COLLECTIF
TRbntanei, s. m. (tran-ta-nèl). Syn. de
TRANTANE.
TRENTANELLE s. f. (train-ta-nè-le). Bot.
Nom vulgaire du gazon, dans le midi de la France.
TRENTANOVE (Raymond), sculpteur italien, né à Rimini en 1792, mort en 1832. Son père, gardien du musée de Carraro, s'attacha à cultiver ses dispositions artistiques et lui fit apprendre la sculpture sous la direction de Bartolini. Les progrès du jeune Raymond furent tels , que ses concitoyens de Rimini l'envoyèrent à leurs frais poursuivre ses études à Rome (1815). Arrivé dans cette ville, il s'y fit bientôt remarquer par plusieurs œuvres distinguées ; se lia avec Canova, fut chargé par lui d'exécuter les basreliefs du piédestal de la statue de Washington, et copia les plus belles statues de cet artiste. Parmi les œuvres de Trentanove, on cite : Véuns jouant avec l'Amour, l'Amour assis, la Charité et l'Urne cinéraire du cardinal Celio Caliagni, regardée comme un véritable chef-d'œuvre.
TRENTE adj. (tran-te — lat. triginta, mot qui correspond au sanscrit triuçat , zend triçata, grec triakonta , du nom de nombre trois, latin très, tria, sanscrit tri, zend tri, grec très, tria, et du suffixe des dizaines latin ginta, ginti, centa, sanscrit cala, cati, cas on ti,znui.çaiti,çata,o\\ ii, grec ka, kati, kosi, konta, ancien irlandais cal, cet, kymrique cent, geint, can, armoricain gens, gont, cant , gothique tigus , têhund , lithuanien szimti, szimta, ancien slave sati, suto, etc.). Trois fois dix : Trente hommes. Trente francs. Trente lieues. Etre âgé de trentecinq ans. (Acad.) Au bout de trente ans de mariage, une honnête femme, avec ses grâces, plaît à son mari comme le premier jour. (J.-J. Rousseau.)
Belles, qui formez des projeta.
Trente ans est pour vous le bel âge; Vous n'en avez pas moins d'attraits, Vous en connaissez mieux l'usage.
llOREAU.
— Trentième : Page trente. Chapitre trente. Numéro trente.
— s. ni. Nombre trente : Le produit de trente multiplié par six. (Acad.)
— Trentième jour du mois : Le trente du mois d'avril.
— Jeux. Moitié d'unjeu de quatre points, dont chacun vaut quinze. Il Donner demitrente, Donner à son adversaire trente dans une partie et quinze dans la suivante. Il Trente et un, Jeu de cartes et de hasard qui estainsi appelé parce que le coup le plus important qu'on peut y faire est de trente et un points : Faire une partie de trente et un. Etre banquier au trente et un. n Trente et quarante, Jeu de cartes, de hasard, dans lequel on gagne si l'on amène de trente & trente-neuf points, et l'on perd si l'on dépasse ce nombre.
— Gramm. Le nombre qui se forme en ajoutant une unité à trente s'exprime par trente et un; au-dessus on dit trente-deux, trente-trois, etc. Quelques grammairiens voudraient, pour l'uniformité, qu'on dit aussi trente-un, mais l'usage est contraire à leur théorie. La conjonction et, d'ailleurs, ne divise pas le nombre en deux et ne peut justifier! emploi du singulier après un; on doit dire trente et un bœufs, et non trente et un bœuf.
— Encycl. Jeux. Trente et quarante. Le trente et quarante se joue entre un banquier et un nombre indéterminé de pontes. On y emploie un paquet de six jeux complets, qu'on a. mêlés ensemble. Les figures valent dix points- les autres cartes, depuis le dix jusqu'à las, qui est la plus faible, comptent pour les points qu'elles marquent. Le tapis est divisé en deux parties, l'une pour la couleur rouge et l'autre pour la couleur noire; ou bien, on place dessus, d'un côté, un carton rouge, de l'autre un carton noir.' Quand les pontesont fait leur mise sur la couleur qu'il leur a 'plu de choisir, le banquier mêle les cartes, fait couper, puis tire du jeu, une à une, des cartes qu'il place sur la table, à découvert, les unes à la suite des autres. Il en forme ainsi une rangée dont les points réunis ne doivent pas être uu -dessous de trente et un, ni au-dessus de quarante, et, k mesure qu'ils les tire, il les anhutice. Au dessous de cette rangée il en forme une autre de la même manière. La première est pour la couleur noire, et la seconde pour la couleur rouge; celle des deux dont les points forment le point le plus près de trente et un gagne. Si, par exemple, le point amené pour
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la couleur noire, c'est-à-dire pour la première rangée, est trente- quatre, et celui qui a. été amené pour la couleur rouge, ou iti seconde rangée, est trente-sept, les pontes qui ont parié sur la noire gagnent, tandis que ceux qui ont joué sur la rouge perdent.- Le banquier annonce ce résulfaten disant: « La rouge perd, i En même temps, il ramasse toutes les mises déposées sur la couleur rouge, et il paye double celles qui ont été faites sur la couleur noire. L'inverse a lieu quand c'est la couleur rouge qui gugne. Quand les points des deux rangées sont égaux, il y a ce qu'on appelle un refait, et le coup est nul, il moins toutefois que ces points ne soient trente ei un :dans ce cas, le banquier, prend la moitié des mises placées sur les deux couleurs. Le premier coup terminé, on procède à un second, et le jeu se continua ainsi tant qu'il y a des cartes. Quand le banquier n'en a plus assez pour compléter un coup commencé, il cède la place àunautrejoueuv. Tout coup commencé et qui ne peut être terminé faute de cartes est nul de plein droit.
— Trente et un. Le trente et un se joue entre un banquier et un nombre illimité de pontes, mais, a moins de conventions contraires, chaque ponte devient banquier à son tour. On se sert d'un ou de plusieurs jeux complets, snivantla quantité des joueurs. Les ligures comptent pour dix points et les autres cartes pour les points qu elles marquent; mais, par un privilège particulier, les as valent nu ou onze, à la volonté de ceux qui les possèdent, Les pontes ayant placé devant eux, en argent ou en jetons, la somme qu'ils veulent risquer, celui que le sort a désigné pour tenir la banque le premier mêle tous les jeux ensemble, fait couper par son voisin de gauche, puis distribue à chacun et à lui-même, en commençant par son voisin de droite, trois cartes, en trois reprises, une par une. La distribution terminée, chacun regarde son jeu. La parole appartient au joueur qui est placé immédiatement à la droite du banquier. S'il est content de son jeu, parce que les trois cartes qu'il a reçues forment un point assez rapproché de trente et un, il l'annonce en disant: «Je m'y tiens.» et le droit de parler passe aussitôt au joueur suivant. Si, au contraire, ce premier joueur ne trouve pas son jeu assez bon, il peut l'améliorer en demandant une nouvelle carte, et le banquier lui en, donne une à découvert, qu'il prend sur le talon. Si cette carte ne sulfit pas, le joueur est libre d'en demander une ou plusieurs autres, coup sur coup, jusqu'à ce qu'il déclare s'y tenir; mais si, par suite de ces donnes partielles, son jeu se trouve présenter un nombre do points supérieur à trente et un, il'crève immédiatement et il remet son enjeu au banquier. Alors te Second joueur prend-la parole, puis le troisième, le quatrième, etc., et les choses se passent de la même manière pour chacun d'eux. Le banquier parle le dernier. Comme les pontes, il est libre de s'y tenir ou de se donner une ou plusieurs cartes successives. S'il s'y tient, il abat son jeu, et tous les joueurs en font autant. 11 paye à tous ceux qui ont un point supérieur au sien une somme égale à leurs mises, et prend la mise de tous ceux qui ont un point inférieur. A égalité de points entre le banquier et un ou plusieurs ■ joueurs, le coup est nul entre eux et ils se payent en cartes, c'est-à-dire que personne ne paye ni ne reçoit rien. Si, au lieu de s'y tenir, le banquier préfère se donner des cartes, et s'il vient à crever, il paye tout le monde, à l'exception de ceux qui ont déjà crevé. Il arrive assez souvent que, lors de la distribution générale, un pome reçoit trois cartes telles que deux figures et un as, ou deux dix et un as, ou encore une ligure, un dix et un as, dont ta réunion forme le point de trente et un ; c'est ce qu'on appelle un trente et un d'emblée. Celui qui a cette chance l'annonce aussitôt, sans attendre son tour de parole, et le banquier lui paye le double de ta mise qu'il a fuite, à moins qu'il n'ait également lui-même trente et un d'emblée, auquel cas, le coup émut nul entre eux, le payement a lieu en cartes. Si lé banquier a un point inférieur, après qu'il a régie son compte avec ce joueur, il fait parler les autres comme ci-dessus. Enlin, quand le banquier a trente et un d'emblée, il abat son jeu immédiatement, et tous ceux qui n'ont pas ce point lui payent le double de leurs mises. La banque est terminée lorsque le banquier a fait usage de tout le paquet de cartes. Quand il n'en reste plus assez pour faire le tour, le banquier donne d'abord celles qu'il a dans la main, puis il prend une poignée de celles qui ont servi, mêle, fait couper et achève le coup.
Outre le jeu qui précède, il en existe encore un autre que l'on appelle aussi trente et un, et qui en diffère complètement. Il est question de ce dernier au mot coktunt, nom sous lequel on le désigne le plus ordinairement.
Trente et quarante, roman de M. Edmond About (1859, in-12). Le héros, le capitaine Biuerliti, est le type achevé de l'homme désagréable, grâce à son humeur impérieuse et à son caractère dominateur. C'est un vrai tyran domestique. 11 lient sous clef sa fille Emma, comme un avare cache son trésor, pour s en réserver la jouissance, mais il ne se doute pas des stratagèmes dont les amou-
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reux sont capables. Le comte de Miranda, un noble italien, s'est épris d'Emma; la jeune fille n'a' pas été insensible k sa passion. Bitterlin, qui soupçonne quelque chose, cadenasse de plus en plus sa tille; elle fait semblant de tomber malade et le médecin ordonne de la faire voyager. En route, Miranda essaye d'apprivoiser Bitterlin; mais plus il témoigne de déférence, plus il est pris en grippe. L'amoureux perd finalement la tète en se voyant surpris à une table de trente et quarante par le capitaine, qui a exposé publiquement ses principes sur le jeu, il prend la fuite. Le capitaine, persuadé que le comte a fui par, peur de lui, ne veut cependant pas lui faire perdre son argent. Il tient d'abord machinalement son jeu, puis, en dépit de ses principes, s'y intéresse, se passionne et fait si bien que tout en maugréant il fait sauter la banque. Tandis que le capitaine court à l'hôtel pour lui remettre les 121 ,2-JO francs qu'il vient de lui gagner, Miranda, qui a son plan, court kla gare et part pour Paris. Alors commence une singulière chasse : le débiteur court uprès son créancier pour le forcer à rentrer dans son argent. Bitterliu cherche partout le comte; celui-ci prend plaisir à l'égarer. Enfin il se laisse rejoindre, mais i.l refuse l'argent ; Bitterlin s'obstine, le comte s'entête et lui répond qu'il ne veut pas plus de son argent que de sa fille, s'il la lui offrait. « Vous insultez Mlle Bitterlin, rugit le capitaine, nous nous battrons. » « Nous nous battrons, » riposte le comte. Sur le terrain il se laisse contraindre à épouser Emma et voilà les deux amoureux réunis. Mais un jour le capitaine apprend par hasard que toute cette aventure est une comédie habilement machinée où il a joué le rôle de dupe. Sacr , va-l-il s'écrier, étouffé par la colère ; il n'a pas le temps d'achever son exclamation et tombe frappé d'une attaque •d'apoplexie foudroyante.
Cette histoire amusante est racontée avec beaucoup do verve et d'entrain. M. E. About a depuis tiré de cette historiette une vaudeville, le Capitaine Bitterlin, inférieur au roman.
Tronic ans OU la Via d'un joueur, mélodrame en trois actes et en prose, de V. Ducange et Dinaux (théâtre de la Porte-Saint- Martin, 19 juin 1827). Ce vieux mélodrame est un des plus célèbres et des mieux réussis du genre. Au moment où la scène s'ouvre, le héros, Georges de Germany, n'est âgé que de vingt-cinq ans;' mais il a déjà la brusquerie, l'irritabilité et le mauvais ton. d'un habitué de la roulette. La première scène nous conduit in médias res; nous sommes dans une maison de jeu. L'or roule sur une table entourée de joueurs avides. Leurs joies, leurs inquiétudes, leurs disputes , leur désespoir, contrastent avec l'impassibilité des banquiers. Un malheureux est ruiné : il sort un pistolet à la main. Arrive Georges : il jette sur le fatal tapis le prix d'un écrin destiné à sa future. Tout est englouti en un instant. Cependant, il doit se marier, des que le jour reparaîtra, et il faut des diamants à sa femme. Warner, son ami et son corrupteur, se charge de lui en faire trouver. On le voit ensuite conduisant Amélie à l'autel. A peine est-il marié qu'on vient l'arrêter comme soupçonné d'avoir volé un écrin en sortant de la maison de jeu. Coiîvaincu d'avoir joué et accusé de vol devant son père, il est frappé de la malédiction du vieillard, qui meurt de douleur en prédisant au fils parricide qu'il sera mauvais mari et mauvais père. Quinze ans s'écoulent et nous retrouvons le joueur plus passionné et plus démoralisé. Sa figure, ses manières, ses costumes se sont dégradés comme son intelligence. "Sa position est désespérée : ses meubles viennent d'être saisis ; sa femme passe ses jours et ses nuits dans les larmes; sa vie est un supplice ; pas un instant de bonheur ou seulement de répit. Cependant, épouse tendre, dévouée et courageuse, elle ne veut point se séparer du père de son fils. Elle a su mettre à l'abri la moitié de sa dot pour assurer l'existence d'une tête si chère. Mais Georges a fait des faux : l'éeh;i t'aud l'attend s'il ne retire au plus tôt ses billets, et il exige que sa femme lui abandonne le reste de sa dot. La malheureuse mère est encore obligée d'obéir, et elle a en outre la douleur d'avoir fourni de nouveaux aliments à la funeste passion de son mari. Cette fois, la fortune le .favorise et il donne une brillante fête. Quelle scène horrible doit la terminer 1 Georges est allé jouer chez un ambassadeur à l'instigation de Warner. Celui-ci, qui aime Amené, s'introduit dans sa chambre à coucher et veut lui faire violence. Un bruit soudain le force à se cacher : c'est le mari qui revient. Il met par hasard le pied sur une épée que Warner a laissée tomber. Aussitôt, la jalousie s'empare de lui, et il est prêta percer le cœur de sa femme. Tout à coup, un paient accourt pour faire évader Georges, qu'on va arrêter pour ses faux. Warner, sortant à propos de sa cachette, accuse le parent d'être le séducteur d'Amélie, et l'innocent est assassiné. Poursuivi comme faussaire et comme meurtrier, Georges est sorti dé" France avec sa femme. Albert, leur fils, a été adopté par un oncle d'Amélie. Après avoir traîna une vie errante et misérable pendant dix ans, les deux époux se sont établis eu Bavière dans une pauvre cabane isolée. Là, depuis deux années, Geor-
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ges se fait craindre et détester de tout le monde. Enfin, réduit à la dernière misère, il vient mendier à la porte d'une auberge. Un voyageur lui donne à déjeuner et lé prend pour guide moyennant deux florins. La vue de l'or inspire au joueur une horrible pensée, qu'il repousse d'abord; mais il y revient, résiste pendant quelque temps, et enfin la Cupidité l'emporte et il assassine le voyageur. Le crime accompli, il revient auprès de sa femme, à laquelle il annonce qu'il leur faut quitter le pays. On le chasse ; mais il a de 1 or, qu'il a trouvé, dit-il. La moitié les conduira jusqu'à Munich, quant à l'autre moitié..., le sort n'est pas toujours contraire. A ce moment, un homme paraît à la porte : c'est Warner en haillons. La même fatalité l'a frappé; il mendie aussi, et ses" crimes l'ont forcé à s'expatrier. Les deux scélérats se reconnaissent. Georges est prêt à punir Warner de toutes ses perfidies; mais celui-ci le calme en lui apprenant qu'il a trouvé un moyen de faire sauter toutes les banques d'Italie. A ce mot, Georges sourit et se rapproche... Mais il faut beaucoup d'orl que faire? Ils vont attendre les voyageurs au passage. Arrive un jeune militaire qui cherche ses parents, pour leur apporter un million. Un million! dit Warner 1 Et aussitôt, nouveaux projets de meurtres, d'abord combattus par Georges, qui finit bientôt par se laisser convaincre. Ils assassinent le jeune homme, mettent le feu à la cabane et s'enfuient. On les arrête, on les confronte avec le cadavre, et Georges reconnaît qu'il a tué son fils Albert.
C'est là, sauf un grand nombre de détails que nous avons omis forcément, un des drames les plus complets et. les plus vigoureux qui aient jamais été mis à la scène. On se rappelle 1 immense succès qu'il a obtenu. Une foule de scènes pathétiques, de situations déchirantes et d'elfayantes catastrophes portent la pitié et la terreur au plus haut degré. La vérité est partout nue, odieuse, épouvantable; mais on ne saurait en blâmer 1 auteur. Le vice dépeint est horrible, les résultats sont horribles; le tableau ne pouvait pas être couleur de rose. Ce ne sont pas les leçons agréables qui corrigent. Le style de ce drame est généralement pur, ferme et rapide, bien que parfois inégal; mais on y voit bon nombre de ces expressions trouvées, qui résument admirablement toute une situation.
Le rôle du joueur fut un des plus grands succès de Frederick Lemaitre.
Trente tjruii. (les). Après la victoire navale d'^Egos-Potainos, qui terminait la guerre du Félopouèse en faveur de Sparte, Lysandre vint assiéger Athènes, en fit raser les murailles et brûler fous les vaisseaux, au son des flûtes et en présence de ses alliés couronnes de fleurs (404). Puis, pour que rien ne manquât à l'humiliation dp l'illustre cité vaincue, il abolit la démocratie, suivant la politique invariable de Sparte, et établit à la tète du gouvernement trente archontes, pour la plupart Lacédémbniens, que l'histoire a flétris du nom des Trente tyrans. Elus sous la pression du vainqueur et du parti triomphant de l'oligarchie , appuyés sur un harmoste délégué par Lysandre, sur une garnison lacédémonienne et sur une troupe de sioaires, ils signalèrent leur gouvernement par la plus monstrueux despotisme, par le meurtre d'un grand nombre de citoyens , par les confiscations, etc. Les principaux de cette faction étaient Critias et Thrasimènc. Ils furent chassés huit mois après par Thrasybule. — On a donné aussi le nom de Trente tyrans aux généraux romains qui prirent la pourpre en diverses provinces de l'empire sous Valérien et Gallien (253-268), bien qu'en réalité on n'en ait pu compter que 17. Nous citerons, entre autres, Aureolus, Quietus, Macrin, Baliste, deux Posthumius, Tetricus, Odenath, etc.
Trente (combat des) , livré près de Taupont (Morbihan) le 27 mars 1351. Nous empruntons à M. Pol de Courcy le récit de ce célèbre fait d'armes, digne des «héros de \' Iliade. « La guerre civile qui s'était élevée en Bretagne en -1341, à. la mort du duc Jean III, entre les deux compétiteurs au duché , Charles de Blois , appuyé par les Français, et Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, n'avait rien perdu de sa force dix ans après, c'est-à-dire en 1351. Cependant, les rois de France et d'Angleterre étant convenus d'une trêve eu 1348, il ne se livrait pas depuis lors de batailles rangées, mais chaque jour était témoin de quelque engagement particulier. Seulement, il avait été stipulé entre les deux partis que les gens qui ne portaient point les armes, c'est-à-dire les marchands et les cultivateurs inofi'eusifs, seraient respectés de tous. Au mépris de cette convention, Richard Bembro, capitaine -anglais, qui tenait lu place de Ploërmel pour la veuve et le fils de Jean de Montfort, se mit à ravager le pays, qu'il remplit de deuil et de misère. Non content de piller les métairies, il en enlevait les habitants, que ses so'udards chassaient enchaînés devant eux dans les prisons de Ploërmel, d'où ils ne sortaient qu'après avoir été rançonnés sans pitié. Indigne, Jean de Beaumauoir, capitaine du , château de Josselin pour la comtesse de , Penthièvre, se rendit à Ploërmel et, repro- I chant ces excès k Bembro, lui proposa un ■ défi. «Mais, lui dit-il, pour épargner le sang
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« de nos guerriers, vidons notre querelle dans » un combat de trente contre trente : c'est » assez pour couvrir d'une gloire impérissable » la bannière qui triomphera. »
» En apprenant V emprise projetée, tous les chevaliers ou écuyers de Josselin briguèrent l'honneur de faire partie des trente champions de Beaumanoir, qui n'eut ainsi que l'embarras du choix. Bembro éprouva, pour former son contingent, un embarras tout différent. Il ne put rencontrer dans la garnison de Ploôrmel assez d'Anglais pour compléter le chiffre trente, et il fut obligé, pour y atteindre, de prendre des rouiiers flamands ou brabançons, et même des Bretons du parti de Jeanne de Flandre, comtesse de Mont'fort.
• Au jour fixé pour la rencontre (27 mars 1351), Tes soixante-deux champions se rencontrèrent autour du chêne de mi-voie. Bembro proposa de rompre la partie sous prétexte qu'ils s'y étaient engagés sans le consentement de leurs souverains, et qu'ils feraient périr beaucoup de braves sans utilité. Beaumanoir répondit que «c'estoit trop tard pensé, » et que, puisqu'il avoit pris la peine de venir,
• il ne s'en retourneroit sans mener les mains
• et sçavoir qui avoit plus belle amie. »
» Aussitôt les juges du camp firent sortir de la lice tous les gentilshommes des environs venus, sous sauf-conduit, pour être témoins du combat; les adversaires se rangèrent à chaque bout, sur une seule lhjne de front, et au signal des hérauts, « tantôt se coururent ■ sus et se combattirent fortement tout en un » tas. » Le premier choc fut funeste aux Bretons, dont plusieurs furent tués ou gravement blessés; néanmoins, le combat continua avec un acharnement sans exemple jusqu'à ce qu'enfin , épuisés de fatigue, les combattants conviennent d'une suspension d'armes pour se désaltérer et reprendre haleine.
i Pendant cette trêve, Beaumanoir arme chevalier, sur le théâtre même du combat, Geoffroi de La Roche, l'un de ses écuyers, qui, " se relevant aussitôt, appelle ses compagnons et provoque les Anglais. Le combat recommence immédiatement , plus terrible que jamais. Bembro cherche Beaumanoir pour se mesurer corps à corps avec lui , mais en ce moment-là même deux Bretons, Alain de Keranrais et Geoffroi du Bois, atteignent le chef anglais et le blessent à mort. L'aventurier allemand Croquart prend sur-le-champ le commandement des Anglais. La mêlée devient plus épaisse et Beaumanoir est blessé à son tour. La perte de son sang, le jeûne, car le baron breton a jeûné, rendent Sa soif ardente. Geoffroi du Bois lui crie ces mots sublimes : • Bois ton sang, Beaumanoir, la » soif le passera. •
• Beaumanoir oublie sa soif et se jette de nouveau dans la lutte. Du côté des Anglais, tous se tiennent serrés et résistent comme un faisceau au choc des Bretons. Alors, l'un de ces derniers, Guillaume de Montauban, s'avise d'un stratagème qui doit avoir un plein succès. Se tirant à l'écart, il chausse vite ses éperons, monte à cheval et feint de fuir. Beaumanoir l'invective sur sa lâcheté qu'on reprochera à lui et à sa race ; mais Montauban reprend : «Besoignez, Beaumanoir, car » bien besoigneray. »
> Il prend en même temps du champ, fait volte-fai'e et se précipite sur les Anglais avec une telle force, qu'il rompt leurs lignes et renverse sept ennemis par terre. One fois entamés, leur défaite est bientôt achevée, et chaque chevalier ou écuyer breton fait son prisonnier. Robert Knolles et Hue de Caverîey, qui firent depuis de belles armas ailleurs, Thomelin Henefort, Croquart, Jean Plaisanton, Raoul et Helcoq, son frère, Re,>efort et Richard de La Lande sont les uns conduits au château de Josselin, les autres relâchés sur parole. •
Trente an* (gueerb de), guerre religieuse, où la politique eut cependant une grande part, qui commença en Allemagne et dura trente années (de 1618 à 1648). On lui assigne pour causes principales l'antagonisme des luthériens et des catholiques et les in- . quiétudes causées par les envahissements de la maison d'Autriche. Malgré la paix de religion signée en 1555, une implacable hostilité avait continué à se manifester incessamment entre les protestants et les catholiques. L'expulsion des prolestants d'Aix-la-Chapelle (1598) et de Donauwerth (1607), les conversions forcées faites par les catholiques, etc., déterininèreut plusieurs princes protestants, ayant à leur tête l'électeur palatin Frédéric IV, à former à CEliringen (4 mai 1608) l'Union évangélique, destinée à défendre leurs coreligionnaires. Le 18 juillet de l'année suivante, des princes catholiques, sous la direction de Muxiiuilien de Bavière, se réunirent, de leur côté, à Munich pour former une ligue catholique , opposée à l'Union. Cette même année, les deux partis furent suj le point d'en venir aux mains au sujet de la succession de Clèves et de Julièrs, que se disputèrent la maison protestante de Brandebourg et la maison catholique de Neuboarg. La paix fut maintenue; mais il était évident que la guerre était proche. Un incident qui se produisit en Bohème vint mettre le feu aux poudres, en 161S.
On divise ordinairement la guerre de Trente ans en quatre périodes.
Période palatine (1618-16251. Cette période est ainsi nommée parce qu'elle comprend la
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lutte qui eut lieu entre l'électeur palatin protestant Frédéric V et l'empereur Ferdinand II, dont il était compétiteur au trône de Bohème, Par la lettre de majesté, l'empereur Mathias, eu arrivant au tione (1612), avait reconnu aux protestants de Bohême le plein exercice de la liberté de conscience, et ceux-ci en avaient usé pour élever des temples et des écoles. L'empereur, à l'instigation de l'archevêque de Prague, ayant fait démolir ou fermer les temples et les écoles de Klostergrab et de Braunau, les députés des Etats protestants, réunis à Prague le 23 mai 1618, réclamèrent vivement contre ces actes de violence. On ne tint aucun compte de ces justes réclamations. Profondément irrités , les députés, dirigés par le comte de Thurn , se réunirent en armes dans la salle des délibérations et, à la suite d'une violente altercation avec les conseillers impériaux, ils jetèrent parles fenêtres du château les conseillers Slawata et Martinitz, qui s'étaient attiré la haine des Bohèmes. La Udfénestration de Prague fut le signal de la guerre de Trente ans. Les Bohèmes prirent aussitôt les armes, sous les ordres du comte de Thurn, déclarèrent la guerre à l'empereur et reçurent des secours des princes Je l'Union. Des négociations entamées a"vec l'empereur Mathias n'avaient point abouti, lorsque ce prince mourut (20 mars 1619). Mathias dvail pour héritier l'archiduc Ferdinand Je Styrie, connu par son fanatisme religieux it qui posa aussitôt sa candidature à l'empire. Les protestants lui opposèrent comme compétiteur le palatin Frédéric. Ferdinand ayant été élu empereur à Francfort (août 1619), les protestants refusèrent de le reconnaître et proclamèrent empereur l'électeur palatin Krédéric V. Mais ce dernier ne reçut point les secours qu'il espérait de son beau-père, Jacques 1er, et de Bethlen Gabor, prince de Transylvanie. Pendant ce temps, a l'appel de Ferdinand, Maximilieu de Bavière prenait le commandement de l'armée de lu ligue catholique , faisait mettre Frédéric au ban de l'Empire et entrait dans la haute Autriche , pendant que l'électeur de Saxe et une armée espagnole s'avançaient pour appuyer ses mouvements. Les Bohémiens, après avoir assiégé un moment Vienne, durent se replier et furent vaincus, le 3 novembre 1620, a Weissenberg, près de Prague. Pendant que Frédéric V s'enfuyait en Hollande, la Bohême devenait la proie du vainqueur, qui se livrait à tous les excès. Non-seulement la liberté de conscience y était abolie, mais encore un grand nombre de protestants furent traînés au. supplice; on confisqua leurs biens et plus de 30,000 réformés durent quitter le pays. Cette sanglante persécution s'étendit à leurs coreligionnaires de l'Autriche. A ta suite de la bataille de Weissenberg, l'Union s'était dissoute (1621). Mais Ernest de Mansfeld , qui était parvenu à s'échapper de la Bohème, résolut de défendre les Etats héréditaires de Frédéric. Grâce à l'appui du duc Christian de Brunswick et du margrave de Bnde-Durlach , il continua la lutte, fut rejoint bientôt par Frédéric et battit en 1622 à Wiesloch l'armée de la ligue sous les ordres de Tiily. Mais, à la suite d'échecs éprouvés par le margrave et par le duc de Brunswick, Frédéric entra en négociation avec Ferdinand et abandonna ses Etats; le Pulatinat tomba au pouvoir de Tiily, et la dignité d'électeur palatin, enlevée à Frédéric par la dicte de Ratisbonne (1623), fut conférée à Maxiniilien de Bavière.
Période danoise (1625-1629), Les persécutions de tout genre auxquelles les vaincus furent en butte de la part de Ferdinand et' des catholiques et des vues d'ambition personnelle décidèrent, en 1625, le roi de Danemark, Christian IV, à recommencer la guerre et à se mettre à la tête dus protestants d'Allemagne. Ayant reçu des subsides de l'Angleterre et des troupes do la Hollande , il entra en campagne. Mansfeld, qui prit le commandement d'une partie de ses forces, fut battu à Dessau (1625), par Wallenstein, commandant en chef de l'armée de l'smpe- . reur Ferdinand. Après la mort de Mansfeld et du duc Jean-Ernest de Saxe-Weimar, qui avaient fait trouée a travers la Silèsie, Wallenstein alla rejoindre Tiily, qui venait de battre Je roi de Danemark et le margrave de Bade. Mais presque aussitôt les deux généraux impériaux se séparèrent. Tiily marcha contre les Hollandais, pendant que Wallenstein allait s'emparer du Mecklembourg, puis assiéger Stralsund (1628). A la suite Uu ces revers, le roi de Danemark se vit contraint de signer la traité humiliant de Lubeck (12 mai 1629), par lequel il s'engagea à ne plus s'occuper des affaires de l'Allemagne.
Période suédoise (1630-1635). Grâce à Wallenstein, Ferdinand avait pu vuincre les protestants sans avoir recours à la ligue. Cet exécrable prince mit le comble à sou système d'odieuse réaction catholique en publiant, en 1629, l'édit de restitution, en enlevant aux protestants toutes les propriétés ecclésiastiques, en les excluant de la paix de religion et en autorisant les princes de l'Empire à employer la force pour contraindre leurs sujets à être catholiques. Son pouvoir croissant, la terreur que causait l'armée créée par Wallenstein inspirèrent des craintes pour leur indépendance aux princes qui avaient adhéré à la ligue. Se sentant menacés, ils demandèrent à Ferdinand, lors
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de la diète de Ratisbonne (1G30), de diminuer son armée et d'éloigner Wallenstein. En ce moment Richelieu tenait en France lo pouvoir entre ses mains. Poursuivant son grand but de l'abaissement de la maison d'Autriche, cet habile politique pensa que l'heure était venue de donner la main aux protestants d'Allemagne et de leur susciter un défenseur dans le brave et aventureux Gustave-Adolphe. Pour donner satisfaction à la ligue, l'empereur Ferdinand venait de licencier une partie de son armée, lorsque le roi de Suède, à la tête de 15,000 hommes, pénétra en Allemagne (juin 1630) et prit Mecklembourg, qu'il rendit au duc dépossédé. Le duc de Saxe- Weimar et le langrave de Hesse-Cassel se prononcèrent alors en sa faveur; Richelieu, par le traité de Bœrwald (janvier 1631), lui fournit des subsides; enfin les électeurs de Saxe et de Brandebourg se décidèrent à s'allier à lui. A la tête de forces imposantes, il marcha contre l'armée impériale, commandée par Tiily, et l'écrasa presque complètement près de Leipzig (17 septembre 1631). Pendant que l'année de l'électeur de Saxe pénétrait en Bohême, Gustave - Adolphe s emparait successivement de Wurtzbourg, do Mayence, d'Augsbourg, de Munich (mai 1632). Cepertdant Wallenstein venait de succéder à Tiily, tué au passage du Lech. Après avoir réorganisé l'armée, forcé les Saxons à quitter la Bohême, il marcha contre Gustave-Adolphe et les deux armées se rencontrèrent à Lutzen (16 novembre 1632). Gustave-Adolphe trouva la mort dans cette bataille, où son année remporta la victoire. Mais alors s'arrêtèrent les succès des Suédois. Les ducs Bernard de Saxe-Weimar et Georges de Brunswick prirent le commandement des armées protestantes. Pendant que le premier faisait la guerre dans la basse Allemagne, le second prenait la Franconie et perdait son temps en expéditions insignifiantes. En 1631, l'armée impériale reprit Ratisbonne, puis battit complètement à Nordlingen (6 septembre) Bernard de Saxe-Weimar et le général suédois Horn. Celte défaite eut pour résultat de détacher de la cause des protestants l'électeur de Saxe et l'électeur de Brandebourg , qui signèrent la paix de Prague avec l'empereur (1635).
Période française (1635-1648). Les Suédois, sous les ordres de Baner, battirent d'abord en retraite; mais ayant reçu du renfort, ils marchèrent contre les électeurs qui venaient de faire défection. Après avoir pénétré dans le Brandebourg, Baner dévasta la Saxe, vainquit, à Wittstock, Hatzfeld, qui commandait les impériaux et les Saxons (1636), chassa les Autrichiens de la Hesse, ravagea de nouveau la Saxe, puis se replia devant les forces supérieures de Gallas. Ce fut alors que la France, conduite par le génie de Richelieu, intervint directement en faveur des protestants contre l'Autriche. Par le traité de Saint- Germain-en-Laye, une armée française fut placée (en 1636) sous les ordres de Bernard de Saxe-Weimar, qui chassa Gallas de l'Alsace et mourut au cours de ses succès en 1637. Cette même année, Ferdinand II mourait et était remplacé sur le trône impérial par l'empereur Ferdinand III. Baner, forcé par l'armée de l'archiduc Léopold-Guillaume d'évacuer la Bohênia, put bientôt reprendre l'offensive, grâce aux renforts qu'il reçut de la France, de Brunswick et de la Hesse. En janvier 1641, il marcha, avec les Français, sous les ordres de Guébriant, sur Ratisbonne, où était réunie la diète de l'empire, et il s'en fallut de peu qu'il ne s'en emparât. Peu après il mourut. Le général suédois Torstenson , qui lui succéda dans le commandemeqt en chef de l'armée, poursuivit, les opérations avec une grande vigueur. Après avoir battu les impériaux à Breitenfeld (1642), il prit Leipzig, puis marcha contre le roi de Danemark, qui s'était rangé du côté de l'empire, et le contraignit à signer la paix (1646). A la suite de nouveaux succès sur Gallas, Torstenson battit Hatzfeld à Jankoff, marcha sur Vienne, entreprit le siège de Brunn, dont il ne put s'emparer, et laissa le commandement à Wrangel. Pendant que le général suédois faisait ces campagnes, les Français, sous les ordres de Guébriant d'abord, poursuivaient contre les impériaux une lutte qui fut longtemps sans résultat décisif. Guébriant fut tué à la prise de Rottwell. En 1644, le duc d'Enghien et Turenne trouvèrent dans Mercy un rude adversaire. Mais après la mort de ce dernier, tué près de Nordlingen (3 août 1G45), les Français et les Suédois envahirent la Bavière, qu'ils ravagèrent (1646), et forcèrent l'électeur à abandonner la cause de l'empire. En 1647, Wrangel pénétra en Bohême, puis réunit son armée à celle de Turenne, et ils remportèrent ensemble de nouvelles victoires sur les impériaux. L'électeur de Bavière s'étant joint de nouveau à ces derniers, vit de nouveau ses Etats dévastés. Enfin, Prague était sur le point de tomber au pouvoir du général suédois liosnigsmark, lorsque le traité de Westphalie vint mettre enfin un terme à une guerre qui avait dépeuplé et ruiné la plus grande partie de l'Allemagne. Ce glorieux traité donna le premier rang à la France et assura la liberté de conscience pour les protestants, l'indépeudance des Provinces-Uuies et de la Suisse, etc. Schiller a donné une Histoire de ta guerre de Trente ans, qui est un chef d'œuvre.
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Trente Ml (HISTOIRE DE LA GUERRE DE),
par Schiller (Leipzig, 1793). La guerre de Trente ans est sans contredit une des époques les plus curieuses de l'histoire moderne. Elle fut peut-être, plus que toute autre, féconde en événements mémorables, en grands exploits militaires, en vicissitudes singulières et imprévues, en résultats définitifs et importants. Tontes les grandes nations de l'Europe parurent et brillèrent sur la scène, et une petite nation du Nord, conduite par un héros, y jeta plus d'éclat qu'aucune d'elles. Depuis les Romains, la tactique militaire n'avait pas été portée si loin ; jamais avec de petits moyens on n'exécuta de plus grandes choses; jamais on ne vit une plus brillante rivalité d'Illustres capitaines. Dans les armées de l'Autriche, Wallenstein, Buquoy, Mansfeld, Tiily, Gallas, Piccolomini, Papenheim, Jean de Werth ; chez les Suédois, Gustave- Adolphe, le plus grand de tous; Bernard de Weyniar, Baner, Torstenson, Wrangel et bien d'autres, injustement oubliés; chez les Français, auxiliaires dt>s Suédois et de la ligue protestante d'Allemagne, une brillante succession de grands capitaines, le maréchal Guébriant, Gassion, Turenne. Les petites armées que commandèrent ces illustres généraux présentèrent alors un spectacle singulier. Les soldats no connaissaient d'autre habitation que les tentes, d'autre patrie que les camps, entraînaient leurs ménages avec eux. On vit souvent jusqu'à quinze mille femmes dans une armée, et pendant ces trente années de guerre naquirent deux ou trois générations de petits soldats qui, soumis à l'éducation la plus guerrière, devinrent bientôt aussi braves que leurs pères. Cette grande époque a trouvé dans Schiller un grand historien. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à trouver dans son livre un tableau fidèle de tous les événements remarquables de cette guerre ; il est bien des côtés que l'auteur a laissés dans l'ombre, d'autres au contraire qu'il traite avec une grande supériorité. Wieland place Schiller à côté de Robertson, et ses contemporains ne se sont point élevés contre cet éloge, mais ils se sont réservé lé droit de demander à Schiller pourquoi il avait dédaigné les traditions si remarquables de l'école historique allemande. Dans la patrie de Niebuhr et de Haller, on considère avec raison l'histoire comme une science d'érudition ; on aime à voir discuter les faits, à suivre un auteur dans la recherche du secret d'une négociation politique, et ce sont précisément ces éléments importants que Schiller a négligés. 11 a oublié que le but de l'histoire est surtout de rétablir la vérité des faits, de raconter, d'instruire plutôt que de plaire. Le dédain qu'il professe pour 1 érudition est frappant ; c'est ainsi que dans son livre la mort même de Gustave-Adolphe ne donne lieu à aucune controverse; il se contente de parler des soupçons conçus contre le duc de Saxe-Lauenbourg, et il ajoute « qu'un roi qui s'exposait comme un simple mortel a pu trouver la mort comme lui. > M ""1 de SiaËl a donc été en droit de reprocher à l'auteur de la Guerre de Trente ans son insouciance au point de vue des faits historiques; non que l'on puisse relever dans son livre beaucoup d'erreurs ; au contraire, ce qu'on lui reprocherait avec le plus de justice, c'est de s'en tenir à la vérité banale, aux choses connues de tous et, quand parfois il s'en écarte, de ne jamais citer ses bouro.es, donner ses pièces justificatives. La plupart du temps, au lieu de creuser son sujet, il s'abandonne au plaisir de décrire, bien différenten cela de Voltaire, qui joint de grandes qualités de narration à une science profonde, science dont on ne s'est bien rendu compte qu'à notre époque, parce que lui aussi avait négligé d'annoter son livre.
C'est dans les portraits surtout que se révèle le talent de Schiller ; i! a peint de main de maître tous les nombreux personnages de ce long et terrible drame: le caractère inflexible et sombre du barbare destructeur de Magdebourg, Tiily ; l'âme ardente et le bouillant courage de Papenheim; le génie, l'orgueil et l'ambition de Wallenstein; la mollesse du sybarite unie à la bravoure du soldat, dans Baner; tous les talents militaires s'alliant avec toutes les qualités du prince, avec toutes les vertus du simple particulier, dans Bernard de Weimar, le plus grand général des alliés après Gustave-Adolphe, et mourant à l'âge de trente-six ans; enfin Gustave-Adolphe lui-même, éclipsant tant de grands hommes par la supériorité de son génie militaire, par l'ascendant de ses vertus, par la grâce de sa modestie. Schiller peint surtout le héros suédois par ses discours et ses actions ; il le peint aussi par l'enthousiasme dont les peuples sont saisis à son approche et qu'ils fontéclater à son passage. Même après sa mort, à la bataille de Lutzen, ses soldats ne purent être vaincus. Le tableau de cette bataille de Lutzen, celui de la bataille de Leipzig, de l'attaque terrible du camp retranche de Wallenstein par les intrépides Suédois, qui y furent écrasés ; celui du pillage et de l'incendie de Magdebourg, sont pleins de verre, de vigueur et d'intérêt.
Schiller composa son Histoire de la guerre de Trente ans pour le Calendrier historique des dames, que publiait le libraire Goeschen. La première partie, qui s'étend jusqu'à la bataille de Breitenfeld, parut en 1791 ; retardé
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par une maladie, il ne put mettre dnnsle Calendrier du 1792 qu'un très -court fragment auquel il ajouta, sous le nom de Portraits, les biographies peu étendues de trois personnages qui figurent dans son histoire, la landgrave de Hesse-Cassel, Amélie-Elisabeth ; l'électeur Maximilien de Bavière et le cardinal de Richelieu. Le reste de l'ouvrage fut publié en 1793.
Les meilleures traductions françaises de la Guerre de Trente ans sont celles de^Mahier de Chassât (1820, 2 vol.), de M11» de Carlowitz (1846), ouvrage couronné par l'Académie, et surtout celle de M. Régnier (1860), dans la collection complète des œuvres du poëte.
TRENTE, anciennement Tridentnm ou Trideiilimtm, en allemand Trient, en italien Trento, ville des Etats autrichiens (Tyrol), ch.-l. de cercle, sur l'Adige, à 1S6 kilom. S. djnsprùck; 16,000 hab. Evéché, séminaire-, gymnase; tribunaux de ire instance et de commerce ; filatures, fabriques de tabac, commerce de soie et de vin. Trente est une ville tout italienne, bien que ta population y parle une sorte d'allemand. Elle est vaste, peu peuplée, et dans beaucoup de ses rues l'herbe croît comme dans un champ. On rencontre de tous côtés de grandes habitations, véritables palais dont la façade, d'architecture riche et ornée, est le plus souvent décorée de peintures; mais leurs possesseurs se sont appauvris ; ces nnbles demeures paraissent négligées, et plusieurs sont en ruine. Le vieux château où siège l'administration locale n'est guère mieux conservé, mais il a un grand caractère. On y remarque, entre autres beaux édifices, la cathédrale, l'église de Saint-Pierre, l'église Sainte-Marie- Majeure, dans laquelle fut tenu le célèbre concile œcuménique dont nous parlons plus bas ; le collège, l'hôtel de ville, son vieux et énorme château, ses murailles flanquées de vastes tours rondes. Cette ville, qui passe pour avoir été fondée par les Etrusques, fut successivement au pouvoir des Gaulois, des Goths, des Lombards, des empereurs, des ducs de Bavière. Au xme siècle, l'évêché de Trente fut érigé en évêché-principauté de l'empire. Il embrassait tout le territoire dont Trente est le chef-lieu. L'évêque -prince de Trente siégeait à la diète de Ratisbonne ; il avait une juridiction séculière sur tout son diocèse, où la justice se rendait en son nom. Après la paix de Lunéville, l'évêché fut sécularisé (1802). Les Français s'emparèrent de Trente en 1796 et 1797. Plus tard, Napoléon en lit le chef-lieu du département du Haut- Adige, et, k la suite des événements de 1814, cette ville entra dans les possessions de l'Autriche.
Treme (le concile de). A ses débuts, la société chrétienne se présente au sein du monde païen sous la forme d'une démocratie religieuse, dans laquelle la papauté se montrait à peine. Les premiers conciles, appelés conciles apostoliques parce qu'ils se tinrent sous la direction des apôtres, conciles qui auraient dû, ce semble, servir toujours de type aux. conciles subséquents, se composèrent des apôtres eux-mêmes, qui étaient les évêques, des anciens, qui étaient les prêtres, et des simples tidèles, dont les femmes ellesmêmes n'étaient point exclues. Placuit apo- ■ stoliset senioribus cum omui Ecclesia, est-il dit, par exemple, dans les Actes (xv) à l'occasion du troisième concile apostolique tenu à, Jérusalem.
Trois siècles se passèrent ainsi, pendant lesquels la démocratie chrétienne vainquit et absorba le monde antique par sa doctrine, par sa morale et par ses martyrs. Mais voici le concile de Nicèe, et déjà le3 choses changent de face. Le monde romain, au temps du concile de Nicée, se divise, évêques et fidèles, en deux parties à peu près égales : les uns veulent que le Christ soit une créature d'ordre supérieur, antérieure à notre univers, mais ne soit qu'une créature, doctrine à laquelle saint Paul paraissait, dans ses épltres, assez favorable ; les autres veulent qu'il soit Dieu lui-même, étant le Verbe divin, consubstantiel au Père. Le César, devenu chrétien, qui règne a Constantinople a grande hâte de voir se calmer, pour dominer plus librement les masses, les passions religieuses qui agitent son empire. Il convoque le concile de Nicée et même y assiste en personne; peu lui importe le parti qui sera vainqueur, pourvu qu uue réponse soit donnée. Pourtant il parait incliner vers la consubstantialilé du Verbe incarné, à la suite de l'évêque de Rome, ustre étrange, présageant les tempêtes dans le firmament de l'aristocratie épiscopale, parce qu'il est le successeur du plus vieux des apôtres, auquel Jésus fit un jour l'honneur du grand jeu de mots : «Tu es Pierre ; sur cette pierre,» et le reste. On fait un symbole dont la parfaite orthodoxie chrétienne pourrait être critiquée puisque, renversant l'ordre logique du premier chapitre de l'Evangile selon saint Jean, ce symbole qualifie Jésus lui-même, et non le Verbe seulement, de iDieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, consubstantiel au Père, • ce qui ne peut convenir, d'après la dogmatique rigoureuse du christianisme, à l'homme dans le Christ. Mais, n'est-ce pas le concile aristocratique luimême qui fait l'orthodoxie? L'empereur a
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une réponse qui pourra mettre la paix dans les esprits ; il est satisfait.
Cependant, quelques-unes des règlesde justice delà démocrutie primitive survivaient encorejon n'osaitdéciderdansle conseil lesquestions sans entendre les avocats des deux causes ; devant tes 318 evéques qui devaient juger à Nicée comparaissait Arius lui-même, simple prêtre d'Alexandrie, défendant librement sa tlièse ; beaucoup parlaient pour lui ; et, en fin de compte, 17 évêques de ses partisans refusaient de signer le fameux homooitsios. Il est vrai que, dans les jours qui suivirent, il n'en resta que deux qui, avec Arius, furent inflexibles, et Constantin les exila tous les trois. Au reste, les 3is évêques de Nicée ne pouvaient composer qu'une moitié à peine des évêques chrétiens, puisque trente ans après (35g) il s'en trouva près de 460 à Riwini et près de 200 à Séleueie, en tout plus de 600, auxquels l'empereur, qui étaitalorsarien, put faire signer des formules ariennes.
C'est ainsi que l'aristocratie prit, dans l'Eglise, la place de la démocratie, nourrissant de plus, sans s'en douter, le jeune lion qui devait la dévorer quinze siècles plus tard ; elle poussait l'imprudence k ce sujet, dans le concile de Sardique tenu vingt ans après celui de Nicée, jusqu'à constituer l'évêque de Rome en tribunal suprême d'appel dans les questions de discipline à régler entre évêques. Mais c'est bien cette aristocratie naissante, conduite par l'empereur, qui pose le premier dogme positif; elle le pose dans ce fumeux symbole qui servira désormais de pivot a toute cette dogmatique catholique dont le concile de Trente donnera, au xvie siècle, le catéchisme le plus développé.
Avec cette apparition de l'aristocratie dans l'Eglise, quel système de conduite se fait jour? C'est le système de l'exclusivisme, de l'épurement par excommunication et proscription. Les ariens sont exclus, sont môme exilés ; ils reviendront au pouvoir clans les années suivantes, ot ils proscriront à leur tour, car ils ne sont que l'aristocratie elle-même divisée contre l'aristocratie. Mais enfin, le symbole adopté prendra le dessus, et dans les conciles qui suivront il servira de règle suprême d'unité, à l'aide de laquelle les vapes fonderont peu k peu leur influence en s'y rattachant plus fortement quelesautres évoques.
Durant la seconde période de trots siècles, du ive jusque dans le vue, l'aristocratie épiscopale règne sans conteste. Ce sont les réunions des princes de l'Eglise, au nombre de 150,de200, de 250, de 300 tout au plus, qui font la loi au monde religieux, en se groupant plus ou moins autour de l'évoque de Rome pour fixer leur unité de foi etau besoin centraliseï leurs forces dispersées.
Dans la troisième période, du vue siècle au xc, la papauté manifeste ses aspirations à la domination universelle des corps et des âmes, et la défiance va s'éveiller, de plus en plus, dans le gouvernement aristocratique. Cette défiance devient si profonde, et la tendance de la papauté tellement claire, qu'il en résulta enfin ta séparation définitive des Eglises orientales, le schisme grec. Si l'aristocratie de Nicée et des conciles suivants avait éloigné de son giron catholique les plus anciennes Eglises de l'Orient, en en chassant les ariens, les nestoriens , les eutychéens, les wonothélites, dont l'existence est encore vivace aujourd'hui, la dictature naissante de la papauté en éloigne environ 80 millions d'Orientaux qui s'établissent, en dehors de ses domaines de l'Occident, avec le système aristocratique pratiqué depuis Nicée et qui conserveront ce gouvernement dans sa pureté, k côté de l'Eglise latine appelée à se constituer officiellement plus tard, par le con- «ile du Vatican, auquel le concile de Trente aura préludé,en une pure monarchie absolue dans l'ordre religieux, au moment même où elle perdra toute principauté temporelle. Il faudra pourtant mettre de grandes restrictions à cette conservation du gouvernement aristo-cratique en sa pureté. Dans l'Orient, les Eglises grecques échapperont, il est vrai, à la suprématie de ia papauté romaine ; mais elles tomberont plus ou inoins sous d'autres sceptres, par exemple sous le sceptre musulman,-et un jour, pour l'Eglise gréco-russe, sous le sceptre du czar qui, par son saint synode, composé de ses créatures, et par le droit de proposition qu'il se sera réservé, lisez d'injonction, sera le pontife dissimulé, mais réel, de cette Eglise.
Viennent la quatrième et la cinquième période. Durant six siècles, du x» au xvie les papes, aspirant à devenir les monarques suzerains de toutes les puissances de la terre ne sont occupés qu'eu luttes avec les rois qui' trop souvent, tyrannisent les peuples, et ne manquent pas (Je leur fournir des prétextes fondés. Pendant ces siècles, les conciles dits œcuméniques ne sont plus, en réalité, que les conciles des papes et de l'Eglise latine, puisque tout l'Orient en est exclu. Mais voici le moine augustin de Wittemberg qui, l'an 1517, se met à prêcher avec ses confrères contre les abus des indulgences, à l'aide desquelles la cour de Kome a-ttirait l'argent de toute l'Europe, pour satisfaire , en ce moment, sa passion pour les arts. Nouvel apôtre, il passionne les fuules ; il plaît à l'électeur de Saxe, Frédéric le Sage, ce prince honnête qui, après avoir refusé la couronne impériale pour lui-même, la fit donner k Charles-Quint, préférableinent à notre François lor; il est for-
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tement protégé par ce prince d'Allemagne et gagne d'autres princes qui bientôt prendront, dans les diètes, le nom de protestants, parce qu'ils protestaient contre les professions qui 1 empereur catholique voulait leur imposer. Bientôt l'Allemagne est en ébullition sous les prédications antipapistes de Luther. Léon X ie condamne et fait brûler ses livres; il répond lui-même k Léon X par son fameux auto-da-fé de la bulle, en grande cérémonie, devant ie peuple de Wittemberg, assisté de ses confrères, les moines augustins, et il demande un concile oecuménique qui tranche la question entre lui et la papauté. La cour de Rome, surtout le collège des cardinaux, redoutait ce concile; elle le refusa pendant des années. Le système aristocratique n'avait pas encore usé sa vitalité, et la papauté tremblait pour sa puissance, au souvenir des conciles de Pise et de Constance, qui l'avaient déclarée inférieure à ta leur et à celle de l'Eglise ; elle recula donc, atermoya pendant de longues années, et les princes protestants, que Charles-Quint cherchait k ramener au catholicisme romain, mais qu'il ménageait parce qu'il en avait besoin contro les Turcs, renouvelaient leurs appels au concile. Enfin la cour de Rome, avec un pape nouvoau, Paul III, qui était mieux disposé pour le concile, finit par s'y déterminer. Elle convoqua d'abord le concile k Mantoue ; le duc de Mantoue s'y refusa; elle le convoqua à Vicenee ; mais alors les protestants, qui voulaient être certains de leur liberté, réclamèrent une ville d'Allemagne. Charles-Quint ne se montra pas défavorable à un tei'ehoix ; mais le pape voulait une ville d'Italie, afin d'exercer plus sûrement son influence sur les Pères. Enfin le pape et l'empereur s'accordèrent sur la ville de Trente, dans le Tyrol. Mais les protestants ne l'acceptèrent pas davantage; ils voulaient une ville où ils fussent certains d'être en sûreté, telle que Ratisbonne, Cologne, Nuremberg. Des difficultés s'élevèrent encore, et ce ne fut que quelques années après, en 1545, que le pape put envoyer à Trente trois légats qui firent l'ouverture du concile le dimanche 13 décembre 1545.
Deux écrivains du xvio et du xvit» siècle ont laissé l'histoire du concile de Trente. L'auteur de la première en date fut fra Paolo Sarpi, dit aussi Pau! de Venise, Eu lutte avec ie pape Paul V, au nom de sa patrie, et suspecté de favoriser les doctriu'es nouvelles, il fit un récit défavorable à la papuuté, ainsi qu'au concile, et favorable aux protestants. L'auteur de la seconde fut le cardinal Palavicini. qui écrivit la sienne pour réfuter la première, plus d'un demisièele plus tard. Si nous entrions dans les discussions qui séparent ces deux historiens sur les dix-huit années de travaux %t d'intermèdes du concile de Trente, nous ferions un article beaucoup trop long. Nous ne nous arrêterons qu'aux faits avérés, sur lesquels s'accordent les deux historiens, et qui ne sont contestés par personne.
Ces faits se rattachent k cinq chefs ; l» les relations du pape et du concile avec les protestants; 2<i les relations de l'aristocratie, dans le. concile, avec la papauté qui est la monarchie naissante ; 3« les relations du pape avec l'empereur ; 4" les décrets dogmatiques du concile; 5« les décrets disciplinaires du même concile.
— Relations du pape et du concile avec les réformateurs et leurs adhérents. Nous avons vu le concile de Nicée, tout aristocratique qu'il était, admettre dans son sein des évêques ariens et Arius lui-même. Le concile de Trente a grand soin, sous l'instigation de la papauté, de ne point imiter sou devancier dans cette conduite. Sous prétexte que les erreurs nouvelles ne sont que de vieilles erreurs renouvelées, on n'admet au concile que des évêques dont on est bien certain que la doctrine en- est exempte. On fait doue un triage, en sorte que l'on connaît d'avance le jugement. Le plus grand nombre des membres est composé d'Italiens ; il y eu a aussi de Français et d Espagnols, mais leur orthodoxie n'est pas moins assurée que celle des Italiens. Le nombre des membres n'est pas, d'autre part, très-considérable. A la session d'ouverture, il ne sont que 29 ; à la deuxième session, ils ne sont que 36; à la troisième session, ils ne sont que 64, et dans les sessions les plus nombreuses qui eurent lieu dans ia suite, on ne compta jamais que de 100 k 200, excepté dans la session de clôture, où il se trouva 255 Pères pour donner leur signature. Les protestants, lorsqu'il s'agit pour eux d'accepter ou de rejeter le concile, eurent k délibérer seulement s'ils iraient se présenter eu accusés certains de leur condamnation ou s'ils feraient au pape amende honorable eu se soumettant et rétractant" entre ses mains toutes leurs doctrines comme des doctrines fausses. Cène furent donc pas les protestants qui se séparèrent, en réalité, du giron catholique; ce fut l'orthodoxie pupale elle-même qui les exclut en leur disitut : ■ Croyez comme nous, ou restez dehors. »
Cette appréciation est grave, mais elle S appuie sur des faits avères. Nous n'en citerons qu'un, celui de l'évêque de Capu-d'Istria, Paul Vergerio ou Verger, et nous la raconterons avec quelques détails.
Paul Vergerio avait d'abord été nonce du pape en Allemagne, avait eu des couféren- •
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ces avec les réformateurs, même avec Luther, C'était lui qui, en 15S6, avait rapporté à Rome la nouvelle qu'il ne fallait point espérer que les protestants acceptassent jamais le concile qu'ils avaient eux-mêmes demandé, à moins qu'il ne fût libre et tenu dans un lieu de 1 empire où ils seraient en sûreté, ainsi que l'empereur Charles V le leur avait toujours promis, et qu'il n'y avait plus rien à attendre, en dehors de cette condition, de Luther et dé ses sectateurs. « Si on veut les réduire par d'autres voies, avaitil ajouté, on n'y parviendra que par celle des armes. « Le saint-père avait récompensé Vergerio en le nommant évêque de Capo-d'Istria, sa patrie.
Cependant des soupçons coururent dans la suite contre Vergerio, à propos de certaines faiblesses bienveillantes qu'on lui reprochait d'avoir montrées pour les réformateurs, et en 1546 ces soupçons eurent un tel écho qu'il entreprit de s'en justifier. Il était alors en Allemagne; il se hâta de revenir dans son ôvêché, et il commença un traité de controverse dirigé, contre les luthériens. Mais il parait qu'en étudiant avec soin leurs ouvraj ges, il se laissa entraîner à goûter leur thèse sur le rappel du caractère démocratique de l'Eglise primitive et que même il y entraîna^ son frère Jean-Baptiste, évêque de Pola. Or, à ce moment même (1546), il y avait dans les diocèses des deux Vergerio un inquisiteur très-zélé, nommé Annibal Grison, qui les surveillait avec tant de soin que Paul jugea prudent de se retirer à Mantoue, chez le cardinal Hercule de Gonzague. Bientôt le légat du pape à Venise, Jean de La Casa, fit tant d'instances près du cardinal pour qu'il se défît d'un tel hôte, que celui-ci quitta encore Mantoue et prit le parti de se rendre au concile de Trente, ne fût-ce que pour s'y disculper. Déjà il avait été cité à Rome comme suspect.
Bien qu'il n'y eût contre lui que la suspicion de sentiments favorables aux réformateurs et que la citation qu'il avait reçue de Rome n'eût encore été suivie d'aucun jugement, les légats, qui, au nom du pape, prenaient autant qu'ils le pouvaient la direction du concile, lui refusèrent formellement l'entrée des congrégations et, plus encore, des sessions générales. Us lui déclarèrent net qu'il ne serait point admis avant qu'il eût répondu k la eitation qu'il avait reçue comme suspect d'hérésie,qu il se fûtjustifié auprès du pape et qu'il en eût reçu l'absolution avec le diplôme d'orthodoxie. Ils s'en tinrent, il est vrai, k des exhortations pressantes de se rendre k Rome et ne le firent point arrêter ; mais ils ne furent pas éloignés d'en venir à ca moyen, et la seule considération qui les arrêta fut la crainte de faire crier trop haut dans le public que la liberté ne régnait pas au concile.
Vergerio fut grandement surpris d'un tel procédé. Exclu formellement du droit de siéger, il obtint cependant que sa cause ne fût point jugée à Rome, mais fût renvoyée devant le légat Jean de La Casa et le patriarche de Venise. Ensuite il regagna son diocèse, apprit en y arrivant que le légat et le patriarche avaient reçu de Rome des ordres pour lui faire son procès en règle et prit aussitôt le parti de quitter l'Italie. Il se retira dans la Suisse, canton des Grisons, et, dans son indignation devant les procédés dont on usait à l'égard de ceux qu'on suspectait d'être favorables aux réformateurs, il jeta le manche après la cognée et se fit luthérien.
Il est bien vrai qu'on lit dans les Actes du concile de Trente un sauf-conduit longuement développé pour les adhérents k la confession d'Augsbourg, pour les ecclésiastiques et les laïques, les princes et les gens du peuple de toute l'AUemagnejjt dont les privilèges sont étendus k toutes les nations, en vertu duquel on pouvait se rendre k Trente en toute sûreté et protection, présenter des objections au concile, traiter avec lui d'affaires et conférer sur les difficultés pendantes avec les Pères ou avec des théologiens que le concile chargerait de cette mission ; mais ce sauf-conduit arriva beaucoup trop tard, et d'ailleurs il n'offrait aux protestants qu'une garantie fort incertaine.
— Relations du concile avec la papauté, c'est-à-dire de l'aristocratie catholique encore puissante avec la monarchie naissunte dans l'ordre religieux. Nous nous bornerons encore k quelques faits avères, également racontés par les deux historiens primitifs.
La première querelle importante qui s'éleva entre les Pères du concile et la papauté, représentée par ses légats, porta sur le titre que le concile se donnerait en tête de ses décrets. Le pape prit les devants sur ce point en ordonnant que les décrets commençassent par cette formule ; ■ Le saint concile œcuménique, légitimement assemblé sous la conduite du Saint-Esprit, les légats apostoliques y présidaut. ■ Des Pères demandèrent qu'on ajoutât aux qualifications du concile celle-ei ; » Représentant l'Eglise universelle. » Les légats refusèrent ; ils craignaient qu'on n'allât jusqu'à exiger qu'on ajoutât encore la qualification que s'étaient donuée les conciles de Constance et de Bâle : ■ Tenant son pouvoir immédiatement de Jésus-Christ, pouvoir auquel tous, de quelque condition qu'ils soient, même papale, sont obligés d'obéir. « Les discussions furent très- vives et sa
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renouvelèrent dans plusieurs congrégations et sessions. On lit d'abord patienter les réclamants en leur promettant l'addition pour d'autres décrets; mais, en fin de compte, on ne la fit jamais et ce fut, sur ce point, la papauté qui l'emporta au moyen d'atermoiements indéfinis et de promesses qui ne furent jamais tenues.
La papauté fut moins heureuse dans une autre prétention qu'elle manifesta dès le début, celle de nommer elle-même les officiers du concile en les choisissant k Rome dans la cour pontificale. Les légats en firent la proposiiion et mirent en avant plusieurs noms. Mais les réclamations furent assez importantes pour les faire reculer ; ils se retirèrent en disant qu'ils n'avaient point prétendu enlever au coftcile le droit d élire ses officiers, qu'ils avaient entendu seulement fuciliter cetto élection en instruisant les Pères des capacités de ceux qu'ils croyaient susceptibles de remplir ces charges, Ce fut doue le concile qui nomma lui-même ses officiers, constitua ses bureaux et congrégations, organisa tout le personnel de ses travaux.
Il en fut de même d'une question qui s'éleva sur l'ordre k suivre dans les matières ; ferait-on d'abord uniquement des décrets dogmatiques, en remettant à une série de sessions subséquentes les questions da réformes dans la discipline? ou bien prendrait-on la marche inverse? ou enfin traiterait-on alternativement, dans le même temps, des matières de foi et des questions de réfonnation ? Le concile se décida pour ce dernier parti. Mais Paul III, qui était pour le premier, parce qu'il y voyait un moyen do s'accorder plus facilement avec Charles- Quint, se montra fort en colère de cette décision qui avait pourtant été prise de bon accord avec ses légats, et il envoya l'ordre formel que l'on procédât autrement, en décidant d'abord les questions de foi et remettant à plus tard celles de discipline. Mais ce fut encore le concile qui l'emporta, ainsi qu'on peut le constater par ses Actes, dans lesquels les chapitres de réformation s entrecroisent avec les chapitres et les canons concernant la foi.
Parmi les dissensions qui s'élevèrent entre les Pères du concile et la papauté, il convient de citer encore ce qui se passa pendant la translation du concile à Bologne ; une minorité d'à peu près un tiers était restée, malgré le pape, k Trente. Vers la fin des trois années que dura cette grande division, dont nous parlerons plus longuement ci-après, Paul III, fatigué, déclara le concile dissous et rappela k Rome les Pères qui siégeaient k Bologne; mais, en cette circonstance, il ne fut pas obéi; ceux de Trente ne tinrent pas compte de son arrêt et ceux de Bologne restèrent à Bologne, contrairement à ses ordres.
Mais la querelle la plus éclatante et la plus considérable qui se produisit à Trente} entre les Pères du concile et le saint-siége, fut celle qui eut pour objet le droit de proposition ou de motiou chez les Pères, en d'autres termes le droit de proposer et de mettre en discussion des postulata. Quand une assemblée de cette espèce est limitée sur les matières k traiter et qu'elle reçoit les sujets de discussion d'une autorité supérieure, elle n'est libre qu'à demi... Cependant le pape Paul III prétendit, dès l'année 1546, par Je légat président qui le représentait alors, enlever aux Pères du concile l'initiative ûespostulata et l'attribuer seulement k ses légats; beaucoup de Pères, dont le plus grand nombre était composé d'Espagnols, réclamèrent avec énergie contre de telles prétentions, et la discussion fut très-vive, très-orageuse même ; mais elle n'obtint pas de solution; la papauté maintint son droit prétendu, et le concile le sien. Sous Jules III, la querelle s'assoupit; on évita les occasions qui l'auraient fait revivre, et elle se réveilla plus ardente que jamais sous Pie IV, en 1562. Ce fut la papauté qui lui fournit l'occasion de se réveiller delà sorte, en introduisant daus un préambule des décrets de la première session tenue sous le nouveau pontife une clause nouvelle ainsi conçue :PropoiieiUibus legatis, clause qui supposait que toutes les questions résolues avaient été mises en discussion par le saintsiège, ce qui était faux, et que tout se décidait sur sa proposition. Le concile protesta et fut si ferme que l'on n'en put obtenir aucune concession. Il y avait alors dix -sept ans que la discussion était pendante et que ni la papauté ni le concile ne voulaient céder. La dispute se prolongea encore jusqu'en 1563, qui fut l'année même de la clôture du concile, et ce fut enfin pie IV qui céda. Les Pères de Trente se hâtèrent de supprimer la clause et continuèrent départager, défait, J'jnitiative des postulata avec les légats du saint-siége. Mais, enchantés de leur triomphe, ils voulurent payer par un retour de bon procédé le bon procédé du saiiit-pèro et ils votèrent unanimement ces paroles : Salva semper auctoritate sedis apostolicm (sans porter atteinte k l'autorité du siégu apostolique) paroles complaisantes, dont une interprétation plus complaisante eucure devait, trois cents ans après, servir de degré au saint-père pourkfaire son dernier pas vers l'absolutisme. i
— Relations de la papauté avec la puissance impériale durant la concile. C'hyrles-
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Quint était irrévocablement catholique. It avait vu et entendu Luther, à la diète de Worms, faire son fameux discours en allemand et en latin devant tous les princes d'Allemagne, dont il était l'empereur par suite de leur élection, et il avait dit : « Ce n'est pas ce moine-là qui me fera quitter la religion de mes pères. • Mais il joignait à une profonde habileté politique un fonds d'honnêteté et un sentiment de véritable grandeur qui devait l'empêcher toute sa vie de se conduire en tyran éhonté. Il s'était honoré en ne violant pas, comme l'avait fait Sigismond à l'égard de Jean Hus, le saufconduit sur la lui duquel la moine de Wittemberg avait comparu ; puis étaient venues les autres diètes dans lesquelles il avait toujours pris le parti de l'ancienne -orthodoxie, avait usé de tous les moyens, tolérances et menaces, clémence et rigueur, pour ramener les protestants. 11 avait, d'ailleurs, visé avant tout au maintien de sa puissance et avait senti qu'il avait besoin d'eux pour se soutenir contre les envahissements de la puissance ottomane. I! les avait donc ménagés, en se réservant toujours de sévir quand le moment serait venu et de les ramener au catholicisme par la force des armes. Ce moment était enfin arrivé, et il avait vaincu tous les princes protestants qui s'étaient levés pour défendre dans leurs Etats la liberté de conscience.
Le concile avait déjà tenu trois sessions à Trente et il manifestait, dans la quatrième, la volonté d'aborder les matières de' foi sur lesquelles les réformateurs faisaient scission avec les catholiques. C'étaient les légats qui, obéissant aux ordres du pape, réclamaient surtout ce procédé. L'empereur, qui attendait alors quelques concessions du parti protestant, fit manifester par son ambassadeur une vive opposition et exprima le désir qu'on ne se pressât pas de porter des anathèines qui rendraient les protestants plus furieux encore. Le pape fit insister. Les députés de l'empereur finirent par accéder au désir du pajie, espérant que le temps amènerait quelque complication nouvelle qui contrarierait ces sortes de délibérations, et le concile de son côté décida, comme nous l'avons dit, de sa livrer concurremment aux questions de discipline et aux questions de la controverse dogmatique. De quoi l'empereur venait-il là se mêler? filais la politique ne s'ingêre-telle pas toujours en tout ce qui l'intéresse par quelqu; côté, sans avoir égard à la nature de la matière? Et aussi longtemps que la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne se sera pas réalisée, n'en sera-t-il pas toujours da la sorte ? D'autre part, quelle peut être la liberté d'un concile qui délibère ainsi sous deux pressions contraires, la pression d'un chef tout-puissant dans l'ordre civil et la pression d'un chef non moins puissant dans l'ordre religieux? Tel fut cependant le concile de Trente. Au reste, il résulta de cette première discussion entre l'empereur et le pape un froid qui devait bientôt produire un grand éclat.
Le concile avait tenu sa septième session et porté des décrets dogmatiques et des décrets de réforme; on était au mois de mars de l'année 1547. Le pape, jugeant que le concile était, dans la ville de Trente, sous l'influence de l'empereur et craignant que, par les évêques espagnols surtout qui lui étaient dévoués, cette influence ne fit tort à la sienne et n'amenât des décisions quelque peu favorables aux doctrines des réformateurs, profita d'un prétexte plus ou moins fondé pour donner a ses légats le droit de transférer le concile à Bologne, ville de l'Etat ecclésiastique, où son influence ne serait pas contrariée. Le prétexte était une maladie qui régnait plus ou moins h Trente ; et la permission donnée aux légats signifiait un ordre. Aussi fut-il décidé dans la huitième session que le concile serait transféré à Bologne. Cet acte n'avait pas la validité exigée
ar les traditions conciliaires, d'après lesqueles de telles décisions demandaient l'accord de la presque unanimité. Les opposants restèrent à Trente et les autres allèrent siéger à Bologne.
La querelle entre les deux chefs se compliqua, s'envenima même de discussions pour des intérêts temporels relatifs à Parme et à Plaisance, et elle dura trois années sans que ni le pape ni l'empereur cédassent définitivement. Paul 111 était souvent dans l'indécision et jamais ne prenait un parti. 11 suspendit le concile; il rappela à Korae, comme nous l'avons vu, les Pères de Bologne, qui lui résistèrent sur* ce point; il essaya d'influencer ceux de Trente et par. la douceur et par la peur des foudres de l'Eglise, sans obtenir ce iju'il désirait. A Bologne, on ne pouvait rien iaire parce que le concile n'y était pas au complet; à Trente, on ne faisait rien non plus, puisque les légats du pape y faisaient défaut; on pouvait croire que le concile expirerait d'une mort naturelle, amenée par sa division contre lui-même.
Ce fut pendant cette interruption du concile (1548 à 1551) que Charles-Quint, vainqueur de toutes ies villes protestantes de 1 Allemagne , prit la résolution de rétablir partout l'ancien culte par la force des armes; il commença même d exécuter ce plan sur une grande échelle en forçant les vaincus d'accepter par avance les décisions du concile pour le moment où elles seraient promul-
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guées dans leur ensemble; mais, impatienté de voir la pape retarder lui-même cet événement tant désiré, il conçut l'idée de ce fameux Intérim, espèce de symbole ou formulaire de foi et de discipline en vingt-six articles, qu'il fit rédiger par des théologiens de manière à satisfaire à la fois, autant que possible, les protestants et les catholiques. Il promulgua cet Intérim et en força 1 exécution par les armes.
La mort de Paul III arriva dans cette conjoncture (t550) et Jules III, qui n'était autre que le cardinal del Monte lui-même, un des troi3 premiers légats, mit fin à la péripétie en accédant au désir de l'empereur par la promulgation d'une bulle qui ordonnait la reprise du concile dans la ville de Trente, « d'où les maladies, disait-il, et tout obstacle avaient disparu. »Dix sessions insignifiantes avaient été tenues à Bologne, elles furent comptées; la onzième, tenue à Trente, n'eut pour objet que de déclarer la poursuite du concile en cette ville ; la douzième se borna à proroger au il octobre 1551 la première session de reprise pour décrets de foi sur l'eucharistie, ainsi que pour les décrets disciplinaires ; ia treizième marqua la reprise véritable des travaux, qui devaient encore occuper douze sessions. Mais il n'en fut tenu que six, qui prirent environ deux années, au bout desquelles devait se produire une nouvelle et longue interruption. -
— Décrets dogmatiques'du concile de Trente. Jetons maintenant une vue générale, quoique suffisante pour que le lecteur ne sorte pas de cette étude comme d'une nuit sombre, sur toute la dogmatique qui fut décrétée par le concile de Trente dans ses trois séries de travaux : la première, sons Paul 111, de 1545 à 1547, période durant laquelle mourut Luther (1546) [me, IV», v*>, vi et vue sessions]; la seconde, sous Jules III, de 1551 à 1552 (xm° et xive sessions); enfin, la troisième, sous Pie IV, de 1562 à 1563 (xxie, xxn", xxiue, xxive et xxve sessions) ; nous passons sous silence les sessions qui ne fuient que de réglementation et d'organisation, tant au début qu'aux reprises subséquentes.
Ce concile, assisté d'une centaine de théologiens les plus distingués de son temps qu'il avait lui-même choisis, entreprit de faire un résumé à peu près complet de la dogmatique qui s'était développée dans l'Eglise depuis le symbole de Nicée.
Son premier acte dogmatique (session m, 4 février 1556) fut de poser comme fondement le symbole de Nicée, avec son 'o[tooû<riov tîû ua-ifi (eonsubstanliel au Père), ajouté par ce concile au symbole ancien, dit le symbole des Apôtres, et avec son fiiioque, ajouté dans le siècle précédent, par le concile de Florence, sur la procession du Saint-Esprit.
Son second acte de même nature consista dans deux décrets sur les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament (session iv, 8 avril 1556); un premier pour donner l'énumération de ces livres tels qu'on les trouve dans l'édition de la Vulgate, et un second pour déclarer que, « dans les choses de foi et de morale appartenant à l'édification de la doctrine chrétienne , on ne pouvait les interpréter que conformément à 1 interprétation de l'Eglise et même au sentiment unanime des suints Pères. »
La cinquième session eut pour objet le péché originel et pour résultat six canons habilement tournés pour condamner les protestants sans condamner les opinions des diverses écoles de théologie.
Ce fut dans une des congrégations générales préparatoires de cette session que s'éleva cette querelle si bruyante et si vive entre deux évêques, dont l'un s'emporta jusqu'au point de uonner à l'autre des coups de poing. Ces deux évêques étaient celui de La (Java et celui de Chiron, dans la Grèce. Le premier avait fait un long discours, dans lequel il prétendait démontrer que c'était la foi seule qui justifiait, thèse à caractère luthérien ; l'autre, nommé Denis Zannetin, l'accusa ■ d'ignorauce et d'effronterie, » en ajoutant qu'il le réfuterait le lendemain. En ce moment, La C'a va se précipita sur Chiron, dans le groupe où celui-ci le qualifiait de la sorte, et l'interpella si vivement qu'il alla jusqu'à le frapper. On tint aussitôt une assemblée pour le juger, et le jugement, qui fut lu par les légats, consista eu une condamnation a un bannissement perpétuel du concile et de la ville de Trente.
La sixième session-, ouverte le 13 janvier 1547, porta sur la justification. On condamna la fameuse théorie luthérienne de la justification par la foi seule. On reconnut la liberté morale de l'homme, • dont le libre arbitre, dit le concile, n'a pas été détruit et éteint par la déchéance, ainsi que le prétendait le célèbre novateur. »
La septième session, ouverte le 3 mars 1547, eut pour objet : io les sacrements en général , matière sur laquelle il fut porté treize canons, dont le plus important exige dans le ministre « au inoins l'intention de faire ce que fait 1 Eglise ; ■ 2» le baptême (quatorze canons) ; 3° la confirmation (trois canons).
La deuxième série des sessions doctrinales fut reprise quatre années plus tard, sous Jules III, après que Charles-Quiiit eut rétabli par la force l'ancien ordre de choses et fait admettre son Intérim oar les armes.
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On s'occupa dans la treizième session, ouverte le- il octobre 1551, du sacrement de l'eucharistie; on fit huit chapitres (présence réelle, institution, excellence, transsubstantiation, culte, administration, préparation, mode de réception) et l'on porta onze canons sur les mêmes objets.
La quatorzième session, ouverte le S5 novembre de la même année, traita du sacrement de la pénitence dans neuf chapitres (nécessité et institution, différence avec le baptême, portée et effet du sacrement, contrition, confession, ministre et absolution, cas réservés, satisfaction), et du sacrement de l'extrême-onotion dans trois chapitres {institution, effet, ministre et sujet), puis on porta quinze anathèmes sur la pénitence et quatre sur l'extrême-onction.
Les deux sessions qui terminèrent cette série, quinzième et seizième (1552), n'eurent pour objet que le second des trois saufs-conduits et la suspension du concile pour deux années, qui se changèrent en dix, par suite surtout des invasions de la Réforme protestante, du découragement du grand empereur, de son abdication et enfin de sa mort (1558).
La troisième et dernière reprise des travaux, dix années après, eut pour première session doctrinale la vingt et unième (16 juillet 1562), laquelle s'occupa, dans trois chapitres, de la communion sous les deux espèces et de celle des petits enfants, et porta sur ces matières trois canons.
Dans la vingt-deuxième session (17 septembre- 1562), on décréta neuf chapitres sur le sacrifice de la messe et neuf canons sur le même sujet.
Dans la vingt-troisième {15 juillet 1563), on dressa quatre chapitres sur le sacrement de l'ordre, sur le sacerdoce, sur les ordres sacrés et mineurs, sur la hiérarchie ecclésiastique , et huit canons sur les mêmes objets.
Dans la vingt-quatrième (11 novembre 1563), on s'occupa du mariage dans un seul chapitre et dans douze canons.
Enfin, dans la vingt-cinquième (3 et 4 décembre 1563), on traita du purgatoire, de l'invocation des saints, des indulgences; on porta trois canons sur ces matières. Puis, après de longues réglementations disciplinaires dont nous dirons plus loin quelques mots, on fit la clôture du concile aux acclamations unanimes de deux cent cinquante-cinq Pères qui se trouvèrent présents.
L'exposé dogmatique du concile de Trente fut rédigé avec une grande habileté en ce qu'il réussit, par sa rédaction, à résumer la doctrine de l'Eglise latine telle qu'elle était sortie peu à peu des définitions de la papauté et de la, pratique de cette Eglise, à ne point gêner les opinions diverses des écoles théologiques, à exclure formellement les nouvautés des réformateurs et à éviter de rendre hérétiques les Eglises orientales, qui n'étaient déclarées que schismatiques sur les points mêmes où ces Eglises se trouvaient c'accord avec les protestants.
Avant de passer à notre cinquième sujet, la discipline du concile de Trente, tirons une conclusion générale relative à la pensée mère de notre thèse. Cette exposition doctrinale, sur laquelle une congrégation de cardinaux, toujours aux pieds des papes, rédigea ensuite un long développement, connu Sous le nom de Catéchisme du concile de Trente, sur laquelle continue de fonctionner sans cesse la même congrégation, sous le titre de Sacrée congrégation du concile, pour l'interprétation des questions pratiques de toute sorte qui peuvent s'y rapporter, sur laquelle, enfin, ce tribunal permanent donne des réponses officielles qui s'accumulent dans une série de volumes in-folio, appelée le Thésaurus, laquelle se monte déjà à près de deux cents tomes, cette exposition doctrinale, disonsnous, fut calquée avec soin sur les décisions dogmatiques de tous les papes qui avaient précédé, ce qui était constituer, par le fait, l'infaillibilité même que le concile du Vatican devait proclamer trois cents ans après. Quant à la démocratie chrétienne primitive, il n'en reste plus trace au concile de Trente. Pour la décision des questions, soit doctrinales, soit disciplinaires, le peuple chrétien n'a plus voix au. chapitre; la seule grâce qu'on lui fait, c'est la publicité qu'on donne aux congrégations générales et aux assemblées pour la tenue des sessions. Les actes du concile portent qu'à ces réunions les locaux où siègent les juges sont remplis de plusieurs milliers d'assistants; c'est l'aristocratie épiscopale qui fonctionne encore, mais elle suit elle-même si fidèlement les décisions papales antécédentes en fait de dogmatique, qu'elle abdique, en réalité, toute suprématie sous ce rapport pour la remettre entre les mains d'un seul.
— Décrets disciplinaires portés par le concile de Trente. On sait que la discipline établie par ces décrets ne fut point acceptée par tous les gouvernements, qu'elle est encore exclue de beaucoup et que ia France est de ce nombre et Sera de ce nombre aussi longtemps que le concordat de 1801 et 1802 y sera officiellement conservé comme ayant force de loi.
C'est ce qui explique comment Pierre Pithou, notre fameux collectionneur des anciens canons, dans les deux in-folio qui portent le nom de Corpus juris canonici et qui ont fourni
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les bases à un grand nombre de nos lois, n'y a pas fait entrer cette discipline.
Elle porte :
1° Sur les éditions et impressions des livres sacrés, lesquelles devront être examinées et autorisées par l'ordinaire (ive session).
2° Sur l'établissement et entretien des lecteurs en théologie, des prédicateurs et des questeurs (ve session).
3» Sur la résidence des prélats dans leurs églises, sur celle des curés, sur la surveillance qui sera exercée par les ordinaires (les évêques) sur tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers, aussi bien que sur les chanoines, à titre de délégués du siège apostolique; enfin sur l'interdiction faite à tous les evèques d'exercer les fonctions épiscopales hors de leur diocèse (vie session).
4° Sur le choix des évêques, sur l'obligation pour eux de ne tenir qu'une église cathédrale, sur la capacité des "bèneficiers, contre le cumul des bénéfices, sur la visite et la léparation des églises, sur la tenue des prélats , sur les dimissoires donnés par les chapitres durant les vacances du siège, sur les autorisations données pour les promotions, sur l'approbation de l'ordinaire pour les promotions, sur les causes civiles des exempts réservés aux évêques, sur le gouvernement des hôpitaux, le tout ou presque tout en vertu de constitutions papales (vue session).
5<> Sur les corrections épiscopales à l'égard des subordonnés coupables, sur les dépositions et dégradations des ecclésiastiques, sur l'absolution et la remise des peines par l'évêque, sur les citations à comparoir concernant les évêques, sur les témoins recevabtes contre eux, sur le souverain pontife seul juge des évêques coupables (xine session),
6<> Sur les promotions et les suspenses, sur les évêques in partibus qui ne peuvent promouvoir aux ordres, sur le droit donné ù l'évèque de suspendre tout ecclésiastique dépendant de lui quoique promu par un autre, sur le droit de correction accordé à tout évoque à l'égard de tout ecclésiastique même exempt, sur l'obligation qui incombé aux clercs de porter l'habit ecclésiastique conformément aux instructions et exigences ou tolérances de l'ordinaire, sur l'homicide, sur le droit de l'évèque limité à ses propres sujets, etc. (xiv« session).
7" Sur la gratuité de tous les services ecclésiastiques, sur la nécessité d'un titre ou d'une fortune ou pension suffisante pour l'admission aux ordres, sur les distributions journalières dans les chapitres, sur la nécessité d'un nombre suffisant de prêtres dans les paroisses et sur l'érection de nouvelles cures, etc. (XXIe session).
8° Sur l'honnêteté de vie des ecclésiastiques, sur le service des cathédrales, sur les dispenses, sur les testaments dont les évêques sont les exécuteurs, sur les monts-depiété dont les administrateurs doivent rendre compte à l'ordinaire, sur les ravisseurs des biens d'Eglise, sur la demande du calice (XX.11& session).
80 Encore sur la résidence pastorale, sur la collation des ordres réservée à l'évèque, sur l'âge de Quatorze ans requis pour la promotion à un bénéfice, sur l'examen des ordinands, sur le temps, le lieu, etc., de l'ordination, sur les conditions requises pour l'ad-. mission à la réception des divers ordres, sur la nécessité d'être approuvé par l'évèque pour confesser et absoudre, sur les prêtres vagabonda, sur les séminaires (XXJH« Session).
9» Sur la nécessité de la présence du propre curé avec deux ou trois témoins pour la validité du mariage, sur les empêchements dirimants, sur les peines du concubinage, sur la liberté du mariage, sur la promotion des évêques et des cardinaux, sur la périodicité trisannuelle des conciles provinciaux et annuelle des synodes diocésains, sur la visite du diocèse, sur la prédication à laquelle l'évèque doit veiller, sur la réserve au souverain pontife des causes criminelles épiscopales, sur les devoirs des chapitres, Sur les formes des jugements, des juridictions ecclésiastiques, etc. (xxive session).
10u Sur les obligations des réguliers de ne rien posséder, etc., suc la clôture des religieuses, sur les élections des supérieurs dans les couvents, sur les devoirs des réguliers d'obéir aux évêques des diocèses où ils sont, 'sur les peines des réguliers scanda.eux, sur les noviciats, sur les vètures, Sur la liberté d'entrée en religion, sur les monastères en commande, etc., sur la tenue modeste des évêques en meubles, à la table, etc., sur la devoir des évêques d'observer les décrets du concile, sur l'excommunication, sur l'obligation des bénéliciers d'exercer l'hospitalité, sur les biens d'Eglise, sur les dîmes, sur la manière da procéder à l'égard des clercs coucubinaires, sur l'exclusion de certains bénéfices des enfants des clercs, contre les duels, sur les immunités ecclésiastiques que les princes chrétiens doivent faire respecter, sur les indulgences, etc., enfin sur l'observaiion des décrets du concile (xxve session).
Tels fuient les décrets disciplinaires du concile de Trente, analysés dans leurs titres seulement. Après qu'ils eurent été lus avec ies décrets dogmatiques dans la séance de clôture et que les Pères eurent répondu unanimement leur placet k cette proposition du
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légat président, que confirmation en serait demandée au saint-père, ils furent souscrits et acclamés par 255 Pères, dont 4 légats, S cardinaux, 3 patriarches, 25 archevêques, 168 évéques, 7 abbés, 39 procureurs d'absents munis de commissions légitimes et 7 généraux d'ordre. Ensuite le pape Pie IV confirma le tout par une bulle ad hoc, conformément à la demande qui en avait été votée.
Nous devons à nos lecteurs, pour finir, un exemple suffisamment développé pouvant faire sentir l'esprit général qui présida aux décrets de réformation du concile de Trente.
Malgré le long règne de l'aristocratie catholique dans l'Eglise romaine et les commencements d'invasion de la monarchie dans son sein, il s'était conservé, dans le droit canonique ecclésiastique, des restes de la démocratie primitive auxquels on n'avait pas encore osé toucher jusque-là. Le concile de Trente, par les décrets dont nous venons de présenter un si rapide sommaire, attaqua, le premier, ces débris. Comme s'il eût voulu compenser les attributions exorbitantes qu'il accordait à la papauté par quelques institutions aristocratiques qui remportassent sur tout ce qui s'était fait auparavant dans cette direction, il fit ce qu'il put pour constituer les évéques en autant de petits tyrans secondaires, mais absolus, de leurs subordonnés. Cependant, en certains eas, le concile n'agit ainsi que d'une manière timide et amphibologique. Nous choisirons l'exemple que nous venons de promettre parmi les faits disciplinaires qui affectent cette couleur équivoque.
Jusqu'au concile de Trente , c'est-à-dire pendant plus de quinze cents ans, il n'avait existé dans l'Eglise qu'une espèce de procédure épiscopale dans l'application des suspenses, interdits, dépositions, dégradations, que les subordonnés du bas clergé pouvaient encourir par leur conduite, et cette procédure , appelée canonique , judiciaire, juridique, c'est-à-dire pratiquée selon les formes du droit, ne pouvait être valide qu'autant qu'aucune des' conditions canoniques n'était omise et qu'un jugement-avait été porté par le tribunal ecclésiastique institué ad hoc autour de l'évéque et sous la présidence de l'évéque. De cette manière, les évéques n'étaient point absolus, et leurs subordonnés du bas clergé, dans tous les grades, avaient des garanties contre leurs caprices ou contre les injustices qui auraient pu naître d'un pouvoir sans contrôle. Or, le concile de Trente apporta, dans cet ordre, une modification énorme à l'avantage des évéques; ce fut la procédure dite ex informata conscientia. 11 faut dire pourtant que le concile fut très-loin d'être clair dans l'établissement de cette nouvelle procédure; il faut même reconnaître que son décret, bien compris, s'entendait encore d'une manière favorable au subordonné; mais la papauté, avec ses congrégations, imposa bientôt le sens le plus défavorable à ce dernier. Citons le décret lui-même dans son texte latin et dans sa traduction littérale.
Voici le texte : Cum honestiui ae tutiut sit subjecto debitam 'prspositis obedientiam impeudendo, tn inferiori ministerio deseruire, quant cum prxpositorum scandalo graduum ultiorum appeterc dignitalem ; ei, eui ascen- Sus ad sacrvs ardines a suo prxlalo, ex guacumque causa, etititn ob occultum crimen, quomodolibct, etium extrajudicinliter, fuerit interdictus, avtquiasuis urdinibus, seu gradibus, vel dignùatibus ecclesiasticis fueril suspensus, mtlla contra ipsius prslati volun latent concessa licenlia de se promoveri faciendo, aut ad priores ordines, gradus et dignitates, sive honores restitutio, suffragetur (xive session, De reform., cap. î).
Voici la traiiuction littérale : « Comme il est plus honnête et plus sûr pour le subordonné de servir dans un ministère inférieur, en rendant l'obéissance due aux supérieurs, que de briguer avec scandale dos supérieurs la dignité de grades plus élevés; pour celui auquel l'accès aux ordres sacrés a été interdit par son prélat pour une cause quelconque, même pour un crime occulte, d'une manière quelconque, même extrajudiciairement, ou qui a été suspendu de ses ordres ou grades ou dignités ecclésiastiques, que pour celui-là n'ait valeur, à l'encolure de la volonté du prélat lui-même, aucune licence accordée * de se faire promouvoir, ni restitution aux premiers ordres, grades et dignités ou honneurs. »
Le sens le plus naturel, et même le seul naturel pour la bonne foi, est celui-ci : Que celui qui, n'étant pas encore dans les ordres sacrés, a reçu de son évêque la défense de les recevoir, n pour une cause quelconque, même pour un crime occulte, et d'une manière quelconque, même extrajudiciairement » et sans procès intenté et poursuivi proui de jure, en d'autres termes ex informata conscientia episcopi, ne sera jamais «admis à la promotion à ces ordres, malgré la volonté de son évêque, et que celui qui aura été suspendu de l'exercice de ses ordres, après qu'il y aura déjà été promu, et cela non |i!us ex informata conscientia seulement et extrajudiciairement, mais d'après les règles canoniques de tous temps reçues et pratiquées dans l'Eglise, celui-là ne pourra non plus être rétabli dans ses premières charges et honneurs malgré la volonté de son évêque.
TREN
Mais l'autorité romaine, par ses sacrées congrégations et par ses bulles, interpréta le décret d'une tout autre manière. D'après elle, le concile avait voulu dire que : Ne pouvaient être ni promus à de nouveaux ordres ni rétablis dans l'exercice d'ordres déjà reçus, malgré la volonté de l'évéque, ceux à qui l'évéque avait défendu de se faire promouvoir et ceux qu'il avait censurés et mis en suspens, ex informata conscientia, et sans forme de procès; en sorte que, d'après elle, la clause eiiam extrcijudictaiiter tombait à la fois sur le premier membre et sur le second, étant sous-entendue pour celui-ci.
C'est ainsi qu'au moyen d'une subtilité, à laquelle ie concile de Trente avait laissé ia porte ouverte, une porte qu'il lui eût été si facile de fermer par une rédaction plus positive, la cour de Rome arracha de la discipline ecclésiastique le dernier vestige des garanties démocratiques qui avaient pour but de protéger les inférieurs contre les injustices éventuelles de leur supérieur. C'est ainsi que les évéques devinrent des potentats absolus, aux caprices desquels étaient, livrés tous les membres de leur clergé. Cette omni-' potence des évéques, essentiellement aristocratique, ne gênait pas la cour romaine, parce qu'elle se bornait à peser sur le bas clergé, parce que, relativement à elle, elle n'était qu'une subordination, enfin pareeque le droit de tout juger en dernier ressort sans procès, ex informata conscientia, aussi bien les évoques que les autres, lui était toujours réservé en conséquence de la fameuse formule du concile de Trente s'appliquant à tout : Saiva semper auclorilaie sedis apostolicx.
Il y a même, relativement à cette grosse question disciplinaire, à constater dans notre xixe siècle une conduite machiavélique de la cour de Rome. Après avoir, comme nous l'avons vu, lâché la bride, au nom du concile de Trente, à là tyrannie épiscopale et l'avoir laissée se développer assez largement pour soulever contre elle l'indignation du bas clergé en tous les pays et surtout en France, où les évéques, pur suite d'habitudes gallicanes, étaient plus despotes que partout ailleurs, elle se fit adresser les appels des persécutés et leur donna bien souvent raison contre cette autorité épiscopale; elle décida même très-souvent contre celle-ci qu'elle avait outre-passé sesdroits ddns l'application de l'ex informata conscientia, en usant de cette procédure exceptionnelle à l'égard de toute sorte de causes, tandis qu'elle ne devait être appliquée qu'aux causes occultes et lorsqu il s agissait seulement de peines légères qui ne fussent ni la déposition, ni la dégradation, ni des peines perpétuelles.
Pourquoi la cour romaine se donnait-elle ainsi le beau tôle de protectrice des perse.-, entés du bas clergé, si ce n'était pour nourrir dans ce clergé inférieur des prédispositions ultramontaines qui, un jour, pussent paralyser l'aristocratie épiscopale dans ses prétentions ù la double suprématie doctrinale et disciplinaire de ses conciles œcuméniques et finissent en pesant sur elle par l'entraîner à faire ce qu elle a fait au concile du Vatican, c'est-à-dire à abdiquer en faveur de la monarchie papale universelle en matière de religion?
Nous terminons là ce tableau sommaire du concile de Trente, dans lequel nous nous sommes bornée à choisir quelques-uns des points principaux et à les décrire suffisamment pour les mettre en relief. Ceux qui voudraient avoir une idée plus complète des discussions, des intrigues, de tous les détails fort curieux qui signalèrent les dixhuit années pendant lesquelles cette assemblée tint de temps en temps ses congrégations et ses sessions, devraient lire les deux histoires fort longues de fra Paolo Surpi et do Palavicini, que nous avons déjà citées.
TRENTE-CENT s. m. V. TRENTAIN.
TRENTE- DEUXAIN s. m. (tran-te-deu-zain — rad. trente-deux). Comm. Nom d'une ancienne sorte de drap, dont la chaîne était composée de trois mille deux cents ou trentedeux fois cent fils, il On l'appelait aussi TRKSTiî-Diiux-cicNT, principalement dans les fabriques du Centre et du Nord.
— Adjectiv. : Drap trknte-dbuxain.
TRENTE-DEUX- CENT S. m. V. TRKNTE- DEUXA1N.
trente DEUX- PIEDS s. m. Mus. Nom de l'un des tuyaux de l'orgue.
TRENTE - HUITAIN s. m. Comm. Nom d'une ancienne sorte de drap, dont la chaîne était composée de trois mille huit cents ou trente-huit fois cent fils, il On l'appelait aussi trente-huit-cent, principalement dans les fabriques du Centre et du Nord.
— Adjectiv. : Drap trente-huitain.
TRENTE-HUIT-CENT s. m. V. TRENTB- HUITAIN.
TRENTEL (François -Xavier), astronome allemand, né à Neustadt en 1730, mort en 1804. 11 entra dans l'ordre des jésuites, puis professa successivement les humanités, la philosophie, l'Ecriture sainte, les mathématiques dans diverses villes d'Allemagne. S'étant ensuite spécialement occupé d'astronomie, il devint, en 1770, astronome à l'université de Wurtzbourg, où il professa, à partir de 1773, l'astronomie et les mathématiques avec un très-grand succès. On cite de ce savant :
TREN v
Compcndium algebrs, geometris elemeniaris et seciionum conicarum (Wurtzbourg, 1775- 177S, 3 vol. in-S<i),
TRENTE-MAILLES s. m. Pêche. Espèce de tramail.
TRENTENAIRE adj. (tran-te-nè-re — rad.
trente). Qui dure, qui a duré trente ans : La possession trkntenaire opère la prescription.
TRENTEPOHLÏE s. f. (train-te-po-lî — de Trentepohl, botan. allem.). Bot. Syn. d'HBliophile, genre de crucifères, g Syn. de BRY, d'AMPHICOKIE, de chantrausib et de CHROO- LÉpe, genres de cryptogames.
TRENTE -QUATRAIN s. tn. Comm. Nom d'une ancienne sorte de drap, dont la chaîne était composée de trois mille quaire cents ou trente-quatre fois cent fils. Il On l'appelait aussi trknte-qoatre-cent , principalement dans les fabriques du Centre et du Nord.
— Adjectiv. : Drap trente-qoatraik.
TRENTE-QUATRE-CENT S. m. V. TRENTE- QUATRAW.
TRENTE-SIXAIN s. m. Comm. Nom d'une ancienne sorte de drap, dont la chaîne était composée de trois mille six cents ou trentesix fois cent fils. Il On l'appelait aussi trentesix-cent, principalement dans les fabriques du Centre et du Nord.
— Adjectiv. : Drap trente-Sixain.
TRENTE -SIX-CENT s. m. V. TRENTE- SIXAIN.
TRENTIÈME adj. (tran-tiè-me — rad.
trente'). Qui occupe un rang marqué par le nombre trente : La trentième année du siècle. Le trentième jour du mois. H Qui est contenu trente fois dans le tout : La TREN- TIÈME partie d'un nombre.
— Substantiv. Personne qui occupe le trentième rang : Etre le trentième, la trentième sur la liste.
— s. m. Trentième jour du mots. Il Vieilli en ce sens ; on dit aujourd'hui trente.
— Trentième partiedu tout : Lesneuf trentièmes de 90 sont 27.
TRENTIÈMEMENT ad v. (tran-tiè-me-man — rad. trentième). En trentième lieu; se dit quand on compte par la série naturelle des nombres depuis un jusqu'à trente.
TRENT1N, INE s. et adj. (tran-tain, i-ne). Géogr. Qui habite Trente-, qui appartient à celte ville ou à ses habitants : Les Tren-' tins. La population trentine.
TRENTO (François), théologien italien, né à Udine en 1710, mort dans la même ville en 1786. Doué d'un véritable talent de parole, il se distingua dans la prédication et devint chanoine d'Udine. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Itagionamenti de omeliascelte (Plaisance, 1803, \n-io); Là Preparaxionc altamorte (Plaisance 1807); Leltere (Plaisance, 1805). Trento a laissé environ 60 volumes inédits de mélanges historiques et littéraires.
TUENTO (Jérôme), théologien italien, né à Padouo en 1728, mort en 1784. 11 appartenait à l'ordre des jésuites et se fit une grande réputation comme prédicateur; mais, malgré les éloges dont il fut l'objet de ia part de ses contemporains, on est obligé de reconnaître qu'il était loin de justifier la haute opinion qu'on avait de lui. Son style est, en effet, des plus vulgaires, et tous ses sermons abondent en répétitions ainsi qu'en images forcées et triviales. Le recueil de ses Sermons de carême (Venise, 1785, in-4<>), plusieurs fois réédité, n'en est pas moins, de nos jours encore, regardé comme un ouvrage classique par les jeunes théologiens d'Italie. On a encore de lui : Panégyriques et discours moraux (Venise 1786, in-4<>).
TRËNTO (Jules), littérateur italien, né à Patienzo (Istrie) en 1732, mort en 1813. D'abord médecin, il professa ensuite la littérature et devint, en dernier lieu, directeur d'une imprimerie à Trévise. Nous mentionnerons do lui : un Traité Sur la comédie; dix Sermons critiques, dans le genre de ceux de Gozzi, et plusieurs traductions d'ouvrages en italien.
TRENTON, ville des Etats-Unis, capitale de l'Etat de New-Jersey et siège du gouvernement, sur la rive gauche de lu Demware, à 300 kilom. N.-E. de Philadelphie; par 40» u' de latit. N. et 760 59' de longit. O. ; 25,000 hab. Elle est bien percée et en général bien bâtie. Temples pour les épiscopaliens, les presbytériens, les méthodistes, les amis, etc. Collège, académie, banques. Manufactures de coton, tanneries; fer et poteries. Mine de cuivre aux environs. Cette ville est un grand entrepôt du commerce intérieur entre New-York et Philadelphie. Washington y remporta une victoire sur les Anglais le ie décembre 1776.
TRENTOWSKI (Ferdinand Bronislas), philosophe polonais, né à Varsovie en 1808. Il professait la grammaire et la littérature polonaise au collège Szczuczyn, lorsque survint la révolution de 1830. Trentowski combattit pour la cause nationale et, après sa défaite, s'exila volontairement. Il habita d'abord à liœnigsberg, puis à Heidelberg et à Fribonrg en Brisgau, où il se fit recevoir à l'agrégation aveevune thèse sur la Vie éternelle. De retour dans son pays natal en 1843, il fit imprimer plusieurs ouvrages de philosophie. En 1448, lorsque éclata le mouvement national,
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il se rendit à Cracovie, où ses cours obtinrent un immense succès. Il ne tarda pas cependant à être obligé de s'exiler de nouveau en Allemagne, où il se fit naturaliser et se maria. Il a quitté depuis plusieurs amnées le professorat et habite Bade, où il a obtenu des lettres de naturalisation. Dans son système philosophique, M. Trentowski a cherché à concilier entre eux le réalisme et l'idéalisme, autrement dit l'empirisme et la spécn lation, et il s'est, à ce point de vue, rangé à . côté de Steffens. Il admet trois critériums : ceux de l'expérience, de la raison et de l'observation, et, par l'admission de ce dernier, se rapproche à la fois de Scheiling et de Hegel. Nous citerons, parmi les ouvrages philosophiques de M. Trentowski : ses Principes de philosophie (Carlsruhe, 1837); Introduction à l'étude de la nature (Leipzig, 1840) ; Système d'éducation (Posen, 1842); l'raité de logique (Posen, 1844); Des rapports entre la philosophie et la politique (Posen, 1843) et une dissertation sur la Démonomanie.
TIlEPiTSCIlIN (Matthieu de), général hongrois, mort en 1318. Il appartenait à l'une ile3 plus anciennes familles de la Hongrie et, en qualité de palatin du royaume, il commandait l'armée de Vladislas III à la bataille de Stillfried (1278). dans laquelle Ottocar II, roi de Bohême, fut tué. Après la mort d'André III, dernier représentant de la ligne mâle des Arpads (1301), Trentschin chercha à s'opposer à l'élection de Charobert et fit offrir la couronne à Weneeslas, roi de Bohômej pour son fils, qui portait le même nom et qui était alors âgé de douze ans. Ce jeune prince fut reconnu roi par les principaux magnats hongrois; mais la cour de Rome, qui soutenait Charobert, excommunia Trentschin, qui leva alors une armée, assiégea et prit Gran, résidence de l'archevêque primat du royaume et vint mettre le siège devant Kascliau. Charobert accourut au secours de cette ville et livra aux partisans de Weneeslas une bataille dont le résultat fut indécis (1312). Trentschin s'empara alors de l'autorité royale et fit même frapper monnaie à son effigie, puis il se mit à la tête d'une ligue nombreuse contre Charobert, et ce prince, qui par ses débauches et sa mollesse s'était aliéné les esprits des Hongrois, était sur le point de perdre sa couronne, lorsque Trentschin mourut subitement. Ses partisans se dispersèrent aussitôt, et Charobert demeura, dès lors, paisible possesseur du trône.
TRENTUPLE adj. (tran-tu-ple — de trente, et du suffixe lut. plex, qui marque multiplication). Qui est trente fois aussi grand : Un nombre trkntuplë d'un autre. Celui-ci ayant dépensé trente fois moins a donc joui d'une richesse relativement trëntuple. (Fourier.) Il Peu usité.
— s. m. Nombre trente fois aussi grand : Nous avons eu cette année le trentuple de la récoite dernière. Il Peu usité.
TRÉPAN s. m. (tré-pan — du grec trupanon, fait lui-même de trupaà, percer, qui appartient comme teirô, broyer, treô, truô, truchô, percer, toreuâ, ciseler, titràskâ, blesser, tribô, frotter, à la racine sanscrite tar, traverser, qui a fourni le principal nom de la tarière aux langues de la famille indo-européenne). Chir. Instrument en forme de vilebrequin, dont on se sert pour pratiquer des ouvertures dans certiiins os : Le chirurgien apporta son trépan et fit l'opération. (Acad.) Il Opération qui se fait avec cet instrument : Ce blessé est trop faible, il ne pourra jamais supporter le trépan. (Acad.) il Dans ce dernier sens, il est synonyme de trépanation.
— Techn. Instrument employé pour désagréger les roches dans les opérations de sondage. Il Sorte de tarière avec laquelle on perce les pierres, te marbre ou le bois, u Sorte de foret au moyen duquel on perce le ciel d'une galerie où l'air ne circule pas assez pour qu'on y puisse tenir une chandelle allumée.
— Serrur. Machine pour faire tourner un foret maintenu verticalement.
— Jeux. Bague dont se servent les tricheurs, au jeu de domino et aux jeux de cartes, n On l'appelle aussi bague K marquer,
— Encycl. Chir. Le trépan employé en chirurgie se compose de deux parties : l'arbre et le trépan proprement dit, c'est-à-dire la portion qui doit agir sur la surface osseuse. L'arbre est une espèce de vilebrequin d'acier. La palette qui le termine en haut et la boule qui est au milieu doivent être de bois et rouler sur leur axe, afin d'éviter des frottements incommodes pour la main du chirurgien. Le trépan, que 1 on adapte à l'extrémité de l'arbre, à la place de ce que les ouvriers appellent la mèche du vilebrequin, n'a pas toujours la même forme : on le. distingue en trépan perforatif, trépan à couronne et trépan exfoliatif. Le premier n'est pas autre chose qu'une tige d'acier terminée par une pyramide très-fine et à arêtes tranchantes; le second se termine par une couronne d'acier dont le bout inférieur est denté comme une scie, et dont le diamètre varie de om,018 à o™,025. Au centre de cette couronne se trouve la pyramide, c'est-à-dire une tige d'acier vissée de gauche à droite, dans le milieu de la culasse, de manière que sa pointe dépasse de 0«i,00l le niveau des dents. On peut du reste lui faire faite une saillie plus ou moins considérable au moyen d'une vis de pression. Elle sert à assujettir la couronne sur le lieu
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où elle doit agir. Dans le trépan exfoliatif, la couronne et la pyramide sont remplacées par une lame dont le bord inférieur tranchant est partagé en deux parties égales, mais taillées en biseau en sens inverse .l'une de l'antre, par une sorte de pivot ou d'épine saillante. Ces diverses pièces sont enfermées habituellement dans une boîte que l'on appelle boite à trépan, qui contient en outre trois couronnes de différentes dimensions, des rugines pour détacher le périoste de la surface des os, un tire-fond, un couteau lenticulaire, un élévatoire, une brosse dure et des tenailles incisives. V. trépanation.
— Teehn. Les trépans employés dans les sondages sont très-variés dans leurs formes. La plus simple est celle qui convient aux terrains les plus durs; c'est simplement un ciseau en acier bien trempé, de la largeur que l'on veut donner au trou de sonde.
Fig. t.
On se sert, dans les roches très-tenaces, du trépan élàrgisseur (fig. 1) , qui divise l'action et agit en même temps sur les deux tranchants. Pour les roches argileuses, on se sert d'un trépan rubarié, qui tient pour ainsi dire le milieu entre les trépans et les
Fig. a.
tarières (fig. 2)- Néanmoins, pour ces sortes de terrains, on emploie plutôt les tarières simples
Lorsque l'on veut obtenir des échantillons assez volumineux des roches dures, avec leur stratification, on se sert d'une sorte de trépan denticulaire formé de trois, quatre ou cina lames de ciseau disposées sur un noyau
Flg. 3.
central a. On découpe ainsi un cylindre de roche entre les pointes d, e, f. Lorsqu'il est
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assez long, on l'extrait au moyen d'une cloche qui s emboîte dessus exactement et le ramène au jour (fig. 3). C'est ce qu'on appelle un témoin.
Les trépans ont été perfectionnés par M. Kind, l'auteur du. puits artésien de Passy. Il a, pour remédier tout à fait a l'inconvénient qui résulte du choc violent des tiges de sonde, créé un trépan qui tombe indépendamment des tiges. Ce trépan a un manche
Fig. *.
tel que ab. La tête a est tenue par une pince tournant en oo. Lorsque tout le système tombe, le disque AB est retenu par la résistance de l'eau qui emplit le trou de sonde; il tire sur ik, ce qui ouvre la pince ; le trépan s'échappe. Sa chute est limitée par les deux taquets c et d (fig. 4).
M. Kind, pour les forages a grand diamètre, a imaginé un trépan à plusieurs lames abcd, assemblées par une même traverse.
Fig. 6.
Avec cet instrument, M. Kind a foré des puits de mine de 3 et À mètres de diamètre. Ce trépan peut être monté au moyen d'un appareil à déclic, lesté de façon à entamer la roche par son choc. Le tout a été employé pour le forage du puits de Passy. Le moteur était une machine à vapeur.
TRÉPANATION s. f. (tré-pa-na-si-on — rad. trépaner), Chir. Opération pratiquée à l'aide du trépan.
— Encycl. Chir. L'application du trépan, étant toujours une opération des plus graves, ne doit jamais être faite a la légère. On n'a presque jamais à la pratiquer dans le cas de plaie des os du crâne par instrumments tranchants, parce qu'il y a presque toujours alors assez d'espace pour l'évacuation des humeurs intra-oraniennes, ce qui enlève toute crainte de mort par compression cérébrale. II en est de même pour les plaies des os par instruments piquants, puisque la blessure ouvre une route naturelle ver3 l'extérieur au sang qui peut s'épancher au dedans du crâne. Lorsqu'une partie de l'instrument ou du projectile qui a causé la lésion reste enclavée dans la voûte crânienne et qu'il y a impossibilité de l'extraire sans enlever la portion osseuse qui l'entoure, il y. a lieu de recourir au trépan, surtout si le corps étranger dépassant l'os en dedans pénètre dans la substance cérébrale. C'est le meilleur moyen de prévenir des symptômes inflammatoires redoutables qui ne manqueraient pas de se développer tôt ou tard. Les anciens conseil- * laient et pratiquaient la trépanation préventive dans le cas de contusion des os du crâne ;
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les chirurgiens modernes s'en abstiennent et se fondent pour cela sur des raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici. Une fracture crânienne avec enfoncement des os ne réclame d'une manière absolue l'opération du trépan que lorsqu'elle s'accompagne d'accident*, graves dus à la compression cérébrale. Il n'^st pas très-rare, en effet, de trouver des individus qui ont survécu pendant de longues années à des fracturés du crâne avec enfoncement et qu'on avait abandonnées à elles-mêmes. En résumé , le chirurgien ne doit jamais trépaner que pour remédier à une compression cérébrale manifeste et pressante, lorsqu'il existe à l'intérieur du crâne un corps étranger dangereux ou un foyer dont il n'est pas permis d'espérer la résolution naturelle. Une fois l'opération reconnue nécessaire, il faut rechercher le lieu qu'occupe l'épanchement à évacuer ou le corps étranger qui cause la compression. La chose est généralement facile quand il y a une plaie ou une fracture; mais il n'en est pas de même lorsqu'il n'y a aucune trace de coup. A défaut de signes sensibles, l'opérateur s'aidera alors de tous les signes rationnels qu'il pourra observer. « On peut, ditSamuel Cooper, consulter un grand nombre de faits, dans les annales de la chirurgie, où l'emploi prudent et judicieux du trépan a amené des cures merveilleuses, et où l'on n'avait pas d'autre moyen de sauver la vie du malade. Le soulagement que produit l'opération est quelquefois si soudain et si étonnant que dans aucun cas l'assistance de l'art de la chirurgie ne se déploie avec plus d'avantage. Le rétablissement immédiat de la vue, à la suite de l'opération de la cataracte, n'est pas plus beau et plus frappant que le rétablissement instantané des facultés intellectuelles et de la parole, de la sensibilité ainsi que des mouvements volontaires, chez une personne qui est dans un état de mort apparente a, la suite d'une blessure de la tête. •
On doit éviter autant que possible de trépaner sur le trajet des sutures, parce que la dure-mère est très-adhérente dans ces points, et au niveau des sinus crâniens, parce qu'on produirait une hémorragie dangereuse. On doit éviter aussi l'angle antérieur et inférieur du pariétal, à cause de l'artère méningée moyenne qu'on pourrait facilement déchirer en ce pojnt.
La première chose à faire dans l'opération du trépan, après avoir -rasé la tète, c'est de mettre à découvert la portion du crâne sur laquelle on doit agir, soit en agrandissant la plaie, s'il yen a une, soit en incisant les téguments s ils sont entiers. On en dissèque les lambeaux, on rugine le péricrâne et on applique la couronne dentée, qu'on fait tourner doucement de manière qu'elle demeure toujours perpendiculaire a l'os. Si la sciure qui se place entre les dénis les empêche de mordre, on retire l'instrument et on le nettoie avec une petite brosse. On procède d'autant plus doucement qu'on avance davantage, jusqu'au moment où la portion osseuse cernée par la couronne devient tout à fait libre. On l'extrait alors avec l'élévatoire ou la spatule. Ou pratique ens uite l'extraction des corps étrangers. S'ib sont solides, on les enlève avec des pinces ou tout autre instrument approprié; s'ils sont liquides, on facilite simplement leur issue en donnant à la tête une position convenable. 11 ne reste plus à faire ensuite qu'un pansement léger avec un linge fenêtre enduit de cérat, et à se comporter pour le resta de la cure' comme dans toutes les autres plaies perforantes de la tête. Après la cicatrisation, on applique une plaque protectrice en caoutchouc ou en cuir bouilli, qui a aussi pour but de prévenir, dans certains cas, la formation d'un encéphalocèle.
TRÉPANÉ, ÉE (tré-pa-né) part, passé du v. Trépaner : Homme trépané.
— Substantiv. : Il est rare qu'un trépané survive à l'opération.
TRÉPANER v. a. ou tr. (tré-pa-né — rad. trépan). Chir. Faire l'opération du trépan : On l'\ trépane. (Acad.) C'est un valet gui a été battu par son mailre et gui, au sortir d'ici, va se faire trépaner. (Brueys.) Ce rire anglais lui tordait les entrailles et lui travaillait la cervelle comme si quelque chirurgien le trépanait avec un fer brûlant. (Balz.)
— Par ext. Perforer : Trépaner une côte.
— Min. Trépaner une mine, En percer la galerie avec le trépan.
TRÉFANG s. m. (tré-pan). Echin. Espèce d'holothurie fort estimée en Chine, et dont on fait usage comme aliment aphrodisiaque,
— Encycl. V. holothurie.
TRÉPAS s. m. (tré-pà — du vieux fr. très, outre, au delà, et de pas, dans le sens de passage. V. trépasser). Décès, passage de la vie à la mort, surtout en parlant de l'homme : A l'heure de son trépas. Affronter le trépas. Mépriser le trépas. (Acad.) L'on a le temps d'avoir les dents longues lorsqu'on attend pour vivre le trépas de guelqu'un. (Mol.) I! Est le plus souvent usité en poésie :
\lrépas.
Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau
Corneille.
Aux portes du trépas l'égalité commence.