CHAGRIN
Triitin, par Toussenel (1863, in-18). Le sous-titre du livre apprend au lecteur que l'écrivain humoristique se propose de raconter les misères et les fléaux de la chasse en France, mais il y traite de beaucoup d'autres choses encore. 11 débute par ce cri d'alarme : • Le lièvre et la perdrix s'en vont; la broche, la terrine et les vins naturels aussi, et les saines traditions de l'art ! » Il poursuit par le tableau des disgrâces imméritées de la perdrix, de la gelinotte, de la bécassine mises en regard de la prospérité insolente et calamiteuse de l'aspic ; ce qui le conduit naturellement à l'histoire des différentes phases sociales par lesquelles il est nécessaire que l'humanité passe, et le droit de chasse aussi. L'ouvrage est écrit spécialement en faveur du gibier français, et son but principal est de sauver de la destruction le peu qui nous en reste. L'auteur a cru cependant devoir prévenir ses lecteurs que l'observation rigoureuse du tracé de son programme ne l'a pas dét'ourné de résoudre en passant tous les grands problèmes religieux, politiques et autres que le courant de la discussion amènerait sous sa plume. C'est ainsi qu'il lui parait impossible de traiter sérieusement la question de la bécassine, amie des marécages, sans parler un peu des marais Poutins, domaine de l'Eglise. Toussenel ne regarde nullement comme une faute d'avoir cédé à ces entraînements et n'en demande pardon à personne, pas plus que d'avoir écrit l'histoire universelle de la superstition dans les deux mondes, à propos des longs démêlés de la femme et du serpent; pas plus que de s'être laissé induire .par une étude approfondie des mœurs de la vipère de l'Ouest à présenter les faits de l'insurrection vendéenne.
Cette œuvre est une lamentation et une oraison funèbre ; voilà pourquoi l'auteur l'a baptisée Tristia, comme les cinq livres d'élégies d'Ovide. Il conclut par des prédictions sinistres. ■ Voici ce qui est écrit : C'est lorsque le gibier de France ne sera plus, et que le gibier d'outre-Rhin l'aura remplacé sur nos tables, et que l'esprit français aura gagné en pesanteur tout ce qu'il aura perdu en grâce et en légèruté...; c'est alors seulement que le penseur sérieux comprendra la portée du célèbre aphorisme formulé par du de nos sages- : « Dis-moi ce que tu manges, je te » dirai ce que' tu est • C'est après que le tabac, ce narcotique stupéfiant qui tue l'âme et le corps, qui repousse le baiser et appelle la bière, aura refroidi tous les cœurs et obscurci tous les entendements; c'est alors, seulement alors que le contribuable français qui payera, mais qui ne chantera plus, connaîtra bien que les plus lourds impôts ne font pas le bonheur; alors que le inonde consterné demandera avec anxiété aux analogistes passionnels le sens de l'énigme effroyable d'interversion universelle proposée par une plante qui fait respirer par la bouche et mangar par le nez! C'est quand le rosbif cuit au four et l'impur pudding son complice, importés tous deux d'Albion, auront détrôné parmi nous le culte du rôti, du coulis et de la fondue; c'est après que le gin infect et le poivre de Cayenne auront déshonoré tous nos. vins généreux, brûlé tous nos palais,.., c'est alors seulement que la France se mordra les doigts de l'énorme sottise qu'elle a faite d'accorder la libre pratique à la cuisine d'un peuple qui n'eut jamais qu'une sauce pour vingt religions 1 C'est après que la taille du citoyen français aura décru d'un nouveau pouce, et que la niveau des caractères et celui des intelligences auront subi une dépression adéquate..., c'est après que les derniers spécimens de la beauté parisienne, bien plus adorables cent fois que tous ceux de la Vénus grecque, auront disparu de ce monde, où rien ne sera plus...; c'est seulement alors
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que les poètes, les artistes et les amoureux atterrés aviseront pour la première fois les misères les plus cachées sous la gloire et les dangers d'une loi imprudente qui, en prélevant chaque année, sur la fleur de la population masculine, un tribut de cent mille jouvenceaux pour en recruter la double armée du célibat, réservait fatalement le monopole de la conservation de l'espèce aux vieux et aux paralytiques, aux notaires et aux ècloppésl Et tout le monde, dans ce temps-là, . comprendra pour quelle cause ce livre a eu nom Tristia! »
TRISTIGMATÉ, ÉE adj. (tri-sti-graa-té — du préf. tri, et du gr. stigma, stigmate). Bot. Qui a trois stigmates.
TRISTIMANE adj. (tri-stî-ma-ne — rad.
tristimanie). Pathol. Qui est atteint de tristimanie.
— s. Personne qui a cette maladie.
TRISTIMANIE s. f. (tri-sti-ma-nl — du lat.
tristis, triste; mania, folie).' Pathol. Monomanie accompagnée de tristesse.
TRISTIQUE adj, (tri-Sti-ke — du grec tristichos, proprement composé de trois rangs, qui est formé lui-même de tris, trois fois, et de stichos, rang, qui appartient à la même famille que le grec stix, stichos, rangée, ligne de soldats ). Bot. Qui est disposé sur trois rangs.
— s. m. Genre de plantes aquatiques, de la famille des poâostémèes, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans les régions tropicales.
TRISTOM£s.m.(tri-sto-me — du préf. tri,
et du gr. stoma , bouche). Helminth. Genre de vers trématodes, type de lu famille des tristomiens, comprenant cinq ou six espèces, qui vivent en parasites sur divers poissons marins.
— Moll. Syn. de triforb, genre de mollusques.
— Encycl. Helminth. Les trislomes sont , des animaux à corps comprimé, un peu convexe en dessus, membraneux et plat en dessous, muni de deux petits pores ou suçoirs antérieurs, au milieu et un peu en arrière desquels est la bouchej qui est en forme de trompe; à la face inférieure et en arrière est un grand suçoir cartilagineux tenant au corps par un court pédicule. Ces vers sont généralement assez grands et ont le corps arrondi, a bords minces et plus ou moins sinueux. Les espèces peu nombreuses de ce genre n'ont été observées jusqu'à présent que sur le corps des poissons, où elles vivent en parasites. Le tristome écarlate, espèce type, est d'un rouge vif et d'environ om,03 de diamètre; on le trouve dans la Méditerranée, sur les branchies de la môle, de l'espadon, etc.
TRISTOMIEN, ENNE adj. {tri-sto-mi-ain, è-ne— rad. tristome). Helminth. Qui ressemble ou qui se rapporte au tristome.
— s. m. pi. Famille de vers trématodes, ayant pour type le genre tristome.
Trixram Shoudy (VIE ET OPINIONS DE), par Laurence Sterne (1759-1767, 8 vol, in-12). Ce livre n'est Bas une histoire ni un roman, mais un recueil de scènes, de dialogues et de tableaux plaisants et touchants, présentés avec infiniment d'esprit et semés de beaucoup de connaissances originales. La singularité de cet ouvrage, où l'on chercha souvent un sens à des passages qui n'en ont pas du tout; l'air de mystère dont il est empreint, ses caractères bizarres, sa gaieté folle et souvent même licencieuse impatientent ec charment tout à la fois le lecteur; mais le caractère gai, spirituel, sensible de l'insouciant curé Yorick, où l'on prétend que Sterne s'est peint d'uprès nature; l'oncle Tuby et son fidèle serviteur, les plus délicieux caractères de cet ouvrage, sont peints avec tant de charme et une individualité si originale,' qu'ils font oublier la licence du romancier. La prise de Strasbourg ou l'homme au grand nez, l'histoire pathétique et touchante de Lefèvre, celle de l'abbesse aux andouillettes sont au nombre des morceaux les plus remarquables. L'épisode de la jolie veuve, Mme Widmann, qui, désolée de ce que l'oncle Toby n'ose pas la regarder en face, prend le
.parti de se faire souffler dans l'œil par ce timide bonhomme, sous le prétexte d'un moucheron, est une des pages les plus charmantes qui aient jamais été écrites. Il a été popularisé par un tableau du peintre anglais Leslie. Les zigzags que trace en l'air, avec sa canne, le caporal Triin, et auxquels Sterne a l'air d attribuer le sens le plus profond, sont également célèbres. Le boulingrin et la demi-lune, fortifications auxquelles travaillent perpétuellement l'oncle Toby et le caporal, en souvenir de leurs cumpagnes, ont quelque chose d'extravagant; mais en Angleterre, où l'on agit sans se soucier beaucoup des rjsées ou des censures de ses voisins, il n'y a pas d'impossibilité ni peut-être do grande invraisemblance à supposer qu'un original emploie une aide mécanique, telle que ce fameux boulingrin, iiour encourager et aider son imagination dans la tâche agréable, mais illusoire, de bâtir des châteaux en l'air. Les hommes ont été appelés de grands enfants, et, parmi les vieux hochets et les inventions dont ils s'amusent, celle de l'oncle
• Toby, avec les plaisirs duquel nous sommes
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si disposés à sympathiser, ne paraît pas si peu naturelle, en y réfléchissant, qu'elle peut le sembler à la première vue. Le docteur Slop, avec tous ses instruments d'accoucheur, doit probablement être identifié avec le docteur Burton, d'York, qui publia un traité d'accouchement en 1751. Ce docteur était dans de mauvais termes avec l'oncle de Sterne; il le poursuivit de ses railleries comme charlatan et surtout comme catholique. La principale figure est celle de M. Shundy, dont le caractère est modelé, à beaucoup d'égards, sur celui de Martinus Scriblertis. L'histoire de Martin, dans l'idée du fameux club de beaux esprits qui la commenta, était une satire sur la manière ordinaire d'acquérir de l'instruction et de la science. Sterne n'avait point d'objet particulier de ridicule ; son unique affaire était de créer un personnage auquel il pût coudre la grande quantité de lectures extraordinaires et de vieux savoir qu'il avait amassée. Il supposa donc dans M. Shandy un homme d'une tournure d'esprit active et métaphysique, mais en même temps bizarre, que dés connaissances trop nombreuses et trop diverses avaient conduit à deux doigts de la folie et qui agissait, dans les circonstances ordinaires de la vie, d'après les absurdes théories adoptées par les pédants des siècles passés. Il lui créa un admirable contraste dans sa femme, bon portrait d'une brave dame de la véritable école poco curante, qui n'entravait jamais la marche du « dada • de son mari (pour employer une expression que Sterne a rendue classique). Yorick, le vif, spirituel, sensible, imprévoyant ecclésiastique, est la personnification bien connue de Sterne lui-même et, sans aucun doute , comme tout portrait de soi fait par un maître de l'art, avait une grande ressemblance avec l'original; cependant, il y a des teintes de simplicité semées dans le caractère d'Yorick qui n'existaient pas dans celui de Sterne ; nous ne pouvons croire que les plaisanteries du dernier fussent si exemptes de maligne préméditation et que ses satires fussent entièrement inspirées par de l'honnêteté d'âme et un pur enjouement de caractère.
Tris tram Shandy se trouva tout d'abord entre les mains de tout le monde. Beaucoup le lisaient et peu le comprenaient. Ceux qui ne connaissaient point Rabelais, dont l'auteur s'était inspiré, le comprenaient encore moins. 11 y avait des lecteurs qui étaient arrêtés par des digressions dont ils ne pouvaient pénétrer le sens ; d'autres qui s'imaginaient que ce n'était qu'une perpétuelle allégorie qui masquait des gens qu'on n'avait pas voulu faire paraître à découvert; mais tous convenaient que Sterne était l'écrivain le plus ingénieux, le plus agréable de son temps; que ses caractères étaient singuliers et frappants, ses descriptions pittoresques, ses réflexions fines, son naturel facile.
Voltaire a* dit de Trisiram Shandy : ■ Cet ouvrage ressemble à ces petits satyres de l'antiquité qui renfermaient des essences précieuses. > Il en traduisit lui-même deux ou trois passages et dit du tout que • ce sont des peintures supérieures à celles de Rem? braïutt et aux crayons de Callot. » L'auteur, selon lui, est le Rabelais de l'Angleterre.
M. Alfred de Wailly, qui a donné la meilleure traduction française de Trisiram Shandy, l'a plus complètement apprécié : »Si nous considérons, dit-il, la réputation de Sterne comme fondée primitivement sur cet ouvrage, il est exposé à deux graves accusations : celles d'indécence et d'affectation. Quant au premier grief, Sterne y était luimême particulièrement sensible et avait soin de justifier son humeur en la représentant comme une simple infraction au décorum, qui n'était d'aucune conséquence dangereuse. Nous tenons de source certaine l'anecdote suivante. Peu de temps après que Trisiram eut paru, Sterne demanda à une dame riche et de qualité du Yorkshire si elle avait lu son livre : « Non, monsieur Sterne, fut la ré- » ponse ; et, à vous parler franchement, j'ai • oui dire que ce n'est pas une lecture conve- » nable pour une femme. — Ma chère bonne » daine, répliqua l'auteur, ne vous laissez pas » abuser par de tels contes ; l'ouvrage est «comme votre jeune héritier que voici; il n montre de temps en temps une bonne partie » de ce qu'on cache ordinairement; mais tout- > celas c'est dans une parfaite innocence. • Cette spirituelle excuse peut être admise sous un point de vue, car on ne peut dire que l'humeur licencieuse de Trisiram Shandy s'adresse aux passions ou soit de nature à corrompre la société ; mais elle pèche contra le goût, si on accorde qu'elle soit sans danger pour la morale. Si nous nous mettons à examiner de près îe genre de composition que Sterne crut devoir adopter, nous trouvons un guide sûr dans l'ingénieux docteur Ferriar, de Manchester, qui, avec une singulière patience, a suivi notre auteur jusque dans les sources cachées auxquelles il emprunta la plus grande partie de son Savoir et beaucoup de ses expressions les plus frappantes et les plus originales. Rabelais, le licencieux recueil intitulé le Moyen de parvenir et le Baron de Fœneste de d'Aubigné, avec beaucoup d'autres auteurs oubliés du xvie siè cle, furent successivement mis à contribution. L'ouvrage, devenu célèbre depuis, de Burton sur la mélancolie (1634) procura à Sterne une masse infinie de citations dont il remplit ses
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pages sans scrupule, comme s'il les eût recueillies dans le cours étendu de ses lectures. Le style du même auteur ainsi que celui de l'évêque Hall fournirent à l'auteur de Tristram beaucoup de ces expressions, comparaisons et illustrations bizarres, qui passèrent longtemps pour des effusions naturelles de son e.-prit excentrique. •
TRISTR1É, ÉE adj. (tri-stri-é — du préf. tri, et de strié). Hist. nat. Qui offre trois stries.
TRISTYCHIE s. f. (trl-sti-kl — du préf. tri, et du gr. stichos, rangée). Ichthyol. Genre de poissons placoïdes, comprenant plusieurs espèces fossiles des terrains carbonifères de Glascow.
TRISTYLE adj. (tri-sti-le — du préf. tri, et de style). Bot. Qui a trois styles.
TRISULCE adj. (tri-sul-se — du préf. tri, et du lat. suleus, sabot). Mamm. Se dit des mammifères dont les pieds sont pourvus chacun de trois sabots distincts.
— Mythol. S'est' dit en parlant de lafoudre de Jupiter et du trident de Neptune.
TRISULFOAMMONATE s. m. (tri-sul-fciamm-mo-na-te), Chim. Sel de l'acide trisulfoammonique, ou acide sulfammonique renfermant 3 molécules du résidu monoatomique des sulfates métalliques.
TRISULFURE s. m. (tri-sul-fu-re — du préf. tri, et de sulfure). Chim. Sulfure contenant 3 proportions de soufré.
— Trisulfure de phosphore. V. phosphore (sulfures de).
TRISYLLABE s. m. (tri-sil-la-be). V. Tris-
SYLLABK.
TRISYLLABIQUE.