tête k un éléphant, il va se cacher sous des bottes de foin s'il entend le chant du coq.

Créé, dit-on, par Beltrani de Vérone, en 1630, le premier Tartaglia est représenté la ligure imberbe, la tète chauve, coiffé d'un chapeau rond en feutre gris, avec une vasto collerette de percale; il a Je manteau, la veste et le pantalon de couleur verte, rayés transversalement de bandes blanches , les bas blancs et les souliers de cuir brun ou jaune. Mais Tartaglia subit comme tous ses confrères les modifications apportées par la mode. Fiorilli le joua, en 1750, avec la toque et la culotte courte, retrancha les raies jaunes et galonna la livrée verte de brandebourgs d'argent.

Aujourd'hui, k Naples, Tartaglia porte la perruque blanche, le tricorne et un habit vert de forme Louis XV, les bas chinés et les souliers k boucles. Voila le Tartaglia moderne, bégayant le dialecte emphatique et saccadé de Naples. Les choses les plus libres et les plus bouffonnes sont débitées par lut avec un sang-froid et un sérieux imperturbables. Aussi est-il fort commun que l'acteur qui joue Tartaglia aille souvent passer la nuit et parfois quatre ou cinq jours en prison. C'est chose acceptée par les acteurs et le public, et personne ne s'en préoccupe.

Ce type fut peu employé en France. 11 remplissait des rôles d'utilité et n'avait guère plus d'une scène par canevas. Il jouait, en outre, les rôles de notaire, de sbire, de procureur, de juge, parfois d'apothicaire; mais c'était toujours un personnage ridicule et bafoué. Turtaglia ne fut en France qu'un balourd fort Bête, fort laid, tout à fait ignare et n'eut qu'un succès de gros rire. Favatt, en 1761, redoutait ses syllabes indécentes pour une nation « dont les oreilles sont d'autant plus chastes que les moeurs sont plus corrompues. • M. Maurice Sand cite, dans le second volume de ses Masques et bouffons de

TART

la comédie italienne (p. 3ÎG et suiv.), une scène fort plaisante du Collier de perles, do 1702, où Tartaglia écrit b. sa manière le testament d'Arlequin. Est-ce que le juge Bridoison de Beaumarchais n'est pas, d un peu loin, parent de Tartaglia?

TARTAGN1 (Alexandre), jurisconsulte italien, né à Imola (Romagne) en 1424, mort à Bologne en 1477. Il eut pour maîtres Jean d'Imola et Anamin, professa le droit avec beaucoup de succès à Padoue, à Ferrare, a Bologne, reçut le surnom de Docicur de la «crîté et compta un grand nombre d'élèves. Turtugni a composé des ouvrages qui jouirent de son temps d'une grande vogue. On lui doit des Commentaires sur le Digeste, sur le code, sur les clémentines, sur les décrétais. Dumoulin faisait grand cas de ses Cousilia, qui lui furent très-utiles.

TARTAN s. m. (tar-tan. — L'origine de ce mot est inconnue. C'est peut-être un mot écossais de la même famille que le kymrique toron, toryn, manteau, et le sanscrit tari, tari, bordure flottante d'un vêtement, ttiranga, vêlement, étoffe, de la racine tar, flotter; on pourrait aussi le rattacher à la racine tar dans l'acception de traverser, d'où le persan târ, iârah, chaîne de tissu et fil. 11 est possible que le primitif écossais soit un composé dont la première partie correspondrait aux formes que nous venons d'indiquer, et dont la seconde appartiendrait k la même famille que l'irlandais tona , tonach, vêlement, tun, chemise, tonu, luiun, peau ; kymrique to'ii, peau, écorce, latin tunica, tonique, persan lanah, étoffe, ossète tuna, même sens, sanscrit tantra, vêtement, tanu, tûnu, peau, de la racine tau, tendre). Etoffe de laine a carreaux, qu'on emploie beaucoup en Ecosse: Cette vieille femme était enveloppée d'étoffe dite tartan. (Balz.) Il Vêtement, et particulièrement Châle de cette étoffe : Un grand tartan. Mettre son tartan. La vieille femme était assez proprement vêtue d'une robe brune, d'un tartan d carreaux rouges et noirs et d'un bonnet blanc. (E. Sue,) flobert Bruce, caché sous le tartan d'un montagnard, sort de la chaumière nû t'avait fait entrer le vacarme de la chasse. (Th. Gaut.)

TARTANE s. f. (tar-ta-ne. — Ce mot, qui correspond à l'italien , espagnol, portugais lartana, vient du bas latin iarida, tarela, tarta, qui vient lui-même de l'arabe-égyptien taridah, nom d'un vaisseau affecté spécialement au transport des chevaux. Un pourrait peut-être comparer le russe tara, espèce de bateau, ancien polonais tratwa, radeau, et le Sanscrit tara, radeau, tari, tarant, taritri, tarauti, bateau ; de la racine tar, traverser, proprement le bateau qui traverse les eaux). Mar. Petit bâtiment k deux mâts et portant une voile triangulaire , en usage sur la Méditerranée : Combien vous faut-il d'hommes pour faire manœuvrer votre tartanb ? (Scribe.)

— Pêche. Sorte de petit filet analogue au ganguy, employé sur les côtes de la Méditerranée : Pêcher à la tartane.

— Sorte de voiture en usage dans les environs de Valence, en Espagne : La tartans de Valence est une caisse recouverte de toile cirée et posée sur deux roues, sans le moindre ressort. (Th. Gaut.)

Tarioue (la), musique de Labarre. Les jeunes Grecques à l'œil noir, les tartanes et autres vaisseaux romantiques, si complaisainment détaillés par M. Hugo dans son poème de Catiaris, ont singulièrement vieilli. On ne saurait imaginer aujourd'hui ces choses-lk sans la guitare, dont le bourdonnement les accompagnait avec cette incorrection harmonique si fantaisiste que l'on peut contempler avec étonnement sur les vieilles musiques gravées à cette époque. Aujourd'hui, tout cela est parfaitement ridicule. L'air do Labarre a pourtant surnagé ; il doit incontestablement cette bonne fortune à l'allure nettement décidée de son rln thme, car, en elle-même , la mélodie est légèrement triviale; et puis, considérée Isolément, elle est d'une franchise d'harmonie douteuse ; on est assez surpris de cette terminaison du couplet en mi mineur, alors que tout porte k supposer qu'il va conclure en sol majeur; l'accompagnement nous fait entendre, il est vrai, une sixte augmentée sous la me-iure contenant ces paroles ; Pour l'offrir en hommage, et, de cette façon, cette modulation, au reste très-banale, est assez doucement amenée ; mais, si l'on chante la mélodie toute seule, la première fois la tonalité s'affirme en sol avec une certaine force, et cette brusque arrivée en mi a presque quelque chose de uésagréable.

TART

Allegretto.

Refraih. En-tre dons ma tar -ta - ne, Jeu- ne

Grecque & Tccil

l^pgggpgpjgii

heur, mon es • potrî

lûr COUPLET

?^S=PipiÉ^i

Nous i - rons, le ma - tin, d - cu-

Tu se -ras ma «ni - ta - ne, mon bon-

Des pê-cheurs né- gli - gents ra-mas-

aizz:atrzrg — 1~ :

zmi

ser le co - rail

t=±=t=tÉ=t=:

bâÉki

Puis> a - prôs, en - le - ver quel -que

fet=Ê

=r tzïzzx

vierge au rt - vage.

i^iSiÊiiSii

Pour l'of - frir en hom - mage au ha-

Hf^

rem du se - rail! Ah!

DEUXIÈME COUPLET

Si, parfois, dans sa route, un navire s'e'gyire, Nous appelle de loin implorant du secours," Tu verras galamment commf un Turc s'en empare, Sans écouter jamais d'inutiles discours ! Entre dans ma tartane, t'tc,

TROISIÈME COUPLET

Viens, enAn, contempler mon brillant équipage, Nos turbans de satin, nos habits de brocart; Viens, bel ange d'amour, sous tes lois je m'engage l*e plus riche trésor ne vaut pas ton regard. Entre dans ma tartane, etc.

TARTANELLE s. f. (tar-ta-nè-le — dimin.

de tartan). Coram. Sorte d'étoffe do laine.

TARTARAS, village de la Loire, cant. de Rive-de-Gier, arrond. et à 31 kilom. de Saint- Etienne, sur un plateau dominant le Gier; 433 hab. Très-importantes mines de houillo desservies par un chemin de fer.

TARTARE s. et adj. (tar-ta-re), Géogr.

Habitant de la Tartarie; qui appartient k ce pays ou k ses habitants : Les Tartarks. Les mœurs tartares. Les langues TaUtares. J'aurais fait les Tartares plus Tartares, si les Français étaient moins Français. (Volt.) Il On dit aussi tatar, are.

— s. m. Ancien nom des courriers officiels, k Constantinople : Dépêche portée par un TARTARE du grand vizir. Il Valet militaire de la maison du roi de France.

— Loc. adv. A la tartare, A la manière des Tartares : Je vous garde une copie de cetie lettre, pour vous régaler quelque jour d'une pièce d éloquence k La tartare. (Chaulieu.)

— Art culin. Se dit d'une manière de servir certains mets, panés et grillés, avec une sauce froide k la moutarde : Poulets à la tartare.

Il Sauce à ta tartare ou simplement 2'arlare, Sauce froide k la moutarde : Servir du poisson grillé, avec une tartare.

— Encycl. Linguist. Le groupe d'idiomes connu sous le nom de souche tartare appartient k la famille touranienne ou à la classe des langues agglutinantes. Et d'abord définissons le caructère particulier de cette classe. On peut, comme le remarque le savant Schleicher, établir une foule de divisions et de subdivisions dans la grande masse des langues qui se trouvent placées entre ht ilexion d'un côté et la non-expression de la relation de l'autre. On entend par agglutination eu général l'adjonction légère des syllabes de relation au mot de racine ou de signification. Dans quelques-unes de ces langues, la notion de signification est entendue plus largement, la relation y remplit un espace plus considérable que dans d'autres idiomes de cette classe; la phrase entière s'y agglomère parfois en un seul mot, puisque le radical du verbe même y est capable de s'agglomérer quelques mots de signification indépendante. Guillaume de Himiboldt appelle les langues de cette espèce des idiomes à incorporation. Le principe d'agglutination restreinte apparaît dans les langues tartares d'une façon évidente.

Les Toungouses, les Mongols, les Turcs et les autres peuples appartenant k la grande famille finnoise ou tchoude parlent tous l'idiome tartare. Leur origine doit être cher-

TART

chêe sur les montagnes d'Altaï. Ainsi, on peut se servir également des noms tartarique, altaïque, tarlaro-finnois et altaî-ouralique. Depuis les sources du Wardar, en Macédoine, jusqu'à l'embouchure de l'Amour, dans la Manche de Tartarie, et depuis le grand angle formé par l'Obi, non loin de Narvm, en Sibérie, jusqu'au centre de la Perse d'un côté et du Thibet de l'autre, on peut dire que la population est entièrement tartare ou formée par la plus grande partie des peuples qui parlent les langues de cette famille.

Le degré le plus élevé est occupé par la langue finnoise proprement dite, c'est-à-dire par la langue suouri, tandis que la langue mandchoue, un dialecte toungouse, est placée sur le degré le plus inférieur. Le développement s'est donc fait d'Orient en Occident, de la mer Japonaise à la mer Baliique. Voyons leurs signes caractéristiques.

Le radical n'admet jamais que des syllabes se placent à sa tête. Les langues asiatiques de cette souche, surtout le mandchou et le mongol, séparent encore en écrivant les sons de relation. Le turc fait cela rarement; le finnois et le mudgyare ne le font presque jamais et forment un mot inséparable composé de parties. Le finnois se rapproche déjà de Ja flexion. Dans la famille -indo-germanique, au contraire, le développement en formes et en clarté s'est manifesté plutôt en Orient qu'en Occident.

Dans toutes les langues tartares, le régi précède le régissant; ainsi, le génitif aie pas sur le mot dont il est le régime, l'objet a le pas sur son verbe ; il ne peut donc y avoir de prépositions, il n'y a que des postposilions. Cela nous prouve déjà, dit Schîeicher, que ces langues-là ne sont pas d'anciennes langues à flexions dégénérées, dont la flexion se serait peu à peu effacée jusqu'à devenir une agglomération. Au contraire, quand une langue à flexion se met à émousser les terminaisons de ses cas de déclinaison, elle y remédie par des prépositions et par des articles : latin fitii, italien de il, c'est-k-dire del figlio; français de le, c'est-à-dire du fils; le gothique sunaus, du fils, se présente en anglais ■sous la forme prépositionnelle ou articulée de of tke son. Jamais ces langues à flexion ne se servent, dans ce cas, de postpositions ; il faut les sous-entendre, comme, par exemple, au locatif lithuanien pone, qui vient de pana avec un i; cet i n'a été jadis qu'une postposition et s'est fondu dans le nom pour produire la terminaison d'un cas de déclinaison.

Ainsi, la marche organique de la déclinaison est d'abord le radical ( monosyllabe ) , puis le radical suivi d'une postposition (agglutinant) , puis le radical soumis à la flexion; enlin, une préposition suivie d'un radical ; jamais la postposition ne peut revenir ; elle appartient au commencement du développement; les organismes avancés ne s'occupent jamais de nouveau d'un moyen antérieur dont ils ont usé. C'est, comme on le voit, bien autrement compliqué que ce qui a lieu dans les langues tartares.

Du reste, ce que nous dirons encore de la souche tartare prouvera suffisamment que le principe qui a présidé à la création de ces divers idiomes n'est que le principe d'agglutination.

Dans ces langues, il existe une loi qu'on ne saurait, ce semble, rencontrer nulle part ailleurs, si ce n'est dans quelques autres langues touraniennes, la loi de l'harmonie des voyelles. Les voyelles des syllabes de relation sont forcées de se mettre en harmonie avec les voyelles des syllabes de signification. C'est là une manière toute particulière d'assurer à la fois et l'unité du mot et Ja prédominance de la signification sur la relation, qui s'exprime souvent (comme dans la conjugaison turque) par une longue file de syllabes. Ces deux avantages seraient difficiles à obtenir dans les langues agglutinantes, sans l'observation de la loi des voyelles.

Voici comment les idiomes tartares ont résolu cette difficulté. Ils ont créé pour les radicaux des voyelles dures, molles et moyennes. Les dures sont a, o, ou; les molles sont ai (e), eu, tt, et les moyennes sont t ou e. De là est provenue la loi d'harmonie suivante :

10 Avec des voyelles de radical dures, les voyelles de terminaison sont dures aussi.

20 Avec des voyelles de radical molles, les voyelles de terminaison sont molles aussi.

30 Des voyelles moyennes réclament presque toujours des voyelles de terminaison modes.

40 Des voyelles dures et moyennes du radical réclament des voyelles de terminaison dures.

5U Les voyelles molles et moyennes du radical réclament des voyelles de terminaison molles.

Les exemples abondent dans les divers idiomes agglutinants :

10 Turc : aghâ, maître; pluriel : aghâ-lar.

Madgyare : youh, mouton, youh-asz-nak, au berger.

Mudgyare : haz, maisoD, haz-bol, de la maison.

2» Turc : er, homme ; pluriel : er-ler.

Madgyare : kert, jardin, kert-esz-nek, au jardinier..

Madgyare : kert, jardin, kert-bol, du jardin.

30 Madgyare : sir, tombeau, sir-nak, au tombeau.

Turc : giz, fille, giz-ler, filles.

Madgyare : indit-ok, je mets en mouvement.

Madgyare : szepit-ok, j'embellis.

4° Finnois : papi, prêtre, papi-lta, du prêtre.

Madgyare : mosdit-ok, j e mets en mouvement.

5° Finnois : terais, acier (la forme primitive est teraiicsé), ieraikse-ltai, de l'acier.

Toute la souche tartare se divise en deux grandes masses essentiellement distinctes. L'une, la famille tartare proprement dite, ou famille d'Altaï, orientale-asiatique, embrasse le toungouse, dont le mandchou est un dialecte, le mongol, le turc; l'autre, la famille tartare d'Oural, occidentale-européenne, se compose des langues finnoises , appelées tchoudes chez les Slaves.

Nous ne croyons pouvoir mieux terminer ce travail qu'en donnant l'indication des principaux ouvrages qui ont paru sur les langues de cette famille : Grammaire de la langue des Tartares Mongols, traduite d'un manuscrit arabe, dans le Recueil des Voyages de Melchisédech Thévenot (1663-1672). Théoph.

Siegfr. Bayer, Orthographia mongolica; Etemenla lilteraturx mongolicx. Gyarmathi, Affiititas lingux hungaricx cum linguis fenniae originis grammatice demonstrata (1799). Abel Rémusat, Recherches sur les langues tartares (Paris, 1820, in-jo). Schott, Versuch ùber die Tatar Sprachen (Berlin, 1836); Uber das Altaïsche oder Finnischtatarische Sprachgeschlechi (1S49). J.-J. Schmidt, Grammatik der Mongolischen Sprache (Samt-Pétersbonrg, 183!, in-40); Mongolisch-Deutsch-Russiches Wôrterbuch (1835). Alexandre Troyanski, Dictionnaire tartare et russe (Rasait, 1833- 1835, 2 vol. in- 40). J.-E. Kovalefski, Chrestomathie mongole (1836); Dictionnaire mongol-russe-français (Kasan, 1844, in-4<>). p.. L.-O. Rochrig, Eclaircissements sur quelques pflrticularités des langues tartares et finnoises (Paris, 1845, in-S°).

— Hist. Gengis-Khan, chef des Mongols, Ta-ta, Ta-ta-eul ou Tartares, ayant subjugué et enrégimenté dans ses hordes diverses peu- ' plades de race turque, on prit l'habitude en Europe d'appeler indistinctement Tartares les Mongols et ces peuplades, et en général tous les habitants du nord-ouest de l'Asie et du nord-est de l'Europe appartenant aux races mongole et turque. En France, on écrit Tatars et Tartares. « Cette autre forme, dit Schnitzler, doit son origine à une espèce de calembour que l'on attribue au roi de France Louis IX. Quelque temps avant la bataille de Wahlstatt, s'entretenaut avec la reine, sa mère, de l'affreux danger dont menaçait l'Eglise cette nouvelle invasion des barbares, le saint roi calma, selon Matthieu Paris, les craintes de Blanche de Castilie en lui disant : Erigat nos, mater, cœleste solatium, quia, si peroeniant ipsi , vel nos ipsos quos vocamus Tartaros ad suas Tartareas sedes unde exierimt retrudemus, vel ipsi nos omnes ad ccelum advehent.

« Le nom de Tatars, dit Malte-Brun, changé en celui de Tartares, malgré les réclamations des savants, eut une telle vogue dans le xiv«, le xyo et le xvie siècle, qu'il envahit toute l'Asie centrale et septentrionale , et c'est ainsi que le nom d'une tribu devint celui de tout un grand peuple, un nom collectif, dont Mongol était l'équivalent. » Aujourd'hui on désigne sous le nom de Tartares ou Turco-Tartares les peuples de race turque de l'empire russe et du Turkestan , tandis que les Khalkas ou Tsakhars, les Bouriates, les Téléoutes, les Toungouses, les Mandchous, etc., sont compris sous Ja dénomination de Mongols. Tout en distinguant les Tartares des Mongols, il faut néanmoins reconnaître qu'il y a une certaine affinité entre ces deux races. En supposant que leur origine ne soit pas commune, on ne peut contester qu'j la plupart des peuples tartares ont été mêlés d'éléments mongols.

Depuis leur conquête par les Russes, les peuples tartares s'assimilent de jour en jour plus complètement à leurs vainqueurs et les petites tribus disparaissent peu à peu et adoptent la langue et les usages russes.

Nous avons consacré des articles particuliers à chacun des peuples tartares (v. Baskirs, Iakoutes, Kirghiz, Nogaïs, Turcomans. Certains auteurs ont le tort aujourd'hui impardonnable de ranger parmi les Tartares les peuplades mongoles mentionnées plus haut et des peuplades finnoises ou de sang mêlé, comme les Meschtcheriaks, les Tchérémisses, les Tehouvaches, etc.

Parmi les Tartares proprement dits , on distingue ceux de Kiptchak ou d'Astrakan, ceux de Crimée, ceux de Kazan, ceux d'Orenbourg et ceux de la Sibérie. Ces derniers sont subdivisés en une infinité de petites tribus (Touralins, Tartares de Tomsk, de Kouznetsk, etc.).

Un grand nombre de Tartares de Crimée, après la guerre de 1855-1856, ont quitté leur patrie pour ne pas continuer à subir le joug des autorités russes. Cette émigration a beaucoup diminué leur nombre.

Les voyageurs sont tous d'accord pour vanter les Tartares. Le baron de Haxthausen représente ceux do Crimée presque comme des demi-dieux.

■ Ceux de Kazan, dit Muller, forment incontestablement la partie la plus civilisée,

TART

non-seulement des divers peuples tartnroturcs occidentaux, établis encore aujourd'hui sur le Volga, dans l'isthme cauoasique et dans les steppes du gouvernement de Tauride, mais aussi de toutes les branches de cette souche à nous connues. »

«Les mœurs des Turcs, c'est-à-dire des Tartares de Kazan, dit Malte-Brun, se rapprochent infiniment plus de la civilisation européenne. Industrieux, riche, sobre et plein de vertus domestiques, ce peuple vaincu nous semble presque supérieur aux Russes, ses vainqueurs. Une physionomie noble et fine, des yeux noirs et perçants, une longue barbe, leur donnent un air imposant, quoiqu'ils soient généralement d'une taille peu élevée. Leur exactitude aux cérémonies et aux abstinences religieuses n'excluent pas les sentiments d'une tolérance .hospitalière envers les chrétiens. Les Tartares parlent très-purement leur langue natale, la turque, etsaventsouvent le russe etleboukharo-persan. Les écoles fréquentées, les mosquées bien tenues, une grande activité dans les fabriques et dans les ateliers domestiques, tout place cette nation turque à un haut rang parmi les peuples de ces régions.»

« Quant à son caractère, ditErdmann, cette nation est ouverte, hospitalière, amie de la paix et de la conciliation; elle a le sentiment de l'honneur, recherche, il est vrai, la commodité, mais sans être paresseuse, aime l'ordre et la propreté. Leur bienveillance naturelle se manifesterait encore plus ouvertement sans la défiance et la haine nationale que la conquête leur a inspirées contre leurs vainqueurs, et si leur point d'honneur n'était pas fréquemment blessé par le mépris dont ils sont l'objet, ou si le <épit et la répugnance n'étaient pas excites en eux par le joug que leur font sentir des fonctionnaires peu honorables. »

■ Les véritables Tartares, dit M. d'Ennery, ont la taille haute et élancée, les traits assez fins, et se distinguent des Russes par leur propreté, leur sobriété et leur esprit laborieux. » Mais un grand nombre d'enire eux, mélangés depuis des siècles avec les Mongols, ont perdu la plupart des vertus et des qualités de leurs pères. Les premiers s'occupent d'agriculture, de l'éducation du bétail, d'industrie; ils vivent sous leurs mourses ou nobles et leurs bajas ou princes. La plupart des Tartares sont mahoinétaDs; un petit nombre seulement d'entre eux, entre autres les Iakoutes, >ont idolâtres.

Le baron deultaxthausen, après avoir, comme nous avons dit, tracé un tableau des plus flatteurs des Tartares de Crimée, ajoute : ■ Le Tartare est un musulman pieux et zélé, mais il est fort tolérant envers les hommes d'une autre religion et ne montre jamais de fanatisme. »

«Quel hommage ne renferme pas cette description 1 dit Schnitzler, hommage dont la légitimité est confirmée par tous les voyageurs. N'est-il pas étrange qu'il se rapporte à un peuple dont le nom nous sert à nous, orgueilleux enfants de la civilisation, pour désigner cequ'ily a de plus farouche au monde ?■ Cela tient en partie à ce que les Tartares n'ont pas toujours été aussi pacifiques, aussi tolérants qu'aujourd'hui, et surtout à ce qu'on les a sans cesse confondus avec les Mongols.

— Art culin. La sauce tartare se compose d'une mayonnaise blanche à laquelle on ajoute une cuillerée à bouche de farine de moutarde anglaise, des échalotes hachées bien fin, des cornichons également hachés, une cuillerée à bouche de ravigote, si on en a de préparée, une cuillerée à café de très-fort vinaigre et une demi-pincée de poivre de Cuyeniie. Le tout doit être mis dans la mayonnaise au moment de servir. La Sauce tartare est une sauce de très-haut goût, qu'on sert à peu près exclusivement avec le poisson.

Tartares (RECHERCHES SDR LES LANGUES)

ou Mémoires sur différents points de la grammaire et de la littérature des Mandchous, des Mongols, des Ouigourses, des Thibétains, par Abel Rémusat (Paris, 1820, 1 vol. in-40).

Cet ouvrage est un des plus importants de ceux qu'a publiés Rémusat; le tome II, annoncé depuis longtemps, n'a jamais paru; il est resté, dit-on, manuscrit et peut-être inachevé, parmi ceux qu'on a trouvés après la mort de l'auteur.

Ce livre est le premier qui ait jeté quelque jour sur cette terre inconnue, sur cette nation primitive que l'instinct philosophique du xviii»: siècle venait de trouver ou de créer et chez laquelle Bailly plaçait fort légèrement, il faut eu Convenir, le berceau de la civilisation. Rémusat pensa qu'en examinant les nations qui habitent aujourd'hui cette vaste partie de l'Asie, leurs opinions religieuses, leurs langues, leur littérature, leuia rapports entre elles et avec les peuples voisins, on pourrait reconnaître si toute la culture qu'elles possèdent est effectivement le reste d'une culture bien plus parfaite qui se serait propagée de là sur toute la surface du globe, ou si, au contraire, ne remontant qu'à une époque fort postérieure aux plus anciens documents historiques, elle est tout entière d'emprunt et n'a pénétré dans les vastes régions de la Tartarie que par les communications de leurs habitants aveu des nations plus anciennes dans l'histoire de la civilisation, telles que les Perses, les Indiens et les Chinois. Tel était le véritable but et l'objet prin-

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cl pal des recherches d'Abel Rémusat, recherches dont il faut bien reconnaître l'étendue, la variété et la difficulté. On ne peut qu'admirer également la constance avec laquelle il u recueilli des matériaux, comparé les témoignages, poursuivi la vérité à travers mille obstacles que lui opposaient la nature des langues et la multitude des dialectes, la complication des systèmes d'écriture, le défaut de grammaire et l'absence totale ou l'insuffisance des dictionnaires, et enfin l'obscurité des doctrines religieuses et philosophiques.

Le volume qui a paru se compose d'un discours préliminaire et de sept chapitres. Le discours préliminaire contient d'abord un exposé des motifs qui doivent inspirer le désir de connaître mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les nations qui habitent la Tartarie, et il— fait voir que ces peuplades nous offrent dans leurs langages, dans leurs croyances, dans leurs fables mythologiques, dans leur philosophie, dans leur littérature, des problèmes historiques dignes d'attirer notre attention et des moyens d'en trouver, au moins avec quelque vraisemblance, une solution satisfaisante. Les langues sont le principal moyen que Rémusat appelle à son secours pour arriver à la solution de ces problèmes historiques; mais, ainsi qu'il le fait observer, ■ les idiomes de la Tartarie peuvent offrir encore un genre d'intérêt tout différent : c'est celui- qui s'attache à l'étude philosophique des langues, laquelle n'est autre chose en réalité que l'étude des conventions des hommes en ce qui touche de plus près à l'esprit et au caractère intellectuel des différents peuples.» Ici commence une suite d'aperçus également profonds et lumineux, surtout quand on considère l'époque à laquelle ils furent écrits, sur les ressources qu'un esprit observateur peut tirer de l'étude comparée des grammaires et des vocabulaires, pour juger du caractère et du génie distinctifs de chaque peuple, du degré de culture auquel il est parvenu, du système d'écriture qu'il a ou inventé ou adopté, et de l'époque à laquelle s'est introduit chez lui cet art, première base de toute littérature; des révolutions qu'a éprouvées sa civilisation, des rapports qu'il a eus avec d'autres nations, et des vicissitudes de son histoire politique et religieuse; enfin des divers degrés de parenté qui le lient aux autres branches de la grande famille de l'espèce humaine. Cette étude comparée des langues, celle de leurs vocabulaires surtout, offre beaucoup de difficultés, exige beaucoup de précautions; Rémusat ne se le dissimule pas, et il présente lui-même une esquisse des principales règles de critique qui doivent guider le philosophe dans cette carrière périlleuse. Toutefois, il ne craint pas d'affirmer qu'en ne négligeant aucune des précautions indiquées on peut tirer de grandes lumières du vocabulaire d'une nation pour retrouver son origine et déterminer le nombre des races qui se sont réunies pour la former.

Après avoir tracé, en un petit nombre de pages, la marche qu'il a suivie dans ses Recherches, Rémusat termine son discours préliminaire en justifiant contre les préjugés contraires la confiance qu'il accorde aux écrivains chinois, sur l'autorité desquels il s'appuie fréquemment. L^s notions fournies par eux «ont sur les traditions des Tartares eux-mêmes l'avantage d'avoir été écrites par des contemporains et de s'accorder parfaitement, toutes les fois que la vérification so trouve possible, avec les documents qu'on peut tirer des langues. »

Le premier des sept chapitres dont se compose le corps de l'ouvrage traite des Tartares en général et de l'origine de leurs différents noms (v. Tartares). Nous nous bornerons, pour le premier chapitre, à rappeler la division fondamentale que Rémusat établissait entre les peuples qui se partagent les régions de la Tartarie. Après avoir écarté de cette niasse de nations les Samoyèdes, les Kaintchadales et d'autres tribus barbares qui habitent les bords de la mer Glaciale, ainsi que les nations de race péruvienne ou sibérienne, lesVogoules, les Tchéiémisses, las Ostiaks, etc., tous peuples que les nouvelles recherches de la science moderne ont fait ramener depuis à la famille, touranienne, qui comprend aussi la souche tartare, il range les autres Tartares sous quatre divisions principales, qui sont comme quatre grandes familles différant beaucoup entre elles, soit sous le rapport de leurs langues, et par conséquent de leur origine, soit sous celui des usages, des caractères d'écriture ou des religions ; I» les Toungouses, 8» les Mongols, 3» les Turcs, 4» les Thibétains. Cette classification, la première qui ait été établie entra les langues de la famille communément appelée tartare ou talare, n'était certainement pas tout à fait exacte à cause de l'insuffisance des explorations et des recherches entreprises du temps de Rémusat, et la science moderne a dû en séparer lalangue thibétaine, qui appartient bien aussi à la grande famille touranienne, mais qui ne fait pas partie de la souche tartare proprement dite.

L'alphabet syro-tartare est le sujet du second chapitre. Avant de parler en particulier de chacune des langues auxquelles ce3 recherches sont consacrées, M. Rémusat a cru devoir traiter d'un objet qui est commun à presque toutes, c'est-à-dire de l'alphabet usité

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chez tous les Turcs orientaux, chez tons les Mongols et chez les Mandchous. Toutes les discussions contenues dans ce chapitre tendent à prouver que c'est des Mongols que les Mandchous ontemprunté leur écriture, etque les Mongols eux-mêmes ont pria pour modèles les lettres des Turcs Ouïgours; enfin, que leur dernier alphabet n'est qu'une imitation de celui des Syriens Nestoriens. "L'opinion inverse, observe M. Rémusat, qui consiste k fuire dériver le syriaque et tous les autres alphabets qui lui sont intimement liés de l'alphabet ouïgour, parait n'avoir jamais été soutenue sérieusement, mais avancée comme un paradoxe et embrassée momentanément pour sa singularité. » Rémusat explique la direction perpendiculaire qui est un des traits les plus saillant!! des écritures tartares par une hypothèse qui est fort vraisemblable, c'est que les Mandchous, et avant eux les Mongols et les Ouïgours, ayant souvent à traduire des livres chinois et voulant imprimer leurs traductions interlinéairement, ont renversé leur écriture pour s'accommoder à la direction des originaux, et, à l'appui de cette conjecture, Rémusat fait quelques observations qui la changent presque en certitude.

Le chapitre troisième traite de quelques écritures anciennement usitées chez les Tartares ; il n'a pas une liaison bien intime avec le reste de l'ouvrage, mais il ne pouvait manquer d'intéresser vivement les savants qui aiment à remonter k l'origine des inventions humaines et à surprendre pour ainsi dire l'esprit humain dans sa marche.

Les quatre derniers chapitres sont consacrés aux langues des Mandchous, qui font partie de la race toungouse, des Mongols, des Turcs orientaux ou Ouïgours et des Thibétains.

Après diverses considérations sur l'alphabet mandchou, les rapports de la prononciation avec l'écriture et les méthodes employées pour la transcription du mandchou en caractères français, Rémusat analyse le système grammatical de la langue mandchoue, auquel il préfère de beaucoup celui de la langue chinoise ; il énumère ensuite les livres originaux dans lesquels on peut prendre une juste idée de cette langue, et fait quelques réflexions sur la nature vraiment alphabétique de l'écriture mandchoue ; k la différence de plusieurs missionnaires, il regarde le mandchou comme bien inférieur, pour la clarté et la richesse, à la langue chinoise ; il parcourt ensuite les diverses tribus qui parlent aujourd'hui ou ont parlé à des époques antérieures des dialectes de la famille toungouse.

A la langue des Mandchous succède celle des Mongols. Rémusat, après avoir rectifié quelques erreurs de Pal las, auquel l'Europe doit beaucoup de détails curieux sur les Mongols, mais qui n'a pas toujours usé avec critique des matériaux qu'il s'était procurés, et que l'esprit de système a parfois égaré, présente quelques aperçus sur la formation du syllabaire mongol, sur le caractère usité parmi les Olets ou Kalmoukes, les altérations survenues dans le langage parlé des Mongols, d'où sont résultées de notables différences entre l'orthographe et la prononciation, et les caractères principaux par lesquels le langage des Mongols orientaux se distingue de celui des Olets qui habitent à l'occident. Il parcourt ensuite le système grammatical des uns et des autres et fuit remarquer certaines particularités qui rapprochent le mongol oriental du mandchou; il indique les sources où il a puisé, et, quoique 1 aperçu qu'il offre de la grammaire de ces deux dialectes de l'idiome mongol laisse beaucoup k désirer, il faut convenir qu'il a fallu autant de patience que de sagacité pour tirer un si grand parti de matériaux aussi bornés. A cola succède une longue suite d'extraits des historiens chinois concernant les vicissitudes de l'écriture chez les Mongols, l'adoption définitive du caractère ouïgour et les nombreuses traductions faites du sanscrit, du thibétain et du chinois en mongol pendant une partie du .xin" siècle et la première partie du xrvo siècle. Rémusat donne ensuite une idée des divers genres de connaissances qu'on peut espérer de puiser dans les livres mongols quand on les possédera en Europe, et il termine ce chapitre par des considérations sur le genre de rapports que la langue mongole a ou parait avoir avec d'autres idiomes, sur la réserve que l'on doit apporter dans les résultats qu'on pourrait être tenté de tirer de ces rapports, sur l'étendue des contrées où Ton parle le mongol et ses dialectes, enfin sur les origines les plus anciennes de la race mongole.

La langue turque est l'objet du sixième chapitre. Réinusut s'occupe particulièrement de l'ouïgour, qui est l'un des principaux dialectes de cette langue, et, selon lui, le

Îiremier et le plus oriental de tous. Il indique es textes dont l'analyse lui a servi à former l'esquisse qu'il présente de la grammaire ouigoure. Le principal résultat de cette analyse est de constater une ressemblance intime entre le turc ottoman et le turc ouïgour dans toute3 les parties du système grammatical. Dans l'étymologie comme dans la phraséologie, Rémusat ne trouve de dissemblance que sur un seul point, la conjugaison, et il cherche à établir cette opinion, que plus on approfondit le système grammatical de la lan-

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gue turque dans ses divers dialectes, moins on y trouve les caractères qui pourraient y faire reconnaître le langage de ce peuple primitif qui, dans les temps antéhtstoriques, aurait porté la civilisation et la culture de l'esprit humain au plus haut degré de perfection, et chez lequel on a prétendu trouver la source de toutes nos croyances et de toutes nos connaissances. Il recueille encore k l'appui de cette opinion ce que les historiens chinois ont pu lui fournir de relatif aux Ouïgours, qu'ils nous présentent toujours comme une race plongée dans la barbarie. La suite de ce chapitre contient une multitude de notions curieuses sur les diverses branches de la race turque ; le principal résultat de toutes ces recherches historiques est de ramener au centre de l'Asie l'origine et l'habitation de toutes les branches de cette race,

La langue ihibétaine est le sujet du dernier chapitre. Après avoir étudié d'abord l'écriture thibétaine, Rémusat examine diverses questions relatives à la langue thibétaine, tellesque l'opinion qui en a fait une langue monosyllabique,l'introduction d'un grand nombre de mots chinois dans le thibétain, la différence notable que l'on suppose exister entre l'orthographe et la prononciation de cet idiome ; il indique ensuite les sources où l'on peut puiser une connaissance solide du thibétain et entre dans des détails nombreux sur le système grammatical de cette langue; enfin, il parle des emprunts qu'elle a faits à d'autres langues, de ses divers dialectes, de l'usage fréquentquelesThibétains font d'expressions et de formules sanscrites et de l'influence que le bouddhisme a exercée sur la langue sanscrite elle-même considérée dans l'usage religieux qu'en font les bouddhistes du Thibet et de la Chine. A ces considérations purement philologiques succèdent les renseignements historiques fournis par les écrivains chinois; la littérature thibétaine et le détail des contrées où s'étend l'idiome thibétain occupent ensuite quelques pages. Le résultat de toutes ces recherches, c'est que les Thibétains n'ont pas plus de droit que les Ouïgours à réclamer l'honneur d'avoir été, il y u quelques dizaines de siècles, ou les premiers instituteurs du genre humain, ou les premiers disciples formés à l'école du peuple primitif.

Rémusat termine ce volume par un résumé court et précis de tous les résultats que lui ont fournis ses recherches; l'analyse étendue que nous en avons faite nous-jnëme nous dispense de produire ces conclurions.

Le second volume, qui n'a jamais paru, comme nous le disions plus haut, devait contenir les pièces justificatives des assertions d'Abel Rémusat, telles que fragments de dictionnaires, alphabets, textes originaux, etc., et, en outre, beaucoup de corrections et de développements ultérieurs relatifs à des points qu'Abel Rémusat ne croyait pas encore suffisamment éclaircis.

TARTARE, partie de l'enfer du paganisme. Cet enfer était divisé en deux parties : l'une, réservée aux bons qui devaient être récompensés, portait le nom de Champs Elysées ; l'autre, habitée par les méchants qui venaient y subir leur condamnation, était appelée le Tartare.

Le nom du Tartare lui vient de dordorot, ou mieux de dardarot, signifiant habitation éternelle, nom que les Egyptiens donnaient par excellence k leurs tombeaux, Homère nous apprend que Minos, Eacus et Rhadaniante étaient les juges des enfers, et Platon, voulant accréditer les fables des poëtes, place le discours suivant dans la bouche de Socrate : «Ecoutez un discours instructif que vous prendrez pour un mensonge, pour une fable, et qui est pourtant de l'histoire. Après que Jupiter, Neptune et Pluton eurent partagé le royaume de leur père, ils établirent que ceux qui auraient mené une vie irréprochable iraient, après leur mort, dans un séjour délicieux, où ils jouiraient d'une félicité parfaite ; mais, au contraire, ceux qui auront vécu dans l'injustice et dans l'impiété seront précipités dans le Tartare, où ils souffriront d'affreux tourments; un jugement intègre et irrévocable décidera du sort éternel des uns et des autres. Or, sous le règne de Saturne et au commencement de celui de Jupiter, les vivants jugeaient les morts ; Pluton et ses ministres, chargés de tenir la main à l'exécution, se plaignirent à Jupiter de ce qu'il leur venait une foule de morts très-mal jugés. 'Cela provient, répondit Jupiter, de » ce que les hommes jugent les morts et de a ce qu'ils ne sont pas assez justes pour pou-

> voir le faire ; mais k l'avenir Minos, Eacus

> et Rhadamante seront seuls préposés à • l'importante fonction de juger les morts. »

L'opinion commune faisait descendre tous les morts au Tartare; les héros mêmes et les demi-dieux étaient soumis à cette loi, et c'est là qu'ils étaient jugés, et après leur jugement leurs âmes s envolaient vers les champs Elysées, mais leur corps, ou plutôt l'image de leur corps, habitait le Tartare, lieu obscur et froid.

Les poëtes, trouvant le sujet propre k être embelli par leurs fables, en firent des descriptions pittoresques et aussi précises que s'ils en avaient fait le voyage avec les héros qu'ils y faisaient descendre.

La première notion du Tartare et des Champs Elysées venait d'Egypte, au dire de Biodore de Sicile, et elle avait pour fonde-

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ment la croyance à l'immortalité de l'âme, que les prêtres égyptiens enseignaient dès les temps les plus reculés. De 1 Egypte, ce système fut porté dans la Grèce avec les colonies qui y passèrent, et de là en Italie, où l'on ajouta encore de nouvelles fables aux anciennes.

Virgile a réuni toutes ces fictions dans le Vie livre de son Enéide, et son morceau est certainement aussi achevé, peut-être plus, que celui d'Homère qui lui a servi de modèle ; voici la traduction du passage dont nous parlons :

■ Dieux qui gouvernez l'empire des âmes, ombres silencieuses, Chaos, Phlégéthon, lieux où domine au loin la nuit taciturne, qu'il me soit permis de dire ce qui me fut raconté ; que votre divinité me permette de découvrir les grandes choses ensevelies dans les ténèbres de la terre...

• Devant le vestibule même, dans les premières gorges de l'enfer, le Deuil et les Remords vengeurs ont placé leur couche. C'est là qu'habitent les pâles Maladies, la triste Vieillesse et la Crainte, et la Faim, sinistre conseillère, et la honteuse Pauvreté, monstres à l'aspect horrible ; la Mort, le dur Travail et le Sommeil, frère de la Mort, et les coupables Joies de l'âme. >

Il existait, au dire des poBtes, différentes entrées conduisant aux enfers. Ainsi Calypso dit k Ulysse, dans Homère, que la porte de ce lieu est aux extrémités de l'Océan; Virgile en place l'entrée près du lac Averne; d'autres disent qu'elle était au promontoire de Ténare, dans la Laconie; quelques-uns dans les antre* de la Cilicie. Les uns et les autres affirment que, lorsqu'on est descendu sur les rivages des morts, on est obligé de passer les fleuves infernaux dans la barque de C'aron, en payant une obole, et c'est pour cela qu'on avait grand soin de mettre cette petite pièce de monnaie sous la langue de ceux qui venaient d'expirer. Personne n'était exempt de payer ce tribut, si ce n'est les habitants d'Hermione, dans le pays d'Argos, parce qu'ils étaient placés si près de l'enfer qu'ils ne croyaient pas nécessaire de payer leur passage.

Les fleuves de ce pays ténébreux "étaient le Styx, le Phlégéthon et le Cocyte. Ces deux derniers avaient été nommés par les poëtes, et leurs noms signifiaient les pleurs et le feu.

Pour ce qui est du Styx, Hérodote dit qu'il existait en Arcadie, près de la ville de Nonacre, une fontaine de ce nom, dont l'eau, selon Strabon, étaitabominable et, selon Pline, un poison très-subtil. C'était près de ce lieu qu'on s'assemblait pour faire les serments les plus redoutables, et comme les hommes attribuent toujours aux dieux les passions dont ils sont possédés, les poëtes firent croire que les dieux juraient, eux aussi, par les eaux du Styx, et que c'était leur serinent le plus inviolable.

Lorsqu'on avait passé ces fleuves, on trouvait Cerbère qui en gardait l'entrée. L'origine de cette fable vient de ce que, dans l'antre de Ténare, s'était retiré un énorme serpent qui causait beaucoup de ravages, et, cette caverne étant regardée comme une des portes de l'enfer, on dit qu'elle était gardée par un affreux dragon ; car Homère est le premier qui ait considéré Cerbère comme ua chien.

Après avoir avoir traversé ce second vestibule , on rencontrait, avant d'arriver au Tartare, différents séjours qu'on trouve trèsbien distingués dans Virgile. D'abord se présentaient les enfants :

Jnfantumquc anims fientes in limine primo.

Enfin, après avoir traversé plusieurs vestibules que le poëte décrit merveilleusement, on arrivait au Tartare proprement dit, c'està-dire au lieu où les méchants étaient punis de tous les crimes qu'ils avaient commis. Laissons parler le grand poëte:

« Tout k coup Enée regarde, et, sous un rocher, vers la gauche, il aperçoit une vaste demeure ceinte d'un triple rempart, que de ses flammes ondoyantes le rapide Phlégéthon enveloppe, en roulant des rochers avec fracas. En face se trouve une porte immense, entre des colonnes de diamant, que nulle force humaine ni même le glaive des hôtes célestes ne pourraient ébranler. Une tour dô fer se dresse dans lès airs. Lk siège Tisiphone, retroussant sa robe sanglante. Sans sommeil, elle réside sur le seuil nuit et jour. De ce lieu, on entend retentir des gémissements, on entend le sifflement cruel des fouets, le fracas des fers et des chaînes qui traînent sur le sol. Enée s'arrête consterné, il écoute :

• O Vierge, quels sont ces criminels ? De » quelles tortures sont-ils déchirés ? Quels » cris douloureux ébranlent les airs ? » Et la prophètesse lui répond : ■ O illustre chef »= des Troyens 1 ces portes sont celles du » crime ; la vertu ne saurait les franchir ;

• mais en me confiant la garde des bois sa- » cré3 de l' Averne, Hécate elle-même me ré- » vêla les vengeances divines, et me conduisit » dans tout le Tartare. C'est là que le Cretois » Rhadamante établit son règne sévère ; c'est » là qu'il interroge et châtie les coupables et » les contraint d avouer des crimes qu'ils se » réjouirent en vain d'avoir cachés a la terre, > et dont l'expiation tardive fut devancée » par la mort; c'est ici que Tisiphone, armée » du fouet vengeur, insulte et frappe les

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» condamnés; de sa main gauche elle leur » présente d'horribles serpents et appelle la » foule barbare de ses sœurs.»

«Alors, avec un son horrible, roulant sur leurs gonds, s'ouvrent les portes sacrées. « Tu vois quelle garde se tient sous le vesti- » bule et quel spectre en défend l'entrée ! » Au dedans, plus terrible encore, se tient » l'hydre immense avec ses cinquante gueu-

• les béantes. Entin, le Tartare même s'oun vre et se plonge sous les ombres dans une » profondeur égalant deux fois l'intervalle » qui sépare ce globe et la voûte de l'O- » lyinpe. Lk, cette antique race de la Terre, » ces énormes Titans, précipités par la fou- » dre, roulent dans l'éternel abtme. Là, j'ai » vu les corps immenses des deux fils d'Aloéus,

• qui tentèrent de briser de leurs mains le » vaste ciel et d.e renverser Jupiter de son » suprême empire. J'ai vu, livré aux plus » cruels tourments, Salmonée, lui qui, pour a imiter les flammes et le bruit du tonnerre, » traîné par quatre coursiers et brandissant

• une torche k travers la cité d'Elis et les » peuples de la Grèce, allait triomphant et » réclamait les honneurs divins. Insensé I » qui, avec le fracas de l'airain et de la corne » retentissante de ses coursiers, imitait les

• tempêtes et la foudre inimitables. Mais le » père tout-puissant, du milieu d'épais nua- » ges, se tourna vers lui : il ne lui lança ni » de vains flambeaux ni une lumière enfu- » inée; il le renversa précipité dans un hor- » rible tourbillon. Lk, on voyait Titye, nour- » risson de la Terre, cette mère universelle ;

• surneuf arpents entiers son corps s'étendait.

• U" énorme vautour, de son bec tranchant,

• ronge le foie immortel de Titye et ses en- » trailles, fécondes en supplices, les rouvre d pour se repaître, habite sa profonde poi- .» trine et ne laisse aucun repos k ses fibres k sans cesse renaissantes.

■ Rappellerai-je lesLapithes,Ixion etPiri-

• thoùs? Au-dessus d'eux, un noir,rocher, tou- » jours se détachant, les menace de sa chute et

• semble tombersur leurs couches splendides » et voluptueuses. L'or resplendit devant eux ;

• des mets s'offrent avec un luxe royal ; mais a lu plus horrible des Furies, accroupie à » leurs côtés, arrête leurs mains prèles k

• saisir ces mets, et, se redressant, les re- ■ pousse de sa torche et de sa voix tonnante. » Ceux qui, durant leur vie, ont haï leurs

> frères, outragé un père, ont opposé la fraude a k la justice, ou couvé pour eux seuls des a trésors enfouis eUen ont refusé une faible a part à leurs proches (et le nombre en est a grand) ; ceux qui ont trouvé la mort dans » l'adultère, ceux qu'arma une guerre impie, a ceux dont la main a trahi leurs bienfui- » leurs, sont emprisonnés en ce lieu, et y ata tendent leur châtiment. Ne me demande a pas quels sont leurs divers supplices, ou a sous quelles formes le sort les plonge dans » les douleurs. Les uns roulent d'énormes roa chers ; les autres pendent liés aux ruyons a d'une roue; le malheureux Thésée est asa sis, et le sera éternellement; Phlégyas, le a plus malheureux, les exhorte tous, en s'é- » criant de sa forte voix : Avertis par notre a exemple, apprenez k connaître lajustice et

> k ne point mépriser les dieux.

a Celui-ci, à prix d'or, a vendu sa patrie, a lui a imposé des maîtres tyranniques ; ce-

• lui-là, pour un salaire, fitet refit des lois; et a celui-ci envahit le lit de sa fille et convoita a un horrible hymen. Tous osèrent concevoir » d'énormes crimes; tous ont osé les accoma plir. Non 1 si je possédais cent langues et

• cent bouches, si ma voix était de fer, je ne a pourrais te peindre toutes les formes des

• crimes, ni trouver les noms de tous leurs « supplices. •

Nous ne rapporterons pas ici tout ce que Vossius, Marsham, Bochart et quelques autres ont dit sur le Tartare. Qu'il nous suffise de savoir que cette fable vient d'Egypte et que les poëtes l'ont embellie.

Tout le inonde sait qu'il existait en Egypte un lac autour duquel on enterrait primitivement les morts et que des juges, préposés pour juger leur conduite et leurs moeurs, se rendaient, nu nombre de quarante, sur les bords de ce lac. Après leur jugement rendu, les corps de ceux qui étaient dignes de la sépulture étaient rais dans une narque, pour être transportés de l'autre côté du lac, au lieu où on devait les enterrer. Or, le batelier s'appelait Caro, et le poëte Orphée, qui avait visité l'Egypte, put, k son retour dans sa patrie, se flatter d'avoir visité le Tartare, et menteur comme un poëte, doublé d'un voyageur, il broda des contes ingénieux qui ont été pris pour des vérités par la plupart des gens de l'antiquité et qui ont immortalisé le nom d'Orphée.

Tarltire (lh) OU le Règne de Pluton, fresque de Cornélius; dans la salle des Dieux, à la pinacothèque de Munich. Cette composition, une des plus remarquables parmi celles que le célèbre artiste allemand a peintes sur les murs delà pinacothèque, représente Orphée suppliant Pluton de rendre k son amour sa chère Eurydice. Le roi du Tartare a un air de majesté terrible. Près de lui, Proserpine semble rêver, sur son trône de fer, k la blonde lumière du soleil et aux fleurs des prairies de Sicile. Les trois juges infernaux siègent, non loin de là, avec une tranquillité implacable et morne du plus grand effet. Toute cette scène a un caractère de sombre

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grandeur. « La figure d'Eurydice attendant l'effet des prières du poëte sur l'inflexible roi des enfers est véritablement charmante, dit Th. Gautier; sa tête, doucement craintive, exprime bien les anxiétés de l'incertitude et le désir de renaître à la vie et à l'amour. Il y a aussi de beaux morceaux dans les groupes desErinnyes et des Danaïdes, sauf quelques exagérations de musculature qui enlèvent le caractère féminin aux bras et aux torses; mais l'Orphée est lourd et commun, et le Cerbère semble copié sur une Chimère japonaise. « Cornélius s'est fait aider par Zimmermann et Schottauer dans l'exécution de celte peinture.

Tanare (le), peinture de Polygnote. V.

enfers (les).

TARTARÉEN, ÉENNE adj. {tar-ta-ré-èn, é-è-ne). Mythol. gr. Qui appartient au Tartare, qui se trouve dans le Tartare : Les supplices TARTARÉKNS.

TARTARET, montagne de France (Puy-de- Dôme), ancien volcan. Il atteint 862 mètres et domine Murols ainsi que les gorges de la Couze et de Chadefour. Les laves que vomissait autrefois le Tartaret ont barré en plusieurs endroits la vallée de la Couze et formé le lac du Chambon et les cascades des Granges et de SailJans. Cette dernière est haute de 7 mètres.

TARTAREOX, EUSE adj. (tar-ta-reu, euze — de tartre). Cbim. Qui se produit sous forme de tartre : Sédiment tartareux. il Acidulé tarlareux, Ancien nom du tartre. Il Acide tartareux, Ancien nom de l'acide tartrique. II On dit plus ordinairement tartretjx, euse.

TARTARIE. Autrefois on comprenait sous ce nom une grande partie de l'Asie, correspondant à peu près à la Mongolie, à la Mandchourie, au Turkestan , à l'Afghanistan et au Béloutchistan actuels. Plus tard, on n'appela plus Tartane que le Turkestan. Le root Tartane n'est plus employé par les géographes d'aujourd'hui. Il figure cependant encore sur quelques atlas et y représente le Turkestan.

TARTARIE INDÉPENDANTE, partie indépendante du Turkestan.

Turmrie (voyage en), par Du Plan-Carpin (xiiie siècle). En 1246, le pape Innocent IV envoya le moine Du Plan-Carpin en ambassade vers les princes mongols du Nord-Est, afin d'arrêter leur marche en Europe. Les Mongols avaient répandu une grande terreur dans l'Occident; mais ces barbares asiatiques s'arrêtèrent d'eux-mêmes, faute de fourrages pour leur immense cavalerie, et tournèrent leurs coups contre l'empire des califes et la puissance arabe. Par le fait, Us devenaient des auxiliaires pour les chrétiens. Le légat du pape traversa des contrées immenses, presque inconnues. Ses contemporains furent fort étonnés d'apprendre qu'il existait un empire colossal, gouverné par un prince qui surpassait en puissance et en richesse tous les rois de l'Europe, Le voyage du légat dura treize mois. Il se dirige par la Bohème, la Silésie et la Pologne, pour arriver à Kiev, capitale de la Russie ; ensuite, rencontrant les Mongols sur les bords du Dnieper, il coups en travers la Cumanie (sud-est de la Russie), suit les bords de la mer Noire jusqu'au pays des Kaptschacs et se présente au chef Batou-liban. Ce chef fait bon accueil au moine et aux marchands de son escorte ; il le dépêche vers la horde du grand kan Coyouc, ou Kajouk, a Karakherin, dans le pays des Mongols jauues. Dans cette ville, capitale des successeurs de Gengis-Khan, Carpin assiste à l'élection du nouvel empereur et à l'investiture de ce prince dans la horde (tente) dorée. Le nouveau monarque, voulant cacher ses projets d'invasion en Europe, renvoie l'étranger àsa mèreTourakina. Carpin séjourne un mois à la cour mongole, mais sans pouvoir obtenir une audience. Il est même réduit à supporter de dures privations. Enfin, il rédige en mongol et en arabe une adresse ; alors l'empereur tartare veut envoyer des ambassadeurs, c'est-à-dire des espions, au pape. Carpin détourne le prince de ce projet, et il part, porteur d'une lettre hautaine pour le pape et pourvu d'habits en peau de renard, présent de la princesse Tourakina. Il revient en Europe par la même voie, en compagnie de négociants génois, pvsans et vénitiens, qui trafiquaient déjà dans ces lointains pays. Ce moine est le premier voyageur qui ait fait connaître à l'Europe occidentale les contrées et les peuples visités par lui ; il est aussi la premier qui ait parlé du prêtre Jean, si fameux dans les traditions du moyen âge. Ce prêtre Jean, d'après lui, n'était autre que l'Unk-Khan, chet desTrogules. Carpin trace un tidèle tableau des mœurs des Mongols, qu'il appelle toujours Tartares. C'est lui qui, dans sa roule, a appris et donné le premier les noms actuels des quatre grands fleuves qui arrosent la Russie: le Dnieper, le Don, le Volga et le Iaïk. Sur les côtes orientales de la mer Caspienne, dans le pays des Bisermines (ce mot est une corruption du mot usuhnan), il rencontre beaucoup de viiles ruinées. 11 a traversé le Khitaï Noir, ou le Kachgar tributaire, pays des Khitans occidentaux. 11 assure que les Bachkirs sont les ancêtres elles frèresdes Hongi'ois(Madgyars), etqu'ils parlent la même langue. Au midi de la Cu-

TART

manie, il a rencontré les Alains ou Ases, c'està-dire les Abases. Il appelle les Circassiens Kerghiz; il nomme d'autres peuples du Caucase, par exemple les Géorgiens et les Arméniens. Le voyageur du xm« siècle sacrifie au goût du merveilleux ; en preuve, les fables qu'il conte sur le prêtre Jean. Ce qu'il n'a pas vu par lui-même demande à être contrôlé par d'autres documents. Il copie les noms de lieux ou de peuples, tels que les prononçaient les Tartares. Il prend souvent des hordes ambulantes pour des nations sédentaires et des camps passagers pour des villes anciennes. La relation de Carpin est le premier monument écrit par un Européen sur l'histoire des Mongols. Elle a été imprimée dans le recueil de Bergeron (La Haye, 1729 ou 1735, S vol. in-40). Cependant la véritable édition complète n'a été donnée que pard'Avezac (Paris, 183S, in-4°).

Tartarie (VOYAGE' DE CLAVIJO EN) [XVS siècle]. Henri III, roi de Castille, avait envoyé,en 1364, une ambassade auprès du fameux Tamerlan ; le monarque mongol ayant fait un honorable accueil à ses émissaires, il résolut de lui envoyer une seconda ambassade. En conséquence, Ruy Gonzalez de Clavijo s'embarqua à Cadix le 21 mars 1403 et descendit à Constantinople, après avoir toucha aux côtes de la Sicile et de Rhodes. Il résida quelque temps dans la capitule de l'empire grec. Une très-lente navigation dans la mer Noire l'amena à Trébizonde, où deux châteaux étaient occupés, l'un par les Génois, l'autre par les Vénitiens. L'ambassade traversa l'Arménie, le nord de la Perse et le Khoraçan ; souvent elle fut obligée de passer la nuit au milieu des déserts, ou bien avec une horde errante que Clavijo nomme Chatateis (Dja-

fathaï), A. Coî ou Haï (Khoï), sur la frontière e Perse et d'Arménie, il rencontra un ambassadeur du sultan de Bagdad, qui, entre autres présents pour Tamerlan, lui amenait une girafe vivante. Il lit route avec lui jusqu'à Samarkand. DepuisTauris, il y avait des stations réglées, une poste aux chevaux toujours prête à porter les ordres du khan ou a servir les voyageurs. Tauris faisait un grand commerce; on y trouvait en abondance des perles, de la soie, des toiles de coton et des huiles odoriférantes. Les Génois y jouissaient de la liberté du transit pour leurs marchandises. Sultania était aussi un marché célèbre pour les marchandises des Indes. Arrivé k Samarkand le 8 Septembre 1404 , Clavijo trouva Tamerlan campé aux environs de cette ville et presque mourant. L'empereur tartare tui fit un accueil flatteur et le combla de présents. Avant départir, les envoyés espagnols visitèrent la mystérieuse cité de Samarkand, où peu d'Européens ont pu pénétrer, et encore au péril de leur vie ou de leur liberté. Elle n'était pas plus grande que Séville, mais beaucoup plus peuplée, et avait des faubourgs immenses, avec de grands jardins et des vignobles; Tamerlan y avait transporté et établi plus de 150,000 hommes, tirés des pays qu'il avait conquis, surtout des ouvriers en soie de Damas et des fourbisseurs de Turquie et d'autres endroits. A cette époque, Samarkand faisait encore un grand commerce-, les Russes et les Tartares y apportaient des cuirs, des pelleteries et des toiles; il y venait des étoffes de soie, du musc, des perles, des pierres précieuses et de la rhubarbe du Cathai. Il fallait six mois pour se rendre de Samarkand k Cainoalu ou Péking, et l'on en employait deux à traverser des déserts. Samarkand avait aussi des relations avec l'Inde, d'où elle recevait des épiceries fines, telles que le girofle et le macis. Clavijo repartit de Samarkand, fort satisfait de sa mission, et reprit à peu de chose près la route qu'il avait parcourue. A Constantinople, où il avait fait un assez long séjour, il avait surtout vu des églises; cette immense ville n'était pas très-peuplée, il y avait dans son enceinte des jardins et des champs labourés. L'ambassade était de retour en Espagne en 1406. Clavijo avait tenu un journul exact de ce qu'il avait observé sur le parcours de son voyage. Ami de la vérité, il évite de répéter les contes et les descriptions fabuleuses de ses devanciers. Il donne des renseignements précis sur les Etats asiatiques. Sa véracité, jadis tenue pour suspecte, a trouvé des garants dans les récits des autres voyageurs. On ne peut lui dénier le mérite principal qui fait le bon observateur, le jugement. Sa relation ne vit le jour qu'après un intervalle de près de deux siècles (Sèviile, 1582, in-fol.) ; devenue très-rare, elle fut réimprimée à Madrid en 17S2.

Tnrlnrie, nu Tliiliel et en Chine (VOYAGE

en), par le Père Hue, missionnaire lazariste (1850, 2 vol. iu-go). En 1844, MM. Hue etGubel partirent de Macao pour explorer les déserts de la Tartarie et se rendre de là au Thibot,oùils devaient propagerle christianisme. Déjà rompus aux usages des populations tartures et parlant les divers idiomes de ces races asiatiques, ils s'avancèrent, en compagnie d'un jeune lama et revêtus du costume sacré des prêtres du pays, à travers les grands déserts de la Terre des Herbes (nom donné à la Tartarie parles Tartares), recevant une hospitalité gratuite des nomades et suivant une direction à peu près parallèle à la frontière de la Chine. Arrivés à Kounboun, célèbre couvent lamaïque, les deux missionnaires y étudient la langue thibêtaine. Au

TART

mois de septembre 1835, ils se mettent à la suite de la caravane thibêtaine revenant de porter le tribut à l'empereur de la Chine, et ils arrivent à Lha-ssa, la capitale du Thibet, Soumis à plusieurs interrogatoires par les autorités locales, on trouve leurs déclarations satisfaisantes, et le régent les traite avec égards. M;iis l'ambassadeur chinois Ki-Chan, tout-puissant à la cour du régent, exige le renvoi immédiat des deux étrangers. Après de longs pourparlers, de nombreuses négociations, le diplomate chinois obtient gain de cause et les deux Français sont expulsés, mais avec les honneurs de la guerre, Ki- Chan ayant donné l'ordre de les traiter et de les héberger convenablement sur tous les points de leur passage. A partir du Thibet, la première ville chinoise est Ta-Sien-Lou; là commence la province du Sse-Tchouen (les Quatre-Vallons), la plus belle, la plus fertile des provinces de la Chine, celle dont les habitants sont les plus robustes, les plus riches, les mieux policés. Les deux prêtres la traversent dans toute sa largeur (300 lieues). Du Sse-Tchouen ils passent dans le Hou-Pé (nord du lac). Contraste saisissant 1 un sol marécageux, infertile; une population chétive, maladive, pauvre et grossière : telle est cette contrée. La province de Kiang-Si, venant à la suite, est encore plus stérile; située au centre même de l'Empire, elle ne déroule qu'une surface de vastes prairies d'herbe jaunâtre calcinée ; les hôtelleries, des hangars délabrés, n'ont pas même de thé à offrir! Enfin, les deux missionnaires arrivent dans l'opulente province de Canton, d'où ils se rendent à Macao (1846). En résumé, ils étaient entrés en Chine par J'est ils avuient traversé en ligne droite l'Empire jusqu'au centre ; arrivés à ce point, ils avaient brusquement tourné vers le sud. Des difficultés incessantes, des dangers sans nombre s'étaient présentés sur leur route, au milieu de populations turbulentes et hostiles. Avant eus aucun Européen n'avait visité les vastes contrées qu'ils ont parcourues. D'abondantes informations ont fait connaître depuis le Thibet, la Mongolie et le pays des Mandchoux. La Chine elle-même, tour k tour exaltée et rabaissée, modèle de bon gouvernement (disait Voltaire), type de la monarchie despotique (disait Montesquieu), traitée en gigantesque paradoxe par les uns et admirée comme un imposant phénomène d'organisation sociale par les autres, la Chine se montre aux regards curieux telle qu'elle est, sans éventail et sans paravent. M. Hue définit en deux mots le caractère chinois : lâcheté et cruauté. Malheur à l'étranger qui pliel s'il résiste avec fermeté, c'est le Chinois, le mandarin, qui se courbent jusqu'à terre. Sachant cela, les deux prêtres avaient pris, à leur retour, un bonnet et une ceinture d'une couleur réservée aux princes de la famille impériale, et ils les avaient gardés en dépit de tout. Ces insignes firent partout respecter leurs personnes. M. Hue décrit avec talent le système k la fois si simple et si compliqué du gouvernement chinois, son organisation civile et militaire, fondée sur deux éléments, l'élément chinois et l'élément tartare. Les lettrés jouent uu grand î Ole en Chine ; ils sont estimés, bien que la littérature soit peu en honneur. Cette classe compte quelques hommes vraiment iustruits; mais la plupart d'entre eux doivent leurs grades à la corruption des juges ou à une substitution de personnes aux examens. On appelle bacheliers en croupe les candidats qui liassent par ce dernier moyen. M. Hue parle avec compétence et exactitude du système d'enseignement et de la langue chinoise. Non préparé par ses études antérieures aux observations scientifiques, pour lesquelles il manquait d'ailleurs des instruments nécessaires, il a laissé beaucoup k faire au point de vue de l'étude physique et géographique des régions qu'il a traversées. Les remarques personnelles se présentent trop'peu souvent. Malgré ces lacunes, ses relations sont au premier rang de celles qui ont paru depuis longtemps sur aucune partie de l'Asie. On peut dire que l'auteur raconte avec trop de complaisance ses victoires sur les mandarins. Conteur agréable, il sème dans son récit des épisodes curieux,, des anecdotes piquantes, des observations fines. Un style souple, animé, pittoresque, donne un vif attrait à ce qu'il décrit. Ses deux ouvrages ont eu un succès des plus honorables. De même que le Voyage dont nous venons de rendre compte, V Empire Chinois (1854,2 vol. in-80), suite du précèdent livre, s'est vulgarisé par plusieurs éditions et traductions, et de plus il a été couronné par l'Académie française!

TARTAR1EN s. m. (tar-ta-ri-ain}. Ornith.

Nom donné autrefois au martin-peeheur ou alcyon, parce qu'on prétendait qu'il y en avait sur les fleuves du Tartare.

TARTARIFORME adj. (tar-ta-ri-for-me — du lat. tartarus, tartre, et de forme). Qui a l'apparence du tartre : Dépôt tartariforme.

TARTARIMËTRIE s. f. (tar-ta»ri-mé-trî — du lat. tartarus, tartre, et du gr. metron, mesure). Cbim. Analyse au moyen du carbonate de petfisse provenant de la culcinatiou de la crème de tartre.

TARTARIN s. m. (tar-ta-rain). Mamm.

Nom vulgaire d'une espèce de cynocéphale.

— Ornith. Nom vulgaire du martin-pêcheur. V. tartarien.

— Encycl. Le tartarin, appelé aussi moco, magot, momenet, atteint, quand il est debout, environ 1 mètre de hauteur; son pelage est d'un cendré légèrement bleuâtre ; il a la face couleur de chair, les mains noires, une longue crinière et une barbe touffue, des abajoues, de grosses callosités proéminentes, la queue réduite à une sorte de moignon. La femelle est plus petite que le mâle. Cette espèce présente du reste plusieurs variétés de taille et de pelage. Ce singe habite l'Arabie et l'Ethiopie ; il est répandu surtout aux environs de Moco, sur le golfe Persique. Il marche sur ses pieds de derrière, mais le plus souvent à quatre pattes; lorsqu'il est en repos, il se tient presque toujours assis et dans une position inclinée. Le tartarin est d'une force prodigieuse, d'une férocité inouïe, d'un naturel méchant. «Ce quadrumane, dit V. de Bomare, est d'une figure hideuse, d'un tempérament assez robuste ; de tous les singes sans queue, c'est celui qui s'accommoda le mieux k la température de notre climat pendant l'été; il passe très-bien l'hiver dans un appartement. On a vu quelques-uns de ces individus, doux, dociles, susceptibles d'éducation et capables de faire plusieurs tours, danser en cadence, gesticuler, se laisser tranquillement vêtir et coiffer, etc.; d'autres, d'un naturel plus sauvage, sont brusques, désobéissants, tristes, maussades, impatients et toujours grimaçants. Tous ces animaux remplissent Tes poches de leurs joues des choses qu'on leur donne à manger. Ils mangent de tout, à l'exception de la chair crue et des choses fermemées, comme le fromage. Impudents par tempérament, ils affectent de montrer leur derrière nu et calleux ; ce n'est qu'à coups de fouet qu'on les rend modestes. » Les Egyptiens ont souvent représenté ce singe sur leurs monuments et en ont fait des momies; il pourrait bien se faire que ce soit cette espèce qui ait donné naissance à la fable du sphinx.

TARTARIQUE adj. (tar-ta-ri-ke — du lat.

tartarus, tartre). Chim. Syn. de tartrique. *

TARTARISÊ adj. (tar-ta-ri-zé — du lat.

tartarus, tartre). Chim. Qui contient du tartre : Liquide tartarisê.

TARTARO s. m. (tar-ta-ro — mot ital.).

Miner. Sorte de tuf très-fin et très-blanc.

TARTARO, rivière d'Italie (Vénétie). Elle descend des hauteurs avoisinant le lac de Garda, coule au S., puis au S.-E., passe k Villafranca et se perd dans l'Adriatique, sous le nom de Canale Bianco, après un cours de 100 kilom. Cette rivière communique par des canaux avec le Pô et l'Adige.

. TARTAROTTI (Jérôme), archéologue et littérateur italien, né à Roveredo en 1706, mort en 1761. Après avoir fait ses études à l'université de Padoue, il fonda dans sa ville natale l'académie des Dodonei, dont il fit partie sous le nom bizarre de Selvaggio (le Sauvage). 11 s'acquit bientôt une grande réputation par ses travaux littéraires, et le roi de Sardaigne lui offrit une chaire à l'université de Turin; mais il la refusa pour ne pas être obligé de renoncer à ses occupations et à ses études favorites. Plus tard, cependant, il alla se fixer à Rome, puis à Venise, où il aida Koscarini dans les recherches que nécessitait son grand ouvrage sur la littérature italienne; mais l'étroite amitié qui les unissait se rompit brusquement, lorsque Tartarotti eut découvert dans la bibliothèque de Zeno le manuscrit original de l'histoire de Jean Sagornîno, le chroniqueur le plus ancien de Venise, et ils ne se réconcilièrent jamais. Du reste, la hardiesse et la sévérité avec lesquelles Tartarotti critiquait les oeuvres de ses contemporains lui attirèrent une foule d'ennemis, et sa vie ne fut qu'une polémique continuelle, dans laquelle il se reconnut rarement vaincu. De tous ses ouvrages, celui qui eut le plus de retentissement et souleva contre lui le plus d'adversaires est celui qui a pour titre : De l'assemblée nocturne des sorcières, avec deux dissertations sur l'art magique (Roveredo, 1749, in-40). L'auteur y décbire croire à la magie, bien qu'il montre l'impossibilité du Sabbat et n'accorde aucune foi k lexUtenee des sorciers. Maffei, qu'il avait accusé de manquer de religion parce qu'il avait refusé de croire à cette prétendue science, lui répondit par trois écrits intitulés: l'Art magique dissipé (1749), Y Art magique détruit (1750), et l'Art magique annihilé (1754), et leur débat donna lieu à la publication d'une foule d'opuscules, presque tous dirigés contre Tartarotti, dont le système passablement étrange, avouons-le, fut encore attaqué dans différents ouvrages publiés après sa mort. On a encore de lui : Discours sur la poésie lyrique toscane (Roveredo, 1728, in-8°); Idée, de la logique des scolastiques et dus modernes (Roveredo, 1731, in-8°), ouvrage qui fut l'objet de nombreuses attaques auxquelles l'auteur répondit par des Observations en défense de la philosophie moderne; Dissertution sur la différence des mots italiens qui pussent pour synonymes ; IJissertatio de origine Ecciesi&Tridentins (Venise, 1745, in-4<>); Mémoires historiques sur la vie et la mort des Saints Sisinio, martyr, et Alexandre (Vérone, 1745, in-4°) ; De. tiersioiie Jivffimano (Trente, 174S, in-4°j; Apologie de l'Assemblée des sorcières (Venise, 1751, in-8°), opuscule où il û*-

TART

fend son ouvrage sur le sabbat; Deepiscopalu Sabionensi S. Cassiani mcrlyris, deque S. fngenuini ejusdem urbis episcopi actis {Venise, 1750, in-4o); Mémoires anciens sur Roveredo (Venise, 1754); De l'origine de V Eglise d'Aquilée (Milan, 1759, 311-40); la Conclusion des franciscains réforriiés, poSme burlesque (Venise, 1705, in-8°). Les Poésies choisies de Tartarotti furent publiées, plusieurs années après sa mort (Roveredo, 1785, in-8°), par Clementino Vaunetti, qui y a joint une préface et des notes.

TARTAROTTI (Jacques-Antoine), littérateur italien, frère du précédent, né à Roveredo en 1708, mort dans la même ville en 1737. Il exerçait la profession de notaire dans sa ville natale, lorsqu'il entreprit d'en écrire l'histoire. Il réunit dans ce but de nombreux matériaux, mais une mort prématurée l'empêcha de mettre son projet à exécution. On lui doit : Essai d'une bibliothèque tyrolienne (Roveredo, 1733, in-40); Description des inscriptions du val delta Lngarina, dans les Mémoires anciens de Hooeredo, publiés par son frère; et plusieurs pièces de poésies, insérées dans la deuxième édition de la Bibliothèque tyrolienne.

TARTARUGA s. f. (tar-ta-ru-ga — mot portug.). Erpèt. Espèce de tortue du Brésil.

TAHTAS, en lat. Tartesium, ville de France (Landes.),ch.-l.decant.,arrond.età23kiIom.

de Saint-Sever, sur le penchant d'une colline au pied de laquelle coule la Midouze; pop. aggi., 1,789 hub. — pop. tôt., 3,002 hab. Elle est généralement bien bâtie et entourée d'agréables promenades. I.esTarasates, qui l'habitaient avant la conquête romaine, lui donnèrent leur nom. Devenue, au xvc siècle, une des places les plus forti'S de la Gascogne, elle était défendue par des fortifications imposantes que Louis XIII fit raser pour la punir d'avoir donné asile aux protestants. En 1314, les Français, battant en retraite devant les Anglais, coupèrent le pont de pierre, quia été reconstruit depuis.

TAHTAS (Louis-Emile), général français, né à Mezin (Lot-et-Garonne) en 1796, mort a Paris en 1860. Admis en 1814 dans les gardes du corps de Louis XVIII, il entra, l'année suivante, comme sous-lieutenant, dans un régiment de cavalerie, fut, de 1825 à 1836, capitaine instructeur à l'Ecole de cavalerie de sSaumur, devint chef d'escadron en 1838, lieutenant-colonel en 1840, et passa alors en Algérie. Tarias se signala particulièrement par sa bravoure à la bataille de la Mitidja (1842), au combat d'El Bordj, fut promu colonel du 4e régiment de hussards, tailla en Ïiièces, en 1813, deux bataillons d'Abd-eliader, et commanda toute la cavalerie à la bataille d'Isly. Il réprima, en 1845, la révolte des Kabyles sous iiou-M;tza et reçut, l'année suivante, le grade de général de brigade. De retour en France, Tartas prit le commandement du Lot-et-Garonne. Après la révolution de 1848, les électeurs de ce département l'envoyèrent siéger à la Constituante, puis a la Législative, ou il vota avec la droite pour toutes les mesures contraires à la liberté, devint un des soutiens de la politique de Louis-Napoléon, et fut nommé par ce prince en 1852 lieutenant général et commandant de la 140 division militaire à Bordeaux.

TARTE s. f. (tar-te. — Ce mot, qui correspond au provençal torte et à l'italien torla, vient du latin torta, chose faite en spirale, de torquere, tordre. Scheler n'accepte pas complètement cette étymologie; il croit qu'il a fallu, pour opérer ce changement d'o en «, que l'on rencontre, du reste, encore dans le provençal tartuga, pour tortuga , 'français tortue, l'influence de quelque autre mot de facture et de signification semblables. Il rappelle h ce propos que l'italien a aussi pour tarte la forme tartara, et le bas latin la forme tarira. « La tarte, dit-il, c'est un point à noter, implique plutôt l'idée d'un gâteau plat que d'une pâtisserie montante, à forme contournée. Vossius pensait au latin tracta, pièce de pâtisserie allongée; sa conjecture n'est pas à dédaigner; tracta, tarda, tarta est une filiation parfaitement régulière et admissible »). Sorte de pâtisserie dans laquelle on met de la crème, des conlitures ou des fruits cuits au sucre : Tarte à la crème. Tarte aux cerises. La pâle des tartes et des tourtes est la même que celle des pâtés chauds. (P. Vin- Çard.)

— Tartes bourbonnaises, Nom donné anciennement à des bourbiers, communs dans le Bourbonnais, dont la surface, desséchée par le soleil, donnait lieu à des erreurs nombreuses et à de fréquents accidents.

— Eacycl, Avec delà pâte à feuilleter, on fait une abaisse peu épaisse, ordinairement do forme ronde et de grandeur variable; on entoure ce fond avec une bande de feuilletage plus épaisse et large de 0m,03 ou 0m,04. Pour que les deux extrémités de cette bande soient bien soudées, on les fera croiser de quelques centimètres et en biais, de façon que les joints placés l'un sur l'autre ne produisent pas une épaisseur plus considérable que l'épaisseur du reste de la bande. Pour produire l'adhérence on mouille les deux parlies et on appuie dessus. Il faut souder la bande à l'abaisse avec les mêmes soins. Ou sème ensuite délicatement une cuillerée de sucre en poudre sur la foud de la tarte, sans

en laisser tomber sur la bande, car celle-ci se noircirait k la cuisson; puis on couche au fond des fruits bien mûrs et bien sains que l'on aura d'abord saupoudrés de sucre. (Jes fruits ne doivent emplir que la moitié de la tarte; s'ils sont gros, comme les abricots, par exemple, on peut les couper en deux ou trois morceaux bien égaux. Cela fait, on dore le dessus de la bande, on met la tarte dans le four, à une douce chaleur, et on la laisse cuire une heure environ.

Pendant ce temps, on fait cuire dans un sirop de sucre des fruits en quantité suffisante pour emplir le vide de la tarte. Lorsque celle-ci est restéo une heure au four, on la saupoudre de sucre tamise, on la giace, on égoutte les fruits qui sortent du sirop, on les pèle, s'il y a lieu, et on les place sur les autres fruits, dans la tarte. Si ce sont des fruits à noyau, susceptibles d'être coupés en deux, comme l'abricot, les amandes, des noyaux sont jetés çà et là parmi les quartiers de fruit. Le tout est eniin masqué avec le sirop réduit dans lequel on a fait cuire les fruits.

On obtient, par de3 procédés analogues, des tartes a la crème, des tartes aux compotes, des tartes h la confiture, etc.

— Tartes anglaises. Ici le fond se compose tout simplement d'un plat qui va au feu ; la bande est en pâte d'une largeur de trois doigts ; on la fait adhérer au bord intérieur du plat, en la mouillant légalement et en appuyant. On couche les fruits au fond du plat; on les saupoudre de sucre et d'un peu de cannelle en poudre ; on les recouvre d une nappe de pâte que l'on soude avec la bande; on dore le couvercle et la bande et l'on fait cuire au four.

— Tarte ou gâteau de sable. • Ayez, dit Viart, 1 livre de beurre, 1 livre de sucre, 1 livre de fleur de farine, douze jaunes d'oeufs crus; lavez votre beurre dans de l'eau tiède, afin de le ramollir; placez-le dans un mortier bien propre; incorporez votre sucre a laide du jilon, travaillez bien cette préparation, ajoutez votre farine et vos jaunes d'œufs peu à peu; écrasez une poignée de fleur d'oranger pralinée, ajoutez -la à votre préparation. Vous uo sauriez trop travailler ce gâteau, car de ce travail dépend sa beauté. Fouettez six blancs d'œufs; incorporez-les bien avec votre appareil ; beurrez une tourtière ; versez votre gâteau dedans ; aux 3/4 de la cuisson, dorez-le; remettez-le au four pour achever la cuisson et lui faire prendre une belle couleur. Etant refroidi, en lu mettant dans la bouche il doit tomber en subie. >

— Allus. littér. Tarte a la crème, Locution que l'on trouve employée dans l'Ecole des femmes, acte 1er, scène i'"t comédie de Molière. Arnolphe prétend que

Epouser une sotte est pour n'être point sot,

et, comme Chrysale, il voudrait que toute la science d'une femme se bornât a distinguer « un pourpoint d'avec un haut-de-chausses. »

Non, non, je ne veux pointd'un esprit qui soit haut; Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut. Je prétends que la mienne, en clarté peu sublime, Même ne sache pas ce que c'est qu'une rime; Et, s'il faut qu'avec elle on joue au corbillon. Et qu'on vienne à lui dire à son tour: Qu'y met-on? Je veux qu'elle réponde : Une tarte A la crème; En un mot, qu'elle soit d'une ignorance extrême : Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler, De savoir prier Dieu, m'aimer, coudra et filer.

La pièce de Molière fut vivement critiquée; ses ennemis y voyaient de nombreuses obscénités, telle que les enfants par l'oreille, le potage et tarte à la crème. L'auteur défendit magistralement sa pièce dans la Critique de l'Ecole des femmes, où certain marquis qu'il met en scène parle en ces termes : « Ah ! ma foi I oui, tarte à la crème! Voilà ce que j'avais remarqué tantôt; tarte à la crème! Que je vous suis obligé, madame, de m'uvoir fait Souvenir de tarte à la crème! Y a-t-il assez de pommes en Normandie pour tarte à la crème! tarte à la crème! morbleu I tarte à ta crème I •

Un marquis, un vrai marquis de la cour, ayant cru se reconnaître dans co portrait ironique, s'en vengea d'une façon qui caractérise bien les mœurs du temps. Ayant rencontré Molière dans un appartement, il l'aborda avec une foule de démonstrations amicales, et, comme celui-ci s'inclinait pour répondre à ses politesses, il lui saisit la tête et la lui frotta rudement contre ses boutons de métal en lui répétant; ■ Tarte à la crème , Molière 1 Tarte à la crème! »Le poSte n'échappa à cette étreinte que le visage tout en

Quoi qu'il en soit de l'intention de Molière, les allusions que l'on fait à tarte à la crème sont assez fréquentes et présentent des sens divers selon les circonstances :

• Un autre reproche encore qu'on a quelquefois adressé à Bayatd était celui que les marquis du siècle de Louis XIV adressaient aussi à Molière : Tarte à la crème! et ils ne sortaient pas de là, On lui faisait un crime de la hardiesse ou plutôt de la franchise avec laquelle il abordait certains sujets. •

SCRIUE.

■ En général, la critique italienne manque de profondeur et de force, surtout dans les

questions d'ordre purement littéraire. On analyse, on résume beaucoup, mais on juge pou ; on se borne à dire que l'auteur ou l'ouvrage est simpatico, et, après cette sorte de tarie d la crème, le critique n'a plus rien dans son sac. Rendons néanmoins cette justice aux Italiens, et en particulier à l'Académie qui nous occupe, que, dans les matières scientifiques, ils font pius d'efforts pour ne pas rester à la surface des choses. <

(Revue des Deux-Mondes.) TARTELETTE s. f. (tar-te-lè-te — dirait), de tarte). Petite tarte : Laissez aux dames et aux enfants les biscuits, les massepains, les bonbons, les meringues, les tartelettes ; te petit-four tout entier leur appartient. (Roques.)

TARTEllON (Jacques), jésuite et littérateur, né à Paris en 1644, mort dans la même ville en 1720. Il professa avec distinction les humanités et la rhétorique, et se fit surtout connaître par des traductions surpassées depuis, mais qui furent fort bien accueillies à l'é| oque de leur apparition. Telles sont les versions des Epitres et des Satires d'Horace (1685), des Odes du même (1704), des "Satires de l'erse et de Juvénal (1C88). Elles ont eu de nombreuses éditions.

TAttTESSE, en lat. Tartessus, tle d'Hispanio, sur la eôte de la Bétiquo, formée par le Bélis, près de son embouchure.

TARTEVELLE s. f. (tar-te-vè-le). Techn.

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