‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 135 sur 1042 · MOLIÈRE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE

— Armur. Partie bombée du casque, celle qui reçoit la tête : Le timbre a presque toujours été surmonté d'un ornement appelécréte, dont la forme, la matière et la décoration ont varié suivant la mode. Il Nom donné quelquefois au casque lui-même.

— Administr. Marque imprimée sur le papier, et dont la loi oblige de se servir pour les écritures qui peuvent être produites en justice, et même pour certaines impressions : Timbre à cinq centimes, d dix centimes. Lès feuilles quotidiennes, les affiches sont soumises au timbre. |) Marque particulière que chaque bureau de poste appose sur les lettres qu'il expédie, pour indiquer le lieu et le jour du départ, et sur celles qu'il reçoit, pour constater Je jour de l'arrivée. Il Bureau où l'on timbre le papier. Aller au timbre, il Timbre de dimension, celui dont le prix est en raison de la dimension du papier employé. Il Timbre proportionnel, celui dont le prix est calculé d'après les sommes et valeurs indiquées dans lesactes auxquels il est appliqué, il Timbre à l'extraordinaire, timbre apposé après coup sur des actes qui auraient dû être écrits sur papier timbré. || Timbre sec, Celui qui n'est marqué que par la pression du coin sur lequel il est gravé. Il Bureau de timbre, Bureau ou l'on débite du papier timbré.

— Mus. Premier vers d'un chant connu, qu'on met en tête d'un autre chant, pour indiquer qu'il est sur le même air.

— Constr. Indication détaillée de la nature des travaux et de leur prix de revient. •

— Bot. Timbre violet, Petit champignon du groupe des serpentins.

. — Encycl. Mus. L'étude des mouvements vibratoires faite par Galilée, Newton, Euler et Daniel Bernoulli a fait connaître la nature de la hauteur et de l'intensité du son, mais le timbre était resté inexplicable jusqu'à nos jours. C'est au grand physicien et physiologiste allemand Helmholtz que revient l'hon-' neur d'avoir pénétré ce mystère. Sa découverte date de 1864. Le timbre n'a pas besoin d'être défini. Tout le monde sait distinguer une note de piano de la même note jouée sur un violon, une note de flûte de la même note jouée sur un piston. Nous distinguons de même l'a, l'o, l't tenus par le même chanteur et sur la même note. Ces notes diverses de même hauteur et de même intensité diffèrent par le timbre.'

Pour expliquer le timbre, les anciens physiciens disaient que dans le corps sonore chaque molécule est en mouvement et- décrit une orbite invisible et que la forme de cette orbite est l'élément du timbre. Cette explication est tout hypothétique.

Helmholtz a reconnu que tout corps,' pendant qu'il résonne devient le centre de plusieurs systèmes d'ondes sonores indépendantes, à chacun desquels correspond une note. Chaque note est de la sorte un son accompagné d'un cortège, d'un chœur de notes qu on appelle harmoniques. L'oreille reçoit de ce son une impression totale qu'elle parvient à décomposer dans certains cas en ses éléments composants. Helmholtz a imaginé, pour opérer cette décomposition, cette analyse des sons, des instruments très-curieux. Le timbre musical résulte précisément de la fusion de notes aiguës plus ou moins nombreuses, plus ou moins intenses, avec le son fondamental. Il provient du nombre et de la nature des harmoniques qui dans chaque matière sonore se marient au son essentiel. Les instruments de musique se distinguent les uns des autres par le timbre, c'est-à-dire parla nature des sons harmoniques qui chez

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eux se produisent et se fondent avec le son fondamental; il ne sera pas sans intérêt de rechercher la nature de ces différences. , Les instruments tels que la cloche, le diapason, les tambours et tambourins donnent des sons d'un timbre désagréable et peu harmonieux, parce que chez eux les harmoniques sont suraigus et en désacord avec la note fondamentale.

Les instruments les plus dociles de l'harmonie sont les cordes vibrantes. Dans . le piano, la harpe, la guitare et la cithare on frappe ou on pince les cordes. Les cordes pincées ou frappées donnent un son trèsriche en harmoniques. Le nombre et l'intensité de ces dernières dépendent de la façon dont la corde est ébranlée, du point où on l'ébranlé, enfin de son épaisseur, de sa roideur et de son élasticité. Sur les parties élevées d'un piano, les harmoniques ont peine à naître à- cause de l'extrême tension des cordes, mais dans les parties moyennes et basses il arrive que certaines harmoniques sont plus intenses que le son fondamental lui-même. Le toucher a aussi une influence marquée sur ce phénomène ; aussi n'y a-t-il pas d'instrument dont le timbre soit aussi variable, aussi souple, aussi personnel que celui du piano. Sous des doigts habiles il se prête aux effets les plus divers et semble prendre des voix différentes au gré de l'artiste. Dans le violon, le timbre tient nonseulement au coup d'archet, mais encore à l'élasticité plus ou moins parfaite de la caisse sonore, aux nuances les plus délicates de ses courbures. Toutes ces circonstances y influent sur la production des harmoniques.

Arrivons aux instruments à vent. Dans les uns le courant d'air souffle contre une arête aiguë, dans d'autres il fait vibrer une sorte de langue élastique nommée anche. A la première classe appartiennent les flûtes et une nombreuse catégorie de, tuyaux d'orgues.

Dans la flûte, la bouche de l'artiste lance un courant d'air sur l'arête tranchante d'un orifice ouvert dans un tube cylindrique. Dans les orgues on voit des tuyaux carrés de bois ouverts par le haut ou des tuyaux cylindriques d'étain fermés. Ces grandes colonnes d'air sont mises en vibration par le jet du vent contre un biseau tranchant. Le timbre du tuyau dépend du nombre et de l'intensité des harmoniques qu'il est apte à produire ; plus les tuyaux sont étroits, plus facilement la colonne d'air peut se charger de vibrations; plus au contraire on les élargit, plus on donne de prédominance à la note fondamentale seule.

La particularité des instruments à vent tient à ce que la vitesse du jet de l'air a une action directe sur la note fondamentale; en lançant le vent de plus en plus vite on obtient non pas la même note plus ou moins intense, mais une succession d'harmoniques. C'est ce qui fait qu'il ne faut point compter sur le vent pourobtenir les nuuuces du piano et du forte, pour enfler ou diminuer le son, on n'a d'autres moyens que de changer les registres, d'employer tantôt les plus retentissants, les plus timbrés, tantôt les plus doux et les plus voilés.

Dans les instruments à anche, les vibrations sont produites par une petite languette qui frémit sous le courant d'air venant d'une soufflerie ou des poumons (clarinette, hautbois, basson). Dans ces instruments, les harmoniques sont très-aigues et très-intenses, le son devient criard et perçant.

En résumé, le musicien veut-il un son mou, sans force, pauvre en harmoniques, il a la flûte. Veut-il des sons musicaux pleins, mais clairs et encore amollis, il aie piano, les tuyaux d'orgue ouverts, certaines notes du cor. Veut-il un son creux qui résulte de l'isolement des harmoniques impaires, il a les tuyaux d'orgue couverts. Veut-il un son nasal, où il n'y a même que des harmoniques impaires, mais où dominent les plus aiguës, il a la clarinette. Veut-il des sons expressifs, perçants, riches, il a les instruments à corde, le hautbois, le basson. Veut-il enfin des sons aigus, durs et retentissants, il n'a qu'à choisir parmi les instruments de cuivre.

— Fin. Cet impôt, eu France, est d'origine récente. C'est la foule de transactions, de publications, d'effets de commerce, dus aux progrès de l'industrie et de la richesse, qui seule en a fait concevoir l'idée et permis l'établissement. L'empreinte ne commença à être appliquée que dans les dernières années du xvne siècle. Avant cette époque, on se servait de papiers modèles ou formules, nom que les papiers conservèrent un certain temps, même après l'emploi du timbre ; on les appela ensuite papiers marqués, et enfin papiers timbrés.

Conformément aux dispositions contenues dans l'article 3 delà loi du 13 brumaire an VII les papiers destinés au timbre et débités par la régie sont fabriqués dans des conditions déterminées parla loi; ils portent un filigrane particulier imprimé dans la pâte même à la fabrication. H y a des timbres particuliers pour les différentes sortes de papiers. Les timbres pour le droit établi sur la dimension sont gravés pour être appliqués en noir ; ceux qui sont relatifs au droit gradué en raison des sommes sont gravés pour être appliqués à sec et, dans ces derniers cas, indépendamment des timbres, il est apposé à l'extrémité de la partie du papier opposée aux timbres une empreinte

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en noir qui indique la somme pourlaquelle l'effet négociable ou effet de commerce peut être tiré. Chaque timbre porte distinctement son prix et a' une légende qui varie suivant la forme du gouvernement.

L'administration fournit elle-même le papier timbré. Toutefois, l'article 18 de la loi du 13 brumaire an VII autorise les particuliers à faire timbrer des papiers autres que ceux qui sont vendus par la régie, et cela avant d'en faire usage. C'est ce qu'on appelle le timbre extraordinaire.

Ce timbre extraordinaire, auquel doivent être assujettis les actes venant des colonies ou des pays étrangers, est appliqué au haut du côté droit de la feuille.

Enfin le visa pour timbre est la mention qui est faite et signée par un agent de l'enregistrement, en tête d'un écrit ou de papiers destinés à certains actes, pour tenir lieu de l'empreinte du timbre.

Le visa pour timbre est réservé principalement aux procès-verbaux constatant des contraventions;

Ce visa peut être donné de trois manières: au comptant, en débet ou gratis. Il est donné au comptant, en même temps que le timbre extraordinaire, aux papiers autres que les effets de commerce venant des pays étrangers ou des colonies où le timbre n'est pas établi, les effets ne pouvant être admis qu au visa pour timbre; il est donné en débet ou gratis quand les actes intéressent, soit l'Etat, soit le Trésor public.

L'article 2 de la loi du 13 brumaire an VII, dont les dispositions ont été maintenues par la loi du 5 juin 1850, divise la contribution du timbre en deux droits différents : le premier, dit timbre de dimension, est apposé et taxé à raison de la dimension du papier dont il est fait usage ; le deuxième, connu sous le nom de timbre proportionnel, est établi sur les effets négociables ou de commerce, les actions dans les sociétés, les obligations négociables des départements, .communes, établissements publics et compagnies. Ce dernier droit, pour lequel il n'est pas tenu compte de la dimension du papier, est gradué en raison des sommes exprimées.

Aux termes de l'article 18 de la loi du 13 brumaire un VII, le timbre de dimension doit être appliqué : 1» à tous actes et écritures extraits, copies et expéditions, soit publics, soit privés, devant ou pouvant faire titre ou être produits ppur obligation, décharge, justification, demande ou défense; 20 aux registres de l'autorité judiciaire où s'écrivent des actes sujets à l'enregistrement sur les minutes et les répertoires des greffes ; à ceux des administrations centrales et municipales, tenus pour objets qui leur sont particuliers' et payant point de rapport à l'administration générale, et aux répertoires de leurs secrétaires; à ceux des notaires, huissiers et autres oliiciers publics ou ministériels et à leurs répertoires ; à ceux des receveurs des droits et revenus des communes et des établissements publics.

En cas de contravention aux dispositions ci-dessus , les particuliers sont passibles d'une amende de 5 francs, les officiers ministériels et les fonctionnaires publics d'une amende de 20 francs.

Le taux du timbre de dimension a beaucoup varié. Ainsi la feuille de papier simple qui coûtait 2 sous 6 deniers en noi, a coûte successivement 25 centimes, 35 centimes 50 centimes (loi de finances de 1860) et a été' augmentée de 2 décimes par la loi du 23 août 1871. Cette augmentation de 2 décimes s'étend à tous les papiers timbrés de dimension. Le droit proportionnel est un droit gradué en raison des sommes et valeurs, perçu par 1 administration sur les billets à ordre ou au porte.ur, les rescriptions^ mandats, mandements, ordonnances, sur tous les effets négociables ou de commerce, même lorsqu'ils sont faits en France et payables à l'étranger, sur les billets et obligations non négociables et les mandats à terme ou de place en place, sur les actions dans les sociétés ou compagnies et sur les obligations négociables des départements, des communes, des établissements publics et des compagnies.

Le souscripteur, l'accepteur bénéficiaire ou premier endosseur d'un effet non timbré ou non visé pour timbre sont passibles chacun d'une amende de 6 pour 100 du montant du billet.

L'article 2 de la loi du 5 juin 1850 prescrit à tout individu recevant du souscripteur un effet non timbré de le faire viser pour timbre dans les quinze jours de sa date, et dans tous les cas avant toute négociation. Ce visa pour timbre est soumis à un droit de 15 centimes pour 100 francs, qui s'ajoute au montant du billet, nonobstant toute stipulation contraire. «On avait proposé, dit M. Guénot, lors de la discussion de la loi, un autre genre de pénalité, quijconsistait dans la nullité des effets de commerce qui n'auraient pas été soumis à la formalité du timbre; mais cette pénalité parut trop rigoureuse. On se contenta de décider que le porteur d'une lettre de change non timbrée ou non visée pour timbre, conformément aux articles 1, ï, 3, n'aurait d'action, en cas de non-acceptation, que contre le tireur; en cas d'acceptation, qu'il aurait seulement action coutrel'aecepteuret contre le tireur, si ce dernier ne justifiait pus qu'il y avait provision à l'échéance. » Le porteur de tout autre effet sujet au timbre et non

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timbré ou non visé pour timbre, conformément aux mêmes articles, n'a, d'après l'article 5 de la loi précitée, d'action que contre la souscripteur. Toutes stipulations contraires sont nulles.

L'article 8 dispose que toute mention ou convention de retour sans frais, soit sur le titre, soit en dehors du titre, est nulle, si elle est relative à des effets non timbrés ou non visés pour timbre.

Enfin, d'après l'article 7, il est interdit à toutes personnes, à toutes sociétés, à tous établissements publics, d'enoaisser ou de faire encaisser pour leur compte ou pour le compte d'autrui, même sans leur acquit, des effets de commerce non timbrés ou non visés pour timbre , sous peine d'une amende de 6 pour loo du montant des billets encaissés.

La quotité du timbre proportionnel était originairemenfde 50 centimes pour 1,000 fr. ; elle a été ensuite modifiée par les lois des 27 août 1871 et 19 février 1874 qui l'ont portée à 1 fr. 50 pour 1,000. Cette dernière loi a augmenté de moitié le droit de timbre proportionnel sur les effets négociables ou de commerce autres que ceux thés de l'étranger sur l'étranger et circulant en France, sur les billets, obligations, délégations et tous mandats non négociables, quelle quesoitleur forma ou leur dénomination, servant à procurer une remise de fonds de place à place, En outre, les chèques de place à place sont assujettis à un droit de timbre fixe de 20 centimes; les chèques sur place continuent à être timbrés à 10 centimes.

La loi du 23 août 1871 a soumis à un droit de timbre de 10 centimes les quittances ou acquits donnés sur les factures ei mémoires, les quittances pures et simples, reçus ou décharges de sommes, titres , valeurs ou objets, et généralement tous les titres de quelque nature qu'ils soient, signés ou non signés, qui emporteraient libération, reçu ou décharge, et les chèques. Ce droit de timbre n'est applicable qu'aux actes faits sons signature privée; sont exceptés de ce droit : les acquits inscrits sur les chèques, ainsi que sur les lettres de change, billets à ordre et autres effets de commerce soumis au droit proportionnel; les quittances de 10 francs et au-dessous quand il ne s'agit pas d'un a-compte ou d'une quittance finale sur une plus forte somme; les quittances délivrées par les comptables des deniers publics ; celles des douanes, des contributions indirectes et des postes, qui restent soumises à la législation qui leur est spéciale; les quittances énuinérées en l'article 16 de la loi du 13 brumaire an Vil, à l'exception-de celles relatives aux traitements des fonctionnaires, officiers des armées de terre et de mer et employés salariés par l'Etat, les départements, les communes et tous les établissements publics. Toute contravention à la présente disposition est punie d'une amende de 50 francs, dont est passible aussi bien le créancier que le débiteur, bien que le droit de timbre soit à la charge de ce dernier.

Les affiches, les avis et annonces et les écrits périodiques et non périodiques ont été assujettis par différentes lois à un timbre spécial.

Toutes les affiches autres que celles d'actes émanés de l'autorité publique et des candidats en période électorale , et quel que soit le procédé employé pour leur confection , ont été soumises au droit de timbre par la loi du a vendémiaire an VI. L'article 4 de la loi de 1866 sur le' timbre fixe ce droit à 5 centimes par feuille de 12 décimètres et demi carrés et au-dessous; à 10 centimes, jusqu'à' 25 décimètres carrés ; a 15 centimes, jusqu'à 50 décimètres carrés; a 20 centimes au delà de dette dernière dimension.

Les affiches judiciaires, dont l'apposition est prescrite par les lois civiles, les lois de procédure et les lois pénales, constituent de véritables actes de procédure et'sont soumises au timbre ordinaire des actes, suivant leur dimension.

La loi du fi prairial an VII soumet au timbre spécial les avis imprimés, quel qu'en soit l'objet, qui se crient et se distribuent dans les rues et lieux publics ou que l'on fait circuler de toute autre manière.

L'article 1er de la loi du' 6 prairial an VII exempte les adresses qui ne contiennent que la simple indication du domicile ou le simple avis de changement. Cette exemption est étendue par l'article 76 de la loi dii 25 mars

1817 aux annonces, prospectus et catalogues de librairie; l'article 83 de la lo'i du 15 mai

1818 déclare non passibles du timbre spécial les annonces, prospectus et catalogues relatifs aux sciences et aux arts; cette dernière exception a été restreinte par la jurisprudence aux annonces qui ont pour but principal ou direct l'intérêt de la science ou de l'art.

L'article 6 du décret du 6 février 1852 a assujetti au timbre les journaux ainsi que toutes les publications périodiques ou non périodiques traitant de matières politiques et d'économie sociale, et les recueils de gravures et de lithographies politiques ou d'économie sociale, lorsqu'ils contiennent moins de dix feuilles de 25 à 32 décimètres carrés ou tnoins de cinq feuilles de 50 à 64 décimètres carrés. Depuis 1871, ce droit de timbre sur les journaux et écrits périodiques a été remplacé par un impôt sur le papier.

La perception de l'impôt du timbre a été

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confiée à l'administration de l'enregistrement et des domaines par la loi du 11 février 1791 et l'arrêté du 4 brumaire an IV.

Un arrêté du gouvernement, en date du 9 prairial an IX, autorise l'administration à faire timbrer à Paris tout le papier nécessaire pour le service dans les départements. L'atelier du timbre à Paris est placé sous la surveillance du directeur du timbre et des domaines du département de la Seine; il a sous ses ordres un sous-chef, des gardesmagasins, des surveillants, des timbreurs, des tourne-feuille, des compteurs et des suppléants.

Dans les départements, le service du timbre se fait par des employés spéciaux appelés gardes-magasins du timbre. Les attributions de ces agents, placés sous la surveillance du directeur, consistent à recevoir du magasin général, établi à Paris, les papiers timbrés destinés à l'approvisionnement d«s bureaux de département et à expédier aux receveurs les envois qu'ils ont demandés. Le gardemagasin contrôle, en outre, la recette du timbre extraordinaire.

L'administration a pris toutes ses mesures pour que le public puisse, sans trop de déplacement, s'approvisionner du papier qui lui est nécessaire. Des débitants de tabac, spécialement désignés, sont autorisés à distribuer les papiers timbrés de toute dimension ainsi que les tim6resmobiles.il existe, en outre, à Paris, des bureaux distributeurs dont ies titulaires' sont nommés par l'administration des domaines.

Les timbres mobiles de 10 centimes qu'on appose sur les quittances, etc., doivent être, sous peine de 20 francs-d'amende, collés sur le recto de la quittance et oblitérés au moment même de leur apposition par la personne qui donne la quittance. L oblitération consiste dans l'inscription à l'encre noire, sur le timbre mobile, du lieu où l'oblitération 'est opérée, de la date à laquelle elle est effectuée et de la signature. D'après l'article 3 du décret du 19 février 1874 sur le mode d'emploi des timbres mobiles établis pour les effets de commerce créés en France, le timbre mobile doit être collé au recto de 1 effet, à côté de la signature du, souscripteur, et, dans le cas d'inobservation de cette règle, comme des autres prescriptions du règlement d'administration publique, relatives notamment au mode d'oblitération du timbre, l'effet est considéré comme non timbré et devient passible d'un nouveau droit de timbre et des amendes de 6 pour îoo édictées par la loi du 5 juin

L'impôt du timbre est une importante ressource de l'Etat. Il a rapporté 30 millions en 1830, 34 millions et demi en 184"0, près de 40 millions en 1850, 56 millions en 1860, 89 millions en 1869 et 141 millions en 1875.

— Blas. « Les armoiries, dit le Père Ménestrier, qui n'estoient en leur première institution que des devises personnelles, estant devenues avec le temps les marques fixes des maisons et des familles, et ceux qui ne sont pas nobles ayant eu la permission de porter dans des cartouches des marques de distinction, on a introduit l'usage de distinguer les maisons nobles en ajoutant à leurs blasons sur l'écu de leurs armoiries un casque, un tymbre ou un heaume. Ce casque, qui servoit" dans les tournois et dans les exercices militaires, faisoit connoistre les personnes à qui les droits 3e la naissance permettoient de se trouver en de semblables actions pour y acquérir de l'honneur, et devint par ce moyen la véritable marque de noblesse.

» Charles de Grassalio, dans le Traité des régales de. France, donne le nom de tymbre à toutes les marques de dignité qui distinguent les degrez de noblesse et lés emplois dans l'Eglise. La thiare papale, le chapeau des cardinaux, la croix des patriarches, la mitre et la crosse des évêques, les chapeaux des protonotaires, les bonnets des ducs électeurs, comtes, marquis- et chevaliers, et les couronnes sont des tymbres , selon le sentiment de cet autheur.

• C'est des généalogies qu'est venu l'usage de mettre des couronnes, des chapeaux, des mitres, des crosses et des thiares sur les armoiries, parce qu'on mettoit ces couronnes et ces autres marques de dignitez sur les ronds où estoient écrits les noms et les degrez généalogiques, afin que d'une première vue on distinguast d'abord les personnes quiavoient en ces emplois et ces dignitez. Depuis, l'usage ayant introduit de mettre dans ces arbres généalogiques les armoiries des personnes et leurs noms au-dessous, ces marques d'hon- . neur se sont trouvées insensiblement sur les armoiries et ont commencé à y servir d'ornement.

» Il y a cette différence entre le casque, le heaume et le tymbre, que le iymire.se dit universellement de tout ce qui sert à couvrir le haut de l'écu des armoiries. Ainsi, la thiare est le tymbre papal; le chapeau rouge, le tymbre des armoiries des cardinaux ; la mitre et la crosse, le tymbre des évêques et des abbez; le mortier de toile d'or rebrassé d'hermine, le tymbre du chancelier; les mortiers de velours noir à galons d'or, le tymbre des présidents à mortier.

» Le casque est le tymbre à grilles.

■ Le heaume est le casque antique comme on le portùit autrefois tout ferme, avec des trousou une visière pour respirer etpour voir.

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» Le nom de tymbre vient de tympanum dont on a fait trots divers mots en nostre langue : tymbre, timbale et tambour. Le tymbre est une cloche immobile, qui sert à sonner les heures dans les horloges par le mouvement d'un marteau ou d'un jacquemart. Comme les anciens casques avoient la forme de ces tymbres, on leur en donna le nom. ■

TIMBRE s. m.{tain-bre. — On a fait venir ce mot du même radical que tinette. On trouve tinre dans d'anciens actes, mais l'introduction du r reste difficile à expliquer). Nom donné, dans l'Angoumois, à des auges creusées dans un bloc de pierre.

TIMBRÉ, ÉE (tim-bré) part, passé du v. Timbrer. Qui porte un timbre : Papier timbré. Une lettre timbrée de Jîouen. Le pa~ pier timbré du timbre royal. (A. Karr.)

— Fam. Un peu fou : Etre timbré, Avoir la tête timbrée, le ceroeau timbre. Sa femme était un esprit aigre, qui se croyait une merveille et qui, de plus, était 'timbrée, (StSim.) C'est fini; la fbmille est timbrées. (Scribe.) Votre père est plus rusé que timbré. (G. Sand.)

— Blas. Armes timbrées, Armes surmontées d'un timbre: Avant la Révolution, les armes timbrées ne pouvaient être portées que par les nobles.

TIMBRE-DÉPÊCHE s. m. Cachet volant au moyen duquel on affranchit les dépêches que l'on remet, pour être expédiées, à l'administration des télégraphes. Il PI. timbres -dépêches.

TIMBRE-POSTE s. in. Cachet volant que l'on colle sur les objets qu'on veut expédier par la poste, et qui tient lieu de timbre' d'affranchissement, il PI. timbres-poste.

— Encycl. Voici, d'après M. Alphonse Esquiros, le curieux incident qui fit naître l'idée du timbre'poste .• « Un voyageur traversait, il y a une trentaine d'années, un district du nord de l'Angleterre. Il arriva devant la porte d'une auberge, où le facteur s'arrêtait luimême pour remettre une lettre. Une jeune fille sortit pour la recevoir, la' tourna et la' retourna dans sa main, puis demanda quel était le prix du port. C'était une grosse somme; car évidemment la jeune fille était pauvre, et le facteur demandait I shilling. Elle soupira profondément, dit que la lettre venait de son frère, mais qu elle n'avait point d'argent, et, en conséquence, elle remit la missive au facteur. Le voyageur était un homme qui courait le monde pour s'instruire et pour observer. Comme il avait bon cœur, il offrit ;de payer le port de la lettre et, en dépit de la résistance de la jeune fille, acquitta les frais de poste. Cette résistance opiniâtre dans un pareil cas lui avait pourtant donné à réfléchir. A peine le facteur avait-il tourné le dos, que la jeune tavernière avoua que c'était un tour d'adresse convenu entre elle et son frère. Quelques signes hiéroglyphiques inarqués sur l'enveloppe lui apprenaient tout ce qu'elle avait besoin de savoir; mais la lettre elle-même ne contenait aucune écriture. « Nous sommes si pauvres l'un et l'au- » tre, ajouta-t-elle, que nous avons imaginé » ce moyen de correspondre et d'affranchir » nos lettres. • Le voyageur, continuant son chemin, se demandas! un système fiscal donnant lieu à de si misérables fraudes n'était pas un système vicieux. Le soleil ne.se coucha pas avant que Rowland-Hill (c'était le nom du voyageur) eût rêvé à organiser le service de la poste sur une nouvelle base. Il s'était dit qu'en Angleterre, où les affaires de famille sont très-importantes, mais où les membres vivent ordinairement fort dispersés, où l'esprit de commerce et d'entreprise ne connaît pas de bornes, la correspondance n'était limitée que par l'énormité des frais de poste, et qu en abaissant cette barrière ou rendrait un grand service à la société, sans nuire aux ressources du Trésor. Ses vues furent agréées par le gouvernement anglais, et, le 10 janvier 1840, les lettres ne payèrent plus que 0 fr. 10 pour circuler dans toute l'étendue des lies Britanniques. Cette innovation hardie dépassa bientôt les espérances des législateurs. Dix ans plus tard, en 1850, le nombre des lettres s'est accru de 1 million 500,000 à 7 millions 239,962. Rcvrland-Hill occupe en Angleterre les fonctions de secrétaire de l'administration des postes. >

Le timbre-poste fut adopté à Londres le 10 janvier 1840, et l'Angleterre l'employa seule pendant dix ans. La France l'adopta le 1er janvier 1849. L'office Tour-et-Taxis l'introduisit en Allemagne pendant l'année 1850.

Mais le timbre-poste, qui présente incontestablement tous les caractères d'une institution moderne, était cependant connu en France il' y a plus de deux siècles. En effet, à Paris, en 1653, au Palais de justice, on vendait des billets de port payé à l'aide desquels on affranchissait la lettre que l'on désirait faire distribuer dans Paris. M. Feuillet de Conches possède dans sa collection un de ces ■ billets de port payé • qui < entourait » une lettre écrite par Pellisson à MUe de Scudery.

Lorsqu'en 1849 la réforme postale fut appliquée en France, il n'y eut d'abord que trois catégories de timbres-poste, savoir :

0 fr. 20. Noir, l« janvier 1849.

1 00. Carmin pâle, août 1849.

» 40. Orange, décembre 1849.

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A quelque temps de la, l«r juillet 1850, on supprima le timbre à 0 fr. 20 pour le remplacer par celui de 0 fr. 25, et attendu que la couleur noire présentait certains inconvénients pour te service, on lui substitua la couleur bleue. En même temps, on créait deux nouvelles figurines :

.0 fr. 15. Vert, 22 juillet 1850.

» 10. Bistre, 12 septembre 1850.

Ces divers timbres portaient l'effigie de la ■République française, et ce ne fut que vers 1852- qu'elle fut remplacée par celle du président. Puis vinrent successivement, sous l'Empire, la création des timbres suivants :

0 fr. 40. Orange, 8 septembre 1853,

» 20. Bleu, îef juillet 1854. ,

■ 80. Carmin, 1" décembre 1854.

» 05. Vert, 14 novembre 1855.

» 80. Rose, octobre 1860.

» 01. Vert olive, 1er novembre 1860.

» 05. Vert lumière, mars 186t.

« 02. BrunVanDyck,25 décembre 1862

» 04. Lilas, 5 septembre 1863.

Le 24 août 1871, l'Assemblée nationale, a la recherche de ressources nouvelles nécessitées pour le payement de l'indemnité de guerre, a porté de 0 fr. 10 à 0 fr. 15 le prix des timbres-poste pour affranchissement de lettres distribuées dans la circonscription postale du même bureau, lorsque la lettre pèse 10 grammes inclusivement. De 10 grammes à 20 grammes, le prix est de 0 fr. 25; de 20 à 50 'gr., il est de 0 fr. 40; de 50 à 100 gr,, il est de 0 fr. 65, et ainsi de suite en ajoutant, par chaque 50 gr. ou fraction de 50 gr., 0 fr. 25. four les lettres envoyées d'un bureau de poste à un bureau quelconque situé en France, en Corse et en Algérie, le prix du timbre-poste est de 0 fr, 25 (au lieu de 0 fr. 20) pour les lettres pesant jusqu'à 10 gr. inclusivement; de 0 fr. 40, pour celles qui pèsent de 10 à 20 gr. ; de 0 fr. 70, pour celles qui pèsent de 20 à 50 gr. ; de l fr. 20, pour celles qui pèsent de 50 à 100 gr., et ainsi de suite en ajoutant, par chaque 50 gr. ou fraction da 50 gr., 0 fr. 50. Depuis cette époque, les timbres-poste sont de treize valeurs différentes : 0 fr. 01, 0 fr. 02, 0 fr. 04, 0 fr. 05, 0 fr. 10, 0 fr. 15, 0 fr. 20, 0 fr. 25, 0 fr. 30,* 0 fr. 40, 0 fr. 50, 0 fr. 80 et 5 fr.

A la suite d'un concours ouvert par le ministre des finances au mois d'août 1875, pour la création d'un nouveau type de timbreposte, la commission chargée de juger a donné le prix à M. J.-A. Sage pour un projet représentant le Commerce et la Patrie s'unissantet régnant sur le monde. Ce timbre, qui ne vaut pas celui sur lequel figurait tout simplement la tête de la République, n'a été adopté par le ministère Buifet que parce qu'il n'offrait point cette tête de République. Cette taquinerie puérile a été jugée comme elle le méritait, et les allégories empruntées à la mythologie grecque et qui figurent sur le type adopté par la commission dont il est parlé plus haut vivront ce qu'a vécu le ministère qui voulait proscrire , dans un pays républicain, jusqu'à l'image de la République,

La fabrication, telle qu'elle s'effectue en France et dans quelques pays de l'étranger, laisse peu de chances de succès aux tentatives de faux : les difficultés matérielles de l'exécution, les impossibilités du placement des feuilles fabriquées en dehors du concours de l'administration, mille autres raisons tout aussi puissantes arrêteraient le faussaire au début de son entreprise criminelle. C'est donc sur les moyens d'empêcher le remploi des figurines ayant déjà servi, c'est-à-dire sur l'oblitération ou l'annulation, que les administra-» tions intéressées ont concentré leur attention. En France, l'oblitération s'effectue à l'aida d'un timbre à la main, affectant la forme d'un losange, et dont les pointes appliquées sur les timbres-poste non-seulement le défigurent, mais encore le percent de trous systématiquement rangés.' En Hollande, le mot franco est imprimé en grandes lettres sur le timbre' poste. Plusieurs pays, et notamment l'Italie, l'Autriche et la Prusse, frappent le timbreposte du nom du bureau expéditeur et de la date d'expédition. En Angleterre, l'annulation a lieu à l'aide d'un timbre formé de trois cercles ; en Ecosse, par trois barres superposées; en Irlande, par un losange non armé de pointes. Mais pour que l'oblitération rendit les services que l'on en attendait, il fallait, on le comprend, que l'encre employée fût composée de manière à défier tous les réactifs auxquels la fraude pouvait avoir recours. L'encre indélébile adoptée par l'administration française ne laisse rien à désirer sous ce rapport, Trè.speu foncée, cette encre ne s'en va pas à l'eau, c'est-à-dire que le timbre peut être mouillé sans qu'elle disparaisse. En outre, et cette particularité n est pas moins curieuse à noter, les timbres - poste frappés d'oblitération à l'aide de l'encre dont il s'agit sont dénaturés de la manière la plus absolue, et leur remploi est conséquemment rendu impossible. Le but que l'on se proposait est donc atteint aussi complètement qu'on pouvait le désirer.

Le timbre-poste, dont l'emploi est si commode comme agent d'affranchissement, est devenu un moyen d'échange très-répandu, et on l'emploie fréquemment dans les petites transactions commerciales. Les annonces des journaux ont appris au public les mille et un usages auxquels il peut servir ; mais ce que

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l'on ignore peut-être, c'est qu'en Amérique, pendant la guerre de la sécession, il a été employé à l'égal d'un véritable papier-monnaie. Dans le but de faciliter les transactions d'ordre secondaire et de remédier, autant que possible, à l'absence du numéraire, les autorités fédérales ont émis, le 17 juillet 1862, des timbres-poste d'un format plus grand, représentant une valeur de five dollars (vingtcinq francs), laquelle était remboursable soit en espèces, soit en timbres-poste, par tous les agents du Trésor.

L'Angleterre a été frappée, à son tour, du parti que l'on pouvait tirer de cette idée, et par un arrêté le Post Office de Londres a décidé que les timbres-poste pourraient être repris du public, toutes les fois qu'ils n'aurafent pas été endommagés et qu'ils seraient présentés en nombre. Cette mesure, d'abord restreinte aux bureaux principaux, a dû être étendue depuis à tous les offices des trois royaumes.

Quand les timbres-poste furent introduits pour la première fois en Angleterre, dit M. Pierre Zaccone, on ne se doutait guère qu'ils deviendraient l'objet d'un commerce tout nouveau et le mobile d'une passion jusqu'alors inconnue. C'est vers 1849 que la timbromauie a pris naissance. A partir de cette époque, elle s'est développée et rapidementrépanduedans tous les pays civilisés qui ont le culte de la collection. Passion innocente du reste, manie inoffensive, qu'une mère peut sans danger inspirer à sa fille, et qui mène, par une pentedouceetfacile, vers l'étudesalutaire de la géographie et de l'histoire moderne. Comme on pouvait s'y attendre , dit un auteur anglais, la mode des collections de timbres-poste est née en France, et l'on a pu voir longtemps au jardin des Tuileries ou autour du palais du Luxembourg une foule avide s'assembler le dimanche et y donner le spectacle d'un marché au^si animé que celui de la Bourse. Les scènes de Birchin Lane, où les collectionneurs s'assemblent nuitamment pour l'ennui et l'ébahissement des policemen, où des daines et des messieurs de tout âge et de tous rangs, depuis le ministre de cabinet jusqu'au ramoneur, sont occupés, l'album ou le portefeuille en main, à vendre,* acheter ou échanger des timbresposte, passent pour avoir étéle commencement de ce que l'on appelle une industrie nouvelle. En parcourant l'autre jour les annonces d'une revue nouvelle, nous comptions les réclames de soixante marchands qui tiennent cet article. Il y a un an, on ne trouvait pas, à Londres, une boutique où se procurer des timbresposte; il y a aujourd'hui une douzaine de marchands établis qui font fortune, sans compter plus de dix publicutious spéciales qui tiennent les collectionneurs au courant du mouvement de la hausse et de la baisse des timbres-poste. Un tel mouvement devait donner l'éveil à la spéculation. Cela n'a pas manqué. Il est rare que les fripons s'abstiennent en pareil eus, et, celte fois encore, nous les retrouvons ici exploitant la crédulité publique avec autant d'audace que d'adresse. Vers 1860, une annonce, insérée dans les grands journaux de Paris, s'exprimait ainsi : « Pour une affaire très- lucrative , on demande des correspondants à l'étranger. Sur demande affranchie, on enverra franco des échantillons et de plus amples détails. S'adresser à M. A, B..., poste restante, à Pari?'. » L'affaire lucrative de M. A. B... consistait simplement à solliciter de tous les pays du monde connu des lettres revêtues de timbres-poste qui, détachés de l'enveloppe, devaient servir à enrichir sa collection. Le moyen était d'une probité douteuse; mais voici un autre fait où l'audace est poussée bien plus loin encore. Vers 1853, un industriel de Londres faisait insérer dans le Timesïes lignes suivantes: i Pour 0 fr. 20 [two pence) magnifique portrait de Napoléon III, gravé par Barre, graveur de la couronne. • L'annonce était alléchante; on se laissait aller facilement à envoyer ses 0 fr. 20 et l'on recevaft en échange un timbre-poste de 0 fr. 10, représentant l'Empereur, et gravé en effet par Barre. Nous n'en finirions pas avec les mille ruses mises en pratique par les industriels pour abuser les personnes atteintes de timbromanie.

Depuis quelques années, la fureur de collectionner des timbres-postè s'est apaisée, et aujourd'hui elle a à peu près complètement disparu.

TIMBRER v. a. ou tr. (tain-bré — rad.

timbre). Marquer d'un timbre ou d'un cachet : Timbrer un acte, une affiche, un numéro de journal. Timbrer des lettres. Timbrer les livres d'une bibliothèque publique.

— Procéd. et administ. Timbrer une pièce, Inscrire en tête de cette pièce sa date et le sommaire de ce qu'elle contient.

— Blas. Timbrer un e'cu, Y mettre un timbre, un casque ou autre couvre-chef : Le pape timbre son écd d'une tiare.

TIMBREUR s. m. (tain-breur — rad. timbrer). Celui qui appose des timbres.

TIMBS (John), littérateur anglais, né à Londres en 1801, mort dans la même ville eu , 1875. Il débuta en 1822 dans la- littérature en collaborant au Monthly Magasine de Ri- i chard Phiiipps, dont il tut le secrétaire peu- ' dant plusieurs années. En 1827, il devint luimême l'éditeur du Miroir, qui se maintint \ jusqu'en 183S, et fit paraître dans le même

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intervalle les Arcana of science (Secrets de la science). L'année suivante, il entreprit la publication du Year-book of facts in science and art (Annuaire de faits dans la science et dans l'art), qu'il n'a pas depuis lors cesséde publier chaque année, et qui est un recueil très-estimé en Angleterre. A la fondation des Illustrated London News (18(2), M. Timbs dévint l'un des éditeurs de ce journal, duquel il s'est retiré en 1858: il est, depuis 1854, membre de la Société des antiquaires de Londres. Il a écrit un grand nom-. bre d'ouvrages, dans lesquels il Skist surtout attaché à vulgariser les connaissances scientifiques, et qui se sont vendus, la plupart, jusqu'à 20,000 exemplaires. Tels sont, entre autres : Laconics ou les Meilleurs mots des meilleurs auteurs (1825-1826); les Choses généralement peu connues expliquées familièrement; Curiosités de la science (deux séries); Curiosités de l'histoire (1855); Curiosités de Londres (1855); Pensées pour la table ou VEconomie du bien-vivre ; les Erreurs populaires expliquées et illustrées; la Peinture expliquée d'une manière populaire ;1' Industrie, la science et l'art de l'époque ou T Exposition internationale de 1862, décrite familièrement depuis son commencement jusqu'à sa clôture ; Histoire des inventeurs dans les sciences et les arts utiles, etc. On ne porte pas à moins de cent le nombre des ouvrages populaires publiés par M. Timbs.

TIMÉE DE LOCRES, philosophe pythagoricien, né à Locres, dans la Grande-Grèce. Il vivait dans le ivo siècle av. J.-C. et fut revêtu de hautes charges dans sa cité. Platon, qui passe pour avoir été chercher auprès de lui des enseignements, en parle en ces termes dans son célèbre dialogue intitulé le Timée : «N'étant-inférieur à aucun de ses concitoyens ni par la fortune ni par la naissance, il occupa les plus hautes fonctions et dignités delà ville, et, a mon avis, il parvint au faite de toute philosophie.» Timée de Locres était très-versé dans les sciences et surtout dans l'astronomie. Suidas cite de lui trois ouvrages: un Traité de mathématiques, une Vie de Pythagore et un Traité de l'âme du monde et de ta nature. Nous avons un traité en dialecte dorien qui porte à peu près le même titre que ce dernier, et que quelques savants ont regardé comme l'écrit original. Mais il est à peu près démontré aujourd'hui que ce n'est qu'une copie avec variantes du Timée dé Platon. Il a été publié avec traduction latine par Nogorola (Venise, 1555), par Golder (Leyde, 1836), et traduit en français par l'abbé Batteux (1768).

TIMÉE, rhéteur et historien grec, né à Tauromeniuin (Sicile) vers 352, mort vers 256 av. J.-C. Il était fils d'Androinachus, qui était devenu chef suprême de Tauromeniuin. Exilé de Sicile par Agathoclo pour des menées oligarchiques (310), Timée se rendit à Athènes, y passa environ cinquante ans, puis retourna dans sa patrie (260J après la prise d'Athènes par Antigone. Il écrivit une Histoire des guerres de Pyrrhus, divers traités de rhétorique, une liste des vainqueurs aux jeux Olympiques, pour déterminer la chronologie grecque, et une Histoire de Sicile, depuis les temps les plus anciens jusqu'en 264. Ce dernier ouvrage, son œuvre capitale, comprenait environ quarante livres. On y trouvait surtout longuement traitées l'expédition d'Athènes contre Syracuse et l'histoire d'Agathocle. Implacable ennemi de ce dernier, il ajouta à ses vices réels un grand nombre de vices imaginaires; par contre, il exalta au plus haut point les vertus de Timoléon, le libérateur de la Sicile. Diodore a accusé Timée, non sans raison, d'avoir sacrifié à ses haines personnelles l'amour de la vérité; Strabon l'appelle médisant, envieux; Polybe lui reproche de n'avoir aucune connaissance pratique de la politique et de la guerre, d'entasser les fables et les vieilles traditions et d'omettre souvent des événements essentiels. Cicéron, d'un autre côté, fait l'éloge de son éloquence et le cite comme un modèle de ce style asiatique qui commença à prévaloir après la prise do Rhodes. Timée fut un des premiers à faire usage de la chronologie dans son histoire, et de lui date l'habitude de compter par olympiades. II ne reste de cet écrivain que des fragments recueillis par Gœller dans son ouvrage, De situ et origine Syracusarum ( Leipzig, 1818 ), et dans les Fragmenta historié, grscorum de Millier (1841).

TI.ML'E, dit le Sophiste, grammairien grec du ne ou du me siècle av. J.-C. Il est auteur d'un Dictionnaire des locutions platoniques, retrouvé au x« siècle, publié par Ruhneken (Leyde-, 1764-1789) et réédité par Koch (Leipzig, 1828-1833). Ce lexique n'est pas inutile pour l'intelligence des ouvrages de Platon.

TlinéeOUDe la nature, dialogue de Platon. Dans cet ouvrage, l'auteur, cherchant à expliquer la formation-du monde, se demande d'abord quel est le caractère des choses réelles ou qu'est-ce que la nature. Platon, qui croyait à l'existence des idées, c'est-à-dire à l'existence de quelque chose d'un et d'immuable, et le regardait comme la base et la loi de ce qui naît et change sans cesse, définit l'univers : l'ensemble des êtres sujets à la naissance et au changement, que nous percevons, non par l'intelligence, mais par les sens. Or, ces êtres sont si nombreux et ont des eaiac-

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tères si divers, qu'il est nécessaire de les ranger sous quelques notions générales.

Partant de la détermination la plus simple, on peut considérer la matière sous le rapport du mouvement. On donne alors aux corps l'unité déforme; mais cette unité n'est qu'idéale, et ces corps sont toujours distincts les uns des autres. De cette manière on constitua la mécanique. Ensuite on peut considérer les corps comme existant d'une manière individuelle et manifestant leurs qualités, de telle sorte qu'on peut dire qu'un corps existe en soi. Cette nouvelle notion fonde la physique. Dans la physique, les corps, conservant leur individualité, forment des êtres particuliers qui ne s'identifient pas dans leurs différences. Au contraire, si les corps ne manifestent pas seulement leurs qualités, mais que, dans leurs rapports, ils perdent leurs propriétés primitives, alors se complète la vie de la nature inorganique et naît ce qu'on appelle la chimie. Enfin, les corps qui ont leurs parties distinctes, mais liées de manière qu'elles forment un ensemble harmonique on servant de but et de moyen à la fois, sont organisés et vivants ; ils rentrent dans le domaine de l'organique.

Comme l'indique la division qu'il a adoptée, Platon a embrassé la nature dans toutes ses manifestations, et le sujet ainsi traité lais-e peu à désirer sous le rapport de l'étendue. Si maintenant, entouré des richesses que la science a amassées et accumulées depuis deux mille ans, nous y trouvons de grandes lacunes et même des erreurs, il faut, pour être juste, se rappeler que Platon n'avait pas les mêmes secours ; on s'étonnera alors que, dans cette disette de faits et d'observations, le philosophe ait pu élever un monument où se trouvent tant de vues toujours ingénieuses et souvent profondes. Le Timée est en effet, pour nous, le premier essai d'une philosophie de la nature, puisque les ouvrages d'Erapédocle et d'Héraclfte ne sont pas parvenus jusqu'à nous. On doit l'étudier avec une sorte de respect, quoiqu'il renferme certaines théories qui choquent et contredisent nos vues; mais celles de Platon sont souvent plus fondées qu'on ne pense.

Quant à la partie morale du Timée, nous ne nous y arrêterons pas ; elle n'est qu'un accessoire, et Platon l'a développée dans des dialogues particulièrement consacrés à cette étude. Nous passerons donc immédiatement à l'exposition et à l'examen de la théorie des idées, qui est la partie capitale du Timèel Platon se pose quatre questions : 1° Kxistet-il des idées? 2° Sur quoi a-t-on des idées? 3° Quelle est la nature des idées? 4° Comment les choses participent-elles aux idées?

Nulle part Platon n'établit l'existence des idées d'une manière irréfragable ; il se contente d'admettre l'existence de quelque chose de bon, de beau, d'égal en soi, comme si c'était une vérité primitive aperçue distinctement de tout le inonde. Dans le Timée, il avance que les choses sensibles sont aperçues par les sens, et que les vérités absolues sont aperçues par l'intelligence, mais sans démontrer qu'il y a quelque chose d'absolu qui a existé avant et existera après les choses sensibles et passagères. Néanmoins, il ajoute que c'est une volonté qui a tout ordonné, et partant il admet qu'une substance spirituelle a créé toutes les merveilles qui frappent nos regards.

Après avoir établi l'existence des idées, il faut chercher quel est l'objet de ces idées. Y a-t-il seulement des idées de la justice, delà beauté et des êtres vivants, tels que l'homme, la plante, l'animal, et n'y en a-t-il pus des choses qui semblent méprisables, comme la poussière, un cheveu, un brin de paille '/Lorsqu'on admet un modèle supérieur, il faut aussi admettre qu'il a servi à faire ou à arranger tout ce qui existe, les choses les plus petites ou les plus viles, comme les plus grandes et les plus précieuses. D'ailleurs, sous le rapport de l'existence, toutes ces vaines distinctions s'effacent : il n'y a rien de petit dans l'univers; tout y a sa place, son rang et son utilité, il faut donc reconnaître des idées pour l'àme comme pour le corps, pour les parties comme pour le tout, pour- les rapports, les vertus et en général pour tout ce qui renferme un principe d'existence ou d'action. En effet, s'il y avait une seule chose qui fût indépendante de son idée, elle subr sisterait par elle-même, et dès lors il n'y aurait plus rien d'absolu ou il y aurait deux absolus, ce qui est contradictoire. Platon nie l'idée du mal, parce qu'il n'existe pas en luimême; ce n'est que le non-être, la négation du bien, et par conséquent la négation de l'idée ou au moins une tendance à sa destruction dans l'ordre réel.

'Quanta la nature de l'idée, il résulte de ce qui précède qu'elle ne peut être qu'une cause intellectuelle, qui non-seulement pense ce qui fait l'objet de sa pensée, mais qui de plus le réalise dans le monde tel qu'il existe. L'idée n'est donc pas seulement une conception générale de notre esprit, et elle ne réside pas seulement dans notre âme ; la nature entière serait idéalisée et n'aurait de beauté et d'existence que dans notre pensée, où tout vivrait. Mais il est absurde de croire que la pierre vit dans notre âme et que c'est là sa seule manière d'exister. L'existence réelle et l'existence spirituelle sont deux existences distinctes, dont l'une représente ce qui est dans l'autre, mais ne se confond

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pas avec elle. La nature a ses li>is et son existence, et il ne faut pas vouloir élever l'homme sur ses ruines comme on le fait dans l'idéalisme subjectif. D'un autre côté, si l'idée était dans les choses individuelles, elle serait alors divisée et séparée d'elle-même, ce qui est impossible.

Ces considérations conduisent naturellement à l'étude de la quatrième question : comment l'idée existe-t-elle dans les choses ou, pour employer les mots mêmes de Platon, comment les choses participent-elles aux idées ? Les choses participent aux idées en recevant d'elles l'être et la forme, et les idées sont des causes intellectuelles qui peuvent être partout présentes, parce que telle estja nature de l'esprit; comme notre volonté, dans une sphère inférieure, peut être présente en différents lieux et faire exécuter plusieurs mouvements sans prendre part ellemême personnellement au mouvement.

Dans cette théorie, l'idée est donc supérieure à la pensée de l'homme et aux différentes substances que renferme l'univers, et ce qui la distingue principalement, c'est son unité et son indépendance de tout ce qui existe. Voici comment Platon établit que cette unité absolue n'a rien de commun avec les existences connues : d'abord eUe ne saurait être un tout ni avoir des parties, puisqu'il n'y a pas de pluralité dans l'unité. Il suit de là qu'elle n'a non plus ni commencement, ni milieu, ni fin, étant elle-même le commencement de toutes choses, puisqu'elle les produit; leur milieu, puisque tous les êtres y viennent puiser la vie comme à leur centre, et la fin de tous les êtres, puisqu'elle est l'objet de leurs désirs.

Si l'unité n'a ni commencement, ni milieu, ni fin, elle est sans limites, et par conséquent infinie. Mais alors elle est également sans forme, car la forme naît du développement d'une force quelconque, qui se produit toujours, en ligne droite ou en ligne circulaire, d'une manière spontanée ou d'une manière réfléchie. Mais la ligne droite et la ligne circulaire ont des parties, puisqu'elles ont un centre et des extrémités'; or, l'unité n'a pas de parties, elle n'a donc pas de forme. ■ Si telle est sa nature, elle n'existe ni en elle-mêine ni en autre chose. Elle n'existe pas dans une autre chose, sinon elle en dépendrait comme de son principe. Or, n'ayant ni commencement ni lin, elle ne saurait dépendre de quoi que ce fût. Par la même raison, elle n'existe pas en elle-même; car exis* ter en soi-même, c'est avoir en soi le principe ou la cause de ses actes et de ses détermin nations; mais l'unité, étant une et infinie, ne peut rien se donner ni rien acquérir. N'existant ni en elle-même ni en autre chose, l'u. nité ne possède aucune espèce de mouvement et cependant n'est pas en repos, le repos et le mouvement étant les attributs de la force et du fini.

L'unité ne saurait avoir d'identité et de diversité, soit par rapport à elle-même, soit par rapport aux autres choses. Le caractère distiuotif de l'unité étant l'immutabilité, elle n^ saurait en aucune façon se différencier elle-même. De même elle ne peut être identique à quelque autre chose, sinon elle ne serait plus l'unité absolue.

Mais ce qui est bien plus délicat à comprendre, c'est que l'unité n'est point autre que quelque chose d'autre, et cependant cette proposition est aussi vraie que les précédentes. En effet, si l'unité était autre que quelque chose d'autre, elle le serait par essence ou par participation. Si elle était autre parce qu'elle participerait à l'autre, elle cesserait encore d'être une unité absolue par cette participation même qui lui imposerait une dépendance. Elle n'est pas non plus essentiellement l'autre ou le principe de différence ; car, en tant qu'absolue, 1 unité n'es{ pas l'autre, ce qui exprime toujours quelque, chose de relatif ou de dépendant.

De ce .qui précède la conclusion est facile à tirer pour ceux qui ont pu suivre ce déd.ajo d'abstractions : l'unité n'est dans aucun rapport de dépendance avec les autres choses, et si elle s'en distingue, ce ne peut être que par le principe qui dislingue les choses entra elles. Or, ce principe consiste essentiellement duos la force, 'dont la notion implique celle d'effort et d'acte et, par suite, celle de distinction, puisque toute force ne peut devoir son acte qu'à elle-même, et, par 1k, elle doit se distinguer de toute autre force. Rien de semblable ne peut se trouver dans l'unité, qui n'a pas besoin d'agir ou de vouloir poui être et pour se distinguer, mais qui est parue que sa nature est d'être, et qui par conséquent est bien supérieure à la force.

Bien que l'unité ne puisse différer de quelque chose d'autre, pour ne pas tomber dans le relatif, il faut cependant qu'il existe un principe qui, sans introduire la diversité dans le sein de l'unité, puisse enfanter la multiplicité extérieure ou visible. Si l'unité est tellement une qu'elle ne soit qu'une unité et rien de plus, la pluralité devient impossible et tout va s'abîmer dans uue unité stérile, qui ne serait plus qu'une abstraction impuissante ; mais la vraie unité, c'est la pensée qui, en se pensant, pense encore autre chose, c'est-à-dire engendre les idées qui expriment les natures des êtres ; et, quoique les idées so.ent autres que l'unité, elles ne sont pourtant pas autre chose. Les idées se trouvant identifiées avec l'essence divine et for-

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mant avec elle une unité parfaite, on ne peut pas dire que l'unité soit identique à ellemême, parce que lu nature de l'identité et celle de l'unité sont différentes, et que, lorsqu'une chose devient identique à une antre sous quelque rapport, elle ne devient pas une pour cela. L'identité est l'image de l'unité absolue; mais elle n'est pas cette unité, et elle appartient aux essences revêtues d'accidents réels, qu'elles peuvent perdre sans changer de nature.

Si l'unité n'a ni différence ni identité par rapport à elle-même et par rapport aux autres choses, elle ne peut avoir de rapports de ressemblance et de dissemblance, d'égalité ou d'inégalité, ni avec elle-même ni avec les autres choses.

De tout ce qui précède, il suit que l'unité n'existe pas dans le temps et que, par conséquent, elle n'est pas. En tant qu'unité, elle n'est pas susceptible de plus ni de moins; elle n'est égale ni à elle-même ni aux. autres choses, et par conséquent elle n'est point Bujette au temps et n'éprouve aucune succession ni par rapport à elle-même' ni .par rapport auî{ autres choses. Or, si l'unité ne participe pas au temps, il s'ensuit qu'elle ne devient pas et qu'elle n'est pas, qu'elle n'a pas été et qu'elle ne sera pas ; il s'ensuit encore qu'elle ne participe pas à l'être, puisque tout ce qui est existe dans le temps. Voici donc l'unité dépouillée de 'l'être, et il semble bien, d'après cela, qu'elle n'est qu'une unité abstraite, vide de toute perfection ; mais il faut faire attention qu'il s'agit ici de l'existence temporelle, dont les acte3 sont successifs, ainsi que les perfections, existence incompatible avec l'unité absolue, Platon a donc vu que l'unité absolue était audessus de l'existence temporelle, mais il n'a pas résolu la question entièrement; il ne s'est pas expliqué sur la nature de cette idée et n'a point dit si elle était esprit. Toutefois, en dépouillant l'unité de tous les attributs de l'existence réelle, qui la feraient changer, il n'en a pas fait une chimère. Elle n'a pas, d'après lui, besoin de passer dans la nature pour se donner de la vie et de la réalité, ni de créer une infinité de contradictions pour arriver à ce but; mais seule, vivant en ellemême, parce qu'elle est parfaite, si elle crée ou du moinsarrange l'univers, c'est par bonté et non par une imperfection de nature ; si elle rentre dans l'humanité, c'est pour l'élever et la réconcilier avec elle et non pour arriver à la connaissance de soi-même. Sans doute, dans cette théorie, Platon n'a ni connu ni développé toutes les perfections de l'idée, mais il a deviné qu'il devait y avoir un modèle de ce monde périssable. C est là sa gloire et ce qui assure, encorAde nos jours, une place si élevée à la philosophie professée dans le Timée. Tel est le point de vue élevé d'où Platon a plané sur le inonde pour en expliquer la formation et les merveilles. Malgré les erreurs et l'insuffisance de ses hypothèses, il faut reconnaître qu'elles portent l'empreinte du génie et que ses erreurs viennent surtout de l'étendue de sun sujet, qui ne lui a jias permis de pénétrer a fond dans tous les détails. Lorsqu'il se trompe, ses fautes mêmes ont un cachet de grandeur et de majesté sublime ; et, lorsqu'au lisant le Timëe, on reste sous le charme de cette langue admirable, que lui seul a su parler, on demeure comme ébloui, et l'on se demande comment un esprit humain est parvenu à rendre une des questions les plus ardues de la philosopie aussi attrayante que la récitation d'une belle tragédie. Les interlocuteurs de ce dialogue, Socrate, Critias, Timée et Hermocrate, sont bien réellement des hommes et non des raisonnements personnifiés.

Le Timée, a.vec\&Ilépubligue et le Gorgias, renferme tout entière la théorie platonicienne, ce magnilique résumé de la doctrine de Socrate, pour lequel l'admiration se partage entre la sublimité du fond et celle de la forme.

TIME 13 MONEY (taime-ize-moné) , Sorte d'adage américain qui signifie : Le temps, c'est de l'argent. Celte phrase caractérise admirablement la nation qui possède à un si haut degré le génie industriel et qui connaît le prix du temps.

« Un tailleur 4e Mayence vient d'inventer un habillement complet fait d'une seule pièce et qui se compose de cravate, gilet, redingote, pantalon, guêtres, etc.; une minute suffit pour le mettre ou pour l'ôter. Voilà un vêtement qui est appelé à exercer une grande influence sur nos mœurs, On gagnera un quart d'heure par jour, sept heures et demie par mois, quatre-vingt-dix-sept heures, plus de quatre jours entiers, par un : Time is money. »

(LnVoleur illustré.)

« Un jour, un auteur besoigneux rencontre un de ses créanciers qu'il avait eu le soin d'éviter depuis plusieurs années. Le créancier aborde son débiteur, et, après lui avoir rappelé que la dette remonte à une époque déjà éloignée, il ajoute : » Vous le savez, > monsieur, le temps, c'est de l'argent! — Eh • bien, alors je vous payerai avec ie temps, > réplique l'autre. ■

TIMÈ

« L'axiome anglais Time is money n'aurait aucun sens en Orient, car chacun s'y occupe a ne rien faire avec une conscience admirable, et les gens passent la journée assis sur une natte sans faire un mouvement. »

T. Gautier.

TIMEO DANAOS ET DONA FERENTES (Je

crains les Grecs, même quand ils font des présents), Vers de Virgile (Enéide, liv. II, y. 49). Le grand prêtre Laocoon cherche à dissuader les Troyens de faire entrer dans leurs murs le cheval de bois que les Grecs avaient perfidement laissé sur le rivage, et dans les flancs duquel ils avaient caché des guerriers.

Dans l'application, ces mots signifient qu'il faut se défier des présents d'un ennemi. Si l'on en croit le Charivari anglais, le Punch, il est prudent même d'étendre cette défiance jusqu'aux présents... d'un ami. Témoin cette phrase qui renferme une leçon de sage économie : ■ L'inconvénient de recevoir une bourriche qui vous est envoyée par un ami, c'est que vous êtes forcé de donner un grand dfner pour vous débarrasser de ce cadeau de venaison : Timeo Danaos et dona ferentes. »

On rappelle indifféremment l'hémistiche latin et la traduction française.

• Les choses en sont venues à ce point, dit l'auteur d'un intéressant ouvrage sur la Hongrie, que là fraction indépendante de^la Chambre ne reçoit qu'avec défiance les propositions en apparence les plus franches de l'Autriche, et semble, à toutes ses avances, se rappeler le vers de Virgile: Timeo Danaos et doua ferentes. »

(Le Siècle.)

• Un académicien a offert aux magnétiseurs dix billets de mille francs, ne leur demandant en retour que des choses très-faciles, comme, par exemple, de venir lire devant lui les yeux fermés, ou bien les yeux ouverts, au fond d'une tabatière , opérations qui ne sont qu'un jeu pour eux depuis quelque temps. Ils ont refusé ces offres, qui leur ont paru suspectes. L'argent sans doute n'était pas de refus, mais, venant d'un ennemi, ils ont eu peur de quelque trahison et ont dit comme Laocoon : Timeo Danaos et dona ferentes, ■

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