LUTO
— Inlerjectiv. S'emploie pour exprimer les sons de la flûte, a S'emploie souvent par ironie :
lurlututu! — Tu vas épouser la vieillard.
E. Aubier.
TURMAIR ou TOBMAYR (Jean), dit A*entinua, historien allemand, né à Abensberg (Aventinum) en 1406, mort en 1534. Il fit ses études aux universités dTngolstadt et de Paris, habita ensuite Vienne et la Pologne et devint, en 1518, précepteur dujeune frère de Guillaume IV, duc de Bavière. IL accompagna en 1515 en Italie le prince Ernest de Bavière et fut nommé, en 1517, historiographe de ce duché. Sa vie fut, par la suite, fort agitée, et il eut à endurer de nombreuses persécutions pour de prétendues hérésies dont on l'accusait de s'être rendu coupable. On estime beaucoup ses Annales Bojorum, q^; ont été éditées en dernier lieu par Gundling (Leipzig, 1710), et son Ckronicon BuvarisB (Nuremberg, 1522). Ses Rudimenta grammatics latins (1512) ont été l\in des premiers ouvrages où la langue latine a été traitée d'une façon vraiment philologique. La Biographie -1" Turmair a été écrite de nos jours par
de
Wiedf-mann (Freising, 185s) et par Dittmar (Nordlingen, 1862).
TURME s. f. (tur-me — latin turma, mot qui appartient à la même famille que turba, foule tumultueuse, turbo, tourbillon, turbidus, agité, turbare, troubler; grec iurbè, tumulte, turba, bruyamment, turbaaô, troubler, turbasia, danse tumultueuse). Antiq. rom. Escadron, troupe de cavaliers.
— Encycl. La turme était de 30 cavaliers subdivisés en décuries. Le premier décurion en était préfet ou capitaine au temps de Vegèee. Chaque décurion était secondé par un option ou ourague. Au commencement, une turme était fournie par trois tribus; 16 turrnes, ou 512 chevaliers, formaient à peu près la cavalerie de deux légions, c'est-à-dire une aile, une armée étant généralement de quatre légions. Suivant Beneton, ce mot a été employé dans la milice française avant l'usage du mot escadron. Ce fait serait curieux à vérifier ; malheureusement, on manque de documents.
TUHNACUM, nom latin de la ville de Tournai.
TURNAGRA s. m. (tur-na-gra — contr. des mots turde et tanagra). Oruiih. Genre de passereaux, intermédiaire entre les. merles et les tangaras.
TURNAU, ville des Etats autrichiens (Bohême), sur la rive guuehe de Hier, à 31 kilom. N.-E. d'Iung-Buozlau ; 3,500 hab. Fabrique d'étoffes ; centre de la fabrication de pierres précieuses du royaume. On trouve dans les environs des grenats et autres pierres, et il y existe des carrières de pierres a aiguiser et k polir recherchées. Ruines du château de Trossky.
TURNBULL (George), philosophe écossais, né dans les dernières années du xvho siècle, mort à Aberdeen, où il était professeur de philosophie morale au collège Maréchal, vers 1572. On a de lui les deux ouvrages suivants : Principes de philosophie morale ou Recherches sur le sage et bon gouvernement du monde moral (Londres, 1740, 2 vol. in-8°), et Traité sur la peinture ancienne et sur ses rapports avec la poésie (Londres, 17-40, in-8").
TURNBULL (Guillaume-Benjamin-David), jurisconsulte et archéologue anglais, né a Londres en 1814, mort en 1863. Son père, qui était marin; fit, de 1800 k 1804, le tour du monde et s'arrêta principalement en Australie et dans les îles de l'Océanie, contrées sur lesquelles il recueillit des renseignements entièrement nouveaux pour l'époque à laquelle il les publia. David Turnbull étudia le droit k Cambridge, fit partie pendant quelques années du barreau de Ltncoln's Inn et entra ensuite dans la magistrature, où il remplit diverses fonctions, et en dernier lieu celles de juge au banc de la reine. 11 consacrait ses loisirs k l'étude de l'archéologie anglaise, sur laquelle il a publié les ouvrages suivants : Antiquités romaines des comtés de Kent et d'Essex (1845); Antiquités romaines du comté'de Susses (1848) ; les Roules romaines en Angleterre (1852) ; Nouvelle description de la cathédrale de Westminster (1855). On lui doit, en outre, une seconde édition du Voyage autour du monde de son père (Londres, 1836-1837, 2 vol.) et une Histoire et description de l'Australie, de la Nouvelle- Galles du Sud, de la terre de Van-Diémen, de ta colonie de Swanrioer et de l'Australie méridionale, ouvrage qui fait partie de la Bibliothèque coloniale de la Grande-Bretugne. Turnbull était membre correspondant de la Société d'ethnologie et du Comité des travaux historiques de Paris, ainsi que de la Société de géographie de Berlin.
TURNE s.f. (tur-ne). Pop. Maison malpropre, mal tenue : A partir de ce jour, la clientèle ne fit que croître, mais sans embellir; le café devint une turnk enfumée et malsaine. (Ed. Robert.)
TURNÈBE (Adrien Tournebœdf), en latin Turtiebu», érudit français , l'un des plus ar-
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dents promoteurs de la Renaissance, né aux Andelys en 1512, mort à Paris en 1565. Après avoir terminé ses études à Paris, il devint professeur à l'université de Toulouse, grâce à la protection de son ami Odet de Châtillon, alors archevêque de cette ville. Appelé à Paris en 1547, il enseigna d'abord les littératures grecque et latine, puis la philosophie grecque (1561). En 1552, il avait reçu la direction de l'Imprimerie royale pour.les livres grecs. Sa réputation s'étendit au loin. « J'ay autres fois appris de trois Allemans, gens d'honneur, dit Et. Pasquiér, qu'en plusieurs universitez d'Allemagne, lorsque ceux qui sont en chaire allèguent Turnèbe et Cujas, aussitost mettent-ils la main au bonnet pour les respect et honneur qu'ils portent à leurs mémoires. ■ Montaigne, qui avait suivi ses leçons, lui rend ce beau témoignage : « C'estoit l'âme la plus polie du monde. Je l'ai souvent à mon escient jeté sur propos éloignés de son usage. Il y voyoit si clair, d'une appréhension si prompte, d'un jugement si sain, qu'il sembloit qu'il n'eust jamais fuit d'autre métier que la guerre et les affaires d'Etat ; il sçavoit plus, et il sçavoit mieux ce qu'il sçavoit qu'homme qui fust de son siècle, ni loin au delà. » Sa profonde érudition, la pureté de ses mœurs, la rectitude de son esprit, sa douceur et sa modestie lui méritèrent l'amitié des hommes les plus éminentsde son époque. Le chancelier de L'Hospital, Henri de Mesmes, Christophe de Thou ont fait de lui le même éloge que Pasquiér et Montaigne. Turnèbe fut un adversaire des jésuites, dont il disait : « Ils refusent l'obole de l'écolier, mais ils savent capter des milliers d'écus; ils refusent un salaire légitime, mais ils dépouillent les pauvres; ils courent après les grosses pièces et voilà pourquoi ils méprisent les petites. » L'excès du travail hâta sa mort. Il fut accompagné à sa dernière demeure par un petit nombre d'amis et enseveli dans le cimetière des écoliers, sans l'assistance d'aucun prêtre. Turnèbe a surtout rendu service aux lettres, en formant de nombreux disciples par ses leçons et en aplanissant par ses commentaires et par ses traductions les difficultés que présente l'étude des auteurs de l'antiquité. Ses commentaires et ses traductions, publiés d'abord séparément, ont été réunis dans un recueil qui contient, avec ses A dversaria, tout ce qu'il a écrit. Voici les titres de ces deux ouvrages : Adriaui Turnebi, regii philosophix professons , Adoersariorum tomus pritnus duodecim tibros continent, etc. (Paris, 1564, in-4') ; Tomus secundus duodecim libros continens (Paris, 1565, in-4°) ; Adoersariorum libri triginta in très tomas dioisi (Paris, 1580, in-fol.) ; la troisième partie fut publiée par les soins de son fils Adrien ; Viri clarissimi Adr. Turnebi, regii quondam professons, opéra, etc. (1600, in-fol.).
TURNKÎJE (Odet de), littérateur français, fils du précédent, né à Paris en 1553, mort en 1581. Il remplit les fonctions de président de la cour des monnaies et employa ses loisirs à cultiver les lettres. On'a de lui, sous ce titre : les Contents (Paris, 1584), une comédie en cinq actes et en prose, dans laquelle on trouve de l'esprit, de la gaieté et une verve un peu licencieuse.
TURNEPS s. m. (tur-nèp — angl. turnep, même sens). Bot. Variété de chou champêtre ou de rave, à racine renflée et charnue comme un gros navet : La culture des turneps est très-peu dispendieuse. (V. de Bomare.)
— Encycl. Le lurneps, appelé aussi rabioule ou grosse rave, est une variété du chou-navet, à racine renflée, charnue, déprimée, en partie hors de terre , couverte d'une peau blanche, légèrement colorée en vert au collet; sa chair est blanche, tendre, peu compacte, comme spongieuse, sucrée.
Cette plante a des feuilles assez volumineuses. Elle est rustique, résiste très-bien au froid, et sa maturité est assez hâtive; aussi convient-elle particulièrement pour les semis tardifs en culture dérobée. Son produit est d'ailleurs abondant et de bonne qualité. Elle demande une terre bien préparée, bien nettoyée des mauvaises herbes et surtout bien fumée. On la cultive beaucoup dans les contrées du Nord, surtout en Angleterre, où elle sert à la nourriture de l'homme et des animaux domestiques. Il n'est pas rare d'en voir qui atteignent 2 pieds de tour et le poids de 10 kilogrammes.
La culture des turneps est très-peu dispendieuse et a un double avantage, en ce que cette plante sert k nourrir le bétail nonseulement par sa racine, mais encore par ses feuilles, qui suppléent au fourrage pendant l'hiver. Elle se plaît dans les terres légères, qu'elle divise et qu'elle prépare très-bien pour la culture du froment. On la sème ordinairement en juin ; on arrache les racines au mois d'octobre et on les garde pour l'hiver, saison où la pénurie d herbe force de mettre les bestiaux au sec. Si l'on sème en août, les feuilles et les racines sont bonnes pour la fin de l'hiver; ces dernières sont même plus grosses et meilleures que celles qui proviennent de semis hâtifs. Enfin, le lurneps est aussi très - nourrissant pour l'homme.
En Angleterre, tout le monde cultive le turneps, et on réserve pour cette culture la majeure partie du fumier recueilli dans la ferme. On sème à la volée. Cette culture n'a
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pas seulement pour but le profit direct; elle épargne les frais d'une jachère, permet de nourrir plus de bestiaux, d'obtenir plus de fumier, d'engraisser et d'amender le sol par les fragments de racines qui y restent et par les binages d'été qu'on lui donne. Comme les frais de transport sont tiès-élevés, il y atout avantage à faire pâturer les turneps sur place par les moutons, et c'est ce qu'on fait surtout dans les terrains secs; mais, dans les sols humides, il est bon de les arracher. Cette cherté du transport empêche l'exportation des turneps et fait que leur prix de vente est toujours inférieur à leur valeur réelle.
TURNER (Guillaume), naturaliste anglais, né à Morpeth (Northumberland) vers 1515, mort k Londres en 1568. Ami du célèbre réformateur Ridley, dont il adopta les principes, il prêcha avec ardeur la Reforme et fut arrêté. Etant parvenu à s'échapper, il voyagea en Allemagne et en Italie, se fit recevoir docteur en médecine à Ferrare et retourna en Angleterre à la mort du roi Henri VIII, Il devint alors en même temps médecin du duc de Somerset, chanoine | d'York et de Windsor. Exilé sous Marie ' Tudor, il visita l'Allemagne et la Suisse, \ s'occupant surtout de botanique et d'histoire , naturelle, puis il revint dans son pays, où la j reine Elisabeth le rétablit dans ses bénéfices. Turner possédait une vaste érudition. Il est le premier qm ait publié en anglais un herbier sous le titre de A New herbalt (Londres, 1551 ; Cologne, 1562-1568), avec planches. Outre plusieurs ouvrages de controverse depuis longtemps oubliés, nous citerons de lui : Aoiunt prxcipuarum quarum apud Plinium et Aristotelem mentio est, brevis historia (Cologne, 1543, in-8«) ; Historia de natura herbarum (Cologne, 1544, in-80); Nom des plantes en grec, lutin, anglais, allemand et français (Londres, 1548); la Nature des vins dont on fait communément usage en Angleterre (Londres, 1568, in-8°).
TURNER (Robert), théologien et philolûgus anglais, né k Barnstaple dans la première moitié du xvie siècle, mort en 1599. Il fit ses études a l'université d'Oxford et au collège anglais lie Douai, professa la rhétorique dans cet établissement, puis k Rome au collège des Allemands et se fit recevoir, en 1586, docteur en théologie k l'université d'ingolstadt, de laquelle il devint recteur peu de temps après. Plus tard, il obtint un canonieat à Breslau et une chaire de langue lutine à Gratz, où il résida jusqu'à sa mort. On a de lui : Commentaria in qusdam Scripturm loca ; Vila Edmundi Campiani ; Vita et martyrium Maris, Scotiss reqiux ; Oratio et epistola de vita et morte D. Martini a Schomberg, episcopi Eusladii (1590) ; Orationes XVII (1602); Tractatus Vif; Epistolarum ceniuriw duss, etc.
TURNER (Guillaume), théologien et érudit anglais, né dans le comté de Klini. 11 vivait au xvue siècle et fut vicaire k Walberton. On lui doit : histoire de toutes les religions (Londres, 1695, in-8°) et Histoire complète des pressentiments les plus remarquables, suivie de tout ce qu'il y a de curieux dans les ouvrages de la nature et de l'art (Londres, 1697, in-fol.).
TURNER (Daniel), chirurgien anglais qui vivait dans la première moitié du xvnf siècle. Il fut membre du collège royal des médecins de Londres et publia plusieurs travaux sur des sujets variés, principalement sur les maladies de la peau et les maladies vénériennes. Ses principaux ouvrages sont : Trealise on the diseases incident in the skia (Londres, 1714, in-8») ; The Art of surgery (Londres, 1722-1725, 2 vol. in-80) ; On the force of the mother 's imagination on the fœtus in utero (Londres, 1726, in-8°) ; Practical trealise on the venereal disease (Londres, 1727, in-S°) ; Summary of the ancient writers on the venereal disease (Londres, 1739, in-8°) ; Further observations on the venereal disease (1739, in-8°) ; Whole utorks (1732, 2 vol. in-8»).
TURNER (Daniel), littérateur et théologien anglais, né en 1701, mort en 1798. Il fut, de 1748 jusqu'à sa mort, pasteur d'une congrégation de baptistes à Abington. On lui doit, entre autres écrits: Introduction d la rhétorique (1771); Défense de la poésie sacrée contre le docteur Johnson (1785) ; Essais suides sujets importants (1791, 2 vol.) ; Pensées détachées sur l'esprit de libre examen eu matière de religion (1792) ; les Lettres religieuses et morales (1793).
TURNER (Samuel), voyageur anglais, né dans le comté de Glocester en 1759, mort à Londres en 1802. Entré au service de l'armée des -Indes, il attira sur lui l'attention et gagna la confiance du gouverneur général Ilastings, qui le nomma capitaine, puis l'envoya au Thibet (1783) pour féliciter le nouveau dalaï-lama de son avènement. Turner remplit avec zèle cette longue et difficile mission et fut de retour auprès d'Hastings en 1784. En 1792, il se signala par son courage lors du siège de Seringapatam. Peu après, Turner se rendit, en qualité d'ambassadeur, près du sultan de Mysore ; puis il retourna en Angleterre avec une grande fortune, dont une mort subite ne lui laissa pas le temps de jouir. On a de lui, sous le titre de Relation d'une ambassade au Thibet (Londres, 1800, in-4°), un ouvrage des plus
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intéressants, qui a été traduit en français par Castera (Paris, 1802, 2 vol. m-8»), avec atlas. On peut y puiser une idée exacte d'un pays peu connu des Européens, et dont les institutions politiques et religieuses offrent tant de singularité.
TURNER iTomkyns-Hilgrove), officier anglais, né en 1766, mort en 1843. Il fut nommé enseigne en 1782, prit part avec distinction pendant la Révolution aux campagnes de Flandre, puis passa en Egypte en 1801 et assista à divers combats. A cette époque, il découvrit dans la maison qu'avait dû abandonner le général Menou la célèbre pierre de Rosette, avec son inscription en trois langues, laquelle fut transportée en Angle-, terre. L'année suivante, il adressa à la Société des antiquaires de Londres une copia de l'inscription gravée sur la colonne de Pompée, k Alexandrie. En 1814, Turner se rendit dans l'Amérique du Sud, où il passa deux ans, puis devint gouverneur de Jersey et des Bermudes. Pendant son séjour dans la première de ces îles, il dessina diverses vuefe qu'il envoya à YArchsoloyia.
TURNER (Sharon), historien anglais, né à Londres en 1768, mort dans la même ville en 1847. Il entra comme clerc chez un procureur, à qui il succéda. Tout en se livrant à l'exercice de sa profession, Sharon Turner consacra ses loisirs k compléter son instruction, se livra k des recherches historiques et composa des ouvrages qui fondèrent sa réputation. Un travail excessif ayant altéré sa santé, il vendit son étude (1829), vécut quelque temps k la campagne, puis revint se fixera Londres. 11 était membre de la Société royale dejittéruture. Les ouvrages de Turner se font remarquer par une érudition sûre et judicieuse, par un esprit critique, patieut et consciencieux. Cet historien consulta, pour écrire, les manuscrits originaux, remonta aux sources et ne recula devant aucune recherche pour arriver k la vérité; malheusement ses vues sont dépourvues d'originalité et son style manque de coloris. Nous citerons de lui : Histoire des Anglo-Saxons (Londres, 1799, 1805, 3 vol. in-8°), tableau exact et fidèle des antiquités britanniques, qui a été souvent réédité, et qui est le meilleur ouvrage de Turner ; Histoire de l'Angleterre depuis la conquête des Normands jusqu'à l'an 1509 (Londres, 1814-1823, 3 vol. in-4°); Histoire du règne de Henri VIII (1826, in-4») ; Histoire du règne d'Edouard VI, de Marie et d'Elisabeth (1829, in-4"). Ces trois derniers ouvrages ont été reédités sous le titre d'Histoire de l'Angleterre depuis les premiers temps jusqu'à la mort d'Elisabeth (Londres, 1839, 6 vol. in-8"); Histoire sacrée du monde (1832-1837, 3 vol. in-s°), livre dans lequel l'auteur s'attache h établir l'intervention incessante de la Providence dans les événements de notre globe; Méditations sacrées par un laïque (in-8°) ; Essais sur la grandeur de l'Angleterre et sur d'autres sujets (in-8°). Enfin on doit à Turner un poème, intitulé Richard III (Londres, 1845, in-go), production sénile qui n'eut aucun succès.
TURNER (Joseph-Mallord-William), célèbre peintre anglais, né k Londres en 1775, mort en 1851. 11 était fils d'un pauvre coiffeur, exerça lui-même cette profesion, puis travailla dans une imprimerie et chez un architecte. Enfin il put obéir à sa vocation d'artiste, grâce au généreux patronage du docteur Munro, riche amateur et collectionneur de peintures, se distingua d'abord comme aquarelliste, entra comme élève à l'Académie royale (1798), et, l'année suivante, il exposait une Vue du palais de l'archevêque de Lambelh. Cette oeuvre fit sensation ; le Combat naval du NU, peinture k l'huile (1799) fut acheté à un prix fabuleux en 1800; la Cinquième plaie d'Egypte eut le même succès. Ces deux tableaux forment une série U part d;ins l'œuvre du grand aquarelliste ; ils appartiennent à un genre solennel, qu'il a depuis soigneusement évité. En '1802, l'éclatante notoriété dont il jouissait déjà lui valut d'entrer k l'Académie. Son tableau de réception, Vue du château de Dolbadern, que l'on a revu k l'Exposition de Manchester, est un chef-d'œuvre de mise en scène et de couleur. A ce même Salon de 1802, il avait encore envoyé : les Chutes de la Clyde, le Château de Kilburn, Edimbourg vu des eaux de Leith, les Montagnes de Ben-Lomend, le Voyageur, la Dixième plaie d'Egypte. La plupart de ces aquarelles sont des prodiges d'exécution, que l'on n'a pas encore dépassés.
En 1803, Turner, se lançant dans un genre un peu différent, exposa une Sainte Famille ; en t807, un Boucher se disputant avec un Qiaréchul ferrant, que l'on a pu admirer à Paris en 1835 ; il portait le titre de la Forge. En isob, le Compte non acquitté ou le Dentiste irrité de la prodigalité de son fils eut aussi de nombreux et chauds admirateurs.
Tous ces chefs-d'œuvre étaient cependant en dehors du genre où Turner devait exceller, les marines. Il donna coup sur coup le Naufrage, les Bateaux pêcheurs, le Coup de vent, qui mirent au comble sa renommée. Ce sont des draines saisissants, pleins d'un réa- Jisme pittoresque, en même temps que d'un sentiment exquis, et que la gravure*a popularisés. Dans un autre genre, qui lui fut moins favorable, Turner, en 1811, exposa un
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Apollon vainqueur de Python ; en 1812, Mercure et Hersé ; en 1S14 , Didon et Buée. Heureusement pour lui, pour su réputation, il prit sa revanche dans la Chute d'une avalanche et dans Annibal traversant les Alpes. Le nombre des oeuvres de Turner est immense; à la fameuse exposition de Manchester (1857), ses aquarelles seules remplissaient un salon. L'enthousiasme qu'il a excité en Angleterre pendant sa longue carrière artistique touchait au fanatisme. Ses apologistes ne l'appelaient pas autrement que le Messie, l'Immortel, et le considéraient comme un révélateur en peinture. Nous empruntons quelques lignes d'appréciation au remarquable travail de M. Charles Blanc sur les Trésors de l'art de Manchester : «Un homme prodigieux dans l'école anglaise, c'est Turner, Nous le regardons en France comme un imitateur de Claude : c'est une erreur. Turner a trouvé quelquefois Claude Lorrain dans la nature ; mais il ne l'y a pas cherché. Le peintre français est d'une monotonie sublime ; l'artiste anglais est d'une éblouissante variété. Claude veut le style ; il invente la campagne ou il la refait conforme h la grandeur, à la sérénité de son âme. Turner a beaucoup moins d'arbitraire et de parti pris. Ses bons ouvrages sont admirables par d'autres qualités que celles de Claude. » Toutefois, vers la fin de sa carrière, à force de rechercher les effets puissants et singuliers, il tomba dans le théâtral et le fantastique. Entre autres tableaux, il faut rapporter à cette manière la Vitesse, représentation d'un train de chemin de fer pendant la nuit. On cite, parmi ses plus belles œuvres : la Chute de Carthage, son chef-d'œuvre ; Bateaux près d'échouer ; Mercure et Argus ; le Naufrage ; le Panthéon d'Oxford le lendemain de t'incendie; la Grêle; V Entrée du port de Calais (une de ses plus belles aquarelles) ; la Pluie, etc.
TURNER (Dawson), botaniste anglais, né vers 1775, mort en 1857. Il passa la plus grande partie de sa vie à Great-Yarmouth (comté de Suffolk), et, bien que ses études se soient portées sur les différentes branches de l'histoire naturelle, c'est surtout par ses ouvrages sur les cryptogames qu'il est connu. On a de lui dans ce genre : Synop'se des champignons anglais (Londres, 1802) ; Muséologie Hiberuicx spicilegium (1804) ; les Champignons ou Plantes coloriées et descriptions d'espèces du genre fucus (1808, 3 vol. in-fol.); Histoire des champignons (1809,in-4°). On lui doit encore un excellent Guide du botaniste en Angleterre et dans la principauté de Galles, en collaboration avec Lewis Weston Dillwyn (1816), et différentes publications de genres assez variés, telles que : Voyage en Normandie (2 vol. in-S°) ; Trêves et ses ruines architecturales ; Souvenirs des tombeaux de Yarmouth; Esquisses historiques du château de Caisler; Analyses de l'histoire d'Angleterre, de France et de Rome, etc. Il était devenu en 1802 membre de la Société royale de Londres et fut l'un des premiers membres de la Société Linnéenne.
TURNER (Samuel-Henry), théologien américain, né à Philadelphie en 1790. Après avoir dirigé une église épiscopale dans le Maryland, de 1812 à 1817, il passa quelque temps à Philadelphie, puis devint successivement professeur de théologie historique au séminaire générât de New-York (1818) et professeur d'hébreu à Columliia-College.
Turner est un théologien d'une vaste érudition, qui possède une connaissance approfondie de la littérature rabbiuique et qui, un dos premiers en Amérique, s'est attaché U faire connaître les grands travaux critiques des théologiens allemands. Ses principaux ouvrages sont : Biogruphical notices of Jewish Rabbies, toilh translations and notes (New- York, in-12) ; Spiritual things compared witlt spiritual or parallel références (1848, in-12); Essay on our Lord's discourse at CapemaUm, in John VI (1851, in-12); Thonghts on scriptural prophecy (1852, iu-12) ; Commentaires critiques sur les épitres du Nouveau Testament (L852 et suiv.), etc.
Citons encore de lui la traduction de V Introduction au Nouveau Testament de John (1827) et celle de l'Introduction à la critique et à l'interprétation des livres sacrés de Planck (1834).
TURNER (Edouard), chimiste anglais, né en Ecosse en 1798, mort en 1839. U étudia la médecine à Edimbourg, puis la chimie à Gœttingue, sous la direction de Stromeyer, devint en 1824 agrégé de l'université d'Edimbourg et, lors de la création de VUniversily collège à l'université de Londres en 1828, y fut appelé à la chaire de chimie, qu'il occupa jusqu'à sa mort. On a de lui un ouvrage excellent , les Eléments de chimie, dont Liebig et Greg^ry publièrent, après la mort de l'auteur, la 7® et la se édition. Turner est surtout connu par ses travaux sur la chimie inorganique et s'appliqua notamment à perfectionner, la théorie atomique et les lois de combinaison des éléments. Ce furent les observations exactes auxquelles il se livra qui démontrèrent la fausseté de la théorie de Prout, à savoir que tous les poids des atomes sont des multiples de ceux de l'hydrogène.
TURNER (Thomas-Hudson) , archéologue anglais, ité à Londres en 1815, mort es 1852.
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Placé à l'âge de seize ans oans une imprimerie, il consacra tous ses loisirs à l'étude de l'archéologie et de l'histoire e"t obtint un emploi aux archives de la Tour de Londres, où il fut chargé de déchiffrer d'anciens documents. Il aida ensuite Tyrrel, architecte de la Cité, à recueillir les matériaux nécessaires pour une histoire de Londres, qui est encore inédite; puis il fit imprimer un volume d'Anciens comptes de dépenses domestiques,, auquel il joignit une excellente introduction et qui lui valut la place de secrétaire de l'institut archéologique. Pendant qu'il remplit ces fonctions, il fournit un grand nombre de mémoires au journal de cette société, ainsi qu'à 1 ' Encyclopsedia Œliana, et entreprit son grand ouvrage, le Tableau de l'architecture domestique en Angleterre depuis la conquête jusqu'à la fin du ïin« siècle, qui parut en 1851. C'est un livre qui renferme une foule de précieux renseignements, et qui est d'une grande utilité pour l'étude de 1 archéologie anglaise. Une mort prématurée empêcha l'auteur de continuer son travail jusqu'aux temps modernes; cependant un second volume du Tableau de l'architecture- a. été rédigé d'après ses manuscrits et publié par Parker (Oxford, 1856).
TURNÉKACÉ, ÉE adj. (tur-né:ra-sé — . rad. turnère). Bot. Qui ressemble ou qui Se rapporte à la turnère.
— s, f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre turnère.
— Encycl. La famille des turnéracées renferme des plantes sous- frutescentes ou herbacées, à feuilles alternes, simples, munies de deux glandes à la base, mais dépourvues de stipules. Les fleurs, hermaphrodites et régulières, présentent un calice monosépale, à cinq divisions égales; une corolle à cinq pétales insérés à la base ou à la gorge du calice; cinq étamines insérées au fond du calice; un ovaire libre, a une seule loge multiovulée, surmontée de trois styles distincts, quelquefois bifides, terminés par des stigmates laciniés. Le fruit est une capsule uniloculaire, s'ouvrant en trois valves et renfermant plusieurs graines a embryon entouré d'un albumen charnu. Cette famille, qui a des affinités avec les droséracées et les loasées, comprend les genres turnère, piriqtiète et wonuskioldie. Les espèces croissent dans l'Afrique et l'Amérique tropicale ; leurs propriétés sont peu connues. Quelques-unes d'entre elles sont cultivées dans nos serres.
TURNÈRE s. f. (tur-nè-re — de Turner, botan. augi.). Bot. Genre de plantes, type de la famille des turnéracées, comprenant plus de soixante espèces, qui croissent dans l'Amérique tropicale.
TURNHOUT, ville de Belgique, province et a 45 kilom. E.-N.-E. d'Anvers, au milieu des landes de la Campine; 15,000 hab. Fabrique de toiles, de coutils, de siamoises, d'indiennes, de dentelles, de tapis; blanchisseries de fil, de toiles et de cite; distilleries d'eau-devie, tanneries, teintureries, corroieries, tuileries et briqueteries. Fondée en 1209, par Henri Ier, duc de Brabant. Maurice do Nassau y battit les Espagnols en 1597, et les Brabançons insurgés y défirent les Autrichiens en 1789.
TURN1PS s. m. (tur-nipss — altérât, du mot turneps), Agric. Nom vulgaire de la betterave, dans les Vosges.
TURNISTE s. m. (tur-ni-ste). Membre d'une société politique allemande, qui paraît avoir eu pour fondateur le baron de Lutzow en 1815.
TURNIX s. m. (tur-nikss).- Ornith. Genre d'oiseaux gallinacés, de la famille des tinamidées, comprenant plusieurs espèces, qui habitent les régions chaudes de l'ancien continent et de l'Australie, et dont une se montre quelquefois en Europe : Les turnix oui des rapports intimes avec les cailles. (Z. Gerbe.)
— Encycl, Ce genre est caractérisé par un bec médiocre, moins long que la tète, grêle, droit, très-comprimé, à arête élevée, courbé vers la pointe ; narines latérales longitudinulement fendues jusque vers le milieu du bec et en partie formées par une petite membrane nue; ailes suraiguës, queue courte; tarses un peu plus longs .que le doigt médian; doigts assez longs, au nombre do trois, dirigés en avant et entièrement divisés; ongles courts et minces. Les turnix ont non-seulement des rapports intimes avec les cailles, dont ils différent cependant d'une manière tranchée par l'absence du pouce, mais ds paraissent en avoir en partio les mœurs. Ils habitent les pays chauds de l'ancien continent et de l'Australie; ils vivent solitaires dans les plaines sablonneuses et stériles, dans les hautes herbes, et ne paraissent jamais s'éloigner beaucoup des lieux où ils sont nés. Au moindre danger ils se cachent ou prennent la fuite, mais plutôt en courant qu'en Vul^nt. Lorsqu'ils se décident à prendre leur volée, ils ne s'élèvent jamais bien haut; ils rasent'les grandes herbes et s'abattent presque immédiatement. Après, ce premier vol, il est très-difficile de leur faire prendre l'essor une seconde fois. Us se blottissent alors dans les herbes, avec une opiniâtreté telle, qu'ils se laissent plutôt écraser Sous le pied que de fuir. Leur nourriture se compose presque exclusivement d'insectes et
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de graines. Leur reproduction est très-mal connue. Une espèce de turnix est élevée à Java pour servir de spectacle en combattant. A l'égal des combats de coqs, ces petits oiseaux provoquent des paris considérables entre les spectateurs. Certains turnix, connus par leur vigueur et leur courage, se payent jusqu'à 25 piastres. Les espèces de turnix sont assez nombreuses. Nous citerons : le turnix d'Andalousie; il. a la tête, le haut du cou, le dos, le oroupion et les ailes variés de points et de lignes noires vermiculaires et lunulées sur un fond roussâtre ; le bec et les pieds couleur de chair; le turnix moucheté, rapporté au Muséum d'histoire naturelle par les naturalistes qui ont fait le voyage aux terres australes avec le capitaine Baudin ; cet oiseau a une bande blanche longitudinale sur le sommet de la tète, dont les plumes sont tachetées de noir et terminées de gris roussâtre ; les plumes du haut du dos et les scapulaires ont une tache noire sur leur milieu, un roux foncé vers leur extrémité et une bordure blanchâtre; celles du reste du dos et les longues plumes du croupion sont noires avec des zigzags roux ; le bec et l^s
Eieds sont jaunes ; le turnix varié, qui a le ec couleur de corne et le plumage sur les parties supérieures analogue à celui de notre perdrix grise; les pieds sont d'un jaune pâle ; sa taille est celle de notre caille, dont cette espèce a, dit-on, toutes les habitudes; il parait en juin à la Notivelle-Galles du Sud ; le turnix meiffren. Cette espèce, apportée du Sénégal, diffère de toutes les autres par la partie nue. du bas des jambes et par ses pieds très-loiigs proportionnellement à sa petite taille.
TURNOWSKI (André), célèbre jurisconsulte et prélat polonais, né à Rzeplin en 1572, mort a Cracovie en 1631. Après avoir terminé ses études dans son pays, il alla étudier la théologie à Rome, le droit il Padoue, à Bologne, puis il retourna en Pologne, où il devint garde du trésor royal, député près du tribunal de la couronne, chanoine de la cathédrale de Cracovie (1612) et secrétaire du roi Sigismond III. Envoyé au congrès de Ratisbonne, il acquit une grande autorité dans cette assemblée par son éloquence et par son savoir. Turnowski devint évèque deLutyk en 1617, puis fut successivement commissaire extraordinaire delà république pendant la guerre, chancelier de la reine Constance (1618), grand chancelier de la couronne (1G20), enfin deux ans plus tard évèque de ltujawy. Turnowski refusa l'archevêché de Gnesen et la dignité de primat; toutefois, il sollicita la chaire de droit à l'université de Cracovie, qu'on s'empressa de lui donner; mais, épuisé par ses incessants travaux, il ne professa que fort peu de temps. Turnowski est considéré comme un des plus savants ju- ■ risconsultes de son époque. C'était un habile politique, mais on lui reproche un caractère hautain et violent, U bâtit k ses fiais plu- ' sieurs églises, notamment celle de Chodez, où il fonda auïsi un collège, avec des bourses pour les étudiants pauvres. Il légua son immense fortune, évaluée à plus do 20 millions, au roi et à la famille royale. On a de lui : De rébus gestis serenis et potentis Sigismwidi III, brevis narratio (Rome, 1605, in-40) ; Praclicarum obseroationum ex jure civili centurio, prima (Riga, 1602, in->4°), ouvrage souvent réédité ; Decas quaistiouum pubticarum regni (Cracovie, 1616, iu-4°); Opuscula tara ecclesiasiici quam eqnestris ordinis (Craéovie, 1632, in-4°j; Synodus diocesena Luceoriensis A. D. 1621 celebrata (Cracovie, 1621); Synodus diocesena Vtadislaviensis A. D. 1628 celebrata (1634, in-40). Enfin il a laissé plusieurs ouvrages restés manuscrits.
TURNOWSKI (Félix), philologue polonais; né en Galicie en 1768, mort à Léopol en 1848. Lorsqu'il eut achevé ses études classiques, il se rendit à Cracovie, où il se lit recevoir docteur en philosophie et publia quelques dissertations philosophiques et philologiques. Turnowski entreprit ensuite un long voyage à travers l'Europe, étudiant partout les langues et les mœurs des pays qu'il visitait, travaillant dans les bibliothèques et faisant l'acquisition d'un grand nombre d'ouvrages précieux. De retour eu Pologne, il s'adonna exclusivement à la culture des lettres. Ses ouvrages les plus remarquables sont : Dictionnaire de la langue polonaise (1805, in-40) ; Dictionnaire de la-vieille langue polonaise (Cracovie, 1806-1868) ; Histoire de la littérature polonuise (Léopol, 1806, in-4", 2 parties) ; Eléments d'idéologie (Cracovie, 1805 , in-40) ; la Révolution dans l'Europe orientale (Léopol, 1806, in-4u); Essai sur la philologie universelle (Léopol, 1807); Réflexions philosophiques sur l'origine de ta parole (Léopol, 1809, in-40); \es Ruines de Palmyre (Cracovie, 1819, in-4" ) ; Dictionnaire polonais-italien et italien-polonais (Léopol, 1818-1822); Russie et Pologne (Cracovie, 1819, in-4°) ; Histoire de la transformation de la langue polonaise (Léopol, 1830, in-4°), etc.
TUBNUS, roi des Rutules, fils de Daunus. Il fut fiancé à Laviuie, fille du roi Latinus, Malgré l'affection que lui portait la princesse, Turnus, ayant vu qu'Enée, récemment arrivé en Itulie, allait obtenir sa main, se mit à la tète d'une armée de Rutules, marcha contre son rival, qu'il rencontra dans le Latium, perdit deux batailles et proposa alors
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k Enée de terminer la guerre par un combat singulier, Laviuie devant être le prix de la victoire. Le héros troyen y consentit; mais la fortune se tourna contre le jeune roi des Rutules, qui fut vaincu et tué.
TURNUS, poète satirique latin, né à Aurunca. Il vivait dans la seconde moitié du 1er siècle de notre ère et occupa divers emplois à la cour de Titus et k celle de Dormtien. Turnus composa des satires vigoureuses, qui l'ont fait ranger auprès de Lucilius et de Juvénal; malheureusement, elles sont perdues. Il ne nous en reste que deux vers, relatifs aux crimes de Locuste, qui sont cites parle scoliaste de Juvénal; encore paraissent-ils altérés.
TUROCHS s. m. (tu-rokss). Mamm. Ancien nom de l'aurochs, en Allemagne.
TUROC7.I (Jean), historien hongrois. V.
Thurocz (Jean de).
TURONES, nom latin de la ville deTooRS.
TUBON1E s. f. (tu-ro-nl). Zooph. Genre de spongiaires fossiles.
TURONIEN, IENNE adj. (tu-ro-ni-ain, iè-ne — de Turones, nom latin de la ville de Tours). Géol. Se dit d'un terrain particulier, qu'on rencontre aux environs de Tours.
TORONS, ancien peuple de la Gaule, dans la partie S.-E. de la Lyonnaise Mo. Les Turons ( Turones ) occupaient le territoire compris en partie aujourd'hui dans lo département d'Indre-et-Loire,. et avaient pour capitale Cssarodunum ou Turones (Tours).
TUUOT (Joseph), administrateur français, né en Champagne vers 1760, mort à Paris en 1825. H se rendit tout jeune à Paris , ou il entra en relation avec Danton , Barras , Fouché, devint, après le 18 brumaire, secrétaire général de ce dernier, nommé ministre de la police, puis travailla à la rédaction de la Gazette de France, en devint propriétaire et vendit peu à près ce journal. S'étant alors jeté dans les entreprises de fournitures militaires, il se vit accusé de concussion , traduit devant un conseil de guerre et acquitté (1806). Depuis cette époque, Turot était sans emploi, lorsque, pendant les Cent-Jours, Fouché le nomma secrétaire général de la police dans le département du Nord. 11 perdit peu après cette place et termina obscurément sa vie. On lui doit un assez grand nombre de brochures politiques, entre autres : De l'opposition et de la liberté de la presse (1799).
TURPIL1US (Sextus), poète latin, mort à Sinuessa vers l'an 100 av. J.-C. Tout ce qu'on sait de lui , c'est qu'il fut lami de Térence et qu'il composa des comédies d'un stylo élégantet gracieux. Nouspossédons de courts fragments de quatorze ou quinze de ses pièces. Ces fragments, publiés pour la plupart dans les Fragtnenta poetarum veterum latinorum de Henri Estienne (1564 , in-8») , ont été traduits en français par Levée et publiés dans le Théâtre complet des Latins (1820-1825).
TURPIL1US S1LVINUS (Titus), gouverneur de Vacca. Il vivait au ne siècle avant notre ère. Pendant la guerre contre Jugurtha (109 av. J.-C), il suivit en Afrique Quintus Csecilius Metetlus, dont il était l'ami, devint intendant des ouvriers, puis fut chargé de gouverner la ville de Vacca (aujourd'hui Vedja, dans la Tunisie), ce qu'il fit avec une extrême douceur. Un jour, les habitants invitèrent à un festin solennel tous les officiers romains et les égorgèrent, à l'exception du seul Turpilius. Deux jours plus tard, Metellus arrivait avec unejlégion à Vacca et vengeait dans des torrents de sang le massacre des Romains. Turpilius, accusé de n'avoir été épargné que par un acte de trahison, fut traduit devant un tribunal qui le condamna à être frappé de verges et décapité. D'après Plutarque, cette accusation, mise en avant par Marcius, fut reconnue fausse, et Metellus ressentit la plus vive douleur de la mort de son ami , qu il n'avait pu sauver.
TURPIN, TULP1N ou TILP1N, moine do Saint-Denis, puis archevêque de Reims vers 753, En 769, il assista avec onze autres prélats français au concile de Rome, où Etienne III fit condamner l'antipape Constantin. Trithème et d'autres écrivains affirment qu'il fut le secrétaire de Charleinagne, et même son compagnon d'armes. Il mourut vers la fin du vme siècle ou au commencement du 1x0. On a sous son nom une chronique fabuleuse, De vila Caroli Magni et Rolandi, connue sous le nom de Chronique de l'archeuêqut Turpin , mais dont il n'est pas l'auteur, comme cela est depuis longtemps établi. On n'a rien de bien certain sur le véritable auteur de ce -roman, dont la composition ne parait pas remonter 'au delà du xi« siècle. On conjecture qu'il vivait dans le cloître et qu'il n'a pas complètement inventé les légendes qu'il rapporte , traditions romanesques du cycle carlovingien, dont il n'aurait été que le compilateur. Le Pulci , Bojardo et surtout l'Arioste ont largement puisé dans l'œuvre du faux Turpin, qui a été traduite en français par un clerc nommé Jehans en 1206, par Kobeit Gaguin en 1527. Le texte latin ■n'a vu le jour qu'en 1566, à Francfort-surle-Mein. M. Ciampi en a donné une édition
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à Florence (1822). La dernière est celle do M. de Reiffenberg (Paris, 1836).
Tlirpiu (CHRONIQUE DE). V. CHRONIQUE DB TURPIN.
TURPIN (François-Henri), historien et littérateur français, né a Caen en 1709, mort à Paris en 1799. IL s'essaya d'abord dans la poésie, remporta des prix dans les concours de l'Académie de Caen, puis cultiva l'histoire, et, après avoir été pendant plusieurs années professeur à l'université de sa ville natale, il alla se fixer à Paris. Sans fortune, il dut se mettre aux gages des libraires et publia sans succès des compilations et des abrégés écrits à la hâte. Puis il eut l'idée de compléter la galerie des hommes illustres de France et fit paraître plusieurs volumes sous le titre de Ptularque français. Laharpe, dont la critique sévère est souvent injuste, lui reprocha de n'être ni Plutarque ni Français. D'après Sabatier , au contraire, ses biographies sont de petits chefs-d'œuvre, et nul écrivain n'a porté plus loin le talent de répandre l'intérêt sur les plus petits détails. Ce qu'il y a de certain , c'est que Turpin avait de l'imagination, de la chaleur, de l'abondance, un style parfait, brillant et animé, des idées souvent justes et neuves, et qu'il se livrait, avant d'écrire, à des recherches sérieuses. En 1795, la Convention lui accorda un secours de 3,000 francs, et, malgré ses nombreux écrits, il mourut dans l'indigence. Nous citerons de lui : Vie de Louis II de Bourbon, prince de Condé; Vies de Charles et de César de Choiseul du Plessis- Praslin (Paris, 1767-1768,3 vol. in-12); Histoire du gouvernement des anciennes républiques (Paris, 1769) ; Voyage à Ceylan ou les Philosophes voyageurs (Paris, 1770); Histoire universelle (Paris, 1770-1771, 4 vol.); Histoire naturelle et civile du royaume de Siam (Paris, 1771, 2 vol.); Histoire de la vie de Mahomet (Paris, 1773, 2 vol.); Histoire de l'Alcoran (Paris, 1775, 2 vol.); la France illustrée ou le Plutarque français (Paris, 1777- 1790, 5 vol. in-40); les Fastes ou Tableau de la marine française (Paris, 1784, in-4<>) ; Histoire des révolutions d'Angleterre (Paris, 1786, 2 vol.) ; Histoire des hommes publics tirés du tiers état (Paris, 1789, 2 vol. in-8o). TURPIN (Pierre-Jean-François), botaniste français, membre de l'Académie des sciences, né à Vire (Calvados) en 1775, mort à Paris en 1840. Engagé volontaire dans le bataillon du Calvados en 1790, il fut envoyé en 1794 à Saint-Domingue, où il connut le naturaliste Poiteau, qui lui donna des leçons de botanique. Turpin étudia alors avec beaucoup de soin lu flore de l'Ile, puis revint en France. Peu après, il obtint la permission de retourner h Saint-Domingue avec Poiteau, explora l'Ile de la Tortue, où il réunit une belle collection de plantes, passa ensuite aux Etats-Unis (1800), remplit, pendant l'expédition de .Leclere à Saint-Domingue, les fonctions de pharmacien de l'année, et revint en France, avec de Humboldt, en 1802. Turpin a exécuté la partie iconographique de plusieurs ouvrages de Humboldt, de Bonpland, etc., et a laissé d'importants travaux de physiologie végétale. Nous citerons de lui : lissai d'une iconographie élémentaire et pliilosopkique des végétaux, avec un texte explicatif (Paris, 1820, in-8<>) ; Observations sur quelques végétaux microscopiques ( Paris , 1827, in-8°); Iconographie végétale ou Organisation des végétaux (Paris, 1841 , in-8"). En outre, il a publié, avec Chaiimeton , la Flore médicale (1814-1820, 8 vol. in-8°); avec Poiteau, \& Flore parisienne (1803-1813, in-4°); avec de Candolle, les Icônes select& plantarum (1821-1825, in-4°), et, avec Potret, les Leçons de Flor&-(l&l9, 3 vol. in-8°).Les Mémoires de l Académie des sciences et les autres recueils scientifiques renferment de lui de nombreux travaux sur la botanique. Turpin était un très-habile dessinateur, ainsi que l'attestent les nombreuses figures qu'il a exécutées pour plusieurs des ouvrages précités.
TUBPIN (Louis-Georges-François) , marin français, né à Nantes en 1790, mortù Toulon en 1848. Dès l'âge de dix ans, il entra dans la marine, devint enseigne en 1812, lieutenant de vaisseau en 1822, fit peu après un voyage de circumnavigation avec Bougai livide, puis fut appelé au commandement uu brick l'Alcyone, avec lequel il prit une part brillante à la bataille de Navarin (1827). Devenu capitaine de frégate £ii 1831, il reçut la mission de conduire la duchesse île Berry de Blaye à Païenne (1833), puis se distingua, comme capitaine de vaisseau, pendant la guerre contre le Mexique, à l'attaque de Saint-Jeaii-d'Ulloa, à la prise de La Vera- Cruz (1838), futproinu contre-amiral en 1843, et remplit ultérieurement les fonctions de major général à Toulon et de commandant de la station du Levant. C'était un marin très-instruit, qui a adressé d'importants travaux astronomiques au Dépôt général de la marine.
TURPIN DE CRISSÉ (Lancelot, comte), général et tacticien français , né en Beauce vers 1716, mort en Allemagne vers 1795. Capitaine de cavalerie dès l'âge de dix-huit ans, il fit ses premières armes en Allemagne, se distingua à la bataille d'Ettlingen , au siège de Pbilippsbourg , à la bataille de Rançons (174G), devint colonel l'année suivante, puis
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brigadier de cavalerie (1748), en récompense de sa belle conduite à Lawfeld et à Maastricht. Tout a coup, poussé, croit-on, par un chagrin d'amour, il quitta l'armée et s'enferma'à la Trappe ; mais il en sortit bientôt, épousa la fille du maréchal de Lowendahl et employa les loisirs que lui laissait la paix à perfectionner ses connaissances en littérature et surtout dans l'art militaire. Rappelé au service actif par la guerre de 1757, il fit les campagnes d'Allemagne "jusqu'en 1762, devint inspecteur général de la cavalerie et des dragons en 1759, maréchal de camp en 1761, fut promu lieutenant général en 1780, et enfin reçut le commandement du fort de Scarpe, à Douai, en 1781. En 1792, il émigra et alla terminer sa vie en Allemagne. Turpin de Crissé était membre des Académies de Berlin, de Nancy et de Marseille. 11 avait fait une étude approfondie de la tactique des anciens comparée à celle des modernes; aussi ses ouvrages sont-ils très-estimés. Nous citerons de lui : Essai sur l'art de la guerre (Paris, 1754 , 2 vol. in-4°), livre remarquable qu'on a traduit en anglais, en allemand et en russe ; Commentaires sur les mémoires de Montecuccoli (Paris, 3 vol. in-4°) ; Commentaires sur les Institutions de Végèee (Montargis, 1779, 3 vol. in-4°),où il entre dans de grands détails sur toutes les parties de l'art de la guerre, signale des abus et indique des réformes ; les Commentaires de César, avec des notes historiques, critiques et militaires (Alontargis , 1785, 3 vol. iit-8"). Turpin de Crissé a publié, avec Castillon, les Amusements philosophiques et littéraires des deux amis (Paris, 1754, in-12), et il'passe pour l'auteur de Lettres sur l'éducation (Paris , 1762, 2 vol. in-12). — Sa femme, la comtesse Turpin du Crisse, morte en 1785, était fille du maréchal de Lowendahl. Elle joignait aux charmes de la figure beaucoup de sens et d'esprit. Elle aimait et cultivait les lettres et elle a collaboré à la Journée de l'amour ou Heure* de Cythère (1776, in-8°). On lui doit une édition des Œuvres de l'abbé de Voisenon, son ami.
TURPIN DE CRISSÉ (La'ncelot-Théodore, comte), peintre français, parent du précodent, né à Paris en 1782, mort dans la même ville en 1859. Son père mourut pendant la Révolution, laissant sa famille sans ressources. Le jeune Turpin avait de rares qualités pour les arts. Il résolut d'utiliser son talent naissant, et il eut la bonne fortune d'entrer en relation avec Choiseul-Gouffier, qui lui commanda des tableaux et lui facilita les moyens de visiter la Suisse et l'Italie. De retour à Paris, Turpin de Crissé se fit avantageusement connaître. Les membres de la famille impériale lui achetèrent des tableaux et Joséphine l'attacha à sa maison. En 1816, il devint académicien libre , fut appelé , en 1821, au poste d'inspecteur général du dépar tement des beaux-arts, et conserva ces fonctions jusqu'en 1830, époque où il rentra dans ia vie privée. Turpin de Crissé a produit un grand nombre d'œuvres de 1806 à 1835. Il cultiva le genre du paysage avec succès. Grand admirateur de Girodet, il avait adopté l'exécution serrée de cet artiste et son interprétation ferme et élevée de la nature. 11 avait au plus haut point le sentiment de la lumière; mais, au lieu de noyer, comme Claude Lorrain, ses paysages dans une vapeur étincelante, il reproduit les formes, modèle les reliefs avec une netteté qu'un habile emploi du clair-obscur empêche de tomber dans la sécheresse. Ses tableaux les plus remarquables sont : le Temple de Minerve, à Athènes; le Château de l'Œuf, à Naples; Vue prise à Luyano; liuines à l'abbaye de Croyland, etc. On lui doit en, outre : Souvenirs du. golfe de Naples (Paris, 1826, in-fol., avec 39 pi.)- Souvenirs du vieux Paris (Paris, 1835, in-fol., avec 30 pi.).
TURPIN DE SANSAY (Louis-Adolphe), romaucier et auteur dramatique français, né à Seiongey (Côte-d'Or) en 1832. S'étant rendu à Paris, il s'adonna à son goût pour les lettres. M. Turpin de Sansay s'est fait connaître par un grand nombre de romans et de livrets d'opérettes. En 1875, il a ouvert un cours de romantisme. Nous citerons de lui : Une paille dans l'œil (1857, in-8°), opérette; les Chiffonniers de Paris (1861, in-40); la Sorcière de Paris (1861, in-40); la Fleur du Val-Suson (1862, in-12), opéra-comique; les Hypocrites, avec une préface et une conclusion par Voltaire (1S63, in-12); Qui casse les verres les paye, Une cascade dans le désert, saynètes (1863, in-S°); la Barbe de Bêtasson (1864, in-80), opérette; Jérôme Pointu (1864, in-12), opérette; les Crêpes de la marquise (1865, in-12), opérette; les Amoureux de Fanchon (1865, in-12), opérette; le Tocsin de 1793 (1870, in-18); les Sauveteurs célèbres (I870,in-18); la Canaille de Paris (1871, in-40), roman historique et social, etc.
.TURPINIEs. f. (tur-pi-nl — de Turpin, botan. fr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des staphyléacées, comprenant six espèces, qui croissent dans 1 Asie tropicale et aux Antilles. || Syn. de sumac, poirétie, fulcaldée, et probablement de monoside, autres genres de végétaux.
TURPITUDE s. f. (tur-pi-tu-de — lat. turpitudo; de turpis, honteux). Vilenie; caractère de ce qui est honteux ; ignominie qui résulte do quelque action honteuse : Le pré-
féré d'un roi puise une double force dans sa turpitudk et dans les faiblesses de son maiire. (Chateaub.)
— Action honteuse : Je connais toutes ses turpitudes.
— Découvrir, révéler la turpitude de quelqu'un^ Découvrir quelque chose capable de lui faire hpnte : // passepour homme de bien ; mais le temps découvrira ta turpitude de sa vie. (Acad.) il Cacher, couvrir la turpitude de quelqu'un, Cacher, couvrir ce qui est à sa honte.
— Syn. Turpitude, déshonneur, boute, etc. Y. DÉSHONNEUR. *
TURPOT s. m. (tur-po). Mar, Soliveau qui sort du château d'avant.
TURQUE s. f. (tur-ke). Zootechn. Nom donné, en certains pays, aux brebis qui ont plus d'un an et qui n'ont pas encore porté.
TURQUERIE s. f. (tur-ke-rî - rad. turc). Manière d'agir à la turque, dureté sauvage.
— Fam. Avarice sordide : Je te défie d'attendrir, du côté de l'argent, l'homme dont il est question ; il est Turc là-dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde. (Mol.)
TURQUES (les), groupe de trois petites Iles de l'archipel des Antilles, près de la côte N. de Haïti, par 210 il' 10" de* latit. N. et . 730 35' 7'' de longit. O. La population de ces îles, qui appartiennent à l'Angleterre, est d'environ 1,300 hab. On trouve une Wle mine de sel dans la plus importante appelée la Petite-Saline.
TURQUESSE s. f. (tur-kè-se). Femme turque. Il Peu usité.
TURQUESTON s. m. (tur-kè-ston). Bot. Un des noms du maïs.
TURQUET s. m. (tur-kè — dimin. de turc). Bot. Nom vulgaire du maïs et d'une variété de froment.
— Manim. Espèce de petit chien à poil ras et nez camus.
TCRQUET (Edmond-Henri), magistrat et homme politique français, né à Senlis (Oise) en 1836. Il est petit-fils du conventionnel Le Carlier, de l'Aisne. Lorsqu'il eut terminé son droit à Paris, il se lit inscrire comme avocat au barreau de cette ville (1859), entra l'année suivante dans la magistrature et devint successivement substitut à Clermont (Oise) en 1860; à Saint-Quentin, à Beauvais, enfin, en 1868 , procureur impérial à Vervins (Aisne). Dans cette dernière ville, le jeune magistrat eut l'idée d'entreprendre de moraliser les prisonniers en leur faisant des cours. La presse aj'ant signalé cet acte de dévouement et ses heureux résultats, le ministre Duruy nomma M. Turquet officier d'académie (30 avril 1868), et la Société d'encouragement au bien lui décerna une médaille d'or. Mais le préfet de l'Aisne, M. Ferrand et le procureur général intervinrent, et ces fonctionnaires impériaux firent des représentations à M. Turquet, qui donna sa démission (16 décembre 1868). La juste popularité qu'il s'était acquise lui valut d'être porté candidat, dans la 38 circonscription de l'Aisne, aux élections générales du 23 mai 1869. Dans sa profession de foi, il revendiqua nettement toutes les libertés foulées aux pieds par l'Empire, fut, de la part de l'administration, l'objet des attaques les plus vives et obtint néanmoins 12,283 voix. Toutefois, son concurrent, M. Piette, candidat officiel, fut élu député par 18,000 voix. Pendant le siège de Paris, M. Turquet s'engagea dans les tirailleurs de la Seine, devint sergent-major, reçut trois blessures le 12 octobre 1870, au combat de la Malmaison, et fut décoré. Lors des élections du 8 février 1871, il fut élu député de l'Aisne à l'Assemblée nationale par 47,401 voix. M. Turquet alla siéger à Bordeaux dans les rangs de la gauche républicaine et vota les préliminaires de paix et la déchéance de l'Empire (1er mars 1S71). Le 18 mars, le jour même où éclatait à Paris l'insurrection eommunaliste, il arrivait dans cette ville, lorsque, le général Chanzy ayant été arrêté dans le train où il se trouvait, il voulut le suivre, fut incarcéré avec lui au nom du Comité central et recouvra la liberté le 20, grâce à Léo Maillet, qui lui' avait sauvé la vie pendant son arrestation. Il alla siéger alors à l'Assemblée de Versailles, où il demanda qu'on prît des mesures pour faire relâcher les généraux Chanzy et Langourian, emprisonnés en même temps que iui. Après l'entrée des troupes de Versailles à Paris, Léo Meillet, membre de la Commune, à son tour en danger de mort, dut son salut à M. Turquet, qui s'empressa de payer sa dette en sauvant celui qui l'avait sauvé, le garda pendant vingt jours chez lui en qualité de secrétaire et lui procura un fjasse-port belge, avec lequel il put passer la frontière. A •l'Assemblée, M. Turquet vota constamment avec les membres de la gauche républicaine. Il se prononça pour la loi municipale, la loi départementale, la proposition Rivet, le retour de l'Assemblée à Paris, contre la pétition des évoques, la dissolution des gardes nationales, le pouvoir constituant de l'Assemblée, etc. En 1872, il fut le rapporteur de la loi sur la déportation. Dans une lettre adressée, au mois de décembre de la même année, à un membre du conseil général de l'Aisne, dont il faisait partie, il déclara que le seul remède à la situation était la dissolution de l'Assemblée. Eu 1873, il sou-
tint M. Thiers lorsqu'il demanda qu'on organisât le gouvernement de la République (24 mai), se prononça dans un discours contre la prorogation pour sept ans des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon (19 novembre 1873), fit une opposition constante au gouvernement de combat, dirigé par M. de Broglie et ses successeurs, contribua, le 16 mat 1874, à la chute du cabinet de Broglie et vota la proposition Périer et Maleville (juillet 1874), demandant l'organisation des pouvoirs publics et la dissolution de la Chambre, etc. En 1875, M. Turquet a voté la constitution du £5 février et continué à appuyer toutes les mesures propres à fonder définitivement la République. Le 20 février 1876, il a été élu député de l'arrondissement de Vervins. M. Turquet a publié : la Solution constitutionnelle; te Congrès de constitution (1874, in-80).
TURQUET DE MÂYERNB (Louis et Théodore). V. Mayerne.
TURQUETTE s. f. (tur-kè-te — dimin. de turc). Bot. Nom vulgaire de l'herniaire, glabre.
— Encycl. On désigne vulgairement sous le nom de lurquetie V herniaria glabra, petite plante de la famille des paronychiées (pentandrie digynie de Linné), qu'on appelle aussi herniole, herniaire, milligrane et herbe turque. On la rencontre dans les champs, de préférence sur les terrains sablonneux. Elle fleurit en été. Elle a été longtemps employée dans les hernies (d'où son nom); maintenant elle est, dans certaines contrées, préconisée par les vieilles femmes comme astringente. V. herniaire.
TURQUETY (Edouard), poète et bibliophile français, né à Rennes en 1807, mort à Paris en 1867. Envoyé à Paris vers 1839 pour y étudier le droit, il s'y fit recevoir avocat; mais il déserta aussitôt la carrière du barreau pour se livrer à son goût pour les lettres et pour la poésie. Turquety fut mis par Charles Nodier en relation avec quelques célébrités du temps et s'enrôla dans la phalange des romantiques. Doué d'un talent gracieux et pur, mais sans relief dans la forme et sans idées neuves, il chercha constamment ses inspirations dans les idées religieuses, ce qui .lui valut une certaine vogue auprès d'un certain monde. De 1839 à 1S42, il travailla au feuilleton linéaire de la Gazette de France. Bibliophile distingué, il recherchait particulièrement les poètes français du xve au xvne siècle, dont il avait réuni une collection fort curieuse, mise en vente après sa mort. Le Catalogue de la bibliothèque poétique de Turquety (1868, in-8°) est un intéressant répertoire de notre poésie depuis le xvie siècle jusqu'à Voltaire. Outre des études et des notices sur un certain nombre de poètes peu connus, publiées dans le Bulletin du bibliophile, on lui doit les ouvrages suivants ; hsquisses poétiques (1829, in-S°), son recueil de vers le plus estimé; Amour et foi (1833, in-8»), volume qui eut du succès; Poésies catholiques (1836, in-S°) ; Hymnes sacrées (1838, in-80) ; Primnvera (1840, in-8«) ; Fleurs à Marie (1845, in-12); les Heprésentanls en déroute (1852, in-18), poème héroï-comique feu cinq chants, qui fait peu d'honneur à son sens moral, car il y bafoue odieusement les représentants du droit, victimes du sanglant attentat du 2 décembre 18*1; Poésies religieuses à l'usage de la jeunesse (1857, in-18); Acte de foi, poésies posthumes (1808, in-18). Plusieurs de ses recueils ont été réunis et réédités sous le titre de Poésies (1856, in-18).
TURQUIE (blé de) s. m. Bot. Nom vulgaire du maïs,
TURQUIE ou EMPIRE OTTOMAN, Etat situé partie dans l'Europe orientale, partie dans l'Asie occidentale, partie dans l'Afrique septentrionale. Superficie, 3,189,000 kitom. carrés; 24 millions d'habitants. Capitale, Consiantinople. La Turquie d'Europe est bornée au N.-O. par l'Autriche ; au N., par l'Autriche, par la Serbie et par la Roumanie ; à l'E., par la mer Nuire ; au S.-O., par la mer de Marmara et ses détroits (Dardanelles et Bosphore) et par l'Archipel ; au S., par l'Archipel et par la Grèce; à l'O., par l'Adriatique et par la mer Ionienne. Dans la partie centre-ouest de la Turquie d'Europe se trouve enclavée la principauté indépendante de Monténégro.
La Turquie d'Asie est bornée au N. par la mer de Marmara et parlamerNoire ; auN,-E., par la Russie d'Asie; à l'E., par la Perse ; au S.-E., par le golfe Persique et l'Arabie indépendante; a l'O., par la mer Rouge, l'isthmo de Suez, la Méditerranée et l'Archipel.
La Turquie d'Afrique ou vilayet de Tripoli est bornée au N.-O., par la Tunisie; au N., par la Méditerranée j à l'E., par l'Egypte; au S.-E., pur le Sahara; à l'O., par le Sahara et par TAlgérie.
A l'exception de Candie et deChyp e, toutes les îles que possède la Turquie sont situées dans l'Archipel; les principales sont : Tasso, Samotbraki, lmbro, Stalimene, Mételin, Chio, Nicaria, Katinos, Stauko, Rhodes et Skarpento.
Les Etats indépendants suivants : Roumanie, Serbie, Egypte, Tunisie, et. l'île de Samos, sont tributaires ou vassaux de l'em- . pire ottoman.
La Turquie comprend vingt-cinq vilayets ; mais ces vilayetf sont des divisions artifi-
eielles ne répondant en rien aux divisions ethnographiques et naturelles de l'empire. Les principales parties qui composent l'empire ottoman sont aux yeux des Européens les suivantes :
Turquie d'Europe : Albanie, Bosnie, Bulgarie, Croatie, Herzégovine, Macédoine, Roumélie et Thessalie.
Turquie d'Asie : Arabie ottomane, Arménie turque, Asie Mineure ou Anatolie, Irak-Arabi, Kourdistan, Mésopotamie, Syrie.
Turquie d'Afrique : Tripoli.
— Orographie, hydrographie. L'ossature de la Turquie d'Europe est assez compliquée, dit M. Isambert. Dos régions de la haute Macédoine, comme d'un point central, parient plusieurs chaînes principales. L'une court au N., entre la haute Médie, la Serbie et la- Bulgarie, atteint les rivages du Danube, près d'Oischova, et se joint, par une branche de montagnes de la Transylvanie, au système général des monts Karpathes; la seconde court a peu près directement à l'E. jusqu'à la mer Noire, sépare la Bulgarie de la Thrace et eTivoie une branche de collines vers Gonstantinople : c'est l'antique Hémus ou :e Balkan ; la troisième court au S.-E. vers les Dardanelles : c'est le Rhodope ou Despoto- Dagh ; enfin, dans la partie occidentale, en Bosnie et en Albanie, on trouve un système de rides presque parallèles, dirigées du N.-O. au S.-E., qu'on doit considérer comme le prolongement de la branche méridionale des Alpes centrales, qui, dans la-Carniole et la Croatie, forme des montagnes peu élevées et ne se relève que dans la Croatie turque et surtout en Bosnie.
La surface de la Turquie d'Asie est trèsmontagneuse, excepté dans Sa partie S.-E. Elle est traversée au N. et au centre par deux principales «haines de montagnes, le Taurus et l'Anti-Taurus, qui se détachent du plateau de l'Arménie et parcourent ensuite la péninsule entière en projetant des ramifications dans toutes les directions au S. La Syrie est traversée dans sa partie occidentale par le Liban et par les montagnes de la Palestine, et la partie N.-E. de Feyalet'de Bagdad par les montagnes du Kourdistan.
Les principaux fleuves de la Turquie d'Europe sont : le Danube, avec ses affluents ; la Sure, la AJorawa et l'fsker; la Marilza, le Karasou, ie Vardar, la Salembria, qui se jettent dat)3 l'Archipel ; l'Arta, la Voîoutza, le Scombi, le Drin, la Narenta, qui se jettent dans l'Adriatique. Il y existe un assez grand nombre de lacs, dont les principaux sont ceux de Rasseïn, d'Okhrida, de Scutari, de Janinaet de Jenidgé. Les anfractuosités de ses côtes offrent un grand nombre de golfes et de baies, surtout dans la partie méridionale. Les principaux fleuves de la Turquie d'Asie sont : le Tehorock, TIekil-Ermark et le Kisil-Erniak, affluents de la mer Noire; le Méandre, affluent de l'Archipel; l'Aasi, affluent delà Méditerranée ; . le Tigre et l'Euphrate, affluents du golfe Persique; le Kour, affluent de la mer Caspienne; le Jourdain, affluent de la mer Morte. La Turquie d'Asie renferme aussi un grand nombre do lacs, dont les plus considérables sont celui de Van, le lac Tabarièh et ceux de Balatzia, Beg- Cheker, Isnik, Aboullonia et de Fouzla ou Fouzler, qui, en été, se convertit en une immense plaine couverte de cristaux salins.
— Climat. Lo climat de la Turquie d'Europe est généralement moins chaud que ne le ferait supposer sa latitude. La chaîne du Balkan établit une différence marquée pour la température entre la partie située au nord et celle qui s'étend au' midi ; cette dernière est sensiblement plus chaude : la température y est la même que dans les provinces méridionales de la France. Il fait froid et il tombe beaucoup de neige dans les contrées qu'arrose ie Danube. On respire un air malsain dans plusieurs quartiers de cette partie de l'empire. Il règne dans l'Asie Mineure une température douce et pure qu'on ne retrouve même plus de l'autre côté de l'Archipel, sur la côte européenne; la chaleur de l'été est considérablement modérée par les nombreuses chaînes de montagnes, et le voisinage de quatre mers adoucit l'intensité du froid; cependant, les côtes méridionales éprouvent des chaleurs ti ès-fortes , tandis que les rivages de la mer Noire souffrent quelque peu de la grande humidité. La Syrie présente tous les degrés de température : on ressent, au pied de ses monts élevés, les chaleurs de la zone torride et, sur leur sommet, le froid rigoureux des régions polaires; dans l'espace intermédiaire, on respire un air doux et tempéré. L'Arménie et le Kourdistan, pays montagneux, sont les parties les moins chaudes de la Turquie dAsie.
— Constitution géologique et richesses minérales. Dans la Turquie d'Europe, les terrains anciens dominent dans la partie orientale, les terrains jurassiques et crétacés dans la punie occidentale. La constitution géologique de la Turquie. d'Europe, beaucoup moins connue que celle du reste de l'Europe, est analogue k celle des régions où sa ramifient les Alpes et les Karpathes. Dans les montagnes de la Bosnie dominent les plus anciens calcaires à débris organiques et quelques grès formés postérieurement ; ces calcaires sont riches en fiions métalliques. Les vallées de ces provinces sont remplies de roches appartenant aux derniers dépôts
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de sédiment pierreux. Les collines de la Bulgarie sont formées de grès de la même époque que les terrains de Paris. Le versant occidental des Balkans se compose des palcaires anciens qui dominent en Bosnie, et le versant opposé montre les roches schisteuses qui les supportent, et qui, près du Bosphore, se terminent par des calcaires coquilliers anciens et par un dépôt volcanique qui se continue en Asie. Les rameaux du Tchar-Dagh présentent, jusqu'à Salonique, les roches micacées primitives des Alpes, des calcaires et des porphyres rerifermant des métaux; enfin, les chaînes du Grammos et du Metzovo contiennent, outre ces roches, des marbres statuaires.
I Dans le système des montagnes de l'Asie i Mineure, les roches calcaires paraissent pré- : dominer. Les anciens vantent beaucoup d'espèces de marbres de l'Asie Mineure ; mais, depuis le Sangarius jusqu'à l'Halys, on ne rencontre que des roches granitiques. Le Liban et toutes les montagnes de Syrie sont composés d'une pierre, calcaire dure, blanchâtre et sonnante. Le granit ne commence guère à paraître que dans le voisinage du Sinaî. Il y a près de Damas d'immenses ca- , veines, dont l'une peut contenir 4,000 hom- | mes. Dans la Palestine, plusieurs montagnes [ sont aussi creusées de cavernes immenses. i En ce qui concerne les richesses minérales de l'empire ottoman, nous emprunterons les détails suivants à un article du Journal officiel (7 avril 1872) ;
Les mines de Roumélie et les mines de l'Asie Mineure sont renommées pour leur richesse; le plomb et l'argent y sont répandus en grande quantité. L'or est commun dans la Thessalie, tandis que les lies de l'archipel ottoman, renommées jadis pour leurs pierres précieuses, renferment des masses considérables de minéraux de toute espèce; la chaîne du Taurus est réputée pour l'abondance du cuivre. Les chaînes de montagnes de la Roumélie sont couvertes de charbon, ainsi que les districts de la côte méridionale de la mer Noire, et ii est impossible de se rendre un compte exact de l'étendue des couches de charbon qui couvrent l'Asie Mineure. La seule couche dont on ait bien défini les limites se trouve dans le voisinage d'Héracléo. Dans ce district, le charbon se ramasse à la surface du sol, et l'épaisseur de la couche varie de 3 à 18 pieds. Ces richesses sont mal exploitées, malheureusement, et elles ne rendent pas la dixième partie de ce qu'elles pourraient donner.
La meilleure qualité de charbon est extraite dans la vallée de Kosloo, dont la situation à proximité de la côte rend très-facile le chargement direct à bord des navires charbonniers, sans aucun intermédiaire de voiture. De la vallée de Kosloo on pourrait sans effort extraire environ 30,000 tonnes par an d'un charbon égalant en qualité le meilleur charbon de Newcastle et ne perdant que 7 pour loo en cendre et en pierre. Le mont Pélion renferme les mines de plomb et d'argent les plus riches peut-être qui aient été découvertes dans la région ouest du Bosphore; mais elles sont à peine exploitées. A côté de ces mines, il y a lieu de placer celles de Samakov, Voïnitza et Starimadea, en Bosnie, dans lesquelles des minerais de fer, de cuivre et de plomb d'une très -grande pureté abondent; mais, de même que les premières, elles ne rendent presque rien, à cause de la mauvaise exploitation.
A Katarova, près de Sophia, on trouve en abondance du plomb argentifère qui, bien que très-riche en métal précieux, par la même raison que précédemment , paye à peine les travaux d'extraction. On trouve également du plomb et du cuivre à Samakov, près de Varna, et à Kurshumlik, dans le voisinage de Pristina; mais partout le manque d'esprit d'entreprise produit les mêmes résultats.
C'est dans la Turquie d'Asie que les trésors naturels sont répandus avec le plus de prodigalité. On n'y a pas découvert moins de vingt-deux mines , qui ont donné tout d'abord de très-beaux bénéfices; mais, de ce nombre, bien peu sont encore en exploitation, et, parmi celles-ci, il n'y en a pas une qui soit convenablement exploitée. Cinq mines d'argent, une de plomb et quatre de "cuivre seulement sont exploitées sous la direction du gouvernement. Les premières produisent environ 570,000 okes (l oke égale 1 kilogr. 1/3); celle de plomb an produit 175,000 et les dernières 965,000. Parmi les mines exploitées par les particuliers, celles de Cléon, près de Trébizonde, rendent 250,000 okes de cuivre et celles de Tokat 300,000.
Pendant l'année 1872, plus de 450,000 kilogrammes de cuivre, d'une valeur de l million environ, ont été expédiés en France.
Les mines de cuivre de Bukirkurchar, qui, sous le règne de Mahomet II, permirent à Ismaïl-Bey de payer un trihut annuel de 200,000 ducats, sont maintenant complètement abandonnées; il en est de même de celles de Tireboly. Les mines .d'argent de Gumuch-Klianeh, jjrès de Trébizonde, réputées autrefois les plus riches de toutes les mines d'argent de l'Asie Mineure, rendent maintenant rarement plus de 90 livres par an. Seule, la mine bien connue d'Argana- Maden (Anatolie) a comme une apparence
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de succès et produit environ 400 .tonnes dô cuivre par an , le rendement du minerai étant de 12 à 15 pour 100 de métal pur. Les mines de Balgar-Dagh , sur le versant du Taurus, sont également très-riches, ie minerai contenant 21 pour lOOde plomb et donnant 428 grammes d'argent et 4 d'or par 100 kilogrammes. Ces mines, convenablement travaillées, pourraient donner 12,000 tonnes par an, et les frais d'extraction ne s'élèveraient pas à plus de 30 fr. 50 par- tonne. Le galène (sulfure de plomb) argentifère existe aussi en grande quantité à Akdagh-Maden, dans le district de Tokat. Sur le versant de l'Ishik-Dagh, dans le pachalik d'Angora, de semblables richesses appellent l'attention, comme aussi à Deseck-Maden, dans la même province.
De même à Elchen, à quelque 20 milles dans le sud de Tireboly, on sait que d'importants dépôts de cuivre .existent; mais on ne fait pas le moindre effort pour les utiliser. Quant aux mines d'argent d'Esseli, de Kuré-Maden et d'Helveli, la façon dont elles sont exploitées est si défectueuse, qu'à elles toutes elles ne rendent pas dans un an plus de 250 tonnes.
Aucune de ces richesses n'est devenue l'objet d'une exploitation intelligente. « LesTurcs et la plupart des habitants n'en veulent rien savoir, dit M. Ami Boue; les premiers par insouciance et ignorance, et les autres parce qu'ils craignent toujours que la découverte de minerais ne soit pour eux une nouvelle source de vexations et de travaux obligatoires. »
Les sources minérales les plus connues sont thermales et hydrosulfureuses; ce sont les seules auxquelles les Turcs fassent attention, parce qu'ils les emploient pour leurs bains; les principales se trouvent à Novi-Bazar, à Sophia, a Kostendil, à Aidos, k Vasilika et dans la Samothrace ; on connaît quelques sources acidulés froides, analogues aux eaux de Seltz, dans la Serbie et la Bosnie, à Hassan-Pacha- Palanka, k Verbnitza, Kiseliak, Lepenitza et Bania-Louka. Il existe aussi dans la Bosnie quelques sources ferrugineuses et dans l'Albanie des sources salées. Elles sont à peine exploitées.
— Faune et flore. -Il serait difficile, dit Malte-Brun, de caractériser d'une manière générale le règne animal dans la Turquie d'Europe. Les chevaux thessaliens étaient estimés à cause de leur beauté et de leur force. Les Turcs ont amené dans le pays la race tartare, et par le croisement de ces deux races l'une et l'autre ont gagné. Les ânes et les mulets sont aussi beaux qu'en Italie. Les bestiaux sont forts. On élève des buffles seulement dans les parties chaudes et marécageuses. Les moutons abondent en Macédoine et en Thessalie. Les chèvres sont do la plus grande utilité pour les habitants des montagnes. Les gros aigles qui abondent dans les environs de Babadngh donnaient autrefois aux Turcs les meilleures plumes pour leurs flèches ; elles se vendaient fort cher. Les forêts et les montagnes sont remplies de chevreuils, de daims, de sangliers, et les bétes carnassières que l'on y trouve sont les renards, les ours, les loups-cerviers; il y a encore une espèce particulière de loups de plaine, de moindre grandeur que ceux que l'on rencontre dans les montagnes. Ces loups habitent surtout le rivage du Danube et se retirent dans les roseaux des lacs et des marais qui y communiquent. Les perdrix et les outardes sont d'un goût délicieux et en grand nombre partout dans les plaines qui avoisinent le Danube.
La Turquie d'Asie possède les animaux domestiques suivants : chiens, bœufs, chevaux, ânes, chameaux, buffles, moutons, chèvres; celles d'Angoru sont célèbres par la longueur et la finesse de leur toison ; il en est de moine des chats. C'est sur les frontières verdoyantes dé la Syrie et sur les bords de l'Euphrate que paissent ces beaux chevaux arabes dont la généalogie est conservée avec tant de soin par leurs possesseurs; les chevaux turcomuns descendent, à ce que l'on croit, de l'ancienne race cappadocienne.
Parmi les oiseaux de la Turquie d'Asie, citons : l'autruche, la perdrix, le canard, le héron, la bécassine, le pluvier, le cygne sauvage, la macreuse, la poule d eau, la caille.
Les forêts et les déserts de la Turquie asiatique servent do refuge à des lions, .des panthères, des hyènes, des ours, des chacals, des loups, des renards, des sangliers, des gazelles et autres antilopes, des cerfs, des daims, des chèvres sauvages, des bouquetins , des lièvres,- etc. , ainsi qu'à des troupes souvent assez nombreuses d'autruches. Le gibier est assez commun partout, et les rivières sont en général poissonneuses. Citons encore, parmi les produits de la faune do la-Turquie d'Asie, plusieurs espèces de serpeuts et la sauterelle, fléau de ce pays.
La flore de la Turquie est très-variée. Nous nous bornerons à citer, en Europe, l'oranger, le citronnier, le grenadier, le liguier, l'olivier, la vigne, les cucurbitacées, dont plusieurs espèces sont très-estimées ; des plantes d'ornement, parmi lesquelles la rose lient le premier rang pour la production d'une essence renommée; le coton, le maïs, le riz, le froment, etc. En Asie, on trouve l'olivier, le saule pleureur, le peuplier, l'aune, le grenadier, le mûrier blanc, l'oranger, le
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citronnier, le pêcher, le cerisier, le poirier, le figuier, l'amandier, le néflier, le bananier, le dattier, le myrte, le cytise, le lentisque, le cèdre, le pistachier, le genévrier, le platane, le chêne, l'arbousier, le fabago, le gatnier, le litas, le jasmin, etc. Citons encore la salsepareille, la garance, le ricin, le tournesol, le jalap, la scammonée, le pavot, la coloquinte, etc.
— Histoire. Origine et première patrie des Turcs. D'après Hainmer, c'est dans les siècles les plus reculés qu'il faut chercher l'origine du peuple turc, d'où descend la race actuelle des Ottomans. Turc, que cette nation reconnaît elle-même pour son premier chef, est, selon toute apparence, leTarçitaos d'Hérodote et le Togharma de l'Ecriture. Quelques peuples se sont donné le nom de Turcs sans y avoir aucun droit; d'autres, au contraire," issus réellement de cette tribu, ont adopté diverses dénominations qui ne révèlent en rien leur origine. Les historiens tartares et mongols ont cru ennoblir leur nation en la faisant descendre au septième degré de Tatare et de Mogol, qu'ils supposent frères et descendants de Turc, fils de Japhet, tandis que les Ottomans, qui sont de véritables Turcs, repoussent ce nom comme dégradant et ne le donnent qu'à des hordes nomades et à des peuples barbares; c'est ainsi que les Grecs et les Romains réservaient la qualification de Scythes à tout ce qui n'était pas Grec ou Romain. Pline et Pompouius Mêla connaissent de nom les Turcs, ainsi qu'Hérodote, chez lequel on trouve le mot Tourgious, changé par les copistes en celui d'Ainourgious. Les Byzantins désignent les Turcs tantôt sous la dénomination do Persans, tantôt sous celle d'Ongres (Hongrois), quoiqu'il n'y ait jamais eu de rapport de parenté entre les Persans et les Turcs, ni entre les Persans et les Hongrois. Chalcondyle ne sait s'il doit les faire descendre des Scythes ou des Parthes, dont il est probable qu'ils tirent leur origine. Phranza adopte la tradition romanesque qui flattait tant la vanité des Grecs dégénérés et qui faisait descendre les Ottomans d'Isaac Coinnéne. Ce prince, ayant abandonné sa religion et sa patrie et parlant bien l'arabe, se serait concilié l'af- ( fection des Persans, c'est-à-dire des Turcs, quoique ces derniers ne fussent point des
■ Persans et ne parlassent point l'arabe ; en- \ suite Isaac, pour avoir traduit en arabe lu i plupart des novelles grecques et romaines, | aurait été considéré comme un second Mo-
hammed, et, après avoir épousé la tille de | " l'émir des Seldjoucides, aurait eu pour lils
■ Souleiman, père d'Ertoghcul et grand-père ; d'Osman. D'autres historiens, s'imaginant que
les Turcs étaient issus des Troyens, les ont fait descendre en droite ligne de Teucer et d'Hector. Paulo Giovio, historien de Charles- Quint, le premier écrivain des temps modernes qui ait fait connaître l'histoire et la constitution militaire des Ottoinaus, ne doute point qu'ils ne soient des Tartares venus des bords du Volga, et il n'y a pas encore longtemps qu'on a prétendu avoir découvert l'étymologie du nom de Turc dans celui de la rivière de Tereek. Les recherches sur le pays originaire d'un peuple sont, sinon toujours satisfaisantes, dumoius plus positives que celles qui ont pour but d'en établir la filiation en remontant à sa souche. Les Turcs, que les Chinois appelèrent d'abord Tuku, quittèrent l'Altaï (Altauntagh) ou montagne d'Or (l'Ektagh des Byzantins) pour se répandre dans les vastes et fertiles plaines de la haute Asie (le Turkestan actuel), qui ont pour frontières à l'E. le Khataï, c'est-à-dire la Chine septentrionale, ii 10. le lac Aral et le Klowavesm, au N. là Sibérie, au S. le Thibet et la Grande Boukharie. Ces contrées furent de tout temps célèbres par le caractère et les qualités physiques de leurs habitants, dont lu beauté et les rapines ont passé en proverbe dans tout l'Orient. Des poëtes persans donnent aux tilles de ce pays le nom d'idoles de Tsuiighil, ville du Turkestau dont les habitants adoraient Canope, Oiion et la Oraudo Ourse et épousaient, dit-on, leurs sœurs et leurs filles. Les anciens Perses donnaient le nom de Tourau aux pays situés à l'E. de l'Oxus et connus aujourd'hui sous celui de Turkestan. Tourauiens ou Turcs était le nom générique qui, comme celui de Scythes, servait à désigner les peuples barbares. Touranien dégénéra chez les Grecs en tyran, et Turc est encore aujourd'hui chez les Ottomans synonyme de barbare. Les Ouigours ou Turcs de l'E., qui habitaient la contrée qui s'étend entre Oaraeorum et Tourfun , ont été confondus par les historiens et géographes anciens avec les Ongres Sibériens des Byzantins, de même que<ies Hounnious, premier nom dont les Chinois se sont servis pour désigner les Turcs, ont été pris par les Hunsr Arrivons maintenant à l'histoire la plus ancienne des Turcs, d'après leurs propres traditions. S'il faut s'en rapporter à l'une des premières traditious turques, dont on retrouve des traces dans les Commentaires d'Hérodote sur l'origine des Scythes, Oghouz- Khan, lils de Kara-Iihan, fut, par ses conquêtes . et par ses lois, le fondateur de la puissance et de la civilisation turques, il doit avoir vécu du temps d'Abraham. Comme fondateur d'un empire, il a beaucoup de rapports avec le Déjocèsdes Mèdes, c'est-à-dire le Djemschid des histoires orientales. Ûghouz-
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Khan abandonna l'idolâtrie pour embrasser un culte plus pur et soutint contre son frère une guerre civile et religieuse qui dura soixante-dix ans. De Kanikoum, où Knra- Khan passait l'hiver, et des montagnes d'Ourtagh et de Kourtugh, son séjuur d'été, Oghouz se porta vers le sud et alla se tixer à Jassy, une des villes les plus célèbres du Turkestan > et qui fut longtemps le siège de la puissance et de la civilisation turques. Jassy devint la résidence du fils de Kara et du kun des Ouzbeks dans les temps moyens. Oghouz s'étant révolté contre Kara-Khan, son père, te défit, et toute la partie du Turkestan qui 's'étend depuis Artelas et Sirem jusqu'à Boukhara se soumit à ses armes. Les noms de ses six fils, suivant la tradition, sont « kans du jour, de la lune, de l'étoile, du ciel, de la montagne et de la mer, » titres que prenaient les souverains de ces contrées. Oghouz, aussi passionné pour la chasse que Nemrod, y envoya un jour ses fils, espérant qu'ils en rapporteraient quelques présages de leur sort. A leur retour, ils lui présentèrent un are et trois (lèches qu'ils avaient trouvés. Oghouz donna les flèches aux kans du ciel, de la montiigne et de la mer, et l'arc aux. trois autres, qui le brisèrent pour se le partager. Oghouz les nomma pour cela Outschok (les trois flèches) et Bozoulr (les destructeurs). Il confia le commandement de l'aile gauche de son armée aux premiers, et celui de l'aile droite aux seconds. Après la mort d'Oghouz, ses fils se partagèrent son empire; les trois flèches, ou les chefs de l'aile gauche, eurent en partage les tribus turques de l'est, et les destructeurs, ou chefs de l'aile droite, celles de l'ouest. La tradition donne quatre fils à chacun de ces princes, qui sont les pères des vingt-quatre principales tribus turques. Les trois kans de l'aile gauche et leurs descendants se dirigèrent vers l'est, et les kuns de l'aile droite, ou destructeurs, qui, dans l'origine, habitèrent lu Turkestan, envahirent ensuite le pays situé à l'ouest entre le yilioun et le Djihoun (l'iuxarte etl'Oxus) et, franchissant les frontières de cette contrée, s'avancèrent en conquérants jusqu'au Bosphore et au Danube. Les plus anciens historiens des Oghouzes, des Seldjoucides et des Ottomans font remonter la généalogie des souverains de ces peuples jusqu'aux trois kans de l'aile droite, en faisant descendre les Oghouzes du kan de la montagne, les Seldjoucides du kan de la mer et les Ottomans du kan du ciel. C'est sur les débris de l'empire des Seldjoucides que s'éleva celui des Ottomans.V. Seldjqucidks.
— Sommaire des principaux événements accomplis sous le régne des souverains ottomans. Ce fut sur les ruines de la dynastie des Seldjoucides, détruite en 1292, qu'Othman lerf fils d'Orthogul, jeta les fondements de l'empire Ottoman en 1299. Devenu maître d'une partie de la Bithynie, il fit avec une ardeur incessante la guerre aux infidèles et envoya son lils Arkhan s'emparer de Brousse, qui devint le siège de l'empire, et mourut en 1326, quelques jours après la prise de cette ville. D'après Viquesneï, Orkhan, que ses qualités guerrières avaient recommandé à la préférence paternelle , proposa à son frère allié, Ala=eddin, de partager l'empire avec lui ; mais ce dernier, entraîné par le guût des sciences spéculatives et dépourvu d'ambition, refusa et tint à respecter la volonté de son père. Urkhan créa eu sa faveur le vizirat, utilisa au profit de l'Etat ses grandes qualités administratives et lui laissa le soin de préparer les institutions qui contribuèrent si puissamment à la prospérité et à la gloire de l'empire. L'accord touchant et la confiance réciproque qui régnaient entre les deux irères offrent un exemple unique dans l'histoire des sultans. Orkhan prit Nicomédie, Nicée, un grand nombre d'autres places grecques et Gullipoli. 11 institua les iéni tcltéri (nouvelles troupes), connus en Europe, sous le nom de janissaires, les spahis, les médressés ou collèges, les miarets ou hôpitaux, etc. Amurat 1er, l'un des monarques les plus remarquables de la dynastie, monta sur Je troue en 13G0, s'empara d'Andrinople et fixa, pendant lesloisirs de la paix, sa residence^ordinaire dans cette ville. Il étendit ses conquêtes en Asie eten Europe. Un de ses fils, révolté contre lui, fut mis k mort par ses ordres. Les krals ou rois de Bulgarie, do Servie, de Bosnie et d'Albanie, ligués contre lui, furent défaits successivement et perdirent leur couronne à la journée de Kossovo. Le sultan vainqueur périt, après la bataille, sous le poignard d'un assassin (1389). Bajazet Ier, que son impétuosité dans les combats et la rapidité de ses marches guerrières ont 'fait surnommer Ei-Divim (le Foudre), succéda à son père en 1389 et fit immédiatement étrangler son frère Yakoub, dont la valeur s'était signalée pendant la bataille de Kossovo. L'Occident lança contre lui des années formidables. Il en triompha à Nicopolis, passa en Asie et recula les limites de l'empire jusqu'à l'Euphrate ; mais, défait et fait prisonnier eu 1402, près d'Angora, par Ïimour-Lenk (Tamerlan), il mourut après un an de captivité (1402). Un interrègne de onze années, causé par les dissensions de ses trois fils, Soliman 1", Musa et Mahomet, se termina, en 1413, par le triomphe de ce dernier et la mort de ses compétiteurs.
Mahomet I«t, prince équitable et géuéreux.,
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mit tous ses soins à consolider- le trône ébranlé par l'invasion étrangère et la guerre civile. Renonçant à toute idée de conquête, il apaisa les révoltes, châtia les Etats qui les favorisaient et étouffa la fameuse conspiration des derviches, dont les fanatiques adhérents avaient déjà battu deux armées.
Amurat II, âgé de dix-huit ans, succéda à son père en 1421. Il triompha du prétendant Mustapha, qui était ou se faisait passer pour son oncle. Son frère puîné, révolté contre lui, fut défait et mis à mort malgré ses ordres. Ses victoires reculèrent les limites de l'empire; elles furent interrompues par la défense héroïque de Belgrade, Vaincu par Huniade, gouverneur de la Transylvanie, il signa, en H44, après plusieurs campagnes malheureuses, un traité de dix années. Dégoûté des grandeurs, le sultan abdiqua volontairement le pouvoir. A cette nouvelle, le roi de Hongrie et ses alliés rompirent la trêve. La rapidité des conquêtes d'Huniade arracha Amurat à sa retraite. L'armée chrétienne fut vaincue et le repos de l'empire assuré. Le sultan renouvel» son abdication ; mais, à peine de retour a Magnésie, il fut forcé par la révolte des janissaires de ressaisir le pouvoir et de le conserver jusqu'à sa mort, De nouvelles victoires signalèrent sa puissance. Les princes du Péloponèse sa soumirent au tribut ; Huniade, à la tête d'une armée hongroise, fut vaincu dans la plaine de Kossovo (1448); mais Iskender-Bey (Scatiderbeg), kral d'Albanie, maître de la forteresse d'Ak-Hissar (Kroïa), résista aux forces supérieures commandées par le sultan en personne, le contraignit à la retraite et soutint contre les Ottomans une lutte sanglante qui dura vingtcinq années. Amurat II, fidèle observateur de la foi jurée, plein de droiture et de justice, fut un des plus grands monarques de la dynastie ottomane. Il régna vingt-six ans et mourut en 1431.
Mahomet II, son fils, surnommé El-Fatyh (le Conquérant), bloqua Constantinople par terre et par mer, l'emporta d'assaut en 1453, et par cet exploit mit fin au Bas-Empire. La prise de Trébizonde et la conquête de la Caramanie, de la Crimée, de la Morée et d'Otran te ajoutèrent encore à la gloire de ses armes. Il fut moins heureux devant Ak-Hissar, que défendait l'infatigable Iskender-Bey, et devant Belgrade, où Huniade repoussa ses attaques. Ce monarque, dont les cruautés et les honteuses débauches sont assez connues, osa élever le fratricide en loi politique. La puissance de son génie se révéla dans ses conquêtes, ses monuments , ses fondations d'établissements utiles, son goût pour les lettres, ses lois données à l'armée, ses institutions civiles et militaires.
Son fils, Bajazet II (1481), maintint son droit de primogéniture contre son frère Djemi, connu en Europe sous le nom de Zizim et qui mourut k Rome. D'un caractère pacifique, adonné à la poésie et porté à la vie contemplative, il n entreprit la guerre que lorsqu'il s'y vit forcé par les agitations des ennemis extérieurs de l'empire ou parles mouvements des janissaires. Ses succès furent contre-balancés par des revers. Ses enfants, danssa vieillesse, se disputèrent la faveur des janissaires, qui contraignirent le sultan à remettre le pouvoir à Sélim, dont les penchants conformes aux leurs avaient conquis leurs bonnes grâces. Bajazet mourut en 151 2, vingttrois jours après son abdication forcée.
Sélim 1er, voulant s'assurer la libre possession du trône, poursuivit ses deux frères dans leurs gouvernements d'Asie, les délit, les livra au bourreau et fît mettre ses neveux à mort. Quarante mille de ses sujets, soupçonnés de partager la doctrine des chiites, furent massacrés ou condamnés à une prison perpétuelle. Cette exécution, qu'on pourrait appeler la Saint-Burthélemy de l'islamisme, aurait été suivie de l'extermination des chrétiens, sans l'intervention du mufti Djéniali et du grand vizir. La rivalité religieuse des chiites et des sunnites souleva entre la Perse et la Turquie une lutte prolongée qui décima la population des deux empires.
La conquête de la majeure partie du Kourdistan et de la Mésopotamie, et celle de l'Egypte tout entière, illustrèrent la fin du règne Ou cruel Sélim, qui mourut en 1520. Soliman II monta sur le trône en 1520. Il fit en personne treize campagnes. Les premiers succès de ses armes sont la prise de Belgrade et celle de l'Ile de Rhodes. Les autres événements les plus éclatantsde son règne sont: le fameux siège de Vienne et les pirateries non moins fameuses de Khaïr-Eddin (Barberousse); les guerres continuelles avec Venise, la Perse, l'Egypte et l'empire d'Allemagne; ses bons rapports avec la France, la Pologne et la Russie; les intrigues sanglantes de la célèbre Roxelane; la construction de nombreuses mosquées, de ponts et de fortifications; Ja réforme du corps des ulémas et l'organisation intérieure de l'empire. Soliman II reçut de l'Europe le surnom de Grand, et de ses sujets ceiui de et Kanonni (le Législateur). Ses qualités furent malheureusement ternies par la cruauté. Non-seulement tous les hauts emplois de l'Etat et de l'armée fournirent de nobles victimes à la hache ou au cordon , mais deux de ses enfants, les princes Mustapha et Bajazet, ainsi que les cinq fils de ce dernier, furent mis à inort par ses ordres. Néanmoins, le règne de
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Soliman fut le plus remarquable de l'histoire ottomane. Il s'illustra par les plus belles œuvres de l'intelligence et de l'architecture, les.grandes actions dans la guerre et dans là paix. Le temps de son règne coïncida d'ailleurs avec l'accomplissement de grands événements contemporains.
Son fils Sélim II lui succéda en 1566. Ce prince, livré à l'ivrognerie, dut au génie du grand vizir Mohammed Sokolly la gloire de couronner la grande œuvre de Soliman par la conquête de l'Ile de Chypre , de l'Yémen, et par quelques autres expéditions glorieuses. Les cruautés du capitan- pacha Mustapha et le manque de foi du mufti, à l'époque de la prise de i'îlede Chypre, provoquèrent en 1571 le désastre de Lépante.
Amurat III monta sur le trône en 1574, et sacrifia ses cinjq frères à la sécurité de son règne. Livré par sa faiblesse à l'influence des femmes et des favoris, adonné d'abord à l'usage de l'opium et ensuite à l'ivrognerie , il diminua l'influence du grand vizir Sokolly, dont la mort révéla la décadence de l'empiré, qui avait échappé à l'attention de l'Europe. Son règne est une suite presque continuelle d'entreprises mal combinées et mal exécutées; cependant, grâce aux talents de quelques vizirs, la victoire accrut encore 1 héritage du grand Soliman. La guerre de Perse lit tomber entre les mains des Ottomans la ville de Tauris.
Mahomet III signala son avènement, en 1595, par la mise à mort de ses dix-neuf frères. La conquête d'Erlan et de Kanicha fut le fait le plus important de ce règne j mais des révoltes continuelles parmi les troupes de la capitale et au sein des provinces, l'abandon des anciennes institutions, le mépris de la loi, furent les résultats de son déplorable gouvernement et doivent être attribués en partie à l'influence de sa mère et à ses vizirs, notamment à Cicala. 11 n'hésita pas à immoler son fils, peu de temps avant de mourir. Les fils des sultans avaient été, jusqu'à Mahomet III, revêtus du gouvernement d'une province; à partir de son règne, renfermés dans le sérail, ils vont quitter leur retraite forcée pour monter sur le trône sans s'être essayés à régner par l'administration d'une contrée de l'empire.
Achmet I« succéda a son père en 1603 et relégua dans le vieux sérail son aïeule, la sultane Sagnié, la Vénitienne Baffa, qui, depuis l'avénément d'Amurat, avait pendant vingt-huit ans gouverné l'empire. Ce prince, d'une grande faiblesse de caractère , fut dominé toute sa vie par ses femmes et son entourage. Il protégea les Hongrois et les Transylvains contre l'empereur Rodolphe II. Schah-Abbas recouvra une partie des possessions que les guerres précédentes avaient enlevées à la Perse. On doit à Achmet la construction de plusieurs belles mosquées, de fontaines, etc. C'est sous son règne que l'usage du tabac s'est introduit en Turquie,
Après lui, Mustapha 1er (1617) et Othman II (1618) occupèrent successivement le trône. ■L'autorité souveraine, depuis la fondation de l'empire jusqu'à Achmet 1er, avait passé du père au fils, devenu l'aîné de la dynastie. Mustapha I", fils de Mahomet 111, et plus âgé que son neveu Otliman, fut proclamé sultan, en vertu de' la loi qui règle les droits de succession au trône. Son idiotisme avéré amena sa déposition après un règne de trois mois. Rappelé de nouveau à l'empire par la mort d'Othman H (1622), il fut déposé une seconde fois en 1623 et ramené au sérail pour n'en plus sortir.
Othman II, fils d'Aohmet 1er, jeUne prince de quatorze ans, conçut le projet de détruire les janissaires, dont il s'attira la haine par son avarice et ses sévérités contre leur intempérance. La révolte de ces troupes indisciplinées le précipita du trône et le conduisit à la mort (1622). Le règne de ces deux monarques, qui comprend un laps de six années, ressemble à un interrègne. L'empire , ruiné par les exactions des fonctionnaires, et troublé par les révoltes et les dissensions, perdit la Géorgie, Ghendj (Ghenjé ou lelisvetpol), Erivan, Bagdad, Basra, en tout, neuf sangiacs.
Amurat IV, surnommé el Ghazi (le Victorieux), fils d'Achmet 1er, succéda à Mustapha 1er, son oncle, déposé pour la seconde fois en 1623. Ce souverain, âgé de douze ans lorsqu'il monta sur le trône, gouverna d'abord sous la direction de sa mère, la sultane Mahpeïker, appelée plus communément Kensym, femme d'un caractère énergique et ardent, et prit plus tard la direction- des affaires. La prise de Bagdad et la soumission des Druses relevèrent la gloire des armes ottomanes. Sa main de fer retint les grands dans le devoir et soumit les ennemis extérieurs. Malheureusement, les grandes qualités de ce monarque furent ternies par une cruauté inouïe. Ses victimes s'élevèrent au nombre de cent mille. Après avoir défendu sous peine de la vie l'usage du vin et du tabac, il se livra à l'ivrognerie pendant les dernières années de sa vie; mais, s'il se montra tyran impitoyable, il eut du moins la gloire de suspendra la marche de la décadence. L'Etat lui doit la destruction d'un grand nombre d'abus, la répression de ta révolte des janissaires, la réorganisation de l'année et le rétablissement de la discipline militaire,
Ibrahim, fils d'Achmet 1er et frère d'Amurat IV, fut proclamé sultan en 1640. Sous ce
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prince, plongé dans la débauche, l'empire fut ébranlé par de fréquentes commotions intérieures et appauvri par des prodigalités. Cependant l'armée, obéissant encore k l'impulsion vigoureuse donnée par le sévère Amurat IV, remporta des victoires, s'empara de Candie et de Ret'uno, dans l'Ile de Crète, etc. Fatigués de la nullité et de l'inaction de leur sultan, mais surtout révoltés de sa cruauté, les janissaires prirent le parti de le déposer, de l'étrangler dix jours après sa déposition et de mettre à sa place son fils Man»met (1648), a peine âgé de huit ans.
Mahomet IV, d'un caractère faible plutôt que cruel, ne laissa d'autre souvenir que celui d'un infatigable chasseur. Il fut dominé tour à tour par son aïeule, la sultane Kensym, qui périt dans une révolte; par la sultane Validé, par la sultane favorite Khacéki- Rébia-Gulnuch, et par ses vizirs; mais son règne, de trente-neuf ans, illustré par le ministère des deux Kopr'tli , est une des époques les plus importantes de l'empire ottoman. Dans la dernière partie de sa vie^ on vit les armées de l'empereur Léopold s'emparer de Bude; celles de la république de Venise envahir la Dalmatie, le Péloponèse, l'Attique; enfin, des ministres incapables soulever par leur conduite tyrannique les colères du peuple et la chute de leursouverain. Déposé en 1687, Mahomet IV fut renfermé dans le sérail, où il termina paisiblement ses jours.
Soliman III, fils d'Ibrahim, rigide observateur des prescriptions de la loi musulmane, succéda à son frère (16S7). Au début de son r'ègne, les troupes, entraînées par l'esprit de révolte, laissèrent entamer les frontières et subirent des revers. Le grand vizir, Mustapha Koprili-Zadè, surnommé el Fazèl (le Vertueux), frère du célèbre Achmet Koprili, ramena la victoire sous les drapeaux de l'einpire , reprit Belgrade , diminua par esprit d'équité les charges écrasantes qui posaient sur leschrétiens.et fit rentrer dans le trésor le produit des exactions. Soliman 111 mourut après un règne de moins de quatre ans ; il fut remplacé eu 1691 par son frère Achmet.
Achmet II, d'un naturel mélancolique et d'une piété étroite , laissa, comme son frère, le gouvernement entre les mains de ses vizirs. La défaite de l'armée ottomane à Salankemen, où le grand vizir Mustapha Koprili-Zadô perdit la vie, est l'événement le plus remarquable de ce règne, dont la durée fut aussi courte que celle du précédent.
Mustapha II, fils de Mahomet IV, et neveu des deux derniers monarques, fut proclamé sultan en 1695. La prise de Chio el les succès sur mer de Mezzoïnorto précédèrent la victoire que Mustapha remporta en personne sur les Autrichiens à Lugos; mais sa défaite à Zeuta lui démontra la nécessité de signer la paix de Carlowitz, qui affranchit les puissances chrétiennes de la terreur inspirée par le nom ottoman. Il céda à l'empereur Léopold la Transylvanie, le pays situé entre le Danube et la Tbeiss, et délivra l'Allemagne des tributs qu'elle payait sous différentesdénominations. Venise restitua ses conquêtes au nord des golfes de Corinthe et d'Ëgine, retint la Morée jusqu'à l'Hexamilion, presque toute la Dalmatie, Sainte-Maure et les îles voisines, et réda quelques points fortifiés. La Pologne conclut également une trêve, recouvra Karainick, la Podolie, l'Ukraine, et cessa de payer tribut au kan desTartares. Le czar Pierre le Grand signa un armistice de deux ans et conserva la ville d'Azov. Koprili-Husseiu fut nommé grand vizir après la défaite de Zeuta. La sagesse de sa trop courte administration cicatrisa les plaies de l'empire. Son successeur dans le vizirat, Mustupha-Dultaban , et le mufti Feiz-Oullah , causèrent une terrible sédition qui les priva de la vie et entraîna la déposition de Mustapha II, dont les jours se terminèrent dans le sérail, un an après sa déposition (1695). A partir de ce règne, la rudesse farouche des Turcs sembla s'être adoucie par le contact prolongé avec l'Occident; la politique et la civilisation européenne répandirent un esprit de douceur qui pénétra la grossière écorce dont les races asiatiques sont encore enveloppées. Si les bases de l'édifice politique, les institutions militaires d'Orkhan, d'Amurat Ier, etc., sont encore debout, elles reçoivent des additions; les annales ottomanes révèlent des changements intérieurs, des modificaiions dont on n'avait pas trouvé trace dans les temps antérieurs.
Achmet III, frère dn précédent monarque, fut proclamé sultan en 1703. Le règne de vingt-sept ans de ce souverain est un des plus heureux de l'empire. Les victoires du prince Eugène acquirent à l'Autriche , il est vrai, Temesvar, Belgrade et une partie de la Servie; mais ces pertes se trouvèrent compensées par la conquête de la Morée, d'une partie de la Perse et de l'importante forteresse d'Azov.'Charles XII, roi de Suède, trouva un asile en Turquie. Le czar Pierre le Grand, cerné sur les bords du Pruth, n'échappa à la captivité que par la signature de la paix. Cent quarante incendies ravagèrent Constantiuople, qui fut pour ainsi dire rebâtie jusqu'à cinq fois. Achmet 111,'d'un caractère doux et humain, abandonna les rênes de l'administratiou k ses ministres. Après avoir changé treize fois de vizir dans les quinze premières années de son règne, il maintint avec une résolution inébranlable
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Dam ad -Ibrahim dans ces ôminentes fonctions. Sons l'administration éclairée de ce grand vizir, l'empire fut doté d'institutions utiles, d'édirices remarquables et de l'imprimerie (1128), et le sultan amassa des trésors sans fouler les peuples et sans recourir aux supplices et aux confiscations. Malgré les immenses services rendus par lui à, l'Etat , Damad-Ibrahim tomba victime de la sédition inopinée qui amena en même temps la déposition d'Achmet III.
Mahmoud 1er, fi|s de Mustapha II et neveu du précédent, monta sur le trône en 1730 et l'occupa pendant vingt-quatre ans. Son règne débuta par l'exécution rigoureuse, mais nécessaire, des rebelles qui troublaient la tranquillité de l'empire. Il s'est illustré par des victoires sur les Allemands, les Russes et les Persans. Il 'marque la période la plus brillante de la diplomatie ottomane; d'habiles négociateurs, formés dans les ambassades auprès des cours européennes, dans les commissions pour les délimitations de frontières, éclairés surtout par Bonneval, concoururent au traité de Belgrade avec l'Autriche et la Russie, au renouvellement des Capitulations avec la Francej a l'alliance suédoise, à la paix avec la Perse, à des traités d'amitié avec Nujjles et la Toscane, Leurs efforts obtinrent l'extension des frontières. Parmi les Seize vizirs qui lui furent donnés par ses kiziar-agas, quelques-uns se firent remarquer par leur mérite et contribuèrent au raffermissement de l'empire. Le gouvernement, en général prospère, de Mahmoud 1er fut marqué par ta douceur des actes et par la fondation de bibliothèques ; aussi ce souverain emporta- t-il en mourant les regrets de ses •peuples.
Othman III, fils de Mustapha II et frère du précédent, parvint à l'empire en 1754 et ne régna que trois années. Ce prince, l'utile et soupçonneux, fit mettre à mort trois de ses neveux, changea fréquemment de vizirs et maintint lapaixavecles puissances étrangères.
Mustapha III, fils d'Achmet III et cousin germain du précédent, monta sur le trône en 1757 et l'occupa dix-sept ans. La snge administration du grand vizir Mohammed, digne émule de Koprili, rétablit l'ordre dans les finances, réprima les abus, modéra l'ardeur belliqueuse du sultan et maintint l'Etat en paix. La guerre suscitée par l'impératrice Catherine II commença une série de défaites
3ui chassèrent les Ottomans de la Valachie et e la Moldavie, détruisirent leur marine dans la baie de Tehezmè, provoquèrent l'insurrection delà Géorgie et leur enlevere.ni la Crimée. L'humiliation de l'empire encouragea l'insurrection des grands dignitaires. Le prince Héraclius, en Géorgie ; Mahmoud, en Albanie ; Ali, en Epire; Ahmed, à Bagdud ; le cheik Dhaher, en Palestine; Mohammed -Bey, chef des mameluks, en Egypte, se révoltèrent. Quelques succès obtenus sur le Danube vinrent consoler les derniers moments de Mustapha III. Les malheurs qui l'accablèrent lirent briller en lui une constance et une énergie morale supérieures aux revers de la fortune.
Abdul-HamidMfils d'Achmet III et frère du précèdent, fut proclamé sultan en 1774. Sa conduite paternelle envers son neveu Sélim, héritier présomptif de l'empire, lui gagna, à son avènement, l'estime de ses sujets. La pénurie du trésor, épuisé par une guerre malheureuse, le dispensa de distribuer aux janissaires le denier d'avènement, largesse à laquelle tous les sultans sans exception, depuis Bajazet II, avaient été obligés de se soumettre. La défaite de Varna contraignit la Porte a signer, le 21 juillet 1774, la paix à Kutchuk-Kîunardji. Par ce traité, la Turquie reconnut l'indépendance des Tartares de la Crimée, du Bondjak et du Kouban, accorda aux Russes la libre navigation dans toutes les mers de l'empire ottoman, leur céda les places d'Azof.de Kilbouroum (Kinburn), etc., enfin accepta le partage de la Pologne. Catherine, en compensation, restitua la Bessarabie, la Moldavie, la Valuchie et quelques fies de la Méditerranée. Les sourdes menées du cabinet de Saint-Pétersbourg aggravèrent les conditions déjà si dures de ce traité, amenèrent, en 1783, la prise de possession de la Crimée et du Kouban, et forcèrent le divan à souscrire à ces nouveaux empiétements. Humilié de tant de désastres et comptant sur les vaines promesses de l'Angleterre et de la Prusse, le divan recommença la guerre. Les troupes ottomanes obtinrent des succès en Hongrie sur les armées de Joseph II, qui faillit être fait prisonnier ; mais la destruction de la flotte par les Russes devant Kilbouroum, à l'embouchure du Dnieper, entraîna la perte d'Oltzakov (o décembre 1788). Abdul-Hamid, abattu par tant de revers, succomba k ses chagrins en 1789, après avoir régné quinze ans. Ce prince pacifique, éclairé et ami de la civilisation, était dépourvu de l'énergie qui sauve les empires en détresse. Sél'uu III, fils unique de Mustapha III, succéda à son oncle. Les armées de l'Autriche et de la Russie poursuivirent leurs conquêtes en Servie, en VaJachie et sur les bords du Danube. Les événements de !a Révolution française déterminèrent Léopold à séparer ses intérêts de ceux de la czarine et à signer, en 1701, la paix de Sistov, par laquelle ce (jfmce abandonna ses conquêtes. L'intervention de la Prusse et de l'Angleterre amena,
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etr 1702, la conclusion du traité de Jassi. La Russie s'assura par ce traité la possession de la Crimée, de l'Ile de Taman, d'une partie du Kouban et de la Bessarabie, de la ville d'Okzakov et des pays enclavés entre le Boug et le Dniester; ce dernier fleuve devint la limite des deux empires. Le sultan profita de la paix pour pousser avec ardeur ses tentatives de réforme militaire et combattre les révoltes et les brigandages qui désolaient les provinces.
L'expédition française dirigée contre l'Egypte nmena, en 179S, de nouvelles complications et laissa aux insurrections lé temps de faire de nouveaux progrès et de déchirer l'empire. La destitution des hospodars de Valachie et de Moldavie ralluma la guerre et entraîna l'occupation de ces provinces par la Russie. De son côté, la flotte anglaise force le passage des Dardanelles en 1806, mouille devant Constantinople et somme le sultan de réunir ses- forces à celles des puissances coalisées contre la France; mais elle est contrainte de se retirer devant l'énergique défense des troupes et des habitants, à laquelle le général Sebastiani, ambassadeur de Napoléon auprès de la Porte, et deux cents ofticiers français prirent une part active. La flotte ottomane, battue en 1807 par l'escadre moscovite, se réfugia dans les Dardanelles; mais les dommages qu'éprouva cette dernière la forcèrent h disparaître de l'Archipel et à retourner aux îles Ioniennes. Cependant les idées de réforme que Sélitn III avait tenté d'introduire dans l'armée avaient soulevé la haine et excité plusieurs émeutes et des luttes sanglantes entre les janissaires etv les nouvelles troupes exercées à l'européenne. L'effervescence avait été calmée par l'adresse des partisans des nouvelles idées, et notamment par le mufti Veli-Zadô, qui sacrifia sa haute position k la sûreté de son souverain. Une sédition des yamak- taleialis (servants de batteries), fomentée par le nouveau mufti et par le caïmacan Mustapha, ennemis secrets de toute réforme, amena, en 1807, la déposition de Sélim III, et plus tard sa mort. Ce monarque humain et éclairé • s'était principalement occupé, pendant les ; dix-huit années de son règne, de faire entrer les Ottomans dans la voie de la civilisation. Cette généreuse pensée fut la cause de sa perte.
| Mustapha IV, fils d'Abdul-Hamid et cou- ■, sin germain de Sélim III, prince futile et ] cruel, purté sur le trône par une sédition, en ; fut précipité un an après par une autre sédition. Mustapha Buïvaetar, pacha de Roust- 1 chouck, à la tête de partisans de Sélim, at- ! taqua le saraï et exigea la réinstullation de : ce prince. Mustapha IV ne livra que le cada- ' vre de son compétiteur. Trois mois et demi après, il périt dans une nouvelle sédition.
Mahmoud 11, fils d'Abdul-Hamid et frère de Mustapha IV, fut proclamé en 1808. Forcé .par le fanatisme du peuple d'ajourner les projets de réforme militaire qu'il avait conçus pendant sa réclusion avec l'infortuné Sélim, il signa la paix avec l'Angleterre, afin de donner tous ses soins à la guerre ; contre la Russie. Des défaites presque continuelles détruisirent ou dissipèrent plusieurs armées ottomanes et obligèrent la Porte à souscrire, eu 1812, au traité de Bucharest, qui assura à laRussie les bouches du Danube et fixa au Pruth la limite des deux empires. Débarrassé de la guerre étrangère, Mahmoud tourna ses armes contre les grands dignitaires en révolte. Le pacha de Vidin fut dompté; La Mecque et Médine, depuis longtemps entre les mains des sectaires wanabites, furent reconquises par Méhémet-Ali, gouverneur de l'Egypte, et l'accès de ces villes saintes fut rouvert aux pèlerinages des pieux musulmUns; ta Servie, qui fut reconnue plus tard comme province tributaire, rentra momentanément sous le joug. Le terrible Ali, pacha de Janina, dont la chute fut retardée par l'insurrection grecque, paya de sa tête (1822) sa révolte contre son souverain. Cependant la conjuration hétairiste, mûrie depuis longues années, éclata en 1821 dans la Moldavie et la Valacfiie. Promptement comprimée dans ces deux provinces, elle trouva en Grèce des éléments de sueeès plus vivaces. Le soulèvement devint général, suscita des vengeances atroces et commença cette série tle luttes acharnées dont le souvenir vit encore dans toutes les mémoires. La résistance opiniâtre des Grecs détermina enfin Mahmoud à soumettre l'armée à la tactique européenne et à doubler ses forces par Jes manœuvres de la stratégie moderne. Son plan de réforme militaire, accueilli d'abord avec faveur, souleva une sédition qui se termina par la destruction^ dos janissaires, l'abolition des yamnks (servants de batteries) et la suppression momentanée de l'ordre des derviches bektachis, qui excitaient le fanatisme du peuple par feurs prédications (1826). La réorganisation de l'armée sur un pied nouveau n'interrompit pas les opérations militaires. Mais la coalition de la France, de l'Angleterre et de la Russie intervint entre les combattants. Ni le désastre de Navarin (1827), ni la déclaration de guerre par la Russie (1828), ni l'expédition française. en Mores ne purent déterminer le sultan à reconnaître l'indépendance de la Grèce. Les défaites successives quo ses armes éprouvaient en Europe et en Asie et l'envahissement de la Thrace fini-
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rent par vaincre sa résistance et le conlraignirentàsignerle traité d'Andrinople (1829). D'après ce traité, la Russie rendit toutes ses conquêtes en Europe, conserva le Pruth pour limite des deux empires et'obtint le protectorat de la Valachie et delà Moldavie, qui restèrent sous la suzeraineté de la Porte. En Asie, l'empereur Nicolas conserva* Anapa, Poli, et quelques autres places. L'ouverture des Dardanelles et du Bosphore fut stipulée pour toutes les nations. Débarrassé des soins de la guerre, Mahmoud II poursuivit avec ardeur l'exécution de ses réformes ; il établit des lazarets, fonda le Moniteur, organe officiel du gouvernement, comprima les révoltes qui déchiraient l'empire, soumit le pacha d'Albanie et celui de Bagdad. Mais il eut bientôt à combattre un adversaire plus redoutable.
Méhémet-Ali se rendit de fait indépendant en Egypte. La prise de Saint-Jean-d Acre et ta défaite de Konièh forcèrent le sultan à accepter, en 1833, lesdangereux services de la Russie, à recevoir sa flotte dans le Bosphore et à reconnaître son puissant vassal comme gouverneur de la Syrie tout entière. Le fameux traité do Khouukiar Iskélessi, qui-intervint entre l'empereur Nicolas et la Porte, obligea cette dernière puissance à fermer les Dardanelles à toute nation en guerre avec la Russie. Les dernières années de Mahmoud furent consacrées à l'établissement d'écoles militaires , à la création d'ambassades permanentes auprès de plusieurs puissances étrangères (1834), à la soumission de la régence de Tripoli (1835) , à celle des Kurdes (1837), à la construction d'un bateau à vapeur, à l'organisation des quarantaines, à la nomination de commissions chargées d'étudier les besoins de l'agriculture, de l'industrie et du commerce et de rédiger un nouveau code; à là fondation d'une école de médecine, etc. Ces innovations ss'accomplirent sous les menaces incessantes de la reprise des hostilités contre l'Egypte. La guerre éclata enfin en 1839; elle fut signalée par des désastres et par la défaite de Nizilein, .dont la nouvelle arriva à Constantinople quelques jours après la mort de Mahmoud IL Contrarié dans ses projets par la fausse politique de l'Europe, par des guerres continuelles, presque toujours malheureuses, par des révoltes sans cesse renaissantes et par l'ignorance fanatique de ses peuples, ce monarque était cependant parvenu à fixer les premières bases d'une réforme indispensable et à faire entrer l'empire dans les voies de la civilisation. La constance stolque et la fermeté d'àme qu'il déploya dans les périls de toute espèce qui signalèrent son règne de vingt et un ans placent Mahmoud II au rang des princes les plus remarquables d.e 1* dynastie d'Othman.
Abdul-Medjid succéda à son père le 1er juillet 1839. Son premier soin fut de donner l'ordre de suspendre les hostilités contre l'Egypte. Mais le capitan-pacha, entraîné
fiar sa haine contre le grand vizir Khosrer, ivra la flotte ottomane à Méhémet-Ali-Pacha. Des négociations amenèrent la solution du différend entra l'empire et son puissant vassal. Mèhéraet-Ali obtint pour ses descendants le droit de lui succéder en qualité de gouverneurs de l'Egypte; le sultan, la rentrée de sa flotte dans l'arsenal impérial. Le 3 novembre 1839, Abdul-Medjid avait publié le célèbre hatti-chérif de Gulhané, par lequel il promettait de garantir la liberté individuelle, de régulariser l'impôt et d'organiser l'armée en fixant la durée du service. La réorganisation générale de l'empire, qu'on désigne sous le nom de tanzimat , absorba toutes les pensées du monarque ; mais il se vit interrompu dans cette tache en 1853 par l'agression de la Russie, La France prit les armes; mais elle ne fut
F as seule à, défendre son ancienne alliée; Angleterre et les Etats sardes s'unirent à elle. Après une série de batailles de géants, la Russie succomba. L'existence de la Turquie fut sauvegardée. Le 18 février 1856, le sultan publia le hatti-humaïoun, qui répétait les affirmations du hatti-chérif et, le 30 mars 1856, le congrès de Paris proclama solennellement l'intégrité de l'empire ottoman. Le 25 juin 1861, Abdul-Medjid mourut. Son frère Abdul-Aziz monta le même jour sur le trône. Le règne d'Abdul-Aziz a été signalé par de continuelles insurrections et par de continuels emprunts, terminés en 1875 par une catastrophe financière. Fuad- Pacha, devenu, en 1862, grand vizir, était partisan des réformes. Il voulut, mais n'osa pas, par crainte d'une explosion du fanatisme musulman, abolir les vakoufs. Il publia pour la première fois (février 1862) le budget présumé de l'empire ottoman. Le bombardement de Belgrade par les Turcs provoqua un conflit entre la Serbie et la Turquie; la guerre put être évitée grâce à l'intervention diplomatique Jes grandes puissances européennes (conférence ue Belgrade, 5 février 1863). Ce fut encore l'attitude des puissances qui décida la Turquie, victorieuse du Monténégro (1862-1863), à. accorder des conditions de paix modérées à la principauté vaincue. Le retrait du papier-monnaie (22 octobre 1862) et la création de la cour des comptes (1803) ne purent arrêter la Turquie sur la voie des déficits et des emprunts. De 1851 à 1873, le gouvernement tuve contracta quinze emprunts (1851, 1855, 1858, 1861, 1862, 1863, 1864, 1865, 1866. 1867, 1809, 1870, 1S71, 1872, 1873) d'une va-
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leur nominale totale de 5 milliards 500 millions de francs. Une exposition des produits de la Turquie eut lieu à Constantinople (26 février 1863). Un événement des plus importants pour la Turquie fut l'émigration des Circassiens. Déjà, après la guerre de Crimée, un grand nombre de- Tartares, pour fuir l'oppression russe, avaient cherché un asile en Turquie. Leur exemple fut suivi en 186* par les Circassiens ; cette nouvelle émigration fut de beaucoup ta plus importante. Après avoir défendu héroïquement pied à pied l'indépendance de leur patrie contre les armées russes, les malheureux Circassiens, impuissants à résister davantage aux envahisseurs, résolurent, en 1864, d'abandonner en masse le sol qu'ils habitaient depuis des siècles plutôt que de subir une domination étrangère et demandèrent l'hospitalité & la Turquie. On évalue à 70,000 familles le nombre de ces émigrés. Beaucoup d'entre eux périrent de misère pendant l'émigration", par suite du peu de soin que prirent jî'eux les autorités ottomanes. La Turquie d'Asie fut le théâtre de troubles continuels (1S64, 1865, 1866, etc.) réprimés sans difficulté. L'insurrection de la Crète (août 186G) ne put être étouffée qu'au prix des plus grands efforts. Plusieurs réformes importantes furent accomplies en 1887 : la loi sur les vakoufs, restreignant les privilèges des itiosquées; les décrets en vertu desquels les étrangers furent autorisés a, acquérir des propriétés foncières, enfin le remaniement des subdivisions administratives de l'empire et la création de 27 vilayets. Les Tartares et les Circassiens émigrés en 1864 s'étaient établis en Bulgarie. Attirés par les promesses des Russes, les Bulgares avaient Commencé a émigrer en Crimée; mais, se trouvant plus mal encore sous l'administration russe que sous celle des Turcs, ils n'avaient pas tardé à regagner la Bulgarie. Le voisinage tracassier des Circassiens, la misère et par-dessus tout l'oppression des Turcs poussèrent les Bulgares à une insurrection (1868), qui fut réprimée avec la dernière cruauté.
Un grand changement, qui a influé sur la politique turque, survint en Orient A la nouvelle de la défaite de la France en 1870-1S71. La France perdit le prestige qu'elle exerçait en Orient, depuis qu'elle y était intervenue à diverses reprises; on ue la craignait plus et on n'espérait rien d'elle. La première conséquence de nos défaites fut la suppression 6n fait des clauses les plus importantes du traité de Paris, auquel la Russie déclarait ne vouloir plus se soumettre (traité de Londres du 13 mars 1871). La Turquie alors se tourna vers la Russie, et le général Ignatief, ambassadeur russe, devint tout-puissant a Constantinople. La Russie, qui avait pris sous sa protection la cause de l'indépendance de l'Eglise bulgare, obtint pour cette Eglise, en 1870, un exarchat national avec sa hiérarchie, à la place des évêques que le patriarche envoyait, ce qui exaspéra le clergé fanariote de Constantinople et occasionna en 1872, à Roustchouk, des rixes sanglantes entre les Turcs et les Bulgares. En 1873, le sultan reconnut l'indépendance de l'Egypte. Depuis tors, l'Egypte n'est plus que tributaire de la Turquie; le khédive et ses descendants sont investis du droit de gouverner l'Egypte à leur guise, de conclure des traités avec les puissances étrangères, etc. Un nouvel emprunt ottoman en 1873 n'ayant pas été couvert, la Turquie, qui depuis longtemps ne payait ses créanciers anciens qu'en empruntant à des créanciers nouveaux, se décida h suivre l'exemple donné quelques années auparavant par l'Espagne. Eu 1375, elle réduisit de moitié le payement des coupons de la dette intérieure et extérieure. L'autre moitié fut payée en bons produisant 5 pour 100 d'intérêt, avec l'illusoire promesse d'un remboursement en cinq ans. (Jette mesure, qui fit une vive sensation en Europe, mit en pleine lumière l'état d'irréparable décadence de la Turquie, résultat de l'administration la plus pitoyable. L'absence d'un personnel administratif ayant quelque fixité , le manque de fonds mis à la disposition de ce personnel pour être dépensés sur place en œuvres d'utilité publique, l'excès et la mauvaise assiette des impôts, le fardeau inégalement réparti du recrutement militaire, les prescriptions absurdes qui paralysent l'industrie et le commerce, l'ignorance absolue des rudiments de l'administration et de l'économie politique, enfin l'incapacité en quelque sorte irrémédiable des Turcs à gouverner avec un ensemble du prescriptions légales et non vexatoires, toutes ces causes ont fuit de la Turquie l'Etat le plus mal gouverné de l'Europe et provoqué une irritation permanente dans la population. L'insurrection qui a éclaté en 1875 dans la Bosnie et l'Herzégovine est venue encore gravement compliquer la situation. En dehors des vexations dont l'élément raïa. est l'objet de la part des musulmans, l'augmentation du quart de l'impôt des dîmes et d'autres impôts vexatoires qui écrasent la population des campagnes provoquèrent ce mouvement, que la Turquie se montra impuissante k réprimer. Vainement le sultan promit des réformes dans un firman impérial du 1" septembre 1875; vainement il décréta, le 2 octobre suivant, que le quart supplémentaire de la dlma serait supprimé, que tous les arriérés d'impôts seraient abandonnés aux contribuables, que les diverses communautés
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seraient représentées au sein des conseils administratifs par des délégués de leur choix ; ces promesses illusoires n'eurent aucun effet sur les insurgés. Pour empêcher la dissolution de l'empire, le gouvernement autrichien prit l'initiative d'une note adressée à la Turquie et demanda des réformes sérieuses qui pussent satisfaire les justes réclamations des insurgés et leur faire déposer les armes, La note Andrassy (30 décembre 1875), appuyée par les grandes puissances, fut bien accueillie par le gouvernement turc, qui, quelques jours auparavant (12 décembre), avaii publié un nouveau firman de réformes. Par un iradé solennel (février 1876), il déclara qu'il allait mettre en pratique les réformes demandées par l'Autriche pour la Bosnie et l'Herzégovine, et qu'il en étendrait le bénéfice aux autres parties de l'empire. Malgré ces promesses et la mission officieuse remplie auprès des insurges par le général autrichien Rodich, les combattants de 1 Herzégovine, au moment où nous écrivons ces lignes (avril 1876), n'ont point encore déposé les armes. Le 6 octobre 1875, la Pdrte avait déclaré qu'elle était obligée de suspendre le payement des coupons de sa deue, mesure qu'elle a renouvelée pour le èoupon d'avril 1876. Cette sorte de banqueroute a mis le comble au discrédit d'un Elat qui semble appelé à une dissolution prochaine.
Terminons cet historique par la liste des sultans qui ont gouverné la Turquie.
Sultans ottomans,
Otbman I«. .' 1287 ou 1299
Orkhan 1326
Amurat 1er 13G0
Bajazet 1er i3ao
Soliman 1er v j4g2
Musa 1410
Mahomet 1er 1413
Amurat II 1421
Mahomet II. 1451
Bajazet II usi
Sélim 1er 15i2
Soliman II 1520
Sélim II 1566
Amurat III 1574
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Mahomet III 1595
Achmet 1er 1CQ3
Mustapha 1er, , . . k 1617
Othman II 16I8
Mustapha I", 2« fois 1622
Amurat IV 1623
Ibrahim 1640
Mahomet IV 1649
Soliman III 1687
Achmet II 1691
Mustapha II 1695
Achmet III 1703 '
Mahmoud 1er 1730
Othman III 1754
Mustapha III 1757
Abdul-Hamid 1774
Sélim III .... » 1789
Mustapha IV 1807
Mahmoud II ISOS
Abilul-Medjid 1839
Abdul-Aziz 1861
— Ethnographie;. 1°. Classement de la population de l'empire ottoman par races. « Actuellement, si 1 on ne lient pas compte de l'infinité des enclaves de toute nationalité. dit M. E. Reclus, le territoire de la Turquie d'Europe peut se diviser en quatre grandes zones ethnologiques. La Crète et les Iles de l'Archipel, le littoral de la mer Egée, le versant oriental du Pinde et l'Olympe sont peuplés de Grecs; l'espace compris entre l'Adriatique et le Pinde est la contrée des Albanais; au nord-ouest, la région des Alpes illyriennes est occupée par des Slaves connus sous les divers noms de Serbes, Croates, Bosniaques, Herzégoviniens; enfin, les deux versants des Balkans, le Despoto-Dagh et les plaines de la Turquie orientale appartiennent aux Bulgares, qui, par les croisements et la langue, sont devenus presque Slaves. Quant aux Turcs, les conquérants et les maîtres du pays, ils sont épars çà et là en groupes plus ou moins considérables, surtout autour des capitales et des places fortes; mais la seule partie étendue de la contrée dont ils soient ethnologiquement les possesseurs est l'angle nord oriental de la péninsule, entre les Balkans, le Danube et la mer Noire, ii