‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 142 sur 1042 · V. Tipkrnas · texte numérisé non relu

V. Tipkrnas

TIPHIE s. f. (ti-fl — du gv. tiphos, marais), lintom. Genre d'insectes hyménoptères, de la tribu des scoliides, dont l'espèce type habite l'Europe : La tiphie morio, dont le corps est entièrement noir, parait de trèsbonne heure: (H. Lucas.)

— Encycl. Les tiphies ont pour caractères principaux : des antennes liliformes, trèsrapprochées, insérées près de la bouche ; les palpes maxillaires allongées; la languette évasée; les mandibules étroites, arquées, subulées; la langue courte, voûtée, trilobée; le corselet gibbeux, joint à l'abdomen par un pédicule court; l'abdomen muni d'un aiguillon recourbé. Ces insectes ont généralement le corps noir et velu ou pubescent. On les trouve dans les endroits sablonneux, à terre ou sur les fleurs; ils ont le vol lourd, et il est peu probable qu'ils puissent, comme les sphex , capturer d'autres insectes pour en approvisionner leurs larves; aussi Latreilie croit-il devoir les regarder comme parasites. Leur aiguillon pique vivement. Les femelles déposent leurs œufs dans des trous de la surface du sol. Ce genre ne comprend qu'un petit nombre d'espèces, dont la plupart habitent la France et le midi de l'Europe.

T1PHLE s. m. (ti-fle). Ichthyol. Syn. de

TYPHLE.

T1PHYS s. m. (ti-fiss — du gr. tiphos, ma-

TIPP

i^ais). Arachn. Genre d'arachnides, de l'ordre des acarides.

— Moll. V. TYPHIS.

T1PHYS, habile marin grec, né en Béotie. Il fut le pilote qui se chargea de,conduire le vaisseau des Argonautes; mais, arrivé à la cour de Lycus, il fut emporté par une maladie, et le célèbre Ancée lui succéda.

T1P1TAPA, rivière du Nicaragua (Amérique centrale). Elle prend sa source dans le lac de Léon et se déverse dans la partie N.-O. du lac de Nicaragua.

TIPPECANOE, rivière des Etats-Unis, Etat d'Indiana. Elle prend sa source sous 41° 20' de latit. N., coule au S.-S.-O. et se joint au Wubash, par la droite, après un cours d'environ 75 kilom. Les Américains et les Indiens s'y livrèrent plusieurs batailles, de 1791 -a 1811. il Cette rivière a donné son nom à un comté de l'Indiana, dont le chef-lieu est Lafayette, et dont le sol, généralement uni, est très-fertile.

T1PPERAH, district de l'Inde Transgangétique anglaise, dans l'ancien Bengale, entre le Katchar au N., le Cassay à l'E., le Chittagong au S. et le Brahmapoutra à l'O.; 800,000 hab. Chef-lieu, Kamilla; superficie, 40,000 kilom. carrés. Une grande partie de ce district est inculte et déserte. La partie occidentale produit en abondance du riz et du coton et une grande quantité de bétel, qui est vendu aux Birmans. Les forêts sont remplies de troupeaux d'éléphants et de bêtes féroces. On y fabrique beaucoup d'étoffes de coton communes.

TIPPERARY, ville d'Irlande, dans le comté de ce nom, sur l'Arra, affluent de la Suir, à 40 kilom. S.-E. de Limerick et à 16 kilom. O. de Cashel ; 7,500 hab. Ses environs sont couverts de jolies maisons de campagne, entre lesquelles on remarque Bally-Kisteen, propriété du comte de Derby.

TIPPEUAHY (comtÉde), comté au S. de l'Irlande, dans leN.-E. du Munster, entre ceux de Ciàre et de Limerick à i'O., de Cork au S.-O., de Watterfordt au S.-E., de Leinster à l'E., et le Connaught au N. -, 400,335 hectares ; 90 kilom. sur 60; 248,000 hab. Il est traversé par les montsdeSliab-Bloom,deSliab-na-man, de Galtee et de Iinockmeledown, ainsi que par plusieurs chaînes de collines, dont la plus élevée porte le nom de montagnes de Keepe. Il est arrosé par le Shannon, ia Suir et leurs affluents. Il renferme une grande partie du Lough-Derg et du grand. marais d'Allen. Le climat y est tempéré et agréable. Le sol a toujours été compté au nombre des plus fertiles de l'Irlande, et il existe un district en particulier , comprenant les territoires de Tipperary et de (Jashel, qui porte le nom de Vullée»dor, à cause de sa supériorité à cet égard. Cependant, ce comté est plutôt un pays de pâturages que de labour. On y recueille "du froment et les autres céréales, toutes espèces de légumes et de fruits, du chanvre, etc., et on y élève ttne grande quantité de gros et de menu bétail. L'industrie manufacturière y a pour objet la fabrication de toiles et de lainages grossiers. Il y existe des mines de cuivre et de plomb et des carrières de pierre meulière. On en exporte du grain, de la farine, du bétail, du fil, du plomb eu barres et des lainages. Capitale, Clonmei; villes principales : Tipperary, Nenagh, Cashel, Templemore, Thurles, Clogheen et Carrick. Le comté de Tipperary envoie deux membres au Parlement et comprend douze baronnies. ■ Les terres, dit M. A. Esquiros, y sont, en certains endroits, très-riches et très-fertiles, mais la population est extrêmement pauvre. On peut dire que les habitants n'ont girère profité jusqu ici 'des avantages que leur offre la contrée. En dehors, des villes, le commerce et l'industrie n'existent point. Il y a pourtant de nombreux cours d'eau dont on pourrait utiliser les forces pour des manufactures. »

TIPPO-SAËB OU T1PPOU-SAÏB, dernier nabab de Mysore, né en 1749, mort en 1799. Il fut initié à l'art militaire par des officiers français au service de son père et montra qu'il avait su profiter de leurs leçons par la façon brillante avec laquelle il se conduisit pendant les guerres contre le Karnatic (1767) et contre les Mahrattes (1775-1779K Les succès qu'il remporta sur les Anglais en 1782 contribuèrent encore à sa réputation, et il était devenu l'idole du peuplé lorsqu'il monta sur le trône (1782) à la mort de son père Hyder-Ali, qui lui légua sa haine contre les Anglais. Tippo débuta par des succès; il battit le général anglais Mathew et le chassa de toutes les villes qu'il occupait dans le Mysore. 11 allait s'emparer de Mangalore, lorsque la paix conclue en 1783 entre la France et l'Angleterre le priva du secours de notre flotte et de 1,000 Français qui servaient dans son armée, Il dut se hâter de conclure la paix avec les Anglais. Il porta alors toute son attention sur 1 organisation de ses Etats, fit ses efforts pour y retenir les Français par l'appât des grades et des emplois et envoya à Versailles une ambassade, qui fut magnifiquement accueillie, mais dont le résultat ne répondit pas à son attente (1787-1788). Peu après, Tippo-Saëb se lança dans une nouvelle guerre (1789), en élevant des prétentions sur les forts de Cochin, de Cranganor et d'Akkotah, possédés alors par les Hollan-

TIPP

dais. Ceux-ci, pour sauver Cochin, vendirent : leurs deux autres établissements au rajah de Travancore , sur lequel tomba aussitôt la vengeance du nabab de Mysore; mais les Anglais, pour recommencer la guerre, se déclarèrent avec empressement pour le rajah. En 1790 et 1791 eurent lieu deux campagnes sans résultat décisif, malgré les efforts de lord Cortiwallis et de sir John Abercromby, qui commandaient chacun une armée. En 1792 s'ouvrit une nouvelle campagne dans laquelle Tippo eut à lutter, non plus contre les Anglais seuls, mais encore contre les forces réunies des Mahrattes et du Nizam. Après avoir vu tomber au pouvoir de ses ennemis plusieurs places, entre autres la forteresse de Savendroug, ou le rocher de la Mort, qui passait pour imprenable, il fut assiégé dans Seringapatam, sa capitule, et il lui fallut consentir à un traité humiliant qui lui imposait une contribution de 75 millions et lui enlevait soixante places fortes. Vaincu, mais brûlant de prendre sa revanche, il chercha vainement autour de lui des alliés. Des envoyés qu'il dépêcha à l'île de France en 1797 en ramenèrent 300 volontaires français; peu après, des lettres de Bonaparte, alors en Egypte, lui annoncèrent de prochains et importants secours. Le marquis de Wellesley, gouverneur du Bengale, averti de ce qui se passait, dirigea deux armées sur le Mysore, l'une, de Madras, sous le général Harris, l'autre, de Bombay .commandée par le général Stuart. Bientôt refoulé dans Seringapatam, Tippo pouvait encore se racheter en conservant une ombre de pouvoir; il préféra se faire tuer en défendant la ville, où l'ennemi entra le 4 mai 1799, après deux mois de siège. Sa chute causa en France une émotion profonde; elle nous faisait perdre le seul allié qui pût nous rouvrir le chemin de l'Inde. Tippo parlait plusieurs langues et avait l'esprit cultivé. Il était brave et extrêmement ambitieux; mais il n'avait ni la prudence, ni la modération, ni les talents politiques de son père. 11 prit les titres de sultan, de vainqueur et bien d'autres encore en sa qualité prétendue de suzerain de la presqu'île de 1 Inde, et plus tard, k tous ces titres, il ajouta celui de padischah. Voulant soutenir le rang imaginaire OÙ il s'était placé, il déploya un faste royal et se ruina par des dépenses qui n'étaient point en proportion avec la modicité de ses revenus ni avec la faible étendue de ses Etats. Son orgueil, son esprit de domination l'empêchèrent d'intéresser à sa cause les princes ses voisins qui, comme lui, avaient également à craindre l'accroissement de la puissance anglaise. Vers la fin de sa vie, il se montra violent, impérieux, cruel même, d'une extrême mobilité; il finit par perdre toute sa fermeté d'esprit. « Il ne savait plus, dit M. Raymond, que se livrer aux femmes, aux flatteurs, aux astrologues; toutefois, quand l'heure suprême fut venue, le Sî'ng du guerrier se ranima. » Après s'être battu avec un courage désespéré, il tomba sous le mousquet d'un soldat anglais qui lui brûla la cervelle. Sous le titre de Select letters to various functionaries (1811, in-4°), on a publié à Londres un choix de ses lettres.

Tippo-Saûb, tragédie en cinq actes et en vers, par M. de Jouy (Théâtre-Français, janvier 1813). Le héros de la pièce est cet intrépide fils d'Hyder-Ali , qui affranchit de l'empire des Mongols les Mahrattes, ses sujets, et lutta toute sa vie contre la lente et universelle invasion de la puissance anglaise. Tippo-Saëb poursuivit la lutte avec un courage bien rare chez ces peuples amollis par un climat brûlant, énervés par les caresses d'une nature opulente. On sait que Bona- • parte, en 1799, rêvait de donner la main, par delà la Méditerranée, l'Egypte et la mer des Indes, à cet infatigable ennemi des Anglais. Le héros de la trugédie était donc un personnage tout historique et presque contemporain. Le sujet était sans doute attrayant; cette physionomie du sultan de Mysore, le dénoûinent de sa lutte k outrance, ces mœurs orientales, cette riche nature de l'Inde pouvaient tenter un vigoureux génie dramatique ; mais, outre qu"l est toujours périlleux d'aborder une page d'histoire contemporaine et de mêler la fiction à des réalités bien connues, le goût étroit, l'inspiration essoufflée des arrière-classiques, parmi lesquels M. de Jouy tenait une place honorable, ne pouvaient féconder une pareille donnée. Une intrigue banale, des personnages qui ne sont Indous que par le costume, un pâle reflet de Mitliridate, nulle couleur, nulle vie, telle devait être et telle fut la tragédie de Tippo- Saëb.

Le sultan de Mysore, assiégé par les Anglais dans sa capitale, donne audience à leur ambassadeur Stuart, qui vient lui offrir la paix à des conditions inacceptables et demande que les enfants de Tippo-Saeb soient remis comme otages à son gouvernement.

Tippo-Saëb se révolte à cette proposition; dans son indignation, il veut retenir prisonnier l'audacieux Stuart, qui sème la trahison ■ autour de lui et qui vient même d'acheter un des ministres de Mysore. Un officier français, Raymond, conseiller dévoué de Tippo- Saëb, exige que la liberté soit rendue à Stuart, qui n'est venu au camp des Mahrattes que sur sa parole. L'Anglais est renvoyé ; mais le ministre corrompu par l'or étranger

TIPU

accuse devant son maître le fidèle Raymond d'être vendu aux assiégeants. Raymond se justifie en faisant connaître le marché honteux qui a été conclu entre son accusateur et l'Anglais. Tippo-SaBb, placé entre ce double soupçon de trahison, fournit la situation la plus intéressante de la pièce de M. de Jony, et cette situation ne lui appartient pas tout entière, car il l'a empruntée k la ilodogune de Corneille. Tippo-Saeb, à la fin, se décide en fav.eur de Raymond. Avant de livrer un combat décisif, il confie ses enfants k un esclave fidèle et les fait conduire en sûreté; il apprend tout k coup qu'ils sont tombés entre les mains des Anglais. Raymond s'élance sur leurs traces et, après des exploits invraisemblables, les ramène a leur père. Le sultan n'a que le temps de les serrer sur son coeur et de s'élancer au combat. Restés seuls, les deux enfants font retentir le palais de leurs plaintes enfantines, auxquelles se mêle, à de fréquentes reprises, la voix grondante du canon. Cette sorte de duo bouffe eut un grand succès de gaieté ; le public riait encore, lorsqu'on rapporta sur la scène Tippo-Saeb mourant; le ministre perfide, dont les Anglais avaient acheté la trahison, l'avait frappé par derrière au milieu du combat, puis il était tombé lui-même frappé k mort par Raymond, témoin et vengeur du crime. Le vieux héros de l'indépendance indienne apprend la mort de son meurtrier au moment où, las de la vie et découragé de la lutte, il veut mettre un terme k ses souffrances et se/frappe d'un coup mortel. « Il faut convenir, dit le critique Geoffroy, qu'il n'a point eu dans son agonie la consolation de voir le public satisfait; je ne sais pas même si quelques coups de sifflet n'ont pas troublé les derniers instants de celui que le canon avait respecté. ■

T1PTON ou T1BINGTON, ville et paroisse d'Angleterre (Stafford), près de la source de la Trent; 28,870 hab. Riches mines de houille et de fer. Forges, fabriques de clous, de céruae, de minium et de savon.

TIPUANI, rivière de Bolivie. Elle naît dans les Andes, se joint au Béni et roule de l'or.

TIPULAIRE adj. (ti-pu-Iè-re — rad. tipule). Entom. Qui ressemble à la tipule. Il s. f.pl. Famille d'insectes diptères némocères, ayant pour type le genre tipule : Les tipulaires se trouvent répifndues dans toutes les régions du globe, (E. Desmarest.) Les larves des tipulaires culiciformes sont aquatiques. (H. Lucas.) Il On dit aussi tipularidk, tipu-

LARIÉ, TIPULIDE et TIPULIDÉ.

— Bot. Syn. d'ANTHÉRicus.

— Encycl. Entom, Les tipulaires sont caractérisées par un corps ordinairement étroit et allongé; la tête ronde, occupée en majeure partie, surtout chez les mâles, par les yeux à facettes; les antennes plus longues que lu tête, variant souvent selon les sexes, celles des mâles pectinées, dentées en scie ou garnies de poils qui forment des panaches, des faisceaux ou des verticilles; la trompe le plus souvent très-courte et terminée par deux grandes lèvres, quelquefois longue,en forme de siphon, mais courbée en dessous; le suçoir très-court, composé de deux à quatre soies;, les palpes courbées et toujours très-courtes quand elles sont relevées; le thorax élevé ; l'abdomen allongé, cyliudri-

'que, souvent terminé en massue chez les mâles et finissant en pointe chez les femelles; les ailes longues et étroites, tantôt croisées horizontalement , tantôt inclinées en toit; les pattes longues et grêles.

Les tipulaires se tiennent sur les plantes, dans lés prairies ou les jardins. Les grandes espèces ont reçu les noms vulgaires de tailleurs et de couturières ; les petites, k cause d'une certaine ressemblance avec les cousins, ont été appelées culiciformes. Quelquesunes de celles-ci s'élèvent dans les airs et y forment de petits nuages qui montent et descendent continuellement dans une ligne verticale, en faisant entendre un petit bourdonnement aigu. C'est surtout en automne que ces insectes se montrent en très-grande abondance; quelques espèces paraissent en hiver. L'union des deux sexes se prolonge souvent longtemps chez ces diptères; k l'aide des derniers anneaux de leur abdomen, qui forment un oviducte terminé en pointe, les femelles enfoncent plus ou moins profondément leurs œufs dans les substances qui doivent nourrir leurs larves.

Ces larves ont la forme de petits vers allongés, à tête écailleuse, munie de deux petites antennes, de deux crochets et de quelques organes de manducation; la corps est dépourvu de pattes, qui sont quelquefois remplacées par des appendices ou des mamelons ; le nombre de leurs stigmates varie ; quelquefois, les trachées se prolongent dans 1 intérieur des poils et forment' ainsi des sortes de branchies ; quelques espèces respirent au moyen d'un tube postérieur. « Ces larves, dit M. H. Lucas, ont des habitudes très-variées; les unes, telles que celles des tipulaires culiciformes, sont aquatiques et tantôt nagent très-bien, ainsi que la nymphe, tan, tôt se tiennent dans des trous ou dans des fourreaux de diverses matières qu'elles ont fabriqués; d'autres vivent dans ia terre, la fumier ou dans les parties corrompues et hu mides des végétaux. Il en est qui se nourris sent de champignons, où elles font leur se-

TIQU

jour; quelques-unes même de celles-ci les tapissent d un enduit gluant qui leur sert de lit ou de tente. Des calus ou monstruosités végétales forment l'habitation de quelques autres, » Certaines espèces offrent des yeux ou des organes considérés comme tels. Les nymphes sont allongées et souvent munies de petites épines qui leur servent k se traîner sur le sol et à se débarrasser de leur dernière enveloppe, lors de leur passage à l'état parfait.

Les lipulaires sont très-nombreuses et répandues dans toutes les régions du globe; 011 les divise, suivant leur organisation et leurs moeurs, en culieiformeS, gallicoles, terricoles, fungivores et florales. Nous citerons les genres corèthre, céoidomyie, tipule, limuobie , nématocère , mycétouie , céroplyte, gnoriste, simulie, scatopse, etc. .

T1PULAR1DE adj. ( ti-pu-la-ri-de — de tipulaire, et du gr. eidos. aspect). Entom. Syn. de tipulaîre.

TIPULARIÉ, ÉE adj. (ti-pu-la-ri-é — rad. tipule). Entom. Syn. de tipulaîre.

TIPULE s. f. (ti-pu-le). Entom. Genre d'insectes diptères nèmocères, type de la famille des tipulaires , comprenant une trentaine d'espèces, répandues dans presque tous les pays, mais surtout dans l'Europe centrale : Les tipules sont des insectes qui ont beaucoup 'd'analogie avec les cousins par leur forme générale. (A. Desinarest.) LoTiPule printanière se trouve dans les prairies. (H. Lucas.) La nature n'a point accordé aux tipules des trompes assassines comme aux cousins. (V. de Bomare.)

— Encycl. Les tipules appartiennent à la famille des tipulaires (v. ce mot). Les femelles placent, en général, leurs œufs dans le terreau : ces œufs sont très-durs, d'un noir luisant et de figure oblongue, un peu contournée en manière de croissant. Les larves ressemblent à des vers allongés, grisâtres, cylindriques, mais amincis aux. deux bouts, lisses et sans pattes. Ces larves se nourrissent uniquement de terre, et quand elles sonttrès-abondant'es dans une localité, elles nuisent aux plantes en détachant ou isolant leurs racines et les privant ainsi des sucs nutritifs qu'elles puiseraient dans le sol. Les larves se transforment

dans la terre ; les nymphes sont allongées, ont antérieurement deux tubes respiratoires en forme de corne, les pattes repliées sur elles-mêmes ou contournées, et présentent dans toute la longueur de l'abdomen des rangées annulaires et transverses de petites épines qui leur servent à s'élever à la surface du terrain lorsqu'elles doivent se dépouiller de leur . peau et devenir insectes parfaits. A cet état, les tipules sont des insectes qui ont beaucoup d'analogie avec les cousins par leur forme générale et par la longueur des pattes, mais qui ne sont nullement offensifs. On les trouve principalement dans les prés et au bord des eaux. On a découvert des tipules dans presque tous les pays, mais elles Sont surtout communes dans les régions tempérées de France et d'Allemagne.

TIPULIDE adj. (ti-pu-li-de — de tipule, et du gr. eidos, aspect). Entom. Syn. de TI- PULAIRE.

TIPULIDE, EE adj. (ti-pu-li-dé). Entom.

Syn. de tipulaikb.

TIPULOOE s. m. (ti-pu-lo-de — rad. ftpule). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tinéides, comprenant deux espèces, qui habitent l'Océanie.

TIQUARIER s. m. (ti-koua-rié). Bot. Syn. de tigarér.

TIQUE s. f. (ti-ke — du germanique : bas allemand teke, haut allemand zecke, anglais tick, tike, probablement de la racine sanscrite tig, être aigu, pointu, d'où tiktos, mordant, et tigman, piqûre). Arachn. Nom vulgaire de diverses espèces d'acarides, appartenant surtout au genre ixode, qui s'attachent au corps, de plusieurs animaux et leur sucent le sang. Il Père . des tiques, Nom donné par les Européens au héron bouvier ou gardebœuf.

— s. f. pi. Tribu d'arachnides trachéennes, de la famille des holètres; comprenant les genres argas, bdelle, ixode et smaride : Les tiques sont la plupart parasites. (H. Lucas.)

— Loc. fam. Etre soûl comme une ligue, ^Elre très-soûl, parce que les liques ricins se 'gorgent de sang et restent ensuite immobi- .

les.

— Encycl. Les tiques ou ixodes sont des arachnides de la famille des acariens, dont les palpes engainent le suçoir et forment avec ce dernier une sorte de bec saillant, court, tronqué et un peu dilaté au bout. Le bec, ou rostre, des tiques est obtus en avant; il présente : 10 un support formé par une pièce écailleuse reçue dans une échancrure du corselet et servant de réceptacle à la base du suçoir ; 20 une gaîne de deux pièces fort courtes, écailleuses, concaves du coté interne, arrondies et même un peu plus larges à leur extrémité; 30 un suçoir placé dans cette gaîne, composé de trois lames cornées, coniques, très-dures, dont les deux latérales sont plus petites et en recouvrement sur ia troisième, qui est grande; large, obtuse au bout, un peu transparente et'mows colorée; celle-ci porte

TIQU

sur les côtés et sur toute sa surface inférieure un grand nombre de dents'de scie trèsfortes; elle offre un sillon dans son milieu. Les tiques ou ixodes ont une marche lente, pesante, quoique leurs organes dé locomotion soient fortement constitués ; mais c'est merveilledeles voirs'accrocheravec leurs pattes. aux objets qu'elles rencontrent, si polis qu'ils puissent être. Elles se posent sur les végétaux dans une situation verticale. Quand un animal vient à s'arrêter dans leur voisinage, elles s'accrochent à lui. D'après une remarque da Latreille, les ixodes d'Europe habitent de prédilection les genêts. Ils s'attaquent à l'homme lui-même et se fixent souvent, sur les chasseurs et les voyageurs, les promeneurs et surtout les promeneuses, car les bottes garantissent mieux les hommes. M. Ruspail rapporte qu'il a trouvé souvent des tiques attachées au cuir chevelu de jeunes enfants et qui leur causaient des' démangeaisons atroces. La présence de ce parasite cause une douleur assez vive et une rougeur assez intense. Les tiques enfoncent leur bec dans la peau comme un poinçon. Les petits crochets récurrents qui garnissent sa surface l'empêchent de sortir du point où il a pénétré. Le suçoir est engagé d'une manière tellement solide, qu'on ne peut l'en détacher qu'avec force et en arrachant une portion de la"peî*u. qui lui adhère. Ces arachnides sont Uès-voraces; elles absorbent une grande quantité de sang. Leur corps, qui est très-extensib!e à la circonférence et en dessous, se gonfle et prend l'apparence d'une excroissance plus ou moins livide.

Les ixodes pondent une prodigieuse quantité d'oeufs. Latreille avance, d'après Chabner, que ceux-ci sont expulsés par la bouche, curieuse anomalie de ces singuliers animaux. Le fait pouvait être mis en doute, et il l'a été. M. Lucas a démontré que chez ces arachnides l'oviducte s'ouvre" près de la bouche, et c'est par lui et non parla bouche que les œufs seraient expulsés au dehors. La situation de l'oviducte près de la bouche aurait induit Chabrier en erreur.

11 n'existe aucune bonne classification des ixodes. Ce genre renferme environ soixante espèces, et il est probable qu'on en découvrira d'autres encore. On trouve en Erance deux espèces principales d'ixodes ou de tiques : 1° la tique louvelte; 2" la tique réticulée. La tique louvette est d'un rouge de sang foncé, avec la plaque écailleuse antérieure plus obscure; elle a les marges du corps un peu épaissies et un peu poilues; elle s'attache aux chiens." La tique réticulée est cendrée, avec de petites taches et des lignes unnulaires d'un brun rougeâtre. Elle a les bords de l'abdomen striés et des palpes presque ovales ; elle s'attache aux bœufs, aux moutons et à plusieurs autres mammifères domesti-. ques. On a vu des bœufs sur lesquels s'étaient multipliées \es-tiques succomber à leurs attaques. Ordinairement, ils sont maigres et affaiblis.

On ne saurait trop recommander de visiter souvent les animaux, chiens, bœufs, chèvres, moutons, qui vont dans les champs, dans les bois, et de les débarrasser au plus vite des ixodes, s'ils en ont, de crainte de voir ces derniers se multiplier à l'infini et nuire ii la santé des animaux, qu'ils dévorent. Us s'attaquent aussi aux oiseaux, aux reptiles. H. Lucas eu a même rencontré une espèce vivant dans le contour interne de la cavité orbitaire du python Sebee, prand ophidien ; il* l'a désignée sous le nom d ixode transversal.

TIQUER v. n. ou intr. (ti-ké — rad. tic). Art vétér. Avoir un tic : Ce cheual tique.

TIQUET s. m. {ti-kè — dimin. de tique). Entom. Nom donné par les jardiniers aux altises. /

— Encycl. Les agriculteurs et les jardiniers confondent sous ce nom plusieurs insectes, appartenant surtout au genre altise, et qui attaquent particulièrement les plantes potagères. Ils nuisent surtout aux jeunes semis, qu ils anéantissent parfois complètement. Ils exercent leurs ravages durant toute ta belle saison, et il est parfois bien difficile d'y porter remède. On arrive néanmoins à détruire . en grande partie ces insectes au moyen d'arroseinents avec des décoctions de plantes acres ou fétides, telles que le noyer, le sureau, etc., ou avec de l'urine, ou bien encore par des aspersions de cendre ou de suie. Mais ces moyens ne sont applicables qu'en petit, par exemple sur les planches de jardin. Ces insectes et leurs larves périssent souvent par suite d'une pluie forte, du froid ou d'une chaleur intense. V. altise.

TI QUET (Marie- Angélique Carlier, dame) , célèbre par le procès pour tentative d'assassinat qui lui fut intenté, née k Metz en 1657, morte sur l'échafaud, à Paris, le 17 juin 1699. A quinze ans, par suite de la mort de son père, riche libraire de Metz, elle se trouva orpheline et maîtresse d'une grande fortune. Angélique Carlier était admirablement belle et très-spirituelle. De nombreux prétendants se disputèrent sa main. Parmi eux se trouvait un conseiller au parlement de Paris, TicfUet, d'un âge déjà mur, criblé de dettes, qui, attiré par ia dot de la jeune fille, parvint à mettre dans ses intérêts la tante d'Angélique et se lit. agréer. Angélique Carlier, devenue Mme Tiquet, vint habiter Paçis, Son mari, dont elle eut deux enfants, ne pouvait' lui

TIR

inspirer d'affection, mais elle s'en consolait en menant une existence luxueuse. Sa fortune, son esprit, sa rare beauté attiraient autour d'elle une société nombreuse et elle avait pour amies plusieurs des femmes les plus aimables et les. plus spirituelles du temps, entre

.autres Mme d'Aulnay. Le peu de sympathie qu'elle ressentait pour son mari se changea en aversion lorsque celui-ci voulut la contraindre à restreindre ses dépenses et la força, dit-on, à rompre des relations adultères avec un capitaine des gardes. Elle demanda une séparation de corps et de biens, mais ne put obtenir qu'une séparation de biens. Forcée de rester avec son mari, elle conçut le projet de le faire assassiner, pour mettre fin a une existence commune qui lui était devenue intolérable. Dans ce but, elle avait mis dans ses projets son portier et un de ses domestiques,

.qui attentèrent, sans succès, contre la vie de Tiquet. Elle eut alors recours au poison ; mais un valet jeta la tasse empoisonnée qu'elle destinait à son mari. Reprenant son premier projet, elle chargea son ancien portier d'acheter le concours de quelques coupe-jarrets. Un soir, au moment où Tiquet rentrait k son hôtel, on tira sur lui plusieurs coups de feu. Assez grièvement blessé, il ne voulut point qu'on le ramenât chez lui et it ilara au commissaire de police que sa fermée seule avait pu faire attenter à ses jours. A cette nou velle, les amis de Mmii Tiquet ia prièrent de fuir, mais elle refusa. On la conduisit en prison, on instruisit longuement son procès et on ne put, acquérir la preuve qu'elle avait pris part à la dernière tentative faite contre

■ son mari. Mmo Tiquet niait énergiquement sa culpabilité ei on dut recourir à la question pour lui arracher un aveu. Ce procès eut un retentissement énorme. Dans le public, la belle conseillère comptait de nombreux défenseurs, qui lui témoignaient la plus vive sympathie. .Elle n'en fut pas moins condamnée à avoir la tête tranchée. Son mari, cupide jusqu'à la lin, se rit adjuger ses biens, dont la confiscation avait été prononcée, puis se rendit à "Versailles pour demander la grâce de sa femme. Conduite au supplice aveu son portier, condamné a être pendu, elle montra la plus grande fermeté, monta sur l'échafaud, baisa le billot et y plaça sa tête, sans faiblir un instant. Le bourreau, dans son trouble, dut à trois reprises la frapper de sa hache avant de séparer la tête du tronc.

TIQUETE', ÉE adj. (ti-ke-té — vient probablement de tique. Quelques-uns le rattachent à étiquette, mais le sens ne convient pas). Marqué de points colorés : Oiseau tiqueté de noir. Laisse courir sur ton sein .la petite agate aux élylres tiquetés d'un si beau rouge : c'est la bête du bon Dieu. (Tastu.)

Tiqucionne (ruis). Cette rue fût bâtie en 1320, dans le quartier Saint-Eustache<«i Paris, et porta d'abord le nom de rue de Deuys-le- Coitfeur. Elle changea de nom d'une façon assez bizarre. Dans cette rue habitait, dans la première moitié du xive siècle, un riche boulanger, nommé Rogier de Quiquetonne, qui s'était fait un grand renom en fabriquant dus gâteaux au miel. Sa boutique était le rendezvous des amateurs de friandises qui accouraient de tous les quartiers. Ce fut son nom, quelque peu altéré, qu'on donna plus tard à la rue et qui lui est resté." Celte rue, qui allait de la rue Montmartre k la rue Moutorgueii, se prolonge depuis peu d'années jusqu'à la rue Saint-Denis. C'est sur la rue Tiquetonne prolongée que se trouve aujourd'hui l'entrée de la tour de Jean-saus-Peur, un des plus beaux monuments de notre ancienne architecture militaire.

TIQUETURE s. f. (ti-ke-tu-re — rad. tiqueté). Etat d'une Chose tiquetée : Zotique- TURB d'une fleur, d'une coquille.

TIQUEUR, EUSE adj. (U-keur, eu-ze — rad. tiquer). Art. vètér. Qui lique : Cheval

TIQUEUR. Jument TIQUEUSB.

— Substantiv. : Un tiqueur. Une tiqueuse,

TIR s. m. (tir — V. tirer). Art ou action de tirer une arme de jet , ' eu visant un. but : L'exercice, la pratique du tir. Chasse au tir. Etre habile au tir. Le tir du canon. Le tir de l'arbalète.

— Ligne suivant laquelle on tire avec une arme à feu : Tir perpendiculaire. Tm oblique. Tut à ricochet.

— Qualité d'une arme sous le rapport de la direction qu'elle imprime aux projectiles : Ce fusil n'a pas le TIR juste.

— Lieu, établissement où l'on s'exerce à tirer avec une arme à feu : Aller au tir. le comte retroussa ses manches et passa dans le petit vestibule gui précède le tir. (Alex. Dumas.)

— Ligne de tir, Direction de l'axe d'une arme à feu, || Plan de tir, Plan vertical mené -p:ir la ligue de tir. j| Angle de tir, Angle formé par la ligne de tir avec une horizontale menée dans le plan du tir.

— Tir en blanc, Tir à poudre, sans projectile.

— Flanc de tir, Partie de la rayure d'une arme sur laquelle prend appui l'ailette du projectile.

— Encycl. Art milit. L'étude du tir peut se diviser eu deux parties distinctes : l'étude du tir des bouches k feu et celte des armes k feu portatives. Chacune de ces divisions corn-

TIR

prend elle-même deux subdivisions : l'étude théorique et l'étude pratique. Disons tout d'abord que cet article ne traitera ni ne peut traiter complètement la question du tir. Le lecteur trouvera aux mots balistique, artillerie, etc., tous les détails qui se rapportent au tir des bouches k feu et k l'étude théorique du./j"r des armes1 & feu portatives. Nous ne nous occuperons donc ici que de l'étude pratique du tir de ces dernières armes.

Quand un inventeur présente une arme qu'il a imaginée et construite sur un plan nouveau, on essaye cette arme; on l'étudié pratiquement, car c'est le seul moyen d'en reconnaître la valeur. Cette étude pratique est confiée par le gouvernement à des commissions nommées ad hoc. Quand l'arme est reçue et mise entre les mains des troupes, le soldat doit apprendre k la manier, à la connaître, à s'en servir ; il fait pour cela, et sous la direction de ses chefs qui le guident, une étude pratique de l'arme, de son tir. Ces quelques mots suffisent, nous le croyons, à indiquer l'ordre que nous allons suivre.

Nous supposerons connues et familières les expressions : trajectoire, angle de mire, angle de tir, hausse, ligne de mire artificielle ou naturelle, expressions qui sont, du reste, définies à leur place. Seulement, comme pour bien tirer il faut bien viser, disons tout d'abord ce qu'on entend par viser à guidon fin, k guidon demi-plein et à guidon plein.

Lorsqu'on vise k guidon fin, dit la

Cours élémentaire de tir, le sommet du gui- ' don s'nperçoit à peine au-dessus du milieu du cran de mire; cette manière de viser, évidemment la meilleure, est assez difficile dans la pratique. Il faut exercer les soldats à viser à guidon demi-plein ; dans ce cas, le sommet du guidon se détache parfaitement et arrive vers le milieu de la profondeur du cran.

1 Quand on vise k guidon plein, on aperçoit le guidon entier au-dessus du fond de l'encoche, •

Abordons maintenant la question et, sans vouloir la traiter à fond, proposons-nous de mettre tout le monde à même de comprendre les ouvrages qui en donnent la solution complète, tout en leur esquissant les méthodes employées. Prenons donc une arme à feu qu'on essaye, qu'on expérimente. On tire avec cette arme un grand nombre de coups, le plus grand nombre possible. Dans ces expériences, on emploie, pour en apprécier la justesse, trois modes de tir : le tir sur affût, le tir sur appui, le tir à bras, debout ou à genoux.

Dans le tir sur affût, sans qu'il soit besoin de le dire, l'arme est supportée par Un appareil, par un affût, qui a une fixité complète, tout en permettant de viser facilement dans toutes les directions. Ce genre de tir, dont les conditions diffèrent trop de celles de la pratique, semble ne devoir servir avec avantage que pour la comparaison d'armes qui ont à lutter entre elles de justesse et de portée. .

Le tir sur appui, dont l'usage est plus fréquent, s'exécute, l'arme sur un sac à terre ou sur un coussin rembourré que l'on dépose sur le plateau supérieur d'une petite table, devant laquelle s'assied le tireur. Une vis de pointage, qui traverse 'un écrou fixé dans le plateau' inférieur, parallèle au premier, permet d'élever ou d'abaisser à volonté le plateau supérieur.

Le tir à bras est le tir ordinaire, le tir du chasseur qui épaule, du soldat qui se défend. Il sert à vérifier pratiquement les deux premiers genres de tir, surtout dans la détermination des hausses. Le tir à bras peut s'exécuter debout ou k genoux.

La surface sur laquelle on tire, sur laquelle on constate les coups, doit être assez grande pour qu'on soit assuré d'y recueillir la presque totalité des balles. On se sert aujourd'hui, k Vincennes, d'un mur d'expérience, formé de plaques de fonte divisées en décimètres carrés et présentant un ensemble de 16 mètres de largeur sur 8 mètres de hauteur. On employait autrefois des panneaux carrés de 2 mètres ou 4 mètres de côté, suivant les cas, et divisés par des lignes verticales et horizontales, espacées de décimètre en décimètre. Les deux lignes perpendiculaires du milieu, plus fortement marquées que les autres , . sont les nxes auxquels- on rapporte la position du centre du trou d'une balle, au moyen de ses deux coordonnées, savoir : cote horizontale et cote verticale. L'observateur qui note les résultats du tir le fait sur un tableau k six colonnes, qui portent en tète les lettres S, I, G, D, A, P, lettres qui signifient : cote verticale supérieure, cote verticale inférieure, cote horizontale de gauche, • cote horizontale de droite, cote antérieure, cote postérieure. Les deux dernières colonnes A et P sont réservées aux coups qui ont manqué le panneau.

Tous les coups se relèvent donc par rapport au centre du panneau, où se trouve généralement le point visé. Si le point visé ne coïncidait pas avec ce centre, on transformerait les résultats observés par rapport au centre en résultats par rapport au point visé, au moyen des formules simples que la' géométrie analytique établit k propos dos transformations des coordonnées; les calculs à faire ne sont, du reste, dans le cas de coordonnées rectangulaires, qu'un ensemble d'additions et de soustractions. On peut donc facilement rapporter au point visé les cotes

TIR

observées des centres des balles par rapport au point central.

On se sert encore d'un autre point comme origine des axes : c'est le point moyen. Nous empruntons à M. Cavelier de Cuverville et sa définition et la manière de calculer sa cote horizontale et sa cote verticale, soit par rapport au centre du panneau, soit par rapport au point visé, suivant que l'on porte des cotes rapportées à ce centre ou des cotes rapportées au point moyen. Le point moyen est le centre statique de tous les coups, c'està-dire le point d'application de la résultante de toutes les forces égales et parallèles qui passeraient par le centre des irous des balles; dans la pratique, on peut, avec une exactitude suffisante, prendre pour point moyen le point milieudes traces de tous les coups.

Pour calculer la cote verticale du point moyen, on fait séparément les sommes des deux cotes verticales renfermées dans les colonnes supérieure et inférieure; on retranche la plus petite de la plus grande et on divise le résultat par le nombre de coups relevés; le quotient est la cote demandée, qui est supérieure ou inférieure suivant que la somme la plus grande se trouve dans la colonne S ou dans la colonne I.

Pour calculer la cote horizontale dû point moyen, on opérerait d'une façon analogue sur les colonnes G et D. Ce point moyen est très-important. Sans qu'il soit besoin d'entrer dans de longues explications, on comprend que la justesse d'une arme est d'autant plus grande, pour une distance donnée, que le point moyen des coups tirés se rapproche davantage du point visé et que las coup3 se trouvent plus rapprochés de ce point moyen.

Pour avoir une idée plus exacte de la justesse du tir. on a eu aussi recours à de nouvelles quantités, qu'il est besoin de connaître, ne fût-ce que pour lire les ouvrages écrits sur le tir, et dont nous allons donner rapidement une idée. Le pour cent est le nombre de balles mises dans le but sur cent coups tirés.

.On nomme, en" général, écart soit là distance d'un point à une droite, soit la distance d'un point à un autre point. L'écart absolu d'un coup, en langage de tir, est la distance du centre du trou de la balle à l'origine des coordonnées auxquelieson rapporte les coups; la cote horizontale de ce coup est son écart par rapport à la ligne verticale à laquelle on rapporte les coups, et sa cote verticale son écart par rapport à la ligne horizontale à laquelle on rapporte ces mêmes coups. Il n'est utile ni d'expliquer ni de dire que 1 écart absolu d'un coup est égal à la racine carrée de la somme des carrés de sa cote horizontale et de sa cote verticale.

L'écart absolu moyen d'une série de coups est la moyenne des écarts absolus de ces coups; ou comprend dès lors ce qu'on entend par l'écart horizontal moyen, l'écart vertical moyen d'une série de coups.

L'écart géométrique moyen, constamment employé aujourd'hui dans les calculs de justesse de la commission permanente de tir, est la racine carrée de la somme des carrés de l'écart vertical moyen et de l'écart horizontal moyen.

Nous prendrons un exemple pour définir clairement le rayon contenant une fraction donnée de coups. Dans une série de vingtcinq coups, si l'on veut le rayon du cercle contenant les quatre cinquièmes , des coups, on rangera par ordre de grandeur la somme des carrés des cotes de chacun des coups de la série et on extraira la racine carrée de celle de ces sommes qui correspond au nombre indiqué par la fraction ou au vingtième dans ce cas particulier. Ce rayon, comme on le voit, n'est qu'un écart absolu particulier, ■ satisfaisant à certaines conditions. On emploie

fiarfois aussi, mais beaucoup plus rarement, a côté du carré moyen ; c'est la racine carrée de la somme des carrés de toutes les cotes divisée par le nombre des coups qui ont été relevés.

Le pour cent a toujours été usité. L'écart moyen a été introduit en 1846, à l'époque des expériences relatives à la carabine à tige. L'écart géométrique moyen date de 1819, lors des expériences sur les balles à culot. Le côté du carré moyen n'est que depuis peu, mais rarement, en usage à l'école de tir.

Après avoir t'ait connaître en quelques mots les quantités que l'on introduit dans les résultats, dans les calculs*, .pour faciliter ces calculs et comparer entre eux les résultats, voyons comment on représente le tir, comment, on le peint aux yeux, de manière que chacun puisse voir, à la première inspection, la bonté, la justesse d'une arme, si l'on Eeut s'exprimer ainsi, et comparer entre elles i bonté et la justesse de deux ou plusieurs armes essayées. On se sert a cet effet des courbes de justesse, des gerbes de justesse, des secteurs de justesse et souvent aussi de tableaux figuratifs du tir sur papier quadrillé.

« Les expériences ayant pour but, dit Cavelier de Cuverville, de comparer les résultats obtenus en faisant varier régulièrement Un des éléments ou une des circonstances du tir, on porte sur la ligne des abscisses, à partir d un point pris pour origine, des longueurs proportionnelles aux nombres représentant l'élément ou la circonstance que l'on a fait varier; puis, à l'extrémité de chaque

TIR

abscisse, on élève des ordonnées proportionnelles aux nombres qui représentent les résultats à comparer. En reliant les extrémités de toutes les ordonnées par une ligne brisée, puis par une courbe continue, on obtient les points intermédiaires correspondant aux variations qui n'ont pu être expérimentées et on complète de cette manière l'expérience. Le tir ayant généralement lieu à plusieurs distances, on prend ces dernières pour abscisses, et pour ordonnées correspondantes les quantités déduites du tir, dont on veut étudier les variations d'après les distances.

» Pour comparer plusieurs tirs au point de vue de la justesse, on emploie quelquefois les gerbes de justesse ou surfaces de révolutions engendrées par le mouvement d'une courbe de justesse déduite du tir autour de la ligne des abscisses considérée comme axe. On prend généralement la courbe des rayons des cercles cpntenant une même fraction donnée des coups ; on obtient la section faite dans cette surface de révolution par un plan vertical, le plan vertical de tir par exemple, en traçant cette courbe symétriquement au dessus et au-dessous de l'axe. En supposant la section faite perpendiculairement à l'axe et à chacune des distances de tir, rabattue sous un même angle, 30° par exemple, on obtient des ellipses dont l'ensemble donne avec les deux courbes une image très-complète et trèsexacte du tir.

» Si l'on réunit autour du même axe les gerbes de justesse correspondant à plusieurs armes, on peint en quelque sorte la différence de leur tir. Les gerbes peuvent être tracées de différentes couleurs, suivant les armes. On obtiendra des inclinaisons de plan égales en faisant les angles rsn, pqm, etc., égaux. (Fig. 1.)

Fig. I.

» On peut aussi, connaissant les rayons des cercles contenant une fraction donnée des coups tirés, construire des secteurs de justesse représentés par la figure ci-contre, dont la construction graphique est aisée à concevoir, et qui mettent immédiatement en évidence la rapidité avec laquelle ces rayons croissent, suivant les distances, pour une arme donnée. » (Fig. 2.)

Fig. 2.

Dans les tableaux figuratifs de tir, le papier est quadrillé en millimètres. On fait un. tableau pour chacune des distances auxquelles s'est effectué le tir. Ce tableau contient : îo le point visé, cercle noir, avec les lettres PV ; 2» les trous des balles, représentés par de petits cercles noirs; 3° le point moyen, avec les lettres PM; 1° un cercle contenant une fraction donnée de coups, soit par rapport au point visé, soit par rapport au point moyen; 5° lerectangle qui a servi à calculer le pour cent, soit par rapport au point visé, soit par rapport au point moyen-. Cette méthode est simple, excellente; il est bien entendu que l'on choisit les échelles de manière à pouvoir utiliser le quadrillage.

Tout ce que nous venons de dire ressemble à une nomenclature, à une suite de définitions, et contient pourtant implicitement la marche à suivre, la marche employée dans ces expériences. En etfet, toutes ces quantités dont nous venons de parler, comparées aux mêmes quantités relatives aux armes déjà en usage, permettent dfe conclure si les armes proposées sont à accepter ou à repousser.

Arrivons maintenant à l'instruction pratique du tir dans les régiments. Il n'y a pas longtemps, que cette instruction est régie-

TIR

mentaire et réglementée. Sous Louis XIV seulement, on commença à exercer le soldat à tirer k la cible; le célèbre Guibert fait ressortir la nécessité de cette étude. Jusqu'au 1789, on regarda la chose presque comme inutile. Sous la République et sous l'Empire, on n'eut guère le temps de s'occuper de ce tir à la cible. Le premier règlement rationnel sur l'instruction du tir dans les corps date de 1822. Peu après, on créa, l'ésole de Vincennes. Enfin, vint l'instruction provisoire sur le tir de 1845, modifiée en 1849 et en 1857. Sans compter l'école normale de tir établie à Vincennes, où sont envoyés les officiers et sous-officiers choisis parmi les mieux notés dans les corps, il y a aujourd'hui dans chaque régiment une école de tir, dont l'instruction est placée sous la surveillance, l'autorité et la responsabilité du chef de corps. Sous les ordres du colonel, le lieutenant-colonel est chargé de diriger l'instruction du tir, pour laquelle un capitaine instructeur de tir est spécialement désigné, ainsi qu'un lieutenant ou sous-lieutenant instructeur de tir par bataillon, et dans chaque compagnie un sergent instructeur de tir. Tous les mois, au jour fixé par le colonel, le lieutenant-colonel préside une' conférence à laquelle assistent tous les chefs de bataillon et les capitaines, et dans laquelle le capitaine instructeur ou un autre officier développe les principes qui servent de base à la théorie et à la pratique du tir.

L'instruction du tir se fait dans un régiment par bataillon, excepté celle des recrues que dirige spécialement le capitaine instructeur, aidé des officiers instructeurs. Aux heures indiquées par le colonel sur le tableau du service journalier, le capitaine fait la théorie aux lieutenants et sous-lieutenants et aux officiers instructeurs, qui font respectivement la théorie du tir aux sous-officiers de leur bataillon.

A la suite des exercices annuels de tir, et autant que possible en présence des inspecteurs généraux, on distribue des prix aux meilleurs tireurs parmi les sous-officiers, caporaux et soldats. Ces prix consistent en épinglettes à grenade et à chaîne d'argent ; sur la grenade, on lit : l«r prix de tir, ou simplement : Prix de tir.

L'instruction du tir est lente, progressive. On enseigne d'abord aux soldats le pointage en commun dans les "chambres; on leur apprend à se servir des hausses, etc.; on leur fait prendre les positions du tireur isolé debout, debout et pointant, à genoux, a genoux et pointant; puis viennent le tir simulé aux capsules, le tir simulé avec des cartouches sans balle; puis, enfin, le tir véritable sur le terrain, le tir à la cible à différentes distances, d'abord à des distances indiquées, puis à des distances qu'on leur fait apprécier au juger ou qu'on leur apprend à mesurer • avec des instruments ad hoc.

« L'estimation des distances, dit M. de Cuverville, à la vue simple, est fondée sur la variation apparente des objets produite par l'éloignement, sur la netteté plus ou moins grande avec laquelle on peut, suivant les distances, distinguer certaines parties des effets d'habillement, d'équipement ou d'armement du soldat. Les diverses instructions sur le tir donnent les moyens de s'exercer à cette appréciation. Mais on en comprend facilement le peu d'exactitude; car, suivant la clarté plus ou moins grande de ia vus et suivant leur éclairage, les différentes parties du corps et de l'équipement de l'homme apparaissent d'une manière plus ou moins distincte. Ce procédé demande une grande habitude d'observation, qu'il est difficile de faire acquérir au soldat; pour les distances un peu considérables, son emploi devient d'ailleurs presque impossible. »

Les instruments dont on se sert pour mesurer les distances sont des stadias, des télbmètres, des stadiomètres, etc. V. ces mots.

Los soldats tirent sur des panneaux, mais plus souvent sur des cibles, portant un cercle noir, le point à viser, la ceinture du fantassin, dont la cible tient lieu, et deux bandes réglementaires, dont l'inférieure représente la poitrine et la supérieure la tête. De cette façon, le soldat qui sort de l'exercice du tir peut être mis en face de l'ennemi. Ce que nous voulons dire sera mieux compris avec un exemple. Les règles du tir du fusil d'infanterie peuvent se résumer des deux façons suivantes :

A 125 mètres, viser le cercle noir.

150 — la bande inférieure.

175 — la bande supérieure.

200 — le sommet de la cible.

A 125 pas, viser la ceinture.

150 — la poitrine.

175 — la tête.

200 — le sommet de la coiffure.

Le sommet de la cible, qui a environ 2 mètres, représente le sommet de la coilTure (v. cible). Comme ou le voit, les règles de l'exercice sont immédiatement transformées en règles appropriées a la guerre.

On a essayé d'être encore plus vrai, de se rapprocher encore plus de la réalité. La cible est immobile; le soldat ennemi, cavalier ou fantassin, surtout le cavalier, se meut avec une certaine vitesse. Les règles prises dans l'instruction du tir pourraient donc sembler insuffisantes. On avertit les soldats de cette circonstance et on leur prescrit comment il

TIRA

Causes d'irrégularité provenant de l'arme.

faut s y prendre pour faire le mieux possible, bien entendu. Voici ce que conseille l'expérience : « Lorsqu'on tire sur un but mobile, dit M. de'Chesnel, il faut diriger ia ligne de mire sur le point où l'on présume que se trouvera le but quand la balle arrivera jusqu'à lui. Uu cavalier au galop a une vitesse de 6™, 67 par seconde; s'il est vu à la' distance de 150 mètres et qu'il se meuve perpendiculairement au plan de tir, on doit calculer que la balle mettra une demi-seconde pour parcourir 150 mètres et que, pendant ce temps, le point visé se sera avancé de 3m,33 ; or, la longueur du cheval est de 3 mètres environ ; il conviendra donc de viser à l mètre ou lm,50 en avant de la tête du cheval, •

La difficulté du tir, surtout en campagne, expliquera le passage suivant, que nous empruntons k M. de Chesnel, et qui est le résumé de constatations faites dans bien des guerres: « On croit avoir reconnu que, communément, sur soixante balles tirées dans une action, uire seule atteint le but; d'autres veulent qu'il faille une moyenne de trois mille coups de fusil, dans un combat, pour détruire un homme, et la destruction de celui-ci exigerait, selon le maréchal de Saxe et Gassendi, autant de plomb que le poids de son corps. D'après des calculs qu'on peut rfgarder comme reposant sur des bases assez solides, il aurait été tiré du côté des Autrichiens, à la bataille de Solferino, 8,400.000 coups de fusil, et l'on évalue à 2,000 tués et 10,000 blessés la perte que le feu de l'infanterie a fait éprouver a l'armée franco -sarde. Chaque soldat blessé aurait donc coûté 700 coups de fusil et chaque mort 4,200. Or, comme la poids moyen des balles est de 30 grammes, il aurait fallu au moins 126 kilogrammes de plomb par homme tué, en sorte que l'évaluation du maréchal de Saxe resterait bien audessous de la réalité. Ce qu'il faut ajouter maintenant, c'est que, sur 20 hommes tirant dans le rang, il y en a 18 qui ne s'occupent que de charger et décharger leur arme et tirent devant eux au hasard, sans jamais viser. Le feu des tirailleurs, au contraire, est réellement meurtrier, parce que chaque homme vise avec une attention et une volonté mieux arrêtées. »

On ne s'étonnera pas de ces résultats, qui doivent rassurer les soldats, s'ils avaient besoin d'être rassurés, en jetant les yeux sur le tableau suivant, qui résume les causes d'irrégularité du tir:

Position défectueuse de

la ligne de mire.

Faussement du canon.

Variations de calibre.

Recul.

Déviations dues aux vibrations du canon, etc.

Causes provenant j Qui penche l'arme.

du tireur j Qui vise à guidon plein. ' Déviations dues au vent.

Influence de l'état hygrométrique de l'air et do

Causes Provenant ]Mauvaise confecti0n des

cartouches.

Encrassement.

Variation dans le calibre

des projectiles.

Influence de la manière

de bourrer, etc.

On a essayé, autant que possible, d'atté^ nuer ces causés d'irrégularité, soit en transformant les armes ou les projectiles, soit en changeant les calibres. Ainsi, les'balles Nessler, pour les canons lisses, ont donné des portées exactes à environ 100 mètres au delà des balles rondes. Puis sont veuues les armes rayées, dont la justesse n'est pas à comparer à celle des anciennes'armes; puis les armes de petit calibre, adoptées à l'étranger, étudiées chez nous et qu'on adoptera sans doute plus tard.

i Les expériences sur les armes de petit calibre (au-dessous de 0™,017 à 0>o,018) ont . constaté à plusieurs reprises qu'elles possédaient une justesse plus grand*. • Telle fut la conclusion de la commission de tir de 1S5S. Ainsi, le fusil d'Enfield, à 700 mètres, donnait 60 pour 100 dans une cible de 2 mètres sur 3. En 1859, on expérimenta huit armes de petit calibre, de nature ou de provenance différentes; les conclusions furent les mêmes.

— Probabilité du tir. V. probabilité.

•TlKABOSCHl (Jérôme), célèbre érudit et historien italien, né à Bergame en 1731, mort à Modène en 1794. 11' se lit remarquer de '.bonne heure par son intelligence et par son ardeur pour l'étude, entra clans l'ordre des jésuites, s'adonna à renseignement et devint, en 1755, professeur d'éloquence à l'université de Brera. Un ouvrage qui attestait une vaste érudition, son Histoire de l'ordre des Humiliés (1766), le rit très- avantageusement connaître du monde savant et lui valut d'être nommé, en 1770, après la mort de Granelli, préfet de la bibliothèque de Modène. Par la suite, le duc de Modène, Hercule 111, le nomma membre de son conseil. Tiraboschi, dont les connaissances étaient aussi étendues que variées, devint l'oracle de la critique de son temps. L'ouvrage sur lequel se fonde principalement Sa réputation est ['Histoire de la littérature italienne (Storia delta liiteratura italiana) [Modène, 177Ï-178Ï, 13 vol. in-4°], véritable arsenal d'érudition dans le-

de

circonstances extérieures.

TIRA

quel sont venus puiser tous les écrivains qui ont traité depuis le même sujet. Tiraboschi y prend la littérature italienne dès son origine et la mène jusqu'à la fin du xvne' siècle. On y trouve un savoir immense, une critique saine, beaucoup de goût dans l'examen et le jugement des ouvrages, un style pur et élégant, mais pas assez d'ampleur dans l'analyse des productions dont il- parle et une prédilection trop grande pour les détails biographiques. Cet ouvrage a été abrégé en français par Landi (Berae, 1784, 5 vol. in-8°). Parmi les autres ouvrages de Tiraboschi, nous citerons : Vêlera humiliatorum monumenta annotationibus ac dissertationibus prodromis illustrala (Berne, 1766, 3 vol. in-4<>); ffiflessioni sugli scriltori genealogici (Padoue, 1779, in-8°); Bibliotheca modenese o Notizie délia vita e délie opère degli scriltori nalivi degli Stati del duca di Mo'dena (Berne, 1781, 5 vol. in-4°), vaste recueil biographique plein de renseignements précieux ; Notizie de' pittori, scultori, incisori ed arehitetti modenesi (Berne, 1786, in-4"); Storia dell' augusta badia di S. Salvestro di Nanautola (Berne, 1784-1785, 2 vol. in-fol.); Memorie storiche modenesi, col codice diplomatico illustralo (Modëne, 1793-1794, 5 vol. in-4»), etc.

TIRADE s. f, (ti-ra-de — rad. tirer). Morceau écrit ou parlé qui est le développement ininterrompu d'une même idée : Il y a des tirades trop longues dans son discours. Il nous a lu de belles tirades de son poème. (Acad.) L'air froid et contraint dont j'écoulais ces pompeuses tirades faisait dire de moi que j'étais insensible au charme des beaux vers. (G. Sand.) •

— Suite de phrases ou de vers qu'un personnage débite, sans être interrompu, dans une pièce de théâtre : Cet acteur a bien dit sa dernière tirade. (Acad.) Jamais un bon mot ne l'avait fait rire, jamais une tirade de tragédie ne l'avait ému. (A. de Musset.)

— Suite de lieux communs débités avec une certaine emphase : L'envie de briller par les tirades est la manie des jeunes gens. (Acad.)

— Suite ininterrompue : Une longue tirade d'injures.

— Tout d'une tirade, Tout de suite, sans s'arrêter, u Vieille loc.

— Mus. Passade que fait la voix ou l'instrument dans l'intervalle d'une note à une autre : Une tirade brillante.

— Encycl. Théâtre. Dans la tragédie ou dans le drame, la tirade est un morceau à effet, parfois utile et le plus souvent inutile à l'action. Elle se distingue du monologue, en ■ ce qu'elle est placée dans la bouche d'un personnage qui n est point seul à la scène et qui s'adresse aux autres, au moins en apparence, tandis que le monologue est débité par un acteur qui occupe seul la scène et qui est censé se parler a lui-même. Les maîtres ont toujours eu soin de lier si intimement les tirades à l'action, qu'elles n'en sauraient être détachées. Ainsi, Corneille a écrit dans les Haraces ung des plus belles tirades qui soient au théâtre ; ce sont les imprécations de Camille ; le récit de Théramène, dans Phèdre, de Racine, est aussi l'une des plus célèbres tirades et il sert de dénouaient à la tragédie. Les auteurs médiocres ont souvent fait de ces morceaux à effet de simples hors-d'osuvre, ce qui explique la critique de Chamfort [Diction- 'naire dramatique) : ■ C'est une- expression nouvellement introduite dans la langue pour désigner certains lieux communs dont nos poëtes dramatiques embellissent ou , pour mieux dire, défigurent leurs ouvrages. S'ils rencontrent par hasard, dans le cours d'une scène, les mots de misère, de venu, de crime, de patrie, de superstition, de prêtre, de religion, etc., ils ont dans leur portefeuille une demi-douzaine de vers faits d'avance qu'ils plaquent dans ces endroits. Il n'y a qu'un art incroyable, un grand charme de diction et la nouveauté ou la force des idées qui puissent faire supporter ces hors-d'œuvre. Pour juger combien ils sont déplacés, on n'a qu'à considérer l'embarras de l'acteur dans ces endroits; il n» sait à qui s'adresser : est-ce à celui avec lequel il est sur la-scène? cela serait ridicule ; on ne fait pas de ces sortes de petits sermons à ceux qu'on entretient de sa situation; est-ce au parterre? on ne doit jamais lui parler. Les tirades, quelque belles qu'elles soient, sont donc de mauvais goût, et tout homme un peu versé dans la lecture des anciens les rejettera comme le lambeau de pouipre dont Horace a dit :

Purpureus lote qui splendeat unus et aller Assuiiur pannus...

Cela sent l'écolier qui fait l'amplification. »

Les tirades de ce genre sont parfaitement inutiles à l'action et ne servent que de prétexte à délayer une idée secondaire, à exprimer en vers ronflants quelque lieu commun à la mode. Elles ne sont admirables que lorsqu'elles font partie intégrante de l'œuvre et qu'elles ne sauraient en être retranchées sans rendre une partie de celle-ci absolument incompréhensible. Sans le récit de Théramène, le spectateur ignorerait la mort d'Hippolyte ; de même, sans les imprécations de Camille, il ne se rendrait point compte des sentiments oui agitent le cœur de la sœur des Horaces. Pour nous en tenir à ces deux exemples, on voit que la tirade n'est pas toujours inutile.

La (irewfe est extrêmement difficile a bien

TIRA

dire et réclame de l'acteur qui doit la débiter un talent très-souple et des qualités très-variées. Alors même qu'elle n'exprimerait qu'un sentiment unique, il faut que l'acteur en saisisse et en rende exactement le sens; qu'il sache- varier les inflexions de sa voix, pour ne pas fatiguer l'auditeur par la monotonie du débit; qu'il prenne les temps nécessaires à son repos et à celui des spectateurs; enfin, qu'il ne cherche pas trop l'effet dans le cours de la tirade, afin de l'atteindre d'une façon certaine à, la conclusion, ce qui est le point essentiel. Talma, dont ls talent était si plein d'imprévu et d'inspiration, était merveilleux, dit-on, dans les tirades; Rachel, dont le talent était moins varié, les disait aussi d'une façon remarquable; Mme Dorval, qui ne savait point les dire, sacrifiait tout a la chute, qu'elle travaillait tout particulièrement et où elle trouvait toujours un élan grandiose ou sublime qui transportait d'admiration toute la salle.

TIRAGE s. m. (ti-ra-je — rad. tirer). Action dé tirer : Le tirage d'an bateau, Le tirage d'une voiture.

— Grand effort nécessaire pour tirer un véhicule : Il y a du tirage sur ce chemin.

— Espace qu'on laisse libre, sur le bord des rivières, pour le passage des chevaux qui tirent les bateaux.

— Fam. Peine, difficulté : Je voudrais seulement débuter. — Au théâtre? — Non; j'ai bien du geste, de la figure, de la mémoire, mais il y a trop de tirage. (Balz.)

— Action de tirer les billets d'une loterie : L'expérience a l'utilité d'un billet de loterie après le tirage. (A. d'Houdetot.)

— Chevaux de tirage, Chevaux employés à tirer les bateaux.

— Tirage au sort ou simplement Tirage, Action de tirer au sort : Tirage des hommes au sort et liberté des vocations sont deux idées gui s'excluent. (E. de Gir.)

— * Techn. Action de faire passer par la filière : Le tarage de l'or. Il Action de faire passer le fil de cocon sur le dévidoir. Il Quantité de lacet qu'on fabrique en un quart d'heure, il Traction qu'on opère sur les étoffes, pour les allonger, it Fils de fer tressés et munis d'un anneau, servant à tirer un pêne. S Extraction des pierres d'une carrière, il Tirage au liège, Opération par laquelle on fait apparaître le grain sur la fleur d'une peau tannée.

— Typogr. Action de tirer à l'aide de la presse : Le tirage d'un ouvrage, d'un jovrnal, d'une estampe. Suspendre le tirage. Corriger un livre au, second tirage. Faire plusieurs tirages d'une estampe. Il Résultat de cette action : Un beau tirage. Un tirage très-net.

— Encycl. Tirage au sort. "V. recrutement.

— P. et chaussées. L'étude des résistances que doit vaincre la force motrice appliquée aux véhicules de différentes espèces a souvent occupé les ingénieurs; l'importance de cette étude est telle qu'elle touche à toutes les questions de l'art de l'ingénieur; car, ainsi que le fait remarquer Dupuit, toutes ces questions se résument. en celle-ci : établir entre deux points donnés le transport le plus économique.

La théorie du tirage des voitures est une application des principes admis sur la résistance au roulement.

Les résistances à vaincre proviennent du frottement à l'essieu et du frottement qui se produit sur la roue à son point de contact avec le sol. Quand le véhicule est au repos, la fusée et la boîte du moyeu de la roue sont en contact par le point le plus bas; dès que le mouvement se produit, le point de contact se déplace, la verticale du centre de la fusée prend une position sensiblement fixe, un peu "en avant du diamètre vertical de la roue, et un frottement constant s'établit au point de contact; l'essieu est alors en équilibre sous l'action des forces qui le sollicitent et du frottement auquel il est soumis. Les deux forces qui sollicitent l'essieu sont le tirage correspondant, qui est parallèle au sol,. le poids on la charge, qui est verticale; la résultante de ces forces doit équilibrer le frottement dont la direction fuit avec la normale du point de contact un angle appelé angle de frottement; cette condition* permettra de déterminer la position du point de contact, qui varie avec l'inclinaison du terrain; la condition d'équilibre donnera, en outre, la valeur du frottement; cette résistance équivaut à une résistance appliquée à la circonférence de la roue et qui aurait pour mesure approximative, en désignant par r le rayon du moyeu, par R le rayon de la roue et par P la charge,

Ti =

Dans cette formule, f est le coefficient de frottement.

Outre cette influence toujours la même, quelle que soit la route parcourue pour une même voiture et une même charge, on doit tenir compte de l'influence que 1 état de la chaussée exerce sur le tirage; elle tient à deux causes (v. route) : les aspérités du sol et la dureté ou l'élasticité de la chaussée. Elle est inversement proportionnelle à la racine carrée du diamètre des roues. Il faut enfin tenir compte du frottement de roule-

TIRA

ment (v. ce mot) proprement dit, qui est inversement proportionnel au diamètre, et on arrive ainsi à la formule suivante :

dans laquelle a et p sont des coefficients constants à déterminer par l'expérience et S la distance du point d application du frottement de roulement au point de contact de la roue et de la chaussée. Cette formule ne peut, du reste, donner qu'un contiôle des expériences, les coefficients qui y entrent étant sujets à de très-grandes variations.

Les expériences elles-mêmes, suivant la manière dont elles ont été faites et les véhicules qu'on a étudiés, ont conduit à des résultats différents, souvent contradictoires. Les divers ingénieurs qui se sont occupés du tirage des voitures ont été parfois en désaccord sur les questions principales de la théorie, et les expérimentateurs les plus modernes n'ont pu résoudre ehcore d'une manière complètement satisfaisante les difficultés de la matière. Les plus anciens travaux relatifs à cette étude sont dus à Richard Edgevorth (1797 et 1817). Il examine, dans un essai sur la construction des roues et des voitures, l'influence de la grandeur du diamètre des roues pour le passage des obstacles et il donne la conclusion énoncée plus haut, d'après laquelle la puissance des roues est proportionnelle à la racine carrée de leur diamètre. Il en déduit que, pour les terrains ordinaires, il y a peu d'avantage à augmenter le diamètre des roues ;~mais il met en garde contre l'opinion qui fait préférer les petites roues aux grandes dans les pays de montagnes. D'autres expériences relatives aux jantes il conclut que les roues larges ménagent les routes, mais augmentent le tirage.

Coulomb a fait quelques expériences sur le roulement des rouleaux en bois ; mais il n'a pu déduire de ses trop courtes études que la proportionnalité du frottement à la charge et à l'inverse du rayon.

Ruiriford démontrait en 1811 l'avantage des jantes larges pour les voitures de voyage et de luxe; il mettait encore en évidence l'accroissement de la résistance avec les vitesses sur les routes dures et sa constance sur les routes compressibles.

D'autres recherches théoriques ont éié faites par GerStner, en Bohême, par Navier et Coriolis, en France. Ils admettent que le ti-

rage 'est proportionnel à la puissance -de la

charge et inversement proportionnel à la

* j puissance - au rayon.

Plusieurs ingénieurs anglais, notamment Mac Adam et Mac Neil, se sont préoccupés de l'influence des jantes sur le tirage et l'état de la chaussée. Toutes ces questions ont été plus amplement étudiées depuis, d'une part par M. Morin, d'autre part par M. Dupuit. Ce dernier, ingénieur des ponts et chaussées, a fait un grand nombre d'expériences au moyen d'un simple dynamomètre à cadran donnant le tirage par les indications d'une aiguille mue par un ressort sur lequel agit la traction; le second a employé un dynamomètre à compteur ou à style, qu'il a fait construire en application d'une idée de Poncelet.

La comparaison des résultats auxquels sont arrivés ces deux expérimentateurs offre un grand intérêt, parue qu'ils ont tous deux mesuré le tirage total et la partie de ce tirage qui' représente le frottement aux essieux; ils ont pu évaluer la différence de ces résistances et chercher les relations qui doivent exister entre ces différences et les conditions dans lesquelles se trouvent les. véhicules et les chaussées.

M. -Morin a donné un résumé des conclusions de M. Dupuit dans son ouvrage sur le tirage des .voitures. La comparaison de ces conclusions avec celtes du général Morin lui-même met en relief un certain nombre de discordances capitales sur lesquelles s'est portée toute l'attention des ingénieurs. D'après M. Dupuit, le frottement de roulement est :

Sur toutes les espèces de surfaces : indépendant de la pente de la surface , proportionnel à la pression, inversement proportionnel à la racine carrée du diamètre.

Sur les surfaces unies, molles ou dures : indépendant de la vitesse et de la. largeur de la bande, indépendant aussi de la suspension.

Sur les surfaces unies et molles : diminué par le nombre de roues quand la voie des trains ne change pas.

Enfin, sur les surfaces uniformément raboteuses .* augmenté par la vitesse pour les voitures non suspendues, diminué par la suspension d'autant plus que la vitesse est plus considérable, diminué par la largeur de la bande jusqu'à une valeur limite dont on approche sans cesse, probablement aussi indépendant du nombre de roues pour les voitures non suspendues et diminué par le nombre de roues pour les voitures suspendues.

De son côté, M. Morin a adopté les conclusions suivantes : le frottement de roulement est, d'après cet auteur :

Suf les surfaces quelconques : proportionnel k la charge , mais inversement proportionnel a la première puissance du diamètre.

Sur les surfaces unies, molles et compres-

TIRA

stbles : indépendant delà vitesse pour les voitures suspendues ou non suspendues; sur le3 chaussées unies en empierrement, croissant avec la vitesse ; sur les terrains compressibles, décroissant proportionnellement à l'augmentation de la largeur de la bande dans un rapport qui dépend de la nature du terrain.

La résistance sur les routes empierrées croît avec la vitesse, de manière que ces accroissements soient proportionnels à ceux de la vitesse,, à partir de celle de 1 mètre par seconde. L'augmentation est d'autant moindre que la voiture est moins rigide, mieux suspendue et que la route est plus unie; elle ' est assez faible entre les vitesses du pas et du grand trot pour les diligences bien suspendues, sur les routes en empierrement en très-bou état qui n'offrent pas de cailloux à fleur de sol.

Sur le pavé, la résistance croit avec la vitesse, de manière que ces accroissements, comme sur les routes empierrées, soient proportionnels à ceux de la vitesse, à partir de celle de 1 mètre par seconde. Sur les chaussées pavées ou en empierrement, la résistance est à très-peu près indépendante de la largeur de la bande, dès que cette largeur atteiqt 0rn,03 ou ûm,io.

La discordance de ces résultats est manifeste ; les expériences ont été faites avec grand soin, et l'on doit peut-être attribuer ces divergences, ainsi que le fait très-judicieusement remarquer M. Baron (Cours de routes de l'Ecole des ponts et chaussées), au fait suivant : MM. Dupuit et Morin ont cherché k exprimer les lois du tirage relatives a la constitution des chaussées et des véhicules par un monôme, une fonction ne comprenant qu'un seul terme. Comment expliquer autrement les erreurs auxquelles conduisent dans l'application l'une et l'autre théorie, erreurs qu'ont signalées réciproquement les deux expérimentateurs? « Il parait elair,'dit M. .Baron à ce sujet, que si les lois d'après lesquelles se développent les résistances dues soit aux inégalités superficielles, soit à la constitution intime des chaussées, ne sont pas les mêmes (et rien n'autorise k admettre à priori que ces lois puissent être confondues), ce devra être, suivant les espèces de chaussées Sur lesquelles les expériences sont faites, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces lois, dont l'influence prédominante se fera sentir dans la somme des résistances opposées au tirage. Sur les ehaussées raboteuses et cahotantes, la loi des résistances dues aux aspérités superficielles" sera surtout mise en saillie ; sur les chaussées à surface unie, ce sera, au contraire, la loi due à la compressibilité et au défaut d'élasticité de ces chaussées.

» Une loi qui ne liendrait compte que de l'un des deux éléments de résistance pourrait donc se trouver convenablement établie par une série d'expériences, sans offrir pour cela une garantie suffisante d'exactitude dans son application à une foule d'autres cas également pratiques. »

La discordance la plus regrettable, à cause de son importance, est celle qui a trait à l'influence du diamètre des roues. Une commission, composée de MM. Arago, Poncelet, Coriplis et Piobert, fut chargée d'examiner l'ensemble des recherches de M. Morin, et le rapporteur (M. Piobert) donne comme conclusions déduites de considérations théoriques que le tirage est proportionnel à

« Ces exposants, dit le rapport, diffèrent assez peu de l'unité qu'on doit leur substituer, d'après M. Morin, pour ne pas donner de présomption défavorable aux résultats de ses observations. » La même remarque peut être faite au sujet des expériences de M. Dupuit, et l'on ne saurait en tirer aucune conclusion certaine.

Dans l'avant- propos de l'ouvrage déjà cité, le général Morin croit qu'on peut attribuer les divergences des règles posées par M. Dupuit avec ses propres observations au peu de précision de l'appareil dynamométrique à cadran que M. Dupuit a employé ; mais cette imperfection de l'instrument n'est pas assurément telle qu'on puisse hésiter sur la question de savoir si un rayon égal à la moitié d'un autre donne un tirage deux fois ou quatre fois plus fort.

M. Dupuit a repris, du reste, ses expériences en se servant d'autres instruments de nature et de précision toutes différentes; il a abandonné des cylindres de rayons variables sur une surface courbe raccordée à un palier et a mesuré le frottement de roulement par la considération des distances auxquelles s'arrêtent les cylindres ; il a évalué ce frottement d'une autre manière, par le nombre d'oscillations qu'effectuent avant d'arriver au re pos lés mêmes cylindres abandonnés sur le profil concave et parabolique d'une surface cylindrique. Les résultats de ces nouvelles expériences ont été suffisamment conformes ii ceux qui découleraient de la théorie de M. Dupuit. Cette confirmation aurait cependant eu une importance plus grande si les expériences récentes n'étaient pas dues a l'observateur qui avait à défendre sa théorie. La loi de M. Morin a l'inconvénient d'ad-

TIRA

mettre 'que la distance S du point d'application du frottement au point de contact de la jante et du sol est constant que! que soit le rayon.

M. Dupuit a de plus étudié 'l'influence des flachea sur le tirage. La superficie des meilleures chaussées offre, en effet, une série de concavités et de convexités successives, qui ne deviennent insensibles que sur les routes très-bien entretenues. Il a donné la formule suivante, dans laquelle R est le ravon de la roue, Rt le 'rayon de courbure de la flache, 8 ie tirage sur une chaussée rectiiigne, t, le tirage sur la chaussée ondulée : •

le signe — appartenant aux concavités, le signe + aux convexités.

En prenant les valeurs moyennes de 8 correspondant à la même valeur de 7t-, on recon-

naît que les fiaches augmentent le tirage, mais clans une proportion fort peu sensible quand lit atteint et dépasse 5R. Cette remarque conduit a éviter autant que possible et à combler, dès qu'elles se produisent, les fiaches des chaussées, principalement lorsqu'elles sont courtes et profondes. Enfin, il résulte de toutes ces expériences que le tirage est d'autant plus faible que le sol est plus ferme, moins flexible et moins compressible.

Nous avons donné ailleurs (v. roulement) les coefficients de tirage constatés sur diverses chaussées et relatifs à des roues ayant environ 1^1,80 de diamètre. Sur les chaussées pavées en parfait état, on a vu, mais rarement, le rapport du tirage à la pression s'abaisser à — ; sur les anciens accotements des

routes nationales en temps de pluie, lorsque le sol est détrempé, ce rapport s'élève jusqu'à—. La valeur moyenne dans les conditions usuelles et sur des routes assez bien

entretenues est — .

Le tirage offre un moyen de comparaison entre les différentes espèces de chaussées. Une chaussée flexible serait mauvaise, car elle équivaudrait à une flache concave continue; une chaussée molle et compressible conduirait au même résultat. « En effet, dit M. Baron, le tirage ne résulte que du travail perdu dans le sol par le passage de la roue, soit parce que la limite d'élasticité est dépassée, soit parce que l'effet de la compression se dissipe en se propageant à une certaine distance, »

Au point de vue du tirage, les pavages sont supérieurs aux empierrements, et ceux-ci Sont d'autant meilleurs que les chaussées sont plus dures, plus rigides et moins sujettes aux ébranlements étendus.

Sur la question du tirage, on peut consulter avec fruit les ouvrages suivants : Duverger, Des voitures et des routes (1835); Piobert, Mémoire sur ie tirage des voitures; Dupuir, Essais et expériences sur ie tirage des voitures et le frottement de seconde espèce (1837) ; Morin, Expériences sur le tirage des voitures et sur les effets destructeurs qu'elles exercent sur les roules (1842); Comtois, liecherches techniques surjes routes, tes voitures et les attelages (1850); Mary, Cours de routes de l'Ecole centrale; Baron, Cour*- de routes de l'Ecole des ponts et chaussées.

— Physiq. On désigne sous le nom de tirage le phénomène par lequel le gaz comburant d'un foyer est incessamment renouvelé et amené au contact du combustible. De la perfection du tirage dépend la valeur du système de chauffage au point dé vue de la meilleure utilisation du combustible. La production du tirage dans un fourneau s'obtient au moyen de l"un des procédés suivants: mouvement de la colonne gazeuse du foyer dû à la légèreté relative des gaz brûlés chauds sur l'air froid ; mouvement des gaz du fourneau refroidis, dû à leur pesanteur plus grande que celle de l'air ambiant ; aspiration d'un jet de vapeur; ventilateurs mécaniques.

— Tirage par les gaz chauds. Lorsqu'une masse d'air isolée est à une température supérieure à celle de l'air euvirunnant, elle tend k s'élever, en vertu d'une force égale à l'excès du poids de l'air qu'elle déplace sur son propre poids. Le même fait a lieu quand l'air chaud est renfermé dans une cheminée, tuyau vertical ou coudé et ouvert aux deux bouts. La colonne d'air chaud des foyers usuels s'élève de cette manière, et de nouveaux gaz comburants sont appelés dans. le fourneau. Montgolfler, qui a traité le premier cette question du tirage, et Peclet, qui a fort étendu sa théorie en la înoditiant, donnent le calcul suivant : soit H la hauteur de la cheminée, t' la température des gaz de la cheminée, t celle de 1 air ambiant, a le coefficient de dilatation de l'air et g l'intensité de la pesanteur, la hauteur motrice de la colonne d'air sera

Hi±iL'H

l + at

ou très-approximativement Ha({'— <); la vitesse d'écoulement aura pour valeur

TIRA

Pour une colonne de lo mètres de hauteur, une température extérieure de 15° et une température des gaz brûlés de I50o, la vitesse » serait de 10 mètres.

La formule précédente donne une vitesse beaucoup trop élevée; cela tient à la perte de chaleur dans la cheminée par rayonnement et transmission à mesure que les gaz montent dans le tuyau, d'autre part a la chaleur dépensée en frottement le long des parois. La formule suppose que le gaz qui s'écoule est de même nature que le gaz extérieur; si les gaz étaient de nature différente, il faudrait en tenir compte; si le tuyau de la cheminée était contourné, il ne faudrait s'occuper que de la différence de niveau des deux extrémités.

Girard et Daubuisson ont étudié les variations du tirage lorsqu'on modifie la nature du tuyau d'écoulement, contre les parois duquel le frottement et la transmission de la chaleur prennent des valeurs différentes.

Peclet a repris les expériences et en a joint d'autres relatives à la forme du tuyau et aux conditions d'écoulement des gaz brûlés. Il a établi que l'activité du tirage peut s'obtenir soit en donnant aux cheminées une giande hauteur, soit en augmentant leur diamètre intérieur. Un bon tirage ne peut être produit dans une cheminée que si la température de la colonne gazeuse ne s'y abaisse pas au-dessous de 300° ou même 3500, toutes ' choses étant d'ailleurs convenablement disposées. Aussi le tirage par fumée chaude est-il très-imparfait; mais il a l'avantage de s'établir commodément, sans demander une installation délicate, et de pouvoir être facilement rétabli en cas d'accident.

Le tirage n'est pas, comme on pourrait le croire d'après la formule donnée plus haut,' d'autant plus grand que la température intérieure de la cheminée est plus élevée. Peclet a reconnu que, si t = 0, le maximum a lieu pour t' = 2750, et que pour i'=l000<> le tirage est moins grand que pour t' = 100».

La quantité de chaleur perdue darîs ce système est, en général, très-considérable, car l'air brûlé est presque toujours abandonné aune température élevée ; dans les fourneaux de chaudière, cette perte s'élève parfois jusqu'au quart de la quantité totale de chaleur produite par le fourneau.

Toutes ces conditions du tirage permettent de déterminer la section et la fofme des cheminées. Nous ne nous occuperons que de l'influence de l'état atmosphérique sur ce mode de tirage. Les vents ont une grande influence; leur action se manifeste soit à l'oritice d'écoulement dans le cendrier, soit au contraire à l'orifice d'échappement au sommet de la cheminée.

A l'extrémité supérieure du canal d'écoulement, l'influence est d'autant plus grande que le tirage est plus faible. Si le vent est horizontal, la dépense n'est pas sensiblement changée ; il faut alors que la vitesse d'écoulement soit modifiée, puisqu'il y a inclinaison de ta veine et par conséquent moditication de section. Quand le vent est vertical de haut en bas, l'effet produit dépend des vitesses relatives du vent et de l'air brûlé. Si les deux courants ont une vitesse égale, tous deux sont arrêtés; par conséquent, l'ascension de l'air dans la cheminée cesse complètement et l'air brûlé qui se dégage refluera par le cendrier. Si, au contraire, le vent a une vitesse plus grande que celle de l'air brûlé, l'air extérieur s'introduira par le tuyau et l'air brûlé refluera avec une vitesse d'autant plus grande que la vitesse du vent sera elle-même plus grande. Si le vent est dirigé de bas eu haut, son influence est nulle tant que sa vitesse sera égale ou plus petite que celle de la fumée, et favorable dans Se cas contraire. Pour' étudier l'influence d'un vent incliné sur l'horizon, il suffit de décomposer sa vitesse suivant deux directions, l'une horizontale, l'autre verticale, et on composera les influences de ces deux vite'sses. Il résulte de ces considérations et d'autres analogues que la diminution de tirage des cheminées occasionnée par les vents est d'autant plus grande que la vitesse des courants atmosphériques est plus grande et plus inclinée à l'horizon de haut en bas. Comme on ne peut toujours donner à la fumée une vitesse suffisante pour qu'elle ne soit pas sensiblement modifiée par les vents, il est nécessaire d'armer les orifices, supérieurs des cheminées de différents appareils destinés à détruire l'action du vent ou même à l'utiliser pour le tirage.

Pour l'orifice inférieur des fourneaux, Peclet a constaté que le tirage est ralenti chaque fois que le vent est dirigé en sens contraire dit mouvement de l'air chaud dans les fourneaux.

Quand la température de l'air brûlé dans une cheminée reste constante et que la température extérieure augmente ou s'abaisse, le tirage varie en sens contraire. L'air froid étant plus dense, ie même volume d'air apporte plus d'oxygène dans le foyer en hiver que pendant l'été, et tout concourt ainsi à rendre le tirage plus grand lorsque la température atmosphérique s'abaisse.

Pour une cause analogue, une diminution de pression correspond a'une diminution de tirage; il peut même arriver que lu combustion ne suffise plus k entretenir le tirage.

Saussure a reconnu au mont Blanc pour une pression de 0m,57 de mercure que la

TIRA

combustion du charbon ne pouvait se maintenir qu'en s'alimentartt par un soufflet.

L'état hygrométrique de l'air a une influence -facile à comprendre ; k mesure que la quantité de vapeur d'eau en suspension dans l'air augmente, une plus grande quantité d'air échappe à la combustion, l'effet utile du combustible diminue ; c'est ce que l'on observe dans toutes les usines ; les foyers languissent dans les temps chauds et humides ; cela est d'une importance telle, qu'on est parfois obligé de suspendre le travail dans quelques usines, notamment dans les verreries.

Les rayons solaires, échauffant les toits, déterminent des courants d'air chaud ascendant et d'air froid descendant qui contrarient le tirage; on annule ce mauvais effeten couvrant les tuyaux de mitres en terre cuite ou en métal.

Parmi les appareils destinés à soustraire le tirage des cheminées à l'influence des vents, nous mentionnerons les suivants, qui Sont plus répandus ou plus efficaces; ce Sont : des mitres, formées de deux larges tuiles réunies par leurs arêtes supérieures, peu avantageuses ; des mitres en tôle demicylindriques ou hémisphériques , très-employées et très-utiles; un cylindre muni de deux écrans courbes à ses extrémités; enfin, des manchons mobiles, sorte de girouette que le vent amène à maintenir l'ouverture de la cheminée à l'abri de l'aclion du vent.

— Tirage par les gaz froids. Les gaz de la combustion ont, k égalité de température, une densité plus grande que l'air atmosphérique, à cause de la grande quantité d'acide carbonique qui entre dans le mélange. Si donc on laisse tomber le mélange refroidi du haut d'une cheminée descendante, le tirage sera produit par l'excès de poids de la colonne gazeuse sur l'excès de poids de l'air déplacé. Ce système a l'avantage de donner un tirage d'autant plus grand que la combustion dans ie foyer est plus complète ; il a été proposé parDarcet; le principal inconvénient de ce mode de tirage est la difficulté de refroidissement de la colonne gazeuse et la fâcheuse action de la fumée qu'elle contient sur les industries environnantes; il nécessite aussi une disposition générale assez coûteuse, et l'emploi en est resté très-restreint.

— Tirage à la vapeur. Le tirage des locomotives est accéléré ou même produit par l'action de la vapeur obtenue- au moyen du foyer. M. Pelletai! est le premier qui ait exposé le principe très-simple de ce système. Un jet de vapeur introduit dans une colonne gazeuse et refroidi produit le vide et par conséquent un appel d'air d'oà résulte un tirage extrêmement fort.

Depuis, plusieurs savants ont étudié la question en faisant varier les différents éléments du problème. M. Zeuner, connu par ses travaux de theriûodynuinique, MM. Geoffroy et Nozo ont cherché à déterminer expérimentalement ou par le calcul les relations qui lient le tirage à la pression de la vapeur, k la section et à la longueur de la cheminée.

M. Zeuner a déduit de ses calculs que le tirage décroît proportionnellement à la racine carrée de la pression du jet de vapeur, que pour une même section de la tuyère à vapeur; il y a un rapport des sections de la cheminée et de la section d'entrée qui donne le tirage maximum.

Les expériences de MM. Nozo et Geoffroy ont confirmé ces résultats ; ils ont donné les conclusions suivantes : Une hauteur de la cheminée égale à sept fois son diamètre correspond au maximum de tirage. Dans un temps déterminé, une curtaine masse de vapeur produit un effet d'autant meilleur que la section de la tuyère est plus petite, et la vitesse d'écoulement plus grande. Dans les locomotives, le tirage est uniquement dû k l'entraînement de la vapeur, et nullement à la direction de la cheminée, qui peut être horizontale.

Ce dernier fait a été confirmé sur les locomotives à cheminée horizontale construites depuis quelques années sur les premiers modèles de M. Petiet.

Le tirage k la vapeur remplit les conditions désirables d'intensité et de commodité, mais il n'offre pas l'avantage d'être économique.* La vapeur introduite dans la cheminée produit un travail mécanique qui est loin d'être l'équivalent de la chaleur qu'elle renferme et s'échappe dans l'atmosphère à une température élevée, qui se perd inutilement peu à peu.

— Tirage par ventilation. Dans ce quatrièmesystème, la vitesse de la colonne de gaz brûlé est obtenue par le moyen mécanique d'une soufflerie ou d'un ventilateur. Peclet avait déjà établi qu'un pareil procédé serait certainement plus économique que le procédé usuel, la vitesse de l'air coûtant théoriquement plus cher lorsqu'on cherche il l'obtenir par le combustible lui-même que dans le cas où on l'obtient au moyeu d'un moteur convenable.

Les machines soufflantes ne donnent une véritable économie que dans les industries où le refroidissement des gaz de la cheminée est utilisé pour réchauffement incomplet de certaines matières. Dans tous les cas, ces machines donnent un tirage d'une trèsgrande énergie et d'une régularité parfaite.

Les ventilateurs sont moins avantageux

TIRA

que les souffleries; celles-ci, en effet, dépensent seulement la quantité de gaz nécessaire à la combustion ; les ventilateurs sont obligés d'aspirer la quantité de gaz résultant de la combustion, dont le volume est beaucoup plus considérable.

— Typogr. Le tirage vient après la mise en train. Voici comment on procède avec la presse manuelle. La forme étant préalablement encrée, l'ouvrier étend la feuille de papier sur le grand tympan, abat la frisquette sur celui-ci et le tout sur la forme. Cela fait, il roule, c'est-à-dire amène le train sous la platine au moyen de la manivelle. Tirant alors le barreau, il abaisse la platine sur le petit tympan, etia pression qui résulte de ce mouvement force les lettres et les ligures de la forme k produire leur empreinte sur la papier. Après cela, il abandonne le barreau, et la platine remonte toute seule. Enfin, il déroule le train, c'est-à-dire le fait reculer en tournant la manivelle en sens inverse, puis il rçlève le grand tympan et la frisquette et retire la feuille imprimée. En opérant ainsi, la feuille ne reçoit l'impression que d'un seul côté; c'est le tirage en blanc. L'impression de l'autre côte se nomme tirage en retiration. Quand on emploie une presse mécanique, le travail est tout différent. Dans la plupart des machines de ce genre, un ouvrier margeur présente chaque feuille à une tringle, armée de pinces, qui l'entraîne sur un cylindre d'impression, après quoi la feuille va sortir tout imprimée k 1 autre bout de l'appareil, où elle est reçue par un ouvrier dit receveur. Un graud nombre de presses mécaniques sont disposées de manière k tirer en même temps en blanc et en retiration, c'està-dire k imprimer à la fois les deux cotés du papier. V. presse.

TIRAILLE s. f. (ti-ra-lle; Il ml!. — rad. tirer). Balancier qui fait partie d'une machine d'épuisement.

TIRAILLÉ, ÉE (ti-ra-llé ; Il mil.). Tiré k diverses reprises et avec importunité : Il était tiraillé par les agents de police.'

— Fig. Influencé, entraîné : Ces admirables conseillers ont l'esprit perspicace, quand il n'est pas tiraillé par l'intérêt personnel. (Balz.)

TIRAILLEMENTS, m. (ti-ra-lle-man ; Il mil.

— rad. tirailler). Action de tirailler; effet, résultat de cetie action : Ces tiraillements

. répétés firent casser ta corde.

— Sentiment de contraction ou d'extension douloureuse dans certaines parties intérieures du corps : Des tiraillements d'estomac.

"~Des tiraillements d'entrailles. Eprouver des tiraillements dans tous les membres. Quand On est resté longtemps sans manger, on a, comme on dit, des tiraillements d'estomac, (J. Macé.)

— Actions en sens opposés, conflits : Des tiraillements diplomatiques. Les tiraillements des partis. La faiblesse nous expose d des tiraillements perpétuels, qui fatiguent plus que les efforts pour exécuter une ferme résolution. (Boiste.) Une vie quelconque sans tiraillements et sans douleurs est une utopie, (Mich. Chev.)

TIRAILLER v. a. ou tr. (ti-ra-llé ; II mil.

— fréquent, de tirer). Tirer à diverses reprises, avec persistance, avec violence : Tirailler un cordon, tes gendarmes /ctiRaiLLBRent longtemps. (Acad.) Les bateliers vous tiraillent à droite et à gauche. (Th. Gant.) Au bout de cinq minutes, la petite dame me tiraille de toutes tes forces de sa petite main par le collet de mon carrick, (E. Sue.)

— Fig. Solliciter avec importunité, entraîner avec effort et d'une manière fatigante : Il s'est bien fail tirailler pour consentir à ce qu'on voulait de lui. (Acud.) Les affaires me tiraillent de tout côté. (Acad.)

— v. n. ou intr. Tirer fréquemment d'uuo arme à feu : Des chasseurs qui tiraillent dans les bois.

— Art milit. Faire un feu de tirailleurs.

TIRAILLERIE s. f. (ti-ra-lle-rî ; Il mil. — rad. tirailler). Action de tirailler, de tirer fréquemment des coups de feu: Cette tiraillerie m'importune. (Acad.)

TIRAILLEUR s. m. (ti-ra-lleur ; II mil. — rad. tirailler). Celui qui tire fréquemment d'une arme à feu.

— Art. milit. Soldat qui tiraille à volonté, en dehors des rangs : Une ligne de tirailleurs. Un feu de tirailleurs.

— Fig. Personne qui agit isolément : Le docteur Bowring est une espèce de tirailleur politique et bavard, que lâche l'Angleterre sur le continent en avant des questions diplomatiques. (Balz.)' Un cliansonuier est un tirailleur qui s'aventure; la bataille gagnée, on n'a plus que faire des tirailleurs. (Béranger.) L'horizon des anciens géographes s'est peu à peu développé, à mesure que tes voyageurs, ces tirailleurs de la science, pénétraient plus avant dans les régions inconnues.

(L. Figuier):

— Adj. Eiitom, Se dit de quelques coléoptères qui ont la faculté d'émetf ' par l'anus, avec explosion, une fumée blanchâtre.

— Encycl. Art milit. On ne connaissait pas le nom de tirailleur avant la guerre de 1792. Maurice (ie Saxe appelait dédaigneusement

TIRA

tirerie un combat de tirailleurs. 11 y avait cependant des troupes légères, destinées à escarmoucher. Qu'il nous sufti.se de citer les psilites des phalanges ; les vétites et les frondeurs romains; les archers, les arbalétriers, les arquebusiers du moyen âge; les enfantsperdus, les grenadiers, les mousquetaires a pied. Les flanqueurs, les éclaireurs, les chasseurs à pied des derniers siècles n'étaient autre chose que des tirailleurs. Le mot seul n'était pas créé. Pendant les premières campagnes de la Révolution, on prit l'habitude dans l'armée française de demander des hommes de bonne volonté pour aller, soit reconnaître le terrain, soit faire le feu en avant des lijrnes. On leur donna le nom de tirailleurs. Les légions bataves, belges, liégeoises, créées en 1792 et 1793 et supprimées par le décret de l'an II (20 brumaire), se transformèrent, à Péronne, en de nombreux bataillons de tirailleurs. A l'époque de la création des demi-brigades, ces bataillons furent incorporés dans 1 infanterie légère. L'infanterie française a eu depuis 1810 des corps de tirailleurs, qui étaient attachés à la garde impériale. Les étrangers avaient cherché à organiser des corps de troupes légères. La France était en arrière. En 182G, on ténia au camp de Saim-Omer quelques essais insignifiants, mais l'organisation des troupes de tirailleurs ne date que de Louis-Philippe. Il en existait depuis longtemps dans toute l'Europe. La milice anglaise comprenait, comme troupes destinées à servir en tirailleurs, plusieurs régiments ayant numéro dans la série générale de l'infanterie. De ce nombre était le 60e. On avait aussi, comme tirailleurs, les carabiniers du duc d'York; mais le 60« était seul autorisé, en temps de guerre, à recruter des étrangers. Les riflemen étaient et sont encore des tirailleurs. Les Tyroliens de la milice autrichienne passent pour les plus habiles tirailleurs; il fut un temps où. une partie d'entre eux s'est servie de fusils à vent. De tout temps, les Tyroliens furent renommés pour leur audace et la précision de leur tir. 11 y a encore d'autres tirailleurs en Autriche, principalement dans les régiments quUe recrutent sur les frontières et dans les corps transylvains. Ce sont des carabiniers nommés schartschatzen. La milice prussienne, depuis que le royaume de Prusse existe, a eu des chasseurs qui ont été le modèle de ceux des autres nations. Depuis la réorganisation de celte milice, il a été attaché à chacun de ces corps d'armée une division de chasseurs destinés aux fonctions de tirailleurs. Les hussards et les dragons ont dans leurs rangs un certain nombre de tirailleurs à cheval. La milice russe trouve un corps de tirailleurs excellents dans ses chasseurs finlandais. Les Italiens avaient les bersagliers, soldats exercés au bersault, au blanc, etc. La France ne pouvait se dispenser de se mettre au niveau; car il faut dira qu'en 1812, 1813, 1814 et 1815 les ennemis avaient tiré un immense parti de leurs troupes de tirailleurs, tandis que nous il 'avions aucun corpS.de ce genre à leur opposer. Une ordonnance du 15 juillet 1S33 prescrivait la formation d'une compagnie do fiiincs-tireurs dans chaque dépôt de régiment d'infanterie franc lise ; mais cetie mesure n'eut pas de suite. On créa presque aussitôt un bataillon de chasseurs de Vin-

Ceil'ir-S (v. CHASEURS A PIED et INFANTERIE

légère). Les oi'iiomiauce.s d'exercice de cavalerie ont reconnu des tirailleurs à cheval, mais le nom de cavalerie légère con vien l mieux a des corps dont la spécialité n'est pas de tirailler. Noua dirons la même chose des voltigeurs, qui n'ont que très-rarement été employés Comme tirailleurs. Si une époque où il n'existait aucun corps de ces derniers. Ils doivent être considérés comme infanterie légère. Dans les batailles , les tirailleurs ont pour mission d'inquiéter les flancs de l'ennemi, en lui présentant un rideau qui le trompe sur la force vraie des lignes. S il s'agit d'une attaque de lignes, ils entament l'action. Les qualités qu'on exige dans le choix des tirailleurs sont : 1 intelligence, la résolution, la vivacité et la sûreté du coup d'œil. Leur rôle est d'éclairer les murches, de flanquer les lignes et les colonnes, d'engager la feu, de marcher aux reconnaissances, etc. Toute l'infanterie n'est ias également apte à s'acquitter de pareilles onctions; il faut que ce soient des hommes d'élite, armés à la légère. En France, et d'après les ordonnances de 1826 et 1827, les tirailleurs ne doivent combattre qu'iippuyés d'une réserve composée d'un tiers d entre eux. On a fait revivre pour eux le pas redoublé, et composé un pas de course. On leur a donné un pas accéléré comme minimum de vitesse.

— Tirailleurs indigènes. Cette troupe fut d'abord constituée sons le nom de zouaves. Mais bon nombre d'Arabes incorporés aux zouaves ayant déserté, on abandonna, pendant les premières années de notre occupation en Algérie, le projet d'attirer les indigènes dans notre parti. Ce ne fut qu'en 1838, la conquête étant définitivement résolue, que l'on créa, à litre d'essai, un bataillon à six compagnies, appelé bataillon de tirailleurs, lequel ne fut définitivement constitué comme corps que le 28 uoûl 1839 ; mais, comme on se défiait, avec raison, de ces alliés, il fut convenu que le bataillon ne sortirait jamais de la province d'Alger, plus tranquille, plus éloignée du théâtre de la guerre. On n eut qu'à se féliciter de cette troupe d'auxiliaires,

TIRA

qui nous rendit les plus grands services et nous procura aussi beaucoup de désagréments "ians la suite ; car, parmi les premiers enrôlés, il s'en trouvait un grand nombre qui ne se décidaient à suivre notre drapeau que pour surprendre les secrets de notre tactique, les détails de la manœuvre européenne et faire ensuite passer leurs connaissances dans le camp de nos ennemis, pn retrouva plus tard des déserteurs jusqu'au fond de la province de Constantine, où ils dirigeaient avec habileté des travaux de défense intelligemment conduits. En 1857, les Kabyles étaient, paraît-il, commandés par d'anciens tirailleurs qui avaient profité de nos leçons. Malgré cet inconvénient, auquel on- s'était, du reste, attendu, l'avautage que nous tirions de leur concours porta le roi à créer, par ordonnance en date du 7 décembre 1841, deux autres bataillons de ces troupes, qui prirent le titre de tirailleurs indigènes. Chacun des bataillons devait résider dans une des trois provinces et devait être composé de huit compagnies. Il devait y avoir, en outre, une section hors rang. Il était très-facile au roi d'ordonner cette créalion, mais il était presque impossible de la réaliser, car les Arabes, à cette époque de guerres furieuses, aimaient beaucoup mieux combattre dans les rangs ennemis que de s'enrôler dans les nôtres. Les commandants Bosquet et Thomas, dont l'un est devenu maréchal de France et l'autre général, s'acquittèrent pourtant de cette tâche avec assez de bonheur, principalement le général Bosquet qui était parvenu, à force d'énergie, à prendre un grand empire sur ses soldats.

Le 18 mars IS54, un décret ordonnait la création immédiate d'un régiment de tirailleurs algériens, qui devait prendre part à la guerre de Crimée. Ce régiment fut recruté sans peine parmi les tirailleurs indigènes. Les vides immenses faits dans leurs cadres par la création des tirailleurs algériens furent immédiatement comblés par la voie des engagements volontaires, et, le 9 janvier 1855, un nouveau décret impérial ayant ordonné que dans chaque province il y eût deux bataillons de huit compagnies au lieu d'un seul bataillon qui s'y trouvait à cette époque, des milliers de volontaires se présentèrent. Après la guerre de Crimée, les tirailleurs indigènes changèrent de. nom. On a dit quelquefois tirailleurs d'Alger, tirailleurs de Constantine, tirailleurs d'Oran pour designer'spécialement chacun des bataillons de ce corps, mais ces expressions ont été peu usitées quoique officielles.

— Tirailleurs algériens. Ils furent recrutés dans les bataillons de tirailleurs indigènes, d'après un décret du 18 mars 1854.

TIRANA s. f. (ti-ra-na). Sorte de chanson

espagnole.

— Encycl. L'air de la tirana, écrit le plus ordinairement sur un rhythme à trois-quatre ou à trois-huit, contient un grand nombre de syncopes et s'exécute sur mouvement lent et quelque, peu langoureux. La tirana possède une saveur personnelle et un caractère particulier, bien qu'elle ne constitue en général qu'une composition de médiocre importance. Une tirana qui fut longtemps célèbre, et qui jouit d'une véritable vogue dans les premières années de ce siècle, est celle qui commençait par ces vers :

lbft t*n triste calçsero

Par tin camina canlando.

Le genre de la tirana est populaire dans toute l'Espagne, et un musicien de ce pays, M. Paz, a publié, avec accompagnement de piano ou de guitare, une collection des airs les plus fameux connus en ce genre.

TIR&NCE s. f. (ti-ran-se — rad. tirer). Mar. Action de tirer des cordages au fond de la mer. il Pieux de tirance, Pieux établis pour faciliter cette opération.

Tirnnconrt (camp de), l'un des monuments les plus intéressants de l'occupation des Gaules par les Romains. Il estsitué dans le département de la Somme, aux environs de Piequigny, près d'un hameau auquel il a donné son nom. II est bien conservé. « De forme triangulaire, il occupe, dit M. Eugène Pénel , une situation semblable à ceux de l'Etoile et de Liercourt, destinés comme lui à tenir en respect les peuples de la seconde Belgique. De même que les autres camps romains échelonnés sur les bords de la Somme et tous appelés camps de César, il se trouve à l'angle de deux vallées ej; à proximité de la rivière, avec laquelle il communiquait par une chaussée nommée Croupe, que l'extraction de la tourbe a fort endommagée. Protégé par des escarpements naturels, il était en outre défendu, du côté le plus faible, par des remparts en terre et des fossés profonds. L'dne de ses entrées a conservé le nom de la porte de Fer. Les dégradations des remparts, du côté de la Somme, sont dues aux chanoines d'Amiens et de Picquigny, qui en firent enlever des pierres pour la cathédrale d'Amiens. »

TIRANO, bourg du royaume d'Italie, sur l'Adda, province et à 31 kilom. E.-N.-E. de Sombrio; 6,000 hab. Près de là, au N.-0.,est Je hameau de Madona-di-Tiranô, où l'on remarque une magnifique église dédiée à la Vierge. Les enviions produisent de bons vins.

TIRA

C'est à Tirano que commença, en 1620, le massacre des protestants.

TIRANT s. m. (ti-ran — rad. It'rer). Organe servant à exercer un effort de traction.

— Bande de parchemin avec laquelle les procureurs et les notaires enfilaient autrefois certains papiers.

— Cordon qui sert à fermer une bourse.

— Musiq. Bouton auquel s'attache la queue d'un violon ou d'un violoncelle.

— Mar. Quantité d'eau dont un navire enfonce dans l'eau.

— Artill. Pièce d'un affût déplace qui unit le corps d'essieu à l'entretoise de crosse.

— Techn. Pièce d'une voiture qui unit l'es-' sieu à la volée. Il Pièce du métier à bas et du métier du rubanier. Il Chacun des morceaux de cuir placés des deux côtés de certains souliers, et portant les boucles ou les cordons qui servaient à les attacher. Il Chacune des deux anses, faites d'un fort tissu de fil, qui sont cousues aux extrémités de la tige d'une botte ou d'un bottine, et dont on s'aide pour se chausser. Il Nœud de cuir qui sert à bander les cordes destinées à tendre le peau d'un tambour. Il Nom donné à des portions tendineuses qui se trouvent dans la viande de boucherie.

— Constr. Pièce destinée à maintenir l'aplomb d'un mur contre l'effort de la poussée ou à empêcher l'écartement de deux pièces de charpente.

— Arboric. Nom donné parles jardiniers aux deux branches.mères des arbres en espalier b la Moutreuil. Il Nom vulgaire des gourmands et des pousses verticales qui se développent au sommet des arbres en espalier.

* vitic. Partie du sarment qu'on laisse quand on taille la vigne.

— Encycl. Les tirants, qui remplacent les contre-forts et les étais, sont soumis à un effort de traction égal à celui de la poussée. C'est- principalement dans les fermes des combles que l'on emploie les tirants; ils y sont horizontaux, surélevés ou inclinés, suivant les systèmes adoptés; quelquefois ils servent d'entraits et sont appelés à supporter un plancher. Dans certaines constructions de faible épaisseur, on place à l'intérieur des murs des espèces de ceintures composées de ti' rants appelés à s'opposer aux déversements résultant d'une dislocation quelconque des maçonneries. Les voûtes,pour lesquelles on craint un renversement des culées, en raison de lii charge qu'elles ont à supporter, sont consolidées par des tirants apparents ou cachés dans la maçonnerie. En général, toute pièce chargée de soulager un système, ou soumise à un effort de traction sous l'action de charge pouvant détruire l'ensemble d'un système , prend le nom de tirant, dénomination qui est en opposition avec le nom de contre-flche que l'on donne aux pièces qui doivent résister à l'écrasement.

Navig. Tirant d'eau. Le 'tirant a'eau est

égal au volume d'eau déplacé, divisé par la surface moyenne de la section immergée. Sur la haute Seine, le tirant d'eau des bateaux à vide varie de 0™,27 à 00,30; sur la Loire et la Moselle, il est de 0m,22 seulement. En général, sur des eaux tranquilles, le tirant d'eau doit être de om,20 au moins plus petit que la profondeur de l'eau, pour tenir compte des dénivellations de la coque pendant la marche. Ainsi pour un canal de 1 mètre de profondeur, le tirant ne dépasse pas 0"n,80. Sur la mer, dès qu'elle devient houleuse, ie bateau a besoin d'une grande profondeur d'eau sous lui, sans quoi il est exposé à toucher le fond quand il descend entre deux vagues. Trop de tirant d'eau augmente la résistance à la marche et expose le navire à échouer, et un lirait d'eau trop faible l'expose à. manquer de stabilité et à chavirer. L'extrême limite du tirant deàu se détermine d'après la profondeur des ports, qui est de 8 à 10'mètres pour les plus profonds et de 3 à 5 mètres pour les plus petits. D'après M. Gaudry, la largeur étant prise pour unité, le tirant d'eau est de 0"o,33 à om,4S pour les vaisseaux de guerre a hélice; de 0m,3S à 0m,57 pour les frégates, corvettes et grands bâtiments de commerce en mer; de om.atpour les anciens' bateaux américains de rivières; de 0m,10 à 0m,16 pour les bateaux américains modernes de rivières, de om,30 à om.lâ pour les courts bateaux de rivières étroites et de 0m,14 a 0m,17 pour les bateaux de rivières très-allongés. En général, pour la navigation maritime, le tirant d'eau varie du tiers à la moitié de la largeur, et de 1/2 à 2/3 du creux total; pour la navigation des rivières tranquilles et peu profondes, le tirant d'eau peut descendre jusqu'au dixième de la largeur.

TIRA.QOEAU (André), jurisconsulte français, né a, Fontenay-le-Oomte vers 1480, mort à Paris en 1558.11 fit ses études de droit, devint sénéchal de sa ville natale, puis fut nommé, eu 1541, par François 1", conseiller au parlement de Parts. C'était un magistrat d'un vaste savoir, que le président Brisson appelait le Varrou de son siècle. Pendant qu'il était sénéchal à Fontenay, il fit sortir de la prison où le détenaient les cordeliers le fameux curé de Meudon, Rabelais, qui, dans son Pantagruel, le nomme • le bon, le docte, le saige, le tout humain, tout débonnaire et

TIRA

équitable André Tiraqueau. : Ce magistrat « travailla, dit Tabaraud, à :éformer la méthode vicieuse qui régnait ac palais; il administra la justice avec intégrité. François 1er et Henri II l'honorèrent de leur estime et l'employèrent uiilement dans plusieurs affaires importantes. Il était lié avec tous les gens de lettres qui, dans ce temps-là, faisaient l'ornement de la cour. » Tiraqueau composa quatorze ouvrages; il eut beaucoup d'enfants, vingt selon les uns, trente selon d'autres, mais plus vraisemblablement quinze. Un anonyme, faisant allusion au grand nombre d'enfants et d'ouvrages de ce magistrat, qui passait pour ne boire que de l'eau, composa l'épigramme suivante :

Tiraqueau, fécond à pr. luire,

A mis au monde trente ,11s;

Tiraqueau, fécond 4 bien dire,

A fait pareil nombre d'écrits.

S'il n'eût point noyé dans les eau*

Une semence si féconde,

Il eût enfin rempli le monde

Pe livres et de Tiraqiienux.

Nous citerons parmi ses ouvrages, réunis et publiés après sa mort (Paris, 1574. 5 vol. in-fol.) : De legibus connuhittlibus et de opère maritali, traité où l'on trouve une érudition prodigieuse; De retraetu utroque ; De pœnis legnm; Pe jtidicin in rébus exiguis; De nobililale et jure primogenilorum; Semestria, etc.

TIRARD (Pierre-Emmanuel), industriel et homme politique français, né h Genève en 1827. Il appartient à une famille originaire de l'Isère. A dix-neuf ans il quitta Genève, où il venait de terminer son instruction, et se rendit à Paris. M.Tirard entra peu après dans les ponts et chaussées et obtint un emploi à la direction des travaux de navigation de la Seine. En 1851, il donna sa démission, puis fonda une maison d'orfèvrerie et de bijouterie, qui, sous son habile direction, prospéra rapidement. Imbu dès sa jeunesse des idées républicaines, M.Tirard trouva l'occasion de manifester publiquement ses opinions en soutenant avec une extrême ardeur, lors des élections de 1869, la candidature du républicain Bancel contre celle de M. Emile OUÏ vier, et contribua à l'échec complet de ce transfuge de la démocratie dans la 3« circonscription de la Seine. Après la révolution du 4 septemlre 1870, le gouvernement de la Défense nalionale nomma M. Tirard maire du 2e arrondissement de Paris, Les services qu'il rendit, le dévouement qu'il ne cessa de montrer lui acquirent une grande popularité. Elu maire par 7,143 voix sur 12,324 votants lors des élections municipales du 5 novembre 1870, il fut appelé, le 8 février 1871, par 75.207 voix à siéger comme député de-la Seine à l'Assemblée nationale. M. Tirard se rendit à Bordeaux, fit partie du groupe de l'extrême gauche et vota, le 1er mars, contre les préliminaires de paix et pour la déchéance de l'Empire. Il venait de rentrer à Paris en attendant l'installation de l'Assemblée à Versailles lorsque éclata la mouvement coramunaliste du 18 mars. Il reprit aussitôt possession de sa mairie, qui devint le principal centre de résistance contre la dictature du comité central. Entrevoyant avec douleur les maux qui allaient fondre sur Paris et sur la République, il mit tout en œuvre pour empêcher une rupture d'éclater et la guerre civile de se produire. Un décret du 19 mars, signé par M. Picard, ministre de l'intérieur, ayant délégué aux maires élus, vu la gravité des circonstances, l'administration provisoire de Paris, M. Tirard fut désigné par les maires pour taire partie de la commission de trois membres chargée d'ordonnancer les dépenses, de s'occuper de la défense et du maintien de l'ordre. Il s'associa à tous les efforts des maires et des députés de la Seine présents à Paris, pour décider le comité central à rendre l'Hôtel de Ville aux délégués des municipalités et à attendre que l'Assemblée eût voté une loi municipale. Le 21 mars, il se prononça ènergiquement devant l'Assemblée, ainsi que MM. Tolain, Léon Say, etc., pour qu'elle décrétât au plus vite les élections; le mauvais vouloir qu'il rencontra de ce côté ne fut égalé que par celui du comité central qui , voulant rester maître de la situation , exigea impérieusement que les élections eussent lieu Je 26 mars. Pour éviter la guerre civile, un certain nombre de députés, la plupart des maires et. adjoints de Paris consentirent, le 24, à accepter la date du 26 mars. M. Tirard, jugeant cette concession nécessaire, consentit à l'accepter. Le 26 mars, il fut élu membre de la Commune dans le 2« arrondissement par 6,386 voix. Il assista à la première réunion de l'Assemblée communaliste, protesta contre les actes du comité central , et donna sa démission le 29, en déclarant qu'il ne pouvait conserver tun mandat qui, dans sa pensée, devait être exclusivement municipal, et qui paraissait devoir s'étendre fort au delà dans le domaine de la politique.» Décrété d'accusation par Xi. Commune, il quitta Paris et alla reprendie son siège à l'Assemblée nationale, où, bien qu'il se fût opposé à tous les actes de violence et eût fait de suprêmes efforts pour maintenir sur le terrain de la légalité les justes revendications municipales de Paris, il se vit longtemps en butte aux attaques d'une aveugle réaction. M. Tirard reprit sa place dans les ran^s de la gauche républicaine et, depuis lors jusqu'à la séparation da l'Assemblée nationale, il n'a

TIRE

cessa de voter contre toutes les mesures réactionnaires, pour toutes les revendications en faveur de la liberté et de l'affermissement de la République. Il a voté notamment pour la proposition Rivet, contre le pouvoir constituant de l'Assemblée, pour le retour de la Chambre à Paris, pour le maintien des traités de commerce, contre la dissolution des gardes nationales, pour la dissolution de l'Assemblée,-pour M. Thiers, le 24 mai 1873, contre le septennat (19 novembre 18T3), pour la liberté des enterrements civils , contre la loi municipale, pour le renversement du cabinet de Broglie , pour la proposition Périer et Maleville (juillet 1874), pour la constitution républicaine du 25 février 1875, contre la loi de l'enseignement supérieur, etc. En outre, il a pris fréquemment part avec talent aux discussions de l'Assemblée, particulièrement sur des questions d'affaires. Nous citerons notamment ses discours sur les échéances des effets de commerce, sur l'élection des tribunaux de commerce, contre l'impôt sur les matières premières, sur l'impôt sur le chiffre des affaires, contre les tarifs douaniers, sur le travail des enfants dans les manufactures, sur la fabrication à tous titres des objets d'or et d'argent pour l'exportation, sur la loi électorale municipale, sur l'admission des princes d'Orléans dans l'armée à titre définitif; sur les budgets des finances, de la guerre, de l'instruction publique, etc. Au mois de juillet 1872, Uaeu, avec M. Francis Aubert, rédacteur du Gaulais, un duel dans lequel il a été blessé. Le 5 mars. 1876, M. Tirard a été réélu à la nouvelle Assemblée par le Ier arrondissement de la ville de Paris. On lui doit un écrit intitulé : Du développement de la bijouterie et de l'orfèvrerie par la liberté des titres de l'or et de l'argent (1888, in-8°).

TIRARIEs. f. (ti-ra-rî — rad. ftrer}. Techn. Ouvrière qui, dans les salines, retire le sel des chaudières.

TIHASPOL, ville de la Russie d'Europe, gouvernement et à Î75 kilom. N.-O. de Kherson, sur la rive gauche du Dniester; 6,000 hab., mélange de Russes, de Moldaves, de Grecs et d'Arméniens, ch.-l. de district. Elle est bien percée et généralement bien bâtie. Commerce en grains, peaux, fromages, bétail, chevaux, etc. Elle tut fondée en 1793, après la prise d'Otchakov.

TIRASSE s. f. (tî-ra-se — rad. tirer).

Chasse. Sorte de filet dont on se sert pour prendre certains oiseaux qui posent à terre.

— Mus. Clavier de pédales qui, dans les petites orgues , fait baisser seulement les basses du clavier à la main.

— Constr. Pièce d'un moulin.

TIBASSER v. a, ou tr. (ti-ra-sé — rad. tirasse). Chasse. Chasser, chercher à prendre avec la tirasse : Tirasses des cailles, des perdrix. \

— Absol. : S'amuser a tirasser.

— v. n. ou intr". Tirasser à, Chasser, chercher à prendre avec la tirasse : Tirasser aux cailles, aux perdrix.

TIRA-TUTTO s. m. (ti-ra-toutt-to — mot ital. qui signifie tire-tout, et qui est formé de tirare, tirer , et tutto, tout). Mus. Registre au moyen duquel on ouvre à la fois tous les jeux de l'orgue.

TIRAUDE s. f. (ti-rô-de — rad. tirer). Bouche établie sur un levier.

— Sonnette à tiraude, Sonnette à enfoncer les pilotis, dans laquelle le mouton est enlevé avec une corde qu'on lâche pour le laisser retomber.

* TIRCIS s. m. (tir-siss).Entom. Nom vulgaire du satyre égérie, espèce de papillon de jour.

TIRE s. f. (ti-re — rad. tirer). Action de tirer. N'est usité que dans quelques locutions.

— Argot. Genre de vol qui consiste à dévaliser les poches de ceux qu'on vole : Vol à la tire. Voleur à la tire.

— Blas. Nom donné aux carreaux de l'écu éehiqueté : Roquefeuil, en Languedoc, porte : Echiqueté d'or et de gueules de quatre tires,

— Ane. techn. Métier à la tire ou simplement Tire, Métier qui servait à la fabrication des étoffes façonnées, et qui était ainsi nommé parce que c était en tirant des ficelles ou lacs, suivant un certain ordre, que l'on faisait exécuter aux mailles et aux maillons les mouvements nécessaires pour former les effets ou dessins : Depuis l'invention de la machine Jacquard, les métiers a la tire sont devenus si rares, que le peu qui en reste est maintenant considéré comme un objet d'antiquité et de curiosité. (Falcot.) Il Fabrication à la tire ou simplement Tire, Fabrication des étoffes au moyen du métier a la tire : ta tire a été, pendant bien des sièctes, le procédé universellement employé pour le tissage des étoffes façonnées. (\V. Maigne.)

— Sylvie. A tire et aire, Se dit d'une coupe' faite, non par plans choisis, mais toute de venue, k la nie de la coupe précédente.

— Loc. adv. A tire, de tire, Tout droit. Il D'une tire, tout d'une tire, Sans arrêt, sans discontinuation : La chaise de poste nous mena d'une tirb à Mâcon. (Debrosses.) Relises ta pièce d'une tirb. (Volt.) il Vieille loc.

— Encycl. Argot. Le vol à la tire est un genre de vol qui s'exécute ordinairement de la manière suivante. Un individu, ayant les" aliures d'un homme de bonne compagnie, se

TIRE

faufile dans un endroit où il y a foule : c'est le tireur. Il est accompagné d'un ou de plusieurs compères, nommés nonnes ou nonneurs, et d'un autre, appelé coqueur. Le tireur cherche à débarrasser un de ses voisins de sa montre, de sa bourse ou de tout autre objet de valeur. S'il y réussit, il passe aussitôt le butin aux nonneurs, qui le donnent au coqueur, et celui-ci s'éloigne le plus vite possible, mais sans affectation. De cette manière, l'acteur principal, s'il vient a être découvert, ne peut pas être trouvé en possession de l'objet volé."

TIRÉ, ÉE (ti-ré) part, passé du v. Tirer. Mis en mouvement par une force appliquée en avant: CAam/eTiRÉE par des bœufs. Nous étions, mon confident et moi, dans une chaise tirée par deux mules conduites par un postillon. (Le Sage.)

— Mis hors : Epée tirée du fourreau.

— Puisé : Vin tiré du tonneau, il Extrait, venu, originaire; emprunté : Que le corps retourne à la terre d'où il a été tiré. (Èoss.) L'homme de mérite a besoin de toutes les raisous tirées de l'usage et de son devoir pour se résoudre à se montrer. (La Bruy.) Recueillir, définir les mots d'une tangue et en fournir des exemples tirés du bon usage, c'est le propre d'un dictionnaire. (Racine.) La plus grande partie de nos connaissances sont des vérités de déduction ou tirées du raisonnement. (I.amenn.) Rien ne peut être tiré de rien nisè réduire à rien. (Proudh.)

— Qu'on a fait partir, qu'on a lancé avec une arme : La flèche tirée n'atteint pas toujours le but. Tout boulet de canon tiré coûte quinze francs. (Proudh.)

— Visage tiré , Visage amaigri et fatigué.

— Tire par les cheveux, Forcé, peu nuturel, mal amené : Une comparaison tirée par les cheveux.

— Tiré à quatre épingles. Vêtu avec un soin extrême : Une femme toujours tirée à

Page 1