‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 374 sur 1042 · V. Lespës (Léo · texte numérisé non relu

V. Lespës (Léo

TRIMMATOSPORE s. m. ( trimm-ma-tospo-re). Bot. Genre de champignons.

TRIMMER (Sarah), femme de lettres anglaise, née à Ipswich en 1741, morte en 1810. Elle était tille de Joshua Ki'rby, qui est luimême connu comme auteur de deux ouvrages, intitulés : la Méthode de perspective du docteur lirooke Taylor rendue facile et la Perspective de l'architecture. Son père étant devenu, en 1755, précepteur du prince de Galles, depuis George III, elle se trouva, à Londres, en relation avec les écrivains éminents de l'époque, notamment avec le docteur Johnson, auquel elle plut beaucoup par son esprit. A l'âge de vingt et un ans, elle épousa un M. Trimmer et ne débuta dans la littérature qu'en 1780 ; à dater de cette époque, publia une série d'ouvrages pour la jeunesse, dans le genre de ceux de mistress Bartauld. Nous citerons, entre autres: Introduction facile à la connaissance de la nature (1780); Histoire sacrée extraite de l'Ecriture sainte et accompagnée de notes et de réflexions adaptées à l'intelligence des jeunes personnes (1782-1784, 6 vol.); {'Economie de la charité (1786); liécits instructifs, recueil d'un journal intitulé le Magasin de la famille, que mistress Trimmer avait édité pendant l'année 1786; Examen comparé du nouveau système d'éducation (1806); Essai sur l'éducation chrétienne, extrait de ses oeuvres et publié' seulement après sa mort, etc. En 1814 parut, en 2 volumes in-8°, le Tableau de la vie et des écrits de mistress Trimmer.

TRIMOLET (Marie-Antoinette-Victoire), femme peintre française, née à Lyon en 1794, morte en 1832. Son père, Jean-Louis Trimolet, était dessinateur de broderie; il consacra à son éducation les loisirs forcés que lui faisait la stagnation des affaires et la suite du siège désastreux de Lyon, A douze ans, Marie Trimolet commença à faire des portraits au crayon. En 1817, elle épousa M. Petitjean et se mit a donner des leçons de dessin. Elle débuta au Salon de Lyon, en 1822, par un petit tableau, la Belle au bois dormant. En 1824 , son tableau représentant une Jeune femme soignant son mari malade et son enfant au berceau, exposé au Salon, lui valut une médaille d'or. Citons encore de Mœe Petitjean : un Saint Charles Borromée et une Adoration du sacré cœur de Jésus, exécutés l'un et l'autre pour la communauté des sœurs de Saint-Charles; le Triste retour de la nourrice (Exposition de Lille, 1825, médaille d'argent); lu Leçon de catéchisme (Exposition de Douai, 1827, médaille d'argent), acheté par la ville de Douai ; les Premiers exploits d'un

TRIM

chasseur, acquis par le musée du Lyon; Jeunes Savoyardes endormies sur la lisière d'un bois (Exposition de Cambrai, 1830, médaille d'argent), sans parler d'un assez grand nombre de portraits. Marie Trimolet mourut au moment où son talent arrivait ù maturité.

TRIMOLET (Joseph -Louis), dessinateur et caricaturiste, né à Paris en ISIS, mort dans la même ville en 1843. Orphelin à neuf ans, il lui fallut à cet âge gagner sa vie, car les parents qui l'avaient recueilli étaient bien pauvres. Un bonnetier, d'abord, se chargea de le nourrir, de le loger en échange d'un travail assez pénible- L'enfant, ne pouvant suffire à son rude labeur, alla demander h un coiffeur un pain moins amer; puis il eut la bonne fortune d'entrer chez un graveur d'étiquettes. Là, il se mit, durant plusieurs années, à colorier les dessins pour les lanternes magiques. Enfin il parvint à pouvoir payer sa cotisation modique à l'atelier de David (d'Angers). Ses progrès y furent remarqués et lui valurent des protecteurs intelligents. On le fit admettre à l'Ecole des beaux-arts; mais renseignement académique l'ennuya bientôt. Ses dessins, d'ailleurs, avaient déjà trouvé des admirateurs, et M. le comte Alexandre de Laborde lui confia les illustrations de Versailles ancien et moderne (1832); puis Lamartine lui demanda des dessins pour son Voyage en Orient, pendant qu'il achevait les joyeuses pochades des romans du capitaine Marryat. Trimolet était lancé; l'avenir s'ouvrait large et brillant; mais l'amour vint se mêler à sa vie ; il se maria et il se trouva de nouveau aux prises avec une gène voisine de la misère. Curmer, l'éditeur, lui confia des travaux assez lucratifs ; les Français peints par eux-mêmes, la Pléiade, le Prisme; mais cela ne sufrisait point. Trimolet eut alors la pensée d'ajouter des tableaux, des peintures a ses dessins; il exposa, en 1839, les Sœurs de charité distribuant des secours. Il y avait du sentiment, de bonnes intentions dans cette peinture, mais on y sentait l'inexpérience et l'effort ; elle eut une médaille, mais ne trouva point d'acheteur. Trimolet essaya alors de graver à l'eau-forte. Il exécuta d'abord vingtquatre planches, qui furent achetées par un éditeur de Londres; puis il donna, gravé d'après ses dessins originaux , le Sixième anniversaire de la révolution de Juillet. Ce travail eut du succès. Peu après parurent successivement : Charles Perrault au milieu des personnages de ses contes; Napoléon à cheval, d'après Horace Vernet; le Combat des rats et des grenouilles, le Pauvre et une composition dessinée et gravée par- Trimolet et que l'oit voit signée Meissonier dans leFortunio de Théophile Gautier, Citons à part X'Sioer, un petit chef-d'œuvre qui figure dans le Cabinet de l'amateur, cette merveilleuse collection de chefs-d'œuvre.

Trimolet, en ces diverses créations, s'était révélé observateur autant que poste, poète autant que philosopha. A la manière de Chnm, de Gavarni, de Philipon, etc., il appelait le rire moqueur sur des croquis profondément pensés quelquefois; voyez les superbes dessins, les charmantes caricatures qu'il a laissés dans les Physiologies de l'employé, de l'homme de loi, du garde national, dans le Musée Philipon, au Charivari, etc. Malheureusement il mourut ii trente ans, dévoré par les privations et par la phthisie.

TR1MOND (Charles de), prieur de Cabrières, ne à Nîmes en 1620, mort à Fontainebleau en 1686. 11 eut l'idée d'inventer des remèdes contre les maladies, et, grâce à la crédulité publique, il acquit une grande réputation. Non-seulement des malades accoururent de toutes parts auprès de lui, mais encore Louis XIV l'appela à Versailles pouc y soigner la duchesse de Fontanges (1680). Le bruit courut aussitôt qu'il avait guéri la maltresse du roi, ce qui n'empêcha point celle-ci de mourir, l'année suivante, de la maladie dont elle était atteinte. Trimond ne fut pas plus heureux, en 1686, en essayant de guérir la fistule dont souffrait Louis XIV ; mais, en revanche, il déclarait qu'il guérissait radicalement les hernies et il consentit à donner, sous la promesse du secret, sa recette au roi, qui se mit alors à préparer luimême le breuvage et l'emplâtre dont Trimond lui avait indiqué la composition. Après la mort du prieur de Cabrières, on publia sa recelte, qui consistait en un emplâtre astringent et un breuvage composé de vin rouge et de sel marin.

TRIMORPHE adj. (tri-mor-fe — du préf.

tri, et du gr. morphê, forme). Miner. Se dit des substances susceptibles de trimorphisme.

— s. m. Entom. Genre d'insectes coléo-

Ctères pentamères, de la famille des caraiques, tribu des patellimanes, comprenant deux espèces, qui habitent l'Angleterre.

TRIMORPHÉË s. f. (tri-mor-fé — du préf. tri, et du gr. morphé, forme). Bot. Section des érigerons, genre de composées.

TRIMORPHISME s. m. (tri-mor-fi-sme — rad. trimorplie). Miner. Cas particulier de polymorphisme, dans lequel une substance est susceptible de cristalliser sous trois formes différentes incompatibles.

TRIMOOILLE(la), ville de France (Vienne), ch.-l. de cant., urrond. et à 15 kilom. de Montmorillon; pop. aggl., 1,034 hab. — pop. tôt., 1,845 hab. Etablissement hydrothérûpi-

TRIN

TRIN

TRIN

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?ue ; fabriques do chandelles, d'huile et de arine.

TRIMOURTI s. f. (tri-mour-ti). Trinité indienne, composée de Brahma, Vichnou et Siva. Il On dit aussi Trimurti.

— Encycl. Les Indous donnent le nom de Trimourti aux trois principales divinités qu'ils reconnaissent, et qui sont : Brahma, Vichnou et Siva. Le mot trimourti signifie roprement les trois puissances, c'est-à-dire a création (attribut spécial de Brahraa), la conservation (attribut de Vichnou) et la destruction (attribut de Siva). Ces trois divinités sont figurées tantôt séparément avec leurs symboles particuliers, tantôt réunies en un seul corps avec trois tètes. C'est sous cette dernière forme qu'elles reçoivent le nom de Trimourti. Cette réunion offre l'emblème allégorique des choses créées, qui ne peuvent être reproduites et se perpétuer sans l'accord et le concours de ces trois puissances. Quoique beaucoup d'indous s'attachent spécialement les uns au culte de Siva, les autres à celui de Vichnou, cependant, lorsque ces deux dieux, unis à Brahma, ne forment qu'un seul corps avec trois tètes, ils rendent un culte égal à tous les trois.

Il est d'autant plus difficile de découvrir l'origine de la Trimourti, que les fables qui y ont rapport ne .s'accordent pas entre elles. Dans quelques pouranas, elles la font naître d'une femme appelée Ady-Sakty (force originelle), qui enfanta ces trois dieux réunis en un seul corps; après, y lit-on, qu'elle les eut mis au monde, elle en devint éperdument amoureuse et se maria avec eux. D'autres pouranas disent qu'Ady-Sakly produisit une semence d'où naquit Siva, qui lut le père de Vichnou. Ailleurs, on voit qu'une fleur de tavarai (lis d'étang) sortit du nombril de Vichnou et que ce fut de cette fleur que naquit Brahma. Enfin, on ne découvre dans les livres indous qu'un tissu de contradictions sur la Trimourti. Le point sur lequel ils s'accordent assez est celui qui est relatif aux débauches et aux infâmes amours des trois divinités qui la composent. Mais, quelle que soit la confusion qui règne dans les récits souvent contradictoires des divers pouranas, il est permis de n'entrevoir dans ces trois dieux et dans toutes les sottises qu'on leur prête qu'un tissu de grossières allégories.

Cette représentation emblématique de trois dieux réunis en un seul corps fut probablement d'abord destinée à figurer les trois éléments les plus sensibles à la vue, c'est-à-dire la terre, l'eau et le feu. Par la suite, cette "première idée s'évanouit, et on finit par prendre pour trois divinités distinctes et réelles ce qui n'était, dans le principe, qu'une simple allégorie.

TRIN, TRINE adj. (train, tri-ne — du lat. trinus, triple, dérivé de très, trois). Astro). Trin aspect, Se dit de deux planètes éloignées l'une de l'autre du tiers du zodiaque j on dit de même trine opposition, ii En ce sens, quelques-uns font trine maso. : Trine aspect.

— Qui est triple , surtout en parlant de Dieu au point de vue du mystère de la Trinité : Dieu est un en nature et trin en personne. (Bouhours.) Dieu est un dans lanature et trin dans les personnes. (Ventura.) Confessez donc tous trois une trine unité.

Racine.

TiUNACHIE, en grec Trinakria, de treis, trois, akria, commets), ancien nom donné à la Sicile, parce qu'elle est terminée à ses extrémités par trois caps ou promontoires : celui de Lilybée à l'O., celui de Pelore au N.-E, et le cap de Pachynum au S.-E.

- TRINACR1EN, ENNE s. et adj. (tri-nakri-ain, è-ne). Habitant de la Trinacrie, aujourd'hui la Sicile; qui a rapport à ce pays ou à ses habitants.

TRINACTE s. m. (tri-na-kte — du lat. trinus, triple, et du gr. aktis, rayon). Bot. Syn. de jungib, genre de composées.

TRINA1RE adj. (tri-nè-re —du lut. trinus, triple). Qui est divisé en trois : La feuille du fraisier est trinaire. Ce qui fera triompher la division en trois races , c'est qu'étant trinaire elle correspond au triple aspect sous lequel peut être envisagée la nature des peuples aussi bien que celle des individus. (Cuv.)

TRINALJTÉ S. f. (tri-na-li-té — rad. frin). Etat d'une chose trine : L'âme de l'univers a aussi sa dualité, pour ne pas dire sa trinalité. (G. Sand.)

TRINCADOUR s. m. (train-ca-dour — du portug. trincador). Mar. Vaisseau à fond plat et à poupe relevée, autrefois en usage chez les Portugais pour le cabotage.

— On écrit aussi trincadoure : Le gouvernement français a donné l'ordre d'armer plusieurs TRiNCADOtmiiS, qui devront exercer une police de surveillance à l'entrée des ports cantabriques.

TRINCANO (Didier -Grégoire), ingénieur français, né à Vaux, près de Besançon, en 1719 , mort vers 1792. D'abord professeur adjoint à l'école d'artillerie de Besançon, il servit ensuite, comme ingénieur, au siège de Fribourg (1744), en Provence, en Italie, au siège ie Berg-op-Zoom (1747), puis il reprit, à la paix, ses fonctions de professeur. En 1754, le dey do Tunis ayant demandé des in-

génieurs à la France, on lui envoya Trincano, qui fortifia la ville de Kairovan. De retour en France, il devint professeur de mathématiques, des chevau-légers et des pages, fonda .à Versailles une école d'où sont sortis plusieurs élèves distingués et imagina neuf systèmes de fortification, qui, malgré son espoir, n'ont pas prévalu contre ceux de Cohorn et de Vauban. On doit à Trincano un mémoire sur cette question : Quelle serait la manière la plus économique de fabriquer du sel en Franche -Comté? (1754); Discours sur les fortifications (Besançon, 1755); Eléments de fortification (Paris, 1768, in-S°); Traité complet d arithmétique. (Paris, 1781, in-S°). — Son fils, Louis-Charles-Victoire Trincano, né à Besançon en 1754, mort en 1785, obtint une place dans les bureaux de la guerre, puis se lit recevoir avocat au parlement. 11 mourut au moment où il commençait à établir sa réputation. On a de lui : Nouveau système d'ordre renforcé, publié avec les Eléments de fortification de son père ; Mémoires sur les logarithmes et quantités négatives, à la suite du Traité d'arithmétique de son père.

TR1NCAVEU.1 (Victor), célèbre médecin italien, né à Venise en 1493, mort en 1568. Il fit ses études médicales à Padoue, puis à Bologne. Après Sept ans de séjour dans cette dernière ville, il retourna à Padoue, où il prit le bonnet doctoral, et alla se fixer dans Sa ville natale. Là, il se fit bientôt une grande réputation comme praticien, professa la philosophie, donna un grand exemple de dévouement en allant secourir les habitants de Murano, qui était ravagé par la peste, succéda à Monti à l'université de Padoue et exerça sur cette école une influence prodigieuse. Il fit une révolution dans l'enseignement médical en ramenant ses contemporains à l'étude d'Hippocrate. Outre un grand nombre d'éditions d'auteurs grecs dont il donna le texte pour la première fois, on a de lui les œuvres médicales suivantes : Qusstiùnes de reactione juxta doctrinam Aristotelis et Averrhçis (Padoue, 1556, in-8») ; Qusstio de vena seconda in pleuritide (Padoue, 1563, in-8o); Dé usu et compositions medicamenlorum (Wetmar, -1571, in-4°); Explanationes in Galeni libros de differentiis febrium (Venise, 1575, in -fol.); Prxlectiones de ratione curandi omîtes corporis humani affectus (Venise, 1575, in-fol.); Consilia medica (Bâle, 1587, in-fol.); De cognoscendis curandisque morbis tam externis quam internis (Bâle, 1607, in-8°), etc. Les Œuvres complètes de Trincavelli ont été publiées par Welsch sous le titre d'Opéra omnia (Lyon, 1586, in-40).

TRINCHINETTIE s. f. (train-ki-nè-tl — de Trinchvretti. botan. ital.). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des sénécionées, dont l'espèce type croît à la Guyane.

TRINCI (Conrad de), prince de Foligno, mort en 1439. Après l'assassinat de son frère Trincio de Trinci, il fut élevé à la souveraineté par l'influence du parti gibelin (1377) et parvint à conserver son indépendance au milieu des guerres civiles qui désolaient l'Italie. Mais, en 1439, par ordre du pape Eugène IV, le patriarche Vitellesehi vint mettre le siège devant Foligno, s'en empara par trahison et réunit !a principauté aux Etats de l'Eglise, après avoir fait trancher la tête à Trinci et à ses deux fils.

TRINCOMALY, TR1NCOMALE ou TR1N- QIIËMALB , ville forte et port sur la côte N.-E. de l'île de Ceylan , sur une étroite presqu'île qui s'avance au N. de la baie Kottiar, formée par le golfe de Bengale, à 240 kilom. N.-E. de Colombo, par su 33' 30" de latit. N. et 78" 54' 30" de longit. E.; 20,000 hab., pour la plupart Malabars. Son port, et en outre ses fortifications, qui commandent l'entrée d'une suite de baies sûres et profondes, où toutes les flottes du monde trouveraient un abri, en ont fait le Gibraltar de l'Orient et la clef de la mer de Bengale. Le paysage que domine sa citadelle, et qui réunit les aspects les plus variés, les tons les plus riches de la terre, des eaux, des rochers et des bois, est un admirable spécimen de la nature cingalaise. Malheureusement, ce site magique est un des plus chauds et des moins salubres de l'île. Cette ville, après avoir passé successivement sous la domination des Portugais, des Hollandais, des Anglais et des Français, qui la rendirent aux Hollandais, fut prise, en 1795, par les Anglais, au pouvoir desquels elle est restée.

TRINÈME s. m. (tri-nè-me — du préf. tri, et du gr. nema, filet). Infus. Genre de rhizopodes, dont l'espèce type vit dans les eaux douces.

TRINERVÉ, ÉE adj. (tri-nèr-vé — du préf. tri, et du lat. nervus, nerf). Bot. Se dit des feuilles qui ont trois nervures. Il On dit aussi

TR1NERVIÉ, ÉE.

TRINERVULÉ, ÉE adj. (tri-nèr-vu-lé — du préf. tri, et de nervute). Bot. Qui a trois nervules.

TR1NEURE s. f. (tri-neu-re — du préf.

tri, et du gr. neuron, nervure). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, qui correspond au genre phora. Il On dit aussi trinèvre.

TR1NEURON s. m. (tri-neu-ron — du préf. tri, et du gr. neurou, nervure). Bot. Genre de plantes , de la famille des composées ,

tribu des sénécionées , dont l'espèce type croît aux îles Auckland,

TRINÈVRE s. f. (tri-nè-vre). Bot. Syn. de

TRINIiURE.

TRINGA s. m. (train -ga). Ornith. Nom scientifique latin du genre bécasseau.

— Syn. de phalarope, autre genre d'oiseaux.

— Tringa tacheté. Syn.'de grive d'eau.

TRINGANO, petit Etat de la presqu'île de Malacca, dans sa partie K. Il est borné au N. par celui de Perak, au N.-E. et à l'E. par la mer de Chine, au S. par l'Etat de Patani et à l'O. par les montagnes de l'intérieur. Sa surface est en général montagneuse et arrosée par plusieurs rivières qui se jettent dans la mer. On trouve, le long de la côte, du poivre et d'autres épices; l'intérieur offre d'épaisses forêts, où habitent des éléphants, des tigres et d'autres bêtes féroces. Le commerce est entre les mains des Malais et des Boughis ; les importations consistent en opium, fer, coton du Bengale, draps, etc., en échange desquels on donne les productions indigènes.

TRINGANO ou TR1NGANT, ville maritime sur la côte E. de la presqu'île de Malacca, ch.-l. de l'Etat de son nom. Grand commerce de poivre.

TRINGINÉ, ÉE adj. (train-ji-né — rad. tringa, bécasseau). Ornith. Qui ressemble ou qui se rapporte au bécasseau.

— s. f. pi. Tribu de la famille des scolopacidées, ayant pour type le genre bécasseau.

TRINGLE S. f. (train-gle. — L'origine de ce mot est controversée; Diez rappelle seulement, en suivant Ménage, le bas latin taringx, broches de fer, mais sans dire d'où vient ce dernier. Scheler croit que tringle ne veut pas dire autre chose que règle, car on dit encore tringler pour tracer une ligne; ce qui le porte à regarder tringle comme mis pour élringle et à le faire venir d'un type strigula, avec n intercalaire, type qui est lui-même un diminutif du latin strix , raie, rainure, cannelure). Verge de fer menue, ronde et longue, dont ou se sert pour soutenr un rideau, une draperie, etc.

— Baguette équarrie , longue et étroite , dont on se sert principalement pour former des moulures ou pour remplir un vide entre deux planches.

— Archit. Moulure qui se trouve à la partie inférieure des triglyphes doriques.

— Mar. Petite barre de bois , que l'on emploie à divers usages.

— Techn. Pièce de bois o"u de fer, garnie de crochets ou de chevilles, que l'on emploie pour suspendre des marchandises. Il Pièce de bois, ayant des clous à crochet où les nattiers attachent les cordons qui doivent former la natte. Il Nom des règles de fer que, dans le coulage des glaces, on place dé chaque côté de la table, et dont l'écartement et la hauteur déterminent la largeur et l'épaisseur de la glace. Il Marque faite par les charpentiers, les scieurs de long, etc., sur un morceau de bois par un cordeau blanchi ou rougi, n Barre de fer, allant d'une pile à l'autre, et servant à soutenir les chaînes d'un pont de fer.

TRINGLER v. a. ou tr. (train-glé — rad. tringle). Techn. Tracer une ligne droite avec un cordeau frotté d'une pierre rouge ou blanche sur une pièce de bois qu'on veut façonner ; Les charpentiers tringlent les poutres pour les équarrir.

TRINGLETTE s. f. (train-glè-te — rad.

tringle). Techn. Petite tringle. Il Pièce de verre qui entre dans un panneau de vitres.

— Outil dont se sert le vitrier pour ouvrer le plomb.

TRINGOÏDE s. m. (train-go-i-de — du lat. tringa, bécasseau, et du gr. eidos, aspect). Ornith. Genre d'oiseaux échassiers, tonné aux dépens des bécasseaux.

TRINGUE s. m. (train-ghe — du lat. tringa, bécasseau). Ornith. Nom vulgaire du turuix tachydrome.

TRINGUEBALLE s. f. ( train-ghe-ba-le).

Nom donné, en Picardie , à des machines fixes, employées à soulever des fardeaux, et consistant en une pièce de bois mobile, établie sur une pièce fixe verticale, et qui, n'étant pas équilibrée, se relève d'elle-même lorsqu'elle est déchargée.

TR1NGUELTE s. m. (train-ghèl-te — corruption de tringtette). Techn. Tringlette. il Pourboire. V. ce mot.

TRINICCOLIQUEadj.(tri-nik-ko-li-ke— du préf. tri, et de uiccolique). Chim. Se dit d'un sel niccolique contenant trois fois autant de base que le sel neutre correspondant.

TR1N1DAD (la), rivière des Etats-Unis (Texas), par 32° 43' de latit. N. et 98° 15' de longit. O. Elle se jette dans le golfe du Mexique, par la baie de Galveston, après un cours sinueux de 450 kilom.

TB1NIOAD (la), ville de la Bolivie, ch.-l. de la province Mojos , sur le Marmoré ; 5,800 hab. Elle est le centre des produits agricoles de la contrée. On en exporte du café, du tabac, de la vanille, du coton, des bois de teinture. '

TRIN1DAD (la), ville de Cuba, près de la

côte S., à 3!0 kilom. S.-E. de La Havane, sur le penchant, d'une colline, à 1 kilom. de la rive gauche de la rivière de son nom; 16.000 hab. Port de commerce assez actif. Climat très-pur. Les environs sont très-fertiles, surtout en sucre et en café.

TRINIE s. f. (tri-nt — de Trinius, bot. russe). Bot. Genre de plantes, de la famille des ombellifères, tribu des amminées, formé aux dépens des boucages, et comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Europe centrale et méridionale, le Caucase et au Cap de Bonne-Espérance : La trinik vulgaire est abondante dans la forêt de Fontainebleau. (Dict. d'hist. nat.)

— Encycl. Les trinies sont des plantes bisannuelles, très-rameuses, à feuilles trèsprofondément découpées en lobes linéaires, souvent un peu glauques, et à fleurs blanches, ordinairement dioïqaes , plus rarement monoïques, groupées ec nombreuses ombelles composées. Le fruit se-compose de deux carpelles à cinq côtés filiformes, un peu saillants. Les espèces de ce genre sont disséminées dans le centre et le midi de l'Europe, le Caucase et au Cap de Bonne-Espérance. Elles se rapprochent des boucages par leurs caractères et leurs propriétés. ta trinie commune est répandue dans toute la France ; elle croît de préférence dans les terrains arides et sur les coteaux calcaires, et fournit aux bêtes à laine un aliment assez bon, mais peu abondant. On extrait de ses graines une huile essentielle bleuâtre.

TRINITAIRE s. m. (tri-ni-tè-re — rad.

trinitê). Tout homme qui croit à l'existence de trois personnes en Dieu.

— Particulièrem. Sectaire dont l'opinion sur la Trinité n'est pas orthodoxe.

— Se dit aussi des catholiques , par opposition aux antitrinitaires, qui rejettent la Trinité,

— Membre d'un ordre religieux, appelé aussi ordre de la Rédemption des captifs, fondé par Jean de Matha en 1198, pour racheter les captifs chrétiens faits par les infidèles. Il Trinitaire réformé. Membre du même ordre, réformé en 1578. Il Trinilaire déchaussé, Membre du même ordre, réformé de nouveau en 1594.

— s. f. Religieuse d'un ordre, dit de la Trinité, établi en Espagne en 1201. Il Trinilaire de'cAaus.see, Membre du même ordre, réformé en 1612.

— Bot. Hépatique des jardins , dont les feuilles sont trilobées. Il Trinilaire aquatique, Sorte de lenticule.

TRINITÉ s. f. (tri-ni-té — du latin trinitas, venu lui-même de trinus, triple, lequel est un dérivé de très, trois.). Théol. Union de trois personnes distinctes, dans la religion chrétienne et dans quelques autres religions, ne formant qu'un seul Dieu : La trinité chrétienne. La trinité indoue. La Trinité nous présente la divinité multiplient ses personnes, et de tout son être versant continuellement sur nous d'inconcevables bienfaits. (La Luzerne.) Le mystère de la Trinité est emprunté de l'école de Platon. (Chateaub.)

— Par ext. Tout ce qui est divisé en trois parties : L'Espagne était une sorte de trinitê sociale, composée de l'Eglise, de la monarchie et de la démocratie. (E. Quinet.) La langue italienne a été inventée pour la musique, ta poésie et l'amour, cette trinitê de la terre, qui ne forme qu'une seule passion. (Aléry.) Cette petite colonie, cette excellente trinité de trois cosurs n'en faisant qu'un , vivait donc heureuse ainsi. (De St-Georges.)

— Liturg. Le premier dimanche qui suit la Pentecôte : Le dimanche de la Trinité. La fête de la Trinité a été établie au xiv° siècle.

— Loc. prov. A Pâques otl à la Trinité, A une époque incertaine, sur laquelle on ne saurait compter. Cette locution fait allusion aux ordonnances des rois de France du xme et du xiv<= siècle, pour le remboursement des sommes qu'ils avaient empruntées. Us y promettaient de payer à Pâques ou à la Trinité, mais ils ne s'embarrassaient guère de tenir leurs promesies.

— Philos. Trinité philosophique, Nom donné aux divers sentiments répandus dans l'antiquité sur une trinité d'hypostases dans la divinité.

— Hist. relig. Confrères de la Trinité, Communauté religieuse, à laquelle ou doit l'établissement du théâtre en France, et dont les membres portaient aussi le titre de confrères de la Passion. Il Ordre de la Sainte-Trinité, Communauté religieuse, plus connue sous le nom de Trinitaires ou A/athurins.

— Bot. Un des noms de la pensée ou violette tricolore.

— Encycl. Quoique le mot Trinité ne su trouve ni dans les écrits du Nouveau Testament, ni dans les œuvres des Pères apostoliques et de leurs disciples immédiats, l'Eglise catholique et l'orthodoxie protestante soutiennent que le dogme de la Trinité a de tout temps été admis dans la chrétienté, sans tenir compte de l'histoire , qui nous montra comment cette doctrine a surgi, comment elle s'est développée et comment elle s'est établie dans l'Eglise. Il est vrai que dès 1s comir.encement le baptême a été administré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; mais nous allons voir que ces trois mots n'ont

TRIN

pas toujours été compris comme on les comprend aujourd'hui.

Les premiers disciples de Jésus, ceux qui l'avaient connu, qui l'avaient entendu, étaient bien éloignés de le considérer comme une des personnes constituant l'essence divine. Pierre, entre autres, le regarde comme un homme inspiré de Dieu. Saint Paul se sépare de la conception des disciples immédiats du Christ. Pour lui, Jésus est plus qu'un homme; il est le type d'une humanité nouvelle , un esprit supérieur, engendré de Dieu, préexistant même au monde qu'il a créé, incarné un jour pour opérer le salut des hommes, mais constamment subordonné au Père. Deux passages de ses lettres, l'un de VEpitre aux Humains, l'autre de VEpitre à Timothée, sur lesquels on a prétendu fonder la divinité du Christ, ne sont rien moins que décisifs : le premier argument repose sur une difficulté de traduction, et le second sur la falsification, aujourd'hui constatée, du texte primitif.

Tant que' l'Eglise se composa de judéochrétiens, l'opinion de la parfaite humanité de Jésus prévalut. Les nazaréens, les ébionites, toutes les sectes de chrétiens sortis du judaïsme tinrent Jésus pour un simple homme sur qui reposait l'Esprit saint, et ils ne furent pas considérés, au début du moins, comme hérétiques. Justin martyr déclare que de son temps il y avait dans l'Eglise des fidèles confessant que Jésus était le Christ et le regardant comme un homme supérieur aux autres hommes. A mesure que le nombre des chrétiens sortis du paganisme s'accrut, de nouvelles idées surgirent.

Dans quelques livres de l'Ancien Testament , il est tait mention .tantôt d'une « sagesse »qui siège à côté de Dieu, tantôt d'une « parole » dont il s'était servi pour former le monde. Par la combinaison de ces notions poétiques et figurées avec celles qui avaient cours dans le haut Orient, quelques docteurs juifs en étaient venus à reconnaître comme première manifestation de Dieu une sorte de personne divine à laquelle ils donnaient indifféremment le nom de sagesse ou de parole. Philon appela cette première manifestation de Dieu le Logos ou le Verbe, dont il lit» l'image, l'empreinte de Dieu, son organe, son Fils unique, son premier-né, un second Dieu. «

Cette conception, qui était purement idéale, les chrétiens s'empressèrent de la montrer réalisée dans la personne de Jésus-Christ. C'est à lui que nous la trouvons appliquée dans VEpitre aux Colossiens, et plus clairement encore dans VEpitre aux Hébreux. Mais le quatrième Evangile est plus explicite. Le Logos, qui était au commencement auprès de Dieu et qui lui-même était un Dieu, est décidément descendu sur la terre ; il a pris une chair semblable k la nôtre, il a habité parmi les hommes pour devenir, avec Jésus, la lumière au milieu des ténèbres et la vie du genre humain.

Quant au Saint-Esprit, qui est la troisième ^personne de la 2 rinilé divine, on ne s'en occupait guère. Toute l'attention se concentrait sur la question des rapports du Fils et du Père. Les apologistes grecs du n<* siècle, tous ceux du moins qui ont passé par la philosophie avantd'urriver au christianisme, tels que Justin martyr, Tatien, Aihénagore, Irénéede Lyon, Théophile d'Antioche, renchérissent encore sur les données de l'Evangile johànnique; ils ajoutent aux expressions du prologue du quatrième Evangile des définitions plus directement empruntées a Philon. Avec des nuances particulières, qui tiennent à la nature de leur esprit, les Pères que nous venons de citer s'accordent à enseigner que le Verbe, résidant de toute éternité en Dieu comme sagesse, émis plus tard comme parole pour créer le monde, et devenu dès lors une personne distincte du Père , s'est montré de temps k autre aux hommes de l'ancienne alliance , s'est incarné enfin dans le sein d'une vierge et s'est manifesté au inonde dans l'homme Jésus. Mais la tendance à exalter le Christ ne pouvait pas s'arrêter là. Déjà, de la doctrine du Logos, quelques-uns concluaient que Jésus, émané de 1 essence divine et participant à cette essence, était vraiment Dieu et par conséquent devait être adoré. Origène avait établi sa coéternité avec le Père ; Tertullien démontra sa eonsubstantialité. On s'approchait ainsi peu k peu de la divinité absolue de Jésus-Christ; mais elle ne fut pas proclamée dans cette période. On se souvenait encore que Jésus avait déclaré tout tenir du Père, n être rien que par lui, ne partager avec lui ni l'absolue scieuce ni l'absolue bonté; que même dans l'Evangile selon saint Jean, où il se déclarait un avec le Père, préexistant k Abraham et venu du ciel, il proclamait son Père plus grand que lui; que saint Paul affirmait qu'il était subordonné à Celui qui lui avait subordonné toutes choses. On se souvint de tout cela et on maintint la subordination de Jésus à Dieu.

11 suffisait néanmoins d'accorder à Jésus l'adoration et le titre de Dieu pour éveiller les susceptibilités monothéistes. Des chrétiens se rencontrèrent, qui voulurent à tout prix sauver l'unité de Dieu ou, comme ils disaient, la monarchie divine. C'est pour cela qu'on les nomma monarchiens. Les uns, qu'on appela plus particulièrement unitaires , reconnaissaient dans le Père seul l'essence divine et ne voulaient voir en Jésus-Christ qu'un homme, né de la Vierge d'une manière

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surnaturelle par l'opération du Saint-Esprit, le plus grand, le plus vertueux, le plus saint des prophètes et le chef de l'Eglise. Ce parti, au rapport de Tertullien, compta un grand nombre d'adhérents ; mais il fut vivement combattu par les orthodoxes. On leur reprocha de vouloir rabaisser la nature du Fils de Dieu; on les accusa de judaïser, comme les ébionites et les nazaréens , et on leur refusa le droit de cité dans l'Eglise. Ainsi Théodose fut excommunié, en 192, par le pape Victor, et le savant mathématicien Artémon, qui soutenait que les apôtres n'avaient pus enseigné le dogme de la divinité de Jésus- Christ, fut également chassé de l'Eglise de Rome par le pape Zéphyrin.

Plus tard, Arius remplissait les fonctions de prêtre dans une des paroisses d'Alexandrie, au moment où Athanase, jeune encore, y enseignait les dogmes de la coéternité et de la consubstantiahté du Fils de Dieu. Arius en fut choqué, et il déclara, eh opposition à ces doctrines, qui lui paraissaient se rapprocher du sabellianisme, que le Christ, Verbe divin, engendré du Père avant les temps pour qu'il créât le monde et incarné dans le sein de la Vierge, né pouvait cependant être coéternel à celui qui l'avait engendré ; qu'il ne pouvait non plus être consubstantiel à son Père, ce qui impliquerait, dans la substance de l'être infini, une division ou une rupture semblable à celle que présentent les êtres Unis; que, par conséquent, le Fils devait être considéré comme créé du néant, bien que supérieur k toutes les autres créatures. La controverse se propageait, devenait tous les jours plus générale. Constantin intervint pour essayer de l'arrêter; peine inutile! 11 résolut alors de faire trancher la question par le corps épiscopal tout entier et convoqua le premier concile œcuménique, le concile de Nicée, en 325. Dans ce concile, Arius n'eut qu'un petit nombre de partisans. L'opinion d Athanase n'eut pas non plus beaucoup de représentants, à cause de l'éloigneineut des lieux. Les évêques d'Orient, qui n'avaient pas été rebutés par la distance, étaient de beaucoup les plus nombreux, et comme ils appartenaient généralement k l'opinion subordinatienne, cette opinion fut sur le point de l'emporter, et le symbole proposé par Kusèbe de Césarée faillit être adopté comme l'expression définitive de la foi chrétienne. Mais k quoi tient la destinée des dogmes I Hosius, évêque de Cordoue, partisan d'Athunase, et qui présidait le concile, intervint auprès de l'empereur et lui représenta qu'il était nécessaire d'introduire dans la formule présentée le terme à'homoousios qui, disaitil, n'avait rien de contraire aux sentiments de la majorité, et qui, repoussé par Arius et ses adhérents, pouvait seul mettre fin k la controverse. Constantin, qui n'avait rassemblé le concile que pour avoir la paix, craignit de manquer son but, et il ordonna l'insertion demandée. Les évêques se plièrent à sa volonté, et Jésus, de pac l'empereur Constantin, fut déclaré par le concile « vrai Dieu, engendré et non créé, issu de la substance du Père, par conséquent consubstantiel avec lui.» Le dogme de la divinité de Jésus-Christ était désormais formulé. A l'issue des querelles ariennes, il était entré pour toujours dans l'orthodoxie catholique.

Reste à examiner cpmment on arriva à formuler la divinité et la personnalité du Saint-Esprit. Dans le Nouveau Testament, les termes d'Esprit saint, Esprit de Dieu, sont fréquemment employés. Mais pour les évangélistes et pour les apôtres, le Saint- Esprit c'est Dieu dans ses révélations, c'est le principe de vie qui remplissait Jésus- Christ, c est l'action immanente de Dieu dans l'homme. Quel que soii le mot dont ils se servent, c'est toujours Dieu, en définitive, qui est le moteur et la raison première de tout ce qui se fait. Le côté métaphysique de la question leur échappe. Ils constatent la présence de Dieu dans l'homme et ne s'aventurent pas au delà. Les Pères apostoliques s'en tiennent généralement à cette tendance pratique. Seul, l'auteur du Pasteur d'Mermas présente des opinions particulières sur le Suint-Esprit. Pour lui, ce qu'il y a de divin en Jésus, c'est le Saint-Esprit. Justin martyr, à son tour, semble attribuer au Saint- Esprit une personnalité distincte. Parfois il le confond avec le Verbe; mais ailleurs il dit formellement : «Nous adorons le vrai Dieu, le Fils de Dieu, que nous plaçons en seconde ligne, et l'Esprit prophétique, que nous mettons au troisième rang et que nous adorons avec le Logos. «Tertullien, Théophile l'identifient avec le Verbe; d'autres, comme Athénagoré, le tiennent pour une émanation de Dieu, qui sort de lui et rentre en lui, ainsi que le rayon du soleil. Sa personnalité ne fut affirmée d'une manière précise que par Origène. 11 admettait que le Suint-Esprit était distinct du Père et du Fils, mais il croyait le Saint-Esprit inférieur au Père et le plaçait, comme aussi le Fils, à une immense distance de Dieu. D'après lui, l'activité du Père s'étend sur toute la création, celle du Fils sur les êtres raisonnables, et celle du Saint-Esprit sur les saints seulement. Son opinion fut longtemps partagée par Cyprien, Novatien, Théognoste, Pierius. Il faut aussi noter que la prière adressée au Saint-Esprit parait inadmissible à Origène.

Cette diversité d'opinions prouve surabondamment qu'au me siècle l'Eglise n'avait pas

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trouvé encore la formule du dogme du Saint- Esprit. Les querelles ariennes, qui portèrent spécialement sur les rapports du Père et du Fils, laissèrent subsister les divergences. Le concile de Nicée se contenta de proclamer la croyance au Saint-Esprit, sans le définir autrement, ce qui peimit a la spéculation de s'exercer en toute liberté. Grégoire de Nazianze rapporte que certains théologiens, comme Marcel d'Ancyre, niaient qu'il fut une personne et le regardaient comme une force ou une vertu, et que d'autres évitaient de sa prononcer sur cette question, ne la trouvant pas suffisamment éclaircie dans l'Ecriture sainte. Hilaire de Poitiers ne pense pas qu'il soit permis de rien dire du Saint-Esprit, si ce n'est qu'il existe. Cependant, quand on eut décidé contre les ariens la question des rapports du Père et du Fils, l'attention se porta sur la troisième personne de la Trinité. Quelques docteurs, entre autres Ennomios et Mucedonios, ayant voulu soutenir que le Saint- Esprit est une créature, furent condamnés par deux conciles comme pneumatomaques.

En 380, un édit de l'empereur Théodose ordonnait à tousses sujets de croire en la trèssainte Trinité.

Ce fut saint Augustin qui donna à cette doctrine son complet développement. Dans son ouvrage De Triuitate, il exclut de la Trinité toute idée de subordination et pose nettement l'existence d'un seul Dieu en trois personnes.

On avait admis que le Saint-Esprit procédait du Père par le Fils; mais cette question souleva de nouvelles controverses, et les latins finirent par déclarer que le Saint-Esprit procédait à la fois du Père et du Fils. La doctrine de la Trinité tut formulée d'une manière précise et définitive dans le symbole dit d'Athanase, qui fut composé au VI» siècle et qui est en partie textuellement extrait des ouvrages de saint Augustin.

Beaucoup de philosophes religieux ont essayé d'expliquer l'inexplicable mystère de la Trinité. Pour montrer combien ces explications sont toujours nuageuses et ridicules, même quand celui qui les donne est un homme de talent, nous nous bornerons à citer celle que donne Lamennais dans son Esquisse d'une philosophie : «Considéré dans sa substance, l'Etre infini étant un, de l'unité la plus absolue, il s'ensuit que chacune de ses propriétés est l'être tout entier selon sa substance, et comme ces propriétés sont essentiellement distinctes entre elles, il s'ensuit, en second lieu, que la puissance n'est ni l'intelligence ni l'amour et est l'Etre tout entier; que l'intelligence n'est ni la puissance ni l'amour et est l'Etre tout entier; que l'amour n'est ni l'intelligence ni la puissance et est l'Etre tout entier ; en d'autres termes, que la puissance, l'intelligenceet l'amour sont caractérisés dans l'unité de l'Etre absolu par quelque chose qui leur est exclusivement propre, et par conséquent subsistent d'une manière individuellement distincte dans cette unité. Or, l'individualité intelligente, déterminée pur quelque chose d'essentiel et de permanent, constitue la notion propre de personne, laquelle suppose de plus un rapport substantiel d'où elle tire sa réalité, son être effectif et radical. Donc il existe trois personnes dans l'unité de l'Etre absolu; et ces trois personnes coexistantes dans la substance unie et infinie, c'est Dieu.» Après cette démonstration lumineuse, il ne reste plus qu'à se demander comment il a pu se faire qu'une vérité si claire, si rationnelle ait eu tant de peine et mis tant de temps à s'établir au milieu d'une religion dont le fondateur avait commandé de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit : n'étaitil pas évident que le Père représentait la puissance, le Fils l'intelligence, et le Saint- Esprit l'amour?

Trinité. Iconogr. «Ce n'est qu'assez tard, dit M. l'abbé Martigny.que les chrétiens s'essayèrent k représenter la Divinité sous une forme humaine. Tracer une image matérielle du mystère de la sainte Trinité était plus dangereux et plus difficile encore. On eut recours d'abord à un symbole, celui du triangle. » Les exemples de ce symbole lui-même sont rares sur les monuments arrivés jusqu'à nous. Le triangle mystérieux est tracé tantôt avec un angle en haut, tantôt avec un angle en bas; il est ordinairement accompagné du monogramme du Christ et quelquefois des lettres A et n. Les archéologues ont vu aussi un symbole de la Trinité dans trois poissons disposés en forme de triangle, sur une urne baptismale publiée par Mùnter {Symbola veteris Ecclesiss... : Altona, 1825) ; les poissons désigneraient d ailleurs les fidèles purifiés par l'eau du baptême, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. L'apparition du Seigneur à Abraham sous la figure de trois anges à forme humaine a toujours été considérée par les Pères de l'Eglise comme une image de la Trinité. C'est à ce titre que ce sujet se trouve représenté sur plusieurs monuments de l'art chrétien primitif, notamment dans une mosaïque du vo siècle qui est à Saiute- Marie-Majeure.

La plus ancienne représentation que nous connaissions des trois personnes de ta Trinité est un bas-relief décorant un sarcophage qui a été trouvé dans les fondations de la basilique de Saint-Paul, à Rome, et qui se voit aujourd'hui dans le musée du Latran. Les

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trois personnes divines et coétern elles sont figurées par trois. hommes barbus et paraissant avoir le même âge; elles sont occupées k In création d'Eve : le Père est assis sur un ' siège recouvert d'une draperie ; le Saint-Esprit est debout derrière lui ; le Fils, debout aussi et regardant le Père, tient soulevé le corps de la première femme qui vient de sortir du flanc d'Adam, encore étendu à terra. Ce sarcophage date de la seconde moitié du IV» siècle. Le plus souvent, dans les représentations de la Trinité, le Saint-Esprit a la forme d'une colombe; il est toujours figuré ainsi, même sur les monuments les plus anciens, dans la scène du baptême du Christ; les artistes n'ont fait, k cet égard, que se conformer au récit des évangélistes, qui disent expressément que le Saint-Esprit descendit sur Jésus, sous la forme d'une colombe : Descendit Spiritus Sanctus corporali specie sicut columba in ipsutn. Une miniature française du xnie siècle, qui a été publiée par Didron {Iconographie, p. 197, n° 60), représente la Trinité de la manière suivante : le Père et le Fils sont assis côte k côte, le premier portant un globe , et le second un livre; le Saint-Esprit, ayant la forme d'une colombe qu'un ange tient par la queue, vient becqueter les mains réunies du Père et du Fils.

Dans une Assomption du musée de Bruxelles qui a été attribuée k Goswin van der "Weyden par M. Van Hasselt, mais qui paraît être l'œuvre d'un artiste antérieur (xve siècle), les trois personnes de la Trinité sont représentées sous forme humaine : au sommet du tableau, dans un triangle lumineux, Dieu le Père, entouré d'une gloire d'anges, tient une couronne destinée k la Vierge; celle-ci s'élève k travers l'espace, entre le Fils et le Saint-Esprit, qui sont tous deux vêtus de blanc. Cette manière de figurer la Trinité est tout k fait exceptionnelle. Les artistes modernes, comme ceux du moyen âge, ont généralement représenté Dieu le Père sous les traits d'un vieillard majestueux, Dieu le Fils sous ceux d'un homme jeune et beau, et le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Sur une bannière qui appartient k l'église de la Santissima-Trinitk, à Ciltk-dl- Castello, Raphaël, dans sa jeunesse, a peint le Père éternel assis sur des nuages et tenant des deux mains le Christ crucifié, au-dessus duquel plane la colombe divine. L'école italienne a produit beaucoup d'autres tableaux relatifs à la Trinité ; il nous suffira de citer les compositions de Mariotto Alb^rtinelli (galerie de l'Académie des beaux-arts do Florence), F. Brusasorci (galerie de l'Académie de Venise), Andréa Carlone (fresque de la voûta du chœur de l'église des Saiuts-Jacques-et-Philippe, k Gènes), L. Cigoli (gravé par Ant. Cambiasi), P. de Cortoiie (fresque de la chapelle du Saint-Sacrenii-nt, à Saint- Pierre de Rome), Pietro Dandini (église de la Trinité, k Florence), Ercole Gennari (pinacothèque de Bologne) , C. Giaquinto (musée de Madrid), Guerchin (église do Sainte- Matie-de-la-Victoire, k Rome, et de la Trinité- Mujeure, k Naples), Guide (gravé par K. van Audenaerde), P. -F. Mola (gravé purC.BIoemaert et F. de Louvemout), Sainroaohtni (gravé par D. Tibaldi), Titien (gravé par Aug. Carra che et par C. Cort), Alessandro Turchi (galerie de Dresde), Varana (gravé par Bartolozzi), etc. Le musée de Madrid possède un beau tableau de la Trinité, par Ribera : le Christ mort est étendu, les bras en croix, sur les genoux de Dieu le Pure, beau vieillard vu de face et couvert d'un riche manteau ronge; le Saint-Esprit plane au-dessus du Fils, sous la barbe blanche du Père. Une composition analogue de Theotocopuli Se voit dans le même musée, et il yen a deux autres par L. Cardi et par Carie Maratte dans la galerie du Belvédère. Nous consacrons ci-après des articles spéciaux aux chefs-d'œuvre d'Albert Durer et de Rubens sur le même sujet.

Parmi les peintures de l'école française, nous citerons : un plafond peint par Ch. de La Fosse dans l'église de l'Assomption, à Paris; la voûte de 1 église des Invalides, par NoBl Coypel (gravée par Cochin); un tableau de S. Vouet, autrefois dans la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye ; une peinture murale de Mignard, dans 1 église San-Carlo, k Rome, etc.

Le peintre allemand Cornélius a peint la Trinité dans l'égiise Saint-Louis, k Munich; il a représenté Dieu le Père créant le monde au milieu des chœurs des anges qui l'entourent; Dieu le Fils, rédempteur et juge des hommes, dans sa naissance, sa mort, sa résurrection, et dans le jugement dernier; et enfin, Dieu l'Esprit-Saint planant au haut du ciel et répandant la lumière sur la foule des saints. Une peinture de la Trinité a été exécutée k fresque par un autre artiste, allemand, H. de Hess, dans l'église de Tousles-Saints, k Munich.

Trinité (la dispute db La) > célèbre tableau d'Andréa del Sarto, au palais Pitti, k Florence. V. dispute.

Trinité (LA SAINTE) OU l'Adoration de la Triniio, chef-d'œuvre d'Albert Durer ; au musée du Belvédère, kVienne.Dieu le Père, vieillard k grande barbe blanche, trôna sur les nuées, les pieds sur l'arc-en-ciel, la tête ceinte d'une couronne royale, les épaules couvertes d'un ample manteau dont les ex-

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trémités sont tenues par deux anges. Des deux mains, il soutient les bras de la croix sur laquelle est cloué son divin Fils. D'autres anges portentles instruments de la pass,ion. Au-dessus du Père éternel, la Saint-Esprit, en forme de colombe, plane au milieu d'une gloire de chérubins. Toute cette partie de la composition se développe dans le haut du tableau, qui est cintré. Au-dessous, à la droite du Christ, sont groupées les saintes qui ont été martyrisées pour la foi, sainte Agnès avec son mouton, sainte Catherine avec sa roue, et beaucoup d'autres qui toutes ont une palme a la main. Du côté opposé sont rangés les saints, les prophètes, les patriarches, saint Jean-Haptiste avec sa peau de mouton, Moïse avec les tables de ia loi, David avec sa harpe, etc. Plus bas encore, et toujours sur les nuées, se tiennent les saints pontifes, les cardinaux, les évêques, les fondateurs d'ordre, les rois, les reines et autres femmes ayant mérité le ciel par leurs vertus. Tous ces personnages, dans l'attitude de l'adoration, sont vêtus de costumes du commencement du xvi» siècle. Au-dessous de cette assemblée céleste se déroule un immense paysage; au milieu est un lac sur les bords duquel une ville s'élève en amphithéâtre ; au premier plan, à droite, Durer s'est peint lui-même, drapé dans un riche manteau de fourrure et soutenant une tablette portant son monogramme avec cette inscription :

Albertus Durer Noricus faeiebat. Anno aVir~ ijinis partu 151 1.

Ce tableau est le plus important et le plus digne d'admiration que l'on ait du grand maître de Nuremberg. ■ La conception de Dieu le Père, dit Waagen, est vraiment imposante. Dans le Christ, c'est la souffrance qui prédomine. Les attitudes sont extrêmement variées, et, quoique la plupart des personnages soient de véritables portraits qui ont même conservé le costume des originaux, il s'en faut beaucoup que les têtes manquent de caractère et d'expression. Parmi les femmes, il en est quelques-unes de fort belles; mais, en général, l'ovale arrondi et des profils disgracieux prédominent dans ces types féminins. La palette du maître est trèsvariée dans les carnations. La touche est excessivement fine et spirituelle, mais l'artiste a procédé plutôt par des hachures 'et des glacis que par un empâtement laborieusement fondu. Le paysage, plein de lumière, de perspective aérienne et de délicatesse, n'a pas son pareil dans les autres oeuvres de' Durer. »

L'Adoration de la Trinité fut commandée à Durer par un riche fondeur en cuivre de Nuremberg, nommé Làiidan, qui la plaça d'abord dans la chapelle d'un hospice de cette ville, dédié par lui à Tous les Saints, et qui plus tard en lit présent à l'empereur Rodolphe II. Elle a été gravée par J. Cooper. On * de Durer lui-même une gravure sur bois, représentant la Sainte Trinité et qui porte la même date que son tableau.

Trinité (la), tableau de Rubens; ù la pinacothèque de Munich. Le Père et le Fils, assis sur les nuages, ont les pieds posés sur le globe du monde, que soutiennent trois anges. Le Père, envetoppé d'un ample manteau et ayant un sceptre à la main, a un air de majesté vruiinent grandiose; le Fils, tenant la croix, ouvre la bouche et semble intercéder pour la faible humanité; la colombe, planant dans la lumière, complète le trio divin.

Cette composition simple et imposante est une excellente production, aussi remarquable par l'ampleur du dessin que par la splendeur du coloris. Elle a été gravée par Vosterman et lithographiée pur Piloty.

Trinité (église de la), église située a Paris, rue Saint-Lazare, entre la rue Blanche et la rue de Clichy.

L'érection de cette église fut arrêtée par la commission faisant fonction de conseil municipal de la ville de Paris dans ses délibérations des 22 février 1861 et 1er mars 1863, pour donner satisfaction aux besoins religieux de la population toujours croissante îles quartiers septentrionaux de la capitale. L'emplacement choisi fut un terrain situé à l'angle droit oriental de la rue de Clichy et delà rue Saint- Lazare, terrain où l'on voyait oncore, il n'y a p;is longtemps, dos restes de bâtiments, de jardins qui avaient appartenu au hameau des Porouerons, de bachique et galante mémoire. Les travaux furent conduits par un architecte de talent, M. Ballu, dont les plans avaient été acceptés, et du boulevard des Capucines on put bientôt voir, dans l'axe delà chaussée dAutin, s'élever les constructions élégantes de la nouvelle église. Les maisons qui forment l'extrémité des deux rues à l'angle desquelles s'élève l'édifiée sont d'architecture uniforme. L'église de la Trinité couvre une surface d'environ 2,900 mètres; sa longueur est de 90 mètres; sa largeur de 30 mètres. Trois grandes portes s'ouvrent à la façade; deux portes plus petites percent les façades latérales ; quatre autres portes donnent accès dans la crypte. L'ordonnance générale et les détails du monument sont conçus dans le style florentin du xvi» et du xvn° siècle.

La façade, richement ornée et de formes irès-harmonieuses, se compose d'un vaste porche surmontéd'un étage percé d'une rose, et d'un clocher de plus de 65 mètres d'é-

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lévation. Une balustrade découpée à jour court sur le mur pignon, que couronnent, à droite et à gauche, deux tourelles renfermant des escaliers qui conduisent aux tribunes et aux parties supérieures de l'édifice. Aux angles de la balustrade du porche se dressent quatre groupe;, d'un puissant effet, exécutés par Cavelier, Maillet, Crauck et Carpeaux, et représentent la Justice, la Force, la Prudence et la Tempérance.

A l'intérieur, l'église de la Trinité présente une nef accompagnée de bas-côtés. L'ensemble de la décoration, dirigé par Dennelle, est très-harmonieux, quoique d'un grand éclat. Les voûtes sont soutenues par deux étages d'arcades supportées par des pilastres etdescolonnes alternées, dont les chapiteaux sont d'ordre composiie. Au premier étage se trouvent des galènes qui font tout le tourde la nef. Les pilastres sont ornés de niches renfermant des statues. On accède au chœur par des rampes et des escaliers d'un effet majestueux. Dans cette partie de l'église, des galeries s'avancent et viennent rétrécir la nef; la voûte s'abaisse en un arc ogival d'une grande élégance, et au delà de cette étroite ouverture les fidèles aperçoivent l'autel en baldaquin, isolé au milieu du sanctuaire. Les tympans de la grande nef et les pignons de chaque extrémité de l'église sont décorés de peintures à fresque exécutées par Jobbé- Duvalet Barrias. Les six grandes figures de la chapelle de la Vierge ont été peintes par Emile Lèvy et Delannoy. Les peintures sur faïence sont de Balze. Les verrières remarquables qui garnissent les fenêtres de l'église sont d'Oudinot et Nicod. Au nombre des sculpteurs qui ont travaillé aux figures qui ornent l'extérieur de l'édifice, nous devons encore nommer M. Guillaume, de l'Institut, à qui on doit les statues de saint Athunase, de saint Grégoire, de saint Hilaire, de saint Augustin ; MM. Doublemard, Dantan jeune et Duret. L'église de la Trinité possède un jeu d'orgues très-remarquable et qui a été construit d'après les données les plus avancées de l'art et de la science modernes.

Sous l'église supérieure se trouve une crypte, où se font les cérémonies funèbres ; ainsi que le dit M. Amédée Achard, dans un charmant article, « une pensée ingénieuse n'a pas permis aux cérémonies funèbres de la mort de mêler leurs tristesses aux joies souriantes du baptême et du mariage. Une cryte aux sombres arceaux, aux robustes piliers, offre aux trépassés un refuge austère, qui ne troublera pas de ses chants désolés les harmonies plus douces de l'église aérienne où s'épanouit l'espérance, où l'amour est béni, où soupire le repentir, j

En avant de l'église s'étend un square de 3,000 mètres de superficie, décoré on bassin dans lequel les eaux de trois élégantes fontaines tombent en cascade. Sur les piédestaux engagés dans la partie supérieure de la balustrade qui entoure le bassin des fontaines, s'élèvent trois belles statues de marbre blanc qui figurent les vertus théologales.la Foi, l'Espérance, la Charité. Des rampes disposées extérieurement de chaque côté du square conduisent les voitures par une peiito douce jusque sous le porche de l'édifice. L'église de la Trinité fut inaugurée le 7 novembre 1867.

TRINITÉ (la) ou TRIN1DAD, lie des Antilles anglaises (Petites Antilles), dans les îles Sous la Vent, à 36 kilom. S.-S.-O. de l'île de Tabugo et à 20 kilom. des côtes de Venezuela, dont elle est séparée par le détroit des Bouches-du-Dragon, au N.-O., et par celui des Bouches-du-Serpent, au S., à l'embouchure du golfe de Paria, vis-à-vis des embouchures de l'Orénoque , par îoo 3' et 10" 51' de latit. N. et 63<> 9' et 61» 12' de longit. O.; 251,510 hectares; 80 kilom. sur 62 kilom.; 120,000 hab. Ch.-I., Spauishtown. Elle est à peu près de forme carrée et ses côtes sont en général élevées et très-escarpées. Quatre groupes de montagnes s'élèvent dans l'intérieur et projettent différentes ramitications, qui y donnent naissance à un grand nombre de cours d'eau, dont les plus considérables sont le Cavoni, le Guaraca, le Muro et le Guataro. Le climat passe pour y être malsain ; les pluies sont abondantes depuis le commencement de mai jusqu'à la fin de décembre, mais la sécheresse du reste de l'année n'est pas incommode. On recueille dans son sol, qui est très-fertile, des cannes à sucre, du café, du tabac, du coton, du gingembre, du piment, de la vanille, du maïs, du blé noir, tous les fruits de l'Amérique et un grand nombre de ceux de l'Inde. Les quadrupèdes et les oiseaux de l'Amérique y abondent et les savanes nourrissent beaucoup de gros bétail et de mulets. On y trouve, outre plusieurs marais, un lac d'asphalte qui a environ 4 kilom. de pourtour; cette substance, mêlée à quelquesautres.se substitue au goudron pour les usages de la marine. Elle est exploitée par plusieurs compagnies. Par son voisinage de la terme ferme et surtout en raison de la station qu'elle offre aux steamers transatlantiques, cette Ile est dans une situation commerciale excellente. Elle semble appelée à devenir le point central des colonies anglaises de cette partie du monde. Ou exporte de la Trinité du sucre, de la mélasse, du rhum, du cacao, du café, de l'asphalte épuré ou non, du bois, des peaux, des cornes, des écailles de tortue, etc. Elle commerce avec l'Angleterre,

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les Etafs-Unis, la France, la Hollande, le Venezuela, les autres îles des Antilles, etc. Son commerce avec la France s'élève à plus de 3 millions.

La Trinité a été découverte par Colomb à son troisième voyage, en 1498; les Espagnols s'y établirent en 1532; mais, en 1595, elle tomba au pouvoir des Anglais, commandés: par l'amiral Raleigh. Rendue bientôt à ses premiers possesseurs, elle fut longtemps exposée aux déprédations des pirates qui désolaient ces parages et la colonie fit alors peu de progrès; les Français s'en emparèrent en 1676 et l'abandonnèrent après avoir rançonné les habitants, et, en 1727, une partie de ceux-ci, ruinés par une sécheresse qui détruisit tous les cocotiers, la seule richesse de l'Ile, se retirèrent sur le continent. Elle s'était cependant un peu repeuplée, lorsqu'en 1797 elle fut prise par les Anglais, auxquels le traité d'Amiens la conserva, et l'Espagnela leur céda définitivement en 1810.

TRINITÉ (la), TU1N1DAD ou ASCE.\ÇAO, lie de l'Atlantique, à environ 800 kilom. de la côte E. de la province brésilienne d'Espiritu- Santo , dont elle dépend , .près de l'île de Murlin-Vav; sa pointe S.-E. se trouve par 20" 30' 32" de latit. S. et 31<> 40' 57" de longit. O. Elle est petite et escarpée et possède de bonne eau ; mais elle n'a qu'un mauvais port et peu de terrain susceptible de culture ; aussi est-elle inhabitée.

TR1MTÉ (Iles de la), groupe de deux ou trois îles au S. de l'île de Kodiak, sur la côte de l'ancienne Russie américaine; par 56° 34' de latit. N. et 155" 52' de longit. O. Le capitaine Cook le découvrit et crut que ce n'était qu'une seule île; Vancouver, qui en visita les côfes en 1794, s'aperçut qu'il était divisé en plusieurs parties par -d'étroits canaux. Ces lies appartiennent aujourd'hui aux Etats- Unis.

TRINITÉ (la), ville de la Martinique, ch.;l. de caiit., sur la côte E., au fond de la baie du môme nom, avec un port dont l'entrée est dangereuse, à 40 kilom. N. de Fort-de-France ; 5,650 hab. Le commerce est actif, mais absolument d'échange, et consiste en sucre, sirops, rhum, etc., contre lesquels on y importe, surtout dos Etats-Unis, des morues, des salaisons, des planches, etc.

TRINITÉ ou TRINITY, grande baie formée par l'Atlantique septentrional, dans la partie E. de Terre-Neuve. Elle est à l'O. de la baie de la Conception, dont elle n'est séparée que par une terre étroite.

TRINITÉ (cap de la), cap de l'Amérique du Nord, à l'extrémité S. de l'île de Kodiak; par 56° 45' de latit. N. et 155'J 40' de longit. O.

TIUNITÉ-PORIIOËT (la), bourg et commune de France (Morbihan), ch.-l. de cant., arrond. et à 24 kilom. N.-O. de PloSrmel ; pop. aggl., 691 hab. — pop. tôt., 1,201 hab. Fabrique de sabots; tannerie.

TR1NITROCARBOLIQUE adj. (tri-ni-trokiu-bo-li-ke). Chim. V. picriquk.

TRINITROPHÉNIQUE adj. (tri-ni-tro-féni-ke). Chim. V. picriquk.

TRINITRORÉSORCINE s. f. (tri-ni-tro-rézor-si-ne). Chim. Produit de substitution qui dérive de la résorcine par le remplacement des trois atomes d'hydrogène non typique de ce corps au moyen du niiryle : La trinitrorésorciNE est encore connue sous le nom d'acide oxypicrique et d'acide stypluiique.

TRINITROTHYMOL s. m. (tri-ni-tro-tiinol). Chim. Composé qui résulte de la substitution de 3 groupes nitryles à 3 atomes d'hydrogène dans le thymol.

TR1N1TV, rivière des Etats-Unis (Californie). Elle prend sa source au pied de la chaîne Cottière, se dirige au S.-O., puis au N.-O-, et se jette dans la rivière de Klainath. On recueille sur ses bords des pépites d'or.

TR1N1TY, rivière des Etats-Unis (Texas).

Elle est formée par deux branches, l'Elin, qui prend sa source dans le N. du comté de Cook et se dirige au S.-E.; l'autre, le West- Fork, qui- naît tians le mêriie comté, se dirige au S.-E., puis à l'E. Ces deux cours d'eau se rejoignent près de Dallas et prennent alors le nom de Trinity. La Trinity se dirige vers le S.-E. et va se jeter à l'extrémité septentrionale de la baie de Gulveston. Elle est navigable pour les bateaux à vapeur sur un parcours d'environ 140 kilomètres.

TRINO, ville du royaume d'Italie (Novare), à 20 kilom. S.-O. de Verceil, près de la rive gauche du Pô ; 9,500 hab. Ses rues sont droites, .bordées d'arbres, et quelques-unes traversées par des canaux qui vont se jeter dans le Pô, lequel en est à 2 kilom. Il s'y fait un assez grand commerce de bétail. Ses jambons ont, en Italie, la même réputation que ceux de Bayonne en France. Cette ville a été, dit-on, fondée par une colonie de Yerceillais, auxquels elle fut prise parle marquis de Mon tferrat, qui la garda; Charles-Emmanuel 1er, duc de Savoie, s'étant emparé de Moutferrat, Trino fut cédé au roi de Sardaigne, par le traité de Cherasco, en 1631.

TR1NOBÂNTES, ancien peuple de la Grande- Bretagne, qui habitait au nord du Cantium et qui occupait le territoire formé aujourd'hui par les comtés d'Hertford. d'Essex et de Middlesex. Il avait pour capitale Londinium, aujourd'hui Londres.

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TRÏNOBATE s. m. (tri-no-ba-te — du lat. trinus, triple, et du gr. bateô, je marche). Entom. Genre d'insectes coléoptères hétéroinères, tribu des tentyrites.

TRINODE s. m. (tri-no-de — du lat. trinus, triple, et du gr. odous, dent). Entotn. Genre d'insectes coléoptères hétéromères, tribu des dermestins, formé aux dépens des anthrènes, et dont l'espèce type vit aux environs de Paris.

TRINOGÉTON S. m. (tri-no-jé-ton). Bot.

Genre de plantes , de la famille des solanùes, dont l'espèce type croît dans la Colombie.

TRINÔME s. m. (tri-nô-me — du préf. tri, et de nome.) Algèbre. Polynôme composé de trois ternies, qui sont joints les uns aux autres par les signes ■+■ ou — , comme a -f- b — c.

— Fig. Ce qui comprend trois termes, trois parties : Elle n'a jamais compris le trinôme révolutionnaire : liberté, ëyalitc', fraternité'. (Proudh.)

Vous, sombre docteur Faust, vous, douce Marguerite, Et le démon moqueur, voua, trinôme achevé, Voua existez vivants par la parole écrite.

De Banville.

— Adjectiv. : Facteurs trinômes.

TRINOTON s. m. (tri-no-ton). Sntom. Genre

d'insectes épizoïques, comprenant une vingtaine d'espèces, qui vivent en parasites sur les palmipèdes du groupe des canards.

TRINQUART s. m. (trin-kar). Mar. Petit bâtiment employé à la pèche du hareng.

TR1NQUELAGUK (Charles - François de), magistrat et homme politique français, né à Uzès en 1747, mort en 1846. D'abord avocat à Nîmes, puis avocat syndic dans sa ville natale (1781), il devint au commencement de la Révolution maire, puis président du district d'Uzès. En 1793, il se cacha pour éviter d'être poursuivietrepritsa profession d'avocataprès le 9 thermidor. Premier avocat général a la cour de Nîmes sous l'Empire, il fut élu, en août 1815, membre de la chambre des députés dans le Gard, se signala par son ardent royalisme et demanda une aggravation à la loi dite ù'amnislie (7 janvier 1816). Cette même année, il fut nommé procureur général près la cour de Pau, sous-secrétaire d'Etat au ministère de la justice, puis il devint conseiller d'Etat en service ordinaire (1817), conseiller à la cour de cassation (1818), enfin premier président de la cour de Montpellier. En 1816, Louis XVIII lui donna des lettres de noblesse.

TRINQUER v. n. ou intr. (train-ké. — Pour l'étym., V. la partie encycl.). Choquer les verres avant de boire, pour marquer qu'on boit à la santé les uns des uutres : Oh! je n'ai jamais refusé de trinquer avec personne. (Mariv.) Allons, à ta santé et à ton honneur ; maintenant trinque avec moi, mon maître, trinque avec moi. (Fr, Souliè.) L'Allemand trinque d'esprit et de coeur en choquant son verre. (Raspail.) Trinque avec moi de nouveau, Michel! je suis si heureux de me retrouver avec toi que je me griserais si j'en avais le temps. (G. Saud.) Décidément tu n'aimes pas à trinquer avec tout le monde. (G. Sand.)

J'ai mangé comme quatre et j'ai trinqué d'autant.

Heunard.

— Encycl. Pliilol. Ce mot, qui signifie boire en choquant les verres et se provoquant l'un l'autre, n'est pas nouveau dans notre langue ; on trouve le participe drincant et le substantif drinkerie au xn8 siècle :

Ainz le bruinant d'uges plaigne!

Les troveretit assis manjant,

E enoeiséement drincanl.

(Chronique des ducs deNormandità

Od eux matvjoetit e buveient,

La ereut teus les puteries,

E si faites les drinkeries

Que dès qu'en Inde la vermeille

Ne fu oie teu merveille.

{Chronique des ducs de Normandie.) « Par quoy un chascun de l'armée comença à uiarciner, chopiner et trinquer de mesine. Somme, ils beurent tant et tant que ils s'endormirent comme porez sans ordre parmy le camp. » (Rabelais.)

Trinquer vient du germanique : vieux haut allemand trinkan, boire, gothique drigkun, anglo-saxon drincan, Scandinave drecka, allemand triukea.

» Les Francs, dit Chevaltet, avaient l'habitude de se provoquer à boire en se portant des toasts. Cet usage dut sans doute son origine à un sentiment de bienveillance, mais il dégénéra par la suite en un véritable abus. Celui qui portait un toast à un autre finit par se persuader qu'on était obligé de lui en faire raison et regarda un refus comme une marque de mépris. Le toast était une salutation, et celui qui la faisait trouvait qu'on lui manquait d'égards si on ne la lui rendait pas. De là des querelles dans lesquelles on allait souvent jusqu'à forcer à boire celui qui s'y refusait. Aussi les Capitulaires de Charlemagne interdisent-ils formellement aux soldats de se provoquer à boire les uns les autres. Dans le premier livre, l'empereur défend à qui que ce soit de forcer un homme à boire maigre lui ; Ut nemini liceat alterum cogère ad bibendum. Celui qui portait un toast à quelqu'un lui disait : Wis hait, toes heïl, Sois sain et sauf, sois bien portant, porte-toi bien; celui qui

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faisait raison du toast répondait : Brinke bail, trinlce keîl, Bois sain et sauf, bois bien portant, c'est-à-dire bois et porte-toi bien. C'est à cette dernière expression que notre langue dut les mots drinquer, trinquer; elle dut ii Ja première les mots wessail, guessail, qui étaient fort en usage dans l'ancien français.

TRINQUET s. m. (train-kè). Mar. Mât de misaine des bâtiments gréés en voiles latines.

— Par ex t. Voile de ce mât.

— Voile de misaine dans les embarcations du lac de Genève.

TBINQUET (Alexis-Louis), membre de la Commune de Paris, né en 1835. Il exerçait l'état de cordonnier à Paris lorsque la loi de 1868 autorisâtes réunions publiques. Trinquet assista aux réunions qui eurent lieu k Belleville, y prit la parole et s'y fit remarquer par son exaltation. L'année suivante, il devint membre du comité qui mit en avant, dans le XX" arrondissement, la candidature de Roçhefort, et lorsque ce dernier, devenu député, fonda la Marseillaise, Trinquet entra comme employé dans les bureaux de ce journal. Arrêté le 8 février 1S70 pour avoir poussé des cris séditieux, il fut, à la suite d'une perquisition faite à son domicile, trouvé détenteur de munitions de guerre, et la 76 chambre le condamna a six mois de prison et 50 francs d'amende. Pendant le siège , il se signala dans les clubs par ses attaques contre le gouvernement de la Défense, se montra, après l'insurrection du 18 mars 1871, un chaud partisan des idées eommunalistes et fut élu membre de la Commune dans le XXe arrondissement, lors des élections complémentaires du 16 avril. Trinquet lit alors partie de la commission de Sûreté générale, où il devint un des auxiliaires de Rigsiult, vota pour le comité de Salut public (1er niai) et proposa de frapper d'une taxe de 50 francs tout garde national absent de Paris depuis le 18 mars. A l'Assemblée communaliste, Trinquet vota constamment avec la partie la plus avancée. Délégué à la mairie du XXe arrondissement, il fit procéder à diverses perquisitions. Après l'entrée de l'armée de Versailles ù Paris, Trinquet se retira avec plusieurs de ses collègues a la mairie du Xlo arrondissement et prit paît aux derniers actes de la lutte terrible qui ensanglanta Paris. S'étant réfugié dans les carrières d'Amérique, il y fut arrêté au commencement de juin et conduit à Versailles. Traduit devant le 3° conseil de guerre, il déclara qu'il déniait toute participation aux incendies et au meurtre des otages; mais que, quant au reste, il acceptait la pleine responsabilité de ses actes et qu'il regrettait seulement de n'avoir pas été tué dans la lutte. Le 3 -septembre 1871, Trinquet fut condamné aux travaux forcés à perpétuité et, au mois de février suivant, transporté à la Nouvelle- Calédonie.

TR1NQUETIN a. m. (t rai n-ke- tain — rad. trinquet). Mar. Petite voile d'un bâtiment à, voiles latines.

TRINQUETTE s. f. (train-kè-te — rad.

trinquet). Mar. Espèce de voile latine des petits bâtiments. Il Voile de misaine d'un bâtiment à voiles latines.

TRINQUEUR s. m. (trairi-keur — rad. trinquer). Celui qui aime à trinquer, à boire : C'est le plus rude trinqueur que je connaisse.

TRINTANELLE s. f. (train-ta-nè-le). Bot.

Un des noms vulgaires du daphné gnidium.

TRINUCLÉB s. in. (tri-nu-klé — du lut. trinus, triple; uucleus, noyau). Crust. Syn. de

TRtNUCULIi.

TRINUCULE s. m. (tri-nu-ku-le — du lat. trinus, triple; nucula, petit noyau), Crust. Genre de crustacés trilobites, de la famille des ogygiens, comprenant cinq ou six espèces fossiles, dont l'espèce type gît dans les terrains schisteux. Il On dit aussi trinuclée,

Trinumui, c'est-à-dire les Trois écus, ou le Trésor, comédie de Plaute. Un jeune homme dissipe la fortune de son père absent et vend la maison paternelle. Un trésor est caché dans cette maison. Un ami du père, qui connaît la cachette, se rend acquéreur de la maison afin de sauver le trésor, qu'il destine à servir de dot à la fille de -son ami. Retour du vieillard absent; le dissipateur est pardonné et il promet de se mieux conduire à. l'avenir.

Lorsque Destouches composa le Dissipateur, très-probablement il avait lu la comédie de Plaute. Est- ce là qu'il puisa la pensée première de son ouvrage ou n'eut-il que de simples réminiscences en écrivant quelques scènes? Il n'est pas possible qu'on ne soit pas frappé de la ressemblance de plusieurs des figures les plus saillantes. La pièce de Destouches finit où celle de Plaute commence, à la ruin'e consommée du dissipateur. La pièce de Plaute suppose, dans quelques détails de la composition, un art moins avancé que celui de Destouches; mais elle a été conçue par un génie plus sage et plus puissant. La meilleure traduction française est, sans contredit, ceile de Naudet, qui a paru en 1838 dans la Bibliothèque latine-française d'E. Panckoucke.

On remarquera que la profonde philosophie des anciens éclate dans le prologue de TrinumuM, C'est le Luxe ou la Débauche, mère de

TRIO

l'Indigence, qui expose le sujet. On a sup- | posé que le dénoùment était tronqué, mais ] il ne faut pas oublier qu'un rideau perpétuel cachait l'intérieur de la famille et le secret des affections domestiques. Levée, traducteur du Théâtre des Latins, avait accommodé le Trinumus pour la scène française. Cette imitation n'a pas été représentée.

TRINUNDINUM s. m. (tri-non -di-nomm — mot lat. formé de très, trois, et de nundina, marché), Antiq. rom. Kspace de vingt-sept jours, qui comprenait trois marchés : Un trïnundinum devait s'écouler entre la proposition des lois et leur acceptation', entre l'accusation et te jugement.

TRIO s. m. (tri-o — mot ital, formé du lat, très, trois). Mus. Composition de musique pour trois voix ou trois instruments : Trio instrumental. Trio vocal. Exécuter un trio. H Seconde partie d'une valse, d'un menuet ou d'un scherzo de symphonie.

— Fana, Réunion de trois personnes ou de trois choses personnifiées : Un trio d'escrocs. La jeunesse, l'amour et la vieillesse forment un trio discordant. (Boiste.)

Beau trio de baudets! — Le meunier repartit: Je suisane, il est vrai, j'en conviens,- je l'avoue,

— Encycl. Mus. Le trio est considéré par les musiciens comme l'une des formes l«s plus .parfaites de la composition, par cette double raison qu'avec elle on possède une harmonie généralement complète et que c'est celle qui produit le plus d'effet, "eu égard aux moyens employés. Les compositeurs ayant tous reconnu l'excellence de la forme du trio, aussi bien au point de vue musical qu'au point de vue scéntque, ont de plus en plus engagé leurs collaborateurs à leur ménager des morceaux de ce genre. Aussi le trio est-il maintenant fréquent dans la musique dramatique, à ce point qu'il n'est pas rare aujourd'hui de rencontrer deux et même trois morceaux de ce genre dans un opéra.

Comme pour tous les morceaux d'ensemble, c'est aux italiens qu'on doit l'introduction du trio au théâtre, et c'est un compositeur vénitien, Logroscino, qui en fit le premier essai, dans le genre boulTe, vers 1750. Bientôt il fut surpasse dans ses effets par son compatriote Galuppi ; mais c'est Mozart et Piccinni qui portèrent le trio à sa plus grande perfection. Parfois • le trio est dialogué ; la première phrase en est établie pari une des voix, reprise dans un autre ton par une seconde, et le dialogue continue ainsi jusqu'à la seconde partie, où les trois voix se marient dans un ensemble harmonieux,; c'est ainsi qu'est conçu l'admirable morceau du Songe d'une nuit d'été : « Où courez-vous, mes belles? » de Al. Arabroise Thomas. D'autres fois, comme dans le trio de Fernand Cortez, de Spontini, l'union des voix commence dès le début et ne s'interrompt pas un instant. Une autre forme est aussi adoptée, parfois, lorsque les trois personnages ont à exprimer, avec les mêmes paroles, un sentimentaualogue ; c'est celle du canon; le compositeur enferme alors son dessin mélodique dans les limites les plus étroites;'il le resserre comme à plaisir et y revient incessamment en faisant répéter successivement chaque pbrase par chacune des trois voix dont il a la disposition.

Dans le style instrumental, le trio se borne toujours aux trois parties principales, sans aucune espèce d'accompagnement. D'ailleurs, comme ces sortes de pièces sont généralement écrites pour des instruments (piano, violon, violoncelle, etc.) qui ont la faculté de faire entendre simultanément plusieurs notes, le tissu harmonique en est plus riche encore que celui qui est fourni par les voix; il peut et doit donc se passer de toute espèce d'auxiliaire.

L'usage a consacré le nom de trio appliqué à la seconde partie du menuet dans les grandes compositions instrumentales ; symphonie, quatuor, quintette, etc. On suppose que cet usage vient de la coutume qu'avaient les compositeurs de n'écrire ce fragment que pour trois parties seulement, même lorsque la composition en comprenait quatre et même cinq; on en peut faire, en effet, l'observation dans les quatuors de Boceherini, où le violoncelle se tait toujours pendant le trio, dont l'exécution est confiée aux deux violons et à l'alto. Pur habitude, on a conservé ce nom de trio dans la symphonie, bien que rien ne le justifiât plus.

Nous donnons ici une nomenclature des trios les plus célèbres :

Pour deux sopranos et contralto.

Dieu des époux! Sémiramis (Catel); D'une juste espérance, les Bayadères (Catel) ; Hommage à ma sœur la comtesse 1 le Mariage secret (Cimarosa) ; Au lieu d' marcher avec noblesse, la Fêle du village voisin (Boieldieu).

Pour deux sopranos et ténor ou baryton.

C'est un père, seigneur I Iphigénie en Autide (Gluck); Tu sais si son cœur est Sensible I Didon (Piccinni); Juste ciel, je t'implore I Don Juan (Mozart); Doux moment I Est-ce un songe enchanteur? Moittenero (Dalayrac); L'espoir le plus flatteur, Faniska (Cherubini);Ahl qu'est-ce que j entends? Télémaque (Boieldieu); Ah! laisse-moi la pleurer l Zémire et Azor (Grétry); Tâchez, par des agaceries, le Médecin turc (Nicolo); Où courez-vous, mes belles? le Songe (Ambr. Tho-

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mas) ; Oh! di'qualsei tu vittima, Norma (Bellini); O toi, notre ange tutélaire, la Neige (Auber); Qu'arrive-t-il? le Planteur (Moupou).

Pour trois sopranos.

"Désir de fille, la Fée aux Jîoses (Halévy). Pour soprano, ténor et baryton ou basse. Ah I mon cœur ressent les alarmes, /phigénie (Piccinni); Implorons les bienfaits des uieux, Œdipe à Colone (Sacchini) ; O bonté secourable et chère l Œdipe d Colone (Sacchini); O doux, moment! Œdipe à Colone (Sacchini) ; Des monts, des coteaux verts, la Création (Haydn) ; Grand Dieu I la Création (Haydn); Dans la peine qui nous accable. Soûl (Haydn, etc.); Daignez, mon père, l'Ori flamme (Berton, Boieldieu, etc.); Dans ma douleur mortelle, Don Juan (Mozart) ; Non, je ne puis en conscience, Une folie (Méhul); Dans me3 moyens de plaire et de séduire, les Confidences (Nicolo) ; Aux champs, avec sa compagne, les Deux paravents (Boieldieu); Je voudrais bien vous dire quelque chose, Joconde (Nicolo) ; Vient cerchiam pe' mari,, il Pirata (Bellini) ; Fernand! devant lui, paraître infâme I la Favorite (Donizetti); Voici la belle l)\\e,\a. Fée aux roses (Halévy); Souffrez qu'ici je vous présente, le Concert à la cour (Auber); Dedans le cours de mes conquêtes, la Philtre (Auber); Au s-ecoursl au secours! Pierre et Catherine (Adam); Un instant, ma belle Ketty, le Shérif (Halévy); I .as I je suis une pauvre fille 1 les Deux reines (Monpou) ; Discret, docile et sage, la Double échelle (A. Thomas).

Pour ténor, baryton et basse.

Va triompher par ta douce harmonie, les Bardes (Lesueuv); Créateur de ce nouveau monde, Fernand Cortez (Spontini); Il amène des Hollandaises, la Caravane (Grétry); Oue faire? ô ciel I l'Hôtellerie portugaise (Cherubini); Jurons, quoi qu'on puisse entreprendre, Lodoïska (Cherubmi) ; Ciel I ce que je lui propose, Lodoïska (Cherubini) ; Allons, messieurs, jouons la comédie, les Artistes par occasion (Catel) ; C'est de la part de monseigneur, Richard Cœur de Lion (Grétry); Non, cela n'est pus possiblo. Evénements imprévus, (Grétry); Une grosse cloche, Camille (Dalayrac).

TRIOBOLE s. m. (tri-o-bo-le — gr. iriobolon; de treis, trois, et de obolos, obole). Métro!, Poids et mesure des Grecs, valant trois oboles.

TRIOCÉROS s. m.' (tri-o-sé-ross — du préf. tri, et du gr. keras, corne). Erpét. Genre de reptiles sauriens, formé aux dépens des caméléons.

TRIOCTILE adj. (tri-o-kti-le — du préf.. tri, et du lat. oclo, huit). Astrol. Se dit de l'aspect de deux planètes, distantes entre elles de trois huitièmes de eercle ou de 135".

TRIOCULÉ, ÉE adj. (tri - o-ku - lé — du préf. tri, et du lat. oculus, œil). Mythol. lat. Surnom de Jupiter représenté avec trois yeux, dont deux sont à la place ordinaire et le troisième au milieu du front.

TRIODÉE s. f. (tri-o-dé — du préf. tri, et du gr. odous, dent). Bot. Syn. de cariïx ou UMCHii, genre de cypèracées.

TRIODIE s. f. (tri-o-dl). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombycites.

— Bot. Genre de plantes, de la famille des graminées, tribu des avénées, comprenant six espèces, qui croissent dans l'Australie tropicale.

TRIODION s. m. (tri-o-di-on — du préf.

tri, et du gr. ôdé, chant). Liturg. gr. Livre d'église contenant l'office- d'une partie de l'aimée, et ainsi appelé parce qu'il contient beaucoup d'hymnes à trois strophes.

TRIODITE adj. (tri-o^di-te — du préf. tri, et du gr. ôdé, chant). Mythol, gr. Surnom do Diane ou d Hécate, de Mercure et de Priape, divinités qui présidaient aux carrefours.

TRIODON s. m. (tri-o-don — du préf. tri, et du gr. odous, dent). Iehthyol. Genre de poissons plectognathes, dont l'espèce type vit dans la mer des Indes ; Le Triouon a ta plus grande analogie de structure aoec les diodous et les tèlraodons. (A. Guichenot.)

— Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des oofféacées, comprenant cinq espèces, qui croissent au Brésil. Il Syn. de spermodon, genre de cypèracées.

— Encycl. Iehthyol. Les triodons sont caractérisés surtout par leur mâchoire supérieure divisée en deux, tandis que l'inférieure est simple, ce qui simule trois dents. Ils ont la plus grande analogie de structure avec les diodons et les tétrouons et semblent former le passage de ces genres aux moles ou poissons-lunes. Le triodon à bourse, espèce type, atteint la longueur de 0<a,50; il a le corps légèrement comprimé et revêtu de petites épines, ce qui rend sa peau rude; il porte en dessous un énorme fanon, presque aussi long que le corps et deux fois aussi haut, mince, hérissé d'un grand nombre de petites crêtes obliques, soutenu en avant par un os trèslong et très-gros, soudé aux épaules, et qui représente le bassin. Ce poisson est d'un fauve blond tacheté de brun, avec- les nageoires jaunes. Il vit dans la mer des Indes.

TRIO

— Bot. Les triodons sont des arbrisseaux très-rameux, à feuilles opposées et munies de stipules; les fleurs, petites, groupées en épis ou en fascicules terminaux, ont un calice et une corolle à quatre divisions, quatre étamines et un ovaire à deux loges. Le fruit est une capsule biloculnire, se séparant à la maturité en deux moitiés, entre lesquelles se trouve un axe persistant, muni de trois dents au sommet, d'où le nom du genre, On connaît aujourd'hui cinq ou six espèces de ces arbrisseaux, qui croissent au Brésil; ils participent aux propriétés générales des rubiacées et sont légèrement astringents; mais ils ne sauraient être comparés sous ce rapport à d'autres genres de la même famille.

TRIODONTE s. m. (tri o-don-te — du préf. tri, et du gr. odous, dent). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabées pbyllophages, dont l'espèce type habite le midi de la France.

— s. f. Moll. Syn. de tridonte.

— Infus. Genre d'infusoires, de la fumille des kolpodinées, formé aux dépens des kolpodes.

TRIODOPSIDE s. m. (tri-o-do-psi-de — du préf. tri, et du gr. odous, dent; opsis, apparence). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pulmonés, formé aux dépens dos hélices.

TRICECIE s. f. (tri-é-sl — du préf. tri, et du gr. oikos, maison). Bot. Classe de plantes qui portent trois sortes de fleurs, c'est-â-dire des fleurs mâles, des fleurs femelles et des fleurs hermaphrodites.

triœcique adj. (tri-é-si-ke — rad. triade). Bot. Qui appartient à la triœeie.

TRIŒNANTHE s. m. (tri-é-nan-te — du préf. tri, et du gr. oinê, vigne; anlhos, fleur). Bot. Genre de plantes, de la fumille des acunthucées, dont 1 espèce type croit dans l'Inde.

TRIOLET s. m. (tri-o-lè — dimin. de trio). Littér. Petite pièce de huit vers, dont le premier se repète après le troisième, et le premier et le second après le sixième.

— Mus. Artifice qui consiste à grouper trois notes auxquelles on donne la valeur de deux.

— Bot. Nom vulgaire de la luzerne lupuline et du trèfle rampant,

— Encycl. Littér. Le triolet est une sorte de rondeau, composé de huit vers, ordinairement de huit syllabes et sur deux rimes. Le sens, ou repos, doit être complet après le second et le quatrième vers, comme après le huitième. Ce huitième vers n'est, d'ailleurs, que le second qu'on répète ; le premier vers devient également le quatrième et le septième. Le mécanisme ingénieux de cette pièce lui a fait donner le nom de triolet, lieciprocans carmen gallicum.

Cl. Marot n'a garde d'oublier le triolet dans son énumération des rimes galantes qui forment le Bréviaire du temple d'amour ; Ce sont rondeaux, ballades, virelais.

Mots b plaisir, rimes et triolett.

Lesquels Vénus apprend t retenir A un grand tas d'amoureux nouvelats, Pour mieux savoir dames entretenir.

Le roi des triolets, comme dit Ménage, est celui de Jacques de Ranchin , resté dans toutes les mémoires :

Le premier jour du mois de mai Fut le plus heureux de ma vie.

Le beau dessein que je [armai Le premier jour du mois de mail Je vous vis et je vous aimai :

Si ce dessein vous plut, Silvie, Le premier jour du mois de mal Fut le plus, heureux de ma vie.

— Mus. Le triolet est un procédé musical fictif que l'on emploie pour modifier d'une façon accidentelle la valeur de certaines notes et pour en admettre trois lit où il n'en faudrait logiquement que deux. Le triolet est donc un groupe de trois notes qui n'ont ensemble que la valeur correspondante k deux de leur espèce et qui, naturellement, doivent être faites avec une plus grande rapidité. C'est surtout en ce qui concerne les croches que la triolet est fréquemment employé ; on sait que deux croches représentent la valeur d'une noire ou d'un temps ordinaire; or, il arrive souvent qu'au lieu de deux croches par temps le compositeur forme des groupes de trois croches dont la valeur n'excède pas celle de ce même temps ; cette manière de diviser deux vuleurs en trois parts donne aux triolets un caractère marqué, un rhythme particulier, une certaine ondulation dont l'effet est agréable et saisissant dans toutes sortes de mouvements. Le seul procédé graphique particulier servant à indiquer les triolets consiste à grouper les croches trois par trois au moyen de la barre qui les réunit et à les surmonter d'un 3 qui fait reconnaître leur valeur particulière; au reste, les musiciens exercés reconnaissent, par la seule configuration de la mesure, la présence des triolets.

Les triolets s'emploient aussi avec des valeurs moindres que la croche; dans les mouvements lents, principalement, on en forme avec des doubles croches et même des triples croches. Par contre, il arrive parfois que dans les mouvements rapides on transforme des noires en triolets et qu'on en groupe trois pour former deux temps; on .les surmonte aussi d'un 3 pour faire connaître et

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saisir a l'œil de l'exécutant ce changement accidentel apporté dans la valeur de la note. On ne doit pas confondre les triolets, employés seulement dans les mesures à deux, à trois et à quatre temps ordinaires, avec les groupes de trois croches dont l'emploi est normal dans certaines mesures composées, celles à douze-huit, à neuf-huit, à six-huit. Ici, chaque temps voyant sa valeur augmentée de moitié doit comprendre logiquement trois croches, et la division par deux est, au contraire, exceptionnelle.

TRIOMPHAL, ALE udj. (tri-on-fal, a-Ie — rad. triomphe). Qui appartient au triomphe : Char triomphal, Arc triomphal. Couronne

TRIOMPHALE. rogfiTRIOMPBALIS. Pompe TRIOM- PHALE. Marche triomphale. Entrée triomphale. Ornements triomphaux.

— Fam. Qui se fait avec pompe ou excite l'enthousiasme : Sou entrée au salon fut une véritable entrée triomphale.

— Antiq. rom. Porte Triomphale, Porte de l'ancienne Rome, par laquelle les triomphateurs entraient pour se rendre au Capitule, le jour du triomphe, il Colonne triomphale, Colonne élevée en l'honneur d'un héros, et dont les assises étaient cachées par autant de couronnes qu'il avait fait d'expéditions militaires, il Jeux triomphaux, Jeux qu'on célébrait à l'occasion de quelque triomphe.

— Blas. Couronne triomphale, Couronne formée de deux branches de laurier.

TRIOMPHALEMENT ad v. (tri-on-fa-le-man — rad. triomphai). En triomphe : Marcher, s'avancer triomphalement.

— Fam. Avec porape ; d'un ton , avec un air triomphant : Il toisa triomphalement son adversaire.

TRIOMPHANT, ANTE adj. (tri-on-fan, an-te — rad. triomphe). Qui a triomphé, qui a vaincu : Sortir triomphant de la lutte. L'Etat est triomphant, mais les peuples gémissent.

Corneille.

— Qui a triomphé de ses adversaires, surpassé ses concurrents : Rome moderne, rivale de l'ancienne Itome , s'est maintenue triomphante sur le trône des beaux-arts. ^Mmi; <Jq Geulis.)

— Heureux et fier d'un succès obtenu : Voilà nos deux époux, sans valets, sans enfants, Tout seuls dans leur logis, libres et triomphants.

Boileau.

Il Qui marqua la joie et la fierté : Jlépondre d'un air TRIOMPHANT.

— Pompeux, superbe: On ne vit jamais d'entrée si triomphante. (Acad.) Il Vieilli en ce sens.

— Décisif, qui ne laisse rien k répliquer : Argument triomphant. Maison triomphante.

— Théol. Eglise triomphante, Elus qui sont dans le ciel, et qui jouissent du bonheur éternel.

— Substantiv, Personne qui triomphe : Sur cette assurance, Vénus s'en alla à Cythère en équipage de triomphante. (La Font.)

— s. f. Jeux. Coup qui consiste en ce que l'hombre, étant le premier en cartes, joue, en commençant, atout par l'as de pique.

— Comm. Ancienne étoffe de soie, dont le fond était en gros de Tours et les fleurs en damassé.

TRIOMPHATEUR, TRICE adj. (tri-on-faleur, tri-se — lat. triomphator ; de triomphare, triompher). Qui a obtenu les honneurs du triomphe : Général triomphateur.

— Qui u remporté la victoire : Nation triomphatrice, il Qui a servi à faire remporter la victoire :

Vois tes flèches triomphatrices Frapper l'aigle au champ des éclairs.

De Guerle.

— Fig. Superbe, pompeux; qui exprime la joie et la lierté :

Ainsi parle Boris d'un air triomphateur.

Delille.

— s. m. Général qui entrait en triomphe dans Rome, après une victoire.

— Celui qui a remporté une victoire : Le peu que pèsent les triomphateurs se voit mieux encore à leurs prospérités qu'à leurs revers. (L. Blanc.)

— s. f. Femme qui a remporté une victoire : Vos ennemis ne seront parvenus qu'à faire graver sur vos médailles : Triomphatrice de l'empire ottoman. (Voit.)

TRIOMPHE s. m. (tri-on-fe — lat. triumphus ; du gr. thriambos, procession de la fête de Bacchus). Antiq. rom. Entrée pompeuse et solennelle d'un général d'armée romain, qui avait remporté une grande victoire : Décerner le triomphe, les honneurs du triomphe. Char de triomphe, u Petit triomphe, Eutrée it pied que faisait un général romain, après une victoire. Il Arc de triomphe, Porte monumentale, par où le triomphateur entrait dans Rome, et par extension Monument en forme de porte, élevé en mémoire d'une grande victoire : L'arc de triomphe de l'Étoile, du Carrousel, il Mener des captifs en tribmphe, Les mener chargés de chaînes, après le char du triomphateur : Cléopâtre se donna la mort pour éviter d'être mb-

NÊB EN TRIOMPHE. (A Cad.)

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— Grnndes démonstrations d'enthousiasme, d'admiration : On lui fit un triomphe. Son entrée fut un véritable triomphe.

— Victoire, grand succès militaire : La terre ne semblait pas suffire à nos triomphes. (Mass.)

— Succès éclatant qu'on obtient sur des concurrents; distinction très-flatteuse : Heureux triomphe que celui qui ne fait pas de victimes. (Senancourt.) La critique exercée par des hommes de parti sert à l'humiliation du talent , au triomphe de la médiocrité. (Villem.) L'habileté, la prévision, le calcul précis, la vigueur de l'exécution assurent le triomphe. (Ste-Beuve.)

— Succès de ce qui prévaut : C'est le triomphe de la raison que de bien vivre avec ceux qui n'en ont pas. (Volt.) La triomphe de la science sera l'anéantissement de la politique. (lï. de Gir.) H Chose qu'on fait valoir, qu'on donne comme un succès : A de rares exceptions près, torturer le cœur d'une femme, lui arracher ce qui fait sa joie est un triomphe pour une autre femme. (Mme Romieu.)

— Chose dans laquelle on excelle : C'est son. triomphe.

— Grand effet produit : Le triomphe de l'amour, de la beauté.

— Jour de triomphe, Jour marqué par quelque événement glorieux, par quelque grand avantage remporté.

— En triomphe, Triomphalement. || Avec de grandes démonstrations de satisfaction.

— Porter quelqu'un en triomphe, Le porter à bras d'hommes pour lui faire honneur. Il Faire de lui les plus pompeux éloges.

— Prov. // ne faut pas chanter triomphe avant la victoire, 11 ne faut pas se vanter du succès d'une affaire avant qu'elle ait réussi.

— Hortic. Triomphe de Lille , Variété d'oeillet.

— Encycl. Hist. Les Grecs connaissaient le triomphe, puisque, selon Pline, ils en attribuaient l'in vention à Bacchus, a son retour de la conquête de l'Inde. En eifet, le mot latin iriumphus vient du mot grec thriambos, qui ne fut d'abord appliqué qu'aux fêtes de Bacchus. Quoi qu'il en soit, le triomphe, chez les Grecs, ne consistait qu'en une entrée magnifique qu'on faisait aux généraux quand ils avaient remporté une victoire signalée. Le triomphateur était monté sur un char traîné par quatre chevaux et précédé de tous les instruments militaires. Les soldats, couronnés de laurier comme le général , suivaient le char, et la cérémonie finissait par l'éloge du triomphateur, que prononçait un orateur en présence de tous les citoyens as-

. semblés pour la cérémonie. Quelquefois le triomphe consistait, à Athènes, h faire porter simplement dans les rues et dans les places de la ville un grand voile ou tableau sur lequel étaient représentés tous les exploits du général vainqueur. On exposait ainsi ce tableau en public pendant plusieurs jours, et on le consacrait ensuite dans un temple comme un monument de la gloire du triomphateur. Le triomphe n'était pas connu à Lacédémone (Pline, 1. VII, c. LVi,elDiodore le Sicilien, 1. I«r).

Chez les Romains, le triomphe était regardé comme le comble des honneurs militaires et la récompense la plus éclatante du mérite guerrier. Ou distinguait à Rome deux sortes de triomphe, le grand et le petit. Le triomphe obtenu pour une victoire gagnée Sur mer était aussi pompeux, mais différait par quelques détails de celui qu'on accordait pour une victoire-sur terre.

Sous la république, on n'obtenait le triomphe qu'après avoir emporté de3 villes d'assaut, gagné des batailles rangées, fait des prisonniers , tué au moins 5,000 ennemis , étendu les conquêtes de la république, terminé la guerre ; il fallait surtout n'avoir point essuyé un seul revers dans toute la campagne. En outre, le triomphe n'était décerné qu'à celui qui avait commandé en chef, soit comme consul, soit comme dictateur ou au moins comme préteur.

Les premiers triomphes se ressentaient de la simplicité des Romains et du peu de richesses des peuples vaincus. Mais lorsque la république eut porté ses armes en Asie et en Alrique, les généraux y enlevèrent des richesses immenses qui servirent à embellir la pompe de leurs triomphes.

Quand les préparatifs du triomphe étaient achevés et que le jour fixé par le sénat et le peuple était arrivé, le triomphateur, au lever du soleil, se revêtait de la robe triomphale, appelée irabea ou ioya palmata. Cette robe, dans les beaux temps de la république, était d'une étoffe d'or à fond de pourpre, ornée de palmes d'or brodées ou tissues dans l'étoffe. Ensuite, après avoir fait distribuer aux soldats une partie du butin et disposé tout pour la cérémonie, on partait du champ de Murs et l'on se mettait en marche. Le cortège du triomphateur entrait par la porto Triomphale, traversait le Vélabre et le cirque Maxime, montait la voie Sacrée et le Forum jusqu'au temple de Jupiter Capitolin. En tête marchait le corps entier du sénat, qui allait recevoir les troupes à la porte de Rome et les conduisait ensuite dans la ville; puis venaient des trompettes et des cors qui précédaient une file de chariots chargés des dépouilles de l'ennemi, et sur lesquels étaient

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disposés les objets les plus remarquables par leur valeur ou la beauté du travail, mis ainsi en évidence et exposés aux regards. La quantité et la valeur du butin, en même temps que les noms des provinces conquises, étaient écrites sur des tablettes fixées au bout de longues perches (lituli), et l'on portait ces écriteaux à côté des objets dont ils faisaient mention. D'autres chariots suivaient, dans lesquels étaient placées les représentations des villes et des forteresses qu'on avait prises, figurées en bois doré, en cire, en ivoire, quelquefois en argent, avec des inscriptions en grosses lettres et de grands tableaux où étaient peints les batailles, les assauts et les attaques. Souvent dans la pompe on mêlait des animaux extraordinaires, amenés des pays qu'on avait-subjugués : des ours, des panthères, des lions et des éléphants. Ensuite venait une troupe de joueurs de flûte (tibicines) marchant "devant la victime destinée au sacrifice, un taureau blanc, dont la tête était ornée de bandelettes de laine et le dos d'une large bande d'étoffe de couleur éclatante. Derrière la victime s'avançaient un corps de prêtres et leurs aides, porteurs de tous les objets nécessaires à la célébration du sacrifice ; puis on voyait étalés les armes, les étendards et autres trophées pris sur les vaincus, et immédiatement après les généraux et les princes que l'on avait fait prisonniers," puis tous les captifs chargés de fers. Ensuite venaient les licteurs du général victorieux, avec le costume civil, la toge, le front et les faisceaux couronnés de laurier; ils formaient un corps précédant immédiatement le triomphateur revêtu de ses triumphalia et debout sur un char circulaire traîné par quatre chevaux blancs; il avait le front ceint d'une guirlande de laurier, et un esclave public tenait ordinairement une couronne d'or au-dessus de sa tête, ce que les sculpteurs ont poétiquement rendu par une figure de la Victoire qui tient une couronne de feuilles de laurier. Ses plus jeunes enfants étaient placés sur le char auprès de lui; ceux qui avaient atteint l'âge mûr étaient à cheval auprès du char ou sur les chevaux qui le traînaient. On l'obligeait k porter un anneau de fer au doigt comme les esclaves, pour l'avertir qu'il ne devait point s'enorgueillir ; quelquefois même il avait derrière lui un esclave qui lui répétait de temps en temps ces paroles : Respiciens post' te, hominem mémento te (En regardant derrière toi, souvienstoi que tu es homme). Derrière le triomphateur marchaient ses principaux officiers, les légats, les tribuns militaires et les chevaliers, tous à cheval, et le cortège triomphal était fermé par un corps de légionnaires portaut des branches de laurier dans les mains et des guirlandes autour de leur tète. Ceux qui avaient reçu des couronnes particulières et d'autres marques d'honneur ne manquaient pas d'en faire parade en une telle cérémonie. Ils poussaient tous des cris de joie en disant : Io lriwnphe,H célébraient à l'envi les louanges du vainqueur, comme le rapporte Horace :

Tuque dum procedis, io triumphel Nonsemel dicemus : io triumphel

Aux cris de joie et aux chansons guerrières ils mêlaient des railleries et des moqueries assez piquantes contre leur général, car ce jour était privilégié, et il leur était permis de dire tout <re qu'ils voulaient sans qu'on pût sévir contre eux. Le cortège traversait ainsi le Forum. Lorsqu'il approchait du Capitule, on conduisait les captifs dansla prison, où souvent, le jour même, on ôtait la vie aux principaux d'entre eux, aux chefs. En- entrant dans le Capitole, le triomphateur mettait sur la tête de Jupiter la couronne qui était sur la sienne, et, après une prière aux dieux tutélaires de l'empire, il faisait immoler un grand nombre de taureaux et d'autres victimes. Le sacrifice était toujours suivi d'un grand festin qui se donnait dans le Capitule, aux dépens du public, aux principaux des sénateurs et aux premiers officiers de l'armée.

Après le repas, le général victorieux était reconduit en grand cortège dans son logis, au son des tambours, des trompettes et de toutes sortes d'instruments. Une des prérogatives de ceux qui avaient triomphe était de pouvoir assister au spectacle avec la couronne de laurier sur la tète et d'y être assis sur un siège curule ou d'ivoire. Outre cette distinction, il y en avait encore de plus marquées; telle fut celte qu'on accorda au consul Duillius, qui avait remporté la première victoire navale. Le sénat consentit, pour en perpétuer la mémoire, k ce que, toutes les fois que ce général reviendrait de souper chez ses amis, il pût se faire reconduire chez lui aux flambeaux et au son des flûtes (Valère-Maxime, 1. III, ch. vi).

Le petit triomphe, appelé ovation, du mot ovis, bélier, parce qu'on n'y immolait que des béliers, au lieu que dans le grand triomphe c'étaient toujours des taureaux, n'était pas, à beaucoup prés, aussi pompeux. V. ovation.

Triomphe* (les), poèmes de Pétrarque.

Ces douze compositions, d'une grande beauté, écrites en tercets comme la itivine comédie, dont ils se rapprochent par le tour apocalyptique, forment le complément des célèbres sonnets. Le chantre de l'amour pur, l'amant chaste de Laure de Noves s'est complu, à la

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fin de sa vie et après la mort de celle qu'il aimait, à placer ces poëmes sous son invocation. C'est le Triomphe de l'Amour qui ouvre la série, en quatre magnifiques chants. Le dieu allégorique, moins souriant que dans l'insouciante mythologie païenne, pousse son quadrige attelé de chevaux blancs, comme celui d'un triomphateur romain, et derrière lui, figurant les vaincus, marche la foule de tous ceux que la femme a séduits et domptés. Les rangs sont pressés, les physionomies bien diverses. A chaque chant, assez court il est vrai, on croit l'è numération finie, et le poëte continue l'impitoyable défilé, pour se placer lui-même à la tin et augmenter d'une ombre cette longue série d'ombres blessées. La mythologie, l'histoire, le roman lui-même, car la fiction crée des personnages aussi vivants que la réalité, fournissent de nombreux comparses à cette mise en scène du Triomphe de l Amour; mais les poiites sont les plus nombreux dans le cortège, car il n'est pas un seul d'entre eux qui n ait aimé. Pétrarque leur a consacré les plus sympathiques doses tercets. Le Triomphe de la Chasteté est en-' core un hommage k la mémoire de Laure, la plus grande source d'inspiration du poëte ; mais cette radieuso beauté a bieu peu de

I gens autour de sou char ; un seul homme, Soipion , et encore fuit-il assez mauvaise

I figure, et, parmi les femmes, Lucrèce, Virginie, Judith sont des ombres sanglantes; un seul chant suffit h ces rares exemples de vertu. Le Triomphe de la Mort a deux chants. Laure, victorieuse de l'Amour, placée au milieu de ses compagnes • couronnées de roses et de violettes et plus rayonnante que les étoiles, » rencontre le tristo cortège de la Mort. Là sont tous ceux qui vécurent, les rois morts, les empires détruits, les races disparues. < Là sont ceux qui furent réputés heureux, les pontifes, les puissants, les enipe-

, reurs ; maintenant ils sont nus, misérables et mendiants. Où sont leurs richesses, où sont leurs honneurs, et les pierreries, et les sceptres, et les couronnes, et les mitres couleur de pourpre? Malheureux qui place son espoir dans les choses périssables I > Sous les yeux du poète, la Mort joint à ce sinistre cortège la belle Laure de Noves. « Elle mourut, non comme une flamme éteinte violemment, mais comme une flamme qui d'ellemême se consume; elle s'en alla en paix, l'âme contente; ainsi s'éteint la lampe suave où l'huile manque peu à peu. Elle garda jusqu'à la fin son serein visage. Elle u'etait point pâle, non , mais plus btanene que la neige semée aux flancs d'un mont, à l'abri du vent, et paraissait reposer comme de lassitude. Un doux sommeil répandu sur ses beaux yeux, d'où la vie déjà s'était éloignée, voilà ce que les fous appellent mourir 1 a Le Triomphe de la Renommée (trois chants) énumère tous les hommes qui se sont rendus célèbres dans la guerre, dans le gouvernement, dans les lettres ; tel est aussi à peu près le sujet du Triomphe du l'emps; la forme seule et le vers toujours si pur, si harmonieux de Pétrarque donnent du prix à une composition de ce genre, qui serait banale sous une autre plume. La série se termine par le Triomphe de la Divinité, ou plutôt le triomphe de l'Eternité, le plus apocalyptique de ces petits poëmes. Pétrarque chante la destruction inévitable du monde présent et l'éternité de l'autre; comme Dante eu face de Béatrix, sa vision le transporte au moment où Laure le recevra sur le seuil du séjour céleste.

Triomphe de l'Amour (le), opéra-ballet en cinq actes, paroles de Beuserade et Quinault, musique de Lulli; représenté k Samt-Germaiu-en-Laye le 21 janvier 16S1. Plusieurs seigneurs et daines de la cour y dansèrent. C'étaient M"es de Commercy, de Tonnerre, de Clisson, de Poitiers, de Biron; Mwes de Gontaut, dç Seignelay; Mmes les duchesses dei\lortemart,de Sully, de Coati, deLaFerté ; les princesses Marianne et de Guémenée.

Madame la Dauphine remplit le rôle de Flore. On comprend que les cavaliers de si grandes dames étaient les plus grands seigneurs du temps, depuis le prince de La Koche-sur- Yon jusqu'au comte de Guiche. Le poète adresse à chacun de ces danseurs et de ces danseuses des remerclments en vers, parmi lesquels on en remarque quelques-uns fort spirituels et même malins. Ce ballet fut représenté à Paris, à l'Académie royale de musique, le 6 mai I6S1. Jusqu'à cette époque, les hommes seuls avaient dansé sur le théâtre de l'Opéra. Pour imiter l'innovation qui avait eu lieu k Saint-Germain, et qui avait ajouté un brillant attrait au spectacle, des danseuses prirent sur la scène la place des dames de la cour. La première ballerine qui jouit de la faveur du public fut MllB Lafontaine. Cette innovation, jointe k la beauté des décorations et à la musique de Lulli, contribua fort au succès prodigieux, de ce ballet, qui fut constamment repris pendant trente ans. Nous signalerons dans la partition le chœur charmant : Suivons l'Amour, portons sa chaîne.

Triomphe. Iconogr, Les artistes ont toujours eu du goût pour les représentations pompeuses, pour les triomphes, les glorifications, les apothéoses. IL ne faut pas trop leur en vouloir. En exécutant des compositions de ce genre, ils cèdent moins à un instinct d'adulation qu'au désir de faire briller leur

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propre talent. Ce n'est pas seulement, d'ailleurs, aux hommes de leur temps qu'on les voit décerner les honneurs du triomphe; ils célèbrent non moins volontiers les héros anciens, les personnages imaginaires, les divinités du paganisme et les saints du nanidis catholique, les systèmes religieux et fes systèmes philosophiques. Si l'an peint le Triomphe de Napoléon, l'autre peint le Triomphe d'Alexandre le Grand ; celui-ci nous montre le Triomphe de la Vierge, et celui-là le Triomphe de Vénus. Il y a ainsi, en peinture, des Triomphes sacrés et des Triomphes profanes, des Triomphes historiques et des Triomphes purement allégoriques ou symboliques. Nous allons passer succinctement en revue les compositions de l'espèce qui offrent le plus d'intérêt, soit au point de vue de l'exécution, soit au point de vue du sujet représenté.

Triomphe de Jésus-Christ. Ce sujet a été fréquemment traité , surtout au moyen âge ; nous lui avons consacré un article spécial au mot Christ {Christ triomphant ou glorieux, t. IV, p. 114 et sviiv.). D intéressantes compositions ont été gravées d'après le Titien, par Andréa Andreani (Christi triumphus , 8 planches se réunissant en forme de frise , dédiées au duc de Mantoue en 1599), par Jean-Théodore de Bry, par Silvestre Pomarèâe (1750). Au musée d'Anvers est un tableau de Michel van Coxcye le jeune représentant le Christ assis sur son tombeau et triomphant de la mort et du péché ; on y lit les deux inscriptions suivantes : Mors, sum mors tua; morsus tuus, â infernè. — Serpens, contriui caput iuum. Bolswert a gravé un Triomphe du Christ d'après Rubens. De notre temps, ce sujet a été peint par Adolphe Roger (le Triomphe du Christ, législateur, sauveur, roi et juge; coupole de l'église Saint- Roch, a Paris) et par Wiertz. La composition de ce dernier est une œuvre des plus originales; nous en donnons ci-après la description. Un artiste allemand, Joseph Fuhrich, a retracé le Triomphe de Jésus-Christ dans une suite de onze planches gravées à Veau-forte (1839) , remarquable par la noblesse du style et la fermeté de l'exécution. Une chromolithographie représentant le même sujet a été exposée au Salon de 1865 par H.-H. Moulin.

Triomphe de l'Eglise ou de la religion chrétienne. Rubens a traité plusieurs fois ce sujet, notamment dans un tableau qui est au musée du Louvre (no 432) et que nous avons décrit dans notre iconographie de la Religion (v. ce mot, t. XIII, p. 906). Bolswerta gravé d'après Rubens : le Triomphe de la religion chrétienne sur le paganisme et l'idolâtrie et le Triomphe de l Eglise. Nicolas Lau-wers a gravé, d'après le même maître, le Triomphe deri'Eglise par l'eucharistie et le Triomphe de la nouvelle Loi. Ce dernier sujet a été traité par Van Eyclc ou par un peintre de son école dans un très-curieux tableau dont nous donnons la desctiption ci-après. La jioaeothèque de Munich possède six tableaux d'Otto Venius représentant le Triomphe de l'Eglise catholique ; on y voit des cliars sur lesquels se tiennent des figures allégoriques personnifiant les vertus de l'Eglise et qu'entourent des apôtres, des Pères, des patriarches ; les plus fameux hérésiarques suivent ces chars, comme des vaincus et des escluves. An inusée de Ferrare est une grande fresque du Garofalo, le Triomphe du Nouveau Testament, qui décorait autrefois l'église Saint-André, dans la même ville. Gherardini a peint le Triomphe de la Foi dans le plafond de l'église San-Jacopo, à Florence. Des Triomphes de la Heligion ont été- peints ou dessinés par Pierre (coupole de la chapelle de la Communion, dans 1 église Saint-Roch, à Paris), Herrera (gravé par Arteuga y Alfaro), C. Marutie (gravé par P. Aquila), Corrado (voûte du gritnd escalier du palais royal de Madrid), Rainiond La Page (gravé par Ad. Bartsch, 1790), Valdès Leal (vente Pereire, 1868), B.Picart (gravure), F. Poschiera (galerie de l'Acadéiriie ligurienne, à Gênes), etc. (v. RELIGION). La coupole de l'église de la Madeleine, à Paris, peinte par Ziegler, représente le Triomphe du christianisme : l'artiste a rendu cette idée en montrant le Christ, assis dans sa gloire, accueillant et bénissant une cour immense, formée des apôtres, des saints et des saintes, des législateurs, des guerriers et des pontifes, des rois et des artistes qui ontjservi la cause du christianisme. Jeanne Date occupe parmi ces bienheureux ■une place que personne ne lui disputera, mais on est fort étonné d'y apercevoir aussi Napoléon 1er; ]e fait d avoir rétabli en France le culte catholique n'est pas un titre suflisunt pour légitimer cette apothéose. 11 est juste de dire que, comme correctif, le peintre a placé Pie VII, le souverain pontife, â côté du despote. Un tableau de Murillo, le Triomphe de l'Eucharistie, a été payé 67,500 francs à la vente Pourtalès (1865).

Triomphe do l'Eglite chrétienne (LB) OU le Triomphe do la nouvelle Lot, chef-d'œuvre de l'école des Van Eyck; au musée national de la Trinité (ou du Fomento), à Madrid. Le champ de la victoire est une cour du moyeu âge que domino une tour gothique surmontée u'une lièche du style le plus élégant et qui s'ouvre en forma de dais ou de baldaquin : sous ce dais, l'Eternel est assis, revêtu d'un ample manteau, tenant d'une main sou

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sceptre et étendant l'autre main pour 'bénir ; à ses pieds est couché l'Agneau symbolique, et sur son trône même se tiennent les animaux des quatre évangélistes; la Vierge, en manteau bleu, lit à sa droite; saint Jean, en manteau vert, écrit à sa gauche. De la base du trône, sur laquelle est couché l'Agneau, jaillit un ruisseau dans lequel flottent des hosties et qui arrose un petit jardin où six anges célèbrent sur divers instruments la gloire du Très-Haut, De chaque côté s'élèvent deux tourelles gothiques travaillées à jour et dans lesquelles sont groupés des anges ou des enfants de chœur occupés à chanter des hymnes ; l'un d'eux tient une légende qui explique le symbole du ruisseau par ce verset du Cantique des cantiques : Fons hortorum, puteus aquarum viventium (O source des jardins! ô puits d'eau vive!). Ce ruisseau se précipite dans une fontaine gothique décorée de statuettes de saints et de figures de pélicans qui se déchirent pour nourrir leurs petits avec, leur sang. A gauche, un pape, coiffé de la tiure et tenant à la main la croix avec l'étendard de la foi, montre à un empereur agenouillé près de lui les hosties que le courant d'eau entraîne. Derrière eux sont d'autres personnages chrétiens, ecclésiastiques ou laïques, parmi lesquels des iconographes ont cru reconnaître les deux frères Van Eyck. A droite, le grand prêtes des juifs, plucé symétriquement par rapport au pape, tient une bannière dont la hampe est brisée; son aveuglement moral est indiqué par un bandeau qui lui couvre les yeux; il se penche vers un vieillard agenouillé à ses cotés et semble vouloir l'empêcher de rendre hommage à la Loi nouvelle. D'autres juifs font des gestes d'horreur ou de désespoir et forment un contraste heureusement rendu avec les chrétiens, dont les physionomies et les attitudes respirent une joie respectueuse et profonde.

Les connaisseurs ne sont pas d'accord sur le point de savoir si ce tableau doit être attribué h Jean van Eyck ou à Hubert van Eyck. MM. Ci owe et Cavalcaselle, les savants auteurs de l'Histoire des anciens peintres flamands, ont fait les remarques suivantes : « Comme puissance de conception, comme ima&ination et distribution de l'ensemble, il n'y a aucun tableau de l'école flamande qui approche de celui-ft, excepté Y Agneau mystique de Saint-Bavon.C'estévidemment l'œuvre d'une seule main, mais les figures sont de moindres proportions que celles de Jean van Eyck dans le panneau central du tableau de Gand. 11 y a trop de vigueur dans le coloris pour que ce soit le travail d'un élève ou d'un contemporain de ce peintre. Van der Weyden avait un coloris plus doux et. plus pâle; il n'avait pas non plus cette puissance dans l'expression et le dessin, et sa manière de grouper ne ressemble eu aucune façon a celle de Van Eyck. Ce ne peut être Memling non plus ; car en lui le sentiment est bien plus fort que l'expression.... Quant aux peintres d'Espagne du même temps, aucun n'eût été capable d'une pareille œuvre. » MM. Crowe et Cavalcaselle concluent en proclamant cette peinture < le plus noble de tous les grands ouvrages de Jean van Eyck, et celui qui commande le plus l'attention par l'importance de sa composition, la splendeur de l'exécution et du dessin. » MM. Passavant et Waagen ont prétendu que le caractère des tètes, la forme des mains, le goût des draperies, décelaient bien plutôt le style d'Hubert van Eyck. M. Otto Milndler, enfin, a soutenu que l'ouvrage ne saurait être attribué aux Van Eyck ot qu'il doit être attribué à un artiste postérieur.

Quel qu'en soit l'auteur, le tableau du musée national de Madrid doit être considéré comme un des plus précieux monuments de l'art du xve siècle. "Dans les trois figures principales et dans la physionomie des anges, dit Waagen, une profonde expression religieuse se combine avec un sentiment délicat du beau ; les figures inférieures ont plutôt lo caractère de portraits. Les attitudes dramatiques de quelques-uns des juifs sont surtout admirables. La couleur est harmonieuse et claire, l'exécution très-soignée ; l'œuvre tout entière trahit la main d'un grand maître. » Ce tableau était placé, en 1786, dans la chapelle de Saint-Jérôme, à Valence.

Triomphe de Flore (le), tableau du POUS-

sin, au Louvre. La déesse du Printemps est assise sur un char, richement orné, que traînent trois Zéphyrs; des nymphes, déjeunes faunes, des Amours portant des fleurs, lui font cortège. Deux Amours voltigeant audessus d'elle s'apprêtent à la couronner. Un guerrier, debout, vu de dos, lui présente des rieurs dans un bouclier. Une troupe joyeuse d'hommes, de femmes et d'enfants précède le chur en chantant et en dansant. Sur le devant du tableau, un Fleuve et une Naïade, couchés sur la terre, regardent passer le cortège. A droite, une femme agenouillée cueille une fleur.

Ce tableau, exécuté vers 1630 pour le cardinal Omodei, a été gravé par Etienne Fessard, par Audran, par Marie Hortheinels, et dans les recueils de Landon et de Filbol.

Triomphe de Flore (le), célèbre tableau de Nicolas Poussin. V. empire de flore.

Triomphe du Chris) (le) , tableau de Wiertz; au musée Wiertz (Bruxelles). Au milieu des nuées apparaît le Christ sauveur, les bras

TRIO

cloués sur la croix du Calvaire, la tête penchée sur la poitrine comme a l'instant du dernier soupir, le côté percé par le coup de lance et laissant échapper, par sa plaie béante, quelques gouttes du sang divin qui doit régénérer l'humanité. Devant la grandeur sereine de l'immortelle victime, Satan, que rien n'a u dompter jusqu'ici, ni la foudre céleste, ni e glaive dos archanges, Satan, qui s'était emparé des âmes humaines, recule effaré vers l'abîme. Son bras gauche, recourbé autour de son front, cherche à protéger ses yeux, où étincelle l'immortalité do l'enfer, contre la lumière divine, qui rayonne de la tête du Christ. Ses longues ailes se redressent. Il reprend son vol vers les régions maudites, vers les lues de feu qui bouillonnent en bas, dans les ténèbres. Un autre réprouvé, ébloui par la vue du Christ, ferme les yeux, enfonce ses ongles dans sa poitrine, s'affaisse sur les genoux et va rouler dans l'abîme. Un troisième démon, terrassé, anéanti, traîne déjà son pied dans la lave infernale, qui se soulève comme pour saisir plus vite sa proie, Des anges, aux mouvements fiers et impétueux, foudroient, frappent et précipitent les maudits. Un de ces anges, vêtu d'une robe pourpre et armé d'un foudre, fond avec la rapidité d'une flèche vers les réprouvés. Un autre, jeté horizontalement sur la droite du tableau et montrant d'un doigt menaçant les profondeurs de l'enfer, est superbe de courroux. L'archange Michel troue d'un formidable coup de lance un démon qui pousse un cri terrible; deux autres damnés s attachent h la httmpe de la lance; l'un mord le fer avec rage et 1 autre cherche à écarter l'arme divine. Partout le triomphe du Christ éclate en épisodes dramatiques. Animée d'une ardeur et d'une puissance incomparables, la milice céleste culbute les phalanges infernales, qui poussent d'affreux rugissements et se contorsionnent avec la fureur du désespoir. Les redoutables trompettes des archanges sonnent la victoire de la lumière sur les ténèbres, du ciel sur l'abîme.

Cette peinture, qui a paru à, l'Exposition de Bruxelles en 1848, y a obtenu un immense succès.

Triomphe de Golatéo (le) , tableau. V.

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