TIMOCRATE
S'il vous faut a ce prix racheter votre haine. Pour dispenser vos lois daignez faire une reine. Et, demeurant toujours dans un pouvoir égal, Laissez à la princesse un titre si fatal.
Sans valoir le Festin de Pierre, Timocrate est une pièce vive, animée et dramatique.
TIMOCRATIE s. f. (ti-mo-kra-sl — gr. timokratia; de tinxé, richesse, honneur, et de kratos, pouvoir). Gouvernement dans lequel les fonctions publiques sont réservées aux riches.
TIMOCRATIQUE adj. (ti-mo-kra-ti-ke — rad. timocralie). Qui appartient, qui a rapport à la timocratie : Gouvernement timocratique.
TIMOCRÉON, athlète et poëte comique rhodien, né vers 476 av. J.-C. Il se rendit célèbre par sa gourmandise, qui était excessive, et par son humeur satirique. De ses comédies, il ne nous reste que quelques fragments, insérés dans le Corpus poetarum grsscorum (Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol.).
TIMOK (Timacus), rivière de la Turquie d'Europe. Elle prend sa source dans le mont Balkan, sépare la Servie de la Bulgarie et se jette dans le Danube, par la droite, à 26 kilom. N.-O. de Wildin, après un cours sinueux d'environ 200 kilom. Le Kutchuk-Timok, le Kri vivir, le Toukhovatz et le Krezno sont ses principaux affluents.
TIMOLEON, général corinthien, né vers 410 av. J.-C., mort à Syracuse en 337. 1 II joignait, dit Plutarque, à un grand amour pour sa patrie et à une douceur singulière, une haine violente contre la tyrannie. » Il s'était déjà distingué à la guerre, lorsque son frère Tiinophane s'empara de la tyrannie à Corinthe, au moyen de quelques troupes mercenaires dont il avait le commandement. Timoléon le conjura d'abord de ne point se faire l'oppresseur de ses concitoyens ; niais, n'ayant pu obtenir de lui une abdication, il se voila le visage de son manteau pendant que deux de ses amis poignardaient l'usurpateur (364). Les Corinthiens louèrent sa grandeur d'âme, mais sa mère le maudit. Accablé de tristesse, il abandonna les affaires publiques et vécut dans la retraite. Elu général pour secourir les Syracusains contre Denys le Jeune et les Carthaginois (344), il passa en Sicile avec un petit nombre de soldats et commença cette admirable campagne qui ne fut qu'une suite de triomphes. Il chassa d'abord de Syracuse Denys le Tyran, qu'il envoya à Corinthe avec ses trésors, mit en pleine déroute Hicétas, tyran de Leontiutn, qui, avec l'appui de Carthage, voulait s'emparer de Syracuse, sous le prétexte de renverser Denys, força les Carthaginois à se rembarquer, purgea dans une courte expédition l'île des petits tyrans qui l'opprimaient, les réduisit au rang de simples citoyens, et, de retour a Syracuse, il s'attacha à réparer les maux que vingt ans de guerre civile et l'absence de liberté avaient causés. La prospérité de Syracuse devint telle en peu de temps qu'elle porta ombrage aux Carthaginois. Ceux-ci résolurent de se rendre maîtres de l'île entière et, dans ce but, ils envoyèrent en Sicile une flotte nombreuse , portant 77,000 hommes et 10,000 chevaux. A cette armée formidable, commandée par Amilcar et Asdrubal , Timoléon n'avait à opposer que 7,000 soldats grecs et mercenaires. Il nen marcha pas moins rapidement au-devant de l'ennemi et vit presque aussitôt 1,000 hommes de sa petite troupe déserter, ce qui parut accroître sa confiance au lieu de l'abattre, car il se félicitait de ce que les lâches s'étaient déclarés avant le combat. Arrivé sur le bord du Crimesus, Timoléon, qui avait communiqué son intrépidité à ses soldats, fondit avec furie sur les détachements carthaginois à mesure qu'ils passaient la rivière, les battit en détail et profita d'un orage qui accrut encore la confusion de l'ennemi pour le tailler en pièces. Outre un immense butin, le général grec fit un nombre considérable de prisonniers, puis marcha contre les petits tyrans siciliens, qui avaient repris les armes en apprenant l'arrivée des Carthaginois et battit successivement Hicétas de Leontium, que le peuple mit à mort, Mamercus de Catane et Hippou de Messine. Peu après, les Carthaginois ayant envoyé de nouvelles troupes sous les ordres de Giscon, Timoléon consentit à signer un traité de paix en vertu duquel ces derniers se contentaient de leurs anciennes possessions (340). Homme d'Etat aussi bien
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que guerrier, il rappela tous les bannis, repeupla le pays dévasté par la guerre, réédifia les villes ruinées, fit fleurir l'agriculture et le commerce, rétablit partout la démocratie, rédigea pour les Syracusains un code de loi « basé, dit Diodore, sur les principes démocratiques et sur l'égalité, > et abdiqua le commandement. Les Syracusains lui rendirent les plus grands honneurs et l'entourèrent jusqu'à sa mort d'amour et de reconnaissance. Timoléon est une des plus pures gloires de l'antiquité grecque. Plutarque et Cornélius Nepos ont écrit sa vie ; Diodore raconte en détail toutes ses actions; et, parmi les modernes, Alfieri, Chénier et Laharpe l'ont choisi pour héros de tragédies qui , il faut le dire, sont médiocres.
Timoléon , tragédie en cinq actes et en vers. deLaharpe (Théâtre-Français, l<" août 1764). Timophane, prytane de Gorinthe, est épris de la jeune Eronime, fille d'Icétas, roi d Argos. Timoléon, frère de Timophane, est allé en Sicile pour en chasser les tyrans. Il est proclamé le sauveur de ce pays. Durant son absence, Timophane, aidé par Icétas, roi d'Argos, doit se faire proclamer roi de Corinthe, et son triomphe lui vaudra la main d'Eronime.
La politique et l'ambition ne sont donc pour rien dans cette tentative; la passion seule pousse Timophane : il veut être roi parce qu'il veut posséder Eronime. Le jour où il se ferait proclamer serait peut-être le signal du carnage ; mai3 il s'expose à un danger plus grand encore ; c'est l'arrivée redoutable de son frère, qui abhorre les tyrans, même dans la personne de son frère, et qui sera le premier a venger sa patrie. Peu lui importe; l'amour poussa Timophane à réaliser son projet. Léostène, ami de Timoléon, ai rive annoncer à Timophane l'heureux et glorieux retour de son frère, qui est encore à Syracuse, mais qui va bientôt regagner Corinthe. Isménie, mère de Timoléon et de Timophane, conjure ce dernier de ne pas accomplir son projet fatal; elle se jette à genoux et le supplie d'écouter ses conseils. Ses supplications ne peuvent fléchir Timophane. Eniin Timoléon arrive. La rencontre a lieu entre les deux frères; Timoléon, qui a tout appris, expose à Timophane toute l'horreur du crime qu'il veut commettre; il le conjure au nom de sa patrie, au nom du lien sacré qui les lie. Mais tout reste sans effet; Timophane rejette les conseils de son frère. Timoléon, désespéré, court rejoindre ses amis : O mes braves amis! ne précipitez rien; Ce ciel qui m'a conduit, qui me doit Bon soutien, Lui-même animera le zèle qui m'enflamme. Parlons aux citoyens, rappelons dans leur âme La liberté, les lois, l'amour de mon pays, Que, sans doute, un tyran n'a point anéantis. Joignez-vous a ma voix, chers amis que j'implore... Da mon coupable frère arrêtons les projets; Forçons-le malgré lui d'échapper aux forfaits. Suivez-moi tous..»
Mais le peuple ne voit qu'une chose, proclamer au plus vite son tyran futur :
Rien n'égale l'excès de son abaissement, Il brigue l'esclavage avec emportement.
L'espoir, pourtant, n'abandonne pas Timoléon ; il essaye maintenant d'épouvanter son frère :
De ce peuple pour toi l'amour vient d'éclater : Eh bien ! dans ce jour même, armé pour la patrie, Si quelque citoyen pouvait t'ôter la vie, S'il venait devant eux le bras ensanglanté, Le glaive encor fumant, leur crier : Liberté! 11 verrait tout ce peuple, a tes lois si fidèle, En horreur pour ton nom changer tout ce grand Applaudir aux efforts de son libérateur, [zèle,
Abhorrer le tyran et chérir le vengeur. Et, prompt a démentir ses frivoles hommages, Insulter a ta cendre et briser tes images.
Timophane ne cède pas à. ces menaces ; le moment est propice, tout est préparé : il reste inflexible. Alors les conjurés s'avancent, l'entourent, et Cratès le poignarde en prononçant les mots: «Meurs, tyran I... » Isménie, la mère des deux frères, reçoit l'un de ses fils mort dans ses bras, se tourne vers l'autre et pousse ce cri : • Barbare I » Timoléon répond ;
J'ai vengé mon pays; je vais pleurer mon frère!
Timoléon, tragédie d'Alfleri (1784). Il n'y a pas d'intrigue d'amour dans cette pièce. Timophane est audacieux et téméraire; Timoléon brille par la modération et le patriotisme. L'usurpateur outrage, son frère, appesantit sa tyrannie sur les plus vertueux citoyens et fatigue enfin la patience de Timoléon par des attentats réitérés. La mère des deux frères, loin d'être une enthousiaste de liberté, a pour ses fils les mêmes sentiments de tendresse, penche alternativement pour les opinions de l'un ou de l'autre, et, comme femme, est éblouie quelquefois par la puissance royale qu'exerce Timophane. Tel est le plan suivi par Alfieri, tel est le sujet d'une tragédie où il a fait preuve d'un grand talent dramatique.
Timoléon, tragédie en trois actes, de Marie- Joseph Clienier, avec des chœurs de Méhul (théâtre de la Nation, 1794). Cette pièce, composée sur le même sujet que celle de Laharpe, se vit frappée d'interdiction par le comité de Salut public, à cause des allusions transparentes que l'auteur y avait inulti-
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pliées; le comité fit même saisir et brûler tous les manuscrits. Une seule copie, restée entre les mains de M™e Vestris, servit en 1795 à publier la pièce telle qu'elle est imprimée aujourd'hui. Cette tragédie républicaine pèche par l'action, mais elle ne manque pas d'un certain mérite. En l'absence de Timoléon, occupé à faire triompher les armes de Corinthe et à châtier Denys, tyran de Syracuse, son frère, Timophane, veut restaurer la royauté' à son profit, et seul un vieux magistrat, Ortagoras, s'oppose à ses desseins. Le jour fixé pour l'exécution du complot, Timoléon victorieux rentre à Corinthe et, mis au courant de la situation, essaye avec Démariste, sa mère, d'arrêter son frère sur le bord de l'abîme. Timophane, caractère irrésolu, peu fait pour être chef d'une révolte, ne demande pas mieux que d'abandonner son projet; mais, poussé par Anticlès, son confident, qui jouerait mieux le premier rôle que celui de comparse, il n'ose manquer de parole à ses complices. En vain Démariste et Timoléon le rappellent à la vertu sur le tombeau de son père ; Anticlès, son mauvais génie, reprend son ascendant et ose proposer devant le peuple assemblé de couronner Timophane. Timoléon va le poignarder ; mais il est prévenu par Ortagoras, sous les coups duquel succombe le traître.
L'action est faible, mais il y a quelques beaux vers, pleins de patriotisme :
Si je feins avec tous, puis-je feindre avec moi ? Quand un peuple asservi combat ses oppresseurs. Aussi bien que la paix, la guerre a ses douceurs, Et si l'orgueil s'armait contre la liberté. Périssons pour le peuple et pour l'égalité. Quand le tyran -futur a la main sur l'empire, Se levant tout a coup, le peuple, d'un coup d'œil, Voit tous ses ennemis et les plonge au cercueil. Rapproche-toi du peuple, on n'est grand qu'avec lui.
TIMOMAQDE, peintre grec, ué à Byzance.
Il vivait , d'après quelques auteurs , au ter siècle avant notre ère, du temps de César; selon d'autres, à une époque de beaucoup antérieure, mais incertaine, Pline cite de lui un Oreste, une Gorgone, un Athlète, une Iphigënie en Taurideet deux autres tableaux à l'encaustique, que César acheta au prix énorme de 80 talents attiques. Ces tableaux représentaient Àjax, fils de Télamon, méditant sur ses infortunes et Médèe venant d'égorger ses enfants. Ces deux dernières peintures, très-admirées des anciens, avaient appartenu, d'après Cicéron, à la ville de Cyzique.
TIMON s. m. (ti-mon — lat. temo. On ignore l'origine du mot latin. On pourrait peut-être le rapporter au grec temno, couper, fendre, car le timon n'est pas seulement la pièce de bois à laquelle on attelle les bêtes de trait, c'est aussi le gouvernail qui fend les flots). Pièce de bois placée à lavant-train d'une voiture, et à laquelle on attelle les chevaux. Il Pièce d'une charrue à laquelle ou attelle les bœufs.
— Mar. Gouvernail, ais placé à l'arrière d'un navire, d'une embarcation, pour en diriger la marche. 1! Barre du gouvernail : Tenir le timon.
— Fig. Moyen de direction, autorité de ceux qui gouvernent : Tenir le timon des affaires, le timon de l'Etat.
Ai-je mis dans sa main le timon de l'Etat Pour le conduire au gré du peuple et du sénat?
Racine.
— Encycl. Dans les voitures de luxe, le timon est plus communément appelé flèche. Il est très- important de choisir avec le plus grand soin la pièce de bois qui doit former le timon ou la flèche d'une voiture quel- Conque. En effet, cette pièce est soumise à des efforts souvent considérables, dans le sons de la flexion surtout. Elle constitue le seul obstacle qui empêche les chevaux de se cabrer, et elle est, dans ce cas, soumise à des efforts aussi brusques que violents.
Le timon d'une charrue est cette longue pièce do bois à laquelle sont attachés le manche et le soc de la charrue.
Dans la marine, on nommait timon la longue pièce de bois qui servait à diriger le gouvernail. Maintenant, on dit plus volontiers la barre du gouvernail. Néanmoins, on a conservé l'habitude d'appeler timonerie le lieu situé près du mât d'artimon, où se trouvent la barre du gouvernail, les habitacles, les compas de route, les horloges, etc. Le chef de ce service est le maître da timonerie. Il est chargé de tout ce qui a rapport aux signaux, sondes, loch, etc.
On nomme timonier l'homme qui tient la barre ou la roue du gouvernail pour conduire un bâtiment sous les ordres du pilote. - Autrefois, les timoniers étaient une classe de marins spécialement affectés au service de la timonerie et qui dépendait du maître pilote. Aujourd'hui, tous les matelots sont exercés à tenir la barre du gouvernail, ce qui est bien préférable et plus convenable à tous les points de vue. V. gouvernail.
TIMON le Mliunihrope , Athénien, mis, on ne sait pourquoi, au rang des philosophes, né a Collyte vers 440 av. J.-C. Les malheurs de sa patrie, la perte de sa fortune, l'ingratitude de ses amis, qui, après avoirdevorô ses biens, le repoussèrent lorsqu'il fut tombé dans la misère, lui inspirèrent . contre le genre humain une haine profonde, qu'il rendit
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célèbre dans Athènes. Il alla se livrer, dans une solitude complète, aux sombres méditations d'une philosophie chagrine , ou , s'il rentrait quelquefois dans Athènes , c'était pour applaudir, par une cruelle ironie, aux erreurs et aux folies de ses concitoyens. Parmi eux, un seul trouvait grâce devant lui : c'était Aleibiade, parce qu il prévoyait, dit-on, qu'il serait la cause de la ruine de. sa patrie. Ayant fait une chute, il se cassa la jambe et* porta le dégoût de l'existence au point de refuser les secours de l'art et de laisser la gangrène se mettre à sa plaie, dont il mourut. Il est assez difficile de se faire une idée exacte de ce bizarre personnage, à cause des divers jugements qui ont été portés sur lui dans l'antiquité même. Les uns le représentent comme un homme farouche et intraitable, • issu des Furies, » comme dit Aristophane; d'autres, comme Stobée, lui attribuent des maximes d'une haute moralité ; d'autres encore en font un philosophe d'âpre vertu, qui hait les vices des hommes plutôt que les nommes eux-mêmes. C'est un sujet qui a servi d'exercice à tous les rhéteurs et à tous les poètes. Quant aux anecdotes et aux saillies piquantes qui se rapportent à lui, elles sont sans doute, pour la plupart, de pures inventions. Nous nous bornerons à en citer une seule. S'étant un jour rendu à Athènes, il monta à la tribune et tint ce discours : « Athéniens, j'ai un petit champ et dans ce petit champ un figuier où déjà plusieurs citoyens se sont pendus. Devant bâtir sur ce terrain, je viens vous en avertir afin que, s'il en est encore parmi vous qui veuillent se -pendre, ils se dépêchent avant que le figuier soit abattu, a Aristophane, Antiphane, Phrynicus ont fait figurer ce personnage dans leurs comédies; Lucien lui a consacré, sous le nom de Timon, un beau dialogue; c'est lui que Shakspeare a voulu faire revivre dans son drame de Timon d'Athènes, et, depuis lors, Brécourt et L.-F. Delisle l'ont également mis sur la scène dans les comédies intitulées Timon(lC$i)ot Timon le Misanthrope (1722).
Timon ou le Misanthrope, un des ouvrages estimés du philosophe grec Lucien. 11 est écrit sous forme de dialogue entre Timon, Jupiter, Mercure, Plutus, la Pauvreté et les anciens amis de Timon. Celui-ci débute par des plaintes violentes contre Jupiter, qui ne foudroie pas, le genre humain. « L'homme prêt à se parjurer, lui dit-il, craindrait plutôt la mèone d'une lampe que la flamme de cette foudre qui dompte l'univers ; il semble que tu ne lances qu un vieux tison ;dont ou ne redoute ni le l'eu ni la fumée, et l'on ne craint d'autre mal de cette blessure que d'être couvert de suie, i Jupiter est devenu myope ; il ne voit goutte aux actions humaines; ses oreilles sont dures comme celles des vieillards. Aussi ne croit-on plus en lui, ne lui offre-t-on plus de sacrifices, ne couronne-t-on plus ses statues, même à Olympie, où on le fait encore de temps en temps, en vue d'obéir à un antique usage. Il laisse piller ses temples; les brigands lui volent impunément ses cheveux d'or. Quant à lui. Timon, il a à se plaindre en particulier de l'injustice du dieu. Les méchants triomphent partout; ses amis l'ont trahi; l'indigence a été la récompense de ses bienfaits. « Telle est, dit-il, l'infortune qui m'a confiné dans ce désert : revêtu d'une peau de bête, j'y travaille à la terre au prix de quatre oboles, philosophant dans la solitude avec une pioche ; j'ai du moins l'avantage de ne plus voir les méchants jouir d'un bonheur qu'ils ne méritent pas. >
« Quel est ce criailleur de l'Attique, demande Jupiter, cet être crasseux, hâlé, couvert d'une peau de chèvre? Il est trop bavard. C'est sans doute un philosophe , car un autre homme n'oserait parler des dieux comme il fait. — C'est Timon d'Athènes, répond Mercure, un ancien riche, jadis prodigue envers les dieux comme envers les hommes.
— Ahl bahl dit Jupiter, l'infortuné aie droit de se plaindre et nous ressemblerions à ses détestables flatteurs si nous l'abandonnions, lui qui, tant de fois, a brûlé sur nos autels les cuisses les plus grasses des taureaux et des chèvres ; j en ai encore le fumet dans les narines. •
Là-dessus, le maître des dieux députe vers Timon son messager ordinaire, Mercure, accompagné du dieu Thésaurus et de Plutus. Ces derniers argumentent contre Tiinon et font une théorie de la richesse qui prouve que Timon a éprouvé le sort qu'il mérite. D'ailleurs, ils craignent d'être mal reçus de lui. En effet , Timon insulte les envoyés de Jupiter et les menace de sa pioche. Mercure lui dit : « Mets de côté ton humeur rustique et sauvage; ouvre les bras et reçois cette heureuse fortune; redeviens riche, sois le premier des Athéniens ; méprise tous ces ingrats et ne vis que pour toi, — Laisse-moi tranquille, «riposte le misanthrope; mais il finit par consentir à s'expliquer avec Plutus, qu'il accuse de ses maux. L'explication terminée, Timon redevient riche et se promet bien d'être désormais inaccessible aux flatteries d'autrefois. Il veut être misanthrope jusqu'à son dernier jour. « Le fond de mon humeur, dit-il, sera la brusquerie, la dureté, la grossièreté, la colère , la sauvagerie. Si ja vois un homme près de se brûler et me suppliant d'éteindre le feu, je l'éteindrai avec de
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la poix et de l'huile ; si un fleuve grossi par l'orage emporte un homme qui me tende les bras et rae prie de le retirer, je l'y replongerai la tête la première afin qu'il ne puisse revenir sur l'eau. » Il le fait comme il le dit. Aussitôt qu'on sut à Athènes que Timon avait recouvré toutes ses richesses, les parasites affluèrent de nouveau. Le premier vient lui offrir da lui chanter une chanson nouvelle : ■ Oui, lui répond Timon, je vais te faire chanter, mais une élégie et des plus pathétiques, avec ma pioche. — Aïe I aïe I cria l'autre, je vais te faire un procès pour coupa et blessures volontaires. — Si tu ne te sauves pas, tu vas être obligé de me faire un procès pour cause de meurtre. » Le misanthrope reçoit de la même manière tous ses anciens amis et demeure égoïste pour la restant de sa vie.
La philosophie de ce conte tout allégorique est que l'homme, dans sa jeunesse, est da sa nature bon et naïf, mais que les dures leçons de l'expérience le corrigent bientôt de ces défauts^ qui seraient des vertus si le genre humain n'était pas corrompu par l'excès de civilisation, mais qui deviennent une faiblesse contre laquelle il importe de se garantir si l'on ne veut pas être une victime sans cesse exposée aux entreprises des méchants.
Le caractère de Timon le Misanthrope a inspiré chez les Grecs lei postes, les philosophes et les auteurs dramatiques. Les modernes l'ont emprunté à l'antiquité et l'ont également mis sur la scène, mais avec des changements considérables nécessités par le progrès des mœurs.
Timon d'Athènes, drame en cinq actes, de Shakspeare (1606). C'est, comme action, l'une des plus simples du poète; contre son ordinaire, il y reste sérieusement occupé de sou sujet jusqu'au dernier acte et, fidèle à l'unité de son plan, il ne se permet aucune excursion qui nous en éloigne. La fable ne comprend, en réalité, qu'un seul événement -.c'est l'histoire d'un grand seigneur que ses amis abandonnent avec son opulence et qui, du plus généreux des hommes, devient le plus sauvage et le plus atrabilaire. Il s'agit du célèbre misanthrope antique dont Shakspeare a probablement pris le caractère dans un passage de Plutarque ( Vie d'Antoine).
De tous les ouvrages de Shakspeare, Timon d'Athènes est celui qui a le plus le caractère de la satire; de la satire gaie, dans la peinture des flatteurs et des parasites, et da la satire mordante, à la manière de Juvénal, dans le rôle véhément de ce Timon qui s'indigne si fortement de la fausseté et de l'ingratitude des hommes. La fable de la pièce est fort simple et se divise en masses bien, distinctes. Dans tes premières scènes, Timon, se montre ami de la joie, libéral, magnifique; il est l'objet des flatteries de ses nombreux protégés. Dans le second et le troisième acte, on le voit accablé de dettes et mettant à l'épreuve ses prétendus amis dont aucun ne se trouve mériter ce titre. Enfin, les deux derniers actes contiennent la fuite de Timon dans la désert et la peinture de la mélancolie sombre qui le conduit au tombeau. Le seul épisode de cette pièce est l'exil d'Alcibiade et son retour à main armée ; le poète a voulu rapprocher ainsi l'ingratitude de l'Etat enver3 son défenseur de celle des particuliers envers leur bienfaiteur; mais, comme le mérite des services que l'uu et l'autre ont rendus est bien différent, leur conduite n'est pas non plus la même. Aleibiade parvient à reconquérir la considération qu'il avait perdue, et Timon se chagrine jusqu'à en mourir. Si le poète, comme on doit s'y attendre, prend parti pour Timon contre l'ingratitude des hommes, d'un autre côté il n'a pas non plus fait un modela de son héros; il y a de la folie tout autant dans sa générosité que dans sa rancune. Il ne l'a point doué de cette sagesse qui enseigna la juste mesure en toutes choses. « Timon, dit Schlegel, prouve l'exagération de ses sentiments en rejetant un trésor que la fortune lui envoie et surtout en se laissant mourir da tristesse. La vanité est son principal mobile, et il veut se distinguer également comme prodigue et comme solitaire. C'est ce que démontre jusqu'à l'évidence une scène incomparable, où le cynique Apemantus vient la voir daus le désert. Us ont une sorte de rivalité de misanthropie ; le philosophe reproche à Timon d'avoir embrassé pur nécessité la genre de vie qu'il a lui-même choisi volontairement, et Timon ne supporte pas la pensée d'être prispour un imitateur. On ne peut, dans un pareil sujet, produire l'effet auquel on aspire que par l'accumulation de traits analogues; mais Shakspeare a mis un esprit infini à nuancer ces traits de mille manières. Le concert des flatteries et des témoignages de dévouement est très-amusant ; ce qui l'est encore plus, c'est de voir revenir la foule des amis que le malheur de Timon avait dispersés dès qu'ils croient apercevoir l'aurore d'une nouvelle fortune. Les discours du misanthrope revenu de ses illusions épuisent toutes les images de la haine ; c'est un vocabulaire d'éloquentes malédictions. »
Cependant Shakspeare n'a pus voulu nous montrer un tableau complètement hideux d'hypocrisie. Le personnage de Flavius réconcilie avec les hommes ceux en qui la lecture de Timon d'Athènes pourrait produire la méfiance et la misanthropie. Que de dignité
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dans cet intendant probe et fidèle 1 Timon lui-même est forcé de rendre hommage à sa vertu. Ce caractère est vraiment une concession que le poète a faite à son ame, naturellement grande et tendre.
La pièce de Timon d'Athènes, telle qu'on la joue encore aujourd'hui à Londres, a été arrangée par Cumberland, un des auteurs dramatiques les plus estimés de l'Angleterre. 11 a conservé la majeure partie de l'original et marqué spécialement ses additions et corrections pour que la part de chaque poète fût aperçue au premier examen.
On ne sait avec certitude à quelle époque elle a été écrite; Malone lui assigne la date de 1610; d'autres commentateurs, celles de 1608 et de 1606. Thomas Shadwell, rival de Dryden, a publié en 1678 un Timon, qu'il appelle une greffe entée sur le tronc de Shakspeare, et, en 1723. Delisle traita le même sujet pour le Théâtre- Italien, avec un prologue, des chants, des danses et des personnages allégoriques. Les Anglais ont à leur tour traduit la pièce française sous le titre de Timon amoureux.
Timon le Misanthrope, comédie en trois actes et en prose, par Delisle (théâtre de l'hôtel de Bourgogne, 2 janvier 1752). L'auteur s'est surtout inspiré du dialogue de Lucien, en y mêlant une farce italienne. Dans le prologue, on voit Timon devenu misanthrope-après avoir été longtemps dupe des hommes. Retiré sur le mont Hymette, près d'Athènes, et s'exhalant en reproches contre la perversité des hommes, il prie Jupiter de les en punir. Mercure et Plutus viennent lui rendre ses richesses premières, qu'il refuse d'abord de reprendre, afin de ne pas faire de nouveaux ingrats; puis il demande à Mercure de donner la voix humaine à son âne. Le dieu opère une métamorphose complète, et cet âne est transformé en homme sous le nom d'Arlequin. Au premier acte, Timon est revenu à Athènes avec Arlequin, lequel le persuade enfin de reprendre ses trésors. Mercure inspire Arlequin et veut se servir de lui et d'Eucharis, jeune fille fort agréable, pour corriger Timon de son excès de sévérité contre le genre humain. Mercure prend la forme d'une femme et, sous le nom d'Aspasie, il prépare Eucharis au rôle qu'elle doit jouer auprès de Timon. Iphicrates et Cariclès, deux des faux amis de ce dernier, apprenant qu'il a'recouvré ses richesses, viennent lui faire de nouvelles protestations d'attachement; mais il les reçoit fort mal, et Arlequin les chasse. Eucharis attaque Timon d'une manière nouvelle pour lui. Elle fronde impitoyablement sa misanthropie et ses travers, et elle parvient par cette singularité à intéresserTimon. Arlequin, qui acompris que l'on ne pouvait rien faire parmi les hommes sans posséder et dépenser beaucoup d'argent, demande a son maître de partager avec lui ses trésors ; mais celui-ci refuse à cause du mauvais usage qu'il craint de lui en voir faire. Arlequin, fort mécontent, rencontre Mercure qui, toujours déguisé en Aspasie, feint de l'aimer et de le croire possesseur des trésors de Timon. Le dieu ajoute ainsi aux chagrins d'Arlequin et l'engage à voler son maître. Aussitôt une foule de temmes, personnifiant les passions, viennents'emparer d'Arlequin, qui se livre aveuglément à elles. Il se dispose à acheter, à prix d'argent, tout ce que la nature ne lui a pas donné et qu'il croit pouvoir le rendre heureux, et il s'adresse à Socrate qu'on lui a dit être le plus sage des hommes, afin qu'il le guide dans le choix de ses nouvelles acquisitions. Socrate lui fait le détail des choses les plus estimées parmi les hommes; mais la vanité de ces choses en dégoûte Arlequin, qui se laisse pourtant séduire ensuite par les plus futiles. Un maître à chanter, un maître à danser et un maître d'escrime parviennent à lui persuader que leurs arts sont les plus nécessaires, et ils lui en donnent des leçons. Mercure attire une troupe de flatteurs, par les louanges desquelles Arlequin se laisse enjôler. Cependant Timon, redevenu pauvre parle vol qu'Arlequin lui a fait de ses trésors, se livre de nouveau à son humeur misanthropique et veut, cette fois, s'éloigner pour toujours des hommes. 11 ne peut pourtant pas en vouloir à Arlequin, puisque, en demandant aux dieux qu'ils le fissent homme, il devait prévoir qu'il deviendrait méchant et ingrat. Cette réflexion l'engage à lui pardonner, d'autant plus qu'Arlequin a été lui-même volé à son tour par Aspasie-Mercure. La douleur et les reproches d'Arlequin ouvrent enfin les yeux de Timon, qui reconnaît le ridicule de sa fausse sagesse. Eucharis, qui l'aime véritablement, lui prouve la sincérité de son amour par les secours qu'elle veut lui rendre dans son malheur. Timon refuse d'abord de les accepter, parce qu'il s'en croit indigne; mais Mercure vient lui dire que les dieux sont contents des différentes épreuvas par lesquelles ils l'ont fait passer et qu'il doit recevoir des mains du véritable amour les secours qu'il a si inutilement prodigués k la fausse- amitié. Timon obéit et consent à épouser Eucharis. Une troupe de Vérités vient établir son empire sur lui et bannir de son esprit toutes les folles erreurs.
TIMON le Sillogrupbe, poSte et philosophe grec, né a Phlionte (Péloponèse), vers le milieu du in» siècle av. J.-C. Disciple de Stiipon de Mégare, puis de Pyrrhon le Sceptique, il enseigna lui-même la philosophie et l'êlo-
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qnence à Chalcédoine et amassa une fortune considérable. Après avoir séjourné pendant quelque temps auprès de Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte, et d'Antigone Gonatas, roi île Macédoine, il se fixa à Athènes, où il professa avec talent le scepticisme pyrrhonien, qu'il altéra cependant par un mélange de guieté railleuse et de légèreté bien éloignée de la gravité de Pyrrhon. C'était un homme d'une intelligence vive et pénétrante, d'un esprit brillant et snrcastique.Jl se moquait de tous les philosophes, mais surtout d'Arcésilas, le chef de la seconde Académie, q"i se renfermait dans le doute méthodique. Il mourut dans un âge très-avancé. Timon avait écrit plusieurs traités, entre autres Sur le sentiment, Sur la sagesse, Sur la recherche, etc.; mais il ne nous en reste rien. Il s'était fait connaître en outre comme poste en composant des poèmes, soixante tragédies, trente comédies, etc. Parmi ses oeuvres en vers, la plus célèbre était le poème des Sille» (d'où son surnom), recueil de satires contre la plupart des philosophes. Il en reste quelques fragments insérés dans les Analecta de firunek et dans les Phi losophorum gr&corum fragmenta de Mullach.
TIMON (Samuel), historien hongrois, né dans le comitat de Treutschin en 1675, mort ii Cassovie en 1736. Il entra dans l'ordre des jésuites, s'adonna à l'enseignement de la philosophie et des belles-lettres, puis fit une étude particulière de l'histoire et des antiquités de son pays. On lui doit : Celeàriorum Hungarix urbium et oppidorum chorographia (Tirnau, 1702-1770, in-*»); Purpura pannonica seu vite cardinalium in Uungaria natorum (1713, in-fol.); Imago antiqna et nova Bungaris (Cassovie, 1734-1735, in-8<?); Epilome rerum hungaricarum (Cassovie, 1736, in-fol.)
Timon (le nouveau) , poëme anglais de sir liulwer Lytton (1845, in-8°). Ce nouveau Timon ne relève point de celui de Shakspeare et ce n'est pas non plus un frère de Werther ou de René, d'Adolphe ou de Childe- Harold; en un mot, ce n'est pas une conception poétique dans toute l'acception du mot, car les sentiments qu'il exprime ne sortent pas de la vie réelle. C'est bien un personnage tout humain et même tout anglais. La scène s'ouvre à Londres, au mois de mai, dans Saint-James street, cette rue centrale que les cockneys appellent \enombril de la ville. Une jeune tille abandonnée, mourant presque de faim, est recueillie par Morvale, singulier misanthrope qui se venge des hommes en leur faisant du bien et en disant du mal d'eux. Lucy, c'est le nom de la jeune fille, suit son bienfaiteur dans son palais, où il demeure avec sa soeur Calantha, belle et sombre créature qu'on ne voit jamais sourire, dévorée d'une immense douleur dont elle cache la cause à tous les yeux. L'arrivée de la jeune orpheline semble apporter un rayon de sérénité dans ce sombre intérieur. Au second chant apparaît un nouveau personnage, c'est lord Arden, le prince de l'aristocratie anglaise, devenu l'ami de Morvale et qui, dans un moment d'épanehement, confie à ce dernier qu'il a séduit autrefois la fille d'un pauvre vicaire campagnard et qu'il l'a rendue mère ;que, séparé d'elle par des circonstances impérieuses, il était sur le point de se marier, lorsqu'il apprit que Mary, celle qu'il avait trompée et qu'il croyait morte, vivait dans la misère à Londres avec sa fille. Il a abandonné sans hésiter sa nouvelle fiancée pour courir à Londres; mais cette fois Mary était bien morte et son enfant avait disparu. Un jour que Morvale, éperdument amoureux de Lucy, lui avoue son amour, il aperçoit un médaillon suspendu à son col. > C est le portrait de mon père, » dit-elle. Morvale approche et reconnaît lord Ardan. Tandis qu'il contemple avec stupeur le médaillon, il entend un cri d'effroi, c'est Calantha, sa sœur, qui vient de reconnaître dans lord Arden l'amant adoré qui, près de la conduire à l'autel, l'a quittée pourcourir après une autre femme. Calantha croit tout découvert; elle voit la mort suspendue sur la tète de son frère ou sur celle de son amant, et cette douleur la tue. Elle est morte lorsque lord Arden arrive dans la maison de Morvale. Sa faute est maintenant irréparable; il s'offre à la vengeance de son ami j mais celui-ci veut épargner le père de celle qu'il aime; il se contentera de fuir. Il va vivre désormais dans le désespoir et dans la haine du monde ; lord Arden meurt , sa fille est dépouillée de son héritage par une des subtilités de la loi anglaise, et Morvale, revenu pour la sauver, l'épouse et se guérit de sa misanthropie parle meilleur des remèdes : le bonheur. Ainsi finit ce poème étrange, qui passe en Angleterre pour le chef-d'œuvre poétique de son auteur. Il présente plutôt l'intrigue d'un drame que la peinture d'un caractère poétique. Le prétendu Timon de cette composition est une création bizarre qui ne sort pas des données philosophiques d'un caractère, mais du caprice d'accidents arbitrairement combinés. Pourquoi est-il misanthrope? Est ce parce qu'il est Indien? Parce qu'il fut abandonné sur les rives, de l'Hougly par une mère dénaturée? Parce que sa sœur lui cache uu douloureux secret? Parce que l'homme qui a insulté sa sœur est le père de son amante? A ce compte, tous les saugmêléj.tous les fils, tous les frères, tous les amants malheureux auraient autant de droits
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a représenter le type de la misanthropie. Mais c'est une critique sur laquelle il serait puéril d'insister. Nous persistons à ne prendre le Nouveau Timon pour autre chose que le caprice d'un esprit distingué. Des critiques anglais ont adressé à cette œuvre qui, d'ailleurs, est loin d'être sans mérite, les éloges les plus outrés. Ils ont dit qu'elle réunissait les qualités qui ont fait les plus grands poëtes de la littérature anglaise : le mordant satirique de Churchill, l'exactitude de Crabbe dans la description, l'abondance d'imagination et la noble richesse de style de Byron, ce patricien de la poésie, comme l'appelait Walter Scott. Ils ont salué le Nouveau Timon comme annonçant une ère poétique semblable au cycle glorieux que Cooper et Crabbe ont ouvert, et dont Wordsworth et Thomas Moore ont été les derniers survivants. Nous ne pouvons nous associer pleinement à ces hommages, mais nous devons reconnaître que le Nouveau Timon est une œuvre fort remarquable. Ce roman parut à Londres, en 18-45, sans nom d'auteur, et excita la plus vive curiosité.
TIMON, pseudonyme littéraire dont s'est longtemps servi M. de Cormenin , lorsqu'il a publié ses pamphlets contre Louis-Philippe 1er et le gouvernement de Juillet. On -cite notamment les Etudes sur les orateurs parlementaires et les Très -humbles remontrances de Timon t au sujet d'une compensation d'un nouveau genre que la liste civile prétend établir entre 4 millions qu'elle doit au Trésor et 4 millions que le Trésor ne lui doit pas; » viennent ensuite Oui et non; Feu! feu.' etc.
T1MONEDA (Juan de), libraire et poSte espagnol qui vivait au xvie siècfe. Ami du fameux batteur d'or de Séville, Lope de Rueda, l'Eschyle espagnol, c'est par une édition des œuvres de ce poBte qu'il commença à se faire connaître. Il devait être un peu plus jeune que lui , mais pas de beaucoup , puisqu'on trouve déjà son nom sur une édition de ta Situa de varias canciones, imprimée à Séville en 1521. C'est à Valence, près de l'église de la Merci, qu'il établit sa boutique de libraire. Ses éditions du théâtre de Lope de Rueda sont de 1567 et 1570. En même temps qu'il éditait les meilleures œuvres de son temps, il faisait jouer à Valence des farces, des autos , des traductions. C'est un des patriarches du théâtre espagnol; son intermède de l'Aveugle, du garçon et du pauvre est un des plus anciens intermèdes connus (1559); il fit aussi jouer l'auto de la Brebis égarée et une traduction en prose des Ménechmes de Plaute. Placé entre deux courants, d'un côté le goût prononcé du peuple pour les autos, si favorisés par le clergé, d'un autre, la renaissance littéraire qui puisait surtout dans le latin et le grec, il sacrifia tantôt a l'une, tantôt à l'autre de ces inspirations son goût personnel, porté naturellement vers le genre populaire. Tout son théâtre a été réuni sous ce titre : Turiana, en laquai se contienen diversas comedias y farsas, etc., de Juan Diamonte, anagramme de Timoneda (Valence, 1567). Il a marque aussi, comme romancier, par sa Sobremesa , y alivio de caminantes (1569), recueil de cent soixante et un récits qui méritent plutôt le nom d'anecdotes que celui de contes et surtout par son Patranuelo, œuvre plus considérable pour laquelle, s'inspirant des Gesta Homanorum, de Boceace, de l'Arioste, des Contes de Cantorbéry, des Noveltieri italiens, il a réuni, sans toutefois leur donner le lien des contes du Oécaméron, vingt-deux petites nouvelles intéressantes. Une églogue, sous le titre d'Entretien pastoral (1567) montre en lui uu poète délicat, recherché, s'inspirant aux bonnes sources. Mais l'œuvre dans laquelle ce bon goût se fait surtout remarquer, quoiqu'on doive l'attribuer plutôt à l'éditeur qu'au poëte, c'est le recueil connu sous le nom de Romancero de Timoneda ou les Roses. Pour former cette collection fort précieuse, Timoneda recueillit surtout les traditions orales, les romances qui se chantaient en Castille, en Asturies et que le peuple conservait pieusement dans sa mémoire. Ce romancero, en fixant dès lors, dans leur forme abrupte, ces poésies originales, a rendu aux lettres un grand service. Timoneda le divisa en quatre parties qu'il appela la Rose d'amour, la Rose espagnole, la Rose païenne, la Rose royale. Ces tiires font voir le genre ordinaire des compositions réunies dans chaque série. Ce sont pour la plupart des poésies destinées à perpétuer la mémoire des héros primitifs de l'Espagne; un sentiment surtout y domino, l'amour de la patrie. Ce recueil est devenu si rare qu'il u'en existe probablement plus qu'un seul exemplaire, celui de la Bibliothèque impériale devienne; mais Wolfen a donné une description minutieuse et un choix d'une soixantaine de romances.
On ignore la date de la mort de Juan de Timoneda. Il dut atteindre un âge avancé. Dans une de ses comédies, Los Buïios de Argel, Cervantes pré tendait qu'il avait vaincu le Temps : « Avant que tout le monde n'arrive et que le dialogue commence, dit-il, voici le grand Lope Ue Rueda, imprimé par Timoneda, dont la vieillesse a vaincu le Temps.» On doit placer sa mort, au plus tôt, en 158S.
TIMONERIE s. f. (ti-mo-ne-rî — rad. timon). Mur. Endroit d'un bâtiment où se tient le timonier. Il Réunion des hommes attachés
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au service du gouvernail, il Fonctions du timonier, h Maître, chef de timonerie, Officier qui commande sur la partie du pont où se trouve la barre du gouvernail : Après trois mois d'étude à Toulon, le ministre me fera partir comme maître de timonerie. (Balz.)
T1MONI (Emmanuel), médecin grec qui vivait dans la première moitié du xviii» siècle. Il devint membre des universités de Padoue, d'Oxford et de la Société royale de Londres. Ce savant est l'inventeur de la méthode d'inoculation par incision, apportée par Maitland en Angleterre. On lui doit: Histoire de l'inoculation, publiée k Constantinople, et Tractatus de nova variolas per transmutationem excitandi methodo (Leyde, 1721, in-8°).
TIMONIE s. m. (ti-mo-nl). Bot. Genre d'arbres, de la famille des rubiacées, tribu des colféacées, comprenant cinq espèces, qui croissent aux Moluques et en Océanie.
TIMONIER s. m. (ti-mo-nié — rad. timon). Chacun des chevaux qui sont attelés aux côtés du timon : Un vigoureux timonier.
— Mar. Celui qui gouverne, qui manœuvre le timon d'un navire : En apercevant son armateur, le digue timonier parut fort embarrassé. (Alex. Dum.)
— Fig. Conducteur, directeur, gouverneur : Malheureusement, timoniers inhabiles et trembtéurs, ils n'ont fait que tourner avec leur petite barque dans leur petit archipel. (Cormen.)
TIMOPHANE, tyran de Corinthe, frère de Timoléon. V. Timoléon,
TIMOR, lie de la Malaisie, dans la mer et l'archipel de la Sonde, à l'E., entre l'océan Indien et la mer des Moluques, par 8° 30' et 10° 30' de latit. S. et 120<> et 125» de longit. E.; 450 kilom. sur 120 environ ; 1,200,000 hnb., d'après certains géographes; 500,000 hab. seulement, d'après Lavallée, comprenant des Malais, des Papous, des Chinois et des Hollandais. Cette île est traversée par une chaîne de montagnes , d'où descendent un assez grand nombre de cours d'eau, et elle est sujette à des tremblements de terre. Son climat est chaud, mais variable et soumis à l'influence des moussons. • Dans ces contrées brûlantes, dit l'amiral Jurieu de LaGravière, la flore tropicale déploie sans relâche sa magnificence inépuisable. Les champs ne connaissant pas les teintes jaunes et flétries de l'automne ; ils ne voient pas non plus des milliers de bourgeons éclore sous la tiède haleine du printemps; mais à chaque heure du jour, à chaque instant de l'année, on peut entendre l'éternel murmure de la végétation. Le sein fécond de la terre est toujours gonflé de la même ardeur désordonnée, ardeur infructueuse ou funeste, si la main de l'homme ne la contient et ne la dirige. Partout où cette nature luxuriante est livrée à elle-même, elle ne présente bientôt qu'un dédale inextricable. Le rivage est couvert de palétuviers qui s'avancent vers la mer comme une troupe de dryades prête à s'élancer dans las flots; on essayerait vainement de se frayer un chemin à travers ces arbres touffus, an milieu de ces racines qui s'unissent pour défier les efforts de la vague. La montagne est couronnée de géants séculaires dont le dôme impénétrable intercepte les ra3?ons du soleil. Là entre les vieux troncs chargés d'orchidées, d'innombrables rejetons ouvrent comme des corbeilles leurs palmes épanouies ou font jaillir de terre une tige impatiente. Sous ces voûtes confuses, les lianes et le convolvulus jettent d'une branche a l'autre leurs festons et enlacent la forêt de leurs mille guirlaudes. Il faut que l'incendie balaye cet opulent désordre, que les touffes du bambou au feuillage aérien, le ricin aux capsules épineuses ou l'hibiscus aux fleurs" de pourpre entourent d'une haie protectrice la portion de terrain destinée à la culture pour que le bananier vienne ombrager de ses larges feuilles la cabane de l'Indien, pour qu'auprès de l'aréquier an tronc svelte et inflexible, du papayer à la tige laiteuse, le cocotier incline sous la brise son panache verdoyant et ses coupes toujours pleines. A Baion-Gnédé, les habitants n'ont défriché qu'une zone étroite qui s'étend le long du rivage. Dès que cette zone est franchie, on se trouve au milieu d'une forêt vierge. Un magnifique spectacle s'offre alors a ta vue. Le figuier des banians, le jaquier aux feuilles digitees, le cassier aux grappes roses et aux siliques monstrueuses bordent la lisière du bois et mêlent les teintes variées, la bizarre découpure de leur feuillage aux masses sombres et uniformes des lataniersou descyoas. Les kakatoès à huppe jaune peuplent l'abri touffu des tamariniers, tandis qu'autour des régimes naissants voltigent les nombreux essaims des guêpes et des souimangas, joyeux vivants qui insèrent leurs becs recourbés jusqu'au tond des corolles tubulaires pour y chercher les insectes et le miel des fleurs. Au milieu de tout cet éclat, au milieu de cette splendeur animée de la création, bien des cœurs cependant restent froids et s'étonnent de n'emporter d'un pareil spectacle que des impressions peu profondes. C'est qu'il manque à ces régions du soleil, à ces Iles fantastiques de l'archipel d'Asie, le charme mystérieux qui n'appartient qu'à l'histoire. Nulle ombre auguste n'erre sous ces ombrages, nul débris n'y redit les choses du passe; la rêverie n'a point de prise sur cette terre où les hommes tombent et se renouvellent comme les
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feuilles desséchées des arbres ; le sol reste muet, car il est sans souvenir. « Parmi les animaux qu'on y rencontre , nous citerons les singes, les buffles, les sangliers, les chevaux, les cerfs, les chèvres, les moutons. On y cultive du riz, du coton, du maïs, du tabac, de l'indigo, etc. ; on y récolte des épices et on y trouve des bois précieux pour les constructions et la menuiserie. Dans le nord de l'île, on trouve quelques établissements appartenant aux Portugais, notamment Dillyet Batou-Guidé. La partie sud-ouest appartient aux Hollandais, dont le principal établissement est Coupang. ■ Vers le milieu du xviie siècle, dit l'amiral Jurien de La Gravière, le Portugal fut contraint de céder aux Hollandais ses plus riches conquêtes. Il ne lui resta dans les mers de l'Indo-Chine que l'Ile de Solor et la partie orientale de Timor. Dans cette dernière lie, les chefs les plus influents s'étaient convertis, dès l'année 1630, à la foi catholique, et ce lien moral a suffi, malgré les efforts réitérés de la Hollande, pour maintenir sous la domination portugaise la majeure partie de la population. Le pavillon des Pays-Bas flotte sur le fort de Ôoupang; le'drapeau du Portugal est encore arboré sur les murs de Dilly et sur ceux de Batou-Guidé. Timor n'occupe qu'une place insignifiante dans le commerce général de l'archipel Indien. Les colons chinois établis sur la côte se chargent d'expédier à Java ou à Singapour les produits de la pêche qui se fuit à l'Ile Célëbes, la cire et le bois de santal que fournissent aux habitants les forêts de l'intérieur. L'active industrie des Européens ne stimule point ici, comme à Java, le labeur indigène, et c'est à l'exportation de ces produits peu importants que se borne le commerce d'une lie presque ausssi vaste que la Sardaigne ou la Sicile. > On trouve dans la région S.-E. une pêcherie de perles.
TlMOB:LAOUT,lle de la merdes Moluques, au S.-E. de celle de Bauda, par 70° 30' do latit. S. et iîS^ôo' de long. E.; 140 kilom. de longueur., 95 kilom. dans sa plus grande largeur; 1,160 kilom. carrés de superficie; 30,000 hab., gouvernés par des. chefs indépendants.
TIMORE s. m. (ti-mo-re). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, dont l'espèce type vit au Brésil.
TIMORÉ, ÉE adj. (ti-mo-ré — lat. timor-atus ; de timor, crainte). Qui craint de commettre le mal moral, qui est timide, réservé sur les choses qui intéressent la conscience : Esprit timoré. Conscience timoréb. Il me semble qu'une femme est d'ordinaire moins timorée qu'une fille. (Volt.;
— Substantiv. Personne timorée : Les timorés répugnent à mêler leur nom aux intrigues de ce genre. (L. Reybaud.)
TIMORÉNIE s. f. (ti-mo-ré-nl). Moll. Syn.
de TIMORIKNNB.
TIMORIENNE s. f. (ti-mo-ri-è-ne — de Timor, nom d'Ile). Moll. Genre de tuniciers, formé aux dépens des biphores.
T1MOTHEE, poète et musicien grec, né à Milet en 446 av. J.-C., mort en 357. Il devint le disciple et l'imitateur de Plu-yms, qu'il surpassa bientôt, s'attacha à perfectionner la musique des unciens, inventa, dit-on ,1e genre chromatique, qui introduisit dans la mélopée un chant plus varié, et ajouta aux sept cordes que contenait la lyre antique quatre cordes nouvelles ou deux seulement, d'après Suidas, Timothée devint le chef d'une nouvelle école musicale qui ne cherchait qu'à plaire et à amuser. Aussi les partisans de l'ancienne musique lui reprochèrent-ils de corrompre cet art. S'étant rendu à Sparte, pour y prendre part au concours de Oarnéade, les éphores l'empêchèrent de jouer sur sa lyre à onze cordes, le réprimandèrent publiquement et le condamnèrent à briser lui-même, dans l'assemblée du peuple, les cordes superflues de son instrument. Leur décret nous a été transmis par Buèce et, d'après lui, par Scaliger. 11 prouve que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est difficile d'innover. Pour obtenir plus sûrement une condamnation contre le pauvre musicien, on l'accusa d'avoir violé le secret des mystères d'Eleusis; cette méthode n'est pas encore tombée en désuétude. Timothée n'en persévéra pas moins dans ses innovations. II acquit une immense célébrité et, après avoir brillé dans tes principales villes de la Grèce, notamment a. Athènes, il fut attiré à la cour de Macédoine par le roi Archelaiis. Il mourut dans ce pays dans un âge avancé. IL avait composé un grand nombre de poésies lyriques, surtout des dithyrambes, dont il reste quelques fragments recueillis par Grotius dans les Excerpta ex traged. et comced. grxcis (1626).
TIMOTHÉE, musicien thébain, qu'on a quelquefois confondu à tort avec le précédent. Il vivait au iva siècle avant J.-C. et concourut aux fêtes du mariage d'Alexandre le Grand, qui l'attacha à sa personne. Il avait un talent si parfait comme joueur de flûte, qu'il excitait ou apaisait au gré de son instrument les passions véhémentes du héros macédonien. C'est en parlant de cet artiste que J. Delille a dit dans son poème de l' Imagination : Ainsi sur mille tons le fameux Timothée Touchait son luth divin, parcourait tour à tour Le mode de la gloire et celui de l'amour;
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D'un regard de Thaïs enflammait Alexandre, Roulait son cîiar vainqueur dans Babylone en cendre Ou, peignant Darius et sa famille en deuil, Des pleurs de l'infortune attendrissait l'orgueil.
TIMOTHÉE, général athénien, fils de Conon, mort en 354 avant notre ère. Il fut formé à l'éloquence par Isocrate eteut une jeunesse dissipée. Après avoir servi avec distinction sous son illustre père, il reçut, l'an 376 av. J.-C, le commandement des forces navales de la république, lors d'une rupture entre Sparte et Athènes. Timothée dévasta les rivages de la Laconie, prit Corcyre, soumit soixante-quinze cités et assura la supériorité navale de sa patrie. Ses envieux, affectant de lui reconnaître plus de bonheur que de génie, le firent peindre endormi, tandis que la Fortune rassemblait auprès de lui de3 villes prises dans un filet. Timothée se contenta de dire : « Que neferais-je donc pas si j'étais éveillé?» 11 éprouva, toutefois, la disgrâce des Athéniens pour avoir levé arbitrairement des contributions dans les lies; mais, placé de nouveau à la tête des armées, il s'illustra par de nouveaux exploits, soumit Olynthe, Byzance, Torone, Poiidée, Samos et rapporta de l'Asie Mineure des sommes considérables qu'il versa au trésor public. Il fut moins heureux pendant la guerre sociale (358-356), où sa rivalité avec Charès, dont il contraria les plans, causa un échec devant Samos. Le peuple le condamna à une amende qu'il ne put payer. II alla mourir dans l'exil à Lesbos. Timoihée est considéré comme un des derniers grands capitaines athéniens. Plutarque, Athénée, Elien, Cicéron lui donnent les plus grands éloges et exaltent, en même temps que ses capacités militaires, sa prudence, sa douceur et sa modération.
TIMOTHÉE (saint), évêque d'Ephèse, né, croit-on, à Lystra(Lycaome) vers 35 de notre ère, mort à Ephèse en 97. Il était fils d'un père païen et d'une mère juive d'origine, mais qui avait embrassé le christianisme. Lorsque saint Paul vint en Lycaonie (51), Timothée jouissait déjà d'une grande considération parmi les chrétiens. L'apôtre le choisit pour être le compagnon de ses travaux et de ses prédications, le fit circoncire, lui imposa les mains , "puis ils parcoururent ensemble les provinces de l'Asie et diverses villes de la Grèce. Timothée signala principalement son Zèle à Thessalonique et à Berœa, puis fut envoyé en Macédoiue pour y recueillir des aumônes destinées à soulager les chrétiens de Jérusalem et, de là, àCorinthe pour rappeler les fidèles de cette Eglise à la pureté des doctrines évangéliques. A son retour, il suivit saint Paul en Macédoine, en Achaïe, à Rome, devint, vers 65, évêque d'Ephèse et fut lapidé, croit-on, pour s'être opposé à la célébration d'une fête en l'honneur de Diane. Sa fête se célèbre le 24 janvier.
Timothée (PREMIÈRE ET DEUXIÈME ÉPÎTRIi DI4 SAINT PAUL À). V. ÉPÎTRB.
TIMOTHÉE DELIA VITE, peintre italien, né à Urbin en 1480, mort en 1534. D'abord apprenti bijoutier, il étudia ensuite la peinture, suivit les leçons de Francia à Bologne, puis revint dans sa ville natale et acquit liaison talent une réputation qui arriva jusqu'à Rome. Raphaël appela alors auprès de lui le jeune artiste, qui apprit à connaître et a imiter sa manière, puis retourna à Urbin. Timothée a pris rang parmi les meilleurs artistes de l'école romaine. Ses oeuvres se font surtout remarquer par la délicatesse de l'exécution et la richesse du coloris. On cite de lui : des fresques, à Castel-Durante; une Madeleine, dans la cathédrale d'Urbin ; l'Annonciation de la Vierge, à Saint-Bernardin; un Apollon et deux Muses, dans le palais du duc d'Urbin ; une Conception: un Noli me tangere,
TIMOTHIEN s. m. (ti-mo-ti-ain — de Timothée, n. pr.). Partisan des doctrines du patriarche Timothée.
— Encycl. On désigna sous le nom de timotliiens, dans le ve siècle, les partisans de Timothée jElure, patriarche d Alexandrie, qui, dans un écrit adressé à l'empereur Léon, avait soutenu l'opinion des eutychiens ou monophysites.
TIMOTHY s. m. (ti-rao-ti — mot anglais). Bot. Nom vulgaire de la fléole ou phléole des prés. Il On dit aussi timothy-grass,
TIMOUKÉI, montagne du nord de la Mongolie, au pays des Khulkhas. Elle est couronnée d'un autel colossal en pierre. Des bouleaux en couvrent le sommet et les cavités.
Timour (mémoires de), écrits en dialecte turc djagatéen, traduits de l'original en persan par Abou-Zalib Koséini et du persan en anglais par le major Charles Stewart (Londres, 1830, in-40). On ignore si l'auteur de ce livre est Timour lui-même ou bien un de ses secrétaires, comme nous l'atteste Schèref- Eddin-Ali-Yezdi, son historien. L'ouvrage commence par une sorte de préface, où Timour annonce à ses enfants et à ses petitsenfants son dessein d'écrire ses Mémoires. Il leur dit qu'il est arrivé à ce point de grandeur, parce qu'il a observé une exacte justice, usé avec économie des deniers de l'Etat, respecté et propage la religion musulmane. ■ J avais entendu dire que, lorsque Dieu choisit un homme pour lui confier le gouvernement d'un pays et place dans ses mains les rênes de l'administration du genre humain pour qu'il gouverne conformément à la jus-
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tice, si ce prince se conduit d'une manière convenable et avec équité, son royaume se maintient et se conserve.... Aussi, pour assurer la conservation de ma souveraineté, je pris d'une main la justice et de i'autre l'équité, et j'eus soin que le palais de la royauté fût éclairé de la lumière de ces deux flambeaux. Comme j'avais appris que les rois justes sont l'ombre de Dieu et que le meilleur roi est celui qui imite la conduite de la divinité en pardonnant aux pécheurs, je suivis l'exemple de ces rois'justes et je pardonnai à mes ennemis. » Timour appuie très-superstitieusement sur les présages qui ont dirigé sa conduite et inspiré sa politique; tout ce qu'il a fait, c'a été pour obéir aux ordres du ciel. Son père, Téragaï, étant allé visiter un derviche célèbre, le. trouva lisant à haute voix le soixante-septième chapitre du Coran : « Ne devez-vous pas craindre que, celui qui habite dans le ciel entr'ouvrant la terre, elle ne vous engloutisse, et la voilà qui s'ébranle. «Le dernier mot arabe était témour. Le derviche s'arrêta et lui dit : > Nous avons nommé vo'.re fils Timour. » Les historiens du roi mongol ne parlent pas de cette anecdote suspecte; ils font venir Timour du mot turc ternir, qui veut dire fer. Malgré le ton religieux et superstitieux qui domine dans cet ouvrage, on y sent à chaque page l'ambition excessive, quoique retenue, de Timour; politique habile et hypocrite, il ne voulait s'avancer que pas à pus vers la souveraine grandeur. La Bibliothèque nationale possède un manuscrit des Mémoires de Timour, appartenant à l'édition revue par Mohainined-Afzal de Boukhara.
Nous ne croyons pas nécessaire d'analyser chapitre par chapitre cette autobiographie exacte au fond, quoique trop flatteuse pour ce conquérant, et écrite dans un style religieux destiné à dissimuler les calculs ambitieux de la politique de ce conquérant.
TIMOUR-LENG, célèbre conquérant tartare. V. Tameri.an.
TIMOUR-SCHAII, souverain de l'Afghanistan. V. Tymoor-Schah.
TIMPANAGOS, grand lac de l'Amérique du Nord, confédération mexicaine, territoire de la Nouvelle-Californie. Il donne naissance nu fleuve du même nom, qui prend plus loin le nom de Multowmahet se jette dans l'Orégon, dont il est un des affluents les plus considérables.
. T1MSAH, lac de la basse Egypte, à distance égale de Suez et de Péluse. Il sert de port naturel au canal maritime de l'isthme de Suez. Sur le bord de ce lac, dans lequel se déverse le canal d'eau douce qui unit les eaux' du Nil à celle des deux mers, s'élève lu ville d'Ismaïlia, fondée par la compagnie du canal.
TIN s. m. (tain — du lat. lignum, pièce de bois). Pièce de bois qui soutient les tonneaux, dans une cave.
— Mar. Sorte de billot qu'on emploie comme support pour maintenir une pièce de bois pendant qu'on la travaille. Il Chacun des billots sur lesquels repose la quille d'un navire en construction.
— Bot. Nom vulgaire des tinus : Le lauriertin. II Genre d'arbres, de la famille des méliacées, dont l'espèce type croit aux Antilles.
TINA s. m. (ti-na). Bot. Syn. de cupanib, genre de sapindacées.
TINAGE s. m, (ti-na-je). Féod. Corvée d'un homme, de deux bœufs et d'une charrette.
TINAGMA s. m. (ti-na-gma— mot grec signif. agitation). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribudes tinéides, comprenant trois espèces, dont le type habite l'Autriche.
TINAGOGO, nom d'un dieu des Indes, imaginé par le célèbre voyageur Pinto. On sait qu'au xive, au xv« et au xvie siècle le goût des voyages s'était répandu dans toutes les classes instruites de la société européenne ; mais ce que l'on a un peu oublié, c'est que les voyageurs entretenaient ce goût au moyen des descriptions fantaisistes qu'ils composaient sur les pays qu'ils avaient ou même n'avaient pas vus.
Le dieu Tinagogo fut l'un des produits de ces besoins de pittoresque ; nous ne lui aurions pas fait l'honneur d'un. article, si son nom n'avait été, au siècle dernier, tiré de la poussière par le parti jésuitique, représenté par les journalistes de Trévoux.
Le mot tinagogo^ signifiait dieu des mille dieux. Le temple magnifique qui était consacré à ce dieu se trouvait dans le royaume de Brahma, près de la ville de Meydur; il était situé sur une petite colline ronde et se composait d'une muraille de pierre fort blanche, haute de 3 brasses, avec boulevards, fossés et tours. A l'intérieur se trouvaient 1G0 hôpitaux pour les pèlerins, chaque hôpital de 300 chambres, ce qui faisait 48,000 chambres, toujours occupées. Les pèlerins y arrivaient par bandes de 1,000, 2,000, 3,000 et ils se distinguaient par leurs couleurs, selon les pays d'où ils venaient.
Le lieu, toujours d'après la relation de Pinto, était admirable; ce n'étaient que cèdres, cyprès, fontaines pures , au milieu desquels on remarquait des monastères d'hommes et de femmes pouvant contenir chacun 500 personnes, et comme l'on en comptait 24, cela faisait 6,000 hommes et 6,000 femmes environ qui pouvaient en ce lieu jouir des
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douceurs de la solitude. Au milieu des monastères se trouvait un jardin immense et magnifique, dont la description rappelle celles des Mille et une nuits. Nous ne pouvons nous dispenser de citer, parmi les merveilles de ce jardin de délices, les innombrables clochettes qui sonnaient continuellement d'ellesmêmes.
Sur le point culminant de la colline se trouvait lu statue de Tinagogo, Couverte de haut en bas de plaques d'argent et entourée de lampes du même métal. Lastatue monstrueusede cette idole était debout, les deux mains levées au ciel ; elle avait une couronne d'or et de pierreries sur la tête; elle était entourée d'un grand nombre d'autres petites figures & genoux et dont l'attitude exprimait l'admiration.
Un peu au-dessous se trouvaient 12. statues gigantesques d'hommes en bronze, hauts de 37 palmes et d'une laideur capable d'effrayer les moins timides. Ces statues représentaient les douze mois de l'année. Autour de l'édifice se trouvaient 140 géants armés de hallebardes, coulés en bronze et disposés sur un double rang.
Evidemment, un dieu si bien entouré devait avoir des fêtes splendides. Voici ce que- Pinto nous apprend à ce sujet : • Le jour de la fête, la multitude, dit-il, se réunit en quantité innombrable, se répand dans les campagnes environnantes en criant à tuetête, en frappant sur de3 tambours, sur des timbales, sur des -vases de bronze ou d'étain, en jouant de la trompette ou du fifre. Une infinité de cierges sont allumés, de sorte que la campagne semble être en feu. « - Il parait que Tinagogo joue dans la mythologie dont Pinto peut revendiquer la paternité le rôle de saint Michel. Les cierges l'éclairent, tandis qu'il est censé chercher et combattre le génie du mal, représenté par un serpent. Une nuit se passe ainsi. Le lendemain, la colline parait pavoisée de bannières blanches; le peuple se jette à terre et donne des signes de joie, parce que Tinagogo a été vainqueur. On se fait des présents les uns aux autres et la multitude monte au temple pour féliciter Tinagogo d'avoir tué le serpent.
Dans un pays où la religion est suivie avec tant de ferveur, le peuple ne saurait être riche; aussi les pauvres, qui s'y trouvent en grand nombre, otfrent-ils aux prêtres, à délaut d'argent, leurs cheveux. Une centaine de prêtres tondent ces pauvres diables, et de leur offrande 1,000 ou 1,200 autres prêtres fabriquent séance tenante des cordons, des bracelets, des bagues, etc., que l'on bénit et que* les riches achètent fort cher pour s'en servir d'amulettes ou de reliques.
Pendant que ceci se passe à l'extérieur du temple, de jeunes enfants vêtus de rouge font brûler de 1 encens sous le nez du dieu, tandis que des femmes jeunes et admirablement vêtues dansent au sou d'une musique harmonieuse.
Pinto nous donne ensuite une description détaillée de la statue, qu'il a, dit-il, visitée; elle était d'argent, avait un visage d'homme et était haute de 27 palmes. Son nez difforme, ses lèvres grosses, son air triste et mélancolique, ses cheveux crépus lui donnaient un aspect hideux. Son arme, l'arme dont il se servait contre le génie du mal, était une doloire de tonnelier. Le serpent, long de 8 brasses et gros à la tête comme un tonneau, était étendu par terre au milieu du temple, et tous les gens qui passaient près de lui venaient le piquer avec un poinçon en lui adressant mille malédictions.
Après cela, Pinio décrit longuement les processions que l'on fait en lTiuiineur du dieu; il nous montre des milliers d'individus traîuant son char, des martyrs qui viennent se jeter au-devant de lui et se l'aire couper en deux par les roues, tandis que d'autres s'ouvrent le ventre avec des sabres ou se charcutent par morceaux.
On chercherait vainement un mot de vrai dans tout ce récit inventé à plaisir. Les lieux mêmes que cite l'écrivain n'existent nu lie part, et nous ne savons dans quel but les journalistes de Trévoux ont feint de croire à l'existence de ce culte rendu à ce dieu imaginaire.
Quoi qu'il en soit de leur intention, ils ont très-sérieusement consacré un immense article à Tinagogo et au culte qui lui est rendu.
Les encyclopédistes, adversaires de Trévoux et de sou parti, relevèrent aussitôt la bévue et composèrent à leur tour un article prouvant jusqu'à l'évidence que Tinagogo n'existe en aucun pays; la dispute n'a pas eu d'autre suite, mais en son souvenir nous avons cru devoir consacrer les lignes qui précèdent au dieu Tinagogo,
TINAMIDÉ, ÉE adj. (ti-na-mi-dé — de tinamou, et du gr. eidos, aspect). Ornitb. Qui ressemble ou qui se rapporte au tinamou.
— s. f. pi. Famille d'oiseaux gallinacés, ayant pour type le genre tinamou.
TINAMOTIS s. m. ( ti-na-mo-tiss — de tinamou, et du gr. ous, ôlos, oreille). Ornith. Syn. d'KUDROMiE, section des tinamous, érigée en genre distinct par quelques auteurs.
TINAMOU s. m. (ti-na-mou). Ornith. Genre d'oiseaux gallinacés, type de la famille des tinamidées, comprenant seize espèces, qui habitent l'Amérique du Sud : Les TinaMOUS nichent à terre dans un petit creux. (Z. Gerbe.)
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Les oeufs des tinamous sont ou d'un beau bleu ou d'un beau vert. (V. de Bomare.) Les tinamous se perchent, mais sur les branches les moins élevées. (Buff.)
— Encycl. Les tinamous présentent les caractères suivants : bec de la longueur de la tête, obtus à sa pointe et dilaté à sa base ; narines percées vers le milieu du bec, à. la base d'un renflement membraneux; ailes courtes, arrondies ; queue courte ou presque nulle; tarse beaucoup plus long que le doigt du milieu; doigts courts, grêles et séparés. Les tinamous sont appelés ynambus par les Guaranis, perdrix par les colons espagnols, pour les grosses espèces, ou cailles pour les petites. De fuit, ces oiseaux ressemblent aux perdrix par le nombre considérable de leurs œufs, par la ponte sur la terre, recouverte seulement de quelques brins d'herbe, l'habitude de ne point boire ni voyager et, pour le plus grand nombre de ne jamais se percher. Ils s'en rapprochent encore par le naturel timide et triste, le vol pesant, court et bruyant, la bonté de la chair, l'estomac charnu et la grosseur du corps. Ces oiseaux se nourrissent plutôt de chenilles que de graines, et ils préfèrent les terres incultes aux campagnes cultivées. Aucune espèce n'a de peau nue autour des yeux. lis ont la tête petite, le cou assez long et délié; du reste, ces oiseaux ont tous le croupion large , arrondi et incliné vers le bas, la démarche vive et agile, la course rapide; mais le manque de
?ueue les empêche de se tourner avec faciité en volant. Leur naturel est stupide et si peureux qu'ils s'effrayent de tout. Quelques espèces habitent les bois, d'autres la campagne; les uns-, comme le tinamou isabelle, fréquentent les pâturages gras, les hautes herbes ; les autres, comme l'ynambus, préfèrent les terres incultes et se retirent dans les bois les plus fourrés; l'indolence de ces derniers est telle qu'ils restent tranquilles presque toute ta journée à la même place ; certains tinamous cherchent pour y passer la nuit un refuge sur les branches basses des arbres. Tous ont un cri de rappel qui s'entend de fort loin et qui consiste en une sorte de sifflement tremblant et plaintif; on l'entend surtout le matin et le soir. C'est également le matin et le soir, ou même au clair de lune, qu'ils vont chercher leur nourriture, qui consiste en fruits, en graines, en insectes et en petits vermisseaux. Ils ont comme les poules l'habitude de gratter la terre en cherchant leur nourriture. Les tinamous nichent à terre, dans un petit creux qu'ils recouvrent d'herbes sèches. Leur ponte a lieu deux fois dans l'année et est composée de sept ou huit œufs d'un violet brillant ou vertpré. Les petits, en naissant, abandonnent presque aussitôt la mère et vivent dispersés à quelque distance les uns des autres. Certaines espèces sont recherchées comme aliment; de ce nombre est le tinamou isabelle; sa chair passe pour être fort bonne, et à Montevideo on lui fait une chasse assez assidue. Les sauvages se servent de plumes de tinamou pour empenner leurs flèches.
Parmi les outres espèces, nous citerons : 1° Tinamou cendré, cryptura cinerea. Cet oiseau a environ 1 pied de longueur; c'est, de tous les tinamous ? le moins commun à la Guyane française, ou il porte le nom de perdrix cendrée. Nous avons adopté cette dénomination, dit Buffon, parce qu'elle fait pour ainsi dire lu description de l'oiseau; il est, en effet, d'un brun cendré foncé, uniforme sur tout le corps, et cette couleur ne varie que sur la tête et le corps, où elle prend une teinte roussâtre. 2° Tinamou macao. Cet oiseau, que Temminck a décrit d'après un individu du Muséum d'histoire naturelle de Berlin, se trouve au Brésil, dans la province de Para, où il porte le nom de ynambu macao. 3« Tinamou magona. C'est un oiseau dela taille du faisan, mais son corps est plus ramassé et plus gros; il est aussi beaucoup plus charnu. Le sifflement par lequel ces oiseaux s'appellent est un son grave et fort; ils le font toujours entendre au lever et au coucher du soleil. L& ponte est de douze à seize ceufs, presque ronds, un peu plus gros que ceux des poules et d'un beau bleu verdâtre ; ces ceufs sont très-bons à manger. 40 Tinamou rayé, cryptura sylvicola. Cet oiseau ne sort pas des forêts, où il vit solitaire; sa ponte est de quatre ceufs, d'un violet lustré. 50 Tinamou tataupa. Ce nom, qui lui a été donné par les naturels du Paraguay, signifie tinamou de cheminée , peut-être, dit d'Azara, parce qu'il s'approche souvent des habitations champêtres et voisines des cantons les plus couverts où il se tient habituellement; sa ponte est de quatre œufs d'un bleu foncé et brillant. On prétend que, lorsque quelqu'un passe auprès de sou nid, la mère en sort, les ailes traînantes, et que par différentes attitudes, elle cherche à 1 engager à la suivre pour l'éloigner de l'objet de son affection. Le cri de cet oiseau est plus fort et plus sonore que celui de toutes les autres espèces; il commence par la syllabe pi répétée précipitamment pendant plusieurs secondeSj suivie du mot chororo répété deux ou trois fois de suite. Quand cet oiseau se couche, il s'appuie la poitrine sur les tarses , baisse la tête et le devant du corps, de sorte que l'on voit son ventre par derrière sans apercevoir son corps. 6° Tinamou varié. Cette espèce, que les colons de la Guyane française appellent
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perdrix pintade, a la tête noire en dessus et toutes les parties supérieures rayées de roux et de noir. Cet oiseau se rencontre fréquemment dans les bois de la Guyane; la femelle pond de dix a douze œufs d'une jolie couleur lilas.
TINCAL ou TIHKAL s. m. (tain-kal). Miner. Borax impur. Il Matière grasse qui empâte les cristaux.
TINCHEBRAI, ville de France (Orne), cheflieu de cant,, arrond. de Domfront, dans la vallée du Noireau ; pop. aggl., 2,426 hab. — pop. tôt., 4,416 hab. On reconnaît encore les traces des souterrains de la forteresse que Guillaume, comte de Mortain, fit bâtir à Tinchebrai dans la première moitié du Xe siècle.
TINCTOR ou T1NCT0RIS (Jean), célèbre musicien belge, né à Nivelle vers 1434, mort en 1520. Il étudia la jurisprudence, la théologie, la musique, entra dans les ordres, puis se rendit ,en Italie. Vers 1476, Tinctor se trouvait à Naples, lorsque le roi Ferdinand 1er d'Aragon le nomma son maître de chapelle. Ce musicien, qui était aussi versé dans la théorie que dans la pratique de son art, fut un des premiers professeurs de l'école publique de musique à Naples, où il eut pour collègues ses compatriotes Guillaume Garnier et Bernard Hycart. Vers 1490, il retourna dans sa ville natale, prit le grade de docteur et devint chanoine de la collégiale. Tinctor a écrit en latin, sur toutes les parties de la musique, un grand nombre d'ouvrages spéciaux, plus remarquables par la méthode d'exposition que ceux de Gafori, et cependant moins connus. Cela tient à ce que les ouvrages de ce dernier ont été imprimés , tandis que Tinctor n'en publia qu'un seul, intitulé Terminorum musics definitorium (in-4°). Parmi ses manuscrits, qu'on trouve à la bibliothèque San-Salvador a Bologne, on cite particulièrement : De natura et proprietate tonorum; De notis ac pausis; De regulari valare notarum; Liber imper feclionum uotarvm; Tractatus alterationum ; De arle contrapuncti , le plus important de ses traités; Proportionale musices,eic. Il existe en outre diverses compositions de Tinctor, notamment une Messe à cinq voix, dite de l'Homme armé.
TINCTORIAL, ALE adj. ( tin-kto-ri-al , a-le — lut. tinctorius, de tinctus, teint). Qui sert à teindre : Plante tinctoriale. Substance, matière tinctoriale, il Qui a rapport à l'art de teindre : Procédés tinctoriaux.
TINDAL (Matthieu), controversiste anglais, né à Beer-Ferres (Devonshire) en 1657, mort en 1733. Il commença ses études au Lincoln- Collège d'Oxford ; mais sa mauvaise conduite l'ayant fait chasser de ce collège, il les continua à celui d'Exeter, où il prit, en 1785, le grade de docteur en théologie. Peu de temps après il se convertit au catholicisme, moins par conviction que pour profiter des avantages accordés par le roi Jacques II aux convertis. Ce qui le prouve, du reste, c'est qu'immédiatement après la révolution de 16S8, bien qu'il ait cherché à établir que ce fut antérieurement à cette révolution, il revint au protestantisme. L'histoire de sa vie, à dater de cette époque, n'est guère que celle de ses publications et des controverses qu'elles provoquèrent. Il s'était déjà fait connaître par un Essai concernant l'obéissance aux pouvoirs suprêmes et les devoirs des sujets dans toutes les révolutions (1693) et par un Essai sur les lois des nations et les droits des souverains (1694), lorsqu'il publia, en 1706, sou ouvrage intitulé : les Droits de l'Eglise chrétienne affirmés contre les prêtres romains et tous autres qui réclament une autorité indépendante sur cette Eglise, qui lit beaucoup de bruit et que cherchèrent à réfuter un grand nombre de théologiens éminents, entre autres William Woiton et Hickes. Tindal leur répondit par deux Défenses, qui parurent en 1707, et publia peu après sous ce titre : la Nouvelle Eglise transformée en vieille Eglise presbytérienne, une brochure dans laquelle il défendait les idées religieuses de Sacheverell et de ses partisans ; mais les ouvrages de ce dernier, ainsi que les Droits de l'Eglise et la Défense de Tiudal, furent brûlés publiquement en 1710 par ordre du Parlement.
Cette mesure, qui fut à l'époque même qualifiée d'arbitraire, provoqua de la parc de Tindal la publication de plusieurs pamphlets plus ou moins violents, et, pendant un certain nombre d'années, il se mêla activement aux polémiques politiques, s'attaquant surtout avec acharnement à Robert Walpole jusqu'en 1721, où ce dernier étant devenu président du ministère, il se fit le défenseur de son administration, ce qui ne donne pas une plus haute idée de ses convictions politiques que de ses convictions religieuses. ,11 ne revint à ses premières idées qu'en 1728, époque où il fit paraître deux brochures, dans lesquelles il cherchait à réfuter deux lettres pastorales de Gibson, évêque de Londres. Ce l'ut en 1730 qu'il publia son fameux ouvrage intitulé : le Christianisme aussi ancien que le monde ou l'Evangile, seconde publication de la religion de la nature, qui souleva une tempête de discussions et de réponses, notamment de la part de Waterland, James Poster, Conybeare, John Leland, etc. Tindal défendit, dans ses Remarques sur l'Ecriture vengée (1730), son livre, qui renferme des critiques très-fortes et très-lumineuses , mais où il nie