TIRS
jourd'hui, la carrière de l'auteur dramatique. Une partie seulement de ses comédies furent ■ jouées. Malheureusement, on n'a aucun indice sur la date de leurs représentations et les. chances diverses qu'elles coururent. Dans un de ses ouvrages, Los Cigarrales de Toledo, recueil de pièces de théâtre et de nouvelles mêlées de prose et de vers (1624, in-4°), il dit les avoir composées toutes dans l'espace de quatorze ans, avant son entrée au couvent de la Merci, qui eut lieu à la fin de 1613. Ses comédies sont au nombre de 300, ce qui donne une moyenne d'aveu près 25 par an, deux par mois, durant cette courte période. Cette extrême fécondité, suivie d'un silence absolu pendant les longues années qu'il eut encore k vivre, a de quoi surprendre; il est donc supposable qu'à l'imitation de Lope de Vega il écrivit encore pour le théâtre même après s'être engagé dans les ordres et que la mention qu'il faisait en 162* se rapportait seulement à une première série de comédies. L'un de ses ouvrages auquel il attachait le plus grand prix, le Timide à la cour, fut fort maltraité par le public et par la critique. Il défendit son ouvrage avec une mauvaise humeur mal contenue et il traite assez cavalièreinent ses adversaires, qui ne sont il ses yeux que des « frelons avides du miel des abeilles. » La critique, l'envie, les dégoûts, la misère, le découragement ont-ils joué un rôle dans la résolution que prit Gabriel Tellez de se consacrer à la vie religieuse? Nul ne peut le dire, mais il est permis de le supposer. On a dit aussi qu'après une vie d'aventures et de débauches comparables k celles de Don Juan, donfil a fait son héros et qu'il a le premier mis sur la scène, il avait eu le malheur de tuer en duel son meilleur ami et que le remords lui avait fait endosser l'hahjt de chartreux. Cette conjecture ne repose sur rien; car ses contemporains n'ont jamais soupçonné que Gabriel Tellez, inspecteur, puis prieur des chartreux, et l'auteur dramatique connu sous le nom de Tirso de Molina étaient un seul et même personnage ; cette identité n'a été constatée que par les plus récents historiographes du théâtre espagnol, don Gayetano de La Barrera et don G il y Zarate, et, par conséquent, aucun détail biographique propre à relier l'une à l'autre ces deux personnalités n'était connu avant le x'rx° siècle. Quelles que fussent les raisons qui le déterminèrent à renoncer au monde, il entra a la Chartreuse de Tolède a la fin de 1613 et l'on ne trouve aucune trace de lui jusqu'en 1624. 11 donnait alors ses soins k la publication de ses Cigarrales de Toledo (les Vergers de Tolède), volume composé de trois comédies réunies à des nouvelles et à des poésies détachées. Trois ans après l'apparition des Cigarrales, en 1627, il publia le premier de ses cinq volumes de théâtre. Le deuxième parut dans cette même année 1 627, par les soins d'une confrérie de libraires établie à Madrid sous l'invocation de saint Jérôme. Les trois autres furent publiés par un neveu de Tirso, nommé don Francisco-Lucas Avila, de 1634 à 1636. Les quatre premiers volumes renferment chacun douze pièces en trois actes ou journées. Le second se complète par douze intermèdes. Le cinquième contient onze comédies. Les autres ouvrages- furent imprimés en feuilles détachées par les compagnies théâtrales ou par le3 libraires qui voulurent se donner la peine de s'en emparer. Les œuvres dramatiques connues de Tirso de Motina se composent, en somme, des 65 drames ou comédies et des 11 intermèdes recueillis dans cette édition, des 3 comédies insérées dans les Cigarrales et d'une dizaine de pièces imprimées séparément. Ce n'est pas même le tiers de ce qu'il avait composé, mais c'est assurément le choix. Les principales sont : la Prudencia en la muger, drame remarquable, qui offre le tableau saisissant des luttes de la royauté contre les grands seigneurs féodaux au xme siècle; la Election por la virlud, dont le pape Sixte V est le héros; les Exploits des Pizarre, qui mettent en scène la conquête du nouveau monde ; Maria la piadosa, comédie de mœurs; Don Gil aux chausses vertes, autre comédie do mœurs; Et condenado por desconfiado (le Damné par manque de foi), une des plus étranges bouffonneries du théâtre espagnol, et enfin El hurlador de Sevillayelconvidado de pietra (le Trompeur de Sëville et le convié de pierre), l'origine du Festin de Pierre et de tous les Don Juan. Toutes ces pièces montrent une imagination exubérante, qui se Complaît surtout dans les situations fortes et risquées. Peu d'auteurs dramatiques ont su esquisser, comme Tirso, des caractères de femmes amoureuses et passionnées; quand il s'attaque à l'histoire, il atteint presque k l'énergie et k la vérité de Shakspeare. Les petites nouvelles qu'il a insérées dans ses Cigarrales de Toledo et dans un autre recueil, Deleytar aprovechando [Amuser en instrttitant] (Madrid, 1635, in-40), ne sont guère ' remarquables que par la recherche bizarre du style.
'Comme religieux, frère Gabriel Tellez fut successivement dans son ordre maître eu théologie, prédicateur, historiographe pour lu province de la Nouvelle-Castille et inspecteur pour la Vieille-Castille. En 1645, il devint prieur du couvent de Soria, où il mourut k l'âge de soixante-dix-huit ans, treize ans après Lope de Vega. » Ce qui caractérise surtout le génie de Tirso, dit M. A. Royer dans
TIRT
son introduction au théâtre de cet auteur, c'est son individualité. 11 ne ressemble à personne et personne ne lui ressemble. C'est un inventeur, un philosophe, un ingénieux scrutateur du cœur humain. Il a traité tous les genres, depuis le drame historique et religieux jusqu'à la comédie de mœurs et la paysannerie. Après s'être élevé aux sommets du tragique et du lyrisme, il dépasse en verve comique et en esprit les meilleurs^ postes , sans excepter le grand Lope lui-même. Son style est peut-être son plus beau titre de gloire, nerveux, enjoué, rapide, varié selon les circonstances et toujours d'une irréprochable pureté. Sa phrase poétique est aussi étincelante que celle de Lope, mais tous les critiques se plaisent à reconnaître qu'elle est plus correcte. Ses rimes ont une ampleur et une abondance rares. Il a enrichi la langue espagnole d'une foule d'expressions nouvelles et de tours de phrase inconnus avant lui ; beaucoup de ses vers sont devenus proverbes. L'amour est le sentiment qu'affectionne Tirso et dont il a fait le pivot de tous ses ouvrages dramatiques. C'est tour à toui l'amour sublime, tendre, timide, railleur; il recherche les contrastes des palais et des chaumières. Les femmes, dans ses compositions, jouent toujours le beau rôle, non-seulement au point de vue de la scène, mais'au point de vue de la domination morale. L'homme y est ordinairement faible, suppliant et le jouet des volontés féminines; les femmes sont hautaines, passionnées, vindicatives. M. Philarète Chasles dit quelque part, dans ses Etudes sur l'Espagne, que Tirso est un • Beaumarchais en soutane. » Ce trait caractérise à merveille l'une des faces du génie de notre auteur; mais il a d'autres côtés non moins brillants et plus sérieux qui font de lui un homme k part et beaucoup plus complet comme penseur que Lope et Calderon, s'il leur est quelquefois inférieur comme dramaturge. On pourrait critiquer Tirso, comme tous ceux de sa nation, sur la manière dont il construit ses pièces ; mais ceci est une affaire d'école, l'ancienne poétique castillane différant tout à fait de la nôtre. Cette poétique, nous l'avons dit d'ailleurs, veut de l'action et des situations avant tout, et elle se fonde non sur des règles arbitraires, mais sur les appétits et sur les exigences du public; le défaut de vraisemblance qui naît parfois de ce système est racheté par une grande rapidité et par une incessante production de moyens scéniques plus ou moins réussis. » — « Toutes les extravagances imaginables, quant aux incidents et à l'enchevêtrement des aventures, dit M. Philarète Chasles; la glorification et l'apothéose des femmes en général et en. particulier; enfin et surtout la continuelle raillerie des moines et des gens de cour : ses soixante drames n'ont pas d'autres éléments... Souvent, quand un caractère Je gêne, il change ce caractère, et ta trame logique des événements ne le préoccupe guère. Il veut amuser k tout prix et il y réussit singulièrement. Les mœurs rustiques qu'il reproduit sont toujours vraies ; il abhorre le sentiment factice , l'artificiel et le convenu. Il aima mieux «venter mal que d'imiter les autres ou même de s'imiter; enfin, c'est un créateur d'esquisses puissantes, très-vivement jetées sur sa toile, avec beaucoup d'effet, sans prétention, sans affectation, sans retouches... Irrégulières, peu philosophiques, nullement systématiques, hasardées, contradictoires, elles ont le tort d'être confuses, elles ont le mérite de vivre. Elles sont le contraire du pédantesque, du convenu et de l'affecté. La palme appartient aux œuvres k la fois vivantes et bien réglées; la moitié seulement de ce double mérite est encore une fort belle part pour un écrivain. En fait d'art comme en politique et dans la nature, il n'y a que deux puissances : l'ordre et la liberté; l'homme reviendra éternellement k ce problème sans solution, à cet antagonisme de la fatalité etdu libre arbitre, qui est la loi du progrès même. Si l'ordre ne manquait pas k Tellez, il marcherait de pair avec les plus forts; il se contente de la liberté et de la vie. Même quand il soutient des thèses insoutenables, il intéresse et captive par cette qualité magnifique, celle de faire vivre son œuvre. »
Tirso a inventé beaucoup de sujets dramatiques dont ses successeurs ont profité sans scrupule. Molière lui a pris Don Juan; Moreto a littéralement copié la Paysanne de Vallecas et il a rajeuni la Jalousie se détruit par la jalousie, dont il a fait Dédain pour dédain. Montalvan a agi de même pour les Amants de 2'eruel, qu'il s'est appropriés, et Matos Fragoso pour les comédies intitulées : la Vérité sert toujours à quelque chose, V Election par la vertu et liuse contre ruse, devenues sous sa plume : Voir et croire, V Enfant trouvé, le Meilleur ami, c'est le roi. Calderon lui a emprunté le sujet du Jaloux prudent, dont il a fait le drame intitulé A secret outrage, vengence secrète. Canizarèsn'apas même changé, en l'empruntant, le titre de la comédie Antonio Garcia.
On doit k M. Alph. Roger une traduction française des chefs-d'œuvre "de Tirso de Molina ; Théâtre de Tirso de Molina (Paris, 1862, in-12).
TIRTAM-MALAI (le), montagne fameuse de l'Inde, située dans la province de Karnatic. Cette montagne est surtout renommée auprès des superstitieuses et fanatiques populations
TIRY
à cause de la source sacrée qui s'échappe de ses flancs et qui, tous les trois ans, pendant un certain nombre de jours, jouit de la propriété de laver ceux qui se plongent dans ses eaux de tous les péchés qu'ils ont pu commettre. C'est une chose particulière k l'Inde que cette curieuse intermittence dans les propriétés détersives des eaux de la source de Tirtam-Malai; cette source n'est p%s la seule dans ce cas, du reste ; parmi le bon nombre de sources et d'étangs fameux dans l'Inde par leurs vertus purifiantes, il en est beaucoup "qui ne jouissent de cette propriété qu'à des époques plus ou moins éloignées. Quant k ce fait curieux de la vertu accordée aux ablutions avec certaines eaux d'enlever les péchés, il s'explique tout naturellement patcette croyance des Indous qui ne considèrent le péché que comme une souillure matérielle. Quel que soit le crime commis, l'impureté qui en résulte ne résistera pas k l'immersion dans les eaux sacrées du Gange, de l'Indus, du Godavery, du Cavery, ou même dans celles des nombreux étangs sacrés qui se rencontrent presque dans toutes les provinces de l'Inde. Ce sont les brahmes qui, égarés par les passions dont ils étaient esclaves, ont imaginé cette façon de purifier l'âme, sans quitter pour cela la voie du péché et sans y renoncer de cœur, par divers moyens qui, vu leur extrême facilité, ne sont propres qu'à diminuer l'horreur du mal et qu à entretenir dans une funeste sécurité ceux qui le commettent. Mais revenons au Tirtam-Malai et k sa source purifiante. On a ménagé dans celle-ci, au bas de la montagne, un réservoir où se font les ablutions, quand arrivent l'année et le jour ou la période de jours où les eaux possèdent leur caractère purifiant; kco moment, on voit accourir de tout le pays . voisin et même de contrées assez lointaines quantité de dévots des deux sexes et de tout âge qui s'empressent de répondre k l'appel des brahmes et de venir chercher dans le bain sacré te pardon de toutes leurs impuretés. C'est un spectacle des plus curieux que celui de cette foule innombrable rangée sur . les bords du réservoir en attendant que le brahme qui préside à la pieuse opération donne le signal que le moment solennel est venu ; k ce signal, hommes, femmes, enfants, tout le monde se précipite pêle-mêle dans le réservoir avec un tumulte et un vacarme indescriptibles; bientôt le réservoir sacré, rempli jusqu'aux bords d'une foule compacte qui se presse et s'entasse au point de ne plus permettre aucun mouvement, prend l'aspect de ces bains populeux que la langue fantuisista du Parisien baptise du nom de grenouillère. Aussi arrive-t-il fréquemment dans la pieuse baignoire des accidents plusoumoinsgraves; quelques dévots meurent noyés ou suffoqués : heureux sont- ils, car ces victimes de leur zèle religieux obtiennent immédiatement une place dans le séjour de la félicité ; d'autres sortent du bain sacré avec un meinbre brisé ou disloqué ; ils obtiennent alors de la divinité un degré de sanctification proportionné k la gravité de la blessure qu'ils ont reçue. Ne nous hâtons pas de hausser le3 épaules devant ces extravagances. Ne pourrions-nous pas, sans quitter l'Europe, sans quitter la France, trouver des gens aussi simples ou aussi fous que les pieux baigneurs de la source du Tirtam-Malai?
TIRTAROU s. m. (tir-ta-rou). Nom donné k des personnages indous que les djeinas ont en grande vénération.
— Encycl. Les tirtarous, une des subdivisions des soixante-trois salaka-pourouchas, sont au nombre de vingt-quatre. Ce sont les plus saints et les plus révérés des cinq classes de salalca-pourouchas; leur condition est la plus sublime k laquelle un mortel puisse parvenir. Ils vécurent tous dans l'état trèsparfait de nirvahny (le plus saint état que puisse embrasser un mortel); ils ne furent sujets k aucune infirmité ou maladie, k aucun besoin, k aucune faiblesse, ni même à la mort. Après avoir fait un long séjour sur la terre , ils quittèrent volontairement leur corps et allèrent directement au mokche, où ils se trouvèrent réunis et identifiés k la divinité. Tous les tirtarous vinrent du souarga et prirent la forme humaine dans la tribu des kcliatriyas ; mais ils furent ensuite incorporés dans celle des brahmes par la cérémonie du dikcha. Durant leur vie, ils donnèrent aux autres hommes des exemples de toutes les vertus, les exhortèrent, par leurs préceptes et leurs actions,, k se conformer aux règles de conduite tracées par Adissouara, l'auteur des quatre Védams djeinas, et se livrèrent tout entiers k la pratique de la contemplation et de la pénitence. Quelques-uns d'entre eux vécurent des millions d'années. Cependant le dernier de tous ne parvint qu'à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Ils existèrent les uns et les autres dans la période tchatourta-kahla ; quelques-uns furent mariés , mais là plupart gardèrent le célibat dans la profession de sanniassy.
TIRUS s. m. (ti-russ). Ichthyol. Genre de poissons, formé aux dépens des salmones, et ayant pour type l'espèce vulgairement nommée TRUITE MARBRÉS DES LACS.
T1EY ou TIREE, une des lies Hébrides (Ecosse), k l'Û. de l'Ile de 'Mail. Elle a 17 kilom. de longueur sur 8 kilom. de largeur; 6,000 hab, Tiry présente des côtes très-irrô-
TISA
gulières. On y trouve des carrières de marbre ; on y fabrique de la soude, et une grande partie des habitants s'adonne k la pêche.
T1RYNTHE ou TIRYNS, ancienne ville de la Grèce (Argolide), près du golfe Argolique, au N.-E. de Nauplie. D'après une tradition, elle fut fondée par Tyrins, fils d'Argus, et elle compta au nombre de ses rois Amphitryon, père d'Hercule.
TIRYNTHtEN, IENNEs. etadj. (tî-rain-tiain, i-è-ne). Géogr. anc. Habitant de Tirynthe; qui appartient k cette ville ou k ses habitants.
TISAGE s. m. (ti-za-je — rad. User). Techn. Chauffage du four, dans une verrerie.
TISAMÈNE, roi d'Argos et de Sparte, fils d'Oreste et d'Hennione, II' succéda à son père; mais, attaqué par les Héraclides, il abandonna son trône, se rendit en Achaïe, où il régna, et périt en combattant contre les « Ioniens. Par la suite, ses restes furent transportés k Sparte. — Un célèbre devin d'Ulis, également appelé Tisamène, apprit de l'oracle qu'il serait vainqueur dans cinq grands combats. Ayant échoué dans les jeux du pentathle, Tisamène comprit qu'il ne s'agissait pas d'une lutte dans un cirque, mais sur des champs de bataille, et il prit du service dans l'armée des Lacédémoniens, qui remportèrent bientôt après cinq victoires éclatantes.
TISANE s. f. (ti-sa-nè — latin ptisana, décoction d'orge ou de gruau, cette décoction étant ta tisane ordinaire des anciens. Le latin ptisana représente exactement le grec ptisanê, orge mondé, gruau, de plissa^ piler). Eau dans laquelle on a fait bouillir ou infuser quelque plante ou substance, pour en faire une boisson médicamenteuse : Tisane rafraîchissante. Tisane purgative. Iisk^h sudorifique , dépuraiive. Une tasse de tisane. Se mettre à la tisank. Les tisanes médicamenteuses ne devraient s'administrer que dans des cas exceptionnels. (Maquel.)
— Tisane de Champagne, Sorte de vin do Champagne plus léger, moins capiteux que le Champagne ordinaire.
— Encycl. Les tisanes sont des médica- " ments magistraux composés d'eau et de quelques principes solubles. Le root tisane fut d'abord appliqué à la décoction d'orge. C'était la seule tisane d'Hippocrate.
< Comme les tisanes sont destinées, dit Soubeiran, k servir de boisson habituelle aux malades, on les emploie peu chargées pour qu'elles ne soient pas rebutantes, et souvent on les rend plus agréables en y ajoutant du sucre, du miel ou quelque sirop simple médicamenteux. »
Ordinairement les tisanes agissent par l'eau qui les constitue, et, comme' elles ont une saveur en général agréable, elles donnent le moyen d'administrer une grande quantité de liquide. Rarement l'action propre k la nature du médicament détermine leur emploi. Si la tisane est sucrée, le sucre, comme aliment respiratoire, prévient une débilitation excessive; tandis que l'économie le brûle, elle ne subvient pas k ses propres dépens k l'entretien de l'acte respiratoire.
Les tisanes données avant l'emploi de divers médicaments le sont encore pendant l'administration de ces médicaments, mais k des époques différentes de la journée; alors elles sont là comme auxiliaires et aident k l'effet. Comme elles doivent être continuées assez longtemps, on doit les faire aussi agréables que possible, claires, peu chargées. On peut encore corriger leur amertume , leur odeur ou leur insipidité par des matières sucrées et par des aromates. On doit les clarifier en les faisant passer, sans expression, k travers une étainine ou un linge serré, puis les décanter; il est mieux de les filtrer. Dans • les hôpitaux, où l'on prépare d'énormes quantités de tisanes, on a soin de les décanter, et, en général, on les filtre sur un tamis de crin.
Les substances k l'aide desquelles on prépare les tisanes doivent être mondées ou lavées. Il faut les diviser aussi, afin d'offrir plus de surface k l'action du liquide. L'eau employée ne doit point être calcaire; aussi devra-t-on s'abstenir de l'emploi de l'eau de puits ; cette eau, en raison du sulfate calcaire qu'elle renferme, durcit les substances et les pénètre mal et, de plus, donne une saveur désagréable au médicament.
L'édulcoration des tisanes se fait k l'aide du sucre, d'uu sirop ou de bois de réglisse. D'ordinaire, le sucre n'est employé que par les personnes qui, par elles-mêmes, se mettent k l'usage des tisanes. Les sirops sont, en général, prescrits par les inédecinsqui tâchent d'ajouter k l'action de la tisane celle d'un sirop k effets physiologiques identiques. Ainsi la tisane de pariétaire se sucrera avec le sirop de cinq racines. Dans^les hôpitaux de Paris, lorsque les malades ont plus de deux portions d'aliments, les tisanes sont édulcoréesk l'aide du bois de réglisse, k la dose de 12 pour 1,000 de tisane.
On prépare les tisanes par solution simple, macération, infusion, digestion, déepetion. La manière d'opérer et le choix k faire do l'un ou de l'autre moyen dépendent de la nature de la substance. Ainsi on doit faire bouillir légèrement les substances vertes et Inodores qui ne renferment pas de principes volatils actifs, telles que les racines de bardane,
TISA
de chiendent, les feuilles de chicorée, de bourrache, la-laitue, etc. Il en est de même des substances très-dures, orge, riz, gruau, etc. On doit soumettre à l'infusion les fleurs sèches et toutes les substances aromatiques. C'est le mode auquel on a le plus souvent recours. Lorsque les substances n'ont besoin que d'une légère chaleur pour céder k l'eau leurs principes solubles, la digestion suffit ; on pourrait ainsi préparer la tisane de salsepareille. Quand la matière médicamenteuse est de nature à céder à l'eau ses principes, la macération seule est employée; c'est le cas de la gomme, de la rhubarbe, de la guimauve. Il ne faut jamais se servir de pots de terre non vernissés ; ils sont difficiles à nettoyer et conservent l'odeur des substances aromatiques ou une odeur fétide si les tisanes y ont été abandonnées et ont fermenté. C'est dans la préparation des bouillons surtout que ces préceptes trouvent leur application ; les pots re- » tiennent dans leurs pores la matière grasse, qui se rancit ensuite.
Il arrive, assez souvent qu'on fait entrer plusieurs substances dans la composition aune tisane. Lorsqu'on y fait entrer des sels, des acides, il est convenable de ne les ajouter que lorsque la liqueur est préparée. Ces additions ne doivent pas contrarier la nature chimique connue des principes médicamenteux. Les considérations de ce genre doivent être sérieusement pesées par le médecin ; l'oubli des réactions chimiques, dit Soubeiran, pourrait l'exposer k annuler entièrement les effets des médicaments sur lesquels il aurait cru pouvoir compter.
En général, dans la psescription des tisanes, on adopte les rapports suivants : pour les racines, les éeorces et les feuilles, substance, 20; eau, 1,000; pour les fleurs trèsactives ou très-odorantes, substance, 5; eau, 1,000 ; pour les fruits d'ombellifères, substance, 10; eau, 1,000. Ces rapports, dit Dorvault, entre les substances et les véhicules seront facilement retenus par l'esprit, de sorte que le praticien pourra le plus souvent en faire l'application sans recourir aux formulaires. Nous indiquons ici les tisanes les plus communes et quelques autres préparations plus compliquées, mais qui sont connues sous ce nom.
— Tisane commune. Infusion dé réglisse contuse.
— Tisane de Feltz. Décoction prolongée de salsepareille, de colle de poisson, de sulfure d'antimoine. Antisyphilitique célèbre.
— Tisane de fruits pectoraux. Décoction de dattes, jujubes, raisins de Corinthe et figues.
— Tisane de gomme. Dissolution de 30 parties de gomme dans 1,000 parties d'eau. On l'aromatise, en général, avec de l'eau de fleurs d'oranger. Très-employée.
— Tisane de' graines de lin. Macération de graines de lin dans l'eau. Elle sert comme antiphlogistique.
— Tisane de lichen. Pour cette tisane, lorsqu'on ne veut pas se servir du principe amer, on n'emploie que l'eau de la seconde décoction qui renferme la lichénine, qui est la matière amylacée du lichen. La première décoction est tonique.
— Tisane de Pollini. Décoction de brou de noix, de salsepareille, de squine, de sulfure d'antimoine et de pierre ponce. Cette préparation compte de nombreux succès dans les maladies syphilitiques.
— Tisane purgative (médecine du curé de Deuil). Décoction de chicorée, de chiendent, de patience, de guimauve, de réglisse, de rhapontic, de sulfate de soude et de séné. C'est un remède populaire des environs de Paris.
— Tisane sudorifique. Décoction de galae, de sassafras, de salsepareille, de squine et de réglisse. Antisyphiliùque,
— Tisane royale. Tisane purgative composée d'une décoction de séné, de sulfate de soude, d'anis, de coriandre, de cerfeuil récent et de citron.
TISANERIE s. f. (ti-za-ne-rî — rad. tisane). Endroit d'un hôpital où l'on fait tes tisanes.
TISARD ou TISART s. m. (ti-zar — de tiser, abréviation d'attiser). Teuhu. Trou carré pratiqué vers le milieu de la fausse claie des tours de fusion, pour l'introduction du combustible.
— Encycl. Le tisard est une des parties qui constituent ce qu'on nomme la garniture d'un fourneau ; c'est la partie postérieure du foyer par laquelle se font le renouvellement du combustible sur la grille, le décrassage de cette dernière et le nettoyage du cendrier. 11 se compose de trois parties principales, savoir : le châssis, la porte et la plaque du foyer. Le châssis est une grande plaque en foute servant à fermer le foyer extérieurement et à soutenir la porte. Cette dernière est tantôt à un battant, tantôt à deux battants. La plaque du foyer est destinée k fermer l'espace ménagé entre la porte et la grille. Cet espace a pour but d'éloigner le combustible de la porte pour l'empêcher ainsi de brûler, et de ne faire commencer la grille que là où la chaleur développée par la combustion est utilisée. Quelquefois on fait le châssis et la plaque d'un seul morceau. Les portes k un battant ont pour le fourneau des chaudières à vapeur de 0m,30 k0m,25 de largeur sur 0ra,25 de hauteur; celles à deux bat-