LONGUEUR
des fils
en milles géographiques.
NOMBRE
de bureaux.
NOMBRE
total
des
dépêches.
NOMBRE
d'habitants
pour
une
dépêche.
Le bureau de Berne a publié et publie chaque année une carte générale du réseau télégraphique du globe. Il y a peu de pays qui soient encore dépourvus de lignes télégraphiques. Des réseaux se sont développés successivement en Russie (1850), en Italie (1851), en Hollande (1852), en Perse (1861), en Cochinchine (1862), au Brésil (1805), au Cap de Bonne.-Espéranoe (1872), au Japon (1873), en Chine (1875). Dans ce dernier pays une ligne a été concédée et doit partir de Amoy et aboutir à Fou-Tcheou.
L'étude et l'exposé des différentes lignes sous-marines demanderaient de grands développements, le nombre des câbles actuellement en service étant considérable.
Bien que la télégraphie sous-marine date seulement de quelques années, les progrès accomplis par cette science et le développement des câbles sous.-marins sont considérables. Le nombre de câbles immergés depuis 1850 s'élève à 206 (fin 1875), représentant une longueur de 50,716 milles soit 23,480 lieues; sur ces 206 câbles, 61 ont cessé de fonction tionner, 145 sont eu exploitation. Les puissances qui possèdent le plus de câbles sont l'Angleterre et la France. Une ligne fait le tour du glubeavec une longueur de 6,673 milles, soit 12,358 kilomètres. Elle se divise eu trois sections : 1° de San-Franciseo à Honolulu, 3,093 milles ; 2° de Honolulu a Midway- Island, 1,200 milles; 3<> de Midway-Island a Yokohama, 2,380 milles.
Onze autres nouveaux câbles sont projetés. Leur longueur totale serait de 17,144 milles ou 7,940 lieues.
Les câbjes qui relient l'Amérique du Nord à l'Europe sont au nombre de cinq. Ce sont les suivants : 1866, Irlande a Terre-Neuve, 1,896 milles; 1869, Brest à Du xbury (Massachusetts),via Saint- Pierre, 3,300 milles; 1873, Valentia à Terre-Neuve, 1,900 milles; 1875, Ballingskellig (Irlande) à Tor-Bay (Nouvelle- Ecosse , 3,060 milles.
— Réseau français. France et colonies. Le réseau départemental en France (Corse comprise) , au 1er janvier 1872 , comprenait 41,2481'il.,l84 de dis d'un développement de 119,405kil-i708. Le réseau sémaphorique comprenait 1,423 kilomètres de ligues et 2,107 kilomètres do fils. Le réseau sous-marin de ia Méditerranée et du littoral comprenait 2, 140 kilomètres de lignes. O» c.omptait2,025 bureaux de l'Etat desservis par 6,084 appareils et
1,228 bureaux de gares. Le budget administratif des lignes télégraphiques était.
Fr.
Ordinaire : Personnel . . . 8,577,900
— Matériel. . . . 3,170,000
Extraordinaire: Travaux neufs. 1,025,000
En 1871, il a été taxé, 4,819,471 dépêches dont 4,234,423 intérieures et 585,048 internationales.
Les recettes étaient de : 8,357,974 fr. 14, dont 4,511,253 fr. 81 pour dépêches intérieures et 3,846,720 fr. 33 pour dépêches internationales.
Au 1" janvier 1872,1e réseau algérien comprenait près de 6,200 kilomètres de lignes aériennes et 526 kilomètres de câbles sous-marins. Ce réseau était desservi par 72 stations. L'Algérie communique avec la France par trois câbles sous-marins (Marseille à Alger, Marseille k Bône et Bône à Malte). Le réseau algérien comprend les lignes de la Tunisie. Le câble tunisien de Biserte à Marsala est rompu depuis plusieurs années.
En 1871, le nombre des dépêches en Algérie s'est élevé à 486,633 (dont 465,752 intérieures et 29,881 internationales), et les recettes à 521,914 fr. 73 ainsi réparties : taxes intérieures, 333,209 francs; taxes internationales, 188,705 fr. 73.
En 1873, la Cochinchine possédait 1,080 kilomètres de télégraphe desservis par 25 bureaux. Le nombre des dépêches expédiées fut de 15,233 (dont 9,168 intérieures et 6,058 internationales).
Dans la Nouvelle-Calédonie une première ligne télégraphique, de la presqu'île Ducos à Nouméa, a été inaugurée en 1874; les lignes de Nouméa à Paîta, 30 kilomètres et de Païta à Maraï, 135 kilomètres, devaient être livrées à l'exploitation à la tin de la même année. On a procédé à peu près a la même époque (lin 1874), à la construction de lignes télégraphiques en Guyane.
• — Adtuiuistration dea télégraphes en France et à l'étranger. En Angleterre, il y a des compagnies libres et des télégraphes de l'Etat. Les compagnies libres sont maîtresses d'adopter les appareils et de fixer les tarifs à leur fantaisie. Dans les grands bureaux le service est fait par des femmes. Entre autres compagnies télégraphiques nous signalerons la Compagnie du télégraphe privé universel ( The unioersal teleyraph Company limited )
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grâce a laquelle tout particulier peut, moyennant payement, transformer son domicile ou tout «titre lieu en station télégraphique, où ses amis, etc., peuvent lui expédier directement leurs dépêches.
En Amérique la télégraphie est libre en principe; mais, s'il faut en croire M. PUenaud, trois grandes compagnies ont détruit les petites et ont acheté tous les brevets d'appareils.
Le système télégraphique en Russie se compose de quatre catégories : le réseau de l'Etat, le réseau exploité par les Compagnies de chemin de fer, les lignes anglo-indiennes et les lignes exploitées par les particuliers.
En France, le gouvernement et les chemins de fer se partagent le monopole des lignes télégraphiques.
Au 1er janvier 1870, le personnel des lignes télégraphiques françaises comptait : 1 directeur général au traitement de 25,000 francs; 4 inspecteurs généraux, 12,000 francs; Il inspecteurs divisionnaires, partagés en deux classes à 9,000 et 10,000 francs; 80 inspecteurs chargés du service des départements, quatre classes à 5,000 , 6,000 , 7,000 et 8,000 francs; 36 sous-inspecteurs, classe unique à 4,000 francs ; 72 directeurs de transmissions, deux classes, à 3,000 et 3,500 francs ; 177 chefs de station, deux classes, à 2,000 et 2,800 francs; 50 commis principaux, classe unique, à 2,500 francs; 23 traducteurs et receveurs, trois classes, à 2,500, 3,000 et 3,500 francs ; 2,500 employés environ, occupés aux transmissions, cinq classes, à 1,400, 1,600, 1,800, 2,100 et 2,400 francs; 702 chefssurveillants, trois classes pour chaque grade, de 1,000 à 1,600 francs ; 372 facteurs embrigadés, trois classes, k 800, 900 et 1,000 francs; enfui 400 à 500 surnuméraires.
Dans ce nombre ne sont comptés ni les agents des sémaphores, lesquels dépendent du ministère de la marine, ni 150 femmes environ chargées de bureaux secondaires, ni 400 à 500 employés auxiliaires, ni les facteurs auxiliaires, ni les secrétaires de mairie ou les instituteurs qui gèrent des bureaux municipaux. Le total général dépasse 5,000 personnes.
La liberté de la télégraphie a certains avantages ; mais quelques inconvénients résultent du peu de garanties que présente ce système dans les pays où il. est appliqué. 11 est certain, du reste, que par la seule application du principe du monopole on ne procure aucun avantage à la télégraphie et que ce système doit être abandonné ; mais il convient d'entourer les relations télégraphiques de toutes les garanties de discrétion et de célérité nécessaires.
— Application* de la télégraphie. L'usage de la télégraphie, d'abord restreint, s'est rapidement développé à mesure que les réseaux se sont étendus, que les taxes se sont abaissées et que le public s'est habitué à ce moyen de communication.
Le service télégraphique exigeant plus que tout autre de la part des fonctionnaires, des garanties de moralité et de scrupuleuse discrétion, la télégraphie pouvant d'ailleurs être utilisée comme moyen d'action politique, bon nombre de gouvernements se sont réservé le monopole des transmissions télégraphiques ; dans quelques pays, tels que l'Angleterre et les Etats-Unis, la télégraphie a été confiée à des compagnies libres, mais l'Etat conserve la priorité pour ses dépêches, le droit d'interrompre ou de suspendre le cours des dépêches privées.
— Cryptotélégraphie. L'idée de rendre une communication indéchiffrable pour tout autre que celui qui en a la clef est indépendante de la télégraphie, mais elle a été naturellement appliquée aux diverses sortes de télégraphie. On a dans ce but formé des vocabulaires coinposés d'un nombre de pages et de lignes déterminé, et dans lesquels chaque ligne représente une phrase complète ; on a fuit de ces vocabulaires pour la marine, les opérations militaires, les relations diplomatiques.
Avec la télégraphie électrique ou pneumatique on peut se borner, pour fuire de la cryptographie,^, changer l'interprétation des caractères de l'alphabet au moyen d'une clef. M. Wheatstone d'abord, MM. Vinay et Gaussain ensuite ont construit des cryptographes mécaniques, tels que deux appareils identiques étant entre les mains de deux correspondants, chacun d'eux puisse par une simple manœuvre obtenir la traduction ou même l'impression soit de la dépêche en lettres secrètes, soit au contraire de signaux secrets eu langage usuel.
— Navigation télégraphique. Les sémaphores placés le long des côtes indiquent la présence des navires vo'sins des ports, facilitent les services de surveillance, l'échange des signaux avec les bâtiments peu éloignés, et on les a reliés aux différentes stations télégraphiques du continent par un réseau spécial, ûu peut ainsi à chaque instant connaître l'état de la mer et recevoir des dépêches.
Les navigateurs ont besoin de régler au départ d'un port l'heure sur l'heure d'un méridien particulier, celui de Paris ou de Green wich, par exemple; la télégraphie a permis d'atteindre ce résultat : la détermination des différences de longitudes a pu se l'aire bien plus exactement par la télégraphie électrique que par les anciens procèdes, et on a pu, grâce au développement des réseaux, recti-
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fier les plus petites erreurs accumulées d'un point à un autre.
— Météorologie télégraphique. On a reconnu, depuis quelques années, que la marehe des grands météores, tempêtes, ouragans, est soumise à des lois générales, bien qu'au premier abord la suite des phénomènes dont ils sont la cause semble être indépendante de toute considération théorique. On peut prévoir quelle sera la trajectoire de ces météores et l'annoncer par le télégraphe; les vents, les bourrasques, les tourbillons peuvent être annoncés, ainsi que la température probable, au moyen des renseignements particuliers arrivantsuccessivementdes divers postes. C'est M. Le Verrier qui a le premier organisé un service régulier d'observations météorologiques : depuis , sous l'influence du corps des ponts et chaussées dans plusieurs départements, il a été établi un service spécial des ingénieurs, qui, au moyeu des données transmises par l'Observatoire et les observations locales, donnent la prévision du temps probable pour lesdivers points du département. Les Etats du Nord de l'Amérique et les principaux Etats maritimes de l'Europe ont, peu à peu, établi dans leurs postes ce système d'avertis-» sements météorologiques. En France, où est née la télégraphie météorologique, deux circulaires de 1856 posaient les bases de ce service; à la suite de la tempête du 2 décembre 1363, cette partie de la télégruphie reçut une large extension. Nos côtes ont été divisées en quatre régions : tous les ports échangent deux fois par jour leurs observations, qui sont communiquées aux ports anglais, et chacun sait ainsi le temps qu'il fait sur les côtes de France et d'Angleterre..
El Angleterre, c'est au contre-amiral Fitzroy qu'on fut redevable de l'organisation du service météorologique et de l'annonce quotidienne du temps et des météores dangereux. Le Royaume Uni a été divisé en six régions , dont quatre en Angleterre, une en Irlande et une en Ecosse, et l'on a pu, jusqu'à un certain point, réaliser les conclusions posées par l'amiral Fitzroy dans un discours sur la météorologie télégraphique: 'Si l'on faisait, disait-il, suffisamment attention, sur nos côtes, aux signaux d'alarme, aucun orage violent ne surviendrait sans que son arrivée fût annoncée tout autour des lies Britanniques, ou tout au moins aux côtes menacées par le danger. »
De pareilles organisations se sont formées en Prusse, sous ladirection du savant M. Dove, en Italie sous l'influence de Matteucci, en Russie a l'instigation de Struye; cédant aux vœux du congrès météorologique de Vienne (1873), le gouvernement russe a installé à Saint-Pétersbourg un poste central, et fuit afficher à la Bourse le bulletin du temps imprimé en sept langues.
Quelques signaux sont d'un usage international ; ils s obtiennent au moyen d'un cône et d'un cylindre élevés au bout d'un màt.Vent violent du sud, cône k pointe en bas; vent du nord, cône k pointe relevée ; tempête, cône et cylindre.
— Télégraphie militaire. Le télégraphe étant un moyen d'action, rapide et précis, on a bientôt cherché k l'utiliser pour faciliter la transmission des ordres dans les opérations militaires. Depuis la guerre de Crimée, un service -télégraphique a été organisé dans l'armée française. Les lignes télégraphiques destinées à concourir aux opérations militaires doivent être établies uniquement en vue de leur objet spécial, le tracé pouvant en être modifié chaque jour suivant les ordres du général en chef. Les lignes aériennes exigent beaucoup de matériel, mais sont néanmoins préférables. Si l'ennemi a luimême un système télégraphique, il convient de précipiter l'attaque, pour qu'on puisse s'emparer d'une partie du matériel, et de prolonger la défense pendant le temps nécessaire pour la destruction des appareils abandonnés ; il convient donc en général que les agents du télégraphe marchent à l'avant -garde. On prépare des poteaux appointés assez solides au nombre de dix environ par kilomètre à construire; des isolateurs en caoutchouc suffisent ; on enroule les fils sur des lambours placés dans des camions spéciaux, de manière qu'ils puissent se dérouler sans que ces voitures aient besoin de s'arrêter. Les appareils employés sont ceux du système Morse et donnent de bons résultats.
La télégraphie peut être encore utilisée dans une bataille pour la transmission des ordres prescrivant les mouvements des troupes ; toutefois, l'installation de lignes aussi provisoires que doivent l'être celles qui rempliront cet office est délicate et peu sûre. Mais on peut plus facilement combiner la télégraphie électrique avec un système de signaux aériens, tels que les formaient les anciens ; on se sert pendant le jour de la manœuvre des drapeaux ou de corps opaques ; pendant la nuit, de coups de canon ou de fanaux ; la téléphonie de Sudre peut rendre à ce sujet de grands services et paraît être jusqu'à présent le système le plus avantageux auquel on ait eu recours. Au commencement de l'année 1875, un employé du serves français, M. Léard, a proposé un système de télégraphie optique qui recevrait facilement une application importante dans la télégraphie militaire nocturne. Il a eu l'idée de prendre le ciel comme un écran sur lequel se liraient les ca-
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raelèrus Morse ; les expériences ont été faites à Alger pur les ordres du gouverneur général, et on s'y est servi des rayons produits par 50 éléments Bunsen. La manipulation se faisait avec un simple obturateur, un disque en bois muni d'une queue, avec lequel on voilait plus ou moins de temps la gerbe émise sous un angle de 40° à 45», ce qui figurait les traits et Tes points de Morse. Les dépêches peuvent être transmises même sur un ciel éclairé par la lune, k une distance de 10 ou 15 lieues. Susceptible de servir entre deux, postes séparés par des obstacles quelconques, ce système conviendrait parfaitement la nuit à la correspondance de deux corps d'armée, usant d'une cryptographie quelconque dans l'alphabet Morse. M. Léard n'a songé k le faire appliquer que dans la télégraphie navale.
Quoi qu'il en soit, tout corps d'armée en campagne doit être pourvu d'un service télégraphique ; dans quelques pays, en Angleterre par exemple, ce service est confié kun corps spécial pris dans l'arme du génie et chargé de tous les autres travaux militaires concernant l'électricité. Nous ajouterons quelques détails sur ce sujet dans le paragraphe suivant.
— Télégraphie des chemins de fer, La rapidité de marche des trains de chemins de ter commandait, s'il était possible, une rapidité plus grande encore dans les signaux destinés a en annoncer l'arrivée, le départ, les évolutions prévues ou accidentelles. Le télégraphe a pu de la sorte donner de grandes facilités a l'exploitation et assurer un emploi économique et parfait du matériel et de la voie. Le service des chemins de fer exige au moins deux fils, l'un desservant les grandes gares, l'autre réunissant toutes les stations.
Le télégraphe sert k faire connaître les retards des trains, quand ces retards dépussent une certaine limite, et dispense d'envoyer une locomotive k la rencontre du train sur la seconde voie ; avant l'application du télégraphe, au bout d'un retard déterminé, toutes les locomotives de secours des stations non visitées par le train devaient se mettre en mouvement ; le télégraphe, indiquant entre quelles stations a lieu l'arrêt, évite cet inconvénient ; l'inquiétude pour les trains de voyageurs disparaît, grâce au télégraphe, de l'esprit du public et de celui des employés.
Mais l'emploi vraiment utile du télégraphe des chemins de fer a double voie consiste dans l'avertissement reçu k tout instant des besoins du service ; l'exploitation est ainsi régularisée sans excès ni défaut de service.
Pour les chemins de fer à voie unique, les considérations de secours et de danger prennent une plus grande importance; on peut fairo garer les trains de sens contraire à un train arrêté ou en retard, et sur tous les chemins de cette espèce on a l'habitude, au départ de chaque station, de prévenir la' station suivante, qui tient la voie libre jusqu'à l'arrivée du train annoncé.
Dans les grandes stations, des agents spéciaux, dans les petites stations, les agents ordinaires sont préposés au service du télégraphe j l'organisation des appareils a donc rendu de grands services; mais, -outre qu'elle inspire parfois trop de confiance aux agents ' qui se croient toujours en parfaite sécurité, •elle n'est pas encore pnrfaite. L'emploi des cadrans Bréguet, généralement en service, occasionne quelques erreurs, l'appareil ne conservant aucune trace des dépêches, et il conviendrait d'ajouter aux organes actuels des récepteurs imprimeurs automatiques.
Lorsqu'un train se trouve en détresse à une distance assez grande des postes télégraphiques les plus voisins, le temps nécessaire pour la demande de secours est long, et on a cherché à munir les trains d'appareils mobiles spéciaux permettant d'établir instantanément la communication; ces instruments, dont la pile locale est de 1S Daniell, ont été renfermés dans une boite de faibles dimensions par M. Bréguet, et la communication s'établit, d'une part avec le sol, de l'autre avec la ligne, par l'intermédiaire d'une tige métallique.
Des appareils lises placés sur la voie de distance en distance coûtent aussi cher et ont un trop faible rendement pour pouvoir être vraiment utilisés.
On a aussi inventé des systèmes de communication pour indiquer le départ des trains; on a essayé de faire produire par les trains eux-méines des signaux automatiques d'arrêt pour les trains suivants; mais 1 usage en est facilement interrompu par les moindres dérangements.
Une application plus pratique est la communication électrique entre les diverses parties d'un train, obtenue dans le but d'éviter les accidents dus à l'absence de tous rapports entre les voyageurs et les chefs de train pendant la marche; le plus simple des systèmes est l'emploi de sonneries électriques reliées à des fils courant le long des vagons et reliant tous les compartiments; les fila de deux vagons consécutifs se réunissent à pince eterochet. C'est à M. Prudhomme qu'est due cette application de la télégraphie; il remplace un des tils par une communication avec la terre au moyen des roues. Ces appareils ontété appliques dans les grandes lignes françaises, et pour que les voyageurs n'abusent pas des moyens d'appel, on enferme l'iustrument mis k leur disposition dans une
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bt.îte do verre tu'il est obligé de briser et qui indique de quel compartiment est partie la demande de secours. En temps de guerre, les télégraphes des chemins de fer forment un réseau tout établi qui peut d'abord servir à la surveillance et à la défense des voies, à condition que, toutes les dépèches étant précédées do signes conventionnels, on soit sûr de ne pas être exposé à correspondre avec l'ennemi. Lorsque l'on est obligé de détruire les télégraphes, il convient de munir d'outils spéciaux les cavaliers généralement chargés de ce service : haches pour couper les poteaux, clefs pour desserrer les écrous et les éclisses, pieds-debiche pour enlever les tire-fonds des isolateurs.
— Télégraphie commerciale. La rapidité des relations financières entre les grandes maisons de commerce peut avoir une grande
■influence sur les opérations commerciales; la communication des cours de la Bourse d'une grande ville telle que Londres ou Paris, l'annonce immédiate d'un événement politique ou militaire peuvent modifier le mouvement général des affaires; les pays où le commerce subit le plus fortement ces actions, tels que l'Angleterre et les Etats-Unis, ont établi dans les villes les plus importantes des réseaux de fils télégraphiques privés ou dépendant de compagnies particulières et destinés à l'usage des particuliers. La transmission des cours de la Bourse se fait ainsi avec une grande rapidité aux grands établissements publics ou aux particuliers qui en ont fait la demande et ont contribué pour un capital convenable à l'établissement du service télégraphique.
Un concours a eu lieu dans le même but en 1874 à Paris, et un arrêté ministériel a autorisé M. de Picciotto à établir et exploiter le reseau destinéàcette transmission, moyennant le payement à l'Etat d'une redevance annuelle de 250 francs par appareil transmetteur et de 545 francs par récepteur. Les conditions de l'abonnement, y compris les frais d'entretien et la redevance k l'Etat, ont été fixées à 1,825 francs. La confection des appareils et l'exécution du réseau ont été confiées à la maison Siemens frères de Londres.
— Télégraphie de la presse et des courses. Les offices de publicité des différents pays du globe font un usage assez fréquent de la télégraphie pour avoir été conduits à s'abonner à des compagnies télégraphiques; une convention a été faite entre le gouvernement français et la compagnie du télégraphe sousmarin reliant la France à l'Angleterre, Les fils télégraphiques libres la nuit entre Londres et Paris peuvent être loués aux offices de publicité, moyennant redevance annuelle, de neuf heures du soir à six heures du matin, pour une durée de trois, six ou neuf heures. Le trésor français et la compagnie se partageront par moitié les redevances, qui sont de 50,000 fr. pour trois heures, 75,000 fr. pour six heures et 100, 00Q pour neuf heures.
Des fils télégraphiques ont été établis dans les enceintes' des champs de course, eu Angleterre depuis 1870, en France depuis 1874. En Angleterre, le jour du Derby avait produit 1,600 d-épèohes la première année; il en a été envoyé 4,500 en 1875 entre le bureau d'Epsom et celui du Grand Strand, qui ont échangé près de 14,000 dépêches durant les quatre jours du meeting. En France, un bureau installé dans le pesage du champ de course de Longehamp avait été mis en communication avec Paris, Versailles et Londres; malgré les restrictions résultant de la situation du bureau dans l'enceinte réservée, il a été transmis 115 .dépêches en I874 et 192 en 1875, dont la plus grande partie était à destination de l'Angleterre,
— Télégraphie à petite distance. Votes des assemblées. Les Etats-Unis d'Amérique ont imaginé une nouvelle application de la télégraphie, destinée k faire aux divers postes de pompiers d'une ville les appels de seco.irs en cas d'incendie et k leur indiquer. immédiatement le lieu du siuistre. Nous ne ferons .que mentionner l'usage des sonneries électriques et des plaques k numéros automobiles dans les grands hôtels, dont le service se fait par ce système avec toute la rapidité nécessaire.
Le procédé ordinaire par lequel les membres d'une assemblée expriment leurs votes, la manière dont ces votes sont enregistrés et contrôlés offrent les inconvénients d'une grande lenteur et de nombreuses causés d'erreur. Plusieurs inventeurs ont étudié les moyens de remplacer ce mode imparfait de votation par un procédé automatique qui fût k la l'ois plus rapide et plus précis. Dès 1849, le colotiel Martin de Brettés a proposé un système dans lequel chaque membre votant exprimait son vote en appuyant sur uu bouton blanc ou sur un bouton noir formant un circuit qui aboutissait k un tableau enregistreur; à cet appareil était relié un indicateur autographique et un contrôleur mécanique. Depuis cette époque, plusieurs autres systèmes ont été proposés en France : au Sénat (1860), par M. Saigey, inspecteur des télégraphes ; au Corps législatif ( 1870), par MM. Clèi-ue et Gtiichenot; k l'Assemblée nationale (1874), par SI. Jacquin.
Voici l'explication résumée de ce dernier système : chaque député a devant lui deux boutons transmetteurs placés dans un pupitre fermé k clef; à chaque bouton correspond un
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petit appareil qui renfermo une provision de boules et qui en laisse échapper une lorsqu'on appuie sur lo bouton correspondant. Chaque boule a un poids marqué par une unité décimale (10 grammes, par exemple); les boules de même espèce viennent se réunir dans un entonnoir, et on mesure l'augmentation de poids qui donne le nombre des votes.
Un enregistreur électrique permet de pointer les scrutins d'une séance sur un tableau de pointage dans lequel chaque colonne est partagée en trois colonnes plus petites, l'une pour l'épreuve, la seconde pour la contreépreuve, la troisième pour l'indication des abstentions. A la fin d'un vote, une seule manœuvre de l'appareil fait décharger automatiquement les boules d'abstention et pointer la colonne correspondante pour chaque député abstentionniste.
On a fait plusieurs objections à l'emploi de ces télégraphes ; ces appareils comprennent un grand nombre d'organes mécaniques dont quelques-uns peuvent se déranger et dont le prix est assez élevé ; mais on doit espérer qu'avec certaines précautions l'organisation d'un télégraphe enregistreur de votes pourrait se faire sans qu'il y eût k craindre de désordre dans la marche des appareils, et l'avantage que l'on retirerait de ce système compenserait amplement les frais d'établissement. On a craint aussi, mais sans motifs sérieux, que ce mode de votation ne changeât d'une manière générale les habitudes actuelles et n'empêchât les députés d'un même groupe de se concerter avant le vote; tout porte k croire, au contraire, que cette innovation serait véritablement utile et épargnerait à peu de frais le temps précieux des assemblées parlementaires.
— Anecdotes. Pendant une des premières années de l'établissement du télégraphe en Pologne, uu paysan, voulant envoyer aussi vite que possible ses bottes k raccommoder à la ville, y inscrit l'adresse du savetier auquel il désirait les expédier, y introduit quelques pièces de monnaie, puis va les suspendre au iii télégraphique. Quinze jours après, le savetier avait toutes les peines du monde k le convaincre qu'il n'avait pas reçu la paire de bottes.
Deux paysans causaient du télégraphe.
L'un d'eux disait à son compagnon qu'il ne pouvait pas comprendre comment, en écrivantquelque chose au bout d'un fil aussi long, l'autre bout du til s'imprimait k une grande distance. • Pourtant, lui dit son compagnon, regarde ton chien ; mords-lui la queue et tu verras que c'est par la tête qu'il aboiera, n
Aux Etats-Unis, M. Shaffner dit avoir vu, sur un bateau k vapeur, un voyageur écrire une dépêche sur une planche et jeter le morceau de bois k la côte en criant qu'on le portât au bureau télégraphique le plus voisin, ce qui fut exécuté. Un bureau français aurait été fort empêché pour recevoir ce singulier télégramme, vu la difficulté de le caser dans les archives. Mais les Américains se passent fort bien d'archives.
Télégramme adressé & M. Z***, agent de change k Lyon : « Les romains sont fermes, 4G0, et les espagnols se défendent vigoureusement, 305 ; les autrichiens ont été maltraités, 430 ; le turc s'affaisse, 41, et le suez menace de s'effondrer, 345; le gaza sauté k 1,800; les zincs sont mous, 260; les omnibus ne bougent plus, 880. »
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national de télégraphie nautique (1857); Lardner, la Télégraphie électrique (1857) ; Edward Highton, la Télégraphie électrique (1857); Comité de fonctionnaires de l'administration française, Annales de la télégraphie française de 1858 à 1865; Beaudouin, Observations sur te mode d'établissement des lignes télégraphiques sous -marines (1858); Manuel de Rico Siiioras, Manuel de télégraphie électrique (1S58); Delamarche, Eléments de télégraphie sous-marine (1858) ; Galle, Catéchisme de télégraphie électrique: baron Gros, Lettres sur la télégraphie électrique (1859) ; Shaffner, le Manuel de télégraphie électrique (1859) ; Wilson , Electricité et télégraphie électrique (1859); Greure, Guide de la correspondance télégraphique (1859); Calland, Essai sur les piles servant au développement de l'électricité (1860) ; Charault, Recherches sur la déperdition de l'électricité par l'air et par les supports (1860) ; Du Moncel, Etude des lois des courants électriques au point de vue des applications électriques (1860) ; Gavarret, Tétégraphie électrique (1860) ; Guillemin, Propagation des courants dans tes fils télégraphiques (1860); Marqfoy, De l'abaissement des taxes télégraphiques en France (1860) ; Nicklès, les E lectro-aimants et l'adhérence magnétique (1860) ; Schellin,la Télégraphie électro-magnétique (1860); De Reynold, Code de télégraphie nautique (18G0) | Gersçach, Histoire administrative de la télégraphie aérienne en France (1860) ; Miége, Guide pratique de télégraphie électrique (1860); Labussière, Nombreuses traductions à' articles scientifiques télégraphiques (1860) ; Elenaud, Guide des directeurs de station et des stationnaires chargés de bureau (1860); Etenaud, Manuel des surveillants et des facteurs de l'administration des lignes télégraphiques (1861); Etenaud, Vocabulaire des dépêches secrètes (1861); Gloesener, Traité général des applications de l'électricité (1862) ; Bréguet, Manuel de télégraphie (J862, 4« édit.); Du Moncel, Exposé des applications de l'électricité (1862); Etenaud, Manuel des chefs de station et des employés chargés de bureau (1863, 2e édit.); Despecher, Projet de télégraphie transatlantique (1863); Fiiippo Serafini, le Télégraphe dans ses relations avec la jurisprudence cioile et commerciale, ouvrage traduit et annoté par Lavialle de Lameillière (1863); Guillemin, Recherches expérimentales sur la transmission des siynaux télégraphiques (1863); Culley, Manuel de télégraphie pratiquerez); Cauderay, Manuel pratique de télégraphie électrique (1864); Du Moncel, Traité théorique et pratique de télégraphie électrique (1664); Dauriac, la Télégraphie électrique (1864); Blavier, JVbie sur la réponse de M. Guillemin aux observations de M. Gounelle (\&65); Bréguet, Télégraphie domestique, instruction sur la pose et l'entretien des sonneries électriques (1865); Blavier, Nouveau traité de télégraphie électrique (1865); Poux, Etude sur la fabrication et la pose de câbles électriques (1S65) ; Lavialle de Lameillière, Documents législatifs sur ta télégraphie électrique de 1841 à 1854 (1865); Etenaud, Méthode de transmission et de lecture des signaux Morse (1866); Madsen, Traité sur la possibilité de mesurer les distances au moyen de ta télégraphie électrique (1866); Marqfoy, Des réformes nécessaires en télégraphie (1866); Girardin, Guide officiel de la télégraphie électrique (1867); Boussac, Précis de télégraphie électrique (1867) ; Cuche, Manuel élémentaire de télégraphie (1867) ; Bondet, Guide de l'expéditeur des dépêches télégraphiques (1868); Fix, la Télégraphie militaire (1869); Ternant, Télégraphie sous-marine (1809) ; Dumas, Traité de télégraphie militaire (1869); Villefranche, la Télégraphie française (1870); Ponsinet, la Télégraphie militaire (1871); Blavier, Considérations sur le service télégraphique et sur la fusion des administrations des postes et des télégraphes (Paris, 1872, in-8u); Etenaud, la Télégraphie électrique en France et en Algérie depuis son origine jusqu'au 1er janvier 1872 (Montpellier, 1872, 2 vol. in-8u) ; Lambrecht-Alexandre, Historique de la télégraphie (1872); Louis, le Dictionnaire français de la télégraphie aérienne (1872); Bore!, Elude du télégraphe Hughes (Paris, 1873, in-18); Courech, Manuel général de la correspondance télégraphique(Bordeaux.,i&13, in-8°) ; Té tin, Méthode élémentaire de télégraphie électrique d l'usage des agents auxiliaires, éclusiers, etc. (Paris, 1873, in-18); Sabine, Règles pour déterminer facilement la tension des fils sur les lignes télégraphiques, traduit de l'anglais par Aylmer (Pans, 1874, br. in-8») ; Ternant, Confection des câbles sous-marins (Marseille, 1874, in-8°); Girarbon, Système télégraphique complet pour ta transmission automatique ou manipulée (1874); Houzeau, Télégraphie électrique, guide pratique pour l'emploi de l'appareil Morse (Paris, 1874, in-8<>); Mamert-Gallian, Dictionnaire télégraphique,économique et secret (1874); Serre, Améliorations postales et télégraphiques (Montpellier, 1874, in-8»); Miriel, Télégraphe Hughes, album de 22 pi., contenant 79 fig. (1874); Miriel, Renseignements sur le câble transatlantique françuis de Rrest à Saint-Pierre (Amérique) [Brest, 1874, br. in-8°]; comte Pouzet, la Télégraphie militaire par signaux (Rochefort et Paris, 1874, in- 8°).
Télégraphie parlée (LANGOK CNIVEKSELLB ou), par Aldrick Caumont, brochure in-40
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(18G7). L'auteur, dans un discours prononcé devant la Société havraise d'études diverses, expose ainsi l'objet de sa brochure : « Se servir de toutes les langues réduites à l'unité, comme du dIus purfait instrument de communication de la pensée; en d'autres termes, manifester réellement, instantanément et à toutes distances, les mêmes idées en les présentant dans un dictionnaire de phrases animées et mises en mouvement dans chaque langue maintenue Bans sa structure nationale, et surtout enfin vitalisées par un signe idéogrnphique plus formidable que la vapeur et l'électricité, voilà l'objet de mon invention. « En effet, la Télégraphie parlée n'est, en réalité, qu'un dictionnaire de phrases d'un sens très-général, traduites en huit langues et précédées chacune d'un chiffre qui suffit pour la faire distinguer de toutes les autres. A l'aide de ce dictionnaire de phrases numérotées, si l'on veut communiquer à un Espagnol, par exemple , l'une des pensés générales dont M. Caumont a donné l'expression en huit langues, il suffit de lui télégraphier le numéro de la phrase; le même numéro servirait tout aussi bien pour un Anglais, pour un Italien, etc. Et c'est ainsi que l'auteur pense avoir résolu le problème d'une langue universelle. Malheureusement, l'exécution complète de ce plan exigerait un si grand nombre de phrases, qu'il serait difficile de calculer, même approximativement, le nombre de gros volumes qui seraient nécessaires pour permettre de télégraphier ainsi toutes ses pensées dans toutes les parties du inonde.
TÉLÉGRAPHIER v. a. ou tr. (té-lé-gra-ti-é — rad. télégraphe; prend deux t aux deux pers. plur. de l'imp. de l'ind. et du présent du subj. : Nous télégraphiions, que vous télégraphiiez). Transmettre par télégraphe : TÉ- LÉGKAPHiiiR une nouvelle.
— Absol. : Télégraphier dans toutes les directions. Télégraphier à Berlin.
TÉLÉGRAPHIER s. m. (té-lé-gra-fié). Syn.
de TÉLÉGRAPHISTE.
TÉLÉGRAPHIQUE adj. ( té-légra-fl-ke — rad. télégraphe). Qui a rapport au télégraphe ou à la télégraphie : Appareil télégraphique Station télégraphique. Ligne télégraphique. Fil télégraphiquis. Science télégraphique. Locke a publié son procédé télégraphique en 1084. (Breton.)
— Expédié par télégraphe : Dépêche télégraphique. Nouvelle télégraphique. Annoncez-lui un beau matin quelque chose d'inouï, mie nouvelle télégraphique que vous seul pouvez savoir. (Alex. Dum.) A la chute durideau, miss Débora lança au jeune homme un long regard gui ressemblait à la dépêche télégraphique d'un rendez-vous. (Méry.)
TÉLÉGRAPHIQUEMENT adv. (lé-lé-grafi-ke-man — rad. télégraphique). Par télégraphe : La nouvelle n'est que trop vraie; nous ne l'avons que télégraphiquement et sans détail. (Talleyrand.)
TÉLÉGRAPHISTE S. m. (té-lé-gra-fi-ste — rad. télégraphe). Employé chargé de la manœuvre d'un appareil télégraphique.
TÉLÈGUE s. m. (té-lè-ghe). Sorte de chariot russe.
TÉLÉIANDRE s. m. ( té-lé-ian-dre — du gr. teleios, accompli ; anêr, mâle). Bot. Genre d'arbres, de la famille des laurinées, tribu des oréodaphnées , dont l'espèce type croît au Brésil.
TÉLÉIANTHE adj. (té-lé-ian-te — du gr.
teleios, accompli; anthos, fleur). Bot. Pourvu de fleurs complètes.
TÉLÉIANTHÈRE s. f. ( té-lé-îan-tè-re — du gr. teleios, accompli, et de anthère). Bot. Genre de plantes, de la famille des amaruntacées, tribu des gomphrénées, comprenant des espèces qui croissent dans les régions tropicales, surtout en Amérique.
TÉLÉICONOGRAPHE s. f. { té-lé-i-ko-no-
gra-ia — de télégraphe , et du gr. eikôu , image ), Appareil au moyen duquel on peut reproduire un dessin à l'aide d'un fil télégraphique.
TÉLEIE s. f. (té-lè — du gr. teleios, ac^ compli). Eutom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tortricites.
TÉLÉKI ( Ladislas comte ) , écrivain et homme d'Etat hongrois, né en 1811, mort en 18S1. De bonne heure il se fit connaître par des compositions littéraires qui lui valurent d'être admis à vingt-six ans au nombre des membres de l'Académie hongroise, et bientôt il se jeta avec ardeur dans la vie politique. Nommé député à la diète de Transylvanie, il devint, en 1844, vice-président de la Société nationale et, en 1848, député du comitat de Pesth à la seconde Chambre de Hongrie. Téléki y soutint avec une rare énergie les principes libéraux, les droits de la nationalité hongroise , et lorsque la guerre eut éclaté avec l'Autriche, il reçut la mission de se rendre à Paris pour obtenir du gouvernement républicain des secours efficaces. Malgré le zèle -dont il lit preuve en cette circonstance, et bien qu'il eut essayé d'éclairer l'opiniou publique en écrivant dans différents journaux, en publiant diverses brochures, Téléki échoua dans sa mission. Condamné à mort par contumace et pendu en effigie après l'écrasement de la révolution hongroise, il ne quitta pas la fc'rance et résida à Paris jusqu'en 1860, époque
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à laquelle il se rendit à Dresde pour y voir une de ses sœurs. Le gouvernement saxon le fit alors arrêter et le livra a l'Autriche. Cette odieuse violation du droit des gens excita une indignation générale en Europe. Le gouvernement autrichien se vit dans une situation tellement embarrassante, que, pour s'en tirer, il ne vit d'autre moyeu que de gracier le captif; mais c'était là un acte de générosité forcée dont l'empereur François-Joseph ne tira aucun profit. Téléki fut aussitôt réélu député à la diète, où son libéralisme et sa fougueuse éloquence en firent bientôt le chef le plus éminent de l'extrême gauche. A la séance du 8 mai 1861, il devait soutenir une motion importante, opposée au programme de Deak, chef d'une fraction plus modérée du parti national, lorsque, le matin de ce jour, on le trouva mort dans sa chambre, la tête fracassée d'un coup de pistolet. Bien que l'on ait établi, d'après les preuves les plus plausibles, que cette mort était le résultat d'un suicide, l'opinion publique y vit un assassinat politique et en accusa le gouvernement qui se voyait délivré d'un de ses adversaires les plus redoutables. Les funérailles de Téléki eurent lieu avec le plus grand éclat et furent en quelque sorte une manifestation du parti national hongrois contre l'Autriche. Indépendamment d articles insérés dans le National, Ips Débats, l'Opinion publique, la Presse, l'Evénement, on doit à Téléki le Favori, tragédie qui fut représentée avec succès en 1842; la Hongrie aux peuples civilisés (1849); De l'intervention russe (1849), etc.
TÉLÉKIE s. f. (télé-kt — de TélékiVonszek, botan. hongrois). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des astérées, formé aux dépens des buphthalmes et comprenant plusieurs espèces, qui croissent dan3 l'Europe centrale et orientale : On cultive dans les jardins la télékie à feuilles en cœur. (P. Duchartre.)
Télémncomnnio (l'A) OU Censure et critique
du roman intitulé les Aventures de Télémaque, par Eleuthérople , chez Pierre Philalèthe (1700, in-12). Ce titre bizarre est l'étiquette d'un livre qui a fait du bruit en son temps, quoiqu'il soit maintenant peu lu, où son auteur, 1 abbé Faydit, a égrené contre le Télémaque et contre Fénelon un long chapelet d'accusations et de critiques. Quelques extraits en donneront une idée suffisante.
Le pieux abbé, offusqué du succès, de la vogue du livre, vogue qu'il traite de manie, s'en étonne d'abord, puis en donne une raison inattendue. « Jamais, dit-il, on ne fit tant d'éditions d'un même livre ; jamais écrit n'a été lu par tant de gens. Mais, comme les fées du jeune Perrault et les pasquinades de Le Noble, et les mamans Joie de Mmc Denmrat, et les comédies d'Arlequin ou le théâtre ita-' lien, qui sont certainement des livres fort méprisables,ontété lusetcourus par plus de gens et réimprimés plus de fois que Télémaque, il faut compter pour peu de chose l'avidité avec laquelle il a été recherché. >
Puis il entreprend da prouver que le Télémaque ne vaut rien ni comme fond ni comme forme ; que ce livre mal écrit est une école de débauche et de libertinage. « Je rougis de honte pour M. de Cambrai d'apprendre qu'un tel ouvrage soit parti de sa plume et que, de la même main dont il offre chaque jour sur l'autel, au Dieu vivant, le calice adorable qui contient le sang de Jésus-Christ, le prix de la rédemption de l'univers, il ait présenté à boire, k ces mêmes âmes qui en ont été rachetées, la coupe du vin empoisonné de la prostituée de la Babylone ; car c'est ainsi que les Pères ont nommé tous ces livres détestables qui, sous des fictions ingénieuses , ne contiennent que des histoires de galanterie et d'amourettes. Je n'ai presque vu autre chose, dans les premiers tomes du Télémaque de M. de Cambrai, que des peintures vives et naturelles de la beauté des nymphes et des naïades, de leurs parures et de leurs ajustements, de leurs danses, de leurs chansons, de leurs jeux, de leurs divertissements, de leur chasse, de leurs intrigues à se faire aimer et de la bonne grâce avec laquelle elles nagent toutes nues aux yeux d'un jeune homme pour l'enflammer; la grotte enchantée de Calypso, la troupe galante des jeunes filles qui l'accornpagneiit partout, leur étude à plaire, leur application à se parer, les soins assidus et officieux qu'elles rendent au beau Télémaque; les discours que leur maltresse, encore plus amoureuse quelles, lui tient, les chagrins de la jeune Eucharis, les avances qu'elle fait à son amoureux, les rendez-vous dans un bois, les tête-à-tête sur l'herbe, les parties de chasse, les festins, le bon vin et le précieux nectar dont elles enivrent leur hôte, la descente do Vénus dans un char doré et léger traîné par des colombes, accompagnée de son petit Amour; enfin la description de l'île de Chypre et des plaisirs de toutes sortes qui sont permis en ce charmant pays, aussi bien que les exemples de toute la jeunesse qui, sous l'autorité des lois et sans le moindre obstacle de ta pudeur, s'y livre impunément à toutes sortes de voluptés et de dissolmions, occupent une bonne partie du premier et du second tome dn roman de votre prélat, madame. » Ce madame, que rien ne faisait pressentir, est mis la pour rendre la phrase plus piquante. Le bon abbé poursuit ainsi pendant plus de quatre cents pages I Une telle critique montre mieux que tous les raisonnements a
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quel point la dévotion outrée, L'esprit de dénigrement, la passion peuvent dénaturer les intentions les meilleures, les plus chastes d'un livre. Désigner comme un ouvrage lascif le Télémaque, un livre qui est resté classique et que, depuis près de deux siècles, on met sans crainte entre les mains de la jeunesse! Et cependant les peintures que blâme l'abbé Faydit existent : Eucharis, Calypso, les sirènes et les nymphes ne sont point de son invention et il eût été, en effet, incapable de les imaginer; mais ces gracieux épisodes, H les exagère et les dénature k plaisir. Le grand charme du livre de Fénelon , c'est précisément d'avoir présenté le plaisir et la volupté sous des traits si séduisants et d'avoir donné encore plus de grâce k la vertu. Mais le bon abbé, qui ouvre si bien les yeux sur un des côtés de l'œuvre, s'est bien gardé d'en mettre en relief la contre-partie. Envieux et jaloux à l'excès, Faydit, sachant que le Télémaque causait a Fénelon tant de disgrâces, non pour les motifs qu'il a déduits, mais pour bien d'autres, pour la conception de la république imaginaire de Salente, pour les traits implacables dirigés contre l'ambition des rois absolus, toutes choses qui devaient fort déplaire à Louis XIV, Faydit entreprit de faire sa cour au grand roi en démontrant que le Télémaque était éminemment pernicieux, en donnant le coup de pied de l'âne k l'écrivain persécuté.
TELEMANN (Georges-Philippe), compositeur allemand, né a Magdebourg en 1681, mort en 1767. Fils d'un ministre luthérien, il était lui-même destiné à la carrière ecclésiastique, mais sa vocation pour la musique l'emporta. Bien que plus âgé que Haandel, il fut lun des élèves les plus assidus de ce dernier et remplit plus tard différents emplois, dont le principal fut celui de compositeur du théâtre lyrique de Hambourg, pour lequel il n'écrivit pas moins de trente-cinq opéras. Mais ce ne fut là qu'une part minime de ses travaux. On prétend qu'il surpassa le fécond Alexandre Scarlatti par le nombre de ses œuvres de musique d'église et de salon, et en 1740 il avait déjà écrit, affirme le docteur Burney, plus de six cents ouvertures sur le modèle de celles de Lulli. Sur ce nombre presque incroyable de productions, c'est à peine s'il nous reste aujourd'hui deux ou trois fugues, et même ne sont-elles connues que d'un petit nombre d'organistes amateurs des longues et patientes recherches. Telemann fut marié deux fois et eut dix enfants de chacune de ses deux femmes. Chose curieuse , aucun d'entre eux ne montra la moindre disposition pour l'art auquel leur père avait dû sa fortune et sa réputation,
TÉLÉMAQUE, fils d'Ulysse et de Pénélope. Il était encore enfant quand son père, roi d'Ithaque, partit pour le siège de Troie. Plus tard, il résolut d'aller à sa recherche, guidé par Minerve, qui avait pris les traits du sage Mentor, visita la cour de Nestor et de Ménélas, évita les pièges des prétendants au cœur de Pénélope, revint à Ithaque, retrouva son père Ulysse chez le fidèle Eumène et l'aida k vaincre ses rivaux. Après la mort d'Ulysse, il épousa, dit-on, Circé, dont il eut un fils appelé Latinus. Fénelon a fait de Télémaque le héros d'un roman épique en prose, imitation des poèmes antiques, et qui passe pour un des chefs-dJœuvre de la langue française.
Téléinnque (Aventures db), ouvrage célèbre de Fénelon. V. Aventures.
— Iconogr. Plusieurs artistes du xvmo siècle ont fait des dessins pour des éditions du chefd'œuvre de Fénelon ; nous citerons parmi eux Noël-Nicolas Coypel (vignettes pour une édition in-4°, gravées par N.-D. de Beauvais), Ch. Monnet et Cochin (26 planches, gravées par J.-B. Patas et par N.-M. de Mouchy), Lordon (gravées par J.-L Benoist, Chonbard, Dissard, N.-F. Bertrand), etc. Emmanuel de Ghendt a gravé 8 planches pour une édition des Aventures de Télémaque. J.-B. Patas a gravé d'après Boucher : Thermosiris instruisant Télémaque et l'Arrivée de Télémaque dans l'île de Calypso. Cette dernière composition a été gravée aussi par A. -T. Duclos. Une estampe d'Edrne Jeaurat (1724), d'après Nie. Vleughels, représente Télémaque dans file de Calypso. La célèbre Angelica Kauffmann a peint Télémaque et Mentor dans Vile de Calypso (gravé par Fr. Bartolozzi) et Télémaque à la cour de Sparte (gravé par Thomas Burke). Des tableaux réprésentant Télémaque dans Vile de Calypso ont été peints encore par Pierre- Michel Bourdon (Salon de 1808), Marlet (Salon de 1833), Raoux (Musée du Louvre), D. Papety (Salon de 1847). Ces deux derniers ont choisi le moment où Télémaque raconte ses aventures à Calypso. Dans le tableau de Raoux, Calypso, entourée des nymphes, ses compagnes, est assise sur un tertre, ie bras gauche appuyé sur un coussin; près d'elle sont placés le jeune fils d'Ulysse et Mentor; au fond, des femmes sont occupées à dresser une table dans la grotte de l'enchunteresse. Cette composition, peinte par Raoux pour le duc d'Orléans, régent, a été gravée par Beauvarlet. Le Récit de Télémaque de D. Papety est traité avec quelque sécheresse ; on y trouve cependant des morceaux d'un style très-élégatn. ■ L'auteur , a dit M. Maurice de Vaines [Revue nouvelle), a cherché à unir la pureté antique avec la coquetterie de l'effet, et il a en partie réussi;
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les groupes de nymphes curieuses sont gracieusement disposés et l'attitude de Calypso est pleine de noblesse, d'abandon et de douce rêverie ; mais Mentor est d'une gravité un peu maussade et Télémaque est par trop candide. » Lagrenée a exposé, au Salon de 1769, un Télémaque caressant l'Amour et s'éprenant d'Eucharis, dont Diderot a fait cette mordante critique : • Est-ce là le fils d'Ulysse ou une espèce de saint Jean frisé, moutonné à la manière de V Antinous? Pourquoi cette nymphe a-t-elle l'air pleureur? Serait-ce d© cette mauvaise épaule que le peintre lui a faite, aussi mal dessinée que mal peinte? Et ce vieillard, est-ce un Mentor ou un gros saint Joseph, gras comme un bernardin, masse de chair sans os? Si l'on coupait les ailes de cet Amour, d'un dessin rond et mou, hésiterait-on à le prendre pour un Enfant Jésus? Tout cela n'est donc qu'une Sainte Famille débaptisée et paganîsée, une composition sans effet, sans talent, sans harmonie. » Ch.-N.-R. Lafond a peint la Hencontre de Télémaque et d'Eucharis à la chasse (Salon de 1 802), et Ch. Meynier les Adieux de Télémaque à Eucharis (Salon de 1800). Ce dernier ouvrage a été gravé par Edme Bovinet.
Dan tau aîné a exposé, au Salon de 1819, une statue de Télémaque portant à Phalante les cendres de son frère Hippius. Une autre statue de Télémaque, par Antoine Zœgger, a paru au Salon de 1865. Le comte Théodore Tolstoy a exécuté, en bas-relief, les quatre compositions suivantes qui ont figuré au Salon de 1861 : Télémaque chez Alénélas, Minerve venant chercher Télémaque, Ulysse et Télémaque tuant les prétendants , Mercure conduisant aux Enfers les âmes des poursuivants.
Télémaque OU les Fragments des modernes,
tragédie-opéra en cinq actes, précédée d'un prologue, paroles de Danchet , musique de Campra; représentée k l'Académie royale de musique le 11 novembre 1704. Cet ouvrage est un pastiche composé des fragments de plusieurs opéras récemment représentés , tels que ceux à'Aslrée, il'Enée et Lavinie, de Canente, à'Aréthuse, de Médée, du Carnaval de Venise, d'Ariane, de Circé, des Fêtes galantes et d'Ulysse. Les interprètes furent M'l«s Maupin, Desmâtins, Armand, Dupeyré, Bataille, et les sieurs Cochereau, Poussin, Dun, etc.
Télémaque dan» l'île de Calypso OU le Triomphe de la sagesse, tragédie lyrique .en trois actes, paroles de P. Bercy, musique de Lesueur; représentée sur le théâtre» Feydeau le 11 mai 1799 (floréal an IV). Cet ouvrage avait été écrit d'abord pour l'Opéra; on supprima les récitatifs, auxquels on substitua le dialogue pour la représentation k Feydeau. Dans cette pièce, Télémaque arrive dans l'île au premier acte, et inspire k Calypso et k Eucharis une violente passion. Il aurait fallu séparer l'action de l'avant-scène et ne pas enflammer au bout de peu d'instants trois cœurs à la fois. Mentor, au troisième acte, remplit l'office que l'on sait. On a reproché avec quelque raison au compositeur d'avoir mis trop d'accent dramatique dans ses œuvres religieuses et de ne pas en avoir mis assez dans ses opéra?. Le lieu et l'époque invitaient le compositeur k se livrer à ses tendances archaïques et k chercher l'explication du système de la musique des Grecs , qu'assurément personne ne connaissait plus mai que lui. Il déclare que l'ouverture de Télémaque a été écrite sur le mode hypo-dorien et sur le nome spondaîque, en observant la mélopée mésoïde. Passe encore pour le nome spondaîque, en raison des nombreuses blanches qui alourdissent la première moitié de cette symphonie; mais quant au reste, nous ne voyons pas en quoi une ouverture qui commence en sol majeur et s'achève en sol mineur, eu employant tous les accords connus en musique, peut rappeler le mode hypo-dorien. Le motif principal est une gamme descendante de mi k mi aveu le fa naturel ■ c'est l'échelle du mode lydien. Lesueur s'est trompé même en ceci. Ces prétentions pédantesques n'empêchent pas que l'ouvrage ne renferme certaines beautés. Le joli chœur de nymphes, l'air pantomime de la toilette de Calypso, le choeur souterrain des vents qui bientôt sont déchaînés par Eole, la tempête et la scène dans laquelle Calypso et les nymphes accueillent Télémaque, forment un premier acte très-agréable. Dans le second, les airs d'Eucharis, de Calypso et de Télémaque sont longs et ennuyeux ; les nomes tribrachiques, les mélopées mésoïdes et systaltiques ne sont pas parvenus k leur donner de l'intérêt. Le tableau de la forêt a fourni l'occasion d'un grand spectacle. Les faunes, les sylvains,les satyres, les dryades, les bacchantes et les Grâces en font libéralement les frais, et la musique descriptive ne manque ni de couleur ni de variété. Le chœur des nymphes, qui se transforme en tutti général, est très-beau. Mentor ouvre le troisième acte par un bon récitatif:
Il est temps d'opposer l'égide redoutable Aux traits que l'Amour a lancé;
Tendons au Dis d'Ulysse une main secourable
Dans le danger cruel dont il est menacé. Au lieu de demander k son poëte' des noms dactyliques propres*k une mélopée diastaltique, Lesueur aurait dû exiger qu'il ne fltpas de fautes de français.
Cet acte renferme, je crois, la plus belld
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scène dramatique que Lesueur ait écrite. C'est le duo d'amour d'Eucharis et de Télémaque, interrompu par l'arrivée de Calypso ; la fureur de celle-ci contre Eucharis est bien exprimée, et l'entrée du chœur qui intercède en faveur de la nymphe produit un bon effet. L'air de Calypso, qui suit : Cruel, fuis, trains ma rage, a de l'énergie ; mais qu'il y a loin de cette passion formaliste aux accents déchirants de cet air de Piccinni, dans Iphige'uie en Tauride : Cruel, et lu dis que tu m'aimes! Les objurgations de Mentorsontassez véhémentes loutefois et amènent assez bien le dénoûment .
Lâche fils d'un père si sage,
Esclave d'une indigne ardeur.
Seul sur cet odieux rivage,
Languissez, rampez sans honneur. -
La pièce se prêtait aux décors et aux machines. On y voyait aussi un vaisseau, comme dans la Heine de Chyqre, Haydée, Y Africaine, et même un vaisseau en flammes. Télémaque est précipité du haut d'un rocher dans la mer par Mentor, sous les yeux de Calypso et d'Eucharis, ce qui fait un coup de théâtre. Le tonnerre éclate, la scène se couvre de nuages argentins , ils s'ouvrent et laissent voir Minerve, qui descend de l'Olympe dans toute sa gloire. La déesse consola Calypso et Eucharis, et tout se termine par un choeur général. C'est là, on en conviendra, un dénoûment qu'il est rare de rencontrer au théâtre. Quoique le livret ait été conçu en dehors des habitudes dramatiques, quoique la musique ait un caractère assez singulier, l'opéra de Télémaque a joui d'un cerlain succès, et peut-être en aurait-il encore k cause des beautés réelles qu'il renferme.
Téiéiuaquo , opéra, musique de Boieldieu; représente à Saint-Pétersbourg vers 1807. 11 n'a pu être représenté en France; le compositeur introduisit plusieurs morceaux de cet ouvrage dans d'autres partitions. L'air de la princesse de Navarre dans Jean de Paris; Alt! quel plaisir d'êlre en voyage , a été extrait de la partition de Télémaque. V. Calypso.
Tcléniaquo au temple de Venus, opéra turc, livret tiré de Télémaque, de Fônelon, musique de *'*, Arménien j représenté en janvier 1872 sur le Théâtre- Français de Conslantinople. Dans cet ouvrage singulier, les jeune filles remplissent successivement les rôles de choristes et de ballerines. La composition vocale et l'orchestration ont été ' trouvées d'une simplicité et d'une naïveté toutes particulières. L'ait lyrique est encore à l'état d'enfance sur les rives du Bosphore.
TÉLÉMÈTRE s. m. (té-lé-mô-tre — du gr. têle, loin; metron, mesure). "V. télombtre.
TÉLÉMÉTRIE s. f. (té-lé-mé-trl — rad. télémètre). V. TÉLOMIÏTR1U.
TÉLÉMÉTRIQUE adj. (té-lé-mé-trj-ke — rad. télémétrie). V. télométrique.
TÉLÉNOME s. m. (té-lé-no-iue). Entom.
Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des proctotrupiens, tribu des platygastèrites, formé aux dépens des téléas.
TÉLÉOBRANCHE adj. (té-lé-o-bran-che — du gr. teleios , accompli , et de branchies). Ichthyol. Qui a des branchies complètes.
— s. m. pi. Ichthyol. Famille de poissons osseux, correspondant eu grande partie au groupe des pleetognathes.
TÉLÉOLOGIE s. f. (té-lé-o-lo-jî — du gr. telos, fin; logos, discours). Science des causes finales.
— Art de converser à de grandes distances.
— Encycl. Philos. Par ce mot téléologie , introduit depuis Kant dans la langue philosophique, on désigne l'ensemble des spéculations qui s'appliquent à la notion de but, de finalité considérée d'une manière abstraite et générale. On oppose en philosophie naturelle le domaine de la téléologie à celui du mécanisme. « Ou le mot de métaphysique ne signifie rien, dit M. Cournet, ou il doit servir ii désigner les spéculations qui, de tout temps, on; tourmenté l'esprit humain, à propos des trois fondamentales idées de substance , de force et de finalité; ce qui mène à distinguer dans la métaphysique, non pas précisément trois sections ou trois branches (comme s'il s'agissait d'un corps de doctrines scientifiquement constitué) , mais plutôt trois parties ou ti ois voix, l'ontologie, la dynamique transcendante, la téléologie, chacune répétant l'autre à sa manière, comme par un changement de clef ou une transposition de la note fondamentale. La première clef s'adapte mieux à l'ordre des faits matériels ou purement physiques, la troisième à l'ordre des faits biologiques; la seconde a le mérite de s'adapter également b en aux uns et aux autres. »
— La téléologie selon Kant. Kant ne donne aucune place k la téléologie dans la raison spéculative. Elle doit être exclue de la physique , car la physique ne connaît autre chose qu'une série, infinie île causes et d'effets. Mais elle ne saurait être baunje de notre esprit. Nous avons une faculté qui est impuissante à l'écarter, lorsque nous considérons les productions de la nature. A moins de renoncer à
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cette faculté, qui n'est pas moins réelle que la raison théorique et la raison pratique, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître la convenance finale dans la structure de l'œil, de l'organisme en général. Quand il s'applique au inonde inorganique , l'esprit est de plein droit et exclusivement mécaniste; mais la téléologie s'impose irrésistiblement à sa vue, dès qu'il s'agit d'anatomie et de physiologie.
L'antinomie du mécanisme, proclamé par la raison théorique,, et du finalisme, réclamé par le sens téléologique, n'est pas, selon Kant, insoluble. Il la résout par la subjectivité de l'espace et du temps. La téléologie n'est qu'une vue subjective des rapports des phénomènes, vue nécessaire sans doute, niais dont la nécessité est purement relative à notre constitution mentale. Non plus que le mécanisme, elle n'exprime l'essence même des choses. Pour la raison spéculative, comme pour le jugement téléologique, cette essence demeure inconnaissable. Les choses en soi ne sont pas dans le temps; il n'y a pas pour elles de succession, de durée. La cause et son etTet, selon le mécanisme ; la cause libre, le moyen et la fin qu'elle poursuit, selon la téléologie, se succèdent, c est-a-dire se distinguent dans le temps; mais le temps n'est qu'une forme à priori de l'intuition, une façon de concevoir les choses ; en soi et abstraction faite de ma pensée, la cause et l'effet du inécaniste, l'agent créateur, le moyen et le but du finaliste sont inséparables, simultanés, Supposez une intelligence qui ne soit pas liée,, comme la nôtre, aux formes à priori du temps et de l'espace, une intuition intellectuelle libre et absolue; cette intelligence apercevrait du même coup la cause, le moyen et la fin ; la fin se confondrait pour elle avec le principe; elle ne suivrait pas la cause efficiente,"lle lui serait immanente et s'identifierait avec elle.
Quels sont, selon Kant, les rapports de la téléologie et de la théologie naturelle? Il n'admet pas que la téléologie puisse prétendre à l'honneur de fonder une théologie. Voici comment il s'exprime à ce sujet en un passage fort digue d attention : « Il ne faut pas faire, dit-il, un si grand reproche aux anciens d'avoir conçu des dieux très-différents entre eux par leurs attributions et par leurs desseins, et de les avoir tous renfermés dans les bornes de notre condition, sans en excepter même le premier d'entre eux. Eu ellét, lorsqu'ils considéraient la disposition et la marche des choses dans la nature, ils se croyaient suffisamment autorisés à admettre comme cause de la nature quelque chose de plus qu'un pur mécanisme et à soupçonner derrière le mécanisme de ce monde des desseins de certaines causes supérieures qu'ils ne pouvaient concevoir que comme surhumaines. Mais, comme ils voyaient que dans le monde, aux yeux de l'homme du moins, le mal est mêlé au bien, le désordre à l'harmonie, et qu'ils ne pouvaient se permettre d'invoquer, en faveur de l'idée arbitraire d'une cause unique et souverainement parfaite, des fins sages et bienfaisantes dont ils ne trouvaient pas la preuve, ils ne pouvaient guère porter un autre jugement sur la cause suprême du monde, et iU suivaient en cela avec beaucoup de conséquence les maximes de l'usage purement théorique de la raison. D'autres, voulant être théologiens parce qu'ils étaient physiciens, pensèrent qu'ils satisferaient la raison en proposant pour remplir lu condition qu'elle exige, à savoir l'absolue unité du principe de la nature des choses, l'idée d'un être ou d'une substunce unique dont toutes les choses ensemble ne seraient que des déterminations. Selon eux, cet être ne serait pas la cause du monde par son intelligence ; mais il contiendrait, en tant que substance, toute l'intelligence des êtres du monde. Par conséquent, il ne produirait pas quelque chose suivant des fins, mais toutes les choses, en vertu de l'unité de la substance dont elles seraient de pures modifications, devraient nécessairement s'accorder entre elles dans cette substance, quoiqu'il n'y eût ni tin, ni dessein,,. Ce système, qui, considéré du côté des êtres du monde inhérents à cette substance, devint le panthéisme et, du côté de la substance unique, le spinozisme, annihilait beaucoup plus qu'il ne la résolvait la question du premier principe de la finalité de fa nature, en ne voyant dans ce dernier concept, qu'il privait de toute sa réalité, qu'une fausse interprétation du concept ontologique universel d'un être en général... La téléologie nous pousse, il est vrai, à chercher une théologie, mais elle n'en peut produire une, si loin que nous allions dans l'investigation empirique de la nature, et quand nous appellerions au secours de la liaison finale que nous y découvrons des idées de la raison. A quoi bon, demandera-t-on , donner pour principe à toutes ces dispositions un entendement que nous ne pouvons mesurer et qui ordonne ce monde suivant des tins, si la nature ne nous dit rien et ne peut rien nous dire de son but final? Car, si nous ne connaissons ce but, nous ne pouvons rapporter toutes ces lins de la nature à un point commun et nous former un principe téléologique qui nous suffise, soit pour réunir toutes ces tins ensemble en un système, soit pour nous faire de lintelligence suprême, considérée comme cause d'une semblab.e nature, un concept qui puisse servir de mesure au jugement dans sa réflexion téléologique sur celte nature. J'au-
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rais alors, il est vrai, une intelligence artiste pour des fins éparses, mais non point une sagesse pour un but final, et c'est pourtant dans ce but final qu'il faut chercher la raison déterminante de cette intelligence. Or, sans ce but final que la raison pure peut seule indiquer et qui m'Bpprendrait les attributs et le degré que je dois concevoir dans la cause suprême, le rapport que je dois établir entre elle et la nature, pour juger celle-ci comme un système téléologique, comment et de quel droit puis-je étendre k mon gré et compléter, au point d'en faire l'idée d'un être infini et tout sage, ce concept si borné d'une intelligence première, de la puissance et de la volonté qu'elle a de réaliser ses idées, etc., que je puis fonder sur ma faible connaissance du monde? Pour que cela fût théoriquement possible, il faudrait posséder l'omniscience, afin de pouvoir saisir dans leur ensemble les fins de la nature, et d'être capable,, en outre, de concevoir tous les autres plans possibles, en comparaison desquels le plan actuel devrait être jugé le meilleur. Car, sans cette connaissance complète de l'effet, je ne puis arriver à un concept déterminé de la cause suprême, lequel ne doit être cherché que dans celui d'une intelligence infinie sous tous ses rapports, c'est-à-dire dans celui de la divinité, et je ne puis donner un fondement à la théologie. Aussi, quelque extension que prenne la téléologie physique, nous devons nous borner à dire que, en vertu de la constitution et des principes de notre faculté de connaître, nous ne pouvons concevoir la nature, dans ces arrangements où nous trouvons de la finalité, que comme l'œuvre d'une intelligence à laquelle elle est subordonnée. Mais, quant à savoir si cette intelligence a conçu et produit le tout pour un but final, c'est ce que l'investigation théorique de la nature ne peut nous apprendre. Quelle que soit la connaissance que nous ayons de la nature, il est impossible de décider si cette cause suprême l'a produite en vue d'un but final ou si son intelligence n'a pas été déterminée à la production de certaines formes par la seule nécessité de sa nature (d'une manière analogue à ce que nous appelons chez les animaux un art instinctif) , sans qu'il faille lui attribuer pour cela la sagesse, et, à plus forte raison, une sagesse suprême et liée à tous les autres attributs nécessaires k la perfection de son œuvre. •
— La téléologie de Schelling. Dans le système de Schelling, quiestl'idéalismetranscendantal, la téléologie ne peut servir à démontrer un créateur antérieur et extérieur au monde, un créateur dont elle exprimerait les desseins, les intentions; elle manifeste une activité spontanée, inconsciente, instinctive. La nature, dit-il, n'est pas le produit d'une intelligence réfléchie et libre ; c'est un produit sans liberté, et c'est précisément parce qu'elle est un produit sans liberté qu'elle doit apparaître comme un produit conforme au but sans avoir été produit en vue d'un but. La nature n'est pas conforme au but, quant à la production, c'est-à-dire que, bien qu'elle porto en elle tous los caractères d'un produit conforme au but, elle n'est pas néanmoins originairement formée en vue d'un but; s'efforcer de l'expliquer ainsi, c'est lui enlever son caractère et ce qui la constitue nature. Ce que la nature a de particulier, c'est que dans son mécanisme, et bien qu'elle ne soit qu'un produit aveugle, elle est cependant conforme au but. En enlevant le mécanisme, on fait disparaître la nature elle-même. Le charme qui enveloppe, par exemple, la nature organique repose sur cette contradiction essentielle à la téléologie physique.
Cette contradiction, ajoute Schelling, d'après laquelle le produit est en même temps un produit aveugle, et cependant conforme au but, est absolument impossible à expliquer dans tout autre système que l'idéalisme transeendantal, puisque tout autre système nie ou la conformité des produits au but, ou le mécanisme dans leur production, et, par conséquent, doit détruire cette coïncidence. Si l'on admet que la matière se compose d'elle-même, en produits conformes au but, qui peut faire concevoir comment la matière et la notion du but se confondent dans les produits? Ou l'on attribue à la matière la réalité absolue, ce qui a lieu dans i'hylozoïsme, système qui n'a pas de sens en tant qu'il admet la matière comme intelligente; sinon, la matière doit être conçue comme le mode d'intuition d'une intelligence, de sorte que la notion du but et l'objet se confondent, non à proprement parler dans la matière, inuis dans l'intuition de cette intelligence, ce qui ramène alors I'hylozoïsme k l'idéalisme trunscendiuital ; nubien, si l'on admet la matière comme absolument inactive et que, dans ses produits, on fasse venir la conformité au but d'urie intelligence extérieure à elle, de manière que la notion de la conformité au but précède ta production, ou ne conçoit pas comment la notion et l'objet se pénètrent intimement, comment, en un mot, le produit est, non un produit de l'art, mais un produit de la nature. Car la différence qui existe entre le produit de l'art et celui de la nature consiste en ce que, dans le premier, la notion du but n'exprime que la surface de l'objet, tandis que, dans le second, elle a passé dans l'objet et en est inséparable.
— La téléologi* selon Hegel, La téléologie
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est, selon Hegel, un moment nécessaire do développement de l'idée et , k ce titre , figure parmi les catégories de la logique hégélienne. Cette logique se divise en science de l'être, science de l'essence et science de la notion. La science de la notion comprend la notion subjective, la notion objective et l'idée. Mécanisme, chimisme, téléologie forment les trois catégories, les trois degrés de développement de la notion objective. Le mécanisme et le chimisme sont ordinairement réunis et opposés, sous la dénomination générale de rapports mécaniques, aux rapports de finalité. Ce que le mécanisme et le chimisme ont de commun, dit Hegel, c'est qu'en eux, la notion n'existe qu'en soi, tandis qu'elle existe pour soi dans le but. Le but ou la finalité est la notion qui est arrivée à la limite extrême du monde objectif. Avec le cenlre naît dans l'objet mécanique la tendance à l'unité. Le chimisme réalise cette tendance par la fusion des objets; mais il est, lui aussi, plutôt une aspiration vers l'unité que l'unité véritable. Le phénomène chimique ne donne qu'un produit neutre, et lorsqu'il cesse, il ne saurait recommencer ou se rallumer (c'est l'expression même de Hegel) , ce qui prouve que le principe de son unité, ou, pour mieux dire, de l'unité de l'objet, est hors de lui et audessus de lui. Ce principe est le but. Vis-à-vis du but, les objets mécaniques et chimiques ne sont que des moyens, des moyens qui sont faits pour le but et dont celui-ci s'empare pour se réaliser.
Hegel et ses disciples n'admettent pas qu'on rattache en général la téléologie à la théologie, la finalité à un entendement et à une volonté absolus, ou à un être doué de ces attributs et qui serait séparé des choses dont il serait la fin ; en un mot, à un principe extramundanum. D'abord, disent-ils, en se représentant ainsi la finalité, on n'a pas la finalité, mais la finalité combinée avec des déterminations, l'entendement, la volonté, etc., qui n'appartiennent pas à cette sphère de la nolion. Et il ne faut pas oublier que la méthode consiste à saisir chaque idée k sa place, dans ses rapports et dans ses différences, et non à prendre et à mêler les idées au hasard, ou à y introduire arbitrairement des données expérimentales et psychologiques. Ainsi, en plaçant dans la finalité la volonté absolue, nonseulement on y introduit un élément étranger qui appartient à une autre sphère de la notion, ou qui est emprunté aux rapports de la Conscience et de la volonté finies , rapports qu'on transporte d'une manière vague, arbitraire et superficielle dans la finalité, mais on annule la finalité elle-même ; car si lu volonté absolue est l'arbitraire absolu, la volonté est ce qu'il y a de plus opposé à la finalité ; si c'est, nu contraire, une volonté rationnelle et immuable , une telle volonté agit d'après des fins, comme l'on dit; ce qui veut dire, en réalité, qu'elle agit d'après des idées et que, parmi ces idées, il y a la finalité; ou, pour parler avec plus de précision, que la finalité est une déterminabilité ou un moment, non de la volonté absolue, mais de l'absolue existence.
TÉLÉOLOGIQUE adj. (té-lé-o-lo-ji-ke — rad. téléologie). Qui a rapport à la science de3 causes finales.
— Qui a rapport à l'art de converser h do grandes distances : Appareil téléologiquu.
TÉLÉOLOGUE s. m. (té-lé-o-lo-ghe — rad.
téléologie). Instrument proposé pour converser à de grandes distances.
TÉLÉOiNTES ou TÉLENGOCTES, peuple de la Sibérie (Tomsk), dans l'Altaï, aux environs du lac Altyn. En 1609, ils rendirent hommage k l'empire russe pour la première fois ; ils ne devinrent réellement sujets de la Russie que vers le milieu du dernier siècle. La plus grande partie des Téléontes resta avec les Kalmouks ; leur nombre ne monta qu'à 500 mâles. Une partie de ce petit peuple professe la religion chrétienne, une autre le mahométisme et une troisième le lamisme ; cela ne les empêche point de vivre en bonne intelligence entre eux. Depuis un petit nombre d'années, ils sont devenus bons cultivateurs, suns cesser d'être de très-habiles chasseurs ; aussi ne payent-ils leur redevance, qu'ils portent k la ville de Kouznetzk, qu'en fourrures. Ils partagent l'année en année d'été et année d'hiver; Ta première commence à la fonte des glaces sur les rivières et l'année d'hiver k la première chute des neiges.
TÉLÉOPODE adj. (té-lé-o-po-de — du gr.
teleios, accompli ; pous, pied). Ornith. Qui a des pieds complets.
TÉLÉOSAURE s. m. (té-lé-o-sô-re — du gr. teleios, accompli; sauros, lézard), Erpét. Genre de reptiles tossiles, du groupe des crocodiliens : Les témosaures ressemblent anatomiquement aux crocodiles; ils habitaient les rivages de la mer et la mer elle-même. (L. Figuier.)
TÉLÉOSTÉEN, ÉENNE adj. (té-lé-o-stéain, e-è-ne — du gr. teleios, accompli; osteon, os). Ichthyol. Se dit des poissons dont le squelette est complètement osseux.
— s. m. pi. Sous-classe de poissons osseux, comprenant ceux, dout le squelette est complètement ossifié.
— Encycl. Les téléosléens sont caractérisés par leur squelette complètement ossifié, par leurs écailles cornées et imbriquées, sans
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émail, & bord postérieur arrondi; parleurs branchies portées sur des arcs osseux, toujours protégées par un opercule et par des rayons branehiostéges ; leur bulbe .ionique n'a constamment que deux valvules et leurs nerfs optiques s'entre-croisent.
Les téléosléens manquent à toutes les premières périodes géologiques et ne commencent à apparaître qu'avec l'époque crétacée. Ils comprennent plusieurs ordres :
Les cténoïdes, poissons acanthoptérygiens, à écailles en peigne, rudes ;
Les pleuronectes, poissons cténoïdes malacoptérygiens, à tète non symétrique ;
Les cycloïdes acanthoptérygiens, à écailles rondes ou simplement sinueuses, -lisses, a rayons antérieurs de la dorsale épineux ;
Les cycloïdes malacoptérygiens, différant des précédents par leurs rayons dorsaux mous ;
Les siluroïdes, poissons malacoptérygiens abdominaux , sans écailles , à peau nue ou cuirassée, le suspenseur de la mâchoire inférieure plus simple, à mâchoires et branchies normales ;
Les pleotognathes, poissons revêtus d'une peau dure ou de plaques, branchies normales, opercule caché sous les téguments, maxillaire supérieur fixé à l'intermaxillaire et rudimentaire ;
Les lophobranches, poissons à mâchoires normales, à corps cuirassé, à branchies sous la forme de houppes rondes, disposes par paires.
Cette classification est celle qui est admise par Pictet.
TÉLÉOZOME s, m, (té-lé-o-zo-me — du gr. teleios, accompli ; zôma, cuirasse). Bot. Syn, de cératoptéris, genre de fougères.
TÉLÈPHE s- m. (té-lè-fe). Bot. Genre de plantes, de la famille des paronychiées, type de la tribu des téléphiées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans la région méditerranéenne et au Cap de Bonne-Espérance : Le téléphk rampant est une petite plante aux tiges étalées sur te sol. (Th. de Berneaud.)
— Encycl. Les télèphes sont de petites plantes rampantes, à tiges couchées, à feuilles glauques, munies de stipules, à fleurs groupées en corymbes terminaux. Les espèces peu nombreuses de ce genre croissent dans la région méditerranéenne et au Cap de Bonne-Espérance. Le télèphe d'Imperati, espèce type , vulgairement nommé pourpier sauvage, a des feuilles alternes, ovales arrondies, glauques, à petites fleurs blanches groupées en bouquets terminaux. Il est commun dans le midi de l'Europe et croit dans les lieux secs, pierreux et sur les coteaux arides. Le télèphe à feuilles opposées se trouve sur les côtes de la Barbarie. Ces plantes, dépourvues de toute utilité médicale ou économique, sont rarement cultivées dans les jardins d'agrément; elles demandent une exposition chaude; on les propage facilement de graines semées en place, et elles se ressèment ensuite d'elles-mêmes.
TÉLÈPHE, fils d'Hercule et d'Auge, fille d'Aléus, roi d'Arcadie. Exposé dans les bois aussitôt après Sa naissance, il y fut nourri par une biche. Le berger qui le trouva le confia à Teuthras, roi de Mysie, qui lui donna le nom de Télèphe, au rapport de Diodore de Sicile (liv. V). Télephe succéda à Teuthras et voulut s'opposer au passage des Grecs, lorsqu'ils allaient au siège de Troie. Achille le blessa à la cuisse sur les bords du Caïque et lui fit une plaie dont il souffrit si longtemps qu'on la regarda comme incurable. L'oracle consulté répondit qu'il ne pourrait être guéri que par une blessure faite au même endroit par la même lance. On a expliqué de plusieurs "façons différentes le sens de cet oracle, et toujours d'une façon peu plausible; peutêtre fallait-il n'y pas voir tant de mystère et le chercher dans l'ordre naturel, qui était que, cette plaie ayant été fermée trop tôt, il fallait la rouvrir. Quoi qu'il en soit, Ulysse, voulant attirer Télèphe dans le parti «les Grecs, lui envoya de la rouille du fer de la lance d'Achille pour l'appliquer sur la plaie. Le prince mysien, après sa guérison, passa par reconnaissance dans les rangs des Hellènes.
Téièpbe, tragédie lyrique en cinq actes, précédée d'un prologue, paroles de Danehet, musique de Campra ; représentée à l'Académie royale de musique le 28 novembre 1713. Le prologue , qui a pour sujet l'apothéose d'Hercule, renferme deux beaux chœurs :
Qu'il soit adoré des mortels, et Protecteur des vertus, il punit les forfaits. Le sujet de la pièce est assez intéressant. Télèphe, guerrier inconnu, a combattu victorieusement les ennemis d'Eurite, roi de Mysie. Se livrant à la recherche d'Isménie , princesse qa'il aime passionnément, mais dont on ignore la destinée, il s'expose aux aventures les plus hasardeuses ; il s'abandonne au désespoir et s'expose à la mort; mais sa bravoure en fait le héros de la Mysie, le rend redoutable au roi même qui lui doit la conservation de son trône. En outre, il est aimé d'Arsinoé, sœur du roi. Eurito. pour s'emparer d" trône de Mysie, a. tué de sa main le vieu* t' Teutluas, père d'Isménie. Il a fait élever cette jeune princesse en secret et se dispose à l'cpo^er, lorsque Télèphe retrouve en elie sa maîtresse et devient le rival d'Eurite. Le peuple de Mysie épouse le j.arti de'Télèj he. lui-
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rite est immolé dans le temple d'Hercule, à l'endroit même où il a donné la mort à son prédécesseur; Arsinoé se tue de désespoir; Isménie est proclamée reine de Mysie et s'assied sur le trône avec Télèphe.
La partition renferme des morceaux fort intéressants. Dans le premier acte, nous signalerons les couplets des bergers : On voit encore des cœurs fidèles; le grand air du roi : Tout m'épouvante, hélas { Que mon sort est à plaindre) dans le deuxième acte, le duo d'Isménie et de Télèphe : Ah! qu'après des maux douloureux; l'air d'Arsinoé : Unique espoir des cœurs jaloux; celui de Télèphe : Ah! c'est à toi d'être alarmé, dont l'accompagnement a du mouvement et de l'expression; dans le troisième acte, un beau chœur des peuples de 1a Mysie : Digne sang de nos rois, et les a'irs de danse, les passe pieds, etc. Dans le quatrième acte, nous ne trouvons à signaler que le chœur : Régnez dans ces climats, héros victorieux. On ne peut nier que! Campra ait tiré un parti puissant des ressources que lui offrait l'état de l'art français à l'époque où il a écrit ses ouvrages. Les voix ne sont accompagnées que par des violons et des basses à deux et trois parties. L'emploi des flûtes, hautbois, bassons et trompettes est rare et réservé la plupart du temps aux intermèdes de danse. Les partitions de Campra sont généralement bien écrites pour les voix, et la sonorité de ses chœurs est excellente. Les principaux artistes qui interprétèrent celte tragédie lyrique furent Hardouin , Thévenard, Cochereau, Le Mire,Dun, Pélissier, et Mlles Poussin, Journet, Pestel, Aubert, Antier, etc.
TÉLÉPHIÉ, ÉE adj. (té-lé-fi-é — rad. télèphe). Bot. Qui ressembla ou qui se rapporte au télèphe.
— s. f. pi. Tribu de la famille des paronychiées, ayant pour type le genre télèphe.
TÉLÉPHIEN, IENNE adj. (té-lé-fi-ain, i-ène — du nom de Télèphe, qui reçut à la cuisse une blessure dont il résulta un ulcère malin). AnC pathol. Se disait d'un ulcère de nature inaligne : Ulcère téléphien.
TÉLÉPHONE s. m. (té-lé-fo-ne — du gr.
tête, loin; pkônê, voix). Instrument proposé pour converser à, de grandes distances ; Cet instrument, que M. Sudre aappelé téléphone, est, sans aucun doute, le plus puissant qu'on ait jamais inventé. (L. Figuier.)
— Ornith. Syn. de lanielle.
TÉLÉPHONIE s. f. (té-lé-fo-nî — du gr.
tête, loin; p/ionè , voix). Art de communiquer, au moyeu du son , à de grandes distances : La téléphonie ou télégraphie musicale a pour objet d'établir une correspondance entre deux personnes éloignées, au moyen de la combinaison de quelques sons faciles à reconnaître. (L. Figuier.)
— Encycl. V. TÉLÉGRAPHIA.
TÉLÉPHONIQUE adj. (té-lé-fo-ni-ke — rad.
téléphonie). Qui a' rapport à la téléphonie : Signaux téléphoniques. La commission déclara que le système téléphonique pouvait être fort utile à la marine. {L. Figuier.)
TÉLÉPHORE s. m. (té-lé-fo-re — du gr.
tête, loin ;phoros, qui porte). Entoin. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des malacodermes, tribu des lampyredés, comprenant plus de deux cents espèces, répandues sur tous les points du globe : On trouve les larves de téléphores dans le sable ou la terre humide. (Chevrolat.)
— s. f. Bot. Genre de champignons, voisin des hydnes.
— Encycl. Ce genre, établi par Schseffer, a été adopté par begier, Olivier et Latreille. Les téléphores ont le corps allongé, un peu déprimé, mou. On les trouve en grande quantité, pendant le printemps, sur toutes sortes de végétaux. Ils se nourrissent d'insectes et sont tellement carnassiers, qu'on a vu des femelles terrasser leur mâle et lui ronger le ventre et les parties charnues du cou. L'accouplement a lieu sur les plantes peu de temps après la métamorphose. Pour cet acte, le mâle se place sur le dos de la femelle, mais il a soin de choisir un mpment favorable et d'user de précautions pour ne pas être dévoré. On trouve les larves dans le sable ou ta terre humide. Olivier pensait qu'elles se nourrissaient de racines; mais d'après des observations récentes on sait qu'elles sont exclusivement carnassières. Degier dit positivement qu'elles vivent de vers do terre à défaut d'individus de leur espèce. Ce même auteur a été témoin en Suède d'un phénomène qu'il est intéressant de rapporter. Il aperçut au milieu de la neige une grande quantité d'insectes, de vers et de larves de téléphores. Il ne put douter que tous ees êtres ne fussent tombés avec la neige, et comme les larves, qui vivent dans la terre, ne pouvaient se porter à sa surface dans une saison où elle était gelés à plus de 3 pieds de profondeur, il chercha a expliquer la cause de ce fait. Ayant remarqué que la présence de ces insectes coïncidait avec un ouragan violent qui avait déraciné plusieurs arbres, il pensa que ces insectes avaient été enlevés avec la terre des racines et portés au loin par le vent. Cette explication, quoiqu'un peu compliquée, paraît être admise généralement aujourd'hui. Cependant M. Blanchard attribue l'apparition de ces insectes a la nécessité où ils sont, lorsque la neige couvre la
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. terre, de venir chercher a la surface du sol l'air qui leur manque. On décrit près de deux centeinquante espèces de téléphores, qui sont répandues dans toutes les contrées du globe, mais ont surtout été observées en Europe et en Amérique. Parmi les espèces qui se trou- ! vent assez communément dans une grande ! partie de l'Europe et qui ne sont pas rares aux environs de Paris, nous citerons seulement : l" le telephorus fuscus, ponctué, pubescent et d'un noir grisâtre ; 2° le telephorus dispar, noir avec la tête rouge, présentant une tache noire sur le vertex ; 3° le telephorus lividus et nigricans.
TÉLÉPHOROÏDE s. m. (té-lé-fo-ro-i-de — de téléphore, et du gr. eidos, aspect). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des malacodermes, tribu des lampyrides, comprenant plus de quarante espèces, qui habitent l'Amérique.
TÉLEBPÉTON s. m. (té-lèr-pé-ton — du gr. telos, limite; erpeton , reptile). Erpét. Genre de reptiles fossiles, que l'on hésite à classer parmi les batraciens ou les sauriens.
— Encycl. On ne connaît que des portions postérieures du squelette de ces reptiles ; ils semblent, comme les labyrinthodontes, former une transition entre les batraciens et les sauriens. On les a découverts dans les couches dèvoniennes du Morayshire. On n'a jusqu'à présent trouvé que des colonnes épinières, depuis le milieu de la région dorsale jusqu'à la queue, en connexion avec des membres postérieurs incomplets; une trace confuse decrâne, un fragmenttrès-mal conservé de mâchoire inférieure et de petites dents coniques et polies. Les Vertèbres ont les arcs nervaux des salamandres ; les caudales possèdent de très-longues apophyses. Les côtes sont minces , non distinctement attachées avec la colonne épinière et notablement plus longues que dans les batraciens. Le bassin est subquadrangulaire; le fémur a un trochanler assez marqué; le tibia et le péroné Sont séparés, les doigts inconnus. La seule espèce connue est le télerpéton etginense, trouvé près d'Elgin,. dans le Morayshire.
TÉLÉRYTHRINE s. f. ( té-lé-ri-tri-ne ).
Chiin. Produit d'altération de l'éther éthyiorsellique.
TÉLESCOPE s. m. (té-lè-sko-pe — du gr.
têle, loin ; skopeô, j'examine). Physiq. Nom donné anciennement à tout instrument destiné à l'observation des objets que leur grand éloignement rend invisibles ou indistincts à
TELE
la vue simple, et réservé aujourd'hui a ceux de ces instruments qui sont fondés sur la propriété des miroirs : Mètitts , artisan hollandais, forma le premier télescope; Galilée en expliqua le mécanisme. (Thomas.) Le tblëscopb est l'auteur de l'astronomie. ( H. Taine.) A l'aide du télkscope, on reconnaît que les nébuleuses ne sont que des agglomérations de points brillants. (A. Maury.)
— Fig. Moyen puissant d'observation : Ce ne sont pas des lunettes, c'est un télescope qu'il faut à l'homme d'Etat. (Ferrard.)
En fait d'amour, le cœur d'un favori des Muses Est un astre vers qui l'entendement humain Dresserait ici-bas son télescope en vain.
PlRON.
— Poétiq. Yeux du limaçon, qui sont portés sur un long pédoncule, et qu'il braque comme un télescope :
Ce reptile gluant qui porte fia maison, Qu'avilît l'ignorant, qu'admire la raison, Et dont le double étui par degrés développe Ou referme à son gré son double télescope...
Deullb.
— Ichthyol, Nom vulgaire d'un poisson du genre pomatome.
— Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, intermédiaire entre les cérithes et les troques.
— Encycl. Physiq. On a d'abord donné le nom de télescope aux grandes lunettes astronomiques et aux appareils à. réflexion destinés à observer le ciel. On a ensuite distingué entre les télescopes dioptriques, qui sont les lunettes, et les télescopes catoptriques, qui sont les télescopes proprement dits. On réserve aujourd'hui spécialement le nom de télescope aux appareils à réflexion destinés à aider la vue. Un objet éloigné AB, placé en avant d'un miroir sphérique, donne lieu à une image ab , renversée, que l'on peut observer avec un oculaire grossissant. Tel est le principe du télescope. Mais la difficulté pour l'observateur était de se placer convenablement pour regarder l'iinag.! sans arrêter les rayons lumineux émanés de l'objet dans leur marche vers le miroir. C'est dans les divers procédés employés pour tourner cette difficulté que les télescopes différent les uns des autres.
— Télescope de Grégory. Grégory, qui construisit en 1663 le premier télescope à réflexion, laissait dans l'axe du grand miroir une petite ouverture circulaire et disposait
Fla.l.
en avant de l'image ab, du côté de l'objet, un petit miroir destiné à renvoyer, par une seconde réflexion, les rayons lumineux vers l'ouverture dont nous venons de parler. Il se formait ainsi en dehors du grand miroir une
seconde image a'b', que l'on pouvait observer avec uns loupe oo. Il est à remarquer que cette image a'b' se trouvait droite, c'est-àdire tournée comme l'objet.
Fis. a.
Newlon imagina peu de temps après (1666) une autre disposition qui présente les mêmes inconvénients sans avoir les mêmes avantages. Mais.il paraît qu'il n'avait pas eu con-
naissance de la découverte de Grégory. 11 disposa, entre le lieu où aurait dû se former l'image ab et le grand miroir sphérique, un petit miroir plan mm, incliné à 45° sur l'axe
Fi-. 3.
de l'instrument et destiné à renvoyer vers l'oculaire oo, placé sur le côté du tube, les rayons déjà réfléchis par le grand miroir. L'imago ai, devenue virtuelle, se trouvait ainsi remplacés par une autre a'b' symétriquement
placée par rapport ou plan mm. C'est cette image a'b' qu'on examinait à la loupe.
Herschel, qui aie plusperfectionné la télescopie et qui se préoccupait surtout d'obtenir le grossissement le plus considérable pos--i-
TELE
ble, voulut éviter l'inutile dépenliti ni de lumière produite par la seconde réflexion. Pour cela, il inclina un peu l'axe du miroir par rap-
TELE
jjort à l'use du tube, de façon à renvoyer l'image près du bord de ce tube et à son ouverture extérieure, où l'observateur devait se
placer. La tête de l'observateur gênait bien un peu l'arrivée de la lumière, mais les rayons interceptés n'étaient plus ceux qui , devant aller rencontrer en son centre la calotte sphérique du miroir, auraient précisément le plus contribué à donner une image bien nette.
Les télescopes d'Herschel sont célèbres. Le plus grand qu'il ait fait construire était formé d'un miroir de 111,47 de diamètre, ayant une distance focale de 12 mètres. Le grossissement allait jusqu'à 6,000. L'appareil entier était extrêmement lourd (le miroir à lui seul pesait plus de 1,000 kilogrammes); aussi avait-il fallu pour le manœuvrer établir un immense échafaudage de mats, de poulies et de cordages. Le tout, instrument et support, était monté sur des roulettes, de façon a permettre de choisir à volonté l'orientation. Un balcon, auquel on arrivait par un escalier, était suspendu à l'extrémité supérieure du tuyau, et c'est sur ce balcon que se portait l'observateur.
En 1846 , lord Ross a fait construire en Angleterre, pour son parc de Parsontown, un télescope plus gigantesque encore, avec lequel il a fait ses belles observations sur la nébuleuse d'Orion, sur la chaleur lunaire, etc. Cet instrument, le plus grand qui ait été construit et qu'on appelle le Léviathan, a 16m,60 de longueur et un miroir de 10,82 d'ouverture ; son poids total est de 10,415 kilogrammes. Un autre télescope, moins grand, mais plus parfait, est celui que la Société royale de Londres a fait construire en 1S69 pour l'observatoire de Melbourne. Son miroir métallique a 111,22 de diamètre, son poids total est de 8,240 kilogrammes. L'œil se place à la culasse et non à l'ouverture supérieure. Le petit miroir réflecteur est situé hors du tube dans une gaine qui lui fait suite et qui n'est qu'un simple treillis de fer.
C'est Léon Foucault qui a eu l'idée de substituer aux miroirs métalliques employés jusque-là dans les télescopes des miroirs en verre argenté de forme parabolique. Le premier télescope dans lequel on ait adopté ce système est le télescope rie om,80 de diamètre, construit par Foucault en 1862, et que possède l'observatoire de Marseille.
Jusqu'en 1875, l'Observatoire de Paris n'a pas eu de télescope puissant. Depuis le mois d'août de cette année, cet établissement possède un des plus beaux télescopes qui existent aujourd'hui. Cet instrument, construit avec une raie perfection par MM. Lichens et Martin, possède un miroir du système Foucault. Nous en empruntons la description à M. H. de Parville.
« Le télescope est installé à peu près au milieu du jardin de l'Observatoire, un peu au delà de la terrasse, dans un petit bâtiment qui a toute l'apparence d'une gare de chemin de fer ; tout autour, en effet, des rails se croisent et l'on remarque des changements de voie. Le bâtiment en planches mesure environ 10 mètres de hauteur sur 8 de largeur. De près, on s'aperçoit qu'il est supporté par des roues, comme un wagon. Il peut rouler sur les rails et se déplacer soit vers le sud, soit vers le nord. On le contourne ; sur sa face sud, on voit une grande porte à plusieurs pans qui peuvent se replier comme les faces d'un paravent. L'impression du visiteur est très-singulière. Sous cet immense abri roulant se dresse le télescope, immuable sur son piédestal de pierre. Mais quel télescope ! Estce même un télescope ? Est-ce là un instrument astronomique? Nous sommes si habitués à voir en astronomie des instruments à forme délicate, que l'aspect de celui-ci est bien fait pour induire en erreur. En pénétrant sous l'abri, on croirait plutôt entrer dans la chambre d'une de ces gigantesques machines qui font mouvoir maintenant nos paquebots. On croit voir les bielles et les manivelles, les énormes tourillons des machines de bateau. Des masses de fer t'urgé s'élèvent à 9 mètres au-dessus du sol, à la hauteur d'un troisième étage; tout cela est énorme, massif, écrasant. L œil étonné contemple l'immense tube de im,20 de diamètre et 7 mètres de longueur qui, perché sur ses tourillons, parait suspendu sur la tête du visiteur comme un lourd canon de marine. C'est absolument de la grosse mécanique, et cependant c'est de la mécanique d'une précision incomparable, s Le tube, qui menace d'écraser la tête du visiteur, est en fer forgé; il a 7»' ,30 de longueur et pèse 2,200 kilogrammes. Le miroir d'un bout, l'oculaire et le chercheur de l'autre, plus un contre-poids nécessaire k l'équilibre du 'système, pèsent, en outre, 800 kilogrammes. L'axe du monde, le support qui se dresse obliquement clans l'air , à la façon d'une grosse bielle de machine à vapeur, peso 2,600 kilogrammes. Il faut joindre à ce poids celui de 1 axe transversal qui maintient fixe
sur ce support, k la hauteur de 8 mètres environ, l'immense tube ; le poids des tourillons, puis les contre-poids, puis les pièces accessoires : total, à peu près, 20,000 kilogrammes, 20 tonnes. Pour monter l'instrument, il a fallu établir tout un système de levage comme pour monter nos plus grosses machines.
• Ce n'est pas tout, et voilà où est le merveilleux de cette construction : il faut que le tube se déplace automatiquement et suive l'astre dans son mouvement; sinon, impossible d'observer. Ceux qui ont mis l'œil dans une forte lunette astronomique savent qu'à peine si l'on a pu apercevoir une étoile, elle n'y est déjà plus ; le mouvement de rotation de la terre l'a emportée hors de l'instrument.
11 faut donc que l'immense tube tourne et suive l'astre au fur et à mesure qu'il fuit. Eh bien, il n'y a qu'une horloge qui puisse imprimer au télescope un mouvement de rotation uniforme qui maintienne l'astre dans le champ de vision. C'est en effet une horloge qui sert de moteur à cette masse de plusieurs tonnes. Une horloge, par un mécanisme admirable, communique le mouvement au grand tube qui avance dans l'espace comme une aiguille sur un cadran de montre : un cadran de 15 mètres de diamètre, une aiguille de plus de
12 tonnes.
» Tout ce système est si bien équilibré, rendu si complètement docile, qu'avec le bout du doigt posé sur une manette nous avons pu faire tourner cette grande aiguille monstre. C'est un chef-d'œuvre de montage et d'ajustage. L'oculaire est placé à la bouche de l'instrument et est mobile autour pour être plus à la main de l'astronome ; il est juché à 8 mètres de hauteur. Comment aller placer , l'œil à cette hauteur? Un escalier en fonte, très-élégant dans sa spirale montante, est installé sur une plate-forme roulante. L'astronome gravit les marches et peut regarder à l'aise du haut de cette tour mobile. L'escalier peut tourner autour de son axe et l'astronome tourner par conséquent autour de la bouche du télescope.
1 Quand on veut se servir de l'instrument, on déplace la cage; elle roule sur les rails. Le télescope est a découvert. On pousse l'escalier en avant sur des rails perpendiculaires aux premiers. Mais l'escalier devant tourner autour du télescope, il faut qu'il pénètre sur des rails circulaires. A l'aide d'un petit treuil, on opère un changement de voie ; des roues nouvelles fixées sous la plate-forme descendent de façon à s'appuyer sur les rails circulaires; les anciennes roues sont soulevées et cet escalier wagon s'engage sans difficulté sur son chemin courbe. Trois hommes de manœuvre feront le service du télescope et pousseront l'escalier ; car, de quart «l'heure en quart d'heure, le grand tube aura assez tourné pour que l'astronome se soit éloigné de son instrument au point d'être gêné dans son observation. Cet escalier type sort des ateliers de la compagnie de Lyon.
• La puissance du nouvel instrument permettrait d obtenir un grossissement de 2,400 diamètres. Ou verrait la lune à 30 lieues de la terre; mais la vision serait trouble. On adoptera sans doute le grossissement de 500 diamètres; on ira jusqu'à 1,200 grossissements. Avec le grossissement le plus faible, 200 fois, on ne voit plus du ciel qne 12 minutes d'arc, c'est-à-dire moitié moins de la moitié du diamètre de la lune; avec 2,400 grossissements, on ne verrait plus qu'une minute.
» Le miroir de in>,20 n'est pas métallique comme celui du magnifique instrument que la Société royale de Londres a fait construire pour l'observatoire de Melbourne; il est du système Foucault, en verre argenté. Le miroir en verre nous parait présenter des avantages sur le miroir métallique;. Son poli est plus parfait, sa forme parabolique plus certaine, il réfléchit une plus grande quantité de rayons. Il est beaucoup plus léger et réduit le poids de la construction ; en cas d'usure, on peut reargenter sa surface et refaire son poli sans altérer ses qualités optiques. Avec le miroir métallique, les difficultés sont énormes ; pendant le transport du grand télescope de Melbourne, le miroir fut dépoli ; on n'a encore pu, malgré tous les essais de polissage, lui rendre, depuis 1869 , ses qualités premières.
• On concevra toute la difficulté que présente la construction d'un pareil instrument quand nous aurons dit qu'une erreur de 0m,003 ou 0m,004 sur la longueur focale du miroir, une erreur aussi petite dans la confection du grand tube en fer forgé, une flexion aussi insignifiante dans des pièces aussi pesantes que le télescope et les axes d'appui, auraient rendu tant d'efforts absolument nuls. Il eût fallu tout recommencer.
» Jusqu'au piédestal, aux fondations qui ne devaient pas bouger. Depuis quatre ans que
TELE
Ja pierre est en place, le tassement a été nul. En un mot, tout a réussi à souhait et notre Observatoire possède enfin un instrument digne de la France. Ce télescope n'a coûté que 200,000 francs. •
TÉLESCOPHTHALME adj. (té-lè-sko-ftalme — de télescope, et du gr. ophthalmos, œil). Ornith. Se dit d'un gobe-mouches dont l'œil est entouré d'un cercle membraneux.
TÉLESCOP1FORME adj. (té-lè-sko-pi-forme — de télescope, et de forme). Qui a la forme d'iyi télescope.
— Entom. Tarière télescopi forme, Tarière d'insecte qui se replie et se développe comme les tubes d'une lunette.
TÉLESCOPIQUE adj. (té-lè-sko-pi-ke — rad. télescope). Eait à l'aide du télescope : Observations télescopiques. Visita tklescopique.
— Qui n'est visible qu'à l'aide du télescope : Etoile, planète télescopique. Les planètes télescopiques, Vesta, Juiiun, Cérès et Pallas, forment une sorte de groupe intermédiaire. (Hutnboldt.) La seconde comète télescopiQUK fut découverte au milieu du mois de mars. (L, Figuier.)
TÉLÉSIE s. f. (té-lé-zt — du gr. telesios, accompli). Miner. Nom donné par Haùy au rubis, au saphir et à la topaze d'Orient, qu'il considérait comme les trois pierres les plus précieuses.
TELESILLE, femme poète et héroïne grecque, née k Argos vers 577 avant notre ère. Elle s'était rendue célèbre par des poésies, lorsque le roi de Sparte, Cléoinène, après avoir vaincu les 'Argieus près de Tirynthe, marcha sur Argos pour s'en emparer. La ville, sans défenseurs, ne paraissait pas pouvoir lui résister. C'est alors que Télésille, puisantdans son patriotisme une audace toute virile , résolut de résister au vainqueur. Ayant rassemblé les esclaves et tous ceux que leur jeunesse ou leur âge avancé rendaient incapables de porter les armes, elle les lit monter sur les murs. Ayant ensuite rainasse tout ce qui restait u'armes dans les maisons et celles que renfermaient les temples, elle les lit prendre aux femmes qui étaient dans la force de l'âge et rangea celles-ci en bataille à l'endroit par où elle savait que les ennemis devaient arriver. Les Lacédémoniens s'étunt présentés , elles ne s'effrayèrent point de leur cri de guerre et soutinrent le choc avec la plus grande valeur. Alors les Lacédémoniens, considérant qu'une victoire remportée sur des femmes serait peu honorable pour eux, prirent le parti de se retirer. Ce combat, rapporte Pausauias, avait été prédit pur un oracle qu'Hérodote rapporte, soit que le sens lui eu tut connu, soit qu'il l'ait ignoré. « Lorsque les femmes victorieuses auront repoussé les hommes et auront rempli Argos de leur gloire, alors beaucoup d'Argicnnes, de douleur, se déchireront les joues. » Voilà ce que dit cet oracle relativement à cet exploit des femmes. Pour rappeler l'héroïsme de Télésille, ses concitoyens lui élevèrent après sa mort un monument devant le temple de Vénus. D'après Pausauias, qui vit et qui décrit ce monument, on y avait représente Télésille. Ses livres étaient épars à &es pieds et elle tenait à la main un casque qu'elle regardait comme pour le mettre sur sa tête. Les poésies lyriques de l'héroïne, qui n'étaient pas perçues encore du temps de Pausauias, devaient être, selon toute apparence, des hymnes patriotiques plutôt que des odes amoureuses à la manière de Sapho. De toutes les poésies qui élevèrent si haut la gloire poétique de Télésille, il ne nous reste que quelques fragments, publiés dans le Carmiaa nooeui poeturum fceminarum (Hambourg, 1734, in-4°J, et dont l'authenticité même n'est pas parfaitement reconnue de tous les critiques.
TELESIO (Antoine), en latin Ttleaiua, érudit et philologue italien, ne à Cosenza en 1482, mort dans la même ville eu 1534, issu d'une famille noble, il reçut une éducation brillante et fut initié k l'étude des classiques | par le savant Tadileo Acciaiini, Pendant un voyage qu'il lit eu Italie, il s'arrêta à Milan, où il fut chargé de professer les littératures grecque et lutine au eodége des nobles. Obligé par l'invasion française de 1524 de quitierceite ville, il s'etabiit a Rome, y trouva uu protecteur dans le cardinal Giberti, fut pourvu de divers bénénees-et reçut la chaire de poésie latine au collège romain. Apres le sac de cette ville (1527), il passa à Venise, y resta deux ans et retourna dans sa ville natale, ou il termina sa vie. Telesio était lié avec Jérôme Vida, Paul Jove et autres savants. Il a laissé quelques écrits où l'on remarque l'élégante facilité des érudits de la Renaissance. Les principaux sont : Poemata varia (Rome, 1524) ; te coronis apud antiquvs (Rome, 1525); De cotortbus (Venise, 1528); lmtier uurcus, tragédie (Nuremberg, 1539); Jdyllia (Bàl«, 1545), contenant sept poèmes, etc. Dauiele a publie une édition de ses Œuures complètes (N.iples, 1762, in-40)..
TELESIO (Bernardino), érudit et philosophe italien, neveu du précédent, né à Cosenza en 1509, mort dans cette ville en 1588. Après avoir étudié sous la direction de sou oncle, alors professeur au collège des nobles à Milan, il avait si bonne renommée de savoir, malgré sa icunesse, que l'empereur
TELE
Charles-Quint voulut faire de lui le précepteur de l'infant don Philippe. Bernardino aima mieux suivre son oncle à Rome, ou il resta jusqu'à l'époque du sac, pendant lequel il perdit tous ses biens et fut jeté en prison. Trop heureux d'en être sorti au bout de deux mois, il alla étudier à Padoue. La philosophie et les mathématiques lui inspirèrent d'abord un égal enthousiasme. Mais l'horreur qu'il ne- tarda pas à manifester pour lu scolastique, abritée sous le manteau d'Aristote le jeta bientôt tout entier dans les discussions de la métaphysique et de la dialectique. Comme Ramus et comme presque tous les antipéripateticiens de la Renaissance, Tolesio ne distingua pas le vrai du faux Aristote ; il confondit le péripatétisme du maître et celui de l'école et finit, avec l'emportement fougueux que les philosophes du temps mettaient dans leur haine et dans leur admiration, par s'attaquer à la personne même d'Aristote; il lui reprocha d'être obscur, d'être pédant, d'avoir pillé Platon et ses prédécesseurs. C est au milieu de cette violente exaltation contre Aristote qu'il subit ses examens de docteur en philosophie (1535); puis, las de querelles, il alla vivre à Rome avec quelques érudits illustres. Après avoir professé la philosophie naturelle à Naples, inquiété par le clergé, il se retira dans sa ville natale, où Parrasio, l'ami et l'ancien condisciple de son oncle, avait fondé une académie libre ; Telesio en fut le second fondateur, et il lui communiqua tant de vie et une ardeur si nouvelle qu'elle prit le nom à'Actidemia Telesiana. Les dernières années de Telesio furent accablées d'afflictions et de malheurs; ses ennemis le persécutèrent jusqu'à sa mort et ne lui laissèrent pas un jour de répit. 11 mourut presque hébété par les chagrins. Il laissait plusieurs ouvrages publies pour la plupart pendant son professorat à Naples. Le plus important est intitulé : De nalura rerumjaxta propria principia (Rome, 1565;2eédit., Naples, 1570). Ce grand ouvrage contient les principes originaux de la philosophie de Telesio; ils sont complétés par quelques petits traités : De mari (1570) ; De. his gui in aère fiunt et de terris motibus (1570) ; De colorum generatione (1570), et par un recueil d'autres opuscules physiques, physiologiques et métaphysiques qui fut publié à Venise après sa mort en 1590 et où se trouvent des dissertations De cometis et lacteo circula; De iride; De usu respiraiionis ; De somuo, guod animal universum ab unica anims suljstunlia gubernatur, etc. Telesio attaqua avec autant de vivacité Galien qu'Aristote, ce qui donna lieu aux écrits du médecin Chiocco contre lui. Il est difficile d'esquisser un résumé de la philosophie de Telesio. Eu élaguant toutes les opinions ridicules aujourd'hui, mais alors soutenables, que le philosophe de Cosenza exprime dans ses divers traités sur grand nombre de points relatifs surtout aux sciences physiques, il reste chez Telesio une idée ou plutôt un instinct juste. Il avait l'horreur de la seolastique. Un des premiers il l'a énergiquemeut combattue, non dans telle ou telle application, mais dans sa méthode. Healia eutia, non abstracta! « Des êtres réels, plus d'abstractions! » telle était sa devise au milieu du xvi<s siècle, et elle suffirait à lui mériter l'attention. Adversaire d'Aristote, il ne l'était pas, comme on l'était alors, par suite d'une admiration superstitieuse pour Platon. 1! y a un maître qu'il préfère, dit-il, à ces deux génies et à tous les autres ; c'est l'expérience, et l'expérience sensible. S'il prenait uu guide dans l'antiquité, ce serait, dit-il, Démoerite, en qui il salue avec admiration un philosophe observateur et un disciple de l'expérience Dans sa préface, il se pose ironiquement comme un simple, un ignorant; c'est pour cela, dit-il, qu il demande à MM. les philosophes de daigner lui parler par les sens et en une langue facile, se déclarant d'avance incapable de les suivre dans les hautes régions de la seolastique. Son ambiiion n'était pas si modeste qu'on le croirait par cette phrase; il ne prétendait à rien moins qu'à la reconstitution synthétique de la science de l'univers parle moyen de l'expérience, idée toute bacon ienne qu'il eut avant Bacon. Il voulait, disait-il, « prendre pour guides les sens et pour objet d'étude cette nature qui, toujours constante avec elle-même, suit toujours les mêmes lois, produit toujours les mêmes phénomènes, a Inutile de dire qu'il n'a pas réussi à élever ce grand édifice ; il suffit à sa gloire d'eu avoir conçu le projet et entrepris l'ebauclie. 11 en revient par endroits jusqu'aux théories de l'école ionienne, parexemple, quand il voit deux principes dans le monde : le chaud et le froid. Il restaure le sensualisme d'Epicure et de Démoerite dans la théorie de l'intelligence, qu'il fait résulter, comme ces philosophes, de sensations transformées et comparées. L'influence notable qu'exerça le sensualisme de Telesio, surtout après qu'il eut été agrandi et épui é par Patrizzi et par Campanella, doit être surtout remarquée comme preuve du besoin alors universellement senti de revenir à l'expérience. Telesio est le plus grand précurseur de Bacon, qui l'a fait oublier, mais qui pourtant lui rend un bel hommage quand il l'appelle : novorum homuium primas, « le premier des modernes. < Son compatriote Quatrumanni a donné eu 1589 un
■ très-rîdole et très-commode abrégé de la pni-
1 losophio de Telesio.
TBLF
TELESIO (Tommaso), prélat italien, frère du précédent, mort, en 1568. Il entra dans la carrière ecclésiastique après de bonnes études. Moins porté à la philosophie et à l'originalité que son frère Bernardino, il mena une vie plus calme et mourut archevêque de Cosenza.
TÉLESPHORE, dit Evémerton, eélèbre médecin grec, qui vivait dans les temps préhistoriques et qui fut mis au rang des dieux. Il présidait a la convalescence et on lui rendait des honneurs divins, particulièrement k Pergame. Dans ses statues, on le représente comme un jeune homme, enveloppé d'un long vêtement, comme doivent en porter les convalescents. Ordinairement, Télesphore accompagne Esculape et Hygie, et quelquefois Hercule, parce que la force ne peut exister sans la santé.
TÉLESPHOBE (saint), pape, né à Anacborita, en Grèce, mort k Rome en 139. Il fut d'abord anachorète et succéda à saint Sixte 1er sur le siège de Pierre en 127. Selon quelques auteurs, ce fut lui qui institua la messe de minuit. Selon d'autres, on lui doit l'hymne Gloria in excelsis Deo, également jittribuée à saint Hilaire. Il souffrit le martyre sous Adrien et eut pour successeur saint Hygin. -
TÉLESPHORE (André-Ariston), érudit et voyageur grec, né a Samos en 1778, mort à Constantinople en 1820, De bomie heure il se livra à son goût pour les voyages, visita la Russie, où il acheva ses études, la. Scandinavie, l'Autriche, étudia, tout en se livrant à des spéculations commerciales, la philosophie allemande et attaqua les principes de, Kant dans une brochure qui fît quelque bruit (1805). En 1806, il partit pour 1 Orient avec M. Domeny de Rienzi, visita la Géorgie, l'Arménie, le Caucase, l'Asie Mineure, la Perse, la Palestine, l'île de Candie, où il s'arrêta, puis alla se fixer à Constantinople et fit, en 1819, un voyage il Paris. Il était depuis peu de retour dans la capitale de la Turquie, lorsqu'il périt dans le terrible incendie qui ravagea cette ville en 1820. Tous ses écrits périrent en même temps que lui. Il ne reste de cet érudit qu'un livre estimé et remarquable, écrit en grec moderne et publié sous le nom de Vues philologiques (Vienne, 1800).
TÉLESTO s. m. (té-lè-sto). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des papilionides, dont l'espèce type habite l'Océanie.
— s. f. Zooph. Genre de productions marines, rapporté avec doute aux polypiers flexijdes, famille des tubuhiriées, et comprenant trois espèces, qui habitent l'Atlantique et les mers de l'Australie : On ne peut affirmer si (es télbStos sont véritablement des polypiers. (Dujardin.)
TÉLÈTE s. f. (té-lè-te — gr. teleiê; de ielos, lin). Antiq. gr. Nom donné à certaines cérémonies qui accompagnaient la célébration des mystères.
— Encycl. La lêlète était l'accomplissement de certains rites pour la purification des personnes qui voulaient se Caire initier aux mystères. Cette cérémonie était de la plus grande importance, et l'initiation ne pouvait s'effectuer avant qu'elle fût accomplie. Sans elle, suivant les mystagogues, les effets désirés ne se produisaient pas d'une manière efficace. 11 fallait donc avoir passé par la têlète pour prendre part aux orgia, qui étaient les cérémunies publiques des mystères dionysiaques, puis aux mysteria, qui composaient la partie secrète et capitale du culte des mystères. Dans l'étude de la religion grecque, il importe d'autant plus de bien distinguer ces trois mots, que les écrivains grecs eux-mêmes les emploient tantôt dans leur sens spécial, tantôt dans un sens général, pour désigner l'ensemble des cérémonies faites soit en secret, soit en public, par les mystes et les mystagogues, et que, d'un autre côté, la plupart des modernes, faisant sur ce point de très-grandes confusions, les ont traduits presque dans tous les cas pur le même mot de mystères.
TÉLÉTHUSES S. f. pi. (té-lé-tu-ze). Annél. .Famille d'annélides, comprenant le genre arénicole.
TÉLÉTIQUE adj. (té-lé-ti-ke — gr. teletikos; de teletè, télete). Antiq. gr. Qui a rapport à l'initiation aux mystères. Il Poètes télêiigues, Poètes qui ont écrit sur les initiations aux mystères.
TELETZKOÏ ou ALTIN, lac de la Russie d'Asie, dans le gouvernement de Tomsk, au S.-E. de Biiak. Ce lac a environ 135 kilom. de longueur sur 22 de largeur. De sa partie N.-O. sort la rivière la B'ua.
TELPAIHIE s. f. (tèl-fè-rî — de Telfair, n. pr). Bot, Genre d'arbrisseaux, de la famille des cucurbitacéiïS, type de la tribu des telfairiées, dont l'espèce type croit sur les cotes sud-est de l'Afrique et aux îles de Erance et de la Reunion.
— Encycl. Les telfairies sont caractérisées surtout par leurs fruits, dans lesquels les lames séminifères formées par les bords rentrants et réfléchis des carpelles s'avancent dans chaque loge sans atteindre sa paroi externe. L'espèce type, vulgairement appelée kouème, est un arbrisseau à tige grim-
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pante , émettant des branches pendantes, qui atteignent H0 mètres et plus de longueur ; elles portent des feuilles digitées. à cin<) folioles inégales, accompagnées chacune d'une longue vrille bipartite, opposée aune stipule axillaire. Le fruit atteint jusqu'à 1 mètre de longueur sur 0™,2 de diamètre; il renferme une pulpe amère. Cet arbrisseau, originaire du sud-est de l'Afrique, est cultivé aux îles; Maurice et de la Réunion. On mange ses graines et on en retire une huile grasse de très-bonne qualité.
TELTairIÉ, ÉE adj. (tèl-fè-ri-é — rad.
telfuirie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la telfairie.
— s. f. pi. Tribu de la famille des cucurbitacées, ayant pour type le genre telfairie.
TELFORD (Thomas), ingénieur anglais, né en 1757, mort à Londres en 1834. Comme son pèro, il exerça d'abord la profession da berger, puis il devint apprenti chez un maçon et employa à s'instruire toutes ses heures inoccupées. S'étant rendu à Edimbourg en 1780, il s'y livra k de sérieuses études d'architecture. Il passa ensuite à Londres (1782), où il se fit remarquer de ses chefs, fut chargé de surveiller la construction de divers édifices, apprit k Portsmouih ce qui concerne les ouvrages hydrauliques , devint inspecteur des monuments du comté de Shrewsbury, y construisit un grand nombre de ponts et acquit une grande réputation d'habileté qui lui valut d'être chargé, en 1796, de percer te canal d'Ellesmère, d'une exécution extrêmement difficile. Telfordy fit preuve d'une rare capacité en exécutant des travaux d'art gigantesques, notamment l'aqueduc de la vallée de la Dee. Le succès de cette entreprise lui fit donner, en 1801, la direction des travaux du canal Calédonien, destiné à relier l'Atlantique à la mer du Nord, puis il creusa ceux de Glascow, de Macclesfield, de Birmingham à Manchester et celui de Gotha en Suède. Telford s'occupa, en outre, de dessécher des marais, de percer des routes, d'élever des édifices d'utilité publique, au nombre desquels nous citerons : le pont suspendu de Menai, un modèle de difficulté vaincue; les docks de Sainte-Catherine, à Londres, etc. 11 avait appris seul le latin, l'italien, le français, l'allemand, et son intégrité égalait sa capacité. Il était membre de l'institut des ingénieurs civils, dont il fut longtemps président et auquel il légua sa bibliothèque, ses dessins et une somme pour la fondation de prix annuels. On lui dpit plusieurs rapports imprimés par ordre du Parlement, des articles sur 1 architecture, l'architecture civile, les ponts, la navigation intérieure, insérés dans \' Encyclopédie d'Edimbourg et qui sont de véritables traités; enfin, la Vie de Thomas Telford, ingénieur, écrite par lui-même, et contenant une narration descriptive de ses travaux, ouvrage qui a été publié après sa mort.
TELGRUC, bourg et commune de France (Finistère), canton de Crozon, arrond. et k 24 kilom. de Châteaulin, près de l'océan ; pop. aggl., 135 hab. — pop. tôt. de la comm., 2,440 hab. Dolmen.
TELGTE, petite ville de Prusse, province de Westphalie, régence de Munster, sur l'Ems; 2,000 hab. Lie nombreux pèlerins y viennent chaque année suspendre des images de la Vierge k un vieux tilleul qui s'élève à l'entrée de la ville et d'où, s'il faut en croire la légende, sortit un jour une image delà Vierge. Fabrication d'étoffes de laine , de toiles, etc.
TÉLÏAMBE s. m. (té-li-an-be — gr.ieliambos; de teios, fin, et de iambos, ïambe). Prosod. Vers grec ou latin qui se termine par un ïambe.
— Encycl. Les Grecs avaient appelé cette sorte de vers miouros (qui a une queue moindre), dénomination que les Latins changèrent en miurus. Un grammairien latin, Diomède, l'appelle aussi ecaudis.
(J était surtout le vers hexamètre qui pouvait être tétîambe. En voici un exemple tiré d'Homère :
T^ûeç o 4fJptp]"Tov, ôtouç locv ai.oi.ov ÔçtV,
vers que Terentiunus Maurus a traduit ainsi, par un autre hexamètre télïambe ; AUoniti Troes viso serpente pavitant.
« Les Troyens, stupéfaits à la vue du serpent, sont dans l'effroi. » Le même Terentianus Maurus a donné, dans les vers suivants, l'exemple et la règle de l'hexamètre télïambe ;
Dactylici finem versas si éludai iambus, Hoe est, pro lomja, orevis ut penullima fiât, Auribus acciderit novitas inopina melius : Nile pater, ptoyera, sitiunt sata, 2Vt(e, propera. « Si l'ïambe termine le vers dactylîque, c'està-dire si la pénultième de longue devient brève, il en résulte pour l'oreille une nouveauté imprévue et agréable : Père Nil, hâte-toi, les terres ont soif; Nil, hâte-toi. » Selon les grammairiens de l'antiquité latine, Livius Alîdronicus avait employé l'hexamètre télïambe dans un chœur de sa tragédie i'Jno, et l'on en cite quatre vers où reviennent alternativement 1 hexamètre régulier et le tétîambe; mais plusieurs érudits modernes n'y voient pas le style du plus ancien poète de Rome et pensent qu'il y a erreur dans l'attribution, ces vers paraissant même plus
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modernes que ceux de Nevius et de Plaute. On croit que, chez les Grecs, l'hexamètre té/ïambe fut employé séparément. Dans un fragment de Lucien, transcrit par Hermans, il y a treize vers de cette mesure qui se suivent.
Le vers crétique tétramètre et le bacchiaque tétramètre pouvaient aussi être të~ liambes.
TÉUFORME adj. (té-li-for-me — du lat.
telum, trait, et de forme). Bot. Qui a la forme d'une flèche.
TELIGNY (Charles de), capitaine protestant français, une des plus illustres victimes de la. Suint-Barthélémy, mort à Paris en 1572. Elevé dans la maison de Coligny, le jeune Têligny devint, grâce k l'affection de son protecteur, un « si accompli gentilhomme en lettres et en armes, que peu de sa volée y a-t-il qui l'ont surpassé, » au dire de Brantôme. De son côté, Le Laboureur reconnaît que, « entre plusieurs seigneurs de France qui se signalèrent dans le parf.y de la religion, il n'y en eut pas un qui méritast plus d estime que Charles, sieur de Téligny, pour estre le cavalier le plus accompli en toutes les qualités nécessaires pour la cour et pour les armes, i C'est en 1567 que Téligny se montra comme un personnage important dans le parti des huguenots. Il fut à plusieurs reprises chargé de missions délicates, dont il s acquitta avec grand succès. Lieutenant sous Coligny, il prit part au combat de La Roche-Abeille, s'empara de Niort et de Châtellerault et se signala au siège de Poitiers. Jeanne d'Albret 1 employa dans les négociations qui aboutirent à la paix do Saint-Germain : après quoi il se retira à La Rochelle avec les autres chefs huguenots et se maria avec Louise de Coligny , fille de l'amiral. Téligny fut du nombre des députés chargés de présenter des doléances au roi sur le massacre des réformés de Rouen. La fourberie et le langage mielleux de Charles IX agirent fortement sur son esprit. 11 refusa de voir dans ce monarque un ennemi des protestants, et le tocsin de la Saint-Barthélémy seul put dissiper cette illusion. A la première alarme, il était accouru chez Coligny, qui lui ordonna de fuir. Quelques courtisans, chargés de l'égorger, « n'eurent oncques la hardiesse de ce taire en le voyant, tant il estoit de douce nature et aimé de qui le cognoissoit. » Il put donc s'enfermer dans un grenier; mais des soldats du duc d'Anjou l'ayant découvert, ils le massacrèrent impitoyablement. Ses restes mortels furent transportés au château de Téligny, quarante-cinq ans après ce fatal événement. Mais, disent MM. Haag, en 1625, l'évèque de Castres les fit tirer de la tombe où ils reposaient et jeter dans la rivière, à ce que nous apprend le cahier des plaintes présenté au roi en cette année.
TÉLIGNY (Odet de La Noce, seigneur de), poète français. V. La Noue.
TEL1GOUL, golfe de la mer Noire, dans la Russie d'Europe, gouvernement de Klierson, à 36 kilom. N.-E. d'Odessa. Il est tres-étroit, mais long de près de 50 kilom., et communique avec la mer par un petit canal qui manque de profondeur. Plusieurs petits cours d'eau viennent s'y jeter, notamment le Teligoul, qui prend sa source à"i30 kilom. au N., près de la frontière de la Podolie.
TELINGA s. m. (té-lain-ga). Linguist.
Langue parlée dans l'ancien royaume de Telinga. Il On dit aussi teungana.
— Adjectiv. : La langue telinga.
TELINGA ou TEL1NGANA, ancien royaume de l'Indoustan, qui comprenait les provinces des Circars du Nord, de Haiderabad, de Balaghat et de Karnate. Il est aujourd'hui partagé entre l'Indoustan anglais et le Nizzam. La langue telinga est encore parlée dans tout Je pays compris entre Grandjam et Palikate.
TÊLIOSTACHYE s. f. (té-li-o-sta-k! — du gr. teleios, accompli; stachus, épi). Bot. Genre de plantes, de la famille des acanthacées, formé aux dépens des ruellies, et comprenant six espèces, qui croissent dans l'Amérique du Sud.
TÉLTPOGON s. m. (té-li-po-gon — du gr, telos, extrémité; pôgân, barbe). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des vandées, originaire de l'Amérique tropicale.
TELL (du latin tellus, terre labourable), nom donné, en Algérie, à la partie labourable du pays, par opposition au Sahara ou désert. Elle forme, d'une part, au N. et le long des côtes de la Méditerranée, une zone désignée sous le nom de Hautes terres et, par les Européens, sous le nom de Berbërie. Ils y ajoutent aussi une lisière d'oasis comprise par les Arabes dans la dénomination générale de Belad-el-Djërid ou pays des dattes. Depuis 1857, tout ie Tell algérien (14,000 hectares) est soumis à la France.
TE1.L-EL KADI, monticule da la Palestine, entre Bannis et Tibériade. 11 est généralement regardé comme l'emplacement de l'antique Dan. Les Livres de Josué et des Juges ; racontent la fondation de la ville de Dan. Jéroboam y plaça un des veaux d'or qu'il fit | adorer au peuple d'Israël. Dan dut sa dé- I chéance & la fondation de Panéas. L'identi- ' flcation de Dan avec Tell-el-Kadi ne parait '
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pas douteuse. Le monticule de Tell est de forme irrégulièrement quadrangulaire; sa plus grande longueur est de l'K. k l'O. Il repose sur deux étages inégaux de la plaine, de sorte que sa face N. n'était élevée que de 10 à 12 mètres; sa face S. domine la plaine d'une hauteur d'environ 30 mètres; son altitude au-dessus de la mer est de 216 mètres. La plus grande partie de la colline est couverte de hautes herbes. Sur le versant O., l'eau s'échappe avec abondance de plusieurs sources pour former un large bassin circulaire entouré de quelques arbres, d'où s'échappe, vers le S., un large ruisseau dont le murmure s'entend k distance. Un autre ruisseau s'échappe par une brèche près de laquelle s'élève un chêne masnilique, sous lequel on a construit le tombeau de quelque saint musulman. Le Tell est composé de roches volcaniques, mais rien ne prouve que ce soit un cratère. On n'y voit guère de ruines; les plus apparentes sont des monceaux de pierres taillées, la plupart de nature volcanique.
TELL-HOCM , groupe de ruines que l'on trouve en Palestine, non loin des bords du Jourdain. On y reconnaît des fondâtes et des murailles renversées, bâties p -^ -\e toutes en pierre non taillée; une espèce do tour de 3 mètres de hauteur, formée de débris de colonnes, de chapiteaux et de frises, et les restes d'un vaste édifice, dont les fondations mesurent près de 33 mètres de longueur du côté N. sur 26 du côté O. ■ Tout l'espace compris dans cet enclos, dit M. Isambert, est semé de débris de colonnes corinthiennes, de frises sculptées et de piédestaux. On remarque surtout des colonnes doubles, taillées, avec leurs bases et leurs chapiteaux, dans le même bloc, comme on en voit à la cathédrale de Tyr, et de grandes tables de pierre de 3 mètres de longueur sur im,50 de largeur, avec des ornements effacés, qui formaient sans doute des panneaux sculptés ou des portes. Tous ces débris sont de grande dimension et d'un beau calcaire se rapprochant du marbre. Leur style rappelle les synagogues de Kef'r-Bir'im, deMeïroun, de Kadès et d'Irbid. Robinson les attribue aux Juifs qui fleurirent dans cette région du ne au via siècle après J.-C.
■ Tell-Houm répond, selon lui, k Chorazin, qui se trouve mentionné, après*Caphari)aùin et Bethsaîde, dans l'imprécation de Jésus- Christ (saint Matt., xi, 20 22 ; saint Luc, x, 13, 14), clans saint Jérôme (Comm. in Esa. IX, l, et Onomasticon), ainsi que dans les pèlerins des premiers siècles (saint Willibald, etc.). Un petit village, situé dans un vallon, à 4 kilom. au N., porte encore le nom àeKevazèh. D'autres auteurs, comme Lynch, ont pris Tell-Houm pour les ruines mêmes de Capharnaum. Mais cette localité ne possède point de source et n'est pas adossée à une montagne, comme le veut Arculfe. »
Selon d'autres écrivains, Tell-Houm répondrait bien au Képharnomé de Josèphe.
TELL (Guillaume), héros des traditions suisses et, suivant elles, un des chefs de la révolution opérée en 1307 contre l'Autriche, La légende le fait naître à Burgeln, canton d'Uri, et le donne comme gendre de Walter Furst, un des trois conjurés du Gruttli. Il entra ainsi naturellement dans la ligue formée pour la liberté helvétique et kla tête de laquelle se trouvaient son beau-père, Arnold Melchthal et Stauffacher. Herinann Gessler, gouverneur ou bailli pour le duc d'Autriche, avait Signalé son auiorité par des actes de la plus révoltante tyrannie. Il voulut obliger tous les Suisses à saluer en passant un chapeau qu'il avait fait élever sur la place publique d'Altdorf (peut-être le chapeau ducal, suivant la conjecture du célèbre historien J. de Muller). Guillaume Tell refusa de se soumettre à cette humiliation. Le gouverneur le fit arrêter et, le sachant habile tireur d'arc, le condamna k abattre avec une flèche une pomme placée sur la tête de son jeune fils, épreuve terrible dont il sortit victorieux. Comme il avait caché une seconde flèche dans ses vêtements, Gessler lui demanda ce qu'il en voulait faire : i Je te la destinais, répondit-il, si j'avais eu le malheur de tuer mon enfant. » Le bailli, dans sa rage, ordonne que Tell soit chargé de fers et jeté dans .une barque. Ii voulut le conduire luimême, k travers le lac de Lucerne, au château fort de Kussnacht; mais, se voyant près d'être englouti par une violente tempête, il ordonna de délier son prisonnier, dont la force et l'adresse étaient connues, afin qu'il, prît le gouvernail. Tell vint aborder près d'un lieu dominé encore aujourd'hui Saut de Tell, s'élança rapidement k terre, mais en repoussant du pied la barque au milieu des Ilots, puis il courut s'embusquer dans un chemin creux, près de Kussnacht, et tua d'un coup de flèche Gessler, qui avait pu échapper à la tempête. Ce fut le signal d'un soulèvement général et d'une guerre contre la maison d'Autriche. Il paraît que Guillaume Tell assista kla -fameuse bataille de Morgarten (1315) et qu'il mourut k Bingen en 1354, receveur de l'église de ce bourg. (Je récit, dont la forme est consacrée dans les traditions populaires, a été l'objet de nombreuses controverses historiques, et les principales circonstances en ont été vivement contestées.
Les chroniques contemporaines de la révolution de 1307 ne font aucune mention de
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Guillaume Tell; elles ne parlent que dos trois conjurés du Gi ilttli , Fûrst, Arnold de Melchthal et Stauffacher. Ce n'est qu'à la tin du XV» siècle que les historiens nationaux ont commencé à parler de cette légende, et, dans les différentes narrations qu'ils en ont données, on remarque de graves in vraisemblances aux points de vue géographique et chronologique. Ainsi, ou possède la suite chronologique des baillis d'Altdorf, et le nom de Gessler n'y ligure pas. Aucun bailli d'Altdorf ou de Kussnacht ne fut assassiné postérieurement à l'an 1300 ; on trouve, au contraire, un gouverneur de cette forteresse tué d'un coup de flèche par un paysan qu'il avait molesté, en 1296, comme il sortait de son bateau ; mais la scène se passait sur le lac de Lowertz et non sur le lac de Schwitz. C'est probablement ce fuit historique qui a servi de point de départ à la légende ; on a Voulu voir dans ce meurtre le prélude de l'insurrection de 1307, et l'imagination populaire n'a pas eu de peine k rapprocher des dates, séparées en réalité par dix ans, mais qui pour elle se perdaient dans un lointain déjà confus. En second lieu, Tell n'est pas un nom, mais un surnom; ce mot vient, comme l'allemand actuel toll, du vieil allemand tallen, parler, raconter, ne savoir pas se taire, et il signifie le fou, l'exalté; il a été appliqué, dans les chroniques contemporaines de l'événement, aux trois conjurés du Grutlli, considérés comme des imprudents et des fous avant qu'ils eussent réussi, comme des héros lorsque le soulèvement provoqué par eux eut pour résultat la chute de la domination autrichienne. Même à l'époque où la légende de Guillaume Tell était acceptée dans son ensemble, l'épisode caractéristique de la pomme était déjà réputé fabuleux par un grand nombre de critiques, notamment Guihiman, Rahn, Voltaire, Iselin, etc. Le curé Freudenberger de Berne exprima ces doutes, en 1760, dans un écrit intitulé : Guillaume Tell, fable danoise, écrit que le gouvernement d'Uri fit brùier et qui suscita une vive polémique. L'histormn Millier confirme les traditions nationales, au moins quant k la partie essentielle, mais ne défend que faiblement l'anecdote de la pninroe. Ello se trouve, en effet, dans des légendes Scandinaves bien antérieures à Guillaume Tell et est rapportée, entre autres, par le chroniqueur danois Saxo Graimnatieus, qui, dans son Eisloria damca, écrite à la tin du xue siècle, fait honneur de cette action héroïque k un- soldat goth du nom de Tocho ou Tœck. Il est probable que des émigrants du Nord, installés en Suisse au xme siècle, apportèrent celte légende, et le nom de Tœck se rapproche bien de celui du héros légendaire de ia Suisse. Quoi qu'il en soit, on peut néanmoins admettre que ces traditions fabuleuses se sont groupées autour des faits et gestes d'un personnage réel qu'elles ont défiguré en voulant l'embellir. L érection de Jeux chapelles, élevées à Guillaume Tell dès le xiv« siècle et une trentaine d'années seulement après la date qui est donnée comme celte de sa mort, témoigne que les croyances populaires se basaient sur quelque fait incontesté. Ces deux chapelles sont encore l'objet de la vénération des Suisses. L'une s'élève au bord du lac de Schwitz; elle est d'une architecture trèssimple et renferme deux autels de pierre, sur lesquels on célèbre tous les ans, le premier vendredi après l'Ascension , une messe en mémoire du héros. Les murailles et les voûtes sont couvertes de peintures retraçant les divers épisodes de la légende. Elle occupe la petite plate-forme que l'on nomme Tetlenplatte ou Tellensprung (saut de Tell), sur laquelle Guillaume Tell se serait, dit-on, élancé hors de la barque, lorsque Gessler le conduisait au château de Kussnaeht; On raconte que, lorsque cette petite chapelle fut construite, en 1384, son inauguration eut lieu en présence de cent quatorze personnes qui avaient connu Tell personnellement. Elle est située sur la rive la plus escarpée et la plus sauvage de ce poétique lac des quatre cantons forestiers, au pied du sombre et menaçant Aehsenberg , qui s'élève à plus de 1,700 mètres au-dessus des eaux. La seconde chapelle fut construite un peu plus tard, dans le chemin creux qui conduit du lac vu château de Kussnaoht, k l'endroit où Guillaume Tell se serait posté, d'après la légende, pour décocher une flèche à Gessler. •
Tell (GUIIXATJMK) OU la SuUse 'délivrée,
poème posthume de Florian {1807, in-12). Ce poëme, en prose, appartient à un genre qne son auteur avait créé et qui eut peu de suc ces, la pastorale historique. Il l'écrivit sous la Terreur, alors qu'il avait été jeté en prison comme suspect. «J'ai conçu, écrivait-il à un député de sa connaissance, le plan d'un ouvrage que je crois utile à la morale publique. J'ai chanté dans ma prison le héros de la liberté. Je t'envoie mon premier livre, je te demande de le juger. Si tu ne penses pas que ce poème puisse fortitier dans l'àme des Français et l'amour de la république et le respect des moeurs simples, ne réponds point, laisse-moi mourir ici ; 1 altération de ma santé m'en fait concevoir l'espérance. Si ton civisme et ton goût, dépuuillés de tout intérêt, pour moi, te persuadent qu'il est bon quu mon ouvrage soit fini, parles-en à tes collègues, membres du comité de Salut public. Que l'on me rende k ma vie pure et tranquille et au désir d'être utile encore k mon pays. »
TELL
Sorti de prison nu 9 thermidor, il passa les derniers mois de sa vie k achever cette médiocre composition. Guillaume Tell estdivisé en quatre livres; c'est un ouvrage fait rapidement, au milieu de préoccupations douloureuses, et on le sent au style moins châtié encore que celui de Galalée. Le premier livre est néanmoins aussi soigné que toutes les autres productions de Florian. Le passage de la mort du père de Guillaume Tell est remarquable. On peut encore citer la scène où Guillaume Tell enlève la pomme placée sur la tète de son fils et les dernières scènes où, après avoir sauvé son pays, le héros se contente d'une couronne de chêne pour récompense et rentre se confondre au milieu de ses concitoyens. Pour exprimer ces mâles sentiments, Florian a su trouver quelques accents énergiques, dont, en lisant ses autres ouvrages, on ne l'aurait pas cru capable.
Tell (Guillaume), tragédie en cinq actes et en vers, par Lemierre (Théâtre-Français, 1766; reprise en 1787). Gessler, gouverneur du canton d'Uri, opprime la Suisse entière de sa tyrannie. Révoltés de son despotisme, plusieurs Suisses ont juré de délivrer leur pays. Gessler, instruit de la conjuration, mais ignorant les noms des conjurés, s'avise d'un moyen pour les reconnaître. Il fait mettre son chapeau au bout d'un bâton sur la place publique et ordonne qu'on rende à ce chapeau les mêmes honneurs qu'à lui-même; puis il fait cacher sa garde et reste seul. Un homme passe ; il veut le sonder pour apprendre de lui les sentiments des Suisses sur son compte. Cet homme est Melchthal, dont il a fait mourir le père. Melchihal, sans reconnaître Gessler, qui lui-même ne le connatt pas, lui fait un si odieux portrait du tyran que celui-ci ordonne à ses gardes de l'arrêter. Melchthal n'est pas la seule victime de la cruauté du gouverneur. On lui amène un second paysan, qui a refusé d'obéir à ses ordres. Gessler veut d'abord le faire périr; mais, instruit de l'habileté de Tell (c est le nom du prisonnier) dans l'art de lancer une flèehe, il lui promet sa grâce s'il peut, avec une flèche, abattre une pomme sur la tète de son lils. Tell, indigné, refuse; mais enfin il est obligé de souscrire aux ordres de Gessler, car le tyran le menace de faire massacrer son enfant avec lui. On se rend donc sur la place publique, et Tell a le bonheur de percer la pomme sans blesser son fils. On le ramène alors vers Gessler qui, s'apercevant que Tell a une seconde flèche cachée sous ses habits, lui demande ce qu'il en voulait faire. La réponse du père est connue. Gessler, furieux, fait enchaîner Tell, envoie chercher Melchthal et s'embnrque avec eux pour les conduire dans un fort, où il prétend leur arracher par les tortures les noms de leurs complices ; mais un orage s'élève, et la barque qui les conduit va être submergée. Un seul homme peut sauver l'équipage, et Tell est cet homme. Gessler se voit forcé de lui faire ôter ses fers. Tell pousse la barque vers un rocher, s'y élance avec Melchthal, du pied repousse la nacelle et s'enfuit dans les montagnes. Cependant Gessler parvient k se sauver, et sa fureur redouble. Il cherche Tell et le découvre ; il ordonne de l'arrêter; mais Tell, saisissant une flèche, lui perce le cceur et rend par ce coup la liberté k la Suisse.
La tragédie de Lemierre respire partout l'amour de la liberté; l'intérêt y est soutenu. Quant au style, il est inégal, souvent lâche et diffus. Les vers en sont remarquables surtout par leur dureté. Mais plusieurs passages sont aussi bien pensés que bien écrits. Ainsi, Tell fait le sacrifice de sa vie, sans même ambitionner une gloire posthume. Il dit à Melchthal :
Sans dédaigner l'éclat qui suit la renommée,
D'un plus pur sentiment mon ame est enrtammée.
On a trop préféré la gloire ù la vertu :
De quelque éclat qu'un nom puisse être revêtu.
Je ne m'occupe point de cet espoir frivole.
Ami$, pour mon pays tout entier je m'immole;
Qu'importe qui je sois chez la postérité?
Nous affranchir, voila notre immortalité, [plissent.
Que de si grands desseins par nos mains s'accom-
Que La Suisse soit libre, et que nos noms périssent !
Les Suisses en garnison à Paris, très-satisfaits de voir mettre au théâtre les héros de leur indépendance, se déclarèrent pour la pièce d'une façon très-flatteuse. Sophie Arnould étant venue à l'une des représentations de cette tragédie et n'y voyant que des Suisses, lesquels, en qualité de soldats, ne payaient que demi-place, dit à quelqu'un qui l'accompagnait : ■ Un dit ordinairement : Point d'argent, point de Suisses; mais ici, il y a plus de Suisses que d'argent, t
Tell (Guillaume), drame en cinq actes et en vers, de Schiller (1804). Cette pièce est la dernière de Schiller et passe pour son chefd'œuvre; elle est surtout remarquable par le taleiii avec lequel le poète u su peindre les inceurs du pays où se passe la scène; c'est la Suisse même mise devant nos yeux. Au premier acte, Tell signale brillamment sa hardiesse en sauvant, malgré la tempête, un malheureux proscrit que Gessler, l'un des tyrans de la Suisse, a voué à la mort. Néanmoins, il est étranger à la conspiration que l'insolence de Gessler a fait naître. Stauffacher, Walter Fûrst et Arnold de Melchihal préparent la révolte. Tell en sera le héros, mais
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non pas l'auteur. «Il ne pense point a la politique, dit Mme de Staël, il ne songe à la tyrannie que quand elle trouble sa vie paisible ; il la repousse de son bras quand il éprouve son atteinte, il la juge, il la condamne à son propre tribunal; mais il ne conspire pas. a Guillaume Tell espère donc, par une neutralité absolue, échapper à l'oppression ; mais il a compté sans les tyrans. Arnold Melchthal, l'un des conjurés, s'est retiré chez Walter Fiirst; il a été obligé de Quitter son père pour échapper aux satellites e Gessler. Il s'inquiète de l'avoir laissé seul et demande avec anxiété de ses nouvelles, quand il apprend tout à coup que le farouche gouverneur d'Unterwald, pour punir le vieillard de ce que son lils s'est soustrait à sa vengeance, l'a condamné à perdre les yeux et dépouillé de ses biens. Ce forfait amène l'explosion du désir de vengeance d'où sortira le pacte des trois cantons. L'indignation du jeune homme est trop légitime et trop violente pour ne pas précipiter vers l'action la volonté jusque-là contenue des deux vieillards, Stauffacher et Furst. Tous trois mettent en commun leur ardeur et leur prudence pour opérer le grand soulèvement. L'assem- . blée du Grùttli couronne leurs héroïques efforts en réunissant tous les hommes du pays dans une commune résolution. Rien de plus grandiose que la dignité avec laquelle a lieu la grande délibération, terminée par le serment solennel. Tel! n'a pas assisté k l'assemblée, mais, ce que les autres ont décidé, seul il va l'exécuter, poussé par sa destinée. Un hasard l'amène a Altdorf, en présence du chapeau autrichien, ridicule symbole de l'autorité du gouverneur. Tell passe devant la pique qui le supporte et oublie de se conformer à l'ordre de Gessler, qui veut que les paysans rendent à cet objet les mêmes honneurs qu'a lui-même, mais c'est seulement par inadvertance qu'il ne s'y soumet pas; «car, dit Mme de Staël, il n'était pas dans le caractère de Tell, au moins dans celui que Schiller lui u donné, de manifester aucune opinion politique : sauvage et indépendant comme les chevreuils dis montagnes, il vivait libre, mais il ne s'occupait point du droit qu'il avait de l'être.» Au moment où Tell est accusé de n'avoir pas salué le chapeau, Gessler arrive. On lui raconte la désobéis-auee du montagnard, qui s'excuse avec humilité. Mais le gouverneur, toujours irrité, le condamne, pour juger de son habileté, fameuse dans le pays, à percer d'une flèche une pomme placée sur la-tête de sou fils. Aucune supplication n'émeut le tyran, qui ajoute avec ironie : «Tu es capable de tout, Tell, rien ne saurait t'épouvanter ; tu manies la rame aussi habilementque l'arc. U n'est point de tempête qui t'etl'raye quand ter as quelqu'un à sauver; maintenant, libérateur, délivre-toi à ton tour, toi qui sauves tout le monde. — Faites place,» s'écrie Guillaume Tell. Tous les spectateurs s'écartent en frémissant. Le père hésite un instant, dans une affreuse anxiété ; tantôt il regarde Gessler, tantôt le ciel ; puis, tout à coup, il tire deson carquois une flèche qu'il cache dans Sun sein, il eu place uue seconde sur l'arbalète, la flèche part, la pomme est traversée, et Guillaume Tell tombe évanoui dans les bras de son fils. Gessler, qui a suivi tous ses mouvements, s'approche alors et lui demande pourquoi il avuit préparé une seconde flèche. Teil se trouble, Gessler insiste. Le montagnard, se redressant alors, regarde en face le gouverneur : «Avec cette flèche, dit-il, je vous aurais frappé si j'avais tué mon enfant ; et ce coup-lk, certes, je ne l'aurais pas manqué." Gessler, furieux ù. ces mots, ordonne qu'il soit jeté eu prison. Tell, captif d'un pareil tyran, sent qu'il ne peut plus rien pour su famille demeurée sans défense et livrée k la haine de Gessler. Le gouverneur a déjà prouvé qu'il sait où frapper le plus cruellement sa victime. La pensée qui, dès ce moment, remplit l'esprit de Tell et y étouffe tout autre sentiment, c'est qu'il lui faut choisir entre le meurtre de Gessler ou l'assassinat de sa femme et de ses enfants par le» satellites de ce monstre. Il faut qu'un second miracle s'accomplisse en sa faveur ; le ciel le lui envoie. Gessler traverse avec son prisonnier chargé de chaînes le lac de Lucerne, lorsqu'un orage éclate tout k coup. Le tyran pâlit et demande du secours à sa victime. On détache les liens de Tell ; il dirige avec hardiesse la barque au milieu de la tempête et, s'approehant des rochers, s'élance par un bond prodigieux sur le rivage escarpé. A peine arrive chez lui, il apprend que Gessler, sauvé des flots, se dispose à le faire périr, lui et les siens ; dès lors il se résout au meurtre de sou implacable ennemi. «Son monologue est superbe, dit Mme de Staël; il frémit, et cependant il n'a pus le inoindre doute sur la légitimité de sa résolution. Il sait qu'un homme a été injuste envers un homme ; il sait qu'un père a été forcé de lancer une flèche près de la tête do son enfant, et il pense que l'auteur d'un tel forfait doit périr. Cependant il s'assied sur un banc de pierre pour attendre au détour d'un chemin Gessler qui doit passer, et il compare l'innocent usage qu'il a fait jusqu'à ce jour de ses flèches avec l'action qu'il va commettre. «Ici, dit-il, s'arrête le pèlerin qui continue » sou voyage après un court repos, le moine » pieux qui va pour accomplir sa mission • sainte, le marchand qui vient des pays loin-
TELL
■ tains et traverse cette route pour aller à » l'autre extrémité du monde, tous poursui- » vent leur chemin pour achever leurs af-
■ faires, et mon affaire, à moi, c'est le meur- » trel Jadis le père ne rentrait jamais dan3 » sa maison sans rapporter à ses enfuntsquel- » ques fleurs des Alpes, un oiseau rare, un
• coquillage précieux tel qu'on en trouve sur
• les montagnes, et maintenant ce père est
■ assis sur ce rocher et des pensées de mort
• l'occupent; il veut la vie de son ennemi, » mais il la veut pour vous, mes enfants, » pour V0U3 protéger, pour vous défendre ; » c'est pour sauver vos jours et votre douce
• innocence qu'il tendra son are vengeur. ■ Bientôt on aperçoit Gessler descendant de la montagne. Une malheureuse femme se jette à ses genoux pour obtenir la grâce de son mari, mais le tyran la repousse avec colère : «Oui, dit-il k ceux qui l'entourent, j8 suis » encore pour ce peuple un maître trop indul- : gent. Les discours ont encore trop de li- » cence, il n'est pas encore dompté comme il
• devrait l'être ; mais tout ceci changera, je » le jure. Je briserai cette inébranlable obsti-
• nation ; je ferai plier cet audacieux esprit
■ de liberté ; je veux faire régner sur cette
• contrée une loi nouvelle. Je veux...» Comme il prononce ce mot, la flèche de Tell l'atteint. Il tombe en s'écriant : «C'est le trait
• de Tell.» «Tu dois le reconnaître, s'écrie le
• vengeur du haut d'un rocher.» I^e peuple accourt en foule, on se presse, on s'interroge ; un seul cri s'élance vers le ciel : «Nous som- » mes libres ! »
• On a beaucoup discuté la moralité du meurtre accompli par Tell, dit M. de Barante. On l'a représenté comme criminel et odieux, parce qu'il était accompli de sangfroid après une mûre délibération. Croire 3u'il y a vraiment sang-froid et délibération ans un intiment pareil, c'est ignorer la nature des passions en général, c'est se faire une fausse idée de l'âme de Tell. Que l'on comprenne la situation qui lui est faite par sa nature, par les événements et par le contre-coup qu il en a ressenti, on sentira qu'une nécessité invincible s'impose k lui de tuer Gessler. Homme des affections de famille, menacé dans ces affections et ne voyant qu'un moyen de salut pour ceux qu'il aime, il les sauve par le moyeu unique qui lui est laissé. C'est tout ce qu'il sait, c'est tout ce qu'il veut. Il ne songe pas à se venger, il ne fait qu'exercer le droit de légitime iléfense et obéir à une loi éternelle. L sent qu'en sauvant les siens il sauve le pays; ce sentiment achève de rassurer sa conscience et d'affermirsa volonté. L'odieux du caractère de Gessler semble d'ailleurs devoir faire prononcer contre lui au dernier moment, par chaque spectateur, la sentence que Tell exécute. La flèche du montagnard semble moins lancée par une main humaine que par la volonté de l'éternelle justice.» Il semble que la pièce devrait finir naturellement là, mais il n'eu est pas ainsi. La mort de Gessler ne fait que préparer le dénoûment. File supprime le plus grand obstacle à l'affranchissement, qui n'est achevé que par la prise et la destruction des châteaux forts, instruments de la servitude du pays. Cependant le poète ne s'est pas tenu encore à ce fait décisif; il a voulu y joindre comme une conclusion morale l'épisode de Jean le Parricide, assassin de son oncle, l'empereur Albert. Le meurtrier, déguisé en moine , demunde asile k Tell et cherche k lui persuader que leurs actions sont pareilles ; mais Tell le repousse avec horreur, en lui montrant combien leurs motifs sont différents. C'est une idée très-belle et très-juste du poSte d'avoir montré, par ce contraste, que le nom de meurtrier, justement infligé k Jean le Parricide, ne peut s'appliquer a celui qui défend sa famille et venge sa patrie. Cependant on supprime généralement au théâtre cet aetB accessoire. La forme, le style du drame est digne du fond. Il est approprié aux divers caractères, aux situations et aux sentiments avec une convenance et une souplesse que Schiller n'a jamais portées aussi loin. On a prétendu que le poète avait prêté à des montagnards sans Culture un langage parfois trop élevé et trop poétique ; cependant il ne faut pas oublier que ces montagnards sont des chefs de famille, appartenant k d'antiques maisons et constituant comme une sorte de noblesse. Il est vrai que leur langage n'est pas celui de paysans ordinaires ; mais les grandes choses qu'ils accomplissent avec Xant de calme et de simplicité ont permis au poète de leur prêter un langage plus noble et plus relevé que celui de leur condition. «A quelque point de vue que je me place pour apprécier ce drame, dit M. Ad. Régnier, c'est à mes yeux le chef-d'œuvre du théâtre de Schiller. Nul n'est plus propre k toucher l'âme, a relever le courage. On se sent devenir meilleur au contact de cet héroïsme rustique, de cette cordialité du vieux temps, et Schlegel, qui regarde aussi cette pièce comme la plus parfaite de toutes celles de Schiller, regrette que les Suisses ne l'aient pas fait servira l'ornement de lu fête par laquelle ils ont célébré, après cinq cents années d'indépendance, la glorieuse conquéto de leur liberté. Je comprends ce regret, quu rendent très-naturel d'une part le sujet et do l'autre la manière dont il est traité. C'est un ouvrage qui ne ressemble pas k la plupart de nos draines modernes, bons k lire dans le cabinet ou k jouer dans une salle
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close, en présence d'un auditoire lettré; il parait fait plutôt pour être représenté en plein air, devant tout un peuple, dans une solennité nationale, au milieu de l'enthousiasme public. Guillaume Tell est animé partout du souffle puissant de l'irspiraiion, qui vivifie l'ensemble aussi bien que les parties. L'auteur a embrassé son sujet, non-seulement de toutes les forces de son esprit, mais encore de tout son cœur; non plus avec cette passion fougueuse, convulsive, ce délire de la tête et des nerfs, qui, à son début, l'entraînaient comme malgré lui... Le feu qui l'échauffé est un feu qui éclaire et féconde... Dans aucun de ses drames, Si-hiller n'est moins violent et plus fort, moins excessif et plus grand, plus sûr et plus maître de lui. •
Tell (Guillaume), drame anglais, en cinq actes et en vers, par J.-S. Knowles; représenté à Londres en 1885. On peut attribuer une grande partie de sou immense succès au talent de l'acteur Macready, qui était chargé du rôle principal. L'auteur n'a eu ni la volonté ni le pouvoir de tracer un large tableau d'histoire tel que celui de Schiller. C'est une composition d'un tout autre ordre ; elle ne nous montre rien ou presque rien de ce tableau si riiiïf et si complet de l'oppression, du soulèvement et de la victoire des cantons de Sohwitz, d'Uri et d'Unterwald. Le poète ne nous introduit que dans une seule chaumière, dans celle, il est vrai, du plus intrépide enfant de la Suisse, de Guillaume Tell. 11 se complaît, comme dans Virginius , à nous montrer l'amour paterne! heureux d'abord, pour nous le faire voir ensuite ai;x prises avec la douleur et le désespoir. C'est à préparer et a exprimer tout le pathétique contenu dans la fameuse scène de l'arc; c'est à retracer,- avec toutes leurs nuances, les angoisses de ce père, à la fois si courageux et si tendre, que Knowles a borné sa lâche, et, sous ce point de vue, il l'a bien remplie. Avant réduit sa pièce au personnage et à l'aventure de Guillaume Tell, il semblerait que cette ligure unique dût avoir chez lui bien plus de relief et de grandeur que dans la tragédie allemande ; cela n'est point cependant. Le Tell de Knowles est le chef, l'âme de la révolution, le Proeida de son pays ; tandis jue Schiller, qui n'a fait de son héros rien je tout cela, Schiller, qui ne le suppose iiême pas membre de la ligue des trois cantons, Schiller nous donne pourtunt de Guillaume Tell une idée bien plus haute. L'arc îtles exploits solitaires de Tell font plus pour "a liberté de la Suisse que les pians combinés des trois cantons. Knowles ne s'est pas con- ■ tenté de faire de Tell un chef de paru, U en a fait un libéral de 1824. Dans Schiller, Tell est un homme simple, ignorant la politique, mais ayant le profond sentiment de la justice et de la liberté, joint à une force d'âme sans égale. Dans le pofite anglais, c'est un déclaniateur patriote, apostrophant les rochers et les montagnes. Il entretient Sa femme de la tyrannie des anciens Romains, cite Claudms, | Drusus et Néron. Cette extrême différence i dans la manière de comprendre le caractère de Tell éclate dès la première scène. Knowles ' nous le montre pour la première fois au ini- ' lieu des paysans que les archers de Gesslet* mènent en prison.-ll profite de cet incident pour essayer de grossir le nombre dos conjurés. L'exposition de Schiller est, comme on sait, bien uiffeiente. Malgré tout ce qui manque à la pièce anglaise, malgré les nombreux défauts qui serenconirent,suitdaus la conception, soit dans le style, elle produit au théâtre un grand effet. Il y a dans la disposition de quelques scènes, dans l'invention de plusieurs détails, daus divers trait-, du dialogue un art et un naturel remarquables. C est un canevas bien disposé, que Macready, comme Talma, animait, corrigeait et vivifiait. Au commencement de la pièce, Guillaume Tell, de retour chez lui après une course, se délasse en donnant une leçon d'arc k son Mis. Voici que se traîne vers lui un vieillard plaintif que le cruel Gessler vient de priver de la vue. Toutes les facultés de Tell restent suspendues; toute la vie s'est réfugiée dans ses regards, qu'il tient fixés sur le malheureux. Lutin, sa passion éclate et s'exhale eu imprécations; elle est si terrible et si véhémente, qu'elle Je suffoque. Il étouffe. Il demande de l'eau, qu'il ne peut boire. Mais il punira le crime. Cette idée le calme. Il pleure avec tendresse sur le vieillard, demande ses meilleures flèches, envoie son fils prévenir sesamisd'Unteiwald,exaiiiiiieavec un œil de père l'équipement de l'enfant, qui a bien des pas dangereux k franchir ; enlin il part, promettant au vieillard qu'il sera vengé. Cependant l'enfant tombe entre les mains de Gessler, dont il sauve la vie par suite d'un incident des plus romanesques. Il est retenu parce qu'il refuse de livrer le nom de son père. Celui-ci, de son côté, est arrêté pour avoir soutenu ceux qui refusaient de saluer 1b chapeau duguuverneur. Gessler soupçonne que Tell est le père du jeune obstiné, il les confronte. «C'est la, dit un contemporain de Macready, que commence une suite de scènes qu'il faut avoir vues pour savoir jusqu'où peut aller la puissance de la pantoîiiiineet quelle fouie de sentiments profonds, tendres, véhéments il est donné a Macready d'exprimer. D'aburd l'enfantfeint de ne point reconnaître le prisonnier; mais le père, k la vue de son nia, ne peut retenir toute émo-
tion ; il lui jette un coup d'oeil de tendresse et d'intelligence. Lui, qui tout k l'heure écrasait Gessler de son regard, le voilà tremblant, inquiet, sans contenance. .Prêt k mourir, il demande k charger ce jeune homme de ses derniers conseils k son fils. Il Ijï parle, il l'embrasse. Alors, voyez quelle expression de paternité souffrante dans tous ses traits, et comme des bras dont il le presse il semble vouloir le cacher à ceux qui l'entourent! Il est impossible de trouver une voix, un geste, un regard aussi profondément passionné ! La vérité de son jeu dans la scène suivante, celle del'épreuve,est au-dessusde tout éloge. Son indignation, sa douleur, ses combats, sa résignation, sa force d'âme qui, au milieu des plus vives angoisses, ne lui laisse négliger aucun de ses avantages; son refus de tirer en face du soleil, le choix des flèches, de la pomme, le soin qu'il prend de mesurer la distance; l'attention avec laquelle il bande l'arc et la manière dont deux fois ses bras retombent; enfin, après le coup parti, la défaillance dont le tirent à peine la voix et les caresses de son iils, tout cela est d'une vérité parfaite, et nous n'avons jamais vu peutêtre, daus une situation si peu variée, toute une salle éprouver une émotion plus vive et plus prolongée, > Cette pièce, jouée en anglais et avec un grand succès k furis en 1828, n'a pas été traduite en français.
Tell (Guillaume), drame lyrique en trois actes et en prose, paroles de Sedaine, musique de Grétry, représenté aux Italiens le 9 avril 1791. Parler du poème de Sedaine, de la musique de Grétry, lorsqu'il s'agit de Guillaume Tell, serait employer mal notre temps, si nous ne tracions ici l'histoire des diverses conceptions de l'esprit humain sous le rapport poétique et musical. Letnierre avait déjà traité ce sujet au Théâtre-Français. Grétry, dans ses Essais, s'exprime ainsi : o Je cherchai dans Guillaume Tell k renforcer le coloris musical, c'esl-k-dire l'harmonie et le travail de l'orchestre. L'énergie révolutionnaire devait se faire sentir; mais à travers ce sentiment terrible, quelques traits champêtres, indiquant la candeur des habitants de la Suisse, s'y font partout entendre ; ils semblent dire : « C'est pour conserver nos » vertus que nous nous insurgeons. • Nous avons vu depuis le véritable génie à l'œuvre. Grétry s'est donné beaucoup de peine pour atteindre à la hauteur de son sujet. Il a complètement échoué. Ce qu'il y a de singulier, c'est que les contemporains ne comprenaient pas mieux que lui tout ce qu'on pouvait tiier d'un drame si élevé, si pittoresque et si pathétique. Les critiques de ce temps sont unanimes pour vanter le style large et profond, l'originalité du epmpositeur. On ne peut aujourd'hui ratifier un tel jugement. Nous remarquerons seulement qu au lever du rideau Grétry fait jouer au jeune Guillaume Tell, assis sur les montagnes, le Ranz des vaches sur sa cornemuse, d'après la version qu'en a donnée Rousseau à la lin de son Dictionnaire de musique. Un seul morceau a survécu a l'oubli dans lequel la partition est tombée depuis longtemps : c'est le quatuor, qui est un petit chef-d'œuvre.
Tell (Guillaume), opéra en quatre actes, paroles d'Hippolyte Bis et de Jouy, musique de Rossini (joue au Grand-Opéra de tJaris, le 3 août 1829). Chef-d'œuvre d'un des plus grands compositeurs de ce siècle, Guillaume Tell offre un ensemble merveilleux de toutes les richesses mélodiques et harmoniques do l'art musical moderne. Ed sortant de la première représentation de cet ouvrage, M. Kètis écrivait ceci: « Guillaume Tell manifeste un homme nouveau dans le même homme, et démontre que c'eut en vain qu'on prétend mesurer la portée du génie. Cette production ouvre une carrière nouvelle k Ros ini. Celui qui a pu se modiiier ainsi peut multiplier se3 prodiges, et fournir longtemps uu aliment k l'admiration des vrais amis de l'art musical.» Malheureusement, Guillaume Tell a été le dernier ouvrage sorti de la plume du cygne de Pesaro. C'éiait son trente-septième opéra; ce fut le dernier.
Les principales péripéties du drame de Schiller ont inspiré au musicien une suite de tableaux tourk tour agrestes, guerriers, gracieux, passionnés, sombres, éclatants, douloureux, patriotiques et triomphants. A la grâce de la cavatine et du duo italien est venue se joindre l'harmonie savante et profonde des chœurs allemands; mais ce qui domine dans tout l'ouvrage et ce qui le distingue, c'est la clarté et I énergique précision du génie français. Avant de passer k là citation des morceaux principaux, nous devons faire connaître quels furent les premiers interprètes de cette œuvre immortelle : Adolphe Nourrit, Arnold; Dabadie, Guillaume Tell; Alexis Dupont, le pêcheur; M""> Dabadie, Jeuimy; M«" Dainoreau, Mathilde; M"«Muri, Hedwige.
Chacun de ces rôles a été tenu depuis par bien des artistes célèbres. Nous nous bornerons à nommer notre grand chanteur Dupiez, pour lequel le rôle d'Arnold a été une suite de triomphes éclatants et mémorables. Toutes les traditions de cet éininent artiste ont été scrupuleusement conservées, et c'est dans Guillaume Tell qu'il a opéré la réforme salutaire de l'ancien récitatif; Duprez a donné k chacune des phrases du récit la va-
leur musicale et l'accent dont Rossini n'a cessé de poursuivre et da rechercher les formes, depuis son opéra de Tancredi jusqu'à celui de Guillaume Tell, qui en offre le plus parfait modèle. Mlle Nau a laissé de bons souvenirs dans le rôle de Mathilde ; Barroilhet était excellent dans celui de Guillaume. Doué d'une voix sympathique et vibrante dont il savait user avec une rare intelligence artistique, il enlevait la salle lorsqu'il disait la phrase : Il chante et l'Heloélie pleure sa liberté. Nul n'a été plus pathétique que lui dans la scène de lu pomme : Je te bénis en répandant des larmes.
Le caractère général du drame est parfaitement exprimé dans l'ouverture, divisée en quatre parties. D'abord un cantabile de violoncelle, plein d'une majesté suave, fait respirer le câline des solitudes alpestres ; puis un flnvz des vaches se fait entendre, au milieu de détails délicieux de cor anglais et <le petite flûte. En troisième lieu , de larges gouttes d'eau tombent sur les feuilles, l'ouragan s'avance, l'orage se déclare, tous les éléments sont déchaînés. Cette tempête est aussi une image des passions qui grondent dans le pays. Enlin le clairon sonne, la lutte s'engage et les chantr de victoire retentissent.
Le po6me de Guillaume Tell a été l'objet de justes critiques; on peut y relever de nombreuses naïvetés, telle3 que dans le duo : Cet êcueil qui s'élèoe entre nous de toute sa puissance ; ou bien dans cet auire : Il est donc sorti de son âme. ...Sa flamme ré/tondra à ma flamme, etc., quelques vers emphatiques, etc. Cependant, en dépit de cela, nous sommes d'avis que le livret de Guillaume Tell est suffisant. Un spectateur retient k la première audition une foule de passages dont l'accent lyrique l'a frappé. Tantôt c'est cette phrase de Guillaume :
Contre les feux du jour, que mon toit solitaire
Vous offre un abri tutélaire ; C'est là que dans la paix ont vécu mes aïeux, Que je fuis les tyrans, que je cache à leurs yeux Le bonheur d'être époux, le bonheur d'être père.
Tantôt cette phrase suave d' Arnold :
O Mathilde, idole de mon àme , et cette autre :
O ciel, tu sais si Mathilde m'est chère.
Il est évident qu'ici la force du rhythme et l'effet de quinte augmentée k la seconde masuie contribuent k rendre l'impression plus vive. Plus loin, le récitatif de Guillaume termine bien la troisième scène :
Je ne vois plus Arnold....
Je cours l'interroger ; toi, ranime les jeux.
UEDWIOE.
Tu me glaces de crainte, et tu parles de fête.
GUILLAUME
Qu'elle cache aux tyrans le bruit de la tempête; Etouffez-la sous vos accents joyeux, Elle ne doit gronder pour eux Qu'en tombant sur leur tète.
Il fallait que la poète sût assouplir son vers ! à la coupe si neuve des mélodies du maître. Sans les vers de mirliton, si l'on veut;
Hymênée,
Ta journée
Fortunée
Luit pour nous,
nous n'aurions pas eu ce chœur si parfumé de grâces chastes et charmantes.
Le librettiste a été moins heureux pour le chœur : Enfants de la nature. Il fallait au musicien un accent sur le second temps de la mesure, et partout cet accent porte k faux sur le texte. La scène de Leuthold est belle:
JES1MÏ.
Pâle et tremblant, se soutenant à peine. Ma mère, un pâtre accourt vers nous.