V. Huao
— Descendre au tombeau, Mourir, cesser d'exister : Le privilège est descendu au tombeau; aucun effort humain ne l'en fera sortir. (Royer-Collard.)
Ce sanç, pour vous servir, prodigué tant de fois, Ce bras, jadis l'effroi-d'une armée ennemie, Descendaient au tombeau tout chargés d'infamie.
Corneille.
— Se creuser un tombeau, Préparer sa propre ruine : Ceux qui font des révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau, (Chateaub.)
— Suivre quelqu'un au tombeau, Mourir peu de temps après lui.
— Mettre, conduire au tombeau, Causer la mort de : C'est ta misère gui l'k conduit au tombeau.
— Tirer, sauner quelqu'un du tombeau, Lui sauver la vie : Son médecin l'a sauvé deux fois du tombeau.
— Art inilit. Fausse poche qui se trouve sur la veste d'uniforme des zouaves.
— Mécan. Chaudière en tombeau, Chaudière à basse pression, dont la forme est celie d'un tombeau.
— Syn. Tombenu, a^palcre, sépulture, &tC. V, SÉPULCRE.
— Encycl. Hist. La forme primitive du tombeau fui généralement, chez tous les peuples, le tertre funèbre (tumulus), composé d'amas de terre ou de pierres. Il ne reste aucune trace à Rome ou dans les environs de ce premier âge de la sépulture; mais sur la voie Appienne existent des tombeaux qui , tout en conservant la forme du tertre primitif, s'élèvent sur un soubassement de pierres taillées; ce sont les tombeaux des Horaces. La dernière transformation de la montagne tombale fut le mausolée, qui doit son nom au roi d'Orient Mausole et qu'imitèrent deux empereurs romains, Auguste et Adrien. Les tombeaux des Romains, comme leurs temples, furent d'abord construits à l'imitation de ceux d'Ktrurie; on le voit par les tombeaux des Horaces, sur la voie Appienne. Celui d'Albano, qu'on appelle improprement tombeau des Horaces et des Curiaces, est purement étrusque. Plus tard, sauf quelques ressemblances extérieures assez rares, les sépultures romaines ditfèrent essentiellement des sépultures étrusques. Dans celles-ci, tout est fait pour l'intérieur; les murs sont cou verts de peintures que nul œil ne doit contempler, car l'entrée du monument funéraire a été fermée et quelquefois cachée avec soin ; c'est donc au mort seul qu'on a destiné la décoration de son asile funèbre ; c'est pour lui qu'on a déposé les bijoux, lesornemenls,lesarmes, les vases précieux, peints quelquefois avec beaucoup d'art et destinés k d'éternelles ténèbres. Les tombeaux romains, au contraire, s'élèvent presque toujours.il la surface de la terre, placés des deux côtés de la route sur le passage de la foule; le mort, dans une épitaphe qui est souvent une allocution adressée au voyageur, dit ce qu'il a fait dans cette vie et parle trèspeu de l'autre. Son buste regarde les passants ; sa statue, souvent couchée, quelquefois debout et drapée fièrement, les domine. La disposition des tombeaux romains ne varie pas beaucoup; eu général, à l'intérieur est la chambre funèbre, où l'on allait faire des libations en l'honneur du mort, dont les restes étaient déposés tantôt dans la partie inférieure, tantôt dans lu partie supérieure du monument, et renfermés soit dans un sarcophage destiné ordinairement à une seule personne, ^quelquefois à deux, au mari et à la femme, soit dans une urne, selon qu'ils étaient enterrés ou brûlés. La coutume de brûler les corpsjfut dominante sous les rois, sous la république et au commencement de l'empire. L inhumation prévalut sous les Anîomns et remporta définitivement vers Constantin. Souvent les tombeaux ressemblaient extérieurement à un temple, et on les a, en effet, quelquefois
firis pour tels; ce qui produisait souvent l'ilusion, c'était l'autel destiné à faire les libations et placé devant le tombeau comme devant les temples. Souvent il ressemblait intérieurement à une maison. Les tombes étrusques présentent, d'une manière encore plus frappante quelles tombes romaines, l'idée de l'habitation après la mort, de la maison fu-
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nèbre. On y voit figurées jusqu aux solives du toit. Mais cette idée de 1 habitation après la mort reparaît dans les urnes destinées à recevoir les ossements et les cendres des Romains. Quand on parcourt la longue galerie tapissée d'épitaphes qui conduit au musée du Vatican et le Cortile du Belvédère, l'œil s'arrête sur une multitude de ces urnes qui l'attirent par leurs formes infiniment variées. Beaucoup d'entre elles sont de véritables petites maisons, avec des portes, un toit sur lequel sont indiquées les tuiles, etc.; d'autres ont des formes qui trahissent l'influence du gracieux génie de la Grèce; elles ressemblent à des corbeilles propres à mettre des fleurs, à des fontaines, etc.
L'intérieur des tombeaux étrusques et romains était décoré de peintures; sur les parois des tombes étrusques sont représentés ordinairement des banquets, des danses ou des jeux funèbres; dans les tombes romaines, on rencontre quelquefois des peintures funèbres et plus souvent des paysages, des arabesques qui pourraient orner une villa. Les bas-reliefs tumulaires sont très-intéressants et très-instructifs; ils nous font voir les détails des différentes professions, les scènes de la vie de famille, et par le choix des su: jets et des symboles nous apprennent ce que les Romains pensaient de la mort et de l'immortalité. En outre, ils nous font connaître les traits des défunts, soit par des statues ou des bustes, soit par des médaillons sculptés en relief. Ces visages ont en général un caractère frappant d'individualité et .souvent Sont assez laids pour qu'on soit en droit de les croire ressemblants. Quelquefois, le médaillon est vide ou n'offre qu'une ligure non dégrossie; on attendait, en effet, pour exécuter les ligures de savoir à qui le tombeau appartiendrait. Beaucoup d'inscriptions nous apprennent que le cénotaphe a été ordonné par son possesseur tandis qu'il vivait encore, non-seulement pour lui, mais encore pour les siens et pour ses affranchis. Le nom du mort est quelquefois indiqué figurativement, par exemple celui d'un homme qui s'appelait Aper par un sanglier; ailleurs, c'est la patrie du personnage défunt qui est indiquée par un détail du bas-relief; ainsi la patrie d'une Cléopâtre, nom égyptien, par un palmier; ou bien une qualité morale est indiquée symboliquement; pur exemple, une jeune femme est représentée couchée avec un agneau a ses pieds. La disposition des tombeaux nous révèle les usages funéraires du peuple romain ; ainsi, or! y retrouve le bassin qui recevait les libations; les ustensiles du sacrifice, les festons et les couronnes funéraires y sont aussi représentés. Les bas-reliefs qui se rapportent à la famille sont fort nombreux ; c'est la page la plus touchante de ce rituel funéraire que la sculpture antique a tracé Sur tes tombeaux. C'est surtout aux souvenirs de l'union conjugale que sont consacrés les bas-reliefs des tombeaux romains; le respect de cette union se conserva même au sein de la démoralisation de l'empire. Souvent un homme et une femme se tiennent par la main; entre eux est un Amour avec ces mots : Fidei simulacrum, emblème de fidélité. Plus souvent encore, c'est leur enfant qu'ils tiennent tous les deux, ou bien encore le défunt est couché sur un lit et sa femme assise à côté du lit. Le deuil' des parents n'est pas exprimé avec moins de simplicité que le deuil des époux. Un père qui pleure tient un flambeau renversé, image, sans doute, de la mort d'un enfant que ce père et sa femme, debout devant lui, ont perdu. Derrière deux époux est le buste d/une jeune tille, certainement la leur, et qui leur a été ravie. Si les bas-reliefs dont nous venons de parler nous émeuvent en nous transportant au sein de la famille romaine, d'autres piquent notre curiosité; ce sont ceux qui nous rendent familiers les détails des professions, qui nous font pénétrer dans la vie réelle des anciens Romains et complètent leur histoire publique par leur histoire privée. Voici un monument funèbre érigé par un maître coutelier à lui-même et à ses affranchis ; la boutique est fournie de tous les outils de sa profession ; dans l'arrièreboutique, placée de l'autre côté du monument funèbre, on voit la forge, occupée par les ouvriers qui travaillent. Sur un cippe, destiné à recevoir des offrandes , sont sculptés les outils d'un architecte, le pied romain, le compas, l'équerre et le fil à plomb. Des haches, des couperets, un bonnet de tlamine sont sculptés sur un autel dédié par une société de fabricants d'objets religieux, à laquelle ils semblent servir d'enseigne ; une marchande, en conférence avec une femme qui veut lui acheter une oie, est assise devant son étal. Si nous passons aux tombeaux des négociants, nous retrouvons les mêmes emblèmes ; ainsi un certain Passienus a élevé à son fils, mort a sept ans, un tombeau, sur lequel il a fait placer, d'un côté, la Fortune marine tenant le gouvernail d'un bâtiment, et, de l'autre, Mercure avec la bourse et la corne d'abondance. Un fabricant d'huile a étalé sur son sarcophage de famille tous les détails et tous les instruments de cette fabrication, parmi lesquels on remarque le moulin à huile, qu'un âne fait tourner Puis viennent des métiers qui touchent à l'art, comme un orfèvre; un homme riche, qui avait pris à ferme des fonderies de bronze et d'argent; enfin, sur un cippe votif, un ciseleur, cœlaior, qui donne son adresse : Lucius Furius, eœla-
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tor, Voie Sacrée. Parmi les représentations professionnelles, la plus complète est celle du tombeau de Vergilius Eurysacès, appelé vulgairement le tombeau du boulanger. Ce Vergilius avait la ferme de la fourniture du pain pour les appariteurs, personnages attachés au service des magistrats romains; c'était un grand entrepreneur que sa ferme avait enrichi. Un triple bas-relief nous montre tous les détails de la fabrication et de la vente du pain ; on pétrit la pâte, on enfourne les pains, on les retire du four et on les fait refroidir; apportés dans des paniers, ils sont pesés et comptés par deux hommes, dont l'un tient des tablettes. Le tombeau de Vergilius a une forme très-particulière et qui est elle-même une allusion manifeste au genre de fourniture qui lui avait été affermé. Ce tombeau est composé de cylindres semblables aux corbeilles où l'on mettait les pains qui étaient ronds; on en a retrouvé d'une forme analogue clans un four de Pompéi. S^ns parler des insignes propres aux magistrats et aux sacerdoces, luis que la chaise curule, les faisceaux consulaires, le lituus, ou bâton recourbé dans la m-iin de l'augure, il est deux professions que rappellent sur les sarcophages romains de nombreux symboles : l'état militaire et la carrière des lettres. L'état militaire est indiqué par des armes de toute sorte, par le laurier, pur des couronnes que tiennent souvent des Victoires, par l'aigle, par une Victoire portant une enseigne ou écrivant sur un bouclier, pur un combat, par des barbares captifs à genoux et des emblèmes de triomphe. Le guerrier est représen té quelquefois avec une lance, un bouclier et un cheval de combat. Les rhéteurs et les gens de lettres ont laissé sur leurs bas-reliefs funèbres beaucoup de traces de leur existence et de leur vanité. Souvent ils sont représentés entourés par les Muses, qui sont censées les inspirer; quand elles sont toutes présentes, elles n'indiquent aucune vocation littéraire spéciale. Le choix qu'on fait parmi elles peut nous renseigner sur le talent particulier de l'homme de lettres dont nous voyons le monument, sur le genre de littérature qu'il cultivait. Les femmes de lettres, à Rome, avaient aussi leurs prétentions multiples,et l'une d'elles,PetroniaMusa,a près d'elle deux lyres, appartenant a deux Muses différentes, et accompagnées d'une pièce de vers en son honneur.
Passons maintenant à l'idée qui plane sur les tombeaux, l'idée de la mort, les divers aspects sous lesquels elle y est envisagée, les divers symboles par lesquels elle y est exprimée. L'art antique a rarement représenté la mort elle-même, qu'il aimait mieux désigner symboliquement sous la forme d'un génie funèbre. On voit cependant le dieu de la mort (Sâviitoî) sur les vases étrusques. Le génie du sommeil éternel est généralement couché ou dans l'attitude consacrée par la sculpture antique pour peindre le repos, les jambes croisées et les bras derrière la tête; c'est souvent un enfant; le sommeil de l'enfance semblait le plus doux symbole pour exprimer l'idée de la mort; tantôt c'est un jeune homme, tantôt un vieillard, car la mort est de tous les âges. Ce génie tient un flamfleau renversé, symbole do la vie éteinte. Quelquefois, ce n'était pas comme un sommeil que l'on représentait la mort, mais comme une destruction. Psyché (on sait que c'est ie nom de l'âme) a des ailes de papillon; elle est souvent représentée parmi papillon, l'Angelica. farfalla, a dit Dante, faisant chrétien le symbole antique. On voit sur les bas-reliefs funèbres un papillon brûlé par un flambeau ou saisi au vol par le bec d'un oiseau ;. c'est la destruction de Psyché, de l'âme, que les anciens ne distinguaient pas bien de la vie. Des oiseaux becquetant un fruit, des fruits s'échappant d'une corbeille renversée, exprimaient aussi, en la voilant sous une forme gracieuse, la sombre idée de la destruction. Il est encore d'autres expressions détournées de la mort qu'on rencontre sur les sarcophages et qu'il faut connaître pour saisir le sens funèbre des bas-reliefs qui les accompagnent. Ce n'est presque jamais un emblème Drutal et hideux comme le squelette ou la tête de mort; les anciens n'avaient pas recours à ces objets déplaisants pour rappeler à l'homme sa tin; une allusion plus indirecte leur suffisait et avertissait le spectateur sans le repousser. Sur les bas-reliefs des tombeaux, on se borne à lui montrer une voile repliée, un arbre dépouillé de ses feuilles, imago de la vie qui s'est fanée, un arbre qu'on arrache, un vêtement abandonné, un carquois vide ou fermé ; un masque tombé à terre indique que la pièce est finie, selon ie mot suprême d Auguste. Les courses de chars fournissent aux bas-reliefs funèbres une allusion très-fréquente k la carrière de l'homme, dont le terme est la mort. Sur un assez grand nombre de sarcophages, on voit les chevaux qui s'élancent avec ardeur comme l'homme s'élance dans la vie, puis s'abattent au bout de leur course. Sur une urne étrusque du Vatican, deux Furies brisent le char d'un guerrier. Sur les monuments de l'Etrurie, on a trouvé une sorte de représentation funèbre toute particulière; ici, Caron n'est pas le nocher infernal ; armé d'un marteau, il escorte le mort qui se rend à cheval chez les ombres. Cette idée du cheval de la mort, le cheval pâle de l'Apocalypse, se retrouve chez les Grecs modernes et a pénétré presque chez les peuples du Nord. On voit à Rome et ailleurs, sur des
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bas-reliefs funéraires, un cheval et une tête de cheval qui semblent se rapporter à cette idée ai répandue de cheval de la mort ou de Caron, qui emporte les âmes sur un cheval. On se représentait donc la mort comme un voyagé. De la vient le sens funèbre de tout ce qui tient à la mer et à la navigation. Enfin, le port est le symbole universel et pour ainsi dire proverbial de l'arrivée, quel que soit le terme du voyage, l'Elysée ou le néant. A côté des symboles de la destruction se montrent sur les tombeaux quelques symbloles plus consolants et qui semolent promettre une certaine immortalité, celle .le la gloire, cette durée dans la mémoire des hommes à laquelle les anciens attachaient tant de prix et qui leur a fait faire tant de choses.
11 nous reste maintenant à rendre compte d'une classe de bus-reliefs funèbres qui est de toutes !a plus considérable, et à quelques égards la plus curieuse, la classe des basreliefs bachiques. On rencontre presque h chaque pas dans les musées- et dans les galeries des bas-reliefs appartenant à des tombeaux et sur lesquels sont représentées des scènes bachiques pleines de mouvement et de vie, représentant une ivresse souvent désordonnée. Cette préférence donnée à des sujets si peu en harmonie avec la mort étonne; la répétition des mêmes détails, des mêmes groupes, des mêmes objets ne semble point fortuite, et l'on est amené à s'en demander l'origine. L'explication généralement admise aujourd'hui est que ces scènes bachiques sur les tombeaux sont une allusion aux mystères de Bacchus, non du Bacchus vulgaire, mais du dieu infernal uni à Cérès et à Proserpine, dont le culte était fort en honneur chez les Romains. Les orgies représentées sur les tombeaux désignent l'orgie suinte, l'enthousiasme sacré par lequel Tes initiés croyaient s'élever à la contemplation de la vérité, s'affranchir de la vie terrestre, et arriver après la mort à une union mystique avec la divinité. Sans entrer ici dans l'histoire des mystères, nous dirons que les doctrines attribuées a Orphée, à Mélampe, à Eumolpe paraissent s'être transmises à l'ombre de différents Cultes, entre autres du culte de Bacchus, et s'être alliées aux célèbres mystères d'Eleusis. Dans les mystères, Bacchus figurait, soit comme l'époux de Cérès, soit comme le fils de Proserpine ; alors il prenait le nom d'Iacchus. Le Bacchus dos mystères était identifié à Pluton ; c'était à cette^riade qu'était consacré le temple près du grand Cirque, et qu'on appelait ordinairement temple de Cerès. C'est ainsi que s'explique la représentation fréquente, et autrement incompréhensible, des scènes bachiques sur les tombeaux, avec un mélange de symboles qui se rapportent à l'idée d'une autre vie, car nous savons que les initiés aux mystères avaient l'espoir d une vie meilleure après la mort.
Dans les bas -reliefs funèbres, Bacchus paraît à plusieurs âges : enfant, jeune homme, pre->que vieillard. Bacchus enfant exprime l'idée de la vie nouvelle et toujours jeune de la nature (c'est en ce sens qu'on 1 appelait Puer mternns, éternellement enfant), et aussi la vie nouvelle de l'âme unie a lui, identifiée à lui dans les mystères. On le représentait ainsi particulièrement sur la tombe des enfants. Bacchus jeune, dans l'âge de la force, est bien manifestement le dieu infernal quand une petite âme, sous la forme d'un enfant, se glisse sous son sein. Le plus grand nombre des représentations bachiques sur les tombeaux a pour sujet des orgies dionysiaques, où Bacchus, entouré de satyres eu gaieté et de niènades dansantes, enivrés de vin, en proie à l'amour, est assis sur son ch;\r, tantôt seul, tantôt avec son épouse mystique, vainqueur des Indiens, ou seulement dans sa pompe de dieu bienfaisant qui répand autour de lui la joie et le plaisir. Quelquefois il est descendu de son char et atteint lui-même par l'ivresse; s'appuyant sur une jeune femme ou sur un adolescent, il contemple Ariane endormie qu'on dévoila devant lui. Le désordre et la fougue de ces compositions, ces danses effrénées sous l'aiguillon du dieu, sont une puissante expresrion de la vie dont Bacchus est le principe, de l'exaltation dont l'ivresse est le symbole; c'est un premier avertissement qu'une existence plus haute, à laquelle on s'élève par un enthousiasme divin., attend les initiés aux -mystères de Bacchus, Dans le paganisme, c'était par des images sensibles et souvent sensuelles que se traduisaient les conceptions les plus élevées. Les sarcophages bachiques donnent le sentiment de la vie sous toutes ses formes, la passion, le tumulte, les danses fougueuses, la musique étourdissante des cymbales, du tympauum, des crotales, des clochettes, etc.
Naturellement il y avait à Rome, comme partout ailleurs, dans la construction des tombeaux de grandes différences suivant la richesse du propriétaire et le goût de l'architecte. Ce qui était absolument indispensable et constituait essedtiellement les sépulcres ordinaires, c'était une chambre funéraire unique où étaient déposées les dépouilles mortelles du propriétaire du monument; mais les sépulcres plus somptueux avaient, au-dessus de laçhumbre funéraire, un ou deux étages contenant des appartements richement décorés, réservés aux divers membres de la famille, quand ils venaient accomplir sur la tombe
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des leurs certaines cérémonies religieuses ou visiter les restes de parents enlevés a leur affection. Ces appartements ne recevaient jamais de cercueils ni d'urnes funèbres ; ces objets étaient exclusivement déposés dans la chambre funéraire, dont on cachait en général soigneusement rentrée, afin d'en meure le contenu à l'abri de toute profanation. Outre ces tombeaux de famille, il y avait encore à Rome ce qu'on appelait le sepulcrum commune, la sépulture commune, colle qui recevait les restes d'un très-grand nombre d'individus, appartenant à la même famille ou bien encore à des familles différentes. C'était une chambre avec des rangées de niches (columbaria), quelquefois au nombre de plusieurs centaines et s'ouvrant exactement à i une certaine distance l'une de l'autre; dans ' chacune d'elles on pouvait déposer une couple d'urnes cinéraires (oi/as), et le propriétaire de la sépulture donuait, vendait ou laissait par testament le droit de disposer d'un I nombre de nichés qui était spécifié dans ' l'acte. Les chambres sépulcrales pratiquées J dans les tombeaux bâtis le long de la voie Appienne et autres voies sont une imitation < de celles que l'on creusa plus anciennement f dans les montagnes naturelles ou dans les tertres artificiels. Toutefois, le columbarium ne parait guère avant l'empire, et, comme le .fait remarquer M. Ampère, c'est la sépulture de l'égalité sous le despotisme. Il exista aussi à Rome des monuments funéraires en forme de cône, autre forme ancienne que l'Egypte a employée dans ces montagnes de pierres qui sont bien certainement de gigantesques sépulcres. C'est pour celte destination funéraire que fut bâtie à Rome, du temps de César, la pyramide de Cestius. A cette époque, l'Egypte était assez connue et assez à la mode pour qu'un citoyen romain ait voulu, après sa mort, être logé comme les pharaons. Sauf les dimensions, la pyramide de Cestius est absolument semblable aux pyramides d'Egypte; cependant elle a un revêtement plus magnifique, car au lieu d'être en pierre cal- Caire il est en marbre; l'intérieur est plein, à l'exception de la chambre sépulcrale, dont les parois étaient couvertes de peintures ; la pyramide de Cestius n'avait pas d'entrée ouverte. Les peintures ont été exécutées avant l'achèvement du tombeau; on a élevé ensuite la construction au-dessus de la chambre, et, poury pénétrer, il afallu percer la maçonnerie. Au commencement du moyen âge, l'usage romain d'édifier les tombeaux le long des voies publiques prévalut d'abord. Grégoire de Tours cite plusieurs exemples de ces sortes de monuments. Ce rie fut que sous les premiers Carlovingiens que l'on commença à ensevelir les morts sous l'égout des toits des églises ainsi que sous leurs porches et dans les lieux voisins qui étaient bénis. Cette coutume ne fut abandonnée que vers la fin du Xlie siècle, époque à laquelle on enterra complètement dans les églises, et ou commença à élever de véritables tombeaux sur tes sépultures. M. Violiet-le-Due divise les tombeaux du moyen âge en trois séries : la première comprend les sarcophages proprement dits, plus ou moins décorés de sculptures, mais sans représentation du défunt, sarcophages apparents placés au-dessus du sol; la seconde, les socles posés sur une sépulture, portant parfois l'effigie du mort et placés soit dans une sorte de niche ou petite chapelle, soit sous un édicule en forme de dais ; la troisième, les tombes plates posées au milieu du pavé des églises, gravées ou en bas-reliefs et formant comme le couvercle de la fosse renfermant le cercueil. La première espèce de tombeaux ne se rencontre guère que sous- les périodes mérovingienne et carlovjugienne, c'est-à-dire avant le xu« siècle." Les sarcophages de cette époque sont rectangulaires, avec bas-reliefs sculptés sur les parois; on retrouve cette forme dans les tombeaux des comtes de Toulouse, qui sont placés contre les parois du transsept méridional de Saint-Sernin de Toulouse, et qui datent du xie et du xue siècle. Un des tombeaux les plus anciens, parmi ceux accolés à des monuments religieux, est celui que l'on voit à Toulouse entre les contreforts des bâtiments des chartreux. Ce monument est eievé dans une niche et supporté par des colonnettes de marbre; il est entièrement peint, et le nom du persotinuge dont le corps a dû y être enfermé est resté complètement inconnu. A partir du xme siècle, on rencontre peu de ces sarcophages ; on commence à enterrer les morts sous Je pavé des églises, qui fut bientôt couvert, ainsi que les murs, de monuments, d'inscriptions et d'effigies; les chœurs étaient réservés aux membres du clergé et aux très-hauts personnages; les évéques, ainsi que quelques princes, eurent le privilège d'être ensevelis sous le pavé du chœur ou entre les piliers du sanctuaire. Les fondateurs d'abbayes se réservaient la faculté d'être enterrés, eux et leurs successeurs, dans l'église érigée avec .leurs dons, et beaucoup de monuments remarquables ont pu être conservés jusqu'à nos jours. Les abbayes de Suint-Denis, de Sainte- Geneviève, de Saim-Germain-dos-Prés et des Célestius, à Paris, de Braisne, de Vendôme, de Jumièges, de Fécamp, de Longpont, de Royaumont, d'Eu et de Poissy renfermaient des sépultures splendides de princes et de seigneurs, et quelques-uns de ces monuments nous sont restés.
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L'abbaye de Saint-Denis n'a presque rien conservé de ses plus anciens tombeaux, f L'église ayant été rebâtie par Suger, dit M. Viollet-le-Duc, il est à croire que les monumenls anciens (si tant est qu'il y ait eu des mausolées élevés sur les tombes des princes) furent détruits ou fort endommagés. Quand, plus tard, vers le milieu du xute siècle, on remplaça la plus grande partie des constructions du xue siècle, que l'on reconstruisit la nef, le transsept et le haut chœur, les derniers restes des tombeaux antérieurs à Louis IX furent dispersés; si bien que, pour ne pas laisser perdre la mémoire de ces vénérables sépultures, saint Louis résolut de rétablir tous ces tombeaux, à commencer par celui de Dagobert. Les ossements que l'on put retrouver dans les anciens cercueils furent replacés dans les nouvelles tombes.
Parmi les tombeaux antérieurs à saint Louis, un seul fut conservé et replacé au milieu du chœur des religieux ; ce fut celui de Charles le Chauve, qui était de bronze avec parties émaillées, et qui dut probablement à la solidité du métal de ne pas être détruit comme les autres. Du tombeau de Dagobert il restait, sous le cloître de l'église de Suger, un fragment dont parle dom Doublet {Antiquités et recherches de l'abbaye de Saint-Denis, en France), et que M. Percier a dessiné en 1797. C'était une statué colossale, assise, couronnée, vêtue d'une tunique longue et d'un pallium.» Cette statue ne devait pas être antérieure au xtis siècle ; on ne l'a pas retrouvée de nos jours, pas plus que celles de Clovis et de Sigebert, qui faisaient partie du même monument. Saint Louis n'en éleva pas moins un nouveau tombeau au fondateur de l'abbaye et le lit placer à l'entrée du sanctuaire, côté de l'épltre ; il est replacé aujourd'hui au même endroit. « Ce tombeau, qui date par conséquent du milieu du xm« siècle, est uu des plus curieux monuments funéraires de cette époque. Il se compose d'une grande niche surmontée d'un gable; au bas de la niche est déposé un sarcophage, dont le couvercle sert de lit à l'effigie du roi, couché sur le côté gauche. Au fond de la niche se développe, par bandes superposées, la légende relative à la mort de Dagobert. Debout, des deux côtés de l'effigie royale, sont les statues de Nantilde, seconde femme de Dagobert, et de Sigebert, son fils aîné, qui furent enterrés près de lui. Dans les voussures qui forment la niche sont sculptés deux anges thuriféraires, et dans le tympan du gable le Christ et les deux évéques saint Denis et saint Martin, lesquels, en compagnie de saint Maurice, au dire de la légende, délivrèrent l'âme du roi des mains des démons et la conduisirent en paradis. Le devant du sarcophage est fleurdelisé ainsi que le socle. Tout ce monument était peint j outre les traces encore visibles, les dessins minutes de Percier 'fournissent tous les détails de la coloration. • Le sarcophage, la statue couchée et celle de Sigebert ont été refaits dans ces derniers temps sur les dessins que Percier avait faits de ce tombeau avant sa translation au musée des Petits- Augustins. A ce propos, il est bon de rappeler ici une bizarrerie d'artiste, et que rapporte M. "Viollet-le-Duc : la statue de Nantilde ayant eu la tête enlevée lorsqu'elle fut transportée avec le tombeau au musée des Petits- Augustins, M. Lenoir ne trouva rien de mieux que d'y faire adapter une tête d'homme ; cette statue, ainsi déligurée, fut ensuite moulée, réduite et vendue comme une des œuvres remarquables du moyen âge. Que d'antiquaires et d'amateurs de curiosités ont dû mettre l'enchère sur ce corps de femme surmonté d'une tête d'homme 1
Parmi les tombeaux en forme de niches ou chapelles avec effigies des morts posées sur le sarcophage, il faut citer celui qui existe dans le collatéral du chœur de la cathédrale de Rouen, et qui date de la lin du xtie siècle, ainsi que celui du prêtre Bartholomé, placé dans 1 église de Chénérailles (Creuse)? dont il fut probablement le fondateur. A partir du xme siècle, on éleva un grand nombre de tombeaux dont la donnée se rapprochait du catafalque ; l'effigie du mort était placée sur une espèce de crédence ajourée, élevée sur la sépulture, et un dais tenu par de petites colunueUes, formant clôture, tenait lieu de poêle. Le tombeau du comte d'Ëtampes, petitlils de Philippe te Hardi, et placé dans l'église des Cordeliers, à Paris, était établi dans ces conditions. Parmi les plus remarquables en ce genre, on peut citer celui de l'archevêque Pierre de La Jugée, placé entre deux des piliers du chœur de la cathédrale de Narbonne, et dont la statue et l'un des bas-reliefs ont été enlevés pour être déposés au musée de Toulouse. On retrouve cette disposition dans un grand nombre de tombeaux du xive et du xve siècle ; tels sont ceux de François 1er et de Henri II, à Saint-Denis. Le premier de ces monuments montre nonseulement les ligures nues du roi et de la reine Claude sous le cénotaphe, mais encore sur le couronnement les mêmes ligures agenouillées, vêtues et accompagnées du dauphin'François, du prince Charles d'Orléans et de Charlotte de France, morte à l'âge de huit ans. Ce tombeau de François Ier est dû à des hommes d'une très-grande renommée : a l'architecte Philibert Delorme, aux sculpteurs Pierre Bon temps, Germain Pilon, Ambroise Perret, Jacques Chantrel, Bastile
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Galles, Piorre Bigoigne, Jean de Bourgy et Jean Goujon. Depuis le xvi" siècle, les tombeaux ont pris des caractères très-variés; le peu d'espace qu'on leur accorde a fait renoncer à ces édicules d'une très-grande magnificence, et la plupart de nos sépulcres ne sont recouverts que d'une pierre tombale, ou bien forment des mausolées d'une architecture trèssimpleet complètement privée de décorations et de sculptures. Les tombeaux plats avec effigies en relief, ou simplement gravées sur la pierre ou sur le métal, sont de deux espèces: dans la première, les effigies sont posées sur un socle très-bas, présentant une faible saillie au-dessus du sol; dans la seconde, elles sont au niveau même du sol, de façon à permettre de marcher dessus comme sur un dallage. Les tombeaux plats, légèrement soulevés au-dessus du sol, se rencontrent fréquemment dans les églises qui datent du xne siècle et du comirLeucement du xme siècle-, on les exécutait le plus souvent en bronze. Nous -ne possédons plus en France que quatre de ces lambeaux de métal ; deux sont sans émaux, ce sont ceux des évéques d'Amiens, Ewrard de Fouilloy et Godefroy. Le premier de ces deux monuments est d'une grande valeur comme art. Evrard de Fouilloy fut le fondateur de la cathédrale actuelle d'Amiens, commencée en 1220. Les deux autres sont ceux de Jean et de Blanche de France, enfants de saint Louis, et déposés, avant la Révolution , dans l'église de l'abbaye de Royaumont, sous deux niches décorées de peintures. Ces tombeaux, fort petits, sont en cuivre repoussé,. gravé, doré et émaillé aux armes de France, de Castille et d'Aragon. Les deux plaques dont ce monument était formé sont déposées aujourd'hui dans l'église de Saint-Denis, à côté du maltre-auteï, en face du tombeau de Dagobert.
Les tombeaux formés de pierres • plates gravées et placées au niveau du sol existent encore en grand nombre en France. Les plus beaux parmi ceux que nous possédons se trouvent dans la cathédrale ei l'église de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, dans les églises de Troyes et de Beaune, dans la Sainte-Chapelle, à Paris, etc. Les gravures de ces pierres sont parfois incrustées de marbre blanc et noir, mats te plus souvent elles sont remplies de plomb et de mastic noir et brun rouge. Il y a encore une sorte de tombeaux intermédiaires entre les deux espèces de tombeaux plats ; ce sont ceux qui sont formés avec des statues couchées sur un lit légèrement incliné et ayant au-dessus du pavé un faible relief. M. Viollet-le-Duc rapporte, d'après Gaignières, qu'il existait avant la Révolution, dans l'église de Chaloché, an milieu du chœur, un tombeau ainsi composé : c'était celui de Thibaut, seigneur de Mothéfélon, de Béatrix de Dreux, sa femme, de leur fils et de leur bru. Le3 quatre statues étaient couchées sur un socle. incliné, peu élevé; elles étaint peintes et reposaient leur tête deux à deux sur un coussin de pierre, tandis que leurs pieds s'appuyaient sur une saillie sculptée et représentant des animaux couchés. Ce tombeau datait du commencement du xive siècle.
De. nos jours, les tombeaux les plus somptueux ont, en général, la forme de petites chapelles que Ion décore parfois d'attributs rappelant la notoriété du défunt ; ce sont aussi souvent de simples sarcophages accomgnés d'une statue ou d'un. buste. Nous avons mentionné les principaux dans les articles consacrés aux divers cimetières de Paris.
— Mécan. Chaudières en tombeau. Ces chaudières à chauffage extérieur, dites aussi chaudières de Watt, ont été exclusivement employées tant en Angleterre qu'en France, en Belgique, en Amérique et, en général, dans toutes les contrées où on faisait usage des machines à vapeur à basse pression ne dépassant pas une atmosphère et demie.
La chaudière en tombeau consiste en un cylindre horizontal, à fond plat, ayant pour directrice une courbe composée de quatre arcs de cercle, formant deux angles plus ou moins arrondis à leur point de réunion. De ces quatre arcs de cercle, l'un est convexe et les trois autres sont concaves extérieurement. La chaudière repose dans le fourneau sur les deux arêtes passant par les angles. Les trois faces concaves sont celles qui constituent la surface de chauffe; elles sont immédiatement en contact avec le foyer et les gnz qui s'en échappent. La forme concave qu'on leur donne a plutôt pour but d'agrandir la section des carneaux que de faire diverger les rayons du calorique dans l'intérieur. La paroi convexe forme le réservoir de vapeur, auquel on donne une très-grande section, à cause de la faible pression de la vapeur qu'il renferme, et pour obtenir de la régularité dans te travail. Ces chaudières planes paraissent fournir plus de vapeur que les surfaces cylindriques, d'après quelques observateurs; ce résultat est nié par d autres. Elles se déforment plus facilement sous l'action de la pression intérieure ou extérieure. Dans les chaudières en tombeau, l'espace occupé par la vapeur est ordinairement le tiers du volume de l'eau et douze fois le volume de vapeur dépensé à chaque coup de piston. Le volume de l'eau dans les chaudières en tombeau peut être évalué approximativement à 400 litres par cheval-vapeur.
Tombeaux (les) [1 Sepotcri]: poôme de
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Ugo Foscolo, qui date du commencement do ce siècle. Ce poème ou carme, comme disent les Italiens (/! Carme dei sepolcri), dédié par l'auteur à un poste, Hippolyte Pindemonte, est sans contredit une des plus belles poésies de la littérature moderne de l'Europe. Dans cette œuvre règne cetle profonde mélancolie qui sied si bien à un peuple malheureux. On y trouve ce souvenir fortement senti de la gloire passée, ces sentiments graves qui élèvent l'âme et la disposent aux grandes choses. Foscolo a pris le soin de dire qun Young et Hervey avaient considéré les tombeanxea chrétiens, Gray en philosophe, et lui en politique. Mais point n'était besoin de cette déclaration; le sentiment patriotique y domine à la fin d'une manière éclatante.
Suivons Foscolo, cet homme aux cheveux roux et flottants, aux yeux bleuâtres, aux sourcils épais, au front chargé de désespoir; suivons-le dans sa promenade solitaire au milieu des sépultures entr'ouvertes. il se sentait à l'étroit sur la terre , il étouffait dans l'atmosphère des vivants; sa vaste poitrine ne peut respirer que l'air des tombeaux. Là, oomine il se sent à l'aise, comme il marche d'un pas ferme sur les dalles humides, comme il rafraîchit son front brûlant à la brise sépulcrale 1 Sur le seuil delà voûte souterraine, il renie la foi des révolutions, il pèse les crânes vides dans le creux de su main, il sourit d'un air de mécréant et, dans des vers magnifiques, dont ne pourrions donner ici qu'un pâle reflet, il arrache de son âme le plus grand sentiment de la raison humaine, 1 immortalité. Tout a coup une voix plus douce se fait entendre du fond de son cœur dans cette affreuse agonie ; c'est peut-être un soupir de quelque amour oublié. En lin, la colère flamboie dans ce cœur ulcéré. La parole de Foscolo tombe comme une malédiction sur la ville prostituée (Milan) qui refuse une sépulture a Parini,le saint poète I Puis il élève sa pensée à des jours plus heureux, lorsque les tombeaux étaient les temples des pères et les autels des enfants, et se prosterne devant les monuments de Machiavel, de Galilée et de Michel-Ange (dans l'église de Santa-Croce, le Panthéon italien). Le poète bénit Florence d'avoir donné- des monuments à ces grands hommes, et la vie à Dante, et la parole a Pétrarque, et le spectacle inspirateur de ce Campobanto de grands hommes à Victor Alfieri, qui devait plus tard reposer avec eux. Et aussitôt, inondé du souffle de vie qui sort des tombes, il pense à la Grèce (il nommait ainsi son Italie, ce poète forcément obscur et voilé), et dans une vision sublime il voit la guerre d'affranchissement, la guerre sainte, sortir tout armée, avec un cliquetis d'éclairs, des fosses glorieuses où étaient couchés les hommes de Marathon.
Du poème des Tombeaux, qu'on a appelé « le pendant du Jugement de Michel-Ange, » est sortie la génération politique et littéraire de 1848, et pourtant Ugo Foscolo, le poète des Tombeaux, n'a pas encore son monument à Santa-Croce, lui qui s'est écrié : • Lorsque je vis le tombeau de ce grand qui, brisant le sceptre des rois, en arrache les lauriers et montre aux peuples de quelles larmes et de quel sang il est sillonné (Machiavel), et le cercueil de celui qui éleva a Rome un nouvel Olympe à la Divinité (Michel-Ange), et de celui qui le premier vit tournoyer, sous le pavillon éthèré, plusieurs mondes éclairés par les rayons d'un soleil immobile (Galilée) et déblaya les voies du firmament à 1 Anglais (Newton) qui devait y déployer ses ailes ; je m'écriai : Tu es heureuse, ô Florence! Ton beau ciel est plein d'éclat et de vie; l'Apennin te verse de ses monts ses eaux fraîches et pures; la lune répand sa lumière limpide sur tes collines bruyantes ; de tes vallées s'élève un parfum de fleurs, plus pur que l'encens. Tu es heureuse, ô Florence I Tu écoutas la première le chant qui soulagea le courroux du proscrit gibelin (Dante) ; tu donnas les parents et le doux idiome à ce chaste enfant de Calliope, qui couvrant d'un voile candide l'Amour, nu jadis en Grèce et a Rome, le remit au sein de la Vénus céleste (Pétrarque). Mais raille fois plus heureuse parce que tu renfermes en un seul temple toutes les gloires italiennes, les seules peut-être, depuis que les Alpes mal gardées et la toute-puissance des vicissitudes humaines nous ont ravi armées, richesses, autels, patrie, tout enfin..., excepté les souvenirs. >
Tombeau (le), ouvrage posthume d'Anna Radcliffe (1822). On trouve dans ce roman le luxe et la fécondité d'imagination qui étaient le caractère distiuctif des compositions de l'auteur. Les riches tableaux et les descriptions qui relèvent l'action ressemblent à ceux d'un conte oriental, sans cependant perdre tout à l'ait l'exactitude de la ressemblance, car Anne Radcliffe avait visité les lieux qu'elle décrit. Qu'on ne s'attende pas à l'analyse des dix ou douze histoires enchevêtrées les unes dans lès autres par ('auteur; nous essayerons seulement de dégager celle à laquelle se rattachent les récits accessoires. Charles Kelly et sa sœur Jenny voyagent à la recherche de leurs pttrents, qui ont subitement disparu et dont ils n'ont pas de nouvelles depuis quinze années. Ils tombent entre les mains d'inconnus qui les enferment séparément dans une espèce de château à chambres obscures, souterrains et oubliettes. Leur oppresseur jura à Charles qu'il immolera sa sœur, s'il ue tue
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un homme dont il lui montre le portrait. L'original du portrait k.'est autre que le père de Charles auquel le maltredu château, Perkins, avait voué une haine mortelle parce qu'il lui avait été préféré par son épouse Pauline, à la main de laquelle il avait, prétendu. Le père et le fils se retrouvent, se reconnaissent et, aidés de quelques amis, vont délivrer Pauline et Jenny et mettre à mort l'infâme Perkins, le persécuteur de leur famille.
Bien entendu que nous ne donnons ici qu'un sommaire de cette sombre histoire, où les cachots, les chaînes, les fantômes, les enlèvements, les épées, les pistolets et les poignards jouent le puncipal rôle et dont les héros se - trouvent une douzaine de fois chacun sur le point de périr victimes des machinations de leur ennemi. Quant aux histoires incidentes, nous ne citerons que cette singulière imagination de faire intervenir don Carlos, le lils du sombre Philippe H, qui, après avoir eu les veines ouvertes dans un bain et avoir passé pour mort, se retrouve plein de vie dans une retraite rustique.
Le Tombeau, est un récit incroyable, renfermant des coups de théâtre en assez grand nombre pour alimenter dix drames de Pixêréoourt, et cependant, malgré son invraisemblance, cet ouvrage intéresse. 11 dénote chez l'auteur une singulière puissance d'imagination. Le style descriptif est animé, le récit touchant, les situations émouvantes et terribles; au dénoûment, la vertu est récompensée et le vice puni; tous les éléments d'intérêt se trouvent donc réunis. De nos jours, où le fantastique n'est plus de mode, le Tombeau n'aurait qu'un succès médiocre ; à l'époque où il parut, sa vogue fut immense, presque aussi grande que celle des Mystères d'UdolpIie, le chef-d'œuvre d'Anne RadciiïTe,
Tomiienui de Suint-Denia (les), roman par Mlle Clémence Robert (1846). Ce n'est pas, comme le titre pourrait le faire croire, une étude sur les' sépultures royales de Saint- Denis ; c'est un véritable roinan,dont une des scènes principales se passe dans les caveaux de Saint-Denis. C'est un roman historique, l'histoire enjolivée de fictions du sire dé Baradas, un jeune gentilhomme arrivé de Bourgogne avec la cape et l'épée et qui a gagné rapidement la. faveur de Louis XIII, et un rang très-élevé à la cour. Elévation merveilleuse dont les courtisans demeuraient étourdis, i car, disent les mémoires contemporains, il était peu souple, peu endurant et montrait ouvertement son dédain pour les petitesses et les ridicules de la cour, II s'était fait de grands ennemis parmi les gentilshommes, et on ne sait comment, avec ses défauts, il était parvenu à plaire à Louis XIII; mais le prince en était tellement épris, qu'il ne pouvaitse passer de lui un seul instant et était même jaloux des politesses qu'on faisait à son favori et voulait qu'il n'acceptât rien d'autres que lui. «Richelieu, jaloux de toute influence qui pouvait porter ombrage à la sienne, tente de le noircir dans l'esprit du monarque et l'accuse d'avoir conspiré avec Gaston d'Orléans, le frère du roi. Heureusement pour le favori, deux personnes veillent sur lui, le célèbre Karl-Jules Sarrazin et la belle comtesse de Guéménée. Sarrazin est son rival, car tous deux aiment Hélène; mais le Sculpteur comprend son infériorité vis-à-vis do la comtesse et la cède à Baradas. Bien plus, la sépulture de Henri IV a été violée ; on a volé sou sceau royal, et Surrazin, qui s;iit que Baradas est un lils naturel du Béarnais, appose le sceau sur la reconnaissance qui légitime son rival. Louis XIII ne peut faire punir son frère, et la voix de la nature, d'accord avec celle de l'amitié, fait grâce au coupable et lui rend tous ses honneurs.
11 y a dans ce roman une scène terrible. Baradas, enfermé dans les caveaux de Saint- Denis, manque d'y mourir de faim, lorsque enfin le hasard se charge de sa délivrance. Rien d'affreux comme les angoisses de ce malheureux enfermé vivant dans ces tombeaux et qui court risque d'y périr de faim au milieu d'atroces souffrances. En revanche, d'autres scènes charmantes reposent le lecteur, comme celle où Baradas, épuisé de fatigue et de besoin, s'évanouit et se réveille sous les baisers d'Hélène, qui a tout abandonné, fortune, honneur, réputation , pour partager l'exil de celui qu'elle aime. Trop d'événements se pressent, trop de personnages se coudoient dans ce roman, pour qu'il soit possible de l'analyser complètement. Nous citerons seulement deux types qui peignent les mœurs de l'époque : le baron Fergus de Plangi, l'ennemi acharné de Baradas, échappé à la mort en y envoyant, lié et bâillonné k sa place, le prêtre qu'on lui avait donné pour i assister à ses derniers moments, et Marie de Hautemer, la personnification de la vengeance j son pore et ses deux frères ont été assassiiiés, et elle violée par l'aïeul de Fergus de Plangi. Elle a juré sur le corps de son père de le venger comme il a souffert, d'anéantir Fergus et toute sa race, comme Dieu l'avait fait pour le premier pécheur. Elle a tenu parole; tous les Plangi ont été oignardés par elle, et c'est elle qui livre au ouireau le dernier Fergus, qui lui avait échappé une première fais. Ces deux figures terribles comme le Destin planent sur les événements et leur prêtent une couleur sombre et tragique qui fait frissonner. En résumé, les Tombeaux de Saint-Denis sont une
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œuvre intéressante, pleine de vie et de mouvement, mais où l'imagination a plus de part que l'histoire. Le style en est élégant et animé d'une chaleur croissante.
Tombeau de Deslllci (le), pièce de Desfontaines. V. Desilles (le tombeau de).
Tombeau de la chrétienne OU de la Rou-
mic (le) , monument antique qui s'élève à quelques lieues d'Alger, vers l'extrémité ouest de la plaine de la Métidjah, sur l'un des points culminants du Sahel. C'est une masse de maçonnerie quadrangulaire, reposant sur une base cylindrique , s'aiguisant vers le sommet et se terminant, à la façon des chalets suisses, en une pyramide formée par des degrés superposés, le tout assez peu régulier et fort dégradé par le temps. Près de là on remarque une pierre isolée, perpendiculairement assise et présentant sur sa surface une croix assez mal figurée, ou, pour mieux dire, une sorte o hiéroglyphe qui offre une certaine analogie avec le signe de la rédemption. Telle est probablement la cause du surnom donné à ce tombeau par les Arabes, bien que leurs traditions représentent généralement ce monument comme l'antique sépulcre d'une princesse du sang maure.
Cette opinion s'accorde assez tnal toutefois avec les légendes musulmanes, qui toutes assignent au mausolée une origine chrétienne. Quoi qu'il en soit, le tombeau de la Chrétienne passe, à tort ou a raison, pour receler d'immenses richesses. Ce gigantesque monument (il n'a pas moins de 30 mètres de hauteur sur 5 mètres de base) enferme, dit-on, dans ses flancs des monceaux de pierres précieuses, des boisseaux de perles et de rubis, des quadruples à remuer à la pelle; aussi les Turcs lui avaient-ils donné le nom de « Trésor de la pointe. > Tout cet or et tous ces joyaux appartenaient à une princesse sarrasine, chassée d'Espagne au moyen âge, et qui fut inhumée en ce lieu. On se demande comment ce précieux trésor a pu rester jusqu'à présent intact parmi tant de populations rapaces, et comment, par exempte, les Hadjouths, ces brigands de profession, sur le territoire desquels s'élève le tombeau de la Chrétienne, ont respecté ce dépôt. Ce qui explique le mépris ou plutôt l'étonnante délicatesse des Maures et des Arabes à l'endroit des richesses prodigieuses enfouies sous le tombeau de la Chrétienne, c'est la croyance généralement répandue que ce tombeau ne pouvait s'ouvrir qu'à l'aide de certaines formules cabalistiques profondément inconnues. Toutefois, ce puissant palladium ne garantit pas le monument de quelques tentatives faites par des étrangers au pays et qui tournèrent, du reste, a la confusion de leurs auteurs. Une légende célèbre en Algérie sous ce titre, Hadjouth esclave, est le récit d'une de ces vaines tentatives. Il semble en résulter que le mystérieux trésor serait encore dans le mausolée, à la merci du premier ravisseur qui aura l'habileté de s'en saisir, et la légende porte qu'à un chrétien seul est réservée cette proie. Malheureusement, une autre légende infirme le dire de la première en ce qui touche l'existence actuelle du trésor. Selon cette nouvelle légende, le trésor de la chrétienne aurait disparu pour aller enrichir, il y a deux siècles, un pays et un bénéficiaire restés l'un et l'autre inconnus. Quoi qu'il en soit de cette histoire, le tombeau de la Chrétienne jouit d'une renommée universelle en Algérie. Pour ce qui est de la valeur archéologique de ce tombeau, où la légende musulmane accumule tant de richesses, les antiquaires ne sont pas d'accord sur ce point; les uns veulent, sur la foi de l'historien Marmol, que cette sépulture soit celle de Cava, fille du comte Julien, l'un des gouverneurs d'Afrique; les autres inclinent k penser, d'après Pompouius Mêla, que ce mausolée fut le sépulcre commun de la famille royale de Numidie.
Donnons en terminant quelques renseignements sur le monument lui-même et sur les travaux qui ont été entrepris pour le dégager. Sur le socle s'échelonnent les cinquantetrois degrés, chacun de 0m,58, d'un immense cône écrasé à son sommet. Des fouilles, qui n'ont pu encore être complètement poursuivies par M. Berbrugger, ont permis cependant de dégager le monument, dans lequel le Savant bibliothécaire a pu pénétrer jusqu'à 14 mètres de profondeur horizontale. Quant au trou appelé par les Arabes menfous ou soupirail, qui se trouve au sommet du cône, ce n'est pas une entrée, mais le résultat de tentatives faites pour pénétrer dans le tombeau, car après avoir fait enlever la terre et les éclats de pierre qui garnissaient le fond de ce trou, M. Berbrugger a retrouvé le noyau du monument. En somme, les curieux qui visitaient le tombeau avant les fouilles n'avaient sous les yeux qu'un amas gigantesque de pierres taillées, les unes à leur place, les autres entassées confusément autour de la base, avec quelques débris de colonnes, de socles et de chapiteaux ioniens, mais sans caractère précis de cet ordre; aujourd'hui l'aspect monumental se révèle ; si l'on poursuit ces travaux de fouilles si bien commencés, Kbour-er-Rouniia fournira, à l'aide d'une restauration complète ou partielle, un témoignage irrécusable de l'état de l'architecture chez les peuples africains dans l'antiquité.
TOMBECKBEE , rivière des Etats-Unis.
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Elle prend sa source à l'extrémité N.-E. de l'Etat de Mississipi, coule au S.-S.-E., baigne le comté de MonroB, entre ensuite dans l'Etat de l'Alabama et, après un cours d'environ 800 kilom., se joint à la droite de l'Alabama pour former la Mobile. Elle est navigable sur une partie de son cours. Ses principaux affluents sont le Buta-Hatoheo-Creeket la Tuscaloosa.
TOMBECORNE s. m, (ton-be-kor-ne).
Bot. Nom vulgaire d'une espèce de centaurée.
TOMBÉE s. f. (ton-bé — rad, tomber).
Chute, mouvement de choses qui tombent;
Quantité de choses tombées : Quelle tombée e pluie! Après avoir secoué les pommiers, ils ramassèrent cette tombée de fruits. Il Peu usité.
— Petite quantité qu'on ajoute sur le plateau d'une balance en équilibre, pour la f;<ire tomber : Ajoutez-moi la tombée.
— Déclin, moment où tombe le jour ou la nuit : A la tombée du jour, A la tombéu de ta nuit.
— Chorégr. Espèce de pas, appelé aussi
TOMBÉ
— Miner. Masse de houille abattue au moyen de coins, n Opération par laquelle on abat cette houille,
TOMBÉKI s. m. (ton-bé-ki). Espèce de tabac qu'on fume avec le narghileh, et qui se récolte principalement en Perse.
TOMBELAINE, Ilot situé à 3 kilom. N du Mont-Saint-Michel, dont il a longtemps défendu l'accès. Philippe-Auguste y avait fait bâtir des fortifications destinées à servir de garde avancée au monastère; ces ouvrages furent démoiis en 1666.
Il est souvent question deTombelaine dans les romans de la Table ronde. Les poètes prétendaient que le nom" de cet Ilot était une abréviation de Tombe d'Hélène; ils y plaçaient la tombe d'Hélène, fille d'HoSl, neveu d'Arthur, enlevée par un géant nommé Dinabue, qui l'avait fait mourir, après l'avoir prise de force, et qui lui-même tomba sous les coups du héros de la Table ronde.
TOMBEL1ER s. m. (ton-be-lié). Charretier qui conduit un tombereau.
TOMBELLE s. f. (ton-bè-Ie — dimin. de tombe). Monticule, éminence factice servant de tombeau ou de monument conimémoratif : On trouve près de Jebsheim, à deux lieues de Colmart de petites collines isolées gui ont tout le caractère des tombelles celtiques. (Ab. Hugo.)
TOMBER v. n. ou intr. (ton-bé. — L'origine de ce mot est controversée. Ménage en était réduit à faire venir tomber d'un type latin ptomare, du grec ptôma, chute, d'où tomare, tobare, lombare. Il n'y a pas à s'arrêter là-dessus. Quelques étymofogistes rattachent tomber au latin tumba dans le sens de tas, tertre. Tomber serait ainsi proprement faire tus. A l'appui de cette opinion, Diez allègue la locution allemande ùber den H au f en werfen, jeter à terre, littéralement jeter pardessus tas, et l'espagnol tropellar, renverser, de tropel, tas. Scneler signale aussi l'expression faire un cumulé, pour faire ta culbute, qui rappelle le latin cumulus, tas. Selon nous, 1 opinion la plus vraisemblable paraît être celle qui rattache tomber à l'ancienne forme tumber, primitivement («nier, encore en usage en Lorraine et en Champagne. Tumer, tumber signifiait, dans l'origine, s'agiter, se démener, se trémousser, gambader, sauter, bondir, tournoyer, danser. L'ancien français tumer venait du germanique ; ancien haut allemand tumàn, tumilôn, tumelên, s'agiter, tourner, tournoyer; danois tumle, s'agiter, tournoyer, pirouetter, voltiger; anglais totumble, ancien hollandais tumen , même sens: hollandais moderne tuimelen, faire des culbutes, culbuter; allemand tummelu, faire tournoyer un cheval, le faire voltiger, toutes formes qui se rattachent à la racine sanscrite dhû, agiter, secouer, d'où dkuma, fumée, proprement ce qui est agité ou emporté en tourbillons, dliûli, poussière. En grec, la même racine donne lhuein,se précipiter, thuella, ouragan, thumos, colère , fougue, courage et, par extension, esprit). Etre porté en bas, entraîné de haut en bas : Tomber à la renverse, sur les genoux, sur ta tête, sur le nez. Tomber de cheval. Tomber dans un fuisé, dans ledit. Les fruits tombent de l'arbre. Ses cheveux tombent. Le tonnerre vient de tomber. Les poêles disent que Vulcain a tombé du ciel pendant un jour entier. Nous apprenons à marcher à force de TOMBER. (F. Bastiat.) La vanité donnait au gladiateur la force de tomber avec grâce. (Latena.) Le fruit qui TOMBE, tombe en vertu d'une loi. (E. de Gir.)
Tombe, tombe, feuille éphémère, Voile aus yens ce triste chemin; Cache au désespoir de ma mère La place où je serai demain.
Millevotq,
Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi, Comme le chêne autour de soi Voit tomber les feuilles fanées.
LAMAR.T1N8.
— Se détacher de la place qu'on occupait : Le crépi de ce mur tombe en divers endroits. L'écorce du platane tombe chaque année. L'es-
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carre a fini par tomber. Les premières dents tombent de bonne heure.
— Etre tranché, puis porté en bas, en parlant de la tête d'un homme qu'on exécute à mort : Sa tête tomba sur l'échafaud.
— S'écrouler, être ruiné : Une maison qui tombe en ruine. Les aras font leurs nids dans les trous de vieux arbres pourris, qui ne sont pas rares dans leur pays natal, oâ il y a plus d'arbres qui -tombent de vétusté que d'arbres jeunes et sains. (Buff.)
— Périr ; être anéanti, dissipé, détruit : Nos illusions TOMBKNT une à une. L'Empire avait abusé de la force et de ta guerre, il kst tombé par la force et par la guerre., (V. Cousin.) Comme les feuilles des bois, nos illusions tombent avant l'hiver de la vie. (Descuret.) Le christianisme tombe de jour en jour. (Chateaub.) Les barrières qui séparaient les individus et les peuples tombent successivement. (L'abbé Bautain.) La /{évolution esi une transition entre un ordre ancien qui tombe et un ordre nouveau qui se fonde. (E. Littré.)
Nous marchons dans un siècle où tout tombe a
[grand bruit.
Lauartinb.
— S'abattre, s'abaisser : Tombez, tombez, voiles importuns. (Fléch.)
Chaque voile qui tombe offre un charme de plus. Baour-Lormian.
— Etre porté, dirigé :
Tous vos regards sur mot ne tombent qu'avec peine.
Des courtisans sur nous les inquiets regarda Avec avidité tombent de toutes parts.
VoLTAlKK.
— Pendre ; être pendant, retenu par le haut et libre par le bas : Ses cheveux tombent avec grâce. Ce manteau, cette robe tombe mal.
- — Faiblir; perdre de son intensité, de sa force : Sa voix tombe <i la fin de chaque période, de chaque phrase musicale. Le vent kst un peu tombé, il Perdre de sa vigueur, de sa force physique ou inorale : C'est un homme qui est "bien tombé, ii Perdre sa situation, descendre dans une situation inférieure : Il faut que tout tombe, quand tout s'est élevé. (Volt.) lt Succomber, périr, disparaître : L'Angleterre aristocratiqtieTOMBuviK, mais l'Angleterre natiou est immortelle. (V. Hugo.) il Cesser, discontinuer : Le vent vient de tomber. Tous ces bruils de guerre sont tombés. On voit des amours effrénés tomber comme un vent qui s'apaise. (Lacordaire.)
J'ai vu de son courroux tomber la violence,
IUcink.
Dieux, qu'elle est belle 1
Les plus affreux' soupçons tombent a son aspect, La colère se change en timide respect,
Mme E. de Giraiidw,
— Etre négligé, mis en oubli : On laisse tombkr ces études. Cette mode est tombée.
— Pécher, se laisser entraîner au mal : Ce n'est pas parce qu'on est faible qu'on tombb, c'est parce qu'on se croit fort. (Mongin.)
Àhl ne méprisons pas une femme qui tombe; Qui sait sous quel fardeau la pauvre arae succombe!