‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 419 sur 1042 · BLÂMER · texte numérisé non relu

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TROUVÈRE s. m. (trou-vè-re — de trouver ou d'unes forme ancienne équivalente. Le provençal a conservé trouvaïré, trouvenr. Le sens étymologique est absolument le même que celui de troubadour). Poète fiançais des provinces du Nord, et particulièrement de la Picardie, du xie au xivo siècle : Les trouvères ou conteurs étaient les vrais poêles; ils inventaient tes sujets et les mettaient en rimes. (Foritetieile.) L'influence que ta langue des trouvères obtenait en Angleterre par ta conquête et l'envahissement politique, la langue des troubadours l'exerça sur l'Italie du Nord par le seul pouvoir du goût et de l'harmonie. (Villemain.) || On dit aussi, mais rarement, trouveur.

— Par anal. fofite : Les contes de Perrault, chroniques si actuelles et si vivantes encore dans la mémoire de nos trouvères de hameauxJ (<Jh. Nodier.)

— Eneycl. L'idiome des trouvères, le roman ■wallon, moins harmonieux, moins malléable que le roman méridional des troubadours, a donné à leurs œuvres un caractère de virilité tout à fait inconnu de ces derniers. L'époque de leur floraison est la même que celle des troubadours ; leur vie errante de comédiens et de jongleurs ambulants est également semblable ; ils sont réunis en associations pareilles, et cependant une différence,. nonseulement sensible, mais caractéristique et profondément marquée, règne dans leurs conceptions et dans les genres poétiques qu'ils ont créés.

L'élément propre des trouvères, c'est le roman chevaleresque et l'épopée ; les petits genres, cultivés par eux ou qu'ils empruntèrent aux troubadours, complaintes, ballades, lais, virelais, rondeaux, ne furent pour eux que des œuvres de curiosité, des délassements. Ce qui exalta leurs facultés poétiques, ce fut moins l'amour que lu chevalerie ; la chevalerie, cette grande création du moyen âge ou plutôt le moyen âge lui-même personnifié. Leurs sources poétiques sont les traditions bretonnes, galliques et saxonnes. Les héros qu'ils célèbrent, c'est Charlemagne et ses douze pairs, le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde , merveilleux récits où respire le goût des aventures extraordinaires, des courses lointaines, des grands faits d'armes, des grandes conquêtes. Ils furent en grande faveur auprès des princes; Philippe-Auguste surtout les protégea d'une façon particulière. Après un tournoi, on se réunissait d'ordinaire dans la grande salle du palais pour entendre les trouvères et leurs jongleurs. Le roi avait un trouvère favori, Hélinant, auquel il faisait une pension, et tellement considéré que son nom se trouve placé dans le poBinederA/ea:a/itireï<ie; il y récite un chant à la table d'Alexandre. Dans le mémo ouvrage, ou voit la reine Isabelle, femme de Philippe-Auguste, broder la tente du roi de Perse Darius.

L'identification des trouvères, à leur origine, avec les bardes gaulois et les scaldes du Nord est facile; leur filiation est certaine. On trouve peu de différence entre le trouvère favori de Philippe-Auguste et le burde dont parle dans le passage suivant Jf osidonius d'Apamée, qui vivait quarante ans avant l'ère vulgaire : t Luernius, roi des Arvernes, passait pour le plus magnifique des chefs de la Gaule; il était la providence des

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bardes déchus, qui en faisaient le héros de leurs chants. Un jour qu'il avait donné un grand repas, un certain poète barbare, s'étant attardé, trouva Luernius qui partait; alors allant à sa rencontre avec des chants, il se mit à exalter le mérite du chef et à déplorer son propre retard, Luernius charmé demanda une bourse pleine d'or et la jeta au poste, tandis qu'il courait à côté du char. Le poète, l'ayant ramassée, recommença ses hymnes, disant : « Les vestiges de ton char sur la terre font germer l'or et les bienfaits! » Même au xie siècle, le trouvère ou chanteur n'a pas encore dégénéré; Taillefer, qui se battit au premier rang à la bataille u'Hastings, dans l'armée de Guillaume, est le digne descendant de ces anciens bardes qui maniaient avec la même habileté la harpe ou l'épée et chevauchaient côte à côte avec leur seigneur. Robert Wace a conservé le souvenir de ce chanteur qui, avant la bataille, enflammait les courages en racontant aux barons les prouesses de Roland et d'Olivier :

Taillefer, qui moult bien eantoit, Sur un ceval qui tost aloit, Devant ost s'en aloit cantant De Carlemane et de Roiant, Et d'Olivier, et des vassaus Qui moururent a Rainscevaus.

(Roman de Rau, t. Iï, p. 214.)

La mort de Taillefer, racontée par un trouvère qui fut presque son contemporain, Geoffroy Gaimar, mérite également d'être rapportée :

Un des François donc sa hâta,

Devant les autres chevaucha;

Taillefer est cil appelez,

Juglère hardi estoit assez;

Armes avoit et bon ceval,

Si ert hardi et noble vassal.

Devant leB autres cil se mist.

Devant Engleis merveilles flst,

Sa lance pris par le tuet (bout),

Com ceo fust un bastonut,

En contre mont hait l'en getta

Et par le fer receue l'a.

III foiz issi getta sa lance ;

La quarte foiz puis s'avance,

Entre les Engleis la launça,

Parmi le cors un en navra

Puis traist s'epée, arêrevint,

Et getta l'épée qu'il tint,

En contre mont hait le receit.

L'un dît a l'autre, qui ceo veit,

Que ceo estoit enchantement.

Cil se flert devant la gent.

Quant III fois out getté l'épée,

Le ceval ad la goule bée (béante)

Vers les Bngieis vint eslessé (en s'élançant)

Auquunz quident estre mangé

Par le ceval qu'issi baout (qui ainsi ouvre

Li jugléour emprès venout, [la bouche]).

Del espée flert Engleis

Le poign li fet voler maneis ;

Autre férit tant corn il pout

Mau guerdon le jour en out;

Car li Engleis de totes pars

Li launcent gavelocs et dars.

Si I'occi5trent et son destrier,

Mar demanda le coup premier.

(Cfti-oniguej normandes, t. I", p. 8.)

Les prouesses, mêlées de tours de force, de ce brave jongleur sont un des traits les plus caractéristiques que l'on puisse citer. La condition des trouvères ne tarda pas à changer; une délimitation précise entre le poSte qui crée une œuvre et le jongleur qui la récite, entremêlant ses chants de tours de passe-passe et de gobelets, serait difficile à tracer, car les deux personnages se trouvent fréquemment réunis. C'est ce que l'on voit clairement dans divers passages d'épopées ou de fabliaux. Une pièce intitulée les Deux trovéors ribaux nous révèle les aptitudes ordinaires des trouvères jongleurs, chanteurs ou ménestrels ; car, du xi° au xmc siècle, toutes ces appellations sont synonymes. Deux trouvères se querellent et se disent leurs vérités : i Dival s'écrie le premier, laisse là ta jonglerie et va t'asseoir dans cet angle, car nous n'avons cure de toi; tu ne sais pas raillant deux fétus. Voyez comme il est vêtu avec le gage d'une année 1 Voyez ses souliers de Cordoue 1 ses belles chausses de Bruges 1 Tu n'es pas ménestrel ni ouvrier de bonne œuvre; tu ressembles à un vilain bouvier, aussi contrefait qu'un bœuf, ou bien un meneur d'aveugles... Moi, je sais aussi bien conter en français qu'en latin, la nuit-comme le jour, devant les comtes et les ducs; je fais des chansons de geste et il n'y a pas un chanteur qui me vaille. De plus, je suis bon saigneur de chats, bon ventousour de bœufs; je sais très-bien cercler un œuf; je suis faire freins à vaches, gants à chiens, coiffes à chèvres, hauberts à lièvres, si bons qu'ils n'ont plus peur des chiens ! » La réponse est plus sérieuse : « Moi, s'écrie l'adversaire, je suis bon joueur de vielle , da cornemuse, de flûte, de violon, de harpe, de symphonie, de psaltérioii et je connais mainte chanson. Je puis faire un enchaînement et j'en sais plus long qu'on ne pense. Quand je veux m'y appliquer, je lis, je chante comme un clerc ; je parle de chevalerie, des hommes braves, et je sais dire leurs armoiries, » Tout cela est instructif. Sans doute on répugne à croire que les créateurs des grandes épopées che-

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valeresques, des romans satiriques aient associé à leur art celui de bateleur. La seule explication possible est celle-ci : la paternité de la plupart de ces grands pogmes est restée incertaine; les jongleurs s'en emparaient, les confiaient à. leur mémoire, les récitaient en les altérant, en les défigurant quelquefois, et, sortes d'interprètes et de comédiens, ne négligeaient aucun moyen pour divertir ceux qui les écoutaient.

« Les trouvères, dit M. Leroux de Lincy, sont principalement désignés comme étant les véritables inventeurs de toutes les poésies chantées par les jongleurs , conteurs ou ménestrels. Retirés, pour la plupart, a-t-on prétendu, dans le silence du cloître, ils consacraient leur loisir à la composition de nos longues chansons de geste. Cela peut être vrai pour quelques-uns d'entre eux. Mais presque toujours ils en avaient emprunté le sujet à ces anciens récits conservés par les jongleurs et leurs troupes, récits ordinairement peu étendus, fondés sur des croyances populaires, auxquels ces nouveaux postes ajoutaient d'abondants détails puisés dans les chroniques latines que les cloîtres renfermaient. »

Nous laisserons donc de côté les trouvères en tant que jongleurs, conteurs, ménestrels, pour ne nous occuper que des créateurs, des postes. Les plus connus sont : Auboin de Sézanne, Huon de Villeneuve, Jean Bodel, Alexandre de Bernay, Gilbert de Montrent, Lambert li Cors, Chrestien de Troyes, Robert Wace, Marie de France, Rutebeuf, Guillaume de Lorris, Jean de Menng, Thibaut de Champagne, tous noms célèbres, illustres, restés attachés à des œuvres impérissables, tant qu'il y aura des érudits et des curieux. Et encore la plus grande partie des chansons de geste est restée anonyme 1 La quantité en est si grande qu'il a fallu créer, parmi ces poëmes, des divisions et des subdivisions, pour introduire quelque clarté dans leur classement. On les divise d'ordiniûro en quatre groupes: 1° le cyle carlovingien, composé de chansons de geste, dont les principales sont : les Quatre fils Aymon, Maugis et Heuves d'Aigremont, Regnauld de Montauban , Garnier de Nanteuil, roman immense, dont les développements forment un cyle entier : Doon de Nanteuil, Aice d'Avignon, Doolin de Mayence, Siperio de Vineaux, etc. ; 2° le cycle de la Table ronde : Roman de Brut, Saint-Graalf Enchanteur Merlin, Lancelol du lac Afeltadus, Tristan de Léonais, Perceval le Gallois; 3° les romans mixtes, où les hauts faits se mêlent à la féerie : le fameux Poème d'Alexandre, le Romande Rou, la Guerre de Troie, le Voyage de Charlemagne à Constanlinople, le Chevalier du Cygne, histoire fabuleuse des croisades; Guillaume d'Orange, Gérard de Roussillon, Gérard de Nevers, Garin le Loherain, etc.; 40 enfin, les romans allégoriques et satiriques, dont les plus célèbres sont : le Roman du Renard, le Roman de la Rose, le Dolopatlrns, la Complainte de Jérusalem, le Dit don Pape, Chastiement des dames, etc. La plupart de ces œuvres ont leur compte rendu spécial dans le Grand Dictionnaire.

Ce n'est pas tout. Ce que les trouvères ont composé de fabliaux, de contes dévots ou licencieux, de fables, d'apologues, de chansons, de lais, de pastourelles.de jeux-partis, de moralités, est considérable. Ce qui en a été réédité dans des collections érudites, telles que celles de Janet, de Pagnerre et de Delahaye, forme un ensemble aussi copieux qu'instructif, et cependant il n'en a été réimprimé que la plus faible partie. Ces anciens monuments da la langue française méritent tous d'être étudiés. Ce qui les caractérise d'ordinaire, c'est l'absence d'emphase, le laisser-aller, la simplicité de la narration. Patexemple, le Roman de la dame d'Ofayel et du sire de Coucy, analysé par M. Viliemain, et qui n'est autre que l'histoire sanglante mise par Dubelloy au théâtre, sous le nom de Gabrielie de Vergy, eût été pour un poète méridional le thème de développements merveilleux et de déclamations sans lin. L'ouvrage du trouvère normand est, au contraire, conduit avec art et sobriété ; nul merveilleux , nulle circonstance extraordinaire ne se mêlent au récit; tout est dans la peinture des sentiments et des mœurs.

« Netteté, vivacité touchante, voilà le caractère des trouvères, dit M. Villemain. Souvent les idées sont pittoresques; ces tournois, ces jeux guerriers, ces souvenirs de la croisade et du roi Richard, tout cela plaît à l'imagination ; mais le style de l'écrivain ne cherche point à augmenter cette poésie naturelle du sujet. Il suit sa modeste allure de petits vers de huit syllabes qui se succèdent sans mélange régulier de rimes masculine et féminine. L extrême simplicité de ce mécanisme forme un contraste singulier avec l'art brillant et varié des poètes provençaux. Evidemment, ces vers ne coûtaient pas beaucoup plus à l'écrivain que la prose la plus simple; mais il y a des qualités de l'esprit, distinctes des beautés du style, qui se font sentir dans le récit des trouvères; c'est une sorte d'enjouement et de rapidité; c'est une naïveté parfois touchante, qui n'ajoute pas à, la force du sentiment, mais qui le montre & nu et jusqu'au fond de l'âme. >

Sans parler des fabliaux, veine féconde que les conteurs les plus brillants, de Boccace et Rabelais jusqu'à La Fontaine, ont

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exploitée, les grandes œuvres des trouvères restent comme les monuments de notre langue et de nos mœurs pendant la période la plus obscure et la plus confuse de notre langue. L'érudit qui ne se laisse rebuter ni par les longueurs du récit ni par la monotonie des aventures, la rudesse du style ou les altérations maladroites des copistes, y trouve les renseignements les plus précieux sur les usages, les habitudes, les préjugés du moyen âge. Comme ce que nous appelons la couleur locale leur était inconnue, les frontières ont naïvement donné aux Grecs, aux Romains, aux Turcs, qu'ils croyaient peindre, les idées et le costume de leur temps et ce qui, au premier abord, semblerait être un immense défaut, est, au contraire, pour nous la plus précieuse source d'indications. Quant à la langue, c'est chez eux qu'il faut aller puiser la plupart des notions étymologiques, V, chansons de geste et les articles bibliographiques consacrés aux plus importantes.

— Bibliogr, Roquefort, De l'état de la poésie française dans le xiig et le xme siècle (1818, in-8°); l'abbé de La Rue, Essais historiques sur les bardes, tes jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands (Caen, 1834, 3 vol.in-4o); Diez, Dictionnaire étymologique des langues romanes (1857, 2 vol. in-4<>).

Trouvère (le) [Il Trovatore], opéra italien en quatre actes, livret de M. Salvatore Cammarano, musique de Verdi ; représenté au théâtre Apollo, a Rome, le 17 janvier 1853, et au Théâtre- Italien, à Paris, le 23 décembre 1854 ; la traduction française a été jouée à l'Opéra le 12 janvier 1857. Jusqu'à l'apparition de cet ouvrage, le public français attribuait à M. Verdi un rang tellement secondaire, qu'on pouvait croire que son talent ne le naturaliserait jamais parmi nous. Les mélodies neuves, originales du Trovatore; les formes rhythmiques, qui, sans être nouvelles, paraissaient l'être par leur persistance systématique; enfin, l'accent dramatique, énergique, résolu du maître parmesan plurent généralement et lui firent des prosélytes nombreux et convaincus.

Le sujet du Trovatore a été tiré d'un drame espagnol de Garcia Guttierez, lequel vraisemblablement l'a emprunté à une vieille légende de nourrice. Une certaine obscurité habilement ménagée dissimule les défauts du livret, dont les moindres sont l'invraisemblance et l'absurdité. Une bohémienne, accusée par le comte de Luna d'avoir jeté un sort sur son jeune enfant malade, a été condamnée a être brûlée vive. Azucena, sa fille, veut venger la mort cruelle de sa mère; elle enlève un des fils du comte pour lui donner la mort; mais, dans son égarement, elle se trompe, et c'est son propre enfant qu'elle jette dans une fournaise ardente. Elle fait de l'autre un bohémien, un trovatore, qui agrandi a ses côtés, se croyant son fils, sous le nom de Manrico. C'est sur cette situation que la toile se lève. Le comte de Lunp aime la belle Lôonora et veut l'épouser. Celle-ci lui préfère un jeune aventurier, qui n'est autre que Manrico le trovatore. Les scènes d'amour et de jalousie se succèdent. Le puissant comte de Luna emploie la force pour vaincre la résistance de Leonora; il fait enfermer Manrico, avec la bohémienne, dans un horrible cachot. Leonora vient y trouver son amant pour lui proposer les moyens de fuir; elle restera prisonnière a sa place. 11 refuse. Elle a pris du poison ; elle tombe à ses pieds et meurt. Pendant cette scène, la bohémienne dort d'un profond sommeil. Le comte paraît à la porte du cachot; il donne l'ordre à ses gardes de conduire Manrico au supplice, et il traîne la bohémienne près d'une fenêtre pour qu'elle le voie. * C'était ton frère I s'écrie-t-elle. Tu es vengée, ô ma mère I » La comte de Luna, promenant ses regards du cadavre de Manrico h celui de Leonora, s'étoune de vivre encore : E vivo ancorl Les spectateurs ont lieu également d'en être surpris. Ce mélodrame a été traduit pour la scène française par M; Emilien Pacini.

M. Verdi a divisé lui-même son œuvre en quatre parties.

Après une introduction d'une vingtaine de mesures, ie chant commence. La première scène est consacrée au récit de la légende : Di due figli viuea, que le compositeur appelle à tort cavatine. Ce sont des couplets dont l'allégretto est une valse bien caractérisée. La cavatine de Leonora : Tacea la notle placida, offre une phrase inspirée et d'une suavité tout italienne; l'allégro qui suit est brillant, mais nullement en rapport avec les paroles. La romance du trovatore : Deserto sulla terra, ne manque pas de charme. Le trio qui terminel'acte estd'une facture très-négligée; l'unisson y règne presque constamment entre la première et la seconde partie.

Le chœur des bohémiens, qui ouvre le second acte et qui est encore à l'unisson, a néanmoins de l'originalité. Nous rapuellorons sommairement la canzone de la bohémiene ; Stride la vampa, toujours eu mouvement de valse, et le récit affreux de son aventure : Conaolta ell'era in ceppi. Le morceau qu'on peut louer sans réserve est l'air du comte de Luna : Il baten det suo sorriso, dans lequel la force n'exclut pas la grâce et où cependaut l'ardeur passionnée l'emporta sur la tendresse; il est coupé par un petit ensemble d'un rbythme original. Le seul mor-

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ceau développé de !a partition est le pezzo eoncerialo ou ensemble final du second acte. Les phrases entrecoupées de Leonora peuvent être considérées comme un effet appartenant en propre à M. Verdi, une sorte de trouvaille musicale qu'il est juste de lui attribuer. Ces appogiatures, entrecoupées de silences de courte durée, expriment bien les battements du cœur sous l'influence des fortes émotions de la joie ou de la douleur. Le compositeur a fait une excellente application de ce procédé dans le quatuor de Rigoletto.

Des chœurs à l'unisson, un trio sans idées, une harmonie pauvre et dépourvue d'intérêt, une valse chantée par Manrico sur les paroles les plus lugubres : Di guella pira l'orrendo foco (l'horrible feu de ce bûcher), tel est en somme le troisième acte.

Le compositeur se relève au quatrième, celui qui a décidé du succès de l'ouvrage en France. La scène du Miserere, dont nous donnons ci-après la musique, est émouvante, pathétique et fortement rendue ; les procédés sont des plus simples : un chœur de moines invisibles chante ces paroles :

Miserere d'un aima gia vicina Alla partenza che non Ira ritomo.

■ Ayez pitié d'une âme qui va bientôt partir pour le voyage dont on ne revient pas. » Sur cette psalmodie se détache une plaintive cantilène de Leonora, qui se désespère au pied de la tour où son amant est enfermé; puis, un chant large et mélancolique se fait entendre : c'est la voix de Manrico, qui dit

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adieu à la vie et supplie sa maîtresse de lui garder un fidèle souvenir :

Ah.'eke la morte oynora E tarda nel venir A chi desia morir!

Addio... Leonora...

« Ah ! que la mort est lente à venir pour celui qui la désire! Adieu, Léonore. » Le glas funèbre de la cloche vient s'ajouter à ces éléments divers. Il résulte de cet agencement heureusement combiné un des effets les plus puissants, les plus dramatiques qui existent au théâtre. Les phrases entendues isolément ne sont ni neuves ni distinguées; mais l'ensemble produit une sorte de commotion et d'ébranlement nerveux qu'on doit moins attribuer à une inspiration musicale qu'à une application habile de l'art dramatique.

Après ce morceau capital, nous rappellerons encore te duo pour soprano et baryton, qui est très-bien traité au point de vue du style italien, et celui qui est chanté dans la prison par la bohémienne et Manrico : Ai nostri monti ritorneremo ; la mélodie principale en est simple et touchante. Les scènes finales sont bien déclamées et l'intérêt se soutient aisément jusqu'au bout. Les dernières phrases de Leonora mourante sont encore écrites dans ce style palpitant, entrecoupé, que le compositeur emploie dans les situations fortes, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut. Cet ouvrage n'a pas quitté le répertoire.

Andante assai sostenuto

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