‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 435 sur 1042 · TUET · texte numérisé non relu

TUET

faisait boire dans sa coupe et dormirsur son sein ; il la chérissait comme sa fille. Un étranger étant venu loger chez le riche, celui-ci ne voulut point toucher à ses brebis et à ses bœufs pour lui donner à souper, mais il prit la brebis du pauvre et la servit à son hôte. — Cet homme mérite la mort, s'écria David; il rendra quatre brebis pour une. — Tu es Me vir (Tu es cet homme), reprit Nathan. Tu as méconnu la parole de Dieu qui t'a fait roi ; le Seigneur te punira. >

« Pendant le carême de 1675, le Père Bourdaloue, expliquant un jour la parabole de Nathan en présence de Louis XIV, qui vivait alors avec la marquise de Montespan, osa la lui appliquer directement, et plus d'une fuis dans son discours le terrible Tu es Me vir retentit aux oreilles du souverain. Au sortir de la chapelle royale, Louis XIV demande ce que Bourdaloue a voulu dire. Les courtisans restaient muets, quand tout à coup le due de Montausier, dont ia rigide franchise ne connaît pas les ménagements, s'écrie : « Sire, il a dit k Votre Majesté : Tu es > cet homme-là. >

Crétineau-Joly.

■ Maniée légèrement et avec dextérité, l'ironie est une arme permise; on peut dire la vérité en riant. Cette arme est d'autant plus flagellante, qu'elle cache sous un voile mystérieux le coup qu'elle portejon estfrnppé, on n'ose l'avouer , on craint l'application de cette maxime perfide : C'est toi qui l'as nommé, Tu es Me vir. »

[Galerie de littérature.)

TUET (Jean -Charles-François), littérateur français, né k Ham en 1742, mort à Sens en 1797. Il n'avait que vingt-deux ans et était professeur au collège des Grassinsà Waris, lorsqu'il fut nommé directeur du collège de Sens ; mais par modestie il refusa ces fonctions, se borna à professer les humanités dans cet établissement, entra dans les ordres et devint chanoine de Sens. Tuet passa les dernières années de sa vie dans une obscure retraite et dans la misère. Nous citerons, parmi ses ouvrages: Eléments de poésie latine (Sens, 1778, in-12), plusieurs fois réédités; Guide des humanités ou Premiers principes du goût (Sens, 1780, in-13), souvent réimprimé; Matinées sénonnises ou Proverbes français suivis de leur origine (Sens, 1789), livre très-bien fait; Projet sur l'usage que l'on peut faire des livres nationaux (Pans, 1790, in-8°). — Son frère, Esprit-UlaudeTuET, né vers 1745, mort vers 1787, remplit diverses fonctions ecclésiastiques et écrivit quelques ouvrages ascétiques ; nous citerons : Moyens convenables aux personnes du monde pour arriver à la perfection chrétienne (Paris, 1778); Moyens convenables aux personnes chrétiennes pour passer saintement te temps de l'Avent (Paris, 1780); Manuel propre à MM. les curés, vicaires et ecclésiastiques chargés de tapartie desmariages (Paris, 1785).

TUE - TEIGNES s. m. Machine inventée pour la destruction des insectes qui ravagent les céréales. Il PI. tue-teignes.

— Encycl. Le tue-teignes est un appareil qui vient se placer avantageusement à côté des divers instruments destinés à nettoyer les grains, tels que tarares, cribles, trieurs, etc. Il a pour but de détruire radicalement, de pulvériser, pour ainsi dire, les parasites du blé ; la teigne, l'alucite, le charançon ne résistent pas à son action.

Le tue-teignes)e plus généralement employé jusqu'à ce jour est dû à M- Doyère, professeur à l'ancien Institut agronomique de Versailles. Il date de 1851. On avait fait déjà, en 1842, un tarare insecticide dans lequel le principe des chocs successifs était admis pour se débarrasser des insectes qui souillent et détruUent les céréales. Cet appareil, dû à M. Herpin, fleura k l'Exposition de 1849; il ne fonctionnait convenablement qu'à la condition de marcher avec une trèsgrande vitesse. Celui de M. Doyère a l'avantage de bien fonctionner avec une moindre vitesse, ce qui permet d'obtenir un débit moyen de ï à 4 hectolitres par homme et par heure.

Le grain, sortant d'une trémie, passe dans l'espace annulaire laissé vide entre un tambour cylindrique fixe et un autre qui tourne autour d'un cercle horizontal. Ce dernier porte des lames et des arêtes en petit nombre, mais convenablement disposées, de sorte que le grain ne peut sortir de l'appareil qu'après avoir reçu un nombre de cliocs tels que l'insecte qui échappe au premier coup soit détruit par les suivants. L'appareil a, comme aspect général, une certaine analogie avec les tarares,

Le tue-teignes a été, dès son apparition, soumis à des expériences sérieuses et prolongées qui ne pouvaient laisser aucun doute sur son efficacité. Le grand succès qu'il a eu depuis lors et son emploi constant et efficace dans les contrées fréquentées par les insectes parasites du blé ne laissent aucun doute sur sa grande utilité. Il est devenu indispensable. La vitesse k donner k l'instrument a été réglée par l'expérience. Elle doit être de 700 k 800 mètres pour le charançon et l'alucite, qui vivent à l'état de

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chenilles ou de larves dans l'intérieur même des grains de blé, et de 600 seulement pour la teigne, dont la larve vit k l'extérieur.

Dans ces conditions, tout insecte vivant, quels que soient son espèce et son état, qui se trouve mêlé au blé en sort infailliblement tué.

L'action du tue-teignes produit en plus un pelîetage beaucoup plus énergique et, par suite, plus efficace que celui que l'on peut effectuer h la main.

TUE-TÊTE (À) loe. adv. De toutes les forces de la voix : Crier k tue-tête. Disputer A tue-tête. (Acad.)

TUEUR , EUSE s. (tu-eur, eu-ze — rad.

tuer). Celui oui tue : Un tueur de gens. Une tueuse d'enfants. Ce n'est que dans les siècles d'ignorance ou de barbarie que le métier de tueur d'hommes peut être le premier de tous. (Boss.) Assez de tueurs de peuple.' (E. Sue.) C'est la vermine qui a tué Sylta et Philippe II, roi d'Espagne , ces deux grands tueurs d'hommes. (Raspail.)

— s. m. Techn. Celui qui tue les porcs, les sale et les accommode. !! Inspecteur clés porcs tués.

Tuenr d« daims (le), roman de P. Cooper. V. Dernier des Mohicans (le).

TUE-VENT s. m. (tû-van — de tuer, et de vent). Hortic. Abri contre le vent, [l PL tuevent.

— Techn. Abri que les ardoisiers établissent contre le vent au moyen de claies, de paillassons, de planches, etc.

TUF s. m. (tuff — du lat. tofus, même sens). Miner. Nom donné à diverses pierres tendres contenant de l'alumine : Ce terroir est mauvais, ce u'est presque que du tuf.. En fouillant un demi-pied dans cette terre, on rencontre leTW. Creuser jusqu'auivp. {Acad.) Le tup est une matière imparfaite. (Buff.)

— Fig. Ignorance, absence d'esprit, dissimulée par quelques connaissances superficielles : Pour peu qu'on l'approfondisse, on rencontre le tup.

L'esprit de ce pays n'est qu'en superficie; Sitôt que vous voulez un peu l'approfondir. Vous rencontrez le tuf.

Recimakd.

Il Apparence trompeuse : Villeroy, déchu du commandement des armées, perdit toute l'écorce qui l'avait fait briller et ne montra plus que le tuf. (Dangeati.) il Le fond de l'âme, de la pensée, la conscience : Il jeta sur Lucien un regard pour le sonder jusqu'au TUF. (Balz.)

— Constr. Sorte de pierre blanche et fort tendre, qui devient plus dure et plus blanche lorsqu'elle est employée : La plupart des maisons de cette prooince sont bâties de pierres de tuf, ou sont bâties de tuf. (Acad.) Il Dans ce cas, on dit aussi tuffeau.

— Teehn. Etoffe très-grossière dont se servent les tondeurs de draps pour garnir leurs tables.

— Encycl. Miner, Le tuf est une pierre tendre, extraite de la marne solide ; il contient une très-forte proportion d'alumine qui l'empêche de résister à la gelée; on ne l'utilise dans les constructions que lorsqu'il est entièrement sec. Il forme dans le terrain de trias l'étage supérieur des marnes irisées ; à cassure conuholde et non schisteuse, cette marne solide renferme des amas de gypse, mais peu d'anhydrite. Le tuf culcairo se rencontre en grande quantité dans les terrains tertiuires; il est le résultat de il épôts récents formés par des eaux chargées de carbonate de chaux. Le fu/'des environs de Paris n'est pas assez résistant pour être employé dans les constructions ; celui de la Franche-Comté est très-estimé. Dans le Wurtemberg, le tuf calcaire est brunâtre, a structure cariée. Au moment où il sort de la carrière, il est trèstendre et il se laisse débiter facilement à la scie ordinaire, mais il durcit k l'air. Quoique peu résistant, il est recherché, à cause de sa faible densité, pour la construction des voûtes, des tunnels de chemin de fer, pour les clochers et pour les fortirtcations. Des expériences précises ont déterminé la densité de ces calcaires et leur résistance à l'écrasement; le tuf calcaire de Geisstingen s'écrase sous une charge de 600 à 1,000 livres, par pouce cube (280 k 467 kilogr. par 0mc,002339), et il a une densité de 1 kilugr. 48 par décimètre cube; le tuf calcaire d'Unterturkheim s'écrase sous une charge de 873 livres par pouce cube (408 kilogr. par orao,002339) et pèse 2 kilogr. 14 le décimètre cube. En Autriche, le tuf d'Albino et de Villadadda, provenant de dépôts récents, est gris brunâtre, caverneux, très-léger et semblable à celui qu'on trouve dans les terrains jurassiques de lu Franche- Comté et du Wurtemberg.

TUFACÉ, ÉE udj. (tu-fa-sé — rad. tuf).

Qui a le caractère du tuf : Calcaire tufacé. H Terrain tufacé, Terrain dont la majeure partie est composée de tuf.-

TUFEL, petit Etat de la Guinée supérieure (Afrique), borné au K. et à l'E. par le royaume d'Assira, au S. et à l'O. par celui d'Ouursâ. Il est tributaire du pays des Achantis et a pour ville principale Eusaguison.

TUFFA s. f. (tu-fa — rad. tuf). Pierre composée de cendres, de gravier, et contenant tantôt de la lave, tantôt du basalte,

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qu'on trouve en Islande et qui est un produit des anciens volcans.

TDFFÊ , bourg et commune de France (Sarthe), ch.-l. de cant., arrond. et k 33 ki* loin, de Mamers; pop. uggl., 599 hab. — pop. tôt., 1,629 hab. Fabrique de poterie de terre, de tonneaux ; moulins à farine.

TUFFEAU ou TUFEAU s. m. (tu-fo — rad.

tuf). Syn. de tuf dans le sens de pierre blanche et fort tendre : Les deux piliers et la'voûte formant la baie de la porte avaient été, comme la maison, construits en tuffeau. (Balz.)

— Sorte de craie, plus poreuse que la craie blanche. Il Adjectiv. : Craie tuffeau.

TUF1ER s. m. (tu-flé — rad. tuf). S'est dit pour carrière de tuf.

— adj. Qui est de la nature du tuf : Terre

TUFIÈRK.

TUFO (Jean-Baptiste del), historien italien, né k Aversa en 1546, mort à Naples en 1623. Admis dans l'ordre des théatins, il se signala par ses talents et par ses vertus et devint, en 1584, évéque d'Auerra. On lui doit une Istoria delta religione de padri cleriei regolari (Rome, 1 809-1616, 2 vol. in-fol.), qui a été refondue par Silos.

TUGEND BUND s. m. (tou-ghend-bount — mot allem. qui signif. proprement association de la vertu; de iugend, vertu; bund, lien). Hist. Association patriotique formée en Allemagne parmi les étudiants : H n'y avait pas encore en France de ces organisations sous-jacentes comme le Tugend-bund allemand et le carbonarisme italien. (V. Hugo.)

— Encycl. Cette association patriotique allemande sortit, en l790,.de la secte des illuminés et elle se proposait, comme lu société mère, de diriger les cabinets des souverains. En 1807, lorsque, par suite di's guerres avec la France, les maux dont souffrait la Prusse étaient parvenus à leur comble, il se tint à Kœnigsberg une assemblée de membres du Tugend-bund. Le comte Studion, Auu-ichien, le baron de Stein, originaire du Nassau, et Blilcher proposèrent de modifier le but de l'association et de décider qu'à l'avenir elle s'appliquerait à ranimer l'énergie et le courage du peuple, pour continuer la lutte, et à organiser des secours en faveur des habitants que l'invasion française avait ruinés. Cette proposition fut unanimement adoptée. Il y eut bientôt entre le Tugend-bund et les cabinets d'Allemagne, qui connaissaient sa force et son influence, un pacte secret qui ne devait pas tarder à amener la chute de la puissance de Napoléon.'Un comité supérieur, composé de six membres, résidant à Kœnigsberg, fut chargé de diriger l'ensemble des opérations de la société. Au-dessous de ce comité furent institués des comités provinciaux, pareillement composés de six membres, qui transmettaient l'impulsion aux comités locaux ou chambres, lesquelles, dans chaque ville, régissaient, à leur tour, des subdivisions appelées cercles. Le rôle de ces agrégations inférieures consistait à soulager les indigents, à fournir à tous des moyens d'industrie, à améliorer l'instruction et l'éducation des masses, k exciter et k développer l'esprit militaire de la nation, à s'occuper, en un mot, de tous les objets d'intérêt public. Les conseils provinciaux et tous les corps qui relevaient d'eux étaient sous la surveillance de censeurs, qui avaient pour mission de les contenir dans les bornes de la légalité. Les hommes de toutes les conditions qui pouvaient coopérer utilement k la réalisation des projets de la société étaient par cela même aptes à en faire partie ; il n'y avait d'exclu que les mineurs et les gens de mo?,urs décriées. Le docteur Jalin fut un des propagateurs les plus ardents delà transformation du Tugend-bund. 11 allait, dit B. Clavel, à qui nous empruntons ces détails, recruter de toutes parts des prosélytes, tâche que lui rendait facile le talent extraordinaire d'improvisation dont il était doué. Une si heureuse faculté et sa longue baibe l'avaient fait surnommer le Jupiter à la barbe de bouc. Dès 1809, le Tugend-bund, quoique dirigé en vue des intérêts de la Prusse, couvrait de ses ramifications l'Allemagne entière et préparait tout pour une levée de boucliers générale. Napoléon s'inquiéta de cette ligue formidable dirigée contre lui-, et, cédant k ses injonctions, le gouvernement prussien prit ou feignit de prendre des mesures pour dissoudre l'association, dont les membres les plus marquants durent s'exiler; d'antres chefs, il est vrai, restèrent pour, continuer l'œuvre commencée. En 1811, la police militaire française contraignit la cour de Berlin à faire arrêter quelques-uns de ces derniers, et leur correspondance fut saisie. « Depuis cette époque jusqu'en 1812, la société parut sommeiller, dit Clavel; mais, dans les derniers mois de cette année, elle reprit ses travaux avec plus d'activité que jamais. Ce fut sa période la plus brillante. Un général habile, le comte de Gneisenau, des hommes d'Etat, M. Guillaume de HumbolJt et M. de Niebuhr, ambassadeur de Prusse à Rome, ne craignirent

Eas d'approuver et d'appuyer publiquement js vues qui la dirigeaient. Elle traita même de puissance k puissance avec les souverains alliés; elle s'engagea k mettre k leur dispo-

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sition le courage et toutes les ressources de ses membres, en échange d'institutions politiques qui assureraient la liberté de leurs peuples. Elle fut fidèle k ses promesses; les rois, à qui elle avait donné la victoire, ont oublié les leurs. »

Dans le Tugend-bund étaient venus se fondre les membres influents des deux partis q^ui fractionnaient alors l'Allemagne, dont 1 un voulait maintenir l'ancienne constitution germanique, et l'autre opérer une réforme politique et eréer une république une et indivisible ou une fédération modelée sur celle des Etats - Unis d'Amérique. Réunis pour l'accomplissement d'une œuvre commune, l'indépendance de la patrie, les deux partis se divisèrent lorsque cette œuvre fut consommée. La dissolution du Tugend-bund eut lieu au commencement de 1813. Ses membres se firent admettre dans diverses autres sociétés secrètes, qui furent successivement dissoutes par suite des recherches de l'autorité.

Le Tugend-bund, pendant sa courte existence, avait discuté dans ses réunions et élaboré, relativement k l'amélioration de l'instruction publique, k la landwehr et au landsturm, plusieurs projets qui devaient se réaliser plus tard dans la législation prussienne.

TCGET s. m. (tu-jè). Ornith. Nom vulgaire du petit-duc.

TUGG, TUGH s. m.. Autres formes orthographiques du mot thuo.

TUGGURT, TOGGORT ou TOUGOURT, ville

forte d'Algérie (Constantine), capitale de 1 oiisW d'Ouad-Souf, dans le Sahara algérien, à 320 kilom.S.-E. de Biskaraj 1,000 hab. Elle est bâtie au milieu d'une plaiue légèrement ondulée; au S. et k l'E. se trouvent des jardins et des bois de dattiers. L'espace occupé par la ville figure k peu près un cercle, au sud duquel est la Kasbah ou château du cheik. Elle communiqué avec Philippeville et Constauiine par El-M'gheir, Biskara et Batna; avec Tombouctou, Aghadès, Ghàt et l'Afrique centrale par Ghardeia et Insalah.

TUGNOT DE LANOYE (Ferdinand), écrivain fiançais, né près d'Avignon en 1810, mort en 1870. De bonne heure il se fit remarquer par ses idées libérales, se lia avec plusieurs rédacteurs du National, prit part, après la révolution de juillet 1830, à la rédaction de divers journaux ivpublieams et devint, en 1848, chef de section au ministère de la guerre, fonctions dont il se démit en 1850. Depuis lors, M. Tugnot de Lanoye s'est fait connaître par la publication d'un assez grand nombre d'ouvrages, pour la plupart relatifs k U science géographique. Nous citerons de lui: Songes et réveils {IS3»), recueil de vers signé de l'anagramme Eyanal; Voyage dans les glaces du pôle arctique (1854), en collaboration avec M. Hervé; Ifnde contemporaine (1856) ; le Niger (185S) ; Lettres écrites des régions polaires (1859), traduites de lord Duifei-m ; les Grandes scènes de la nature, d'après tes descriptions de voyageurs (1862, in-18); la Mer polaire (1864, in-18); Jtamsès le Grand ou \' Egypte il y a 3,300 ans (iS65, in-18); la Vie chez les Indiens (1866), trad. de Catlin; la Sibérie (1860) ; la Mer libre du pôle (1869, in-8°), traduit de Hayes, etc.

TUGON s., m. (tu-gon). Moll. Coquille des genres mye ou anatine, suivant les divers auteurs, qui se trouve k l'état fossile aux environs de Bordeaux.

THGDEGARAO, ville de l'Ile de Luçon(Malaisie), dans l'archipel des Philippines, sur le rio Grande de Cagayan, par l?o 30' de latit. N. et 11QO u' de iongii. E. Cette ville, qui est le ch.-l. de la province de Cagayan, est le siège d'un tribunal. Sa population est évaluée à 15,000 hab.

TUHC1N-UDDIN ou TAIIC1N-UDDIN, po6te indu», qui vivait au xv;n" siècle. Nous ne possédons aucun détail sur la via de ce personnage, kqui l'on doit un poème intitulé • Aventures de Kamrup, prince d'Onde, et de Kala, princesse de Ceylan. Cet ouvrage, écrit en vers mu«dawaj, c'est-à-dira composés de deux hémistiches sur une même mesure et avec une même rime qui change à chaque vers, contient des détails historiques et géographiques intéressants, des tableaux exacts de moeurs et d'usages. Garcin de Tassy en a publié le texte avec une élégante traduction française (1834).

TUIE s. f. (tuî). Agric. Variété naine de l'ajonc.

TUILAGE s. m. (tui-la-je — rad. tuile). Techn. Petite planche enduite de résine et couverte de limaille, dont se sert le tondeur de draps. Il On dit aussi tuile.

— Dernière façon donnée aux draps.

TUILES, f. (tui-le — du vieux fr.teule, venu

lui-même ilQ lat. tegula, même sens; de légère, couvrir). Carreau de peu d'épaisseur, fait de terre grasse pétrie, séchée et cuite au four, tantôt plat, tantôt courbé en demi-cylindre, et dont on se sert pour couvrir les maisons, les bâtiments : Tuile plate. Tuile creuse. Tuile vernie. Tuile faùière. Tuile au petit moule, au grand moule. Ces tuiles ne sont pas assez cuites, Une maison couverte de tuiles (Acad.) La tuile a l'air plus gai que le chaume. (J.-J. Rouss.)

— Par est. Morceau de marbre, de pierre

UTIL

ou de bronze, ayant la même forme et servant aux mêmes usages que les tuiles de terre cuite : Ce temple est couvert de tuiles de marbre. (Acad.)

— Fig. Evénement imprévu et désagréable, par comparaison avec une tuile qui tomberait d'un toit sur la tête de quelqu'un : C'est une fameuse tuile gui me tombe là sur la tête. Lonisa à Vichy... Quelle tuilbI — Vous ne m'attendiez pas,mon bon. (Delacour.)

— Tuile romaine, Tuile très-épaisse, offrant des cannelures au moyen desquelles on emboîte les tuiles les unes sur les autres. Il Tuile de Guyenne, Tuile creuse dont le profil présente un demi-cunal. Il Tuile girannêe, Tuile plus étroite en haut qu'en bas.

— Loc. prov. Etre logé près des tuiles, sous les tuiles, sous la tuile, Etre logé au plus haut étage de la maison, il Cet homme ne trouverait pas du feu, de feu sur une tuile, On ne voudrait pas lui donner, lui prêter la moindre chose, lui accorder le moindre secours, o On dit de même : On ne lui donnerait pas à boire sur une tuile.

— Céramiq. Nom des plaques en terre apyre qui composent les planchers, dans le système d'enfournement dit en échappade.

Ces plaques sont carrées avec les angles êchancrés, en sorte que, lorsqu'elles sont assemblées quatre par quatre, selon l'usage, les échancrures forment un espace qui permet à la flamme de circuler autour des pièces a cuire.

— Arinur. Nom donné aux tassettes quand elles étaient d'une seule pièce et en forme de tuiles.

— Techn. Planche de bois, sur laquelle coulent les tenailles qui étirent le fil de fer.

Il Sorte de lingotière à l'usage des orfèvres.

Il Petite planche k l'usage des tondeurs de draps, et au moyen de laquelle on achève de coucher le poi).

— Hist. Tuile des fées, Sorte de dolmen.

— Encycl. Constr. Pline le Naturaliste' attribue I invention des tuiles à Cinyras, souverain de l'Ile de Chypre; mais il est probable que les Assyriens, qui ont employé les briques cuites bien longtemps avant les Grecs, connaissaient aussi l'usage des tuiles. Les tuiles sont formées d'un mélange de terre argileuse et de sable réduit en pâte fine et hoiuoyène et qui doit être exempt de matières calcaires. Pour les fabriquer, on extrait la glaise à la lin de l'automne, et on l'étend sur une grande surface pour lui faire passer l'hiver, exposée k la pluie, k la gelée et au dégel, qui la fondent, pour ainsi dire, en pénétrant toutes les mottes ou grumeaux, ce qui la rend plus facile à pétrir et k corroyer. Pour effectuer cette dernière opération, on la distribue par tas de peu de hauteur sur une aire circulaire. On la divise avec la houe et on l'épluche, en la purgeant de toutes les matières étrangères qu'elle pourrait contenir. Ensuite on l'arrose et on la pétrit avec les pieds, k plusieurs reprises, en ayant soin de la changer de place k chaque nouvelle opération. La matière étant bien préparée, on la comprime en la moulant, et on ne la met au four qu'après l'avoir fait sécher avec précaution. Le temps nécessaire k la dessiccation dépend do la forme, de la grandeur, et surtout de l'épaisseur des tuiles, ainsi que de la saison où elles sont moulées. Les tuiles exigent une pâte plus fine, mieux corroyée et plus comprimée que les briques. En général, c'est au son et à la texture intérieure que l'on connaît la bonne tuile; la couleur plus ou moins foncée dépend de l'espèce de terre employée k sa fabrication. Les bonnes tuiles doivent être sonores, presque vitrifiées, ou présenter au inoins k la cassure des indices de vitrification et nulle trace de chaux. Relativement k leur forme, on en distingue de plusieurs espèces, qui sont : les tuiles creuses, les tuiles plates, les tuile» en dos d'âne, les tuiles plates k rebords, les tuiles flamandes, les tuiles romaines, les tuiles Jolibois, les tuiles Muiler , etc. Les tuiles creuses, en forme de canal, ein|loyèes dans le midi de la France, en Espagne, en Portugal, ont 0m,40 de longueur et 0">,013 d'épaisseur ; elles ont 0m,20 de diamètre k un bout et 0m,15 k l'autre, ce qui les rend coniques. Elles se fabriquent a plat dans un moule ayant la forme d'un trapèze, et, lorsqu'elles en sortent et qu'elles sont encore molles, on les courbe sur un mandrin conique dont elles prennent la forme extérieure. La forme la plus ordinaire des tuiles plates est celle d'un rectangle dont le grand côté se place parallèlement k la pente du toit. L'un des petits côtés du rectangle est muni, vers son milieu, d'un crochet ou talon en saillie sur le plan inférieur de la tuile et qui sert k la retenir aux lattes. Quelquefois Ja tuile est percée de deux trous danslet-quels on engage des clous par lesquels on la fixe aux lattes. Enfin, on fabrique encore des tuiles plates sans talon, que l'on fixe au plancher comme les dernières avec deux clous. Les tuiles plates sont dites de grand moule ou de petit moule; celles du grand moule ont om^ll de longueur, 0m,23 de largeur et 0«n,016 d'épaisseur; elles pèsent 190 kilogr. le cent, et il en faut 42 par mètre carré de couverture avec 1/3 de pureau. Celles du petit mou'e ont : en longueur 0"",257, ea largeur 0u»,183, et en épaisseur o°i,ou ; elles pèsent 133 kilogr. le

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cent, et il en faut 64 par mètre carré de couverture avec 1/3 de pureau. La pente des combles couverts de ces tuiles ne doit pas excéder 45°; elle est ordinairement comprise entre 33° et 40°. Les tuiles en dos d'âne ont en coupe une forme triangulaire; elles se fabriquent à plat comme les tuiles creuses et se ploient en deux sur un mandrin triangulaire. Leurs dimensions ordinaires sont: longueur, 0™, 435; largeur, om,16 ; épaisseur, 0m,ll; il en entre 40 par mètre carré de couverture, qui pèse alors 60 kilogrammes. Les tuiles romaines, qui sont encore en usage en Italie, et qui sont les plus anciennes que l'on connaisse, sont de deux sortes, les unes plates à rebord, et les autres creuses. Les premières, dites tegole, se posent a bain de mortier sur des triques dites pianelles; les secondes, dites canali, recouvrent les espaces laissés entre les tegole. La grandeur deces tuiles varie dans les différents endroits de l'Italie où l'on en fait usage, mais elle est fixée à Rome, où leurs mesures sont gravées au Capitole sur une table de marbre. La longueur des tegole et des canali est de o°»,412; la plus grande largeur des. tegole est de om,329, et la plus petite de 0™,250. Les rebords de droite et de gauche ont om,0248 de hauteur et om,0225 de largeur. L'épaisseur de la tuile entre les bords est de o™,0225. La plus grande largeur ou diamètre des tuiles creuses appelées canali est de 0m,242 ; la plus petite, de om,i75 sur 0™,019 d'épaisseur. Les tuiles plates a rebords, qui rappellent en partie la forme des fuite précé-. dentés dites tegole, se pincent sur un plancher jointif, sur lequel elles se tiennent mieux que les fuite creuses. Elles sont d'un excellent emploi et d'un bel aspect. On voit encore un svstème où les rebords de la tuile, sur les côtés longitudinaux, forment un quart de cône, à base circulaire, de manière que, lorsque deux fuite contigues se touchent, on a une portion de cône que l'on enveloppe exactement par un couvre-joint de même forme. Le mètre carré de couverture faite -avec ce modèle de tuile pèse environ 80 kilogrammes. Les tuiles flamandes, dites tuiles jaunes, sont à double courbure en forme d'S ; elles sont en usage en Flandre, en Hollande et dans plusieurs parties de l'Allemagne ; comme elles portent un crochet par derrière, elles se placentsur descombles dont la pente peut être comprise entre 30° et 40°. Ces tuiles, qui ont une partie convexe et une partie concave, se recouvrent sur leur longueur et sur leur largeur ; elles forment, comme les tuiles creuses, des cordons selon la pente du toit. Ces tuiles ont environ 0^,35 de côté sur 0Q>,16 d'épaisseur; il en faut 15 et 1/4 par mètre carré de toit. Depuis quelques années, les tuiles ont varié, nonseulement par la forme, mais encore par le mode de fabrication employé, mode qui doit son succès aux progrès réalisés dans l'industrie et la mécanique. De nos jours, toutes les opérations qui se faisaient autrefois à la main s'exécutent avec des machines qui ré-, duisent les prix de main-d'oeuvre, et qui permettent d'entreprendre la fabrication sur une plus grande échelle et de produire des modèles très-variés. De même les perfectionnementsapportés à la construction des fours, par les éludes faites sur la chaleur et sa propagation, ont mis les fabricants à même d'obtenir une cuissou plus régulière et plus suivie, four couronner les combles des bâtiments couverts en tuiles ou en ardoises, on fabrique des tuiles faîtières, auxquelles on donne diverses formes ; la forme creuse est la plus généralement employée ; quelquefois on garnit eur partie supérieure de découpures surélevées, mises en rapport avec l'ornementation du bâtiment : telles sont celles que l'on rencontre sur le faîtage de quelques édifices du moyen âge. Ce système de décoration, ainsi que celui des tuiles vernissées, auxquelles on a renoncé à cause du prix de revient, était adopté fréquemment par les architectes desxne et xm° siècles pour recouvrir les combles des églises gothiques ; on en voit encore l'application sur la chapelle de l'abbaye de Saint- Martiu-des- Champs englobée dans les constructions du Conservatoire des Arts et Métiers. De nos jours, depuis que l'on travaille si facilement les métaux de toute nature, on a essayé de remplacer la tuile en terre par des plaques rectangulaires de fonte et de zinc auxquelles on a donné les noms de tuiles métalliques, tuiles de fonte, tuiles de zinc, etc.

— Hist. Tuiles des fées. V. celtique, t. III p. 694, 4e col.

TOILE, ÉE (tui-lé) part, passé du v.

Tuiler. Hist. nat. Syn. d'iMBRiquÉ.

— Conchyl. Dont les cavités présentent la forme d une tuile creuse : Coquille tuilke.

— br.-maçonn. Dont la qualité de francmaçon est k constater : Celui qui se présente comme franc-maçon doit être tuilk avant de recevoir l'entrée du temple.

— Jeux. Carte tuilée, Nom d'un truc que les grecs emploient quelquefois pour forcer la coupe, et qui se pratique comme celui que l'on appelle le pont; seulement, le tricheur ploie les deux paquets en sens inverse dans leur largeur, de manière que, lorsqu'il les a placés l'un sur l'autre comme pour mêler le jeu, ils présentent vers les bords un petit vide qui fuit que l'adversaire coupe à cet endroit.

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— Techn. Drap tuili, Drap qui a reçu la dernière façon avec la tuile.

TUILEAU s. m. (tui-lo — rad. tuile). Morceau, fragment de tuile cassée : Faire un âtreaveedes tuileaux. Sceller des gondsavec des tuilbaux. Battre des tuileaux pour en faire du ciment. (Acad.)

TDILÉEs. f. (tui-lé). Erpét. Nom vulgaire d'une espèce de tortue,

— Moll. Nom vulgaire du tridacne géant.

TDILER v. a ou tr. (tui-lé — rad. tuile, parce qu'en tuilant un homme qui se dit franc-maçon on s'assure, par de petits travaux préparatoires, qu'il est apte à passer aux grands travaux du bâtiment sacré). Fr.maçonn. Constater si celui qui se prétend franc-maçon l'est réellement.

— Techn. Donner la dernière façon au drap avec la tuile.

— v. n. ou intr. Tirer sur la teinte de brique ou de tuile, en parlant de la couleur du rocou.

TUILERIE s. f. (tui-le-rl — rad. tuile). Lieu où l'on fait de la tuile -.Sarcelles est renommé pour les produits de ses tuileries.

— Art du tuilier.

— Cabinet des Tuileries, Nom que portait le gouvernement français, lorsque le souverain résidait au palais des Tuileries, à Paris.

Tuileries (palais des) , célèbre demeure historique des rois de France, située à Paris, sur la rive droite de la Seine, et ayant ses façades principales, l'une sur le jardin du même nom, l'autre sur la-place du Carrousel. L'histoire des Tuileries est intimement liée à l'histoire de la France, et ses vieux murs ont vu passer depuis bientôt trois siècles bien des événements et bien des pouvoirs divers. Monarchie absolue. Révolution française, Empire, Restauration, régime constitutionnel, etc., ont élu tour à tour domicile auxTuileries, jusqu'à ce que le vieux palais fût brûlé par la Commune de 1871. Nous en résumerons rapidement l'histoire.

Le palais des Tuileries tire son nom d'une fabrique de tuiles qui, vers le xvie siècle, s'élevait au lieu dit la Sablonnière, dont l'emplacement n'était autre que celui du palais (1332). Un édit de Charles "VI, daté de 1416, fait incidemment mention «des tuileries Sainct-Honoré, qui sont sur la rive droite de la Seine, outre les fossés du château du Louvre. ■ Au début du xvie siècle, un sieur Neuville de Villeroy, surintendant des finances, avait acquis la Sablonnière et y avait fait bâtir une sorte de maison de campagne, comprenant cours et jardin, et close de murs. Louise de Savoie, mère de François 1er, alors régnant, ayant été forcée d'abandonner le palais des Tournelles à cause des miasmes que répandaient les marais stagnants autour de cette demeure, jeta les yeux sur la propriété de Neuville de Villeroy, et l'échangea avec lui contre la terre de Clianteloup (1518). Elle ne tarda pas néanmoins à s'en lasser, soit à cause de l'isolement où elle se trouvait, soit pour toute autre raison, et, en 1527, elle en fit don à Jean Tiercelin, maître d'hôtel du dauphin, depuis Henri IL Le 15 juillet 1559, Henri II ayant été tué au tournoi des Tournelles, ce palais, auquel une sorte de terreur superstitieuse attacha comme une réputation de demeure maudite, fut abandonné par Catherine de Médieis, qui vint se fixer au Louvre avec ses fils. Ce fut alors qu'elle songea à se faire construire, par Philibert Delorme, sur l'emplacement de l'ancienne demeure de Louise de Savoie, une sorte de maison de plaisance k l'italienne. Elle fit entourer les jardins d'un mur à l'extrémité duquel on commença les fortifications, du côté de la rivière, par un bastion dont Charles IX posa la première pierre le 11 juillet 1Ï66. Quant au palais proprement dit, Philibert Delorme se mit à l'œuvre et mena rapidement les travaux. Les Tuileries, car ce nom resta attaché à la nouvelle résidence, se composèrent d'abord d'un bâtiment avec pavillon central et pavillons aux extrémités, le tout élevé d'un étage sur rez-de-chaussée. Le pavillon central contenait un grand escalier et étaitsurmonté d'une coupole; il était de forme circulaire. La façade, du côté du jardin, offrait deux portiques couverts de terrasses et surmontés d'un étage mansardé. Elle se terminait par deux corps de bâtiments percés de trois fenêtres à chaque étage et décorés de deux ordres d'architecture. LesTuileries n'étaient pas encore résidence vraiment royale: Charles IX habitait au Louvre. Néanmoins, le premier souvenir historique des Tuileries date de cette époque. C'est aux Tuileries qu'eut lieu, quatre jours avant la Saint-Barthélémy, la célèbre fête en l'honneur des noces d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, fête destinée à masquer les projets sanguinaires de la reine mère et des Guises.

La Ligue empêcha Henri III d'achever les Tuileries. Catherine de Médieis les avait déjà abandonnées, à la suite d'une prédiction qui lui annonçait qu'elle mourrait près de Saint- Germain. Des ce jour, elle n'alla jamais à Saint-Germain, et de plus, les Tuileries se trouvant bâties dans le voisinage de Saint-Germain-1'Auxerrois, elle se hâta d'en sortir.

Henri IV songea à compléter le palais de3 Tuileries, bien qu'il eût une prédilection marquée pour le Louvre; il lit commencer de

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chaque côté des bâtiments de Delorme, et sur le même alignement, deux autres corps de logis avec deux grands pavillons. Il ordonna en outre l'exécution de la galerie du bord de l'eau qui joint, ou plutôt qui joignait, les Tuileries au Louvre (1600). La mort le surprit avant qu'il eût terminé son œuvre.

Louis XIII, qui lui succéda, lit continuer, sur les plans de Ducereeau, la longue ligne de façade principale, ligne si longue en effet ^jue le pavillon circulaire central de Philibert Delorme se trouva devenir d'une exiguïté choquante pour un tel ensemble. En outre, le style général était loin d'offrir de l'uniformité ; on y comptait cinq espèces différentes de décorations et cinq sortes de combles. Les Tuileries n'en devaient pas moins demeurer dans cet état disparate jusqu'au règne de Louis XIV. En 1660, Louis XIV chargea Leveau et Dorbay de continuer Philibert Delorme et Ducereeau. Leveau refit le pavillon central, auquel il donna la forme carrée et qu'il coiffa d'une sorte de dôme quadrangulaire, lourd et disgracieux; l'ancien escalier fut supprimé. Le reste de la façade fut k peu près respecté, sauf l'attique, qui fut assez heureusement substitué aux mansardes. Ces travaux atténuèrent la disproportion criarde qui existait avant leur exécution, mais ne parvinrent pas à faire préférer au roi les Tuileries k Versailles. Tout au plus Louis XIV fit-il quelques apparitions aux Tuileries, abandonnées un instant à Mlle de Montpensier, sa cousine, pour assister à quelques fêtes pompeuses, la représentation de la Psyché, de Molière et Corneille, par exemple. La salle, admirablement décorée, où cette représentation eut lieu, était l'œuvre de Vigarini. Après la mort de Louis XIV (1715), les Tuileries devinrent pour la première fois la résidence du roi. Louis XV, qui n'avait que huit ans, y fut installé par le régent, qui voulait l'avoir près du Palais-Royal ; mais, une fois majeur, il ne voulut pas renoncer au faste de Versailles, et les Tuileries furent encore une fois délaissées.

Pendant la Régence, la salle de l'Opéra, située alors au Palais-Royal, ayant brûlé, l'Opéra fut momentanément transporté aux Tuileries, dans la salle dite des Machines. La Comédie-Française s'installa ensuite dans cette salle, et ce fut sur le théâtre des Tuileries qu'eut lieu, le 30 mars 1778, la célèbre représentation d'Irène, où Voltaire fut couronné. Le triomphe de Voltaire- clôt la série des événements principaux dont les Tuileries furent le théâtre avant la Révolution. Le 5 octobre 1789, Louis XVI et sa famille en prirent possession malgré eux, quittant Versailles pour n'y plus rentrer. Après la fuite de Varennes, ils y furent gardés à vue.

Nous ue raconterons ici ni la journée du 20 juin, ni celle du 10 août, qui eurent les Tuileries pour principal théâtre : ces événements ont fait l'objet d'articles spéciaux ; nous ne nous occuperons que de la physionomie des Tuileries à cette époque. Les abords du pillais étaient loin de ressembler à ce qu'ils furent pius tard; la place du Carrousel ne comprenait pas la huitième partie du terrain qu'elle occupa ensuite ; elle était couverte d une foule de maisons, bâties sans ordre et formant un dédale de rues étroites. Au lieu d'une seule cour du palais on en comptait trois : celle du milieu s appelait cour Royale; on y entrait du côte du Carrousel par une porte cochère confiée à un Suisse nommé Brown, qui tenait un restaurant; à gauche, en face du pavillon de Flore, était la cour des Princes, et en face du pavillon de Marsan, à droite, la cour des Suisses. Du côté du jardin, les arcades des galeries inférieures qui longent la terrasse à droite et à gauche de l'entrée du vestibule étaient fermées dans presque toute leur hauteur par des barreaux de fer, supprimés depuis pour faire place k des stulues, A la place des grilles qui bordent la terrasse des Feuillants régnait un mur qui servait de séparation entre cette terrasse et la cour du Manège. Pour aller du pavillon Marsan à l'Assemblée, on traversait la cour des Ecuries, dans laquelle se voyait encore une tète de cheval sculptée par Paul Ponce, célèbre artiste florentin, puis la cour du Manège, d'où l'on pénétrait sur la terrasse des Feuillants par une porta latérale. Du côté des Champs-Elysées, le jardin des Tuileries était défendu par un pont qui tournait sur un fossé profond, le Pont-Tournant. On voit que les Tuileries étaient une excellente position stratégique, et c'est ce qui explique le sang qui fut versé k flots dans la journée du 10 août.

Quelques jours après, le Secret de l'armoire de fer était dénoncé parle serrurier Germain, ancien maître de Louis XVI. Roland apporta bientôt à la Convention les papiers saisis, condamnation accablante de Louis XVI, et surtout de la reine, établissant catégoriquement que le souverain était parjure et traître. Brissot fit une motion pour que la Convention siégeât aux Tuileries; Vergniaud préferait la Madeleine, un temple. Les Tuileries furent adoptées. Un décrot fut rendu séance tenante : «Usera mis à la disposition de la Convention une somme de 300,000 livres, au delà de laquelle ne pourront s'élever les travaux faits, d'après le plan Viguon, aux Tuileries. • Le 20 septembre, tant les travaux avaient marché rapidement, la nou

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relie salle fut ouverte. Ceux qui l'inaugurèrent furent : Pétion, président, Condorcet, Brissot, Rabaud Saint-Etienne et Vergniaud, secrétaires.

La salle destinée à la Convention fut amé nagée dans le théâtre des Tuileries, appelé aussi salle des Machines ; maintenant qu elle est détruite, il est intéressant d'en fixer au moins le souvenir. En entrant dans le jardin des Tuileries par la grille de la rue de Rivoli, on rencontrait k main gauche un énorme pavillon -carré dont les fenêtres ouvraient sur la nie et sur le jardin : c'était le pavillon de Marsan, aujourd'hui entièrement démoli, et qui doit être reconstruit sur le même plan que le pavillon de Flore, son correspondant symétrique k l'autre bout du palais, au bord de l'eau. Après ce pavillon venait une longue façade k un seul étage, percée au rezde-chaussée de sept ouvertures en plein cintre et terminée par un gracieux pavillon à colonnettes légères, dû à Philibert Delorme, et qui avait été respecté dans tous les remaniements du palais. Le pavillon de Marsan contenait les bureaux et les dépendances de la Convention, les services de la poste, les salles des comités, des rédacteurs, etc. ; les sept fenêtres en plein cintre de la façade qui le suivait, sur lejardin, éclairaient la salle des séances; le pavillon de Philibert Delorme servait de salle d'attente. Chacune de ces trois parties distinctes fut, à divers degrés, témoin du drame qui, pendant trois anées, se développa au sein de la terrible assemblée révolutionnaire. Le mur qui séparait le pavillon de Marsan de la salle des séances était percé d'une énorme ouverture cintrée, allant du rez-de-chaussee aux combles; c'est là qu'existait une des deux tribunes de la Convention. A chaque extrémité de la salle des séances, qui avait la forme rectangulaire, te trouvait une tribune basse et au-dessus une tribune haute, dont la baie se terminait en cintre. L'amphithéâtre, rappelant assez bien le paradis de nos salles de spectacle, allait se prolonger hors de la salle auxdépeusdes bâtiments voisins; c'est là que se tenaient les femmes des faubourgs, les fameuses tricoteuses. L'arrangement intérieur de la salle était ainsi conçu : le bureau était adossé à la muraille formant le côté est, le long de la cour du Carrousel; l'amphithéâtre des députés était en face, adossé k la muraille du côté du jardin ; il avait la forme d'une corbeille isolée derrière laquelle on circulait par un couloir menant k la barre, en face du président; des bancs étaient ménagés en bas des gradins, en demi-cercle, pour ceux qui étaient admis k l'honneur de la séance. Auprès du pavillon de Philibert Delorme, qui contenait, au rez-de-chaussée, une salie d'attente ou vestibule, dite salle de la Liberté, la dernière fenêtre en plein cintre ouverte dans la muraille du jardin éclairait une sabe étroite, appelée l'intersalle, dans laquelle une porte menait k la Convention, une autre s'ouvrait sur le Carrousel. En prairial, dans la journée du 20 mai 1795, le peuple insurgé entra par la salle de la Liberté, envahit l'intei-salle et s'efforça de démolir la porte qui ouvrait dans la Convention; des plâtras tombèrent, la porte céda et les balles des assaillants traversèrent la salle des séances. C'est sur le seuil de cette porte que le député Féraud se coucha par terre en disant aux insurgés : «Vous n'entrerez que sur mon corps. » Il fut écrasé et sa tête, mise au bout d'une pique, fut présentée k Boissy-d'Anglas, qui présidait. Chacun de ces pans de murailles racontait quelque souvenir héroïque ou sinistre.

Cette vieille salle de la Convention, démeublée sous le Consulat, ne fut jamais restaurée sous les divers gouvernements qui se succédèrent aux Tuileries; elle était hantée de trop d'ombres gigantesques pour qu'on y pût rejouer la comédie. On a pu en voir les pans de murs délabrés restés debout après l'incendie du 24 mai 1871.

Après le 18 brumaire, le premier consul entra aux Tuileries, accompagné de Joséphine. Son premier soin fut de rendre aux Tuileries leur ancienne physionomie de résidence souveraine. Les entrées latérales furent ornées de figures allégoriques représentant des victoires. A l'intérieur, la chapelle fut relevée; la salle du conseil fut créée ; le théâtre fut reconstruit. De cette époque date la salle qui fut plus tard la salle des Maréchaux. Sous l'Empire, sous la Restauration, sous Louis-Philippe et sous le second Empire, les Tuileries furent la principale résidence du souverain. Le vieux palais vit tour k tour la chute de Napoléon, l'entrée de Louis XVIII, le défilé des ailiés, la fuite de Louis XV11I au 20 mars, etc.

Louis XVIII rentra aux Tuileries après Waterloo, et n'eut guère qu'à profiter des splendeurs impériales. Il y résida jusqu'à sa mort. Versailles, la vieille demeure des Bourbons, sembla privée de toute vie après la chute de Louis XVI et ne fut plus qu'un sépulcre. Un instant Charles X songea k ressusciter cette fastueuse résidence; il y renonça bien vite et se tint aux Tuileries. C'est aux Tuileries qu'il signa les fameuses ordonnances ; c'est des Tuileries qu'il fuit à Rambouillet, et bientôt le lieutenant général du royaume, le duc d'Orléans, proclamé roi sous le nom de Louis-Philippe 1", quitta le Palais-Royal pour ce palais tout plein de souvenirs.

Louis-Philippe fit exécuter aux Tuileries,

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par l'architecte Fontaine, des modifications importantes ; un nouveau vestibule fut créé, orné de colonnes ioniques regardant du côté du jardin. L'escalier construit sous Louis XIV fut abattu, et l'emplacement forma la salle des gardes. Un escalier nouveau, à rampe unique, conduisit à la tribuns de la chapelle. Enfin, une salle basse et sombre, dont il semblait qu'il n'y eût aucun parti à tirer, située dans la partie est, fut relevée du sol au premier étuge et devint l'admirable galerie des grandes réceptions, de plain-pied avec la salle de Maréchaux et les autres appartements du palais.

Le 24 février 1848, le peuple envahit une troisième fois les Tuileries, et sauf quelques auto-dn-fé, part du feu inévitable, respecta les chef.i-d'œuvres qu'elles contenaient. Le gouvernement provisoire refusa d'y siéger et préféra le Luxembourg, d'où il émigra plus d'une fois pour l'Hôtel de ville. L'ancienne résidence royale fut convertie pendant quelques mois en hospice desiuvulides civils. En 18-49, les Tuileries servirent a l'exposition des œuvres d'art, " cette anarchie dans l'Exposition, » a dit un critique. En effet, l'Exposition cette année-là tut libre, et on fit l'honneur au public de le considérer comme juge souverain et. sans appel. La même année, Louis-Napoléon Bonaparte fut nommé président de la République, et le palais de l'Elysée lui fut assigné pour résidence. Proclamé empereur a la suite du coup d'Etat du 2 décembre 1851, Napoléon 111 entra aux Tuileries en 1852 et "en fit sa résidence habituelle.

Le vieux palais conserva jusqu'à la chute de la seconde dynastie napoléonienne les dispositions intérieures et même la plus grande partie des décorations qu'il avait reçues de Louis XIV, de Louis XVI et du premier Empire. Sous le vestibule du pavillon central ou dôme s'ouvrait, à droite, le large escalier de pierre d'où les Suisses, postés deux par deux sur chaque marche, firent au 10 août un feu si terrible sur les assaillants. Le rez-dechaussée ne comprenait qu'une vaste salle à manger, donnant sur le Carrousel et les appartements de l'empereur- salle à manger et appartements occupaient l'aile droite du palais, du dôme au pavillon de Flore, l'aile gauche, qui renfermait la salie de la Convention, restant en grande partie inoccupée. Les décorations de ces appartements étaient sévères; elles remontaient à Louis XIV et à Louis XVI ; c'étaient des plafonds de Le Brun, deCoypel, de Mignard; Coysevox, Girardon et Lemoyne avaient sculpté les figures des corniches et des cheminées. Le cabinet de l'empereur était le même qu'avaient occupé Louis XVI, Napoléon 1er e[ Louis XVIII. Au premier étage se trouvaient : la salle des Travées, à gauche de l'antichambre, et, à droite, le salon du Premier consul, ainsi nommé à cause de l'admirable portrait du premier consul par Gros; le s;ilon des Maréchaux, placé sous le dôme, où étaient peints les douze premiers maréchaux de l'Empire ; ensuite venaient le salon delà Paix ou salon d'Apollon, décoré de l'Apollon et les Muses, de Le Brun, et d'un beau plafond de Nicolas Loyr, le Dieu du jour -commençant sa carrière ; c'est dans ces deux salons que se donnaient les grands bals ; la salle du Trône, décorée d'un plafond de Flamaël, la Religion protégeant la France; la salle du Conseil, dont tous les tableaux appartiennent au règne de Louis XIV : un Louis XI V, par Philippe de Chainpaigne ; Louis XI V recevant des ambassadeurs, par Le Brun; il/me de Maintenon, gouvernante des enfants de France, etc. ; enfin, la galerie de Diane, qui conduisait au pavillon de Klore. Les appartements de l'impératrice, donnant sur le jardin, étaient eotiligus k ces grandes salles de réception, qui toutes avaient jour sur le Carrousel. lis se composaient d'une chambre à coucher à décoration du temps de Louis XIV; on y voyait une Minerve et une Diane peintes par Le Brun; cette pièce. était autrefois la bibliothèque de Napoléon 1"; les meubles, en bois de rose, enrichis de bronze, étaient du style Louis XVI. Près de la chambre à coucher se trouvaient un oratoire, une chapelle et une délicieuse salle de bain, décorée par Chaplin; puis venaient trois salons de création nouvelle, le salon bleu, le salon vert et le salon rose. Ce dernier, appelé aussi salon des fleurs, avait été peint tout entier, plafond, panneaux, dessus de portes, par le même peintre gracieux, héritier de Buucher et de Fragunard ; c'était son chef-d'œuvre, et la perte de ces compositions est regrettable pour l'art contemporain.

Le pavillon de Flore, réédifié à la fin du second Empire, ainsi qu'une partie de la grande galerie qui rejoint les Tuileries au Louvre, n'avait encore reçu aucune décoration intérieure; il n'a d'ailleurs que peu souffert de l'incendie et a été complètement restauré. A l'extérieur, du côté du pont Royal, il est orné de belles sculptures de Carpeaux. A l'autre extrémité du palais, le pavillon de Mftrsan, qu'il a fallu reconstruire en entier, était nue immense et lourd bâtisse sans caractère architectural. H ne s'y rattachait que peu de souvenirs eu dehors de la Convention; c'était là que siégeait, &ous la Teneur, le fameux comité de Salut public. Sous la Restauration, le duc de Berry en rit sa demeure habituelle ; c'était là que venaient prendre le

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mot d'ordre les réactionnaires à outrance, ceux qu'on appelait les ultras.

Le 24 mai 1871, à l'approches des troupes qui occupaient déjà les Invalides et une partie des Champs-Elysées, l'incendie commença à dévorer le palais avec une violence formidable; le dôme central, le pavillon de Marsan, les longues façades du Carrousel et du jardin, tout fia mbak la fois. Les constructions neuves, le pavillon de FJore et la galerie du bord de l'eau restèrent seuls debout, la rage des incendiaires n'ayant pu réussir à entamer la pierre de taille et le fer. Alors ils eurent recours kla poudre; mais il était trop tard, l'heure de la retraite avait sonné. Des tonneaux de poudre avaient également été placés sous le dôme, et, pendant la nuit du 24 au 25 mai, une formidable explosion acheva, pour la partie centrale du palais, ce que les flammes avaient épargné. Les architectes, les artistes n'exprimeront peutêtre pas de grands regrets pour cette masse de constructions de caractères différents ; le gouvernement de la Défense nationale avait heureusement retiré du palais et envoyé au Garde-Meuble les choses les plus précieuses. Mais derrière ces vieux murs il y avait encore d'inappréciables tapisseries des Gobelins, d'admirables plafonds, des œuvres d'art sans prix. Ces pertes sont douloureuses; il y en a d'autres plus irréparables. Dans les appartements occupés par l'ex-empereur, on avait réuni les papiers les plus secrets du règne commencé le 2 décembre. La vengeance de la France était là écrite de la main même de ceux qui l'avaient trahie; tout cela fut anéanti. Nulle part les incendiaires n'ont été plus habiles, plus zélés dans leur besogne sauvage; nulle part ils n'ont répandu le pétrole avec plus de soin, badigeonné les murailles avec plus d'ardeur.

Quelle main les poussait? Quel or les avait payés peut-être? L'histoire ne le saura sans doute jamais. Bergeret commandait aux Tuileries, mais il avait évacué le palais bien avant l'incendie. Un certain Benot, ancien soldat du îoe de ligne, promu lieutenant au 230e bataillon de la garde nationale pendant le siège, puis colonel sous la Commune, a été condamné à mort (peine commuée plus tard en celle des travaux forcés à perpétuité) pour l'incendie des Tuileries et celui de la bibliothèque du Louvre. 11 commandait au Louvre et était aux Tuileries le lieutenant de Bergeret; mais si sa participation à ces incendies a paru suffisamment prouvée au conseil de guerre, les débats n'ont jeté aucun jour sur les ordres supérieurs auxquels les incendiaires obéissaient. Il a fallu un grand nombre d'hommes pour accomplir si rapidement cette immense destruction ; personne n'a été retrouvé.

Le jardin a subi, depuis son origine, des changements considérables. Son étendue va de la façade du palais à la place de la Concorde (côté est) en longueur, et la largeur en est circonscrite d'un côté par la rue de Rivoli, de l'autre par le quai des Tuileries. Commencé sous Henri IV, il ne tenait pas même au château ; il en était séparé par une sorte de large rue qui longeait la façade, et il contenait un étang, un bois, une volière, une orangerie, des allées, des parterres, un théâtre et un labyrinthe. La volière, composée de plusieurs bâtiments, était située vers le milieu du quai des Tuileries. L'orangerie était voisine de la porte Saint-lionoré. Tout près de l'orangerie s'élevait une ménagerie contenant des bêtes féroces ; c'était la mode alors. Enfin, dans un bastion qui tenait à la porte de la Conférence, c'est-à-dire à peu près sur l'emplacement de l'orangerie actuelle , on avait ménagé un grand terrain qui servait de garenne. Une parue de ce terrain fut donnée par Louis XIII à un certain Renard, ancien valet de chambre du commandeur de Souvré, à la charge par lui de le défricher, de le planter d'arbustes et de (leurs rares. Renard se mit à l'œuvre et, en peu de temps, donna au terrain la physionomie d'un jardin parfaitement tenu, au milieu duquel il ouvrit un cabaret qui devint le rendez-vous de la mode. Les seigneurs de la cour firent du jardin de Renard leur promenade habituelle.

En 1665, Louis XIV décida le remaniement du jardin. La rue et les édifices qui le séparaient du palais disparurent; on démolit un hôtel qu'occupait Mlle de Guise, la volière et toutes les maisons qui s'étendaient du côté de la rivière jusqu'à la porte de la Conférence. L'ancien jardin de Renard fut enclavé dans l'enclos nouveau et, pendant que l'architecte Levau restaurait le palais, Le Nôtre entreprit la création du jardin. Il commença par tirer parti, avec un art excellent, de l'inclinaison du terrain à droite et à gauche; un talus insignifiant et deux terrasses latérales non-seulement réparèrent l'accident, mais contribuèrent à donner de la physionomie au jardin. Les terrasses dites du Bord de l'eau et des Feuillants furent dessinées; alors, comme aujourd'hui, elles se contournaient à l'extrémité du jardin en espèce de fêr à cheval , permettant à la vue de s'étendre ainsi à l'infini dans la direction des Champs- Elysées. Le Nôtre établit également devant le palais une terrasse ornée de plantes variées, de statues et d'urnes de marbre; puis, à une certaine distance, il commença le parterre, dont la disposition fut respectée jusqu'en 1859. Les parterres étaient ornés d'ifs et de quinconces, suivant la mode d'alors,

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qui revit encore à Versailles. Enfin, en face des parterres et dans l'alignement du milieu du grand avant-corps, fut plantée une grande allée de marronniers, dont la largeur fut augmentée depuis. Parmi les divers agréments restés aujourd'hui à l'état de souvenir, nous citerons, au centre d'un bosquet, une salle de comédie en verdure, qui subsistait encore du temps de la minorité de Louis XV; on la remplaça ensuite par un mail et une salle de billard pour le jeune roi; mais la masse générale du couvert n'en conserve pas moins encore aujourd'hui les grandioses proportions que Le Notre sut lui donner. Le tout fut orné de statues, qui donnèrent aux allées et aux contre-allées un très-grand air.

Le jardin des Tuileries demeura tel qu'il était sous Louis XIV jusqu'à la Révolution, qui le négligea; elle avait bien d'autres choses à faire. Nous mentionnerons seulement un épisode qui caractérise cette époque. La terrasse des Feuillants était séparée du couvert de marronniers par de grands tapis de verdure et de larges plates-bandes de fleurs. En 1793, la Convention fît défricher tapis et plates-bandes et décréta qu'on y sèmerait « des pommes de terre pour la nourriture du peuple.» Bien que le projet n'ait pas eu de suite, les plates-bandes ni les gazons n'ont pas été rétablis depuis.

Le jardin était encore, a cette époque, séparé de la plaee de la Concorde, alors place Louis XV, par un pont tournant, construit en 1716 et jeté sur un fossé assez profond. Ce pont, dont il est encore question dans le Faublas de Louvet, était une œuvre d'art très-remarquable, due à un moine augustin, Nicolas Bourgeois, mécanicien habile, qui se fit connaître par plusieurs travaux- fort remarquables, notamment par le pont de bateaux de Rouen. Les autres entrées du jardin étaient au nombre de cinq; mais le peuple, avant la Révolution, n'avait le droit d'entrer dans le jardin des Tuileries qu'une fois par an : le jour de la Saint-Louis, fête du roi. La fête de l'Etre-Suprème se célébra, sous la Convention, dans la grande allée centrale. Cette allée fut considérablement élargie sous le Directoire, et la terrasse des Feuillants, qui avait beaucoup souffert des troubles, fut replantée presque en entier. Les hémicycles en marbre blanc, appelés carrés d'Atalante, qui terminent les allées de verdure que l'on voit aujourd'hui à l'extrémité des massifs, furent élevés d'après l'avis de Robespierre. La reconstruction des bassins remonte également k cette époque. Sous l'Empire, l'architecte Fontaine abattit les ifs du grand siècle et les remplaça par des fleurs et des bosquets. La terrasse «lu bord de l'eau fut affectée spécialement à la promenade du roi de Rome, pour lequel on y éleva un pavillon de repos. La Restauration se borna à faire ouvrir la principale entrée actuelle, du côté de la rue de Rivoli, en face de la rue des Pyramides. Le mur qui longeait jusque-là la terrasse des Feuillants fut remplacé par une grille, la grande grille actuelle. Sous Louis- Philippe, la terrasse en avant du palais fut supprimée et convertie en parterre particulier; on prolongea jusque dans les caves du palais le souterrain de la terrasse du bord de l'eau, aboutissant à son autre extrémité place de la Concorde, sur laquelle il débouchait sous le liou de pierre par une petite porte aujourd'hui disparue. C'est par cette petite porte que Louis-Philippe parvint à fuir avec une partie de sa famille, le 24 février 1848.

Le second Empire fit subir au jardin des Tuileries des modifications considérables. Pour agrandir au profit personnel du souverain le jardin particulier, on mutila la promenade publique, dont ou le sépara par une barrière grillagée et par un fossé gazon né de 2 mètres de profondeur. Déjà auparavant, en 1853, ou avait abattu les bosquets de l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau pour les remplacer par une orangerie, monument tout d'utilité, comme l'orangerie du Luxembourg. En face, à l'extrémité de la terrasse des Feuillants et faisant pendant, on construisit un jeu de paume pour le prince impérial. Le mur de soutènement de la terrasse du bord de l'eau fut reconstruit et surmonté d'une balustrade élégante; enfin cette terrasse fut rompue en face du pont de Solferino, en 1859, pour donner un nouvel accès au jardin, le jardin réservé contraignant les passants à faire un énorme détour. Ce jardin et l'allée qui longe le palais n'étaient, en effet, livrés au public que lorsque le souverain était absent. La grille de cette allée, sur le quai, est ornée de deux sphinx en inarbre blanc, rapportés de Sébastopol.

Le jardin des Tuileries doit son principal ornement aux nombreuses statues qui le décorent. Nous citerons, sans trop spécifier les places exactes que ces statues occupent, car elles subissent des changements fréquents : Flore et Zéphyre, VHamadryade, le Faune flûteur, de Coysevox; Vénus d la colombe, Nymphe au carquois, un Chasseur, de Guillaume Coustou; la Diane, \' Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis; ces trois dernières en bronze ; Enée enlevant Anchise, Lucrèce et Collatin, par Lepautre; ces deux groupes sont situés à l'entrée de l'ancien jardin réservé et font face à la grande allée; le Luocooii (bronze), le Spartacus de Foyatier, Thésée vainqueur du Minotaure, par Rainey fils ; le Thémistocle de Lemaire ; V Enlèvement d'Orithye do Flaman ; \'En-

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Uvement de Cybèle do Regnaudin ; Péri* clès, par Debay ; Soldat de Marathon, par Cortot; le Phidias de Pradier; le Rémouleur (antique, bronze). Citons encore : Cincinnalus, Caton, Hercule, César (ces deux dernières à l'entrée de la grande allée), Philopmmen. L'allée dite des Orangers est ornée à ses extrémités d'un Hercule de Bosio, et d'un Méléagre. Les salles de verdure encadrées sous le couvert sont ornées de V Hippomène et da VAtalante, de Lepautre et de Coustou, et de l'Apollon et Daphné, de Théodon. En quittant le couvert, nous trouvons encore : une statue de Scipion; quatre Termes; le Printemps, l'Eté, l'Automne, l'Hiver; l'Agrippine de Coustou; le Silène du même; l^Aimibal de Stoldtz ; une Vestale et un Bacchus, par Legros, etc. Avant la sortie, au bas des descentes .des terrasses, on distingue les quatre groupes suivants : le Tibre, par Van Clève ; le Rhône et la Saône, par G. Coustou; le Nil, par Bourdic ; le lïhin et la Moselle, par Van Clève. Enfin, nous ne franchirons pas le seuil de la grille de la place de la Concorde sans jeter un coup d'œtl sur la Renommée et sur le Mercure de Coysevox, motifs équestres qui ornent cette entrée des Tuileries et font dignement vis-à-vis aux Chevaux de Marly des Champs-Elysées.

Le jardin des Tuileries (on dit plus communément les Tuileries) a une superficie de 30 hectares, 702 mètres de longueur et 3 17 mètres de largeur. C'est aujourd hui encore une des promenades les plus fréquentées de Paris. Les enfants surtout y ont leur quartier général: enfants de tout âge, depuis le bébé jusqu'au collégien ; l'autorité fut même forcée de prendre des mesures sévères contre la « bourse • des timbres-poste, installée en pleine Petite-Provence par une jeunesse trop précoce.pour l'agio. (La Petite-Provence est le prolongement, du côté de la place de la Concorde, de la terrasse des Feuillants.) Il leur reste, pour les consoler, le jeu de ballon, la flottille sur les bassins, le théâtre Guignol, installé au beau milieu du vieux jardin, et la musique militaire. Du ier avril jusqu'au 15 octobre de chaque jour, la musique d'un régiment exécute des concerts publics dans un endroit spécial du jardin. Ces concerts en plein vent jouissent d'une vogue qui n'a fait que croître.

Nous ne terminerons pas cet article sans accorder un souvenir au marronnier dit ■ du 20 mars, > parce qu'il se mit à fleurir juste pour célébrer le retour de l'île d'Elbe. Ce vieux marronnier était illustre bien avant l'ère impériale. Il y a environ cent ans, le peintre Vien, alors élève de l'école française, fut accusé d'avoir assassiné ou fait assassiner son concurrent au prix de peinture. Il allait être arrêté, quand il prouva qu'à l'heure où le crime avait dû se passer il était tranquillement assis sous le futur marronnier du 20 mars, fort remarquable en ce que, seul, il était en fleur. Cet alibi victorieux le sauva.

Divers projets ont été proposés pour favoriser la circulation à travers le jardin des Tuileries. Sous l'Empire, il avait été question de couper en deux le jardin, à la hauteur du pont de Solferino, et d'établir en cet endroit une voie carrossable qui aurait rejoint la rue de Rivoli. La partie située entre cette voie et le palais aurait accru le jardin réservé, et le public se serait contenté de la partie ouest, entre la rue nouvelle et la place de la Concorde. Ou n'osa pas mettre ce projet à exécution; il fut repris en 1873, avec cette différence que le public aurait eu également accès dans les deux fragments du jardin, et l'on proposa aussi d'élablir une seconde voie carrossable longeant le palais. Ces solutions furent définitivement écartées; on décida seulement qu'il serait créé une allée bitumée, entre la rue de Rivoli et le pont de Solferino, pour le passage des piétons, une autre allée existant déjà devant le palais; mais cette décision n'a point encore été mise à exécution.

TUILETTE s. f. (tui-lè-te — dimin. de tuile). Constr. Petite tuile.

— Techn. Plaque d'argile cuite, avec laquelle on diminue l'ouverture d'un fourneau de fusion.

TUILEUR s. m. (tui-leur — rad. tuiler). Celui qui, dans une loge de francs-maçons, est chargé de tuiler les frères visiteurs.

— Adjectiv. Frère tuileur : Bon, dis-je en moi-même, voilà le frèrk tuileur qui vient me reconnaître. (Brill.-Sav.)

TUILIER s. m. (tui-lié — rad. tuile). Ouvrier qui fait des tuiles.

TU1LLOISE s. f. (tui-loi-ze). Hortic. Variété de tulipe.

TU1NMAN (Charles), grammairien hollandais qui vivait dans la première moitié- du xvme siècle. Il fut pasteur de l'Eglise réformée à Middelbourg. Tuiuman composa un assez grand nombre de poésies morales et religieuses, mais il se fit surtout connaître par les deux ouvrages suivants : le Flambeau de ta lanyue hollandaise (Leyde, 1722, 2 vol. in-4<>) ; l'Origine et l'explication des proverbes hollandais (Middelbourg, 1720, in-4»).

TOIPARA. s. m. (tui-pa-ra). Ornith. Espèce de perruche à queue courte, qui vit au Brésil.

TUIT s. m. (tuitt — onomatop. du cri de l'oiseau). Ornith. Un des noms vulgaires du pouillot.

TUKKAÏ s. m. (tuk-ka-i). Instrument da

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musique siamois, en forme de guitare, à dos très bombé et très-creux.

TU LA, rivière du Mexique. Elle prend sa source dans la partie N. de l'Etat de Mexico, truverse celui de Queretaro, sépare celui de San-I.uis Potosi de celui de Vera-Cruz et se jette dans le golfe du Mexique, sous le nom de Tumjjico, après un cours de 500 kilom.

TULASNE (Louis-René), botaniste français, né à Azay-le-Riileau (Indre-et-Loire) en 1815. Il abandonna l'étude du droit pour s'occuper de sciences naturelles, collabora à la linotte de la flore brésilienne d'Auguste de Saim-Hilaire et entra au Muséum de Paris, comme aide naturaliste, en 1845. M. Tulasne a succédé, en 1854, à Adrien de Jussien, comme membre de 1 Académie des sciences. Ce savant s'est occupé d'une façon toute particulière de la reproduction des végétaux phanérogames et cryptogames. Nous citerons de lui : Légumineuses arborescentes de l'Amérique du Sud (Paris, 1845, in- 4»); Mémoire sur les ustitaginées comparées n.ix urédinées (Paris, 1847, in-8°); Etudes d\vibryoyénie végétale (Paris, 1849, in-8°); Méiaoire pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des lichens (P;iris, 1852); Histoire et monographie des champignons hypogés (Paris, 1851, iu-fol.), travail important, comprenant la description, avec planches, décent vingtquatre espèces; Selecta fungorum carpotogia (1862-186C, 3 vol. in-4°, avec 61 planches), etc. On doit encore a M. Tulasne de nombreux articles et études dans les Archives du Alutéum, les Annules des sciences naturelles, les Comptes rendus de l;Académie des sciences. — Son frère, M. Charles Tulasne, né à Langeais (Indre-et-Loire) en 1816, s'est fait recevoir docteur, en 1843, à Paris, où il exerce la médecine. Il a activement collaboré à l'Histoire et monographie des champignons hypoyés et à la Selecta fungorum carpotogia, publiés par Louis-René Tulasne.

TULASNÉE s. f. (tu-lâ-né — de Tulasne, botau. IV.). Bot. Genre de plantes, de la famille des înélasUpumeées, comprenant deux espèces, qui croissent dans le sud du Brésil.

TULASNOÏDÉE s. f. (tu-là-no-i-dé — de Tulasne, botan. t'r., er. du gr. eidos, aspect). But. Genre Je champignons, de la tribu des tylostomés, formé aux dépens des lyloslomes, et d.mt l'espèce type croît dans les bois, aux environs de Paris.

TULAT s. in. (tu-la). Moll. Nom vulgaire d'une espèce de modiole.

TULBAGHIE s. f. (tul-ba-ghl). Bot. Genre de plaines, de la famille des liliacées, tribu des anihéiioèes , comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent au Cap de Buiine- Kspérance.

TULE s. f. (tu-le —du gr. tulê, cal, durillon). Bol. Genre de plantes, de la famille des ruhiacecs, tribu des oinchonées.

TULE, lac des Etats-Unis (Californie), dans le comte de Tuhue. 11 a environ 35 milles de longueur sur 22 nulles de largeur et se déverse dans la rivière de San-Joaquin.

TCLETTE, bourg et commune de France (Drônie), sur un canal dérivé de l'Eygues, cani. de Picrrelatte, arrond. et a 41 kilom. de Montel.niîir ; pop. aggl., 1,030 hab. — pop. tôt., 2,212 hab. Fabrique de papiers, d'ouvraison pour la soie, de tuiles ; moulineries.en soie. Le bourg, assez bien bâti, est entouré de murs flanqués de tours.

TULIN s. m. (tu-lain). Ornith. Nom vulgaire du tarin.

TULIPACÉ, ÊE adj. (tu-li-pa-sé — rad, tulipe). Bol. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tulipe.

— s. f. pi. Tribu de la famille des liliacées, ayant pour type le genre tulipe.

TUL1PA1RE s. m. (tu-li-pè-re — rad, tulipe). Zouph. Genre de polypiers, du groupe des bryozoaires ou de celui des sertuluriés. Il Syn. de LlRiozoÉ et de pasythée, genre de polypiers.

TULIPE s. f. (tu-li-pe — du persan dulbend, qui signifie turban, et qui est aussi le type de ce mot. La fleur a pris son nom de sa ressemblance avec un turban). Bot. Genre de plaines bulbeuses, de la famille des liliacées, typa de la tribu des tulipacées, comprenant une vingtaine d'espèces, qui croissent dans les régions tempérées de l'Europe et de l'Asie : Les belles tulipes flamandes conservent encore une haute valeur. (P. Duchartre.) Les tulipes soulevèrent contre elles des fanatiques. (Th. de Berneaud.) il Tulipe des prés. Nom vulgaire de l'hémautlie. il Tulipe du Cap, Nom vulgaire de la fritillaire. Il" Tulipe de Java, Nom vulgaire de l'amaryllis de Ceylan.

— Artill. Partie renflée du côté delà volée d'un canon.

— Crust. Nom vulgaire des balanes ou glands de mer.

— Moll. Nom vulgaire de diverses coquilles des genres cône, fasciolaire, volute et modiole.

— Enoycl. Les tulipes sont des plantes bulbeuses, h feuilles radicales, oblongues, ovales ou lancéolées ; du centre <le ces feuilles s'élève une hampe droite, terminée par une fleur dressée, solitaire, à six divisions alternant sur deux rangs, conniventes; le fruit

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est une capsule trigone, à trois loges, renfermant de nombreuses graines horizontales, aplaties, à test roussâtrê. Ce genre comprend un certain nombre d'espèces, qui croissent pour lu plupart au pourtour du bassin méditerranéen. Files jouissent de quelques propriétés médicales; mais en général elles se font remarquer surtout comme plantes d'ornement. Plusieurs sont à ce titre cultivées, de temps immémorial, dans nos jardins, pour la beauté de leurs fleurs; l'une d'elles surtout a joui autrefois d'une immense réputation, et sa culture est devenue une branche de commerce assez importante.

La tulipe de Gesner, appelée aussi tulipe des fleuristes ou des jardins, est haute de 0m,25 en moyenne ; ses fleurs présentent tous les coloris les plus variés, à 1 exception du bleu pur. Originaire de l'Orient, elle est aujourd'hui naturalisée dans diverses contrées de l'Europe méridionale. Il est probable que cette espèce a été connue des Grecs et des Romains, qui ont certainement connu d'autres espèces voisines. Décrite pour la première fois par Conrad Gesner, en 1559, sur des individus dont les bulbes avaient été apportés de Constantinople, elle fut propagée dans les Pays-Bas par les soins de Charles de Lécluse ou Clusius, qui, en 1575, envoya de Vienne des graines venant de Turquie. Peu de temps après, elle fut introduite en France.

A peine connue en Hollande, la tulipe y devint l'objet d'un enthousiasme qui ne tarda pas a dégénérer en véritable manie. Le nombre des» fous tulipiers, « comme on appela les amateurs maniaques de cette fleur, alla augmentant tous les jours. Les Flamands et les Hollandais déboursèrent souvent des sommes énormes pour la possession exclusive d'une seule variété, très-belle il est vrai pour l'époque, mais dont le plus médiocre amateur ne se soucierait guère aujourd'hui. Les tulipes furent cotées à la bourse de Harlem, et certains oignons atteignirent une valeur fabuleuse . h'amiral Lies/cens valait plus de 4,000 florins; le semper Augustus, 2,000 florins. Un jour, il ne resta plus de ce dernier que deux exemplaires, l'un à Harlem, l'autre a Amsterdam. On offrit pour l'un 4,600 florins et une voiture attelée de deux chevaux frisons harnachés, pour l'autre douze arpents de terre, et l'on ne put les obtenir. Pour un seul oignon du vice-roi, un amateur donna, à défaut d'argent, divers objets dont la valeur totale s'élevait à 2,500 florins.

Au commencement du xviio siècle, le prix des tulipes devint insensé et enrichit beaucoup de spéculateurs. 11 se lit en trois ans, dans une seule ville de Hollande, pour plus de 10 millions d'affaires en tulipes. Une seule collection monta, dans une vente publique, à 9,000 florins. On raconte même qu'à Lille, un amateur céda une excellente brasserie en pleine activité, estimée 30,000 francs, pour un seul oignon appartenant à une variété qui, pour celte raison, fut appelée tulipe brasserie. Plusieurs marchands abandonnèrent leur boutique et leur commerce pour se livrer exclusivement à la culture de cette plante. En France, on n'était guère plus sage, car on donnait un moulin en échange d'un oignon de la variété mère brune. On raconte aussi qu'un amateur donna en dot à sa fille, à la grande satisfaction de son gendre, un oignon de la variété mariage de ma fille.

Un pauvre savetier de La Haye était parvenu à obtenir une tulipe noire. La renommée de cette merveille végétale se répand rapidement; un matin il reçoit une députation de la Société des tulipiers de Harlem ; ou marchande sa fleur, on lui en offre 200 florins; sur son refus, les offres montent jusqu'à 1,500 florins. A ce prix, il se décide à livrer sa chère tulipe. Mais à peine les députés la tiennent-ils qu'ils la jettent k terre et l'écrasent. « Imbécile, disent-ils au savetier, nous l'avons trouvée, nous aussi, la. tulipe noire, mais nous ne voulions point avoir de rival ; c'est pourquoi nous venons de la détruire, parce que nous savons que le hasard ne te favorisera pas une seconde fois et que tous les soins que tu donneras à la culture de ton jardin ne t'en redonneront point une autre; aussi, si tu avais demandé 10,000 florins, tu les aurais eus. > Le savetier, dit-on, mourut de chagrin.

Pour clore la liste de ces extravagances, que nous pourrions multiplier à l'infini, nous empruntons une anecdote à M. Maxime Du Camp : « Un marin, faiigué d'attendre chez son armateur et voyant des oignons sur une planche, s'imagina de déjeuner pour tuer le temps; il tira un morceau de pain de sa poche, prit un oignon, mordit dedans, le trouva amer, le jeta, en prit un autre, et ainsi de suite jusqu'à onze fois. L'armateur intervint trop lard et chassa à coups de trique le matelot dont le repas frugal lui coûtait plus de 30,000 florins. Un déjeuner de Cléopâtrel Le malotru avait assaisonné son pain sec avec onze oignons uniques. •

La tulipomanie atteignit des proportions telles, que le gouvernement hollandais décréta des peines sévères pour arrêter cette fureur ruineuse qui, pour un plaisir de quelques jours, compromettait l'existence des familles. L'expression de fou tulipier, et le ridicule qui s'y attachait, dut aussi arrêter quelques fiorimanes sur la pente fatale. D'un autre côté , les tulipes soulevèrent contre elles des fauatiqu.es ; le plus acharné de tous

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fut Evrard Forstius, professeur de bolanîque à Leyde, qui abattait à coups de canne toutes celles qu'il rencontrait dans les jardins ou ailleurs. Mais ce qui contribua plus que toute autre chose à guérir cette monomanie, ce fut d'abord la vogue toujours croissante des jardins anglais, qui détrônèrent les parterres, et plus tard l'introduction d'un grand nombre de jolies plantes à floraison printanière. Puis enfin la mode des tulipes passa comme passent toutes les modes.

Les variétés de la tulipe des fleuristes se comptent aujourd'hui par milliers ; mais on n'en cultive guère dans les jardins que quelques centaines des mieux choisies. On les divise en tulipes simples et tulipes doubles, qui se subdivisent à leur tour eu tardives et hâtives. Les tulipes simples tardives forment deux catégories, suivant qu'elles sont à fond blanc ou à fond jaune. Les premières, dites tulipes flamandes ou d'amateur, sont les plus estimées etles plus recherchées; mais il faut pour cela qu'elles satisfassent à certaines conditions qu'il serait trop long d'énumérer. Les secondes, dites tulipes bizarres, sont généralement plus vigoureuses et plus rustiques, mais moins estimées, bien qu'il y en ait de très-belles dans le nombre. Les tulipes simples hâtives ont en général des couleurs vives et apparentes; aussi les préfère-t-on pour faire des groupes, des massifs, pour orner les plates-bandes, en un mot pour produire de 1 effet. On trouve dans ce groupe quelque^ variétés recherchées seulement pour leur feuillage, qui est panaché de blanc ou de jaune pale. Enlin, les tulipes doubles sont des plantes trapues, à feuilles amples, et qui font un grand effet dans les massifs et les corbeilles.

La culture des tulipes n'offre pas de difficultés sérieuses; ce sont des plantes rustiques, qui croissent à toute exposition, pourvu qu'elle soit bien aérée et bien éclairée. Toutefois, les expositions du sud-est et du sudouest sont les meilleures. Peu difficile sur la . nature du sol, pourvu qu'il soit sain et égoutté, la tulipe préfère une terre douce au toucher, meuble et substantielle, assez profonde, plutôt sableuse qu'argileuse, en un mot une bonne terre franche ou à blé. On n'aura recours aux engrais qu'en cas de besoin, et on aura soin de n'employer que du fumier bien consommé et réduit en terreau, de préférence du fumier de vache. La terre, bien ameublie par des labours comme àl'ordinaire, doit être soigneusement débarrassée, avant la plantation, des pierres qu'elle pourrait contenir. Il est même des amateurs qui plantent leurs tulipes dans des plates-bandes formées d'une terre criblée ou tamisée et composée spécialement en vue de cette culture; il faut éviter néanmoins de mettre les tulipes dans un sol trop riche; car elles pourraient s'affoler, ce qui nuirait à la beauté de la floraison. Sous le climat de Paris, les tulipes fleurissent d'ordinaire dans le courant de mai. En général, aussitôt qu'elles sont défieuries et lorsqu'on ne veut pas tes conserver comme porte-graines, on casse la tige au-dessus des feuilles, sans supprimer celles-ci; on favorise ainsi le grossissement et on hâte la maturité de l'oignon. Quand celle-ci est arrivée, on enlève les bulbes de terre, on les débarrasse de leur peau extérieure, on en sépare les racines, les tiges, les feuilles et les caïeux; on les laisse ressuer un peu, et enfin on les renferme dans des boîtes ou des tiroirs suffisamment aérés, jusqu'au moment de leur replantation. Les caïeux sont enlevés tous les ans et traités comme les bulbes adultes; ils fournissent un excellent moyen de propagation. Il arrive quelquefois que certaines tulipes fleurissait mal ou pas du tout; mais elles reviennent dans les années suivantes. On ne propage guère les tulipes par semis que lorsqu'on cherche à obtenir des variétés nouvelles. On choisit des graines sur les fleurs les mieux faites et les plus belles, et de préférence sur les variétés flamandes ou à fond blanc. On sème à l'automne, en pleine terre ou en terrines, à l'exposition du midi, et pendant l'hiver on répand sur le semis une couche de mousse, de feuilles ou de litière, qu'on enlève dès que les gelées ne sont plus à craindre. La germination s'effectue au printemps; mais la floraison des plants de semis, appelés baguettes, n'a guère lieu avant la quatrième ou la cinquième année; ce n'est qu'alors aussi que les bulbes commencent à donner des caïeux, et c'est plus tard encore que les fleurs acquièrent leur coloris définitif; les fleurs provenant de graines recueillies sur les tulipes à fond blanc sont les premières à se caractériser.

La tulipe odorante ou duc de Thol se recoinniunde par ses fleurs d'un rouge écarlate foncé, bordé de jaune dans le type, mais représentant, suivant les variétés, toutes les nuances du rouge, du jaune et du blanc et exhalant d'ailleurs dans tous les cas une odeur très-agréable; malheureusement, ces fleurs ne durent pas longtemps. Toutefois, leur floraison très-précoce et la vivacité de leur coloris leur assignent une place dans les plates-bandes, les bordures, les corbeilles, les groupes, etc. Originaire du midi de l'Europe, cetle plante est très -rustique et se prête parfaitement à la culture forcée. En attachant avec un bout de fil l'extrémité des divisions du pénanthe, quand il est encore en bouton, on prolonge un peu la durée de ces fleurs. La tulipe œildu-soleil, qui croit

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dans le midi de la France, ressemble asseï à l'espèce précédente, mais elle est encore plu3 hàlive. Nous signalerons encore les tulipts turque, dragonne ou flamboyante , précoce, cornue, de Perse, de Lécluse, etc. Tomes ces espèces, dont les fleurs varient du rouge au jnune et au blanc, se cultivent, comme la première, mais sans exiger en général autant de soins,

La tulipe sauvage atteint la hauteur de 0>n,40 ; sa hampe se termine par une ou deux fleurs d'un beau jaune, brunâtres ou verdâtres en dehors; ces fleurs, qui ne s'épanouissent bien qu'au soleil, atteignent quelquefois près de on», 30 de tour-, elles exhalent une odeur faible, mais ugréable, et s'épauouissent en avril, quelquefois de très-bonne heure. Cette espèce est assez commune eu France; c'est celle qui s'avance le plus vers le Nord ; on la trouve même spontanée dans les environs de Paris. Elle a produit une variété à fleurs doubles, d'un jaune pur, appelée rose jaune ou rose de Provence. On lui rapporte également, comme simple variété, la tulipe de Cels, qui est moins haute et dont les fleurs, plus précoces, sont rougeâtres en dehors.

Les bulbes de cette espèce, comme ceux de ses congénères, sont féculents, mais d'une .saveur acre, dont on peut les dépouiller par la cuisson dans l'eau ; on les inange alors comme les pommes de terre. En médecine, ils ont de3 propriétés analogues à celles des bulbes du lis. Pris à l'intérieur, ils excitent le vomissement. A l'extérieur, ils sont éuiollients. On les emploie cuits, en cataplasmes, contre les phlegmons, lorsqu'on veut accélérer la suppuration et diminuer la douleur.

TULIPIER s. m. (tu-li-pié — rad. tulipe). Hortic. Cultivateur, amateur de tulipes : Il est tulipier, oui, il cultive les tulipes en pot. (Monnier.)

— Bot. Genre d'arbres, de la famille des magnoliaeées, tribu des magnoliées , dont l'espèce type croît dans l'Amérique du Nord : Le tulipier de Virginie ne se trouve encore dans nos pays que comme arbre d'ornement. (P. Duehiirire.) Le bois du tulipier est d un blanc jaunâtre. (Th. de Berneaud.)

— Encycl. Le tulipier de Virginie, vulgairement nommé arbre aux tulipes ou bois jaune, est un grand arbre, à racines pivotantes et traçâmes; sa tige, qui atteint quelquefois la hauteur de om,40, est cylindrique, régulière, couverte d'une écorce brune et lisse dans le jeune âge, plus tard grisâtre et un peu fendillée. Elle produit des rameaux nombreux et étalés, portant des feuilles alternes, à quatre lobes, tronquées au sommet, d'un vert clair en dessus, blanchâtres eu dessous, accompagnées de grandes stipu.es glauques; leur ensemble forme une cime étendue et très-épaisse, qui prend à l'automne uue couleur d'un jaune d'ur. Les fleurs, trèsgrandes, portées sur de longs pédoncules solitaires à l'extrémité des rameaux, ont une corolle à six peuiles dressés, d'un jaune verdâtre, portant au milieu une grande tacha feu ou orange; elles paraissent eu juin-juillet et sont légèrement odorantes. Le fruit est une sorte de cône formé par la réunion de samares planes et imbriquées. Celte espèce présente un certain nombre devnriéiés à lobes aigus ou obtus, à feuilles entières, à fleurs plus colorées, etc.

L« tulipier est originaire de l'Amérique du Nord, où on le trouve depuis le Canada jusqu'à la Floride; il habite surtout le bord des cours d'eau et les prairies sujettes aux inondations. Il est aujourd'hui naturalisé dans une grande partie ne l'Europe, et on en voit de trè>-ueaux dans diverses localités, notamment dans le parc de Versailles. Il piésenie, dans son ensemble, un port imposant et majestueux, une belle cime régulière ; il produit toujours un effet remarquable dans les plantations d'ornement, surtout lorsqu'il est isolé ; mais sa culture est si avantageuse sous ce "rapport, qu'on en fait aussi ces quinconces, des avenues, de petits groupes/eic. C'est en 1732 que les premières graines du tulipier, rapportées en France par l'amiral de La Galissonulère> furent semées dans le parc de Trianon.

Un climat tempéré, ou du moins pas trop froid et modérément humide, est celui qui convient à cet arbre. 11 veut nue exposiiion découverte, car il craint l'ombre; il vient très-bien à l'exposition du nord. Feu difficile sur la nature du sol, pourvu que celui-ci soit frais, il préfère les bonnes terres franches, un peu argileuses et profondes; le voisinage des eaux courantes lui est très -favorable. Il végète mal et succombe de bonne heure dans , les terrains trop légers ou trop secs, aiusi que dans les fonds marécageux.

On ne propage guère le tulipier que par graines, semées de préférence à l'auioinne, aussitôt après la maturité. Le semis se fait en planches ou en terrines, en sol léger, et mieux en terre de bruyère pure ou meiangée de terre franche, à l'exposition de l'est ou eu midi. En hiver, on étend sur le semis une couche de feuilles sèches ou de litière. Pendant les fortes chaleurs, on arrose abondamment et on ombrage les jeunes plains par des claies ou des toiles. Dans les climats du Nord, il est préférable de semer dans des pots ou des caisses, qu'on rentre en orangerie durant l'hiver. On continue ces soius pendant trois ou quatre ans et on opère un ou deux repiquages

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pendant ce laps de temps. La multiplication de cet arbre par bouture, marcotte ou greffe est rarement employée, vu sa difficulté et le peu de chance de succès.

Le bois du tulipier a l'aubier blanc, léger, assez tendre, sans être' filandreux, rappelant un peu celui du peuplier franc, mais plus lourd et plus compacta; il se décompose facilement à l'air; aussi ne l'emploie-t-on qu'k l'intérieurdes habitations. Le cœurdu bois est de couleur jaune citron; il est plus dur, susceptible de recevoir un plus beau poli et se conserve mieux ; débarrassé de l'aubier, il résiste mieux aux influences extérieures et n'est que rarement attaqué par les vers; il n'est pas non plus sujet à se fendre, et„comme d'uilleurs il se travaille bien, on l'emploie k une foule d'usages dans différentes parties de la construction, dans l'économie rurale, l'ébénisterie, etc. On en distingue deux sortes, l'une k bois jaune, mou et cassant; l'autre k bois blanc, dur et pesant. Ces différences sont dues probablement k des influences locales ou au développement relatif de l'aubier et du cœur dans les individus de différents âges. En général, ce bois est d'un grain assez tin, odorant et prend bien les couleurs, quand il est sec. On en- fait de la charpente légère, des solives, des planches, de la volige, des tables et autres meubles, de petits objets d'art, des talons de chaussures, etc. C'est encore un des arbres que les sauvages emploient pour faire des canots d'une seule pièce.

L'écorce, celle des racines surtout, a une odeur aromatique et une saveur tiès-amère. Elle contient, d'après Bouchardat, de l'huile essentielle, du pipérin, une résine molle et acre,. un alcali végétal particulier appelé liriodendrine, du tanin, de la pectine, de la gomme, du ligneux et enfin quelques sels.

TULIPIFÈRE adj. (tu-li-,pi-fè-re — de tulipe, et du lat. fera, je porte). Bot. Qui porio des fleurs semblables à celles de la tulipe.

TUL1POMANE s. (tu-li-po-ma-ne — de tulipe, et de mauie). Amateur passionné de tulipes.

TULIPOMANIE s. f. (tu-li-po-ma-nl — de tulipe, et de manie). Goût maniaque pour la culture des tulipes.

TOUT ALTEIl HONORES, Fin d'un vers célèbre de Virgile. V. sic vos non vobis.

TULKI s. m. {tul-ki). Mâmm. Un des noms du chacal, en Orient.

TULL (Jethro), agronome anglais, né dans le comté d'Oxford vers 1680, mort en 1740. Poussé par son goût pour l'agriculture, il renonça k la carrière du barreau et visjta les principaux pays de l'Europe pour en étudier le sol, les modes de culture et les productions. Do retour en Angleterre, il s'établit dans un domaine près d'Oxford, passa ensuite quelques années en France et en Italie pour y rétablir sa santé, puis se fixa définitivement dans bu propriété de Prosperous Farm, où il se livra à diverses expériences agricoles. Les divers essais qu'il tenta amenèrent sa ruine, et il mourut dans la misère. Tull crut k tort qu'on* pouvait substituera l'engrais le fréquent remuage du sol et l'humidité. Il avait inventé une nouvelle méthode pour semer le blé par planches, laquelle a été quelque temps suivie, notamment par Voltaire, puis complètement abandonnée; enfin, il a émis sur divers points des idées exactes dont l'application est devenue générale. On a de lui : Spécimen (1731); Essai sur l'économie domestique (1733, in-fol. ), dont Duhamel s'est beaucoup servi pour son Traité de la, culture des terres, et divers autres écrits réunis et publiés à Londres (1751, in-8°).

TCLLAMOBB, ville d'Irlande, ch.-l. du comté du Roi (Leinster),.sur le Grand-Canal, au centre du marais d'Allen, à 110 kilom. O.-S.-O. de Dublin; 5,000 hub. Fabriques de toiles. Commerce de blé; foires. Cliarlaville- Forest, près de la, est la résidence du comte de Charleville.

TULLE s. m. (tu-le — du nom de la ville de Tulle, ou les premières fabriques de cette » étoile paraissent avoir été établies). Sorte de tissu 'on réseau, très-léger, a mailles hexagones : Une robe de tull.15. Un bonnet de tullk. Une collerette de tullk. Tulljb uni. Tulle brodé.

— Tulle piqué, Tricot de bas à jour.

— Encycl. En 1768, un fabricant de bas au métier, nommé Hammond, en examinant des dentelles achetées par sa femme, imagina que, puisqu'il parvenait a faire des bas « à jour, » il pourrait réussir à fabriquer un tissu entièrement ■ à jour. » Il produisit, en effet, une espèce de tricot k mailles courantes et lui donna le nom de « tricot-dentelle. • La fabrication de ce tricot-dentelle fut essayée en France en 1778 par un ouvrier nomme Caillon. L'année suivante, Caillon exécuta ce nouveau travail en présence d'une commission nommée par l'Académie des sciences et par l'administration. Les résultats parurent si concluants, qu'il lui fut accordé une graduation de 1,000 livres tournois et que la maîtrise de bonnetier lui fut conférée. Pendant vingt ans, des essais continuels, des perfectionnements de métiers, des inventions mécaniques firent progresser peu à peu cette fabrication naissante. Mais ce ne l'ut qu'en 1798 que John Liudley, fabricant à Nottiug-

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ham, inventa la bobine, avec laquelle il parvint k obtenir mécaniquement le véritable réseau de la dentelle au fuseau. Le procédé laissait encore beaucoup k désirer, lorsqu'un simple ouvrier, nommé Heathcoat, adoptant la bobine de Lindley, l'appliqua à une mécanique si bien organisée qufil arriva k réaliser pratiquement la maille hexagonale claire, unie et régulière que jusqu'à cette éppque (1807) aucun tricoteur -au métier n'était parvenu à produire. C'était presque la perfection. Aussi Heathcoat est-il considéré comme l'inventeur véritable du métier à tulle.-

Kn 1815, on ne comptait encore en Angleterre que 140 métiers, qui, très-étroits au début, avaient été successivement élargis. En 1816, on commença à substituer au travail de l'homme la force motrice des machines a vapeur, qui ne furent généralement adoptées que vers 1823. Cette année, le brevet de Heathcoat expirait; on monta des manufactures de tulle de tous côtés. La production devint bientôt exagérée et les" prix subirent une très-forte diminution. Cependant, on ne produisait toujours que très-peu de tulle en France ; cet article était même prohibé ; aussi l'entrée en contrebande en était-elle très-considérable. Le premier métier ii tulle fiançais fut monté k Douai en août 1816, et le second fonctionna à Calais en février 1817.

En 1824 parut à Saint-Pieire-lez-Calais la première machine dite circulaire. Adoptée immédiatement par tous les fabricants, elle décida de l'avenir de " cette industrie en France.

Pour la fabrication du tulle, il fallait du coton retors filé à 100,000 ou 200,000 mètres au kilogramme, et, à cette époque, ca que les filateurs français pouvaient produire de plus fin avec leur tfutillage ne dépassait pas 70,000 mètres au kilogramme. De plus, les cotons filés étrangers étaient absolument prohibés. La fabrication du tulle s'alimenta par la contrebande. Au bout de six années (1830), il y avait en France 1,000 métiers à tulle. En 1835, on comptait dans toute l'Europe 6,850 métiers, produisant environ 30 millions de-mètres carrés de ce tissu, représentant alors 60 millions de francs. La consommation de cet article était, pour la France seulement, estimée à 25 millions de francs, dont la moitié, de provenance anglaise, arrivait par contrebande. Nottingham seule en produisait pour 47 millions da francs.

', Les premiers métiers n'avaient que 16 pouces, puis ils en eurent 36 et s'élargirent successivement jusqu'à 170 pouces.

La première machine à fabriquer le tulle point-d'esprit (petite mouche formant semé) fut importée d'Angleterre en 1835 par MM. Champaillier et Pearson. Cet article eut une vogue immense et méritée. Il fut le point de départ des grands changements et perfectionnements qu'apporta l'application du système Jacquard au métier a lutte. L'Angleterre inventa les métiers à tulle, mais la France peut revendiquer l'application à ce métier de la machine Jacquard, qui ii fini par transformer le tulle simple en dentelle la plus compliquée, et d'accessoire est devenu le principal dans le système. Dès 1846, on comptait en France 1,800 métiers k tulle, dont la moitié fonctionnait à Calais et aux environs. La fabrication calaisienne, en 1850, employait 80,000 kilogrammes de coton retors lin, produit des filatures françaises en grande partie déjà. Ces cotons, transformés en tulle, représentaient une valeur de plus de 8 million*', ce qui mettait le tulle, tant uni que façonné, k 100 francs le kilogramme.

C'est en 1795 que l'on parvint k réussir les premiers tulles de soie à mailles courantes, connus sous le nom de tulles de Lyon. Eu 1799, cette industrie procurait aux ouvriers un salaire de 15 k 20 francs par jour. Pendant les vingt années suivantes, plusieurs tulles nouveaux et de genres différents pri-s rent naissance, entre autres : le tulle k mailles fixes, employé surtout en noir pour châ- ■ les, voiles, mantilles, et dont l'Espagne faisait une consommation considérable ; le tulle blonde, qui succéda au tulle noué et qui eut bientôt une vogue immense.

En 1823 arriva à. Lyon la première machine anglaise à tulle. Perfectionné par M. Dognin, ce métier donna bientôt des tissus qui détrônèrent tous les tulles précédents. Par l'emploi des fils de soie extra- tins', il obtint un tulle si léger, si diaphane, qu'il le nomma tout d'abord /iii/e- zéphyr et plus tard tulleillusion. Eu 1839; le tuile dit tulle de Bruxelles eut une très-grande vogue.

Cambrai, puis Lille se mirent à fabriquer le tulle de soie. A son tour, Culais produisit des blondes de soie blanches et noires, imitant assez bien la véritable blonde de Cacn. En 1850, Calais, Lille, Cambrai et Lyon fabriquaient en soie des tulles brochés, ou fausses dentelles, qui rivalisaient pour la beauté des dessins et pour l'aspect k distance avec les dentelles de Caen, de Bayeux, de Chantilly, à des prix huit fois moins élevés que celles-ci. Cette année, l'exportation des tulles de soie fut de 33,000 kilogrammes, représentant plus de 7 millions de francs.'

Le métier k tulle avec jacquard fait en dix minutes ce qu'une dentellière habile, en travaillant douze heures par jour, uurait de la difficulté" à faire en six mois.

Nomenclature des tulles :

îo Tulles divers, en filet, point de Paris,

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fantaisies destinées k la lingerie, dessins variés k l'infini, prix très-modiques.

20 Tulles dits Valenciennes, lOetll points, imitation de la dentelle de même nom.

3" Dentelle dite de Calais, en 14 et 16 points, la plus belle dentelle produite à la mécanique.

40 Tulle Neuville, entièrement tisse, broché et brodé au métier.

5" Tulle Neuville, 10 et 11 points, broché à la Jacquard, puis brodé à l'aiguille avec un fil de lin.

60 Tulle Neuville, U et 16 points, pour lingerie.

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70 Tulle broché, grande largeur, imitant la guipure, dit point de Venise, pour ameublements.

8° Tulle broché, guipure en 3 et 4 mètres de largeur, sur métier à 10, 12, 14 et 16 points, avec dessins k bouquets et grands ramages, broché mécaniquement, puis brodé à la main avec un fil qui entoure les dessins.

Tel était vers 1862 l'état de la fabrique tullière , d'après l'historiographe de cette industrie, M. Félix Aubry, rapporteur des jurys aux grandes expositions internationales.

Depuis cette époque, les progrès k Calais et à Lyon ne se sont pas ralentis.

Voici quel fut le mouvement de cette importante, industrie d'après le Tableau général du commerce de ta France pendant l'année 1874, publié par la direction générale des douanes. (Nous avons négligé les tractions de centaines, qui sont presque insignifiantes.)

Tulles de soie (1874).

Russie

Allemagne

Belgique

Angleterre

Autriche

Espagne

Italie

Suisse

Amérique du Nord.

Amérique du Sud .

Autres pays . . . .

Tulles de coton (1874).

Importation.

FK.

Importation.

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