‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 270 sur 1042 · CONCERNER · texte numérisé non relu

CONCERNER

— Toucher, émouvoir, remuer. V. ÉMOU- VOIR.

— - Atlus. hlst. Ne touches pa* h la reioe,

Allusion à une loi de l'étiquette suivie à la cour d'Espagne. D'après cette loi, dont l'exagération confine à la stupidité, tout individu qui avait touché le pied de la reine, pour quelque raison que ce fût, était condamné k mort et exécuté sur-le-champ. Une jeune reine d'Espagne, femme de Charles II, monte un jour à cheval pour aller faire une promenade avec ses dames et ses courtisans. Tout k coup son coursier se cabre, la renverse; le pied de la princesse reste accroché à l'étrier, et l'animal fougueux la trahie sur le pavé. Une foule immense regardait ce triste spectacle, mais personne n'osait lui porter secours à cause de l'étiquette. Elle allait périr, lorsque deux jeunes officiers français, qui se trouvaient là par hasard, se dévouèrent pour la sauver. Ils se précipitent, et pendant que l'un se pend à la bride du cheval pour 1 arrêter, 1 autre parvient à dégager le pied de la reine, qui on fut quitte pour la peur et pour quelques contusions. Ils s'éclipsèrent aussitôt, et il était temps, car ils allaient être arrêtés, et Dieu sait ce qu'aurait fait l'éti-

?uettel Le lendemain, la reine, très-soufraiite, fut obligée de quitter sa chambre pour se rendre chez le roi, où elle parvint k obtenir la grâce de ses sauveurs, mais à la condition qu'ils quitteraient l'Espagne dans le plus bref délai.

Du reste, il était tout aussi dangereux de toucher au roi en dehors des lois sévères de l'étiquette. Voici, à ce sujet, un fait qu'on aurait peine k croire s'il n'était historique. Philippe 111 étant malade, on plaça près de son lit, pour le réchauffer, un brasier plein de charbons ardents. Bientôt la chaleur devint intolérable, le roi rôtissait; il dit aux courtisans d'éloigner le brasero; mais comme le duc d'Ussède, grand boute-feu de la couronne,'n'était pas là, et que lui seul avait le droit de toucher au feu de la chambre royale, aucun des assistants n'osa commettre une aussi grande infraction k l'étiquette. D'autre

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part, il était défendu, sous peine de mort, de toucher à la personne sacrée de Sa Majesté; d'où il résulta que les courtisans laissèrent tranquillement rôtir le roi, tout en se lamentant sur son triste sort. Quand le grand boutefeu et le chambellan arrivèrent, il n'était plus temps ; le roi était mourant, et il ne survécut à ce cruel supplice que jusqu'au lendemain.

■ Si l'Angleterre a déshérité ses jeunes filles de la fortune paternelle, elle conserve dans son vieil arsenal des lois très-sévères qui les protègent. Ne touchez pas à la reine, et, en Angleterre, toutes les jeunes filles sont reines devant les magistrats. ■

Edmond Texibr.

• Ne touchez pas à la hache ; Ne touchez pas à la reine; Ne touchez pas à V. Hugo. Atteint et convaincu du crime de lèse-majesté pour avoir écrit franchement sa pensée sur les Misérables, M. J. Barbey d'Aurevilly a attiré sur son front maudit les foudres du carbonarisme hugolàtre. ■

Albkric Second.

Touches paa à la reine (Ne), roman de M.Michel Masson {1837, in-8°). C'est un roman des plus dramatiques. Don Félix de Valdelirios chemine sur la route de Madrid; il est arrêté par un de ces Fra Diavoloarmés d'escopette qui lui demande la bourse ou la vie. Don Félix tire son épée ; mais il va succomber dans une lutte inégale, lorsqu'un passant, jeune homme alerte et vigoureux, se précipite a son secours et met le bandit hors de combat. Don Félix remercie son libérateur, qui se nomme GilToralva, lui offre une place sur sa mule, et, tout en cheminant, les deux amis se racontent mutuellement leurs aventures. Sans autre patrimoine que la confiance et l'audace de la jeunesse et comptant sur l'avenir, tous deux vont chercher fortune. Leur but est donc commun, et ils associent leurs efforts.

Ils arrivent à Madrid le jour même où le roi Charles II célébrait son mariage avec Marie-Louise d'Orléans. Le hasard d'une méprise les jette au milieu d'une troupe de conspirateurs, dont ils font échouer le complot, tramé contre la nouvelle reine. En récompense, tous deux sont placés dans la maison du roi. Un jour, au moment où la reine, entourée d'un nombreux cortège, se préparait à partir pour la chasse, son cheval s emporte; Marie-Louise tombe, et son pied s'embarrasse dans l'étrier. Retenus par 1 étiquette qui défend sous peine de mort de toucher à la reine, les assistants demeurent immobiles, et c'était fait de la jeune femme, lorsque don Félix et Toralva tendent la foule et s'élancent, l'un vers le cheval qu'il arrête, l'autre vers Marie-Louise qu'il dégage. C'est don Félix qui a arrêté le cheval fougueux, c'est Toralva qui adégagé la reine. Ce dévouement va coûter la vie à ce dernier. Mais don Félix intercède pour lui auprès de celle qu'il a sauvée et obtient sa grâce. Il reçoit même une récompense, car le roi lui confie la garde de son honneur; il est chargé de veiller sur la reine. Un homme, a-t-on rapporté à Charles II, s'introduit nuitamment chez Marie-Louise.

« Place-toi, dit-il k Toralva, dans ce corridor et tue celui que, tu verras entrer par cette porte. ■ Gil obéit à cette consigne; il frappe le cavalier assez hardi pour outrager son roi. C'était son ami, don Félix de Valdelirios, qui avait enfreint, d'une façon si criminelle, la loi : i Ne touchez pas à la reine 1 »

Gil Toralva perd la raison sur le coup, et depuis ce temps les enfants de Madrid voient se promener un fou silencieux, qui de temps en temps ne desserre les dents que pour laisser échapper d'un air triste ce refrain monotone : • Ne touchez pas à la reine. >

Ce livre est à la fois un roman et une étude historique. La cour d'Espagne sous Charles II y est peinte avec une rare fidélité, et le lecteur y apprend mieux à connaître l'Espagne que dans Dien des ouvrages classiques sur la matière. La partie romanesque est fort intéressante, écrite dans un style vif et imagé, qui semble avoir emprunté quelque peu dosa chaleur k la contrée qu'il décrit.

Touchez pas » lu reine (Ne), opéra-COmique en trois actes, paroles de Scribe et Gustave Waez, musique de M. Xavier Boisselot (Opéra-Comique, le janvier 18-17). Une jeune reine de Léon refuse de donner la main k un roi d'Aragon; elle lui préfère un bel inconnu q^ui l'aTiauvée d'une chute de cheval au milieu des bois, oubli de l'étiquette qui, en Espagne, est un attentat ; d'autres marques de familiarité moins innocentes compromettent le héros de la pièce, don Feruand d'Aguilar, et le régent lui-même. Tous deux, convaincus d'avoir effleuré de leurs lèvres la main de la reine, doivent subir le dernier supplice. Dans de telles conjonctures, don Fernand, qui d'ailleurs est d'un sang royal, épouse la reine et se fait grâce k lui-même ainsi qu'au régent, sou adversaire. Les détails comiques que les auteurs ont mêlés à la donnée principale de la pièce ont surpris quelque temps la faveur du public. Les accès de jalousie de maitre Maximus, argentier de la cour, amusaient beaucoup le parterre. On doit remarquer toutefois que les pièces qui demeurent au théâtre sont celles dont l'idée est simple et vraie, et que les livrets de Scribe, où l'es-

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prit anime tes détails sans qu'on s'intéresse véritablement au sort des personnage?, ont déjà perdu en partie leur effet dramatique. Les ingénieux accessoires ont vieilli, et l'invraisemblance, dépouillée de ce qui la dissimulait, en rendra bientôt la représentation peu attrayante. La partition de M. Xavier Boisselot est une œuvre consciencieuse et distinguée. Elle débute par des couplets spirituellement dialogues entre Maximus et sa femme :

Ne touchez pas à la reine.

C'est la charte souveraine,

Et le moindre oubli vous mène Droit au trépas 1

De loin toujours on l'admire,

La charte alors devrait dire

A l'Amour comme au Zéphire : N'y touchez pas.

Dans le récit et la romance qui suivent, don Fernand raconte son entrevue avec la reine dans la forêt. La facture en est travaillée, symplionique et l'expression poétique. Un bon trio plein de vivacité scénique termine agréablement ce morceau. Nous signalerons encore dans le premier acte un duo distingué entre le régent et Estrella, et un chœur délicieux : Heine à qui la beauté fait une double royauté. Les morceaux saillants du second acte sont le duo du conseil, et l'air chanté par Fernand pendant le sommeil de la reine. Le troisième acte débute par un grand air de prima donna : L'effroi que je combats de mon âme s'empare, qui fut vivement applaudi. La suite de la pièce se déroule sur des dessins d'accompagnement d'une mélodie claire et toujours de bon goût,

TOUCHER s. m. (tou-ché — du y. Toucher). Sens qui donne k l'animal une idée de la forme et de l'état extérieur des corps,

fiar le contact direct des organes qui en sont e siège ; Le sens le plus relatif à la pensée et à la connaissance est le toucher. (3ulf.) Le sens du toucher est répandu dans le corps entier. (Butf.) Le toucher est te sens de toutes les surfaces, soil internes, soit externes. (Raspail.) || Usage de ce sens : L'aveugle juge par le toucher et voit par les doigts. (Mmû MîSntnarson.)

— Impression que produit un corps que l'on touche : Le toucher onctueux de l'argile.

— Mus. Caractère du jeu d'un musicien, résultant de l'usage qu'il fait de ses doigts dans l'exécution : Un oeauToucHBR. Un toucher délicat. Un toucher pur et net.

— Méd. Exploration opérée en touchant les parties dont on veut connaître l'état.

— Syn. Toucher, attouchement, contact, etc. V. ATTOUCHEMENT.

— Encycl. V. TACT et PA.LPATION.

TOUCHES, -village de Saône - et - Loire, cant. de Givry, arrond. de Chalon-sur-Saône ; 1,185 hab. Aux environs se trouvent les ruines du château de Montaigu, bâti au xi« siècle.

TOUCHET (Marie), maltresse de Charles IX, née à Orléans en 1549, morte k Paris en 1638. Son père, Jean Touchet, sieur de Beauvais et du Quillard, était conseiller du roi et lieutenant particulier au bailliage d'Orléans; par sa mère, fille naturelle d'Orabie Mathy, médecin du roi, Marie Tuucbet était Flamande. Jean Touchet était un homme d'un rare mérite, très-instruit et lié avec tous • les savants de son époque. Charles IX connut la jeune Marie a Orléans, durant un séjour qu'il y fit en 1566, et s'y attacha fortement. Un chroniqueur du temps nous apprend, d'après un portrait que, dtt-il, il a sous les "yeux, ■ qu'elle avait le visage rond, les yeux vifs et bien fendus, le front plus petit que grand , le nez d'une juste proportion, la bouche petite et le bas du visage admirable. > Eu 1570, lorsqu'il fut question du mariage de Charles IX avec la fille cadette de l'empereur, on en parla devant la favorite et on semblait la ptaindie de voir son règne près d'arriver k sa fin : i L'Allemande, elle ne me fait pas peur, ■ répondit Marie Touchet. Et elle avait raison, car elle était et devait rester la seule affection de Charles IX. • Deux choses, dit Michelet, avaient force sur lui, la musique et cette calme Flamande. C'est en elle qu'il se réfugia aux deux moments les plus terribles. Le seul enfant qu'il laissa d'elle fut conçu dans le désespoir, au jour où on lui fit dire qu'il avait voulu le massacre. Et peu après, quand il mourut, parmi les ombres et les vivions de la Saint- Barthélémy, il la fil venir encore, chercha eu elle le suicide et s'extermina par l'amour. ■ Admirablement douée au physique et au moral, belle, gracieuse, spirituelle et instruite, Marie Touchet sut conserver l'amour du roi. Cette tendre liaison ne fut rompue que par la mort de Charles IX. Un fait assez rare, c'est le désintéressement de la favorite, qui ne se préoccupa aucunement de faire sa fortune ou d'acquérir une influence politique quelconque. Charles IX, qui, en mourant, ne regretta ni sa femme, ni un trône souillé par le plus abominable des forfaits, se préoccupa de l'avenir de sa maltresse jusqu'à sa dernière heure. Jamais auparavant il n'avait songé k enrichir Marie. Cette pensée lui vint trop tard. Le roi, n'osant s'ouvrir sur ce pointa sa mère, chargea un favori d'exécuter ses volontés; celui-ci, Paul de Gondi, n'eut pas le temps de s'en

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occuper, car il mourut quinze jours après Charles IX.

Marie Touchet eut deux fils de son royal anvmt : l'un mourut en bas ége; l'autre fut Charles, bâtard de Valois et duc d'Angou- ■ lême, qui fit souche princière.

La belle Orléanaise épousa eu 1578François de Balzac d'Entraigues, gouverneur d'Orléans et chevalier des ordres du roi. Dès lors admise k la cour, elle eut une existence brillante, qu'elle soutint par une conduite sage et même sévère. Les deux filles, remarquablement belles, qu'elle eut de Balzac d'Entraigues, furent élevées avec soin et rigidité ; mais, fatale influence du sang ou d'un milieu corrupteur, toutes deux tournèrent mal; l'une, la célèbre marquise de Verneuil, devint, malgré sa mère, la maltresse de Henri IV; l'autre fut la maîtresse du maréchal de Bassoropierre et en eut un fils, mais ne put point parvenir k se faire épouser. Alarie Touchet termina ses jours dans une retraite studieuse.

TOUCHETTE s. f. (tou-chè-te — dimin. de louche). Mus. Nom donné k de petites barres d'tvuire incrustées dans le manche de la guitare, et qui permettent de donner les tons et demi-tons. *

TOUCHEUR, EOSE s. (tou-cheur, en-ze — rad. loucher). Personne qui en touche une autre en faisant des armes : La condition portait qu'à chaque coup te touché quitterait la partie, en perdant son tour d'audience en faveur du touchbur. (Alex. Dum.)

— s. ut. Teelin. Ouvrier qui fait marcher le cheval attelé k un manège, dans certaines ardoisières.

— Typogr. Appareil servant k distribuer l'encre sur les formes, dans une presse mes canique.

— Econ. rur. Conducteur de bœufs destinés k la boucherie.

TOUCHIROU s. m. (touchi-rou). Bot. Syn.

de cruuya, genre de césalpiniées. il On dit aussi touchiroua.

TOUCNAM-COURVIs.m.(tou-knamm-kourvi). Ornilli. Passereau du genre gros-bec, qui habite les Philippines : Les toucnamcourvis suspendent leur nid à l'extrémité des branches. (V. de Bomare.)

TOUCOI ou TOUCOI interj. (tou-koi — du tout, et de coi). Véner. Mot employé pour imposer silence k un limier : Toucoi, Médor, toucoi. Il On écrit aussi tout coi.

TOUCOPIA, île de la Polynésie, dans l'arch'hpel do Sanla-Crtiz, par 12°-17' de latit. S. \ et 1680 5s' de longit. E., 18 kilom. de circonférence. Sa surface est très- élevée et on peut l'apercevoir, par un .temps clair, de 75 kiioin. Le sol y est fertile, et ou y recueille des ignames, des patates, du taro et des bananes. Le fruit de l'arbre k pain et celui des noix de coco forment la principale nourriture des habitants, qui sont très-nombreux ; ils ressemblent k ceux des lies Tonga. Ils sont gouverné* par plusieurs chefs, qui reconnaissent toutefois la suprématie de l'un d'entre eux. Toucopia a été découverte par Quiros.

TOUCOCLORS, peuplade africaine qui provient du croisement du peuple fouiiuh avec les Torados, qui habitaient primitivement le Fouta-Toro, et aussi avec des Yolofs et avec des Mandingues. Leur couleur, plus foncée que celle des Foullahs, l'est inoins que celle des aborigènes noirs; leurs caractères physiques, îiioditiès par le mélange du sang, ne sont pas exactement ceux dû type éthiopien. Mais la différence qui existe entre eux et les aborigènes permet de les classer avec ■les Torados parmi la grande famille des Peuls ou Foullahs.

TOUCQUES, bourg de France (Calvados), cant. et arrond. de Pont-I Evêque, sur le chemin de 1er de Paris a Trouviile, dans la belle vallée de son nom; 1,163 hab. Petit port de cabotage. Le voisinage d'un château fort habité par Guillaume le Conquérant donna au bourg de Toucques une grande importance au moyen âge. Il eut des gouverneurs jusqu'en 1789. C'est k Toucques que Guillaume le Roux s'embarqua pour aller se faire sacrer roi d'Angleterre après la mort de Guillaume le Conquérant. • L église Saint- Pierre , monument historique, offre, dit M. Ad. Jounne, quelques parties du xi» siècle. La nef a été réparée ou raccourcie uu xvii<* siècle. La tour octogonale est k puns irréguliers et date du xm" siècle ; elle est décorée d'arcatures et percée de fenêtres cintrées dont l'archivolte repose sur dus colonnettes. Un seul transsept est resté debout. Des travaux de restauration ont été récemment ordonnés. L'église Saint-Thomas appartient k deux époques; la nef (jolie porte latérale du style roman, ornée de zigzags et de moulures) remonte k la deuxième moitié du xu*9 siècle, ainsi que la base du clocher carré, dont la partie supérieure, en bois, date du xvi° siècle. Le choeur est de la dernière époque du style ogival flamboyant.

Les anciennes Halles, > onstruites en bois avec un toit revêtu de tuiles, offrent onze travées dans leur longueur.

Ou remarque k feutrée de Toucques, du côté de foiil-l'Evêque, un manoir dont la porte est d'un style imposant et auquel est attenante une enceinte de murs assez considérable. Il se nomme le manoir de Mèautrin et date du xvio et du xvu» siècle. 11 contient,

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