‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 415 sur 1042 · TROUBLÉ · texte numérisé non relu

TROUBLÉ

— Ne plus voir clair : Ses yeux Se troublèrent. Ma vue s'est troublée.

Le cœur bat, l'œil se trouble, un feu court dans les

[veines.

Lemierre.

— S'affaiblir, perdre sa vivacité naturelle, en parlant des qualités de l'esprit : Sa mémoire se trouble. Au milieu de tant de passions qui nous agitent, notre raison Sis tuou- BLK et s'obscurcit. (B. de St-P.)

— Eprouver un trouble d'esprit :

A ces mots, j'ai frémi, mon âme s'est troublée.

Tu soupires enfln et semblés te troubler.

Racine.

Vous vous troublez, madame, et changez de visage.

Raoinb.

— S'inquiéter, se tourmenter l'un l'autre : Au lieu de courir d leur félicité mutuelle, les hommes se troublent dans les moindres jouissances. (iioiste.) H est utile que les lois exigent des différentes religions non-seulement qu'elles ne troublent pas l'Etat, mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. (Montesq.)

— Se troubler l'esprit, le cerveau, Se donner du tourment ;

Moi, dit-il, qu'à mon âge, écolier tout nouveau, J'aille pour un lutrin me troubler le cerveau!

Boileau.

TOUBLEUR, EUSE s. (trou-bleur, eu-ze — rad. troubler). Personne qui trouble,

TROUBLOTTE s. f. (trou-blo-te). Agric.

Un des noms vulgaires du trèfle rampaut.

TROUDB (Aimable-Gilles), marin français, né k Cherbourg en 1768, mort en 18S4. U prit part, dans la marine militaire, aux campagnes de la Martinique en 1777, à la guerre contre l'Angleterre en 1781, assista k divers combats, à la prise de Sainte-Lucie et de Tabago, puis servit, comme capitaine au long cours, de 1783 à 1792. Réintégré dans l'armée navale en 1793 avec le grade de lieutenant de vaisseau, il devint capitaine en 1795, fit des campagnes à Cayenue, au Brésil, k la Guadeloupe, aida au transport des troupes en Egypte, puis pussa sous le commandement du contre-amiral Linois et se battit contre les Espagnols avec une rare bravoure. De retour en France, il reçut publiquement des félicitations du premier consul (isoi). Lorsque la guerre recommença avec l'Angleterre, Troude reçut le commandement du Suffren, passa aux Antilles et foudroya la ville du Roseau, à la Dominique. Par la suite, il prit le commandement d'une division, battit l'amiral Stopford aux Sables-d'Olonne, se rendit aux Antilles, fut cerné par une division anglaise, mais réussit k forcer le passage et à revenir eu France, Il commandait une division à Cherbourg, lorsque Napoléon le nomma contre-amiral (1811). En 18U, il reçut l'ordre d'aller chercher à Portsmouth LouisXVIU, qu'il reconduisit en France, et fut mis, deux ans plus tard, à la retraite.

TROUÉ, ÉE (trou-é) part, passé du v.

Trouer. Où l'on remarque des trous : Un habit troué. Des bas troués. Un mur troué. Elle était suivie d'un paysan en veste de drap bleu, trouée au coude. (Mérimée.) L'Arioste se plaint de n'avoir qu'un vêtement TROUÉ.- (Fourier.) Toute la vallée semble trouéb de cratères en éruption. (V. Hugo.) Elle avait une figure trouée comme une êcumoire par la petite vérole. (Balz.) Il Où l'on a pratiqué de purt en part une ouverture : Aujourd'hui, le mont Cenis est trous.

TROUÉE s. f. {trou-é — rad. trouer). Ouverture naturelle ou résultant d'un ubutis, qui traverse complètement un bois, une huie, une palissade, etc. : Faire une trouée dans un bois. Une trouée naturelle est l'indice d'une culture peu soignée. On fait souueiiJ une trouée dans les bois qui ne sont pas bien percés de roules, pour en exploiter les coupes. (Dict. d'agric.)

Le lièvre était gltô dessous un maître chou; On le quête, on le lance; il s'enfuit par uu trou. Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie Que l'on ût à la pauvre haie.

— Par eit. Large ouverture naturelle ou artificielle : Par tes trouées du feuillage,

TROU

on apercevait l'immense horizon et les montagnes bleues. (T. de St-Germain.)

— Art railit. Ouverture pratiquée dans les lignes ou les remparts ennemis : Pratiquer vue trouée. La cavalerie ouvrit une large trouée. Les colonnes d'assaut pénétrèrent par la trouée qu'avait faite le canon.

TROUELLE s. f. (trou-è-le). Pêche. Petite baguette souple que l'on place entre les mailles de certains filets à manche, pour les maintenir ouverts. ,

TROUER v. a. ou tr. (trou-é. — Ce mot correspond au vieux, français trauer, willon tramer, provençal traucar, bas latin traucare. Plusieurs étymologistes le rapportent soit au grec truein, percer, soit au gothique thairkà, trou, soit au kymrique tzwyd, tzwyaw, percer, trouer, toutes formes qui se rattachent à la racine sanscrite tar, traverser, d'où aussi le grec to'io', je perce; tribô, je broie; le latin terere, broyer). Ouvrir un trou dans : Trouer une planche. Trouer unmur. Les vers trouent des bois très-durs, Vous avez troué votre habit. Le chemin de fer va trouer ces collines et couper ces vallées. (V. Hugo.) Les balles vinrent trouer le plancher autour de nous. (Alex. Dum.)

— Passer au travers de : D'un bond, le lapin troua la haie et disparut. Il avait ramassé un fusil de munition et s'en servait comme d'une massue; il troua le bataillon et reparut de l'autre côté. (Alex. Dum.)

— v. n. S'enfoncer, faire son trou : Les souris trouent dans les murs- les plus solides. Elle aimait à trouer dans un lit de satin garni de dentelles. (G. Sand.)

— Fig. Faire son chemin, réussir : // et fini par trouer.

Se trouer v. pr. Devenir troué : Votre habit se troue au coude, il Etre troué : Ce bois se troue difficilement.

TROO-FIGNON s. m. (trou-fi-gnon ; gnmU.). Ouverture anale : Des deux premiers doigts, vous ouvrirez le trou-fignon, en éloignant les fesses. (B. de Verv.)

TROUFLE s. f. (trou-fle — altér. du fr. truffe). Bot. Nom vulgaire des pommes de terre dans le Poitou.

TRODGHTON (Edouard), constructeur anglais d'instruments astronomiques, né en 1753, mort en 1835. 11 apprit sa profession sous la direction de son oncle, qui fabriquait des instruments de précision, et lui succéda à la tête de sa maison. Joignant à une grande habileté un esprit inventif, il exécuta pour les observatoires de l'Angleterre et de l'étranger un grand nombre d'instruments de dimensions jusqu'alors inconnues et d'une rare précision. Les instruments de précision qu'il fabriqua pour la marine contribuèrent également à sa grande réputation. Troughton publia des articles de technologie dans l'Encyclopédie de Brewster, dans les Transactions philosophiques, etc. Vers la lin de sa vie, il devint aveugle. Après sa mort, on plaça son buste, exécuté par Chantrey, dans une salle de l'observatoire de Greenwich.

TROUGNE s. m. (trou-gne; gn mil. — corruption de troène). Bot. Nom vulgaire du troène.

THOU1LLARJJ (Pierre), sieur de Montfekré, historien français, mort en 1666. Il exerça la profession d'avocat au Mans et consacra ses loisirs à l'étude de l'histoire de sa province natale. On a de lui un ouvrage devenu rare, intitulé Mémoire des anciens comtes du Maine (Le Mans, 1643, in-8<>), qui contient de3 documents rares et intéressants dont on s'est souvent servi depuis.

TROCILLAUD (Pierre), pasteur protestant français, né à Sedan vers 1620. Iffit ses études dans sa ville natale et desservit différentes églises de la Champagne, entre antres celles de La Ferté-Vidame et d'Aï. Nommé pasteur à Calais en 1684, c'est-à-dire à la veille de la révocation de i'éditde Nantes, il vit son église interdite et passa en Hollande, puis en Angleterre, où il devint pasteur de l'église française de Cantorbéry. La date de sa mort est inconnne. On a de lui : Douze arguments proposez contre la transsubstantiation, avec la réfutation des réponses du sieur Quidebeuf (Charenton, 1657, ia-12) ; Traité de l'Eglise fondée sur la parole de Dieu (1659, in-8°), etc.

TROUILLE s. f. (trou-Ile; Il mil.). Comm. Marcs fournis par la fabrication des huiles de graine.

TROUILLE s. f. (trou-Ile; Il mil.). Aphérèse de citrouille. Généralement on ajoute à ce mot l'épithète de grosse et même de vieille, et c'est une injure, un terme de mépris qu'emploient les gens du peuple pour désigner une femme qui a beaucoup d'embonpoint.

TROUILLE (Jean-Nicolas), ingénieur maritime et homme politique français, né à Versailles en 1752, mort à Brest en 1825. S'étant engagé dans l'infanterie de marine, il fut envoyé à Brest, où il se fit remarquer de ses chefs par des dessins relatifs à l'artillerie, par des plans bien faits, et il se vit bientôt attaché aux travaux de la marine et du port. En 1789, il adopta avec chaleur les idées nouvelles et devint commandant de la garde nationale de Brest; mais, comme il .voulait le maintien de l'ordre, il fut arrêté pendant la Terreur et ne recouvra sa liberté qu'après

TROU

la chute de Robespierre. Peu après, il obtint un emploi important au ministère de la marine. Elu député du Finistère au conseil des Cinq-Cents en 1795, Trouille s'y occupa prin-* cipalement des questions d'administration maritime et vota constamment avec le parti qui voulait la retour complet à l'ordre et à la justice. C'est en partie à l'influence que ses connaissances spéciales et sa probité reconnue lui avaient acquise dans le conseil que fut due la conservation du Palais-Royal et de son jardin, ainsi que celle du château de Versailles, dont la destruction ou l'aliénation avait été proposée par le Directoire. Après l'expiration de la session, il continua jusqu'en 1821 ses travaux d'ingénieur maritime. Trouille a laissé un grand nombre de projets et de plans pour des magasins, des forts, des arsenaux, dont plusieurs furent exécutés sous ses yeux à Rochefort et à Brest. Il avait présenté à l'Exposition de 1798 deux Plans d'hôpitaux maritimes que l'Institut jugea dignes de la récompense promise par le gouvernement pour le meilleur projet d'architecture.

TROUILLET (Jacques- Joseph), historien français, né à Ornans (Franche-Comté) en 1716, mort à Lons-le-Saunier en 1809. Il entra dans les ordres, devint curé de sa ville natale et consacra ses loisirs à des travaux d'érudition. L'Académie de Besançon, qui avait couronné plusieurs de ses mémoires, l'admit au nombre de ses membres. Trouillet remplaça pendant quelque temps Bergier comme principal du collège de Besançon.

Emprisonné pendant la Terreur, il eut le chagrin d'apprendre, lorsqu'il recouvra la liberté, que ses amis avaient pris et brûlé ses manuscrits dans la crainte qu'ils ne tombas- | sent entre les mains des révolutionnaires. Outre le plan d'une Histoire des saints de Franche-Comté, on a de lui quatre dissertations : Quel était l'Hercule appelé Ogmius par les Gaulois? (1756) ; Quelles étaient les voies romaines dans le pays des Séquanois? (1756); Est-ce à titre de conquête ou d'hospitalité que les Bourguignons furent admis dans les Gaules? (1758); Quelles ont été les villes principales du comté de Bourgogne depuis le xis siècle? (1759).

TROUILLOTTE s. f. (trou-llo-te ; Il mil.). Pêche. Sorte de truble dépourvue de manche, que l'on suspend comme le plateau d'une balance.

TROU-MADAME s. m. (trou-ma-da-me).

Sorte de jeu formé de plusieurs arcades numérotées, qu'on cherche à enfiler avec de petites boules d'ivoire : Plus, un trou-madame et un damier, avec un jeu de l'oie renouvelé des Grecs, fort propres à passer le temps, lorsqu'on n'a que faire. (Mol.) il PI. des trous-madamb.

— Sorte d'appareil a arcades qu'on place sur un.billard, et qu'on essaye d'enfiler avec les billes.

TROUPE s. f. (trou-pe — du lat. turba, foule, d'où truba, puis trupa et troupe). Réunion de gens : Une troupe de jeunes filles. Une troupe de soldats. Le chef de la troupe. Une troupe de nymphes couronnées de fleurs nageaient en foule derrière le char. (Fén.) Une grande troupe formée en tumulte peut faire beaucoup de mal. (J.-J. Rouss.)

Je cours, et je ne vois que des troupes craintives D'esclaves effrayés, de femmes fugitives.

Ràcin*.

Lui-même, le premier, pour honorer la troupe. D'un vin pur et vermeil il fait remplir sa coupe.

Boileau.

— Réunion de gens conduits par un même chef :

Sur ses pas au barreau la troupe s'achemine.

Boileau.

— Association de gens exerçant en commun une même industrie, se livrant à la même occupation : Une troupe de bateleurs. Une troupe équestre. Une troupe de buveurs.

— Classe de gens appartenant à une même catégorie, réunis ou non :

Rions, chantons, dit cette troupe impie.

Racine.

Et ne voyez-vous pas que leur troupe en furie Va prendre encor ces verB pour une miJlei'ie?

Boileau.

— Animaux vivant ou se trouvant accidentellement ensemble :

... On voit les frelons, troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille.

Boileau.

— En troupe. Ensemble et en grand nombre : Les pèlerins et les marchands allaient en troupe. Presque tous les animaux faibles , qui ne sont point pourvus d'armes naturelles, vont en troupe. (Maury.)

— Par troupes, Par bandes distinctes : Ils allaient par petites troupes, par troupes de dix hommes. L'isatis va souvent par troupes. (Buff.)

— Troupe céleste, immortelle, Troupe des dieux du paganisme :

Voulez-vous m'exposer à la honte cruelle Des ris injurieux de la troupe immortelle?

LACttAËAUSSIÈRE.

Il Anges et saints du paradis : La troupe céleste chante éternellement les louanges de Dieu.

— Troupe furieuse, Chasseurs nocturnes

TROU

dont la superstition a peuplé les forêts de l'Allemagne.

— Prov. Les étourneaux sont maigres, parce qu'ils vont en troupe, On se nuit lorsqu'on va ensemble en trop grand nombre.

— Art milit. Corps d'infanterie ou de cavalerie : Troupe de ligne. Une belle troupe. La troupe a parfaitement manoeuvré. Il a fallu que les hommes débandés attendissent l'arrivée de la première troupe, encore commandée et en ordre. (Ségur.) il En ce sens, s'emploie le plus souvent au pluriel : Des troupes de ligne. De belles troupes. Des troupes de marine. Lever des troupKS. Passer des troupes en revue. Toutes les villes de Pologne sont à celui qui se présente à leurs portes avec des troupes. (Volt.) Le véritable but des troupes de ligne est de mettre entre les mains des rois un pouvoir indépendant des peuples. (Mme de Staël.) il Particul. Sous-ofiiciers et soldats, par opposition aux officiers : Les officiers et la troupe son( logés en ville. Il Enfant de troupe, Fils de soldat élevé aux frais de l'administration. || Officier de troupes, Officier d'un grade inférieur à celui de général, parce qu'il est attaché directement aux troupes, il Cheval de troupe, Cheval employé au service militaire.

— Mar. Troupes surnuméraires, Celles qui dépassent le contingent réglementaire : Je suis persuadé que, n'y ayant point de troupes surnuméraires embarquées sur la flotte ennemie, elle ne peut faire de défense d'aucune considération. (Tourville.)

— Théâtre. Ensemble des comédiens, des artistes d'un même théâtre : Une bonne troupe. Le directeur de la troupe. Le public se divertit autant de la petite troupe qui est restée à Paris que le roi s'ennuie de ta grande qui est restée à Fontainebleau. (Volt.) Ton appui

Peut m'impatroniser dans la troupe aujourd'hui. C. Délavions.

— Gramm Ce mot devient un collectif quand il est suivi de la préposition de et d'un complément. Il suit aiors les règles données au mot collectif.

— Syn. Troupe , bande , compagnie. V.

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