‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 339 sur 1042 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

" Considérant :

Que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs;

Que l'assujettissement du travailleur au capital est la source de toute servitude politique, morale et matérielle ;

Que, pour cette raison, l'émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel doit être subordonné tout mouvement politique;

Que tous les efforts jusqu'ici ont échoué, faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays et d'une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées ;

Que l'émancipation des travailleurs n'est pas un problème simplement local ou national; qu'au contraire ce problème intéresse toutes les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique ;

Que le mouvement qui s'accomplit parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l'Europe, en faisant naître de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et conseille de combiner tous les efforts encore isolés ;

Par ces raisons, le congrès de l'association internationale déclare que cette association, ainsi que toutes les sociétés ou individus y adhérant, reconnaîtront, comme devant être la base de leur conduite envers tous les hommes, la vérité, la justice, la morale, sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.

Le congrès considère comme un devoir de réclamer non-seulement pour les membres de l'association les droits de l'homme et du citoyen, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs.

« Pas de droits sans devoirs, pas de devoirs sans droits.'

C'est dans cet esprit que le congrès a adopté définitivement les statuts suivants de l'Association internationale des travailleurs.

Article 1". Une association est établie pour procurer un point central de communication et de coopération entre les travailleurs des différents pays aspirant au même but, savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière.

Art. 2. Le nom de cette association sera : Association internationale des travailleurs.

Art. 3. Le conseil général se composera d'ouvriers représentant les différentes. nations faisant partie de l'Association interna-

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tionale. Il prendra dans son sein, selon les besoins de l'association, les membres du bureau, tels que président, secrétaire général, trésorier et secrétaire particulier pour différents pays.

Tous les ans, le congrès réuni indiquera le siège du conseil général, nommera ses membres et choisira le lieu de la première réunion. A l'époque fixée par le congrès, et sans qu'il soit nécessaire d'une convocation spéciale, les délégués se réuniront de plein droit aux lieu et jour désignés. En cas d impossibilité, le conseil général pourra changer le lieu du congrès, sans en changer toutefois la ' date.

Art. i. A chaque congrès annuel, le conseil général fera un rapport public des travaux 3e l'année. En cas d urgence, il pourra convoquer le congrès avant le terme fixé.

Art. 5. Le conseil général établira des relations avec les différentes associations ouvrières, de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au courant des mouvements de leur classe dans les autres pays; qu'une enquête sur l'état social soit faite simultanément et dans un même esprit; que les questions proposées par une société et dont la discussion est d'un intérêt général soient examinées par toutes, et que, lorsqu'une idée pratique ou une difficulté internationale réclamerait l'action de l'Association, celle-ci puisse agir d'une manière uniforme. Lorsque cela lui semblera nécessaire, le conseil général prendra l'initiative des propositions à soumettre aux sociétés locales ou nationales.

Il publiera un bulletin pour faciliter ses communications avec les sections.

Art. 6. Puisque le succès du mouvement ouvrier ne peut être assuré dans chaque pays que par la force résultant de l'union et de 1 association ;

Que, d'autre part, l'utilité du conseil général dépend de ses rapports avec les sociétés ouvrières soit nationales, soit locales, les membres de l'Association nationale devront faire tous leurs efforts, chacun dans son pays, pour réunir en une association nationale les diverses sociétés ouvrières existantes. Il est bien entendu, toutefois, que l'application de cet article est subordonnée aux lois particulières qui régissent chaque nation; mais, sauf les obstacles légaux, aucune société locale n'est dispensée de correspondre directement avec le conseil général à Londres.

Art. 7. Chaque membre de l'Association internationale, en changeant de pays, recevra l'appui fraternel des membres de l'Association. Par cet appui, il a droit aux renseignements relatifs à sa profession dans la localité où il se rend, au crédit dans les conditions déterminées par le règlement de section et sous la garantie de cette même section.

Art. 8. Quiconque adopte et défend les principes de l'Association peut en être reçu membre, mais cela sous la responsabilité de la section qui le recevra.

Art. 9. Chaque section est souveraine pour nommer ses correspondants au conseil général.

Art. 10. Quoique unies par un lien fraternel de solidarité et de coopération, les sociétés ouvrières n'en continueront pas moins d'exister sur les bases qui leur seront particulières.

Art. 11. Tout ce qui n'est pas prévu par les statuts sera déterminé par les règlements révisables à chaque congrès.

Signé :

Odger, Chembr, Whelek, ouvriers anglais.

La cotisation annuelle était fixée à 1 fr. 25 par adhérent.

Aux statuts généraux et comme objets d'étude proposés au premier congrès était joint le programme suivant, qui résumait d'une façon très-nette les opinions des fondateurs et indiquait clairement le but qu'ils entendaient poursuivie. Nous donnons également cette pièce, très-courte d'ailleurs :

îo Organisation de l'Association internationale, son but, ses moyens d'action.

2" Sociétés ouvrières, leur passé, leur présent, leur avenir; du chômage, des grèves, moyens d'y remédier; de l'enseignement primaire et professionnel.

3° Du travail des femmes et des enfants dans les fabriques, au point de vue moral et • sanitaire.

4<> Réduction des heures de travail, but, portée, conséquences morales; de l'obligation du travail pour tous.

5° Association, son principe, ses applications; la coopération distinguée de l'association propre,

6° Des relations du capital et du travail ; concurrence étrangère; traités de commerce.

7° Impôts directs et indirects.

8° Institutions internationales; crédit mutuel, papier-monnaie, poids, mesures, monnaie et langue.

9° De la nécessité d'anéantir l'influence russe en Europe par l'application du principe du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes, et la reconstitution d une Pologne sur des bases démocratiques et sociales.

10° Des armées permanentes dans leurs rapports avec la production.

il» Des idées religieuses; leur influence sur

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le mouvement social, politique et intellectuel.

120 Etablissement d'une société de secours mutuels; appui moral et matériel accordé aux orphelins de l'Assocration.

Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par .l'examen des différentes pièces que nous venons de publier, l'organisation de la Société était républicaine et fédérative. Chaque groupe conservait son autonomie, et le congrès seul était souverain. Le conseil général n'était que l'exécuteur des décisions du congrès et n'avait pour mission que de les exécuter et faire exécuter.

L'organisation de ia Société étant désormais bien connue du lecteur, il nous parait indispensable d'appeler son attention sur ses très-humbles débuts ; mais avant d'entrer dans ces détails il n'est pas inutile de dire qu'à peine installés dans leurs fonctions les secrétaires correspondants de Paris, et notamment M. Tolain, furent en butte aux plus violentes calomnies. M. Tolain, en raison des fonctions de secrétaire de la commisson ouvrière qu'il avait remplies lors de l'Exposition universelle de Londres, fut plus directetement attaqué que ses camarades, et on l'accusa bientôt d'être l'agent secret du Palais- Royal. Ces bruits prirent des proportions telles qu'il parut nécessaire de les démentir solennellement, et les ennemis les plus acharnés du futur député et sénateur de la Seine furent bientôt contraints d'avouer que la jalousie avait seule donné naissance à ces calomnies. Rien n'est venu depuis lors démontrer que M. Tolain ait, à un moment quelconque,

f>ris ses inspirations auprès du prince Napoéon, et sa conduite ultérieure dissipa tous les doutes.

Cela dit à propos de calomnies que nous ne pouvions passer sons silence, car elles firent trop de bruit en leur temps, revenons aux débuts de l'Internationale. Si nous en croyons le livre de M. Fribourg ({'Association internationale des travailleurs, Paris, Armand Lechevalier, 1871), l'argent manquait au début ; le trimestre de loyer acquitté d'avance avait vidé la caisse du groupe fondateur, et l'on ne put faire imprimer 20,000 exemplaires des statuts généraux et 7,000 lettres d'adhésion eue grâce au crédit obligeant d'un ami. Le mobilier qui garnissait le local de la rue des Gravilliers était du reste des plus simples ; il se composait d'un petit poêle en fonte, cassé, apporté par M. Tolain, d'une table en bois blanc, servant durant le jour d'établi à M. Fribourg, et enfin de deux tabourets en bois blanc, auxquels on adjoignit plus tard quatre sièges de fantaisie. Ce mobilier, plus que modeste, constitua pendant plus ■ (l'une année tout l'ameublement du petit rezde-chaussée où se réunissaient les membres de l'Association groupés autour de la section des Gruvilliers,

Le bureau de Paris, installé comme nous venons de le dire, n'en recevait pas moins de nombreuses adhésions. Bon nombre de membres de sociétés dissoutes par l'Empire venaient se faire inscrire rue des Gravilliers, et quelques mois après l'ouverture du bureau les adhésions étaient assez nombreuses pour qu'il devint possible à l'Association de constituer des bureaux correspondants en province. C'est à cette époque que remontent les adhésions de MM. Jules Simon, plus tard membre du gouvernement de la Défense nationale, puis ministre du gouvernement de M. Thiers, Henri Martin, Gustave Chaudey, Corbon, Charles Beslay, etc.

Comme l'historique de la Société, depuis 1865 jusqu'aux événements de mars 1871 tout au moins, peut se faire à l'aide des comptes rendus des congrès, nous allons les passer rapidement en revue.

Le lecteur se rappelle que, le 28 septembre 1864, le meeting réuni dans Saint-Martin's Hall avait décidé qu'un congrès ouvrier aurait Heu l'année suivante à pareille époque. Or, ce congrès ne pouvant avoir lieu, vu l'insuffisance des adhérents et l'état de la caisse du conseil général, il fut décidé qu'une conférence administrative aurait lieu à Londres le jour anniversaire de la fondation de la Société. En conséquence de cette décision, le 24 septembre 1865, il y eut une réunion dans une des salles d'Adelphi Terrace. On examina dans celte réunion la question de savoir s'il convenait de n'admettre comme adhérents que des travailleurs manuels. L'accord ne se tit pas sur ee point, et il fut décidé que provisoirement les bureaux agiraient en ce cas à leur guise et sous leur responsabilité propre.

Ce fut en septembre 1866 que se réunit à Genève le premier congrès. Étaient convoqués, outre Les délégués de Krance, de Suisse, d'Allemagne, d'Angleterre, etc., certains étudiants de Paris qui naguère s'étaient reunis au congrès de Liège pour y disepter des questions philosophiques. Le bureau de Paris lit le voyage à ses frais. Le jour de l'ouverture du congrès, quelques efforts fuient faits pour transformer la réunion en manifestation antibonapartiste ; mais, sur les réclamations des délégués étrangers, le parti blanquiste dut euoncer.à cette entreprise.

Les résolutions adoptées par le congrès furent les suivantes :

L'établissement dans chaque localité d'Europe de bureaux correspondants.

Une cotisation mensuelle destinée à couvrir 'es frais généraux de correspondance.

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Une publication également mensuelle d'un bulletin de la Société.

L'organisation d'un enseignement professionnel international.

Des émigrations et des immigrations partielles des membres de l'Association.

La stricte observation du principe de réciprocité.

Les délégués des différentes nations regagnèrent leur patrie, et c'est à ce moment que se place la première intervention du gouvernement impérial. Les délégués anglais, en traversant la France, furent dépouillés par la police de tous les papiers qu'ils portaient et ne purent rentrer en possession desdits papiers que trois mois après, sur la demande formelle de lord Cowley, alors ambassadeur .d'Angleterre à Paris. Cette immixtion de la police impériale et les clameurs d'une certaine presse qui invitait l'Empire à poursuivre l'Internationale décidèrent le bureau de la rue des Gravilliers à dresser le plan d'une société d'assurance mutuelle destinée à faire revivre l'Internationale sous un autre titre, si celle-ci venait à être frappée par l'Empire. Ces précautions furent d'ailleurs inutiles, et la police impériale, mise au fait de cette tentative, la fit avorter au moyen des mille et une tracasseries que peut se permettre toute organisation policière.

La scission allait s'accentuant entre le parti exclusivement politique et les internationaux socialistes, lorsqu'on 1867 éclata la grève des bronziers, à l'occasion de laquelle l'Association montra quelle était et quelle pourrait être sa puissance. Voici le fait : une société ouvrière de crédit mutuel s'était fondée dans cette profession et avait pris un développement considérable. Les patrons inquiets sommèrent leurs ouvriers d'avoir à quitter leurs ateliers ou à cesser de faire partie de la Société de crédit mutuel. Les ouvriers répliquèrent à cette sommation en mettant à l'index toute maison de laquelle seraient chassés des ouvriers pour cause de participation à la Société. La lutte s'ouvrit; les patrons fermèrent leur ateliers et attendirent. La Société de crédit mutuel tenait bon, mais ses ressources s'épuisaient; c'est alors que deux membres fondateurs de l'Internationale partirent pour Londres, accompagnés de trois délégués des bronziers. Les Anglais, mis au fait, fournirent quelques ressources, et plusieurs billets de 1,000 francs arrivèrent de Londres au beau milieu d'une réunion tenue à Ménilmontantetà laquelle assistaient quelques patrons dissidents. Les patrons cédèrent devant la crainte d'être ruinés avant une association qui, dès cette époque, passait pour disposer de capitaux énormes; les ateliers se rouvrirent. L'Internationale venait une première fois de donner la mesure de sa puissance. Quelques troubles ayant éclaté dans certaines manufactures à Roubaix et les ouvriers ayant brisé les machines, le bureau de Paris adressa aux grévistes une lettre remarquable dans laquelle il déclarait que les machines, instruments de travail, devaient être sacrées et terminait en faisant un appel chaleureux aux membres de l'Internationale, qu'il invitait à secourir des frères malheureux.

Passons sur divers incidents et arrivons au congrès de Lausanne (septembre 1867). Ce congrès fut signalé par des discussions importantes sur les questions ouvrières, sur l'organisation de l'enseignement et sur les moyens d'étendre l'influence de la Société. Ensuite le congrès délégua plusieurs de ses membres au congrès de la paix à Genève. Le résultat de celte alliance fut l'intervention de l'Internationale dans quelques manifestations politiques qui eurent lieu au cimetière Montmartre (2 novembre 1867), au tombeau de Manin, puis dans celle du 4 novembre contre la réoccupation de Rome par les troupes impériales.

L'Internationale avait fait œuvre de société politique , le gouvernement impérial allait la poursuivre ouvertement. A la tin de décembre 1867, des perquisitions furent opérées au siège de la Société, rue des Gravilliers, et au domicile des fondateurs. Ces perquisitions n'amenèrent aucune saisie importante et l'Empire fut obligé de renoncer a poursuivre l'Internationale comme société secrète ; il se contenta de traduire devant ses tribunaux quinze prévenus, qu'il accusa de faire partie d'une association non autorisée. I/affaire vint, au mois de mars 1868, devant la 6e chambre, que présidait le célèbre Delesvaux. Etaient prévenus ; Chemalé , Tolain, Héligon, Camelinat, Murât, Perrachon, Fournaise, Gauthier, Dauthier, Belami, Gérardin, Bastien, Guyard, Delahaye et Delorme. Le procès fut vif et animé. L'avocat impérial Lepelletier déclara que les prévenus étaient tous des ouvriers honorables et requit néanmoins contre eux l'application de la loi. Ils furent condamnés à 100 francs d'amende. Appel fut fait de ce jugement; Murat présenta la défense de ses amis. M. Merveilleux-Duvignau, qui acquit sous l'Empire une si triste célébrité, soutint la prévention, et, le 29 avril 1868, le jugement de première instance était purement et simplement confirmé. Le pourvoi en cassation introduit par les condamnés fut rejeté le 12 novembre de la même année. La dissolution de la Société, et par suite celle du bureau de Paris, avait été prononcée par le jugement qui condamnait les principaux membres à 100 francs d'à-

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mende. En dépit de cette décision et avant même qu'elle fût devenue définitive, un nouveau bureau se reconstituait. Le gouvernement poursuivit immédiatement neuf des membres du nouveau bureau, et, le 22 mai 1868, paraissaient devant la 6e chambre Varlin, Malon, Humbert, Granjon, Bourdon, Charbonneau, Combault, Landrin et Mollin. Ils furent condamnés à trois mois de prison et 100 francs d'amende.

C'est à cette époque que se place un fait qui a eu une importance capitale dans la marche ultérieurement suivie par l'Internationale; nous voulons parler de l'invasion de cette société par le groupe communiste que nous retrouverons pfesque au complet dans les conseils de la Commune. A dater de 1868 et surtout de 1869, la Société, fondée pour l'étude des questions sociales, se transforme en association politique sous l'influence des partisans de Blanqui. Le but des sociétaires les plus influents n'est plus seulement le renversement de l'Empire, mais la substitution à ce régime justement détesté d'un état social où les théories communistes seraient mises en application immédiatement par la main d'un pouvoir dictatorial. Parmi ceux qui appellent de tous leur3 vœux ces réformes immédiates, plusieurs déclarent qu'ils n'ont aucune préférence pour telle ou telle forme de gouvernement. Quelques-uns même ajoutent qu'ils accepteront les réformes qu'ils réclament de la main du gouvernement impérial. A cette date, les événements ultérieurs l'ont prouvé, l'Internationale compte dans son sein des agents bonapartistes, apôtres plus ou moins avoués, mais très-zélés, de cette chose grotesque qu'on a qualifiée de socialisme impérial.

Un nouveau congrès se tint à Bâle en 1868. On y vit des Russes, des Autrichiens, des Allemands du Nord, des Anglais, des Espagnols, des Italiens et enfin des Français;mais ces derniers n'y figuraient qu'en petit nombre. Le sujet à l'ordre du jour était la propriété foncière. Une première déclaration émanant de la commission du congrès et dont le premier article est le suivant : « La propriété foncière est abolie, le sol appartient à le collectivité ; il est inaliénable, » est en vain attaquée avec une grande vigueur par Tolain et Langlois ; leur langage plein de bon sens n'est point écouté, et la déclaration suivante est votée par 54 voix contre 4; 13 délégués présents s étaient abstenus.

Cette pièce émane du Russe Bakounine, pn quasi-boyard communiste. La voici :

« Je vote pour la collectivité du sol en particulier, et en général de toute la richesse sociale, dans le sens de la liquidation sociale. » J'entends par liquidation sociale l'expropriation, en droit, de tous' les propriétaires actuels, par l'abolition de l'Etat politique et juridique qui est la sanction et la seule garantie de la propriété actuelle et de tout ce qui s'appelle le droit juridique-, et l'expropriation, de fait, partout et autant qu'elle sera possible et aussi vite qu'elle sera possible, par la force même des événements et des choses. » '

Quant à l'organisation postérieure, considérant que tout travail productif est un travail nécessairement collectif et que le travail que l'on appelle improprement individuel est encore un travail produit par la collectivité des générations passées et présentes, Bakounine conclut à la solidarisation des communes, proposée par la majorité de la commission, d'autant plus volontiers que cette solidarisation implique l'organisation de la société de bas en haut, tandis que le projet de la minorité nous parle de l'Etat.

« Je suis, ajoute-t-il, un antagoniste résolu de l'Etat et de toute politique bourgeoise de l'Etat.

» Je demande la destruction de tous ies Etats, nationaux et territoriaux, et, sur leurs ruines, la fondation de l'Etat international des travailleurs. »

Dans la première moitié de l'année 1870, si fatale à la France, l'Internationale fit peu parler d'elle. Au début de la guerre avec la Prusse, elle publia un manifeste en faveur de la paix, et ce fut tout. "Vers la fin de 1870, à Paris, elle contribua peut-être dans une certaine mesure aux affaires du 31 octobre. Son rôle important commence au mois de février 1871. Nous n'avons pas ici à faire l'histoire du mouvement insurrectionnel du 18 mars, et nous nous contenterons de dire que dans le Comité central, qui fut le point de départ du mouvement communaliste, figuraient plusieurs membres de l'Internationale. Lorsque le gouvernement de la Commune fut installé à l'Hôtel de ville, il comptait sur soixante-dix-neuf membres vingt sociétaires qui faisaient partie de l'Association avant le congrès tenu à Bruxelles en 1868. Sur ces vingt membres, quinze, au moins, avaient poussé de toutes leurs forces l'Association dans la voie où nous l'avons vue pleinement engagée par le congrès de Bâle de 1869. Sur les cinquante-neuf autres membres de la Commune, on en comptait à peine sept qui fussent hostiles à l'Internationale. Le reste, pour les deux tiers au moins, était entré dans l'association en 1869 et au commencement de 1870. L'influence de l'Internationale et surtout de la fraction communiste de cette société sur les événements du 18 mars et ceux qui les suivirent jusqu'au 25 mai de la môme aimée ne semble donc pas niable.

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Resterait à examiner si l'élément bonapartiste, qui figurait jusque dans le personnel des membres de la Commune, ne doit pas être tenu comme responsable, dans une large mesure, des désastres qui ont accablé la capitale à la fin de mai; mais ces questions ne peuvent trouver place ici.

Depuis 1871, l'Association internationale a tenu quelques congrès qui n'ont présenté qu'un médiocre intérêt, et elle semble être en voie de décroissance en Europe. Elle s'est d'ailleurs coupée en deux en 1872, et cette division s'est accentuée à Genève en 1873. Des questions de rivalité personnelle entre MM. Karl Marx, Bakounine et Vésinier ont produit une scission qui ne peut qu'amener la ruine de l'Association.

Quelques gouvernements ont cru devoir édicter des lois sévères contre les membres de cette association. Le ministère Dufaure a fait voter le 14 mars 1872 une loi qui prononce un emprisonnement de trois mois à deux ans et une amende de 50 a 1,000 francs contre tout individu qui s'affiliera ou fera acte d'affilié à l'Association internationale.

Le gouvernement espagnol a suivi l'exemple du gouvernement français et a sévi contre l'Internationale au lendemain du mouvement suscité dans ce pays par ceux que l'on appelait alors les intransigeants. Mais le gouvernement anglais a refusé de suivre une semblable politique; il a pensé que, si les membres de l'Internationale devenaient dangereux, les lois ordinaires suffiraient pour les contenir.

TRAVAISON S. f. (tra-vé-zon — du laf trabs, poutre). Constr. Ensemble de toutes les travées d'un plancher. Il Syn. d'UNTABLE-

MESNT,

TRAVANAIS s. t. (tra-va-ne — du nom du marquis de Travanais, joueur de trictrac). Jeux. Case qui précède le coin de repos.

TRAVANCORE, ville de l'Indoustan, ancienne capitale du royaume de son nom, dans une vallée des Ghattes, à 35 kiloin. S.-E. de Trivanderam, parso 30' de latit. N. et74<> 52' de longit. E. Elle était autrefois grande et florissante ; mais elle est aujourd'hui presque entièrement déchue.

TRAVANCORE (royaume de), Etat de l'Indoustan, dans le Malabar, entre la mer des Indes à- l'O. et au S. et les Ghattes occidentales à l'E. ; 11,950 kilom. carrés, 215 kilom. sur 100 et 1,000,000 d'habitants. Dans ce nombre sont compris 70,000 chrétiens de Saint-Thomas, répartis en cinquante paroisses. On y compte aussi un millier de protestants et un très-petit nombre de catholiques. Capitale, Trivanderam. Sa surface, entrecoupée de montagnes, de collines, de vallées et de belles masses de forêts, est arrosée par une infinitéde cours d'eau qui entretiennent dans les vallées une constante verdure. La chaleur, naturellement très-forte, y est tempérée par le voisinage de la mer. Le sol est partout d'une fertdité remarquable. On y recueille principalement du riï, du poivre, du sucre, de la cannelle, du sagou, du gingembre, de la casse, de l'encens et autres gommes aromatiques, des noix de coco, etc. Parmi les animaux sauvages, on y trouve des buffles, des tigres, des éléphants. Depuis 1809, ce royaume est tributaire des Anglais.

TRAVASA. (Gaétan- Marie), historien italien, né à Bassauo en 1698, mort à Venise en 1774. Il entra dans l'ordre des théatins, professa la philosophie dans plusieurs collèges et s'adonna ensuite à ia prédication, dans laquelle il obtint beaucoup de succès. C'était un littérateur instruit et distingué. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Storia critica délia vita di Ario (Venise, 1746, in-3°) ; Storia critica délie vile degti eresiarchi dei I, II, IH e IV secoli (Venise, 1752-1762, 6 vol. in-8°), livre très-estimé; Istruziani e reyole per tacere e per parlare corne convîensi in maieria di religione (Venise, 1764, in-8«); Panegirici e ragionamenti sacri (Venise, 1767, in-4o), etc.

TRAVASSOS-VALDEZ (Francisco), écrivain portugais, né à Sétubal en 1825. Il a beaucoup voyagé ut a écrit des ouvrages en anglais et en portugais. Nous citerons de lui : South African ladies companion (1858); Six years of a traveller's life in western Africa (Londres, 1861); Africa occidental; noticias e consideraçoés (Lisbonne, 1864); Da Oceania aLxsboa (Rio-Janeiro, 1866), etc.

TRAVAT s. (tra-va). Manège. Cheval qui a des balzanes ou marques blanches aux deux pieds du même côté.

TRAVAUX (Pierre), sculpteur, né à Corsaint (Côte-d'Or) en 1824, mort à Paris en 1869. Elève de Jouffroy, il exposa pour la première fois en 1853 Thé tit et Achille et la Ilêoerie. Ce groupe et cette figure furent remarqués. Une certaine finesse de sentiment, une sorte d'ingénuité naïve étaient le côté intéressant de ces deux morceaux. En 1857, il exposa le groupe l'Education, dont le mérite le plus réel est un certain charme d'aspect, une sorte de bonhomie séduisante, et qui n'est aucunement inférieur à Thétis et à la liêuerie. Il exposa ensuite : Supho (1859); Moïse sauvé des eaux, Daoid rendant gidce. àDieu (1861); l\ffù>er<1863);l'//i/«»«'rte(l864); la Douleur (1S68); Hèw™ (1869), etc., toutes œuvres consciencieuses, mais d"uu me-

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rite peut-être un peu trop égal. Le jury des récompenses a signalé d'ailleurs avec justesse cette immobilité en accordant à l'artiste la 3« médaille, qu'il a toujours méritée à chacune de ses expositions. Travaux a ol> tenu, en outre, de nombreuses commandes, sans parler de son Turgot du nouveau Louvre, Nous citerons : la Vigilance et la Sagesse, statues destinées au palais de justice de Marseille; Y Isthme de Suez, groupe pour le château Borelly, dans la même ville, etc. TRAVE, anciennement Chalusus, rivière d'Allemagne. Elle prend sa source à Sarau (Holstein), forme le lac Warder, passe à Luteck, traverse le lac de Binnen-Wasser et se jette dans la Baltique, à Travemûnde, après un cours de 100 kilom. Ses principaux affluents sont : la Steekenitz, la Swartaw et la Wackenitz.

TRAVÉE s. f. (tra-vé — du lat. trabs, poutre). Archit. Espace qui est entre deux poutres, et qui est rempli par un certain nombre de solives : Il y a tant de travées à ce plancher. (Acad.) il Galerie supérieure d'une église, qui règne au-dessus des arcades de la nef. Il Partie de la charpente d'un pont de bois située entre les files de pieux, et qui forme l'arche. U Travée de comble, Distance d'une ferme à l'autre, il Travée de balustres, Rang de balustres entre deux colonnes ou piédestaux, il Travée de grille, Rang de barreaux entre deux pilastres, u Travée d'impression, Surface de 12 mètres carrés de mise en couleur, dans un bâtiment.

j — Mar. Emplacement formé dans te fond d'un port ou d'une anse par des pieux fichés dans le sol, entre lesquels on a établi un fond de lambourdes où sont retenues submergées des pièces de mâture.

TRAVELLAGE s. m. (tra-vè-la-je). Techn.

Rupture du fil de soie au moulin du deuxième apprêt.

TRAVEMUNDE, anciennement Dragamuntina, ville forte d'Allemagne, à l'embouchure de la Trave dans la mer Baltique, a 15 kilom. N.-E. de Lubeck, dont elle est le port; 1,100 hab. Bains de mer renommés.

Truvendalil ( Treva ) , château de Danemark (Holstein), près de la rive gauche de la Trave, qui y présente un bon lieu de débarquement, à 23 kilom. 0. de Lubeck. Un traité y fut conclu entre la Suède et le Danemark le 8 août 1700.

TRAVENOL (Louis), littérateur, né à Paris vers 1710, mort dans la même ville vers 1780. On ne sait rien de bien précis sur la vie de cet écrivain, qui a laissé bon nombre d'ouvrages, de pièces et d'articles sur des sujets très-divers. Nous citerons, parmi ses écrits : Catéchisme des francs-maçons (Limoges, 1710, in-12), sous le pseudonyme de Léonard Gabanon ; Voltairiana ou Pages amphigouriques de M. Arouet de Voltaire (Paris, 1748, in-8°); Histoire du théâtre de l'Opéra en France depuis son établissement (1753, in-8°); Galerie de l'Académie royale de musique, contenant les portraits en vers des principaux sujets gui la composent (1754, in-4<>) ; Et rennes salutaires aux riches voluptueux et aux dévots trop économes (Paris, 176S) ; Œuvres mêlées, en vers et en prose (Amsterdam, 1775, in-S<>), etc.

TRAVERS s. m. (tra-vèr — du latin transversus, tra-versus, placé en travers, tourné en travers, oblique ; de trans, à travers, et de vertere, tourner, qui représente la racine sanscrite vart, tourner, restée dans la plupart des langues de la famille indo- européenne. Delà le substantif masculin travers, \ l'idée d'obliquité ayant dégagé le sens moral ! d'irrégularité.-biiarrerie, caprice, et le fémi- ! nin traverse, les locutions adverbiales de travers, à travers, au travers de, l'adjectif traversier, le substantif traversin, oreiller qui occupe toute la largeur du lit, etc., et le verbe traverser, passer à travers). Etendue d'un corps considéré dans sa largeur : // s'en faut de deux travers de doigt que ces planches ne se joignent. (Acad.) ||. Position d'une chose comparée avec une autre position de la même chose, de telle manière que travers opposé à, droit signifie position horizontale d un corps, et qu oppose à long il s'entend de la largeur de ce corps.

— Biais, irrégularité d'un lieu, d'une place, d'un jardin, d'un bâtiment, etc. : Il faut planter des arbres pour cacher les travers qui sont dans votre jardin. (Acad.)

— Fig. Bizarrerie, caprice, irrégularité d'esprit et d'humeur : Un homme plein de' travers. Cette femme a un bien grand travers d'esprit. Si la jalousie est fondée, elle ne paraît plus un traviîrs. (Hamilt. ) Peu d'esprit avec de la droiture ennuie moins à la longue que beaucoup d'esprit avec des travers. (La Rochef,) C'est la plaisanterie qui doit faire justice de tous les travers des hommes et de la société'. (Chainfort.) Il y a du travers très-heureux, quand ils ne sont pas joués. (De Ligne.) On emploie le plus souvent son esprit à dissimuler ses torts, ses travers ou ses vices. (Beauchêne.) Malgré quelques petits travers qui tiennent à la jeunesse, il réunit les plus brillantes qualités. (Scribe.) L'étudiant a plus de travers et de ridicules que de vices. (G. Sand.) La France a eu longtemps ce travers de s'encenser elle-même et de chanter dévotement sa propre litanie. (Th. Gautier.) La raillerie est le principal TRA- VEES du caractère français «/ te plus incorri-

TRAV

gible. (E. de Gi-r.) L'intimité est indiscrète; elle trahit les défauts et les travers de chacun. (P. Janet.)

Il n'est point de cerveau qui n'ait quelque travers.

Reonàrd.

Mon Dieu ! qu'il joint a tous ses airs grotesques Des sentiments et des travers burlesques!

Voltaire.

Aux travers de l'esprit aisément on fait grâce; Mais les fautes du cœur, jamais on ne les passe.

Andrieux.

Eglé, belle et poète, n deux petits travers : Elle fait son visage et ne fait pas ses vers.

Lebrun.

— Féod. Droit perçu par les seigneurs sur les marchandises transportées à travers leurs terres d'un lieu dans un autre, et qui se percevait principalement au passage des rivières.

— Mar. Flanc, côté d'un navire. Il Présenter son travers, Présenter le flanc, n Par le travers, A la hauteur, vis-à-vis, à l'opposite : La flotte était par le travers de tel cap. (Acad.) il Sur une ligne perpendiculaire à la longueur d'un bâtiment.

— Artill, Cordage qui sert à lier des canons et autres pièces d'artillerie sur leurs chariots.

— Comm. Bûche que l'on jette sur une voie de bois quand elle est cordée.

— Techn. Filet d'or qui se trouve le long du côté du dos du livre relié, n En termes de mégissier. Action de passer le couteau à décharner sur la largeur d'une peau et du côté de la chair, ce qu on appelle donner un travers de chair. || Nom des cordes transversales d'une raquette. || Nom donné à des crevasses transversales qui se manifestent dans le canon des armes à feu portatives quand il n'a pas été fabriqué avec des matières premières de bonne qualité. On les appelle aussi traverses.

— Loc. adv. En travers, D'un côté à l'autre, suivant la largeur : Cette table n'est pas solide, il faut y mettre des barres en travers pour qu'elle puisse servir. (Acad.) Si ces messieurs veulent, je coucherai^Ktt travers de leur porte. (Al. Dum.) Donnez-nous seulement la permission de mettre la broche en travers de votre cheminée. (G. Sand.)

— Mar. Se mettre en travers, Etre, se tenir en travers, Se mettre en panne. Il Être, vo-

' guer en travers au courant, au vent, En parlant d'un navire, Se présenter du côté que suit le courant OU le vent en le croisant : Le vaisseau, incapable de gouverner, voguait, en travers, jouet du vent et des lames. (B. de St-P.) u Tomber en travers sur un bâtiment, sur une roche, à la cale, Y être porté de côté.

— Frapper, prendre un vaisseau en travers, Le frapper, le prendre de côté. Il Aller en travers, Dériver au gré du vent ou du courant.

Il S'échouer en travers; Toucher par le flanc. Il Bâtiment frété en travers, Navire loué en totalité par un seul.

— En travers de, En opposition avec : La religion catholique est en travers de tous les progrès que tentent de réaliser les sociétés humaines. (L. Jourdan.)

— Loc. adv. De travers, Obliquement : Si vous mettes cela de travers, vous ne le ferez pas passer. Il est louche, il est bigle, il regarde de travers. (Acad.) Une large bouche un peu de travers. (Dider.) n De mauvais sens, tout autrement qu'i! ne faudrait : Il écrit tout de travers. Il a les jambes dk travers. (Acad.)

Il Fig. En mauvaise part, à contre-sens : Cet homme prend tout de travers, entend tout de travers. // rapporte de travers tout ce qu'on lui dit. Parler, répondre tout de travers. (Acad.) Jamais homme n'a pris les choses plus de travers que celui-ci. (T. des Réaux.) Ne vous allez rien mettre de travers dans i'esprit, je vous prie. (Bussy-Rabut.) J'aime les paysans; ils ne sont pas assez savants pour raisonner DB Travers. (Montesq.) Que lui fait mon avis, qu'il a pris de travers?

Molière.

Tous les jours, à la cour, un sot de qualité Peut juger de travers avec impunité.

Boileau.

J'ai beau, pour les servir, travailler de mon mieux, Je fais tout de travers.

Etienne.

Il Regarder quelqu'un de travers, Le regarder d'une manière qui marque du mécontentement, de la colère, de 1 aversion : Qu'avezvous donc à me regarder ainsi de travers ? Le duc ne repartit à mon intercesseur qu'en le regardant de travers et en lui tournant le dos. (Le Sage.) u Avoir l'esprit de travers, Avoir l'esprit mal fait, mal tourné : On n'a pas de moyens pour redresser un esprit de travers. (La Rochef.) Un esprit de travers assez souvent se blouse.

Destouches.

Voua saves bien qu'il est, en femmes comme en flLles, Des esprits de travers dans toutes les familles.

Reonard.

Il Avoir mis son bonnet de travers, Etre de mauvaise humeur : Ne lui parlez pas aujourd'hui,il a mis son bonnet de travers. (Acad.) Il Profil en travers, Section faite transversalement à la direction d'un ouvrage : Les profils en travers d'un tracé de chemin de fer se font d'ordinaire perpendiculairement à son axe.

TRAV

— A tort et à travers , Sans discernement, inconsidérément : Il frappe a tort et à travers. Il parle À tort et à travers, sans savoir ce qu'il dit. (Acad.) Je me moque de tous ceux qui parlent A tort et À travers de ce qu'ils n'ont point vu. (Volt,) Le juge prétendait qu'd tort et d travers

On ne saurait manquer condamnant un pervers.

La Fontaine.

— Loc. prép. A travers, Au milieu, par le milieu, et principalement Au milieu d'un passage vide, libre ; Passer sa main À travers les barreaux. Les lois sont comme des toiles d'araignée ; les petits insectes s'y prennent, les gros passent A travers. (Bartbé!.) Que de beaux rêves nous avons faits A travers la fumée de tabacl (Th.Gaut.)

A travers les rochers la peur les précipite.

Racine.

Il Fig. Dans le cours de, sous la manifestation extérieure de : M. de Luxembourg sentit, A travers sa colère, qu'il s'était attiré ce fracas par les injures de son factum. (St-Simon.) Quand l'âme rayonne A travers l'intelligence, c'est le génie; A travers ta volonté, c'est la vertu; A travers nos affections, c'est l'amour. (A. Martin.) Les idées mènent l'humanité A travers les révolutions et les catastrophes. (Proudh.) Regardez A travers le peuple et vous apercevrez ta vérité. (V. Hugo.)

Il A travers champs, Au hasard : A lier A travers champs. Je gagnai, A travers champs, la maison de mon hôtesse. (Chuteaub.)

— Au travers, De part en part : L'un brise la toile, et l'autre passe au travers. (J.-J. Rouss.)

Discrètement et d'une main habile, En écartant le feuillage mobile, L'oeil et l'oreille avidement ouverts, Elle regarde, elle écoute nu travers.

Malfilatrb.

Il Au travers de, Au milieu, par le milieu ; et principalement Au milieu d'obstacles, d'empêchements : Il se fil jour au travers des ennemis. Il ne voyait le soleil çk'au travers du brouillard. (Acad.) Nous passâmes au travers des écueils. (Fénel.) Je vois au travers de ces grilles ce chœur où elle a tant de fois chanté les cantiques de Sion. (Fléch.) Il vous jettera au travers D'une porte pour vous faire passer le premier.. (Boissy.) Au travers des périls un grand cojur se fait jour.

Racine.

Il Fig. En opposition bruyante avec : On ne vient pas se jeter ainsi au travers v'une comédie et troubler un acteur qui parle. (Mol.) Il Fam. Tout au travers des choux, à travers les choux. Inconsidérément, sans jugement, sans aucun égard : Vousme paraissez dans le même état où vous étiez avant de tomber dans les grands accidents où vous avez pensé succomber ; loin de faire ce qu'il faudrait pour les prévenir, vousvous jetez tout A travers les choux. (Mme Du Deffant.)

— Gramm. A travers veut un régime direct : A travers les bois. Au travers ne peut être suivi d'un régime qu'autant qu'on le rend indirect par l'emploi de la préposition de : Au travers de* forêts. Dan3 le sens partitif, on dirait à travers des buissons épais, et au travers de buissons épais (sans exprimer l'article).

— Syn. Trader» (à), no irjun. A travers marque simplement le passage; au travers suppose une certaine résistance et des efforts plus grands. On passe à travers les champs, on voit quelque chose à travers des planches mal jointes; mais une troupe de soldats passe au travers des ennemis, on passe son êpée au travers du corps de son ennemi.

— Encycl. Féod. Le droit de travers était un impôt féodal prélevé sur les fleuves et les rivières au passage des bateaux à certains endroits. Il est question du travers dans la charte de rétablissement deSaint-Wandrille ; le duc Richard s'exprime ainsi : « Ils seront francs de toute coutume de pontage ou de travers. »

Deux procès importants eurent lieu à Rouen par rapport à ce droit au xive siècle, l'un pour le travers de Bernay, en 1384, et l'autre pourlefrauersde Benay, près de Niort, en 1397. Les propriétaires du droit en obtinrent le maintien.

TRAV.EBS (val), vallée de Suisse (Neuchâtel). Elle s'étencLdu S.-O. au N.-E., entre deux branches du Jura, l'espace d'environ 14 kilom., le long de la Reuss, sur une largeur très-faible, et commence au S.-O., au col de la Clusette. On y admire les sites les plus variés, les plus pittoresques ; 4,000 hab. Fabrication de montres et de dentelles, exploitation de bitume.

TRAVERS, lac des Etats-Unis (Minnesota).

Son nom lui vient de sa position, qui esta peu près en travers^du lac Qui parle et du lac des Grosses-Roches, la direction de ceux-ci étant au N.-0.,etla sienne au N.-E.; 35 kilom. de longueur sur 10 de largeur. Ce lac, situé dans une de3 contrées les plus élevées de l'Amérique, du Nord, offre le singulier phénomène de n'être alimenté par aucune source apparente, et cependant de donner naissance au Red-River.

TRAVERS (Traversius, Traversarii), nom d'une très-ancienne famille noble originaire de Ravenne (Italie) et établie depuis le xme siècle dans les Grisons (haute Enga-

TRAV

dine et Domleschg). Les plus connus parmi les membres célèbres de cette famille sont : Travehs (Simon), qui commanda le siège de Chiavanna (1531) et s'y couvrit de gloire, — Travers (Georges), qui fut podestat de Morbegno (1579) et gouverneur de la Valteline ; parmi ses fils et descendants immédiats, on compte plusieurs capitaines distingués. — Traviîrs (Jacob), capitaine d'un régiment de cavalerie sous l'empereur Frédéric III, fut le chef d'une autre branche de cette famille, dont le représentant le plus remarquable fut le suivant.

TRAVERS (Jean), homme d'Etat suisse, né à Zouz, en Engadine, en 1483, mort en 1563. Il remplit à deux reprises les fonctions de gouverneur de la Valteline etneuf fois celles de landamman de son pays, fut souvent envoyé en députation par les Grisons dans plusieurs cours de l'Europe et devint un des hommes les plus savants et les plus estimés du commencement du XV!» siècle. Travers contribua puissamment à faire adopter eu Suisse la Réforme. Sa correspondance, en partie inédite, avec Melanchthon, Bullinger, Séb. Munster, Glareanus, Sulzer, etc., est un monument aussi riche qu'intéressant pour l'histoire de la Réforme en Suisse. Jean Travers composa des drames sacrés, des sermonset un poème latin sur la prise du fort de Musson. Plusieurs de ses descendants se sont distingués dans les fonctions publiques, militaires et politiques des Trois ligues. On ne doit pas le confondre avec un de ses parents, Jean Travers, qui prit du service sous François Ier, et avec un troisième du même nom qui brilla par ses exploits militaires sous Charles IX.

Un grand nombre d'autres membres de la même famille se Sont lait un nom dans les guerres du xvne et du xvme siècle. Le plus célèbre est Jean-Victor qui, après une carrière des plus brillantes, devint feld-maréchal en 1759 et écrivit un Traité pour servir d'instruction méthodique de l'art de la guerre (1795).

TRAVERS (Nicolas), controversiste français né à Nantes en 1674, mort dans la même ville en 1750. Il entra dans les ordres en 1702, adopta avec chaleur les opinions des jansénistes, remplit diverses fonctions ecclésiustiques dans son diocèse natal, puis, en 1729, il résolut de vivre dans la retraite afin de se consacrer à son goût pour le travail et k la défense de ses idées religieuses. Travers avait déjà publié divers écrilS; lorsqu'il fit paraître sa Consultation sur les juridictions et approbation nécessaire pour confesser (1734, in-4<>). Cet ouvrage, dans lequel il soutint que tout prêtre, sans être approuvé d'aucun évèque, peut absoudre validement, fut vivement attaqué par des prélats et censuré par la Faculté de Paris. Travers y répondit en publiant la Consultation défendue par l'auteur contre te mandement de M. Languet, etc. (173G), puis refondit cette réponse et résuma sa doctrine dans l'ouvrage intitulé : Pouvoirs légitimes du premier et du dernier ordre dans l'administration des sacrements et le gouvernement de l'Eglise (Nantes, 1744 in-4°). Ce nouveau livre fut l'objet de nombreuses attaques et de nouvelles censures contre son auteur. Enfermé, en vertu d'une lettre de cachet, dans un couvent de cordeliers (1.745), Travers obtint en 1748 d'en sortir, mais eu promettant formellement de ne plus rien écrire sur l'Eglise. Outre les ouvrages mentionnés, nous citerons de lui : Catatogue des princes et comtes seigneurs de Nantes (1750, in-18) ; Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes (Nantes, 1836-1841, 3 vol. in-40).

TRAVERS (Jean), compositeur anglais, mort en 1758. Il lit ses études musicales sous la direction de Greene, puis devint successivement organiste de Saint-Paul, de Fulhain et, enfin, de la chapelle royale (1737). Travers acquit une grande réputation par des compositions musicales empreintes d un grand charme, de beaucoup d'élégance, et qui obtinrent une vogue extrême. On cite particulièrement les morceaux intitulés : Hâtezvous, ma Nanette ; Voici le jour où je naquis; le Doux Cupidon. Travers a mis en musique les Psaumes (Londres, l74â,in-4°) et plusieurs antiennes.

TRAVERS (Julien-Gilles), littérateur et bibliographe français, né à Valognes (Manche) en 1802. Après avoir professé dans plusieurs collèges et avoir été principal de celui de Falaise (1832), il devint suppléant pour la chaire de littérature latine à la Faculté des lettres de Caen (1839), puis titulaire (1842). M. Travers fut admis à la retraite en 1856. Il fait partie de diverses sociétés savantes et a été secrétaire de l'Académie de Caen. Se* travaux sont assez nombreux; voici la liste des plus importants : les Algériennes (1827, iti-8°), recueil de poésies; les Distiques de Muret, imités en quatrains français (1834, in-8°) ; De l'avenir de la littérature française, thèse de doctorat (1837, in-8<>); Deuil, poésies (1837, in-8°) ; le Phénix, traduit du cardinal Bona (1858, in-32); Gerbes glanées, poésies (1859-1865,7 vol. in-18); Déranger littérateur et critique (1861, in-8°); Vie de Richard Lenoir (1863, in-S*); la Jeunesse de Jésus (1861, in-8°),sous le pseudonyme de Kirchen; l'Antipape et l'Anti-Guizot, défense de la société moderne (1865, in-8°); la Pitié sous ta Terreur, drame en vers (1869, in-8«), etc. M. Travers

TRAV

a traduit Arnobe, pour la Bibliothèque latinefrançaise de Panckoucke (inédit). Comme éditeur, il a donné le? Vaux-de- Vire d'Olivier Basselin et de Jean Le Houx (1833, in-32) et les Œuvres poétiques de Boileau (dern. édit., 1853). Disons pour terminer qu'il a collaboré a Y Encyclopédie des gens du monde, k la Nouvelle biographie générale (Didot) , à la Normandie illustrée (1852) ; enfin, qu'il a dirigé V Annuaire de la Manche (1829-1860) et le bulletin de l'instruction publique et des sociétés savantes de l'Académie de Caen (1840- 1843, 6 vol. in-8»).

TRAVERSABLE adj. (tra-vèr-sa-ble — rad. traverser). Qui peut être traversé : Une rivière travkrsable.

TRAVERSAGE s. m. (tra-ièr-sa-je — rad.

travers). Façon donnée k une étoffe de laine quand on la tond par l'envers.

TRAVERSAIRE s. m. (tra-vèr-sè-re). V.

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