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là on les transporte souvent à Lisbonne, d'où elles nous arrivent dans les divers pays d'Europe. La topaze de Saxe est en cristaux courts, très-nets, d'un jaune de paille; elle n'a pas l'éclat ordinaire des topazes. Elle se trouve près d'Auerbach, en Saxe, dans les nombreuses fissures et cavités d'un rocher qui est haut de 80 pieds environ et situé sur le sommet de la montagne dite de Schneckenstein, à 6 lieues au sud de Zwickau. Ce rocher est lui-même composé de la substance de la topaze, mêlée de quartz, de mica et de tourmaline. Les Allemands ont nommé cette roche topaz-fels. La topaze de Sibérie n'offre que des teintes très-légères de vert et de bleuâtre ; elle peut même être com-
filétement hyaline et incolore. L'Ecosse est a contrée d Europe qui possède les topazes de ce genre les plus volumineuses. On les trouve dans l'Aberdeenshire et dans le Banffshire, à Portsay. Ces topazes sont verdâtres ; ' on les nomme saphirs à Edimbourg, où on les taille. Le terrain où on les recueille est un terrain d'alluvion, qui offre également du quartz jaune, dit topaze d'Ecosse; mais nulle part c<;s topazes n'ont été rencontrées en si grande quiintité qu'en Sibérie, dans les montagnes qui forment la chaîne de l'Altaï et celle de l'Oural. La topaze n'est pas une pierre très-estimée des lapidaires. Les seules qui aient un certain prix sont les topazes d'un jaune riche du Brésil et la topaze rouge, naturelle ou brûlée, que l'on appelle improprement rubis du Brésil. On les taille en brillants ou à degrés.
20 Pycnite. Haiiy a donné ce nom h un minéral lithoïde, de couleur blanchâtre, quelquefois nuancé de violâtre, que l'on trouve à Aitenberg, en Saxe, sous la forme de longs prismes cylindroïdes, dans un greisen composé de quartz gris et de mica argentin. "Werner avait considéré cette pierre comme un béryl; mais l'analyse a montré que la densité de la pycnite était la même que celle de la topaze. C'est même l'excès de cette densité sur celle du béryl qui a suggéré à Haiiy le nom de pycnite, de pucnas, dense. On cite encore la pycnite en Bohême, en Norvège, en Sibérie et dans le Limousin.
3° Pyropkysalite. L'analyse et certains indices de clivage ont aussi déterminé l'adjonction à la topaze de ce minéral opaque et pierreux. Sa couleur est le blanc légèrement verdàtre. On le trouve au milieu du granit de Finbo, près de Falhun, en Suède, où il est associé au talc et à la fluorine.
TOPAZOLITHE s. f. (to-pa-zo-li-te — de topaze, et du gr. lilhos, pierre). Miner. Grenat d'un jaune de topaze,
TOPDALS-FJORD, bras de mer de Norvège, formé sur la côte méridionale par le Skager-Rack, par 58° 10' de latit. N. et 5° 47' de longit. E. L'Odderen-Elv et le Topdals- Elv se jettent dans ce bras de mer, sur la rive occidentale duquel se trouve Christiansand.
TÔPE s. m. (tô-pe). Nom donné à des monuments de l'Inde.
— Encycl. Les tapes consistent en colonnes isolées ou en tours cylindriques plus ou moins renflées vers la moine de leur élévation, et en titmuli. Un des plus anciens lapes en forme de colonne se voit à Delhi, où Je fit transporter Ftrouz-Schah au xivc siècle de notre ère ; c'est un monolithe ayant 13 mètres de hauteur, l mètre de diamètre à la buse et 01U,65 au sommet; sous le chapiteau est un ornement formé de fleurs. On présume que les tdpes , réminiscence des obélisques égyptiens, décoraient l'entrée des monuments sacrés; on en voit plusieurs au devant des grottes de Carli. Une trentaine de lapes en forme de tours [ùurj) s'élèvent aux environs de Bhilsah, dans la province de Malva; le principal de ces monuments a 36 mètres de diamètre et 17 mètres d'élévation. D'autres groupes existent à Beghrain, au pied de l'Indu-Khou, à l'entrée du passage qui conduit à Baraiyan, près de Caboul, de Jellalabad et de Peschawer, etc.
A Manikyala, sur la rive gauche de l'Indus, à peu de distance de la ville d'Attock, s'élève un tape cylindrique, coiffe d'une énorme calotte sphérique. Sa hauteur est de 21ia,33 et sa circonférence de plus de 100 mètres. Son plan est fort simple. De larges marches conduisent au soubassement, qui a 2m, 43 de hauteur et se termine par une corniche saillante ornée de pilastres à tailloir simple. Au-dessus de cette corniche est un second étage en retraite de 0>n,50 environ, lisse et peu élevé, qui supporte une sorte de coupole massive construite en pierres dont quelques-unes ont jusqu'à. l"i,06 de longueur sur 0™,43 de hauleur. La partie supérieure de cette coupole porte des vestiges de maçonnerie. Au centre du tôpe est une espèce de tour carrée ou de puits qui descend jusqu'à une profondeur de içrm,50 et aboutit à deux petites salles carrées taillées dans d'énormes blocs de pierre. Le général Ventura, qui fouilla ces salles, y trouva trois boites à couvercle arrondi, l'une en fer, l'autre en argent, la troisième en or, placées l'une dans l'autre et renfermant une sorte de boue ou de cendre, des fragments de verre et d'ambre et des pièces de monnaie. 11 en retira aussi uu grand nombre de médailles, les plus anciennes remontant seulement aux derniers temps de la république romaine, les plus récentes appartenante l'épo-
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que snssanide et portant l'effigie de SaporU. Selon Raoul Rochette, le monument aurait été construit par Kanichka, roi indo-scythe qui régna au Kachmir et dans le Pendjab à une époque voisine de notre ère.
La plupart des tdpes sont placés sur des tertres ou tumuli entourés de bassins, de galeries et de salles souterraines destinées aux prêtres et aux pèlerins, et d'une enceinte carrée en pierre dont les quatre faces sont orientées selon les quatre points cardinaux. C. Ritter considère, ces monuments comme ayant tous une origine bouddhique et y trouve les éléments et les principes du style moderne des pagodes.
TÔPER v. n. ou intr. (tô-pé. — Ce mot est probablement une onomatopée top, qui imite le bruit de la poignée de main ou plutôt du tapement de main par lequel ce consentement est confirmé. Quelques étymologistes, cependant, croient que ce verbe est le même que l'espagnol topar, rencontrer, ou le primitif de l'italien toppare, heurter, trébucher). Jeux. Consentir à aller d'une somme égale à celle que met au jeu celui contre lequel on joue : J'ai massé vingt pisloles, il n'a pas voulu toper. (Acad.) il Elliptiq. Tape, Je tôpe, j'accepte votre offre : L'un des joueurs-ayant dit; Masse dixpisioles, l'autre a dit ; Tôpk. il On dit aussi Tôpe et tingue, Je tôpe et je tiens.
— Fam. Consentir, donner son adhésion : J'eusse été bien surpris si M. de Turenne avait tôpé à la proposition. (Louis XIV.) Il propos/! son prix, on y tôpe. (Dider.) Avec une femme comme vous, je tôpk sans voir. (Bulz.) Elle a d'abord tapé très-atniablement.
J.-B. Rousseau.
— Taper à tout, Consentir à tout, ne rien refuser : M. d'Elbeuf, oui ne cherchait que de l'argent comptant, topait à tout ce qui lui en montrait. (Cal de Retz.) Voyez si vous pouvez les payer. Je n'aime pas un homme qui tôpe à tout. (Balz.)
— Elliptiq. Tape, Tape là, Je consens, j'accepte : A votre santé, et rasade! — tôpe. (Destouches.) Tôpe là, dit'il ; moyennant dieu mille livres, je me la casse l (J. Janin.)
TOPETE (Jean-Baptiste), marin et homme d'Etat espagnol, né dans l'Andalousie en 1820. Il entra fort jeune dans la marine et devint un des meilleurs officiers de la flotte. En 1865, il prit part à l'expédition dirigée contre le Chili par l'amiral Pareja. Ce dernier s'étant fait sauter la cervelle à la suite de la perte d'un navire, M. Topeteprit le commandement de l'escadre. Il se signala par sa bravoure à l'attaque de Callao, où il commandait la frégate Mendez-Nunez, et reçut une assez grave blessure (1866). Au mois de septembre 1868, le contre-amiral Topete commandait une escadre cuirassée dans les eaux de Cadix lorsque, de concert avec Prim et Serrano, il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire qui éclata dans cette ville et s'étendit comme une traînée de poudre en Espagne. A son appel, la garnison et la garde nationale se soulevèrent et, le 19, Pi im et Serrano vinrent le rejqindre pour prendre la direction de l'insurrection. Pendant que la reine Isabelle fuyait en France, l'amiral Topete recevait le portefeuille de la marine dans le ministère constitué par le gouvernement provisoire. Pendant son passage aux affaires, il essaya de comprimer l'insurrection de Cuba et d'accroître dans ce but l'effectif de la flotte. Chaud catholique et opposé par cela même a beaucoup de mesures devenues la conséquence nécessaire de la révolution de septembre, il donna à diverses reprises sa démission, que pendant longtemps Serrano ne voulut point accepter. Toutefois, il quitta le cabinet a la suite de dissentiments avec Ruiz Zorilla sur la question du clergé, en novembre 1869, et devint vice-président des cortès. Au mois de janvier 1870, M. Topete consentit k reprendre le ministère de la marine. Dans les longues négociations qui eurent lieu sur le choix d'un nouveau roi, il se montra un partisan constant du duc de Montpensier, dont il soutint sans succès la candidature. Après l'élection d'Amédée(l 6 novembre 1870), il ne lit point partie du premier cabinet constitué par ce souverain (4 janvier 1871) ; mais il reprit le portefeuille de la marine dans le cabinet formé par le maréchal Serrano le 25 mai 1872 et suivit ce dernier dans la retraite le 13 juin suivant. Après l'abdication d'Amédée et la proclamation de la république (10 février 1873), l'amiral Topete resta à l'écart des affaires et ne fit point partie des cortès constituantes élues en mai 1873. Après le coup d'Etat de Pavia qui renversa le gouvernement de Castelar pour établir là dictature militaire de Serrano, l'amiral Topete prit encore une fois le portefeuille de la marine (3 janvier 1874), «ont il se démit le 12 mai suivant, après avoir accompagné le maréchal Serrano à l'armée du Nord, où se poursuivaient les opérations contre les carlistes. Depuis la nouvelle révolution militaire du 30 décembre 1874, qui a fait monter sur le trône d'Esp'agne le fils de l'ex-reine Isabelle, don Alphonse, l'amiral Topete a vécu dans une profonde retraite.
TOPFFBR (Rodolphe), écrivain suisse, né à Genève le 17 février 1799, mort le 8 juin 1846. Il appartenait à une famille d'origine allemande, mais il fait partie d'une pléiade d'écrivains étrangers que revendiquent à juste titre notre langue et notre littérature natio-
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nale. Slils n'ont point été Français politiquement parlant, ils le furent « du droit de leur nourrice et de leurs aïeux, • comme l'a dit fort justement Sainte-Beuve. Rodolphe Topffer n'eut point une vie romanesque, accidentée, répandue au dehors ; il méprisa la gloire, la vanité, l'ambition, le charlatanisme, l'intrigue qui trop souvent portent loin et haut la médiocrité ; il se renferma dans l'austérité des devoirs domestiques ; il se complut dans la famille, dans le sweet home. Il éleva ses enfants et ceux des autres; il les promena à travers les splendeurs des Alpes helvétiques. Il rêva, il dessina, il peignit, il fit de jolis croquis et de désopilantes charges; il écrivit des romans et des nouvelles où 1 honnêteté, la morale, la fine plaisanterie sans fiel, l'observation , la naïveté, la sensibilité sans afféterie se mêlent à l'humour de Sterne, de Xavier de Maistre et de Swift.
Son père était un peintre distingué, et le jeune Rodolphe hérita de ses goûts artistiques. Il voulut suivre la même carrière que son père ; mais celui-ci, par excès de prudence sans doute, ne voulut pasy consentir et l'obligea de terminer des études que l'enfant trouvait bien arides. Une des œuvres les plus intimes de Topffer, la Bibliothèque de mon oncle, qui n'est guère qu'une autobiographie, contient le récit des amertumes et des douleurs de sa jeunesse. Lorsqu'il eut terminé ses études, il espéra un moment pouvoir aborder ce métier de peintre vers lequel il se sentait si porté; mais la faiblesse précoce de sa vue l'obligea de modifier ses idées. En 1819, il vint à Paris sous prétexte de consulter d'habiles médecins, mais en réalité pour vivre quelque temps de la vie large et intelligente que l'on commençait à mener dans la capitale de la France. Il assistait surtout aux cours publics et aux représentations du Théâtre-Français, où l'on entendait encore Talma. De retour à Genève, ' il entra comme maître d'étude dans une institution et, quelque temps après, fonda luimême une maison d'éducation. Ce fut vers cette époque qu'il se maria et obtint une chaire de rhétorique à l'Académie des belleslettres de Genève.' S'être assis de bonne heure dans la félicité domestique, dit M. Sainte- Beuve, à côté d'une compagne qui ne vous quittera plus et qui partagera même vos courses hardies et vos généreux plaisirs à travers l'immense nature ; ne pas se douter qu'on est artiste ou du moins se résigner en se disant qu'on ne peut pas l'être, qu'on ne l'est plus; mais le soir, et les devoirs remplis, dans le cercle du foyer, entouré d'enfants et d'écoliers joyeux, laisser aller son crayon comme au hasard, au gré de l'observation du moment ou du souvenir; les amuser tous, s'amuser avec eux; se sentir l'esprit toujours dispos, toujours eu verve ; lancer mille saillies originales comme d'une source perpétuelle; n'avoir jamais besoin de solitude pour s'appliquer à cette chose qu'on appelle un art, et, après des années ainsi passées, apprendre un matin que ces cahiers échappés de vos mains et qu'on croyait perdus sont allés réjouir la vieillesse de Goethe et qu'il en réclame d'autres de vous , et qu'aussi en lisant quelques-unes de vos pages l'humble Xavier de Maistre se fait votre parrain et vous désigne pour son héritier : voilà quelle fut la première, la plus grande moitié de l'existence de Topffer. ■ Goethe ayant parlé avec éloge du bonhomme Topffer dans son journal Y Art et l'antiquité, le public ratifia ce jugement. Pour Topffer, il resta le même; rien ne fut changé a ses habitudes. Si l'étude un peu plus réfléchie s'y mêla peut-être, s'il surveilla un peu plus du coin de l'œil ce qui avait d'abord ressemblé à de pures distractions, on ne s'en aperçut pus auprès de lui ; il resta l'homme du foyer de l'institution domestique, le maître et l'ami de ses élèves, qui ne voulaient jamais aller en vacances, tant ils se plaisaient auprès de lui. Dès 1832, Topffer s'était fuit connaître comme conteur par la publication de la Bibliothèque de mon oncle. L'année suivante il publia la première partie du Presbytère, puis successivement il fit paraître l'Héritage, la Traversée, la Valle au Trient, le Lac de Gers, le Cul d'Anterne, tous ces petits chefs-d'œuvre qui ont été réunis dans les Nouvelles genevoises.
Depuis 1823, Topffer faisait annuellement un voyage pédestre en Suisse avec ses élèves. Passionné pour son beau pays et pour les excursions alpestres, il prit l'habitude de conduire, le sac au dos, Vatpeu stock à la main, par monts et par vaux, ceux qui n'allaient pas revoir leurs familles à l'époque des vacances; et ces longues courses furent si attrayantes, si pleines de charmants épisodes, laissèrent de si agréables impressions à ceux qui les avaient faites en compagnie du bon, du gai et du spirituel maître, que personne, à la pension, ne voulait plus s'acheminer vers le logis paternel au temps de la suspension des études. Le professeur herborisait, dessinait, philosophait, observait, enseignait durant ces émigrations familières jusqu'au cœur des cantons helvétiques, sur le versant italien des Alpes et la Grande- Chartreuse. Jamais Topffer n'a été mieux lui-même que dans le récit illustré de ces fantaisistes excursions, qu'il appela les Voyages en zigzag. Son triple talent d'observateur, de paysagiste expressif et d'humoriste s'y croise et s'y combine à chaque page.
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Ce fut aussi à son métier d'instituteur qu'il dut de rencontrer une de ses meilleures veines littéraires, celle qui précisément attira sur lui le regard pourtant si hautain de Goethe. Il délassait ses pensionnaires et se délassait lui-même par de petites comédies morales qu'il composait pour eux durant ses loisirs et qu'il leur faisait représenter en famille; en outre, comme il avait un talent très-prononcé et très-original pour la caricature, la charge grotesque, la satire au moyen du dessin, il répandait sa verve dans des albums avec texte approprié au sujet. Topffer a produit ainsi M. Vieux-Bois, M. Jabot, le Docteur Festus, M, Pencil, M. Crépin, M. Cryptogame, de quoi amuser et réjouir longtemps les enfants..., et même les grands enfants, durant les longues veillées d hiver. M. Aubert, l'éditeur d'estampes , a reproduit , à Paris, trois de ces albums comiques, et M. Dubochet, alors libraire -éditeur, a publié M. Cryptogame , digne frère cadet de MM. Vieux- Bois, Jabot, etc. (1846). Peu à peu, la santé longtemps florissante de Topf- 1er parut décliner; 1 état de sa vue s'aggravait et ne laissait pas que de l'ularmer. Eu 1842, il fit avec son pensionnat son dernier grand voyage alpestre ; l'année suivante, sa vue s'aîiaiblissant de plus en plus, il écrivait à Sainte-Beuve : * Figurez-vous, monsieur, combien je suis malheureux: depuis près d'un an, condamné à ne presque pas lire par mes yeux, à ne presque pas écrire aussi. Restent des leçons à donner, c'est une façon pas mauvaise de tuer le temps...» Malgré cette fatigue de sa vue, il n en travaillait que davantage. C'est en 1844 jque l'état de maladie se déclara décidément et devint sérieux. Topffer venait de terminer le roman de Jiosa et Gertrude, dont la donnée et les situations lui avaient été suggérées par un rêve et qu'il composa d'abord tout d'une haleine. Il alla prendre les eaux de Lavey. Son séjour a ces tristes bains produisit un cahier de paysages, qui fut publié au bénéfice des pauvres baigneurs de l'endroit. Ces bains d'ailleurs n'avaient produit aucun résultat; l'affaiblissement, la maigreur augmentaient; une fatigue insurmontable enchaînait déjà le malade sur un canapé. Son courage, plus fort que ses misères, tenait bon, et ses collègues de l'Académie le virent jusqu'au terme du cours se traîner à son devoir. Pour la première fois il renonça à son voyage annuel avec sa jeune bande et il allait partir pour Cronay, près d'Yverdun, petit bien de famille appartenant à sa femme, lorsque, une terrible maladie de foie s'étant déclarée, il dut partir pour Vichy. La fin de son séjour dans cette ville d'eaux qui lui déplaisait fut fort triste ; il revint plus malade qu'il n'était parti. Cependant la maladie lui laissa bientôt quelque répit, et l'ardeur avec laquelle il se remit au travail put faire supposer un instant qu'il était guéri. Dans l'hiver de 1844-1845, on le vit dessiner, en le refondant, M. Cryptogame, V Histoire d'Albert, un Essai de physiognomonie, après quoi il se remit à travailler à ses | Menus propos d'un peintre geneuois; il en I acheva une partie assez considérable et complètement inédite dans laquelle, remuant et discutant à sa manière les plus intéressantes questions d'esthétique, il a écrit, assurent de bons juges, des pages bien neuves et les plus sérieuses qui soient sorties de sa plume. Ainsi, il cherchait instinctivement dans ses travaux favoris, dans la poursuite de ses projets les plus chers une défense énergique contre la tristesse qui l'aceublait. Vers la lin de l'hiver de 1844, il dut renoncera son pensionnat, dont le fardeau lui avait été jusquelà si léger. Quittant avec un serrement de cœur sa chère maison de la promenade Saint- Antoine, il alla à Mornex, tiède village du Salève, se préparer à uu second voyage de Vichy, Avant de partir, il eut la douleur de voir mourir sa mère. Au retour de Vichy, en août 1845, après divers essais de séjour aux champs, il revint à Genève. Hors d état d'écrire ou du moins de composer, encore moins de dessiner, il imagina de peindre, ce qu'il pouvait faire dans une posture encore possible. Appuyé sur les deux brus de son fauteuil, un petit chevalet placé devant lui, il peignait avec ardeur, avec un bonheur qui fut le dernier de sa vie ; c'était la première fois, depuis un ou deux essais tentés à l'âge de dix-huit ans, qu'il lui arrivait de peindre à l'huile. Ses yeux, il n'avait plus à les ménager désormais et il leur demandait, comme une dernière sensation d'artiste, ce jeu, cette harmonie des couleurs vers laquelle il se sentait irrésistiblement attiré. Mais bientôt cette dernière distraction cessa; et dès lors, durant les mois et les semaines du rapide déclin de sa santé, il n'y a plus à noter que des souffrances adoucies par la tendresse et la sollicitude de ceux qui l'entouraient. Son vieux père, âgé de quatre-vingts ans, conduisit ses restes à ce même cimetière qu'il a décrit dans ce charmant récit intitulé la Peur.
' En résumé, dit M. Clément de Ris, qui a surtout considéré Topffer comme auteur du joli traité d'esthétique, les Menus propos d'un peintre genevois, Topffer est un artiste, et, chose plus rare dons cette catégorie de travailleurs, il a un vif sentiment des doctrines de l'art. Cependant l'ouvrage de Topffer sera peu lu, peu compris et surtout de peu de profit aux artistes, race tout-t de premier mouvement, et qui, pour noua servir des