V. Hooo
Quand de sa jupe qui lournoic Elle soulevé le voîant, Sa jambe, sous le bas de soie.
Prend des lueurs de marbre blanc.
Tu. Gautier.
— Par ext. Errer çà et là, sans s'écarter beaucoup : Les monts où je tournoyais ressemblaient à un éboulement de chaines supérieures. (Chateaub.)
— - Fig. Biaiser, éviter ou différer de conclure ; Au lieu d'en finir, il ne fait que tournoyer.
TOURNOYEUR S. m. (tour-noi-ieur ou tourno-ieur — rad. tournoi). Chevalier qui prenait part à un tournoi : Si quelque cheoalier avait mal parlé des dames, les autres tournoyeurs le battaient de leurs épées. (Volt.)
TOURNURE' s. f. (tour-nu-re — nid. tourner). Manière dont une chose tourne, but auquel elle semble devoir aboutir : Prendre une bonne, une mauvaise tournure. Je vais voir quelle tournure on peut donner à cette affaire. (Volt.)
— Manière dont une chose est tournée, présentée ; apparence : Donner une certaine tournure à sa conduite. La tournure que vous avez prise est fort habile. (Volt.) Je craignais de m'engager dans quelque tournure de compliment qui ne fût pas convenable. (Mariv.)
— Manière dont une personne est tournée, dont elle est faite : Une figure flatteuse tient lieu de bon sens , une jolie tournure de toutes les vertus. (Goldsmith.) Il Bonne façon, manière d'être distinguée : Ce garçon-là a de la tournure. (Scribe.)
— Apparence , extérieur : S'il est homme d'esprit, il n'en a pas la tournure. Il ne se présentait aucun homme qui eût tournure de mari. (Balz.)
— Objet de toilette, de forme arrondie, de consistance ferme et élastique, que les dames attachent sous leurs robes, au-dessous des reins, pour donner une idée avantageuse du développement de cette, partie : C'était une assez jolie bohémienne, que les douaniers sa sont dioeitisà tourmenter, lui faisant payer dix-sept sous pour une tournure en calicot non ourlé. (V. Hugo.)
— Tour, agencement du discours : Une tournure de phrase. L'homme ne veut que deux choses : ou des idées neuves ou de nouvelles tournures. (Rivarol.)
— Etatd'uneboisson ou d'un aliment tourné, corrompu : Le goût de fût, le goût d'ambre ou d'aigreur, la tournure ou l'échaudure sont à craindre. (Rosier.)
— Débris métalliques fournis par le travail du tour : De la tournurb de cuivre.
— Art culin. Bandes d'écorce que l'on détache des fruits ou des légumes en les tournant.
— Techn. Courbure donnée au fer à cheval, pour qu'il s'adapte exactement au pied de l'animal.
— Syn. Tournure, tour.V. TOUR.
— Encycl. Littér. Du choix et de la variété des tournures dépendent en grande parlie l'effet et l'agrément du style. Dans les langues anciennes, qui étaient éminemment
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transpositives, il était plus facile de trouver des tournures neuves, originales et variées. Cependant, ceux des écrivains modernes qui possèdent à un haut degré le talent d'écrire se distinguent en ce genre par un goût exquis et un véritable talent d artiste. La difficulté est grande surtout dans la langue française, où les régies de la construction grammaticale sont si étroites. Dans les simples récits se placent les tournures simples, uniformes, rapides; dans les choses de sentiment, les tournures pathétiques et vives, les exclamations, les apostrophes animées, les répétitions énergiques; dans les passages où domine l'imagination , les tournures figurées, pittoresques, enthousiastes ; là où l'esprit doit éelater,'les tournures ingénieuses, brillantes, formant des contrastes, des antithèses, des chutes heureuses; quand, au contraire, la raison joue le rôle principal, les tournures sont fermes, sévères, précises, méthodiques.
11 ne faut pas, toutefois, attacher une trop grande importance au choix des tournures. On se rappellera fort à propos, sur ce point, les paroles suivantes de Buifon : « Les idées seules forment le fond du style; l'harmonie des paroles n'en est que l'accessoire et ne dépend que de la sensibilité des organes. 11 suffit d'avoir un peu d'oreille pour éviter les dissonances; de l'avoir exercée, perfectionnée par la lecture de» poëtes et des orateurs, pour que mécaniquement on soit porté à l'imitation de la cadence poétique et des tours oratoires. Or, jamais l'imitation n'a rien créé ; aussi cette harmonie des mots ne fait ni le fond ni le ton du style et se trouve souvent dans des écrits vides d'idées. » Sans doute, un écrivain qui n'a pas le soin ou le talent de varier les tournures devient facilement monotone et finit par rebuter, C'est donc une partie de l'art d'écrire qu'il faut se garder de négliger. Mais, sur ce point comme sur les autres, on peut tomber dans la recherche, dans l'affectation, et plus d'un écrivain moderne parait quelquefois se donner beaucoup de mal pour trouver des tournures qui ne valent pas l'expression et la construction toutes simples. On ne saurait plus a propos rappeler la scène de M. Jourdain et du maître de philosophie :
M. Jourdain. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour; mais je voudrais que cela fût mis d'une façon galante, que cela fût tourné gentiment.
Lis maître de philosophie. Mettez que les feux de ses yeux' réduisent votre cœur en cendres; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d'un...
M. Jourdain. Non, non, non ; je ne veux point tout cela. Je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour... Je ne veux que ces paroles-là dans le billet, mais tournées h la mode, bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.
Le maître de philosophie. On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle marquise, vos beaux yeux me font mou- ■ rir d'amour. Ou bien : b'amow mourir me font, belle marquhe, vos beaux yeux. Ou bien : Vos beaux yeux d'amour me font, belle marquise, mourir. Ou bien ; Mourir vos beaux yeux, belle marquise, d'amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, bette marquise, d'amour.
M. Jourdain. Mais, de toutes ces façons là, laquelle est la meilleure ?
Le maître de philosophie. Celle que vous avez dite : Belle marquise, vos beaux yeux me font-mourir d'amour.
M. Jourdain. Cependant je n'ai point étudié, et j'ai fait cala tout du premier coup... • (lie Bourgeois gentilhomme, acte II, scène vi.)
TOCRNUS,ville de France (Saône-et-Loire), ch.-l. de cant., arrond. et à 30 kilom. N. de Mâcon, sur une hauteur de la rive droite de la Saône; pop aggl., 4,208 hab. — pop. tôt., 5,553 hab. C'est une ville commerçante et industrielle. Elle fait un commerce actif en vins et bestiaux et fabrique du sucre, des mach,ines à vapeur, des cardes, etc. Tournus est la patrie de Greuze, qui y naquit le 21 août 1725. Une inscription indique la maison où il vit le jour, t Tournus, dit M. Adolphe Jeanne, dépendait, avant la conquête romaine, de la république des Eduens. Les Romains y ont laissé quelques restes de fortifications. Vers l'an 177, Valérien, qui était venu prêcher le christianisme à Tournus, y soutint le martyre. Une basilique s'éleva sur son tombeau, puis une abbaye, dont les moines furent, pendant tout le moyen âge, en lutte incessante avec les bourgeois, jusqu'à ce que CharlesVI se déclarât protecteur de la commune, en 1396. Au xve siècle les Bourguignons et les Armagnacs, au xvi= siècle, les huguenots et les catholiques se disputèrent la possession de Tournus, qui se rallia définitivement à Henri IV, après la conversion de ce prince. En 1815, Napoléon 1er, satisfait de l'héroïque défense de Tournus contre les Autrichiens et de l'accueil enthousiaste que la ville lui avait fait, l'autorisa à joindre à ses armes l'aigle de la Légion d'honneur.
L'ancienne église abbatiale de Saint-Philibert (monument historique) est l'une des plus remarquables du diocèse d'Autun. Elle a la forme d'une croix latine, terminée par trois absides. La nef et son vaste narthex sont du
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commencement du xi° siècle. Deux tours carrées (xiie siècle) s'élèvent de chaque côté du portail (xii« siècle) ; un clocher bas, de même forme et de la même époque, se dresse au centre de la croisée. Les chapelles latérales de la nef sont du xme et du xive siècle. De 1845 à 1850, d'importants travaux de consolidation et de restauration ont été faits à Saint-Philibert, sur les plans de M. Questel. » Parmi les autres curiosités de Tournus, nous citerons : l'hospice delà Charité, bâti en 1718; la colonne qui décore la place de l'hôtel de ville, regardée comme une des colonnes milliaires de la voie romaine qui allait de Lyon à Boulogne, etc.
TOUKNY (Louis-Urbain- Aubert, marquis de), administrateur français, né aux Andelys (Eure) en 1690, mort à Paris en 1761.\l commença par être maître des requêtes au parlement de Paris, puis devint intendant de Limoges ( 1730 ). Envoyé au même titre en Guyenne en 1743, M. de Toumy s'y signala non-seulement par l'habileté dé Son administration, mais encore par des améliorations de tout genre qui lui ont mérité la reconnaissance des Bordelais et qui ont rendu son nom célèbre. Il fit établir de grandes voies de communication qui relièrent Libourne, Marmande et Périgueux à Bordeaux, assainit les terrains marécageux qui entouraient- l'enceinte de cette dernière ville, perça des boulevards, ouvrit de larges avenues et fit tracer un beau jardin public. Ces travaux d'embellissement et de haute utilité ne s'accomplirent point néanmoins sans qu'il rencontrât une vive opposition tant de l'autorité militaire et ecclésiastique que de la municipalité elle-même. M. de Touiny triompha de tous les obstacles; mais, fatigué d'une lutte incessante, il se démit de ses fonctions en 1758, revint à Paris et fut nommé conseiller d'Etat. Il avait dit en partant : ■ Vous me maudissez, mais vos enfants me béniront. » Cette parole ne tarda pas à se réaliser. Les Bordelais reconnaissants ont donné son nom ù une promenade et aune place sur laquelle s'élève sa statue.
TOUROCCO s. m. (tou-ro-ko). Ornith. Espèce de pigeon qui vit au Sénégal : Le TOurocco est à peu près de la grosseur du merle. (.Y. de Bomare.)
TOUROIR s. m..(tou-roir — du lat, torrere, brûler, rôtir). Techn. Lieu où les brasseurs font sécher l'orge germée.
TOURON, TUUON, TOURANE, en chinois Han ou Koua-han, ville de l'empire d'Annain (Cochinchine), sur une rivière qui se jette, à 3 kilom. de là, dans la baie du même nom, et qui forme l'un des plus beaux ports de cette partie de l'Asie, à 102 kilom. S.-E. de Hué ; 20,000 hab. Fortifiée à l'européenne par les
. Français, elle est défenduo par deux forts, des murailles et des fossés. On en exportait
: autrefois une immense quantité de coton pour la Chine. Son commerce ne consiste plus aujourd'hui qu'en marbre, que l'on tire des environs. Cette ville, cédée à la France en 1787, mais alors non occupée, fut bombardée en 1S47 par la flotte française et prise en 1858 par les Franco-Espagnols.
TOURON (Antoine), écrivain français, né près de Castres en -1686, mort à Paris en 1775. Il entra dans l'ordre des dominicains et s'occupa particulièrement de controverse et de l'histoire de son ordre. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Vie de saint Thomas d'Aquin (Paris, 1737, in-4«) ; Vie de saint Dominique de Guzman (Paris, 1739); Histoire des hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique (Paris, 1743-1749, 6 vol. in-4°), ouvrage estimé ; De la providence, traité historique, dogmatique et moral (Paris, 1752) ; la Main de Dieu sur les incrédules ou Histoire abrëyëe des Israélites (Paris, 1756, 2 vol. in-12) ; Parallèle de l'incrédule et du vrai fidèle (Paris, 1758) ; la Vie et l'esprit de saint Chartes Borromëe (Paris, 1761, in-4°) ; Histoire générale de l'Amérique depuis sa découverte (Paris, 1768-1770, 14 vol. in-12), sorte d'histoire ecclésiastique du,nouveau monde.
TOUROUDE (Alfred) , auteur dramatique français, né au Havre en 1839 , mort h Paris en 1875. « L'amour de la lecture, dit Michel Masson, fut sa première passion; il la pouvait complètement satisfaire chez son père , encore aujourd'hui libraire - éditeur dans la même ville. Cœur ardent, esprit oseur, sentant s'agiter en lui le démon de l'invention, bientôt les livres écrits par les autres ne suffirent plus au jeune Touroude ; il éprouva l'impérieux , l'invincible besoin d'en composer lui-même. Plus encore que la critique littéraire et la poésie, par lesquelles il essaya ses forces, le théâtre le tenta. 11 y consacra son talent, on peut dire qu'il y sa-^ critia sa vie. Trois petits ouvrages : la Paix à tout prix, Mes beaux habits (1865), les Duperies de l'esprit (1866), furent ses débuts dans sa ville natale. » Venu à Paris avant l'Exposition universelle, il fit jouer en 1S68, sur la petite scène de Déjazq£, un vaudeville en trois actes, la Vie privée ou les Remords de M. Ouilloutet, puis donna successivement: au théâtre de Cluny, le Droit des femmes, comédie en un acte, en prose, avec Eugène Gaillet (15 juin 1869) ; à l'Odéon, le Bâtard, comédie en quatre actes, le chef-d'œuvre de l'auteur (18 septembre); au Grand-Théâtre du Havre, lesÀmi's du défunt, comédie en un acte, avec E. Desalins; en 1870, à l'Ambigu ,
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la Charmeuse, drame en cinq actes, qui obtint le plus vif succès; en 1872, une Mère, drame en cinq actes; en 1873, un Lâche, drame en cinq actes, avec Léon Beauvallet (28 février), pièce pleine de mouvement qui accusait un véritable tempérament d'auteur dramatique ; à la Renaissance, Jane, drame en trois actes (12 avril); YOubliée, drame en cinq actes (6 juin) ; en 1874, à l'Ambigu, le Secret de Rocbrune, drame en cinq actes, avec Frantz Beauvallet. Cette pièce s'appelait primitivement la Fille mère, titre que la censure ne toléra pas. On s'attendait au développement d'une thèse sociale ; lerideau se leva sur un mélodrame dépourvu d'intérêt et d'originalité. Dés qu'il cessait d'écrire seul, Touroude perdait la moitié de son talent. Forcé par la maladie d'interrompre ses travaux, son médecin lui ordonna de changer de climat. Il partit pour Alger, y resta à peine un an, et, croyant sa santé rétablie, il revint à Paris. Il ne tarda pas à s'aliter et acheva, malgré ses souffrances, une comédie en deux actes et en vers, destinée à l'Odéon. Touroude avait l'instinct du théâtre et cette qualité maîtresse qu'on appelle le mouvement. Il inventait des situations dramatiques, mais il ne savait ni les préparer ni les dénouer II aimait les effets violents jusqu'à la brutalité et s'attachait à frapper do grands coups. Emporté par son imagination, il travaillait à la hâte, ne sachant ni châtier son style trop déclamatoire ni le maintenir- dans les bornes du goût. Dans la plupart des pièces dé Touroude, on sentait un tempérament vigoureux ; on entrevoyait des promesses qui ne se réalisèrent point, car la mort l'enleva avant qu'il eût fait une œuvre véritablement forte et digne de lui survivre. Outre les pièces précitées, on doit àTouroude un volume de mélanges intitulé Par ci, par là (1861, in-18); Homo, poésies (1863, in-12); les Ecrivains havrais, études biographiques et littéraires sur Bernardin de Saint- Pierre, Casimir Delavigne , etc. (1865, in-8<>); YEchafaud (1874, in-16).
TOCROÙKHA, rivière de la Russie d'Asie, gouvernement d'Iénisséisk. Elle coule du N. au S. et se jette dans l'Iénisséi, par la rive gauche, vers TourouShansk, après un cours d'environ 400 kilom. La Baîka supérieure et la Buïka inférieure sont ses principaux affluents.
TOUROUKHANSK, ville de la Russie d'Asie (Sibérie), gouvernement et à 850 kilom. N. d'Iénisséisk, sur la rive gauche de l'Iénisséi et à son confluent avec la Touroukha; par 65» 14'. de latit. N. et 86° 50' de longit. E.; 1 ,200 hab. Son commerce ne consiste que dans l'échange de diverses marchandises à l'usage des Toungouses et des Samoyèdes, qui les payent avec des pelleteries» En été, les environs sont, en quelque sorte, couverts d'oiseaux aquatiques. Fondée en 1622 sur l'emplacement de l'ancienne Mangaseia.
TOUROULÉAs. m. (tou-rou-lé-a). Bot. Syn.
de TOUROULIB.
TOUROULIE s. m. (tou-rou-ll). Bot. Genre d'arbres, rapporté avec doute à la famille des araliacées, et dont l'espèce type croît à la Guyane.
TOUROUTIER s. m. (tou-rou-tié). Bot. Nom vulgaire d'une espèce du genre sterculier, jjui croît à ta Guyane.
TOCROUVRK, bourg et commune de France (Orne), ch.-l. de can t., arrond. de Mortagne, au Si de la forêt du Perche, à 260 mètres d'altitude ; pop. aggl. , 550 hab. — pop. tôt., 1,828 hab. L'église renferme de curieux débris de vitraux peints. Aux environs du bourg se voient les vestiges d'un camp romain, le château de Bellegarde et la magnifique église d'Autheuil (monument historique), dont la partie la plus remarquable est la nef, que M. de La Sicotière décrit ainsi : « Elle est ornée , des deux côtés , d'arcades bouchées, réunies deux à deux. Les deux colonnes du milieu n'ont qu'un seul chapiteau et qu'une base. Au-dessus se trouvent des fenêtres romanes ornées de colonnes en retraite de chaque côté. Les chapiteaux qui décorent les arcades forment une galerie des plus curieuses et des plus complètes que l'on puisse vojr. Les grossières fantaisies que l'imagination des artistes du xi<* et du xn° siècle semait sur tous les édifices y fourmillent. Ici ce sont des animaux sans forme et sans nom; là un écureuil, plus loin un cheval; ailleurs un dragon fantastique, ou des tètes d'homme et de femme qui ne le sont pas moins; puis des entrelacs, des feuillages et des fleurs de toute sorte, i
TOUROVO, bourg de la Russie d'Europe, gouvernement de Minsk, à 115 kilom. O.-N.-O. de Mozir, au milieu de vastes marais, sur la rive droite du Pripet. Il était autrefois le ch.-l. d'une petite principauté et le siège d'un évêché suffragant de Kiev.
TOURPAN, ville du .Turkestan chinois. V.
TOURFAN.
TOURQUENNOIS, OISE s. et adj. (tourkè-nois, oi-ze). Géogr. Habitant de Tourcoing; qui appartient U cette ville ou à ses habitants : Les Tourquenjjois. La population tourquennoisb. il On dit aussi tocrquannois.
TOURRACHE s. m. (tou-ra-che).Econ. rur.
Variété de bœufs élevés en Franche-Comté. • TOURltElL (Jacques de), littérateur fran-
TOUR
çais, né à Toulouse en 1656, mort k Paris en 1715. Il vint étudier le droit à Paris, où il s'adonna bientôt à son goût pour les lettres. Deux prix d'éloquence, qu'il remporta à l'Académie française en 1681 et 1683, commencèrent à le faire connaître. Il se mit ensuite à traduire les œuvres de Démosthène, et, bien que ces traductions fussent des plus défectueuses, elles lui ouvrirent les portes de l'Académie des inscriptions (1691) et de l'Académie française (1692). Tourreil travailla au Dictionnaire de l'Académie, en présenta au roi la première édition, composa, à ce sujet, trente-deux compliments et écrivit une epître dédicatoire à laquelle on préféra celle da Perrault. C'était un homme d'un caractère vif et brusque jusqu'à la grossièreté, ce qui lui fit beaucoup d'ennemis. Ses écrits sont loin de justifier le mot de Buffon : « Le style, c'est l'homme, t Ils sont ornés à l'excès, pleins de recherche et de vigueur affectée , ce qui faisait dire à Racine, à propos de ses traductions : « Le bourreau I il fera tant qu'il donnera de l'esprit à Démosthène. » On lui doit : la Première Philippique, les Trois Olynthiennes et la Harangue sur la paix (Paris, 1691, in-s») ; Philippiques, les Discours sur la paix (Paris, 1701). Ces traductions, revues par l'auteur et augmentées des Discours de Démosthène Pour la couronne et du Discours d'Eschine contre Ctésiphon, ont été rééditées à Paris (1721, 2 vol. in-4«). Tourreil a publié, en outre, des Essais de jurisprudence (Paris, 1694). On lui attribue; Réflexions sur les cultes et les superstitions chinoises (Amsterdam, 1770, in- 12).— Son frère, Amable de Tourreil, fut emprisonné k Rome par ordre de l'inquisition et mourut quatre ans plus tard dans un cachot du château Saint-Ange en 1719. Il passe pour l'auteur d'un ouvrage intitulé l'Innocence opprimée par la calomnie ou Histoire de la congrégation des filles de Jésus (Toulouse, 1688, in-12), qu'on a attribué à Arnauld et & Quesnel.
TOURRET (Charles-Gilbert), homme politique français, né à Montmarault en 1795, mort en 1857. Elève de l'Ecole polytechnique (1814), il entra dans les ponts et chaussées et devint ingénieur. Ayant donné sa démission, il s'occupa d'agriculture et fut élu, en 1837, député d'un collège électoral de l'Allier. Tourret siégea dans les rangs de l'opposition et se retira en 1842, pour que le général Courtais arrivât à la députation. Cette même année, il devint membre du conseil général d'agriculture. Après la révolution du 24 février 184S, le gouvernement provisoire le nomma commissaire dans l'Allier; mais peu après il donna sa démssion et fut élu, dans ce département, représentant du peuple à la Constituante. Tourret siégea parmi les républicains modérés et se prononça pour une chambre unique. Le général Cavaignac, devenu chef du pouvoir exécutif, le nomma ministre de l'agriculture. Il présenta alors un projet de loi sur l'enseignement professionnel, comprenant trois degrés ; la ferme école, l'école régionale et l'institut agronomique, puis institua une commission annuelle chargée de reviser les valeurs et les échunges. Le 20 décembre 1848, il se démit de son portefeuille, " en même temps que Cavaignac descendait du pouvoir, rentra dans l'opposition sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte et vota contre la proposition Râteau et contre l'expédition de Rome. Lors des élections pour l'Assemblée législative, Tourret refusa de poser sa candidature et vécut dans la retraite jusqu'à sa mort.
TOURRET (Auguste-Félix), officier français, né vers 1822. Elève de l'Ecole polytechnique, il entra dans l'arme du génie, devint chef de bataillon en 1865 et fut alors nommé chef du contentieux au ministère de la guerre. En septembre 1870, il suivit à Tours la délégation du gouvernement de la Défense nationale et rendit d'importants, services. A cette époque, il publia un plan de défense fort remarquable et fut nommé lieutenantcolonel. Le 22 juillet 1872, il a été élu conseiller d'Etat pur l'Assemblée nationale.
TOURRÉTIE s. f. (tou-ré-sî — de La Tourrette, botan. fr.). Bot. Genre de plantes , de la famille des bignoniacées, type de la tribu des tourrétiées , dont l'espèce unique croit au Pérou.
TOURRÉTIE, ÉË adj, (tou-ré-si-é — rad.
tourrétie). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tourrétie.
— s. f. pi. Tribu de la famille des bignoniacées, ayant pour type le genre tourrétie.
TOHRRETTEs.f. (tou-rè-te). Bot. Genre do plantes, de la famille des mousses, il Nom vulgaire du genre turritis, de la famille des crucifères.
TOtJRRETTE (Marc-Antoine-Louis Clarkt de La) , naturaliste français, né à Lyon eu 1729, mort dans la même ville en 1793. Pendant vingt ans, il remplit des fonctions dans la magistrature, puis iLs'adonna entièrement à son goût pour l'histoire naturelle, réunit une belle collection d'insectes, un riche herbier, une nombreuse suite d'échantillons de minerais de diverses parties de Ja France, et recueillit, soit dans un parc, soit dans un jardin qu'il avait à Lyon, un grand nombre da plantes rares ou exotiques. La Tourrette entretint une correspondance suivie avec Linné, Jussieu, Adaneon , Haller et les plus ce-
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lèbres naturalistes de son temps. Il était trèslié avec J.-J. Rousseau, avec qui il lui arriva souvent d'herboriser. Pour satisfaire sa passion scientifique et enrichir ses collections, il voyagea pendant plusieurs années en Italie et en Sicile. Nous citerons de lui : Démonstrations élémentaires de botanique ( 1766 , 2 vol; in-8°), en collaboration avec Rozier; Voyage au mont Pilate (1770, in-8»); Chloris lugdunensis (1785, in-8°) et divers mémoires dans le Journal de physique, le Journal économique, le Dictionnaire des fossiles de Bertrand.
TOURS, ville de France (Indre-et-Loire), ancienne capitale des Turones, appelée sous lu domination romaine Cxsarodunum, ch.-l. de préfecture, a 235 kilom, de Paris par le chemin de fer de Paris à Bordeaux, sur la rive gauche de la Loire, entre ce fleuve et le Cher, à 55m,50 au-dessus du niveau de la mer; pop. agg!., 38,511 hab. — pop. tôt., 43,368 hab. Chet'-lieu d'un des grands commandements militaires; siège d'un archevêché, dont les évêchés suffragants sont : Le Mans, Angers, Nantes, Rennes, Laval, Quimper, Vannes et Saint-Brieuc. Cour d'assises; tribunaux de lrp instance et de commerce; école préparatoire de médecine et de pharmacie; lycée; sociétés d'agriculture, sciences, arts et belleslettres, d'archéologie et de médecine ; musée et bibliothèque (v. ci-dessous). L'arrondissement comprend : 11 cantons , 126 communes et 163,158 hab.
Tours possède des fabriques d'étoffes de soie pour meubles (soies brochées et gros de Tours), de passementeries , de rubans , de draps, de serges, d'amidon; des lavoirs pour les laines, des tanneries. Il s'y fait un commerce considérable de soies, de vins, de grains, d'eau-de-vie , de fruits secs. Ses pruneaux jouissent d'une réputation européenne; ses rillettes sont très-estimées. L'établissement industriel le plus imponant de Tours est l'imprimerie-librairie Maine, fondée au commencement de ce siècle. Cette maison fait û'im-. menses affaires. C'est elle qui inonde la France et même l'étranger de ces publications rédigées ou revues dans un esprit clérical et que l'on voit toujours munies de l'approbatiun de l'archevêque de Tours.
Signalons aussi la manufacture de vitraux, peints de M. Léopold Lobin ; la manufacture de tapis de M. Rozé; la fabrique de poteries entaillées de M. Avisseau; une grande fabrique de fer-blanc, de zinc et de céruse, etc. La rue Royale, qui date de 1796, partage Tours en deux parties à peu près égales. Dans la partie qui s'étend à droite se trouvent la préfecture, la cathédrale, l'archevêché, la tour de Guise et le musée ; dans la partie qui s'étend à gauche sont le Palais de justice, la tour de Charlemagne, ta tour de l'Horloge, l'hôpital général, etc. Entre l'hôtel de ville et le musée s'élève, depuis 1852, la statue de Descartes, par M. de Nieuwerkerke; au-dessous de la statue sont gravés ces mots : Cogito, ergo sum. « Pour bien voir la ville, dit M. Joanne, il faut monter sur les tours de la cathédrale , ou aller se placer au milieu du pont de pierre qui unit les deux rives do la Loire. Ce pont, long de 434m, 18 entre les culées et large de I4m,60, se compose de quinze arches d'un diamètre de 24™, 49 et d'une épaisseur de 41^7. Commencé en 1765, il fui terminé en 1777, sous l'administration de AI. de Choiseul et sur les dessins de M. de Bayeux. Yu de ce pont, Tours se présente sous un de ses plus beaux aspects. On aperçoit, en effet, ses principaux monuments s'élevant au-dessus de la niasse compacte des maisons. A l'extrémité de la rue Royale , commence l'avenue de Qraiwnont, continuée par la route de Bordeaux, qui se prolonge en ligne, droite jusqu'aux coteaux boisés de la rive gauche du Cher. A droite et à gauche s'étendent les quais en partie plantés d'arbres. La Loire est parsemée d'Iles boisées qui contrastent agréablement avecson lit sou vent trop sablonneux. En amont, c'est l'Ile Aucard et l'Entrepont; en aval, l'île Simon. Que si l'on se tourne du côté opposé à la ville, on voit, au delà de la place de la Tranchée, s'élever de 57 à 97 mètres une belle route qui, parvenue au sommet du plateau, se bifurque pour conduire, sur la gauche, à Caen, sur la droite , à Paris. Les coteaux, dont le fleuve baigne la base, sont couverts de maisons, de villas, de châteaux, de jardins. Eu amont du pont s'étend le beau faubourg de Saiut-Symphorieii. En aval, le couvent et l'église de la Présentation attirent surtout les regards. Plus loin, Saint-Cyr, adossé au rocher, étale ses maisons et ses jardins étages. Plus bas encore , à l'embouchure de la Choisille, au pied d'une éminence appelée le Camp de César, le chemin de fer du Mans traverse la Loire sur un beau pont en pierre de quinze arches de 24 mètres a'ouverture et d'une grande légèreté. » Les promenades principales de Tours sont : le Mail, ancien rempart planté d'arbres, de plus de S kilomètres de longueur ; l'avenue du Champ-de-Mars, quelques places plantées d'arbres et surtout les bords de la Loire, qui abondent en sites pittoresques.
Les monuments de Tours qui méritent une description particulière sont les suivants :
L'ancienne église Saint-Martin et sa collégiale. La possession du tombeau de saint Martin entoura longtemps cette basilique d'une sorte de prestige; les peuples, les rois, les princes, les seigneurs, les papes, les pa-
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triarches, les évêquss et les abbés s'y rendaient en foule. Huit fois détruite par le feu, de 469 à 1203, elle fut huit fois reconstruite par la piété des fidèles. Son trésorier Hervé, notamment, la releva de ses deniers, ou, pour être plus exact, de ceux des fidèles, après l'incendie de 994, et le nouvel édifice surpassa en beauté et en grandeur les trois églises qui avaient reçu successivement la châsse du saint. Les deux tours qui sont connues .sous les noms de tour Charlemagne et de tour de l'Horloge, séparées aujourd'hui par la rue Saint- Martin, sont ce qui reste de ce magnifique monument. A l'origine, Saint-Martin formait une abbaye puissante, jouissant de nombreux privilèges. Deux cents moines la desservaient, se relayant d'heure en heure au nombre.de vingt pour chanter l'office qui, de cette manière, ne subissait jamais d'interruption. Leur influence et leur crédit, aussi bien que leurs richesses, s'accrurent avec une rapidité qui, même à cette époque de foi, tenait du miracle ; ils comptèrent a un moment vingtdeux églises sous leur dépendance. En outre, ils étaient régis par un évêque spécial dont l'élection leur appartenait et ne devaient aucun compta de leurs revenus à l'autorité archiépiscopale de Tours. Cette prospérité toujours croissante? ces privilèges qui mettaient les moines de Saint-Martin à l'abri de toute censure ne tardèrent pas à produire dans l'abbaye des habitudes de luxe et un relâchement de mœurs inévitables. Charles le Chauve fixa à deuxeents le nombre d'abord illimité des chanoines; ce nombre descendit plus lard à cent cinquante, puis à cinquante en 1237. Mais si le nombre des chanoines diminuait, il s'en fallait de beaucoup qu'il en fût de même du trésor de la basilique, que tous les rois de France prirent sans cesse à tâche d'enrichir jusqu'à la fin du xve siècle.
François 1er enleva et envoya k la fonderie une grille d'argent, donnée par Louis XI, pour subvenir aux frais de la guerre d'Italie. Les guerres de religion achevèrent la ruine du trésor ; les perles, les diamants; toutes les richesses que tira du trésor de Saint-Martin l'armée de Coudé, en 1561, produisirent 1,092 marcs d'argent et 113 marcs d'or. Le chapitre survécut cependant à cette ruine; car lorsque la Révolution en amena la suppression définitive, il comptait encore plus de 51 canonicats, 28 chanoines honoraires, 14 ecclésiastiques et 14 laïques, il dignitaires et 15 prévôts. Aujourd'hui, quelques fragments plus ou moins authentiques des reliques de saint Martin sont conservés dans l'église métropolitaine, dernier souvenir d'une des plus grandes et des plus illustres fondations religieuses du monde chrétien.
Cathédrale. La première chapelle affectée par les Tourangeaux au culte chrétien se composait d'une crypte creusée par saint Gatien, premier apôtre de la contrée, et sur l'emplacement de laquelle s'éleva plus tard le monastère de Marmoutier. Plus tard, saint Lidoire bâtit une église dans la cité même. Cette église, consacrée par saint Martin sous le vocable de saint Maurice et de ses compagnons, détruite en 559, ne se releva de ses ruines qu'en 573. Le nouvel édifice, somptueux relativement au temps de barbarie où il avait été construit, ne subsista que jusqu'en 1166, époque où il devint pour la seconde fois la proie des flammes. L'archevêque Joscion" entreprit sa reconstruction; la première pierre de ce monument, encore debout aujourd'hui, fut posée en U70 ; mais les travaux, d'abord poussés avec activité, se ralentirent bientôt au point qu'en 1547 ils n'étaient pas encore achevés. Le chœur, les transsepts, les quinze chapelles du rondpoint et une partie de la nef furent édiriés dans la première moitié du xme siècle. En 1426, les deux tours s'élevaiani à 30 mètres au-dessus du sol; elles furent terminées l'une en 1507 et l'autre en 1547, La grande nef avec ses collatéraux et ses nombreuses chapelles date du xve siècle. La façade de la cathédrale de Tours présente des caractères d'unité et d'harmonie unis à une grande richesse; une description écrite ne donnerait aucune idée de la profusion de fleurs, de guirlandes, de couronnes, de rosaces, de dais, de pinacles, en un mot de toute cette dentelle de pierre qui fait de ce morceau d'architecture un véritable objet d'orfèvrerie. On sait l'exclamation de Henri IV à la vue des tours, terminées tout récemment : • Ventre-saint-gris 1 voilà deux beaux bijoux; il n'y manque plus que les étuis! » Elles sont d'une hauteur à peu près égale, 70 mètres pour celle du nord, 69 mètres pour celle du sud. Le portail central (xve et xvie siècle) a été, au début de ce siècle, restauré et orné de 36 statuettes par M. Toussaint. Il est surmonté d'une grande rose (xve siècle). L'abside mérite aussi une mention spéciale; elle s'élève au milieu d'arcs-boutants, de contre-forts et de clochetons et les domine à une grande hauteur. Les dimensions intérieures de l'édifice sont 97 mètres de longueur, 46 mètres de largeur dans les transsepts, 22 mètres dans la nef et les latéraux, 29 mètres de hauteur dans la nef et 11 mètres dans les latéraux. Le plan affecte la forme d'une croix latine. «Si cette église, dit l'auteur delà France monumentale, ne peut être mise en parallèle avec nos grandes basiliques pour les dimensions, elle soutient avantageusement la comparaison au point de vue de la grâce, de la
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légèreté et de l'élégance de toutes ses parties. Rien déplus gracieux et de plus majestueux à la fois que le choeur et l'abside. Les colonnes groupées présentent des chapiteaux feuillus d'une extrême élégance; les fines colonnettesqui s'élancent jusqu'aux nervures de la voûte ont des proportions aériennes. Les galeries à jour, composées de trèfles et de quatrefeuilles, produisent un effet admirable; mais ce qui captive surtout l'attention, ce sont les chapelles absidiales rayonnant autour du sanctuaire et les deux magnifiques rosaces qui brillent aux extrémités des transsepts, et dont les vives couleurs font un effet admirable en répandant un jour coloré et mystérieux dans l'intérieur du temple... La grande nef présente des colonnes contournées en croix autour'd'un pilier cylindrique. Leurs chapiteaux sont feuillus, mais d'un genre différent de ceux du chœur. Les galeries, divisées par des meneaux, présentent d'innombrables compartiments, ainsi que les formes les plus capricieuses, caractère propre du style flam- - boyant. » Quant aux vitraux , admirables écliantillonsde l'art du xme, du xiv», du xv» et du xvi« siècle, conservés presque intacts jusqu'à nos jours, ils forment un des principaux ornements de la basilique; nous mentionnerons spécialement les verrières du chœur, notamment celles de la chapelle de la Vierge, provenant de l'église Saint-Julien. La cathédrale de Tours contient le tombeau en marbre blanc de deux enfants de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, morts en 1495 et 1496, œuvre des frères Lejuste. Elle possède quelques peintures murales et un tableau de l'é-
; cole espagnole représentant le Prophète Jérémie.
I Les cloîtres (xve siècle), attenant à la cathédrale, présentent de délicates sculptures et un escalier en spirale d'un beau travail conduisant à la galerie. On y remarque aussi la partie occupée actuellement par la psallette métropolitaine et qui appartient au style de la Renaissance.
Eglise abbatiale de Saint -Julien. Cette église, fondée par Clovis en 509, souvent reconstruite depuis cette époque, fut vendue pendant la Révolution et affectée longtemps a des usages industriels. Rendue au culte de-
Imis un petit nombre d'années et restaurée labilement par M. Guérin, elle a été classée au nombre des monuments historiques. La tour appartient au XIe siècle, ainsi que quelques parties septentrionales, et le reste de I édifice au xme. Saint-Julien se distingue principalement par la beauté des proportions et la pureté du style; il possède de curieux restes de peintures murales, de bons vitraux modernes et un tableau de Wachsinuth, représentant Louis XI aux pieds de saint François de Paule, C'est dans cette église que Henri III ouvrit, en 1580, le parlement convoqué à Tours pendant les troubles de la Ligue.
Eglise Notre-Dame-la- Riche. Le nom primitif de cette église, rebâtie en partie en 1562, était Notre-Dame-la-Pauvre. Elle offre un mélange à la fois bizarre et intéressant de constructions élevées du xiie au xvie siècle. Ses voûtes, d'une forme imposante, et de belles verrières Renaissance attribuées à Robert Vinaigrier, la recommandent surtout aux archéologues.
Ancienne église Saint-Clément. Bien que classée au nombre des monuments historiques, elle sert aujourd'hui de halle au blé. On y remarque les sculptures du portail nord, les clefs de voûte, dans le style du xve siècle, et une tribune Renaissance.
L'église Saint-Symphorien, dont l'abside et le chœur datent du xn° siècle, présente également un portail de 1567.
Les autres monuments religieux intéressants au point de vue archéologique sont : Saint- Saturnin, bâti en 1473; l'église des Jacobins (xme siècle), aujourd'hui convertie en magasin à fourrage; Saint-Pierre-des-Corps (xvjb siècle) ; l'église des Minimes, devenue la chapelle du lycée et qui contient de pré- . cieuses boiseries (xvn« siècle); Saint-François-de-Paule, bâtie par les jésuites en 16*5, un des plus curieux spécimens de. l'architecture de l'époque; enfin, Sainte-Croix, Saint- Pierre-le-Puellier et Saint-Eloi, vieux édifices à demi ruinés, mais qui présentent encore des restes précieux du xno et du xme siècle.
Tours possède également quelques édifices civils remarquables. Les principaux sont : la maison de Tristan l'Heriuite, curieuse construction dont quelques écrivains contestent la destination originaire; c'est un édifice en brique et pierre, avec donjon. Aux coins des fenêtres du second étage, on lit cette inscription : Assez aurons et peu vivrons, et cette autre, fréquemment répelée en d'autres places : Priez Dieu pour moi. Suivant M. Massé, de Tours, inspecteur des monuments d'Indreet-Loire et qui a essayé de justifier dans le Bulletin monumental la possession de cette maison par le terrible grand prévôt de Louis XI, ces inscriptions paraissent convenables k la demeure d'un exécuteur des hautes œuvres. Les figures d'archers sculptées dans l'escalier, la construction de cet escalier appliqué a une double muraille concentrique garnie de petites ouvertures donnant jour sur l'escalier, les crochets énormes dont les caves son,t garnies, l'existence de l'espèce de donjon annexé à cette maison et qui, surpassant en hauteur tous les édifices voisins,
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a pu permettre d'établir des communications par signaux avec le château de Plessis-lez- Tours, qui n'en est éloigné que de 1 kilomètre au plus; enfin, la brique employée dans cette maison, tout semble attester sa eontemporanéité avec celle du l-'lessis. La hauteur du donjon qui s'élève dans la cour est de 24 mètres.
Archevêché. Fondé au ive siècle par saint Lidoire, sur l'ancien rempart gallo-romain, et habité par saint Martin et saint Grégoire, cet édifice a subi successivement, au xve, au xvus et au xvm« siècle, des restaurations et augmentations considérables. Son portail à colonnes d'ordre ionique est orné de deux statues : la Religion et ilfoïse tenant les tables de la Loi.
Bétel de ville. Construit dans le style du xvnio siècle (1777-1786), cet édifice offre au premier étage un remarquable bas-relief représentant la Loire et le Cher, Les figures en haut relief du Commerce et de l'Industrie sont sculptées sur le fronton.
Parmi les autres monuments civils offrant quelque intérêt, nous citerons une grosse tour ronde du xne ou xme siècle, dernier débris de l'ancien château de Tours; elle est connue sous le nom de tour de Guise, parce qu'elle servit, selon la tradition, de prison au duc de Joinville, fils de Henri de Guise le Ba^ lafré, après l'assassinat de Blois, et s'élève aujourd hui au milieu de la caserne de cavalerie; une fontaine monumentale, place du Grand-Marché, due à Michel Colomb, • tailleur d'images du roi ■ et Tourangeau, et exécutée en 1510; elle se compose d'une pyramide en marbre de Carrare, haute de 5 mètres, et d'une vasque en pierre noire de Vol vie, mesurant S'i'.SO de diamètre sur 0™,80 de hauteur. On voit sur le monument les armoiries de Jacques de Beaune, seigneur de Samblançay, qui en provoqua l'érection, et «elles de Louis XII, d'Anne de Bretagne et de la ville de Tours ; l'hôtel Gouin, récemment restauré, construit en 1440 par Jean Xuincoings, contrôleur des finances sous Charles VII; une jolie maison du xil» siècle, rue Briçonnet; l'hôtel de Jehan Gallan, argentier de Louis XI; les restes de l'hôtel de Boucicaut ; une curieuse maison en bois sculpté (xtve siècle) et les ruines de l'ancien hôtel de la Crouzille , où quelques historiens font naître MU» de La Valhère.
Le palais de justice est un assez beau monument moderne construit en 1840 ; il comprend la gendarmerie et le pénitencier et occupe un emplacement de 1,650 mètres carrés. Conçu dans le style dorique, il se compose d'un péristyle orné de huit colonnes et de deux ailes en uvant-corps. La salle des pas-perdus s'ouvre sur le péristyle et mesure 29 mètres de longueur, 18'n,60 (Je largeur et 16 mètres de hauteur. La gendarmerie communique à la fois avec le palais et avec le pénitencier qui, construit en forme de T, renferme 118 cellules.
Le palais du commerce, la caisse d'épargne, la préfecture, ornée d'une grille de ter provenant de l'abbaye royale de Beaumout-iez- Tours, l'hospice général, le lycée et le pgtit séminaire sont des édifices également modernes ou entièrement transformés et qui ne méritent qu'une mention.
Bibliothèque. La bibliothèque, installée à la préfecture, renferme plus de 50,000 volumes et environ 1,200 manuscrits, parmi lesquels on signale : un Evangile sur vélin, en lettres oaciaies d'or, du xme siècle, sur lequel juraient les rois de France comme abbés et chanoines honoraires de Saint-Martin ; les Meures de Charles V, sur vélin, ornées de belles enluminures; les Heures d'Anne de Bretagne, le Formulaire du pape Benoit XII, un Térence, avec les personnages de chaque pièce, etc. • Les incunables, dit le Guide de ta Loire et du Centre, sont au nombre de plus de 400, parmi lesquels on remarque : la Bible de Alayence (1462); la Cité de Dieu oe saint Augustin (Abbeville, i486); le Rationale de Durand (Paris, 1475) ; les Décrétâtes de Bon'il'ace VI; les Constitutions de Clément V (1467); Théocrite (Venise, Aide Manuce , 1495); le Spéculum de Vincent de Beauvais (Strasbourg, 1478); le Liber enrouicurum, avec ligures enluminées (Nuremberg, 1491); les fleures ii l'usage d'Angers (1496); le Grand Roéce de consolation (Paris, 1494) ; Boccace (Paris, 1483), etc.
» Enl85S,la bibliothèque s'est enrichie d'un legs de M. Salmon, archiviste honoraire de la ville de Tours, comprenant un millier de volumes imprimes, dont plusieurs éditions ires-rares, et plus de 23,000 pièces manuscrites, relatives a l'nistoire civile, ecclésiastique et artistique de la Touraine. En 1862, M"1® Lambrou ce Lignitn a fait don à la villd de la bibliothèque de feu son mari, 2,000 volumes environ, imprimés et manuscrits, relatifs pour la plupart à la science héraldique et à l'histoire de la noblesse. Enfin, une importante collection d'ouvrages relatifs à l'histoire naturelle, et en particulier à l'ornithologie, a été récemment donnée à la bibliothèque de Tours par un anonyme. »
Le musée de peinture, qui fait pendant à l'hôtel de ville et dont le bas-relief représente ['Architecture et l'Astronomie, renferme plus de 300 tableaux, parmi lesquels M. Adolphe Joanne signale les suivants à l'attention des visiteurs : « Boucher, Apollon visitant Latone, Sylvia fuyant un loup qu'elle vient de blesser, Aminte et Sylvia; bvu Bouilongne, le 2'iiorn-
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pke (HAmphitrite,' la Vache lo, 1 Enlèvement de Proserpine, Galatée sur les eaux; Louis Boullongim, la Chasse de Diane, le Repos de Diane, la Poésie, \ Architecture; Busson, Un gué à Montoire (Loir-et-Cher) ; Cathelineau, Portrait, Etudes, Un concert; Collin, Bacchus confié aux nymphes de Naxos; Michel Corneille, Hercule enlevant Lychas pour le ieter dans la mer; Coypel (Antoine), la Colère d'Achille, les Adieux d' Hector et d'Andromaque; Eugène Delacroix , Musiciens arabes ; Dumont le Romain , Hercule et Omphale ; Edouard Ender, Antiquités (1S49); le comte de Forbin, Ruines de la haute Egypte pendant l'inondation du Nil, Ruines de Palmyre ; Fragonard, Serment d'amour; Français, Sous les saules; Giraud (Charles), Souvenir d'atelier; Giraud ( Pierre- Eugène ) , Femmes d'Alger; Lionel, Paysages; Jouvenet, le Centemer aux pieds de Jésus; Le Brun, Louis XIII; Lesueur, Saint Sébastien, Saint Louis pansant des malades ; Murot, les Fruits de la paix (1667-1719); Moimoyer (J.-B.), Groupe de fleurs ; Nattier, Persée tenant la tête de Méduse; Parroeel, Bataille et Fête vénitienne; Pernot, Vue de Plessis-lez-Totirs en 1450(1850); Nicolas Poussin, Triomphe de Silène; Bertout (Jean-Bernard), Jupiter et Mercure chez Philémon et Baucis; Rigaud (Hyacinthe), Portrait de Louis XIV; Robert (Hubert), Une cascade sous un pont ; Joseph Veniet, Une marine; Wild (William), Une régate à Venise, au xvie siècle; Philippe de Chumpaigne, le Bon pasteur, Saint Zosime et sainte Marie l'Egyptienne ; David de Heem, Sainte Famille; Jean Holbein, Portrait d'homme; P. Rubens, la Victoire couronnant Mars, Moretus, gendre de l'imprimeur François Plantin, et sa femme devant la sainte Vierge; Ruisdael (Jacques), Paysage; Van der Meulen, Louis XIV dans la forêt de Vincennes, Prise d'Orsoy ; Bellini (Giovanni), la Vierge, l'Enfant Jésus, saint Jean-Baptiste et saint Jérôme; Canaletti, Vue de Venise; Louis Carrache, Saint François en méditation, Saint François en extase; Cerqiiozzi (Michel- Ange des' Batailles), "Nature morte; Giorgio (Eusebio da San-), Sainte Famille; le Guerchin, Céphale et Procris, Mort de Cléopdtre, Est/ier et Assuérus, Agar dans le désert ; Léonard de Vinci, Tête de femme représentant la Joconde; Locatelli, Paysage ; Mantegna, Jésus au jardin des Oliviers, la Résurrection du Christ; le Pinturicchio, Un guerrier; Salvator Rosa, Une rencontre de cavalerie; le Tiritoret, Judith entrant dans la tente d'Holopherne; le Titien, Son portrait, Portrait d'Alphonse d'Avallos, marquis du Guast ; Alexandre Véronèse, Mort de sainte Ursule (sur marbre) ; Daniel de Volterre , Descente de croix; Claude Lorrain, Son portrait ; des portraits de rois de France, curieux comme costumes : Charles V, Louis XI, François /", Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri I V, Louis XIII. Au dessous d'un portrait de Louis XIV, par Rigaud, se lit cette inscription :
Il appelait Racine son ami Et déjeunait avec Molière. ■
la Passion, petit tableau (auteur inconnu) mal exposé et mal éclairé, remarquable par la composition , la couleur et les physionomies expressiveset variées de ses nombreuses figurines; une belle Descente de cro/œ; Berchére, Un paysage; Valentin, Une querelle de soldats; Thirion, Saint Servin, martyr.
» A côté de l'escalier se voient quelques antiquités provenant de Saint - Gatien. Le inusée renferme, en outre, des plâtres moulés sur l'antique et quelques marbres, parmi lesquels nous signalerons seulement un basrelief (no 299), représentant JLftae de Vermandois, ancienne abbesse de Beaumont- lez- Tours, en Madeleine. »
Le musée d'histoire naturelle et le musée d'antiquités renferment : l'un une belle collection de minéraux ; l'autre, un assez grand nombre d'antiquités celtiques, gallo-romaines et du moyen âge. Le jardin botanique a été créé en 18*3.
Tours renferme, en outre, quelques monuments antiques. Les récentes recherches de M. de Courtigis, puis celles de M. Graudmaison ont fait découvrir quelques débris curieux de l'enceinte gallo-romaine construite vers la fin du IV> siècle ou au commencement du ve siècle. Cette muraille ne dépassait pas l'espace étroit compris au nord et au sud entre la Loire et l'archevêché, et à l'est et à l'ouest entre la rue du Petit-Cupidon et la rue Saint-Maurice. Elle mesurait urfb largeur de 3 mètres et était flanquée de tours massives. La base, encore visible aujourd'hui, se compose de gros blocs de pierre en partie sculptés; on y -trouve entassés des monuments funéraires, des fragments de colonnes, des frises et des corniches. Quant aux murs eux-mêmes, ils sont bâtis en moellons noyés dans le mortier, et leur parement est formé de petites briques carrées, assises régulièrement et séparées en zones par plusieurs rangs de briques. Tours possédait aussi un amphithéâtre signalé en 1853 par M. de Courtigis et dont les dimensions (grand axe 135 met., petit axe 120 met.; arène, grand axe 68 met., petit axe 50 met.) sont supérieures à celles des arènea de Nîmes. Les restes de cet amphithéâtre, dont on fait remonter la fondation au ier siècle de l'ère chrétienne, sont couverts par les maisons de Ja ville primitive, derrière la cathédrale. La
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rue du Général - Meusnier suit l'hémicycle méridional de cet amphithéâtre ; la rue Creuse traverse l'arène.
Parmi les hommes éminents que Tours a produits, nous nommerons : dom Martin, dom Durand 'et dom Lopin, religieux de la congrégation de Saint-Maur; Palma-Cayet, Jacques Hardion, de l'Académie française et de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; La Sauvagère; l'abbé Paul Foucher, Etienne Pallu, sieur des Perriers, auteur des Coutumes de Touraine ; Julien Brodeau, auteur du Commentaire sur la Commune de Paris ; le théologien Bérenger, précurseur de Luther au moyen âge; le prédicateur Antoine Bienvenu; trois typographes fameux : Nicolas Jansoii , Christophe Plantin et Guillaume Rouillé; le surintendant des finances Jean de Beaune, baron de Semblançay; Pierre Landais, ministre de François II , due de Brelagne ; les deux Briçonnet, ambassadeurs • et ministres sous Louis XII et François Ier: l'administrateur Louis Graslin; les deux Boucicaut , maréchaux de France ; Guillaume Tardif, lecteur de Charles VIII ; Jean Babougrand, maître de l'artillerie ; le chef d'escadron de Pointis (1625) et le vice-amiral Razilly (1645); les peintres François Clouet, Robert Vinaigrier, Jacob Bunel, Jean FouquetetJean Poyet (xve et xvie siècle) ; le graveur Abraham Bosse, les sculpteurs Lejuste, les Gabriel, architectes distingués du xvno et du xvhib siècle ; les postes Grécourt, Destouches et René Rapin; le général de division Meusnier de La Place, le maréchal de camp Pillet, le chirurgien Heurteloup, le littérateur Bouiliy ; Chalmel, membre du conseil des Cinq-Cents , puis de la Chambre des députés, etc.
— Histoire. Le nom primitif de Tours, ancienne ville gauloise, est inconnu. Jules César parle, en plusieurs endroits de ses Commentaires, des Turones, mais ne nomme pas leur ville capitale. A l'approche du conquérant, les habitants la détruisirent en partie et allèrent se réfugier sur les collines qui bordent la rive gauche de la Loire. César ne se découragea pas et, posant son camp à l'endroit abandonné, il le fortifia par des retranchements et un fossé. Cette première colonie fut détruite lors du soulèvement de Veroingétorix; mais, bientôt rétablie par les Romains, elle devint une véritable ville ou métropole qui reçut le nom du CsBsarodunum. Sous les empereurs, elle jouit du titre de ville libre , titre qui lui fut confirmé par Adrien lors de son voyage dans les Gaules. Elle s'accrut rapidement et posséda de bonne heure un temple, un palais, une bourse de commerce, des écoles publiques, une académie, un amphithéâtre et des thermes. Csssarodunum avait, en outre, un sénat, composé de decuriones et présidé par un princeps senatus. Le christianisme pénétra à Tours dès 251, époque où saint Gatien, qui avait reçu du pape Fabien cette mission spéciale, en devint le premier évêque. Saint Gatien eut pour successeur saint Lidoire (254), et, en 374, le célèbre saint Marvin de Tours s'installait sur le siège épiscopnl, devenu l'un des premiers des Gaules. A sa mort, survenue en 400, ses disciples formèrent une confrérie, origine du fameux chapitre de Saint- Murtin, dont le roi de France devint le premier dignitaire.
Au v* siècle , les Wisigoths, ayant envahi la Touraine, commençaient déjà le blocus de la place, quand elle l'ut délivrée par Majorien (428). L'ennemi, néanmoins, ne cessa de la harceler jusqu'au jour où Clovis, l'ayant vaincu définitivement à la bataille de Voclade, le peuple de Tours, en témoignage de reconnaissance , accepta Clovis non-seulement comme souverain, mais comme soutien et vengeur de sa foi religieuse. C'est à Tours même que le roi franc rendit grâces à Dieu, dans l'église de Saint-Martin, et qu'il reçut les ambassadeurs d'Anastase, empereur d Orient. A sa mort, en 511, la reine Clotilde se relira dans la même ville; elle y mourut en 534. A cette époque, Tours jouissait exceptionnellement de libertés et de droits que le roi s'engiigeait k respecter, dernier vestige de ses anciens privilèges de viile libre pendant le déclin de l'empire romain. En 572, le célèbre Grégoire, l'auteur de la précieuse chronique dont Augustin Thierry a tiré un si grand parti dans ses Récits mérovingiens , s'assit sur le siège épiscopal. Peu de temps avant son avènement, Clovis, fils de Chilpéric, roi de Soissons, ayant, par ordre de son père, envahi la Touraine, qui était échue en partage à Sigebert, roi de Metz, Tours fut obligé d'ouvrir ses portes au jeune prince ; Sigebert, grâce à l'alliance du roi de Bourgogne, parvint néanmoins à rentrer en possession de sa ville. L'assassinat du roi de Metz par les sicaires de Frédégonde permit à (Jhilpéric d'y faire revenir ses troupes (575) sous les ordres de son fils Mérowig. On sait la romanesque histoire et la fin tragique de ce jeune prince, en butte à la haine de la terrible maîtresse du roi de Soissons. Sommé de chasser de la basilique, où il s'était réfugié, Mérowig révolté contre son père, il résista opiniâtrement, bravant hardiment les conséquences de son refus généreux.
En 768, le roi Pépin, dangereusement malade, se lit transporter à Tours, dans l'espoir d'obtenir sa guérison, au tombeau de saint Martin. En 800, Chftrlemagne, qui venait de
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prendre le titre d'empereur, réunit à Tours ses principaux feudataires et y fit le partage anticipé de ses Etats entre ses fils Charles, Pépin et Louis. Pendant son séjour dans cette ville, l'impératrice Luitgarde, sa femme, y tomba malade et y mourut. Louis le Déooriuaire, comme ses prédécesseurs, ne négligea rien pour s'attacher lu capitale de la Touraine : c'est à lui que Tours dut la construction de la première levée de la Loire. Le roi d'Aquitaine, Pépin, fut chargé d'activer les travaux d'endiguement et abandonna ce soin à Robert, comte de Tours. En 838, les Normands, ayant remonté la Loire, se dirigèrent sur la ville; le3 habitants se retranchèrent alors derrière leurs murailles et purent vigoureusement recevoir l'ennemi , qui, fatigué des longueurs d'un siège sans résultat, se décida à battre en retraite. Les Tourangeaux sortirent aussitôt, se mirent k la poursuite des Normands et leur tuèrent G,000 hommes. La redoutable invasion repurut en 853 et fut de nouveau repoussée ; mais les barbares tentèrent, à la fin do la même année, une troisième attaque, qui, cette fois, eut des suites désastreuses. Les Tourangeaux, démoralisés à la nouvelle du nombre de leurs ennemis, abandonnèrent leur ville, qui fut saccagée et livrée aux flammes. Ils avaient pris soin, au préalable, de mettre eh sûreté les reliques et le trésor de Saint- Martin. Charles le Chauve, pour mettre fin aux ravages des Normands en Touraine, confia le gouvernement de cette province à Robert le Fort, duc de France et comte de Blois, qui parvint, en peu d'années, k les refouler.hors de son gouvernement. A sa mort, ils n'en reparurent pas moins sur les bords de la Loire. Louis le Bègue marchait à leur rencontre (878), quand la mort le surprit; mais ce ne fut qu un retard, et les barbares, écrasés par l'armée franco-bretonne aux environs de Candes et de Montsoreau, abandonnèrent définitivement la Touraine l'année suivante.
L'année 887 fut signalée par une expédition des Tourangeaux contre l'évêque d'Auxerre, qui refusait de leur rendre le trésor et les reliques de saint Martin confiés à sa garde, expédition qui eut un plein succès, et, en 909, on commença la construction de la' nouvelle enceinte projetée par le comte Robert et dans laquelle on enferma le bourg de Châteauneuf, dont nous dirons un mot plus loin. Vers 988, Tours tomba aux mains de Foulques Néra, comte d'Anjou; expulsé une première fois de sa conquête, Foulques revint à la charge, bloqua la place qu'il enserra en quelque sorte dans un réseau de forteresses construites à la hâte, et Tours dut ouvrir ses portes aux Angevins (991-994). Cette possession ne devint cependant définitive qu'en 1043, après plusieurs péripéties qui firent passer la ville tantôt dans un parti tantôt dans l'autre.
En 1166, au cours de la guerre qui venait d'éclater entre ie roi de France, Louis le Jeune, et Henri II, roi d'Angleterre, qui possédait la Touraine en qualité de comte d Anjou, la cathédrale de Tours, où étaient conservées en dépôt les sommes envoyées par les paroisses pour venir en aide aux croisés, fut détruite par les flammes. La paix fut signée momentanément eu 1174, aux environs ue Tours ; mais quelques années plus tard, Philippe-Auguste envahit de nouveau la province et, malgré une crue subite de la Loire, emporta la place d'assaut le 3 juillet 1139. Devenu roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, dont la prise d'armes de Philippe- Auguste n'avait eu pour objet que de soutenir la révolte contre son père, prit la croix en même temps que son allié, en 1190, dans la cathédrale de Tours; c'est de là qu'ils partirent l'un pour Marseille, l'autre pour Cènes, Philippe-Auguste, de retour en France, traita avec le prince Jean, depuis Jean sans Terre, pour la cession de Tours et de quelques autres villes voisines ; mais Richard, rendu à ses Etats, marcha contre son ancien allié et reprit Tours. En 1202 , Jean sans Terre, après s'être assuré de la personne du son neveu, le jeune Arthur de Bretagne, entru dans la place sans coup férir. Philippe- Auguste accourut aussitôt et réussit à s'en faire ouvrir les portes; mais Jean sans Terre, forcé d'abord de battre en retraite, reparut avec des forces supérieures et reprit Tours, où il sema l'incendie et la ruine (1202). On sait que la félonie du roi d'Angleterre lui fit, au bout de deux ans, perdre toutes ses.possessious françaises; en 1204, le gouverneur de Tours, Guillaume de Baillé, remit la ville entre les mains de Philippe-Auguste k la première sommation, et la réunion définitive de la Touraiue à la France fut accomplie, après une séparation de 260 ans. Ces luttes continuelles du moyen âge n'avaient pas empêché la ville de prendre une extension considérable et son commerce de devenir prospère. Tours fut divisé longtemps en deux parties distinctes : l'ancienne ville , construite probablement sur le site de la capitale des ï'urons, du. C&sarodunum de Ptolémee, et la ville de Châteauueuf, sorte de colonie que l'affluence des pèlerins avait peu à peu groupée autour du tombeau de saint Martin et dont la basilique formait le centre. La cité proprement dite était défendue par une muraille flanquée de tours et de larges fosses , ou coulaient les eaux de la Loire. Châteauneuf était également fortifié. Tours
TOUR
posséda un hôtel des monnaies dès la première race. Charlemagne, en nommant le célèbre Ab-uin abbé de Saint-Martin, avait fait de Tours une des villes de France où les lettres commençaient à renaître avec le plus d'éclat (796). Dans les premières années du Xli< siècle, Châteauneuf, oubliant son origine religieuse, était devenu une riche cité civile. Ce fut aux efforts des bourgeois de cette ville que Tours fut redevable de ses premières franchises communales. So'us le nom de confrérie de Saint-Eloi, ils commencèrent, vers 1120, à s'assembler dans une chapelle de l'église de Saint-Martin pour délibérer sur les moyens d'assurer leur émancipation ; puis, s'érigeant en commune indépendante , ils confièrent à des magistrats nommés par voie d'élection l'administration de leurs affaires. Le chapitre de Saint-Martin, jaloux de ses prérogatives, annula les actes de la commune-, il s'ensuivit une lutte intestine des plus vives; menacée d'excommuuication par le saint-siége, dont le chapitre appela l'autorité à son aide, la confrérie de Saint - Eloi fut forcée de se dissoudre (1133); mais, en 1194, les bourgeois, persévérant , réussirent à se faire concéder par transaction le droit de s'imposer, de se clore et de se garder. Trente-six ans plus tard, ils enlevaient par un hardi coup de main le trésor du chapitre et arrachaient, moyennant sa restitution, ce droit de commune dont ils avaient été si longtemps privés. La commune de Tours subsista jusqu en 1305, époque où Philippe le Bel la supprima sous prétexte de désordres, fomentés en réalité par le chapitre, et les habitants de Châteauneuf vaincus durent, en outre, payer tant à l'autorité religieuse qu'au souverain une forte amende.
La tentative des bourgeois de Tours est d'autant plus glorieuse qu'il est peu de villes en France, au moyen âge, où l'Eglise ait été plus puissante. Dès 850, le siège en fut érigé en archevêché. Treize conciles s'y tinrent de 482 à 1583, dont quelques-uns furent présidés ■par des papes, entre autres, Urbain II et Alexandre III j celui de 1163 amena une telle afrtuence de hauts dignitaires de l'Eglise que la capitale de la Touraine en reçut le nom da seconde Rome. Du jour où la province fut réunie au domaine "de la couronne par Philippe-Auguste, l'histoire da Tours se fondit en grande partie dans les annules de la commune patrie. Cependant on peut encore noter quelques faits mémorables. Louis VIII et Philippe la Hurdi assemblèrent leurs années à Tours en 1223 et en 1265. Eu 1308, Philippe le Bel y réunit les états et en obtint la ratification de la condamnation des templiers. Quand vinrent les désastres de la guerre de Cent ans, les rives de la Loire furent le der- ■nier rempart de la monarchie et de la nationalité française. Charles VI, entré une première fois k Tours en 1391, dans tout l'éclat de la jeunesse et de la puissance, y revint fou et presque sans royaume, dix-sept ans plus tard (1408). Le dauphin Charles, duc de Touraine «t comte de Poitou, qui portait avec lui la fortune de la France, vint en 1417 prendre possession de la capitale de son duché et y fut reçu par une population patriotique et enthousiaste. C'est à Tours qu'il relégua sa mère, la trop célèbre Isubeau de Bavière, pour la punir de ses désordres; mais Isabeau intrigua avec le duc de Bourgogne, força les bourgeois k ouvrir^ leurs portes à Jean sans Peur, leur promit l'abolition de tous les impôts^ et le duc, moitié par persuasion, moitié par trahison, pénétra dans la place, où son premier soin fut de maintenir l'ancien ordre des choses et de bannir ou rançonner les citoyens qui avaient refusé de le recevoir. Charles VII, tout à ses plaisirs, voyait uvee indifférence les Anglais menacer d'une occupation imminente les derniers débris de son héritage. En vain Tours l'appela k son aide; abandonnée à ses propres forces, la ville fut réduite k acheter sa liberté momentanée moyennant la rançon énorme de 3,000 écus d'or. Enfin, Jeanne Darc apparut, et la Fiance fut sauvée. En 1435, le roi et les trois états réunis dans la cathédrale y ratifièrent le traité d'Arras.
En 1444, les députés de lu nation s'assemblèrent de nouveau a Tours pour donner leur avis sur les offres do paix fuites par le comte de Suffolk au nom de l'Angleterre ; on arrêta dans oeil» conférence les bases du mariage de Henri VI avec Marguerite d'Anjou. Ce fut encore à Tours qu'en 1454 Charles VII reçut le duc et la duchesse de Savoie et, en 1456, les ambassadeurs de Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême. Trois ans auparavant, le célèbre argentier du roi, Jacques Cœur, y avait été arrêté et mis en jugement. Louis XI conserva pour le séjour de la Touraine la prédilection que, n'avait cessé de lui témoigner son père; il s'était marié dans la cathédrale (1435); il vint fixer sa demeure dans la ville dès son avènement au trône. Il ne Ja quitta quelques années plus tard (1463) que pour le château voisin dePlesais-lez-Tours. En 1464, le sombre monarque réunit les états généraux à Tours et, six ans plus tard, une assemblée de notables (1470). L'avènement de Charles V1I1 fut signalé comme celui de Louis XI par la convocation, à Tours, des états généraux (l483). Les traditions des libertés nationales y reparurent toutes-puissantes dans Philippe Pot «t Jean JVlasselin, les deux plus éloquents interprètes de la noblesse et du tiers état. Louis XII visita,
TOUR
Tours en 1500 et y revint six ans plus tard pour l'ouverture de nouveaux états. Le commerce et l'industrie s'étaient développés rapidement. Les guerres de religion arrêtèrent malheureusement l'essor de cette prospérité. Les doctrines de Luther et Calvin avaient pénétré à Tours dès 1552 et le prince de Gondé, chef des protestants, prit possession de la ville en 1561. Cette occupation fut signalée par les plus graves desordres; les couvents et les églises furent envahis et dé-
fiouillés, le trésor de Saint-Martin mis au pilage, les reliques brûlées et jetées au vent. Ces dévastations servirent de motifs à de sanglantes représailles de la part des catholiques quand les réformés se furent décidés à abandonner leur conquête. « Quand on n'égorgeait pas les religionnaires, dit M. de Saulcy, on les conduisait aux bords de la Loire pour les noyer; liés dos à dos par couples ou attachés par dizaines à des perches, ils étaient précipités dans la rivière (1562). » Après les états de Blois, Henri 111 se retira à Tours et y transféra le parlement et la chambre des comptes. Tant que la Ligue occupa la capitale du royaume, Tours fut considéré par Henri IV comme te siège du gouvernement. C'est là qu'eut lieu, le 83 février 1590, l'exécution du prieur des jacobins, Edmond Bourgoing, apologiste de Jacques Clément, et que l'année suivante, sur le réquisitoire de l'avocat général A. Séguier,le parlement de Paris, siégeant à Tours, annula les lettres de déchéance prononcées contre le nouveau monarque parle pape Grégoire XIV. Le commerce tourangeau se releva peu à peu du coup terrible que lui avaient porté les guerres de religion, et à cette époque la ville comptait, entre autres industries, de nombreuses manufactures de soie et près de huit mille métiers servant a la fabrication des étoffes, quand deux circonstances amenèrent la décadence, puis la ruine définitive de cette prospérité. La première fut l'obligation qu'on imposa aux fabricants de Tours d'acheter sur les marchés de Lyon les soies dont ils avaient besoin; la seconde fut la révocation de l'édit de Nantes qui, en forçant les maîtres et les ouvriers, protestants pour la plupart, à abandonner la ville, jeta Ja désorganisation dans ses ateliers. M. de Satiley évalue à 3'00û, pour la ville de Tours seulement, ie nombre des familles qui portèrent alors leur industrie et leurs capitaux en Hollande, en Allemagne et en Angleterre. Quinze ans après cette mesure à jamais déplorable, la population était descendue de 80,000 âmes & 33,000, et la ville, au lieu de huit mille métiers, en comptait à peine douze cents. Le xvine siècle, plus tolérant que son devancier, essaya vainement de reconstituer l'industrie de la capitale de la Touraine, Vainement on y attira des fabricants de damas etde velours, on y encouragea la culture du mûrier à laquelle le climat de cette contrée, qu'on a justement nommée le jardin de la France, est si favorable ; le commerce de Tours ne se releva plus. La Révolution de 1789 s'accomplit à Tours paisiblement.
En 1815, après le désastre de Waterloo, l'armée française se replia sur Tours et ce fut là que s'accomplit le licenciement d'une partie de la grande année.
Eutiu, Tours joua un rôle important durant l'invasion de 1870-1871. C'est là que s'établit, au moment de l'investissement de Paris, la délégation de la Défense naiionale. MM. Crémieux, Founehon et Glais-Bizoin s'y installèrent dès le mois de septembre 1870 et M. Gambetta les rejoignit le 10 octobre. U'est à Tours que s'organisa l'armée de la Loire, et l'ancienne capitale de la Touraine devint provisoirement la seconde capitale de la France. Le 9 décembre, après la prise d'Orléans par le corps d'année du prince Frédéric-Charles, il devint urgent d'éloigner de Tuurs le siège du gouvernement et la délégation se transporta à Bordeaux. Tours fut alors sérieusement menace par l'armée allemande qui marchait d'Orléans et de Blois sur le Mans. Toutefois la ville en fut quitte à bon marché. Un corps d'environ 25,000 hommes vint campera Notre-Dume-d'Oé, à quelques lieues de la ville, et poussa jusque dans ses faubourgs des éclaireurs qui furent accueillis à coups de fusil. En représailles de ce commencement de résistance, l'ennemi établit quelques pièces en batterie au sommet du coteau de la Tianchée, qui domine la ville sur la rive droite, et lança quelques obus qui calèrent dans quelques quartiers des ilégàts sérieux et tuèrent, entre autres, le rédacteur en chef de l'Union libérale, M. Beurtheret. La municipalité parvint a faire cesser le bombardement, et les troupes allemandes, dirigées sur la route de Tours au Mans, évacuèrent toutes les localités qu'elles occupaient au nord de Tours.
— Conciles de Tours. Premier concile (461). A l'occasion de la fêle de saint Martin, ancien archevêque de Tours, huit évéques tinrent un concile sous la présidence de saint Peipetuus et tirent treize décrets pour rétablir l'ancienne discipline ecclésiastique.
Deuxième concile (567). Avec la permission du roi Caribert, Euphroiiius, évoque de Tours, convoqua ce concile. Saint Germain de Pans,' Félix de Nantes, Chalétric de Chartres, Domitien d'Angers, Victor de Renues, saint Dournole du Mans et saint Leudebaude de Séez s'y rendirent. On fit vingt-sept canons touchant la discipline et les cérémonies
de l'Eglise, contre ceux qui prennent ou qui retiennent les biens de l'Eglise. Le vingtsixième porte qu'on ait à excommunier les juges et les seigneurs qui oppriment les pauvres malgré la remontrance des évéques. Le vingtseptième et dernier traite non-seulement de sacrilèges, mais encore d'hérétiques, les évéques qui prennent de l'argent pour les ordinations.
Quatrième concile (800). Ce concile fut tout politique. Charlemagne réunit à Tours un grand nombre d'évêques et de seigneurs pour opérer, le partage de ses Etats entre ses trois fils, Charles, Pépin et Louis.
Cinquième concile (813). On y publia cinquante et un canons, dont plusieurs rappellent des règlements arrêtés dans la même année aux conciles de Reims , de Chalon-sur- Saône et de Mayence.
Sixième concile (858). Ce concile, ou plutôt •ce synode général, composé de prêtres, d'abbés et de clercs, sous la présidence de l'archevêque de Tours, ne publia pas moins de cent quarante canons concernant la discipline et les mœurs.
Septième concile (1055). Tours était la patrie de Bérenger et la ville où il avait principalement enseigné sa théorie sur l'eucharistie. L'archevêque Hildebrand tint ce concile pour examiner cette doctrine. Lanfranc fut opposé à Bérenger pour défendre la foi, et ce dernier prit le parti d'abjurer son hérésie ; il fit serment qu'il n'aurait plus sur l'eucharistie d'autres sentira ents que ceux de l'Eglise catholique.
Huitième concile (1060). Le pape Nicolas I« fit tenir ce concile par son légat Etienne. Il s'y trouva dix prélats, et l'on fit dix canons contre divers abus.
Neuvième concile (1096). Dans ce concile, tenu par le pape Urbain II lui-même, on confirma les décrets du concile de Clermont, et le pape refusa d'absoudre le roi Philippe, comme les évéques le demandaient.
Dixième concile (U63). Le pape Alexandre III, qui avait célébré à Paris les tètes de Pâques, vint a Tours pour tenir ce concile en présence de dix-sept cardinaux, cent vingt-quatre évéques, quatre cent^quatorze abbés et beaucoup de laïques. Saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, s'y trouvait avec tous ses suffragants. L'évèque de Lisieux, Arnoul, par ordre du pape, fit le discours d'ouverture. On publia alors dix canons disciplinaires.
Onzième concile (l236).L'archevèqueZuhel convoqua ce concile, qui publia quatorze canons relatifs aux juridictions ecclésiastiques.
Douzième concile (1239). Le même archevêque, avec Ses suffragants, lit décréter dans ce concile treize autres canons sans importance.
Treizième concile (1277). Le métropolitain Jean de Montsoreau fit convoquer ce concile. On y publia six canons, dont nous ne citerons que le troisième, qui défend aux abbesses de garder en leur possession les biens des béuéticiers, et le quatrième, qui interdit aux religieux la faculté d'appartenir à deux monastères a, la fois.
Quatorzième concile (1282). Le même archevêque assembla ses suffragants a ce concile provincial et y fit dresser treize canons, dont le but est de réformer divers points de l'administration ecclésiastique.
Quinzième concile (1510). Le roi Louis XII fit assembler ce concile, auquel assistèrent tous les prélats du royaume et un grand nombre de docteurs. Le roi y proposa huit questions touchant la guerre qu'il allait déclarer au pape Jules II, pour secourir son allié le duc de Ferrare, Alphonse, que le souverain pontife avait dépouillé de ses Etats. Le concile donna des réponses conformes aux vues du roi.
Seizième concile (1583). Ce dernier concile de. Tours fut convoqué par l'archevêque Simon de Maillé. Les suftragants Guillaume- René, d'Angers ; Philippe du Bec, de Nantes ; Roland de Neufville, de Saint-Léon ; Nicolas Langelier, de Saint-Brieuc; Aimard Hennequin, de Rennes ; Charles du LiscoSt, de Quimper, s'y trouvèrent. Pendant la session, la peste éclata à Tours et les prélats se transportèrent à Angers pour achever leur œuvre. On rédigea d'abord une requête au roi Henri III, pour le supplier d'ordonner la publication du concile de Trente dans ses Etats. On fit ensuite des règlements contre la simonie.
TOURS, bourg et commune de France (Puy-de-Dôme), canton de Saint-Dier, arrond, et à 50 kilom. de Clermont-Fenand ; pop. aggl., 2-U hab. — pop. lot., 2,205 hab.
TOURTE s. f. (tour-te.. — Ce mot, ainsi que tourtei, lourlel, tourteau, signifiait autrefois un pain rond. Trévoux fait observer que tourte est encore usité, avec cette signification, dans certaines provinces, et la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie donne tourteau comme désignant une sorte de gâteau, La moyenne.et la basse latinité se sont servies de torta, qu'on lit déjà dans la Vulgate. Ménage cite un passage d'Erotien,dans lequel cet auteur dit que les Athéniens appellent tourta un pain cuit sous la cendre; mais ce mot paraît avoir été interpolé par les copistes. Le bas latin torta vient sans doute du latin torta, chose faite en spirale, tordue, de torguere, tordre. Cependant, Chevallet prétend que ce mot a été
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emprunté au celtique, attendu qu'on le retrouve, avec son ancienne signification, dans tous les idiomes néo - celtiques : kymrique torth, pain rond ; armoricain tors, même sens ; écossais tort , petit pain ; irlandais tort, petit pain, gâteau; mais les formes néo-celtiques ont été plutôt empruntées au bas latin torta). Art culin. Pâtisserie qui contient un mets, des fruits ou des confitures : Une tourte de pigeonneaux. Une tourte de confitures. Une tourte à la frangipane. Une tourte d'épinards. L'un disait ; Donnes-moi du sucre pour les tourtes, et l'autre criait ; A moi pour les tourtes du sucre! (Le Sage.) Il On dit plutôt tarte pour les pâtisseries aux fruits ou aux confitures.
— Techn. 'Pièce ronde de la lanterne d'un moulin. On dit aussi tourteau. Il Plaque d'argile qui supporte le creuset du verrier. On dit aussi fromage.
— Agric. Gâteau de marc de divers fruits ou graines, servant d'engrais : Une TOURTE de navettes. Une tourte de noix.
. — Oinith. Nom vulgaire de deux espèces de pigeons qui habitent l'Amérique du Nord, et de la tourterelle.
— Encycl. Les entrées de pâtisserie auxquelles on donne le nom de tourte ne paraissent plus sur les tables luxueuses; les bourgeois mêmes les dédaignent et leur préfèrent les vol-au-vent et les pâtés chauds.
Voici, d'après Carême, comment on obtient cette pâtisserie : on fait une abaisse de pâte comme pour les timbales; on la coupe en rond du diamètre de 8 pouces ; on la place sur un plafond et on la couvre d'une quarantaine de boulettes de godiveau de la grosseur d'un œuf de pigeon ; vous en placez la moitié sur le fond de la tourte, de façon qu'elles n'approchent pas de plus d'un pouce les bords de l'abaisse; mettez dessus escalopes de ris d'agneau ou de veau cuites aux fines herbes, des champignons, des fonds d'artichaut, puis le reste des boulettes et quelques écrevisses , de manière à former un dôme parfait.
Ensuite, vous faites une seconde abaisse qui ait 1 pouce et demi à 2 pouces comme ■diamètre de plus que la première. Mouillez les bords de la première; placez la grande abaisse sur la garniture; soudez les bords des deux abaisses; mouillez le dessus et y posez une bande de feuilletage de 9 lignes de largeur et de 2 bonnes lignes d'épaisseur seulement; soudez cette bande, dorez l'abaisse du dessus et placez au milieu une rosace formée de bandes de pâte ou bien un faux couvercle de parure de feuilletage ; dorez ce faux couvercle ; entourez de fort papier beurré la bande de feuilletage ; mettez au four gai. Il faut une heure et demie de cuisson. Au sortir du four, au moment de servir, coupez le dessus en un petit couvercle; saucez d'une bonne espagnole; recouvrez.
Cette entrée est aussi bonne que le pâté chaud ; la pâte en est même plus fine.
On peut garnir les tourtes de godiveau de volaille, de godiveau de gibier, de godiveau de poisson, de quenelles de volaille aux truffes.
■ — Tourte au chasseur. On garnit la tourte d'un petit perdreau passé aux fines herbes, coupé en deux et paré ; d'une petite bécassine préparée de même, de cailles, de mauviettes, de cuisses, de reins de lapin de garenne et de quelques tranches de truffes.
— Tourte d'entremets de fruits. V. tarte.
TOURTEAU s. m. (tour-to — rad. tourte). Sorte de gâteau. Il Vieux mot.
— Résidus de certains fruits ou graines, destinés à servir d^engrais, et qu'on met sous forme de gâteaux : Les tourteaux , qu'on trouve en si grande quantité dans les huileries de Marseille, vont, pour une assez forte part, s'utiliser dans ta Grande-Bretagne. (Mich. Chev.)
— Blas. Meuble de l'écu, rond et plat, de couleur ou de fourrure : De Montesquiou : D'or, à deux tourteaux de gueules, l'un sur l'autre.
— Pyrotechn. Tourteau goudronné ou simplement Tourteau, Artifice dont on se sert pour éclairer les fossés ou les retranche- » ments d'une place assiégée.
— Techn. Disque de bois qu'on place sur le crible à grener la poudre.
— Crust. Nom vulgaire d'une espèce de crabe, du genre platycarcin.
— Encycl. Agric. Les tourteaux provenant de l'expression des graines oléagineuses ne sauraient être recueillis et utilisés avec trop de soin. Il est vrai que nulle part on ne les laisse perdre; mais on ne sait pas toujours en tirer tout le parti possible, ou bien on ne veille pas assez à leur conservation. Au lieu de les renfermer dans un lieu sec et aéré, on les laisse souvent moisir et rancir et perdre ainsi une grande partie de leurs qualités. On emploie les tourteaux, soit comme aliment pour le bétail, soit comme engrais pour les terres. Ils conviennent beaucoup pour ces deux emplois, parce qu'ils renferment toujours une proportion plus ou moins grande d'azote, de phosphate de chaux et de sels solubles, de matières grasses, etc.
Les tourteaux sont, en général, une excellente nourriture pour tous les animaux domestiques; ils méritent de figurer au pre-
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mier ran£ sous ce rapport. Ils conviennent surtout, d'après Le four , aux bestiaux de rente ; en effet, les graines oléagineuses renferment une proportion considérable de matière azotée analogue au caséum du lait, et qui passe en totalité dans le résidu des pressurages; de plus une grande quantité de matière grasse , et enfin des phosphates terreux. Pour qu'ils produisent le meilleur effet, il faut les donner, non pas secs ou simplement trempés dans l'eau froide, 'mais concassés et délayés dans l'eau chaude ou tiède, puis mélangés aux autres aliments, balles, paille hachée, racines, son, siliques de colza, etc. On fait dans le Nord, avec ces mélanges macérés ou cuits, des soupes et des buvées dont les animaux sont trèsfriands.
• L'analyse des différents tourteaux, dit Lefour, place l'œillette, le chanvre, le lin et le colza à peu près sur la même ligne; puis viennent le sésame , la cameline , l'arachide et la faine ; la pratique les classe uu peu différemment : lin, œillette, colza, sésame, arachide, chanvre, faîne. Le tourteau de noix est également au premier rang. Le tourteau d'œillette est très-estime pour l'engraissement; ie colza passe pour plus favorable a la sécrétion du lait; on lui reproche cependant, ainsi qu'à celui de navette et de moutarde, de posséder un principe acre qui résiste aux forces digestives et communique aux fumiers une propriété caustique, d'où résulte une maladie légère aux pieds des animaux placés sur ces fumiers. Le tourteau de chanvre et celui de faîne, administrés en assez grande quantité, peuvent donner la diarrhée aux animaux; le tourteau de faîne serait même mortel pour les chevaux. •
L'usage des tourteaux comme engrais ne remonte guère plus haut que le milieu du siècle dernier; c'est surtout dans les départements du Nord qu'on les emploie, et ils s'y vendent fort cher, parce que leur action est regardée comme plus puissante que celle du fumier ordinaire. Toutefois , depuis vingtcinq ans environ, leur usage s'est beaucoup accru dans le Midi. Les différents tourteaux employés sont ceux de colza, de navette, do lin, d œillette ou de pavot, d'arachide, de madia, de sésame, de coco, de chanvre ou chènevis, de noix, de faine, de coton et de cameline. Ce dernier passe pouravoir la propriété de détruire les insectes, notamment les vers blancs.
Les tourteaux , étant exposés à s'échauffer ou à fermenter quand ils sont frais, ne doivent être emmagasinés que quinze jours à un mois après qu'on les a retirés des presses. On les mettra d'ailleurs dans un local-frais et aéré, et on prendra toutes les précautions nécessaires pour leur conservation, entre autres de les empiler à clairevoie quand ils sont en gros fragments et de les pelleter de temps en temps s'ils sont trèsdivisés. Dans le Midi et dans les pays secs, on les emploie sur tous les sots ; mais ils conviennent mieux à ceux qui contiennent du calcaire. Sous les climats humides, on les applique de préférence aux terres légères , sablonneuses ou argilo-siliceuses. Dans d'autres circonstances, qu'il serait trop long d'énumérer, on les répand avec avantage sur les terres fortes et argileuses.
Avant d'employer les tourteaux; on doit les concasser ou les pulvériser. On les répand alors à la main et a la volée ou au semoir, en choisissant, autant que possible, un temps humide et qui promet de la pluie. Dans le nord de la France, on les délaye souvent dans du purin ou même dans de l'eau. Quelquefois, on les mélange, mais à tort,' avec de la chaux. Comme les tourteaux exercent une action nuisible sur les graines, il faut les répandre sur le sol une dizaine de jours avant les semailles, et, quandon les emploie sur les plantes en végétation, attendre que celles-ci soient assez fortes. La quantité à employer varie suivant la nature de l'engrais, la richesse du sol et les exigences des plantes. On les emploie pour le colza, le froment, le lin, le pavot, les turneps, le chanvre, mais non pour les pommes' de terre.
Comment agissent les tourteaux? Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, par la petite quantité d'huile qu'ils retiennent, et qui n'est pas absorbée à l'état naturel par les racines des végétaux; c'est par le phosphate de chaux et surtout par l'azote qu'ils renferment. Cette action est énergique et rapide; aussi csnviennen't - ils beaucoup aux sols pauvres. D'un autre côté, ils ont un pouvoir absorbant considérable et soutirent à l'atmosphère jusqu'à dix fois leur volume d'humidité'. Ils se décomposent rapidement et n'exercent plus que peu d'action après la première année. D'ailleurs, ils ne renferment pas assez de matières fertilisantes pour qu'on puisse les appliquer plusieurs années de suite sur le même champ. Aussi faut-il de temps en temps y associer d'autres engrais, notamment des fumiers.
— Crust. Les tourteaux ont la carapace ovale, a peu près lisse ou finement granulée, ayant neuf plis en feston sur chaque bord antéro-latéral, et ie front tridenté ; les serres grosses, égales, unies, sans épines, avec leurs doigts noirs et garnis de gros tubercules mousses sur leur bord intérieur ; les pieds des quatre dernières paires irrégulièrement anguleux, munis de poils courts, roides, dis-
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posés par faisceaux. Cette espèce, actuellement le type du genre platycarcin , porté les noms vulgaires de poupart et de pagure, et, dans les méthodes des naturalistes, elle a reçu les dénominations de cancer mxnas, de cancer fimbriaius, de cancer pagurus et de plalycarcinus pagurus. Rondelet croit que c'est le maia des Grecs, et Belon le rapporte à leur paguros. Les tourteaux vivent tous sur les bords de la mer et sont submergés pendant la marée haute, tandis qu'à la basse mer on les trouve sur le rivage, où on les rencontre blottis sous les pierres. Us se meuvent vivement et se sauvent dès qu'on veut les saisir. Ils se rencontrent sur les côtes fie France, dans la Manche et l'Océan , où ils sont communs, et plus rarement dans la Méditerranée; ils ont été aussi quelquefois signalés dans l'Adriatique. Cette espèce de crustacè, dont la chair est estimée, peut acquérir jusqu'à 0m,25 de largeur et pèse près de 3 kilogrammes.
— Pyrotechn. Les tourteaux sont des artifices a éclairer très-usités à la guerre. Ce sont des espèces de couronnes do om,16 de diamètre extérieur et de 0m,03 seulement de diamètre intérieur, que l'on obtient en entrelaçant mollement des bouts de mèche à canon. Quand l'entrelacement de ces mèches est terminé, on fait bouillir le tourteau dans un bain de poix et de suif de mouton, puis, quand il s'est refroidi, on le plonge dans une composition de poix noire et de résine. Les tourteaux sont ordinairement employés pour
. éclairer le passage des rivières et des délités ; on les brûle par deux, sur des réchauds portatifs.
TOORTECHOT, voyageur français. V,
GlUNGKR.
TOURTELÉ, ÉE adj. (tour-te-lé — rad.
tourteau). Blas. Se dit de l'écu ou d'un meuble chargé de tourteaux sans nombre, u On dit aujourd'hui semé de tourteaux.
TOURTELET s. m. (tour-te-lè — dimin.
de tourt'e). Art culin. Pâtisserie en feuille mince,
TOURTELETTE s. f. (tour-te-lè-te — rad.
tourteau). Art milit. Vieille corde goudronnée, dont on se sert pour faire du tourteau.
— Art culin. Petite tourte.
— Ornith. Espèce de tourterelle, du Cap de Bonne-Espérance.
TOIIRTELLE (Etienne), médecin français, né à Besançon en 1756, mort en 1801. Il commença de bonne heure ses études médicales et s'y livra avec une ardeur incroyable ; mais une passion malheureuse l'arracha à ses ocpatious et le plongea bientôt dans une douleur profonde qu'il alla ensevelir dans un cloître-^ Le calme revenu, il quitta celte retraite et alla reprendre ses études d'abord à Montpellier, puis à Puris. Au bout de quatre ans, il se fit recevoir docteur et revint pratiquer son art dans sa ville natale. En 1788, il obtint au concours une des chaires de médecine de l'université de Besançon et, lors de la, suppression des universités, il fut attaché comme médecin principal à l'armée du Rhin. En 1794, il fut nommé professeur à Strasbourg. Il occupa cette chaire d'une manière brillante pendant quatre années; mais le mauvais état de sa santé le força de l'abandonner alors pour aller respirer l'air natal. Il occupa à Besançon laplacede médecin en chef de 1 hô-, pital militaire. Tourtelle était un homme capable et extrêmement laborieux, par conséquent fort en état de produire de bons ouvra-, ges; mais il mourut trop jeune et ses écrits portent l'empreinte de la précipitation. En voici la liste : Eléments d'hygiène pu De l'influence des choses physiques et morales sur l'homme Strasbourg, 1767, 2 vol. in-8°); Eléments de médecine historique et pratique (Strasbourg, 1799, 3 vol. in-8°); Eléments de matière médicale (Paris, 1802, in-8") ; Histoire philosophique de la médecine (Paris, 1804, 2 vol. in-so), — Son fils, Marie-François Tourtelle, mort à la fleur de l'âge en 1813, fut professeur suppléant a la Faculté de médecine de Strasbourg. Il est auteur d'un Traité d'hygiène publique (Strasbourg, 1812, 2 vol. in-8<>).
TOURTEREAU s. m. (tour-te-ro — forme masculine du mot tourterelle). Jeune tourterelle qui est encore au nid.
— Fig. Amant ou époux jeune et tendre. It Au pluritil, Un jeune amant et sa jeune
amante ; un jeune époux et sa jeune épouse tendrement unis.
TOURTERELLE s. f. (tour-te-rè-le — dimin, du lac. turtur, même sens). Ornith. Nom vulgaire d'une espèce de pigeon, et du genre ou du sous-genre dont cette espèce est le type : En même temps que les tourterelles ont paru te modèle de la fidélité conjugale, on les a aussi présentées comme l'emblème de la volupté. (Mauduit.) il Tourterelle à large queue, Syn. de tourocco. u Tourterelle de mer, Nom vulgaire du petit guillemot.
— Ichthyol. Nom vulgaire de la pastenague commune.
— Moll. Nom vulgaire d'une coquille du genre strombe.
— Enoycl. Zool. Ce genre présente les caractères zoologiques suivants : le bec de la longueur de la tête, mince, peu épais, peu renflé ; les narines simples ou recouvertes par une lame cornée, convexe, voûtée ; les
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ailes allongées, subaiguës; la queue moyenne, légèrement arrondie ou presque rectiligne; les tarses longs, grêles, nus, garnis de scutelles en avant, de la longueur du doigt médian ; les paupières nues.-Ce genre renferme douze espèces de l'Europe, de l'Inde et de l'Afrique. Ce genre est caractérisé par des formes élancées, sveltes, allongées.
La tourterelle aime, peut-être plus qu'aucun autre oiseau, la fraîcheur en été et la chaleur en hiver; elle arrive dans nos climats fort tard au printemps et les quitte dès la tin du mois d'août, au lieu que les bisets et les ramiers arrivent un mois plus tôt et ne partent qu'un mois plus tard; plusieurs même t restent pendant l'hiver. Toutes les tourterelles, sans en excepter une,, se réunissent en troupes, partent, arrivent et voyagent ensemble ; elles ne séjournent ici que quatre ou cinq mois ; pendant ce court espace de temps, elles s'apparient, nichent, pondent et élèvent leurs petits au point de pouvoir les emmener avec elles. Ce sont les bois les plus sombres et les plus frais qu'elles préfèrent pour s'y établir; elles placent leur nid, qui est tout plat, sur les plus hauts arbres, dans leslieux les plus éloignés de nos habitations. En Suède, en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce et peut-être encore dans des pays plus froids et plus chauds, elles ne séjournent que pendant l'été et quittent également avant l'automne. On les trouve presque partout dans l'ancien continent; on les retrouve jusque dans les îles de la nier du Sud. Elles sont, comme les pigeons, sujettes à varier, et quoique naturellement plus sauvages, on peut néanmoins les élever et les faire multiplier dans lès volières. On unit aisément ensemble les différentes variétés; on peut même les unir au pigeon et leur faire produire des métis ou des mulets et former ainsi de nouvelles races ou de nouvelles variétés. Les forces des tourterelles trahissent souvent leur courage, et souvent elles arrivent dans le Midi tellement épuisées de fatigue qu'elles se laissent tuer sans faire effort pour prendre la fuite. La tourterelle est encore plus lascive que le pigeon et met aussi dans ses amours des préludes plus singuliers. Le pigeon mâle se contente de tourner en rond autour de sa femelle. Le maie tourterelle, soit dans les bois, soit dans une volière, commence par saluer la sienne en se prosternant devant elle dix-huit ou vingt fois de suite; il s'incline avec vivacité et si bas que son bec touche a chaque fois la terre ou la branche sur laquelle il est posé ; il se relève de même ; les gémissements les plus tendres accompagnent ces salutations; d'abord la femelle y parait insensible; .mais bientôt l'émotion intérieure Se déclare par quelques sons doux, quelques accents plaintifs qu'elle laisse échapper, et lorsqu'une fuis elle a ressenti les premières approches, elle ne quitte plus son mâle; elle lui multiplie les caresses, les baisers et l'entraîne aux plaisirs jusqu'au temps de la ponte, où elle se trouve forcée de donner des soin's à sa famille. • Je ne citerai qu'un fait qui prouve assez combien ces oiseaux sont ardents, dit Buffon ; c'est qu'en mettait ensemble dans une cage des tourterelles mâles et dans une autre des tourterelles femelles, on les verra se joindre et s'accoupler comme s'ils étaient de sexe différent; seulement, cet excès arrive plus promptement et plus souvent aux mâles qu'aux femelles. La contrainte et la privation ne servent donc qu'à mettre la nature en désordre, et non pas à l'éteindre. ■
• Les tourterelles, dit Levaillant, ainsi que Butlbn l'a observé, recherchent la fraîcheur en été ; aussi ces oiseaux étaient-ils, dans les déserts brûlants de l'Afrique, des oiseaux de bon augure pour toute ma caravane. Lorsque, mourants de soif, il nous arrivait de rencontrer dans un lieu quelconque un couple de tourterelles, nous étions bien certains da trouver dans les enviions une source ou un amas d'eau de pluie dont nous profitions toujours avec reconnaissance, c'est-à-dire que nous nous faisions un devoir religieux de ne pas troubler des hôtes bienfaisants auxquels plus d'une fois nous avions dû notre propre salut. •
Nous citerons la tourterelle ordinaire (turtur auritus), de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, très-commune en France, et la tourterelle maillée (turtur senegalensis), de l'Europe, de 1 Afrique et de l'Asie. Un autre genre de tourterelle a été signalé par Levaillant dans les environs du Cap et constitue le genre œfia. Chez cet oiseau, le bec est mince et médiocre, presque de la longueur de la tête; les narines sont percées en fente diagonale à la base d'une membrane squameuse; les ailes allongées, subobtuses ; la queue trèslongue, étagèe en forme de fer de lance ; les tarses minces, nus, de la longueur du doigt médian ; les doigts latéraux et les ongles courts. Ce genre ne repose que sur une espèce unique de l'Afrique .méridionale, la tourterelle de Levaillant. Cet oiseau, dit ce voyageur, se trouve dans une grande partie de la colonie du Cap, où il n'arrive cependant que dans la saison des chaleurs pour y faire sa punie et s'en retourner pendant l'hiver. Ainsi, elle n'est que de passage du côté du Sud, pendant qu'on ta trouve toute l'année chez les grands Wamuquois. Elle niche dans les buissons, à peu d'élévation, parfois sur les arbres; son nid est plat et composé de bûchettes comme l'est généralement celui de
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tous les colombid*s. La femelle pond deux œufs blancs.
Un autre genre, celuide la maquarie, représente, dans les lies de l'océan Indien et dans l'Australie, la tourterelle européenne. Les maquaries présentent les caractères suivants : le bec presque de la longueur de la tête ; les narines longitudinales horizontales; les ailes assez longues, subobtuses; la queue allongée et cunéiforme; les tarses de la longueur du doigt médian, scutellés, légèrement emplumés; le tour des paupières est nu. Ce genre ne renferme que quatre espèces, dont 1 une, d'après les observations de J. Veneaux, la maquarie numérale, se tient toujours à des hauteurs prodigieuses, parmi les touffes formées par des plan tes parasites dont elle mange les graines gélatineuses ; elle se nourrit aussi de baies d'autres plantes et surtout de celles de divers arbres. Il est excessivement rare de la voir descendre sur les branches basses et jamais elle ne descend sur le sol. Dès le matin, elle fait entendre un roucoulement qui ne ressemble en rien à celui de notre tourterelle européenne et qui a quelque chose de lugubre ; il dure le plus souvent plus d'une heure et se renouvelle pendant une portion du jour et avant la nuit. Sou vol est très-léger. Elle ne vient dans les environs de Morton-Bay, au mois de juin, que pour y chercher une nourriture abondante et remonte vers le Nord pour les soins de la reproduction.
Une autre, d'après le même observateur, la maquarie de Maugè, qui se voit également dans la même contrée, où elle vit par petites bandes dans les terrains découverts, vient, au contraire, souvent sur le sol pour y chercher une nourriture abondante, qui se compose de graines. Pendant la forte chaleur du jour, elle se retire dans les bois de moyenne futaie. Quoique répandue sur une grande partie du vaste continent australien, celte espèce parait plus commune vers le Sud que vers le Nord ; elle niche sur les branches les moins élevées, à environ 1 mètre du sol. On cite encore, comme espèce distincte, la maquarie à queue pointue, du sud du continent austral et de la Tasmanie.
— La tourterelle est représentée par les Pères de l'Eglise comme le modèle et le symbole soit de la fidélité conjugale, soit de la virginité. « La tourterelle, dit saint Ambroise, nous est un emblème de la génération sans souillure et de la chasteté immaculée du corps. > (In turture incorruptm generationis natura,vel immaculati corporis caslimonia.) Les anciens croyaient, en effet, que la tourterelle se contente d'un seul mâle et qu'elle reste veuve quand elle l'a perdu. La science moderne a détruit cette aimable erreur. La tourterelle est peut-être la plus volage de toutes les épouses. Les Pères de l'Eglise ont donc mal choisi leur symbole. Leur exemple a égaré les artistes, qui ont toujours voulu voir dans la tourterelle un type de fidélité conjugale. C'est pour cela que, dans les angles formés par les retombées des niches de quelques sarcophages anciens, on voit des tourterelles becquetant des fruits dans des corbeilles renversées. « Tel est celui de Probus et de Proba, où les deux époux sont figurés en pied dans lu niche centrale, se serrant la main en signe de suprême adieu. >
— Allas, littér. Les tourterelles «e fuyaient ; Plus d'autour, pnrtaul plue de Joie, Vers de
la fable des Animaux malades de la peste.