‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 992 sur 1059 · V. FRUGALITÉ · texte numérisé non relu

V. FRUGALITÉ

— EucïcI. Les anciens admettaient dans

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l'homme l'existence de quatre vertus : la justice, la prudence ou sagesse, le courage et la tempérance. Cette distinction se trouve dès les premiers jours de la philosophie morale. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire la République de Platon. Pour Platon, il y a trois parties dans l'homme : la raison, le cœur et le désir ; à chacune de ces parties correspond une vertu spéciale: à la raison, la prudence ou science ; au cœur, le courage ; au désir, la tempérance ; la justice est l'harmonie de ces trois vertus. La tempérance, ou vertu du désir, c'est-à-dire de la partie animale et immodérée de l'homme, est une manière d'être bien ordonnée; c'est l'empire qu'on exerce sur ses plaisirs et sur ses passions. On peut encore, dit Platon au livre IX de la République, se représenter l'homme comme' un être composé d'une hydre à cent têtes, d'un lion et d'un homme; la tempérance individuelle consistera à dompter l'hydre, de façon que le monstre n'usurpe pas dans notre vie le commandement qui n'est dû qu'à l'homme. Mais, dans la théorie morale du phi- . losophe ancien, la tempérance est plus qu une vertu individuelle; c'est une vertu sociale. La théorie des trois parties de l'âme et des quatre vertus se répète en effet, en s' agrandissant, dans l'Etat, qui n'est qu'une image de l'individu. De même qu'il y a dans l'homme trois parties subordonnées les unes aux autres, de même il y a dans l'Etat trois classes de citoyens : les magistrats , qui correspondent à la raison ; les guerriers, qui représentent le cœur, et les artisans et les laboureurs, qui sont le symbole du désir. Chaque classe de citoyens, comme chaque partie de l'homme, a sa vertu propre : la prudence est la vertu des magistrats, le courage celle des guerriers; mais quand il s'agit de la tempérance, l'analogie cesse brusquement, et cette vertu n'est pas attribuée spécialement, comme on s'y attendait, à la classe des artisans et des laboureurs. ■ Il n'en est pas, dit Platon, de la tempérance comme de la prudence ou du courage, qui, bien qu'ils résident dans une seule partie de l'Etat, le rendent néanmoins prudent et courageux-, la tempérance n'agit pas ainsi; mais, répandue dans tout le corps de l'Etat, elle établit entre les classes les plus puissantes, les plus faibles et celles qui sont intermédiaires un accord parfait sous le rapport de la prudence, de la force, du nombre des richesses ou de quelque autre chose que ce puisse être ; de sorte qu'on peut dire que la tempérance est cet accord même, cette harmonie naturelle de la partie inférieure et de ia partie supérieure pour s'entendre sur celle des deux qui doit commander à l'autre, qu'il s'agisse d un Etat ou d'un individu. » (Rép., liv. IV.) On le voit, Platon attribue ici à la tempérance le rôle qu'ailleurs il dit être celui de la justice.

L'antiquité tout entière admit cette théorie des quatre vertus et considéra la tempérance comme la modération dans les désirs et l'empire que l'homme exerce volontairement sur ses plaisirs et ses passions. Epicure, qui faisait consister le souverain bien et le but suprême de la vie dans le plaisir, admit, lui aussi, la tempérance au nombre des vertus. Le plaisir que l'homme doit rechercher, selon Epicure, n est pas le plaisir souvent violent des sens; pour ce philosophe, le plaisir de la chair n est que le remède d'une douleur; mieux vaut le plaisir constitutif, c'est-à-dire le plaisir paisible et durable de l'âme. Pour arriver à ce plaisir, seul souverain bien, seul but du sage, le seul moyen est la vertu; et la tempérance , en prévenant les douleurs qu'amènent les désirs violents et excessifs , sera pour nous une source véritable de plaisir.

Les modernes ont compté la tempérance au nombre des vertus ; mais, comme leur théorie de la vertu diffère de celle des anciens, la place et l'importance de la tempérance ne sont pas les mêmes que dans les théories de l'antiquité. On divise généralement les devoirs en deux grandes classes : devoirs envers nous-mêmes et devoirs envers nos semblables ; les devoirs envers nous-mêmes se subdivisent à leur tour en devoirs envers notre corps et devoirs envers notre âme. C'est parmi les devoirs envers notre corps que se range la tempérance. Et même les devoirs envers le corps se subdivisent aussi en devoirs négatifs ou stricts, dont l'observation est indispensable, et en devoirs positifs et larges, dont on peut, à la rigueur, se dispenser. C'est parmi ces derniers que les moralistes modernes rangent la tempérance. C'est un devoir pour nous de ne pas laisser les passions du corps empiéter sur les fonctions propres de l'âme ; mais c'est un devoir large dont nous restons libres de déterminer nous-mêmes les limites.

— Sociétés de tempérance. Ce sont des associations fondées en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, etc., dans le but de modérer l'ardeur héréditaire de ia race teutonne et de la race anglo-saxonne pour les liqueurs alcooliques. La première association de ce genre fut instituée, dit-on, par Sigismond de Sietrichstein en 1517. Le 25 décembre 1600, Maurice, landgrave de Hesse , créa l'ordre de la Tempérance. Chaque affilié contractait l'engagement de ne plus s'enivrer et de se contenter de sept coupes de vin à chacun de ses repas. Cette règle n'avait rien de trop austère , et il faut convenir que la tempe-

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rance des Hessois associés donne une assez triste idée de la sobriété de leurs concitoyens. Toutefois, la société ne put tenir, et le petit pombre de ses membres, y compris le landgrave fondateur, renonça rapidement à réformer les mœurs séculaires de la nation. L'intempérance et l'abus des liqueurs spiritueuses commencèrent à prendre un caractère inquiétant dans une partie de l'Europe vers le milieu du xvme siècle. A cette époque, l'intempérance en était arrivée à un tel point en Angleterre, que les marchands de gin annonçaient sur leurs enseignes que l'on pouvait s'enivrer pour 1 penny (10 centimes) et qu'il n'en coûtait que 2 pence pour devenir ivre-mort et avoir de la paille pour dormir jusqu'à ce qu'on fût dégrisé. Depuis lors, dans ce pays, en Ecosse, en Irlande, dans les pays Scandinaves, dans la Russie septentrionale et, après la 'guerre de l'Indépendance, aux Etats-Unis, l'usage immodéré des spiritueux est devenu un mal endémique, surtout dans les classes inférieures, et la consommation s'en élève à un chiffra incroyable. Cet état de choses ne tarda pas à frapper vivement les moralistes, et ce fut dans l'espoir d'y mettre un terme, ou tout au moins d'atténuer le mal, que l'on songea, au commencement de ce siècle, à organiser des sociétés de tempérance, dont la première digne de ce nom fut fondée aux Etats-Unis. Ces sociétés ne tardèrent pas à se diviser en deux groupes, l'un qui recommanda simplement à ses adhérents de pratiquer la tempérance; l'autre qui, tombant dans l'excès contraire à celui qu'il voulait combattre, prêcha l'abstinence complète (v. téa-totalisme). Les plus louables efforts furent tentés pour la propagation des nouvelles sociétés. Les philanthropes, les ministres protestants, les hommes d'Etat déployèrent un zèle infatigable ; c'était comme une croisade de moralisation et d'hygiène. Le plus célèbre de ces missionnaires de la sobriété était le P. Mathews, capucin, surnommé « l'apôtre de la tempérance, » et dont la parole enthousiaste retentit d'un rivage à l'autre de l'Atlantique.

Aux Etats-Unis, ce fut en 1808 que fut fondée à Moreau, dans, l'Etat de New- York, la première société de tempérance, laquulle adopta le principe de l'abstinence complète des spiritueux et eut peu de succès. En 1813, on fonda à Boston la société de tempérance dite du Massachusetts, qui proscrivit l'abus des liqueurs alcooliques, mais en toléra l'usage modéré. Les résultats obtenus ayant été insignifiants, on créa à Boston la Société américaine de tempérance , qui adopta le principe de l'abstinence absolue et qui ob- , tint un succès éclatant. D'après M. Lunier, à qui nous empruntons les faits consignés dans ce résumé historique, on comptait en 1829, aux Etats-Unis, près de 1,000 sociétés locales, comptant environ 100,000 adhérents; en 1835, il existait 8,000 sociétés locales et 23 sociétés d'Etat, comprenant 1,500,000 adhérents. En 1831, le Congrès se constitua en société de tempérance et, cette même année, le ministre de la guerre interdit dans l'armée l'usage des liqueurs alcooliques.

Les résultats généraux qu'on obtint furent une diminution notable dans le nombre des distilleries et dans la consommation de gin, de rhum et d'eau-de-vie. La mortalité par suite d'ivresse, qui, aux Etats-Unis, était annuellement de près de 40,000 personnes avant 1828, diminua également d'une manière sensible. Cependant, ces sociétés, qui sont tombées, au reste, dans une décadence marquée, n'ont pas toute la portée qu'on leur suppose, malgré les résultats brillants qu'elles ont donnés dans les premières années d'enthousiasme. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, aux Etats-Unis, la règle fondamentale de l'association, c'est l'interdiction de l'eau-de-vie ; les vins n'en sont pas prohibés. Or, comme les Américains ont le p!u3 profond dédain pour les vins ordinaires, trop longs à enivrer, et qu'ils traitent même le bordeaux de petit vin (claret), ils peuvent, sans manquer aux règles de la société de tempérance, s'enivrer de porto et de madère ; et l'on sait combien les Anglais et les Américains, surtout ceux des hautes classes, en consomment annuellement 1

Les sociétés de tempérance, en exigeant moins la tempérance qu'une abstinence rigoureuse des liqueurs fortes, ne tardèrent pas à perdre du terrain et l'ivrognerie reprit une marche ascendante. C'est pour la combattre avec des armes nouvelles que s'est produit, vers 1873, un mouvement organisé et dirigé parles femmes, qui se rendent en troupes tout autour des boutiques de débitants de boissons, les assiègent, entonnent des cantiques, chantent des prières, empêchent l'accès de la boutique et finissent, tant par leur présence assidue que par leurs importunités calculées, par contraindre les marchands de liqueurs à fermer boutique. A la tête de cette nouvelle association se trouve Mme Stewart, présidente de la Société de tempérance de Springfield. Les femmes qui en font partie et qui ne se laissent arrêter par aucune considération, par aucun obstacle, sont parvenues à faire fermer un assez grand nombre de cabarets dans de petites localités, mais elles ont eu moins de succès dans les grandes villes. Les cabaretiers de New-York, de Philadelphie, de Cincinnati, dePittsburg, etc., no sont pas gens, en général, à se laisser intimider par des psaumes; aussi se sont-ils

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défendus jusqu'ici avec succès contre le tempérance movement et, dans plusieurs endroits; les trop zélées missionnaires de la tempérance n'ont recueilli que des huées.

Les sociétés de tempérance ont beaucoup contribué, aux Etats-Unis, à la création de nombreux hôpitaux d'ivrognes, dont les plus remarquables sont celui de Binghampton ; le Washingtonian Home, fondé à Boston en 1857 ; Ylnebriate Asylum de l'Ile Ward, ouvert en 1869.

Des sociétés de tempérance ont été fondées dans les colonies anglaises de l'Amérique du. Nord en 1828 ; au Cap de Bonne-Espérance, dans les îles Sandwich et de la Société, chez les Hottentots, en 1831 ; aux Indes orientales et aux Antilles, en 1833; à Terre-Neuve, & la Nouvelle - Hollande , en Australie , en

La première société de tempérance fondée en Europe est celle de Skibbereen, en Irlande (1817). Toutefois, le mouvement ne commença à s'accentuer dans ce pays qu'en 1 829, époque où l'on établit une nouvelle société à New-Ross, et il prit un grand développement à partir de 1838, grâce à l'active propagande et aux prédications du Père Mathews. Depuis la mort de ce dernier (1S56), les sociétés de tempérance ont perdu beaucoup de leur influence dans ce pays.

En Ecosse, une première société s'est constituée en 1829 à Glascow. En 1844, on en comptait environ 400, rattachées à la Scottish Tempérance League.

En Angleterre, la première société de tempérance fut fondée en 1831, à Bradford, sous le nom de Société de tempérance britannique et étrangère. En 18ÏS, on en comptait plus de 500, ayant ensemble 130,452 adhérents; en 1873, on évaluait à 3,700,000 les adhérents de toutes les sociétés anglaises de tempérance. La plus importante de ces sociétés, toutes fondées sur le principe de l'abstinence absolue, est la Ligue nationale, constituée le l«r jum issg.

Ce fut à Stockholm qu'on fonda, en 1831, la première société en Suède. Cet exemple fut rapidement suivi dans d'autres villes; mais, à la suite de lois qui frappèrent le commerce des spiritueux, la consommation des boissons alcooliques ayant considérablement diminué, les sociétés de tempérance perdirent en partie leur raison d'être. On en compta une centaine en Suède et autant en Norvège.

Dresde e3t la première ville de l'Allemagne où l'on ait établi une société de tempérance (1832). L'Allemagne comptait, en 1854, 1,426 sociétés, ayant environ un million d'adhérents.

En Hollande, ce fut également en 1832 que la première société fut constituée. Dix ans plus tard , on fonda, sur le principe de l'abstinence complète , la Société néerlandaise pour l'abolition des boissons fortes. Cette société, parfaitement organisée, comptait, en 1873, environ 15,000 adhérents.

En Suisse, on a créé, depuis 1858 environ, une société contre l'ivrognerie à Neuchâtel; une association contre l'eau-de-vie à Yal-de- Ruz ; la Société de tempérance de la Suisse romande (1871).

En Belgique, c'est seulement en 1872, sur la proposition de la Société de médecine d'Anvers, qu'on a résolu d'établir des sociétés de tempérance.

Il n'en existe pas en Danemark, en Autriche et en Russie.

En France, on a essayé, à diverses reprises, d'établir des sociétés de ce genre, notamment à Amiens en 1835, à Rouen, à Versailles (1S51), dans le Finistère et la Vendée (1869) ; mais ces tentatives n'ont eu que des résultats insignifiants. Dans notre pays, bien que l'ivresse n'y soit pas inconnue, elle est loin d'avoir un caractère aussi repoussant et d'aussi terribles résultats qu'en Angleterre et en Amérique. C'est l'Académie de médecine de Paris qui a provoqué la fondation des deux seules sociétés de tempérance qui existent aujourd'hui en France. Dans un Avis sur les dangers qu'entraine l'abus des boissons alcooliques (30 novembre 1871), rédigé au nom de l'Académie, le docteur Bergeron se prononça pour la création de sociétés de tempérance. Cet appel fut entendu, et, depuis lors, deux sociétés ont été créées. Celle qui, jusqu'ici, a le plus fait parler d'elle est la Société française de tempérance, association contre l'abus des boissons alcooliques, qui compte parmi ses présidents MM. Passy, Dumas, etc., et dont le secrétaire général est le docteur L. Lunier. Cette société , fondée en 1872, appartient à la catégorie de celles qui attaquent, non l'usage, mais l'abus des boissons alcooliques. Elle s'est proposé un double but: démontrer par tous les moyens possibles les misères . et la dégradation qui accompagnent l'ivrognerie et remplacer par des liqueurs saines, livrées à bon marché, les liqueurs malsaines que le commerce vend cher. Chaque année, elle décerne des prix qui varient de 500 francs à 2,000 francs pour des mémoires dont elle indique les sujets et qui tendent au double but que nous venons d'indiquer. Depuis 1873, la Société publie un bulletin spécial intitulé Tempérance.

— Iconogr. La Tempérance est ordinairement représentée sous les traits d'une femme à la physionomie douce et modeste, s'appuyant sur un vase renversé et tenant à la

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main un frein ou un mors. Une figure de ce genre a été sculptée en bas-relief par Poultier dans la chapelle du château de Versailles. Une statue de marbre, san3 autre attribut que le mors, Be voit au musée du Louvre et a fait partie du monument exécuté en l'honneur <lu due de Longueville pur François Anguier; cette ligure a une expression très-gracieuse. « On pourrait, dit de Clarac, désirer plus de simplicité dans la pose, et dans les draperies plus de légèreté et un meilleur goût d'ajustement; mais la tète, d'un caractère agréable , et les extrémités offrent de jolis détails. ■ Une statue de la Tempérance, exécutée en bronze par Gumery, décore la fontaine Saint-Michel, à Paris. Une statuette, par Emile Carlier, a paru au Salon de 1861. M. Barthélémy Frison a sculpté pour l'église Saint-Eustache, à Paris, une statue de pierre intitulée l'Ange de la tempérance. Des figures allégoriques de cette vertu ont été gravées par Hans-Sebald Beham (1539), J.-J. Frey (d'après le Domiuîauîn, 17Î5) , Cornelis Matsys , etc. V. Vertu (ieonogr.).

Un pastel de Rosalba Carriera, qui appartient au musée de Dresde, représente la Tempérance sous la figure d'une jeune fille qui verse de l'eau dans une coupe. I) y a sur le même sujet un tableau allégorique de Cima da Conegliano dans la galerie de l'Académie des beaux-arts, à Venise.

TEMPÉRANT, ANTE adj, (lan-pé-ran, ante — rad. tempérer). Doué de tempérance : L'homme tempérant est celui qui modère ses appétits suivant la droite raison. (Aead.) Soyez tempérants dans les plaisirs, pour en jouir plus longtemps. (Montesq.) On te voit revenir des portes da la mort Plus ferme, plus constant, plus tempérant, plus fort.

Voltaire.

— Sobre, modéré dans l'usage des aliments et des boissons : Cet autre, qui, pour conserver une taille fine, s'abstient de vin et ne fait qu'un seul repas, n'est ni sobre ni tempérant. (La Bruy.)

— Méd. Se dit des médicaments auxquels on attribue des propriétés lénitives ou calmantes : Poudre tempérante de Stahl.

— Substantiv. Personne tempérante : Le tempérant est un homme qui s'observe et fait son profit de la. sottise d'autrui. (Virey.)

— s. m. Médicament tempérant : Les tempérants sont de légers calmants. (Nysten.)

— Encycl. Art Vétér. Il existe une grande série de maladies dans les animaux pendant le cours desquelles on remarque une élévation de température à la peau, de la force et de la fréquence dans le pouls, de la rougeur aux muqueuses apparentes, de la chaleur et de la véhémence dans Ja bouche, une soif très-grande, de la constipation, etc, Or, parmi les moyens thérapeutiques dont le vétérinaire peut disposer pour diminuer ou faire cesser les symptômes dont il s'agit et combattre même ia maladie dont ils sont l'expression, il est une classe de médicaments qui font obtenir ce résultat. Les agents qui possèdent cette précieuse vertu ont reçu les noms de tempérants, parce qu'ils servent à modérer l'agitation du sang et les mouvements trop rapides du système circulatoire; de rafraîchissants, parce qu'ils diminuent la chaleur générale; d'antiphlogistiques, parce qu'ils sont employés plus spécialement pour combattre les inflammations ou phlogoses ; enfin d'acidulés, parce qu'ils procurent le sentiment de l'acidité sur l'organe du goût et que, d'ailleurs, des éléments acides font partie de leur composition.

Les médicaments tempérants sont très-employés en médecine vétérinaire. C'est surtout dans le début des maladies inflammatoires du tube digestif et notamment dans celles qui sont dues aux effets irritants des plantes acres ou narcotico-âcres , dans les maladies des organes génito-urinaires, dans la fourbure et pendant le cours de la lièvre de réaction qui suit les opérations graves qu'on en l'ait usage. Dans quelques maladies qui sont la conséquence d'une altération du sang, comme dans les maladies charbonneuses et typhoïdes, les tempérants sont encore d'un puissant secours. Ces médicaments sont d'ailieurs faciles à se procurer ; ils se préparent avec facilité et promptitude, et leurs effets sont prompts et puissants.

Les acides végétaux et minéraux forment la composition principale des médicaments rafraîchissants. On les unit au miel, au sirop et à l'eau pour les rendre plus agréables aux animaux.

Tous les tempérants sont tirés du règne végétal et du règne minéral. Ils ont une saveur fraîche, acide, excitant la sécrétion de la muqueuse de la bouche. Ce sont l'oseille, la surelle, les acides acétique, taririque, basique, sulfurique, chlorhydrique, le lartrate et l'acétate de potasse.

L'oseille fournit pour les animaux des principes qui possèdent les mêmes vertus que ceux des oranges et des citrons dont on se sert dans la médecine de l'homme. Les feuilles et les tiges de cette plante sont employées; elles ont une saveur aigrelette et Hgréable, qui est due au suroxalate de potasse qu'elles renferment. Cette plante se trouve abondamment répandue dans la campagne, soit dans les jardins, soit dans les prairies. Ou traite lès feuilles par décoction

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et on obtient un liquide acidulé qui, en pharmacie humaine, porte le nom de bouillon aux herbes. Ce liquide uni au lait, au petit-lait, à la crème donne des breuvages rafraîchissants et peu chers, qu'on administre à toutes les espèces d'animaux domestiques. Ces breuvages calment la soif, modèrent l'ardeur fébrile, diminuent la chaleur intérieure et favorisent la sécrétion urinaire. Donnés à grandes doses aux jeunes bétes à cornes, à laino et aux chiens, ils provoquent même une légère purgation. Aussi les emploie-t-on avec succès dans les inflammations du tube digestif. On doit les rejeter dans les phlegmasies de la poitrine, parce qu'ils excitent la toux. Les feuilles de la surelle acide, qui croît dans les bois ombragés et humides, ont une saveur qui rappelle celle de l'oseille. De môme que dans cette dernière, cette saveur est due à la présence du" bioxalate de potasse. Aussi leurs feuilles jouissent-elles des mêmes propriétés et sont-elles employées dans les mêmes circonstances. En Suisse, en Souabe, On cultive cette plante en grand pour en retirer f'oxalate acide de potasse, qui est connu dans le commerce sous le nom de sel d'oseille. L'acide acéiique pur n'est point employé en médecine vétérinaire. Il agit avec énergie sur les tissus organiques, qu'il rubélie violemment en déterminant une vive cuisson et beaucoup de chaleur; mais le vinaigre du commerce est très-rafialchissaiit, très-fréquemment employé. C'est un liquide précieux pour lu médecine vétérinaire. Etendu d'eau dans une proportion telle qu'il n'ait qu'une saveur aigrelette agréable, il forme des breuvages qui portent le nom d'oxyorat, dont on fait un grand usage dans les inflammations de la bouche et du canal intestinal. A l'extérieur, ce mélange s'emploie en lotions, en applications dans les contusions, les érysipèles, la piqûre des- abeilles, des guêpes, etc. Si l'on ajoute à l'oxyerat une certaine quantité de miel, on compose l'oxyinel, qui forma de très-précieux breuvages pour les animaux atteints de fièvre de réaction intense, de pissement de sang et de fourbure. Le vinaigre pur , froid et surtout chaud est souvent employé comme révulsif. Administré à l'intérieur à des doses assez fortes et en fumigations, il agit comme antiseptique; on le donne aussi souvent avec avantage quelque temps après les empoisonnements par la ciguë, la belladone, la jusquiame, ios euphorbes, les renoncules. L'acide sulfurique est aussi employé comme tempérant, étendu d'eau jusqu'à acquérir une agréable acidité. On obtient ainsi des breuvages qui reviennent à de très-bas prix, et on les emploie dans toutes les circonstances où les breuvages vinaigrés sont indiqués. On se sert aussi' de l'acide chlorhydrique et de l'eau de Raye). Cette dernière, surtout, procure des effets tempérants, et, en outre, elle tond à augmenter la coagulation du sang et à modifier ses altérations septiques. Aussi est-elle très-utile dans les affections charbonneuses et gangreneuses. Les acides tartrique, citrique et oxalique, employés comme tempérants dans la médecine humaine, sont négligés dans la médecine des animaux k cause de leur prix élevé. L'acétate de potasse, le tartrate acide de potasse soluble ou la crème de tartre, le nitrate de potasse ou sel de nitre sont des sels solubles, d'une saveur fraîche, qui, k petites doses et en solution dans l'eau pure ou dans les oxymels, ajoutent beaucoup a la vertu tempérante des Jureuvages. L'acétate et le nitrate de potasse leur font acquérir une propriété diurétique, qu'il importe de bien apprécier dans les inflammations où les urines sontrares et irritantes. Enfin, la crème de tartre, indépendamment de sa propriété tempérante, possède une propriété purgative très-recommandabie dans les affections aphtheuses et bilieuses qui compliquent les entérites.

TEMPÉRATURE s. f. (tan-pé-ra-tu-ro — latin temperatura, proprement juste proportion, constitution régulière, puis, par extension, état accidentel, spécialement état do l'air; du verbe teniperare, tempérer, mélanger convenablement, modérer). Etat atmosphérique considéré au point de vue de son action sur nos organes : Température froide, humide. La température de Jersey est celle de la cote bretonne. (Vacquerie.) En Sibérie, c'est toujours le vent du nord qui élève la température. (Babinet.) Les circonstances dans lesquelles la fécondation s'opère le mieux sont une tempéhaturk un peu chaude et un peu de pluie. (M. de Doinbasle.) Préservezvous en tout temps de l'humidité, du froid aux pieds, des courants d'air et des changements brusques de température. (Raspail.J

— Degré de chaleur : Température d'un bain. Température du corps. Température d'une chambre. Entre les tropiques et en pleine mer, la température de l eau de l'Océan variepeu. (Arugo.)ia température d'un appartement doit être maintenue de 16° à 18° centigrades. (A. Maury.) A mesure que l'on s'enfonce dans le sol, la température s'élève. (A. Maury.) L'air dissout d'autant plus d'eau que fo température est plus élevée.(A. Liber.) La température du corps humain est de 37° centigrades. (F. Pillon.)

— Fig. Etat particulier susceptible d'être évalué, comparé : Les amis sont les thermomètres par lesquels nous pouvons juger de la température de notre fortune. (M"ao de Blés-

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sington,) La température morale de l'Angleterre est âpre entre toutes. (H.Taine.)

— A signilié Tempérament : AI. le cardinal de Lorraine fut d'une température où il n'y avait rien à désirer. (Malherbe.)

— Syn. Tempéi-niui-e, icmpt. La température n'a rapport, qu'à la chaleur ou au froid, à l'humidité ou à la sécheresse. Le temps embrasse dans sa signification tout l'état du ciel et de l'air. On dit également bien un temps froid ou une température froide, sèche ; mais temps est le seul mot auquel on puisse joindre les adjectifs clair, sombre, nuageux, orageux. De plus, la température désigne un état réglé, qui persiste, et temps peut marquer un état qui ne dure qu'un instant. Quand on veut peindre le climat propre à un pays, température peut servir; on dit bien la température de l'Italie, otfne dirait pas le temps de l'Italie.

— Encycl. Si l'on considère l'influence que la chaleur exerce sur le développement et l'entretien de la vie des végétaux et des animaux; si l'on tient compte du rôle qu'elle joue dans la plupart des actions physiques et chimiques, on ne tardera pas à reconnaître que cette cause, si éminemment active, est, soit à raison de son énergie, soit k raison tle la durée de son action, la source du plus grand nombre de phénomènes. Le mot température sert ordinairement à indiquer les divers degrés de froid ou de chaud ; quelquefois, cependant, on lui donne une acception moins restreinte, et alors il s'applique à l'ensemble des deux conditions (intensité et durée) "auxquelles sont subordonnés los effets que produit la chaleur. Dans le premier sens, ou dit la température de liquéfaction de ,a glace, de la cire, de l'étain, du plomb; température de l'ébullition de l'eau, du mercure, de l'huile, etc., pour exprimer le degré auquel ces corps doivent être chauffés, les uns pour se convertir en liquides et les autres pour devenir fluides élastiques. Dans le second sens, l'idée que l'on attache à l'expression température d'un climat, d'une contrée se compose, non-seulement de l'intensité du froid et du chaud qu'on y a observée, mais encore du temps plus ou moins long pendant lequel l'un ou l'autre a persisté.

Sans prétendre rien décider sur la température primitive de la terie, sans examiner si l'état actuel des choses est ou n'est (tas le résultat d'un équilibre définitivement établi, nous regarderons la terre comme un globe qui doit sa température à l'influence d'une cause calorifique, dont l'action, périodiquement variable, se fait très-inégalement ressentir aux différents points de la surface qu'elle échauffe ; et, de plus, nous admettrons l'existence de causes locales, constantes ou accidentelles, susceptibles de modifier assez l'énergie de la puissance primitive pour qu'on ne puisse, sans consulter l'observation, déterminer ce que l'on a nommé la température moyenne d'un lieu.

Lorsque l'atmosphère est calme et que rien ne trouble sa transparence, la chaleur croit depnis le lever du soleil jusque vers deux heuresde l'après-midi; puis elle diminue jusqu'au lendemain matin ; en sorte que dans l'espace de vingt-quatre heures les variations de température offrent deux séries à peu près semblables, l'une croissante et l'autre décroissante. Or, l'effet total, celui qu'il importe de connaître, se compose de la somme des actions particulières qui se développent, non-seulement dans le court intervalle d un jour, mais encore durant la période beaucoup plus longue d'une année.

[1 semblerait, d'après cela, que pour obtenir la température moyenne d'un jour il faudrait tenir compte de toutes les variations thermométriques qui ont lieu durant vingtquatre heures, faire la somme de ces observations, que l'on diviserait ensuite par leur nombre ; ce quotient serait la quantité cherchée. La marche du thermomètre est heureusement telle que l'on aura beaucoup plus facilement la température moyenne d'un lk-u pour un jour donné en prenant la moitié de la somme de deux observations, faites l'une au moment du lever du soleil et l'autre environ deux heures après que cet astre est parvenu à sa plus grande hauteur. Enfin, dans l'état le plus habituel de l'atmosphère, une seule observation faite vers neuf heures du matin ou à l'instant du coucher du soleil donne sensiblement le même résultat.

Des causes accidentelles modifiant souvent l'action solaire, on conçoit qu'une observation isolée ne serait d'aucune utilité ; niais en prenant la moyenne de toutes celles qu'on a recueillies dans l'espace d'un mois, on obtiendra la moyenne de ce mois. Cette évaluation est beaucoup plus constante que la précédeute; aussi, en comparant les résultats de plusieurs années d'observations, on ne trouve que des différences assez légères dans la température moyenne des mois correspondants, différences que l'on rendrait plus faibles encore en faisant abstraction de certaines époques assez rares et qui ont été remarquables par des froids ou des chaleurs extraordinaires. Jl y aurait d'autant moins d'inconvénient à négliger ces sortes d'exceptions, que l'on doit les regarder comme des accidents qui finissent par être compensés lorsqu'il a été possible de réunir un assez grand nombre d'observations. En suivant cette méthode, ou a reconnu que dans notre

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climat Je mois de janvier est le plus froid <1« l'année , que la température s'élève lentement pendant février, mars et avril, qu'elle croit ensuite plus rapidement en mai, juin, juillet et août; en général, la température de ceï deux derniers mois diffère très-peu. Après cette époque, la chaleur diminue graduellement et une nouvelle période recommence.

Les années; les plus froides ne sont point toujours celles où le thermomètre est descendu le plus bas, mais bien les années où la moyenne a été la moins élevée. Comme, k de légères modifications près, les mêmes conditions atmosphériques reviennent périodiquement, il en résulte que la moyenne annuelle doit être sensiblement constante. C'est aussi ce que montre l'expérience. Dès lors, on conçoit que, sous le rapport des constitutions météorologiques, cette connaissance est une de celles qu'il importe davantage d'acquérir; mais il faut beaucoup de persévérance pour que l'on puisse sans interruption recueillir des observations ihermomôtriques pendant une année, et k plus forte raison pendant plusieurs, il serait donc utile de trouver la solution de ce problème : « Conclure, d'après un petit nombre d'observations faites à une époque donnée de l'année, quelle est la température moyenne annuelle d'un lieu.» Celle question estsansdoute loin d'être résolue; néanmoins, il paraît que dans l'hémisphère boréal la température moyenne du mois d'avril diffère peu de celle de l'année. On pourrait encore obtenir k cet égard quelques indices en observant une seule fois un thermomètre placé dans un lieu profond, inaccessible k la lumière et où l'air se renouvelle difficilement. On sait, en effet, qu'à une certaine profondeur au-dessous de la surface de la terre, dans les caves de l'Observatoire de Paris, par exemple, la température n'éprouve que da légères modifications et est a peu près égale k celle que l'on obtient en prenant la moyenne des observations régulières que l'on fait dans le cours d'une année. Co procédé, qui, au surplus, ne donne que des résultats approximatifs, n'est point applicable aux lieux élevés, à cause de l'abaissement de température qui se manifeste dans les hautes régions de 1 atmosphère, ce que prouvent les expériences faites par divers physiciens avec des thermomètres placés dans une même verticale, et ce que prouvent bien mieux encore les neiges éternelles qui, même sous I'équateur, recouvrent le sommet des montagnes les plus élevées. La profondeur des lieux où l'on fait l'observation doit elle-même être limitée, car, k mesure que l'on descend plus profondément audessous de la surface de la terre, on trouve une température de plus en plus élevée.

En supposant qu'à l'aide des méthodes qui viennent d'être indiquées on ait déterminé la température moyenne d'un grand nombre de lieux pris k la surface de la terre, il serait facile, en les comparant, de voir quelle est l'influence des localités; en effet, le globe achevant sa révolution autour de son axe en vingt-quatre heures, il présente successivement au soleil la totalité ou la presque totalité de sa surface ; mais, k raison de sa figure sphérique, toutes ses parties ne reçoivent point également l'influence des rayons calorifiques qui le frappent; ceux dont la direction est oblique ne produisent qu'une portion de l'ett'et qu'ils feraient naître s'ils agissaient perpendiculairement. De .plus, l'axe de la terre étant incliné au plan de l'écliptique, le globe, durant sa révolution annuelle, présente tour à tour à l'influence directe des rayons solaires la portion de sa surface située entre les deux tropiques, d'où résulte pour cette région une élévation de température qui lui a mérité le nom de zone torride. La même cause fait que la durée des jours ou, ce qui revient au même, la durée de l'action solaire varie pour chaque hémisphère suivant l'époque de l'année, qu'elle augmente ou diminue avec la déclinaison du soleil, en sorte que dans l'hémisphère boréal elle est k son plus haut degré lorsque cet astre est parvenu au tropique du Cancer, tandis qu'elle atteint son minimum lorsqu'il arrive k 1 autre tropique; relativement à l'hémisphère austral les 1 1 1 è 1 1 1 e y phénomènes ont lieu, mais en sens inverse.

Tous les ans, à des époques correspondantes, les positions du soleil et de la terre redevenant exactement les mêmes, on devrait sur chaque parallèle voir périodiquement se renouveler les mêmes températures ; mais il n'en est point ainsi, et l'observation prouve •que des lieux également éloignés de I'équateur et situés dans le même hémisphère ont souvent des températures très-différentes, et même, dans un lieu donné, les indications thermométriques sont loin de suivre dans leur marche la progression régulière k laquelle semblerait devoir les assujettir l'influence des conditions astronomiques dont elles sont la conséquence. La première de ces anomalies s'explique aisément par l'action de causes locales permanentes, et la seconde dépend évidemment des nombreuse!

vicissitudes auxquelles est si fréquemment exposée la masse atmosphérique. Au nombre des causes locales et permanentes, il faut ranger l'élévation des lieux au-dessus du niveau de l'Océan, le rapport qui existe entre les parties solides et liquides du globe, l'inclinaison du sol, sa nature, l'état habituel de sa surface, la direction ordinaire des

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vents, leur intensité, ainsi que leur état de sécheresse ou d'humidité.

D'après cela, 011 voit que si l'on traçait à la surface du globe des lignes isothermes, c'ost-u-dire des lignes passant par des lieux qui, également élevés au-dessus du niveau île la mer, ont une même température, ces ligues non-seulement ne seraient point paru lléles à l'équateur, mais encore pourraient fort bien n'être pas parallèles entre elles. Ce. travail, qui ne pouvait être que le fruit de lu discussion et de la comparaison d'un grand nombre d'observations, avait été entrepris par Ualley, Mairan, Kirwan et Lambert; mais il laissait beaucoup à désirer, A. de Humboldt, en joignant ses propres recherches à celles des physiciens qui l'avaient précédé, a été beaucoup au delà; on peut aisément s'en convaincre en lisant lu dissertation qu'il a publiée dans le troisième volume des Mémoires de la Société d'Arcueil; cette dissertation a pour titre : Des lignes isothermes et de la distribution de la chaleur à la surface du globe,

A. de Humboldt, en marquant sur une mappemonde tous les points dont les températures moyennes annuelles sont 0°, 5<>, 10", 15°, 20°, a obtenu ce qu'il nomme les bandes isothermes de 0° à 5», de 5° à 10°, de 10° a 150 et de 15° a 20°; i! s'est assuré qu'en Europe elles ont leur sommet convexe situé presque sous un même méridien; après quoi, de l'un et de l'autre côté, elles s'abaissent vers l'équateur pour se relever de nouveau et avoir un autre sommet convexe sur la côte occidentale de l'Amérique. Si un pareil tracé recouvrait toute la surface du globe, il donnerait une mesure bien exacte de l'influence perturbatrice des causes secondaires qui mouillent la température et, dés lors, fournirait les notions les plus exactes que l'on puisse acquérir sur cette partie de la météorologie. Indépendamment des lignes isothermes dont il vient d'être parlé et qui se rapportent à une hauteur fixe prise au bord de !a mer, Humboldt en conçoit d'autres qui, sous chaque latitude, s'éloignent complètement de la surface du globe et répondent à des températures de plus en plus basses. Ainsi, sons l'équateur, au niveau de la mer, la température moyenne est 27°, 5, tandis qu'à 5,000 mètres de hauteur elle est 0° ; mais, k mesure que la latitude augmente, pour obtenir un abaissement de température donné la quantité dont il faut s'élever va toujours en diminuant.

Une question qui a été souvent agitée est celle-ci : « Dans un lieu donné, lu température est-elle aujourd'hui ce qu'elle fut autrefois? » L'invention du thermomètre, qui ne remonte pas au delà de deux siècles, est trop récente pour qu'on puisse répondre avec précision. Néanmoins, en comparant certains phénomènes, tels que la congélation des rivières, celle des fleuves, des mers, etc., dont les auteurs nous ont conservé le souvenir, avec ces mêmes phénomènes observés de nos jours, on est conduit à penser que les conditions de température sont à présent ce qu'elles ont toujours été, au moins dans la période historique; c'est du moins ce que semble indiquer une courte notice sur l'état ttiennométrique du globe, dont on est rede- \able à Arago, et dans laquelle il a également consigné une table des températures les plus hautes et les plus basses observées à Paris depuis environ cinquante ans.

Les physiciens ne se sont point contentés d'étudier les changements de température qu'éprouve la surface de la terre; ils ont encore désiré connaître celies qui régnent h lu surface de lu mer et à des profondeurs plus ou moins considérables au-dessous do son niveau. Le résultat auquel l'observation les a conduits est qu'en pleine mer ta température de l'air atteint son maximum à midi précis, tandis que celle de l'eau n'y arrive quo vers deux heures après midi; mais dans aucun cas cette température ne s'élève au-dessus de 30° centigrades, tandis que sur terre elle peut aller jusqu'à 45°. Kn mesurant la température des eaux profondes pendant un temps chaud, on observe qu'elle diminue k mesure que la profondeur augmente, ce qui avait fait penser à quelques savants qu'il serait possible que le fond de la mer ne fût qu'un banc de glace, opinion fausse, puisque, le maximum de densité de l'eau ayant lieu à 4°, 5, la glace devrait nécessairement se porter k la surface. D'ailleurs, lorsque la température extérieure est au-dessous de 0°, celle qui répond aux diverses profondeurs n'est jamais moindre de 3° ou 4°. Le peu de conductibilité de l'eau explique cette permanence de température, que l'on peut aussi attribuer à des courants d'eau froide qui s'établiraient des pôles vers l'équateur, en même temps que des courants chauds et plus superficiels auraient lieu des tropiques vers les pôles. C'est au moins la seule manière d'expliquer comment il se fait qu'entre les tropiques, où le froid ne va jamais au delà de 20° centigrades, des sondages faits à 300 et 500 mètres de profondeur ont indiqué des températures de 7° et de 9<>.

Les eaux de la mer ne sont point les seules qui présentent ce phénomène ; un grand nombre d'observations recueillies par Saussure sur les eaux des lacs de Genève, de Lucerne, de Constance, de Neufohàtel, etc., lui ont fait voir qu'à des profondeurs variables depuis 150 jusqu'à 600 pieds la température de

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l'eau profonde était aux époques chaudes de l'année de beaucoup inférieure à la température des eaux de la surface.

Les êtres vivants tendent, ainsi que les autres êtres de la nature , k se mettre en équilibre de température avec les différents milieux dans lesquels ils sont plongés ; mais il existe en eux des causes qui préviennent l'effet de cette tendance, en sorte qu'ils peuvent se maintenir k une température supérieure ou inférieure à celle du milieu ambiant, et c'est particulièrement chez les animaux dont l'organisation est la plus parfaite que cette propriété est le plus remarquable. Ainsi les expériences de Tillet et Duhamel, celles de Fordyce, Banks, Blakeden et Solender, et plus récemment encore les travaux de Berger et Delaroche, ont fait voir que les animaux pouvaient vivre et conserver leur température dans une étuve fortement chauffée, de même que, sans se refroidir sensiblement, ils peuvent rester longtemps plongés dans un milieu très-froid.

TEMPÉRÉ, ÉE (tan-pé-ré) part, passé du v. Tempérer. Modéré, atténué : L'ironie est d'autant plus mordante qu'elle est tempérée par la finesse. (Ghateaub.) Les esprits petittants,' tempérés par un grain de sens et de jugement , deviennent supérieurs. (Grimm.) Le prolétariat moderne est une espèce d'esclavage tempéré par le salaire. (Lamart.) Le despotisme paternel de l'empereur d'Autriche est tempéré par la schlague et le carcere duro. (Cormen.)

Les disgrâces désespérées, Et de nul espoir tempérées, Sont affreuses à soutenir.

J.-B. Rousseau.

— Cainie, non exalté, qui ne va pas aux excès : Esprit, caractère tempéré. Son humeur tempérée lui attira de nombreux amis.

— Où la température n'est jamais ni trèsbasse, ni très-élevée : Les climats tempérés. Le lynx n'habite que les pays froids ou temtéres. (Buff.) Les climats tempérés sont plus propres à la société qu'à la poésie. (M'ne de Staël.) Le gouuernement du monde semble appartenir désormais aux régions tempérées et aux classes moyennes. (V. Hugo.) En général, dans les climats froids ou tempérés, l'apparition des insectes coïncide avec le retour de la végétation. (A. Maury.)

— Géogr. Zones tempérées, zones situées entre l'une des zones glaciales et la zone torricie : Il fait beaucoup plus froid sur les zones tempérées de l'hémisphère austral que sous celles du septentrion des mêmes parallèles. (Virey.)

— Politiq. Monarchie tempérée, celle où l'autorité du souverain est limitée par une constitution : La monarchie anglaise est une

MONARCHIE TEMPÉRÉE. La MONARCHIE TKMl'K-

rée peut sauver une nation épuisée par ledespotisme et l'anarchie. (Boiste.)

— Rhétor. Se dit d'un genre de style moins élevé, moins noble que le genre sublime, et plus orné que le genre simple : Style tempéré. Eloquence tempérée. Le style tempéré seul est classique. (J. Joubert.)

— Mus. Gamme tempérée, gamme dans laquelle la note bémolisée et la note diésée consécutives sont remplacées par un ton intermédiaire s'éoartaut très-peu de l'une et de l'autre.

— s, m. Température intermédiaire entre la glace et les grandes chaleurs : Le thermomètre marque le tempéré, est au tempéré. (Acad.)

— Rhétor. Style, genre tempéré : Cet orateur ne s'élèoe guère au-dessus du tempéré. (Acad.)

— Encycl. Rhétor. Les écrivains qui ont traité de la rhétorique ont donné le nom de genre tempéré au genre d'éloquence qui est entre le sublime et le simple. • Voisin du simple et du sublime, dit l'un de ces écrivains, ou plutôt également éloigné des deux, il n'a ni toute la finesse et la naïveté du premier, ni la véhémence du second; mais sa marche douce et coulante a l'heureuse facilité de l'un et quelquefois la noblesse de l'autre. Il tire son principal mérite des richesses de l'art, c'est-à-dire que l'agrément des expressions, les tours nombreux et périodiques, et encore plus que tout cela, les pensées fines, délicates, ingénieuses, forment son caractère. »

Le style tempéré ne se rencontre pas seulement dans le genre d'éloquence qui a reçu le nom de genre tempéré. 11 n'est peut-être pas un discours où il ne trouve sa place. Même chez Démosthène, il y a des parties tempérées. Si l'on étudie les autres manifestations littéraires de l'esprit humain, on y verra aussi très-fréquemment le style tempéré. Comme l'a remarqué si justement Buffon , le ton du style doit s'approprier à la nature du sujet et naître naturellement du fond même de la chose. Le sublime ne peut être que dans les grands sujets. La philosophie, l'histoire, la poésie, le théâtre, le roman ont le même objet en définitive, l'homme et la nature : la philosophie étudie l'un et l'autre; la poésie, le théâtre, le roman les peignent et les embellissent; l'histoire ne peint que l'homme et le représente tel qu'il est. Dans Les œuvres qui rassortissent k la philosophie et k l'histoire, comme à la poésie, au théâtre, même au roman, il y a des

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passages où l'élévation des pensées, la grandeur des sentiments portent le style au sublime ; il en est d'autres où de la simplicité des choses nait !e style simple; ailleurs, c'est le stylo tempéré.

Il n'est peut-être pas d'écrivain qui offre des modèles aussi parfaits et aussi fréquents de style tempéré que Fénelon. Ce style domine dans tputes les pages du Télémaque ; il est presque constant dans les Dialogues sur l'éloquence, dans la Lettre à l'Académie; il est très-fréquent dans les sermons du morne auteur. On ne le trouve pas moins dans sa correspondance si charmante et si variée.

Dans la poésie française, on trouverait difficilement un modèle de style tempéré plus achevé que celui que nous offre Voltaire dans le conte intitulé : Les trois manières : Que les Athéniens étaient un peuple aimable ! Que leur esprit m'enchante, et que leurs fictions Me font aimer le vrai sous les traits de fa fable !... Au théâtre d'Eschyle, avant que Melpomène Sur son cothurne altier vtnt parcourir la scène, . On décernait les prix accordés aux amants. Celui qui, dans l'année, avait pour sa maîtresse Fait les plus beaux exploits, montré plus detendresse Mieux prouvé par les faits ses nobles sentiments, Se voyait couronné devant toute fa Grèce. Chaque belle plaidait la cause de son cœur... C'était, il m'en souvient, sous l'archonte Eudamis. Devant les Grecs charmés trois belles comparurent: La jeune Eglé, Téûne, et fa triste Apamis. Les beaux esprits de Grèce au spectacle accoururent; Ils étaient grands parfeurs, et pourtant ils se turent, Ecoutant gravement, en demi-cercle assis. Dans un nuage d'or, Vénus avec son fils Prétait à leur dispute une oreille attentive...

Le style tempéré fut aussi celui de Chaulieu et de toute une suite de poètes du xvnie siècle, jusqu'à Ducis, Fontanes, Delille. L'ode même, dont les anciens avaient fait un cadre pour les enthousiasmes lyriques et les sentiments sublimes, devint chez eux une poésie du genre tempéré.

Le style tempéré est bien plus rare dans la poésie du xix° siècle. On y a cherché surtout, quelquefois avec un grand succès, quelquefois avec une affectation justement critiquée, les sentiments exaltés et les grands effets lyriques. Cependant, il s'y présente aussi des passages où le style tempéré est mis en œuvre avec un rare talent. Un des morceaux les plus remarquables en ce genre est celui que Lamartine a donné pour introduction k son poëme de Jocelyn.

TEMPÉRÉMENT adv. (tan-pé-ré-man — rad, tempéré). D'une manière tempérée, il Peu usité.

TEMPÉRER v. a. ou tr. (tan-pé-ré — latin temperare, mélanger convenablement, modérer, mot qui est aussi le type de tremper. Temperare vient sans doute de tempus, occasion favorable, moment convenable, proprement temps. Change ê en è devant une syllabe muette : Je tempère ; qu'ils tempèrent ; excepté au fut. de l'ind. et au prés, du cond. : Je tempérerai ; ils tempéreraient). Modérer, calmer, adoucir, atténuer . Tempérer sa colère. Il s'est levé un petit vent frais qui A tempéré la grande chaleur. (Acad.) Lavérité peut se dire hautement partout, pourvu que la discrétion tempère le discours et que la charité l'anime. (Boss.) Ayez pour les affligés de ces paroles de l'âme qui tempèrent l'amertume des pleurs. (Lamenn.) Les aliments mêlés aux boissons en tempèrent l'ardeur. (Brill.-Sav.)

— Tempérer sa bile, Se calmer, réprimer sa colère.

Se tempérer v, pr. Etre tempéré, atténué, adouci, diminué : Les infortunes du présent se tempèrent par l'espoir d'un avenir meilleur. La beauté grecque s'adoucit, s'amollit, se tempère et se féminise immensément sur les bords du continent asiatique, encore plus sur les flancs de ces Alpes extérieures du Taurus. (Lamart.)

— Se modérer, se calmer : Il faut savoir SE tempérer. J'applique à mon front un bandeau glacé pour mk tempérer en écrivant. (Beaumarch.) Il Peu usité.

— Se modérer l'un l'autre : Les vices opposés se tempèrent mutuellement.

— SyQ. Tempérer, adoucir, millger, etc.

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