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cendres; mais la garnison, retranchée sur des monceaux de ruines, refusait fièrement de capituler. Frédéric vola au secours de la place avec H, 000 hommes seulement et rejoignit l'année de son lieutenant Dohna, forte de 16,000 hommes et campée sur la gauche de l'Oder, vis-à-vis de Custrin.
En apprenant l'approche du roi, Fermor leva le siège et, avec 50, '(00 hommes, attendit à Zorndorf l'armée prussienne, qui n'en comptait pas plus de 30,000. Frédéric, après avoir reconnu l'ernemi, prescrivit aussitôt à chacun de ses lieutenants las mouvements qu'ils auraient à exécuter. A neuf heures du matin, l'uvant-garde s'ébranla, passant à, droite et à gauche de Zorndorf. Les batteries, établies sur des monticules en avant du viMage, commencèrent l'attaque, à laquelle répondit l'artillerie russe, deux fois plus nombieuse; mais le feu des Prussiens, supérieurement dirigé, eut bientôt contraint Fermor à porter en arrière les troupes sur lesquelles les canons prussiens tonnaient concentriquement. Tandis que l'avant-garde, dirigée par ft .antrufel, continue son mouvement, une solido infanterie la suit et l'appuie. En même temps la cavalerie se prolonge sur la gauche de Zorndorf, tandis que les cuirassiers Prince-d e-Prusse et Prince- Frédéric se portent sur la droite. Les débuts du combat ne furent pas d'un favorable augure pour les Prussiens; l'extrême gauche, qui devait soutenir l'avant-gnrde, marchant à deux cent cinquante pas eu avant, convergea presque entièrement a droite, laissant ainsi cette avant-garde isolée et prêtant elle-même le flanc à l'ennemi. Fermor saisit l'à-propos et lança sa cavalerie sur les bataillons découverts, qui bientôt furent mis en déroute et prirent 11 fuite. A l'aspect de ce désordre, Frédéric donna l'ordre de charger à Seidlitz et à son intrépide cavalerie. Alors les hussards d<; Ziethen et de Malackouski, avec les cui -assiéra de Seidlitz, se ruèrent sur la cavalerie russe et la culbutèrent; puis, se rejetant sur l'infanterie, en firent un horrible car îage. Presque toute l'aile droite des Russes, jusqu'au Galgengrund, était hachée, et le reste refoulé dans les marais de Quartschen Bientôt les fuyards, tombant sur les bagages, mirent le désordre à son comble. Défonçant les tonneaux d'eaude-vie, ivres morts, ils massacraient leurs officiers et couraient çà et là comme des insensés.
Il était une heure; la cavalerie prussienne, fatiguée de sabrer, se rapprocha de Zorndorf pour se reformer e; combiner une nouvelle attaque. En ce mentent, Frédéric prescrivit aux brigades, qui étaient jusqu'alors restées immobiles, d'avancer et d'attaquer la gauche des Russes, ^es deux ailes marchèrent en ligne et l'artillerie recommença son feu. Les escadrons essayèrent alors, mais vainement, d'enlever les batteries.
Bientôt, culbutés vers 2 icher, dans le marais, pur les cuirussiers .'Princs-de-Prusse et Prince- Frédéric, par lus dragons Zettritz et Noruinnu et les hussi rds de Ruesch, ils y restèrent embourbés. Les Cosaques incendièrent le village, mais la cavalerie prussienne l'avait déjà enveloppé, et tous furent sabrés ou brûlés.
Cependant l'infanterie de l'aile gauche plie sous les charges le la cavalerie russe, et les mêmes bataillons qui avaient si vaillamment combattu dans la campagne précédente reculent devant quelques escadrons à moitié rompus, sous les yeux mêmes de Frédéric, qui brave la it oit à leur tête. Telles sont les vicissitude» dî la guerre. Mais l'intrépide Seidlitz est ht avec son admirable cavalerie ; il accourt it la tête des escadrons de l'aile gauche, remplit, les vides laissés par l'infanterie en retrait :, charge les cavaliers russes avec une impétuosité irrésistible, et les précipite loin du champ de bataille, dans les marais de Quartsiîhen. En même temps, les régiments de la droite, rompant l'aile gauche des Russes, l:i jetaient sur la cavalerie de Seidlitz, qui, malgré un horrible feu de mitraille et de n.ousqueterie, opéra un mouvement à droite ?t se précipita sur l'infanterie russe, essayant encore de résister près du Galgengrunc. Alors le feu cessa entièrement, et la luttî revêtit un caractère d'acharnement atroce, dont l'histoire n'offre que peu d'exemples. Un ne se battit plus qu'avec le sabre, les baïonnettes et les crosses de fusil. • Les rharges à la baïonnette et les grandes mêl'ies, uit Jomini dans son Traité des grandes opérations militaires, n'ont lieu ordinairement que dans les relations ; à Zorndorf, elles existèrent réellement sur le champ de bat; ille. Frédéric en a donné la certitude lui-mêtre et mille témoins l'ont confirmée. » Sur lotte la ligne, on entendait crier : « Les Prussiuns ne font pas de quartier. — Nous non plus, » répondaient les Russes, et les sok.ats des deux armées se ruaient avec rage las uns sur les autres. On vit un Cosaque, co rvert de blessures mortelles, se traîner sur un Prussien expirant et lui arracher des limbeau-v de chair avec les dents. Réfugiés au milieu de leurs bagages, les vaincus combattaient encore. « Ces gens-ci, disait Fréléric, sont plus difficiles à tuer qu'à vaincre. » Enfin, les Russes furent enfoncés et dispersés tie lotis les côtés.
Dans cette journée sanglante, Frédéric avait employé l'orc re oblique, déjà appliqué dans l'antiquité, niais qu il éleva a la hau-
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teur d'un système. Lui-même, tour à tour général et soldat, se prodigua pour enlever son armée. Plusieurs de ses aides de camp et de ses pages furent tués à ses côtés. Mais le héros du jour fut Seidlitz, et Frédéric, assez grand pour être juste, lui attribua publiquement 1 honneur de la victoire.
La bataille avait duré depuis neuf heures du matin jusqu'à huit heures et demie du soir. Les Russes perdirent £1,500 tués et 3,000 prisonniers; 105 pièces de canon tombèrent au pouvoir des Prussiens, dont la perte s'élevait à 12,000 hommes, perte énorme cependant, puisqu'elle constituait presque la moitié de l'armée de Frédéric. De tels triomphes l'eussent bientôt épuisée. Il est vrai que dans ses rangs combattaient les braves de Prague, de Rosbuch et de Leuthen.
Quelques jours avant la bataille, le maréchal Daun, qui projetait une tentative sur la Saxe, avait écrit au comte de Fermor pour lui recommander ■ de ne pas se compromettre, et surtout de ne point risquer de bataille contre un ennemi rusé qu'il ne connaissait pas encore, mais de gagner seulement du temps jusqu'à ce que l'expédition de Saxe eût réussi. >
Le courrier fut enlevé et la lettre portée à Frédéric, qui, après la victoire, se fit un malin plaisir de répondre de sa propre main au maréchal, pour lequel il professait d'ailleurs une grande estime : « Vous avez eu raison de consei'.lerau général Fermor d'être circonspect avec un ennemi rusé que vous connaissez mieux que lui, car il a tenu ferme et a été battu. ■
ZORNIE s. f. (zor-nl). Bot. Genre de plantes, de la famille des légumineuses, tribu des hédysarées, formé aux dépens des sainfoins, et comprenant une trentaine d'espèces, qui croissent surtout dans les régions tropicales.
— Encycl. Ce genre a été formé par Gmelin et comprend un certain nombre de plantes herbacées et sous-frutescentes marquées de ponctuations transparentes. Leurs fleurs forment des épis terminaux et axillaires flexueux. Leur gousse est rauriquée, sessile, comprimée et présente de quatre à six arti" clés quj s'isolent à la maturité. Les espèces qui ont servi de base à ce genre étaient des hédysarums pour Linné et le3 auteurs antérieurs à Gmelin.
ZOROASTÉRISME s. m. (zo-ro-a-sté-risme). Philos. Doctrine de Zoroastre : Les anges furent, ches les Hébreux, un vestige du culte des divinités sidérales et des génies bons et mauvais que le zoroastérisme avait aussi fait entrer dans la théologie. (A. Maury.)
ZOROASTRE, fondateur ou réformateur du magisme. Sa patrie et l'époque où il vécut sont également inconnues. L'histoire n'a recueilli des événements de sa vie que quelques traits qui ne concordent même pas entre eux, et c'est en vain que des savants du prefmer ordre ont essayé de reconstruire cette histoire en s'aidant des brèves indications des auteurs grecs, des fragments mutilés ou interpolés des livres sacrés du magisme, et des légendes merveilleuses des poètes et historiens de l'Orient. Cette incertitude serait déjà une preuve de haute antiquité, s'il n'en existait pas, d'ailleurs, d'autres d'un caractère plus précis. L'opinion générale de l'antiquité grecque était que Zoroastre avait vécu 5000 ans avant la guerre de Troie. Quelque exagérée que paraisse cette donnée chronologique, il faut constater que les anciens étaient à peu près unanimes sur ce point, et c'est un témoignage auquel on ne peut méconnaître un poids considérable. Une opinion contraire a cependant surgi dans le xvmo siècle; Zoroastre, au lieu d être un législateur des temps primitifs, serait simplement contemporain d'Hystaspe et de Darius. Cette opinion, qui a longtemps régné et dont toute la.foree était basée sur la similitude du nom' de Gustasp, dont il est fait mention à plusieurs reprises dans te Zend-Avesla, et de celui d'Hystaspe, a été savamment réfutée par M. J, Reynaud, dans {'Encyclopédie nouvelle, et ne peut plus se soutenir aujourd'hui. Sans qu'on puisse assigner, même approximativement, l'époque OÙ vécut le législateur religieux du magisme, il parait hors de doute qu'il appartient à la plus haute antiquité et qu'il est peut-être même antérieur au brahmanisme. Le3 poSmes primitifs révélés par Zoroastre, qui commença peut-être son œuvre de prophète et de pontife dans laBactriane, se nommaient originairement Naçkas; le Zend-Avesta tel que nous le possédons a été composé de leurs débris (v. Avksta). Ils étaient écrits dans la langue zende, un des plus anciens idiomes connus et qui ne se parlait plus depuis longtemps dans la haute Asie au temps de Darius. Us contenaient les traditions sacrées, les dogmes, le culte, la liturgie, les institutions politiques et civiles, les observances, etc. Ce qui nous en reste, quoique incomplet, quoique mêlé de compositions postérieures, peut nous foursir les principaux traits de cette antique religion du feu. Le premier livre, le Vendidad, qui est comme la Genèse du Zend- Avesla, contient la revue des lieux donnés successivement aux hommes par Ormuzd, c'est-à-dire probablement le récit des migrations des races venues de la vallée de l'Iaxarte. Elles habitaient primitivement une contrée riante nommée Ariane (que quelques
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savants regardent comme le berceau du genre humain), d'un climat doux et où régnaient sept mois d'été contre cinq mois d'hiver. Ahriman, dieu du mal, envoya dans le pays un grand froid qui ne laissait que deux mois d'été sur dix mois d'hiver, ce qui contraignit les habitants à émigrer. Cette tradition, qui semble, dit Heeren, un des échos du monde antédiluvien, est confirmée par les découvertes mêmes de la géologie, et on retrouve dans cette contrée de l'Ariane primitive, d'un climat si rude aujourd'hui, des fossiles de plantes et d'animaux qui attestent la douceur et la beauté de l'ancien climat. L'ordre que suit le Vendidad dans son énumération se déroule du nord au midi, jusqu'au seizième lieu, que M. Burnouf conjecture être le Sitidh actuel. Il résulte de ces données géographiques, que la religion de Zoroastre, née au berceau des peuples aryens, se répandit ensuite dans laBactriane, 1 Iran, la Médie, etc. En voici les dogmes principaux. Dans l'empire de la lumière règne Ormuzd, auteur et préparateur de tout ce qui est bon ; dans l'empire des ténèbres règne Abriinan, source de tout le mal moral et physique. Autour du trône d'Ormuzd se tiennent les sept amschaspands, ou princes de la lumière, dont il est lui-même le chef. Ahriman est de même entouré des sept dews, génies du mal. Une quantité innombrable d'amschaspands et de dews inférieurs remplissent les deux empires, qui sont dans une guerre permanente ; mais Ahriman sera vaincu un jour, et la domination d'Ormuzd (la lumière, le bien) embrassera tout l'univers. Ce qu'il y a de remarquable dans cette théologie naturaliste, c'est qu'après la victoire définitive de la lumière, le Satan du magisme a part à la rédemption universelle et rentre comme tous les êtres dans la divine harmonie du bien. Le grand dualisme du bien et du mal, qui est l'idée fondamentale de cette religion, ne s'arrête pas à une seule généralité. Il forme une hiérarchie de tous- les êtres animés ou inanimés, hommes, animaux, insectes, végétaux, qui, soit purs ou impurs, se rattachent à Ormuzd ou à Ahriman.'Le cuite consistait en purifications, qui s'accomplissaient devant le feu sacré. La législation de Zoroastre était déduite de sa doctrine religieuse. Le despotisme était posé en principe; au-dessous du despote souverain s'étageait toute la hiérarchie du gouvernement, et toujours par groupes de sept, nombre sacré qui représentait les sept astres descultes primitifs. Les lois morales avaient pour prin- ' cipales dispositions les vertus domestiques. La polygamie y est clairement énoncée. La caste des prêtres était savamment organisée et disposait d'un pouvoir presque souverain. La nation était également partagée en castes.
Anquetil-Duperron a placé en tête de sa traduction du Zend-Avesta une Vie de Zoroastre qui n'a plus maintenant une aussi grande autorité.
Une note que nous empruntons à la Biographie Atichaud fera connaître les importants travaux qui ont été publiés en Allemagne et en Angleterre sur les livres de Zoroastre. t Le Vendidad a été publié d'après les manuscrits de Paris, avec une traduction latine et les variantes, par Jules Œllmusen (Hambourg, 1829, in-4»). Une traduction allemande de l'Auesta, faite d'après le texte original par le docteur F. Spiegel, a paru à Leipzig, de 1852 à 1863, en 3 volumes in-S°. Citons aussi Zend-Avesta ediled and interpreted by N.-L. Westergaard (Copenhague, 1852, in-4°), et le Zendasclita, texte original, avec une triple version (française, polonaise et allemande), entreprise par M. Ignace Petraszewski. Le Zend-Avesta a également été l'objrt d'un travail, en allemand, de M. G. -F. Fechtner (Leipzig, 1848-1851, 3 vol. in-8°). Eugène Burnouf avait entrepris la publication du Vendidad-Stidé, avec un commentaire, une traduction nouvelle et un mémoire sur la langue zende considérée dans ses rapports avec le sanscrit et les anciens idiomes de l'Europe; cet important travail, que recommande le nom de l'illustre indianiste qui s'en était courageusement chargé, a paru de 1829 & 1843; il a été tiré à 100 exemplaires. Burnouf a également mis au jour, en 1833 et 1835, en deux parties, le premier volume d'une édition ( restée inachevée ) du Yaçna , texte zend, avec les variantes de quatre manuscrits de la bibliothèque de Paris et la version sanscrite inédite de Nériosengh. Une continuation du commentaire de Burnouf sur le Yaçna, formée d'articles insérés dans le Journal asiatique de 18-40 à J850, a été réunie en 1 volume in-8" (Paris, Imprimerie royale), sous le titre d Etude sur la langue et sur tes textes sends. M. Jules Thonuelier a, de son côté, entrepris, en 1855, une reproduction autographiée, d'après les manuscrits zend-pehlvis de la bibliothèque de Paris, du Yendidad-Sadé , traduit en langue huzvaresch ou pehlvie. Lit bibliothèque de Paris possède un exemplaire d'une édition trèsrare, autographiée à Bombay, du Vendidad- Sadé, texte zend, avec titre persan et commentaire guzarati de la première partie des livres des paisis, par les sotns de Manakelis Cursetii. M. Herman Brockhausa fait paraître à Leipzig, en 1850, grand in-4°, i'Yaçna, le Vispered et le Vendidad, d'après les éditions lithographiées de Paris et de Bombay, avec un index et un glossaire. En 1842, un guèbre, du nom d'Aspandiarij, avait mis au
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jour, à Bombay, YYaçna, en zend, mais en caractères guzarates, avec une traduction guzarate, une paraphrase et un commentaire. Ceci nous rappelle un autre ouvrage en guzarate, qui a été publié à Bombay en 1859, et dont le litre peut se traduire par : Essai sur tes livres religieux de Zoroastre, la tangue dans laquelle ils sont écrits et leur antiquité, par Sohrabji Shapourji. Ce qui manque encore à la France, c'est une traduction complète et fidèle des livres zends. Le travail d Anquetil ne répond nullement aux vœux de la critique moderne; il a été fait d'après une version persane, où le texte et les commentaires sont confondus. M. Lanjuinais a écrit une analyse du Zend-Avesta, concise et claire, mais qui aujourd'hui est fort incomplète. On peut aussi consulter l'ouvrage de J.-A. Vullers -.'fragments sur la religion de Zoroastre, en allemand (Bonn, 1831). »
Zoroastre e« ■> doctrine par Windischmann (en allemand, Zoroaslriscne Studie, Etudes aoroastriennes , 1862, in-8°). L'auteur est un des savants qui ont le plus approfondi les doctrines et l'histoire de Zoroastre. Ses travaux, peu connusen France, peuvent être considérés comme fournissant les données les plus complètes sur cet intéressant personnage. Cet ouvrage, qui a été publié après sa mort, par Spiegel, consacre à Zoroastre trois chapitres importants. Le premier traita du nom même de Zoroastre, le second du lieu de sa naissance, le troisième des documents conservés sur lui par l'antiquité classique. Résumer ces trois chapitres , c'est le meilleur moyen de donner aux lecteurs une idée exacte, précise, conforme aux dernières découvertes de la science , sur ce personnage si mai connu et si digne de l'être mieux.
Windischmann commence par comparer entre elles les différentes formes du nom de Zoroastre que nous ont transmises les Grecs. Les plus anciens écrivains jusqu'à l'ère chrétienne se servent de la forme Zôroastrês ou Zôroastros. Plus tard apparaît une nouvelle forme, celle de Zaradès. On trouve encore Zaratos, Zoradês, Zaras, Zarès. Suidas parle même d'un Zôramasdrès, sage chaldéen, confondant ainsi Zoroastre avec Oromasdès.
Windischmann explique l'existence des formes plus modernes par la confusion opérée entre Zoroastre et l'Assyrien Zaratus, le précepteur de Pythagore. Diodore de Sicile nous montre une autre forme, Zathraustès, que Windischmann suppose être une corruption de Zarathustès. Diodore donne au roi baetrien, qui fut vaincu par Sémiramis, et que plusieurs écrivains grecs appellent Zoroastre, le nom de Oxyartès.
On sait que le véritable nom de Zoroastre est en zend Zarathustra. On est naturellement aussitôt porté à se demander pourquoi les Grecs ne transcrivaient pas tout bonnement ce mot sous la forme exacte de Zarathustrès. Windischmann démontre que c'est parce que les Grecs n'ont entendu parler de Zoroastre qu'indirectement, par 1 intermédiaire des Perses ou Babyloniens, qui l'avaient confondu avec celui d'Ahura-Mazda ou Oromazès.
Si maintenant nous cherchons dans les autres dialectes iraniens quel nom porte Zoroastre, nous trouvons eu huzvarech Zartust et Zartuhast, en psrsi Z-irathust, en persan moderne Zàrtucht, Zârducht, Zârduhacht, Zârhucht, Zarâthuoht etc., etc.
Quelle est l'étymologie réelfe du nom de Zoroastre, quelle que soit la forme qui doive être considérée comme primitive? Déjà Burnouf avait cru reconnaître dans la seconde partie de ce nom le mot zend ustra, chameau. Ce qui semble justifier cette opinion, c'est la fréquence, dans les textes zends, de noms propres qui ne sont autre chose que des noms d'animaux, exactement comme dans nos langues indo-germaniques : Wolf, Loup, Chevreau, Lebœvf, etc. Ainsi le père du prophète est appelé Pourus-açpa, où açpa signifie cheval; on rencontre encore Aurvataçpa, Vistâçpa, Kitâçpa, etc. D'autres noms renferment le moi vkhclian, taureau. Le mot ustra lui-même, qui est 1 objet de l'hypothèse de Burnouf, se rencontre dans quelques noms propres de personnages figurant dans les textes zends, tels que : Frachaostra, Fraoraostra, Vôhuustra, Aravaostra.
Reste à expliquer la première partie du nom de Zoroastre, Zarath, et c'est là le point le plus difficile. On a cru pouvoir identifier Zaïath avec l'adjectif zairiti el zairina, jaune, fauve, ce qui donnait un sens trèssatisfaisant, mais ce qui ne pouvait aucunement se justifier sous le rapport exactement grammatical et phonétique.
Windischmann, s'appuyant sur ces considérations, rejette l'opinion de Burnouf, et pense qu'il faut séparer le nom, non pas en Zarath' ustra, mais bien en Zara-thustra. De cette manière on obtient pour la première partie du mot une forme et une signification trèsrationnelles, celles de jaune ou i'oy, comme celle de l'adjectif sairina précédemment cité. Quant à la seconde partie du mot, thustra, Windischmann la rapproche, avec Lassen, du sanscrit trachtâr, dérivant d'une racine trich ou trach, briller. On a donc induit que ce second mot devait avoir le sens à étoile, bien qu'on ne puisse rigoureusement justifier l'origine grammaticale de celte forme. Il fau-
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drait donc admettre, mais sous réserve, néanmoins, que le nom de Zoroastre signifiait étoile d'or.
Quel était 1e lien de naissance de Zoroastre? Le Bundehech dit que le père de Zoroastre habitait sur une hauteur près du fleuve Dàraga, et que c'est la qu'esi né Zoroastre. Les renseignements les plus exacts et les plus détaillés qne nous trouvions sur Zoroastre nous sont fournis par les historiens grecs. C'est là la source la plus sûre et la plus abondante a laquelle nous puissions puiser. Les premières données qui aient trait aux rapports des Grecs et des mages remontent à l'époque de Pythagore. Ce rapprochement nous fournit immédiatement un synchronisme, soit que l'on admette, avec quelques auteurs, que Pythngore, après avoir quitté sa patrie vers la mort de Cyrus pour commencer ses voyages scientifiques servit dans l'armée d'Assurhaddon, soit que l'on admette avec d'autres qu'il fut fait prisonnier par Cambyse en Egypte et ramené a Babylone, où il vécut douze années avec les Chaldéens. L'époque à laquelle Pytbagore fut emmené à Babylone doit donc être placée entre l'expédition de Cambyse en Egypte (525) et la mort de ce conquérant (521). C'est là que Pythngore fut instruit des pratiques du magisme par un certain Zaralas, dans lequel on a voulu voir à tort Zoroastre luimême. Cette opinion , basée sur un malentendu, fut de bonne heure adoptée, et nous voyons la plupart des auteurs anciens donner Zoroastre comme maître à Pythngore, Lorsque Pythngore vint à Babylone, le zoroastrisme y florissait avec une vigueur qui supposait une existence déjà ancienne.
Plus tard Démocrite, à l'exemple de Pythogore, visita Babylone et s'entretint avec les Chaldéens et les mages.
Le plus ancien auteur grec qui fasse clairement mention de Zoroastre et de son système philosophique est le Lydien Xanthus, qui vivait encore au commencement de la guerre du Péloponèse et dont on a inutilement taxé les œuvres d'apocryphes. Un des historiens qui nous ont parlé le plus longuement de Zoroastre est assurément Dino, père de Clitarque, le compagnon d'armes d'Alexandre le Grand, qui composa sous le titre de Persika un ouvrage du plus haut intérêt, dont malheureusement quelques fragments seuls nous sont parvenus. Les renseignements contenus dans ces fragments sont d'une exactitude singulière. Ainsi Dino affirme que le zoroastrisme repoussait les pratiques de sorcellerie, ce qui est. parfaitement vrai, comme nous le voyons aujourd'hui par les malédictions du Zend-Avesla contre les sorciers et les magiciens. Théopompe avait également, dans son ouvrage historique intitulé Philippika, qui ne nous est malheureusement pas parvenu, consacré un chapitre du plus haut intérêt à Zoroastre et aux mages. Hermodore avait aussi donné des détails sur Zoroastre, ainsi que l'Alexandrin Sotion, qui vivait sous Ptolémée Epiphane. Heimip-, pus termine la liste des auteurs grecs qui se sont occupés de Zoroastre antérieurement à l'ère chrétienne; il avait écrit un livre intitulé : Sur les mages, également perdu. Trois passages nous en ont été conservés par Pline le Naturaliste; ils dénotent une connaissance étendue du sujet traité par l'auteur. A partir de ce moment, nous voyons se former sur Zoroastre et sa doctrine une foule d'opinions plus ou moins erronées. Mentionnons encore les passages importants que Strabon a consacrés à cette question, et particulièrement au culte si caractéristique du feu ainsi que sur les pratiques spéciales de la Bactriane et de la Cappadoce. Pline parle beaucoup de Zoroastre dans son grand ouvrage, et nous a conservé plusieurs passages d'auteurs perdus qui y étaient relatifs. 11 dit qu'un nommé Osthanès, qui accompagnait Xerxés dans sa malheureuse expédition, répandit partout les doctrines des mages. Beaucoup d'autres écrivains postérieurs à ceux que nous venons de nommer se sont occupés de Zoroastre; il est inutile de les éuumérer et nous renvoyons le lecteur au livre de Windisehmann lui-même. Les détails que nous venons de donner suffiront pour faire comprendre l'importance et l'intérêt de ces études.
Zorooatre, tragédie lyrique en cinq actes, paroles de Cahusac, musique de Rameau, représentée par l'Académie royale de musique le vendredi 5 novembre 1749. Cette pièce, à grand spectacle, offre deux personnages rivaux en puissance et en amour, Zoroastre et Abramane ; l'un représente le principe bienfaisant, l'autre celui du mal. La magie intervient naturellement, et à l'Opéra elle se trouve dans son élément. Le prologue fut supprimé pour la première fois, et remplacé par une ouverture, sorte de symphonie descriptive, dont la première partie ■ trace un tableau pathétique du pouvoir barbare d'Abramane et des gémissements des peuples qu'il opprime; un doux calme succède, l'espoir renaît. La seconde partie est une image vive et riante de la domination bienfaisante de Zoroastre et du bonheur des peuples qu'il a délivrés de l'oppression. » Le quatrième acte fut le plus admiré. Rameau déploya dans cet ouvrage toutes ses ressources harmoniques. Les airs de danse offrent •urtout un grand intérêt. Voici la distribu-
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tion des rôles : Zoroastre, instituteur des mages, Jélyotte; Abramane, grand prêtre des idoles,Chassé;Amélite, héritière du trône de Bactriane. Mlle Fel; Erinice, princesse de Bactriane, M"e Chevalier; Zopire, prêtre des idoles, Person; jeunes Bactrieunes de la suite d'Amélite, Mlles Jacquet et Duperey; Abénis, jeune sauvage indien, Poirier; une voix sortant du nuage enflammé, Latour; une Salamandre, Lepage; une sylphide, M'io Coupée; la Vengeance, Lepage; une voix souterraine, Lefebvre; la Jalousie, M'ie Dalière; la Colère, Mlle Rollet; Furies, Poirier et Cuvillier.
Le ballet se composait des entrées suivantes: premiéreentrééjBactriennes ; deuxième, Indiens sauvages et mages ; troisième, peuples élémentaires; quatrième, prêtre d'Ahriman, esprits cruels des ténèbres, la Haine, le Désespoir; cinquième, peuples élémentaires, bergers et bergères.
Les principaux acteurs du ballet étaient : Laval, Caillez, Keuillade, Lelièvre et le célèbre Dupré; Mlles Puvigué, Labatte,Thierry, Carville, Lallemand, Lany, Lyonnois, Beaufort, Deschamps et enfin Ml'« Camargo.
Rumeau employa pour ce grand ouvrage la musique qu'il avait composée longtemps auparavant pour l'opéra de Samson, dont les paroles étaient de Voltaire, et qui avait été refusé par l'Académie de musique.
Le chœur des mages de Zoroasire est un des plus beaux que Rameau ait écrits.
ZOROASTRIEN, IEBNE adj. (zo-ro-a-striain, i-è-ne). Qui a rapport à Zoroastre ou à sa doctrine.
ZOROASTR1QUE adj. (zo - ro-a-stri-ke).
Philus. Qui a rapport à Zoroastre ou à sa doctrine ; qui est partisan des doctrines de Zoroastre : Système zoroastrique. Sous les Sussanides, la Perte se retrouva immuable en sa foi, plus zoroastriquis que jamais. (Michelet.) U On dit aussi zoroastiïrien et zokoastrikn : En Perse, l'orthodoxie recule devant te dualisme zoroastrie.n réveillé par Maiiès. (Proudh.)
ZOROASTRISME s. m. (zo-ro-a-stri-sme).
Religion de Zoroastre.
— Encycl. V. Zoroastre et Avesta.
ZOROBABEL, chef du peuple juif, qui vivait au vte siècle avant noue ère. -Il se mit à la tête des Israélites k qui Cyrus permit de retourner en Judée (536 av. J.-C.), seconda le grand prêtre Jésus dans ses efforts pour rétablir le culte et rebâtit le temple, malgré les intrigues des Samaritains, qui réussirent même à interrompre les travaux pendant quelque temps. Là. se borna la mission de Zorobabel, annoncée par une vision du prophète Zacharie. 11 eut sept enfants mâles, dont l'un, Hananias, était, croit-on, le même qu'Abiud, placé dans la généalogie de Jésus -Christ.
ZOROCBE s. f. (zo-ro-che). Miner. Minerai d'argent qui ressemble au talc.
ZORONGO s. m. (zo-ron-go). Chorégr.
Nom d'une danse espagnole.
ZO Hit ICA, bourg de l'Ile de Moltej à 10 kiloiu. S. de La Valette, près de la cote méridionale de l'Ile; 3,500 hab.
ZOHRlLLA(Mauuel-Ruiz), avocat et homme d'Etat espagnol, né à Osma (Vieille-Castille) en 1834. il étudia le droit à Valludolid, puis se fit recevoir avocat à Madrid, où il plaida avec talent. Très libéral et anticlérical, il s'affilia au parti progressiste, dont il devint u.i des membres les plus ardents, fut élu député de l'opposition eu 1856, devint secrétaire des cortès et attira sur lui l'attention tant par son éloquence que par son hostilité constante k la politique ministérielle. Vers cette époque, il publa une brochure politique intitulée : Trois négations et une affirma* tion, dans laquelle il attaqua aveu vigueur les néo-catholiques. Lorsque Priin se jeta dans l'opposition, M. Zorrilla se lia avec lui. La part qu'il prit a l'insurrection de Madrid, le 22 juin 1866, le força à quitter l'Espagne. Il se rendit alors à Paris et habita pendant quelque temps Passy. Instruit de la révolution qui allait éclater en Espagne eu septembre 1868, M. Zorrilla se rendit k Cadix avec Prim et Sagasta et, après la chute d'Isabelle, lit partie du gouvernement provisoire, comme ministre des travaux publics (8 octobre 1808). Le nouveau gouvernement, acclamé par les libéraux, ne tarda pas à entrer dans la voie de la réaction et à devenir impopulaire. Pendant quelque temps, M. Zorrilla échappa à cette impopularité et trouva un appui dans la minorité républicaine, qui lui savait gré de ses idées anticléricales et de ses tendances réformatrices. Toutefois, il ne tarda pas à se discréditer en faisant, en décembre 1809, une campagne en faveur du duc da Gènes, a. qui il voulait faire donner le trône d'Espagne, et il donna sa démission de ministre. Eu janvier 1870, il remplaça M. Rivero comme président des cortès. Devenu un des chefs du parti radical, il flottaentre le parti républicain et le parti libéral, sans avoir une ligue politique bien neite. A la tin de cette même année, il se rendit à Florence pour présenter nu jeune Amédée le vote des cortès qui l'appelait au trône d'Espagne. Lorsque le maréchal Serrano quitta le pouvoir en juillet JS71, M. Zorrilla fut appelé a la présidence du conseil (24 juillet). Dans sou discours-programme, il annonça qu'il suivrait le programme politique inauguré par la ré-
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volution de septembre et qu'il ferait des réformes dans l'administration et les finances. M. Zorrilla venait de faire avec le roi Amédée un voyage k travers l'Espagne, lorsque les cortès nommèrent pour président M. Sagasta, devenu le chef de la coalition réactionnaire contre le cabinet. Devant cette attitude de la Chambre, M. Ruiz Zorrilla donna sa démission (3 octobre 1871). Aux élections du 3 avril 1872, il fut élu député à, Madrid, Le 31 mai suivant, il se démit de son mandat, quitta Madrid et annonça l'intention de vivre dans la retraite. Toutefois, le maréchal Serrano ayant de nouveau quitté le pouvoir en juin 1872, M. Zorrilla, sur la demande du roi Amédée et sur les instances de ses amis, consentit à devenir la chef d'un nouveau ministère (13 juin). Au mois de juillet suivant, il fit procéder à de nouvelles élections qui lui donnèrent une majorité. Dans un discours prononcé le 15 septembre suivant, il déclara qu'il voulait gouverner avec le pays, et non avec un parti et que, résolu à défendre la dynastie d'Amédée, il était prêt à périr aux portes du palais pour la protéger si cela était nécessaire. Dans son programme, il promit d'instituer le jury, d'abolir la conscription et l'inscription maritime, de développer l'instruction publique, de supprimer les entraves qui pèsent sur l'industrie et le commerce, de réformer le budget des cultes, etc. Au mois de décembre 1872, il proposa d'abolir l'esclavage k Porto-Rico. Mais aucune de ces refermes ne fut réalisée par lui. La dissolution du corps d'artillerie, en désorganisant l'armée, vint permettre à l'insurrection carliste de' s'étendre et de redoubler d'audace. L'état de l'Espagne ne fit qu'empirer, et lorsque, le 11 février 1873, le roi Amédée envoya aux cortès son abdication, M. Zorrilla tomba encore une fois du pouvoir. La république ayant été proclamée, il se retira en Portugal. Quelque temps après, il revint k Madrid et il déclara hautement, en septembre 1874, se rallier à. la république conservatrice, telle que la comprenait M. Castelar. Après le coup d'Etat militaire qui lit monter sur le trône d'Espagne le jeune Alphonse XII, M. Zorrilla reçut du nouveau gouvernement l'ordre de quitter l'Espagne (février 1875) et se retira en France.
ZORRILLA V MORAL (Joseph), le plus célèbre et le plus populaire des poètes espagnols de notre époque, né à Valladolid en 1818. Il fut élevé au séminaire des nobles de Madrid et y montra de bonne heure un penchant décidé pour la littérature dramatique et pour la poésie. 11 faisait à cette époque sa lecture favorite de deux livres d'un esprit bien différent, la Bible et le Génie du christianisme. Son père, qui le destinait k la magistrature, l'envoya à Tolède pour qu'il y commençât ses études de droit; mais le jeune étudiant songeait plutôt à errer k l'aventure dans les riantes campagnes qui entourent cette ville et à composer des vers, qu'à se pénétrer des arides prescriptions de la jurisprudence. On l'éloigna alors de Tolède et on l'envoya k Valladolid; mais là il abandonna complètement le code pour la littérature et fit ses débuts dans Y Artiste, journal littéraire de cette ville. Quelque temps après, il partit pour Madrid à l'insu de sa famille, et celle-ci n'entendit plus parler de lui pendant près d'un an. Ce fut pour Zorrilla une année de souffrance et da privations; mais la renommée vint bientôt les lui faire oublier. Le 15 février 1837, on célébrait à Madrid les funérailles du poète Larra, qu'un désespoir d'amour avait poussé au suicide. Roca de Togores venait de prononcer l'oraison funèbre du défunt, « lorsque, raconte M. Pastor ûiaz, l'un des témoins de cette scène, du milieu de nous et au moment où j'allais m'éloigner do la tombe, nous vîmes sortir un jeune homme, presque un enfant, qui nous était inconnu à tous. Son visage était tout pâle ; il jeta un regard inspiré à la tombe d'abord, puis att ciel, et, faisant entendre une voix qui retentissait pour la première fois à nos oreilles, il se mit k lire d'un ton hésitant et entrecoupé des vers que Roca de Togores dut lui prendre des mains, car, Vaincu par l'émotion, il ne put en achever la lecture. Notre étonnement n'eut d'égal que notre enthousiasme. Dès que nous connûmes le nom du mortel de génie qui avait bercé nos oreilles d'une aussi nouvelle et aussi céleste harmonie, nous partîmes en remerciant la Providence qui avait suscité un poète à la mort d'un autre, et la même procession funèbre qui avait accompagné l'illustre Larra k la demeure des morts quitta, l'enceinte du cimetière, ramenant en triomphe un nouveau poète au inonde des vivants et proclamant avec enthousiasme le nom de Zorrilla. »
Ces quelques lignes sont traduites de la préface placée par Pustor Diaz en tête du premier volume des poésies de Zorriiia, qui parut la même année (1837). La première pièce de ce recueil est le poëtne écrit à la louange de Larra; le reste se compose da poésies où l'on reconnaît l'influence de Byron, mais plus encore celle de l'école romantique française. Ce livre était plein de promesses, eu égard surtout k la jeunesse du poste, et il fit concevoir pour l'avenir de ce dernier de brillantes espérances qui ont été pleinement réalisées. Dans un second volume de poésies qui parut bientôt après, Zorrilla eiitra dans uu nouvel ordre d'idées et annonça
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que, chrétien et Espagnol, il célébrerait à 1 avenir les gloires du christianisme et de l'Espagne. Il a été fidèle à cette détermination pendant les trente années qui se sont écoulées depuis lors, et c'est peut-être pour ce motif que le bruit de son nom n'a guère franchi les frontières de son pays natal, où il est universellement reconnu pour te plus grand poëte de l'époque actuelle. Ses productions sont aussi nombreuses que variées. Ses drames seuls s'élèvent au nombre de plus de vingt et traitent tous des sujets nationaux; ils sont écrits dans l'antique mètre de Lope et de Calderon. L'un d'eux, l'Apothéose de Calderon, est conçu tout k fait dans l'esprit du vieux théâtre espagnol, car il a pour personnages la Renommée, le Repos, la Critique, Homère, Virgile, Cervantes et Shakspeare. Dans Don Juan Tenorio, drame qui roule sur les hauts faits du célèbre don JuaD, le dénoùment laisse le héros non en enfer, mais dans le purgatoire, où il est en proie aux remords et déclame des tirades religieuses qui ne pourraient être admises sur un théâtre français. Le plus populaire des drames de Zorrilla est intitulé le Savetier et le roi et a été l'un des plus grands succès de la scène espagnole au xix« siècle. Ses ballades et ses petites pièces de vers portent la même empreinte nationale que ses compositions dramatiques. Une des plus remarquables est incontestablement celle qui a pour titre : A bon juge meilleur témoin; c'est 1 histoire d'une jeune lille séduite, qui, ne pouvant prouver que son séducteur lui a fait une promesse de mariage, invoque le crucifix devant lequel cette promesse a été faite et en obtient une réponse. Voilà certes de quoi faire lever les épaules même k un croyant; mais il y a une telle vivacité dans le style de cette ballade, le récit est tellement entraînant que, saisi
Ïiar le charme de la forme, le lecteur oublie e fond et trouve le dénoûinent tout naturel. Mais si les sujets traités pur Zorrilla ont un caractère aussi national et aussi antique, son style, en revanche, n'a rien de l'ampleur emphatique et du pathos amphigourique dont ne sont pas exempts même les meilleurs auteurs espagnols. Il est rapide, concis, énergique, et l'on y sent l'influence de la littérature française de notre siècle, que Zorrilla semble avoir profondément étudiée. Le meilleur de tous ses ouvrages, en quelque genre que ce soit, est peut-être celui qui a pour titre : les Chants du troubadour (Madrid, 1840-1841, 3 vol.). Son poème épique, Grenade, poème orientai (Paris, 1852, 2 vol.), ne peut pas être mis sur la même ligue. Dans sa préface, l'auteur nous parle en termes quelque peu hyperboliques de Grenade, • qui était devenue pour lui l'objet d'un culte superstitieux qui avait absorbé toutes ses pensées, « L'histoire lout entière de cette ville devait se trouver dans ce poème et dans un autre intitulé le Conte des contes, qui n'a pas encore vu la jour.
Bien que dévoué sans reserve k la gloire de sa patrie, Zorrilla a depuis plusieurs années cessé d'y habiter. Après avoir résidé successivement en France et en Belgique, il est parti pour l'Amérique, où il sembla s'être fixe définitivement. II y continue ses travaux littéraires, et l'un des ouvrages qu'il y a écrits, la Croix et le croissant, a obtenu ua grand succès en Espagne. Outre les écrits que nous avons mentionnés au cours de celte notice, nous citerons encore ; parmi ses drames, Cain le pirate, Sofronia, Un an et un 'our, le Cheval du roi don Sanche, VAtr.ade Ronquillo ou le Diable à Valladolid, Dandolo, le Iloi fou, Traître impénitent et martyr, l'Echo du torrent, les Deux vice-rois, le Moulin de Guadalujara, Sancho Garcia, le Poignard du Goth, la Câlentwe, la Heine et les favoris, la Création et te déluge, l'Excommunié, etc. (nous avons rendu compte des plus importâmes de ces œuvres) ; parmi ses comédies, l'Epée est la meilleure raison, Gagner en perdant, la Loyauté d'une femme, V Olivier et le laurier, la Coupe d'ivoire; parmi ses légendes et nouvelles, le Jour sans soteil, les Veillées d'été, la Princesse Doua Lus, Histoire d'une Espagnole et de deux Françaises, la Fleur de la' Passion, Marguerite la tourière, les Ptlutes de Salomou, Deux hommes généreux, légende orientale; le Lis de la forêt, légende religieuse du ixe siècle ; Al-Humar-el-Nazarita, roi de Grenade, légende orientale, etc. Ildefonso de Ovejas a publié un choix des œuvres de Zorrilla, précédé de sa biographie (Paris, 18û4, 3e édit.).
ZOHZl (Alexandre), en lutin Georgiim, jésuite et écrivain italien, né a Venise en 17-17, mort k Ferrare en 1779. Lorsque sou ordre fut supprimé, il professait la théologie k Bologne. Zorzi donna alorâ des leçons particulières, se rendit k Ferrare, apprit plusieurs langues modernes et acquit des connaissances approfondies en philosophie et en théologie. Ncus citerons, parmi ses écrits : Del modo d'iusegnare a fanciulli le due lingue ilaliana e latina (Ferrare, 1775, in 8°) ; Prospetto di ununuova euciclopedia italiuna (Ferrare, 1775, in-8°); Letlere tre a cio cite ha scritio Al art. Serlock, prima delto sluto délia poesia italiuna , seconda dett' Ariosto , lerxa del Shakspeure (Ferrare, 1779); Prodrome delta tiuuva euciclopedia italiuna ^icnue, 1779, iu-8°), essai qui contient de remarquables articles sur la liberté, la grâce et le pé« ché originel.
ZOS1MB (saint), pape d'origine grecque,
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mort à Rome en 413. Il parvint au souverain pontificat en 417, uprès la mort d'Innocent 1er. peu après, P ilage et Cœlestius, dont les doctrines avaient Hé condamnées par un synode de Car th âge ,(417), se rendirent à Rome pour en appelé: au pape de cette sentence. Après les avoi.- entendus, Zosime les reconnut innocents, :ondamna la conduite des évêques d'Afrique à leur égard, punit deux envoyés de Cari hagtt , chargés de soutenir la décision du îynode, et écrivit une lettre dans laquelle il se déclarait complètement satisfait des déclarations de Pelage. Mais, sur les entrefa tes, l'empereur Honorais ayant publié un éclit contre les pélagiens, on vit tout à coup Zoiime changer complètement d'opinion, condemner dans une encyclique Pelage et Cœlestius comme étant d'incorrigibles hérétiques et envoyer cette condamnation à tous les nvêques. Dix-huit évoques africains refusèrent de reconnaître la sentence du souverain pontife et en appelèrent, pour lu première fois dans l'histoire de l'Eglise, de la décision du pape a un futur concile. Vers la même époque, un différend s'étant élevé entre Patroclus.évêque d'Arles, et Proculu3, évêque do Marseille, au sujet du droit de métropole sur les provinces Viennoise et Narbonnaise, le pape se prononça en faveur du premier et excommunia le second. Enfin, il rétablit daus le siège épiscopal de Sicca (Afrique) Apiarius, que de graves fautes avaient fait déposer par ses diocésains. Il existe de ce poDtifi! quatorze Epitres et Décrets et des fragme Jts de son encyclique ou constitution contre Pelage. Ces divers écrits ont été publiés tlans la Bibliotheca Patrum de Galland (Venise, 1773, in-fol.) et dans d'autres recueils.
ZOSIME, savant grec, né à Panopolis, en Egypte. Il vivait au me siècle de notre ère, s'occupa particulièrerr ent d'alchimie et écrivit quelques ouvrages qui n'offrent d'intérêt qu'au point de vue de l'histoire de la science. Ces écrits, intitulés : Sur la composition des deux, Sur la vertu dei interprétations, Sur l'art sacré et divin, Sur les instruments et les fourneaux, se trouvert manuscrits à la Bibliothèque nationale ds Paris.
ZOSIHE, historien grec, qui vivait probablement sous l'empereur Anastase, à la fin du v« siècle de notre èrî. Suivant les uns, il .avait une charge dans le palais impérial; suivant les autres, c'était un sophiste. Son Histoire romaine se compose de six livres ; dans le premier, l'auteur résume rapidement l'histoire de l'empire depuis Auguste jusqu'à Dioclétien ; les cinq cutres s'étendent jusqu'au siège de Rome par Alaric (410). On peut suivre dans son récit intéressant la décadence rapide de la puissance romaine et rassembler des éléments précieux pour le tableau de Cette étran je et hideuse époque, où les dangers du dehors faisaient à peine diversion aux discordes du dedans, où Alaric et les Wisigoths; Radagaise et les Suèves traversaient et dévastaient l'Italie, ne trouvant pour les arrêter qu'un autre barbare, Stilicon, tandis qu'à Rame et à Ravenne les factions païennes et chrétiennes se déchiraient furieusement, el qu'enfermé dans son palais, indifférent à tout, Honotius soignait sa poule favorite à laquelle il avait donné le nom de Rome. M. Atm dée Thierry, dans ses Ifouveaux entretiens sur l'histoire romaine, s'est servi avec un rars bonheur des matériaux fournis par Zosime. Zosime était un païen convaincu, attribuant aux seuls chrétiens la chute de l'en pire et se plaignant avec amertume de ces gens qui, ■ sous le voile de piété chrétienne, cachaient tant de méchanceté. ■ Et peut-être n'avait.-il pas entièrement tort; le sentiment chrétien inspirait bien moins de patriotisme que l'ancienne religion nationale; c'était avec une sorte d'indifférence dédaigneuse et presque de joie triomphale que les Pères de l'Eglise voyaient s'écrouler l.t grande domination romaine. Augustin, Pajl Orose, son disciple,
?' montraient avec conplaisance l'action de a Providence; Jérôme s'écriait du fond de son désert : • Elle est irise, celle qui a pris tout l'univers 1 > C'est contre ces cris de joie que Zosime protestait avec colère, au nom de la patrie et des dieux de la patrie. A ses réclamations aigres et quelquefois injustes, il faut opposer .a complaisance marquée de Sozomène pour les chrétiens. Ceux qui, comme celui-ci, appartiennent à la foi nouvelle ne se préoccupent, dans cette ruine universelle, que du sslut de l'Eglise naissante. Zosime a été traduit eu 1678 par M. Cousin, président ce la cour des monnaies. Son histoire est réunie par le traducteur à celte de Xiphilii, et de Zonare.
ZOSIS ZOZIS."
s. m. (zo-zisi). Arachn. Syn. de
zosMÈRE s. m. (zo-smê-re— dugr. zosma, ceinture). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de lu famille den réduviens, tribu des aradides.
ZOSSEN, ville de Prui.se, province de Brandebourg, régence de Potsdam, à 35 kilom. S.-E. de Berlin ; 2,500 hab. Fabrication de toiles, vinaigre ; mauuf îcture de tabac.
ZOSTER s, m. (zo-stèr — gr. zdstér, ceinture). Pathol. Syn. de i:ona.
ZOSTER, promontoire sur la côte O. de I Atiique, entre Phalerim et Sunium.
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ZOSTÉRACÉ, ÉE adj. (zo-sté-ra-sé — rad.
zostère). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre zostère.
— s. f. pi. Famille de plantes monocotylédones, ayant pour type le genre zostère, et réunie par plusieurs auteurs, comme simple tribu, à la famille des naïadées.
ZOSTÈRE s. f. (zo-stè-re — gr. zdstér, ceinture). Bot. Genre de plantes, de la famille des naïadées, ou type de la famille des zostéracées, comprenant plusieurs espèces, répandues dans les diverses mers : La zostèrb marine se trouve sur les fonds de sable de presque toutes les mers. (P. Duchartre.) La zostère marine n'a point de tige proprement dite. (Th. de Berneaud.)
— Encycl. Les zostères sont des herbes marines à tige rampante, portant des feuilles linéaires ou rubanées, mats très-étroites et très-longues, engainantes à la base ; des fleurs monoïques, entourées d'une spaths
< formée par la base même d'une feuille qui s'ouvre longitudinalement. Ces plantes sont répandues dans presque toutes les mers. Les flots les rejettent en quantité considérable sur les côtes, ou elles sont mélangées avec les ulves, les varechs et autres algues. Dans le langage populaire, on les confond sous les mêmes noms d'algue, mousse de mer, goémon, varech, sart, etc. Elles abondent particulièrement sur les fonds de sable vaseux où leurs radicelles longues et filiformes s'enfoncent facilement; elles y forment des sortes de prairies sous-marines d'un beau vert, que la marée basse découvre souvent. Elles servent k la nourriture de quelques animaux marins ; à beaucoup elles offrent un abri et une retraite où ils sont à couvert des poursuites de leurs ennemis, des ardeurs du soleil et des mouvements trop violents des vagues.
Le genre zostère, tel que l'avait délimité Linné, a été depuis considérablement réduit. La zostère océanique est devenue le type du genre possidonie, créé par Koenig (caulinie de de Candolle). La zostère méditerranéenne est aujourd'hui le type du genre cymodocée (Kœnig). Le genre thalassie (Solander) a été formé avec de prétendues zostères de la mer Rouge et du golfe du Mexique. Les espèces conservées dans le genre zostère sont aujourd'hui réduites à un petit nombre, et même, selon quelques naturalistes, bornées à une seule, la zostère marine de Linné. C'est celte espèce qui , abondante dans toutes les mers, donne lieu k l'exploitation considérable que nous décrivons plus bas. Lu population parisienne la connaît très-bien sous le nom de varech, car elle est très-largement employée dans la capitale pour la fabrication de matelas économiques.
« Les zostères, dit d'Orbigrty, outre qu'elles fournissent un bon engrais, peuvent encore, étant coupées, dessalées et bien desséchées, donner une bonne litière aux bestiaux ; elles servent encore, surtout en Hollande, à la construction des digues ; elles sont préférées, pour cet usage, a toutes les autres plantes marines, parce qu'elles ne sont pas, comme les varechs et les ulves, solubles dans l'eau douce; elles remplacent avec avantage le foin et la paille pour l'emballage des objets fragiles, tels que verreries, faïences, porcelaines, etc. Sur les côtes de la mer Baltique, on se sert de ces plantes, bien dessalées dans l'eau douce et séchées avec soin, pour former des sommiers et des matelas trèsélastiques. Dans le Nord, les habitants des bords de la mer couvrent leurs maisons avec de nombreuses couches de zostères; ils les préfèrent, pour cet usage, aux chaumes des graminées, qui pourrissent plus vite et sont plus facilement perméables à l'eau. Tous les cinq ou six ans, ils enlèvent la couche supérieure et la remplacent par d'autres zostères préparées à cet effet ; les couches inférieures peuvent ainsi rester saines pendant longtemps. ■
Les zostères ne renferment qu'une trèspetite quantité d'azote; mais cette pauvreté est compensée par la grande quantité d'animalcules marins qui s y trouvent mêlés. En Portugal, on les fait dessaler dans plusieurs bains d'eau douce, et on en garnit alors les crèches des animaux domestiques, qui les mangent avec plaisir. Les débris de leurs feuilles, roulés par les flots, forment des pelotes ou des boules arrondies, qui ressemblent à des égagropiles et qu'on désigne pour Cela sous le nom d'égugropiles marins. L'ancienne médecine, après avoir fait torréfier ces pelotes, en employait la poudre comme médicament antiscrofuleux. Les cendres de ces plantes renferment, du reste, des sels de soude et de potasse et sont employées par les verriers, qui préfèrent, en général, les zostères àe la Méditerranée.
— Récolte des zostères. On récotte ces plantes de diverses manières, pour les faire servir à des usages très-variés. Dans certains pays, on se contente de ramasser celles que la mer rejette sur le rivage ; c'est l'enfance de l'art; toutefois ce procédé est à peu près le seul qui puisse être appliqué dans la Méditerranée et les autres mers intérieures peu ou- point sujettes aux marées. Dans d'autres localités, on va les couper quand le flot s'est retiré; mais alors elles sont couchées sur le soi, et on ne peut employer que
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la faucille j le travail est plus lent, et l'on n'obtient ainsi que des plantes salies par la vase. Il vaudrait beaucoup mieux les recueillir quand le fond n'est recouvert que d'environ 1 demi-mètre d'eau; tes tiges alors se tiennent dressées, et on pourrait les couper à la faux, ce qui donnerait un produit plus propre et expédierait le travail ; tandis qu'une partie des ouvriers faucherait, l'autre pourrait tirer les plantes à terre, à l'aide de râteaux ; mais cette méthode est rarement usitée. L'abbé Le Noir a décrit en 1858, dans la Science pour tous, d'une manière intéressante , la récolte et le commerce considérables qui se font depuis une trentaine d'années de cette herbe marine dans quelques localités des côtes de la Manche, entra Cherbourg et Granvilie ; nous croyons qu'on lira avec intérêt plusieurs parties de cette description.
« Dans des espaces bas, que l'eau salée ne laisse jamais complètement à sec et que protègent contre les courants des enceintes formées par des rochers, sont des espèces de parcs marins à fond de sable, de gravier, de coquilles brisées et de petits cailloux. C'est dans ces parcs que croît avec abondance cette herbe aux rubans verts très-étroits et très-longs, nageant et se tortillant dans l'eau, au fond de laquelle elle végète et forme des prairies sous -marines de 2 à 3 pieds d'épaisseur. Ces prairies, qui deviennent abordables pour l'homme dans les basses marées, a la condition qu'il se mouille jusqu'à la ceinture, sont connues dans le pays sous les noms d'herbiers, de verdiers, de verdriers, et l'on y appelle les espèces de varechs qui les composent païeuls, lorsque ces varechs sont sur pied ; plise, lorsqu'ils sont arrachés et rejetés sur la plage par les vagues. C'est dans ces herbes surtout, dont le nom scientifique est zostère, que l'on pêche la plus belle crevette, le bouquet. Ce joli crustacé se multiplie dans le touffu de ces herbages marins, comme le cricri et la cigale dans nos prés, et on l'y prend en glissant doucement un petit filet, fait comme un attrape- papillon, sous les touffes où il se cache, puis retirant ce filet avec assez d'adresse pour que l'agilité du subtil animal ne lui permette pas d'échapper.
» Pour- avoir les zostères propres aux divers emplois qu'en fait l'industrie, il faut les cueillir dan3 la prairie même qui les produit, et on les y fauche, en effet, comme on fauche le foin dans nos prés terrestres. On suit la mer à mesure qu'elle se retire, les uns à pied, les autres avec des charrettes conduites par des chevaux formés à ce manège. On emporte des faux; toute la caravane s'avance en file jusqu'aux verdriéres, puis les hommes se mettent à faucher dans l'eau, métier pénible ; et d'autres, avec les femmes, chargent à brassées, métier, dit-on, plus pénible encore, les herbes fauchées, après les avoir accumulées dans l'eau où elles surnagent.
» Or, ici se présentent deux manières de ramener les tas de verdriéres. Il y en a qui les chargent simplement sur leurs charrettes, et les chevaux, bœufs, vaches, car tout travaille en ces jours-là, traînent la charretée jusqu'aux sables de la côte. C'est ainsi qu'on s'3r prend dans plusieurs communes où les herbiers sont moins abondants et où cette industrie ne fait encore que de s'introduire. Mais à Linverville, délicieux rivage où elle prit naissance il y a une quinzaine d'années, par l'idée heureuse d'un habitant qui avait entendu dire qu'on recueillait de ces herbes sur les bords de la Baltique et qui en avait vu de sèches à Paris, on a inventé un procédé beaucoup plus intéressant et plus ingénieux. Ce procédé est fécond en incidents et en péripéties, comme les jeux de hasard; la Fortune s'y joue, dans les vagues, avec la moisson des travailleurs et sous les yeux de ceux-ci.
» On a emporté dans les verdriers des claies de branchages et d'osier, de forme ronde, à petit rebord et d'à peu près 3 mètres de diamètre. On dépose ces claies, qu'on appelle avec assez de raison des dromes, puisqu'elles sont destinées à devenir tout à l'heure des radeaux flottants ; on les charge de tas de zostères qu'on enlace dessus avec des cordes et des bâtons; on en fait ainsi un énorme monceau compacte et indissoluble, puis on l'abandonne au gré de la mer montante, dès que le retour des eaux ordonne te départ. En ce moment, il ne faut plus attendre, mais au plus vite interrompre le travail. La mer est un maître sourd, devant lequel l'obéissance est le seul moyen de salut. Tout le monde fuit donc, et la plage est bientôt submergée.
■ La caravane revient en longue file par la charrière, c'est le nom qu'on donne à la voie connue comme sûre sous l'eau, entre les rochers; puis on se disperse sur la grève, regardant flouer sur la mer les dromes que la vague et le vent ramènent vers la côte en les portant au nord ou au sud, selon les caprices de la journée. Chacun suit, autant qu'il peut, la sienne d'un regard inquiet. Quand elle aborde, heureuse épave, là même où on l'attend, c'est la bonne chance; quaud elle est transportée sur d'autres côtes, on la perd ou l'on fait un pénible voyage pour l'aller recueillir. Une fois jetées sur la, rive, ces dromes nombreuses, qui parsemaient tout à l'heure l'Océan de points noirs grossièrement pavoises, sont facilement reconnues par
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leurs maîtres; ceux-ci ont eu soin d'y attacher un drapeau spécial, signe de propriété. > Rien n'est plus amusant que de suivre des yeux ces flottilles livrées aux fantaisies de la mer et de voir toute la population du lieu les attendre avec anxiété, chercher aies reconnaître et à les suivre, l'aire ses pronostics sur les directions que prendront telles ou telles, à l'aide des connaissances pratiques que chacun possède du ciel et des marées.
» Une dromée est une belle conquête, car le varech à sommiers se vend de 50 à 60 francs les 500 kilogrammes, une fois sec, et si l'habitant de la côte a gagné de la sorte ses 10 ou 15 francs dans quelques heures, il trouve cela magnifique.
» Dans le pays où j'ai vu se pratiquer cette pêche végétale, la mer est bordée de plaines sableuses, de dunes dites les miellés; c'est là qu'on charrie ensuite ces amas de verdriéres jetés à sec sur la rive, et ou les y étend par couches extrêmement minces, sur des espaces qu'on tient, pour cet usage, en location des propriétaires de ces dunes, qui n'en retiraient rien jadis. L'herbe marine, ainsi étendue, reste exposée à l'air, au soleil et à la pluie pendant une quinzaine de jours. Plus il pleuvra durant ce temps, meilleureelle sera ; l'eau douce, en faisant dissoudre le sel marin dont elle est couverte, lui donne la propriété de sécher plus parfaitement, de ne point repomper l'humidité de l'air et de se conserver mieux. On la porte alors, roulée par longues bottes et à charretées énormes, à la ville de Coutances, d'où elle est expédiée sur les grands centres, et elle se vend d'autant plus cher qu'elle a été mieux lavée, mieux séchée ; que les filaments, qui ressemblent alors à de minces boyaux secs, sont mieux frisés, plus solides et que les musses en sont plus élastiques,
» Les dunes où elle a séché sont fumées par le sel qu'elle dépose et se couvrent d'une petite herbe fine, que paissent avec avidité les brebis de la contrée. Ces brebis y font une chair excellente, véritable mouton de nré salé.
» Depuis que ce commerce a pris de l'extension, l'administration s'est préoccupée de savoir si cette espèce de fenaison des prairies marines, qui sont immenses, ne serait point une cause de dépoissonnement sur cette côte. N'est-ce pas dans ces herbes que le poisson se retire, se met à l'abri pour frayer? n'est-ce pas à ces refuges qu'il confie sa progéniture? Des naturalistes de Paris ont été appelés et ont fait leur rapport. La réponse a été que, sans doute, la pêche en deviendra moins productive, mais que cette industrie est devenue une telle source de richesses pour les habitants qu'il y a plus d'avantage que d'inconvénient a la tolérer. En effet, cette cueillette des zostères vaut 1 million par an à deux ou trois petites communes du rivage. On s'est contenté de la limiter à quelques mois de l'année, du 15 juillet au 15 octobre. «
ZOSTÉRÉ, ÉE adj. (zo-sté-ré — rad. sostère). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre zostère.
— s. f. pt. Tribu de la famille des naïadées, ayant pour type le genre zostère, et érigée par quelques auteurs en famille distincte, sous le nom de zostéracées.
ZOSTÉRICOLE adj. (zo-sté-ri ko-Ie — de zostère, et du lat. colo, j'habite). Hist. nat. Qui vit ou croit sur les zostères : Balrachosperme zostéricole.
ZOSTÉRIE adj. f. (zo-sté-il — gr. zostêria; de zostêr, ceinture). Mylhol. gr. Surnom de Minerve, qui avait une statue à Thèbes , à l'endroit où Amphitryon se ceignit pour combattre.
ZOSTÉRIEN, IENNE adj. (zo-sté-ri-ain,
i-è-ne — du gr. zoslèr, ceinture). Mythol. gr. Surnom d Apollon, de Diane et de Latone, adorés à Zoster.
ZOSTÉRITE s. f. (zo-sté-ri-te — rad.
zostère). Bot. Genre de végétaux fossiles, analogues aux Zostères.
ZOSTÉROPS s. m. (zo-sté-rops — du gr.
zostêr, ceinture; ops, œil). Oriiith. Genre d'oiseaux, de la famille des sylviadées, formé aux dépens des sylvies.
— Encycl. Ce genre, formé aux dépens des fauvettes, s'en distingue surtout par un petit cercle de plumes blanches qui entoure les yeux; les autres caractères sont ceux des becs-fins. L'espèce type est le zostérops ou fauvette de Madagascar, dont le plumage est d'un vert olivâtre en dessus et jaunâtre en dessous, Cet oiseau est assez commun dans l'Afrique australe. D'après Levaillant, il vit par petites troupes de sept ou huit individus ; il se nourrit de chenilles, qu'il cherche sur les arbres avec tant de soin, qu'il est difficile d'en retrouver encore sur les pieds qu'il vient de visiter. 11 fait son nid à l'extrémité des branches basses de certaines espèces de m'mosas; la ponte est de quatre ou cinq œufs, que le mâle et la femelle couvent tour à tour.
ZOSTÊKOSTYLE s. m. (zo-sté-ro-sti-le — du gr. zostêr, baudrier, et de style). Bot. Syn. de cryptostïlk, genre d'orchidées.
ZOSTOWSKI (Pierre, comte de), homme d'Etat russe, né à Krasnowice, gouvernement de Czerniechow, en 1738, mort à Saint-
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Pétersbourg en îaiî. Lorsqu'il eut terminé ses études à l'académie de Kiev, il entra dans l'administration civile du pal&tinat de la Petite-Russie, puis fut attaché à la chancellerie du maréchal Romanzoff, gouverneur de cette province. Il remplit ses fonctions avec tant de talent et de zèle, que le maréchal l'emmena avec lui lorsque la guerre éclata avec la Turquie et le nomma conseiller da sa chancellerie intime, avec le rang de colonel. Zostowski était à une excellente école, et il sut en profiter. L'impératrice Catherine, ayant été frappée des remarquables rapports qu'il rédigeait, l'appela à faire partie de son cabinet. Nommé référendaire en 1775 et chargé, a ce titre, de lui présenter les requêtes et suppliques qui lui étaient personnellement adressées, il remplit ces délicates fonctions de manière à gagner entièrement la confiance de sa souveraine ; considérant, pour nous servir de ses expressions, le cabinet de Catherine II comme «un vaste laboratoire,» dont il devait se servir pour le bien de l'empire, il nota avec soin toute requête qui lui paraissait contenir des vues utiles et s'occupa d'une façon toute articulière des réformes à introduire dans instruction publique et dans les diverses brandies de l'administration intérieure. L'impératrice, frappée de sa rare compétence en ces matières, le consulta sur tout co qui touchait à l'intérieur et aux écoles, lui confia pour les examiner tous les projets en discussion et le chargea de rédiger les ukases destinés à leur donner force de loi. Deux grands actes d'ordre et de justice intérieurs, la division de l'empire en gouvernements exactement limités et le code de Catherine, sont en grande partie l'œuvre de Zostowski. Cet homme d'Etat s'occupa ensuite du commerce, de l'agriculture, de l'industrie, des diverses sources de la richesse publique, et ce fut grâce à son initiative qu'on créa deux banques publiques, dont il reçut la direction. Catherine le nomma membre du Sénat, comte de l'empire et lui donna de riches domaines. Paul 1er ]u, conféra l'ordre de Saint- André; mais, comme il avait adopté pour ligne de conduite de ne point accorder sa confiance aux. personnes qui avaient eu celle de sa mère, Zostowski dut se démettre de ses fonctions et se retirer dans le lieu de sa naissance, où il resta jusqu'à l'avènement d'Alexandre Ier. Ce prince le rappela aussitôt k Saint-Pétersbourg et lui confia en 1802 le ministère de l'instruction publique, Zostowski s'empressa d'établir des écoles primaires dans chaque paroisse, des écoles plus élevées dans les chefs-lieux, de district, des collèges dans les chefs-lieux de gouvernement et des universités dans les principales provinces. Grâce à lui, l'université deWilna fut complètement réorganisée et acquit une grande prospérité. Le ministre montra particulièrement une grande sollicitude pour la classe indigente, et il fit assigner sur le trésor public des fonds pour venir en aide aux écoles établies dans les paroisses de chaque gouvernement.
ZOTHÉE s. f. (zo-té). Annél. Genre d'annélides, du groupe des amphinomes.
ZOTHBQOE s, f. (zo-tè-ke — gr. zotliêkê ; de zoà, j.; vis; thêkê, boîte, lieu fermé). Antiq. gr. Endroit d'une chambre k coucher où l'on plaçait Je lit.
— Encycl. La zolhèque était un enfoncement pratiqué pour y placer le lit, et qui avait quelque analogie avec nos alcôves modernes. Les fouilles de Pompéi ont fait découvrir des réduits de ee genre dans la maison du poète tragique et dans celle de Pansa. Il en existe aussi dans la villa d'Adrien. La zolhèque était d'autant plus utile chez les anciens qu'ils chauffaient rarement les chambres. Du moins, ils ne les chauffaient pas comme nous. Quelquefois, à la vérité, ils y faisaient venir, comme on le voit dans une lettre de Pline, de l'air chaud par le moyen de conduits qui partaient d'un foyer placé dans une partie inférieure de la maison; mais, le plus souvent, ils se contentaient de brasiers portatifs, qu'ils laissaient quelque temps dans la chambre pour combattre la froid. Dans beaucoup de maisons même, on ne prenait d'autres précautions contre la rigueur de l'hiver que de disposer au midi les pièces qui devaient être habitées par les maîtres : ce sont les chambres qu'on nommait hetioeamini. On comprend facilement qu'avec de telles coutumes la disposition d'une chambre en zolhèque ou alcôve présentait des avantages très-appréciables.
ZOTIDE adj. (zo-ti-de — du gr. zoo", je vivilie, parce que l'oxygène entretient la vie). Chim. Qui ressemble à l'oxygène. H Peu usité.
— s. m. pi. Famille de corps comprenant l'oxygène et ses composés.
ZOTTON, premier duc de Bénévent, mort en 591. Apres avoir aidé Alboin k conquérir la Lombardie, il se mit en 591 k la tète d'une troupe de hardis aventuriers, s'empara de la principauté de bénévent, puis conquit une partie des provinces qui devaient former plus tard le royaulne de Naples. Pendant son règne, qui dura vingt ans, Zotton fut presque constamment en guerre avec les Grecs. Il eut pour successeur Arigise 1er,
ZOUAVE s. m. (zotia-ve — de zouooua, r-'.un d'une tribu kabyle). Soldat appartenant
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à un corps qui fut d'abord exclusivement composé d'indigènes de l'Algérie, n Corps de troupes des Etats pontificaux, créé à l'imitation des zouaves de France : Les zouaves pontificaux.
— Encvcl. D'après Rufflno, Savoisien qui partagea la captivité et l'amitié de Cervantes et qui a écrit une relation du siège de Tunis par les Espagnols en 1574, les zouaves ou zuaghi formaient déjà une milice trèsredoutable au service de la Sublime Porte. « Les zuaghi, dit-il, ne sont ni Turcs ni Maures, mais pourtant ils suivent une seule et même religion. lia prétendent que leurs ancêtres étaient chrétiens, et plusieurs d'entre eux portent sur leur front rasé un tatouage représentant une croix. Rien ne peut résister à leur impétuosité. Lorsqu'on les voit au milieu du combat, ils ressemblent k une armée de lions furieux ; c'est pourquoi les Ottomans les mettent toujours an premier rang lorsqu'il s'ugit de livrer un assaut, car, pour l'empereur des Turcs, ils sont une troupe d'élite, comme l'est chez nous l'infanterie allemande. Leur costume est des plus bizarres et n'a aucune ressemblance avec celui des Turcs et des Maures. 11 est d'une grande simplicité et consiste dans un mélange des ■ uniformes barbaresques et européens. Rien i ne peut être comparé à leur agilité et à leur air martial. Pendant la mêlée, ils sont féroces et impitoyables; mais lorsque le feu a cessé, ils redeviennent bons et généreux eni vers l'ennemi vaincu. En outre, ils suppor- ; tent avec résignation les' fatigues de la guerre' et les longues marches, et cela grâce , à une gaieté intarissable, qui est un de leurs traits caractéristiques. » Telle est la traduction exacte d'un écrivain du siècle de Charles-Quint. N'y a-t-il pas entre ces zouaves musulmans et ceux qui ont figuré dans nos armées du xix« siècle une certaine ressemblance?
Les zouaves ne sont pas vieux, quoique leurs faits d'armes soient déjk légendaires. Un arrêté du l«f octobre 1830 du général Clausel, commandant en Algérie, approuvé par une ordonnance royale du 21 mars 1S31, créa les deux premiers bataillons de zouaves. Aussitôt après la conquête de la ville d'Alger, les troupes turques avaient été chassées du pays, et nous étions restés isolés au milieu de populations hostiles, dont nous ne connaissions ni les mœurs ni même le langage. Afin de remédier à cet isolement et aussi pour augmenter l'effectif de ses troupes, le général créa deux bataillons de zouaves, en, arabe zouaouas. Les Zouaouas sont une confédération de tribus kabyles qui habitent les gorges les plus reculées du Jurjura, hommes fiers, intrépides, belliqueux, q.ui avaient la réputation d être les meilleurs fantassins de ia régence.
On avait d'abord eu l'intention de faire des zouaves un corps spécialement indigène ; mais le recrutement arabe n'ayant pas fourni un grand nombre d'hommes, on enrôla des Européens dans ce corps. Le 1er bataillon fut bientôt sous les armes, et on lui donna pour commandant le capitaine d'état-major Maumet. Le 2« bataillon, formé presque aussitôt, fut confié au capitaine du génie Duvivier. Les officiers et les sous-ofiieiers, exclusivement Français, étaient des volontaires jeunes, entreprenants, énergiques. Les premiers volontaires de ia Charte que la gouvernement avait dirigés sur l'Afrique y furent incorporés. On y reçut aussi quelques étrangers; mais bientôt le nombre des uns et des autres s'étant singulièrement accru, les Européens non Français furent organisés en légion étrangère. Le noyau des zouaves fut donc composé d'enfants de Paris et d'indigènes des environs d'Alger. Six semaines après la création de la nouvelle troupe, elle tenait déjà la campagne à la suite du général en chef, qui l'emmenait avec lui à la première expédition de Môdéah, où elle reçut le baptême du feu. Les zouaves donnèrent bientôt la mesure de leur courage au col de Mouzala. Les troupes étaient épuisées de fatigue; la colonne française s'était allongée sur un étroit sentier de montagnes. L'officier qui commandait l'arrière - garde tombe blessé, et ses soldats, entourés par l'ennemi, reculent en désordre, lorsque le commandant Duvivier, voyant le péril qui menace l'armée, accourt avec le 2e bataillon de zouaves. Les indigènes poussent leur ori de guerre; les volontaires de la Charte, qui portaient encore la blouse gauloise, entonnent la Marseillaise, et tous ensemble tombent sur les Kabyles, dont ils arrêtent la poursuite. Pendant tout le reste du jour, Duvivier couvrit la retraite ; secondé par son héroïque troupe, il se roploya de mamelon en mamelon et arriva ainsi à la ferme de Mouïaïa, où l'armée se ralliait. Cette belle retraite donna aux zouaves droit de cité dans l'armée française. Cependant, le recrutement s'était ralenti ; le 2<J bataillon ne pouvant se compléter, les deux furent réunis en un seul (1833). Le nombre des compagnies fut fixé à dix, huit françaises et deux indigènes; il devait y avoir douze soldats français dans chaque compagnie indigène.
Le capitaine Lanioricière reçut le commandement des zouaves avec le grade de chef de bataillon. Le poste de Dely-lbrahim leur fut assigné ; ils y créèrent seuls tous les établissements. C'est à cette époque que l'uni-
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forme et l'équipement furent définitivement réglés. L'un et l'autre sont si connus, que ce serait peine perdue de les décrire. C'est le costume oriental sous les couleurs de l'infanterie française. Les officiers seuls avaient conservé un uniforme européen, le costuma oriental ayant été jugé trop coûteux pour des officiers. Toutefois ceux-ci , lorsqu'ils étaient en route , échangeaient leur Képi contre le chaud bonnet de laine rouge que les Turcs appellent fez et les Arabes chaehia. M. de Lamoricière n'était connu dans la province d'Alger que sous le nom de Bouchachia, lé Père au bonnet , comme il le fut plus tard dans la province d'Oran sous, celui de Bou-araoua, le Père au bâton. Ils firent partie de l'expédition de Mascara en 1835 et combattirent plusieurs fois sous les yeux du duc d'Orléans, qui ne manqua pas de les apprécier à leur juste valeur, et une ordonnance du roi constitua bientôt le régiment à deux bataillons de six compagnies chacun, mais pouvant être portées à dix. M. de Lamoricière en conservait le commandement avec le grade de lieutenant-colonel, et le nouveau régiment concourut a la prise de Constantine, où il fut décimé (1837). «Pendant l'établissement des batteries, on les vit en plein jour, sous le feu de la place, relever et traîner jusqu'au sommet du Mansourah les pièces de 24 que, dans la nuit, les chevaux de l'artillerie n'avaient pu arracher à la boue. Le jour de l'assaut, ils obtinrent l'insigne honneur de marcher en tête de la première colonne. Tous ceux qui ont parcouru les galeries de Versailles se rappellent le saisissant tableau d'Horace Vernet : Lamoricière, au sommet de la brèche, où il allait disparaître bientôt dans un nuage de fumée et de poussière, au milieu d'une effroyable explosion; à côté de lui, le commandant Viens, du génie, escaladant le pan du mur sur lequel il allait être frappé à mort; k ses pieds, le capitaine Gardarens, tombé blessé au pied du drapeau qu'il avait planté sur la brèche et qu'il tient encore embrassé ; un peu plus bas, l'héroïque colonel Combes, du 47^, et tant d'autres braves que le peintre n'a connus que par les regrets de ses camarades 1 La gloire se paye cher : le petit bataillon fie zouaves fut plus que décimé dans ee meurtrier assaut; plusieurs officiers étaient restés morts sur la brèche; les autres, presque jusqu'au dernier, étaient o:i grièvement blessés ou horriblement brûlés par l'explosion. • (Les Zouaves et les chasseurs à pied.) Il fallut, au retour, compléter les cadres, ce que l'on fit en y incorporant les débris du bataillon du Méehouar. Ce bataillon était une troupe de volontaire» commandée par le capitaine Cavaignac, laquelle troupe avait déployé un courage héroïque à la défense du Méehouar ou citadelle de Tlemcen (1836). Mais si l'effectif fiançais se maintenait selon les cadres, le contingent arabe diminuait par suite de nombreuses désertions, les indigènes allant porter dans les rangs de l'ennemi l'instruction militaire que nous "leur avions donnée. On les retrouve plus tard à la tête des soldats d'Abd-el-Kader, jusqu'au fond de la province de Constantine. En 1840, le régiment des zouaves fit la campagne contre le célèbre émir. Nous ne saurions raconter ici tous les combats livrés durant cette sanglante campagne. Nous dirons seulement que les zouaves ne manquèrent pas une course, pas un combat. Après cette campagne, l'état- major fut renouvelé, et Cavaignac fut nommé colonel, avec les commandants Le Plô et Saint-Arnaud sous ses ordres. Le général Bugeaud, comprenant le parti qu'il ' pouvait tirer de cette iroupe courageuse et industrieuse, porta le nombre de leurs bataillons à trois (ordonnance royale du 8 septembre 1841), lui donna un état-major complet, semblable à celui de tous les régiments d'infanterie. Une seule compagnie par bataillon pouvait recevoir les indigènes et en petit nombre. On ne les y conservait en quelque sorte que pour justifier le nom et l unitorme du corps, et l'on créa, sous le nom de tirailleurs indigènes, des corps spéciaux connus aujourd'hui sous le nom de turcos. Le régiment de zouaves, étant ainsi reconstitué, reçut un drapeau qui est aujourd'hui celui du l«r régiment et fut réduit par les balles à l'état ue guenille. Les trois bataillons se séparèrent pour aller servir dans chacune des provinces et devinrent le noyau des trois régiments que l'on a formés depuis. La guerre continuait sans relâche. Les zouaves furent représentés par un ou deux de leurs bataillons dans la plupart des actions importantes des campagnes de 1843 et 1844, combats acharnés contre les Kabyles, marches dans le désert,, au Jurjura, dans l'Ouarenseris, chez les Beni-Meuasser, k la prise de la Smalah, et enfin à cette mémorable bataille d'Isly, qui rappelle la journée des Pyramides. Le colonel Cavaignac, continuant sa brillante carrière, avait quitté le corps par avancement au mois d'octobre 1844. Il fut remplacé par l'un des survivants de l'assaut de Constantine, le colonel Ladmirault, qui est devenu général. Parmi les officiers qui figuraient alors à la tète desîoaaves, nous citerons MM. Despinoy, de Chasseloup-Laubat, Bouat, d'Autemarre, Gardarens, Espinasse, Tarbouriecb, qui mourut en Crimée colonel des zouaves; tfuurbaki, devenu général, car tous les officiers qui se sentaient de l'avenir désiraient obtenir un
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commandement dans ce corps déjk célèbre. Au mois d'avril 184S, après six mois de marches et de combats, le l«T bataillon de zoua* ves venait de rentrer à Blïdah, lorsque le grand-duc Constantin, fils de l'empereur Nicolas, débarqué la veille à Alger, témoigna le désir de voir cette troupe, dont la renommée était parvenue jusqu'à Saint-Pétersbourg. Daus la nuit, les zouaves reçurent leurs uniformes neufs. Le lendemain, à neuf heures, ils étaient à Bouffurick, attendant le prince. Celui-ci, en descendant de voiture, ne put dissimuler un mouvement de surprise et manifesta son étonnement de voir une troupe robuste et bien habillée, qui ne connaissait depuis six mois d'autre lit que la terre et d'autre toit que le ciel. Il emporta de cette revue des impressions que la campagne de Crimée n'a pas effacées. Aussitôt après la révolution de Février, les zouaves changèrent de chefs et furent commandés par le colonel Canrobert. Ils assistaient en 1849 au siège de Zaatcha, qui fut aussi terrible que celui de Constantine, Les services des zouaves étaient si constamment utiles, que le gouvernement se décida k augmenter leur nombre. Un décret du 13 février 1852 donna une nouvelle organisation k leur corps. 11 devait y avoir trois régiments de trois bataillons chacun. Les trois bataillons existant devaient servir de noyau aux nouveaux régiments, qui étaient répartis entre les trois provinces de l'Algérie, savoir le îer dans la. province d'Alger, le 2e dans la province d'Oran et le se dans celle de Constantine. Ce décret, habilement exécuté, donna de fort beaux' résultats. D'anciens zouaves, de vieux soldats d'Afrique fournirent presque tout le personnel des cadres. L'armement fut aussi modifié. On leur donna le fusil rayé et l'on doubla ainsi l'efficacité de leurs services. Le 1er et le 28 zouaves eurent la plus grande part à la prise de Laghouat (185S) et y perdirent 8 officiers et 123 hommes, qui y furent mis hors de combat; mais ce fut un de leurs capitaines qui eut l'honnenr de mettre le premier le pied dans la ville. Depuis la prise de Laghouat, la guerre d'Afrique étant k peu près terminée, le rôle des zouaves eût été un peu moins actif si une épreuve bien autrement décisive ne les eût attendus. Au mois de mars 1854, ils quittaient l'Algérie, pleins d'enthousiasme. Ils appartenaient à l'année d'Orient et firent vaillamment la campagne. Il n'y eut bientôt qu'un cri d'admiration pour ces braves soldais. Dès le jour de leur débarquement, ils avaient donné un exemple de leur manière de combattre. Les Russes avaient établi leurs batteries sur les falaises de l'Aima et nous regardaient débarquer avec le plus grand calme. Protégés par la hauteur de la colline et connaissant parfaitement le terrain sur lequel ils allaient combattre, nos ennemis se croyaient sûrs de nous vaincre. Comment les aurions-nous délogés, n'ayant pu débarquer notre artillerie? Les Russes donc, qui comptaient sans les zouaves, avaient fait venir leurs femmes de Sébastopol, afin de leur donner le spectacle de notre défaite. Les zouaves s'avancent en silence, presque rampants. Une colonne de fumée s'élève au-dessus de la falaise. C'est une batterie qui fait feu contre eux. Un cri se fait entendre, semblable à celui du chacal; mille cris lui répondent, et tous les hommes se laissent choir comme s'ils eussent été mes. Les boulets russes passent au-dessus de leurs tètes et blessent quelques hommes seulement. Aussitôt chacun se relève et continue sa marche, jusqu'à ce qu'un nouveau cri vienne annoncer un nouveau danger. Après une demi-heure de cette marche accidentée, nos JS'ouaves se sont avancés jusqu'au pied du rocher. Là, le canon n'est plus k craindre, mais il faut arriver à l'ennemi, et c'est le plus difficile de la besogne. Nos soldats africains, habitués k franchir les montagnes escarpées de la Kabylie, ne se montrent point êtuuités de ce nouvel obstacle. Ils grimpent sur la falaise, l'un ponant l'autre, et bientôt leur calotte rouge apparaît sur la hauteur. A cette vue, l'ennemi, stupéfait de tant de courage, de uni de ténacité, de tant d'audace, perd contenance et, attaqué à la baïonnette, il lâche pied et s'enfuit. Le premier zouave qui franchit la falaise fut un sergent-iimjor, nommé 'Fleury. Pendant tout le temps yue dura ia guerre de Crimée, les zouaves furent les héros de l'armée des alliés. Leurs moindres actions passant de bouche en bouche, grossies par la renommée, arrivaient en Europe, où elles étaient accueillies avec la plus avide curiosité. Nous renonçons à suivre les zouaves dans tous les détails du siège de Sébastopol. Ce Serait sortir du cadre restreint où nous devons nous renfermer. Nous dirons seulement que, formés en compagnies de francs-tireurs, surnommés Enfants perdus, ils furent de la plus grande utilité à l'armée. Aussi quelles ovations ne reçurent-ils pas k leur entrée à Paris après la signature de la paix! Trois années plus tard, les zouaves furent appelés en Italie. Le 30 régiment fut le héros de l'une des premières batailles, Palestro. Depuis le matin, on se battait Sans aucun avantage, lorsque cet héruîque régiment se jeta iians l'action. Arrêté par un canal d'irrigation, il le traverse à la nage sou» le feu de l'ennemi. Ces braves franchissent un coteau, atteignent les canons autrichiens, tuent les servants sur leurs pièces, poursuivent les fuyards et en tuent 800 au passage
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dp la rivière Sesia, qt i se trouve de l'autre côté de la colline. Le combat prit sur ce point un acharnement extrême ; 5 pièces de canon et 800 prisonniers furmit les trophées du régiment, mais il aval; perdu 300 hommes.
Quelques jours après, le 2« zouaves s'immortalisait à Magenta. Co urne après la guerre de Crimée, les zouaves furent en 1859 les héros de l'ovation parisienn;. Ils firent depuis les expéditions de Bevroiith et du Mexique; au premier assaut de Pnebla, un bataillon du 1er zouaves, engagé dans une impasse, préféra se laisser décime.- plutôt que de se rendre. Ils firent campagne en 1870-1871 et furent souvent les prem ers au feu.
Après leur histoire, quelques mots sur leurs mœurs, sur leurs habitudes. Les zouaves sont en général des hommes d'une taille moyenne, plutôt petite que grande. L'habitude de vivre au bivac les endurcit jientôt k la souffrance. Ils deviennent in trépides marcheurs-, et comme il faut vivre et que l'administration ne leur fournit pas toujours i.u milieu des solitudes africaines les aliments nécessaires, ils sont forcés par la néoessi.é de se procurer par des moyens souvent peu réguliers des plats plus ou moins succulents, qui ne figurent pas a l'ordinaire. Lorsqu'il:, arrivent au bivac, quelques hommes sortent des rangs- et courent à la source voisine p<ur remplir les bidons d'escouade. La halte sonne, les faisceaux, se forment, les tentes se dressent, les feux s'allument, la soupe aux oignons ou au lard se prépare, ou si l'ordinaire est à sec, elle se fait au café, c'est-à-dire que le café liquide est rempli de poussière de biscuit et transformé en une sorte de pâte qui ne serait peutêtre pas du goût de tout le monde , mais qui est tonique et nourrissante; ou bien encore le pêcheur ou le chasseur de l'escouade ont pourvu la gamelle qu d'un lièvre , qui d'une brochette de poissons, sans parler de certains mets que l'on dérobe à la vue des officiers. La soupe mangée, la dernière pipe fumée, on s'endort entre les deux couvertes ; les factionnaires disparaissent, car leurs positions auraient pu être reconnues. M. us on aperçoit, malgré l'obscurité, des zouavis couchés a plut ventre qui veillent l'œil au guet, le doigt sur la détente. Le maraudeur, l'ennemi qui s'approche du camp poir tenter une surprise tombera bientôt soui sa baïonnette, car il frappe sans bruit afin de ne pas signaler sa présence. S'ils ont leurs qualités, les soldats d'Afrique ont aussi leurs imperfections. Les hommes qui embrassent par goût la profession des armes, sans espoir d'une brillante carrière, sont aventureux, ardents. Ils savent souffrir, mais ne savent pas, après de longues privations! résister aux séductions du cabaret; ils aiment k gaspiller; leurs notions du juste et de l'injuste, sont incomplètes, et le fruit défendu est plein d'attrait pour eux; en pays ennemi ou ami , ils ont bientôt tout remué, tout fouillé, tcut scruté; vêlements, poules, provisions, ils ne respectent rien, pas même les propriétés du gouvernement. Un jour le maréchal Bugjaud, après une razzia, entend certains bêle nents non loin de sa tente. H sort en toute hâte et voit les zouaves répandus au milieu c 'un troupeau de moutons. Le maréchal cnurt l'épée k main, dominant le tumulte de sa voix de Stentor. Les zouaves disparaissent avec leur proie, et une perquisition faite dai s leur bivac ne douna aucun résultat; personne ne raauquak l'appel et personne n'avait va de moutons. Le père Bugeaud fut forcé c'en rire. A Alger, un d'entre eux voulant rïgaler ses camarades et n'ayant pas le sou s'avisa d'un stratagème ingénieux pour se i rocurer du vin à bon marché. Dans le fond d'une cruche, il établit une grosse éponge et va chez un marchand devin. On remplit sa cruche; il fait semblant de trouver le prix trop élevé, s'emporte, se fâche et finalement vide son broc dans la barrique du marchand, en disant : « Je n'en veux pas, « et il s'en îetourue vers ses camarades, emportant dans son éponge la valeur d'une bouteille de vin. Deux ou trois tournées semblables faites chtz différents marchands lui fournirent largement dequoi passer joyeusement la soirée ave«. ses amis.
Quoique cet article soit déjà un peu long, nous croyons qu'on cous saura gré de mentionner une statue de zouave qui décore l'une des piles du pont de l'Aima et que tous les Parisiens, tous lesétiangers qui viennent visiter les monuments de Paris ont certaine- ' ment remarquée.
— Zouaves pontifie iux. Lorsque, en 1860, le général Lamoricière, devenu légitimiste et clérical, consentit, sur les sollicitation;; de M. de Mérode, à aller organiser k Rome l'armée pontificale destinée à défendre le pouvoir temporel du pape contre les revendications de l'Italie, il eut l'idée de former un petit corps de troupes rappelant, par son organisation, ces touaves d'Afrique k la tète desquels il avait jadis conquis sa réputation. Peu après, un des olliciers de son état-major, le baron de Cbaretie, organisa les zouaves pontificaux , recrutés pour la plupaM parmi de jeunes volontaires fraudais appartenant k des familles nobles. Les zouaves pontificaux prirent part à la bataille de Cusieltidurdo, où l'urinée du pape essuya une déroute complète. Par la suite, on les vit figurer à Metitana, où ils combattirent contre Garibaldi et <ù les chassepots du général de Failly « firent merveille. > Ces jeu-
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nés croisés, par leur morgue et leurs airs vainqueurs, avaient excité la plus vive antipathie dans la population romaine, lorsque se produisirent les événements de septembre 1870. Après le retrait des troupes françaises de Rome, les zouaves pontificaux se virent harcelés par la population, qui appelait à grands cris Victor-Emmanuel. Le général (Jadorna, étant arrivé devant Rome avec une année italienne, somma le général pontifical Kanzler de lui en ouvrir les portes. Celui-ci refusa. Les zouaves pontificaux, qui avaient donné des preuves incontestables de bravoure, entreprirent k peu près seuls de défendre la ville. Sous les ordres de M. de Charette, ils soutenaient depuis quatre heures un combat des plus vifs, lorsque Pie IX donna l'ordre de cesser le feu et d'arborer le drapeau parlementaire. Peu après, les zouaves pontificaux français étaient embarqués pour la France. M. de Charette se rendit alors k Tours, se mit à la disposition du gouvernement de la Défense avec ses anciens zouaves et obtint de former dans cette ville un corps qui reçut le nom de légion des volontaires de l'Ouest. Les anciens zouaves pontificaux, grossis d'un assez grand nombre de volontaires, formèrent bientôt deux bataillons, que commanda M. de Charette avec le grade de colonel. Envoyés alarmée d'Orléans, ils se tirent remarquer par leur bravoure, particulièrement en combattant devant cette ville le il octobre 1870, puis à Patay le 2 décembre suivant.
La conduite des zouaves aux vestes grises dans celte dernière affaire fut des plus brillantes. Ils perdirent bon nombre d'entre eux, et leur chef, qui fut grièvement blessé, reçut de M. Gambetla le grade de général de brigade. Après l'armistice, M. de Charette attendit à Rennes avec sa légion la marche des événements. A la nouvelle, de l'insurrection du 18 mars 1871, k Paris, il se mit avec ses hommes k la disposition du gouvernement, qui le chargea d'augmenter sa légion, puis se rendit k Versailles et prit part dans les rangs de l'armée réorganisée aux opérations du second siège de Paris. Le corps des zouaves pontificaux fut dissous après l'entrée de l'année de Versailles à Paris, et depuis lors il n'en a plus été question. M. S. Jacquemont, capitaine aux zouaves pontificaux, a publié en 1871 le récit de la Campagne des zouaves pontificaux en France, 1870 - 1871 (in-18).
Zouaves ci le* ehaiwari à pied (LKS), esquisses militaires, par le duc'd'Amnale (1 855, in-16). Cet opuscule parut d'abord anonyme dans la Bévue des Deux-Mondes.
Le sujet, intéressant par lui-même, est traité avec simplicité et sobriété; peu de phrases, beaucoup de faits. Le principal mérite de l'ouvrage consiste dans l'extrême équité des appréciations. On s'en convaincra surtout en lisant le portrait du duc d'Orléans et celui du général Cavaignac, «qui fit toujours preuve de vertus militaires du premier ordre. Si l'armée avait eu à élire le colonel des zouaves, son choix serait certainement tombé sur lui. L'héroïque défenseur du Méchouar et de TLemeen montrait depuis deux, ans dans le commandement difficile du 2e bataillon d'Afrique toutes les qualités d'un excellent chef de corps, et tous ceux qui l'avaient vu k l'œuvre admiraient son caractère énergique, son esprit plein de ressources et de courage, qui, pour être calme toujours, ne laissait pas d'être entraînant. » Rarement le général Cavaignac a été apprécié aussi justement.
En lisant l'esquisse historique du duc d'Aumale et en consultant l'Annuaire militaire, on se convaincra de la vérité d'une parole du général Cavaignac, disant que l'Afrique était pour la France une pépinière de bons généraux. Il est intéressant d'assister à leurs débuts sur ce sol africain, où chaque grade devait se conquérir k la pointe de l'épée. A ce dernier point de vue, les Zouaves et les chasseurs à pied n'ont pas kse plaindre; le duc d'Aumale a recueilli leurs titres de gloire en homme capable de les apprécier.
Zouaves dans la trauebée (LES) , tableau d'Isidore Pils. Dans un des fossés étroits et profonds creusés par le génie devant Sébastopol et au moyen desquels notre année atteignit lentement et péniblement la tour Malakotf , une demi-douzaine de. zouaves s'avancent pour faire le coup de feu avec les avant-postes de l'ennemi; il se baissent, ils s'effacent de leur mieux , tout en cheminant et ayant l'œil au guet. Ce « défilé dans la trauchee • a été rendu par Pils avec une grande vérité; ce peintre est un de ceux qui ont le mieux observé le soldat moderne; il a réussi tout particulièrement à exprimer l'allure tour à tour pleine de souplesse et de crânerie des zouaves. Ajoutons que le tableau dont nous venons de faire la description est peint avec une fermeté et une largeur peu communes. Il a figuré à l'exposition posthume des œuvres Pils, en 1876, et faisait partie k celte époque de la collection de M. Eggly. Une liés - belle aquarelle reproduisant la même scène appartient k M. d'Hunolstein. M. Picart possède un tableau sur le même sujet, ainsi qu'une autre toile exécutée par Plis en 1861 et qui représente un zouave sonnant du clairon et courant dans une tranchée.
Horace Vernet a peint des Zouaves à fat-
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saut de Sibastopol; cette composion a été gravée en manière noire par L.-A. Gautier. George Diebolt a sculpté pour la décoration d'une des piles du pont de l'Aima, k Paris, la statua colossale d'un Zouave en tenue de campagne. Une statuette en bronze, représentant un Zouave de la garde, a été exposée par Fremiet au Salon de 1859.
ZOUBOFF (Valérien, comte), général en chef russe, né en 1760, mort en 1804. 11 eut part, avec son frère, aux faveurs de Catherine, qui fit aussi de lui, dit-on, son amant, en profita pour amasser des richesses et faire son chemin dans l'armée, devint lieutenant général en 1794, perdit une jambe dans la guerre contre Kosciusko, en Pologne, commanda en chef l'expédition de 1796 contre le Caucase, prit Derbent, poussa ses succès dans le Schirwan contre les Persans, mais finit par éprouver quelques revers, eut beaucoup k souffrir de l'insalubrité du climat et reçut l'ordre de battre en retraite à l'avénement de Paul Ie* (1796). Il se démit alors de ses emplois, se retira volontairement en Courtaude et ne revint à Pétersbourg que dans les premières années du règne d'Alexandre. Comme son frère Platow, il était beau, bien fait, séduisant, profondément corrompu et acquit plus de réputation par le dérèglement de sa conduite que par ses talents militaires.
ZOUBOFP (Platow, prince), le dernier des favoris de Catherine II et frère du précédent, né vers 1765, mort en 1817. Il était âgé de vingt-cinq ans, et simple lieutenant des gardes, lorsque l'impératrice le remarqua. Elle le fit son aide de camp, lui donna le titre de prince, la charge de grand maître de l'artillerie, le combla de richesses. A défaut des formes athlétiques, du génie et de l'ambition des Orloff et des Potemkin , Zouboff avait des traits agréables, beaucoup d'aisance dans les manières, du goût pour les arts, un esprit orné et insinuant. Ses passions étaient l'avarice et la vanité. L'archevêque catholique Rostoki ayant refusé de lui donner 6,000 pièces d'or, il persécuta en 1795 et 1796 les prêtres de la même religion et força un grand nombre d'entre eux k apostasier. Zouboff exerçait sur la vieille impératrice un pouvoir absolu, etpendantquelque temps ildingea toutes les affaires. Ce fut lui, dit-on, qui fut le principal instigateur du partage de la Pologne. A l'avènement de Paul 1er (1796) , il perdit tous Ses emplois, reçut l'ordre de quitter la cour, puis la Russie, voyagea en Pologne, où il épousa Thecla Walentinovicz, parcourut ensuite l'Allemagne et obtint , grâce k l'intervention de Pahlen, l'autorisation de revenir en Russie. Peu après, il devint avec ce dernier le chef du complot qui renversa et mit k mort Paul I". Pendant la nuit où eut lieu cette sanglante tragédie, il se montra un des plus ardents parmi les meurtriers du czar. Ce fut lui qui commença par lui lire son acte d'abdication. Au reproche d'ingratitude que le monarque lui adressa dans ce moment suprême, Zouboff répondit : • Vous n'êtes plus empereur; la Russie a choisi pour maître le prince Alexandre, t A cette réponse, il reçut un souftiet. '-a lutte s'engagea, lutte dans laquelle Zouboff, mordu k la joue, finit par étrangler le czar avec une écharpe. Aucun des assassins de Paul ne fut puni. Néanmoins, Zouboff ne fut point employé sous le nouveau règne et passa le reste de sa vie éloigné de la capitale. — Un autre frère des précédents, le comte Nicolas Zouboff, mort également en 1804, participa k la fortune de Platow et de Valérien, épousa la tille deSouvarow, devint général, sénateur et tomba en disgrâce à la mort de Catherine. Un des principaux conspirateurs dans le complot qui renversa Paul lar, il fut le premier qui osa le frapper de son épée et lui brisa un bras. Après cet assassinat, il se retira dans ses terres, où il termina sa vie.
ZOUCH ou ZOUCH E (Richard), jurisconsulte, né à Ansley, comte deWilts, en 1590, mort en 1660. Il devint, en 1620, professeur de droit k l'université d'Oxford, où il avait fait ses études, fit partie du dernier Parlement du règne de Charles 1er, puis fut nommé chancelier du collège d'Oxford (1825), principal du collège de Saint-Alban et juge de la haute cour de l'amirauté. Zouch fut, en 1647, un des rédacteurs de la protestation légale publiée par l'université u'Oxford contre la ligue solennelle et lecovenant; néanmoins, dès l'année suivante, il fil sa soumission aux commissaires du Parlement et conserva sa chaire k Oxford sous le gouvernement de Cromwell. En 1653, le Protecteur le désigna pour faire partie du tribunal chargé de juger (loin Pantaléon Sa, frère de l'ambassadeur de Portugal, qui avait assassiné un gentilhomme anglais, et se prononça pour la peine capitale. Lors de la restauration de Charles If, Zouch fut réintégré dans ses fonctions de juge de l'amirauté et devint un des commissaires chargés de réglementer l'université. On lui doit plusieurs ouvrages, dont tes principaux sont : Elément a jurisprudentiie definitionibus, reyulis et seutentiis selectioribus juris civilis ittustrata (Oxford, 1629, in-8aJ ; Descripiio juris et judicii feudahs secundum consuetudines Mediolani et iVormannite (Oxford, 1634, in-8°); Descriptio juris et judicii ecclesiastici secundum canones et consuetudines angticauas (Oxford, 1636, in-40); Descriptiones juris et judicii sacri, juris et ju-
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dicii milifaris et juris et judicii maritimi (Oxford, 1640, in-4<>)j Juris et judicii fecialis explicatio (Oxford, 1650, in-4°); Cas et questions résolus en droit civil (Oxford, 1652, in-8°); Solitlio qusestionis de legati detinquentis judice compétente (Oxford, 1657); Eruditionis ingenux specimina (Oxford, 165V); Qusstionum juris civilis centuria (Oxford , 1660), etc.
Après la mort de Richard Zouch, on a encore publié de lui un ouvrage posthume intitulé : la Juridiction de l'amirauté contre les Articuli admiralitatis de sir Ed. Coke, dans le xxita chapitre de ia Juridiction des cours (Londres, 1663).
ZOUCH (Thomas), littérateur anglais, né à Sandal, comté d'York, en 1737, mort en 1815. Après avoir professé pendant quelque temps à l'université de Cambridge, il renonça à l'enseignement, remplit diverses fonctions ecclésiastiques et devint en 1805 prébendier de l'église de Durham. Son âge avancé lui fit refuser en 1808 l'évêché de Carlisle. Il était membre de la Société linnéenne et très-versé dans l'étude de la botanique. Nous citerons, parmi ses écrits : le Crucifiement , poème (1765, in-4°) ; Considérations sur le caractère prophétique des Jiomains tel qu'il est représenté dans Daniel (1798); Essai d'éclaircissement de quelques prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament (1800, tn-is); Mémoires sur la vie et les écrits de sir Philippe Sidney (1808, in-4"). On lui doit aussi des éditions ■d'Amour et vérité, de Wallon (1795, in-S°), et des Vies du même auteur, avec additions (1796, iti-40).
ZOOCHET s. m. (zou-chè). Ornith. Un des noms vulgaires du souohet, espèce de ca.nard. Il On dit aussi zoucist.
ZOUDIBOUDJOU s. m. (zou-di-bou-djou).
Métrol. Monnaie d'argent des Etats barbaresques, valant 3 fr. 72. Il On dit aussi DOU- BLA BOUDJOU.
ZOUGOU, Etat du Soudan, Afrique centrale, entre le Dagoumba et le Koniba.
ZOUILA, ville de l'Afrique septentrionale, dans le Fezzan , k 142 kilom. N.-E. de Mourzouk; 5,000 hab. environ. C'est une des plus anciennes villes du pays, et qui passe pour la Cillaba de Pline.
ZOUISKI ou C110U1SKI (Vasili, prince), général et homme d'Eiat russe, mis k mort en 1544. Il descendait de Vladimir le Grand. Pendant la minorité du jeune Ivan IV, parvenu au trône k l'âge de quatre ans, en 1534, il s'empara du pouvoir et maintint le czar dans une tutelle si étroite que celui-ci, pour se débarrasser du joug, donna en 1537 k Zouiski l'ordre de se rendre k Vladimir, sous le prétexte de contenir les Tartares qui menaçaient les frontières de l'empire. Le prince obéit, mais parvint peu après k se faire rappeler, revint en grande pompe à Moscou et fit exiler ou mettre à mort ceux qui lut portaient ombrage et avaient gagné la confiance d'Ivan IV. Mais k peine le czar eut-il atteint quatorze ans, l'âge de sa majorité, que, prenant en main le pouvoir, il ordonna d'arrêter le ministre, qui fut condamné k mort et immédiatement exécuté.
ZOUISKI ou CHOU1SKI (Vasili , prince) , célèbre général russe, fils du précédent, mort en 1587. La guerre uyant éclaté, en 1581, entre la Pologne et la Russie, Zouiski reçut le commandement de l'aile gauche de l'armée, afin de soutenir le choc des Tartares , alliés aux Polonais, puis fut chargé de défendre Pleskow, place forte qui protégeait la capitale. Au mois d'août 1582,1e roi Bathori et Zamoyaki, k la tête d'une armée forte de près de 100,000 hommes, vinrent mettre le siège devant Pleskow. Zouiski combattit avec un courage héroïque les Polonais, qui livrèrent un assaut général le 3 septembre, et, après une lutte acharnée qui dura tout un jour, il les repoussa, en leur faisant un grand nombre de prisonniers. Pendant quatre mois et demi, le veillant général fit quarante-six sorties et se signala constamment par ses exploits. Pour se débarrasser d'un ennemi qu'ils ne pouvaient vaincre , les Polonais tirent construire par un de leurs artilleurs, nommé Ostromène, une espèce de machine infernale, qui devait éclater en l'ouvrant, et l'envoyèrent k Zouiski , comme venant d'un officier qui, voulant déserter, lui faisait parvenir un coffre rempli d'or et de pierres précieuses. Fort heureusement, cet odieux, stratagème ne produisit qu'à demi l'effet qu'on en attendait. Au moment où on l'apporta, le général russe était absent. Un de ses lieutenants l'ouvrit et tomba foudroyé, ainsi que plusieurs officiers présents. Zouiski protesta avec indignation contre une pareille perfidie et envoya un cartel k Zaraoyski; niais l'affaire n'eut pas de suite. Enfin, au mois de janvier 1582, une trêve fut signée entre les belligérants. En récompense de sa brillante conduite , Zouiski reçut du czar Fédor (1584) les revenus de la ville de Pleskow. Mais la grande popularité qu'il avait acquise, la haute situation qu'il occupait k la cour portèrent ombrage au tout - puissant favori Boris Godounof. 'Les membres do sa famille furent exilés. Quant a lui, on le jeta dans un cachot, où. il mourut étranglé.
ZOUISKI ou CHOG1SK1 (Vasili), fils du précédent, czar do Russie. V. Vasili V.
ZOUK-M1KAEL, ville de la Turquie d'Asie,
ZOZI
dans la Syrie, à 30 kilora. N.-E. de Beyrouth, prés du Nahr-el-Kelb; 12,000 hab. Fabrication de soieries, toiles et feutres. Grand commerce de soie et de vin.
ZOUMALACARIIEGUI (Thomas), générât
espagnol. V. ZUMALACARREGUY.
ZOUMARA s. f. (zou-raa-ra). Sorte de clarinette dont les Egyptiens font usage lorsqu'ils accompagnent le cortège des mariés.
ZOBMBO, établissement portugais de l'Afrique orientale, dans le gouvernement de Mozambique, sur une lie formée par le Zambèze, à 400 kilom. S.-O. de Téta. Commerce de poudre d'or et d'ivoire.
ZOCNGATUE, contrée de l'Asie centrale.