‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 126 sur 1042 · TIEL · texte numérisé non relu

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contrée, surtout pour celle du pays des Sikhs ; il renferme, cependant, de nombreuses erreurs géographiques, mais on peut facilement les corriger au moyeu des travaux plus récents des Anglais, de ceux du major Rennel en particulier.

TIEFTHBNK (Jean-Henri), philosophe allemand, né à Stove, près de RoStock, en 1759, mort en 1837. Sa vie présente peu d'incidents remarquables. Après avoir été recteur du gymnase de Joachimsthal, dans la marche de l'Uker, il devint, en 1792, professeur de philosophie k l'université de Halle et ne résigna cette chaire que peu de temps avant sa mort. Elève et admirateur de Kaiit, il s'occupa surtout dans ses écrits de populariser et de mettre en application le rationalisme qui devait son origine au système de ce philosophe. Cest k quoi sont spécialement consacrés, parmi ses ouvrages, ceux que nous allons citer : le Seul but possible de Jésus développé d'après la loi fondamentale de la religion (Berlin, 1789; 1793, 2e édit.); Censure de l'idée théorique protestante chrétienne, d'après les principes de la critique religieuse (Berlin, 1791-1794, 3 vol.); X Emancipation de lareligion (Berlin, 1800, 2 vol.). Les idées de liant en droit et en morale trouvèrent aussi en lui un champion éloquent, ainsi que le prouvent les deux ouvrages suivants : Recherches philosophiques sur le droit privé et public (Berlin, 1797-1799, 2 vol.) et Recherches philosophiques sur l'idée de la vertu (Halle, 1805, 2 vol.), qui ne doivent être considérés que comme un commentaire de la métaphysique du droit et des mœurs de liant, tandis que ses Principes de morale (Halle, 1803, 2 vol.) sont un ouvrage complètement original et indépendant de 1 influence de tout autre philosophe. Parmi les autres écrits de Tieftrunk, il faut encore mentionner : l'Univers d'après l'opinion humaine (Halle, 1821) et la Logique dans un vêlement purement allemand (Halle, 1825). Il avait, en outre, donné une excellente édition des Œuvres mêlées de Kant (Halle, 1799-1800, 3 vol.).

T1EH (ODADY-), vallée d'Egypte, qui s'étend depuis le S.-É. du Caire jusqu'au golfe de Suez, en se dirigeant au S.-E.

TIELCKE (Jean-Théodore), écrivain militaire allemand, né dans la Thuringe en 1731, mort en 1787. Entré au service comme simple soldat, il fit les campagnes de la guerre de Sept ans et, promu ensuite capitaine d'état-major d'artillerie, fut envoyé k Freyberg, où il résida jusqu'à sa mort. Il consacra ses loisirs à consigner dans différents ouvrages les résultats des observations qu'il avait faites pendant sa carrière active, et, bien qu'il n'eut eu d'autre maître que luimême, ses écrits sont encore fort estimés en Allemagne. Nous citerons, entre autres : Instruction pour les officiers du génie (Freyberg, 1769), traité élémentaire, dont Frédéric II faisait le plus grand éloge et qui obtint, en peu de temps, cinq éditions, outre qu'il fut traduit en anglais; Qualités et devoirs d'un bon soldat (1773, in-8°); Mémoires pour servir à l'art militaire et à l'histoire de la guerre de 1756 à 1763, avec plans et cartes (Freyberg, 1776, 5 vol., 2» édit.), l'un des ouvrages les plus complets que, l'on possède sur cette période de l'histoire militaire de l'Europe. Il en avait étéy commencé k Freyberg une traduction française, mais le premier volume fut seul publié.

TIELEMANS (Jean-François), jurisconsulte et homme politique belge, né k Bruxelles en 1799. Il étudia le droit à Liège , où il passa son doctorat en 1823, puis entra dans le journalisme et défendit les idées libérales dans le Journal de Gand. En 1827, M. Tielemans reçut la mission d'aller étudier en Allemagne les divers systèmes d'enseignement ' en usage dans les universités. .L'année suivante, il fut attaché au ministère des affaires étrangères, mais il n'en continua pas moins k servir la cause libérale, devint un des chauds partisans de l'autonomie de la Belgique et fournit des articles à divers journaux, notamment au Belge et au Courrier des Pays- Bas. Poursuivi le 30 avril 1830 , avec- son ami de Potter, comme excitant à la révolte contre le gouvernement, M. Tielemans fut condamné à sept ans de bannissement et passa en France. A la suite de la révolution de septembre de la même année, qui amena la séparation de la Belgique et de la Hollande, M. Tielemans revint dans son pays. Il remplit les fonctions d'administrateur général de l'intérieur, entra dans la commission de constitution et proposa d'introduire dans la nouvelle charte que, au bout de trois ans, un congrès serait élu pour examiner k nouveau s'il fallait adopter le gouvernement monarchique ou le gouvernement républicain.

Celte proposition fut rejetée. De février k mars 1831, il fut mis k lu tète du ministère de l'intérieur, puis il devint gouverneur des^rovinces d'Anvers et de Liège. Nommé en 1831 conseiller à la cour d'appel du Brabant, il dut, par suite de la loi des incompatibilités, opter eu 1847 entre les fonctions judiciaires et le mandat de député , que lui avaient donné les électeurs de Bruxelles, et renonça à la vie politique active. Depuis lors il a été nommé président de chambre à la même cour. Un des fondateurs de l'université libre de Bruxelles, M. Tielemans y a fait pendant longtemps un cours de droit administratif. Qn lui doit un

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ouvrage important et très-estimé : Répertoire de l'administration et du droit administratif de la Belgique (Bruxelles, 1843- 1846, 7 vol. in-8°).

T1ELLEN-HEAD, cap d'Irlande, à l'entrée septentrionale de la baie de Donegal, par 54" 40' de latit. N., 10» 45' de longit. O.

TIEN, TIENNE adj. possess. (tiain, tiè-ne — lat. tuus; de te, accusatif de tu, toi). Qui t'appartient, qui est à toi : Un tien cousin. Ton bien n'est réellement tien que si tu en jouis.

— Pron. possess. Le tien, La tienne, Celui, celle qui est à toi, qui t'appartient : J'ai mes chagrins, tu as les tiens. Je n'ai pas de chapeau, prête-moi le tien. Il Plusieurs grammairiens, considérant dans ce cas le nom comme sous-ontendu, font de tien un adjectif et n'admettent pas l'existence du pronom.

— s. m. Le tien, Ce qui est à toi, ce qui t'appartient ; Je ne te demande rien du

TtEN.

— Le tien et le mien, La propriété : Le tien et le mien engendrent beaucoup de guerres et de procès.

— Y mettre du tien, Y mettre de ton argent : Tu voudrais pouvoir passer pour généreux sans Y mettre du tien. Il Faire des concessions : Si tu tiens à te réconcilier, mets-y du tien. Il Inventer, exagérer, amplifier : Ton récit est fort extraordinaire, mais je crois que

tu Y METS DU TIEN.

— Faire des tiennes, Faire des folies : On dit que tu as fait des tiennes dans ton jeune temps.

— PI. Les tiens, Tes alliés, tes proches, les membres de ta famille : Les tikns 11e te sont pas plus chers que toi-même.

TIEN, nom sous lequel les Chinois honorent le ciel suprême et universel. Ils l'appellent aussi Chang-ti.

TIENE, ville du royaume d'Italie (Vénétie), au pied de montagnes, k 20 kilom. N.-N.-O. de Vicence; 5,000 hab. Commerce et fabrique de draps, chapeaux de laine, toile et soie grége.

Ticu-heou (temple de) , célèbre temple chinois construit k Meichow. De tous ceux qui ont été consacrés par les Chinois à Tieuheou, c'est assurément le plus remarquable sous le rapport monumental. Il fut construit sur une petite île située non loin de la côte du Fou-kien, et il se voit de fort loin en pleine mer. Il s'élève au-dessus d'énormes rochers au milieu desquels bondit un torrent, et l'ensemble du monument et du site forme, au dire des voyageurs qui les ont visités, uu des coups d'œil les plus grandioses et les plus majestueux qu'il soit possible de voir. Beaucoup de temples chinois sont, du reste, ainsi construits sur des rochers qui s'avancent dans la mer, atin que les marins qui passent sur leurs lourdes jonques puissent faire en chemin leurs dévotions , qui consistent à brûler de l'encens et du papier doré. Le temple de Meichow se compose de plusieurs bâtiments qui s'élèvent graduellement les uns au-dessus des autres jusqu'au sommet de la hauteur. Ils renferment des statues dorées eolof.sales. Dans l'un des bâtiments inférieurs il y a, entre autres merveilles, un cheval gigantesque, d'une exécution admirable. Les prêtres, qui ne sont qu'au nombre de huit, exercent une surveillance trés-active sur leur sanctuaire. Ils rendent un culte spécial à la Reine du ciel et, bien que cette divinité ne soit pas d'origine bouddhique, ils chantent néanmoins eu son honneur des hymnes en langue pâlie. De nombreux ex-voto sont suspendus aux murs du temple, qui est très-vénéré dans la contrée et où loti se rend de tous côtés en pèlerinage. Aucune jonque ne passe dans ces eaux sans mettre en panne et rendre hommage k la divinité du lieu.

TIEN-SU, personnage chinois, qui se rendit célèbre par la sainteté de sa vie, par son habileté surprenante, dans tous les arts, et devint une des divinités du royaume de Tonkin. C'est son intervention salutaire qu'on invoque lorsque l'on met dans ce pays uu enfaDt en apprentissage.

TIEN-TÉ, en chinois Vorlu célede, nom

donné k Hung-serr-tseuen, chef des taïpings, insurgés chinois, V. taïpings.

TIEN-TS1N ou THIANG-TSIN, ville da Chine (Tché-li), ch.-l. de département, a l'embouchure du Pei-ho, à 124 bilom. S.-E. de Pékin, par 39" 10' de latit. N. et 104" 53' 55" de longit. E. ; 400,000 hab. Un grand nombre de jonques d'un fort tonnage appartiennent à Ce port, qui est très-fréquenté. Il s'y fait un commerce important, et c'est de cette ville que la capitale tire la plus grande partie de ses approvisionnements. Nous extrayons la description suivante de l'excellent livre publié en 1866 par M. Poussielgue, d'après les notes de M«« de Bourboulon.

« La ville de Tien-tsin est naturellement divisée en trois parties par le Pei-ho et le canal Impérial. Sur la rive sud du fleuve est située la ville murée, qui est bordée k l'est par le canal ; au delà du canal et sur le même côté du Pei-ho est, un grand faubourg trèscommerçant, qui est relié k la ville par un pont de bateaux ; c'est le centre des affaires

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et l'entrepôt de toutes les marchandises de transit. Au nord du Pei-ho se trouve un autre faubourg planté de vastes jardins, qu'on peut appeler la ville officielle. C'est là que sont situés les yamouns des légations de France et d'Angleterre , du préfet et des mandarins Supérieurs, et enfin le palais impérial où a été signé le premier traité conclu a Tien-tsin en 1858; il a été cédé le 21 décembre 1861, sur la demande du ministre de France, aux lazaristes et aux sœurs de charité, qui y ont établi une mission. Le Pei-ho, qui coule dans la direction du sud-est, fait un coude au centre de la ville, où vient déboucher le canal Impérial alimenté par ses eaux ; leur réunion forme uh vaste port couvert de bâtiments et de bateaux de toutes grandeurs, qui y arrivent des provinces de toute la Chine, par le Hoang-ho et le Yang-tse-kiang. Cet admirable ouvrage d'art traverse une partie de l'empire du Milieu ; il commence à Hang-teheou , capitale de la province de Tche-kiang, au sud de Shang-hat, passe dans tous les centres populeux du Kiang-sou, du Chan-toung et du Pe-tche-li et vient aboutir au Pei-ho, k Tien-tsin ; de Tien-tsin, un autre canal porte des marchandises à Pékin. Le canal Impérial est fortement encaissé et endigué dans des quais en pierre de taille; il est large de 100 mètres au inoins et assez profond pour permettre la navigation à des bâtiments d'un fort tonnage. Les travaux gigantesques de canalisation établis par les Chinois excitent ajuste titre l'admiration des voyageurs. La telle position commerciale de Tien-tsin en a fait le port de Pékin. Cette ville est triste et peu animée , quoiqu'elle contienne une population de 100,000 âmes; les rues sont plus larges et mieux percées que celles des villes du Sud, mais les maisons sont basses, d'un aspect misérable et construites pour la plupart en terre et en torchis. Elle ne contient aucun monument remarquable, sauf quelques beaux yamouns, situés sur le bord de la rivière, et une pagode très-ancienne, dite pagode des supplices, qui ,méri te par la bizarrerie de son ornementation une description particulière. Ou y voit une suite de statues de bois peint et doré, presque de grandeur naturelle, qui figurent tous les genres de supplice infligés en enfer en punition des crimes commis ici-bas. Le premier groupe représente un paysage : c'est un énorme rocher hérissé de pointes de fer, du haut duquel sont précipitées de petites figurines; dans leur chute, elles tombent sur les pointes qui les mettent en pièces ; c'est le châtiment des ambitieux et des orgueilleux. Dans le second groupe, on voit un homme tout nu, pressé entre deux planches ; des bourreaux sont occupés à le scier méthodiquement de bout en bout; c'est le supplice du parricide. Dans le troisième est une femme également nue et attachée à un poteau : on lui arrache les entrailles, on les lui remplace par des charbons ardents; après quoi on lui recoud le ventre; c'est une femme adultère. Puis viennent un homme auquel on perce la langue, mensonge et abus de parole ; un autre écorché vif, trahison ; une femme plongée dans l'huile bouillante, empoisonnement; enfin un mandarin broyé par une roue en fer, tandis que les chiens avides se pressent au bas de l'instrument du supplice pour lécher le sang et dévorer les morceaux pantelants de la victime : incendie volontaire. Le dernier groupe présente un groupe ingénieux. Sur une planche qui a un mouvement horizontal est couché un supplicié débité en morceaux par un grand couteau qui le tranche régulièrement en s'abattant sur lui de haut en bas ; c'est la punition des voleurs de grand, chemin. Toutes ces horribles marionnettes sont montées , avec art et ne laissent pas que d'être effrayantes malgré leur côté grotesque. Autour des groupes sont placées les Btatues des dieux vengeurs de l'enfer qui président à ces tourments avec d'affreuses grimaces. Enfin , on trouve aussi dans cette pagode un grand paysage en bois sculpté, couvert de figurines qui représentent le chemin de la vie future; une foule nombreuse monte la route qui conduit au paradis; devant ses portes, le gardien du ciel, orné d'une barbe formidable, fuit entrer les uns, repousse les autres, qui, désespérés, se jettent au fond fl'un précipice, dans l'ombre duquel les tourmenteurs infernaux guettent les victimes. Les prêtres de Bouddha cherchent, comme on le voit, à frapper d'effroi l'imagination des pénitents. Mais le Chinois est"peu crédule de son naturel et aime encore moins k délier les cordons de sa bourse; aussi le bonze assis à la porte a-t-il beau frapper avec fureur sur son tam-tam, l'aumône qui doit racheter les pécheurs n'en remplit pas plus vite l'escarcelle de la communauté.

» Le dialecte qu'on parle à Tien-tsin est si différent de celui du Sud, que les coolies de Shaug-baï qui avaient suivi la légation ne parvenaient que difficilement & se faire comprendre des gens du pays. Il ne faut pas oublier qu'en Chine, nu-dessous de la langue des mandarins, de la langue savante parlée en tous lieux par la classe instruite, il y a des idiomes populaires qui varient suivant les provinces. Tien-tsin ne ressemble en rien aux villes que des voyageurs ont visitées dans le Kouang-toung , duns le Fo-kie'n et dans le Kouang-sou. Productions naturelles, costumes, usages, tout est diffèrent. Je dois à M. le lieutenant de vaisseau Trêves, qui a

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rempli pendant un an les fonctions de consul provisoire de France dans cette ville, des détails intéressants que je m'empresse de transcrire ici. Les campagnes qui environnent Tien-tsin sont fertiles et fournissent largement k l'alimentation publique ; les céréales, maïs, sorgho et orge, les plantes qui donnent de l'huile, ricin et sésame, et surtout la vigne y sont cultivées sur une grande échelle. Les raisins, qui sont blancs ou noirs et excellents au goût, sont considérés plutôt comme fruits que comme éléments d'une boisson alcoolique; les Chinois ne savent pas faire le vin, mais ils conservent admirablement les fruits, et c'est de Tien-tsin que sont exportés ceux qui sontservis sur les tables des riches mandarins.Voicicommenfon s'y prend : le Pei-ho gèle ordinairement pendant trois mois d'hiver; on voit alors la surface du fleuve se couvrir de travailleurs qui taillent la glace à une profondeur de 0m,40 k 0m,50 et en forment des cubes égaux comme des pierres de taille. Ces cubes sont transportés dans un endroit à l'exposition du nord et entassés les uns sur les autres, de manière à former de longues et hautes galeries; entre ces galeries, on laisse un passage suffisant pour un homme, et c'est dans les intervalles des piliers de glace qu'on suspend les grappes de raisin à des cordes. 11 y a des galeries de ce genre qui ont plusieurs centaines de mètres de longueur; on en rencontre un grand nombre dans les environs de Tientsin. Ces maisons de glace résistent aux plus fortes chaleurs de l'été et conservent si merveilleusement les fruits qu'il m'a été servi sur la même table des raisins de l'année précédente confondus avec ceux qu'on venait de cueillir h la vigne, sans qu'il me fût possible d'en faire la ditférence.

» Le commerce de la glace a une très-grande importance entre le nord et le sud de la Chine, non pas pour rafraîchir les boissons, on sait que les Chinois boivent toujours chaud, mais pour la conservation des denrées alimentaires. Voici comment on construit les glacières dans le Nord : on fait un trou carré, on y met un bloc de glace taillé à la même dimension et on recouvre le tout de la terre du déblai et d'un paillasson, 11 y avait une immense glacière de ce genre dans la cour intérieure des forts de Ta-kou. Dans le Sud, au contraire, on les place dans les endroits élevés, au sommet des collines. Dans le courant de cette année, les navires européens ont réalisé de grands bénéfices en faisant le transport des glaces entre les ports de' la Chine. L'usage en est si répandu que j'ai vu ici, exposés chez des marchands de comestibles, des poissons et des volailles conservés, tout entiers dans la glace, c'est-à-dire qu'on les a trempés dans l'eau par les belles gelées de l'hiver dernier et que, quand la couche qui les entourait a été assez épaisse, on lesu déposés dans les chambres de glace pour les en tirer en plein été ; il n'y a pas de si pauvres guinguettes où la pastèque qu'on débite à la tranche ne soit placée dans la glace. L'abondance extrême des vignes dans la province de Pe-tche-li, le prix très-modique du raisin, dont on a un panier pour quelques sapèques, enfin l'ignorance absolue des Chinois à l'égard de la fabrication du vin me font penser que des vignerons français, qui viendraient laire le vin sur les lieux, réaliseraient en peu de temps de grands bénéfices, à cause de l'excessive cherté de cette liqueur dans tout l'extrême Orient. On cultive aussi dans les environs de Tien-tsin des pêches, des poires et des pommes ; mais ces fruits sont de qualité inférieure; enfin on y trouve des légumes de toute sorte : carottes, choux, haricots blancs et verts, pois, lentilles, laitues, oignons et autres alliacés; une plante de la famille des raiponces fournit l'hiver une salade de racines blanches et roses de la grosseur du doigt et très-délicates. Le marché de Tien-tsin est abondamment fourni de poissons de mer et de rivière d'espèces analogues aux nôtres. Le lièvre, la perdrix et le canard sauvage abondent dans les vastes plaines et les marais des environs; le lièvre y est un gibier si commun, que j'ai vu vendre pour une piastre vingt-trois de ces animaux. Les Chinois estiment peu sa chair, et nos soldats en sont si fatigués qu'ils n'en veulent même plus pour faire la soupe. Les habitants du pays prennent le gibier au collet, au trébuehet et a d'autres pièges dont je ne saurais donner la description, mais qui m'ont paru très-ingénieux, puisqu'ils manquent rarement leur coup. Ils chassent peu au fusil, à cause de l'imperfection de leurs armes k feu, mais en revanche ils sont trèsbons fauconniers. Dans le nord de la Chine, la chasse au faucon n'est pas le privilège des hauts personnages; il y a des gens du peuple qui vivent uniquement de cette industrie. » Depuis quelques années le commerce de Ttien-tsin a pris un grand développement. Le mouvement total des échanges, qui était en 1871 de 19,034,987 taels (le tael vaut 8 fr.), s'est élevé, en 1874, à 22,893,521 taels. Le chiffre des importations, qui consistent en produits chinois, européens et américains, en cotonnades, lainages, porcelaines, nankin, papier, thé, riz, blé, huile, sucre, tabac, etc., était, en 1874, de 17,682,684 taèls, et celui des exportations, comprenant du thé, du crin, du fourrage, des chapeaux, de la laine, des cuirs, des cornes, etc., était de 4,610,837 taëls. Quant au mouvement de la navigation, le

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nombre des navires entrés et sortis en 1874 était de 600 bâtiments chinois, anglais, américains, allemands, danois et français, jaugeant ensemble 298,108 tonneaux.

TIEPOLO (Jacopo), doge de Venise, mort en 1249. D'abord gouverneurde Candie{l2Û4), où il eut à réprimer à diverses reprises des soulèvements, puis podestat de Trévise en 1221 et 1227, il se porta, en 1229, candidat à la dignité de doge, en concurrence avec Raniero Dandolo. Comme chacun des compétiteurs réunissait le même nombre de voix, on en appela au sort, qui décida en faveur de Tiepolo. Celui-ci succéda au .doge Riani, alors moribond. Pendant son règne, il prit part à la guerre faite contre les gibelins de Perrare, les battit (1240) et envoya leur chef, Salingnerra, prisonnier à Venise. Deux ans plus tard, il soumit les habitants de Zara révoltés, puis envoya une colonie à Candie. Au mois de juin 1249, il abdiqua et mourut le mois suivant. Ce fut lui qui fit réunir en un corps les lois vénitiennes (1240), et qui commença le Recueil des promesses ducales. Ce fut également sous son administration que l'on commença les embellissements de la place Saint-Mare et la construction du Rialto. Morino Morosini lui succéda.

TIEPOLO (Lorenzo), doge de Venise, fils du précédent, mort en 1275. Il se distingua par sa bravoure dans ia guerre contre la Dalmatie et dans divers combats sur mer. Il devint successivement podestat de Padoue (1264), de Fermo (1266), de Fano (1268), et fut élu doge en remplacement de Raniero Zeno en 1268. Tiepolo fut le premier pour la nomination duquel on adopta le système compliqué du tirage au sort et de l'élection. Pendant une disette qui eut lieu en 1209, divers Etats de l'Italie ayant refusé des blés aux Vénitiens, ceux-ci, 'pour s'en procurer, firent un traité avec Paléologueet frappèrent d'un impôt les vaisseaux italiens qui navigueraient dans l'Adriatique. Cette mesure provoqua un vive protestation des habitants d'Ancone et de Bologne, qui déclarèrent la guerre k Venise.' A la suite d'assez longues hostilités, une trêve fut conclue entre les belligérants par l'intermédiaire de saint Louis (1270). Tiepolo eut pour successeur Jacques Contarini.

TIEPOLO (Bajamonte), conspirateur italien, petit-fils du précédent, mort en 1318. Depuis quelques années, le doge Gradenigo avait rendu l'oligarchie toute-puissante à Venise, en établissant la fameuse clôture du grand conseil, qui réservait toutes les dignités à un nombre fort restreint de familles. Mécontent de voir les anciens principes delà constitution ainsi modifiés et ayant à se plaindre personnellement du doge, Tiepolo devint le chef d'une conspiration,- composée de nobles et d'hommes du peuple, laquelle avait pour but de tuer Gradenigo, de dissoudre le grand conseil et de le remplacer patun conseil annuellement élu. Après s'être assuré le secours des guelfes de la Lombardie, Tiepolo fixa la nuit du 14juin 1310 pour l'exécution de son projet. Il débouchait sur la place Saint-Marc avec sa troupe pour surprendre le doge dans son palais, lorsqu'il se trouva en face de ce dernier qui, prévenu du .danger dont il était menacé, avait réuni autour de lui des soldats fidèles et nombreux. A la suite d'une lutte meurtrière, Tiepolo dut battre en retraite, se retira dans l'Ile de Rialto et finit par capituler, à condition qu'il pourrait s'éloigner librement. Il passa alors a Trévise, où il resta plusieurs années, puis se retira en Croatie, où il termina sa vie. Ce fut à l'occasion de cette conjuration que fut établi à Venise le redoutable conseil des Dix, chargé de veiller à la sûreté de la République. A la place du palais Tiepolo, renversé de fond en comble, on éleva une colonne d'infamie. Z. Vailaresso a composé, en 1769, un pogine intitulé : Bajamonte Tiepolo.

TIEPOLO (Nicolas), poète et homme politique italien, de la même famille que las précédents, mort en 1551. Il montra de bonne heure d'étonnantes facultés et acquit un prodigieux savoir. S'étant rendu k Rome, il y soutint en 1506, devant le pape, cinq mille propositions, ce qui lui valut le diplôme de docteur. Dès 1495, il avait été nommé membre du grand conseil. A son retour à Venise, il entra au sénat, puis fut chargé d'importantes fonctions, dans lesquelles il fit preuve de grandes aptitudes administratives. Podestat de Breseia en 1525, puis de Padoue (1528), il réforma l'université de cette ville, fut envoyé comme ambassadeur au couronnement • de Charles-Quint k Bologne (1529), puis remplit des missions diplomatiques à Nice (1529), àConstantinople, à Genève. 11 était intimement lié avec l'Arioste et Bembo. On a de lui des poésies publiées en. 1550 et insérées dans le Hecueil de Giolito (Venise, 1547); la Relation de son ambassade a Bologne, conservée manuscrite à la bibliothèque Saint-Marc, et celle de sa mission à Nice, insérée dans le Tesoro politico.

TIEPOLO (Jean-Baptiste), dit le Tlepoletto, peintre et graveur italien, né k Venise en 1693, mort à Madrid en 1770. 11 devint le meilleur élève de Grégoire Lazzarini et donna des preuves d'un talent précoce, facile et spirituel. Les peintures qu'il exécuta dès l'âge de seize ans lui valurent de nombreuses commandes. Il alla travailler dans diver-

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ses villes d'Italie, notamment à Milan, puis se rendit k Wurtzbourg et enfin en Espagne (1763), où il devint peintre du roi Charles III et termina sa vie. Tiepolo avait alors acquis une réputation européenne. Au commencement de sa carrière, il avait adopté la manière de Piazetta, qu'on reconnaît bien dans les deux fresques qu'il exécuta k Saint-Ambroise de Milan : !e Martyre de saint Victor et le Naufrage de saint Satyre. Plus tard, en étudiant les œuvres de Paul Vérouèso et d'Albert Durer, il se forma une seconde manière de beaucoup supérieure k la première. Ses peintures, quon rencontre dans tous les

couleurs éclatantes, dit E. Breton, il employa constamment une gamme de tons peu élevée, et pourtant il sut donner à ses peintures un effet et un charme dont il existe peu d'exemples obtenus par de pareils procédés. » Nous citerons parmi ses fresques : le Char du Soleil entouré de divinités, sur un plafond du palais Chierici, k Milan; le Paradis, où l'on admire la variété et la perfection des raccourcis, et qu'on voit à Santa-Maria-delhv Pieta, k Venise. Entre ses nombreux itableaux, nous mentionnerons : le Martyre de sainte Agathe, k Padoue, regardé comme son chef-d'œuvre au point de vue de l'expression ; le Martyre de saint Barthélémy et Sainte Lucie, k Venise ; quatre sujets de la Passion, au palais Grillo-Cattaneo, k Gènes; la Condamnation de saint Faustin et de saint Jovite, k Breseia; la Conception, . Vénus et l'Amour, au musée de Madrid ; la Madone et trois saintes, au musée de Milan; Sainte Catherine de Sienne, k celui de Vienne; Une jeune femme sortant du bain, Un seigneur et sa suite, au musée de Berlin ; le Baptême de Clovis, k Darmstadt ; le Festin d'Antoine et de Cléopâtre,b. Saint- Pétersbourg; le Repas d'Emmaûs, au Louvre, etc. On doit aussi k ' Tiepolo des gravures k l'eau-forte, notamment une Adoration des mages et de3 séries de Caprices. — Son fils, Jean-Dominique Tiepolo, né k Venise en 1726, mort k la fin du xvme siècle, reçut de lui des leçons de peinture, le suivit en Espagne, puis revint en Italie. En 1775, il exécuta en camaïeu, dans le palais des doges, un Dêmosthène couronné et Cicéron haranguant. Jean -Dominique fit en outre de nombreuses gravures à l'eau-forte. On cite notamment de lui vingtsix Tètes de caractère, dans le goût de Benoît Castiglione; vingt-sept sujets sur la Fuite en Egypte, la Vierge apparaissant à sainte Thérèse, le Miracle de saint François de Paule, la Prédication de saint Ambroise, etc.

TIÉRAN s. m. (tié-ran — àe tiers, et de an). Véner. Age d'un animal de trois ans : Ce sanglier a son tiéran. Il Sanglier qui a atteint sa troisième année : C'est un tiéran.

TIERÇAGE s. m. (tièr-sa-je — rad. tiercer). Ane. eout. Troisième partie des biens d'un défunt que, dans quelques endroits, le curé avait le droit de prendre pour les frais de sépulture.

TIERÇAIRE s. m. (tièr-sè-re — rad. tiers). Membre d'un tiers ordre, et particulièrement du tiers ordre de Saint-François.

TIERCE s. f. (tièr-se — fém. do tiers). Astron. Soixantième partie d'une seconde de temps.

— Mathém. Soixantième partie de la seconde, pour la mesure des arcs, des angles.

— Féod. Droit seigneurial d'un tiers sur certains fruits de ta terre.

— Blas. Fasce formée de trois angles,

— Liturg. Deuxième des heures canoniales ou petites heures, qui se chantait dans l'origine à la troisième heure du jour, c'est-kdire à neuf heures du matin.

— Comm. relig. Compagne que l'on donne k une religieuse, quand elle reçoit une visite au parloir.

— Mus. Intervalle entre deux notes séparées par une troisième note : Tierce majeure TiBRCK mineure. Il Jeu d'orgue qui sonne la tierce au-dessus du prestant. Il Tierce diminuée, Celle qui n'est composée que de doux demi-tons, il Tierce augmentée ou superflue, Celle qui embrasse un intervalle de deux tons et demi. Il Tierce de Picardie, Tierce majeure qu'on fait entendre dans l'accord parfait qui termine certains morceaux d'église.

— Jeux. Réunion de trois cartes d'une mêmecouleurquisesuivent. il Tierce majeure, Réunion des trois plus fortes cartes delà couleur, il Tierce au roi, à la dame, au valet, etc., Tierce dont la plus forte carte est un roi, une dame, un valet, etc.

— Escrime. Position du poignet tourné en dedans, dans une situation horizontale et au-dessus du bras de l'adversaire, en laissant son épéek droite : Dégager, parer en tierce. Tirer de tierce. Se fendre de tierce. Etes-vous fou de l'aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte? (Mol.)

... Il est mort, bien mort D'une botte poussée en tierce.

V, Huao.

— Métrol, Mesure anglaise de capacité, valant 38 ii'',6.

— Typogr. Epreuve qui sert k «-irfiier les dernières corrections. ix^'Huees sur le bon à

TIER

tirer, et à examiner s'il ne s'est pas commis de nouvelles fautes, ou s'il n'est pas tombé quelques lettres pendant le transport ou le lavage de la forme,

— Bot. Un des noms vulgaires delà circée.

— Encycl. Mathém. Tierce angulaire.

L'angle d'une tierce est la soixantième partie de celui d'uneseconde ou la 19,440, OOOiéme partie d'un angle droit. Les meilleurs instruments goniométriques sont très-éloignés de donner !a tierce. Les erreurs d'observation, dans les cas les plus favorables, vont toujours au moins à cinq ou six tierces. Le sinus d'une tierce étant à peu près 0,0000008, pour se faire une idée de cet angle, il faudrait imaginer qu'on observât une longueur de huit dixièmes de millimètre à la distance d'un kilomètre; elle sous-tendrait à peu près un angle d'une tierce,.

— Tierce temporaire. La tierce de temps est la soixaniième partie de la seconde temporaire ; mais elle varie un peu selon qu'elle appartient au jour sidéral, au jour solaire vrai ou au jour solaire moyen; d'uilleurs, le jour solaire vrai n'étant pas constant, il en est de même de la tierce du temps vrai.

— Mus. Dans une gamme diatonique, on appelle tierce la note placée sur le troisième degré, et qui, en réalité, forme tierce a\ec\a. tonique ; dans le ton d'ut, la tierce est donc mi; dans le ton de soi, la tierce est si", et ainsi de suite. Au point de vue de l'harmonie, la tierce est comprise au nombre des consonnances et considérée comme l'une des deux consonnances imparfaites ; la seconde consonnance imparfaite est la sixte, qui, dans la plupart des cas, n'est à proprement parler que le renversement de la tierce,

ha tierce est de plusieurs sortes, et l'on distingue d'abord la tierce majeure et la tierce mineure. La tierce majeure, appelée par les anciens diton (deux tons), est formée de deux tons et composée, par conséquent, de deux secondes majeures; telles sont celles qui ont pour points extrêmes les notes : ut-mi, fa-la, sol-si. Les expériences de l'acoustique ont prouvé que la tierce majeure est l'intervalle de deux sons correspondants à des nombres de vibrations proportionnels à cinq et à quatre. La tierce mineure,, comprenant un ton et un demi-ton, et formée, par conséquent, d'une seconde majeure et d'une seconde mineure, était appelée par les anciens hémiditon ; son véritable nom grec aurait dû être triëmitonion. La tierce mineure est l'intervalle de deux sons correspondants à des nombres de vibrations proportionnels à six et a cinq. Elle se subdivise elle-même en tierce mineure droite et tierce mineure inverse : la première est ainsi qualifiée parce que le demi-ton n'est placé qu après le ton, en montant tout droit à la troisième note, comme dan3 les intervalles suivants : ré (mi) fa, la (si) do; la seconde, parce que, au contraire, le demi-ton se trouve au bas de la tierce, en la renversant, comme dans celui-ci : sol (fa) mi. On reconnaît aussi la tierce augmentée, constituant un intervalle de deux tons et demi, et comprenant un ton et demi, comme par exemple : sol-sijfr, et la tierce diminuée, comprenant seulement deux demitons, comme ré-fa\f ou mifeol. Mais ces deux intervalles ne sont jamais employés dans le dessin mélodique ; à peine même se rencontrent-ils dans l'harmonie, à l'état tout à fait exceptionnel; leur emploi est une sorte d'artifice destiné à opérer certaines modulations éloignées et laborieuses. Dans tous les cas, la tierce augmentée et la tierce diminuée ne sauraient conserver leur qualité de consonnances, puisque la première donne en réalité l'intervalle de quarte juste, et la seconde celui de seconde' majeure.

On a pu dire avec raison que les tierces consommantes sont l'âme de l'harmonie, car il n'existe pas un accord où l'on ne rencontre une, deux, trois et parfois jusqu'à quatre ■tierces; la tierce majeure est franche, pleine, sonore et brillante ; la tierce mineure, moins expansive, d'une nature mélancolique et tendre, est empreinte d'une grande douceur, et ce caractère est surtout remarquable lorsque l'intervalle en est redoublé, c'est-k-nire lorsqu'elle forme dixième. Malgré son utilité, on peut dire sa nécessité, au point de l'harmonie, la tierce ne donne son nom à aucun accord ; car c'est souvent par un 3, désignant la tierce, que l'on chiffre l'accord parfait, et l'on caractérise, lorsqu'il y a lieu, la nature de l'intervalle par un accident, dièse oubé-. mol, placé devant le chiffre, et qui fait suffisamment voir que ta tierce est majeure ou mineure.

Il existe aussi une tierce particulière au plain-chant, à laquelle on adonné le nom de tierce picarde ou tierce de Ëicardie. M. Fétis est le seul qui nous semble avoir véritablement indiqué l'origine de ce procédé.

Après avoir démontré que les perfectionnements apportés dans la science de l'harmonie, vers la tin du xiv» siècle, avaient eu pour résultat de substituer, dans les terminaisons finales ou cadences des Ier, 2e, 7e et 8e modes, la note sensible, c'est- à-dire l'uljj et le /Vijf, a l'ut et au fa naturels, de telle sorte que la terminaison des deux premiers modes ne fût plus ut-ré, niais utp-è, et que celle des 7e et 8e inodes ne fût plus fa-sol, înais/ujso/, M. Fàiis s'exprime en ces termes :

i Mais lu dièse ainsi placé, formant un accord parfait majeur i3vu.t 1« SOu fondamental

TIER

est la cinquième note au-dessus de la finale des premier et deuxième tons, il en résulte une fausse relation harmonique de quarte diminuée ou de quinte augmentée entre ufjj, par exemple, et fo\\, comme on peut le voir ici :

• Or, celte fausse relation ne paraissant pas moins vicieuse aux anciens compositeurs de musique d'église sur le plain-chantet aux organistes du même temps que la fausse relation de triton, on n'imagina pas de meilleur moyen de l'éviter qu'en faisant majeure la tierce de l'accord parfait de la finale, parce que la note qui fait cette tierce majeure est en relation de quarte ou de quinte juste avec l'avant-dernière note diésée, ainsi qu'on le voit dans cet exemple :

t Telle est l'origine de la tierce majeure appelée autrefois en France tierce de Picardie, par laquelle se terminent toutes les compositions de musique d'église et toutes les pièces d'orgue du premier et du deuxième ton, depuis le xive siècle jusque vers le milieu du xviie. Nous ne nous rappelons pas avoir vu cette origine indiquée par aucun auteur, quoiqu'elle soit incontestable. >

Le savant Ortigue, expert en ces matières, se demandait si l'emploi de ce procédé n'était pas en contradiction manifeste avec la nature même et le caractère du plain-chant : « Maintenant, dit-il, tout en considérant la grande probabilité de cette origine, ne pouvons-nous nous demander si l'harmonie, ainsi appliquée au plain-chant n'en a pas par cela même altéré la nature ? N'est-il pas vrai que ces terminaisons majestueuses qui s'opèrent par la chute de l'intervalle d un ton sur la note finale sont absolument détruites par la substitution de la note sensible? Cela est de la dernière évidence. N'est-il pas également vrai que cette substitution anéantit le sentiment de la tonalité des modes ecclésiastiques et le remplace par le sentiment de nos modes majeur et mineur? En d'autres termes, l'harmonie, bien | que maintenue dans l'ordre des accords consonnants, n'estelle pas incompatible avec le plain-chant? Celui-ci étant essentiellement mélodique, sa mélodie n'est-elle pas forcément dénaturée en se soumettant aux exigences de l'harmonie ? Telle est la question qui, à nos yeux, ne fait pas l'ombre d un doute, mais que nous soumettons à l'appréciation des savants, en, les priant de s'abstraire autant qu'il leur est possible de toute idée systématique d'association entre le chant d'église et l'harmonie, et de ne pas se laisser dominer par les préjugés de l'oreille. >

Quant à l'origine de ce mot : tierce de Picardie, elle vient sans doute de ce que les compositeurs qui les premiers ont mis ce procédé en usage étaient natifs de la Picardie ou fixés en ce pays.

— Escr. Dans la position de tierce, le tireur a le poignet tourné en dedans , dans une situation horizontale, et l'épée de l'adversaire se trouve placée à sa droite; c'est l'inverse de la position de quarte. Cette position sert également à l'attaque et à la parade : on attaque en tierce soit après un simple dégagement, soit après un contre ou un double contre de tierce; mais cette attaque, qui ne peut menacer que les parties hautes de l'adversaire, la tète ou tout au plus le haut de l'épaule, n'est guère usitée que comme feinte. La parade de tierce, qui s'exécute la pointe haute, en dehors, et dirigée vers l'œil gauche de l'adversaire, n'est pas non plus très-sûre, à moins qu'elle ne soit exécutée avec une grande justesse. « Il faut prendre garde, dit Grisier, au moindre écart de la main dans cette parade, ainsi que dans celle de seconde, car le corps de l'adversaire ne nrésente de ce côté qu'une surface très-peu étendue; si on exagérait ce mouvement en dehors, on resterait à découvert au dedans des armes. La pointe de l'épée, dans cette parade, ne peut être à la figure de l'adversaire; il faut qu'elle soit à sa droite, à hauteur de tête. Cette parade étant faite exactement dans sa ligne laisse l'épée ennemie dans le dehors du corps, et alors il n'y a pas de danger. ■

La parade de tierce est forcément trèsfréquente lorsqu'on tire contre un gaucher, puisqu'on est obligé de répondre par des contres ou des doubles contres de tierce à tous ses contres et doubles contres de quarte ; c'est ce qui rend le jeu d'un gaucher si dan» gereux pour l'adversaire inexpérimenté. D'après le même principe, les maîtres d'armes recommandent souvent au tireur qui n'a pas

TIER

grande habitude de l'escrime et qui se trouve forcé d'aller sur le terrain d'adopter de préférence la position de tierce afin de dérouter l'adversaire ,

— Blas, La tierce est placée, le plus ordinairement, au milieu de l'écu d'une manière horizontale, comme la fasce. Elle occupe en hauteur deux parties des sept de la largeur du même écu ; ces deux parties sont divisées en cinq espaces égaux, trois pour les pleins, deux pour les vides; ainsi chaque plein a un cinquième des cinq espaces, et les deux vides un cinquième aussi chacun.

Deux tierces dans l'écu se placent comme deux fasces ; on divise le champ en cinq espaces égaux \mr quatre lignes horizontales; les trois divisions du haut, du milieu et du bas sont pour le champ; chacune des deux autres divisions est partagée en cinq espaces égaux, dont trois pour les pleins, deux pour les vides.

Trois tierces se posent comme trois fasces ; on divise l'écu en sept espaces égaux, par six ligues horizontales ; quatre servent de champ; les trois autres sont partagés en cinq horizontalement, dont trois parties pour les pleins et deux pour les vides.

Quand il y a un chef dans l'écu, on prend deux parties des sept de la largeur du même écu, pour la hauteur de ce chef; les six parties restantes en hauteur sont pour le champ , et les divisions se fout pour une, deux et trois tierces en autant d'espaces que ci-dessus.

La tierce se pose aussi quelquefois en bande, en barre, en sautoir; alors on l'exprime en blasonnant.

Peiiot, en Barrois : de sable à la tierce d'or. — Budea dea Porte*, en Languedoc : d'azur à la tierce d'or en bande. — Ardre» do Creaecque», en Artois : d'azur à trois tierces d'or; au chef du même. — Tiercelin do Suveuac, en Normandie ; d'argent à deux tierces d'azur passées en sautoir, cantonnées de quatre meriettes de sable.

TIERCÉ, ÉE (ti-èr-sé) part, passé du v. Tiercer. Haussé d'un tiers, en parlant du prix d'une marchandise.

— Blas- Se dit de l'écu divisé en trois parties égales, en fasce, en pal, en chevron, en bande ou en barre : De Cattmont-Lausun : Tiercé en bande d'or, de gueules et d'azur.

— Agric. Qui a reçu un troisième labour : Champ tierce.

TIERCE-FEUILLE s. f. Blas. Meuble d'armoiries qui ressemble à une feuille de trèfle dont on a retranché la queue : De Prie : De gueules, à trois tierces-feuilles d'or, au chef d'argent chargé d'une aiglette de sable.

TIERCELET s. m. (tièr-se-lè — dimin. de l'italien terzuolo, espagnol torzuelo, portugais tresâ, provençal tersol, vieux français tiercinl, anglais tarsel et tassel, tous termes provenus du bas latin tertiolus. Le mâle de l'autour est ainsi nommé du latin terlius, selon quelques-uns, parce qu'il est d'un tiers plus petit que la femelle). Fauconn. Oiseau de proie maie.

— Fam. Homme de peu, qui se donne plus d'importance qu'il n'en a : Un tiercelet de prince. Un tiercelet de poète. Un tiercelet de savant.

Muse, sans varier, dis-nous quelque sornette De tea enfants bâtards, ces tiercelets de poste.

Régnier.

Il Vieux mot.

TIERCELIN s. m. (tièr-se-lain). Comm.

Sorte de taffetas ou de ceudal léger, qui servait autrefois à faire des vêlements et des doublures : Plusieurs auteurs pensent que le tiercelin était quelquefois mélangé de soie, de lin et de laine, et que son nom venait de la présence de ces trois matières. (Maigne.) Il On disait aussi tiersian et tiërchain.

— Adjectiv. : Cendal tiercelin. Drap tiercelin.

— Hist. Nom donné quelquefois aux membres du tiers ordre.

TIERCELIN, célèbre acteur du théâtre des Variétés, né en 1763, mort en 1837. Né avec de la fortune, ayant reçu une bonne éducation, il avait le choix d un état, et, malgré sa famille et ses amis, il n'hésita pas à suivre une carrière pour laquelle il se sentait un penchant irrésistible. Le théâtre ne fut donc pas pour lui ce qu'il est pour la plupart des acteurs, un pis aller. Comédien plein d'observation, il sut rendre compréhensible, à la haute société même, un genre qui ne serait qu'insipide et plat, dépourvu de cette gaieté, de celte verve, de cette force comique dont il animait et poétisait, pour ainsi dire, tous ses rôles. Ses types étaient pris dans le peuple; aussi fut-il l'acteur populaire par excellence. Chose singulière, Tiercelin, muscadin k la ville, populacier au théâtre, et dont on pouvait dire, comme de Taconnet, que, sublime dans les savetiers, il eût été déplacé dans les cordonniers; Tiercelin, qui avait l'humeur d'un spadassin et était eu même temps timide à l'excès et passionné pour la guitare ; Tiercelin, qui se montrait d un comique irrésistible sur la scène, était misanthrope et chagrin dans l'intimité, surtout sur ses vieux jours. En prenant sa retraite, il s'était promis de ne jamais passer devant le théâtre des Variétés, dont il avait vainement ambitionné la direction. Il tint parole. S'il rencontrait quelqu'un qui, tout

TIER

en causant, le menât du côté de ce théâtre qui avait fait sa gloire, il s'arrêtait brusquement à distance et s'éloignait sans s'expliquer. Il passait d'ailleurs pour jaloux, envieux des succès des autres. Il recevait ses visites à travers un judas, sans ouvrir la porte, et poussait la manie pour les chats aussi loin que Crébillon le tragique. Tiercelin compte un grand nombre de créations ; son nom est resté attaché à son répertoire, composé des rôles tout à fait populaires, tapageurs, débraillés : les forts de la Halle, les vieux portiers, les ivrognes; etc. 11 avait étudié à fond la trivialité, les habitudes et le langage de ses héros. Inimitable dans Vudi à la Grenouillère, dans l'Ogresse ou la Belle au bois dormant (l81l), il se surpassait encore dans Préuille et Taconnet, où, sous les traits du savetier, il était étourdissant de vérité ; aussi, quand on chantait ce couplet :

Tout Paris en est idolâtre.

Et chez moi c'est a qui viendra.

Pour l'honneur de votre théâtre.

Conservez bien cet homme-la.

la saile entière en faisait application au pensionnaire de Brunet, au camarade de Bosquier-Guvaudan, à Tiercelin, et éclatait en bravos. Trois jours après sa mort, on jeca.it sur la scène des Variétés une couronne d'immortelles qui portait cette inscription : Aux mânei de Tiercelin, le public reconnaissant. Tiercelin avait marié sa fille à Perlet.

TIERCELINE s. f. (tièr-se-li-ne — rad.

tiers). Religieuse du tiers ordre de Saint- François de l'étroite observance : Sœur

TIERCELINE.

TIERCEMENT s. m. (tièr-se-man — rad.

tiercer). Ane. pmtiq. Surenchère du tiers du prix principal pour lequel une adjudication avait été faite : Faire un tierchment. Il Triplement du prix de l'adjudication dans les fermes du roi,

. — Ane. théâtre. Augmentation d'un tiers dans le prix des places.

— Art. miltt. Mutation par laquelle une compagnie est détachée de son bataillon et versée dans un autre.

— Agric. Action de tiercer.

TIERCEMENT adv. (tièr-se-man — rad.

tiers). Troisièmement. Il Vieux mot.

TIERCER v. a. ou tr. (tièr-sé — rad. tiers. Prend une cédille sous le c devant un a ou un o : Nous tierçons, il tierça). Hausser d'un tiers, en parlant du prix d'uue adjudication. Il Vieux mot.

— Tiercer le revenu d'une abbaye. Le partager en trois parts : l'une pour l'abbé, l'autre pour les religieux, la troisième pour les réparations.

— Constr. Réduire au tiers : Tiercer le pureau des ardoises,

— Agric. Donner le troisième labour, la troisième façon à : Tiercer un champ. .a Os, dit aussi tekcer. '

— v. n. ou intr. Ane. théâtre. Augmenter d'un tiers le prix des places à un spectacle.

— Jeux. A la paume, Servir de tiers d'un côté, et tenir une place vers la corde.

TIERCE-RIME S. f. V. TERZA-RIMA.

TIERCEROLLE s. f. (tièr-se-ro-le). Comm.

Barrique de 210 litres.

TIERCERON s. m. (tièr-se-ron — rad.

tiers). Archit. Arc qui naît des angles dans une voûte gothique.

TIEBCET s. m. (tièr-sè). Littér. Forme ancienne du mot TERCET.

TIERCEURs. m. (tièr-seur — rad. tiercer). Ane. jupispr. Enchérisseur du tiers.

— Jeux. Celui qui tierce, à la paume.

TIERCIAIRE s. (tièr-si-è-re — rad. tiers).

Hist. relig. Membre d'un tiers ordre : Un

TIERCIAIRE. Une TIERCIAIRE.

T1ERC1ÈRE s. f. (tièr-si-è-re — rad. tiers). Pèche. Sorte de filet à manche.

TIERCINE s. f. (tièr-si-ne — rad. tiers). Constr, Morceau de tuile en long, dont les couvreurs se servent pour le battellement.

TIËRÇON s. m. (tièr-son — rad. rj'ers). Méteol. Ancienne mesure pour les liquides, valant le tiers d'une mesure entière. H Tierçon de Champagne, Mesure de capacité valant 90 litres.

— Comm. Caisse de bois de sapin dans laquelle on expédie le savon. Il Tonneau de bois blanc, allongé, dans lequel on expédie le riz de la Caroline.

TIEIUIAS, bourg d'Espagne, province de Saragosse, à 40 kilom. de Pampelune, sur une colline, à 4 kilom. environ de l' Aragon ; 375 hab. C'était autrefois une petite ville qui avait trois portes et un château. On y trouve encore quelques ruines et des tombeaux qui témoignent de sou ancienne importance. Aux environs, au pied d'une petite émiuence dominant l'Aragon. jaillissent des sources sulfureuses, dont les eaux ont une température de 24° à 40° centigrades. On les emploie en bains, en boisson ec en douches.

TIEttMES, dieu qui formait cheales Lapons, avec Paive et Seit, la trinité suprême. On le regardait comme le chef des esprits bienfaisants, comme le protecteur de la nature, et on lui sacrifiait des rennes. Son image consistait en un tronc de bouleau auquel on attachait un marteau et une pierre à feu.

TIER

TIERNEY (George) , homme politique et orateur anglais, né a Gibraltar en 1761, mort à Londres en 1830. Son père, un riche négociant, l'envoya de bonne heure en Angleterre, où il fit de brillantes études et se prépara à suivre la carrière d'avocat. Mais la mort de ses trois frères l'ayant mis en possession de toute la fortune de sa famille, il renonça au barreau, se maria richement et, comme il joignait à la connaissance des affaires une grande facilité de parole ; il résolut d'entrer dans la vie politique. Pitt ayant fait un tableau très-brillant des ressources de la Compagnie des Indes, Tierney ie réfuta dans un écrit qui fit grand bruit et qui était intitulé : la Situation réelle de la Compagnie des Indes (Londres, 1787, in -8°). A dater de ce moment, il lit partie du parti whig et de l'opposition. En 1790, il se porta candidat dans le bourg de Colchester, échoua complètement, bien qu'il eût dépensé des sommes énormes pour son élection, se présenta de nouveau cette même année dans un quartier de Londres, le Snuthwark, contre un candidat ministériel et se vit encore une fois préférer son rival ; mais, loin de se tenir pour battu, il accusa devant la Chambre des communes son compétiteur d'avoir employé des moyens illicites, parvint à faire casser son élection, et fut admis à sa place. Depuis cette époque, jusqu'à la lin de sa vie, Tierney ne cessa plus de faire partie du Parlement. Il y alla, siéger auprès de Fox , da Burke , de Sheridan, prit une grande part aux débats politiques et combattit avec ardeur la politique de Pitt, avec qui il eut un duel (1798), cet homme d'Etat l'ayant accusé de manquer de patriotisme. Tierney se montra favorable a la Révolution françui-e. Il s'opposa de tout son pouvoir à la guerre acharnée que l'Angleterre faisait à la France, s'éleva contre la suspension de ï'habeas corpus et contre les mesures arbitraires multipliées sous prétexte de poursuivre le jacobinisme, etc. Lorsque, en 1081, son ami Addington arriva au pouvoir, Tierney devint trésorier de la marine et conserva ces fonctions jusqu'à la rentrée de Pitt au ministère (1804). De 1806 à 1807, sous l'administration de Fox et Grenville, Tierney fut premier secrétaire pour l'Irlande et président du comité des Indes. Il reprit ensuite sa place dans les rangs de l'opposition, dont il devint le chef après la mort de Ponsonby en 1817. Sous le ministère libéral de Canning, il devint directeur des monnaies (1827), mais no garda que fort peu de temps cette place. Sa mauvaise santé l'empêcha, dans les dernières années de sa vie, de prendre une part aussi active qu'il l'avait fait jusque-là aux débats parlementaires. Cet homme politique tint un rang distingué parmi les brillants orateurs qui illustrèrent alors la tribune anglaise. Il joignait au savoir une logique serrée, une ironie mordante, du sang-froid et de l'adresse. Moins brillant que Fox, dit Michaud, il était plus fécond en arguments, en citations. Sans déployer autant de savoir et d'érudition que Burke et Wyndham, sans orner ses discours d'autant d'esprit et de finesse que Sheridan, il saisissait et persuadait plus fortement l'auditoire. Outre ses nombreux diseours et l'ouvrage précité, on lui doit : Deux lettres sur la pétition de Colchester (1791, in-40); Lettres au très- honorable H. Dundas sur ta situation de la Compagnie des Indes orientales (in-8°), etc.

T1ERPS-A, rivière de Suède (Upsal). Elle prend sa source dans le lac Skersiœn, coule d'abord à l'E.-S.-lï., puisauN.-N.-E,, forme le lac de Tennarem, arrose ensuite le N. de la préfecture d'Upsal, et se jette dans le golfe do Botnie , près de Carlsholm , après un cours de 100 kilom.

TIERRA AUSTRAL DEL ESPIR1TC-SANTO, lie du grand Océan équinoxial, la plus occidentale et la plus grande des Nouvelles-Hébrides , entre 14° 40' et 15° 40' de latit. lï., et entre 160» 4ô' et 167» 32' (ie longit. E. 130 kilom. de longueur sur 60 de largeur. Elle est montagneuse et couverte sur plusieurs points de bois et de plantations. Les côtes offrent plusieurs havres commodes et sûrs.

TIERRA-BOMBA, lie de la mer des Antilles, près la côte nord de la république de la Nouvelle-Grenade, à 6 kilom. S.-S.-O. de Carthagène. Elle a 13 kilom. de longueur sur 8 de largeur. Les forts de San-Fernaudo et des Anges, situés à l'extrémité méridionale de l'île, défendent l'entrée de la grande baie qui se prolonge au S. de Carthagène.

TIERRAWETTE, cap de l'Ile Eaheino- Mauwe, dans la Nouvelle-Zélande, sur le détroit de Cook, par 41° 21' de latit. S. et 173» 25' de longit. O.

TIERS, TIERCE adj. (tièr, tièr-se — lat. tertius , troisième). Qui vient en troisième rang, qui s'ajoute à deux autres : Tierce personne. Tiers parti. Maison tierce. Tout ce qu'on put obtenir du prince fut qu'il consentit de traiter d'étjal avec l'archiduc, à condition qu'en lieu tiers ce prince ferait les honneurs des Pays-Bas. (Boss.) Je me lasse de parler en tierce personne. (J.-J. Rouss.)

— En main tierce, Entre les mains d'une personne étrangère à celles qui sont en compétition : Déposer en main tierce: un acte, une somme, un objet litigieux.

— Hist. Tiers état, Troisième ordre de la nation, sous l'ancienne monarchie française :

TIER

Qu'est-ce que le tiers état ? tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? rien. (Sieyès.)

— Hist. relig. Tiers ordre, Sorte de congrégation laïque, dont les membres, tout en vivant dans le monde, sont affiliés à un ordre religieux. Il Ordre religieux appartenant à un institut, mais suivant une règle moins austère.

— Féod. Tiersdenier, Droit consistant dans le tiers du prix des ventes extraordinaires des bois et des pâturages des communautés, lequel était attribué au roi ou au seigneur haut justicier. || Tierce foi, Etat d'un fief dont trois possesseurs consécutifs avaient fait foi et hommage au seigneur, il Tierce main, Etat noble qui, tombé entre les mains d'un troisième possesseur, ne devait plus la foi, celleci étant changée en devoirs, il Tiers lods. Prélèvement, par le roi ou le seigneur haut justicier, du tiers de droit de lods, sur la vente d'un pré, pour prix de concession des eaux servant à l'irrigation.

— Jurispr. Tiers arbitre, Arbitre qui est appelé à départager deux arbitres.

— Pratiq. Tierce opposition, Acte que fait signifier le tiers opposant.

— Véner. Tiers an, Troisième année. Il On dit aussi TIERAN.

— Méd. Fièvre tierce, Fièvre dont les accès se reproduisent de trois jours l'un. Il Fièvre double- tierce, V. double-tierce, il Fièvre tierce doublée, Celle dont l'accès se produit deux jours de suite et cesse le troisième jour, pour recommencer au quatrième.

— s. m. Chaque partie d'un tout divisé ou conçu comme divisé en trois parties égales : Le tiers d'une succession. Etre pour un tiers dans des bénéfices. Les mâles des oiseaux de proie sont d'environ un tiers moins grands et moins forts que les femelles. (Buff.)

— Tiercé personne : Avoir recours à un tiers. Déposer une somme entre les mains d'un tiers. Servez-vous d'un tiers , d'une main étrangère, mais fidèle. (Le Sage,)

— Fam. Le tiers et le quart, Les uns et les autres, toutes sortes de personnes indifféremment : Parler, médire du TIERS ET du quart. Conter ses affaires au tiers et au

QBART.

Au dépens'ch* tiers et du qiutrt 11 se divertissait.....

La Fontaine.

Bien souvent le prochain en a sa bonne part, Et l'on y sait médire et du tiers et du quart.

Mouéue.

— Ane. coût. Droit qui se levait en plusieurs pays sur les deniers provenant de la coupe des forêts, et qui s'élevait au tiers du prix de vente : Tiers et danger. Tiers sans danger'. Danger sans tiers, il Tiers coutumier, Douaire des enfants, dans certaines coutumes. 11 Tiers à merci, Droit du tiers que le seigneur prélevait à sa volonté, sans condition de mode, de temps ni de lieu.

— Pratiq. Celui qui n'a pas été partie dans un acte et qui intervient à quelque titre dans l'exécution. Il Avoué qui règle un différend entre le demandeur et le défendeur en taxe.

Il Tiers détenteur. Tiers possesseur, Celui qui est actuellement détenteur d'un bien sur lequel une personne autre que celle dont il le tient a une hypothèque, un droit. Il Tierssaisi, Celui entre les mains duquel ou a fait une saisie, une opposition relative à un bien appartenant à une autre personne. Il Tiers opposant, Celui qui, n'ayant pas été partie dans une contestation jugée, prétend que le jugement est une violation de son droit et s'oppose à l'exécution.

'■ — Mar. Naviguer au tiers franc, Se dit quand le propriétaire d'un vaisseau de commerce reçoit le tiers du fret, les deux autres liers servant à la solde et à la nourriture de l'équipage.

— Fin. Tiers consolidé, Tiers auquel le Directoire réduisit la dette publique. H Tiers porteur. Second endosseur d'un effet de commerce,

— Ane. comm. Toile, étoffe d'un tiers, de deux tiers, Toile, étoffe qui a un tiers, deux tiers d'aune de largeur.

— Métrol. Ancienne mesure qui était intermédiaire entre la chopine et le demi-setier.

— Ornith. Nom vulgaire du harle à manteau noir.

— Loc. adv. En tiers, Comme troisième, dans une réunion de trois ; Etre en tiers dans une société.

— Gramm. Ce mot devient un substantif collectif quand il est suivi de la préposition de et d'un complément. Il suit alors les règles données au mot collectif.

— Encycl. Hist. Tiers état. Le tiers état, qu'on appelait souvent le tiers par abréviation, constituait, dans l'ancienne monarchie, le troisième ordre de la nation. Son existence, comme corps politique, date du jour où il fut appelé à l'assemblée des états généraux par Philippe le Bel ; elle se termine à la Révolution de 1789, qui proclama l'égalité de tous les citoyens devant la loi et effaça les distinctions de tiers état, de noblesse et de clergé. 11 n'est pas sans intérêt de voir par quels degrés le tiers état parvint à la conquête des droits politiques. Sorti du mouvement communal au xii« siècle, le tiers état ne se confond pas avec lui. « Il y a ou des

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communes dans toute l'Europe, a dit Gutzot dans son Histoire de ta civilisation en France; il n'y a eu vraiment de tiers état qu'en France. 1 Les communes tendaient par leur nature à la division , au morcellement du pays en petites républiques indépendantes. Le tiers état, au contraire, s'est associé à cette glorieuse unité de la France qui a été un des principaux éléments de sa puissance nationale. A côté des bourgeois et des riches marchands, le tiers état comprenait les membres des universités, les légistes imbus des maximes du droit romain et pénétrés de ce sentiment d'unité qui avait^été la vie de l'empire romain. Ils se rallièrent à la royauté et la fortifièrent contre les attaques féodales, et ce fut dans les rangs da ces légistes que Philippe le Bel prit ses principaux ministres, Enguerrand de Marigny, Pierre Flotte, Raoul de Presle, Guillaume de Nogaret.

« Remontant par les textes, sinon par la tradition, jusqu'aux temps romains, les légistes s'y établirent en idée et, de cette hauteur, ils considérèrent dans le présent l'ordre politique et civil. A voir l'action qu'ils exercèrent au xme siècle et au siècle suivant, on dirait qu'ils eussent apporté de leurs études juridiques cette conviction que, dans la société d'alors, rien n'était légitime hors deux choses, la royauté et la bourgeoisie. • Les légistes fuient lo trait d'union entre la pouvoir central et les bourgeois des villes. Ce fut par leur conseil qu'en 1302 le tiers état fut appelé à prendre part aux affaires publiques. Ils dirigèrent ses votes, et, sous l'influence des légistes, cet ordre supplia Philippe le Bel de « garder la souveraine franchise de son royaume. » Co fut encore cet ordre qui, en 1308, so prononça énergiquemeut contre les templiers et fit entendre une requête menaçante contre le clergé qui hésitait U les condamner : « Le peuple du royaume de France adresse 7iu roi d'insistantes supplications. Qu'il se rappelle que le prince des fils d'Israël, Moïse, l'ami de Dieu, à qui le Seigneur parloit face à face, voyant l'apostasie des adorateurs du veau d'or, dit : « Que chacun prenne lo glaivo et tue son » propre parent. » Il n'alla pas pour cela demander le consentement de son frère Aaron, constitué grand prêtre par l'ordre de Dieu; pourquoi donc le roiTrès-Chrestien ne procéderoit-il pas ainsi, même contre tout le clergé, si le clergé erroit ou soutenoit ceux qui errent? «Lorsque, dans les dernières années de Philippe le Bel, la noblesse, irritée de la suppression d'une partie de ses privilèges, prit les armes contre le roi, il employa contre elle la plume de quelque légiste plébéien qui lui reprocha sa déloyauté en termes trèsenergiques : « Cette gent dénaturée, qui s'élève contre son chef et lui fait la guerre sans le prévenir, pour ramener, dit-elle, la bonne coutume, prétend être noble ; mais telle gent qui vilainement agit, à bon droit vilaine est nommée. Leurs devanciers avoient tout fait pour l'avancement de nostre couronne; eux ne songent qu'à la détruire. Le roi ne leur dénie pas justice, mais ne songe qu'à leur exposer ses raisons. N'ont-ils pas l'accès libre auprès de lui et l'entrée dans son parlement? Ils pou voient lui exposer leurs plaintes, il les aurait écoutés débonnairetnent. ■> Cette alliance de la royauté et du tiers état contribua à l'unité de la France. La royauté détacha de plus en plus les bourgeois de la commune, qu'ils regardaient d'abord comme leur unique patrie, pour les rattacher à la grande et véritable patrie. Le droit de bourgeoisie ne fut plus le privilège des habitants de quelques villes; on put s'avouer dans toute la France île bourgeois du roi» et obtenir la plénitude des droits civils. La royauté , dit Augustin Thierry , créa une nouvelle classe de roturiers libres, auxquels on aurait pu donner, par exception, le titre de citoyens du royaume. En même temps, il fut posé en principe que nulle commune ne pouvait s'établir sans le consentement du roi, puisque toutes les villes de commune ou de consulat étaient, par le fait même, sous sa seigneurie immédiate. L'union de la royauté et du tiers état, si avantageuse à l'une et à l'autre, dura jusqu'au milieu du xrv° siècle. Les désastres de la guerre de Cent ans, les excès d'un gouvernement tyrannique et incapable amenèrent une scission funeste qui éclata aux états généraux de 1357. Le tiers état, dirigé par le prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, entreprit de se saisir du pouvoir que laissait échapper la royauté. Alors, le prévôt des marchands et l'assemblée qu'il dirigeait posèrent des principes que la royauté, instruite par l'expérience, adopta et régularisa. Ainsi, les états généraux avaient demandé la réforme du parlement, la fixité des monnaies, la perception régulière de l'impôt par des commissaires généraux nommés par les états et des souscommissaires appelés élus. Charles V fit du parlement un tribunal permanent, accepta l'institution des généraux des finances et des élus, qui devinrent des fonctionnaires royaux ; enfin il interdit l'altération des monnaies, si fréquente sous les règnes précédents. Cette initiative du tiers état se manifesta souvent dans l'histoire de France. Les assemblées nationales, et surtout le tiers état, qui en était la partie énergique et presque révolutionnaire, ont indiqué à plusieurs reprises d'utiles réformes, mais elles les compromettaient par l'effervescence des passions poli-

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tiques. Venaient ensuite les rois législateurs, qui, laissant de côté les projets téméraires ou prématurés, acceptaient et réalisaient les idées sanctionnées par l'opinion publique. Ainsi, l'assemblée cahochiennè de 1413 réclama de nouvelles réformes administratives qu'accomplit Charles VIL Les améliorations que Louis XII introduisit dans le gouvernement, entre autres la publication des coutumes et la séparation des fonctions civiles et militaires , avaient été demandées par les états généraux de 148*. Les doléances des états d'Orléans (1561) et de Blois (1577) préparèrent les célèbres ordonnances d'Orléans (15C1), de Moulins (1566) et de Blois (1579); enfin le tiers état fit entendre aux états de 1014 les réclamations les plus énergiques pour ta réforme de l'administration. Richelieu consultait souvent les cahiers de cet ordre ; il satisfit en partie à ses vœux. Colbert, qui invoquait sans cesse l'autorité de Richelieu et s'inspirait de ses idées, continua ses réformes et les dépassa en répondant, comme lui, aux besoins et aux vœux de la France manifestés par les états de 1614. On peut donc dire que le tiers état a eu, dans les destinées de l'ancienne France, une glorieuse initiative. Pendant que la noblesse s'illustrait sur les champs de bataille , le tiers état donnait à la royauté ses conseillers les plus intelligents, aux parlements et aux cours de finances leurs membres les plus actifs et les plus influents; il enrichissait la France par le commerce et l'industrie, et, appelé de loin en loin aux assemblées nationales , il y portait l'intelligence nette et pratique que donnent les habitudes commerciales. Il y réclamait et imposait même souvent des réformes qu'exigeait l'intérêt de la France, mais auxquelles s'opposaient les passions , les préjugés et les intérêts des autres ordres. Au xvia siècle, le rôle du liers état s'agrandit. Le luxe croissant, les expéditions lointaines, de nouvelles régions ouvertes à l'activité humaine et de nouveaux trésors livrés à l'intelligence, tout contribua k accroître la puissance des classes laborieuses. • Pour un marchand que l'on trouvoit du temps du roi Louis XI, dit Claude de Seyssel dans ses Louanges du roi Louis Xll, on en trouve de ce règne plus de cinquante. 11 y en a par les petites villes plus grand nombre que jadis dans les grosses et grandes cités, tellement qu'on ne fait guère maison sur rue qui n'ait boutique pour marchandise ou art mécanique. Je suis informé par ceux qui ont la principale charge des finances du royaume, gens de bien et d'autorité, que les tailles se recouvrent à présent beaucoup plus aisément, et à moins de contrainte et de frais, sans comparaison, qu'elles ne faisoient du temps des rois passés. • Le même historien signale d'autres causes de la prospérité du fiers état et en atteste le progrès. « Chaseun du dernier estât, dit-il, peut parvenir au second par vertu et par diligence sans autre moyen de grâce ni de privilège. » Ce second état était la magistrature, qui souvent donnait l'avantage sur la noblesse placée au premier rang. « On voit tous les jours, dit le même auteur, les officiers et les ministres acquérir les héritages et seigneuries des barons et nobles hommes, et ces nobles venir à telle pauvreté et nécessité qu'ils ne peuvent entretenir l'estat de noblesse. » A mesure que la société se dégageait des entraves féodales et qu'elle aspirait à un état meilleur que celui où prévalait exclusivement la force, les classes nobles, consacrées à la guerre, perdaient en importance , tandis que le tiers état et les classes laborieuses , dans lesquelles il se recrutait, gagnaient chaque jour. Le peuple entier profitait de ce progrès. Ce serait en effet une erreur de voir, avec quelques écrivains, dans le tiers une classe fermée au peuple. Il n'y avait là ni privilèges de naissance ni privilèges de caste. Tous les Français pouvaient, par leur travail, arriver à la bourgeoisie et participer aux droits du d'ers état. Comme on l'a déjà dit, le tiers état tendait incessamment à se rapprocher de l'autorité royale, et son alliance avec elle fut pour ainsi dire complète sous Henri IV. Pendant la minorité de Louis XIII, aux états généraux de 1614, l'intelligence du tiers état se manifesta avec éclat. Déjà retentit cette menace, adressée au clergé et à la noblesse par le tiers état : « Il faut que vos cadets deviennent vos aînés 1 »

Les cadets, en effet, montraient une grande supériorité d intelligence, et le cahier du tiers état demandait une série de réformes qui devaient améliorer le gouvernement, les finances, le commerce, la justice, en un mot toutes les branches de l'administration. Richelieu et Colbert le sentirent, et ils s'efforcèrent de rattacher de plus en plus le tiers état 'aie. monarchie. De son côté, le tiers état comprit que cette émeute de seigneurs, de femmes et de parlementaires, qu'on appelle la Fronde, ne pouvait être qu'une crise funeste à l'Etat ; il se sépara presque partout des parlements et des seigneurs partisans de la Fronde. Les parlements commençaient à oublier qu'ils étaient sortis du fiers état. Ils prétendaient représenter la nation tout entière et se mettaient même au-dessus des états généraux. Ce quatrième ordre , comme on l'appelait quelquefois, constitua la noblesse de robe. Le fiers état ne fut que médiocrement affaibli par cette séparation. Colbert, qui comprenait si bien les intérêts de la France et

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songeait surtout aux classes laborieuses . Colbert abaissa la magistrature pendant qu'il favorisait les progrès du commerce, de 1 industrie, de la marine, de l'agriculture et, par conséquent, le tiers état , qui y puisait sa force et ses richesses. Lui-même était sorti de cette classe, et Louis XIV y prenait systématiquement ses conseillers et ses ministres. Ce roi le déclara dans ses mémoires : « Il n'était pas de mon intérêt de prendre des hommes d'une qualité émineiite. Il fallait avant toutes choses faire connaître au public, par le rang même où je les prenais, que mon dessein n'était pas de partager mon autorité avec eux. Il m importait qu ils ne conçussent pas d'eux-mêmes de plus hautes espérances que celles qu'il me plairait de leur donner, ce qui est difficile aux gens d'une grande naissance. ■ Le choix de Louis XIV tomba d'abord sur des hommes zélés et habiles; mais, vers la fin de son règne, il s'entoura de médiocrités complaisantes, auxquelles il se persuadait qu'il pourrait communiquer le génie des Colbert et des Louvois. Les fautes multipliées de ces ministres, le fardeau toujours croissant des impôts, enfin le désastre des guerres extérieures et la misère intérieure provoquèrent, à la fin du règne de Louis XIV, une séparation sourde d'abord et, plus tard, éclatante entre le roi et le tiers état. Cette séparation, sous les règnes suivants, devint plus éclatante encore. Les turpitudes de la Régence et du règne de Louis XV ; les tentatives de réforme où échouèrent Machault, Turgot et Necker; le mouvement des idées qui agitait puissamment les esprits ; les abus de la féodalité subsistant à côté du despotisme; au sommet de la société, le pouvoir arbitraire; en bas, des inégalités choquantes léguées par le moyen âge; ici, les entraves des douanes provinciales qui, selon l'expression d'un écrivain du xvue siècle, rompaient les artères de la France; ailleurs, les prisons d'Etat qui s'ouvraient sur une lettre de cachet; la liberté religieuse violée, la presse bâillonnée : tout cela contribuait à irriter le tiers état, qui V03'ait les abus, les signalait par ses écrits et en demandait vainement la réforme. Beaucoup d'autres causes encore amenèrent la scission complète entre le tiers état et la royauté. Le célèbre pamphlet de Sieyès : Qu'est-ce que le tiers? résume la situation et indique clairement quels étaient les partis qui se trouvaient alors en présence. L'Assemblée constituante, composée de l'élite du fiers état, auquel s'étaient ralliés les membres les plus éclairés du clergé et de la noblesse, proclama l'abolition des ordres. Il n'y eut plus que deSFrançais égaux devant la loi. Cette dernière conquête, qui couronne l'histoire du tiers état, met lin à son rôle politique; à partir de cette époque, il se confond dans la vaste unité de la France, V,

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