III
CGH5 H CW(OH)ï H
Diphé- Ben- Sappanine. Résorcine.
nyle. liae.
Dans ce cas, la sappanine serait le phénol tétratomiq le du diphényle.
SAPPARE s. m. (sa-pa-re — altér. de saphir). A.inér. Disthène, silicate alumineux anhydre, ainsi appelé par de Saussure, à cause de sa couleur ordinaire, qui est le bleu de saphir.
— Encycl. V. MSTHÈNB.
SAPPARITE s. f. (sa-pa-ri-te— rad. sappare). îùnér. Nom donné par de Schlotheim à une variété de disthène ou sappare, de couleur bleue, qu'on a trouvée à l'île de Ceylan, avec la spinelle.
SAPP1JV (Pierre-Victor), sculpteur français, né à Grenoble en ÎBOI, mort dans la même v.lle en lS5t>. Siinple tailleur de pierre à ses débuts, il vint à Paris entraîné par une irrésistible vocation, fit ses premières études dans l'atelier de Raggi et entra ensuite à l'Ecole des beaux-arts. Quand il eut terminé son éducation artistique, il vint s'enfermer dans sa ville natale. On cite, parmi ses meilleurs ouvrages, les statues du Comte de Soigne à Chumbéry et du Général Championnat à Valet ce, une Nymphe et le Géant des Alpes à Uriage.
SAPïHIRINE s. f. (sa-fl-ri-ne). Crust. V.
SAPHIR1NË.
SAPR], bourg du royaume d'Italie, province de la principauté Citérieure, district de Sala- Consili îa, mandement de Vibonati ; 2,018 hab. Port de commerce, vaste et commode, sur le golfe ûî Policastro.
SAPIIIN s. m. (sa-prain — du gr. sapros, pourri). Entom. Genre d'insectes coléoptères penlan.ères, de la famille des clavicornes, tribu des histéroïdes, comprenant plus de cent espèces répandues sur tout le globe : On tro ivt> tes saprins sur tes animaux en décomposition. (Chevrolat.)
SAPRISTI interj. (sa-pri-sti — altér. euphémique de sacristie). Sorte de juron familier : Sapristi! quel embrouillamini, quel pataquès ! (E. Augier.)
SAPROXÉGNIE s. f. (sa-pro-lé-guî ; gn mil. — du gr. sapros, pourri; tegnos, frange). Bot. Genre d'algues filamenteuses blanchâtres, comprenant plusieurs espèces, qui croissent sur les animaux et les végétaux, submergés et commençant à se décomposer.
SAFROLÉGNIÊ, ÉE adj. (sa-pro-lé-gni-é ; an mil. — rad. saprolégnie). Bot. Qui ressembli ou qui se rapporte à la saprolégnie.
— s. f. pi. Famille ou tribu d'algues, ayant pour '.ype le genre saprolégnie. ,
SAPROME s. m. (sa-pro-me — du gr. sapros, pourri). Bot. Syn. de bruchik, genre de reçusses.
SA!?ROMYZE s. f. (sa-pro-mi-ze — du gr. sapros, pourri ; muzà, je suce); Entom. Genre d'insectes diptères braehocêres, de la famille des athéricères, tribu des muscides, formé
SAQU
aux dépens des mouches, et comprenant plus de trente espèces, qui habitent la France et vivent sur les animaux et les végétaux décomposés.
SAPROFHAGE adj. (sa-pro-fa-je — du gr.
sapros, pourri ; phagô, je mange). Zool. Qui vit de matières organiques décomposées.
1 — s. m. pi. Entom. Tribu d'insectes coj léoptères pentamères, de la famille des la- I mellicornes, comprenant des espèces qui se ' nourrissent de matières végétales en déeom- I position.
I SAFROPYRE s. f. (sa-pro-pi-re — du gr. j sapros, putride; pur, fièvre, feu). Pathol. i Nom qu'on a proposé pour désigner des fièvres putrides.
SAPROSMA s. m. (sa-pro-sma — du gr.
| sapros, pourri ; osmê, odeur). Bot. Genre d'arbres et d'arbustes, de la famille des rubiacées, tribu des cofféacées, dont les principales espèces croissent à Java.
SAPY, détroit de l'Océanie, dans la Malaisie, entre l'Ile de Sumbava à l'O. et l'île Comodo à TE., par go 50' de latit. S. et 117" 15' de longit. E. A l'endroit le plus resserré, il mesure 24 kilom.; mais il est divisé en plusieurs bras par de nombreux îlots qui en rendent la navigation difficile.
SAPYGE s. f. (sa-pi-je). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des sphégiens, tribu des scoliides, dont l'espèce type est répandue dans la plus grande partie de l'Europe.
— Encyct. Les sapyges ont pour caractères principaux : un corps allongé, étroit; la tète assez large, arrondie en arrière; les yeux fortement échanerés au côté interne, accompagnés de trois ocelles disposés en triangle sur la partie antérieure du vertex ; les antennes longues, brisées, insérées vers le milieu du front, un peu renflées en massue vers le bout; le labre peu apparent; les mandibules fortes, dentelées au côté interne; les palpes courtes ; la lèvre trifide ; le corselet presque cylindrique, tronqué en avant, obtus eu arrière ; l'abdomen allongé, ellipsoïde ; les pattes de longueur moyenne ; les tarses longs. Ce genre comprend un petit nombre d'espèces, qui habitent l'Europe. On les trouve surtout dans les lieux arides; la femelle creuse des trous dans le bois ou dans le mortier des murs pour y déposer ses œufs ; elle y apporte une provision u'insectes qu'elle a tués et qui sont destinés à la nourriture des larves. Nous citerons, entre autres, lusapyge ponctuée et la sapyge prisme, qui se trouvent aux environs de Paris.
SAPYGITE adj. (sa-pi-ji-te — rad. sapyge). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sapyge.
— s. m. pi. Groupe d'insectes hyménoptères fouisseurs, ayant pour type le genre sa- PJ'ge-
SAQOEBUTE s. f. (sa -ke-bu-te. — Ménage voit dans ce mot une altération du latin sambuca, instrument musical à cordes, provenu du grec sambutcê, espèce de harpe. Mieux vaudrait peut-être le rattacher au latin sambucus, sureau. Plusieurs patois disent, en effet, sambuque pour une flûte de roseau; du reste, le grec sambukê, harpe, et le latin sambucus, sureau, sont probablement alliés). Mus. Sorte de grande trompette autrefois en usage.
— Ane. art milit. Lance armée d'un crochet, dont on se servait pour démonter les cavaliers.
— Encycl. Mus. On ne peut affirmer l'époque précise de l'invention de cet instrument. On sait seulement qu'elle a été le point de départ de celle du trombone, et que les Allemands donnent à. cet instrument le nom de posaune. La saquebitte n'était autre chose qu'une trompette basse, à pavillon recourbé et à pompe mobile; la saquebule est de cuivre comme le trombone.
SAQUER v. a. ou tr. (sa-ké). Mar. Traîner avec efforts et soubresauts.
SAQUES s. f. pi, (sa-ke). Antiq. Fête qu'on célébrait en Cappadoce.
— Encycl. Cette fête se célébrait dans une des villes de la Cappadoce nommée Zéla,
I avec un appareil solennel, en mémoire de
l'expulsion des Saques ou Scythes. Voici ce
que Strabon nous apprend, concernant l'ori-
I gine de cette fête : « Parmi les Scythes qui
occupaient les environs de la mer Caspienne,
' il y en avait que l'on nommait SaJces ou Sa-
' ques; ces peuples faisaient des courses dans
, la Perse et pénétraient quelquefois si avant
dans le pays, qu'ils allèrent jusque dans la
Bactriane et dans l'Arménie; ils se rendirent
maîtres d'une partie de cette province, qu'ils
! appelèrent de leur nom Sakasène, d'où, en-
. suite, ils avancèrent dans la Cappadoce qui
I confine le Pont-Euxin. Un jour qu'ils célé-
! braient une fête, le roi de Perse, les aj-ant
1 attaqués, les défit entièrement. Pour éterni-
j ser la mémoire de cette victoire, les Perses
| élevèrent un monceau de terre sur un ro-
1 cher dont ils formèrent une petite montagne
; qu'ils environnèrent dé murailles, dans l'en-
j ceinte desquelles ils bâtirent un temple con-
i sacré à la déesse Anaïtis, aux dieux Amanus
et Anadratus, qui sont les génies des Perses.
i Ils établirent une fête en leur honneur, ap-
i pelée sako, fête qui se célèbre encore dans
SAQU
le pays de Zéla; car c'est ainsi qu'ils nomment ce lieu. » Cette fête ne se célébrait pas seulement à Zéla ou Zêta, mais encore dans plusieurs villes cappndociennes ou perses qui pratiquaient le culte d'Anaïtis. La fête consistait en ceci : on commençait, avant toute chose, par se donner de copieux repas, où hommes et femmes se livraient a un grand luxe d'ivrognerie ; après quoi, on s'emparait d'un esclave ou d'un condamné à mort, on le mettait sur un trône royal, et là, publiquement, on lui faisait goûter tous les plaisirs de la table et de l'amour. Enfin, on le dépouillait des habits royaux et de ses insignes pour lui donner le fouet et le pendre. On entendait ainsi montrer aux rois, aux tyrans, aux conquérants, que tons les plaisirs sensuels étaient leur apanage, mais qu'avant d'être grands, d'être monarques, ils avaient été condamnés à mort par la divinité aussi bien que le commun des mortels, et que, malgré toute leur grandeur, il leur faudrait dépouiller le diadème pour mourir.
SAQUES (en latin Sacx), nom d'une peuplade scythe.
SAQUET s. m. (sa-kè — dimin. de sac). Petit sac, sachet, il Vieux mot.
SAQUETTER v. a. ou tr. (sa-kè-té — rad. sac). Battre à coups de sachets remplis de sable, il Frapper au visage avec un sac rempli de poudre empoisonnée. Il Vieux mot.
SAQUI (M^c veuve), née à Agde (Hérault) en 178G, morte à Paris le 21, janvier 1866. Jean- Buptiste Lalanne, son père, acrobate forain, obtint un engagement à Paris au théâtre de Nicolet et fit venir près de lui sa fille, élevée en Béarti. Elle débuta dans un grand mélodrame, intitulé Geneviève de Brabant, par le rôle de Benoni, l'enfant de Geneviève. La Révolution dispersa la troupe de* grands danseurs du roi. Lalanne et sa famille retournèrent en province ; pendant un séjour à Caen, Mlle Lalanne apprit k travailler la dentelle ; mais ces occupations tranquilles étaient peu de son goût. Aussi accepta-t-elle avec empressement les leçons de danse sur la corde que lui proposa, à Tours, un ami de sa famille, un étudiant de la Faculté de Toulouse devenu acrobate. La vocation de la jeune lille s'était révélée, et ses parents n'y firent point obstacle. Dès ce moment commença pour elle, avec la réputation et la gloire, une vie pleine de triomphes éclatants. Pendant cinquante ans, Mm0 Saqui visita toutes les villes de France et tous les pays de l'Europe, amassant l'or et les couronnes, fêtée partout, partout admirée. Elle avait à Paris son théâtre; Napoléon Iei^ qui l'appelait son enragée, l'avait nommée première acrobate de France. Il la faisait figurer dans toutes les fêtes publiques; elle était conviée à bien des fêtes particulières. Entant gâtée des généraux, des maréchaux et des princes, elle soulevait sous ses pas l'enthousiasme des grands et du peuple. Aucune cantatrice italienne n'a obtenu de semblables ovations.
En 1851, Mm" Saqui fit sa dernière tournée en Espagne, en Afrique et dans les principales villes de France. En 1852, elle reparut a l'Hippodrome et elle fit une ascension au Champ-de-Mars l'année suivante; enfin, en 1861, âgée de soixante-seize ans, elle figura dans une représentation à son bénéfice donnée à l'Hippodrome.
Jules Janin a consacré au souvenir de la célèbre funambule les lignes suivantes :
a Une femme, avant-hier, s'est éteinte en silence et dans la solitude. A peine on sait qu'elle est morte, et déjà le monde a cessé d'en parler. Il est ainsi fuit, le inonde. Il est oublieux, il est ingrat 1 Qui que tu sois, voilà ton histoire, à moins que l'on ne te compte au premier rang des seélérats fameux! Pourtant cette femme avait été célèbre entre toutes les héroïnes de ce grand siècle ; elle avait salué de ses premiers pas la Révolution française; elle avait marché sur la pointe des vents, -sur la tète des peuples. Sa devise était: Quo non ascendam?
» Des armées entières l'avaient applaudie ; elle allait volontiers dans le nuage, et, voisine du soleii, elle le contemplait face à, face. Elle a porté fièrement toutes les couronnes, et on la voyait monter dans sa pourpre, la tête couronnée de palmes, les mains pleines de foudres ou de lauriers, et les pieds dans les sandales d'or! Vie étrange, éclatante, à nulle autre pareille I
» Des périls à blanchir vos cheveux si vous n'aviez que vingt ans; des accidents a vous briser vingt fois ; un courage à toute épreuve ; une lutte énergique avec le jeune Phstéton conduisant le char du soleil; tant do fleuves franchis a pied sec, tant de remparts dominés d'une hauteur inaccessible ; elles-mêmes, les tours de Notre-Dame de Paris humiliées par cette victorieuse, voilà la plus légère partde cette existence illustre et courageuse, et, si nous voulions tout vous dire, ô mes amis, vous ne nous croiriez pasl
» Cette femme était mieux que la victoire ; elle en était l'annonce et le présage. Elle jouait de l'arc-en-ciel comme un enfant de son cerceau; tous les vents favorables enflaient sa légère écharpe; on eût dit la jeune Iris qui jette au frais matin les roses de sa corbeille 1
» Et non-seulement la France et l'Italie ont salué cette altesse; elle a fait son entrée à Vienne à la suite, et que dis-je? au-dessus
SARA
de l'empereur. Le Kremlin s'est incliné devantelle ; elle a défié les Pyramides, qui n'ont pas accepté son défi. Que de belles heures elle a passées à côté des étoiles 1 Comme elle a méprisé le mont Blanc I
• Un jour même, elle a relevé ses cheveux flottants sur ses belles épaules; la mer de glace était son miroir I Et, quand ce fantôme aérien redescendait sur la terre, on entendait l'éclat des tempêtes mêlé au bruit des tambours.... Pourtant la voilà morte. Le Vieux de la montagne et moi nous sommes seuls à la pleurer.
» Au moins l'avez-vous nommée et la reconnaissez-vous? Demandez à votre aïeul, il vous dira : « C'est juste et c'est vrai 1 Telle » était de mon temps, quand j'étais jeune, à » la suite du général Bonaparte, M'"" Saqui
• la triomphante, la Renommée aux pieds
• d'airain, aux ailes d'or ! »
SAR s. m. (sar. — On attribue k ce mot la même origine qu'à essart, le sar étant de l'herbe essartée, amassée comme on amasse les herbes des champs qu'on essarte). Nom donné aux varechs et aux goémons sur les côtes de l'Aunis. h On écrit aussi saht.
— lchthyol. Nom vulgaire du sargtie commun.
SARA, nom latin de la Sarre.
SARA ou SAKAÏ , sœur consanguine et femme d'Abraham, née vers 1986 avant notre ère, morte vers l'an 1859, à cent vingt-sept ans. Elle avait dix ans de moins qu'Abraham, comme elle fils de Thaïe. En nièina temps que Thuré et son mari, elle quitta Ur, en Chaldée, pour aller habiter Haran. Après la mort de Tharé, Dieu, d'après la Bible, ordonna à Abraham, aloiS*fegê de soixantequinze ans, de se rendre dans la terre de Chanaan, en lui promettant de la donner à Sa postérité. Quelque temps après, la famine ayant sévi dans ce pays, Abraham partit avec sa femme pour l'Egypte. Au moment d'entrer dans ce royaume, le patriarche, qui tenait beaucoup plus à sa vie qu'à fbonneur de Sara, lui dit : « Tu es belle. Lorsque les Egyptiens sauront que je suis ton mari, ils me tueront et te garderont. Dis donc que tu es ma sœur, afin qu'il m'arrive du bien et que mon âme vive à cause de ta grâce. » Saray consentit volontiers. Sa grande beauté, bien qu'elle eût plus de soixante-cinq ans, frappa les Egyptiens, qui en parlèrent au pharaon. Ce prince la lit aussitôt venir dans son palais, et, comme il l'avait espéré, Abraham fut comblé de présents. On lui envoya des bœufs, des brebis, des ânes, des chame'aux, des serviteurs et des servantes. Mais Dieu, toujours d'après la Bible, très-irritô de ce qu'avait fait le pharaon, affligea co prince de grandes plaies. Celui-ci, eu ayant connu la cause, fit venir Abraham et lui dit: «Pourquoi t'es-tu conduit ainsi? Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu que Sara était ta femme? Puisqu'elle est ta femme", preiulsla et va -t'en. » AfJiès avoir entendu co discours fort sensé, le patriarche, qui dans toute cette affaire avait joué un rôle peu honorable , reprit la route de Chanaan , emportant avec lui sans le moindre scrupule les riches présents qu'il avait reçus-
Quelque temps après, comme la stérilité dont elle était affligée persistait toujours, Sara eut l'idée de donner pour maîtresse :>. Abraham sa servante égyptienne Agar, «Jo ne puis avoir des enfants, dit-elle à son mari ; prends ma servante; peut-être par elle anraije des fils. » Le patriarche acquiesça volontiers à cette demande. Peu après, Agar étant devenue enceinte méprisa sa maîtresse. Sara s'en plaignit vivement à son mari, qui lui dit : r. La servante est entre tes mains, fais-en ce que tu voudras. » Sara battit Agar, qui s'enfuit; mais, arrivée dans le désert, elle vit, dit la Genèse, un ange qui lui conseilla de revenir auprès de sa maîtresse, de s'humilier sous sa main, et lui annonça qu'elle aurait un fils, à qui elle donnerait le nom d'Ismaôl, parce que Dieu avait écouté son affliction. Agar suivit ce conseil et mit au monde un fils. Abraham avait alors quatre-vingt-six ans. Treize ans plus tard, toujours d'après la Bible, Dieu apparut au patriarche et lui annonça, entre autres choses, qu'il aurait un fils de sa femme Sara. Quelque temps après, trois anges, sous la forme de voyageurs, vinrent visiter Abraham, qui leur lit servir un copieux repas. L'un d'eux lui dit: «Je reviendrai dans un an et ta femme Sara aura un fils. » En entendant ces mots, Sara se mit k rire et dit : « Est-ce qu'une vieille femme comme moi peut enfanter? » Mais l'ange reprit : « Pourquoi Sara a-t-elle ri ? Est-ce qu'il y a quelque chose de difficile à Dieu? Je reviendrai dans un an et Sara aura un fils. » Abraham alla ensuite habiter avec sa femme entre Cades et Sur; puis il fit avec sa femme un voyage dans le pays de Uerare, en la faisant passer, comme en Egypte, pour sa sœur. Bien que Sara eût quatre-vingt-dix ans, le roi Abimélech l'enleva. Mais Dieu le menaça de le faire mourir, et ce prince s'empressa de rendre à Abraham sa femme, cette fois parfaitement intacte, ce qui n'a rien de surprenant. Le patriarche s'attira du roi du Gerare des reproches semblables à ceux que lui avait faits le pharaon; et, comme la première fois, il quitta le pays comblé de présents ainsi que sa femme.
Peu après, Sara mit au monde uu fils qui reçut le nom d'Isaac et fut circoncis au bout
de huit jours par l'ordre de Dieu. L'enfant était sevré lorsque Sara, ayant vu le fils d'Agar jouer avec son (ils Isaae, dit à Abraham : « Chasst>z-moi cette servante avec son fils, car le fils de cette servante n'héritera point avec mon fils Isaac. » Le vieillard, oubliant qu'Ismael était son enfant, prit du pain et une outre d'eau, les mit sur 1 épaule d'Agar, et chassa avec Ismnel l'infortunée qui, manquant de tout, alla errer dans le désert. Quant à Sara, elle mourut à cent vingt-sept ans dans la ville d'Arbée, où son mari ta fit enterrer.
Telle est, d'après la Bible, la légende de Sara, légende singulièrement immorale, et qui a provoqué de nombreux commentaires. Les écrivains ecclésiastiques se sont attachés, pour la plupart, à justifier la conduite d'Abraham et de Sara. Ce mariage incestueux, ces relations adultères à l'instigation de la femme, cette lâcheté du mari lorsqu'il s'agit de prctégerl'honneurde l'épouse, cette expulsion d'un (ils, sous le prétexte le plus futile, n'ont rien de surprenant lorsqu'on connaît les mœurs des patriarches ; mais ce qui n'est pas sans faire naître des réflexions piquantes, c'est lorsqu'on songe qu'Abraham était un saint personnage et que le Dieu des Juifs ne dédaignait pas d'entrer en relations avec lui et de lui témoigner une affection toute particulière. Il nous semble inutile d'insister. Bornons-nous k rappeler sommairement l'opinion de quelques écrivains sur les deux enlèvements de Sara, dont son mari sacrifie volontiers la pudeur, non-seulement pour sauver sa vie, mais aussi, il faut bien le dire, pour être bien traité et recevoir des présents. Dom Cnlmet, examinant la conduite des deux époux, dit qu'Abraham exposait Sara à l'adultère et que la femme paraissait y consentir. Origène prétend que ce patriarche, non-seulement fit un mensonge, mais même qu'il trahit et abandonna la chasteté de son épouse. Kaustus le Manichéen appelle Abraham un infâme marchand de la pudeur de sa femme, qu'il vend à deux rois pour satisfaire son avarice. Saint Chrysostoine et saint Ambroise y ont trouvé la matière d'un beau panégyrique pour la charité de Sara, qui voulut bien, en faveur de son mari, exposer sa pudieitô à tous les risques du naufrage. Saint Augustin a été plus indulgent encore; il fait l'apologie d'Abraham et soutient qu'il a pu, pour sauver sa vie, faire courir quelques risques à la pudeur de Sara. Bayle s'est montré plus rigoureux que lui. Quant à Voltaire, il rit de tout son cœur, surtout en songeant que cette autre Hélène avait quatre-vingtdix ans.
SARA, femme de Tobie, fille de Rygue! et d'Anne, de la tribu de Nephfali. Elle vivait environ six siècles avant notre ère. D'après le Livre de Tobie, à qui nous empruntons le récit naïf et tout empreint de merveilleux qui va suivre, il arriva que Sara, tille de Raguel, qui demeurait à Rages, ville des Mèdes, fut touchée d'un reproche que lui fit une des servantes de son père. Elle avait déjà épousé sept hommes, et un démon, nommé Asmodée, les avait tués aussitôt qu'ils s'étaient approchés d'elle. Comme elle reprenait cette servante pour quelque faute qu'elle avait faite, celle-ci lui répondit: a Que jamais nous ne voyionsde toi ni (ils ni tille sur la terre, meurtrière de tes maris. Ne veux-tu point me tuer aussi, comme tu as déjà tué sept maris ? ■ A celte parole, Sara monta dans une chambra qui était au haut de la maison et y demeura trois jours et trois nuits sans prendre de nourriture, demandant k Dieu avec larmes qu'il la délivrât de cet opprobre. Pendant que Sala so lnmeiituit à Rages, le vieux Tobie, se sentant près de mourir, avait dit à Tubie son lils : ■ Je t'avertis que, lorsque tu n'étais qu'un petit enfant, je prêtai dix talents d'argent à Gabelus, dans Rages, ville des M>;des; c'est pourquoi va le trouver, retire mon argent et rends-lui sou billet. » Tobie fils partit et rencontra un jeune homme très-beau, dont la robe était retroussée à sa ceinture ; et, ne sachant pas que c'était un ange de Dieu, il le salua et il se mit en chemin avec lui.
Etant arrivés à Rages, l'ange dit à Tobie : « Il y a ici un homme qui s'appelle Raguel, qui est un de vos proches et de votre tribu. Il a une tille unique, nommée Sara. Toute sa fortune vous reviendra si vous épousez cette fille. Demandez-la donc k son père et il vous la donnera en mariage. • Tobie lui répondit : ■ J'ai ouï dire qu'elle avait déjà épousé sept maris et qu'ils sont tous morts, et on m'a dit ' aussi qu'un démon les avait tués. Je crains donc que )a même chose ne m'arrive aussi, et que, comme je suis fils unique, je ne cause • à mon père et k ma mère une affliction capable de conduire leur vieillesse au tom- ! beau. • L'ange Raphaël lui repartit : o Ecou- I tez-moi et je vous apprendrai qui sont ceux , sur qui le démon a. du pouvoir. Lorsque les personnes s'engagent dans le mariage do manière qu'ils bannissent Dieu de leur cœur et de leur esprit et qu'ils ne pensent qu'à satisfaire leur brutalité, comme les chevaux et les mulets qui sont sans7 raison, le démon a pouvoir sur eux. Mais pour vous, après que vous aurez épousé cette fille, étant entré dans la chambre, vivez avec elle en continence pendant trois jours et ne pensez à autre chose qu'à prier Dieu avec elle. Cette môme nuit, mettez dans le feu le foie du poisson, et il fera fuir le démon. La seconde
SARA
nuit, vous serez associé aux saints patriarches. La troisième nuit, vous recevrez la bénédiction de Dieu, afin qu'il naisse de vous deux des enfants dans une parfaite santé. La troisième nuit étant passée, vous prendrez cette fille dans la crainte du Seigneur et dans le désir d'avoir des enfants plutôt que par un mouvement de passion, afin que vous ayez part à la bénédiction de Dieu, ayant des enfants de la race d'Abraham. »
Tobie fit ce que lui ordonnait l'ange ; il entra chez Raguel, qui fut saisi de frayeur à sa demande ; mais, rassuré par Raphaël, il prit la main droite de Sara, la mit dans la main droite de Tobie, puis, ayant pris du papier, il écrivit le contrat du mariage. Après cela, ils firent un festin en bénissant Dieu. Raguel appela Anne, sa femme, et lui ordonna de préparer une autre chambre. Ce qu'ayant exécuté, elle y mena Sara sa fille. Peu après, on introduisit auprès d'elle le jeune Tobie. Se souvenant de ce que l'ange lui avait dit, il tira de son sac une partie du foie du .poisson et le mit sur des charbons ardents. Alors, l'ange Raphaël prit le démon et l'ail» lier dans le désert de la haute Egypte. Tobie dit alors à Sara : ■ Levez-vous, et prions Diou aujourd'hui, demain et après-demain, parce que, durant ces trois nuits, nous devons nous unir à Dieu, et, après la troisième nuit, nous vivrons dans notre mariage. •
Vers le chant du coq, Raguel commanda qu'on fit venir ses serviteurs, et ils s'en allèrent avec lui pour creuser une fosse, car il craignait que Tobie n'eût le même sort que ses sept pi édéoesseurs. Une des servantes de sa femme étant entrée, d'après son ordre, dans la chambre des mariés pour voir si Tobie était mort les trouva tous deux en parfaite santé et donnant dans le même lit. A cette nouvelle, Raguel et Anne, sa femme, bénirent le Seigneur. Sara vécut un grand nombre d'années et vit les enfants de ses enfants jusqu'à la cinquième génération.
SARARACUS SINCS, nom latin du golfe de Martaban.
SARABAÏTE s. m. (sa-ra-ba-i-te — de l'hébr, saraô, se révolter, rejeter). Hist. relig. Nom donné à certains moines errants ou vagabonds qui, dégoûtés de la vie cénobitique, ne suivaient plus aucune règle et allaient de ville et ville, vivant à leur discrétion.
SARABANDE s. f. (sa-ra-ban-de — de l'espagnol zarabanda, qui vient du persan serbend, sorte de danse). Chorégr. Danse grave, à trois temps, d'origine espagnole : La sarabande était une danse noble, mains grave que la pavane. (Castil-Blaze.) La veille d'un bal, les filles ne dorment guère; les menuets, les rondes, les sarabandes, tout cela leur truite dans la tête. (Etienne.) Il Air sur lequel on exécutait cette danse : Les violons donnèrent ttne sarabanûiï fort gaie. (Volt.) Bussy se croit poète quand il a fait un méchant couplet de sarabande. (Ste-Beuve.)
— Ane. loc. fam. Danser la sarabande audessus du pavé, Etre pendu.
— Encycl. La sarabande est une ancienne danse qui parait être d'origine espagnole et qui s'exécutait avec accompagnement, de castagnettes, sur un air d'un mouvement grave, rli\thmé a trois temps. Le caractère eu étaLt sévère, et elle était surtout usitée au théâtre. Nos opéras du xviuo siècle contiennent de très -jolies sarabandes. En réalité, cette.danse n'était guère autre chose qu'un menuet très-grave, et l'on sait que le menuet a engendré ainsi beaucoup de danses qui s'en rapprochaient plus ou moins. La sarabande eut un admirateur frénétique et passionné dans Des Yveteaux qui, âge de quatre-vingts ans et se sentant mourir, ,>e fit jouer un air de sarabande, afin, disait-il, i que son âme passât plus doucement. •
Selon quelques auteurs, cette danse aurait été ainsi nommée à cause d'une comédienne appelée Sarabanda, qui l'aurait dansée la première en France. D'autres prétendent que la sarabande nous est venue des Sarrasins, ainsi que la chaconne. D'autres enfin veulent que son nom dérive du mot espagnol sarao, qui signifie bal.
SARABAT ou KEDOUS, l'ancien Hermus, rivière de la Turquie d'Asie. Elle prend sa source dans les Mourad-Dagh, coule à l'O. et se jette dans le golfe de Smyrne, à 18 kilom. N.O. de la ville do ce nom, après un cours de 300 kiloin.
SARAC ou CH 1NALADAN, roi d'Assyrie ou de Ninivo, mort en G25 avant notre ère. Il monta sur le trône en 647 et s'adonna entièremisut à une vie de plaisirs. Assiégé dans Nuiive par Nabopolassar, gouverneur de Babylone, et par le roi des Mèdes, Cyaxare I", ce prince efféminé ne fit rien pour se défendre et se donna la mort. Avec lui tomba le deuxième empire d'Assyrie,
SARACA s. m. (sa-ra-ka). Bot. Syn. de JONKSIE, genre d'arbres de l'Inde.
SARACENA, bourg du royaume d'Italie, province de la Calabre Citêrieure, district et mandement de Castrovillari j 3,734 bab. Aux environs, on recueille de la manne.
SARACÉNAIRE s. f. (sa-ra-sé-nè-re). Moll. Genre de coquilles fossiles, voisin des textulaires, dont l'espèce type se trouve en Italie
SARACÈNES, en latin Saraceni, tribu no-
SARA
made de l'Arabie Déserte, au N. Ils opposèrent pendant longtemps Une vigoureuse résistance aux attaques de l'empire grec et embrassèrent l'islamisme. Quelques auteurs pensent que leur nom est venu de celui de Sarrasins.
SARACHA s. m. (sa-ra-cha). Bot. V. sar-
RACHA.
SARACINO ou SARACENI (Charles), peintre italien, nommé aussi Cnrlo Veiipzinnn (le I Vénitien), né à Venise en 1585, mort dans la , même vdle en 1625. Il vint à Rome, où il 1 fut élève de Mariani. Cependant il imita le i style du Caravage. Les principales fresques ' de Saracino sont celles qu'il a peintes dans le ! Vatican. On trouve des tableaux à l'huile de | ce peintre à Rome, à Munich et à Vienne. Les plus renommés d'entre eux sont le Saint \ Bonose et le Martyre d'un évèque, dans l'é- I glise de l'Anima, à Rome. Il existe en France | un tableau de Saracino, la Fuite en Egypte, qui a fait partie autrefois du musée du Louvre et qui est aujourd'hui au musée de Lille.
SARADA-CAREN s. m. (sa-ra-da-ka-rènn).
Chanteur ambulant indou.
— Encycl. Sarada-careu signifie proprement louangeur, et ce nom est donné à des inj dividus de diverses castes, dont Tunique mé- J lier est d'aller chanter des louanges en l'honneur des personnes qui veulent les entendre et | les récompenser pour leurs peines et pour les | fades adulations qui leur sont adressées par j ces êtres vils, qui trouvent moins pénible de I gagner leur vie par des bassesses que par i des travaux corporels. On voit des individus | de plusieurs castes exercer ce métier, quoique la plupart soient des télingas, d'une tribu connue sous la dénomination de Battori. Ils savent par cœur certains lieux communs de I poésie, certaines formules banales de compli- ; ments auxquels ils ne font qu'adapter les | noms des personnes qu'ils veulent louer, Plu- I sieurs de ces dernières, pensant que ces poésies ont été faites exprès pour elles et qu'elles méritent bien les louangesqui leur sont adressées, récompensent généreusement ces vils adulateurs. Lorsque les sarada-ewen chantent en public devant des réunions, ils chantent quelque» morceau de poésie indécent, faisant allusion à quelque circonstance de la vie libertine de leurs dieux ou à quelque trait d'histoire du pays. En chantant, ils s'accumpagnent d'une espèce de guitare, à laquelle ils font rendre îles sons bien peu en harmonie avec celui de leur voix ; mais ils ont affaire à des auditeurs qui ne sont pas difficiles sur ce point. Après avoir diverti quelque temps rassemblée par leur chant et le sou discordant de leur instrument, les saradacaren font une collecte dont ils sont fort contents si elle s'élève à la valeur de deux ou trois sous. Les individus de cette profession, ainsi que généralement tous ceux qui exercent des professions analogues, vivent dans la misère et le mépris.
Sarada Tllaka, comédie sanscrite. C'est un monologue en un acte d'une longueur assez considérable, dont Wilson nous a donné l'analyse dans son Théâtre indien. Rasieasékhura, homme de mœurs très-libres, dépeint différents individus qu'il rencontre dans les rues de Coiâhalapoura, au moment de la fête du printemps. La plus grande partie de la pièce est en description ; mais il s'y trouve aussi une espèce de dialogue dans lequel Rasicasékhaia, s'adressant a quelques personnes qu'il nomme, ajoute ces mots : t Que dis-tuï» et répète alors lui-même la réponse.
Il interroge surtout des femmes et des gens de cœur, et voici quelques-uns des portraits les plus remarquables tracés par Rasicasékhara, qui en ce moment est censé s'adresser à un camarade :
« Jette les yeux de ce côté; vois s'avancer ces jeunes filles de Concaua, à l'œil charmant comme le lotus. Leurs tailles délicates, ornées de grelots retentissants, leurs attraits enchanteurs séduisent tous les yeux; elles lancent dans les cœurs les traits puissants <ïa Câmadeva.
» Voici la beauté du Qourdjara, parée de la fleur d'une jeunesse éternelle. Ses yeux ressemblent à ceux du tchacora , son teint a la couleur jaune du rotchaua et sa voix est flexible comme celle du perroquet. Elle porte à ses pieds des anneaux d'argent, à ses oreilles de larges boucles ornées de perles, et son corset est fermé sur sa taille avec des pierreries.
■ Avec majesté marche la noble dame du Mahârâchtra ; son front est inarqué de safran, ses pieds serrés de chaînes d'argent; elle porte un voile coloré et une ceinture serre son corps.
» Voici venir lajeune fille du Népâla, dont les cheveux sont plus noirs que l'abeille, dont le sein est parfumé de musc et le front inarqué d'une tache plus brillante que la nouvelle lune.
» Vois cette jeune fille du Pândya, dont le visage a l'éclat du lotus. Elle porte dans ses mains l'offrande sacrée; Sa personne est ornée de perles et son sein exhale le parfum du santal.
» J'aperçois une femme du pays de Tchola ; ses joues sont teintes de safran et sur sa robe sont brodés des boutons de lotus.
» Contemple ces beautés du Dravira; il y a entre leurs attraits et ceux des autres femmes la différence qui existe entre la lumière
SARA
de la lune éclairant les fêl.:s joyeuses de la jeunesse et la lampe dont les feux sont réfléchis dans le vase rempli d'eau.
« Remarque les formes aimables des filles du Carnâta, dont le front est marqué d'une tache de musc et teint de safran, dont les oreilles sont ornées d'anneaux d'or et dont la sein voluptueux attire le cœur des hommes.
» Regarde cette femme d'Andhra dont l'oreille gracieuse est percée d'un rouleau d'or; à son nez est attaché un anneau orné de perles qui desceud jusque sur sa poitrine, et son sein est couvert d'un voile de la couleur du safran,
» Voici la beauté dévouée au culte de Siva; son front porte la double ligne de la teinture de cendres, et de son nez tombe la chaîne formée de coquillages ; ses douces lèvres sont rougies par le bétel et les boucles de ses cheveux sont du jais le plus noir.
» De cet autre coté s'avance la jeune fille consacrée à Vichnou; un croissant est tracé sur son front avec la teinture de safran; les tresses de sa chevelure se jouent lo long de son cou ; ses yeux sont beaux comme la fleur du lotus. >
Les personnages qui sont ensuite décrits sont religieux ; l'auteur ne semble pas, en général, avoir un grand respect pour la piété.
« Eh! quelles sont ces personnes? Je le vois. C'est un djangama couvert de cendres, portant ses cheveux relevés en une seule touffe; le symbole de Siva est autour de son cou ; il a des souliers à ses pieds et dans sa main est une moitié de crâne. Cet autre, c'est un vechnava; sou front est empreint dune ligne droite ; il porte un arc décoré de sonnettes et de plumes de paon, et à son, côté pend une besace.
« J'aperçois les lecteurs de Pourdnas portant sous leurs bras les volumes sacrés, enveloppés dans la pièce de drap qu'ils étendent pour s'asseoir; ils ont des rosaires dans leurs mains et leur front est marqué de santal.
» De cet autre coté s'avancent les superbes yatis, dont l'habillement a pris la couleur de l'ocre; ils portent des bâtons de bambou. Simplement couverts du vêtement inférieur, ils développent avec arrogance leurs fausses doctrines.
• Mais voici l'hypocrisie en personne, les yogis qui, pour tromper le peuple, comptent les grains de leur rosaire et couvrent leur corps de cendres de bouse brûlée. Ils laissent croître leur barbe; leurs vêtements sont teints avec l'ocre; sous leur bras est leur besace, et pour surtout ils ont une peau d'antilope noire... ■
La description suivante est une des plus soignées :
« J'aperçois le psylle avec son serpent et son singe sur la tête; il porte une touffe de plumes de paon ; autour d'un de ses bras est roulée une liane, l'autre bras est o. né d'un bracelet de coquilles. Ses cheveux, relevés en une seule touffe,, sont suspendus en casque sur son front, tandis qu'au-dessous de 1 une à l'autre oreille s'étend, sur son front, une simple ligne de cendres. Il répète la prière à Garouda et, pensant à son maître spirituel, il ouvre avec précaution son panier et en tire le reptile, qu'ii excite doucement. Tandis que le psylle, frappant son genou d une main, avec l'autre joue de la flûte, le serpent lève lentement la tête et déploie Son chaperon; le singe alors se jette sur le serpent, le tire avec ses dents et se met à l'abri de la fureur avec laquelle il lance son poison. Etonnantes sont les œuvres de Brahmu I Et cependant, est-il surprenant de voir des hommes dompter des animaux venimeux, quand des femmes domptent des hommes? •
Dans l'Inde, ce genre de pièces porte le nom de b/idna. Celui-ci ne remonte probablement pas au delà du xn" siècle. L'auteur est Saitcara, natif de Bénaiès.
SARA! CASTRUM, nom latin de Sarrebourg.
BAHAJ PONS, nom latin de Sarri:bruck.
SARAGOSSAIN, AINE s. (sara-go-sain, è-ne). Oéogr. Habitant de Saragos%e ; qui appartient a cette ville ou à ses habitants : Les Saragossains. La population saragos-
SAIKE,
| SARAGOSSE, en espagnol Zaragossa, ville d'Espagne, oh.-l. de la provinco de son nom
j et jadis capitale du royaume d'Aragon, à
I 322 kilom. N.-E. de Madrid, sur lu rive droite de l'Ebre et près du canal royal d'Aragon, par 4l« 47' de hait. N. et 3« 3' de longit. E.; 82,000 bab. Archevêché, cour d'appei, tribunaux supérieurs de la provinco; université
; fondée en 1474; séminaire, école nonnalu;
; Académies de médecine et de chirurgie, des beaux-arts; bibliothèque, musée, théâtre.
Eabricttfion de soieries, draps fias, parchemins; tanneries. Commerce considérable on vins, eaux-de-vie distillées dans le pays, laines et peaux; centre auquel aboutissent les chemins de 1er de Madrid et de Barcelone. Saragosse est située au centre d'une plaine vaste et fertile, baignée au N. par l'Ebre qui y passe sur un pont de sept arches et de 200 mètres de longueur, et arrosée au S; par la Huerva; elle est entourée d'un mur d'enceinte épais, percé de huit grandes portes et de deux petites; deux faubourgs s'étendent autour de la ville, l'un à l'E., Vautre ù l'O., sur la rive gauche de l'Ebre. A l'ex-
SARA
teneur, cotte ville, avec sus tours élégantes, ses flèches élancées, a un caractère imposant ; maiii l'intérieur ne répond pas k cet aspect pittoresque etséduisant; les rues, à l'exception do celle del Coso-del-Pozo, ne sont que des ruelles étroites et tortueuses, mal pavées, sales et sombres. Les maisons sont, généralement anciennes et bien construites en pierre de taille ; les palais des anciennes familles uobles sont en ruine.
Saragosse n'a conservé que des traces insignifiantes de ses commencements. Le Coso, sorte de fossé bordé d'édifices publics et de palais, indique encore néanmoins l'ancien emplaceiner t de l'enceinte de Csesarea Augusta. C'est au Coso qu'avaient lieu au moyen âge la plupart des tournois, fêtes, courses Je bagues et joutes si fort à la mode à cette époque. ■ Le Coso, qui aujourd'hui constitue une rue véritable, portait jadis, dit Louis Lopez dans son livre des Antiquités de Saragosse, le nom de Foso ou Sacro-Foso. On s'était fuit une sorte de gloire de conserver sur les maisons du Coso les traces des balles et des boulets qui s'y étaient logés pendant le siège de IS09 et li révolution de 183S. » Ces traces ont aujourd'hui à peu près disparu. La vieille porte de la ville, dite porte Quemada, devant laquelle on brûlait jadis les cadavres des victimes de l'inquisition, a été détruite, il y a quelques années. Feu de villes espagnoles sont plus riches que Saragosse en édifices curieux, au double point de vue historique et archéoltgique. Nous les passerons en revue successivement :
— Monuments religieux. Le plus important est la cuhédrale, dite église da San-Salvador et plus communément la Seo (corruption de sede, siège, cette basilique ayant été le siège épiscopal de Saragossse). On fait remonter sa construction à l'époque romaine; mais on aurait peine à retrouver cette antique tradition dans la façnde gréco-romaine ornée de colonnes corinthiennes, de niches contenant les statues de saint Pierre et de saint Piul et surmontée d'un fronton triangulaire uni. Cette façade est, en outre, écrasée par une lourde tour dont le premier corps, en forme de piédestal, construit en pierres taillées en bossage, égale sa hauteur. Le second corps, plus étroit que le premier et sans fenêtre comme lui, présente en relief un immense cadran que soutiennent deux figures ailées, ^e Temps et la Vigilance. Le troisième corps, octogone, en retrait sur le précédent, est formé de colonnes corinthiennes portant au-dess.us des quatre angles du corps inférieur les statues colossales des Vertus cardinales i :e troisième corps, contrairement aux deux piemiers, est percé de baies à travers lesquelles on aperçoit les cloches. Le quatrième et dernier corps, octogone comme le précédent, percé de huit baies, a pour base des pilastres ornés de pots à feu et pour couronnement une coupole arrondie surmontée d'une pyramide dont la pointe consiste en une croix à rayons. Le dessin de cette coupole fut exécuta en 1685 par l'architecte romain Contini; l'effet en est à la fois imposant et d'une grande légèreté. La façade ne peut malheureuseir.ent s'embrasser d'un coup d'teil, par suite de l'absence d'entrée principale dans l'édiflcj. On ne pénètre, en effet, dans laSeo que par un angle et on ne peut en apprécier la dist ibution que détail par détail. Intérieuremen,, l'édifice se compose de cinq nefs que séparent quatre rangées de piliers gothiques ; l'ornei.ienlation des chapiteaux, en feuillages dé ieatement fouillés, se complète par des tailloii s dentelés d'où jaillissent des faisceaux d'arcs d'ogive se réunissant en rosaces à leur point culminant. Chaque chapelle offre d'intéressiuts détails; la plus riche, en même temps que la plus grande {capitla Mayor), est couronnée par une coupole gothique en forme de tiare; cette coupole, chargée de statues et d'ornements du style plateresque, est due a Benoît XIII; elle éclaire heureusement la nef, généralement sombre, comme la plupart des basiliques espagnoles. La capilla Mayor possède un des plus beaux retables connus; il est en albâtre, de style gothique pur et d'une grande richesse d'ornementi tion. Entre ses fleurons, ses volutes, ses arabesques sont sculptés avec une perfection et un fini de détail inimitables des scènes entières empruntées k la vie de saint Laurent et à celle de saint Valère; le corps principal prése.ite troijs tableaux de haut relief: Adoration des rois muges, Transfiguration, Ascension de Jesus-Chrisl. La capilla Mayor contient encore le tombeau de la princesse Maria, fille de don Jaime le Conquérant; celui du dac Juan d'Aragon, frère de Ferdinand le Catholique ; une urne renfermant le cœur rie l'.nfant Balthazar-Carlos , fils de Philippe IV, et un fauteuil Renaissance, à double siège, dans lequel s'asseyaient les rois le jour de leur sacre. Le chœur de la Seo, entouré de stalles en chêne sculpté dans le goût gothique, est dominé par le siège épiscopa également chargé de sculptures. Le lutrin, admirable morceau artistique, date de 1413. L'enceinte" extérieure du chœur, dans laquelle sont ménagées un grand nombre de chapalles, est splendidement décorée. Les côtei du irascova (arrière-chœur) sont ornés de remarquables statues de saint Laurent et de saint Vincent et de' bas-reliefs sur ces deux martyrs. Le centra du trascoro est occupé par un petit temple formé de six colonnes da marbre noir entourant un crucifix
central. Une coupole dorée couronne ces colonnes et est elle-même surmontée par une figuré du Christ ressuscité. Parmi les chapelles latérales, signalons celles de San-Vicente et de Santiago (Saint-Vincent et Saint-Jacques); la première possède quatre toiles remarquables de Rabiella, la seconde une statue de saint Jacques, œuvre de don Carlos Salas. La chapelle de San-Bernardo ren ferme les mausolées de don Ferdinand d'Aragon et de sa mère, doîïa Anna de Guerrea. La chapelle de San-Pedro-Arbuès, de style gothique, possède trois tableaux de Francisco Ximenès de Tarazona et une statue du saint porté sur un nuage ; enfin la chapelle paroissiale, dédiée k san Miguel. L'autel gothique en est divisé en compartiments représentant des scènes de la Passion, peintes avec une grande perfection de détail ; c'est dans cette chapelle que se trouve le fameux tombeau de don Lope de Luna, ancien archevêque de Saragosse ; il est en marbre blanc et passe pour n'avoir pas de rival en son genre dans tout l|Aragon. Nous n'avons pas parlé des magnifiques grilles dont toutes ces chapelles sont fermées, chefs-d'œuvre de la serrurerie ancienne, non plus que du trésor de l'église. Parmi les pièces dont ce trésor se compose, il faut mentionner la croix gothique sur laquelle le roi faisait autrefois serment de respecter les fueros de l'Aragou, les trois bustes en argent des saints Vincent, Laurent et Valère, présents de Benoît XIII (1405) ; la Custodia, ouvrage d'orfèvrerie en forme de tabernacle du xvie siècle, etc.
Après la Seo vient, dans l'ordre hiérarchique des églises de Saragosse, Notre-Damedel-Pilar (Nuestra-Sefiora-del-Pi!ar), dont le nom a été tant de fois popularisé par nos drames romantiques. Pilar, en espagnol, signifie pilier, et ce nom singulier donné à l'église s'explique par une fantastique légende, dont nous emprunterons la traduction à M. Germond de Lavigne. Suivant cette légende, Jésus-Christ lui-même aurait en voyé la Vierge à Saragosse avec recommandation d'en ramener saint Jacques, mais non pas avant que l'apôtre eût construit un temple en son honneur. En eiret, un jour que saint Jacques et ses disciples se trouvaient hors de la ville, ils aperçurent en l'air une très-grande lumière, « qui, surpassait celle du soleil. Les anges mirent le trône de leur reine à la vue de l'apôtre qui était en une très-sublime oraison. Les anges portaient une petite colonne de marbre ou de jaspe, et ayant formé d'une autre matière différente une image de la reine du ciel, ils la portaient avec beaucoup de vénération. » La Vierge alors fait part k saint Jacques de la mission qu'elle a reçue, après quoi elle « ordonne aux anges de mettre la sainte image sur la colonne et de la placer au même endroit où elle se trouve aujourd'hui. » Inutile d'ajouter que cette colonne fut le pilier qui donna son nom à la basilique. Saint Jacques se mit aussitôt k l'œuvre et, aidé de ses disciples, construisit la chapelle qui depuis a été remplacée par l'église actuelle, dont on posa la première pierre en 1681. Elle se compose d'un quadrilatère partagé en trois nefs par douze piliers carrés et massifs d'un diamètre énorme. La première et la troisième, contenant la Sainte- Chapelle et le maître-autel (alla mayor), sont couronnées de coupoles, tandisquelànef centrale n'est guère qu'une galerie qui les relie ensemble. Les murs sont sans ornements. Seul, un beau retable, dû au ciseau du sculpteur Valencien Forment et représentant quelques scènes de la vie de la Vierge, mérite l'attention. La partie la plus curieuse de l'église est lo sanctuaire, qui forme comme un petit temple dans le temple. « L'image vénérée, sur son pilier de marbre, dit M. Germond de Lavigne, occupe la place même où saint Jacques l'a déposée il y a dix-neuf siècles. Le petit temple, ouvert de trois côtés et sur un plan elliptique, est formé par de belles colonnes de marbre, supportant une voûte sculptée en écailles, entourée de guirlandes dorées., de médaillons, d'où pendent des drapeaux pris aux Maures, et éclairée au milieu par une large ouverture circulaire tout entourée d'anges et de figures de saints. L'autel ou tabernacle, devant lequel brûlent une grande quantité de lampes suspendues à la voûte au milieu ù'ex-voto de toute nature, do cœurs d'or et de dons précieux, représente au centre la Vierge sur un trône de nuages; a gauche, saint Jacques et ses disciples agenouillés; à. droite, dans l'ombre, on voit la sainte image, sculptée dans un bois devenu noir par l'œuvre des siècles et vêtue d'une riche dalmatique qui ne laisse paraître que la tête de la Vierge et celle de l'Enfant Dieu, Par les ouvertures de la voûte, on voit se développer la coupole de l'église, projetant une vive lumière sur les fresques d'Antonio Velazquez qui en décorent les contours. Sur deux des côtés de la Sainte- Chapelle, des escaliers, protégés par des balustrades de marbre, conduisent a une crypte souterraine où reposent, dans des tombeaux de marbre noir, plusieurs dignitaires, des archevêques, et dans une urne le cceur du second don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV. » La sacristie de l'église possède un Eece Homo attribué au Titien.
Les autres églises de Saragosse qui mérit tent une mention, tout en étant loin d'égaler l'importunce des précédentes, sont : l'église souterraine de Santas-Masas ; l'église San-
SARA
Miguel-de-los-Navarros, où l'on remarque de beaux bas-reliefs représentant la Passion; l'église de Santa-Cruz, une des plus anciennes de la ville; l'église San-Pedro-et-San- Juan, dont le clocher est formé par une tour carrée de style mauresque ; l'église Santiago, où l'on retrouve quelques vestiges byzantins et qui possède un retable d'un beau travail et une cloche qui date de l'invasion des Goths; l'église San-Pablo-Apostol, dont le retable a pour auteur Forment, et qui renferme le tombeau sculpté de don Diego de Monréal, é vaque de Huesca; l'église San-Felipe-y-Santiago, dont le portail original se compose de deux colonnes de marbre noir, surmontées, au premier corps du prétendu labaruin de Constantin, et au second corps du saint sacrement soutenu par saint Philippe et par saint Jacques, patrons de l'église. Saragosse possédait autrefois un grand nombre de couvents; plusieurs ont été transformés en casernes; mais quelques-uns d'entre eux présentent encore à l'archéologue maint détail intéressant et pittoresque.
— Monuments civils. L'édifice le plus curieux peut-être de Saragosse par la bizarrerie de sa forme et de ses détails d'architecture est la tour Neuve (Torre Nueva), dite encore tour Penchée, à cause de son inclinaison qui rappelle celle de la tour de Pise. Construite en 1504, parlesjuratsdeSaragosse, sur la petite place de San-Felip.e afin de porter l'horloge de la ville, la tour Neuve, complètement isolée de tout autre bâtiment, mesure une hauteur de 84 mètres sur 1210,60 de largeur à sa base. On y monte par un escalier de 280 marches. Elle est bâtie en brique et son style rappelle tantôt le gothique, tantôt l'arabe. Chaqvieétage offre un aspect différent. Un balcon de fer précède le campanile où est enfermée la grosse cloche de l'horloge. On parvient à ce balcon par un escalier qui tourne en spirale autour du noyau central de la tour, dont l'inclinaison passe, suivant les uns, pour avoir été voulue par l'architecte, suivant les autres pour la simple conséquence d'un accident. Cette tour a été restaurée en 1860.
Lu dehors de la ville et entouré d'un fossé profond se trouve l'Aljaferia, bâtie par le Maure Abn-Giafar Ahmed, le seul édifice de Saragosse qui évoque de nombreux souvenirs de la royauté, dont il fut longtemps la résidence. L Aljaferia, qui ressemble plutôt à une caserne qu'à un palais, est occupée aujourd'hui far un régiment d'infanterie et forme une des positions avancées de la ville. On y retrouve le bel escalier monumental et la longue suite de plafonds dorés qui remontent au temps de la résidence des rois chrétiens d'Espagne. Quant k la période mauresque, une seule pièce donnant sur la cour en retrace le souvenir; les murs sont revêtus d'ornements analogues à ceux de l'Alhambra de Grenade et la voûte en est formée par des arcades légères, malheureusement dissimulées sous un plafond moderne blanchi à la chaux. Rappelons en passant qu'une partie de l'action de l'opéra célèbre de Verdi, le Trovatore, se passe dans l'Aljaferia et une autre partie dans le château de CaStijar, qui en est voisin et qu'on peut distinguer de loin dans la montagne.
Indépendamment de ces édifices purement monumentaux, Saragosse possède plusieurs établissements qui méritent d'être cités. En première ligne, la Misericordia, maison de secours ou hospice pour les deux sexes, fondée en 1660. Saragosse est le siège d'une université littéraire, riche d'une bibliothèque de 25,000 volumes. Enfin, de nombreux cabinets scientifiques, des écoles d'escotapios, deux séminaires, une Académie de médecine et de chirurgie et une Académie des beauxarts qui possède plusieurs tableaux originaux du Titien, du Dominiquin, de Salvator Rusa et des différents maîtres espagnols complètent les richesses de cette ville.
Plusieurs anciens hôtels méritent d'être cités; de ce nombre est la maison du comte de Sastago, occupée aujourd'hui par le Casino; VAduana- Vieja (Vieille-Douane), qui est aujourd'hui dans un état de ruine k peu près complet, présente k l'intérieur des traces de l'époque romaine; l'Audiencia est un édifice flanqué de tours et présentant une belle porte ornée de cariatides ; la Casa del comercio (chambre de commerce) occupe l'ancien hôtel de Torellas, une des plus belles constructions de Saragosse; la Casa de Zaporta ou de la Infanta est d'une ornementation également fort riche. Mentionnons en terminant la maison du comte d'Altarès et son portail gothique; celle du comte de Fuentès, occupée par l'administration des postes et dont le patio est fort endommagé par les voitures; la casa de Torrescas; le palais de las Lunas, ancienne résidence de Benoît XIII; la casa de Lazan; la casa de Tarazona, etc.
— Promenades. La principale promenade de Saragosse est celle de Santa-Engracia, voisine de la place de la Constitution. Elle est plantée de beaux arbres et ornée de bancs de marbre sculptés. Un monument commémorant' du siège de Saragosse devait y être érigé; le modèle y fut exposé vers 1840, mais il finit par tomber de vétusté avant d'avoir reçu le moindre commencement d'exécution.
— Histoire. Suivant Pomponius Mêla, dont le témoignage est généralement adopté, Sa-
SARA
ragosse aurait véritablement pris naissance vers l'an 728 de la fondation de Rome, lorsqu'Auguste vint en Espagne combattre les Cantabres et les Asturiens révoltés. Parvenu à Salduba, alors simple village, dont l'emplacement est occupé par la cité actuelle, il fut vivement frappé de l'importance qu'on pouvait donner à sa situation et y établit une colonie romaine. Cette colonie, désignée sous le nom de Cwsarea Augusta, fut le berceau de la Saragosse actuelle. Des bains, des temples, un cirque, des palais, etc., s'y élevèrent comme par enchantement, et Caesarea Augusta, dit Pomponius, » devint la plus brillante des villes intérieures de l'Espagne Tarraconaise. > L'ancienne colonie romaine avait à peu de chose près conservé son nom (Cssaragosta) lors de l'invasion des Goths (470). Aux Goths succédèrent les Maures (712), qui changèrent Cxsaragosta en Saràgusta et firent de l'antique cité le chef-lieu d'une de leurs cinq grandes provinces. Suragusta, ou pour mieux dire Saragosse, car on voit maintenant clairement l'origine de ce nom, devint en peu de temps une des villes rivales de Cordoue et de Tolède, ces quartiers généraux de l'empire mauresque, et elle commanda longtemps à tout le pays qui s'étend entre les sources du Tage et les montagnes de Cantabrie. Charlemagne- tenta en vain de la réduire par un siège ; il dut battre en retraite, et ie désastre de Roncevaux vengea la ville des califes. En 1017, elle devint Ja capitale d'un petit Etat maure. Saragosse demeura en la possession des musulmans jusqu'au jour où elle devint la capitale du petit royaume de Sobrarbe, fondé par le petit groupe de chrétiens qui envahit la Navarre et l'Aragon. Les premiers rois de Sobrarbe, qui furent à proprement parler Ja tige des rois d'Aragon, étaient, comme on Je sait, élus par leurs vassaux, et l'histoire nous a transmis la fière formule du serment à eux prêté par leurs électeurs. En voici la traduction exacte : ■ Noui qui valons autant que vous et qui pouvons plus que vous, nous vous élisons roi, k la condition que vous garderez nos lois et noslibertès et qu'il y aura entre vous et nous quelqu'un qui sera plus que vous : sinon, non. » Ce quelqu'un qui valait plus que le roi, ce fut lejusticia, incarnation de la justice dans un magistrat suprême, auquel tout noble aussi bien que tout personnage quelconque pouvait faire appel, même contre le roi. Saragosse fut le siège de l'exercice du jusli cia qui fonctionna pendant plusieurs siècles sans que les rois d Aragon eussent, les uns réussi à atténuer son pouvoir Sans limites, les autres essayé inêine de le restreindre. Il survécut même à Charles-Quint. Mais l'avènement de Philippe II fournit bientôt à la couronne un prétexte de se débarrasser de cette tutelle écrasante. Antonio Perez ayant appelé aujusiieia contre son souverain de la captivité où il souffrait par sou fait, des troubles graves éclatèrent aussitôt dans Saragosse. Le comte d'Almanera, qui soutint la cause royale contre le juslicia, jeune homme de vingt-sept ans qui venait d'hériter de la charge des son père, fut tué dans le tumulte. Philippe II envoya aussitôt des troupes contre la ville, par lui considérée comme rebelle; le juslicia, inflexible sur ses privilèges, osa entrer en lutte ouverte avec les forces royales. Il fut vaincu, fait prisonnier, condamné k mort et exécuté sur la place de Saragosse le 20 décembre 15S1. La charge de juslicia ne s'en continua pas moins dans les personnes de Ja3'me Lanuza et de Francisco de Ayerbe qui, ayant voulu suivre le noble exemple d'indépendance de leur, jeune prédécesseur, subirent le même sort. Philippe II acheva de terrifier Saragosse en convoquant les états k Tarragone et en leur faisant consacrer une loi qui défendait le cri de liberté sous peine de mort. En 1710, Saragosse prit parti pour l'archiduc Charles, dont l'armée battit sous les murs de la ville celle de Philippe V. A la paix, ce dernier ôta à la ville ses tueros. Pendant-longtemps, aucun autre souvenir particulier ne vieut signaler l'histoire de la ville, et il faut en arriver k 1808 pour rencontrer dans le siège de Saragosse (v. l'article ci-après) un des plus formidables épisodesmilitairesde tous les temps. Le 5 mars est une date mémorable pour la ville de Saragosse parce qu'elle rappelle un fait glorieux. Les libéraux aragonais, surpris durant la nuit, en 1833, par de nombreuses forces carlistes qui avaient pénétré dans la ville, eurent assez d'intelligence et de bravoure pour les expulser après avoir lutté contre des forces infiniment supérieures.
Saragosse (sièges de). Le nom de Saragosse rappelle et immortalise le souvenir d'une des plus héroïques, en même temps que des plus sanglantes défenses dont les exemples nous aient été conservés par l'histoire. Mais bien avant le célèbre siège de 1808-1809, Saragosse avait déjà eu k soutenir plus d'une attaque. En 546, pressés par Childebert, les habitants a bout de ressources implorèrent la protection de saint Vincent, martyr et leur coinpatriote , et, afin d'obtenir cette protection , promenèrent les reliques du saint sur les remparts, tous, hommes, femmes et enfants couverts d'habits de deuil. Childebert, touché de cet appareil, proposa la levée du siégo contre la remise des précieuses reliques m, cette condition acceptée, rendit la liberté k Saragosse. La ville eut encore, k soutenir, eu
SARA
1118, un siège qui la fit tomber au pouvoir d'Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon. Enfin, nous mentionnerons seulement pour mémoire la défaite dts troupes de Philippe V commandées par le marquis de Bray et battues, en 1710, sous les murs de Saragosse par h-s Autrichiens sous le commandement de Gui de Staremherg. Il faut franchir un siècle environ à partir de cette dernière date pour arriver au siège célèbre qui est demeuré l'un des plus terribles épisodes de l'épopée impériale.
On sait par quel soulèvement furieux avaient été accueillies en Espagne l'entrée des Français et leurs premières tentatives afin d'imposer à l'ancien peuple de Philippe II un propre frère do Napoléon I" comme souverain. Saragosse ne fut pas la dernière à répondre au cri de l'indépendance espagnole et, dès le 24 mai 1808, elle levait ouvertement l'étendard de l'insurrection. En vain le capitaine général, don Juan de Guillermé, timide et hésitant devant la nouvelle des abdications apportées de Madrid, avait-îl essayé de temporiser : le peuple s'était rendu en foulo à. son hôtel, avait remplacé le capitaine général par son chef d'état-major, le général Mori, et, trouvantencore ce dernier trop tiède, l'avait presque aussitôt destitué au profit de Joseph Palafox de Melzi, propre neveu du duc de Melzi, vice-chancelier du royaume d'Italie. « Ji>seph Palafox, dit M. Thiers, était un beau jeune homme de vingMiuit~nns, ayant servi dans les gardes du corps et connu pour avoir fièrement résisté aux désirs d'une reine corrompue dont il avait attiré les regards. Attaché à Ferdinand VII, qu'il était allé visiter à Bayonne et qu'il avait trouvé captif et violenté, il était venu à Saragosse, sa patrie, attendant, caché dans les environs, le moment de servir le roi qu'il regardait comme seul légitime.» Joseph Palafox, avec cette admirable confiance de la jeunesse convaincue d'un devoir à remplir, accepta des mains du peuple la terrible et lourde charge dont on l'investissait, et, s'entourant d'un moine fort habile et fort brave, d'un vieil officier d'artillerie plein d'expérience et d'un professeur qui avait instruit sa propre jeunesse, il organisa hardiment la résistance. Par ses soins, les cortès furent convoquées, et l'enthousiasme national gagnant avec la rapidité d'une traîiiée de poudre, l'insurrection s'étendit bientôt jusqu'aux derniers confins de l'Aragon et de la Navarre, à Logroflo, c'est-à-dire à moins de 6 lieues des campements français. Napoléon ordonna aussitôt au général Verdier de courir à Logroûo et de châtier la témérité de cette ville; en même temps, il confie au général Lefebvre-Desnouettes le soin de jnarcher sur Saragosse nvec les lanciers polonais, quelques bataillons d'infanterie, 6 bouches à feu et des renforts pris en passant à. la garnison de Pampel'une, le tout formant un effectif d'environ 4,000 hommes. Le 7 juin IS08, le général Lefebvre-Desnouettes arrivait à Val tierra, après avoir traversé les villages vides dont la population était allée se joindre aux insurgés d'Aragon, et, le lendemain 8 juin, il se portait devant Tudela. Il y rencontra un détachement de 8,000 à 10,000 Espagnols commandés par le marquis de Lassa», frère du nouveau gouverneur de Saragosse, et, après une charge à la baïonnette suivie d'une charge de lanciers polonais, les Français entraient dans Tudela au pas de charge. Le général Lefebvre-Desnouettes en repartait le 12 juin après avoir assuré ses derrières, battait, de nouveau, le 13, Je marquis de Lassai) à Malien, avait encore à faire face, le 14, à un gros d'insurgés campés sur les hauteurs d'Alagon et arrivait enfin, le 15, devant Saragosse. Un rapide examen suffit à démontrer au général qu'il ne pénétrerait pas dans celte place avec la facilité à laquelle nous avions été jusqu'alors accoutumés par la victoire. D'ailleurs, il y eût eu folie à tenter de réduire, même après un assaut heureux, une ville de 40,000 à 50,000 âmes, à l'aide de 3,000 hommus d'infanterie, 1,000 cavaliers et 6 pièces de 4. Le général Lefebvre-Desnouettes eut à peine paru sous les murs de Saragosse qu'il la vit remplie jusque sur les toits d'une population immense, hurlante, furieuse, et que de toutes parts tomba une grêle de balles. 11 s'arrêta donc, établit son campement sur les hauteurs, à gauche, près de l'Elire, et manda sur-le-champ ses opérations au quartier général de Bayonne, réclamant des renforts en infanterie et en artillerie. Il ne dissimulait pas dans ses dépêches ce qu'il avait reconnu du premier coup d'oeil, à savoir que le mur de la place une lois franchi ou abattu il faudrait poursuivre le siège de maison en maison et conquérir la ville pied à pied. Napoléon envoya aussitôt k Saragosse 3 régiments d'infanterie de la Vistule, une partie de m division Verdier, commandée par le général Verdier lui-même, beaucoup d'artillerie de siège et une colonne de gardes nationaux d'eute levés dans les Pyiénées; le tout tonnant un corps de 10,000 à 11,000 humilies envie un. Le général Verdier, à son airivéo sous les murs ue Saragosse, prit le commandement eu chef, Lefebvre-Uesnouettes n'étant qu'un général ue cavalerie, et, secondé par le général Lacoste pour les travaux du génie, se mit à pousser activement les opérations du siège. Après avoir fait enlever par le général Lefebvre-Desnouettes les positions extérieures, resserré les assiégés dans la
SARA
place et élevé par les soins du général Lacoste de nombreuses batteries, il se décida, pressé par les dépêches impatientes de Napoléon, à tenter l'assaut. Nous suivrons ici, en le résumant, la travail si complet et si précis de M. Thiers, le seul historien sans contredit de ce terrible épisode qui se distingue par une netteté, une clarté et une précision incomparables. « La ville de Saragosse, dit l'historien du Consutat et de l'Empire, est située tout entière sur la rive droite de l'Kbre et n'a sur la gauche qu'un faubourg. Malheureusement , on n'avait pas encore réussi, maigre les ordres réitérés de l'empereur, à jeter un pont sur l'Ebre, de manière à pouvoir porter partout la cavalerie et priver les assiégés de leurs communications avec le dehors. Vivres, munitions, renforts de déserteurs et d'insurgés leur arrivaient donc sans difficulté par le faubourg de la rive gauche, et presque tous les insurgés de l'Aragon avaient fini, pour ainsi dire, par se réunir dans cette ville. Située tout entière, avons-nous dit, sur la rive droite, Saragosse était entourée d'une muraille, flanquée à gauche d'un fort château dit de l'Inquisition, au centre d'un gros couvent, celui de Santa- Engraeia, et à droite d'un autre gros couvent, celui de Saint-Joseph. Le général Verdier avait fait diriger une puissante batterie de brèche contre le château et s'était réservé cette attaijue, la plus difficile et la plus décisive. Il avait dirigé deux autres batteries de brèche contre le couvent de Santa-Engraeia au centre, contre le couvent de Saint-Joseph à droite, et il avait confié ces deux attaques au général Lefebvre-Desnouettes. » Le général Verdier disposait en ce moment de 20 bouches à feu de gros calibre et de 10,000 fantassins. Le V" juillet 18ÛS, au signal donné, les 20 mortiers et obusiers vomirent leur mitraille, soutenus par l'artillerie ordinaire. Les Espagnols répondirent par une batterie de 40 bouches à feu, admirablement servie. En outre, de fortes colonnes de soldats déserteurs de l'année espagnole défendaient les points sur lesquels les Français eussent pu se présenter, tandis que 1 0,000 paysans ou guérillas, embusqués dans les maisons avoisinant les remparts, dirigeaient de là un feu nourri et meurtrier. Néanmoins, le le 2 juillet de larges brèches ayant été pratiquées au château de l'Inquisition et aux deux eouvents qui en flanquaient l'enceinte, les jeunes soldats qui composaient le gros de notre armée s'élancèrent à l'assaut avec une ardeur électrique. Mais à peine sur la brèche, les premiers assaillants furent écrasés par un ouragan de plomb et de fer tellement prodigieux que nos recrues reculèrent, plutôt étonnées de cette défense surhumaine et dont les auteurs semblaient invisibles, que découragées. Pemlant ce temps, à droite, le général Habert parvenait, après un effort héroïque, à se rendre maître ducouventde Saint-Joseph et s'ouvrait ainsi une entrée dans Saragosse ; mais il en trouvait les rues barricadées et, sous l'averse de balles qui pleuvaientde tons côtés, il était forcé, à son tour, de battre en retraite. Le général Verdier comprit qu'il s'agissait là d'une guerre d'un nouveau genre, dépassant en horreur tout ce qu'avaient pu fournir d'exemples jusqu'alors les campagnes de l'Empire. 11 résolut u'attendre de nouveaux renforts d'artillerie, seul moyen de réduction possible, et conservant le couvent de Saint- Joseph, triste et insuffisant avantage de cette journée sanglante, il rit rentrer les troupes dans leurs quartiers. Faut-il admettre ici la réflexion de M. Thiers, réflexion qui équivaut ù un reproche, et dire avec lui « que les soldats d'Austerliiz et d'Eylau auraient sans doute bravé le feu avec plus de sang-froid?» Sans doute, uns perte de 500 hommes était bien grave relativement à un effectif de 10,000, et le nombre des officiers tués ou mis hors de combat attestait les efforts héroïques qu'ils avaient dû faire pour soutenir les jeunes recrues pour la première fois en face d'une défense encore sans exemple j mais, ainsi qu'en convient ailleurs l'historjen cité plus haut, devant des obstacles matériels de cette espèce des vétérans eux-mêmes n'auraient peut-être pas fait plus de progrès. La nouvelle de cet échec no découragea pas Napoléon ; pa,r ses soins, deux vieux régiments, le 14e, si malheureux et si héroïque à Eylau, et le 44e, signalé dans la iiiêine bataille et à Dantzig, à peine arrivés d'Allemagne, furent diriges sur Saragosse et portèrent à 17,000 hommes le corps de siège. Eu même temps, les renforts de grosse artillerie réclamés par le général Verdier descendaient de Pampelmie par l'Ebre et le canal d'Aragon. Le général Lacoste, commandant le génie, prit de nouvelles dispositions pour pratiquer en peu de temps de larges ouvertures dans le mur d'enceinte de la place et pour renverser les gros bâtiments servant d'appui à cette enceinte. Tout étant prêt, un nouvel assaut fut donné le 4 août, et 60 bouches à feu, mortiers, obusiors et pièces de siège, vomirent de nouveau la mort et l'incendie sur la ville et sur le couvent de Santa-Engracia, situé au centre de la muraille. Le plan adopté par les assiégeants était celui-ci : enfoncer les deux portes placées de chaque côté, à droite et à gauche du couvent de Santii-Engraeia et déboucher aussitôt sur le (Joso, sorte de grande rue ou plutôt de boulevard qui traversait Saragosse daus toute sa longueur. Nul doute, dans l'esprit des Français, qu'une
SARA
fois maîtres du Coso on no le fût aisément ! de Saragosse tout entière. Cette conviction soutenant la constance des troupes, vers midi les colonnes d'assaut sont formées et s'élancent par les larges brèches pratiquées dans le mur d'enceinte, au cri de « Vive l'empereur I » Après quoi, elles se répandent sur le Coso, conduites par les généraux Habert et Grandjean. C'est là que nous attendaient les Espagnols. Peu leur importait en effet, contrairement à nos prévisions, la perte d'une enceinte qui n'était ni terrassée ni bastionnée; ce sur quoi ils comptaient, c'était sur leurs rues barricadées, sur leurs maisons crénelées formant comme un interminable et tortueux chapelet de forteresses. La première colonne des Français , accueillie par une grêle de balles, ne put avancer au delà; la seconde, plus heureuse, se jette dans la rue Santa- Engracia, perpendiculaire au Coso, y rencontre trois barricades armées de canons, enlève d'assaut ces barricades, s'empare de 13 pièces de canon et, après un carnage épouvantable, dans lequel pas un seul des Espagnols qui un instant auparavant desservaient ces pièces de canon ne demeure vivant, débouche victorieuse sur le Coso. Victorieuse, disons-nous : oh le croyait, maison se trompait encore. L'héroïque colonne reconnut bientôt le danger de garder sur ses derrières la multitude d'insurgés retranchés dans les maisons et prêts à la dernière extrémité plutôt que de se rendre. Force lui fut, pour éviter d'être décimée en détail, de revenir sur ses pas et de conquérir les maisons une à une, égorgeant sans merci leurs défenseurs.
Pendant ce temps, la première colonne, un instant arrêtée par la fusillade terrible qui partait du couvent des Carmes comme d'un camp retranché, réussissait par un suprême effort à conquérir cet édifice et, par suite, à s'avancer dans la ville, dont les Espagnols lui disputaient le terrain pied à pied, rue à rue, maison à maison, comme ils le faisaient, à droite, où se trouvait la seconde colonne dont nous avons parlé. Peut-être la persévérance acharnée de nos troupes aurait-elle ce jour-là même obtenu des succès décisifs ; malheureusement, les soldats, épuisés de soif et de chaleur, trouvèrent en se 'répandant dans les maisons conquises les vivres et surtout les vins dont ils avaient tant besoin. La satisfaction des appétits matériels fut plus forte que l'ardeur guerrière et bientôt une partie de nos troupes fut ensevelie dans l'inaction de l'ivresse. En vain les généraux et les officiers multiplièrent-ils les appels, en vain s'efforcèrent-ils de ramener leurs hommes au combat : force fut, en désespoir de cause, de remettre au lendemain la continuation de la poursuite, trop heureux encore que les Espagnols ne s'aperçussent pas de ce qui s'était passé, car cela eût coûté cher peutêtre aux imprudents. Les résultats de la journée étuient, comme passif, du côté des Français : 300 morts et 900 blessés environ, dont, parmi ces derniers, les deux généraux en chef, Verdier et Lefebvre-Desnouettes, le premier atteint d'une balle dans la cuisse, le I second souffrant d'une violente contusion dans les côtes. Le lendemain, Lefebvre-Desnouettes, reprenant le commandement par intérim, rallia les troupes, fit barricader les rues conquises si chèrement la veille et résolut de laisser à la mine et à la sape le soin de poursuivre une œuvre qu'auraient payée trop chèrement des milliers de cadavres fran- \ çais. Le corps du génie s'occupait de frapper . un coup décisif, quand survint tout à coup la i nouvelle du désastre de Baylen,de l'évacua- I tion de Madrid et de la retraite générale sur l'Ebre. Il fallut alors, perdant le fruit de tant de sang répandu, abandonner la conquête de Saragosse pour se diriger sur Tudela, en enclouant une partie de nos canons. Ce premier siège, si meurtrier, n'avait donc servi en définitive qu'à mettre en vue devant les Français l'opiniâtreté, la bravoure sombre et impitoyable de leurs nouveaux ennemis. '
Ceci se passait au mois d'août 1808. Le I 23 novembre de la même année, la victoire de Tudela couronnait la terrible revanche prise par nos troupes sur les défaites de Madrid et deBaylen, supprimait tout obstacle entre Pampelune et Saragosse et faisait présager dans un avenir presque immédiat la reprise du siège si malheureusement abandonné deux mois auparavant. Le 10 décembre, le maréchal Moneey s'approchait de la ville, et, huit jours après, le 19, secondé par le maréchal Mortier, qui couvrait ses opérations, il resserrait la place et, enlevait les positions extérieures. Le 21 décembre, la division Grandjean occupait le Monte-Torrao, dominant la ville; la division Sachet se rendait maîtresse des hauteurs de Saint-Lambert, sur la rive droite de l'Ebre; enfin la division Gazan emportait la position de San- Gregorio, rejetait l'ennemi dans le faubourg et prenait ou passait par les armes 500 Suisses demeurés fidèles à l'Espagne. L'es premiers et rapides succès circonscrirent les Aragonais dans la ville elle-même et permirent d'entreprendre les travaux d'approche. Ces travaux commencèrent dans les premiers jours de 1809. A défaut d'une carte ou d'un plan, il ne sera pas inutile de donner ici un aperçu sommaire des moyens de défense et des forces de la place : « Saragosse, dit M. Thiers, n'étuit pas régulièrement foni-
SARA
fiée; mais son site, la nature de ses constructions pouvaient la rendre trés-forie dans les mains d'un peuple résolu à se défendre jusqu'à la mort. Elle était entourée d'une enceinte qui n'était ni bastionnée ni terrassée; mais elle avait pour défense, d'un côté, l'Ebre, au bord duquel elle est assise et dont elle occupe la rive droite, n'ayant sur la rive gauche qu'un faubourg; de 1 autre côté, une suite de gros bâtiments, tels que le château de l'Inquisition, les couvents des Capucins, de Santa-Engracia, de Saint- Joseph, des Augustin^, de Sainte-Monique, véritables forteresses qu'il fallait battre en brèche pour y pénétrer et que couvrait une petite rivière profondément encaissée, celle de la Huerba, qui longe une moitié de l'enceinte de Saragosse avant de se jeter dans l'Ebre. A l'intérieur se rencontraient de vastes couvents, tout aussi solides que ceux du dehors, et do grandes maisons massives, carrées, prenant leurs jours en dedans, comme il est d'usage dans les paya méridionaux, peu percées au dehors , vouées d'avance à la destruction ; car il était bien décidé que, les édifices extérieurs forcés, on ferait de toute maison une citadelle qu'on défendrait jusqu'à la dernière extrémité. Chaque maison était crénelée et percée intérieurement pour communiquer de l'une a l'autre; chaque rue était coupée de barricades, avec force canons. Mais, avant d'en être réduit à cette défense intérieure, on comptait bien tenir longtemps dans les travaux exécutés au dehors et qui avaient une valeur réelle. « Rappelons, pour bien faire comprendre .l'importance et la valeur de ces travuux, que les ingénieurs espagnols de 1800 continuaient dignement la tradition de leurs ancêtres duxvio et du xvue siècle, si habiles et si renommés. Les forces de résistance étaient les suivantes : retirés dans Saragosse, après Tudela, au nombre de 25,000, ' les Aragonais avaient, en outre, amené avec eux environ 20,000 paysans, à la fois fanatiques et contrebandiers, tireurs de premier ordre, aussi bons derrière une muraille qu'ils étaient mauvais en plaine ; à ces chiffres, ajoutons une multitude d'habitants de la campagne en fuite devant nos troupes furieuses et lassées, et nous pourrons sans exagération fixer à 100,000 âmes une population qui, en temps ordinaire , atteignait à peine la moitié de ce chiffre. Contre une pareille masse d'hommes et de pierre, les forces françaises ne comptaient guère plus de 14,000 hommes d'infanterie, 2,000 de cavalerie, 1,000 d'artillerie, 1,000 du génie. Il est vrai que nous ne comptons pas dans l'armée de siège proprement dite : 1° 8,000 hommes de la division Gazan, bloquant sans l'attuquer le faubourg de la rive gauche ; 2° 9,000 hommes de la division Suchet, postésen réserve àCalatayud, aune vingtaine de lieues. Napoléon en avait décidé ainsi, et force était aux généraux de suivre le plan du maître, bien que ce plan eût, comme on le verra tout à 1 heure, l'inconvénient de tous ceux conçus à une trop grande distance des lieux mêmes. Telles étaient donc les forces destinées à lutter contre une ville électrisée par le patriotisme, forte de 100,000 aines, pleine de chefs aguerris, riche de munitions inépuisables envoyées par les Anglais, et enfin commandée, comme en 1808, par Joseph Palafox , secondé de ses deux frères, François Palafox et le marquis de Lassan.
Le général Junot venait de prendre le commandement en chef, quand, dans la nuit du 29 au 30 décembre 1808, le général Lacoste, commandant le génie, ouvrit la tranchée à 100 toises de la première ligne de défense, qui consistait en couvents fortifiés, en portions de muraille terrassée et en une partie du lit de la Huerba. La première parallèle était à peine confectionnée, que les assiégés tentèrent, mais sans succès, une vigoureuse sortie. Le 2 janvier, on ouvrait la seconde parallèle; le 10, nos batteries entamaient un feu terrible contre la tête de pont de la Huerba et le couvent de Suint-Joseph, et, le lendemain 11, l'assaut était donné à ce couvent, dont Ja prise était jugée d'une importance capitale pour accélérer les approches. L'engagement fut terrible; mais le uc et le 41» do ligne, régiments d'élite, soutenus par deux bataillons des régiments de la Vistule et commandés par le chef de bataillon Stalil, réussissent à franchir la brèche, pendant qu'un officier du génie, nommé Buguenat, opère à la tête d'une poignée d'hommes (40 seulement) une diversion du côté opposé. Le couvent était pris. 300 Espagnols tués, 40 prisonniers, et de notre côté 30 morts et 150 blessés, tel fut le bilan de ce premier engagement de part et d'autre. Le 16 janvier, un second assaut était donné à la tète de pont de la Huerba, et bientôt les Frnçais restèrent maîtres de la ligne des ouvrages extérieurs sur une moitié de leur développement.
Malgré ces succès, trop chèrement payés, les officiers ne tardèrent pas à remarquer que le mural de nos soldats était vivement frappé. C'est que, nous insistons sur ce point, jamais nous n'avions rencontré jusque-là d'adversaires de cette trempe. En outre, les deux frères de Joseph Palafox étaient parvenus à sortir de la ville et couraient la campagne , ameutant contre nos derrières les colères des paysans. « Malgré les efforts de notre cavalerie, la viande n'arrivait pas, dit l'écrivain déjà cité, vu que les moutons acheminés sur notre camp étaient arrêtés en route.
Nos soldats, manquant de viande pour faire la soupe, n'ayant souvent qu'une ration incomplète de pain, supportaient de cruelles privations sans murmurer et entrevoyaient sans fléchir un ou deux mois encore d'un siège atroce. Ils étaient tristes toutefois, en songeant a leur petit nombre, en considérant que toutes les difficultés du siège pesaient sur 14,000 d'entre eux, tandis que les 8,000 fantassins de Gazan se bornaient à bloquer le faubourg de la rive gauche et que les 9,000 de Suchet v.vaient en repos à Calatuyud.. Déjà plus de 1,200 avaient succombé iiux fatigues ou au feu. » L'arrivée du maréchal Lannes, le 2: janvier, vint changer à temps la face des c'ioses.
Lannes, modifiant d'autorité le plan prescrit par Napoléon , commence par donner l'ordre au général Gazan d'entreprendre en règle l'attaque du faubourg de la rive gauche. Il presu-it ensuite nu maréchal Mortier de quitter Cnlataynd et de passer sur la rive gauche de l'Ebre pour y dissiper les rassemblements. Mortier obéit, aborde de front un corps de 15,000 Espagnols qui arrivaient d'Aragon au secours de la capitale assiégée, les met en fuite, et les malheureux, rencontrant le loe régiment de chasseurs, sont presque tous sabrés mpitoyablement. Poursuivant sa course, Mortier descend alors l'Ebre, balayant devant lui tout ce qu'il rencontrait. Pendant ce temps, li général Watliier, à la tête de 1,200 fantassins et de 600 cavaliers, écrasait dans la villo d'Alcaniz un autre rassemblement formé des patriotes de quatre-vingts communes ot qui accourait également au secours de Saragosse. Ce terrible déblayement accompli, l'armée bien approvisionnée, le maréchal Lannes s'occupa de préparer un assaut génc rai.
Il eut lieu ie 2G janvier. Pendant deux jours, le 26 et le 27, 50 bouches à feu tonnèrent à la fois contre Saragosse et ouvrirent trois brèches praticables. Le 27, à midi, Lannes donne le signal et les colonnes d'assaut s'élancent des ouvrages. Un détachement de voltigeurs du U» et du 4ie, ayant en tête un détachement de sapeurs et commandé par le chef" de bataillon Stahl, s'empare, au milieu du' fracas et de l'explosion des mines ennemies, de la première brèche; la seconde est enlevée pur 36 grenadiers conduits par le capitaine Gueitemann. Enfin, au centre, les voltigeurs de la Vistule, dirigés par un détachement de soldats et d'officiers du génie, escaladent la brèche pratiquée dans le couvent de Sanla-Engracia, se rendent maîtres du couvent, pénétrent sur la place qui l'avoisine, enlèvent un autre petit couvent à l'intérieur même de la ville, mais là sont forcés de s'arrêter devant le feu des barricades et la fusillade des maisons. Ils essayent alors de se maintenir le long de la muraille en se couvrant avec des sacs de terre; mais les Espagnols redoublent leur feu et on est forcé de repasser cette muraille, sans néanmoins l'abandon îer et en tentant de s'y loger. Ce premier e; sanglant assaut coûta aux Espagnols environ 600 morts et 200 prisonniers; les Français eurent 186 tués et 593 blessés, chiifre énorme et qui montre avec quelle ardeur furit use et exaspérée s'étaient avancées nos truupss. Il est vrai que, s'il se fût agi d'un siège ordinaire, la ville eût été à nous; mais ici, il restait cette tâche lourde, effroyable de recommencer, maison par maison, sous le feu des maisens voisines, ce qu'on venait de faire pour la Liirtie de la place vraiment et spécialement fortifiée.
Le maréchal Lannes, malgré son héroïsme, ressentit devant ces sombres scènes une impression profonde, et son cœur, aussi humain que brave, en fut comme épouvanté. « Jamais, Sire, écrivait-il (28 janvier 1809) à Napoléon, jimais je n'ai vu autant d'acharnement qu'en mettent les ennemis à la défense de cette place. J'ai vu deux femmes venir se faire tuer devant la brèche. Il faut faire le siège de chaque maison. Si on ne prenait pas les plus grandes précautions, nous y perdrions beaucoup de monde, l'ennemi ayant dans la ville 30,000 à 40,000 hommes, sans compter les habitants. Nous occupons depuis Santa-Engracia jusqu'aux Capucins, où nous avons piis 15 bouches à feu. Malgré tous les ordres que j'avais donnés pour empêcher que le soldai ne se lançât trop, on n'a pas pu être maître de son ardeur : c'est ce qui nous a donné 2(>0 blessés de plus que nous ne devions avoir. « Ailleurs, Lannes ajoute : ■ Le siège de Saragosse ne ressemble en rien à la guerre que nous avons faite jusqu'à présent : c'est un métier où il faut une grande prudence et une grende vigueur. Nous sommes obligés de prendre avec la mine ou d'assaut toutes les maisons. Ces malheureux s'y défendent avec ur acharnement dont on ne peut se faire une idéo. Enfin, Sire, c'est une guerre qui fait horreur. Le l'eu est dans ce moment sur trois ou quaire points de la ville, elle est écrasée de bombes; mais tout cela n'intimide pas nos ennemis. » En effet, elle avait commencé, la « guerr 3 des maisons, • cette terrible guerre, et les français n'avançaient plus que lentement, laissant les meilleurs d'entre eux sur le pavé et passant au fil de l'épée des ennemis quj la mort seule pouvait abattre. Cent hommes par jour tues ou grièvement blessés, tel était l'impôt prélevé régulièrement, en moyenne, sur nos soldats. Le général Lacoste, commandant du génie, tomba frappé à mort d'une balle au front. Le colonel Ko-
SARA
gniat, le chef de bataillon Haxo furent blessés. Cependant on avançait toujours. Le 7 février, Lannes chargea le général Gazan, secondé par le colonel du génie Dode, d'attaquer le faubourg de la rive gauche. Le général, après un premier succès, dut s'arrêter et, bien qu'il eût 20 bouches à feu à sa disposition, demander de nouveaux renforts d'artillerie.
Si la lassitude .commençait à se trahir dans notre armée par des paroles de mécontentement acerbes, les malheureux assiégés touchaient néanmoins aux dernières limites de leur longue patience et de leur opiniâtreté héroïque. L'épidémie s'était mise à sévir dans Saragosse; près de 15,000 hommes sur 40,000 encombraient déjà les hôpitaux. « La population inactive, dit l'écrivain qui nous a laissé dans tous ses détails le tableau de cet horrible épisode, mourait sans qu'on prît garde à elle. On n'avait plus le temps ni d'enterrer les cadavres ni de recueillir le3 blessés; on les laissait au milieu des décombres, d'où ils répandaient une horrible infection. Palafox lui-même, atteint de la maladie régnante, semblait approcher de sa dernière heure, sans que le commandement en fût, du reste, moins ferme ; les moines qui gouvernaient sous lui, toujours tout-puissants sur la populace, faisaient pendre a des gibets les individus accusés de faiblir. Le gros de la population paisible avait ce régime en horreur sans l'oser dire. Les malheureux, habitants de Saragosse erraient comme des ombres au sein de leur cité désolée. «
Telle était, au 18 février 1809, la situation de Saragosse. Ce même jour, Lannes se rendit en personne auprès du général Gazan et fit recommencer l'attaque du faubourg de la rive gauche, un instant suspendue. Après une effrayante canonnade, deux bataillons escaladaient la brèche pratiquée, tandis que'd'autres troupes allaient garder le pont. Prise ainsi entre deux feux, la garnison, composée de 7,000 hommes environ, tenta un suprême effort pour se dégager : 3,000 hommes s'élancèrent du côté du pont et, décimés, éeharpés, furent réduits au tiers environ, lequel tiers réussit pourtant à sortir; les 4,000 hommes restés dans la place se rendirent. Le faubourg de la rive gauche était enfin à nous.
Cet avantage décisif, qui, grâce à l'admirable prudence du maréchal Lannes, ne nous avait coûté que 10 morts et 100 blessés, avait été précédé de la terrible explosion de l'immense couvent de Saint-François, dont il avait été impossible de déloger les Espagnols, Le lendemain ce fut le tour de l'Université, qui sauta également; cette double explosion nous livrait les deux extrémités du Coso (promenade publique), et à l'attaque du centre on^n'attendait plus qu'un jour pour détruire par la mine le milieu de cette promenade. Il n'en fut pas besoin ; les forces do Saragosse étaient à bout. Le 19 février, la junte de défense cédant à tant de calamités réunies résolut de capituler et envoya un parlementaire qui se présenta au nom de Palafox, cloué sur son lit et mourant. Le parlementaire demanda au maréchal une trêve qui lui permît d'envoyer un émissaire au dehors, afin de savoir si véritablement les armées espagnoles étaient dispersées et si toute résistance était désormais inutile, Lannes refusa la trêve, donna sa parole et'exigea que la place se rendît sans condition, menaçant de faire sauter le lendemain tout le centre de la ville. Le lendemain 20 février, la junte se transporta au camp et consentit à la reddition, sous la convention que tout ce qui restait de la garnison sortirait par la principale porte, déposerait les armes et serait prisonnière de guerre, à moins qu'elle ne consentît à passer au service du roi Joseph. « Le 21 février, dit M. Thters, 10,000 fantassins, 2,000 cavaliers, pâles, maigres, abattus défilèrent devant nos soldats saisis de pitié. Ceux-ci entrèrent ensuite dans la cité infortunée qui ne présentait que des ruines remplies de cadavres et de putréfaction. Sur 100,000 individus, habitants ou réfugiés dans les murs de Saragosse, 54,000 avaient péri. Un tiers des bâtiments de la ville était renversé; les deux autres tiers percés de -boulets, souillés de sang, étaient infectés de miasmes mortels. Le cœur de nos soldais fut profondément 'émit. Eux aussi avaient fait des pertes cruelles. Ils avaient eu 3,000 hommes hors de combat sur 14,000 participants activement au siège. 27 officiers du génie, sur 40, étaient blessés ou tués, et dans le nombre -se trouvait l'illustre et malheureux Lacoste. La moitié des soldats du génie avait succombé. Rien dans l'histoire moderne n'avait ressemblé à ce siège, et il fallait dans l'antiquité remonter à deux ou trois exemples, comme Numance, Sagonteou Jérusalem, pour retrouver des scènes pareilles. Encore l'horreur de ce siège dépasse-;-elle celle de ces sièges anciens de toute. la puissance des moyens de destruction imaginés par la science. Telles sont les tristes conséquences du choc des grands empires I Les princes s'engagent follement dans des entreprises téméraires et des milliers de victimes succombent pour leur folie 1 » La prise de Saragosse mit fin à cette * seconde campagne d'Espagne et le roi Joseph pue réégner sur une -Hation mitraillée par les soldais de Napoléon, soumise en apparence, mais qui devait secouer quelques années plus tard le joug du prince étranger, imposé à
SARA
I l'Espagne par l'ambition du despote qui régnait en France. V. Palafox.
SARAGOSSE (province du), division administrative de l'Espagne, comprise entre celles d'Huesca, à l'E. et au N.-E,, de Navarre au. N.-O., de Logroiïo et de Soria à l'O., de Guadulajara et de Teruel au S. Elle mesure 222 kilom. du N. au S., sur 90 de l'E. à l'O. ; 397,000 hab. Le sol de cette province est accidenté au S. par la sierra de Gader, à l'O. par la sierra de Moncavo et à l'E. par les ramifications occidentales de la sierra Alcubiere ; il est arrosé du N.-O. à l'E. par l'Ebre, qui .y reçoit, à droite la Jiloea, la Huerba et la Herrera, et à gauche l'Arva et le Gallego. La partie cultivée est assez fertile, surtout en blé, maïs, vins, fruits excellents et soieT Dans les montagnes, on trouve de riches mines de cuivre, de fer; des carrières de pierres à bâtir et à aiguiser, etc.
SARAGOUSTI s. m. (sa-ra-gou-sti). Mar.
Mastic en usage dans l'Inde, et qui est composé de brai gras, de chaux pulvérisée et d'arachide. On dit aussi sarangousti.
SARAGUE s. m. (sa-ra-ghe.) Entom.
Genre d'insectes coléoptères hétéromères, de la famille des inélasomes, tribu des pédinites, dont l'espèce type habite l'Australie.
Sarai» OU l'Orpheline de Glencoé, Opéra-
comique en deux actes, paroles de Mélosville, musique d'Albert Grisar; représenté à l'Opéra-Comique le 26 avril 1836. Le sujet de cette pièce est tiré d'une chronique de Walter Scott. Sarah fut le début à Paris de Grisar comme compositeur dramatique, et .le M"e Jenny Colon comme chanteuse k l'Opéra- Comique. Le compositeur avait déjà donné le Mariage impossible, joué à Bruxelles. On remarque déjà dans cette partition l'habileté d'instrumentation que le musicien a déployée depuis dans ses charmants ouvrages.
SARA1, favorite circassienne du sultan Achmet III, née vers la fin du xvito siècle, morte vers le commencement du xvmc. Elle commença par être l'épouse du fils de Nah-Effendi, premier médecin de la cour ottomane. Celui-ci effrayé par les menaces d'Achmet, alors héritier présomptif du trône, renonça à exercer ses droits de mari sur Sarai. Aehmet parvenu au trône dota Sarai d'un second mari fictif, qui fut Méhemet-Bultadji. On dit que Sarai, de concert avec la sultane mère Curdisca, protégea Charles XII ; elle n'empêcha pas toutefois son mari de rendre la liberté k Pierre 1er, cerné par l'armée turque près duPruth (1711). On croit que Sarai mourut vers cette époque.
SARAIGNET s. m. (sa-rè-gnè ; gn mil.).
Agric. Variété de froment.
SARA1ST, ville delà Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 56 kilom. N.-O. de Riazan, chef-lieu du district de son nom; 5,000 hab.
SARAKKA, dieu du vendredi, chez les Lapons.
SARAKSI (Aboul-Abbas-Ahmet) , écrivain arabe, mort en 899. Il a écrit, entre autres ouvrages , deux livres sur la Musique et un i traité des Jeux dont on croit que celui des Ec/iecs fait partie. Abul-Farage appelle aussi Saraksi lim Tojcij; sous ce dernier nom, Saraksi est mentionné par d'Herbelot, qui raconte comment Ibn-Tujeb fut mis à mort par le calife Mothaded dont il avait trahi les secrets. Ibn-Tajeb aurait aussi écrit sur i'Isagoge de Porphyre et aurait composé un livre de morale. — Parmi les autres personnages du nom de Saraksi nommés par d'Herbelot, citons le Radi-Eddin Mahomet, mort en 1175, auteur du Alohit Océan et de plusieurs autres ouvrages de théologie.
SARAMACA, rivière de l'Amérique du Sud, dans la Guyane anglaise. Elle coule au N. et se jette dans l'Atlantique, après un cours de 135 kilomètres.
SARAMON, bourg de France (Gers), ch.-l.' decant,,arrond.et à26 kilom. S.-E. d'Aucb, sur la Gimone; pop. aggl., 631 hab. — pop. tôt., 1,204 hab. Autrefois place forte, dont il reste quelques pans de murs et une tour garnie de créneaux.
SARANCOL1N s. m. (sa-ran-ko-lain). Marbre à fond rouge de sang, avec de larges taches d'un jaune sale et des veines d'un \ blanc pur.
SARANE s. m. (sa-ra-ne). Bot. Plante bulbeuse, qui croît en Sibérie. Il On dit aussi
SIÏRANE.
— Encycl. On désigne sous le nom de sarane ou sérane plusieurs plantes qui croissent d;ins les régions boréales de l'Asie. Elles appartiennent à des genres très -divers et sont assez mal définies. La plus connue est aussi appelée matista. C'est une espèce d'ombellifère, voisine des berces, dont la racine, jaune au dehors, blanche au dedans, a une ! saveur amëre et piquante; sa tige, articulée, charnue, atteint 1 m^o k 2 mètres de hauteur ; elle porte des feuilles d'un vert rougeàtre; ses fleurs sont blanches et rappellent celles du fenouil. Cette plante sécrète un suc acre et caustique; aussi a-t-on la précaution de mettre des gants pour la cueillir. Sa tige sert k faire des confitures. On en obtient aussi une boisson spiritueuse; pour cela, on la lie en paquets, que l'on jette dans i'eau bouillante, en y ajoutant quelques fruits d'ai-
âARA
relie ou de prunellier ; le vase, bien bouché, est mis dans un endroit chaud ; quand la fermentation est terminée, on a une liqueur aussi forte que l'eau-de-vie et très-enivrante, dont les Sibériens et les Kamichadales font un usage qui va jusqu'à l'abus; une seconde distillation donne naturellement une boisson plus forte encore, et qui produit, assure-t-on, les effets les plus étmnges. On donne aussi le nom île savane a une espèce de lis. V. ce mot.
SARANGOUSTI s. m. (sa - ran- gou - sti).