‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 940 sur 1059 · I (OH · texte numérisé non relu

I (OH

CO,OH ( CO,OAzH»,C6H»

Tartrate acide d'aniline.

(OH

((OH

= CSH* CO,OH \-

\ CAz,C6H*

Phényl-tartrinide

ou t&rtraoUe.

Eau.

! (OH

C2Hï CO,OAzHS,C6H5

( CO,OAzll3,C6H5 Tartrate neutre d'aniline:

( (OH)« = C»Hî CO,ArfI,C«H» + 2H20 / CO.AïH.CW

^Tartranilide.

L'eau bouillante dissout la tartranile et laisse la tartranilide sous la forme d'un résidu brun, soluble dans l'alcool bouillant, nu sein duquel elle se dépose, par le refroidissement, en cristaux bien définis, qui ont la forme d'aiguilles entrelacées, nacrées et incolores. La tartranilide peut être portée à la température de 250° sans subir de décomposition. Elle fond et se décompose à une température plus élevée; mais si on la maintient avec soin à une température très-peu supérieure à son point de fusion, elle se sublime en lamelles. Elle n'est pas altérée par l'ébullition avec les solutions alcalines. L'acide chlorhydrique chaud la dissout, mais avec difficulté-, l'acide azotique la dissout mieux, mais la décompose en partie. L'acide sulfurique la dissout très- facilement.

. — Tartrimide

/ (OH

CWAzO* = CîHâ } CO,OH.

1 CAz

Ce composé, qui dériverait du (artrate acide d'ammonium par perte de 2H20, n'a point été obtenu jusqu'à ce jour ; mais on connaît la phényltartriinide ou tartranile CWH»AzO*,

qui n'est que la tartrimide phênylée, et qui se produit, comme nous l'avons déjà vu, par la déshydratation du bitartrate d'aniline. On purifie ce corps en le faisant cristalliser à plusieurs reprises dans l'eau et en décolorant chaque t'ois la solution pur le noir animal. Par le refroidissement, il se sépare soit en lamelles nacrées, soit en poudre blanche et grenue. L'eau et l'alcool le dissolvent facilement ; l'éther 1« dissout avec difficulté. On peut le chauffer un peu au-dessus de 200° sans qu'il s'altère (la variété grenue devient alors cristalline et se sublime en aiguilles soyeuses), mais il fond et se décompose à 230°. Il n'a aucune saveur et il rougit distinctement le papier de tournesol.

TARTRITB s. m. (tar-tri-te — rad. tartre). Chim. Sel de l'acide tartreux, ancien acide appelé aujourd'hui acide tartriqck, ce qui a fait prendre au sel le nom de tartrate.

TARTROBORATE s. m. (tar-tro-bo-ra-te — de tartrate, et de borate). Chim. Combinaison d'un borate avec un tartrate.

TARTROGLYCÉRIQUE adj. (tar-tro-gli-séri-ke — de tartrique, et de giycérique). Chim. Se dit d'un acide obtenu en combinant la glycérine avec l'acide tartrique.

TARTROMÉTHYLIQUE adj. (tar-tro-mé-tili-ke— de tartrique, et de méthyliqué). Chim.

TART

Se dit d'un acide appelé aussi acide méthil-

TARTH1QOB0U ÉTHER MKTHÏLTARTRIQUE ACIDB.

— Encycl. V. TARTRIQUE.

tartronate s. m. (tar-tro-na-te — rad.

tartre). Chitn. Sel de l'acide tartronique.

— Encycl. V. TARTRONIQUE.

TARTRONJQOE adj. (tar-tro-ni-ke — rad.

tartre). Chim. Se dit d'un acide que M. Dessaignes a obtenu an abandonnant à la décomposition spontanée l'acide nitrotartrique.

— Encycl. L'acide tartronique C*H*05 est un acide dibasique, qui prend naissance lorsqu'on abandonne l'acide nitroturtrique à la décomposition spontanée (Dessaignes), et aus-4 (suivant Baeyer) par l'action de l'amalgame de sodium sur l'acide mésoxalique C^H^oS. Il cristallise en prismes assez gros, fond à 160» et se décompose ensuite avec formation de glycollide :

C3H405 = CSH*0« -f CO* + H*0 Acide Glycollide. .Anhy- Eau.

tartronique. dride , '

carbonique.

Chauffé avec une solution saturée d'acide iodhydrique, il donne de l'nydrure d'éthyle et de l'anhydride carbonique, après s'être transformé d'abord en acide malonique C8H>0*, qui se résout lui-même en acide acétique et anhydride carbonique, suivant les équations : C3H*08 -f 2H1 Acide Acide

tartronique. iodhy-

drique.

«= is + h*o + camo*

Iode. Bail. Acide

malonique.

C»H*0* = C02 + C2H*0* Acide Anhy- Acide

malonique. dride acétique,

carbo-

C'est l'acide acétique qui fournit l'hydrure d'éthyle par l'action ultérieure de l'acide iodhydrique :

C2H*Oî -f 8HI Acide Acide

acétique, iodhy-

drique.

= 31* + 2H20 -V C2H8 Iode. Eau. Hydrure

d'éthyle.

Les tartronates des métaux alcalins sont solubles dans l'eau. Le sel acide d'ammonium cristallise en prismes; le sel d'argent renferme CWAgSOS.

L'acide aqueux précipite les solutions des sels argen tiques, ploinbiques et mercureux, ainsi que celle des acétates de baryum, de calcium et de cuivre.

TARTROPHTALIQUE adj. (tar-tro-fta-li-ke — de tartrique, et de phlalique). Chim. Se dit d'un acide qui est à l'acide phtalique ce que l'acide tartrique est à l'acide succiuique, c'està-dire qui représente de l'acide dioxyphtalique.

-r- Encycl. V. PRKHNIQUB.

TARTROVINATE s. m. (tar-tro-vi-na-te •*de tartrate, et de vinate). Chim, Sel de l'acide tartrovinique, que l'on désigne par le nom d'ÉTHYLTARTRATiî et quelquefois par celui de

de TARTRËTHYLATE.

— Encycl. V. TARTRIQUE,

TARTROVINIQUE adj. (tar-tro-vi-ni-ks — de tartrique, et de vinique). Chim. Se dit assez souvent d'un éther éthy|ique acide de l'acide tartrique , plus connu sous le nom d'AciDE

ÉTHYLTAUTRIQUH.

— EncyCi. V. TARTRIQUE.

TARTUFE s. m. (tar-tu-fe — Pour l'étymologie, voir l'encycl.). Hypocrite, faux dévot : La béyiteule est à la' femme vertueuse ce que le tartufe est au dévot. (Boitard.) || La Fontaine a écrit tarluf pour le besoin de la mesure :

Le chat et le renard, comme beaux petits saints,

S'en allaient en pèlerinage ; C'étaient deux vrais tartufs, deux archipatelins. '

La Fontaine.

— Tartufe de mœurs, Homme vicieux qui affiche une grande moralité.

— Adjèctiv. : Allons, allons, l'abbé, ne soyons pas tartufe, même aux écliecs. (A. Karr.)

— Syn. Torture, béat, bigot, etc. V. BÉAT.

— Encycl. Le tartufe est un faux dévot, un hypocrite, un homme vicieux qui affecte de grands principes de morale et de religion. Ce mot, créé par Molière, est devenu un nom appellatif et sert à désigner un fourbe, un homme qui cache des vices odieux sous les dehors de la vertu.

Nous n'insisterons pas sur la signification et la vigueur de ce type (v. plus bas l'analyse du Tartufe). Mais ou Molière a-t-il trouvé ce nom si heureux de Tartufe, qui, de nom propre, est tout de suite devenu un nom commun ? On a longuement disserté là-dessus sans arriver à une solution bien plausible. Molière avuit d'abord appelé son imposteur Panulfe, un nom qui aurait eu difficilement le même succès ; il se ravisa, et les érudits ont voulu découvrir la source où il avait puisé ce superbe nom de Tartufe, qui répond si bien au personnage. Chacun a la-dessus apporté son

TART

anecdote) ou son trait d'érudition : celui-ci allègue une histoire de truffes (tarlitfoli) qui serait arrivée chez le nonce du pape, que Molière ne devait sans doute guère fréquenter; celui-là se reporte à" l'ancien verbe trufer, c'est-à-dire se moquer; d'autres se tournent ailleurs. Ce n'est rien de tout cela, affirme Çrénin. Molière n'a pas inventé le mot tartufe, ■1 l'a pris tout fait duns lu langue italienne vulgaire, où il s'employait déjà comme épithète, non pas, il est vrai, dans l'accppûon d'hypocrite que le chef-d'œuvre de Molière lui a imprimée irrévocablement, mais avec un sens métaphorique voisin de celui-là :

Quasi di viver Batistone siufo, Èrjenû affronta con un pwitcrolo ; E perche quci l'uccella corne un tjufo, Sidta, cli'ei jinre un tjallelto manuolo ; E tanto fa ch'Eijcno ii mat tartufe Manda con tin buffeto a far tpterciuolo, E poi io pîijlia e in tasca se t'impiatta Per darlo per un topo a una gatta.

Ln-PI.

• Batistone, las de la vie, attaque Kgcno avec un poinçon, et, s'en voyant raillé comme un hibou, il bondit comme un coquelet de mars et fait si bien que, d'une chiquenaude, Egeno culbute le méchant petit bout d'homme les quatre fers en l'air, puis le ramasse et le fourre duns sa poche pour en régaler un chat en guise de souris. •

Sur cette octave du Malmantile de Lippi, Minucci dit tout simplement : Tartitfo uomicciulo di catlioo animo; « Tartufe, petit homme d'humeur méchante. ■

Le Batistone ou Grand-Baptiste, à qui le poète applique cette qualification de tartufo, était un nain extrêmement vicieux, au service du prince Mathias de Toscane. Tarlufo est l'abrégé de tartufoto,^ruiïe. Les Italiens considéraient la truffe comme une pourriture, comme un excrément de la terre. Chez les Latins, le champignon (fuiigus) servait à la même métaphore méprisante :

Tantiest quanti fungus putidus.

Plaute.

« J'en fais autant de cas que d'un champignon pourri ! »

Un homme, reconnaissant qu'il s'est laissé duper, s'écrie :

Adeorïme fuisse fungum. est qui illi credercmf

Plaute.

■ Ai-je été assez champignon pour me fier à lui? > Métaphore qui nous semble bizarre; mais nous dirions très-bien : ■ Ai-je été assez cornichon?... « Il y a ainsi d'excellents légumes dont on fuit le symbole de la bêtise ; tel est encore le melon, telle était autrefois la truffe. ■ On voit comment, continue Génin, le caraotère, les mœurs de Batistone et cette épithète de mal turiufo, méchante truffe, ont conduit Molière à choisir pour son imposteur le nom de Tartufe. » Il n'y a qu'une petite difficulté, c'est que le Tartufe a été joué en 1669 et que le Malmantile n'a été imprimé qu'en 1676. Génin se tire d'affaire en disant qu'il en courait, vingt ans avant» l'impression, beaucoup de copies manuscrites et que Molière put en avoir connaissance. Philippe Baldinucci, en effet, dans la notice qu'il a composée sur son camarade Lippi, nous apprend que, du vivant même de l'auteur (mort en 1664), il s'était répandu de son poëme d'innombrables Copies manuscrites (moltissime copie) , nonseulement en Italie, mais par toute l'Europe, C'est l'histoire de la Pucelle de Voltaire : quand elle fut imprimée, il y avait dix ans qu'elle courait le inonde.

Ce détail montre le soin qu'apportait Molière à se tenir au courant de tout ce qui pouvait l'aider dans son art. Nous le voyons ici fouiller dans un livre italien inédit pour y découvrir quelque élément comique que son génie savait s'approprier de façon k couper désormais le chemin à un second emprunteur.

Tartufe (le), comédie en cinq actes et en vers, de J,-B. Molière (Comédie-Française, 5 août 1667). Ce chef-d'œuvre de notre scène comique offre la peinture la plus achevée du faux dévot ; mais, comme la fausse pieté n'est qu'une brunche de l'hypocrisie et que d'ailleurs Molière, qui savait pénétrer jusqu'aux derniers replis du cœur humain, avait résumé dans un seul personnage tous les traits caractéristiques de l'hypocrisie en général, le nom de Tartufe a servi depuis à désigner toutes les sortes d'hypocrites.

Molière nous représente, dans cette pièce, un homme qui, dans la plus profonde misère, vient à bout, par un extérieur de piété, do séduire un homme honnête, bon et crédule, au point que celui-ci loge et nourrit chez lui le prétendu dévot, lui offre sa tille en mariage et lui fait, par un acte légal, donation entière de sa fortune. Quelle est sa récompense? Le dévot commence par vouloir corrompre la femme de son bienfaiteur, et, n'en pouvant venir à bout, il se sert de l'acte de donation pour chasser juridiquement de chez lui et conduire en prison celui qui l'a comblé de ses bienfaits. Voiià le fond de l'intrigue, qui ne peut inspirer que du dégoût et presque de l'horreur. C'est pourtant de ce fond que l'auteur a su tirer cette raillerie salutaire, ce rire vengeur qui poursuit les faux dévots et les hypocrites.

L'exposition vaut seule une pièce entière ; c'est une espèce d'action. L'ouverture de la scène vous transporte sur-le-champ dans l'intérieur d'un ménage, où la mauvaise humeur

TART

et le babil grondeur d'une vieille femme, la contrariété des avis et le va-et-vient, du dialogue fait ressortir naturellement tous les personnages que le spectateur doit connaître, sans que le poëte ait l'air de les lui montrer. Le sot entêtement d'Orgon pour Tartufe, les simagrées de dévotion et le zèle du faux dévot, le caractère tranquille et réservé d'Elmire, la fougue impétueuse de son fils Damis, la suine philosophie de son frère Cléanie, la gaieté caustique de Dorine et la liberté familière que lui donne une longue habitude de dire son avis sur tout, la douceur timide de Marianne, tout ce que la suite doit développer, tout, jusqu'à l'amour de Tartufe pour Elmire, est annoncé dans cette première scène, qui est à la fois une exposition et un tableau. Une trèsvive discussion est engagée, d'un côté entre Mme Pernelle, qui est la mère de M. Orgon, le maître de céans, et de l'autre toute la famille, Elmire, la jeune femme de M. Orgon remarié ; Cléanie, frère d'Elmire ; Damis, Marianne, enfants de M. Orgon et de sa première femme, plus la servante, Dorine, qui n'a pas la langue la moins alerte. Il n'y manque que RI. Orgon. Le sujet de la question est grave, du reste; il s'agit de la paix et de l'unité du foyer. Un homme, un étranger, récemment impatrnnisé dans la maison, prétend gouverner et régenter tout le monde. Mme Pernelle seule soutient le saint homme dont les prières attirent sur la famille les bénédictions du ciel. Mais voici M. Orgon lui-même de retour d'un petit voyage. Cette seconde scène est un chef-d'œuvre. Orgon ne souffre pas qu'on lui demande des nouvelles de sa santé; il veut d'abord être rassuré sur le compte des siens, et Dorine croit bien faire en lui parlant d'abord de sa femme, qui a une. légère indisposition, un peu de fièvre. Orgon écoute à peine :

OOEINB.

Mad.iroe eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir. Avec un mal de tête étrange a concevoir.

OROON.

Et Tarture?

DORINE

Tartufe 7 il se porte à merveille :

Gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille.

Le pauvre homme !

Le soir elle eut un grand dtfgoùt i:t ne put, au souper, toucher a rien du tout, Tant sa douleur de tète était encor cruelle.

Et Tartufe?

OROON.

DORINE

Il soupa, lui tout seul, devant elle.

Et, fort dévotement, il mangea deux perdrix. Avec une moitié de gigot en hachis.

OROON.

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