‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 264 sur 1042 · TOTT · texte numérisé non relu

TOTT

comme secrétaire par notre ambassadeur de Vergennes. Revenu en France en 1763, il iit agréer au duc de Choiseul un projet par lequel le pavillon français devait être introduit dans la mer Noire au moyen d'un traité conclu avec le kan des Tartares. Il reçut, en conséquence, le titre de consul en Crimée, arriva à Bakhtchésée le n octobre 1767, y eut, pendant un séjour de deux années, une assez grande influence, mais fut obligé de s'éloigner par suite des intrigues du cabinet de Saint-Pétersbourg. Il retourna k Constantinople, où il travailla activement à entretenir la lutte des Turcs contre la politique envahissante de la Russie. Le sultan s'en remit k lui du soin de réformer l'artillerie, le génie et la marine ottomanes. En 1770, le baron de Tott arma la capitale et les Dardanelles et sauva l'empire en obligeant la flotte d'Orloff a rebrousser chemin. Trente-sept ans plus tard, un autre diplomate français devait rendre le même service aux Osmanlis (v. Sébastian:). Pour mettre Constantinople k l'abri de nouvelles tentatives, de Tott fit construire les châteaux forts des Dardanelles (1773-1775) et présida lui-même à la fonte des canons de gros calibre qui devaient servir à leur armement. L'ardeur qu'il trouvait chez les Turcs au moment du danger se changeait en apathie dès que le péril avait disparu, et il lui était difficile de les amener à se fortifier pendant la paix contre les Moscovites, leurs éternels ennemis. Rebuté par cette inertie, il rentra en France en 1776. La connaissance profonde qu'il avait des langues et des affaires du Levant lui fit confier par le ministère, en J777, l'inspection générale de tous les .consulats de la Méditerranée. Après cette mission, qui dura dix-huit mois, H reçut le commandement de la ville de Douai en qualité de maréchal de camp. Les troupes sous ses ordres s'étant soulevées en 1790 et l'ayant menacé de la lanterne, il passa en Suisse et de là en Hongrie, dans les terres du comte Bathiany, chez qui il acheva son existence orageuse. Il existe de lui des Mémoires sur les Turcs et les Tartares (1784, 4 vol. in-8»), livre un peu diffus, mais intéressant, où l'on trouva pour la première fois des notions exactes sur la politique et la vie privée des musulmans, si peu connues alors chez les Occidentaux.

TOTTENHAM, ville d'Angleterre, comté de Middlesex, sur le chemin de fer de Londres à Cambridge; 13,420 hab. Collection de dessins de Turner. Une maison d'éducation s'élève suc l'emplacement d'une maison qui appartint au père du roi Robert Bruce.

TOTTI s. m. (tott-ti). Membre d'une caste de parias.

— Encycl. Ce sont les totlis qui balayent et ■ nettoient les rues et qui remplissent chez les Indous les offices les plus pénibles. Ils gardent la mois.-on et sont spécialement chargés de déterminer les limites de chaque propriété. Ce sont eux encore qui distribuent dans les champs de riz l'eau<des étangs ou des canaux destinés à l'irrigation des plaines ; cette dernière fonction les relève dans l'estime des habitants, qui sont obligés de les ménager. Ils sont encore quelquefois messagers de village et servent de guides aux voyageurs du gouvernement. Leur office est héréditaire et ils sont payés en denrées au temps de la moisson j le gouvernement leur assigne aussi des terres sous le nom de haniyam, pour lesquelles ils ne payent pas d'impôts. l,es cadavres des animaux qui meurent dans le village appartiennent de droit aux totlis, qui en vendent la chair à vil prix aux parias du voisinage.

TOTTIëR s. m. (tott-ti-èr). Membre d'une des castes de la tribu des soudras.

— Encycl. Les toitiers sont une des nombreuses subdivisions de la grande tribu des soudras, la quatrième et la plus nombreuse des quatre grandes castes ou tribus entre lesquelles se divise la famille indoue. Les tottiers se distinguent de toutes les autres sous-castes des soudras par une pratique aussi extravagante qu'immorale. Dans cette tribu, les frères, les oncles, les neveux et autres proches parents ont tous le droit de jouir de leurs femmes réciproquement et en commun. Du reste, cela ne doit pas étonner dans l'Inde, où l'on peut trouver toutes les variétés de mœurs licencieuses. La polyandrie, la polygamie, les appétits contre nature auxquels les villes de Sodome et de Gomorrhe ont attaché leur nom, d'autres encore qu'on oserait à peine nommer, même en latin, tout cela se retrouve dans les différentes parties de l'Inde, et l'historien le moins pudibond se trouve assez souvent hésitant et arrêté devant les détails immondes qui se présentent à lui. Quelque extravagantes que soient d'ailleurs les pratiques adoptées par les tottiers, elles ne leur attirent aucune marque de mépris ou de haine de la part des autres castes qui ne les admettent pas. Il règne du reste dans l'Inde la plus parfaite tolérance, quelles que soient les différences qui existent entre les diverses tribus, et pourvu qu'on se conforme aux règles de civilité et de bienséance généralement reçues, chaque tribu peut suivre paisiblement ses règlements et ses usages domestiques sans qu'aucune autre caste s'avise de les blàiner, quoiqu'ils se trouvent en opposition avec les siens. Il faut que certaines pratiques soient bien opposées aux règles de la décence et aux usages généraux

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pour qu'on en entende parler avec improbation en dehors du pays où elles sont en honneur.

TOTTLEBEN (Gottlob - Henri, comte de), aventurier allemand, né en Saxe vers 1710, mort à Varsovie en 1773. Il manifesta de bonne heure ses inclinations vicieuses en faisant sa lecture favorite de la Vie de Cartouche et de la Pratique des filous, devint paj»e du roi Auguste III. dont il sut gagner la faveur et qui lui fit épouser la comtesse de Siewertz, puis fut nommé conseiller du premier tribunal de justice et reçut le titre de comte. A partir de ce moment, il se livra, sans s'occuper de l'opinion, aux débauches les plus honteuses et se rendit coupable de toutes sortes de prévarications. Destitué et banni, il alla successivement en Saxe, h Ratisbonne, à La Haye, où le stathouder le chargea de former un régiment dont il devait être colonel ; il se mit aussitôt à trafiquer des emplois d'ofnciers, ne présenta son régiment que dans le plus mauvais état et fut 11- ■ cencié avec lui. Tottleben continua de plus belle sa vie de désordres, eut recours aux moyens les plus vils pour se procurer de l'urgent, se rendit à Berlin, d'où il fut chassé, puis passa en- Russie, où il leva un corps fralie de 12,000 hommes, dont la czarine Elisabeth lui donna le commandement. Il pénétra alors en Prusse, sous les ordres du général Fermor, contribua à la victoire de Gross- Jagersdorf, fut promu lieutenant général et pénétra dansJa Poméranie, où il commit d'abominables brigandages. Ayant forcé Berlin k capituler en 1760, il continua k se signaler par d'odieuses exactions, évacua cette ville à l'approche de Frédéric, subit un échec près de Bellegarde , mais n'en contraignit pas moins Kolin à capituler. Sur ces entrefaites, une correspondance coupable qu'il entretenait avec le roi de Prusse ayant été saisie, Tottleben fut mis en jugement et condamné à mort; mais, grâce à l'intervention de sa fille, on commua sa peine en celle de la dégradation et du bannissement (1763). Malgré son passé, il rentra au service de Catherine en 1769, reçut un commandement en Géorgie, alla soumettre la Circassie , obtint le gouvernement de la Lithuanie en 1772 et alla terminer à Varsovie une carrière déshonorée.

TOTDMA s. m. (to-tu-ma), nom que l'on donne, dans l'Amérique du Sud, aux calebasses dont les Indiens se servent en guise de vases.

TOTZE ou TOZE (Eobald), historien allemand, né dans la Poméranie en 1715, mort en 1789. Il fut professeur de droit public et d'histoire à l'université de Bulzow et obtint, en outre, les titres de conseiller du duc' de Mecklembourg-Schwerin et de membre de l'Académie royale de Gœttingue. On a de lui ; Histoire générale des Provinces-Unies et des Pays-Bas (Leipzig, 1756-1767, 8 vol. in-4°) ; Histoire des Provinces- Unies ou Nouvelle histoire du monde (Halle, 1770, 17 vol. in-4°) ; Histoire abrégée des Provinces- Unies (Halle, 1775, in-8»); Introduction à la statistique en général et en particulier à celle des Etals européens (Butzow et Weimar, 1779, 2 vol.

in-8<>), le principal ouvrage de l'auteur; Histoire du moyen âge depuis l'émigration générale des peuples jusqu'à la Réformalion (Leipzig, 1790, t. 1er;. La mort empêcha Totze de terminer cet ouvrage, dont le premier volume fut publié par Voigt.

TOUACAS ou RIO DEL ORO, rivière du Guatemala. Elle naît dans les montagnes de la partie occidentale du pays des Mosquitos, coule k l'E.-N.-E. et se jette diins une baie du pays des Antilles, par u( 30' de lat.it. N.

TOUACAS, tribu de la nation des Mosquitos, dans le Guatemala. Elle réside dans les montagnes, vers les sources de la rivière de Touacas.

TOUAGE s. m. (tou-a-je — rad. louer).

Nav. fluv. Action de touer, de faire avancer des bateaux en les touant. Il Prix payé par un navire toué.

— Encycl. Le touage est un système de traction applicable à la navigation des rivières. Il comporte une chaîne reposant librement sur le fond du chenal que parcourent les bateaux, et cette chaîne est fixée à chacune de ses extrémités. Les bateaux qui naviguent sont' halés par un bateau spécial, nommé loueur, muni d'un appareil convenablement disposé pour saisir la chaîne au passage et exercer sur elle une traction qui le fait avancer. Cet appareil laisse retomber la chaîne dans l'eau à l'arrière, à mesure que le bateau avance, en continuant k exercer une traction à l'avant.

Les premiers essais du touage paraissent avoir été faits, en 1732, par le maréchal de Saxe ; mais ce n'est qu'en 1818 qu'on est parvenuàun premier résultat pratique. Un treuil, placé à bord du bateau, était mû par des chevaux et composé de trois paires de poulies de diamètres inégaux, montées folles sur un même axe. Lorsqu'on voulait effectuer une remonte, on arrêtait celle avec laquelle on devait opérer, de manière à la rendre dépendante de son axe et, par suite, à la forcer de tourner dans le même sens; la poulie correspondante était, au contraire, rendue libre sur son axe. Ces dispositions, adoptées par le maréchal de Saxe, ne pouvaient parer à l'in-

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convénîent du choquage. Ce toueur ne marchait que par reprises successives et par petites longueurs, égales k la quantité de corde que pouvait contenir la gorge de la poulie en action. Les premières applications en grand du touage ont été faites en 1820, à Lyon, sur la Saône, par MM. Tourasse et Courteaut. Le toueur de ces ingénietirs était composa d'un bateau de forme ordinaire, k fond plat, de 5m,20 de largeur sur 23 mètres de longueur, sur lequel était placée une plate-forme en charpente, disposée pour recevoir un manège de six chevaux. Ces derniers faisaient mouvoir un système de treuiis doubles à gorges, qui, ne permettant pas d'obtenir une marche tant soit peu rapide, furent remplacés par la réunion de plusieurs poulies superposées et disposées de manière à former deux tambours placés k une petite distance l'un de l'autre. Les effets obtenus sur la Saône avec ' ces loueurs ayant dépassé les espérances, on conçut l'idée d'appliquer en grand ce mode de navigation sur le Rhône, en substituant seulement des machines k vapeur aux chevaux. On fit alors, en mars et en juin 1822, deux voyages d'expériences de Givors à Lyon, dont les résultats lurent parfaitement identiques, c'est-à-dire qu'on avait remonté, k chaque voyage, 170 tonnes métriques en dix-huit heures de marche effective. La distance de Givors à La Mulatière, par le Rhône, étant d'environ 18,000 mètres, on l'avait parcourue avec une vitesse de 1 kilomètre a l'heure. Ces expériences furent faites au moyen ,de 2,000 mètres de câble de om,054 à 0m,056 de diamètre , confectionné en grelin avec du chanvre d'Italie de première qualité. Ces câbles, répartis par portions égales dans deux petits bateaux, étaient remontés en avant du toueur par des hommes lorsqu'on opérait dans Lyon, et par des chevaux lorsqu'on était en dehors de cette ville, ils étaient amarrés ù des points fixes et jetés ensuite dans le chenal. Pendant que l'un des petits bateaux allait en avant attacher l'une des extrémités des 1,000 mètres qu'il avait reçus du toueur, l'autre emmagasinait le second câble de 1,000 mètres à mesure que les treuils le rejetaient et que le touage s'opérait. En continuant d'agir ainsi, on avait continuellement 1,000 mètres de câble transportés en avant du toueur et 1,000 autres mètres en action et servant de point d'appui pour la remonte. Dans la même année 1822, M. Vinchon de Quémont essaya un toueur à vapeur sur la Seine, dont le treuil était mû par une machine k vapeur du système de "Watt , de la puissance de 6 chevaux. Les résultats obtenus avec ce toueur n'ayant pas paru satisfaisants, M. Edouard de Rigny résolut d'acheter, au nom d'une société, les procédés de touage de ! MM. Tourasse et Courteaut, pour en faire usage de Rouen k Paris, en substituant la I vapeur aux chevaux, les chaînes aux cordes • et en faisant usage de celles-ci par bouts formant ensemble une longueur égale a la distance k parcourir. Cette compagnie, connue sous le nom d'Entreprise des remorqueurs sur la Seine, fit exécuter un toueur, qu'elle nomma la Dauphine, dont la longueur était de 21 mètres et la largeur de 12>a,85; le moteur était une machine k vapeur rotative du système Pecqueur, d'une puissance de 30 chevaux; il faisait mouvoir un treuil ordinaire au moyen d'un système de rodes d'engrenage dont le rapport était tel que, lorsque la machine motrice faisait dix révolutions par minute, le toueur marchait avec la vitesse de 1,015 mètres k l'heure, de o^ZS par seconde.

D'autres tentatives ont encore été faites sur la Saône par M. Bourdon, de Màcon; en 1826 et 1827, au moyen de toueurs portant des machines k vapeur de 30 chevaux, qui faisaient mouvoir des roues à aubes et un long treuil horizontal, sur lequel s'enroulaient 600 mètres de corde.

En 1827, MM. Seguin, Montgolfier, Dayme et C'e essayèrent un nouveau système de touage sur le Rhône, entre Givors et Lyon, au moyen d'un bateau à vapeur dont le "mécanisme principal.était composé de deux poulies horizontales; l'une d'entre elles était à double gorge ; le câble, après avoir passé sur tout leur contour, était saisi par deux petites poulies dont les axes se rapprochaient au moyen d'une vis, pour les roidir dans les gorges des grandes poulies. Tout ce système était mû avec une vitesse invariable par rapport à la machine motrice, dont le mouvement était transmis aux poulies par des roues d'angle adaptées sur l'axe des roues k aubes, de sorte que celles-ci tournaient en même temps que les poulies et occasionnaient une résistance en pure perte quand elles marchaient plus vite que le courant, ce qui a toujours lieu. La manœuvre des câbles dont MM. Seguin et Montgolfier ont d'abord voulu faire usage consistait à faire porter, par un bateau à vapeur k rames, et k amarrer à un pointfixe disposé k cet effet, l'extrémité d'une grande longueur de câble, sur laquelle on devait remonter ; ensuite, k faire redescendre ce bateau vers le toueur, afin qu'il reçût une partie da ce câble au fur et k mesure que les poulies le rejetaient, pour transporter encore ce nouveau câble en avant du loueur et aller I'ainarrer à un nouveau point d'appui. En continuant comme on vient de le décrire, on opérait le touage.

A ces systèmes, qui sont ceux sur lesquels est basé le remorquage employé aujourd hui,

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il faut ajouter, pour compléter l'historique des tentatives laites pour améliorer ce genre de navigation : les bateaux à griffes , de M. Moysen (1845) ; à grappins à vapeur, de M. Clément- Désormes fils (1847) et de M. V^rpilleux (1850); les bateaux à chaînes sans fin, de MM. Moreaux et Gatget, de Lyon (1853); les bateaux à ancres, de M. Faivre (1857); à chaînes plates ou & rails articulés, de MM. Mougel-Bey et Cail (1857), agissant par adhérence et diminuant les frottements.

Le louage paraît, au premier abord, avoir sur les autres systèmes de navigation l'avantage de ne pas donner lieu a un recul ; il semble que l'espace parcouru par le bateau soit précisément égal à. la longueur de la chaîne employée. Il n'en est pas ainsi, parce que la chaîne ne saurait être tendue en ligne droite sans inconvénient; on lui donne un mou, et l'on constate, par exemple, que les loueurs de la haute Seine subissent, entre l'écluse de la Monnaie et. Moniereau (113 kilomètres), un recul total qui varie de 8m,28 à 10m, 35. Ce recul se distingue des autres en ce qu'il n'est pas uniforme ; il se répartit très-inégalement sur le parcours.

Le loueur soulève devant lui une portion de la chaîne, qui décrit dans l'eau une chaînette depuis le treuil d'enroulement jusqu'au point de soulèvement sur le fon.d, où lu tangente à la chaînette est horizontale. Si on désigne par P la traction du toueur et par h la hauteur de la poulie au-dessus du fond, on trouve facilement pour la valeur approximative de chaîne soulevée l'expression

2/t(P — ph P

p étant le poids de la chaîne par mètre courant. On voit ainsi que? en moyenne, les loueurs de la haute Seine soulèvent une lon- ' gueur de chaîne égale k 51 mètres. La tension au point extrême est de 4,975 kilogrammes. Par conséquent, si on admet que le frottement sur le fond du chenal soit de 0,50 en conservant le même poids par mètre courant, on voit qu'une longueur de 1,036 mètres de ciitilne est nécessaire pour résister à la traction. Cette remarque permet de comprendre que la fixation de la chaîne à ses extrémités sert uniquement -il empêcher le recul, qui se produirait à la longue, et nullement à donner à la résistance un point d'appui dans le terrain.

Depuis quelques années, la chaîne a été , remplacée, dans certaines rivières, par un' câble métallique. Ce dernier fonctionne sur la Meuse belge, où le câble ne pèse que 2 kildgr. 25 par mètre courant et ne coule que 1 fr. 44 le roetre courant, tandis que la chaîne de la haute Seine pèse S kilogr. 6 et coûte 6 fr. 25. Un pareil câble, placé dans ia haute Seine, serait soulevé de 116 mètres.

On peut se rendre compte de la valeur du système en cherchant le rapport du travail utile au travail moteur correspondant, ce qui donne le rendement. Si nous désignons par a l'angle de la direction de la chaîne et de la direction du bateau, par <f l'angle de la tangente à la chaîne sur la poulie avec l'hori- .zoutale, nous aurons pour rendement

0,92 cos a. eos ?.

Ceci permet de déterminer la limite d'application du louage; il cessera d'être préférable dans îles conditions telles que le rendement soit égal à celui d'un propulseur ordinaire, c'est-à-dire à 0,60. On arrive ainsi à une profondeur limite d'environ 75 mètres.

Les obstacles aux applications du, tounge sont les suivants : 1° difficulté de repêcher la chaîne quand elle se casse; 2<> résistance latérale du vent, qui fait dériver le bateau, déplacer la chaîne, réduire le mou et, par conséquent, tendre la chaîne sur une plus grande longueur; 3» résistance du courant, qui est la plus grunde lorsqu'il a même direction que le baieau; 40 ensablement de la chaîne. Ces diverses considérations empêchent le louage de se répandre dans les régions maritimes.

Les toueufa se distinguent entre eux par la manière dont la chaîne est saisie, à son passage sur le pont du bateau, pour recevoir la traction produite par Ja chaîna motrice.

Depuis que le canal Saint-Martin est couvert dans une partie de son parcours dans Paris, on a fait 1 application d'un petit toueur h vapeur, construit par M. Sauton, dont le treuil d'enroulement, au lieu de se trouver au milieu du bateau, est placé sur le côté, de façon à laisser la chaîne libre de retomber immédiatement dans l'eau, comme dans le système adopté aujourd'hui sur les rivières. M. Bouquier, dont le procédé de touage est très -répandu aujourd'hui sur les canaux, adopta cette dernière disposition dans le but d'en rendre l'application plus facile à tous les bateaux, sans autres aménagements supplémentaires et spéciaux que celui d'une locomobile à vapeur pour actionner le treuil.

— Touage de la haute Seine. Le touage de la haute Seine, compris entre Paris et Montereau, s'effectue au moyen de bateaux dont la coque est complètement en fer et à.fond plat, afin de uiiniuuer le plus possible leur tirant d'eau, pour qu'ils puissent naviguer par les plus basses eaux. Ces bateaux, qui ne plongent dans l'eau que de 0U>,40 à 0m,45,ne portent pas de lest ; la machine seule et deux chaudières avec leur soute à charbon équili-

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brent la charge. Ils sont munis de deux gouvernails, un à chaque extrémité, la chaîne de traction ne leur permettant pas d'opérer de virages. Les machines motrices, qui sont de 35 à 40 chevaux en marche normale, donnent au bateau une vitesse maximum de 6 kilomètres à l'heure en montant et de 12 kilomètres en descendant. Elles sont a- cylindres inclinés, a détente variable et à condensation. Les résultats obtenus dans le service régulier de la haute Seine sont que, dans l'intérieur de Paris, entre le pont d'Austerlite et le Port-à-1' Anglais, où le courant n'est pas très-fort, le toueur de 35 chevaux remorque aisément huit à dix péniches chargées de 250 tonnes chacune. Au-dessus du Port-kl'Anglais, on ne peut plus en remonter que six, et dans certains passages où le courant est très-rapide, comme au pont de Melon, on ne peut remorquer que quatre péniches chargées ensemble de 1,000 tonnes, encore en ralentissant sensiblement la vitesse du toueur. Les treuils, qui sont au nombre de deux,. sont commandés par des engrenages et sont composés de cinq poulies en fonte, de même diamètre, montées sur le même arbre et séparées entre elles par des plaques de tôle d un diamètre un peu plus grand, de façon à former des joues de séparation. Pour éviter que le contour des poulies ne s'use trop rapidement, par suite du frottement constant de la chaîne qui s'y enroule, on y a superposé des cercles en fer cémenté qui résistent parfaitement et que l'on peut changer avec la plus grande facilité. La chaîne de traction est formée avec des maillons dont le diamètre est de 0" ,022, pour la mettre à même de résister à la tension à laquelle elle est soumise et aussi pour tenir compte des chocs qu'elle doit supporter. Cette chaîne s'enroule sur les deux treuils en passant préalablement entre deux cylindres verticaux en bois destinés, à la guider dans le sens longitudinal du bateau. Ces cylindres sont montés à l'extrémité de bras qui leur permettent d'osciller dans les différentes directions que la chaîne peut prendre. Pendant la marche, la partie déroulée de la chaîne est supportée par deux chemins en bois formant une sorte de long couloir monté sur chevalets et disposé sur le pont du bateau dans le sens longitudinal. Dans ce système de touage , la chaîne de traction s'étend d'un bout à l'autre du parcours; elle est solidement fixée au sol à ses deux extrémités, et elle s'engage pour présenter plus d'adhérence dans les cinq gorges des tambours des treuils qui tournent tous deux dans le même sens sous l'impulsion du moteur. Naturellement tendue dans le sens de la marche du bateau, cette chaîne retombe du deuxième tambour dans le couloir correspondant, pour en sortir en glissant parla poulie guide de l'arrière et se replacer au fond de la rivière ; elle ne se trouve donc soulevée hors de l'eau que de la longueur du bateau, plus, k l'avant, de la quantité nécessaire à l'effort de traction, et que sou poids rend peu considérable. Les chalands, péniches et autres bateaux que le toueur remorque sont attachés k celui-ci au moyeu de cordages que l'on rixe à des poteaux en bois dont le pont est garni.

— Organisation et tarif du touage de la haute Urine, de Paris à Moniereau. Comme il n'est pas sans intérêt de connaître l'organisation de ces sortes d'exploitation, nous extrayons les notes suivantes du décret du 13 août 1856, qui autorise M. P. de Hercé k établir une chaîne noyée, de Paris (écluse de la Monnaie) à Montereau, sur une longueur de 108 kilomètres , ainsi que du cahier des charges de cette concession et des renseignements que la compagnie d'exploitation a bien voulu nous donner. La concession était faite pour trente années ; la durée en a été portée à cinquante par un nouveau décret er. date du 5 août 1861. Le tarif pour la perception est divisé en deux sections : l'une du pont Neuf au Port-à-l'Anglais (embouchure de la Marne) ; l'autre du Port-à-1'Anglais à Moniereau. Sur la première section, le hidage à cou d'homme ou à l'aide de chevaux est interdit, et le remorquage des bateaux ne peut être fait que par la compagnie du louage ou par un autre système quelconque opérant en lit de rivière. Sur la seconde section, tout mode de traction est admis. La première section, du pont Neuf au Port-àl' Anglais, d'une longueur de 8 kilomètres, est divisée en trois escales, et le tarif est fixé k: 0 fr. 035 pour une escale par tonne de jauge possible; 0 fr. 07 pour une escale par tonne fie jauge effective; 0 fr. 05 pour deux escales par tonne de jauge possible; 0 fr. 10 pour deux escales par tonne de jauge effective ; 0 fr. 07 pour trois escales par tonne de jauge possible; 0 fr. 14 pour trois escales par tonne de jauge effective. Sur la deuxième section, à partir du Port-â-l'Anglais jusqu'à Montereau (98 kilomètres), la perception a lieu comme suit : 0 fr. 0035 par tonne de jauge possible et par kilomètre ; 0 fr. 015 par tonne de jauge effective et par kilomètre. Pour le transport des engrais et des substances alimentaires, quand le prix du blé à Paris dépasse 25 francs l'hectolitre, le prix du tarif est réduit de moitié par chaque tonne remorquée. Ces prix sont pour ia remonte. A la descente, le tarif est lç, quart de ceux cidessus indiqués. La compagnie du touage ne fait que peu de remorquages à la descente; les

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bateaux descendants, ne marchant qu'à l'aide du courant de la rivière, n'ont pas besoin d'avoir recours à des chevaux ou à des remorqueurs. Le courant est assez rapide pour que la distance de 106 kilomètres, de Montereau à Paris, soit parcourue par les bateaux descendants en dix-huit ou vingt heures de marche. La compagnie du louage, d'après l'article 11 de son cahier des charges, ne peut pas transporter de marchandises pour son propre compte. Il lui est également interdit de faire des traités avec tes compagnies de chemins de fer; de faire cession de l'entreprise à ces compagnies ou de fusionner avec elles (art. 30 du cahier des charges), et elle est obligée de faire sans préférence, et dans l'ordre des déclarations dont la forme est réglée par l'administration, le remorquage de tous les bateaux vides ou pleins qui lui sont déclarés, pourvu que ces bateaux aient à bord l'équipage et les agrès' nécessaires et que leur tirant d'eau soit réglé suivant la cote de Montereau (art. 8, 9 et 10 du cahier des charges). La société du touage de la haute Seine est une compagnie en commandite, sous la raison Paul de Hercé et C'e. Son capital est de 1,500,000 francs, divisé en 3,000 actions nominatives. La ligne entière, de Paris à Montereau, a été organisée ii la fin de 1859. A cette époque, la remonte des bateaux ne se faisait qu à l'aide de chevaux. Aujourd'hui, la traction est faite uniquement par la compagnie du touage. Le mouvement de la haute Seine en remonte consiste surtout en bateaux vides qui sont venus à Paris de lu Bourgogne, du Nivernais, de la Loire, etc., avec des bois à brûler, du charbon de terre, du charbon de bois, des pierres, du sable, des vins, des grains, etc., pour l'approvisionnement de Paris. Les marchandises de remonte consistent principalement en plâtre et en charbon de terre de Mons et de Charleroi. Le nombre des bateaux vides ou charges remontés en 1860 de Paris aux divers ports de la haute Seine, entre Paris et Montereau, s'est élevé à 9,001. Les marchandises remontées pendant la même année aux divers ports représentent un tonnage de 1 17,000 tonneaux. En 1861, le nombre des bateaux vides ou chargés s'est élevé à 1 1,336 et le tonnage des marchandises à 148,000 tonneaux. Depuis quelques années, un service régulier, établi sur les mêmes bases, fonctionne dans la basse Seine, de Paris jusqu'à Confians, et une société nouvelle s'est créée pour continuer ce mode de navigation jusqu'à la mer.

Dans certains toueurs d'un autre genre, la chaîne, au lieu d'être tenue par l'enroulement autour de deux cylindres, ne repose que sur une partie de la circonférence d'une poulie remplaçant les cylindres et mise en mouvement comme eux par la machine mo.trice.

Pour empêcher le glissement de la chaîne sur cette poulie, sa gorge porte tantôt des saillies ou empreintes fixes, tantôt des mâchoires mobiles.

Cette classe de toueurs se distingue par la facilité avec laquelle ils peuvent abandonner la chaîne, qu'on peut écarter de la poulie motrice en la soulevant, soit à la main, soit k 1 aide <1'un palan convenablement disposé et en la lâchant ensuite. Cette faculté est nécessaire pour diverses manoeuvres que ne pourraient exécuter les toueurs à treuils d'enroulement, par exemple pour les croisements d'un montant et d'un avalant sur la même chaîne, ou pnur les changements de chaîne à une b'fnrca'i de deux voies navigables, ou encore dans certains cas particuliers, comme à la rencontre d'un bac qui se toue lui-même sur chaîne noyée.

Quand un toueur doit momentanément abandonner sa chaîne, il se donne auparavant un peu d'air et avance ensuite, en vertu de sa vitesse acquise, jusqu'au point peu éloigné où il peut remettre la chaîne sur sa poulie motrice.

C'est dans ce but, comme cela a été indiqué précédemment, que la poulie motrice du toueur de Al. Sauton a été placée sur le Hanc; de cette manière, ia chaîne ne passe pas sur le pont, mais reste pendue extérieurement au toueur; cette disposition donne un coefficient de rendement légèrement affaibli.

Il convient que l'arc de contact de la chaîrre et de la poulie ne soit pas trop faible, car un contact trop peu étendu ne mettrait pas assez d'empreintes en prise, la chaîne glisserait ou du moins se fatiguerait outre mesure aux maillons de contact. On augmente facilement l'arc de contact de la chaîne et de la poulie motrice au moyen d'un galet placé à l'arriére de la poulie.

Les poulies à empreintes fixes peuvent être de dispositions variables; les empreintes ou saillies fixes changent de nombre et de forme suivant que chaque chambre de la goijje correspond à un ou plusieurs maillons de la chaîne, et que la chambre doit recevoir un maillon de champ ou un maillon plat.

La poulie Barbotin, très-imitée sous divers noms depuis son invention, est appliquée à tous les cabestans de la marine pour la manœuvre des cables-chaînes. M. Lagrené a donné la description suivante de ce système dan3 son Traité de navigation intérieure .* • La gorge de la poulie est en fonte et a sur tout son pourtour une rainure destinée à loger les maillons qui, de deux en deux, se présentent de champ; la largeur de cette rainure est un peu supérieure au diamètre du fer de la chaîne; sa profondeur est d'environ 0,7 delà

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largeur extérieure d'un maillon ; les maillons qui, de deux en deux, se présentent de plat sont reçus dans des chambres ménagées audessus de la rainure et fermées latéralement par les joues de lagor^e de la poulie. Chaque maillon à plat a sa chambre, dont la forme intérieure épouse exactement la chaîne. En d'autres termes, la gorge a à peu près la forme que laisserait la chaîne appuyée sur un cylindre en. terre glaise.

• Chaque maillon à plat est ainsi retenu en tête contre son empreinte, et le glissement de la chaîne ne peut avoir lieu. On admet dans la marine que l'arc de contact sur la gorge doit comprendre au moins huit maillons qui se soulagent mutuellement. Une aiguille ou désengreneur en fer forgé ou en acier force la chaîne h quitter lu gorge au moment convenable. Pour que les maillons se présentent convenablement au moment où ils arrivent à la poulie, la chaîne doit être guidée à l'avant par un ensemble de rouleaux. •

La poulie Bouquié a une forme générale bien moins rapprochée de celle de la chaîne; les chambres contiennent deux maillons au lieu d'un seul et ne reproduisent que grossièrement la forme des maillons de champ. Les empreintes de la poulie Bouquié peuvent être fondues en même temps que la gorge, ou faites en acier et rapportées.

La tolérance sur les dimensions des maillons peut être plus grande avec cette dernière poulie, et l'effort de l'arrachement de la chaîne qui ne sert plus est moins grand.

Néanmoins, la longueur des maillons doit être à peu près uniforme, pour que deux maillons consécutifs soient simultanément en action; sans cela, en effet, il y aurait glissement. C'est afin d'augmenter la tolérance que M. Bouquié u remplacé la poulie k empreintes fixes par une poulie à mâchoires mobiles. Cette poulie a une gorge dont le pourtour est interrompu, aux six extrémités de trois diamètres formant entre eux des angles égaux ; en ces points sont placées des mâchoires qui se ferment sous la pression de rondelles en" caoutchouc et enserrent les maillons; elles peuventau contraire être maintenues ouvertes au moyen d'une aiguille. qui sert de désengreneur.

Nous mentionnerons encore la poulie mobile Fowler, qui a reçu une application pour le touage sur câble immergé dans la Meuse belge. Cette poulie, formée sur tout son pourtour de mâchoires analogues à celles de la. poulie Bouquié, n'exige pour son emploi aucun appareil spécial; elle fonctionne par la simple pression de la chaîne, qui fait fermer d'autant plus les mâchoires qu'elle est plus tendue.

Les toueurs Fowler sont employés sur le canal de Charleroi et sur la Meuse, où ils remplissent économiquement le rôle pour lequel ils ont été construits.

Lorsqu'un toueur remorque un convoi, il est quelquefois utile de rattacher à la chaîne de touage quelques-uns des bateaux du convoi ; on empêche ainsi la queue du convoi de se jeter sur la tête, quand le toueur s'arrête; on s'oppose aussi a 1 action de la dérive causée par le vent.

Suivant l'état de la voie navigable, la manière dont s'applique le louage, en rivière libre, il y a avantage à voyager par grands convois et au moyen de toueurs spéciaux et puissants. Sur les chenaux écluses, les convois sont dificiles, et impossibles si les écluses sont trop courtes.

En général, dans les rivières canalisées, les convois de six à quinze bateaux sont le plus souvent possibles; mai3 le convoi tout entier ne peut être écluse en une seule fois; deux éclusées sont le plus souvent nécessaires. On peut affecter un toueur spécial à chaque bief; on peut aussi naviguer par convois rompus, chaque toueur ne balant que la moitié de Son convoi, à laquelle vient s ajouter une autre partie de convoi précédemment abandonnée, et laissant à son tour derrière lui la partie du convoi éclusée en second lieu.

Si les écluses sont trop courtes, ou installe un petit appareil de touage sur chaque bateau,

Sui transporte en même temps des marchanises. M. Bouquié a adopté des dispositions très-commodes pour un appareil de touage, et à l'aide desquelles on peut transformer lia bateau quelconque en toueur- porteur.

Depuis 1860, le touage a reçu de nombreuses applications, et de fréquentes demandes, de concessions sont faites à l'Etat. L'administration supérieure a fait accorder k diverses compagnies les exploitations suivantes :

Souterrains du canal de Saint-Quentin (8 kiloin,), en 1861.

Bief de l'Arsenal, sur le canal Saint-Martin

Confians (Oise) à Condé (18S5).

Bief de partage du canal de Bourgogne (6 kilom.), décret de 1866.

Canal de Caenàla mer (14 kilom.), concession de 1863.

Loire, entre le canal latéral et le canal du Nivernais, concession datant de 1869.

L'Etat a conservé et conservera sans doute encore longtemps le privilège d'accorder des concessions d'exploitation et des autorisations permettant aux compagnies d'établir le louage k leurs frais; ces compagnies reçoivent en outre des cahiers des charges ; on peut cependant espérer qu'un jour viendra ou les chaînes de touage seront établies par l'Etat lui-même et entretenues à ses frais, comme.

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les écluses et les autres constructions de navigation intérieure.

Parmi les ouvrages qui traitent du touage, nous nous contenterons de mentionner les suivants : Lagrené, Navigation intérieure ; Chanoine et Lagrené, Mémoire inséré aux Annales des ponts et chaussées (1863); Bouquié, Halnge entre Confiant et Cundé; Labrousse, Traité de touar/e sur chaîne noyée (186G), sur câble immergé (1869).

TOUAILLE s. f. (tou-a-ile ; Il mil. — Ce mot n'est en aucune façon une corruption de toile, comme on le dit vulgairement. Lu simple comparaison de l'italien lonaylia, de l'espagnol tnalla, catalan tuoalla, et du provençal toalha engage à rejeter cette éiymologie. Le mot est germanique et vient de l'ancien haut allemand duahilla, dwukilla, linge pour s'essuyer les mains, serviette, ancien allemand twehle). Linge pendu à un rouleau, près d'une fontaine à se laver les mains ; essuie-mains, serviette, nappe. Il Pièce de soie b'amhe qui servait autrefois de nappe à la table sairue. h On a dit aussi toaillb et

ÎOAILLON OU TOUA1LI.ON.

TOUAN s. m. (tou-an — nom donné par les naturels). Mamm. Espèce de sarigue, qui habite les forêts de l'Amérique du Sud.

TOUANSB s. f. (tou-an-se). Çomm. Etoffe de soie qu'on fabrique en Chine. Il On dit aussi touante.

TOUAREG s. m. (tou-a-règ — de Touareg, Arabe du désert). Langue des Touaregs : Le touarkg se rapproche beaucoup de la langue berbère. (Renan.)

TOUAREGS, peuple berbère, en partie nomade, répandu au S. du Sahara. Le sens véritable du nom de ce peuple n'a pas encore été expliqué d'une manière satisfaisante, et les hypothèses émises à ce sujet sont sans doute, ainsi que le pense -M. llanoteau, beaucoup plus ingénieuses que vraies. ■ Peutêtre, dit ce savant ol'ticier, si versé dans ia connaissance des mœurs et des idiomes berbères, doit-on voir dans cette dénomination un sobriquet analogue à celui que les Arabes eux-mêmes ont reçu de leurs voisins berbères. Ceux-ci, en effet, comparant les sons rudes de la langue arabe au hennissement ' saccadé du cheval, ont donné au peuple qui la parle le surnom de Ikham-kkamen. Ils n'eussent pas manqué, sans doute, de nous faire accepter cette épitliète railleuse comme le nom véritable des Arabes s'ils eussent joué près de nous Se rôle qu'ont eu ces derniers à leur égard. Quelle que soit i'étymologie ou l'origine du mot Touareg, il est certain que la majeure partie des populations qu'il sert k désigner ne se l'applique pas ellemême. A peine sait-elle que ce nom lui est donné par les étrangers. » C'est en s'apptiyant sur cette considération que M. Hanoteau a cru devoir restituer k ces peuples une dénomination justifiée par l'emploi qu'ils en font eux-mêmes, celle d'Imouciiar ou Imouhar, qui est généralement répandue parmi les tribus des pays d'A'zeguer et d'Ahaggar.

Les Touaregs habitent les régions du Sahara comprises entre le pays de Touatau N., Tombouctou au S., le Niger à l'O. et le Fezzan à l'E. Partagés en un grand nombre de trii>::s jusqu'à présent peu connues, ils sont encore, depuis les Carthaginois et les Romains, les eondurteurs des caravanes, les courliers«ten partie les marchands qui font le commerce actif et régulier qui, de temps immémorial, existe eiure le nord et le centre de l'Afrique. Leurs tribus les plus puisantes sont les suivantes : celles des A'zeguers, des Hhagaras ou Ahnggars, qui hab.teut entre Touat et Araouan ; Aliyr ou Hayr leur appartient, et Ouallen parait être leur capitale ; ils sont renommés pour leur perfidie et leur cruauté : Laing courut le risque de la vie au milieu d'eux ; celle des Sourgas-Soorkas ou Sorgous, qui occupe le pays Uepuis Mubrouk jusque vers Djenny ; ils ont soumis tous les peuples nègres voisins à leurs insolentes exactions. Au nord de Huoussuh sont les Tagliamas, et au nord de ceux-ci les Koullouvi, auxquels appartiennent les oasis d'AzIeen et de Ghàt et tout le Sahara jusqu'au Fezzan; il y a encore les Matkaras, les Mahingas et plusieurs autres tribus. Celles des Hhagaras et des Matkaïas sont les inoins mélangées; ces Touaregs ont le teint seulement basané; les autres offrent des nuances plus foncées, à raison de leur voisinage des races nègres et des croisements qui en sont résultes. Une des principales oasis appartenant aux Touaregs est Ghât, espèce de république oligarchique. Dans la ville qui porte le même nom, se tient tous les ans une foire fréquentée par un grand nombre de tribus du Sahara.

• Dans leur état actuel, dit M. Lejean, les Touaregs se partagent en deux grandes divisions: les blancs et les noirs, tes nomades et les agriculteurs. Dans les langues d'Orient, ces noms de blancs et de noirs se prennent par extension dans le sens de libres et de soumis. Puur le nomade qui traverse fièrement le désert au galop de son méhari, l'homme attaché au sol est toujours asservi ou a la veille de l'être. Peut-être aussi le nom de Touaregs noirs signilie-t-il simplement que, par suite d'alliances avec les nègres Hapussas et Kanouris, vaincus et razziés par eux, leur sang a subi un mélange considérable. Quoi qu'il en soit, ces Touaregs Sédentaires sont fixés dans le Hoggar et l'A-

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hir, où ils possèdent de nombreux villages et de grandes villes comme Agadez, R'at, Djanet. Leurs frères blancs (el-beida)- parcourent en tout sens le désert, en quête de caravanes à piller ou à rançonner. Leur ruineuse protection est du moins efficace, et une fcafila qui a un sauf-conduit d'un chef imouchar, ou seulement un homme de cette race pour conducteur, pourra circuler sans crainte d'attaque sur tout le territoire où règne la langue tamacliert. Les Arabes, et surtout les Chiiàmbas d'Algérie, sont leurs implacables ennemis. >

« Les Touaregs, dit un autre voyageur, M. Henri Aucapitaine, sont de taille élevée ; ils ont le crâne haut et étroit, de longues moustaches. Dès le plus bas âge, on leur comprime la tête, qui acquiert ainsi une forme oblongue. Le costume des gens aisés se compose de deux gandouras' (grandes chemises) en cotonnade du Soudan, l'une blanche, l'autre bleue, d'un ample pantalon serré à la cheville et d'un burnous. Les pieds sont chaussés d'élégantes sandales en cuir de Tarilet ; une haute chachia ronge placée sur le sommet de la tête est fixée par un mouchoir roulé en turban qui maintient un voile bleu descendant jusqu'à la bouche, tandis qu'un autre mouchoir venant de l'occiput cache tout le br s de la figure en descendant sur la poitrine, A cette espèce de vêtement ils doivent leur surnom de hall el lithnm (les gens du voile). Son emploi, qui remonte à bien des siècles, puisque Cardonne, Jean Léon. Eb-Beki en tout mention, est évidemment une précaution hygiénique contre la poussière impalpable constamment soulevée par les vents brûlants venus de l'équateur. Les Touaregs ont oublié cette origine, et ils disent, lorsqu'on les interroge à .ce sujet: • Des gens de notre dignité ne doi- > vent pas se laisser voir. »

L'hiver est la morte saison des Touaregs. Ils le passent sous la tente, dans leurs retraites presque impénétrables de l'Hoggar. Dans son Itinéraire d'une caravane au pays des noirs, le général. Daumas a donné les détails les plus curieux sur le chef de l'Hoggar, son quartier général et sa cour barbare. Les contributions forcées que payent les caravanes constituent le revenu le plus régulier et même le seul revenu de ce roi des montagnes. Ce revenu est d'autant plus sûr, que R'at et R'dames, deux des plus grands centres commerciaux du Nord, ne peuvent communiquer avec le Soudan que par des routes qui passent au milieu ou au pied de ces effroyables coupe-gorge. Dans les idées des Arabes et des Orientaux en général, la piraterie de mer ou de terre, sous ses formes les moins héroïques, n'a rien de flétrissant, même- aux yeux des populations paisibles qui ont à en souffrir. On connaît le proverbe arabe : « La nuit est le trésor du pauvre, quand il est brave. i Tout pillards qu'ils sont, les Touaregs ne s'en croient pas moins des héros, et cette persuasion lejir donne une certaine dignité chevaleresque qui se traduit par des actes de loyauté et de courtoisie envers ceux qui se sont confiés à leur parole. Quelques-uns de leurs chefs ont visité Alger en 1855, et ils produisirent dans les villes du Tell à peu près la même sensation qu'eussent fuite à Rome, au temps d'Auguste, les Bleminyes à demi fabuleux des déserts libyens. Le gouverneur général profita de cette bonne fortune pour assurer, par leur moyen, à nos futures caravanes, un accueil hospitalier parmi leurs compatriotes. Peu de temps après, une caravane indigène, organisée sous les auspices du gouvernement, partit en effet d'Alger pour R at et trouva, à trois journées de celte ville, un chef important qui s'empressa de lui offrir su protection. « Soyez les bienvenus, leur dit-il, et que la bénédiction de Dieu soit sur vous 1 Nous ne demandons que la tranquillité, et notre plus vif désir est de voir vos marchands traverser notre pays, afln que les uôtres puissent voyager en sûreté sur votre territoire. Nous vous souhaitons beaucoup de gain, afin que cela vous engage à revenir, et nous n'avons qu'un regret, c'est de vous voir arriver après l'époque de la grande foire annuelle. • Ce chef, nommé Chig'r-lkreuouk'ren, escorta la caravane jusqu'à R'at, où elle passa vingtdeux jours et où elle fut parfaitement accueillie.

Il est difficile de circonscrire exactement le territoire habité par les Touaregs. La vie exceptionnelle que mènent ces pillards nomades échappe a toute appréciation géographique un peu certaine; nous les retrouvons partout, dans cet immense périmètre fermé par une ligne qui, du Tidihelt dans le Touat, descend à Tombouctou, longe le Niger de l'O. à l'E., remonte par le Fezzan jusqu'à R'dames, le point extrême de la province de Tripoli. C'est là le véritable désert, l'océan des sables, dont les Touaregs se sont faits les pirates. Un grand archipel montagneux , égaré à peu près dans le centre de cette immensité, et qu'on appelle le Djebel-Hoggar, est le nid, le refuge habituel des véritables Touaregs, des Touaregs-H'arar, ou de race, comme ou les appelle. Cependant, quelques fractions de leurs grandes tribus ont l'ait élection de domicile plus près de notre Sahara. Ainsi, les Mouidirs, dans le Djebel- Sekmaren; les A'zeguers, dans le Djebel- R'at ; les Foukas, dans le Djebel-Foukas. Beaucoup d'autres, sans doute, nous sont in-

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connus. Si nous gagnons le Sud, nous trouvons campés, en avant de Tombouctou, les Faradj.les Annaouâs, les Ouled-Ah'ined, les Agbaïls, lesTallaouis, qui tiennent cette ville en état de blocus perpétuel. Jalonnés dans le désert, les uns au nord, les autres au centre, d'autres au sud, ils gardent les portes du Sahara et celles du Soudan, prélevant sur les caravanes un droit d'entrée; et si quelqu'une passe eu contrebande, elle est impitoyablement pillée. Quelle est l'origine de ce peU|ile singulier, morcelé ainsi eu tant de bandes si distantes les unes des autres, et qui toutes, dans le Nord au moins, révèlent par leurs traits, par leurs mœurs, par leur langage, une race commune? Les Touaregs prétendent descendre des Turcs; ils affectent de mépriser les Arabes, qu'ils traitent en peuple vaincu. Ils sont grands, forts, minces et de couleur blanche, même ceux qui campent sous Tombouctou.

TOUARS, bourg de France. V. Tkouars.

TOUAT, oasis du Sahara, à 500 kilom.>S.-E. des (routières du Maroc, dont elle dépend, au S. de l'Algérie, entre Ï3« et 25° de latit. N., 2° de longit. O. et 3° de longit. E.; 400 k.lom. sur 100. Elle est habitée par les Maures mélangés. Le sol n'y est pas trèsfertile; mais il y existe de beaux pâturages où l'on élève beaucoup de beaux chevaux et de nombreux troupeaux de bétail. Les ha- - bitatits commercent avec Tombouctou , le Soudan, Ghadamès, le Fezzan etle Maroc. Les principaux centres de population sont Timimoun, Aouelef, lusâlah, Agabli, Bouda. • Le général Daumas, dit M. Guillaume Lejean, a décrit le Touat avec une précision extraordinaire d'après les dires des pasteurs et des caravanistes chaâmbas, qui le connaissent bien. Echappé depuis plusieurs années à l'autorité du Maroc, qui n'a pu le défendre contre les Berbères du voisinage, le Touat, entrepôt des. richesses du commerce saharien et des approvisionnements des tribus arabes qui errent dans son rayon, est irrésistiblement attiré flans le cercle d'action ne la France algérienne. Il est à douze journées Seulement d'Ouargla, notre plus récente acquisition. Ouargla a été occupée le ic> janvier 1857, par une division partie du Mzub. Le matin, elle avait marché plusieurs heures par une pluie battante et froide ; à midi, le thermomètre marquait 35° à l'ombre ! La limite géologique de l'Algérie parait être à deux ou trois heures au midi d Ouargla, placée, nous l'avons dit, au fond d'une sorte de cuvette saline qui contient également une ville assez riche, Ngouça, et les ruines d'une cité antique ; quant à la limite politique, la force des choses la portera naturellement aussi loin que s'étendent les terres habitables dans cette partie du désert : noùis ubi defuit orbis, Goleah est à nous nominalement, bien qu'aucun Européen, que nous sachions, n'y ait mis le pied, et ce ksdr mène droit à ceux du Touat. >

TOUBAÏ, groupe de petites îles de la Mélanésie, à 22 kilom. N. de Borabora, par 16<> 15' de latit. S. et 156» de longit. O. Tilles sont peu peuplées et entourées de récifs. Les tortues y abondent.

TOUBAiNG, ville de l'île de Java, dans la province de son nom ; elle est, dit-on, trèspeuplée.

TOUBÉ s. m. (tou-bé). Nom que l'on donne, en Seiiégambie, aux caleçons que portent les inuigènes.

TOUBIGAN , petite île de l'archipel de Soulou, siiuee par 6» U' de latit. N. et 1 18° 2«' de longit. O.

TOUBOCA, lie du grand Océan équinoxial.

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