‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 451 sur 1042 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

probable.

Serbes 1,775,000

Bulgares 4,500,000

Russes, Ruthènes, Cosaques 10,000

Polonais 5]0oo

Roumains 75,000

Z'mgares 200,000

Population totale 11,480,000

j Guègues .

j Tosques. .

Osmanlis .

Tatares . .

Arabes . .

Israélites .

La Turquie d'Asie est habitée par des Turcs, dus Arméniens, des Arabes, des Turkomans, des Kourdes , des Bédouins. Les Turcs, les Grecs et les Arméniens résident dans les villes, où les premiers exercent tous les emplois civils ou militaires, tandis que les autres se livrent au commerce. Les Arabes, ainsi que beaucoup de Grecs, peuplent les villages et forment la classe des laboureurs et le bas peuple des villes. Les Turkomans, les Kourdes et les Bédouins errent dans les parties centrales et partout ailleurs que dans la partie septentrionale.

Le peuple dominant politiquement dans l'empire ottoman est le peuple turc. Les Turcs proprement dits ou Osmanlis sont le peuple le plus important du groupe turcotartare de la famille touranienne ou ouralaltaïque. •

De tous les peuples d'origine ouralienne, dit Adam Mickiewicz, les tribus turques sont celles qui se rapprochent le plus de la souche connue sous le nom d'indo-germanique. Mêlés aux belles races des pays conquis, ies Turcs ont perdu leur laideur primitive.

Leurs manières sont empreintes de noblesse et de majesté. Doués d'une énergie prodigieuse, bien qu'un peu mous de corps, ils n'offrent, sous le rapport moral, aucune ressemblance avec les Mongols. Tandis que ceux-ci sont privés de tout sentiment religieux, les Turcs, eux, se distinguent par un tempérament ardent et prompt au fanatisme. L'esprit des Mongols est froid ; le leur est doué d'une imagination vive. Plutôt passive qu'active, cette imagination n'enfante pas d'œuvres originales, mais elle s'approprie, elle imite volontiers les produits de la poésie et de l'art étrangers... Le Turc chérit le repos, il aime à s'enfoncer dans une douce rêverie. II exprime cet état où il se complaît par des mots intraduisibles , qui ressemblent au far-niente des peuples méridionaux. Le Turc est avide de conquêtes, de richesses, de pilla^o; mais il ne s'est jamais montré aussi habile que le Mongol à tirer parti des inventions de la civilisation qu'il trouvait chez les peuples vaincus. Il déteste l'étranger, et cette

haine lui fait dédaigner ce qu'il y.a d'utile chez les autres nations.

Ecoutons maintenant un détracteur des Turcs, M. Matthieu. Voici quelques extraits du tableau que trace cet auteur du type physique et du caractère moral des Turcs.

■ Le Turc, dit-il, ne fait aujourd'hui d'autres rêves que ceux que lui procure son cliibouk ; il n'a d'autre ambition que de vivre dans l'inaction. Sa sphère d'activité s'est tellement restreinte qu'à le voir on s'imaginerait qu'il n'a pas été fait pour marcher. L'état d accroupissement dans lequel il végète a contrefait et alourdi ses membres: le port majestueux du Scythe n'existe plus que dans les légendes.

» Au premier abord, le Turc paraît vigoureux, mais en l'observant on reconnaît en lui une grande prédominance du système lymphatique... Les enfants en général ont la tète volumineuse, le ventre ballonné et les extrémités grêles. Cette mauvaise complexion dure ordinairement jusqu'à l'époque où les organes génitaux ont acquis l'importance qu'ils doivent jouer dans l'économie. La croissance dans les deux sexes est rapide. Les filles sont formées de bonne heure, mais à vingt ans, et souvent plus tôt, elles sont déjà presque flétries. Les jeunes gens résistent mieux, mais ils se trouvent également dans des conditions très-défavorables à leur développement physique. A seize ans, on leur donne des femmes pour achever de détruire leur santé. Des bouffons, des danses lascives et des marionnettes composent aujourd'hui les rares distractions des Turcs ; la tristesse et le dégoût obscurcissent leur physionomie et la gaieté, à leurs yeux, est une indécence. On ne trouve parmi eux ni communications sociales ni épanchements d'amitié. La vie Sédentaire les prédispose aux maladies des organes digestifs, aux obstructions, aux hypochondries , à la jaunisse, aux hydtopisies, et diminue leur pouvoir générateur.

» Les passions de l'âge viril manquent au Turc et la vie, pour la plupart des individus, se compose de l'enfance et de la vieillesse. Ils sont tour à tour braves et pusillanimes,

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déterminés et irrésolus, voluptueux et sanguinaires; inaccessibles à la pitié, ils sont aussi calmes dans le sacrifice de leur vie que dans le meurtre de leurs victimes, et se regardent comme les esclaves ou les ministres d'une aveugle fatalité. N'ayant qu'une sensibilité machinale, ils sont rarement malheureux et ne le sont jamais beaucoup. Leur sensibilité peut cependant être poussée aux extrêmes comme celle des femmes; mais les ressorts qui l'ont excitée se détendent trèsvite. Ce n'est pas sans raison qu'un écrivain les a définis « un peuple d'antithèses. »

» La manière dont les femmes sont vêtues, et leur habitude du voile, empêchent le voyageur de se former une idée exacte de leur taille et de la beauté de leurs formes. Leur seul caractère remarquable pour un étranger est l'éclat de leurs yeux, presque tonjours bruns ou noirs, et dont la vivacité frappe d'autant plus que le voile blanc la fait encore ressortir.

— Institutions. L'empire ottoman est une monarchie absolue, dirigée par un sultan ou padischah. Parmi les sujets du sultan, les non-musulmans ou raïas, qui constituent la grande majorité de la population de la Turquie d'Europe et une' partie de celle de la Turquie d'Asie, sont placés sous la suprématie des musulmans, c'est-à-dire des Turcs et d'un petit nombre de Slaves, de Grecs, etc., professant le mahométisme. Il y a donc en Turquie une caste privilégiée et une caste opprimée. Parmi les raïas, les chefs religieux, patriarches, évoques ou rabbins, exercent un pouvoir politique et judiciaire sur les simples fidèles. Fidèles et ecclésiastiques, les raïas subissent l'autorité des musulmans; musulmans et raïas sont soumis au pouvoir illimité et sans contrôle du sultan.

Le régime actuellement en vigueur en Turquie est censé être la mise à exécution des promesses du hatti-chérif de Gulhané de 1839 et du hatti-humaïoun de 1856. En réalité, c'est une sorte de moyen terme entre l'ancien régime' turc et les réformes libérales souhaitées par les raïas et demandées par la presse et par la diplomatie européennes.

Le chef de l'Etat porte, outre le titre de sultan (prince du sang), sous lequel il est souvent désigné en Occident, celui de padischah (protecteur-roi). U représente la loi : à lui appartient de la faire exécuter, de la modifier, s'il y a lieu, par des décrets (hatti-chérif, hatti-humaïoun). Contrairement à une opinion assez répandue, il n'a aucune attribution religieuse, sauf celle de présider la prière du vendredi dans la mosquée où il lui plaît de se rendre. Le sultan ou padischah, qui est en même temps Y émir el moumenim, c'est-à-dire chef des croyants, concentre en sa personne tous tes pouvoirs : il n'a d'autre règle de conduite que les prescriptions du Coran et les traditions de ses ancêtres. Après lui, les personnages les plus considérables de l'empire sont : le badrazain ou grand vizir, le cheik-ul-islam, le kizlar-agasi ou chef des eunuques, et les mouchirs ou ministres. Le grand vizir est l'amer ego du sultan. Le mot vizir signifie textuellement portefaix. « C'est, en effet, dit M. Collas, le grand vizir qui supporte le fardeau des affaires de l'empire ; tout passe par lui; il dirige les ministères et les administrations. Délégué du sultan, dont la puissance se personnifie en lui, il est un deuxième sultan, en quelque sorte choisi et révocable par le sultan inamovible. »

Chef du corps judiciaire et religieux des ulémas, le cheik-ul-islam sanctionne et rend exécutoire, par son fetfa, toute ordonnance émanée de 1 autorité souveraine. Si le grand vizir est tout-puissant comme représentant du sultan, le cheik-ul-islam devient presque son égal en puissance par son double caractère. Sous un sultan faible, à la conscience timorée, le cheik-ul-islam pourrait être le véritable maître de l'Etat.

Le kislar-agasi ou chef des eunuques noirs, auquel est confié la direction du harem impérial, est aussi un des grands dignitaires de la Turquie et souvent celui qui jouit en réalité de la plus haute influence et qui distribue les faveurs à son gré. Les onze mouchirs ou ministres sont : le ministre des affaires étrangères (l'ancien reis-effendi) ; le séraskier, ministre de la guerre; le ministre de la marine (bahric naztri) ; le ministre de la maison de l'empereur etjntendant de la liste civile; ie ministre dès finances (1838); le ministre des travaux publics, de l'agriculture et du commerce (1838) ; le ministre de la police. (1846); le président du conseil de justice, ministre de ia justice (1857); le 'ministre de l'instruction publique (1857) ; le inustechar (conseiller) du grand vizir, faisant les fonctions de ministre de l'intérieur; le ministre des forêts et des mines (1872).

A cette liste il convient d'ajouter, dit M. Ubicini , les minisires sans portefeuille (la plupart anciens grands vizirs) et quelques hauts fonctionnaires ayant .rang de ministres, tel que le président du conseil d'Etat, le grand maître de l'artillerie, le directeur général des douanes.

Les membres jurisconsultes des divers conseils des ministères sont, dit Reclus, désignés sous le nom de moufli. Les titres effendi, bey, aga, sont des noms honorifiques et de politesse appliqués à divers employés ou à des personnages considérables. Il en est de même du titre de pacha, répouduut à ce-

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lui de « grand chef » et donné à tous ceux qui remplissent une haute fonction civile ou militaire. On sait que leur dignité est Symbolisée, suivant ie rang, par une, deux ou trois queues de cheval flottant au bout d'une lance : c'est un usage qui rappelle les temps, déjà légendaires, où les Turcs nomades parcouraient à cheval les steppes de l'Asie centrale.

Le conseil d'Etat (choural devlet) et d'autres conseils, ceux des comptes, de la guerre, de la marine, de l'instruction publique, de la police, etc., fonctionnent pour chaque ministère et, par l'ensemble de leurs bureaux, constituent la chancellerie d'Etat, connue sous le nom de divan. En outre, une cour suprême, divisée en deux sections, s'occupe des affaires civiles et des affaires criminelles. Les membres des corps officiels sont nommés directement par le pouvoir; la seule apparence de droit accordée aux diverses ■ nations • de l'empire est que deux représentants de chacune d'elles, d'ailleurs soigneusement choisis par le sadrazam, prennent place au conseil supérieur de l'administration ou conseil -d'Etat. Il en est de même dans ies provinces. Un vali gouverne le vilayet, un montesarif le sandjak, un caïmacan le kaza, un moudir la commune. Tous ces chefs sont assistés, mais pour la forme seulement, par un conseil composé des jjfincipaux fonctionnaires civils et religieux, et de quelques membres musulmans et non musulmans choisis sur une liste de notables éligiblcs. En réalité, c'est le vali qui nomme les membres des conseils. Aussi ces assemblées sont-elles désignées en langage populaire sous le nom de conseil des oui; elles n'ont d'autres fonctions que d'approuver.

Outre les Francs ou sujets étrangers, la population de ia Turquie est composée , comme nous l'avons dit, de musulmans et de raïas. Les musulmans sont tous également admissibles aux emplois; les honneurs, le pouvoir, les prérogatives sont attachés à la fonction, et non à l'homme; le' fonctionnaire, en quittant ses fonctions, redevient un simple particulier; l'hérédité n'est admise que pour ia transmission de! a couronne, qui appartient à la ligne masculine de la maison d'Othman. La naissance ne donne aucune prérogative à un musulman sur les autres musulmans ; mais il est excessivement rare qu'un raïa soit admis à exercer un emploi public. Tous les musulmans sont également assujettis au sultan. Quant aux raïas, aux sujets des sujets, ils forment six groupes ou Communautés distinctes appelées en style officiel nations. Ce sont les communautés grecque, arménienne, grecque-unie, arménienne-unie, Israélite, bulgare. Chaque communauté a à sa tête son chef spirituel. Les malheureux raïas sont donc accablés tout à la fois des maux d'un régime clérical sous la tutelle de leurs prêtres, et de ceux d'un régime despotique sous le joug des musulmans.

Tout le monde s'accorde à reconnaître que l'administration turque est déplorable. Chateaubriand la caractérisait ainsi en quelques mots : « La présence des Turcs parmi les chrétiens n'est pas l'établissement d'une société, mais une simple occupation militaire. » Depuis le moment où Chateaubriand écrivait ces lignes, cet état de choses n'a pas changé. Les raïas sont journellement pillés et maltraités par les hauts et bas fonctionnaires turcs. Cependant les Turcs respectent la religion, la langue et jusqu'à un certain point la propriété des raïas. « Heureusement, dit Elisée Reclus, le despotisme turc n'est pas un despotisme savant, basé sur la connaissance des hommes et visant arec méthode à leur avilissement. Les Osmanlis ignorent cet art • d'opprimer sagement, » que les gouverneurs hollandais des îles de la Sonde avaient jadis pour mission de pratiquer et qui n'est point inconnu en bien d'autres contrées. Pourvu que le pacha et ses favoris puissent s'enrichir à leur aise, vendre chèrement la justice et les faveurs, bâtonner de temps en temps les malheureux qui ne se rangent pas assez vite, ils laissent volontiers la société marcher à sa guise. Ils ne s'occupent point curieusement des affaires de leurs administrés et ne se font point adresser de rapports et de contre-rapports sur les individus et les familles. Leur domination est souvent violente et cruelle, mais elle est tout extérieure pour ainsi dire et n'atteint pas ies profondeurs de l'être. Sans doute l'esprit public ne peut naître et se .développer que bien difficilement sous un pareil régime ; mais les individus isolés peuvent garder leur ressort, et les fortes institutions nationales, telles que la commune grecque, la tribu, la communauté slave, peuvent résister facilement à une domination capricieuse et dépourvue de plan. Aussi, par bien des côtés, l'autonomie des groupes de population estelle plus complète en Turquie que dans les pays les plus avuncés de l'Europe occidentale. En présence de ce chaos de nations et de races qu'il serait difficile d'assouplir à une discipline uniforme, la paresse des fonctionnaires a pris le parti le plus simple; elle laisse faire. Les Francs qui servent le gouvernement turc à Constantinople sont en mainte occurrence plus tracassiers et plus gênants pour leurs administrés que les pachas musulmans de vieille roche. »

Au point de vue administratif, la Turquie est divisée en 27 vilayets, dont le tableau sui-

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vant contient les noms, l'étendue et la population :

Turquie d'europe.

Vilayets. Kilom. carrés. Habit. Constantinople (partie européenne) . . 2,549,41 685,000 Edirne (Andrinople). 02,788,24 2,471,906 Bosna (Bosnie). . . . 62,463,36 1,242,438 Janina (Janina). . . 30,771, 01 1,423, 140 Prisren (Prisrend). . 55,503,41 076,322 Selanik (Salonique) . 92,725,03 1,237.338 Tonna (Danube) .. . 2,617,35 1,617,418

Kirid (Crète) 12,394,66 210,000

Armée de terre. ..." — 228,000

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