‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 337 sur 1042 · TRAVAILLE · texte numérisé non relu

TRAVAILLE

— Exécuter certains tours de force et d'adresse : Travailler dans un cirque, à la foire. Faire travailler des chiens, des singes, des oiseaux.

— Se déformer par un travail qui se produit dans la masse : Ce bois travaille. Cette poutre a travaillé. Ce mur semble travailler.

— Se dénaturer, changer par l'effet d'un travail, d'une réaction chimique qui se produit dans la masse : Celle bière commence à travailler. Quand la vigne est en fleur, le vin travaille. (Acad.)

— Produire un intérêt : Faire travailler son argent.

— Travailler à. Faire des travaux pour l'exécution de : On travailles à la façade de l'hôtel de ville. Mes ouvriers travaillent A votre habit, li S'efforcer de réaliser, s'occuper de : Travailler à sa fortune, k faire sa fortune. Je travaille À me débarrasser de lui, (Acad.) Avant déjuger, travaillez A acquérir la justice. (Grimm.) 11 Préparer par ses actes :

Tout vainqueur insolent d sa perte travaille. La Fontaine.

— Travailler à la taise, au mètre, Travailler pour un prix convenu par toise, par mè-

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tre. N Fig. Travailler à la toise. Faire vite et mal, sans soin, un travail intellectuel ou artistique : Des écrivains, des peintres qui travaillent À la toisb.

— Travailler à la tâche, Faire une partie déterminée d'ouvrage pour un prix convenu.

— Travailler à la pièce, Exécuter, pour un même prix convenu, des pièces, des ouvrages pareils entre eux. il Travailler à ses pièces, Etre payé, non à la journée, mais d'après l'ouvrage que l'on fait.

— Travailler au grand jour, Ostensiblement, sans se cacher : Travaillez au grand jour, ne dépendes que de vous. (Th. Leclercq.)

— Travailler en grand, Travailler sur un vaste plan, d'après une vue générale et complète.

— Administr. Conférer sur les affaires publiques : Le ministre travailla toute la matinée avec le roi.

— Peint. Se dit des couleurs qui s'altèrent avec le temps : Les bleus de ce tableau ont travaillé.

— Mus. Se dit d'une partie qui fait beaucoup de notes et de variations, pendant que les autres ont des tenues et un jeu plus posé : La basse travaille beaucoup dans ce morceau, '

— Manège. Exercer un cheval : Travailler en carré. Travailler aux quatres coins.

— Mar. Etre tendu, faire effort : Ce câble travaille. Il Rouler, tanguer : Le bâtiment travailla toute la nuit, il Etre fortement agité, en parlant de la mer : Le flot commençait à TRAVAILLER.

— Techn. Travailler à ta main, Former le corps d'un cierge avec de la cire qui n'a pas été fondue. Il Travailler au clou. Attacher h. un clou à crochet la tête de chaque cordon de paille nattée. Il Travailler de rivière, Ramollir les peaux en les trempant dans l'eau.

— Typogr. Travailler à la casse, Remplir toutes les fonctions relatives à la composition. Il Travailler en conscience. Travailler à l'heure ou à la journée, et non à la tâche.

— Mécan. Supporter un. poids, un effort, une pression.

— Min. Se dit d'une couche, d'un filon qui s'affaisse tout doucement, en forçant les bois de soutènement.

— v. a. ou tr. Appliquer son travail à : Travailler son champ, sa terre. Il faudrait un peu plus travailler votre style. (Acad.)

— Tourmenter, causer de la peine à : Cette fièvre le travaille cruellement. L'âme du tyran est esclave de tous les vices gui la peuplent et qui la travaillent. (A. Martin.)

— Agiter, exciter : L'homme se tourmente jusqu'à ce qu'il ait produit au dehors ce qui le travaille au dedans. (Lamart.j

— Solliciter, chercher à gagner : Il avait travaillé (es témoins.

— Exciter au mécontentement, à la révolte : Travailler les esprits. Travailler l'armée.

— Attaquer, tourner en ridicule, dauber sur :

Ah! le ministre ainsi se mêle de railler! Dans un article, moi, je vais le travailler.

PB Laville.

— Façonner : Ces gens-là travaillent bien le fer. On ne peut pas mieux travailler le marbre. (Acad.) Nous travaillons te cuivre avec une véritable supériorité. (Mien. Chev.)

— Pop. Travailler les côtes à quelqu'un, Lui donner des coups.

— Art .culin. Travailler une sauce, L'amener à la consistance convenable.

— Manège. Travailler un cheval, L'exercer, le manier ou le fatiguer, il Travailler un cheval de part en part, Le conduire trois fois sur chaque ligne du carré. Il Travailler un cheval ferme à ferme, Le manier, comme au piaffer, sans changer de place. Il Travailler un cheval dans la main ou de la main à la main, I.e changer de main, le conduire par le seul effet de la bride. Il Travailler un cheval aux quatre coins ou de quart en quart, Lui faire faire un tour à chaque coin du carré de la volte, en marquant toujours ce même carré sans s'arrêter.

— Techn. Travailler les glaces, Les mêler ensemble, Il Travailler la composition des glaces, Mêler, avec le dos de la houlette, ce qui est pris avec ce qui ne l'est pas.

Se travailler v. pr. Etre travaillé, façonné : Le fer ne se travaille pas aisément.

— Se tourmenter, s'inquiéter, s'efforcer : Il se travaille inutilement à chercher la pierre philosophait. (Acad.) Cest à force de nous travailler pour augmenter notre bonheur que nous le changeons en misère. (J.-J. Rouss.)

Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf. Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur.

La Fontaine.

Il Emploi vieilli.

— Se tourmenter, se nuire mutuellement : Ces deux journaux ne sont occupés qu'à se travailler.

— Encycl. Linguist. Travailler pour le roi de Prusse. L'origine de ce proverbe est fort incertaine, bien que deux versions différentes la fassent également remonter à Frédéric II. Ce qui est certain, &'est qu'on n'en trouve

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pas de traces avant la seconde moitié du XvmB siècle. M. Ch. Rozan, autour des Petites ignorances de la conversation (Paris, 1857), croit qu'il est né de la parcimonie du grand Frédéric, et son explication parait assez plausible. « On a dit que le mot était de Voltaire. Rien ne nous autorise k l'affirmer, dit M. Rozan, mais la supposition est vraisemblable. Il est possible, en effet, qu'après sa grande brouille avec Frédéric Voltaire ait eu la pensée d'exprimer qu'il avait perdu et son temps et sa peine en travaillant pour le roi de Prusse. Quoi qu'il eu soit, l'allusion a fait fortune, elle est devenue proverbe, et pour qu'elle se soit ainsi répandue dans le peuple et installée dans la langue, il faut qu'elle ait eu d'autres causes que les rancunes de Voltaire. Frédéric II aimait beaucoup la France; il a souvent occupé des ouvriers français; il les a pavés, nous n'en doutons pas, mais il est à peu près certain qu'il ne les a pas payé§ royalement, et ceux-ci manifestaient leur mécontentement en disant qu'ils avaient travaillé pour le roi de Prusse.» Comme on le voit, cette interprétation ne manque pas de vraisemblance; nous préférerions cependant la suivante.

Frédéric te Grand rêvait de s'emparer de la Silésie, ce qui n'était pas facile , attendu que l'Autriche était précisément, à cette époque, en pourparlers d'alliance avec la Russie. Frédéric ne doutait pas d'avoir bon marché de l'Autriche après une bataille, mais il n'en était pas de même pour la Russie. Aussi, avant de rien laisser percer de ses projets, se mit-il à chercher les moyens de rompre l'alliance projetée entre les deux puissances. A force de chercher, l'idée lui vint d'acheter l'un des nombreux favoris qui, sous le couvert du manteau impérial, gouvernaient l'empire russe. Il envoya un agent sûr avec ordre d'aborder un certain Bestoujef qui rem-

f dissait à ce moment l'emploi de factotum à a cour de Saint-Pétersbourg. Bestoujef accueillit d'abord assez froidement 1 envoyé prussien ; mais celui-ci était un homme habile; il fit si bien que Bestoujef l'assura verbalement, puis par écrit, que, dans le cas où la guerre éclaterait entre la Prusse et l'Autriche, la Russie garderait la neutralité. En retour de cette promesse, que Frédéric fit ratifier par l'impératrice et pour l'exécution de laquelle il prit des garanties, Bestoujef reçut la promesse d'un don de 40,000 florins, payables moitié au début de la guerre, moi-

, tié après la conclusion de la paix. Frédéric commença la guerre; Bestoujef, qui avait grand besoin d'urgent, lit aussitôt réclamer les 20,000 florins; mais le roi de Prusse était introuvable, ou bien le temps lui manquait, ou bien lès nécessités de la guerre ne lui laissaient pas la plus petite somme à sa disposition. Bestoujef fut prié d'attendre jusqu'à la fin des hostilités, la conquête de la Silésie devant rapporter de grosses sommes sur lesquelles il serait payé bien certainement. Bestuchef gronda, mais, comme la conquête marchait rapidement, il attendit. La guerre finie et Frédéric étant de retour à Berlin, Bestouief lui fit savoir qu'il serait très-aise do recevoir les 40,000 florins promis, A cette réclahiation, le roi joua la surprise. « Quelle est cette somme dont ou me parle? dit- il k l'envoyé du favori. La cour de Russie est-

. elle donc pauvre k ce point qu'elle soit obligée de vendre sa neutralité? » L'envoyé de Bestoujef essaya de faire comprendre au roi qu'il ne s'agissait pas de la cour de Russie dans cette affaire toute personnelle entre le roi et le favori. Frédéric s'obstina à ne rien vouloir comprendre.

« Qu'on me montre, disait-il, un traité signé de moi , un acte quelconque stipulant une promesse en mou nom I 40,000 florins! Mais la Silésie ne m'a pas rapporté la moitié de cette somme. Celui qui voua envoie est fou; je n'ai rien promis. •

Ce fut son dernier mot. L'envoyé de Bestoujef revint auprès de celui-ci la tête basse et lui répéta ce qu'avait dit Frédéric. Le favori se fâcha et menaça, mais il dut se résigner à garder le silence, car son crédit commençait à baisser; le roi de Prusse n'ignorait fius ce détail. Bestoujef essaya de se epnsoer de cette duperie en faisant de l'esprit. A dater de ce jour, il dit k tous ceux de ses amis qui faisaient une mauvaise affaire : « Allez, vous travaillez pour le roi de Prusse. » Le mot ne tarda pus à se répandre dans le monde, à la grande satisfaction de Frédéric. « Voilà, dit-il, une plaisanterie qui immortalisera plus la Prusse que toutes me3 conquêtes. •

Frédéric était un cynique doublé d'un avare. L'histoire n'est donc pas impossible.

TRAVAILLEUB, EUSE s. (tra-va-lleur, euze; Il mil. — rad. travailler). Personne adonnée au travail : Ce n'est pas un fort habile ouvrier, mais c'est un bon travailleur. Il faut gue le travailleur soit fils de ses œuvres. (Corbon.) Dans une société qui a le travail pour base, le travail doit toujours faire vivre le travailleur; il ne doit jamais le tuer. (E. de Gir.)

— Hist. ecclés. Prêtre qui s'occupait spécialement des enterrements. Il Convulsionnaire de Saint-Médard.

— Art milit. Soldat qu'on emploie à des travaux de terrassement : Les assiégés firent une sortie et tombèrent lur les travailleurs. (Acad.)

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— s. f. Petit meuble dans lequel les femmes serrent leur ouvrage et leurs objets de travail : Une travailleuse en bois de merisier déteint remplissait l'embrasure de la fenêtre. (Balz.) Il On dit plu3 souvent table a

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