V. Hugo
IHI conçoit des sentiments extravagants : La TÈTE tourne à la plupart des hommes, dans une prospérité inattendue, il II a l'esprit troublé : Je n'ai le temps ni de manger ni de dormir; LA TÊTE ME TOURNE. (Volt.)
— La' tête, l'esprit, la cervelle lui tourne, Il devient fou : La tête lui a tourné depuis la mort de sa fille. L'esprit tourne à la pauvre il/me de Nogent. (M<"e de Sév.)
— Le sang me tourne, J'éprouve des émotions insupportables : Lb sang me tourne quand je vois cet enfant grimper sur les arbres.
— Le vent a tourné, Il a changé d'avis, de sentiment, où bien La situation est changée : Est-ce que le vent aurait tourné depuis quelques heures? — Oui, sans doute. De la prudence! (Empis.)
— La chance a tourne', Celui qui avait la chance ne l'a plus, et elle a passé à un autre : Peut-être la cbamce alors tournera-t-elle, (Piron.)
— Peint. Paraître arrondi, saillant; être bien rendu sur les bords fuyants : Cette tête ne tourne pas; on dirait une image découpée,
li L'air tourne, On croirait voir l'air circuler, parce que les objets ont du relief et que leur distance apparente est bien rendue : L'air tourne autour de ces rochers, de ces colonnes, de ces personnages.
ÎOUR
— Manège. Tourner à toutes mains, En parlant du cheval, Changer aisément de direction à toutes les allures possibles.
— Véner. Faire un retour, en parlant de la bête poursuivie, u Tourner au change, En parlant des chiens, Attaquer une autre bête que celle que poursuit la meute.
— Techn. Tourner au gras, Se dit du salpêtre dont la cuite s'épaissit et qui se met en pâte sans cristalliser.
— Hortic. Former sa pomme, en parlant d'une laitue : Ces laitues commencent à tourner.
— Impersonnellem. A certains jeux de cartes, Etre tourné, rester tourné, pour indiquer la couleur de l'atout : Il tourne carreau ou de carreau. De quoi tourne-t-il?
Se tourner v. pr. Etre tourné, mû en rond : Cette roue se tourne à la main.
— Etre tourné, travaillé au tour : Le buis SE tourne tris-bien.
— Etre retourné, dirigé : Tout SB tourne contre moi. (Montesq.) Le blâme sa tourne facilement contre tes victimes. (Mme de StaEI.)
— Se retourner; changer de face, de position :
Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra.
La Fontaine.
Ah! tantôt sur un flanc, puis sur l'autre, au hasard Je me tourne et m'agite...
A. Chénier.
— Tourner ses pensées, sa conduite : Se tourner au mal. Il se tourna vers la dévotion. Le génie de Colbert se tourna vers le commerce. (Volt.)
— Diriger son attention : De quelque côté qu'on sb tourne dans cette vie, on voit toujours des obstacles devant soi.
— Se retourner, se diriger, se porter : Se tourner contre quelqu'un. Se tourner du parti de quelqu'un. Je pris mon parti avec courage, quand je vis que le peuple sk tournait contre moi. (Fén.) La raison ne permet jias à la liberté de SB tourner contre elle-même. (V. Cousin.)
— Aboutir, avoir un résultat : Je demeure ici, pour voir de quelle manière la chose doit se tourner. (Racine.)
— Se changer, se transformer : Tout son sang se tourne en eau. La nourriture qu'il prend se tourne en bile. Les remèdes violents contre des maux imaginaires se tournent en poison. (Fén.) Un air capable se tourne d'ordinaire en impertinence. (La Rochef.)
— Ses yeux se tournent, Se dit d'une personne qui devient louche.
— Allus. hist. El pourtant elle tourne. Et pourtant elle ar moût (E pur si muove), Exclamation étoutfée qui s'échappa de la boucha de Galilée au moment où il venait de faire amende honorable de ses prétendues erreurs concernant le mouvement de rotation de la terre. V. b pur si muovb.
TOURNERIE s. f. (tour-ne-rï — rad. tourner). Atelier de tourneur.
TOURNERIE (Etienne Le Rotkr db La), jurisconsulte français, né près de Dom front en 1730, mort dans cette ville en 1812. Il fut successivement commissaire près le tribunal de Domfront, juge à Alençon et dans la première de ces villes. On lui doit : Traité des fiefs, à l'usage de la province de Normandie (Rouen, 1763, in-12), augmenté d'un Traité des droits honorifiques (Rouen, 1773, in-12); Nouveau commentaire portatif de la commune de Normandie (Rouen, 1771, 2 vol. iu-lï).
TOURNEROCHE {Jean DE), écrivain français, né à Caen vers le milieu du xvie siècle, mort à Paris en 1620. Voué à l'enseignement public, il professa d'abord la rhétorique à Paris, dans le collège d'Harcourt, puis devint recteur de cet établissement. Revenu dans sa ville natale, il y fut pourvu de la chaire d'éloquence (1609) et eut, au sujet de sa nomination, de graves démêlés avec Antoine Gosselin, professeur de rhétorique dans cette même université. Rappelé à Paris, il fut remis en possession de sa chaire au collège d'Harcourt et obtint de nouveau les honneurs du rectorat. On lui doit les ouvrages Suivants : Traité sur le Bidental (Caen, 1593), réimprimé à Paris; Des jeux Olympiques et du cirque chez les Bomains, poSine dédié à ses disciples; Commentaires sur Perse et sur Juvénal,
TOURNES (de), libraires français. V. Détournes.
TOURNESOL s. m. (tour-ne-sol — de tourner, et de soleil). Ce mot est la traduction du grec éliolropion ; de élios, soleil, et de trepein, tourner). Bot. Nom vulgaire de. l'hélianthe ou soleil annuel, de la maurelle, de l'héliotrope, des rudbeckies, du croton des teinturiers.
— Echin. Nom vulgaire d'une espèce d'astérie.
— Techn. Pâte de chaux colorée en bleu avec le tournesol en pain, et qui est employée dans la peinture en bâtiment. Il Tournesol en drapeaux, Teinture qu'on obtient en trempant des chiffons dans le suc du crotoo tinctorial et les exposant à des vapeurs d'un mélange de chaux et d'urine putréfiée. 0 Tournesol en pain ou simplement Tournesol, Matière colorante obtenue en faisant fer-
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inenter certains lichens dans de l'urine, de la chaux ou de l'ammoniaque.
— Chim. Papier de tournesol, Papier réactif, teint en bleu avec le tournesol en pain, et qui a la propriété de rougir au contact des acides.
— Encycl. Le nom vulgaire de tournesol a servi à désigner un certain nombre -de plantes très-diverses et très-disparates. Les unes ont la propriété, beaucoup plus générale d'ailleurs qu'on ne croit, de tordre leurs pédoncules de manière à présenter toujours leurs fleurs au soleil. Telles sont les rudbeckies et surtout les hélianthes, dont une espèce a reçu la dénomination populaire de soleil; tel est encore l'héliotrope, dont le nom, suivant l'étymologie grecque, présente la même signification. D'autres végétaux, réunis sous la même appellation, fournissent une matière colorante bleue; tels sont certains lichens; telle est encore la maurelle, genre d'euphorbiacées.
C'est en variant les conditions de coloration des lichens qui donnent l'orseille qu'on obtient le produit connu sous le nom de tournesol, qui ne sert pas en teinture, mais qui a de nombreuses applications : le bleuissage du linge, la coloration du vin et surtout la préparation du papier et de la teinture de tournesol si employés par les chimistes. Le tournesol ordinaire se prépare avec les lichens roecella, lecanora et,vario!aria, recueillis sur les côtes de la Méditerranée, de la Suède, de la Norvège, des lies Canaries et expédiés en Hollande. Le tournesol se présente sous forme de masse sèche et légère, de couleur bleue. Pour le préparer, on abandonne à la fermentation les lichens, additionnés d'ammoniaque et de carbonate de potasse ; on épaissit avec du gypse ou de la craie et on filtre sur des tamis de crin. L'orseille violette, produite par l'action de. l'ammoniaque sur le lichen colorable, ne vire pas au rouge sous l'influence des acides ni au bleu sous l'action des alcalis. Dans la fabrication du tournesol, la présence du carbonate de potasse détermine la formation d'un acide rouge susceptible de former avec les alcalis des sels bleus. MM. Kane et Gelis ont extrait du tournesol plusieurs matières colorantes, dont l'une, lazolitinine, aurait pour formule
CWA2O*.
On connaît, sous le nom de tournesol en drapeaux, un produit employé surtout pour colorer les fromages de Hollande, et qui se prépare dans le midi de la France avec une espèce d'euphorbiacée, la maurelle ou croton tinctorial.
TODRNET (Jean), écrivain et jurisconsulte, né à Paris dans la seconde moitié du xvK siècle. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il fut avocat au parlement de Paris. Outre des traductions de divers ouvrages de René Chopin, on a de lui : Oraison funèbre de Pomponne de Bellièvre (1607, in-8<>) ; Notice, des bénéfices de France (1621, in-go); Tractatus de absolutione ad cautelam (i629, in-go); Gaitio (1629, in-4<>), description en vers de Gailion, résidence des archevêques de Rouen; Arrêts notables des conseils du roi et des cours souveraines (1631, 2 vol, in-fol.), etc.
TOURKETTE s. f. (tour-nè-te — rad. tour' fier). Cage tournante d'écureuil.
— Techn. Dévidoir à pivot. Il Dévidoir sur lequel les chandeliers dévident le coton. Il \ Plateau tournant, au centre duquel on pose les vases que l'on veut peindre ou tourner.
Il Instrument coupant dont se servent les relieurs, les vitriers et quelques autres ouvriers. (I Nom donné à de petites pièces de vorre rondes ou ovales.
— Jeux. Jeu de tournette, Appareil composé d'un limbe divisé et numéroté, d'une aiguille portée sur un pivot et à laquelle on' imprime un mouvement de rotation. Cette aiguille, en s'arrêtaut devant un numéro, indique le gain du joueur. -
TOURNETTE (la),' montagne de la Haute- Savoie. C'est la cime ta plus élevée d'un massif montagneux, limité a l'O. par le bassin du lac d'Annecy, au N. par la vallée du Fier, à l'E. par celle des Clefs et le col de Serraval,.au S. par le petit plateau de Faverges et la vallée de l'Euu-Morte. Du point culminant on découvre un magnifique panorama. 0 Seule entre toutes les Hautes montagnes qui l'environnent, collines auprès d'elle, la, Tournette, dit Eugène Sue, cache presque toujours dans les nuages son front aride,
sourcilleux et dépouillé Le crépuscule du
soir a peu à peu envahi les sommités de cette chaîne des Alpes; toutes sont noyées diins l'ombre; seul, le front de la Tournette, étincelant comme un phare, reflète les derniers feux du soleil, depuis longtemps disparu. >
TOURNEUR s. m. (tourneur — rad. tourner). T.'chn. Celui qui fait des ouvrages au tour : Un tourneur en ivoire, en cuivre. M, de Wateroille passuit sa vie dans un riche atelier de tourneur ;t"2 tournait I (Balz.) il Celui qui meut le rouet à retordre ou la meule à aiguiser. Il Ouvrier potier d'étain qui dirige le crochet, pour tourner la vaisselle.
• — Typogr. Tourneur de roue, Ouvrier qui met en mouvement une presse mécanique à bras.
— Econ. rur. Celui qui va de ferme en
ferme, de village en village, pour châtrer les animaux.
— Adjectiv. : Ouvrier tourneur.
— Derviche tourneur ou simplement Tourneur, Derviche qui tourne sur lui-même avec une grande rapidité et pendant un temps très-long : La salle où s'exécutent les valses religieuses des tourneurs occupe le fond de cette cour. (Th. Gaut.)
— Encycl. Techn. V. tour.
TOURNEUR (Pierre le), littérateur français. V. La Tourneur.
TOURNEUSE s. f. (tour-neu-ze — rad. tourner). Techn. Ouvrière qui dévide de la soie.
. TOCRNEUX (Jean-François-Eugène), peintre français, né à Buuthouzel (Nord) en 1809, mort en 18(57. Son père était ingénieur en chef des ponts et chaussées. Pendant quelque temps, il a cultivé la poésie et publié quelques volumes de vers, puis il s'est adonné a la peinture de genre et de pastel avec un certain suceès, .Parmi les tableaux qu'il a exposés, nous citerons : Un point d'orgue, pastel (1859); Faust et Wagner (1861); Solitude (186-1} ; Bohémienne, Soleil couchant (1865); le Château de Godefroi de Bouillon, la Bonne aventure (1866). — Son frère, Kélix Tournkux, né à Strasbourg en 1811, entra, en 1828, à l'Ecole polytechnique, d'où il sortit pour passer par 1 Ecole d'application de Metz. En 1832, il donna sa démission de lieutenant d'artillerie, puis s'occupa de travaux relatifs au génie civil et devint, en 1843, ingénieur en chef de la ligne ferrée de Dôle à Salins. Depuis cette époque, il a pris une grande part à l'établissement de plusieurs chemins de fer espagnols. C'est M. Félix Tourtieux, qui a dirigé l' Encyclopédie des chemins de fer (1841), a la rédaction de laquelle il a pris une très-grande part. — Son frère, Prosper Tournkux, né à Lauterbourg (Bas-Rhin) en 1812, entra égalementàl'Ecole polytechnique, devint lieutenantd'attillerie et se démit de son grade (1833). Quatre ans plus tard, il obtint un emploi au ministère des travaux publics, où il devint chef de bureau, puis chef de division (1847). Plus tard, M. Prosper Tourneux fut nommé inspecteur général des chemins de fer de Paris. On lui doit des articles spéciaux insérés dans l'Encyclopédie moderne, le Dictionnaire de l'administration française, la Bévue nouvelle, et une traduction de la. Législation des chemins de fer en Allemagne par le baron Reden , avec introduction et notes (1845, in-go).
TOURNE-VENT s. m. Constr. Tuyau coudé mobile, qu'on met au-dessus d'une cheminée, pour empêcher que le vent ne s'oppose à la sortie de la fumée. Il On dit plus,ordinairement gueule de loup.
TOURNEVIRE s. m. (tour-ne-v-i-re — de tourner, et de virer). Mar. Cordage sans fin, qu'on enroule sur un cabestan, et dont on se sert pour enlever l'ancre ou d'autres poids très-lourds.
TOURNEVIS s. m. (tour-ne-viss — de tourner, et de vis). Techn. Instrument dont on se sert pour enfoncer ou extraire, serrer ou desserrer les vis.
TOllIlKllîll (Jacques- Joseph), mécanicien français, né à Saint-Claude en 1690, mort dans la même ville en 1768. Tout en étudiant la théologie, il apprit seul la peinture, la sculpture, la gravure, l'horlogerie, et, comme il avait de remarquables dispositions pour la mécanique, il se mit à construire une sphère d'après les systèmes de Copernic et de Tycho-Brahé, qu'il s'attacha à concilier. L'abbé Tournier s£ rendit à Paris pour y montrer sa sphère à l'Académie des sciences ; mais elle n'eut point le succès sur lequel il comptait. De retour à Saint-Claude, il fit faire des progrès à l'art du tourneur, fit une carte du diocèse de Suint-Claude et grava 19 planches pour un ouvrage dans lequel il se proposait d'exposer le système astronomique dont il était partisan.
TOURNIÈRES (Robert Levrao), peintre français, né à Ifs, près de Caen, en 1668, mort à Caen en 1752. Son père, qui était tailleur, fut frappé de se> dispositions artistiques et le plaça chez un peintre médiocre, qui lui enseigna les éléments de la peinture. Admis ensuite dans l'atelier de Bon Boulogne, Toumières lit de rapides progrès, débuta comme peintre de portraits, puis s'adonna au genre historique et fut nommé, en 1716, membre de l'Académie de peinture sur la présentation d'un petit tableau, la Fille de Dioutades dessinant à la lumière d'une lampe le portrait de son amant, finement exécuté et d'un beau coloris. Toutefois, il revint presque aussitôt au portrait et exécuta un certain nombre de tableaux de genre rappelant la manière des Ftumands. En 1725, il devint professeur adjoint à l'Académie; mais, à la suite d'une altercation avec quelques-uns de ses collègues, il se démit de ses fonctions et alla terminer sa vie à Caen. Cet artiste, d'un caractère -difficile, forma quelques élèves, notamment F. Lemoine, dont il avait épousé la mère. On cite, parmi ses nombreux portraits, ceux de Mosnier, de Michel Corneille, de La Roque, de Maupertuis, etc., et, parmi ses tableaux, une scène représentant Racine foulant aux pieds ses œuvres après avoir bu outre mesure avec Chapelle. On trouve des
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tableaux et dos portraits de lui dans nos principaux musées.
TOURNILLE s. f. (tour-ni-lle; Il ml!.).
Techn. Instrument dont on se sert pour relever les mailles tombées des bas au métier.
TOURNILLER v. a. ou tr. (tour-ni-ilé; Il mil. — fréquent, et dimin. de tourner). Tortiller : Il s assit auprès de la panthère; il lui prit les pattes, le museau, lui tournilla les oreilles, la renversa sur le dos. (Balz.) Il Peu usité.
— v. n. ou intr. Tourner dans un très-petit cercle. I] Peu usité.
TOURNIOLE s. f. (tour-ni-o-le). Chir. Nom vulgaire d'une espèce de panaris qui se développe entre l'épiderme et la peau.
— Encycl. La tourniole est une variété du panaris, caractérisée d'abord par une douleur brûlante, superficielle, accompagnée de démangeaisons et, bientôt après, d'un soulèvement de l'épiderme, d'un véritable phlyctène blanchâtre. C'est autour de l'ongle et sur la face dorsale des doigts qu'elle se manifeste ordinairement. Il n'est point rare, cependant, de la voir s'établir dès le principe en avant ou sur les côtés, vers la racine comme à la pulpe des doigts. Même quand elle occupe une large surface, elle ne se complique presque jamais d'un gonflement notable. Naturellement disposée à s'élargir, à s'étendre d'un côté ou d'une extrémité à l'autre du doigt en décollant l'épiderme, tournant autour.de cet organe et de là à la base de l'ongle (d'où le nom de tourniole), cette variété du panaris ne creuse jamais la peau et n'est guère susceptible de se transformer en panaris sous-cutané; mais elle a une tendance extrême à suivre l'épiderme du côté de l'ongle, qu'elle attaque ainsi très-facilement par les bords ou par la racine, qu'elle décolle enfin, de manière à en rendre la chute presque inévitable. Les causes du panaris sousépidermique sont aussi nombreuses que variées ; la malpropreté, les écorchures , les ébranlements de l'ongle, les déchirures de ces parcelles d'épiderme décollé qu'on appelle envies, tout ce qui est de nature, en un mot, à fixer sur un point quelconque des doigts une irritation superficielle peut amener une tourniole. Quoique de nature assez bénigne, la tourniole ne laisse pourtant pas que d'entraîner quelques inconvénients. Elle expose, par exemple, ainsi que nous venons de le dire, à la perte de l'ongle. Cette plaque cornée, qui ne repousse pas toujours, revêt assez souvent, en se reproduisant, une forme inégale plus ou moins disgracieuse. Soit que l'ongle se détache, soit qu'il résiste, il arrive assez fréquemment que le bourrelet de téguments qui 1 encadre s'ulcère, se boursoufle, se couvre de fongosités difficiles à guérir et fort douloureuses. Enfin, en s'étalant en arrière, du côté de la main, la tourniole détermine quelquefois une inflammation plus sérieuse, peut aller mémo jusqu'à produire un érysipèle. Le traitement que réclame un pareil état n'est pas le même pour toutes les périodes. Si l'épiderme n'est pas encore soulevé, il convient de tenter la résolution de la phlegmasie ; c'est le cas de tenir le doigt enveloppé de linges imbibés d'eau saturuée ou d'une solution aluminêe; en été surtout, des linges imbibés d'eau froide réussiraient également bien; des onctions avec l'onguent mercuriel, répétées trois fois le jour, conviennent aussi et s'associent volontiers avec les cataplasmes de farine de Hn. Une précaution à prendre en pareil cas est de ne point placer le doigt dans une position déclive et de tenir la main constamment dirigée au-dessus de l'horizon ou un peu en haut. Aussitôt que les phlyctènes sont formées, il y u utilité de les ouvrir; il faut alors exciser, enlever soigneusement toute la portion d'épiderme décollé, puis tenir le doigt enveloppé d'un large cataplasme émollient, qu'on renouvelle matin et soir et qu'on remplace plus tard par un pansement simple avec la charpie enduite de cérat, ou une plaque d'onguent de la mère. Si la racine de 1 ongle est réellement décollée, on abrège la durée du mal en terminant avec de bonnes pinces l'ablation de l'organe ébranlé; on panse ensuite comme il vient d'être dit. Les fongosités, quand il e.n existe, seraient souvent interminables si on ne prenait pas le parti de les cautériser avec le nitrate d'argent. Pour réussir ici, il faut que le crayon, aminci au biseau, soit glissé profondément entre elles et l'ongle jusqu'aux dernières limites de la rainure sous-tégumentaire. Si, comme on le fuit ordinairement, le caustique n'en touche que la surface visible, le mal re-
Ï tarait sans cesse, et on fait souffrir le maade en pure perte.
TOURNIQUET s. m. (tour-ni-kè — rad.
tourner). Sorte de croix placée horizontalement sur un pivot, et qu'on pose à l'entrée d'un chemin ou d'une rue, pour ne laisser passer que des gens à pied : Il arriva au cloître Saint - Magloire, passage peu fréquenté, fermé pur un tourniquet à ses deux boucs. (Alex. Dura.) 11 Appareil analogue au précédent, qu'on place à la porte d'un spectacle payant, pour ne laisser entrer qu'une personne après l'autre et faciliter la perception du droit d'entrée : La plupart des tourniquets sont munis d'un appareil compteur qui donne le chiffre des visiteurs.
— Jeux. Syn. de tournette. 11 Petit appa-
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reil en usage chez les marchands de vin, et au moyen duquel les habitués jouent leurs tournées de consommations.
— Mus. Morceau de bois carré qui sert pour accorder les tuyaux d'orgue.
— Art milit. Poutre armée de pointes de fer, que l'on place dans une brèche ou autre ouverture dont on veut disputer le passage à l'ennemi.
— Mar. Rouleau mobile sur lequel on fait glisser les cordages, lorsqu'on veut garantir certains objets des effets du frottement.
— Pèche. Moulinet sur lequel les pêcheurs enroulent leur ligne, pour la lâcher au besoin.
— Techn. Morceau de bois tournant autour d'un axe, et servant a soutenir un châssis à coulisse, lorsqu'il est levé. 11 Petite virolo plate et tournante, qui sert & maintenir l'action du tempia, ainsi que l'élévation des valets, dans le métier Jacquard et les mécaniques armures. Il Dévidoir sur lequel les épingiiers dressent le fil de laiton. Il Clef armée d'une poignée, avec laquelle on fait tourner le canon de propreté d'un robinet de garderobe.
— Physiq. Appareil de cabinet de physique, qui est mis en mouvement par la réaction d'un fluide : Tourniquet hydraulique. Tourniquet électrique. Tourniquet à gai.
— Chir. Instrument qui sert à comprimer les artères, pour arrêter les hémorragies.
— Entom. Nom vulgaire des insectes du genre gyrin : Les tourniquets reparaissent dès que tes glaces sont fondues. (V. de Boni are.)
— Encycl. Physiq. Tourniquet hydraulique. Cet appareil est destiné à mettre en évidence le phénomène de la réaction produite par l'écoulement des liquides.
Pour comprendre ce phénomène, concevons un vase de forme cubique posé sur un disque de liège flottant dans une eau tranquille. Ce vase, rempli de liquide, restera en repos, parce que toutes les pressions latérales seront deux à deux égales et contraires. Mais, si l'on perce une paroi pour que le liquide jaillisse latéralement, le vase sera repoussé en sens contraire; il y aura un recul semblable au recul des armes à feu et dû à une cause pareille. C'est cette réaction qui est rendue sensible par le tourniquet hydraulique.
Fig. ».
L'appareil se compose d'un réservoir u ayant la forme d'une toupie, mobile autour d un axe vertical, portant à sa partie supérieure un robinet qu'il suffit d ouvrir pour déterminer le mouvement. En effet, le vase étant plein d'eau et le robinet ouvert, la pression atmosphérique s'exerce sur le liquide intérieur, et l'écoulement se fait par des tubes t et t'. Mais ceux-ci ayant leurs extrémités recourbées horizontalement et en sens contraire, de manière à former un s avec le tube qui les joint, les jets qui s'en échappent se trouvent dirigés tangentiellement aux cercles que tendent à décrire les orifices de sortie, et leur réaction sur les tubes forme un couple qui imprime -è. l'appareil un mouvement de rotation très-rapide.
On a cru longtemps, sur l'autorité de Newton, que le recul de cette espèce était égal au poids d'une colonne liquide ayant pour base la section contractée de la veine qui s'écoule et pour hauteur la hauteur du niveau. Mais Bernouilli a démontré que, dans tous les cas d'écoulement, la force de réaction est égale au poids d'une colonne liquide ayant pour base la section contractée de la veine qui s'écoule et pour hauteur lé double de la hauteur du niveau.
C'est sur ce principe qu'est fondée la roue hydraulique connue sous le nom de turbine. V. ce mot.
La rotation du vase peut évidemment être produite lorsqu'au lieu d'eau il contient du
faz comprimé. Si on le remplit de vapeur 'eau, on a le célèbre éolipyle de Héron d'Alexandrie. V. ÉOLIPYLE.
— Tourniquet électrique. Appareil destiné a mettre en évidence les mouvements dus à l'écoulement de l'électricité par les pointes.
Sur un pivot communiquant a une machine éiectiique on pose une chape centrale, autour de laquelle sont fixés horizontalement des rayons divergents en fil de laiton. Ces rayons sont recourbés dans le même sens a leur extrémité et terminés en pointe aiguë. On charge la machine électrique, et aus-
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sitôt le tourniquet prend un mouvement de rotation en sens contraire de la direction des pointes Si l'expérience se fuit dans l'obscurité, on observe des aigrettes de feu qui s'élancent lie chaque pointe et dont la nuance est différente, suivant que l'électricité est vitrée ou résineuse.
La rotation du tourniquet électrique a reçu deux explications. La première est analogue • a celle du tourniquet hydraulique. Le fluide électrique, répandu sur la surface des tiges du tourniquet, exerce en tous ses points une pression sur l'air environnant, comme l'eau presse dans tous les points les parois du vase qui la contient. Si le fluide électrique ne trouvait point d'issue, les pressions opposées seraient toujours égales et l'appareil resterait au repos. Mais, dès qu'il s'écoule par une pointe, il n'exerce plus de pression sur l'orihce de l'écoulement, et-la pression intérieure qm s exerce au point opposé détermine le recul de chaque pointe, d'où résulte la rotation.
D'après la seconde explication , au contact des pointes, l'air s'électrise; il y a donc aussitôt répulsion entre chaque pointe et la couche u'uir qui la touche. Cette couche a air repoussée est remplacée par une autre, qui s'électrise à son tour et se comporte comme la précédente. Chaque pointe reçoit donc une^ série de répulsions par l'effet desquelles l'appareil est mis en mouvement.
— Chir. Les diverses formes de tourniquet sont d'invention moderne. Les anciens, ne connaissant pas le mécanisme de la circulation du sang, bien qu'ils comprissent cependant les avantages de s'opposer à l'effusion de ce liquide pendant les opérations, se bornaient à entourer les parties avec une bande fortement serrée qui les étranglait et fermait avec plus ou moins d'exactitude leurs vaisseaux. Ce procédé grossier et dangereux était souvent la cause d'accidents graves; aussi futil remplacé par le garrot, que des perfectionnements successifs rendirent plus méthodique et plus u;ile. Tel qu'il fut imaginé d'abord par Morel, cet instrument, en effet, consistait eu un ruban solide placé sur une compresse tmi entourait le membre et qu'on serrait à laide de deux bâtonnets, en faisant tourner ceux-ci sur eux-mêmes. Une pelote épaisse, cylindrique et solide, remplacée dans quelques circonstances par une bande roulée avec force, une plaque en corne ou en cuir bouilli, et enfin un ruban ordinaire, constituèrent le garrot perfectionné par Ledran. La pelote ou la bande doit être placée sur le trajet de l'artère; Je lacs doit entourer le membre par deux circulaires médiocrement serrés, et la plaque se place du côté opposé aux vaisseaux. Un bâtonnet glissé entre le ruban et la plaque, étant mis en mouvement, serre le lien et produit la compression. Celle-ci, d'une part, porte avec plus de force, à l'aide de la pelote, sur l'artère que sur tous les autres points de la circonférence du membre, et la plaque, protégeant la peau, l'empêche d'être attirée, froissée et meurtrie par les replis du lien et la pression du bâtonnet. Ce garrot n'étrangle pas autant que celui de Morel les tissus qu'il embrasse, et, convenablement appliqué, il présente au chirurgien une ressource utile. Cependant Petit présenta, au commencement du dernier siècle, un instrument hémostatique bien supérieur au garrot, et que les corrections de plusieurs chirurgiens n'ont presque pas amélioré. Deux plaques en cuivre superposées, présentant sur leurs bords latéraux deux fentes, et un lacs solide composent cet appareil. Des deux plaques, l'une est fixe, garnie d'un côté d'une pelote épaisse, allongée, saillante et très-ferme; du coté opposé, deux tenons en cuivre s'en élèvent, et ' l'extrémité d'une vis y est fixée ; la seconde ' plaque, mise en rapport avec la première au ' moyen du tenon et de la vis qui la traversent, peut en être éloignée ou rapprochée- a volonté au moyen de cette même vis. Le ruban entourant le membre et passant par les fentes de la plaque pour s'aller fixera la plaque mobile, il est évident que, si, les deux plaques étant d'abord rapprochées, on fait agir la vis, celle-ci éloigne, a la plaque mobile, enfoncera la plaque fixe contre les vaisseaux sur lesquels ou aura dû la placer d'abord, les affaissera au moyen de la pelote et y suspendra le cours du sang. Les autres parties du membre ne seront que faiblement comprimées, fit l'étranglement n'y sera que peu
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& craindre. Quelques chirurgiens ont supprimé les deux tiges ou tenons qui de la plaque fixe s'élevaient à travers la plaque mobile ; mais il en est résulté que celle-ci obéit trop à l'action de la vis, tourne facilement avec elle et que l'instrument perd de sa solidité. D'autres placent une troisième plaque, garnie de la pelote, au milieu du lacs, la destinant à être mise en rapport avec les vaisseaux, tandis que le reste de l'instrument, appliqué du côté opposé, agit à la manière ordinaire. Mais encore ici la complication est plus nuisible qu'utile, parce que la vis, en enfonçant directement la plaque fixe et surmontée delà pelote, la fait agir avec plus de force et d'une manière plus directe que ne le pourrait faire la pelote libre placée ailleurs. On avait remarqué que la saillie de la vis et l'écartement des pelotes donnaient à l'instrument une hauteur qui l'exposait à basculer aisément pendant les efforts des malades, et, par conséquent, à se déplacer. Percy, afin de remédier à cet inconvénient, remplaça la vis perpendiculaire de Petit par un treuil horizontal qu'une manivelle fait mouvoir, et cette correction présente réellement des avantages, car, sans rien ajouter à l'instrument, elle détruit une de ses imperfections. Toutefois, lorsqu'il doit rester longtemps appliqué, le tourniquet de Petit coin prime encore aveu force la circonférence du membre et reste de beaucoup inférieur au compresseur de Dupuytren.
TOURNIS s. m. (tour-ni — rad. tourner). Art vétér. Maladie de certains animaux produite par des hydatides, et dans laquelle l'animal tourne continuellement sur lui-même. Il On dit aussi tournoiement.
— Encycl. Art vétér. On désigne sous les dénominations de tournis, de lourdée, de lourdeiie, d'avertin, de vertige, etc., une maladie des bêtes ovines occasionnée par le développement à la surface, ou dans lesiprofondeurs des centres nerveux, d'un ver connu sous le nom générique de ccenure, La présence de ce ver détermine dans les fonctions cérébrales une altération plus ou moins profonde, caractérisée par l'irrégularité des mouvements et surtout par la tendance des animaux à tourner sur eux-mêmes, d'où le nom donné a la maladie. Le tournis ne se manifeste pas sur toutes les espèces; il est propre à certains ruminants et particulièrement aux moutons, aux chèvres et aux bœufs; on l'a encore observé sur la gazelle et sur quelques antilopes ; enfin, il parait, dans quelques rares circonstances, sêtre montré chez l'homme.
Le tournis attaque généralement les jeunes animaux dans la première année de leur existence; il est plus rare de quinze à dixhuit mois; on ne l'observe qu'exceptionnellement à partir de la deuxième et troisième année. *
Le ver qui par sa présence détermine ce tournis est, avons-nous dit, le ccenure.
Comme toutes les espèces du même ordre, le cœnuré forme une espèce d'ampoule ovoïde, constituée par une mince pellicule contenant un liquide transparent. Son volume est très-variable, presque microscopique au début ; il peut dépasser plus tard le volume d'une orange. A la face interne de la vésicule on remarque une foule de petits corpuscules blanchâtres, opaques, rangés irrégulièrement en plusieurs groupes; ce sont autant d'individus dont le nombre peut s'élever à quelques centaines. Chacun de ces individus présente une tête obtuse et tétragonale, un cou plus petit que la tête, court et étroit, et un corps cylindrique contractile et ridé, comme articulé sur la vésicule. La tête, ainsi que celle des ténias, est munie de quatre suçoirs latéraux, assez développés, et est terminée par une double couronne'de crochets, divisés en grands et petits, et dont le nombre varie de vingt-six â trente-deux. Lorsque le ccenure reste engagé dans la substance cérébrale, il y meurt au bout d'un certain temps et se transforme en un kyste où l'on ne trouve plus aucune trace d'animalité. La mort de ce ver parait coïncider avec le dépôt de sels calcaires à la surface et dans l'épaisseur des parois de la petite poche qui loge le ccenure.
Dans la cavité crânienne, l'hydatide occupe une place très- variable ; on l'a rencontrée entre le cerveau et ses membranes, entre les deux lobes du cerveau, dans ses ventricules, sur le cervelet et dans les ventricules du cervelet, à la face inférieure du cerveau, sur la moelle allongée, dans le calamus scriptorius, et jusque vers la partie postérieure de la moelle épinière. Dans ces différentes régions son volume n'a rien de fixe. Le plus souvent simple, il est quelquefois multiple. On en a trouvé ainsi jusqu'à trente dans le même individu, Quand ils sont nombreux, leur volume est toujours beaucoup moindre. Ce n'est que lorsqu'il y a un seul ver qu'on le voit atteindre les dimensions considérables observées dans quelques cas.
Les causes auxquelles on a attribué le tournis sont nombreuses. Les auteurs ont tour à tour invoqué, mais vainement, les conditions les plus diverses de la vie des troupeaux : l'alimentation, le régime, ta température des bergeries, le refroidissement après la tonte, la température froide, humide, les souffrances de la mère et de l'agneau. En effet, dans les premiers temps de la vie, lors-
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que les animaux ont vécu au milieu de mauvaises'conditions hygiéniques, on voit apparaître les maladies vermineuses; celle qu on désigne sous le nom de tournis peut donc rationnellement sévir au milieu de pareilles conditions hygiéniques. Mais ce qu'il est important de mettre en évidence, c'est moins les circonstances au milieu desquelles naissent les maladies vermineuses en général que les causes directes qui le plus fréquemment paraissent déterminer le tournis.
En première ligne, il faut placer la transmission par voie de génération, transmission démontrée par les expériences de Girou de Buzareingues et par celles de M. Reynal, et, après l'hérédité, la cause la plus fréquente du tournis semble dépendre de l'emploi de béliers trop jeunes pour la reproduction. Mais, quelque influence qu'on suppose à ces diverses circonstances, elles ne peuvent exercer qu'une action secondaire sur le développement de la maladie, tout au plus concourir à sa propagation. «Quant à la cause première du tournis, dit M. Gourdon, à l'origine même du ccenure, dont la présence en constitue le caractère essentiel, la question est restée longtemps sans offrir d'autre solution que quelques suppositions plus oti moins insraiseniblables ; ainsi, On admettait que le ver se formait spontanément dans le cerveau, ou bien qu'il y était introduit directement à travers les parois crâniennes, ou toute autre origine aussi peu fondée. Mais, grâce aux recherches de quelques savants, la lumière s'est faite sur ce point, et l'on sait aujourd'hui que le ccenure cérébral provient d'une espèce de ténia, !e ténia cœnurus, que l'on rencontre parfois dans les intestins du chien, et dont les œufs, répandus sur l'herbe des pâturages et ingérés avec les aliments, portent au sein des tissus et jusque dans le cerveau le germe de la maladie. » L'œuf éclôt dans le tube digestif, et l'embryon, que l'on appelle dès lors proscolex, chemine à travers les tissus à la faveur de son volume microscopique, jusqu'à ce qu'il ait atteint un vaisseau sanguin, dans l'intérieur duquel il pénètre pour être porté avec le sang jusque dans le cerveau lui-même. Là il B'arrète , subit une transformation et devient bientôt une vésicule qui, s'accroissant avec plus ou moins de rapidité, peut atteindre et même dépasser le volume d'un œuf de poule. En même temps que la vésicule s'accroît, il apparaît à sa surface une multitude de petits cestoïdes, qui reçoivent le nom de scolex. Ceux-ci sont le premier état du ténia cœnurus.
Les signes du tournis sont peu sensibles lorsque les cœnures commencent seulement à se développer.La première chose qui frappe, c'est la perte de la gaieté et de l'appétit. La mastication est lente, la rumination est par moments suspendue ; il en est de même de l'action de teter ; la marche est pénible et pa resseuse; le jeune agneau devient traînard et insensible a ce qui se passe autour de lui ; il laisse tomber sa tête tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ; il maigrit, la peau perd sa souplesse, la laine son brillant et sa résistance; les forces diminuent, toutes les fonctions s'altèrent. Bientôt ensuite le malade commence à tourner soit à droite, soit à gauche, suivant la position du cœnure. Quelquefois ce tournoiement est un des premiers symptômes qui apparaissent; il se manifeste d'ailleurs d'une façon assez irrégulière. L'animal suit d'abord une ligne droite dans sa marche, puis se met à dévier à droite ou à gauche, k décrire des cercles concentriques en marchant pendant des heures entières. Ensuite il change de position, marche un peu, s'arrête, puis recommence à tourner. Quand la maladie est plus avancée, le tournoiement est plus fréquent et dure davantage; les accès se répètent, la cécité augmente; la bête cessant ; de manger dépérit de plus en plus; tous les I symptômes s'aggravent ; l'animal tombe dans la marasme et finit par mourir dans les convulsions.
Quand le cœnure siège sur le bulbe rachidien, le mouton peut .à peine se soutenir debout et ne se meut que par de pénibles efforts; il se traîne en quelque sorte sur le sol, et, après avoir parcouru une certaine distance, il reste couché. Enfin, si le ver se développe dans la moelle épinière, il détermine ce qu on appelle le tournis lombaire, dont le premier symptôme est une grande faiblesse dans le train postérieur; l'animal a une marche vacillante, fait des chutes fréquentes sur le sol, reste longtemps assis sur son derrière. Bientôt surviennent l'amaigrissement, la paralysie du train postérieur, du rectum et de la vessie, et la mort au bout d'un temps plus ou moins prolongé.
La marche de l'affection est ordinairement lente et toujours progressive. L'hydatide, une fois formée, se développe, grossit, use la substance cérébrale, amincit l'os qui la recouvre dans un espace grand comme une pièce de 2 francs, et finirait à la longue par le percer, si la mort n'arrivait pas auparavant. C'est ordinairement dans cei endroit qu'est logée l'hydatide; on s'en aperçoit en appuyant les deux pouces à la place ; l'os fléchit sous une pression modérée. Le cœnure développé dans le canal rachidien détermine les mêmes lésions que dans le crâne ; te canal vertébral est quelquefois usé, et la substance nerveuse est raréfiée comme dans le cerveau.
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Jusqu'à présent on a proposé des moyens sans nombre pour la guérison du fournis, mais, il faut le dire, pas un seul d'entre eux ne saurait encore être donné comme certain ; on peut même dire que tous sont demeurés sans succès. La, matière médicale ne fournit aucune arme pour combattre cette maladie, et il doit en être ainsi, puisqu'il n'y a aucune substance médicamenteuse à employer avec avantage contre une cause matérielle qui agit mécaniquement. C'est cette cause qu'il importe de détruire, et c'est dans ce but qu on a successivement vanté et mis en usage plusieurs opérations chirurgicales, mais sans en retirer le succès constant, uniforme et invariable qu'on est encore réduit a désirer. Aussi des propriétaires, considérant que les malades, abandonnés a eux-mêmes, doivent nécessairement succomber au bout de quelques mois, préfèrent-ils vendre les animaux pour la boucherie dès qu'ils commencent à être atteints, plutôt que de s'exposer à les voir de plus en plus diminuer de valeur, sinon à les perdre entièrement.
Pour ne parler que des principaux moyens proposés comme curatifs, et qui ont laissé entrevoir le plus d'espérance, nous trouvons en première ligne celui qui consiste à ouvrir le crâne au moyen de la trépanation, ou de la perforation de cette botte osseuse fuite avec un stylet, un poinçon, une alêne, un trois-quarts placé dans une canule adaptée à une seringue, avec laquelle on aspire, en faisant le vide, tout le liquide de l'hydatide et quelquefois l'hydatide elle-même. Malheureusement, ces procédés ingénieux sont loin d'être d'une application constamment heureuse.
TOURN1SIEN s. m. (tour-ni-zi-ain). Hor-
tic. Variété d'œillet.
TOURNISSE s. f. (tour-ni-se). Constr. Poteau qu'on établit entre une sablière et une décharge de cloison, et qui sert de remplissage.
Tournoel (CHÂTEAU DE), château du Puyde-Dôme, à 1 kilom. 500 de Volvic, dans l'arrondissement de Riom, sur un mamelon' élevé, dominant la contrée, une des plus belles ruines féodales de l'Auvergne. Les abords du plateau sur lequel il est oàti sont encombrés de débris colossaux, archivoltes brisées, voûtes effondrées, bastions écroulés, •qui font croire d'abord à une ruine complète. En laissant de côté une tour ronde à bossages, contemporaine de François I", et après avoir traversé une poterne et suivi un. couloir étroit, on parvient dans la cour centrale; elle a ta forme d'un carré long divisant l'édifice en quatre : l'aile droite, contenant? les grands appartements ; l'aile gauche, appuyée à l'escarpement de la montagne, jadis affectée au logement des officiers et des soldats de lagarnison; le massif du nord, réservé à la châtelaine et s'unissant à l'ait» droite par un oratoire bien conservé; enfin l'entrée des deux ailes, occupée vers le midi par la grande tour et son donjon, construction colossale et point de jonction des remparts -crénelés en assez mauvais état. Des acacias et des giroflées jaunes poussent dans cette cour silen* cieuse. L'intérieur des bâtiments offre d'intéressants détails; c'est d'abord la tourelle contenant l'escalier du nord, cage élégante et svelte, d'un gothique fleuri très-repandu en Auvergne; ici, l'ogive, au lieu de se terminer en arête vive comme dans le gothique pur, se prolonge démesurément en forme de lige d'où naissent des rameaux de fleurs. Au premier étage on rencontre, occupant toute la largeur du massif entre les deux ailes, un palier eu cintre surbaissé appuyé sur des colonneues basses dont les nervures se coupent à angie droit et produisent ainsi d'élégantes ogives. Le tout présente l'ensemble d'une architecture sarrasine et remonte pour le moins au xie siècle.
Quant aux souvenirs historiques du château de TournoSI, nous trouvons qu'en 1813 Guy II, comte d'Auvergne, s'ètaut révolté contre Philippe-Auguste, son suzerain légitime, le roi lit mettre le siège devant le château du rebelle. TournoSI l'ut défendu héroïquement pour le comte d'Auvergne par Gualeran, son lieutenant, contre Guy de Dampierre, seigneur de Bourbon, et Renaud de Fery, archevêque de Lyon, commandants de l'année royale; mais la place huit par être prise, après une lutte acharnée , dont les chroniqueurs nous ont conservé le souvenir. Telle était, au moment de la défaite, la pénurie des défenseurs de Tournoel, que les vainqueurs, au dire des clironiqueurs, n'y trouvèrent pour tout butin qu'une serpe,'un mortier de cuivre, deux cordes, deux écheveaux de fil, six marteaux, du froment, des fèves et une provision de vin. Un poète, Guillaume Guyart, chanta le siège de Tournoel. A l'époque ne la Ligue, la vieille forteresse l'ut de nouveau prise et reprise plusieurs- fois par les .ligueurs. Le duc de Nemours l'incendia, mais k sa mort la place fut rendue au roi. Le dernier seigneur de Tournoel fut Charles d'Apfen, tue aans une sortie contre une dernière tentative des ligueurs. A partir de cette époque, l'histoire est muette sur les habitants du château de Tournoel. Ses ruines majestueuses sont aujourd'hui la propriété de la famille de Chabrol-Vol vie qui, tout en s'étaiu fait construire non loin de là un château moderne plus confortable, ne néglige rien pour conserver in-
tactes à l'admiration des visiteurs les tours et les murailles de ce gigantesque et intéressant débris du passé.
TOURNOI s. m. (tour-noi. — On n'est pas d'accord sur l'origine de ce mot; on le fait assez généralement venir de tournoyer, se mouvoir en rond. Il est du moins certain que l'on disait autrefois tournéement et tournoyement, comme on peut le voir dans la chanson de Raoul de Coucy :
Toute votre gent Son li plus joli du tournoyement.
L'auteur de V Héritière de Guyenne pense que ce combat s'appelait ainsi parce que les chevaliers y combattaient tour à tour, divisés par quadrilles. Ménage, se rapprochant de cette opinion, dit : ■ Il y avoit cette différence entre les joutes et les tournoys, qu'aux joutes on combattoit seul à seul, et aux tournoys on se baltoit par escadrons; et parce que la cavalerie, en esearmouchant, fait des caracols, qu'on appelle encore aujourd'hui des tours, les mots tarneamentum et tournoy sont sortis du verbe latin barbare tornare, lequel se trouve dans l'Histoire mêlée de Paul Diacre : Torna, lorna, frater. • Budée croit que de Trojana agmina on a fait torneamiita , par allusion aux jeux que fit faire Enée dans la Sicile en l'honneur de son père Anchise. Le Père Ménestrier dit que « tournoy est un terme purement françois, qui vient de tourner y. parce que les courses se font en tournant et retournant. « Wachter fait remonter tournoi au celtique dorna, battre, frapper). Fête solennelle, où des chevaliers faisaient assaut d'adresse et de vigueur, duns des jeux et des combats à armes courtoises : Edouard, après ses victoires et se* conquêtes, ne fit plus que des tournois. (Volt.)
— Fig. Assaut, concours : En 1855, la France a convié à un grand tournoi industriel toutes les nationalités du monde. (L. Figuier.)
— Encycl. iTes Français passent universellement pour avoir les premiers établi ces sortes de fêtes guerrières. « Les François, dit Du Cange, qui ont esté les plus belliqueux d'entre toutes les nations..., sont les inventeurs des tournois et des jouâtes, qu'ils n'ont mis en usage que pour tenir les gentilshommes en haleine et pour les préparer pour les combats. »
On ne sait guère à quelle époque les tournois furent établis. Toutefois, l'historien Nithard nous fait connaître qu'ils étaient déjà connus au ix» siècle. En ellet, cet auteur dit, en parlant de l'entrevue de Louis le Germanique et de Charles le Chauve à Strasbourg vers 842 : « Ludos etiam hoc ordine stepe causa exercitii frequenlabant. Conveniebant autem quocumque cungruum speciaculo videbatur ; et subsistente hiuc omni mullitudine, primum pari numéro Saxonorum, Wascouorum, Austriasorum, Britannarum ex ùlraque parle, veluli sibi invicem adversari vellent , aller in alierum veloci cursu ritebut; kinc pars terga versa protecti umbonibus ad socios insectantes eoadere se velle simulabant. At versa vice iterum illos quos fugiebant persequi videbantur ; donec novissime utrique reges eum omni juventute, ingenli clamore, equis emissis, Itttstilia crispantes exsiliunt, et nuuc /lis, nunc itlis terga dantibus, insistunt. Eratque res digna pro tauta nobilitate necnon et modération^ spectaculo. Nonenim quispiam in tauta multitudine ac diversitate yeneris, uti sspe inler paucissimos et notas contingere solet, alicui, aut tssionis, aut vituperii quippiam tn ferre audebaL Pour s'exercer, ils avaient coutume d'ordonner des jeux de la manière suivante. Ils s'assemblaient dans quelque endroit favorable à ce genre de spectacle et, la multitude étant rangée autour de la lice, on les voyait d'abord en nombre égal de chaque côté, Saxons, Gascons, Austrasieus, Bretons, se ruer en courant les uns sur les autres comme s'ils avaient voulu combattre corps à corps; quelques-uns, 'tournant les talons et se protégeant à l'aide des boucliers, faisaient semblant de fuir et de se réfugier dans les rangs de leurs compagnons; leurs adversaires simulaient une poursuite vigoureuse; entin les chefs, suivis de l'élite de là jeunesse, poussaient à grands cris leurs chevaux dans la lice, brandissaient leurs javelots et venaient au secours des fuyards de l'un ou de l'autre parti. C'était un spectacle digne d'être vu, tant pour sa noblesse que pour la modération des combattants. Jamais ersonne, en effet, parmi un si grand nomre de gens de races diverses, n aurait osé, comme cela arrive si souvent entre particuliers et même entre gens qui se connaissent, infliger la moindre blessure à un adversaire ou seulement l'injurier. ■
Quelques auteurs allemands prétendent que l'empereur Henri l'Oiseleur fut l'instituteur des tournois. Cependant les anciennes chroniques en attribuent l'invention à un nommé Geoffroy de Preàlly. Dans celle de Tours, on lit : ■ Anno 1066, Guufridus de Pruliaco, qui torneamenta iitvenit, apud Andeijavum occiditur. » Dans celle de Saint-Murtiu de Tours : < Anuo Henrici imp. 7 et Piiilippi régis 6 fuit proditio apud Andegavum , Uuufridus de Pruliaco et alii baronet occisi sunt. Hic Gaufridus torneamenta invenit. ■ D'au-
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tre part, on Ut dans Lambert d'Ardres (p. 13), que Raoul, comte de Guines, fils du comte Ardoîphe, étant venu en France pour y fréquenter les tournois, perdit la vie dans un de ces combats. Or, Raoul vivait avant Godefroy de Preuilly. D'où il résulte que si Godefroy de Preuilly ne fut réellement pas l'inventeur des tournois, il fut peut-être le premier qui en dressa les lois et les règles et qui en rendit la pratique plus fréquente et plus commune. Les écrivains étrangers, pour la plupart, reconnaissent que les tournois étaient particuliers aux Français; c'est ce qui les fait appeler par Matthieu Paris conflictus gai-
Les tournois avaient non-seulement pour objet d'exercer ceux qui faisaient profession des armes, mais encore d'exciter la jeunesse aux nobles pussions. Aussi les apprêts d'un tournoi se faisaient-ils avec ta plus grande pompe. »
Quelques jours à l'avance, on exposait le long des cloîtres de quelques monastères voisins les écus armoriés de eaux qui prétendaient entrer en lice; les seigneurs, les dames et les damoiselles venaient les visiter. Un héraut ou poursuivant d'armes nommait aux dames ceux à qui ils appartenaient, et si parmi les prétendants il s'en trouvait quoiqu'un dont une dame eût à se plaindre, elle touchait le timbre ou l'écu de ses armes pour le recommander aux juges du tournoi, afin d'en obtenir justice.
Tout autour de la carrière .s'élevaient des espèces d'estrades décorées de riches tapis, de pavillons, bannières, banderoles et écussons, où les rois, les reines, les dames, les damoiselles et les anciens chevaliers venaient prendre place. Des juges nommés exprès, des maréchaux de camp, des conseillers* ou assistants avaient en divers lieux de la lice des places marquées pour maintenir dans le champ de bataille les lois de la chevalerie et pour donner leurs avis et leurs secours à ceux qui pouvaient en avoir besoin. Une multitude de rois, hérauts et poursuivants d'armes, répandus de toutes parts, avaient les yeux iixés sur les combattants, pour faire un rapport fidèle des coups qui seraient porté3 et reçus. Ils avertissaient d'avance les jeunes chevaliers qui faisaient pour la^remière fois leur entrée dans les tournois de ce qu'ils devaient à la noblesse de leurs ancêtres : « Souviens-toi, s'écriaient-ils, de qui tu es fils et ne forligne pas. »
« Le bruit des fanfares, dit La Curne de Sainte-Palaye, annonçait l'arrivée des chevaliers, superbement armés et équipés, suivis de leurs écuyers, tous a cheval ; ils s'avançaient à pas lents, avec une contenance grave et majestueuse. Des dames et des damoiselles amenaient quelquefois surles rangs ces tiers esclaves attachés avec des chaînes qu'elles leur étaient seulement lorsque, entrés dans l'enceiute des lices ou barrières, ils étaient prêts à s'élancer. Le titre d'esclave ou de serviteur de la dame que chacun nommait hautement en entrant au tournoi était un titre d'honneur qui ne pouvait être acheté pur trop de nobles exploits. Il- était regardé, par celui qui Je portait, comme un gage assuré de la victoire, comme un engagement à ne rien faire qui ne fût digne d'une qualité si distinguée. Servants, leur dit un de nos poètes dans une ballade qu'il composa pour le tournoi fait à Saint-Denis sous Charles VI au commencement de mai 1389,
Servants d'amour, regardé» doucement Aus échaffauts anges du paradis; Lors jouterez fort et joyeusement, Et vous serés honorés et chéris.
» A ça titre, les dames daignaient joindre ordinairement ce qu'on appelait faveur, joyau, noblesse, nobloy ou enseigne; c'était une éoharpe, un voile, une coBtfe, une manche, une mantelle, un brasselet, un nœud, une boucle; en un mot, quelque pièce détachée de leur habillement; quelquefois un ouvrage tissu de leurs mains, dont le chevalier favorisé ornait le haut 8e son heaume ou de sa lance, son écu, sa cotte d'armes, quelqu'autre partie de son armure ou de son vêtement.
» Souvent, dans la chaleur de l'action, le sort des armes faisait passer ces gages précieux au pouvoir d'un ennemi vainqueur, ou divers accidents eu occasionnaient la perte. En ce cas, la dame en renvoyait d'autres à son chevalier pour le consoler et pour relever son coumge.
» Ne regardons pas ces présents comme des marques puériles de l'affection des dames; c'était un moyen que l'on avait imaginé pour suppléer aux banderoles des "lances et des Casques et aux armoiries des écus, des cottes et des housses par lesquels les spectateurs distinguaient chaque chevalier dans la fouie des combattants. Lorsque toutes ces marques, sans lesquelles on ne pouvait démêler ceux qui se signalaient, avaient été rompues ou déchirées, de nouvelles faveurs qu'on leur portait servaient d'enseignes aux dames pour reconnaître celui qu'elles ne voulaient point perdre de vue et dont la gloire devait rejaillir sur elles.
■ Les principaux règlements des tournois, appelés avec justice écoles de prouesses dans le roman de Perceforest , consistaient h ne point frapper do la pointe, mais du tranchant de la pointe, ni de combattre hors de .son
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rang; à ne point blesser le cheval de son adversaire, à ne porter des coups de lance qu'au visage et entre les quatre membres, c'est-àdire au plastron, à ne plus frapper un chevalier dès qu'il avait oté la visière de son casque ; à ne point se réunir plusieurs contre un seul.
» Le juge de paix , choisi par les dames avec une attention scrupuleuse et l'appareil le plus curieux, était toujours prêt à interposer son ministère lorsqu'un chevalier , ayant violé par inadvertance les lois du combat, avait attiré contre lui seul les armes de plusieurs combattants. Le champion des dames, armé d'une longue pique où d une lance, n'avait pas plus tôt aoaissé sur le heaume de ce chevalier le signe de la clémence et de la sauvegarde des dames, qu'à l'instant il devenait sacré; personne ne pouvait y toucher sans forfaire à l'honneur.
• Les chevaliers ne terminaient aucune joute de la lance sans faire aux dames qui avaient été, pour ainsi dire, l'âme de ces luttes guerrières l'honneur de rompre une dernière lance, ce qu'ils appelaient la lance des daines. Cet hommage se répétait en combattant pour elles à l'épée, à la hache d'armes et à. la dague. Ces dernières joutes étaient, par conséquent, celles où l'on se piquait de luire les plus nobles efforts.
» Le tournoi fini , on s'occupait du soin de distribuer les récompenses, suivant les divers genres de force ou d'adresse par lesquels on s'était signalé. Les officiers d'armes taisaient leurs rapports avec toute l'équité et l'impartialité possible, puis les anciens chevaliers, les princes souverains et les juges nommés exprès avant le tournoi prononçaient le nom du vainqueur. Souvent, on a vu la question portée au pied du tribunal des dames ou des damoiselles, "et souvent elles ont adjugé le prix comme souveraines du tournoi.
> Enfin, lorsque le prix avait été décerné, les officiers d'ur.mes allaient prendre parmi les daines ou les damoiselles celle qui devait le porter et le présenter au vainqueur. Le baiser qu'il avait alors le droit de leur donner en recevant le gage de sa gloire semblait, être le dernier terme de son triomphe. Le vainqueur conduit au palais y était désarmé, par les dames qui le revêtaient d'habits précieux. Après qu'il avait pris quelque repos, elles le conduisaient à la salle où l'attendait le prince, qui le faisait placer au lieu le plus honorable du festin. Son nom était insurit dans les registres des officiers d'armes, et ses actions faisaient souvent la matière des chansons et lais que les dames et les damoiselles chantaient au son des instruments des ménétriers.
> Les tournois, qui, dans l'origine , avaient été institués pour maintenir en haleine les gens de guerre, surtout dans les temps où la paix ne laissait point d'autre exercice à leur humeur belliqueuse, devinrent bientôt meurtriers. Les histoires sont remplies de ces accidents qui arrivaient aux tournois, soit par la négligence, soit parla passion des acteurs. Raoul, comte de Guines, y perdit la vie, au récit de Lambert d'Ardres ; Robert de Jérusalem , comte de Flandres, y fut blessé à mort ; Geoffroy de Magneville, comte d'Essex, en Angleterre, y fut tué en 1216; Florent, comte de Hainaut, et Philippe, comte de Boulogne, périrent pareillement au tournoi qui eut lieu à Corbie en 1223; le comte do* Hollande, à celui de Neumagne en 1234; Gilbert de Pembroch, en l'an 1241 ; Hermand de Montigny, en 1258; Jean, marquis de Brandebourg, en 1269; Louis, fils du comte palatin du Rhin, en 1289; Jean, duc de Brabant, en 1294, y furent également tués. Dans un seul tournoi, qui eut lieu à Nuys, près do Cologne, en 1240; il en coûta la vie à plus de soixante chevaliers et écuyers.
» Tous ces accidents donnèrent occasion aux papes d'interdire les tournois aveu de graves peines, excommuniant ceux qui s'y trouveraient, et défendant d'inhumer dans les cimetières .sacrés ceux qui auraient été tués dans ces sortes de divertissements. Les papes Innocent II, Eugène III et Alexandre III furent les premiers qui fulminèrent leurs anatlièmes contre les tournois et les tournoyants. Nos rois aussi tentèrent à plusieurs reprises par leurs ordonnances de réprimer la fureur des Français pour cet exercice. Philippe le Long, entre autres, prohiba les tournois par une ordonnance générale en date du 23 octobre 1318; avant lui Philippe le Bel les avait proscrits , dans une ordonnance en date du 28 décembre 1312, dont voici la teneur : Philippe, par la grâce de Dieu, roy de France, a uostre gardien de Lions, salut. Comme nous entendons à donner à nostro très-cher amé tils Loys, roi de Navarre, comte de Champagne et de Brie Palazin, et à nos deux autres tils, ses frères, en ce nouviuu temps, ordre do chevalerie; et jà piéça par plusieurs fois nous eussions fait défeudre généralement par toust uostre royaume toutes manières d'armes et de tournoiements, et que nuls sur quonques ils se pooient meffaire envers nous, n'allast à tournoiemensen nostre royaume ne hors, ou feist ne alast à joustes, tupineiz, ou feist autres faits ou portemens d'armes, pour ce que plusieurs nobles et grans personnes de uostre garde se sont fait taire et se sont accousturoez de eux faire faire chevaliers esdits tournoieraens, et non contrastant cette générale défense, plusieurs nobles personnes de nostre
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dite garde aient esté et soient allez au tournoiement par plusieurs fois à joustes, à tupineiz, tant en nostre royaume comme dehors, et en autres plusieurs faits d'armes en enfreignant nostre dite défense, et en iceux tournoiemens plusieurs se soient fait faire chevaliers et seur ce qu'ils ont fait contra nostredite défense vous n'ayez mis remède, laquelle chose nous dêplaist moult fortement : nous vous mandons et commandons si estroitement comme nous poons plus, et sur peine d'encourir nostra malivolence, que tous ceux que vous saurez de nostre garde qui ont esté puis nostredite défense à tournoiement, joustes, tupineiz, ou en autres faiz d'armes, ou que ce ait esté en nostre royaume, ou horB, que vous sans delay les faciez prendre et mettre en prison par devers vous en mettant en nostre main tous leur biens. Et quant il seront devers vous en prison, si leur faites amender ce qu'il auront l'ait contre notredite défense; et ce fait si leur recréez leurs biens, et avec ce quant il auront amendé, si leur faites jurer sur sains, et avec ce leur défendez de par nous sus poine d'ancourir nostre indignation et de tenir prison chascun un an , et sus poine de perdre une année chascun les fruiz de sa terre, qu'il tiendront les ordenancesque nous avons fait SUS le fait des armes, qui sont teles : c'est assavoir que nuls ne soit si hardi de nostre royaume qui voist à tournoiemens, à joustes, à tupineiz ou en autre fait d'armes, soit en nostre royaume ou hors, jusques à la feste de S. Remy prochaine venant, et leur faites bien savoir que encores avons nous ordenê que s'il font au contraire de ce, que leur chevaux et leur harnois nous avons abandonné aux seigneurs sous qui jurisdiction il seront trouvé, et quant il auront ensi juré, si leur délivrez leur cors. Encore vous mandons nous que l'ovdenance dessusdite vous faciez crier et publier soleimiellement sans delay par les lieux de vostre garde, où vous saurez qu'il sera à faire, et de défendre de par nous que nuls ne soit si hardy sur la poine dessusdite d'aler aux armes à tournoiemens, joustes, ou tupineiz, en nostre royaume ou hors, jusques à ladite feste de S. Remy, et faites cette besoigne si diligemment, que vous n'en puissiez estre repris de négligence ou de inobedience, auquel cas, se il avient, nous vous punirons en tele manière, que vous vous en apercevrez. Donné à Fontainebliaut, le 28 décembre, l'an de grâce 1312. »
Enfin, le funeste accident de Henri II, tué dans un tournoi en 1559, SOU3 les yeux de toute sa 60111', modéra l'ardeur que les Français avaient jusque-là témoignée pour les tournois. Cependant, la vie désœuvrée des grands, l'habitude et la passion, dit le chevalier de Jaucourt, renouvelèrent ces jeux à Orléans, un an après la lin tragique de Henri II. Henri de Bourbon - Montpensier , prince du snng, en fut encore la victime ; une chute de cheval le fit périr.
Les tournois cessèrent alors absolument en France; leur abolition date donc de l'année 1560. Avec eux périt l'ancien esprit de chevalerie, qui ne parut plus guère que dans les romans. Les jeux qu'on continua depuis d'appeler tournois ne furent que des carrousels, et ces carrousels, après avoir fait fureur pendant ta jeunesse de Louis XIV, passèrent bientôt de mode.
Tournoi de Worm. (i.e), légende allemande du moyen âge. En 1219, il y eut à Worms nu grand tournoi. Cette tête chevaleresque avait été ordonnée par l'empereur lui-même. Tous les princes des bords du Rhin, les électeurs, les évêques y assistaient; les guerriers les plus hardis voulaient y montrer leur valeur, et la fille d'un comte de Westphalie, la belle Bilhild, devait donner l'écharpe d'or à celui qui serait victorieux. Un homme d'un courage éprouvé, d'un caractère audacieux, le chevalier de Wolfseck, aimait Bilhild. Il l'avait vue un jour dans lo palais de l'empereur, et, dès ce moment, jamais il n'avait pu l'oublier. L'aspect de celle qui exerçait sur lui un pouvoir mystérieux, l'espoir d'être couronné par elle, enflammèrent son ardeur. H s'élança le premier dans la lice ; il combattit avec intrépidité. Déjà il avait subjugué l'un après l'autre tous ses adversaires, déjà il tournait ses regards vers l'estrade élevée d'où sa belle Bilhild semblait lui sourire , quand tout à coup la trompette sonne. Un chevalier nouveau franchit la barrière et déni, inde le combat : c'était Wartenberg, lo plus brave, la plus aimé de tous les chevaliers. A l'instant où il parut, chacun le suivit des yeux, car c'était un homme à l'âme noble et généreuse, tandis que Wolfseck était redouté et haï. Le combat s'engage ;, les deux udversairess'élancent l'un contre l'autre avoc impétuosité; ils brisent leur lance et prennent leur glaive; mais Wolfseck tomba par terre, et la belle Bilhild donne à Wartenberg le prix do la victoire. Wolfseck se relève avec colère : • Tu ne m'aurais pas vaincu, dit-il au chevalier, si tu n'avais employé la magie. On t'a vu souvent, la nuit, errer dans ton pure et invoquer le démon des sorciers; moi, je suis victime d'une de tes conjurations. — Je t'ai vaincu, s'écrie lo noble Wurteuberg, par la force et le courage ; celui qui m'accuse d'employer la sorcellerie enameuti, et je t'appelle à un nouveau combat d'ici h trois jours. • Wolfseck accepte et s'éloigne en proférant des paroles de vengeance. Or, le lendemain, Wartenberg était seul uu bord
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de la forêt, rêvant à celle qu'il aimait. Une tlèche, lancée par une main invisible, lui traverse la poitrine; trois hommes masqués se jettent sur lui et le tuent à coups de poignard. Le malheureux resta là. Personne ne lui porta secours, et personne ne lui rendit les derniers devoirs.
Le jour du combat est venu; Wolfseek franchit avec orgueil la barrière ; mais les juges du camp appellent vainement Wartenberg; personne ne parait; les trois sommations étant faites, 1 un des juges s'écrie : i Puisque Wartenberg n'est pas venu se justifier de l'accusation portée contre lui, il se déclare par là-même.... » Le juge en était là de sa sentence , quand tout d'un coup la trompette sonne, la barrière s'ouvre, et un chevalier inconnu s'élance dans la lice. Noire est son armure, noir son casque, noir aussi son coursier; sa cuirasse jette une lueur sinistre , et à travers sa visière, ses yeux brillent comme deux charbons ardents. A l'aspect de cet homme étrange, Wolfseek se sent saisi d'une indéfinissable terreur. Il voudrait renoncer à ce combat, mais l'heure fatale a sonné. Il cherche à ranimer son courage, il lève la tête avec une fausse fierté, et marche au-devant de son ennemi. Le premier choc du chevalier noir le fait rouler dans la poussière. On s'empresse de lui porter secours; on lui ôte sa cuirasse et l'on aperçoit sur son cœur une large tache rouge. • Hélas, dit-il, c'est là que Wartenberg a été frappé par mes ordres; c'est par là quil est
mort » Après avoir confessé ce crime, il
expire. Pendant ce temps, le chevalier mystérieux, le revenant de l'autre monde, avait disparu, et jamais on ne le revit.
TOURNOIEMENT OU TOURNOÎMENT S. m.
(tour-noi-man — rad. tournoyer). Action de tournover; mouvement de ce qui tournoie : Le plus souvent, ce tournoiement d'air et d'eau est immense, dans un cercle de dise, vingt, trente lieues. (Michelet.)
— Fig. Mouvement entraînant, vertigineux : Ne fallait-il pas entrer sérieusement dans le tournoiement des intérêts, des passions, des plaisirs? (Balz.)
— Pathoi. Tournoiement de tête, Sorte de vertige, dans lequel il semble au malade que sa tête tourne ou que les objets tournent autour de lui.
— Art vétér. V. tournis.
Tournoiement de l'Antechrlil (le), pOëme
d'Huon de Méry. V. tornoiement, ancienne forme orthographique.
TOURNOIR s. m. (tour-noir — rad. tourner). Techn. Bâton avec lequel le potier d'étain met son tour en mouvement.
TOURNOIRE s. f. (tour-noi-re — rad. tourner). Techn. Moulin à carton qui contient la pile, l'arbre à diviser la matière et le brancard auquel on attelle le cheval.
TOURNOIS adj. (tour-noi — du lat. turonensis, qui appartient à la ville de Tours). S'est dit de certaines monnaies frappées à Tours , et ensuite des monnaies frappées sur le type de celles de Tours, c'est-à-dire d'une valeur inférieure à la monnaie parisis. Il Sou tournois, Sou 'valant 12 deniers, au lieu de 15 deniers que valait le sou parisis. Il Livre tournois, Livre valant 20 sous tournois, au lieu de 20 sous parisis ou 25 sous tournois que valait la livre parisis.
— s. m. Livre tournois : Le tournois était d'un cinquième plus faible que la livre parisis.
TOURNOISE s. f. (tour-noi-ze — va.ù. tourner). Comm. Etoffe à tissu circulaire plan.
TOURNON, ville de France (Ardèche) , ch.-l. d'arrotid-, à 70 kilom. N.-N.-E. dé Privas, sur la rive droite du Rhône, au pied de collines abruptes, en face de la ville de Tain , avec laquelle elle communique par deux ponts suspendus ; pop. o-ggl., 2,990 hab. — pop. tôt., 5,390 hab. Tribunal de lro instance, lycée, etc. L'arrondissement comprend : 11 cantons, 125 communes et U9,571 habitants. Filatures de laine, fabriques de bonneterie et de rubans de soie, mégisseries et tanneries. Commerce de vins estimés, connus sous le nom de vins de l'Ermitage, de soieries, d'étoffes de laine et de coton, de miel, de cire, etc. Foires importantes. « Ce qui frappe d'abord l'attention de l'étranger à Tournon, c'est, dit M. Albert du Boys, le château gothique perché sur un rocher pittoresque. Des débris de vieilles fortifications qui en dépendent se dessinent au loin sur la montagne voisine. » Aujourd'hui, le château est devenu la propriété de la ville, qui y a installé sa mairie, son tribunal et sa prison. Il a conservé presque toutes ses vieilles tours, et on y remarque une belle chapelle ogivale. Les appartements de l'aile droite du château sont les plus délabrés, et cependant les peintures grisailles dans le style de Fontainebleau quidécorentla grande pièce du rez-de-chaussée indiquent, à n'en pas douter, que cette partie du château fut -habitée la dernière, jusqu'à la première moitié du xvne siècle vraisemblablement. La grosse tour de guerre ou du donjon est encore aussi solide que jadis, et 1 escalier en est facilement praticable. Le gros œuvre de la tour est accosté de plusieurs donjons de hauteurs diverses et en partie ruinés. Un trou carré apparaît, s'ouvrant dans l'épais-
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seur d'un de ces renflements et plongeant jusqu'aux fondements de l'édifice : c'est ce qu'on désigne sous le nom des Oubliettes de Tournoel. La grande tour a six étages, contenant chacun une salle d'armes percée de meurtrières, où se réunisssaient les archers et arquebusiers. Ces salles sont parfaitement aménagées, et la forme, la disposition des meurtrières annoncent de la part du constructeur ignoré une certaine connaissance des choses de la guerre. L'église Saint-Julien, ancienne collégiale, aujourd'hui paroissiale, est un édifice ogival du xnie 0u du xive siècle, défiguré par des restaurations maladroites. File renferme : un tableau de Paul Sevin, le Christ ; une statue de la Vierge, objet de nombreux pèlerinages, et une fresque représentant la Passion. Le lycée, un des plus anciens et des plus célèbres collèges de France, fut fondée en 1542 par le cardinal de Tournon et plusieurs autres membres de la même famille et confié aux jésuites, qui le possédèrent jusqu'en 1768. Ce collège compta jusqu'à 2,000 élèves.
On remarque en outre à Tournon : une bibliothèque publique riche de 3,000 volumes; d'agréables promenades ; un joli quai planté d'arbres et plusieurs places, entre autres celle des Capucins, sur laquelle s'élève la statue du général Rampon.
Ce fut du temps de Charles-Martel que Tournon commença k jouer un certain rôle dans l'histoire. Le château appartenait alors, ainsi que la ville, à l'Eglise de Lyon, qui en fut dépouillée par le vainqueur des Sarrasins lorsqu'il s'empara, comme on le sait, des domaines du clergé pour les ériger en bénéfices militaires et les distribuer à ses compagnons d'armes. En vain l'Eglise de Lyon protesta : ni Pépin ni Cbarlemagne n'écoutèrent ses plaintes. Lothaire enfin (1055) ordonna la restitution ; mais les seigneurs de Tournon, qui regardaient cette terre comme un héritage de famille, s'y refusèrenLet leur résistance amena une guerre' qui n'arait pas encore eu de résultat sous Charles le Simple. Les seigneurs de Tournon exerçaient en effet, dans le Vivarais, une puissante suzeraineté féodale dès le xie siècle. Le premier baron de Tournon, Odon ter, rendit hommage à Philippe-Auguste en 1192. De cette époque date la véritable importance de la ville, agrandie et enrichie par Ie3 libéralités seigneuriales. En 1309, Gui de Tournon octroya aux habitants une charte les garantissant des ■ enlèvements de biens et des captures de leurs personnes ■ et limitant leurs corvées. Par la même charte. Gui de Tournon se déclarait vassal du dauphin de Viennois et en reconnaissait la juridiction. Tournon fut par conséquent réuni à la France en même temps que le Dauphiné. C'est à Tournon que se rendit, pendant la captivité de François Ier à Madrid, la reine mère, Louise de Savoie (1525). C'est de là qu'elle convoqua les états généraux du Languedoc.
TOURNON-D'AGENAIS, bourg de France (Lot-et-Garonne) , ch.-l. de cant., arrond. de Villeneuve -sur- Lot, sur une colline de 167 mètres d'alititude qui domine le Boudouysson; pop. aggl., 554 hab. — pop. tôt., 4,256 hab,
TOURNON -SAINT -MARTIN , bourg de France (Indre), ch.-l. de cant., arrond., et à ^6 kilom. du Blanc ; pop. aggl., 619 hab. — pop. tôt., 1,507. Carrières de pierres, hauts fourneaux.
TOURNON (François de), cardinal, homme d'Etat français, né à Tournou (Vivarais) en 1489, mort en 1562. Archevêque d'Embrun des l'âge de 28 ans, il fut au nombre des commissaires envoyés par la régente à Madrid pour négocier la liberté de François 1er (1526), prit part au traité de Cambrai, fut envoyé en Espagne avec le maréchal de Montmorency pour demander, au nom du roi, la main d'Eléonore , tille de Charles Quint, ramena cette princesse et rit la cérémonie de son mariage avec François Ier. L'archevêché de Bourges, puis le chapeau de cardinal furent la récompense de ses services. Il fut employé ensuite par Henri VIII comme intermédiaire auprès du pape pour obtenir son divorce, mais échoua dans cette négociation. François 1er ]e chargea, en 1536, comme lieutenant d'Anne de Montmorency, de défendre la Provence contre Charles- Quint; il eut une grande part aux succès obtenus, puis il signa la paix de Nice (153S). La disgrâce de Montmorency le laissa l'unique arbitre de l'Etat. Il tourna dès lors toute sou attention vers l'extinction de l'hérésie, établit une chambre ardente et ordonna ou du moins toléra des cruautés horribles contre les calvinistes et les vaudois. Toutefois, il fit de son pouvoir un usage plus honorable en augmentant la bibliothèque du roi, en fondantl'Imprimerieroyaleetles collèges d'Auch et de Tournon, et en protégeant les savants et les gens de lettres. A l'avénemeut de Henri II, il perdit son crédit, fut envoyé à Rome comme ambassadeur et y resta huit ans, écarté des affaires par la jalousie des Guises, reçut l'archevêché de Lyon et se signala de nouveau dans son diocèse par ses rigueurs envers les calvinistes. Ce fut lui qui fit recevoir les jésuites en France. Il manifesta encore son zèle contre les protestants aux états d'Orléans et au colloque de Poissy, et mourut à Saint-Germain-en- Laye en 1562. • Le cardinal de Tournon
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était, dit Varillas, un ministre laborieux, capable selon le temps, qui avait l'esprit pénétrant et le jugement net et qui se piquait d'aller au solide. ■ Grâce à son expérience et à une longue pratique, il avait acquis une grande habileté dans le maniement des affaires.
TOURNON (Claudine DE La Tour de Turenne, comtesse de), femme connue par son courage, son énergie, l'ardeur guerrière dont elle fit preuve, morte en 1591. Elle était fille de François de La Tour, premier du nom, vicomte de Turenne, et d'Anne de La Tour de Bologne, sa seconde femme. Elle' fut mariée, en 1535, à.Just, comte de Tournon, et devint par cette union parente de Catherine de Médicis. « Son courage héroïque, dit un biographe, parut à la défense de la ville de Tournon, assiégée deux fois par les protestants , l'une en 1567 et l'autre en 1570 ; Mme de Tournon leur fit lever le siège. » Elle mourut avec la réputation d'une héroïne. Elle a eu son historien dans Jean Villemin, qui a composé en vers latins : Historia belli quod cum hwreticis rebellibus gessit, anno r.67, Claudia de Turenne domina Turnonia (Paris, 1569, in- 4").
TOURNON (Charles-Thomas Maillard de), cardinal italien, né à Turin en 1668, mort à Macao en 1710. Il se fit recevoir docteur in ulroque jure, devint successivement professeur à la Propagande, camérier d'honneur, préfet de la doctrine chrétienne et gagna la faveur du pape Clément XI, qui le notnma patriarche d'Antioche en 1701, puis l'envoya, en qualité de légat a latere et de visiteur apostolique, aux Indes et en Chine, avec la mission d'interdire aux nouveaux chrétiens tousjes usages, qu'il jugerait contraires à la pureté de la foi catholique. Arrivé à Pondichéry en 1703, Tournon proscrivit les cérémonies entachées de paganisme en usage chez les chrétiens malauares, puis il se rendit à Manille et de là à Canton (1705). A peine arrivé dans cette ville, il réunit les chefs des diverses missions, leur exposa l'objet de son voyage et leur ordonna d'enlever des églises les images et emblèmes relatifs au culte que les Chinois rendaient au ciel et à leurs ancêtres. Les jésuites, qui regardaient ces concessions comme nécessaires à i'établissementdu christianisme, en cequ'elles disposaient favorablement les populations pour le nouveau culte, manifestèrent leur mécontentement, leur regret de voir prendre des mesures si inopportunes. Tournon n'en persévéra pas moins dans ses ordres. Admis en présence de l'empereur, il s'attira sa colère lorsqu'il lui eut exposé ses prétendons et reçut l'ordre de sortir immédiatement de Pékin. Le légat se rendit à Nankin, où il publia, le 28 janvier 1707, le mandement, devenu fameux, par lequel il interdit aux chrétiens la pratique des anciennes cérémonies et enjoint aux missionnaires de se conformer à ses instructions, sous les peines canoniques. L'empereur donna aussitôt l'ordre de l'arrêter et de le conduire à Macao, où les Portugais chargés de le garder lui rirent subir les traitements les plus rigoureux. Le pape, qui approuvait sa conduite, lui envoya le chapeau de cardinal dans sa prison (1709). Tournon mourut l'année suivante, après avoir laissé aux pauvres presque tout ce qu'il possédait. Ses mémoires ont été mis en ordre et publiés par le cardinal Passionei, sous le titre de : Memorie storiche délia legazione e morte del cardinale di Tournon, esposti con monumenti rari et autentici (Rome, 1762, 8 vol. in-8°).
TOURNON (Alexandre), dit Tournon de La
Cbnpdie, littérateur français, né à Arras vers 1760, mort sur l'échafaud le 10 juillet 1794. Il se rendit de bonne heure à Paris, où il s'adonna aux lettres. Chaud partisan de la Révolution, il collabora aux Révolutions de Paris, de Prudhomme, et compta au nombre de ses amis Danton et Camille Desmoulins.
Poursuivi en même temps que ces derniers, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort. Noua citerons de lui : l'Art du comédien; Promenades {de Clarisse et du marquis de Volai, nouvelle méthode pour apprendre les principes de la langue française (1784-1787, 12 cahiers in-12); lu Vie et les mémoires de Pilâtre des Bozieis (1786, in-12); Histoire de Mlle de Sirval (17SS,2 vol. in-12); Moyens de rendre parfaitement propres les rues de Paris (1789, in-8°); Introduction aux révolutions de l'Europe (1790); Des préliminaires sur la constitution du peuple français (1793), etc.
TOURNON (Philippe-Camille-Casimir de Simiane, comte de), administrateur, pair de Fiance, dé la famille du cardinal François, né à Apt (Provence) en 1778, mort en 1833. Il venait de terminer ses études, lorsque Bonaparte s'empara du pouvoir par le coup d'Etat de brumaire. Nommé, peu après, auditeur au conseil d'Etat, il devint ensuite intendant à Baireuth, où il fut fait prisonnier par les Autrichiens en 1809. L'année suivante, Napoléon le nomma préfet de Rome, et il se montra administrateur habile dans l'exercice de ces fonctions, qu'il remplit jusqu'en 1814. De retour en France, il vécut dans la retraite pendant la première Restauration. Pendant les Cent-Jours, il fut nommé préfet du Finistère, mais il ne prit point possession de ce poste. Après Waterloo,
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Louis XVIII le nomma préfet de la Gironde (1815). Le comte de Tournon parvint à réprimer la sanguinaire effervescence de la réaction royaliste, et, l'année suivante, il créa un journal gouvernemental, la Feuille du dimanche, destinée à pousser à la députation des hommes modérés. En 1822, il reçut le titre de conseiller d'Etat, passa, en. 1823, à la préfecture du Rhône et fut nommé, en 1824, pair de France. De retour à Paris en 1825, il devint président du conseil des bâtiments civils au ministère de l'intérieur. Après la révolution de Juillet, il s'empressa de faire acte d'adhésion au nouveau gouvernement.
On lui doit un ouvrage intéressant sur sou administration à Rome; il a pour titre : Etudes statistiques sur Borne et la partie ceci* dentale des Etats romains (1831, 2 vol. in-8», avec atlas).
Tournoux (fort de), fort des Basses-Alpes, sur un promontoire escarpé qui domine le confluent de l'Ubaye et de l'Ubayette. Ses principaux iravaux de défense sont taillés dans le roc. Dans l'intérieur de la montagne serpente un escalier de deux mille marches, qui communique avec les casernes et les batteries supérieures.
TODRNOVO, vilie de la Turquie d'Asie.