‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 281 sur 1042 · V. SÛKKTB · texte numérisé non relu

V. SÛKKTB

Tour du monde eu quolrc-vdigo jours (Ui), roman de M. Jules Verne (Hachette, 1S73, in-8°). Ce roman appartient à la série d'ouvrages instructifs et amusants dont l'auteur s'est fait une spécialité et qui lui ont valu une véritable notoriété. Les romans de M. Jules Verne, et le Tour du monde entre autres, ont ceci de particulier que la fiction, quoique destinée seulement à servir de cadre à des renseignements curieux, est toujours d'un intérêt saisissant. Celle où il a encadré ce voyage à toute vapeur d'un excentrique est fort bien imaginée et amène une foule d'épisodes romanesques. Le 2 octobre 1872, dans ttn club de Londres, la conversation roulait sur un vol de 2 millions commis k la Banque d'Angleterre et sur les chances que le

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voleur avait d'échapper à la police. « Le inonde est si grand, dit quelqu'un. — Pas si grand, répond Hhiléas Fogg, puisqu'on peut en faire le tour en quatre-vingts jours. — Oui, mais sans compter les retards, les accidents, les naufrages, l'imprévu. — Tout compté, répond M. Fogg; je»parie 1 million de faire le tour du monde eu quatre-vingts jours. » Le pari est tenu. M. Philéas Fogg part le soir même, emportant 1 million en bank-notes et accompagné de Passe-Fartout, un domestique français qui, pour se reposer, venait justement d'entrer au service du gentleman jusque là sédentaire et renommé au club pour avoir donné à sa vie la régularité d'une horloge. Mais ce Philéas Fogg, si prompt à décamper la jour d'un vol de 2 millions, ne serait-il pas le voleur luimême qui aurait ainsi coloré sa disparition à l'aide d un ingénieux stratagème? C'est assez l'avis du détective Fix, qui se lance aussitôt ii la poursuite de l'excentrique parieur. On devine toutes les suites de ce quiproquo; Philéas est un fort honnête homme, mais l'agent de police, alléché par la promesse d'une prime de 200,000 francs, va tout mettre en œuvre pour retarder le voyageur déjà enfermé dans d'étroites limites de temps.

Le trajet que se propose de faire Philéas Fogg est celui-ci ;

De Londres a Suez, par le mont Cenis et Brindist (railways et ■ paquebots) 7 jours.

De Suez k Bombay (paquebot). . 13 »

De Bombay k Calcutta (railway). 3 •

De Olcutta k Houg-kong* (paquebot) 13 »

De Hong-kongà Yokohama (paquebot) 6 •

De "Yokohama à San-Francisco

(paquebot) 22 •

De San-Francisco k New- York

(railwny) 7 «

De New-York à Londres (paquebot et railway)' 9 >

Total.

. 80 jours.

L'auteur pouvait économiser deux jours à son pèlerin en supprimant la traversée de l'Inde, de Bombay k Calcutta, mais il se serait privé d'un élément romanesque.

Pani de Londres le 2 octobre, Philéas Fogg et Passe-Partout arrivent à Suez dans les délais voulus, mais ils y trouvent Fix, débarqué en même temps et qui essaye de faire arrêter celui qu'il croit son voleur ; il ne réussit pas, et Philéas se rembarque sans autre retard. Fix est plus heureux dans l'Inde, où il suit Philéas avec acharnement. D'abord, il se trouve que le railway de Bombay k Calcutta n'existe en entier que sur la carte et qu'il faut faire une partie du chemin à pied ou en voiture ; Philéas achète un élép'hant, il n'aura qu'un retard de vingt-quatre heures qu'il espère bien rattraper. Mais, chemin faisant, il se voit forcé d'assister à une suites, c'està-dire à la mort par le feu de la veuve d'un nabab ; le bon Anglais se révolte et, aidé 4e Passe-Partout et du guide, il enlèv.e la jolie veuve Aouda, à la barbe des prêtres qui allaient la brûler. Aouda lui en est fort reconnaissante, et voilà le petit roman d'amour, nécessaire k tout livre de ce genre, noué d'une manière irréprochable. Toutefois, Philéas Fogg a de plus l'embarras d'une femme à emmener avec lui à travers les quelques ! mille lieues qu'il a à faire, et, en outre, l'ugent de police prend prétexte de cet esclandre pour ameuter contre lui les brahmes à Calcutta. On l'arrête comme ayant troublé d'honnêtes prêtres indous dans l'exercice de leurs fonctions. Fix sait bien qu'on ne peut pas condamner un Anglais pour avoir empêché un meurtre, mais s'il parvient k le faire retenir jusqu'à ce qu'il ait reçu le mandat d'arrêt bien en règle pour le fameux vol de 2 millions, il aura gagné son affaire. Philéas Fogg lui échappe en donnant une caution de 100,000 francii, Fix rattrape son homme à Hong-kong, grise Passe-Partout et fait inan- , quer aux voyageurs le paquebot de Yokoh»ma ; c'est un retard de huit jours qu'il leur faudra subir, c'est-à-dire pour Philéas la perte certaine de Son pari. L'intrépide Anglais décide le patron d'une mauvaise barque à tenter la traversée, essuie un naufrage, manque de périr et arrive encore à Yokohama pour prendre le paquebot de San-Francisco. Une fois sur la terre américaine, le détective se tient coi et se borne à suivre les voyageurs à la piste ; mais sur le long railway qui va de San-Francisco à New- York, k travers des solitudes, les incidents ne pouvaient manquer de pleuvoir. Là, un pont menace de se rompre ; on le passe à toute vapeur et il s'écroule derrière le convoi ; plus loin, le train est attaqué par des Fawnies qui assomment quelques voyageurs et enlèvent Aouda; Philéas Fogg et Passe-Partout les poursuivent à coups de revolver et ramènent Aouda; mais le train est reparti, il faut re-

fagner la station prochaine eu traîneau; bien u temps a été perdu et le paquebot de New- York à Londres aquilté le port. Philéas Fogg, Aouda et Passe-Partout, toujours suivis par Fix, ne peuvent prendre passage que sur un bateau de commerce qui tait voile pour Bordeaux. Passer par Bordeaux, c'est perdre le peu de chance qui reste de gagner le pari ; aussi, en route, Philéas aehete-t-il le bâtiment, et comme le capitaine se refuse à trahir

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son armateur, qui l'attend, l'Anglais l'enferma à double tour dans sa cabine et prend le commandement lui-même. Enfin, les1 voici en vua des côtes d'Angleterre. Philéas n'a plus que quelques heures pour arriver à temps, et le combustible manque; on chauffe la machine avec les bastingages abattus à coups de hache, la chaudière crève et le bateau sombre. L'équipage et les passagers sont heureusement recueillis ; mais on est k la fin du quatre-vingtième jour, et, au moment où Philéas met le pied en wagon pour gagner Londres k toute vitesse, Fix lui met la main au collet et le fuit incarcérer. Cette fois tout est bien perdu; Philéas passe la nuit en prison, et quand il est rendue la liberté, le lendemain, l'erreur étant reconnue, car le véritable voleur a été arrêté, il est trop tard, le délai est passé. Philéas rentre dans son hôtel, s'y enferme et met ordre k ses affaires. Il possédait juste 2 millions; tout compte fait, il a dépensé 950,000 francs dans son voyage. Il met sous enveloppe un chèque de 1 million pour les parieurs du club et envoie Passel'artout mettre le paquet à la poste; il donne les 50,000 francs qui lui restent à Aouda et se prépare au suicide. Mais voici Passe-Par- , tout qui revient, la physionomie renversée : il y a eu erreur d'un jour; on n'est pas au lundi, mais audimaiiehe, la poste est fermée 1 Fogg réfléchit ■ le fait est vrai. Il n'avait pas calculé qu'en faisant le tour du monde par l'est il avait marché vers le soleil ; les jours avaient dimiuué pour lui d'autant de fois quatre minutes qu'il franchissait de degrés. 11 avait gagné un jour sans s'en douter. Son pari est gagné, et, a neuf heures sonnantes, il rentre au club, parfaitement en règle vis-àvis de ses partenaires. Le drame que l'auteur a tiré de cet intéressant canevas a obtenu plus de succès encore que le livre.

Tour du monde eu quatre-vingts jour* (LK),

drame en cii>q actes ci quinze tableaux, de MM. Dennery et Jules Verne (théâtre de la Porte - Saint - Martin, 8 novembre 1874). M. Dentiery n'a pas eu beaucoup k faire pour découper en tableaux le livre de son collaborateur; même on peut dire que ce qu'il a ajouté pour les besoins de la scène ne vaut pas grand'chose. Trouvant que ce n'était pas ■ assez de fane susciter des embarras au voyageur par l'agent de police Fix, il a imaginé un Archibald Corsican qui, blackboulé au club, veut ne venger do Ph iéas Fogg, son ennemi, et le suit duns sa pérégrination autour du monde en le forçant à dégainer k chaque station. Cette série de coups d'épée sent un peu trop les Trois mousquetaires et n'a rien d'anglais. Enfin, Corsican, blessé au bras k chaque rencontre, finit par rester tranquille et accompagne Philéas Fogg en ami. Les héros du voyage étant deux, il leur faut deux femmes, mais Aouda u une sœur, et la course à travers les mers s'achève en partie carrée. Dans le scénario, il y a de plus que dans le livre une station k Bornéo, dans le trajet de Hong-kong à Yokohama, ce qui a permis de faire réfugier les voyageurs et les voyageuses dans une grotte habitée par de monstrueux serpents, un des plus beaux tableaux de "la pièce. Ce qui a fait le succès de l'ouvrage, c'est la richesse et la variété des décors. La suttee, la fuite sur l'éléphant, la caverne des serpents ont fourni le sujet de tableaux pittoresques. Ce qui a obtenu le plus de succès, c'est l'attaque du train par les Pawnies et le naufrage du bâtiment en vue des côtes d'Angleterre. Une locomotive (en carton, mais d une imitation parfaite) glisse sans cahots, de l'allure la plus naturelle, sur les rails qui traversent la scène dans toute sa largeur. Cette locomotive est mue par deux petites chaudières véritables qui obéissent fidèlement aux manœuvres. La cheminée crai'he des torrents de fuinée ; les pistons moment et descendent, le sifflet d'alarme jette sa note a guê k coups précipités. Ces chaudières, chauffées dans le foyer des artistes, peuvent' être montées à quatre atmosphères, et elles gurdeni leur pression pendant environ vingt-cinq minutes; c'est plus qu'il n'en faut pour permettre aux Pawnies U'exéeuter leur attaque. On revoit les mêmes petites chaudières sur le pont du steamer l'Benrieita, et c'est à elles que cet incomparable tableau doit son étrungeté saisissante. Quand l'explosion se fait entendre,*'1* chauffeur renverse subitement la vapeur, lu scène se couvre de fumée, et le bateau, abandonné à la tempête, sumbie lugubrement. Ou le voit s'enfoncer petit à petit jusqu'à la ligne de flottaison, puis les uiàts eux-mêmes disparaissent et l'Océan se referme sur sa" victime. Jamais on n'avait atteint au théâtre ce degré de précision dans l'horreur.

Le Tour du monde a eu, à la Porte-Saint- Martin, plus de deux cents représentai ions et a été ensuite repris au théâtre du Châtelet avec un suct.es égal.

Tour du moudo (La), nouveau journal de voyages, qui est publié sous la direction de M. Edouard Chartou. V. monde (Tour du).

Tour de carnaval (tjn), comédie en un acte et en prose, de Dulmin vttl (Comédie-Italienne, U février 1726). Mme Richard veut marier sa fille Marianne k M. de Sotenrobe, que la jeune fille n'aime point. Elle a donné son cœur à un jeune officier nommé Clitandre, qui est à son régimejit, Pour gagner du leuips, Marianne feint de consentir à ce qu'exige sa mère. Clitandre arrive enfin avec son valet

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Sans-Quartier, qui a connu autrefois Sotenrobe chez un procureur et qui promet d'en délivrer les amants. En effet, il renoue avec lui et le prie de faciliter l'enlèvement d'une jeune personne que son maître aime et que ses paivnts ne veulent point lui donner. Sotenrobe, loin de se douter qu'il est question de sa prétendue, trouve la chose plaisante et s'j^prête, à la faveur d'un bal qu'il donne. Giâce aux travestissements, il livre lui-même Marianne à son amoureux, signe leur contrat et le fait signer à M°>® Richard, comme témoin. Tout se découvre. Sotenrobe est désolé de se trouver dupe de ce tour de carnaval, que M""* Richard est obligée de pardonner.

Il y a dans cette bluette quelques jolis couplets écrits par Panard et dont Mouret a fait la musique.

Tour de faveur (le), comédie en un acte et en vers, par H. de Latouche et Em. Deschamps (théâtre de l'Odéon, 1818). Cette petite pièce, germe de deux grandes comédies, les Comédiens, de Delavigne, et le Folliculaire, de Delaville, est une censure maligne des acteurs et des journalistes. Le riche M. Lormoiu, père d'une fille aimable en âge d'être pourvue d'un mari, reçoit ses intimes à sa maison de campagne ; lui et sa fille ont assisté à la représentation d'une tragédie au Théâtre-Français, Philo/jOimen, écrite par un jeune homme de dix-sept ans. La pièce a réussi. Ce succès, embelli par l'âge du poète, exalte l'imagination de ta demoiselle, qui prend feu. Mais l'auteur, ami de M. LormoTit, est maintenant un vieillard de soixante ans; il y en a plus de quarante qu'il a présenté sa pièce aux comédiens. Un tour de faveur est enfin venu exhumer sa tragédie, qu'il avait oubliée en faisant fortune dans le commerce. La jeune personne, d'abord désappointée, a le bonheur de trouver un autre mari sous sa main, le fils du négociant poète, jeune officieren demi-solde. Les rôles des doux amants ne constituent pas l'action principale. L'intrigue résulte du rôle du journaliste Verdelin. Ce représentant de la presse cherche une fille aimable et une belle dot; il convoite l'héritage de M. Lormont. Ce journaliste rend compte des ouvrages qu il n'a pas lus comme des pièces qu'il n'a pas vu représenter. Philopœmen a réussi en son absence; mais Verdelin se donne comme spectateur de la pièce; il prend note de la conversation, et son article est déjà fait. Quand l'auteur arrive, il parvient à <ui persuader qu'il a vu sa tragédie juvénile. Verdelin la critique et menace d'écrire sur elle un article. Appréhendant un article contre, le négociant consent à acheter un article»pom-, et. même il promet de parler à Lormont en faveur de Verdelin, ne se doutant pas qu'il patronne le rival de son propre ri*. Bientôt tout s explique, et l'événement tourne à l'avantage de l'oftioier. Verdelin, déchirant ses articles pour et contre, reste à souper. Tous les traits de cette saiireàdouble tranchant ne portent pas; générale, cette censure est injuste et fausse ; personnelle, c'est une accusa ion qui ne conclut pas, du moins aujourd'hui. Il serait difficile de désigner par son nom le journaliste représenté par Verdelin. La petite pièce de H. de Latouche a de l'agrément ; elle dut k ses épiyrainines acérées un succès de vogue attesté par une centaine de représentations.

TOUR s. f. (tour — lat. turris, mot qui représente e\actement le grec turris pour tursis, lieu fortifié, château f'>rl). Construction isolée, ou saillante sur d'autres bâtiments, très-élevée par rapport aux dimensions de sa base : une tour ronde, carrée, polygonale. La tour du clocher. Des remparts flangués de tours. Les tours de Notre-Dame. La tour Suint -Jacques. LaTovR de Londres. La tour d'un moulin à uent, Sij'étuis accusé d'avoir enleoé les tours de Notre- l/ame. je commencerais par gagner au large. (Lamoignon.) Entre deux tours cannelées de yrunit s'allonge le petit village des Eaux-Chuudes. (H Tame.)

Quand verrai-je, 6 Sion, relever te» remparts, Et de tes tours les magnifiques faites?

IUcinb.

lorsque l'on veut monter aux tours des cathédrales, On prend l'escalier noir qui roule ses spirales, Comme un serpent de pierre, au ventre du clocher Tn. Gautier.

— Fig. Personne forte, robuste, d'un grand embonpoint ou dont le buste a de fortes dimensions ; Quelle tour ! C'est une vraie tour.

— Artmilil. Machine de guerre forméed'une tour de bois mobile, dont les anciens se servaient ei qu'ils remplissaient de soldats: Les anciens avaient des tours portées sur desroues ou à dos d'éléphant. L'éléphant peut porter sur son dos une tour armée en guerre et chargée de plusieurs hommes. (Buffon.)

— Jeux. Chacune des pièces du jeu d'échecs

5 ni occupent les quatre auglgs de l'échiquier: l venait d'avancer une tour qui mrttait Louis Xlll dans cette fausse position qu'on appelle pat. (De Vigny.) il Tour du roi. Tour de ta reine, Celle qui est la plus voisine du roi ou ue la reine, au commencement de la partie.

— Hist. relig. Tour de Babel ou de Babylone, Tour célèbre que les hommes tentèrent, d'après la Bible, d'élever k BabylonO;

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pour escalader le ciel, danger que Dieu conjura par la confusion des langues, il Fig. Lieu où tout le monde parle à la fois et dans une complète confusion : La Chambre des députés est souvent une tour du Babll. C'est véritablement la tour de Babylone.

Molière.

— Hist. ecclés. Tour des palmes, L'une des congrégations qu'Alexandre IVrfondit dans l'ordre des ermites de Saint-Augustin, tl Tour de Beurre, Nom donné à plusieurs clochers bâtis nvec l'argent fourni par le droit perçu sur les personnes qui avaient obtenu, à ce prix, la permission de manger du beurre pendant le carême.

— Archit. Tour ronde, Parement convexe d'un mur cylindrique. Il Tour creuse, Parement concave d'un mur cylindrique. Il Tour chaperonnée, Tour munie d'un comble apparent, il Tour à feu, Phare. Vieille loc.

Il Tour de dôme, Partie cylindrique ou prismatique d'un dôme, qui supporte la voûte.

— Fortif. Tour bastionnée, Bastion ayant des souterrains à l'épreuve de la bombe.

— Ane. art miht. Arbalète à tour, Ancienne machine de guerre dont on se servait pour battre les tours en brèche, et qui n'a rien de commun avec l'arbalète à tour (s. m.), sorte d'arme portative. M Tour casematée, Tour maximilieime, Tour basse, en maçonnerie, garnie de canons,

— Mar. Tour tournante, Sorte de tour en fer, qu'on établit sur le tillac de certains "vaisseaux cuirassés, pour y loger des hommes et un ou plusieurs gros canons.

— Pèche. Enceinte circulaire des bourdignes, dans laquelle les poissons sont amenés par divers artifices de construction.

— Techn. Tour creuse, Demi-cylindre de fonte, qu'on place clans chaque angle du contre-cœur d'une cheminée.

— Moll. Tour de Babel, Coquille du genre pleuroiome. Il Tour de Copenhague, Coquille du genre buccin.

— Encycl. Fortif. Les tours formaient les ouvrages les plus importants de l'ancienne fortification, avant l'invention de l'artillerie. Toutes les villes importantes étaient défendues par des tours, jointes à l'enceinte, éloignées les unes des autres d'une portée de flèche et plus élevées que les courtines afin de dominer la muraille d'enceinte et de la protéger. Les Asiatiques, les Phéniciens, les Grecs, les Etrusques, tous les peuples de l'histoire ancienne pratiquèrent ce genre de fortification. Les murailles de Babylone avaient d'immenses tours, construites de brique et de bitume, reliées entre elles et for-

• mant un système ' formidable de défense. Les Romains empruntèrent la tour aux Etrusques et la perfectionnèrent. Ils ne se contentèreot pas de flanquer de tours les courtines de leurs places fortes; ils en flanquèrent aussi les principales portes, et ce système fut suivi durant tout le moyen âge. La tour romaine était généralement à pans carrés ; les constructeurs du moyen âge adoptèrent de préférence la tour ronde. Les Romains construisaient de plus des tours isolées, placées à quelque distance en avant des murailles et destinées à servir de garde avancée ; ils défendaient aussi par des tours les passages des rivières, les défilés de montagnes, et sur la fin de l'empire des lignes de tours furent placées aux frontières, comme postes d'observation. En outre, la tour entrait encore dans le système de construction des camps romains.

« On élevait quelquefois dans le massif du parapet des tours en charpente à deux ou trois étages, pour prendre du commandement sur la campagne et éclairer le fond du fossé. Ce fut sous la protection d'une enceinte ainsi renforcée pur des tours que Q. Cicéron, avec une seule légion de soldats presque tous blessés, parvint à résister plusieurs semaines à l'armée d'Ambiorix. ■ (Rocquancourt, Cours d'art et d'histoire'militaires.)

César fit souvent construire des tours, notamment au siège de Marseille, pendant lequel il en érigea deux à. cavaliers, dont les murs étaient soutenus par des contre-forts en brique, ayant 6 pieds d'épaisseur; et à Sois- Sons, où il éleva des cavaliers surmontés de tours. Les historiens rapportent encore d'autres exemples de tours; ainsi Josèphe nous apprend qu'en Judée Fulvius Silva, général romain, lit établir, au siège de Messada, un cavalier de pierres cimentées, de 50 coudées de hauteur, et supportant une tour de 60 coudées, revêtue de fer sur tout son pourtour. Mais ce récit est invraisemblable , et l'historien juif a dû exagérer les dimensions. Les anciens faisaient leurs t ours polygonales, rondes OU carrées, à toit en terrasse, à plusieurs étages percés de meurtrières, à couronnes de créneaux. Souvent ils y renfermaient les escaliers qui conduisaient sur le rempart. Dans ce dernier cas, ils les isolaient quelquefois ilu chemin de ronde qui régnait derrière le parapet de ce dernier, au moyen d'une coupure pratiquée dans la maçonnerie et cachée par un plancher de bois facile à détruire, en sorte que, si l'ennemi venait à escalader une courtine, il s'y trouvait exposé presque sans défense aux projectiles lancés des deux tours voisines.

Les ingénieurs militaires du moyen âge suivirent Te système adopté par ceux de l'antiquité, mais eu y introduisant des modifica-

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tions qui varièrent à l'infini. Du xiie au xvte siècle, on multiplia les fours sur toutes les parties de l'enceinte qui paraissaient les plus faibles et les plus exposées. Les principales étaient disposées de manière à pouf oir suffire à leur propre défense ; elles devenaient, au besoin, de petits forts détachés. Les unes étaient rondes, carrées ou prismatiques ; les autres triangulaires, elliptiques ou semi-circnlaires. Sur les courtines rectilignes d'une certaine étendue, elles dépassaient à peine quelquefois le sommet du rempart, tandis que, partout ailleurs, elles s'élevaient à une hauteur considérable. Du reste, en temps de siège, on surhaussait celles qui étaient trop basses à l'aide d'échafaudages mobiles en bois, que l'on appelait hourds ou hourdeis.

Il existe encore de nombreux spécimens de tours du moyen âge, et l'on peut se rendre compte du système de défense dont elles faisaient partie. Carcassonne possède sa double enceinte, bâtie sous saint Louis; l'enceinte extérieure est commandée par quatorze tours et l'enceinte intérieure par vingt-quatre. « Avec les armes de jet et les moyens d'attaque de l'époque, on ne pouvait, dit M. Viollet-le-Duc, adopter une meilleure combinaison défensive. Ces tours, pleines dans la hauteur du talus qui enveloppe la roche naturelle, ne pouvaient être ruinées par la sape. Bien percées de meurtrières, elles envoyaient des projectiles divergents de plein front à •60 mètres de leur circonférence. Pour les aborder, il fallait entreprendre une suite d'ouvrages qui demandaient du temps et beaucoup de inonde, tandis que pour les défendre il suffisait J'un poste peu nombreux. Une tour pouvait longtemps défier les attaques avec un capitaine et vingt hommes.

» Huit arbalétriers dans les deux étages inférieurs servaient facilement les seize

meurtrières, ci 8

Un servant à chaque étage, ci 2

Deux servants pour les mâchicoulis, ci. 2 Huit arbalétriers dans les hourds, ci. g Un capitaine de tour, ci l

Total.

» Si l'attaque était très-rapprochée, les meurtrières inférieures devenaient inutiles, et alors les vingt hommes, répandus sur les galeries des hourds, couvraient les assaillants d'une pluie de projectiles. Sans doute les assiégeants dirigeaient plutôt leurs attaques méthodiques contre les courtines que contre les tours, mais il va sans dire que, pour emporter une courtine, il fallait d'abord détruire ou masquer les flanquements que dominaient les tours voisines. •

Les tours les plus fortes et les plus élevées étaient en général celles des angles ou tours du coin, comme on les appelait. Il y avait aussi la tour magne ou tour féodale, qui était la principale et celle au pied de laquelle se prêtait le serment de foi et d'hommage; telle était la grosse tour du Louvre. La tour gaillarde était la plus haute; l'horloge d'Auxerre était bâtie sur la gaillarde. Durant tout le moyen âge, les portes des villes étaient généralement protégées par deux fours, ne servant d'habitation qu'en cas d'attaque, et dont le pied était fortifié d'une braie, dont le nom s'est transformé dans la suite en celui de fausse-braie.

Très-souvent les tours se terminaient par une terrasse bordée d'un parapet crénelé, sur laquelle on montait des machines. D'autres fois on les couvrait d'un toit conique qui tantôt portait sur le sommet des créneaux, tantôt était établi en arrière. Enfin, à partir du xive siècle, l'usage devint général de les couronner d'un mâchicoulis. Il y avait toujours une tour, que l'on choisissait parmi les plus hautes, dans laquelle se tenait une sentinelle chargée d'avertir de la présence de l'ennemi, soit en sonnant une cloche, soit en sonnant d'un cornet ou olifant, soit encore, à ce qu'on suppose, au moyen d'un porte-voix. Cette tour était appelée la guette ou tour du guet, ou bien tour du beffroi ou beffroi. Les tours disparurent à l'époque de l'emploi de la poudre à canon.

Au xviie siècle, Vauban donna le nom de tours bastionnées à de petits bastions qu'il fit entrer dans son deuxième et dans son troisième, système de fortification. Il les employa pour la première fois dans la construction de Landau (1684). Elles remplacèrent les bastions ordinaires, pour conserver des feux jusqu'au dernier moment de la défense et pour mettre à l'abri de la bombe des munitions <t des troupes. Elles étaient petites, s'élevaient sur des souterrains voûtés, et étaient précédées d'une contre-garde. Dans le petit nombre de villes qui en possédaient, nous pouvons citer Belfort, Besançon et Neuf-Brisach. De nos jours, on appelle tours maximiliennes des ouvrages isolés et en forme de tour ronde qui ont été introduits dans le génie allemand par l'archiduc d'Autriche Maximilien de Modène. Ces tours sont en maçonnerie et protégées par un fossé précédé d'un glacis. Elles se composent de trois étages, dont un, le supérieur, est voûté à l'épreuve et percé d'embrasures, tandis que les deux autres, situés au-dessous du niveau du sol, sont destinés aux logements de la garnison et aux magasins. Enfin, la construction est surmontée d'une plateforme qui porte une batterie de onze pièces de gros calibre, garanties par un épaulement |

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en terre, tirant à barbette, et disposées sur des affûts très-mobiles qui permettent de faire converger les feux sur un même point. Des ouvrages de ce genre ont été construits dans plusieurs parties de l'Allemagne, mais, comme ils n'ont pas encore subi l'épreuve d'un siège, on n'a aucune donnée sur le degré de résistance dont ils sont susceptibles. — Tours de siège. Ces sortes de tours, appelées aussi tours mobiles, tours roulantes, étaient en charpente et servaient pour l'attaque des places. On les construisait quelquefois sur place, au moment où on en avait besoin ; mais, en général, on les préparait d'avance et on les apportait par pièces sur le terrain. Leur hauteur était variable, mais toujours suffisante pour qu'elles pussent dominer les remparts ennemis. Carrées ou rectangulaires à la base, elles allaient en diminuant jusqu'au sommet, qui se terminait par une terrasse munie d'un parapet crénelé. Pour les protéger contre les tentatives d'incendie, on les recouvrait de peaux crues ou d'étoffes faites de poil. Ces machines étaient divisées- intérieurement en plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers et qui étaient tous percés de meurtrières. Un bélier à roulettes était ordinairement installé au rez-de-chaussée. Presque toujours, un des étages supérieurs présentait un pont-levis destiné à se rabattre sur la muraille ou sur la brèche. Enfin, chaque tour était montée sur des roues très-basses qu'on mettait en mouvement de l'intérieur à 1 aide de leviers, les essieux faisant office de treuils, en sorte qu'elle semblait marcher d'elle-même. Les assiégés employaient divers moyens pour se défendre contre les tours. Tantôt ils essayaient de les briser à coups de bélier ou en lançant sur elles des blocs de pierre avec les machines de jet ; tantôt ils les brûlaient, soit en y mettant directement le feu pendant des sorties, soit en y lançant des traits ou des vases garnis de compositions incendiaires. D'autres fois ils minaient le terrain sur lequel elles étaient placées, car, une fois renversées, on ne pouvait plus les relever.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur le nom de l'inventeur de ces fourj de guerre. Suivant Diodore de Sicile, ce serait Ajrathocle qui aurait élevé les premières constructions de ce genre au pied des murs de Carthage. D'un autre côté, l'ingénieur Diadès, contemporain d'Alexandre le Grand, s'est attribué les honneurs de l'invention. Le chevalier de Polard pense, au contraire, que toutes les machines de guerre étaient en usage chez les Hébreux longtemps avant Alexandre. Il trouve, ajoute-t-il, dans Ezéchiel la preuve de ce qu'il avunee. Le prophète, parlant du siège futur de Jérusalem aux Israélites, s'exprime ainsi : « Prenez de l'argile, dit le Seigneur, et représentez en petit le plan de Jérusalem. Vous en formerez comme le siège. Vous élèverez des tours contre elle, vous ferez des terrasses, et vous dresserez un camp, et vous mettiez autour d'elle des béliers. • Voilà bien des découvertes dans un seul passage, les tours, les terrasses et les béliers ; mais ce n'est pas tout. Le prophète répète encore presque la même chose en parlant du siège de Tyr, que devait faire Nabuchodonosor. Dorn Cahnet l'a fort bien remarqué dans sa dissertation sur la milice des Juifs ; le prophète s'exprime d'une manière très-digne d'attention : « Le roi de Bubylone dressera contre vous des tours. Il amassera des terrasses autour de vous, il élèvera le bouclier contre vous, et il placera ses machines de cordes. Il les placera contre vos murs et détruira vos tours par ses armées. ■ Peut-on voir rien de plus précis ? Car voici les balistes et les catapultes. Or, Ezéchiel vivait plus de deux cents ans avant Alexandre le Grand, et par conséquent longtemps avant Diodore. (Chevalier de Polard, Traité de l'attaque des places.)

Nous n'essayerons pas plus longtemps de résoudre ce problème, dont la solution est, au reste, fort peu intéressante. Les tours ont existé et ont servi à prendre bien des villes : voilà le fait, contentons-nous de le constater,

« La défense contre ces fours mobiles étoit abondante en ruses et en artifices. Les Tyriens, assiégés par Alexandre, en employèrent une intinité pour les brûler ou pour les rendre de nul effet. Entre autres, ils se servoientde filets de pêcheurs qu'ils jettoient à leurs ennemis avec beaucoup d'adresse, et ils les égorgeoient après les avoir mis hors d'état d'attaquer et de se défendre. Ces rets étaient en usage chez les Perses, les Grecs, les Alains et les nomades peuples de l'Asie. Ceux-ci, dit Hérodote, n'avaient pour arme que le cimeterre, et quand ils alloient au combat ils se servoient de rets, avec lesquels ils attiroient à eux les hommes ou les chevaux qu'ils atteignoient, et ils les tuoient dans ces rets. » (La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire militaire.}

Nous ne dirons rien ici de la fameuse tour de Démétrius appelée Hélépole; on la trouvera décrite à ce dernier mot.

Les tours mobiles n'ont pas seulement servi à l'attaque des places; les anciens en ont fait également usage dans les batailles. A celle de Thymbrée (548 av. J.-C), Cyrus, roi de Perse, avait plusieurs tours de bataille. Elles étaient hautes de 4™, 50 en-

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viron ; chacune renfermait 20 archers etétnit traînée par 8 paires de bœufs. Elles furent rangées derrière l'infanterie, et, en tirant par-dessus la tête des troupes placées devant elles, les archers qu'elles portaient criblèrent l'ennemi de coups plongeants et contribuèrent puissamment à le mettre en désordre.

— Archit. La rencontre d'une tour ronde avec un berceau horizontal prend le nom de porte en tour ronde; si l'axe du berceau rencontre l'axe de la tour, la porte est droite; s'il ne le rencontre pas, elle est biaise; de là les dénominations de porte droite en tour ronde et de porte biaise en tour ronde. La rencontre d'une descente avec la tour s'appelle descente en tour ronde; elle peut être droite ou biaise. Une tour ronde en talus est un cône droit et creux ; la porte dro.te ou biaise en four ronde et en talus est la rencontre d'un berceau dont l'axe coupe ou ne coupe

i pas l'axe du cône. Pour tracer une four ronde, il faut, du centre C et avec les rayons CA, CB déterminés, décrire deux cercles concentriques ; l'espace ABGF compris entre les deux arcs BG, AF peut être considéré comme la projection horizontale d'un mur rond à base circulaire. Pour tailler une pierre de ce mur, la pierre ABDE, par exemple, il faut préparer un parallèlipipède d'une épaisseur égale à celle de la pierre qu'on veut tailler ; on applique ensuite sur les deux lits de pose le panneau horizontal abde, et, après en avoir tracé le contour, on abat l'excédant, de manière que la règle puisse s'appuyer sur le contour des deux panneaux. Mais il faut remarquer que, pour les deux parties cylindriques, il est nécessaire que toutes les positions de la règle qui s'appuie sur les deux contours soient parallèles entre elles. Pour obtenir ce résultat, on divise les arcs ae, a'e', qui sont les directeurs du cylindre, en un même nombre de parties égales, et les points correspondants sur ces arcs déterminent les différentes positions de la règle. L'épure de ces sortes de constructions ne présente pas de difficulté; pour trouver le tracé des joints, il suffit de mener des lignes convergentes au centre de la tour par les points de division marquant la longueur des différentes assises.

On appelle trompe en tour ronde une espèce de voussure soutenant une four ronde. La plus grande saillie que l'on puisse donner à la partie de la four qu'elle soutient ne doit pas excéder les deux tiers du rayon de sa courbure extérieure, et il faut que le cintre de la voussure ait plus de hauteur que de saillie. Quant à la courbure du cintre de cette voussure, elle dépend de celle que l'on prend pour cintre primitif.

On nomme ïioilfe en four ronde la voûte que l'on établit pour recouvrir une tour ronde. Si le tambour intérieur n'a pas un diamètre trop considérable , il peut résister comme une voûte à axe vertical, ce qui annule la poussée et permet de réduire l'épaisseur. Quant au tambour extérieur, on peut, comme on le fait pour les dômes, l'envelopper d'une ceinture ou de tout autre agent de résistance circulaire, tant pour annuler la poussée que pour réduire l'épaisseur de ce tambour à celle indiquée par la limite de l'écrasement. .

— Tours célèbres. Certaines four* jouissent d'une célébrité historique plus ou moins grande, soit à un titre, soit à un autre. Nous

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avons consacré à la plupart d'entre elles un article particulier, à leur ordre alphabétique; cependant nous avons jugé convenable d'en présenter ici la nomenclature, accompagnée de quelques explications curieuses qu'on ne trouvera pas toujours au nom même de chaque tour. Ce résumé aura, en outre, l'avantage de présenter réunis des détails disséminés ça et là et d'offrir des éléments de comparaison. Commençons par la première et par la plus ancienne de toutes les tours, la tour de Babel.

Tour de Babel. Les auteurs orientaux prétendent que ce fut Nemrod qui la fit b&tiF, pour aller voir au ciel le Dieu que prêchait Abrnham. En vain fut -elle renversée une première fois, elle se releva bientôt plus imposante au milieu de ses ruines. Les hommes que Nemrod nourrissait de sa chasse y travaillèrent quarante années, après lesquelles Dieu envoya des nuées de moucherons qui firent périr un grand nombre d'ouvriers; un des insectes pénétra même dans le cerveau de Nemrod et lui causa des douleurs telles, que, pour les calmer un peu, ce prince n'eut d'autre ressource que de se faire battre tous les jours la tête à coups de maillet. Les auteurs iinciens et modernes sont unanimes à reconnaître Babel dans le fameux temple de Bélus, à Babylone, dont Hérodote parle ainsi : • Au centre de l'une des deux parties de la ville se trouve le temple de Bélus, dont les portes sont d'airain et qui subsiste encore aujourd'hui. Il forme un carré de 2 stades; au milieu s'élève une tour qui a 1 stade de diamètre et autant de hauteur. Sur cette four, il y en a une autre ; sur cette seconde, une troisième; on en compte ainsi jusqu'à huit les unes sur les autres. On monte à chaque tour par des degrés qui vont en tournant au dehors, et, au milieu de chaque escalier, on a pratiqué des enfoncements, taillé des sièges dans le mur, pour offrir des lieux de repos à ceux qui montent. Dans la dernière tour se trouve un lit magnifique et, auprès, une table d'or. • Le stade indiqué par Hérodote est de 105 mètres; on peut calculer quelle était la hauteur totale de la tour.

Tour de porcelaine, à Nankin, appelée en chinois la pagode de la Reconnaissance, construite par le roi A-yo, qui, vers l'an 833 av. J.-C, fit bâtir 8-1,000 tours du même genre. Elle a été réparée plusieurs fois. Elle est revêtue de briques émaillées de cinq couleurs, blanches, rouges, bleues, vertes et brunes. Elle a neuf étages. Sa construction a coûté environ 20 millions de francs. Sa hauteur est de 330 pieds, La poire qui surmonte la tour a. 36 pieds de circonférence et 18 de hauteur. On y a employé 2,400 livres de cuivre rouge, et, afin qu'elle conservât son éclat, on l'a revêtue de feuilles d'or' pesant ensemble 48 livres. De la base de la poire partent huit chaînes de fer pesant 150 livres et longues de 80 pieds, auxquelles sont suspendues soixantedouze clochettes pesant chacune 12 livres. On a employé pour la coupole 8,470 livres de cuivre rouge. Au-dessus de la coupole, il y a neuf grands cercles de fer dont Sa circonférence est de 60 pieds, et, dans l'intérieur de ces cercles, un nombre égal de cercles plus petits, dont la circonférence est de 24 pieds ; ces dix-huit cercles pèsent ensemble 3,600 livres. Au-dessous de ces cercles, on voit deux bassins de cuivre, dont le poids total est de 900 livres et la circonférence de 60 pieds; ils sont surmontés d'un bassin plus petit, appelé bassin du Ciel, pesant 450 livres et ayant 24 pieds de circonférence. Aux huit . ongles des neuf étages sont suspendues quatre-vingts cloches, qui, jointes aux soixantedouze du sommet, font un ensemble de cent cinquante-deux. En dehors des neuf étages, on compte cent vingt-huit lampes. Pour allumer chaque soir toutes les lampes du dehors et du dedans , on dépense 64 livres d'huile.

Tour d'Héro et Léandre, à Sestos, sur la côte d'Asie. C'est sur le sommet de cette tour fort élevée que la prêtresse de Vénus mettait une torche pour guider son amant Léandre , qui traversait l'Hellespout à la nage pour venir la voir. L'amoureux avait demandé aux dieux de ne le noyer qu'à son retour; ceux-ci ne l'exaucèrent pas.

Tour des Vents, à Athènes. Cette tour, qui subsiste encore, est un petit édifice en marbre blanc, de forme octogone, situé au nord et à peu de distance de la citadelle d'Athènes. Son diamètre est de 8 mètres environ. Sur chacune des huit faces, à la partie supérieure, est une figure sculptée représentant un des vents principaux. Ces huit figures sont en bas -relief; leurs noms sont gravés près d'elles en grands caractères ; elles portent, en outre, des attributs qui les font recopnattre au premier aspect. Apéliotès , le vent de l'est, qui amène avec lui une pluie douce et favorable à la végétation, est représenté sous les traits d'un jeune homme dont les cheveux nVtent de tous côtés; il tient de ses deux mains les bords de son manteau rempli de fruits, d'upis de b!é et de rayons de miel. Notus, vent tiu sud brûlant et humide, vide un vase d'eau. Libs, vent du sud-ouest, qui souffle k Athènes du golfe Suronique et de toute la côte de l'Attique, pousse un vaisseau devant lui ; c'était ce vent qui amenait les galères au Pirée. Au-dessous de chacun des vents, on avait tracé un cadran solaire, car la tour était parfaitement orientée; en-

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fin, une clepsydre ou horloge a eau figurait dans l'intérieur et marquait I heure quand les cadrans ne pouvaient servir. Cette tour était voisine de l'Agora, ce qui permettait à tous les Athéniens d'aller la consulter à volonté. Tour de Ceetlia Meiella, un des rares monuments de la Rome antique qui soient restés debout sur la voie Appienne. Cette tour avait été construite pour servir de tombeau à la fille de Quintus Metellus Creticus, femme de Crassus , le riche triumvir. Ce mausolée gigantesque est revêtu de blocs de travertin bien appareillés; il est orné d'une , frise en marbre blanc à bucranes; les murs ont 35 pieds d'épaisseur. La tour était couronnée de colonnes soutenant une coupole. Lt-s barbares du moyen âge enlevèrent les colonnes et mirent k la place des créneaux. Dans l'intérieur de la tour, il n'y a qu'une ■ petite chambre vide; on y a trouvé un sarcophage qui se voit dans la cour du palais | Faruëse. . I

Tour penchée, de Pise, appelée aussi le , Campanile, dont l'inclinaison produit un effet , singulier. Elle a été bâtie en 1174 par Bo- , nanno de Pise et Guillaume d'Inspruck. Elle ' est de forme cylindrique, a huit étages su- | perposés de colonnes, dont le nombre s'élève ; a cent sept. Sa hauteur est de 54 mètres et elle a 16 mètres de diamètre. A l'extérieur, son inclinaison est de 4°M19. On a beaucoup débattu les causes de cette inclinaison, que quelques-uns ont voulu croire volontaire; 1 opinion la plus probable est que le sol aura , cédé sous le poids de, cette tour lorsqu'elle .était déjà élevée à la moitié de sa hauteur,et que les architectes en continuèrent la construction. Les corrections qu'on a cherché à faire à l'inclinaison sont visibles à partir du quatrième étage; des colonnes plus hautes d'un côté que de l'autre attestent des efforts faits pour ramener le plus possible la plate- ' forme à la ligne horizontale; les murs furent également fortifiés par des barres de fer. Pise possède encore une autre tour célèbre, ■la tour de la Faim, où fut enfermé, pour y périr avec ses enfants, le comte Ugolino délia Ghenirdesca. C'est un épisode tragique de la Divine comédie.

Tour Asinelli, à Bologne, une des plus élancées, des plus gracieuses qu'on puisse voir, sans doute k cause du peu d'épaisseur de ses murailles. On monte au sommet de cette tour par un escalier de 447 marches.

Tour Garisenda, de Bologne. C'est une tour penchée comme celle de Pise et comme sa' voisine la tour Asinelli ; son inclinaison, toutefois, est bien plus grande, puisque, mesurée en 176?, elle était de 8 pieds à l'est et de 3 au sud ; de nouvelles mesures, faites en 1813, ont constaté une augmentation de 1 pied 1/2. Un fil à plomb qu'on jetterait du sommet de la tour tomberait à peu près à 16 pieds de la base.

Tour de Constance, célèbre prison aux environs d'Aigues-Mortes, près de Nîmes, où furent enfermées les femmes des religionnaires à l'époque de9 dragonnades et même jusqu'en 17GS. Le seul crime des malheureuses était d'être nées dans la religion calviniste et d'y avoir persisté malgré les ordonnances royales. « J'ai vu cette tour de Constance, disait Boissy d'Anglas à ses enfants ; j'avoue que je n'ai rien vu de si propre a inspirer de tristes souvenirs. C'était vers 1763: ma mère m'avait mené chez un de nos parents qui demeurait à une lieue d'Aigues- Mortes ; elle voulut visiter les malheureuses victimes d'une religion qui était la nôtre, et elle me conduisit avec elle j il y avait alors plus de vingt-cinq prisonnières, et ce que dit M. de Bouffiers de la position affreuse ou elles étaient n'est malheureusement que trop exact. Seulement, au lieu d'être sous la garde d'un simple concierge, elles étaient sous l'autorité d'un lieutenant du roi, qui seul permettait d'ouvrir la tour et conséquemment d'y entrer. La prison était composée de deux grandes salies rondes, qui en occupaient la totalité et qui étaient l'une au-dessus de l'autre ; celle d'en bas recevait le jour de celle d'en haut, par un trou rond d'environ 6 pieds de diamètre, lequel servait aussi à y faire monter la fumée, et celle d'en haut d'un trou pareil fait à la terrasse qui en formait le toit. Beaucoup de lits étaient placés à la circonférence de chacune 'des deux pièces, et c'étaient ceux des prisonnières; le feu se faisait au centre ; la fumée ne pouvait s'échapper que par les mêmes ouvertures, qur servaient à faire entrer l'air, la lumière et malheureusement aussi la pluie et Le vent. »

Tour des crânes, en turc Kele katessi, monument hideux que les Turcs firent élever en 18lo; pendant la guerre de la Serbie, aux environs de la ville de Nisch. Stefan Singelitch, un des chefs des Serbes, avait longtemps arrêté les Turcs devant les retranchements de Kamenitza; k la fin, ne voulant tomber ni vif ni mort entre les mains des Turcs, il mit le feu à la poudrière ; amis et ennemis, tout sauta à la fois. Les Turcs firent construire une tour avec les crânes des Serbes- Ce monument est un objet d'horreur, même pour les musulmans, chez qui les haines de race et de religion n'ont pas éteint tout sentiment d'humanité. Plusieurs pachas (le territoire de Nisch n'appartient p»s à la principauté) ont voulu faire disparaître ce trophée, qui ne rappelle, après tout, quo l'héroïsme serbe et la barbarie ottomane; le

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fanatisme turc s'y est opposé. L'un d'eux, i Mahmoud-Pacha, pour se consoler de cet ' échec, construisit en 1861, à quelques pas de la tour, en signe de paix et d oubli, une fontaine où chrétiens et musulmans viennent ensemble puiser les mêmes eaux. C'est M. Ka- | nitz, dans ses études sur la Serbie, qui ra-, conte ces faits : ■ Peut-être, ajoute-t-il, faut-il désirer que l'horrible monument, auprès duquel aucun raïa ne peut passer sans émotion, reste longtemps debout, afin de rappeler aux futures générations serbes les souffrances de leur pays et le martyre de leurs libérateurs. Il est vrai que le souvenir de la domination ottsmane n'a pas besoin d'un monument matériel. Longtemps après que le dernier Turc aura quitté le sol. de 1 : Europe, ou bien se sera uni aux éléments chrétiens qui doivent gouverner un jour la péninsule illyrique, les pays situés entre le Pont et le Danube porteront les traces difficiles à effacer de cette désastreuse époque, et l'histoire placera l'invasion turque dans le sud-est de 1 Europe au même rang que les invasions des Huns et des Avares. »

Nous ne ferons que mentionner rapidement : la Tour de Muuza, le [dus ancien monument picte de l'Ecosse. CVst un bâtiment circulaire situé tout .près de l'Océan. Le terrain que cette tour occupe a environ 50 pieds de diamètre ; elle est construite en larges pierres qui ne sont liées par aucun ciment. Sa hauteur est de 40 pieds. On ne peut pénétrer à l'intérieur qu'en rampant,' La muraille a une épaisseur de près de 15 pieds; le diamètre de 1 espace compris entre les constructions est d'environ îl pieds. La date et l'usage de cet édifice sont également inconnus ; quelques-uns supposent que c'était le domicile des anciens chefs du Maclead; d'autres que c'était plutôt un fort danois. On le fait remonter à plus de quatre siècles avant l'ère chrétienne.

La Tour de l'Horloge, à Berne. Elle doit sa célébrité au mécanisme ingénieux de son horloge à personnages.

La Tour Saint-Etienne, de la cathédrale de Vienne, en Autriche ; un des monuments les plus élevés non-seulement de l'Europe, mais du monde entier. Le monument le plus élevé que l'on connaisse est la grande pyramide d'Egypte, qui a 146 mènes de hauteur; vient ensuite- le clocher de Strasbourg, qui en a 142 ; puis la tour Saint-Etienne, qui en a 138. A côté de la tour Saint-Etienne, il faut mettre la tour Saint-Michel, à Hambourg, qui en a 130, et du haut de laquelle on découvre la mer du Nord, Enfin, citons la Tour du Sêrasquier,k Constantinople. C'est un phare blanc, d'une hauteur prodigieuse, s'élevant dans l'azur d'un ciel d Orient, non loin des dômes1 et des minarets du sultan Bayezid ; à son sommet, tourne perpétuellement une vigie qui regarde si dans l'immense horizon, déroulé en panorama à ses pieds, quelque fumée noire, quelque langue rouge ne jaillit pas par l'interstice d'un toit. Quand la vigie aperçoit un commencement d'incendie, on suspend au haut du phare un panier, si c'est le jour, une lanterne, si c'est la nuit, avec une certaine combinaison qui indique le quartier de la ville; le canon tonne et le cri lugubre : Stamboul hiangin varl retentit sinistrement par les rues ; tout le monde s'émeut, et les porteurs d'eau, qui sont en même temps les pompiers, s'élancent au pas de course dans la direction désignée par la vedette. Une vigie pareille est établie sur la tour de Galata, qui fait presque face, de l'autre côté de la Corne d'or, à la tour du Sérasquier. Le sultan, les vizirs, les pachas sont tenus de se porter en personne aux incendies. Si le sultan est retiré au fond du harem, une odalisque pénètre jusqu'à la chambre, soulève la portière, et, rien que par le turban écarlate dont elle doit être coiffée dans cette occasion, elle lui annonce que la capitale brûle et qu'il ait à faire son devoir de souverain.

Les Tours de Notre-Dame de Paris, la Tour Saint-Jacques, la Tour de Montlhëry ne peuvent être que rappelées ici; nous en donnons ailleurs la description détaillée. De même, pour la Tour de Nesle, v. Nesle ; etc.

— Hist. Ordre 'de la Tour jet de l'Epée, ordre religieux et militaire institué, en 14M>, par Alphonse V, roi de Portugal. Il était tombé dans l'oubli, quand il fut renouvelé, le 3 mai 1808, par le prince régent, alors réfugié à Rio- Janeiro, qui en fit un ordre de mérite. Ses statuts fuient encore modifiés, le 28 juillet 1832, par le duc de Bragance, régent du royaume pendant la minorité de la reine dona Maria II. L'ordre de la Tour et de l'Epée doit son nom aux ornements principaux de la décoration. 11 passe aujourd'hui pour le premier ordre du Portugal et comprend quatre classes : les grands-croix, les commandeurs, les officiers et les chevaliers. Le roi de Portugal est grand maître de l'ordre et le prince royal grand-croix. La décoration consiste en une étoile à cinq rayons pommelés d'or; dans un médaillon du centre se trouve une épée entourée d'une couronne de laurier ; Sans le cercle, en exergue ces mots : Valor, lealdade e merito (Valeur, loyauté et mérite). Au revers, I eeusson porte un livre où se trouvent, sur un feuillet, ces mots: Carta constilucional da monarquia, et autour cette légende : Pelo rei e pela lei. L'étoile est surmontée d'une tour crénelée et

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attachée à un ruban bleu foncé. Les grandscroix et les commandeurs portent une plaque analogue à la croix et le ruban en écharpe de droite à gauche. Les chevaliers mettent leur décoration à la boutonnière.

— Blas. En armoiries, la forme de la tour est ordinairement ronde; quand elle est autrement, on l'exprime en blasonnant. Sur l'écu, la tour est toujours représentée avec des bossages ou pierres de refend. Les unes sont sans porte, les autres avec une porte grillée. Il y a des tours donjonnées d'un, do deux ou de trois donjons, l'un k côté de l'autre ; quand ces donjons se trouvent l'un sur l'autre, il faut l'indiquer dans le langage héraldique. On dit d'une tour : ouverte, Je la porte ; ajourée, des croisées; maçonnée, des joints des pierres, lorsque ces joints se trouvent d'émail différent. Couverte seditdela/o«r qui a un toit; essorée, si le toit est d'un autre émail; hersée, quand la tour a une herse; girouettée, si elle a une girouette.

Selon quelques armoristes, la tour donjonnée signifie un château fort, où le seigneur se retirait avec ses vassaux pour se défendre en temps de guerre ; pour d'autres, c'est une forteresse que l'on a bien défendue. Pour nous, c'est peut-être l'un et l'autre.

Saitn* de Corrubeof, en Franche -Comté : d'azur, à la tour d'urgent. — Gciioi de H clou», en Guyenne : d'azur, à la tour d'argent. — Rosxs de BonreouKll, en Provence : d'azur à la tour d'argent,- maçonnée de sable. — E«qiiiiiruuri de PaienïprUe, en Picardie, porte : de gueules, à trois tours d'or. — - Bonreel do ftloUoniiiancbe, en Lorraine : d'azur, à trois tours d'argent. — Goiilemnin , en Lorraine : de gueules, à la tour d'argent, maçonnée do sable ; au chef uousu d'azur, chargé de trois étoiles d'or. — La Hacbo de Climnptoui , en Normandie : d'azur, à trois tours d'hermine. — Chl.iej de Voraiieo»> en Bourgogne : d'azur, à trois tours d'or, ouvertes, ajourées et maçonnées de sable. — Salle», en Champagne : d'argent , à la tour donjonnée de sable. — TouHeWUe : d'azur, à une tour d'argent, maçonnée et grillée de sable, au chef d'or. — Houteclairo , en Limousin : d'azur, à la tour d'argent. — Ajen, en Limousin : de gueules, à une bastide au tour d'or.

Tour de Londre* (la), le plus ancien et le plus célèbre monument de la capitale de l'Angleterre. V. Londres.

Tour de Londro» (la.), roman de M. Alphonse Brot (1835, 2 vol. in-S»). Ce roman sort de la voie ordinaire et a dû coûter beaucoup de peine à son auteur. M. A. Brot a voulu tenter une innovation et suivre, nouer et dénouer en même temps deux actions différentes et cependant réunies dans un seul cadre. Un jeune homme, Wilhem, qui, rappelle Werther et René, est tombé amoureux d'Arièle de Verneuil et entretient une correspondance suivie avee elle. Tantôt ses lettres sont affectueuses, passionnées, tantôt ironiques et désespérées. Ce commerce épistolaire entre deux personnes qui s'aiment, et dont l'une ne l'avoue qu'à son lit de mort, dure jusqu'au trépas d'Arièle, enlevée à la fleur de l'âge, et que Wilhem, miné par le chagrin, rejoindra bientôt dan3 l» tombe. Qu'a de commun cette histoire avec la tour de Londres? Wilhem est un écrivain et il envoie par fragments, dans ses lettres à Arièle, un drame intitulé la Tour de Londres, qu'il est censé traduire et qu'il compose en y mettant tout son cœur, car son héros, on le sent, est formé à son image. Ce héros est l'auteur de Venise sauvée, le célèbre poète Thomas Otway. 11 a rencontré une jeune femme malheureuse, la comtesse Lucie de Loiigvilliers, mariée à un homme indigne, scélérat sans foi ni loi, sans cœur et sana honneur, dont elle est séparée et qui lui aenlevé son fils. La voir et l'aimer fut tout un pour Otway, mais cet amour n'est pour lui qu'une source de malheurs. Le comte de Longvilliers apprend les assiduités du poëte chez sa femme, et lui jure qu'elle ne reverni son. tils quo lorsqu'elle aura congédié son aman?. Otway se sacrifie et se fuit jeter dans un cachot pour ôter au comte tout prétexte de torturer sa femme. Chez Lucie, il a rencontré le duc de Plyinouth, fils naturel de Charles H, qui l'a insulté et frappé, et il n'a pu refuser aux lurmes de la duchesse la promesse de ne pas se venger. Le jour de son triomphe, au moment où le peuple, enthousiasmé, acclame l'heureux auteur de Venise sauvée, en plein théâtre, le duc de,Plymouth s'éurie : «Cet homme est un lâche; je l'ai souffleté et il n'a pas voulu de la réparation que je lui offrais, moi, gentilhomme I » Un duel est la conséquence naturelle de cette scène. Le poète est légèrement blessé et, après des excuses publiques, accorde son amitié à son insulteur, dans lequel il trouve un cousin, car Otway, dans ce roman, tst le fils naturel de Jacques d'York, frère du roi. Tout semble sourire à Otway : il possède la gloire, l'amitié et l'amour. Le comte de Longvilliers est mort, Lucie a retrouvé son fils, et il semble que rien ne puisse séparer désormais les deux amants; rien, excepté la mort, et encore les réunira-t-elle. Tant de coups ont brisé le coeur de Lucie, qui s'éteint entre les bras du poète, et Otway n'a pas le courage de lui survivre; il se laisse mourir de faim.

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Ce drame émouvant aurait pu obtenir à la scène un succès de terreur et de pitié. Les caractères sont dessinés avec une sombra énergie. Plusieurs scènes font un effet grandiose par leur mâle simplicité et émeuvent d'autant pins le spectateur qu'elles ont un fondement historique. On regrette que l'auteur, en présence d'une conception aussi forte, au lieu d'en tirer tout le parti possible, ait commis la faute de diviser l'intérêt enire deux actions simultanées. En face d'Otway et de Lucie de Longvilliers, ces personnages vivants, Wilhem et Arièle, simples abstractions amoureuses, ne peuvent que médiocrement émouvoir.

Tour nbnixlonnco (LA VIEILLE) [// Tnrra-

chione desolato], épopée burlesque de Bartholomeo Corrini (1768, 2 vol. in-12). C'est une imitation du AJalmantile reconquis de l.ippi. Les ruines d'une ancienne tour sur le bord de la Lora.en Toscane, donnèrent à Corsini l'idée de ce poème. Il en décrit le siège, la prise et, la destruction, et il y fait figurer les familles les plus illustres du pays. Quant à la fable, c'est un mélange de féerie et de mythologie. L'enlèvement d'une jeune fille par un géant donne lieu à une guerre et à des combats non moins terribles que plaisants,et que le poète décrit dans le style et dans l'idiome populaire toscan dont s'était servi Lippi ; il est aussi élégant dans l'élocution, mais aussi difficile à entendre, et moins réservé dans quelques passages. Enfin, dit Sulti, son pogine amuse, mais il n'y faut chercher ni intention ni utilité morale.

Tour de Momlliéry (la), roman historique de Viennet (1828, 2 vol. in-8°). Suger, Louis le Gros, Bertrade, son odieuse marâtre Héloïse, plusieurs barons, défenseurs plus ou moins fidèles de la royauté qui cherche à se développer, ou ennemis jaloux de l'habile Comte de Paris, tels sont les personnages qui figurent dans ce roman, où l'auteur a groupé en outre quelques ligures de convention. Au moment où commence l'action, Hugues de Crcssy est seigneur de la forteresse de Montlhêry, en vertu d'une usurpation, et oppose le fait de la possession aux droits légitimes de Milon, qui est demeuré fidèle au roi, tandis que l'usurpateur déploie sa bannière parmi celles des barons rebelles. Milon aime Luciane, tille d'Amaury de Montfort, et en est aimé ; mais Amaury donne sa fille au comte Hugues de Oessy. Au moment où le mariage va se célébrer, Luciane réussit k s'échapper et laisse à sa place une de ses suivantes, Bathyte, que, le tyran de Montlhéry conduit U l'autel le visage caché sous le voile nuptial. La méprise est découverte. Hugues, furieux, maisen.ignant les railleries de la joyeuse nobksse de France, épargne les jours de Bathyle, ii condition qu'elle alléguera un vœu de religion pour garder son voile jusqu'à ce qu'il ail retrouvé sa fiancée. Celte ardente poursuite, aiguillonnée par la honte et la colère, forme le nœud et amène tons les incidents du drame. Luciane s'est réfugiée auprès de Suger; pour la reconquérir, Hugues prend une part active à tous les actes de rébellion que lente la ligue des seigneurs contre le roi.

Une des situations les plus touchantes est celle de Bathyle, emprisonnée dans Montlhéry; Hugues l'aimait avant le mariage et l'avait obtenue par séduction; dans quelques mois elle doit le rendre père. Pour comble de malheur, le comte de Cressy revient à elle un moment, épris qu'il est de sa beauté; nv.is sa maîtresse, qui,tout en l'aimant., rougit d'être unie à lui malgré lui, est blessée d'un retour de tendresse qui prouve seulement qu'elle est belle et que Luciane est sa rivale.

Le sujet de ce roman historique ne manque pas d'intérêt, et l'auteur a su se garder du style froid et compassé qui dépare la plupart de ses productions. On y remarque même quelques éclairs d'imagination et de sensibilité d'autant plus méritoires qu'ils sont plus rares chez AL Vieunet.

Tour Saim Jacque» (la), par le docteur Briois (1864, 3 vol. ui-8«J. Le but de l'auteur a été surtout de populariser en France le goût de l'archéologie nationale, science excellente en soi, puisqu'en nous apprenant à mieux connaître notre pays elle nous le fera aimer davantage. Il veut aussi que la physionomie si curieuse et si originale du vieux Paris survive dans la mémoire ou peuple à la destruction de ses anciens édifices, qui s'en vont chaque jour s'ecroulant pierre k pierre en iiiéiue lemps que s'effacent les légendes populaires. M n'a pas voulu écrire un gros in-quarto bourré d'érudition, émaillè de notes suvaoïes, de crainte «qu'après avoir obtenu un succès d'estime lians l'esprit des savants voire même une couronne académique, il n'allât s'enfermer dans les rayons poudreux de nos bibliothèques et' ne restât à tout jamais inec unu de cette classe de lecteurs qu il a forme I.: projet d'instruire en amusant. ■ De nos jours, la forme du roman est.de toutes les formes littéraires, celle sous laquelle un livre a lr plus de chan e ue se l'aire accueillir du pub.ic. Mais si, d'une paît, l'histoire et l'arcbeulogie, présentées sous une forme sèche et aride, ue sont aucunement ou goût de la plus grande partie des lecteurs, n'est-il pas a craindre, d'autre part, que cette érudition de fumaisie, que cette science par à peu près, qui se rencontre k chaque page dans une certaine

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classe de romans, n'égare l'esprit des masses en lui donnant des notions inexactes sur les hommes et les choses d'autrefois? Voulant échapper & l'un et à l'autre de ces écueils, l'auteur de la Tour Saint-Jacques a emprunté à l'histoire et à l'archéologie, en les respectant toutes deux scrupuleusement, le solide ■canevas sur lequel il a fait courir la broderie de sa fiction, le cadre sévère dans lequel il a peint les scènes pathétiques ou divertissantes de son livre.

Le docteur Briois est-il parvenu à son but? Oui, diront ses lecteurs, car les deux éléments qu'il a mis en contact se font mutuellement valoir, le drame ayant le privilège de prêter de la vie et du mouvement k l'histoire, et la science, à son tour, donnant de la consistance et du relief aux peintures du romancier.

Ce roman, en lui-même, est fort intéressant, et si dramatique, que, s'il ne s'appu3fait sur un souvenir judiciaire du xvb siècle, on le croirait sorti du cerveau du vicomte Ponson du Terruil. Le sire de Tarenne, au retour d'un voyage où il rapportait des trésors immenses pour les mettre aux pieds de Charlotte, son épouse, succombe dans la nuit; sa femme lui fait faire de magnifiques funérailles, et, depuis cette époque, elie qui, rie son vivant, n'aimait pas son -mari, passe pour la veuve la plus inconsolable et la plus vertueuse de Paris. Et cependant Pierre de Tarenne a lâchement été assassiné par Charlotte, de complicité avec Camlrin, l'arehiprêtre de' Saint-Jaeques-de-la-Boucherie,son amant. La cause de ce meurtre, c'est que le sire de Tarenne, après dix mois d'absence, allait trouver sa lemme près d'accoucher. Un premier crime avait précédé l'assassinat. Un fils que lui avait donné Charlotte avait été censément enterré, mais l'archiprêtre sacrilège avait prononcé les prières des morts sur un cercueil ne renfermant qu'un morceau de bois , et-il élevait le jeune Orfano comme un enfant trouvé, qu'il destinait à l'église. De cette façon, l'immense fortune du défunt revenait de droit à sa veuve. Quant au fruit de leurs amours, une belle jeune fille, appelée Sabine, elle est élevée également par larchiprètre et passe pour sainèce. Ce que n'avaient pu prévoir les deux coupables arrive : les jeunes gens s'aiment, et cest le premier châtiment du crime; l'adultère entante l'inceste. Pour empêcher sa perpétration, larchiprètre fait emprisonner Orfano ; mais , aveu le secours de Sabine, le jeune homme s'échappe et le hasard les rend tous deux témoins d'un nouveau forfait de l'archiprêtre. Un juif, Isaac Lévy, qui jadis avait été témoin du meurtre de Tarenne, et qui avait confié à l'archipiètre un coffret de pierreries, est assassiné par ce prélat adultère dans l'église même. Le meurtrier s'enfuit, et le mourant raconte à Orfano les forfaits de l'archiprêtre; il lui fait jurer de le venger en lui indiquant les preuves des crimes à punir. Convaincu devant la justice, l'archiprêtre est brûlé vif et sa complice se tue en se jetant a bas de la tour Saint-Jacques. Avant de mourir, elle a révélé à Sabine le secret de sa naissance, et le malheureux Orfano, apprenant que sa fiancée est sa sœur, se réfugie dans un cloître. Tout à coup Sabine est informée, à n'en point douter, que les meurtriers de dom Pierre ont été trompés et qu'elle est la fille d'Isaac Lévy. O bonheur I son amour n'est plus criminel; elle vole au couvent d'Orfano et arrive juste au moment où il achevait de prononcer ses vœux. C'est "trop de douleurs; elle tombe morte aux pieds des autels, et ce n'est pas elle qui est la plus malheureuse; car Orfano doit la pleurer pendant dix longues années. Tel est ce sombre drame, dégagé des nombreux épisodes qui se mêlent à l'action principale. L'intérêt est poignant d'un bout à l'autre et l'esprit, bien que révolté par une telle accumulation d'horreurs, ne peut en abandonner la lecture avant d'être arrivé à la fin des trois gros volumes que comprend la Tour Saint- Jacques; c'est d'ailleurs une œuvre consciencieuse, exacte et bien écrite; ce qui la distingue surtout, c'est la couleur locale et l'habileté avec laquelle l'auteur a su reproduire le langage et les mœurs de l'époque. Les scènes dans lesquelles figurent les écoliers sont surtout parfaites de vérité ainsi que les conversations populaires. La Tour Saint -Jacques, si le siècle n'était pas à la futilité , aurait dû obtenir un des plus grands et des plus légitimes succès littéraires de nos jours. Nous n'y trouvons qu'une allusion pomique, qui jure avec le ton gé- n,-ral de l œuvre, et qui n'est pas heureuse : "c'est un panégyrique de M. Haussinann, le préfet némolisseur, singulièrement placé, il faut en convenir, dans un monument élevé à la gloire du vieux Paris.

Tour Saim Jacques (la), roman de Mm* Clémence Ruberi (1865, in-12}. Comme le docteur Briois, Mme oi. Robert a fondu habilement dans son livre l'érudition avec l'imagination et écrit un ouvrage intéressant. Ce qui est singulier, c'est que la partie scientifique est plus uéveloppee et la partie dramatique moins bien traitée. Almfe Clémence Robert, sans ralentir l'uction, a su faire entrer daus son livre une description complète et détaillée de la tour Saint-Jacques et des édifices qui l'environnaient k l'époque de Nicolas Flamel. Celui-ci, dont le nom

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n'est cité qu'accidentellement pnr M. Briois, devient le héros du livre de Mme Clémence Robert, qui a placé son roman au moment des querelles des Armagnacs et des Bourguignons. Au milieu des troubles publics qui signalèrent cette triste période de notre histoire , les mœurs sont plus accentuées et partant plus faciles à peindre; aussi est-ce une marque d'habileté d'avoir choisi cette époque fertile en événements tragiques.

Dégagée des épisodes accessoires la fiction de Mme Clémence Robert se passe entre cinq personnages principaux : le célèbre alchimiste Nicolas Flamel ; sa fille Fleur-d'Bpine ; Gilbert d'Harsely, un écolier plein d'esprit; la comtesse Irène de Champvilliers et le juif David Aaron. Nicolas Flamel s'était enrichi des dépouilles des juifs. A chaque nouvel édit qui frappait ceux-ci, ils venaient solliciter son intervention pour résider à Paris. Lorsque le peuple brûlait leurs maisons, lorsque les nobles les volaient, c'était encore k Flamel qu'ils s'adressaient pour des avances de fonds; il leur rendait un peu de leur argent et le leur faisait chèrement payer. Il était le juif des juifs I L'un des plus puissants, Aaron, ruiné par lui, meurt en partant pour l'exil, et l'alchimisie trouve son corps caché daus un des caveaux de la tour Saint- Jacques, ce qui ne l'empêche pas de recevoir sans cesse des lettres menaçantes signées Aaron. A partir de ce moment, tous les malheurs l'accablent : sa fille bien-aimée, Fleur-d'Epine, disparaît subitement, sans qu'il en puisse avoir aucune nouvelle. C'est une vengeance à'Aaspa qui l'a enlevée, cousue dans un sac et précipitée dans la Seine. Heureusement qu'alors passait Gilbert se rendant chez la comtesse de Champvilliers. 11 sauve la jeune fille, et, comme elle ignore le nom de son père, il lui fait croire qu'elle est sa sœur, afin de la garder le plus long'temps possible sous son toit, où elle a accepté l'hospitalité.' La comtesse ne tarde pas à apprendre qu'elfe a une rivale, et, après avoir voulu d'abord se venger, elle pardonne à son amant infidèle et travaille à son bonheur en tâchant d'assurer son mariage avec Fleur-d Epine. La lutte, pendant ce temps, continuait implacable entre Aaron et Nicolas Flamel, qui, voyant chaque jour le cadavre d'Aaron, se demandait s'il était le jouet d'un songe et sentait sa raison s'égarer. Enfin, il croit avoir trouvé la pierre philosophai, cette chimère des alchimistes, et il découvre que ce n'est qu'une illusion produite par un tour de passe-passe de son ennemi. Celui-ci vient le lui déclarer lui-même en lui criant : < Tu es fou!» et en lui révélant qu'il est le frère d'Aaron dont il a voulu venger la mort. Accablé sous ce dernier coup, Nicolas Flamel succombe, niais il a le bonheur de mourir dans les bras de sa fille, que Gilbert lui ramène; l'alchimiste la lui rend avec le titre d'épouse.

Bien que moins tragique que le récit du docteur Briois, celui de Clémence Robert ne laisse pas que d'intéresser et les mœurs de l'époque y sont assez bien observées. Le style est correct et élégant.

Tour ds Babel (la), litre de deux ouvrages dramatiques. V. Babel (la tour de).

Tour de Neaie (la), drame d'Alex, Dumas et Gaillardet. V. Nësle -

Tour du Chien-Veri (la), opéra-bouffe en trois .actes, paroles de M. Philippe Gille, musique de M. Duprato; représente au théâtre des Folies-Dramatiques en décembre 1871. Dans cette tour du Chien-Vert se passe un mélodrame grotesque entre un certain comte Waldemar, un journaliste, une comtesse et un duc qui veulent s'empoisonner mutuellement, un puisatier et sa femme. On ne comprend pas qu'un musicien habile tel que M. Duprato ait pu perdre son temps et ses idées au profit d une si pitoyable pièce. On a remarqué le duo du souper, la romance du ténor : Ah! Caroline, quand je pense, et un chœur au deuxième acte. Joué par Millier, Luce, Vautier, Vavasseur, Girardot, Mil» Latour.

Tour de Babel (la), fresque de Kaulbach; musée de Berlin. Le monument vient d'être sUlonné par la foudre; son sommet fumant s'écroule sous le pouce de Jéhovah, accompagné des anges de colère ; les travailleurs, effrayés et ne se comprenant plus, commencent à se disperser, quoique le conducteur essaye, le fouet à la main, de les ramener k l'ouvrage. Assis sur là plate-forme de son palais, Nmus se révolte contre ce dieu inconnu, fronce les sourcils et frappe son genou du poing , au milieu de ses courtisans éperdus, de ses concubines effarées et de ses idoles impuissantes. La famille humaine s'est mise en marche, et trois longues caravanes s'avancent vers l'Avenir, symbolisant les races de Cham, de Sem et de Japhet. La race de Cham est la plus laide de toutes ; la malédiction paternelle semble s'être atiachée à sa face noire; un prêtre, juché sur un buffle monstrueux ' tient entre ses bras son ridicule fétiche ; derrière lui marchent une vieille stryge, empoisonneuse et confectionneuse de philtres malsains, dont une jeune fille baise superstitieusement le manteau, et des guerriers sauvages brandissant des armes barbares; le cortège hideux va se perdre dans les profondeurs mystérieuses de l'Afrique. Les rils de Sem s'avancent sur un chariot

traîné par des bœufs, où trône un roi pasteur, qu^ symbolise la vie patriarcale; ses enfants l'entourent avec amour et respect; le fils tient la houlette et la fille le fuseau, emblèmes des industries primitives. Une jeune mère sourit du haut du char à ses derniers nés, qui jouent sur le dos des bœufs avec des grappes de raisin ; des brebis et des agneaux, ayant en tète un bélier aux cornes recourbées comme celles de Jupiter Ammon, suivent docilement leurs maîtres. Le défilé de la race japhétique est conduit par un jeune homme plein d'élégance et de force, monté sur un beau cheval qu'il dirige hardirftent; là sont rassemblés les plus nobles types et les formes les plus pures. La migration qui doit fonder dans ta suite des siècles la société européenne s'enfonce k l'horizon lointain. Dans un coin du tableau, l'architecte de Babel tient encore le plan de la tour et se débat contre des travailleurs révoltés. Telle est, à peu près, la disposition de cette vaste scène, dont nous ne pouvons qu'indiquer les principaux épisodes et les groupes les plus importants. ■ Cette fresque gigantesque et de forme circulaire, dit M. T. Gautier, dénote chez M. Kaulbach une imagination puissante, un sentiment profond du grand art, et nos artistes feront bien de l'étudier ; le dessin a du style et de la correction, quoiqu'il soit parfois un peu conventionnel; mais il serait injuste d'exiger dans une si vaste machine l'imitation" rigoureuse de la nature. Beaucoup de détails doivent y être élagués ou simplifiés. •

Tour (château db la), château du Calvados, aux environs de Falaise. Ce château fuibâti, duns'la deuxième moitié du xviie siècle, sur la lisière nord du bois du Roi, et habité au siècle dernier par la belle .Mme de Séran, que venaient visiter tous les ans une foute de littérateurs et de beaux esprits, notamment Marinontel, à qui l'on attribue des vers gravé3 sur une pierre, près de la source d'un ruisseau qui borde les promenades du château et va se jeter dans le Laizon. Le château de la Tour est entouré de magnifiques avenues et d'un vaste parc planté d'arbres séculaires.

Tour ( chÂtivau db la), château du Puyde-Dôme. V. La Tour.

TOllR-D'AIGUES (la), bourg et commune de France. V. La Tour-d'AiguuS.

TOUR-D'AUVEBGIS E (la), bourgde France.

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