V. ABUSER
— Allus. littér. Qal Irompe-t-on ici? Mot de Basilu dans le Barbier de Séville, comédie de Beaumarchais, acte III, scène xj. Le comte Almaviva, qui veut avoir une entrevue avec Rosine, se déguise en bachelier pour déjouer la surveillance du sévère Bartholo. Il s'annonce comme envoyé par son maître Basile, soi-disant malade, pour donner à sa place la leçon de musique à Rosine. Bartholo donne dans le piège; tout marche à souhait pour Almaviva, qui est au comble du bonheur. Tout k coup survient Basile. Alors, de la part de Bartholo, 'une foule de questions auxquelles don Basile ne comprend rien, mais qui lui font entrevoir, entre Almaviva, Rosine et Figaro, une intrigue d'autant mieux ourdie que Bartholo, la victime, paraît être leur complice. C'est alors que Basile, voyant chacun satisfait, s'écrie : Qui trompe-t-on ici? tout le monde est dans le secret.
Ce mot typique est rappelé fréquemment, dans des circonstances qui offrent de l' analogie :
« Beaucoup de personnes ont perdu dans la bagarre leurs mouchoirs et d'autres objets. On m'a pris à moi une bourse garnie de quelques ducats, et je me suis consolé de cette perte en riant sous cape des éloges prodigués à la probité de ce peuple par ses seigneurs. Ceux-ci savent bien ce que valentleurs belles phrases; mais je ne suis pas fâché de le savoir aussi bien qu'eux.
» En voyant toutes leurs finesses inutiles, je cherche les dupes de ces puérils mensonges et je m'écrie comme Basile : Qui irompel-on ici? tout le monda est dans le secret. ■ . De Custinë.
TROM
■ « Je me demandais comment une compagnie si riche ne faisait rien de plus pour contenter ses voyageurs, ses cochers et ses chevaux. Fallait-il que tant de victimes fussent sacrifiées à l'avidité de MM. les actionnaires? Pauvres actionnaires I Mon portier a eu deux actions de la Compagnie impériale : achetées à 300 francs, il les a revendues eo francs les deux ; c'est 240 francs de perdus, plus les intérêts. Mais alors, dis-je en moi-même, qui trompe-t-on ici? tout la monde
se plaint. >
E. About.
Il n'est que trop facile, k qui veut regarder, De comprendre pourquoi toutest malade en France. Le mal des gens d'esprit, c'est leur indifférence, Celui des gens de cœur leur inutilité.
Mais a quoi bon venir prêcher la vérité, Et devant les badauds étaler sa faconde, Pour répéter en vers ce que dit tout le monde? Sur notre état présent qui s'abuse aujourd'hui? Comme dit Figaro, qui trompe-t-on ici ?
A. de Musset.
TROMPERIE s. f. (tron-pe-rl — rad. tromper). Action faite pour tromper : Notre défiance justifie la tromperie d' autrui. (La Rochef.) Chez les femmes, la tromperie coule comme la neige tombe du ciel. (Balz.)
Pour se venger de cette tromperie, A quelque temps do la la cigogne le prie.
La Fontaine.
— Habileté à tromper : Le commerce est quelquefois l'école de in tromperie. (Vauven.) L'autre était passé maître en fait de tromperie.
La Fontaine.
TROMPETER v. n. ou intr. (tron-pe-té — rad. trompette. Prend un accent grave sur l'avant dernier e, devant une syllabe muette : Je trompeté ; je trompèterai. Cette règle de l'Académie n'est pas universellement admise, et bien des auteurs doublent le t : Je trompette; je trompetterai). Sonner de In trompette : Il a trompeté toute la matinée.
— Faire entendre le cri particulier à l'aigle : L'aigle trompeté, il Peu usité.
— v. a. ou tr. Annoncer à son de trompe : Ils firent trompeter cet avis dans toute la ville. Le roi de Castille fit aussitôt trompeter par toute ta ville de Santarem que tout homme de pied ou de cheoal eût à être prêt le samedi matin. (Alex. Dum.)
— Faro. Divulguer, répandre partout : N'allez pas trompeter cela dans la rue.
— Assigner à comparaître dans trois jours : Trompeter un homme. Il Vieux en ce sens.
TROMPETETJR S. m. (troh-pe-teur — rad.
trompeter), Anat. Muscle plus souvent appelé buccinateur.
TROMPETTE s. f. (tron-pè-te — dimin. de trompe). Mus. Instrument à vent essentiellement composé d'un tube, d'un pavillon et d'une embouchure, et qui rend un son trèséclatant : Sonner de la trompette.
La trompette a jeté le signal des alarmes.
Lamartine.
Prenez soin qu'à l'instant la trompette guerrière Dans le camp ennemi jette un subit effroi.
— Trompette parlante, Nom donné quelquefois au porte-voix.
— Trompette écoutante, Nom donné quelquefois au cornet acoustique.
- — Fig. Moyen de divulgation bruyant : Attacher le bonheur au char de la liertommée, c'est le mettre dans le bruit d'une trompette. (La Mettrie.) Il Personne qui publie, qui divulgue certaines choses ; Cet homme est une vraie trompette.
— Trompette sacrée, Poésie sacrée, lyrique ou épique.
— Trompette héroïque , Style épique, attendu que la trompette a presque toujours été un instrument guerrier.
— Emboucher la trompette, Prendre un style très-élevé :
Un autre embouchera la trompette guerrière, Décrira le tumulte et l'horreur des combats.