‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 312 sur 1042 · V. CALME · texte numérisé non relu

V. CALME

Tranquillité du «ttgo (DE LA), traité philosophique; de Sénèque. Cet ouvrage répond assez bien à son titre. « Sauf une certaine âpreté dans les maximes, dit M. Pierron, je ne vois pas ce qu'un esprit, même difficile, y trouverait à reprendre. « On y peut recueillir de nobles idées, des conseils sages et pratiques, d'heureux traits de mœurs, de piquants tableaux, de curieuses anecdotes stoïciennes, non sans un certain mélange de subtilité et d'emphase. Sénèque feint que Serenus, un de ses amis, en proie à un malaise moral inexplicable, le consulte sur le moyen de rendre ia tranquillité à son âme malade. Le philosophe lui répond par une série de conseils, dont nucun en particulier n'est capable d'assurer la paix de l'âme, mais dont la réunion conduit à ce bien -être auquel il aspire. Il lui recommande en première ligne de ne pas se laisser entraîner au défaut si commun de se lancer à corps perdu dans mille distractions afin de se fuir soimême. Le poids de l'ennui n'en retombe ensuite que plus lourdement sur le cœur. On peut s occuper, prendre part aux affaires publiques, c'est même un devoir, et, si cette carrière vous est fermée, celle de l'étude vous est toujours ouverte, l'étude qui vous donne cet honorable repos que Cicéron a si bien appelé : Olium cum diguitate. Mais il faut se garder de vivre tout a l'extérieur, en dehors de soi; la paix, la tranquillité, et par suite le bonheur, résident dans la possession de soi-même ut la pureté de là conscience. Le malheur pourra renverser, mais non terrasser l'homme qui vit en paix avec lui-même ; l'âme du sage sera inébranlable. Les voûtes du ciel, comme dit Horace, peuvent s'entr'ouvrir sur sa tête et l'accabler sous leurs débris : sans crainte et sans trouble, il ne saurait plier. Le héros de Sénèque sent trop le stoïcisme, c'est-à-dire que sa perfection est trop idéale; mais on ne saurait en vouloir au philosophe d'avoir peint le modèle sous une image presque divine qui défiât l'imitation humaine.

Le style de la Tranquillité du sage semble s'être inspiré du sujet; il est plus naturel, plus calme, moins coupé, moins scintillant que la manière affectée habituelle à l'auteur. Sénèque a écrit son ouvrage comme un sage tranquille qui chercherait dans la culture des lettres et de la philosophie un honorable repos.

TRANS,' préfixe qui veut dire au delà, au travers, et qui n'est autre chose que la préposition latine trans, au delà, l'rans marque la situation au delà d'un terme, le passage d'un endroit dans un autre, d'une époque à une autre, d'un état à un autre, d'une situation à une autre, la transformation, la mutation ; en outre l'action de passer au delà de certaines bornes, de certaines limites. Enfin, de ce que trans indique une situation bu un passage au delà, il s'en est suivi que ce préfixe a été employé pour représenter un point plus avancé uu fort avancé, un plus haut degré ou un très-haut degré duns l'action, dans la qualité ou dans la manière d'être exprimées par le simple.

TRANS , bourg et commune de France (Var), canton, arrond. et à 5 kitom. de Draguignan, sur la Nartubie; 1,611 hab. Hospice ; filatures de soie , moulins à farine. On y remarque de belles cascades formées par la Nartubie. Ce bourg fut construit à l'origine autour d'un château fort, élevé pour arrêter les incursions des Sarrasins. Le seigneur de Trans reçut en 1505 le titre de marquis. En 1578, les protestants assiégèrent le château, qui fut vaillamment défendu par la marquise de Trans, ce qui ne l'empêcha pas de tomber au pouvoir des assiégeants, qui le rasèrent.

TRANSACTION s. f. (tran-za-ksi-on — lat. transactio ; de transigere , transiger, formé de trans, au delà, et de agere, conduire). Contrat, acte, arrangement par lequel les parties terminent ou préviennent une contestation, un procès : Consentir à une transaction. Transaction extrajudiciaire.

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— Concession honteuse, action de celui qui transige par faiblesse ou par intérêt : Entre le juste et l'injuste, il n'y a pas de transaction possible. Le moraliste qui veut donner une leçon ne doit point tolérer de transaction entre le vice et la vertu. (M^e de Rémusat.)

— Accord entre commerçants qui discutent et règlent des opérations mutuelles : Le simple troc ne peut donner lieu qu'à des transactions fort restreintes. (F. Bastiat.) Il n'y a pas de transaction commerciale que ne corrompe l'absence de liberté. (J. Simon.)

— Encycl. La transaction est un contrat qui doit être rédigé par écrit (art. 2044). Dans une transaction, les parties se font des concessions réciproques, abandonnent quelques

firétentions, afin de terminer le différend qui es divise. L'incertitude des événements et le bien de la paix sont ordinairement les motifs des transactions. Comme dans tous les contrats, quatre conditions sont nécessaires à la validité de la transaction: 1» le consentement des parties; 2° leur capacité de contracter; 3» un objet certain qui forme la matière du contrat; t» une cause licite.

Les communes et les établissement publics ne peuvent transiger qu'en vertu d'une autorisation de l'administration, qui doit examiner, avant de donner son approbation, si les conditions de la transaction ne sont pas défavorables aux établissements publics ou aux communes; car il pourrait souvent arriver que, afin d'éviter les ennuis et les frais d'un procès, les communes ou bien les établissements publics feraient l'abandon de droits ou d'intérêts qu'ils ont à sauvegarder ; c'est à l'administration, tutrice de ces établissements, qu'il appartient d'apprécier si les résultats de la transaction doivent être profitables ou onéreux. Dans tous les procès nés ou à naître qui ont lieu entre les communes et les particuliers sur des droits de propriété, les communes ne peuvent transiger qu'après une délibération du conseil municipal, prise sur la consultation de trois jurisconsultes désignés par le préfet du département, et sur l'autorisation de ce même préfet, donnée d'après l'avis du conseil de préfecture (arrêté du 2 1^ frimaire an XII). Cette prescription, qui d'abord ce concernait que les communes, a été étendue par la jurisprudence du conseil d'Etat aux établissements de bienfaisance. Le projet de transaction doit faire une mention exacte et détaillée des conditions auxquelles les parties entendent consentir. Elles ne pourraient se borner à désignerdes experts à l'arbitrage desquels elles s engageraient à se soumettre. Ce ne serait plus une transaction, mais un véritable compromis, qui, aux termes des articles 83 et 1001 du code de procédure, est interdit aux communes (Vuillefroy et Monnier). Les préfets, depuis le décret du 25 mars 1852, sont compétents pour homologuer les transactioits sur toutes sortes de biens, quelle qu'en soit la valeur.

TRANSACTIONNEL, ELLE adj. (tran-zaksi-o-nèl, è-le — rad. transaction). Qui a rapport aux transactions; qui a le caractère d'une transaction : Accord transactionnel.

TRANSAILLES s. f. pi. ( tran-za-lle ; Il mil.). Agric. Nom donné, dans le Midi, à des semailles qu'on fait entre la récolte du printemps et les semailles d'automne.

TRANSALPIN, INE adj. ( tran-zal-pain, i-ne — lat. transalpinus ; de trans, au delà, et de alpinus, alpin). Qui est situé, qui se trouve au delà des Alpes : Peuple transalpin. Population transalpine.

— Géogr. anc. Gaule Transalpine, Nom donné par les Romains à la Gaule proprement dite, située pour eux au delà des Alpes, par opposition au nord de l'Italie, qu'ils appelaient Gaula Cisalpine.

— Hist. République Transalpine, Nom donné par les Français à la république qu'ils établirent, en 1796, dans le nord de l'Italie.

TRANSANDIN, INE adj. (tran-zan-dain, i-ne — du préf. trans, et de Andes), Géogr. Qui traverse les Andes : Ligne télégraphique transandine.

TRANSANIMATION s. f. (tran-za-ni-masi-on — du préf. trans , et du lat. anima, âme). Passage de l'âme d'un corps dans un autre. Il Peu usité.

TRANSATLANTIQUE adj. (tran-za-tlanti-ke — du préf. trans, et de atlantique). Qui est au delà de l'océan Atlantique : Région transatlantique.

— Qui fait la traversée de l'Atlantique : Paquebots transatlantiques.

— s. m. Bateau qui fait le service entre l'ancien et le nouveau monde, en traversant l'Atlantique : Les transatlantiques français.

— Encycl. Lignes de paquebots transatlantiques. Ce n'est qu'à une époque toute récente que, par suite de l'extension croissante du commerce entre l'ancien et le nouveau monde, on a eu l'idée d'établir des lignes de bateaux à vapeur transatlantiques fonctionnant d'une façon régulière. En 1840, ie gouvernement de Louis-Philippe présenta à la Chambre des députés un projet de loi qui fut voté le 18 juillet, et qui avait pour objet d'ouvrir un crédit destiné à faire des études pour l'établissement d'un service transatlantique. Une commission , embarquée sur le Gomer en 1842, alla étudier la question et faire une

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enquête. De retour en France (1844), elle constata, dit M. Sauvé, à qui nous empruntons quelques-uns des détails suivants, que la dépense nécessitée par un service transatlantique ne pouvait être évaluée à moins de 12 millions pour une recette éventuelle de 4 à 5 millions. Le gouvernement, ne voulant pas imposer une charge aussi lourde aux contribuables, abandonna l'exploitation par l'Etat, et, le 29 mars 1845, le ministre des finances présenta une loi substituant à l'exploitation par l'Etat celle qui serait faite par des compagnies subventionnées. En vue de l'exploitation de différentes lignes1 transatlantiques, le gouvernement avait fait construire huit paquebots à vapeur destinés à la ligne du Brésil et à celle des Etats-Unis. Après la résiliation du contrat par l'Etat, ces paquebots, qui n'étaient autres que des frégates à vapeur à roues, firent retour à la marine royale, et ils étaient si solidement construits que plusieurs existent encore après | avoir rendu les plus grands services.

Ce fut le 27 janvier 1846 que se constitua pour trente ans, au capital de 15 millions, la première compagnie destinée à faire le service des lignes transatlantiques. Elle prit le nom de Compagnie générale des paquebots transatlantiques et demanda à desservir les lignes votées par la loi de 1840, sans autre subvention que l'abandon des ports de lettres et paquets aux prix du tarif anglais. En 1862, elle inaugura un service mensuel sur le Mexique, partant de Saint-Nazaire, avec annexes sur les Antilles, la Nouvelle-Orléans et la Guyane; en 1864, elle commença un service mensuel du Havre à New-York; enfin, en 1868, à la suite d'une convention passée avec l'Etat le 16 février, cette compagnie s'engagea à faire un service postal mensuel de Panama à Valparaiso par l'Equateur, le Pérou, le Chili, età desservir la ligne annexe de Saint-Thomas à Colon ; de son côté, l'Etat s'ençagea à payer à la compagnie une subvention annuelle de 750,000 francs, plus une subvention éventuelle de 2 millions pendant toute la durée de la concession, c'est-à-dire jusqu'au 22 juillet 1885, dans le cas d'insuffisance des produits de l'exploitation. La désastreuse concurrence faite à la compagnie des transatlantiques français sur la ligue de Panama à Valparaiso par la compagnie unglaise du Pacifique eut pour résultat de faire constater que non-seulement le public et la compagnie n'avaient nul avantage à l'exploitation de cette ligne, mais encore qu'elle coûtait à l'Etat 2,643,000 francs par an. En présence de cet état de choses, le gouvernement résilia avec la Compagnie générale son traité de 1868 et passa avec elle, le 16 décembre 1873, une convention nouvelle, approuvée par l'Assemblée nationale le 22 janvier 1874. Par cette convention, au lieu du service de Panama à Valparaiso, supprimé à partir du 17 janvier 1874, et du service de Saint-Thomas à Colon, qui doit être revisé, la compagnie s'est engagée à fournir dans l'Atlantique, tant sur la ligne du Havre à New- York que sur une ligne de France à la mer des Antilles, un parcours postal annuel présentant un développement de marche au moins égal à celui qui venait de cesser d'être réalisé. Elle s'est engagée en outre à fournir des paquebots pour la ligne du Havre à New- York, ayant au minimum une puissance de 850 chevaux-vapeur, donnant une marche de Il nœuds et demi, et à exécuter, outre le service actuel ayant lieu de deux en deux semaines, deux voyages de plus par mois du 1er avril au 1er novembre. De son côté, l'Etat fournit à la compagnie une subvention annuelle de 644,000 francs.

La Compagnie générale transatlantique , dont les paquebots sont parfaitement aménagés et jouissent d'une réputation méritée, a éprouvé dans ces dernières années plusieurs' désastres. La perte de l'Europe et de ï' Amérique, en 1874, ont, notamment, vivement surexcité l'attention publique.

Auprès de la Compagnie générale transatlantique se place la Compagnie des messageries maritimes, une des plus importantes du monde entier. Cette compagnie a inauguré en 1859 un service mensuel de Bordeaux au Brésil, avec escales et annexes sur la Plataet sur le Sénégal; en 1862, une ligne mensuelle sur rinde,rindo-Chine et la Chine, avec annexes sur les lies de la'Réunion et Maurice, Calcutta, Batavia, Shanghaï, partant de Marseille; en 1870, elle a doublé ses départs sur la ligne de Chine, et en 1872 elle a doublé son service du Brésil et de la Plata. D'après ses contrats avec l'Etat, cette compagnie doit faire par an un service de 153,000 lieues marines dans la Méditerranée, de 221,000 dans les mers de l'Inde et de la Chine , enfin de 50,000 pour le service du Brésil et de la Plata, soit 424,000 lieues. Dans l'année 1874 , ses paquebots ont parcouru 611,000 lieues. L'Etatlui fournit des subsides s'élevant chaque année à 15,014,700, soit 3,076,091 francs pour le service de la Méditerranée et de la mer Noire; 2,306,172 francs pour le Brésil et la Plata, et 9,632,437 francs pour le service de l'Indo-Chine. Les bénéfices de la compagnie, qui lui ont permis de distribuer en 1874 un dividendede 35 francs, proviennent en grande partie des subsides du gouvernement. Un député, M. Guichard, frappé de cet état de choses , déposa, le il mai 1874, un projet de loi demandant que le traité passé en 1861 entre l'Etat et la Coin-

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pagnie des messagerie maritimes fût dénoncé avant le 22 juillet 1875, terme assigné pour la dénonciation. Mais, par suite des lenteurs de la commission chargée d'examiner ce projet de loi, le rapport ne fut présenté que le 23 juillet 1875, juste le lendemain du terme assigné pour la dénonciation , de sorte que le traité conservait tout son effet jusqu'en 1888. Toutefois, le 2 août 1875, le gouvernement a passé avec la compagnie une convention nouvelle, par laquelle celle-ci s'engnge à faire un parcours annuel de 146,553 1/3 lieues marines dans la Méditerranée, 221,077 2/3 lieues marines dans les mers de l'Indo-Chine et 99,552 lieues sur les ligues du Brésil et de la Plata. La subvention afférente aux services de la Méditerranée, du Brésil et de la Plata est fixée à 4,382,263 fr. 3i, et celle du service de l'Indo- Chine à 8,573,024 fr. 26.

Parmi les autres compagnies qui se sont formées en France pour desservir des lignes transatlantiques, nous citerons les suivantes. La compagnie Arnaud Tonache établit en 1855, sans subvention, une ligne de paquebots à vapeur de Marseille au Brésil, et ne Subsista que peu de temps. La maison de Commerce Gauthier frères créa sans subvention en 1856, au Havre, deux lignes de paquebots à vapeur, l'une sur New-York, l'autre sur le Brésil, mais elle renonça uu bout de quelques mois à son entreprise. La Compagnie des transports maritimes à vapeur a établi en 1866 un service mensuel, mais subventionné, de Marseille au Brésil et à la Plata. En 1889, la maison Quesnel frères, armateurs au Havre, a établi une ligne commerciale mensuelle de ce port à la Plata, et en 1873 une autre du Havre à La Havane. La Compagnie des chargeurs réunis, de Paris, a inauguré en 1872 une ligne mensuelle commerciale du Havre au Brésil, et en 1878 une seconde du Havre à la Plata. La maison Germain Hermanos , de Paris , a inauguré, le 15 juillet 1873, la ligne française du Pacifique, partant du Havre et faisant escale à Bordeaux, au Brésil, à la Plata, au Chili, au Pérou. Enfin, à la fin de l'année 1873, deux armateurs de Bordeaux, MM. Seusine et Choies, ont établi un service de cetto ville à Calcutta, avec escales aux principaux ports de l'Inde , en passant par l'isthme de Suez.

Nous n'entreprendrons point de passer eu revue les compagnies transatlantiques étrangères, ce qui nous entraînerait trop loin et n'offrirait aucun intérêt ; nous nous bornerons à citer la grande Compagnie anglaise, dite Péninsulaire et Orientale, qui jouit d'uno célébrité méritée.

TRANSBORDEMENT s. m. (tran-sbor-denmn — rad, transborder). Mar. Action de transborder : Opérer le TRANSBORDEMENT des marchandises et des voyageurs.

TRANSBORDER v. a. ou tr. (tran-sbor-dé

— du préf. trans, et de bord). Mar. Transporter d'un bâtiment dans un autre : Transborder des marchandises, des voyageurs.

— v. ii. ou intr. Passer d'un navire sur un autre : Il nous fallut trois heures pour transborder.

TRANSCAUCASIE. V. Caucase.

TRANSCENDANCE s. f. (transs-san-dan-se

— rad. transcenda}ti). Qualité de ce qui est transcendant, supériorité, excellence : La transcendance des talents d'un orateur.

— Philos. Système philosophique basé sur la révélation divine : Toute spéculation de l'esprit dans le domaine de la transcendance traîne à sa suite une iniquité, (Proudh.)

TRANSCENDANT, ANTE adj. (transs-sandan, an-te — lat. iranscendens ; de trans, au delà, et de ascendere, monter). Supérieur, sublime, qui excelle ; Mérite transcendant. Génie transcendant. On voit peu d'esprits qui soient sublimes et transcendants. (La Bruy.) L'esprit transcendant est souvent accompagné d'une âme bien basse et bien petite. (Mme de Puisieux.)

— Philos. Se dit, dans la philosophie scolastique, des attributs, des qualités susceptibles d'une très-grande généralité. Il Se dit, dans le système de liant, de toute connaissance purement rationnelle. Il Philosophie transcendante , Système philosophique qui consiste à étudier nos facultés sous les rapports les plus élevés de la métaphysique. Il Idées transcendantes, Idées émanant immédiatement de la raison.

— Mathém. Analyse transcendante, Calcul différentiel et intégral. Il Géométrie transcendante, Partie de la géométrie qui s'occupe de l'examen des propriétés de toutes les courbes et qui emploie pour y arriver le calcul différentiel et intégral. Il Quantités transcendantes, Celles dont la génération implique l'infini. Il Equation transcendante, Celle qui contient des quantités transcendantes. Il Courbe transcendante, Courbe dont l'équation est transcendante.

— Anat. Anatomie transcendante, Celle qui s'élève aux lois générales de l'organisme.

— Encycl. Philos. Le mot transcendant, dans le langage usuel, se dit de tout ce qui est au-dessus des idées et des connaissances ordinaires; c'est ainsi qu'on parle d'une physique transcendante, de mathématiques transcendantes, d'une philosophie et même d'une poésie transcendante. Dans le langage philo»

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sophique, ce même terme s'applique à toute connaissance que nous croyons pouvoir obtenir suns le secours de l'expérience. Il est alors opposé nu mot immanent, par lequel on entend ce qui reste dans les limites de l'expérience, c'est-à-dire dans les bornes légitimes de l'intelligence humaine,

— Usage transcendant des idées de la raison. Il y a trois idées de la raison pure : 1» idée du moi ou idée psychologique; î<> idée du monde où idée cosmologique; 3° idée de Dieu ou idée théologique. Kant n'accorde à ces trois idées qu'un usage régulateur; il n'admet pas qu'on en fasse un usage transcendant, c'est-à-dire qu'on puisse leur attribuer légitimement une valeur et une portée hors de l'expérience. Une partie de la Critique de la raison pure est consacrée à mettre en garde contre l'illusion de ceux qui s'inia-

finent puiser dans les concepts rationnels es connaissances transcendantes. Voici la conclusion de Kant sur ce point : • La raison pure, qui d'abord semblait ne nous promettre rien de moins que d'étendre nos connaissances au delà de toutes les limites de l'expérience, ne contient, si nous la comprenons bien, que des principes régulateurs qui, à la vérité, prescrivent une unité plus grande que celle que peut atteindre l'usage empirique de l'entendement, niais qui, par cela même qu'ils reculent si loin le but dont il cherche à se rapprocher, portent au plus haut degré l'accord de cet usage avec luimême au moyen de l'unité systématique. Que si, au contraire, on entend mal ces principes et qu'on les prenne pour des principes constitutifs de connaissances transcendantes, une apparence brillai.te , mais trompeuse, produit alors une persuasion et uu savoir imaginaires, qui enfantent à leur tour des contradictions et des disputes éternelles. Ainsi, toute conscience humaine commence par des intuitions, va de là à des concepts et finit par des idées. Bien qu'elle ait pour ces trois éléments des sources à priori, qui, au premier aspect, semblent repousser les limitesde toute expérience, une critique complète nous convainc cependant que toute raison ne peut jamais dépasser avec ces éléments le champ de l'expérience possible, et que la véritable destination de celle suprême faculté de connaître est de ne se servir de toutes les méthodes et des principes de ces méthodes que pour poursuivre la nature jusque dans ce qu'elle a de plus intime, suivant tous les principes possibles d'unité. A la vérité, l'examen critique de toutes les propositions qui peuvent étendre notre connaissance uu delà de l'expérience réelle nous a suffisamment convaincu-, qu'elles ne peuvent jamais nous conduire & quelque chose de plus qu'à une expérience possible, et, si l'on ne se montrait dèhuiit même à l'endroit des théorèmes abstraits ou généraux les plus clairs, si des perspectives attrayantes et apparentes ne nous entraînaient à en rejeter la force, nous aurions pu certainement nous dispenser d'interrogée péniblement tous les témoins dialectiques qu'une raison transcendante appelle a l'appui de ses prétentions; car nous savions déjà d'avance avec une parfaite certitude que leurs allégations peuvent punir d'une intention honnête, mais qu'elles doivent être absolument nulles, parue qu'il s'agit ici de connaissances qu'aucun homme ne saurait jamais acquérir. iMais, comme il n'y a pas de tin au discours, si l'on ne découvre la véritable cause de l'apparence par laquelle le plus raisonnable même peut être trompé, et que la résolution de toute notre connaissance transcendante en ses éléments (comme éluda de notre nature intérieure) n'est pus en soi d'un prix médiocre, qu'elle est même un devoir pour le philosophe, il était nécessaire de rechercher en détail jusque dans ses premières sources tout ce travail de lu raison spéculative, quelque vain qu'il soit, et, de plus, comme l'apparence dialectique n'est pas ici seulement trompeuse quant uu jugement, mais aussi quant à l'intérêt qu'on prend au jugement, qu'elle est par là aussi attrayante que naturelle et qu'elle demeurera telle eu tout temps, il était prudent de rédiger explicitement les actes de ce procès et de les ueposer dans les archives de la raison humaine, afin que l'on puisse éviter à l'avenir de semblables erreurs. >

— Transcendance et immanence appliquées à l'idée de Dieu. Les antonymes transcendant et immanent s'appliquent souvent à l'idée de Dieu avec un Sens différent de celui qui précède. 11 ne s'agit plus ici de ce qui est au delà

.de l'expérience et de ce qui s'y renferme; il s'agit de ce qui est hors du monde, séparé du monde, et de ce qui est dans le monde, inhérent au inonde. Le Dieu du déisme est transcendant, c'est-à-dire extérieur et antérieur au monde; le Dieu du panthéisme est immanent, c'esi-à-dire inséparable du monde dont il est l'âme. ■ Dieu, dit Spinoza, est la cause immanente de toutes choses, liens est omnium rentra causa immanens, »

— Morale transcendante et morale immanente. Proudhon s'est servi des deux mots transcendant et immanent pour désigner les deux grands systèmes de morale qu il oppose l'un à l'autre dans son livre De la justice. Le système de la transcendance est celui de la morale révélée, de la loi apportée d'en haut, imposée du dehors. C'est le premier et le plus ancien en date, celui qui rallie encore la

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masse des populations du globe, bien qu'il perde chaque jour du terrain chez les nations civilisées. Toutes les religions et quasi-religions ont pour objet de l'inculquer; le christianisme en est depuis Constantin le principal organe. Aux théologiens ou théodieéens il fautjoindrelamultitudedfs réformateurs qui, tout en se séparant de l'Eglise et du théisme lui-même, restent fidèles au principe de subordination externe, mettant à la place de Dieu la société, l'humanité ou toute autre souveraineté plus ou moins visible et respectable. D'après ce système, dont le catholicisme nous offre la plus complète expression, le principe moral, formateur de la conscience,

fiuissance plastique qui lui donne la vertu et a dignité, est d'origine supérieure à l'homme, sur qui il agit par une influence d'en haut, gratuite et mystérieuse. La justice est donc surnaturelle et surhumaine; elle a pour sujet véritable Dieu, qui la communique et l'insuffle à l'âme. Celle-ci, vide et ténébreuse, sans autre moralité que celle de l'égoïsme,est incapable par elle-même de s'élever a la loi qui régit la société, et par ses seules forces d'y conformer ses actes; seulement, elle possède une certaine aptitude à recevoir la lumière dont la transtusion mystique est opérée en elle par le révélateur divin, autrement dit le Verbe. Ainsi, la morale est une chose essentiellement divine, ultra-rationnelle, audessus de toute observation et conclusion de l'esprit ; elle ne peut avoir, quant à la détermination de ses principes et de ses préceptes, rien de commun avec les autres branches du savoir, qui toutes relèvent de l'entendement et de l'expérience.

Le système de l'immanence est celui de l'innéité de l'idée et du sentiment de la justice dans la conscience. D'après cette théorie, l'homme, quoique parti d'une sauvagerie complète, produit incessamment, par le développement spontané de sa nature, la société. Ce n'est que par abstraction qu'il peut être considéré à l'état d'isolement et sans autre loi que l'égoïsme. Sa conscience n'est pas double ; elle ne relève point, pour une part , de l'animalité , et pour l'autre de Dieu; elle n'est que polarisée. Partie intégrante d'une existence collective, l'homme sent su dignité tout à la fois en lui-même et en autrui et porte ainsi dans son cœur le principe d'une moralité supérieure à son inindividu. Et ce principe, il ne le reçoit pas d'ailleurs; il lui est intime, immanent. Ii constitue son essence, l'essence de la société elle-même. C'est la forme propre de l'âme humaine, forme qui ne fait que se préciser et se perfectionner de plus en plus parles relations que fui t naître chaque jour la vie sociale. « Ainsi, dit Proudhon, quand je me sers du mot immanence, je ne le prends pas au sens de Spinoza, disant de Dieu qu'il est la cause immanente de toutes choses; ni à celui de Hegel qui, faisant Dieu identique à l'esprit universel, conclut que Dieu est immanent dans l'humanité. J'écarte tout théologisme, toute théorie de l'absolu. Je dis simplement que la justice est en dous comme l'amour, comme les notions du beau, de l'utile, du vrai, comme toutes nos puissances et facultés. Et je nie en conséquence que, tandis que nul ne songe à rapporter à Dieu l'amour, l'ambition, 1 esprit de spéculation ou d'entreprise, on doive faire exception pour la justice. Lu justice est humaine, tout humaine, rien qu'humaine ; c'est lui faire tort que de la rapporter, de près ou de loin, directement ou indirectement, à un principe supérieur ou antérieur à l'humanité. Que la philosophie s'occupe tant qu'elle voudra de la nature de Dieu et de ses attributs, ce peut être son droit et son devoir. Je prétends que cette notion de Dieu n'a rien à faire dans nos constitutions juridiques, pas plus que dans nos traités d'économie politique ou d'algèbre. >

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