TURQUIE D AFRIQUE
Kilom.
carrés.
Vilayet de Tripoli.
Habit.
. Habit.
— Organisation judiciaire, législation.
L'organisation judiciaire, entièrement modiliée par la loi du 4 avril 1869, a été calquée, dit M. Isambert, sur le mode européen. Elle comprend, outre le conseil des anciens, qui remplit l'office de justice de paix dans les communes : 1° des tribunaux de canton et d'arrondissement présidts par un eadi, jugeant en première instance ; 2° des cours de justice (tribunaux d'appel), siégeant au chef-lieu de chaque vilayet, et présidées par le chef de la magistrature ; 3» une Cour suprême de justice (à Constantinople.) faisant fonction de cour de cassation et jugeant eu dernier appel. Elle est divisée en deux présidences, l'une en Europe, l'autre en Asie, dirigées chacune par un kazi-asker (vulgairement kazi-les-ker),- sorte de grand juge qui prend rang immédiatement après le eheik-ul-islam.
Des tribunaux mixtes complètent cette organisation ; ils sont de quatre sortes : 1° les tribunaux présidés par les chefs des communautés; ils jugent les procès survenus entre les nationaux, si les parties ne préfèrent s'en rapporter à. la justice turque ; 2" les tribunaux mixtes de commerce, qui connaissent des contestations survenues entre étrangers et sujets ottomans ; 3<> le conseil de police, chargé de poursuivre les crimes et délits commis par les indigènes contre les étrangers, et réciproquement ; 4° le tribunal mixte maritime, jugeant les différends survenus, en matière de commerce maritime, entre indigènes et étrangers.
Des juges spéciaux (mufettich) jugent les procès relatifs aux vakoufs, biens des mosquées, libres d'impôts et constituant la dotation de l'uléma.
M. North trace un tableau peu flatteur de ia justice turque : ■ Quant à la manière dont ces tribunaux fonctionnent, rien n'est plus ridicule, dit-il. Les nouveaux codes, calqués sur les législations modernes, ont été introduits dans les vilayets et distribués aux juge,s. Mais les valis, les cadis, les muftis, présidents des tribunaux de vilayet, de sangiac et de caza, ne connaissent que le Coran et se soucient peu d'étudier les nouvelles lois, pour- lesquelles ils ont d'ailleurs une répugnance instinctive... Il n'y a point d'autres écoles que les mosquées, où le magistrat et l'avocat puissent se former à la connaissance et à la pratique du droit. Ni les parties ni les juges ne connaissent les codes nouveaux. Quelques adroits filous, avocats-nés par leur esprit retors et leur langage insinuant, rôdent autour des tribunaux, en quête de plaideurs, qu'ils renseignent -sur les formalités k accomplir et sur les subtilités à invoquer: Qu'importe, du reste, comment sont organisés les tribunaux, quand, en dépit des lois, la justice n'estqu'un mot? «Point de bakchich, point déjuge,» dit un proverbe grec. Interrogez les Européens qu'on trouve fixés en Orient, ils vous répondront dune voix unanime qu'en Turquie il n'y a pas de justice, qu'il n'y a que la faveur achetée. La giustisia turca est passée en dicton dans la langue franque des Echelles du Levant. Réforme, réorganisation I beaux mots qui résonnent et écumeut ; Schalt ùnd
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Rauck! Etudier le système judiciaire ottoman ! quelle miïvefcé, et k quoi bon? Ditna cette inextricable confusion, il n'y a qu'un seul principe admis, le pourboire, le pot-devin, le bakchich souverain.
» Que font les juges non musulmans? Hélasl timides jusqu'à ja crainte, complaisants jusqu'à la bassesse, comme les membres des conseils administratifs, surnommés conseils des pekes (des Oui), ils ne sauraient avoir d'opinion indépendante. On n'a pas toujours la vocation du martyre ; il n'est pas dans les forces de chacun de fronder le pouvoir, et c'est jeu dangereux que de contrarier l'autorité. Or, pour les raïas, tout Ottoman représente le pouvoir. N'appartient-i.l pas k cette aristocratie, fondée par la conquête, qui régit tout l'etnpire?On fait, du reste, bon marché d'eux dans les tribunaux comme dans les conseils, où, pour la forme, on a bien voulu les admettre. On ne demande leur avis, lit-on dans un rapport du consul anglais à Monastir, adressé k lord Lyons, qu'après que tous les membres musulmans ont exprimé le leur, et alors ils sont assez prudents, s'ils se soucient de leur sécurité, pour ne pus être d'une opinion contraire. Les chrétiens apposent leurs cachets à des documents préparés par le inedjlis, sans même en connaître souvent la teneur. > On s'était promis, poursuit M. North, d'heureux résultats de l'institution des tribunaux de commerce (tidjaret medjeless) ; ils n'ont guère répondu à l'attente générale. Composés d'un président musulman et de cinq assesseurs, dont deux musulmans et trois chrétiens, leur rôle est restreint, leurs attributions sont mal définies, leur action est inefficace. Ni le président ni les juges ne connaissent le code de commerce qu'ils sont chargés d'appliquer. Il est" douteux même qu'ils fassent une distinction entre le billet k ordre et la lettre de change. Mais il y a, si possible, quelque chose de plus choquant que la vénalité des juges et de plus grave que l'inégale représentation de l'élément chrétien dans lescours judiciaires. C'est l'injustice qui pèse sur toute une classe déjà opprimée de mille façons', c'est l'inégalité des raïas et des musulmans devant la loi et ses interprètes, inégalité qui subsiste encore aujourd'hui en dépit de la foi jurée et des assurances données à l'Europe. Le témoignage des chrétiens n'est pas admis devant un tribunal turc contre des mahométans. •
— Finances. Après une série d'emprunts qui, depuis vingt ans, se sont élevés au total de 5 milliards 447 millions de francs, le gouvernement turc, à la suite de l'insuccès d'un dernier emprunt tenté en 1873, a, en IS75, "réduit de moitié le payement des coupons de la dette intérieure et extérieure. L'autre moitié est payée en bons produisant 5 pour 100 d'intérêt et devant être remboursés en cinq ans.
Le gouvernement turc ne publie que des projets de budget, les comptes sur les exercices clos restant inconnus.
Le budget de l'exercice 1872-1873 établit le compte des recettes et des dépenses :
Dépenses 492,302,350 fr. '
Recettes 474,-i55,830
Déficit 17,046,520 fr.
Budget dés dépenses.
Dette publique.
DeLte extérieure, intérêt et amortissement. 149,850,290 fr.
Dette intérieure consolidée 54,755,985
Dette flottante. . . . 12,805,82j>
Total. . . . 217,412,100 fr.
Liste civile du sultan,
pensions, etc 47,070,170 fr.
Services généraux
des ministères 227,814,080
Finances 22,713,765
Intérieur 54,397,415
Justice 9,045,245
Affaires étrangères. 3,346,845
Guerre 90,221,870
Marine. t 18,400,000
Commerce 1,514,320
Instruct. publique. . 1,886,575
Travaux publics. . . 26,287,045
Budget des recettes.
Tributs. . 18,807,560 fr.
Contrib. directes. . . 90,013,605
Contrib. indirectes. . 302,206,545
Diverses 63,648,120
i Le budget, le projet de budget de 1874- 1875 se montait/ dit la liéforme économique, en recettes à 537,336,150 francs, et en dépenses k 605,778,961 francs. Déficit , 128,412,811 francs. Dans la dépense, le service de la dette publique était porté pour 350,558,012 francs. La réduction décidée allège ce chapitre de la moitié (pas tout à fait la moitié, eu réalité, puisque la réduction ne peut pas porter sur l'emprunt de 1855, placé sous ia garantie do gouvernements étrangers), c'est-à-dire de 175,279,000 francs. Restent donc pour les dépenses 490 millions, et en ajoutant 10 millions à peu près pour le service de l'intérêt des nouveaux bons, 500 millions. Mais l'équilibre ainsi établi (537 raillions de recettes et 500 millions de dé- - penses) n'existe pas en réalité. » Du budget
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des recettes il faut déduire 95 millions d'impôts arriérés, dont le gouvernement a fait remise aux contribuables (parce qu'il était dans l'impossibilité de les recouvrer) , et 39 millions représentant le quart de la dîme accordée aux populations agricoles surchargées. Au budget des dépenses il faut ajouter on ne sait combien de millions pour la liste civile du sultan, comptée au projet de budget pour 18 millions, et qui absorbe notoirement et traditionnellement 60 ou 80 millions. Il faut ajouter encore tout ce qui manquera aux services publics insuffisamment dotés par le budget de prévision et qui exigeront des crédits supplémentaires. Nous citerons pour exemple l'instruction publique, à laquelle est attribué un crédit total de 2,858,737 francs. Par conséquent, diminution des recettes, augmentation des dépenses, c'est-ii-dire déficit croissant, telle est la véritable situation des finances ottomanes.
Aussi, comme nous l'avons dit plus haut, la Porte en'a-t-elle été réduite k suspendre le payement des coupons de sa dette (1875 et 1876).
» Le padischah a, dit Reclus, institué pour tout l'empire un budget dont il s'attribue le dixième environ. Le plus absolu des monarques d'Europe, il est aussi, après le prince du Monténégro, celui dont la liste civile est la plus forte en proportion des revenus du pays; encore ce budget particulier n'estil pas suffisant, et très-fréquemment on doit en combler le déficit par des emprunts k quinze et vingt du cent, pour lesquels? on hypothèque le produit des impôts, des dîmes et des douanes. Le train de maison du sultan et" des membres de sa famille est vraiment elfréné. 11 existe au palais une armée d'au moins six mille serviteurs et esclaves des deux sexçs, dont huit cents cuisiniers. En outre, la domesticité est elle-même entourée d'une tourbe de parasites qui vivent autour du palais et que nourrissent les cuisines impériales ; en vertu de leurs contrats, les fournisseurs sont obligés de livrer chaque jour une moyenne de douze cents moutons, et l'importance de ce seul achat de consommation permet déjuger de l'énorme total auquel doivent s'élever tous les autres. Les dépenses courantes s'accroissent des frais de construction pour les palais et les kiosques, de l'achat de toutes les féeries d'Orient, fabriquées à Paris, et des collections de fantaisie, de prodigalités de toute nature, de vols et de dilapidations sans fin. Les ministres, les valis et autres grands personnages* de l'empire travaillent do leur mieux à imiter leur maître et, comme lui, doivent forcément dépasser les limites que leur trace un budget fictif. D'ailleurs, ilssont très-richement payés, car il est admis, en Orient, que les hautes dignités doivent être rehaussées par l'éclat de la fortune et les prodigalités du luxe. Aussi ne reste-t-il rien pour les travaux utiles. Quant aux employés inférieurs, ils ne touchent que des honoraires dérisoires, si même on veut bien condescendre aies payer ; mais il est tacitement convenu qu'ils peuvent se dédommager de leur mieux sur la foule des corvéables. Tout se vend en Turquie, surtout la justice. L'état des finances turques est tellement lamentable, les emprunts se font kdes taux tellement usuraires, la désorganisation des services est si complète, qu'on a souvent proposé de faire gérer le budget ottoman par un syndicat des puissances étrangères ; mais parmi ces puissances, combien en est-il qui puissent se vanter elles-mêmes d'avoir parfaitement équilibré leurs recettes et leurs dépenses? L impôt n'est prélevé que sur une partie des habitants. Tout vakouf ou bien du clergé est exempt de tout impôt. Tout musulman, par une donation sui yeueris, peut transformer sa propriété en vakouf. Ces vakoufs constituent une partie importante , peut-être le tiers de la superficie du territoire. « Tout le poids de l'impôt retombe donc, dit Elisée Reclus, sur le malheureux chrétien ; encore doit-il forcément augmenter k mesure que s'accroît l'étendue des terrains vakoufs. Aussi faudra-t-il en venir tôt ou tard a la sécularisation des biens de mainmorte, et déjà le gouvernement, au grand scandale des vieux croyants, a timidement étendu la main vers le territoire appartenant aux mosquées de Stamboul. •
— Instruction publique. Sous le rapport de l'instruction publique , la Turquie est, avec la Russie, l'Etat le plus arriéré de l'Europe., Les écoles y sont peu nombreuses, et on n'y donne aux élèves qu'une instruction insuffisante'. Une loi sur l'instruction publique, édictée en 1869, réformait l'enseignement en l'établissant sur de nouvelles bases : l» chaque quartier ou chaque village devait avoir au moins une éeole'primaire ; dans les bourgs de plus de cinq cents maisons, on devait établir des écoles primaires supérieures; 20 chaque ville renfermant plus de mille maisons devait avoir une école préparatoire ou collège ; chaque chef-lieu de vilayet, un lycée; 3° il était institué k Constantinople une université impériale et un conseil supérieur de l'instruction publique. • Malheureusement, dit M. North, cette organisation, excellente en elle-même, est restée lettre morte. Aucun changement n'a été apporté dans l'enseignement. Les enfants pauvres s'élèvent comme ils peuvent; quant à ceux des classes aisées,
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ils continuent, comme par lo passé, à rester enfermés dans le harem jusqu'à l'âge de sept ans, livrés aux soins des femmes et des eunuques. C'est l'éducation que reçoivent les sultans depuis que Soliman décréta la réclusion des héritiers du trône dans le sérail." En sortant du harem, les enfants passent aux écoles des quartiers, ou on leur enseigno l'alphabet turc et la lecture du Coran en arabe. A dix ou douze ans, ils en sortent pour être admis dans quelque ruchdijé. Ils y apprennent la lecture et l'écriture turques, les premières notions de calcul et les éléments de l'histoire et de la géographie ottomanes. Après avoir suivi ces cours pendant quatre ou cinq ans, ils les quittent habituellement pour rentrer dans leurs familles. Au-dessus des ruchdijés se trouvent, il est vrai, les écoles des mosquées, où l'on peut apprendra le turc, l'arabe, la philosophie, la théologie et un peu d'histoire. On en sort, k trente ou trente-cinq ans, pour devenir cadi, mufti ou recteur. Mais les écoles des mosquées ont été de tout temps de véritables foyers de fanatisme. Toute loi, civile et religieuse, ayant, pour les musulmans, son principe dans le Coran, l'instruction religieuse a acquis en Turquie une importance qu'elle n'a nulle autre part. •
Outre le lycée de Galata-Seraï, la Turquie possède, selon M. Isambert, plusieurs écoles spéciales, dont certaines n'existent peut-être que sur le papier : école d'administration, école bureaucratique, école militaire, école d'artillerie et du génie, école do marine, école d'agriculture.
Les diverses nationalités qui habitent la Turquie ont leurs écoles distinctes de celles des musulmans. L'instruction qu'en reçoivent les élèves se réduit k peu de chose. Enfin, les Français, les Anglais, les Allemands, etc., résidant en Turquie ont fondé quelques établissements scolaires dignes de ce nom, destinés pour la plupart à l'instruction des enfants de leurs nationalités respectives.
■ Il existe à Constantinople 40 bibliothèques, contenant ensemble 65,574 volumes. Elles renferment beaucoup d'ouvrages sur la religion et peu sur les sciences. On y trouve un grand nombre d'écrits historiques et des recueils de poésies légères, dans le genre allégorique et erotique.
— Cultes. La population de la Turquie d'Europe se subdivise, selon les cultes, de la manière suivante, d'après Reclus :
Musulmans 3,480,000
. Grecs 7,070,000
Latins (catholiques romains.) 440,000
Arméniens 380,000
Chrétiens de sectes diverses 15,000
Israélites 95,000
Total 11,480,000
D'après le Coran, chaque musulman est ministre de sa religion : une foi, un chef, absence complète d aristocratie nationale en religion, tel est le-sens clair et précis du Coran. Les ulémas représentent le clergé séculier de l'islamisme. A la tête du corps, des ulémas, richement doté, ayant des revenus énormes, une influence civile et religieuse considérable, se trouve le cheik-ul-islam (le chef de la soumission à Dieu) ou rauphti. Les ministres du culte se divisent ; en cheiks ou prédicateurs ; en khatibs ou chargés de surveiller les mosquées et de faire dans les grandes mosquées les prières du vendredi pour le sultan ; en imans , prêtres pour le culte des autres jours de la semaine; en muezzin» ou mouzecins, appelant les croyants à la prière du haut des minarets ; en kaims ou sacristains et en derviches ou moines. Le clergé turc vit des vakoufs. On appelle ainsi les biens qui ont été soustraits au droit fictif de nue propriété de l'Etat par une donation également fictive k une mosquée. Le donateur et ses héritiers gardent la possession de la terre moyennant la remise d'une somme d'argent au moment de la constitution du vakouf et une redevance annuelle qui est devenue k peu près insignifiante, par suite de l'avilissement progressif de la piastre. Les vakoufs ne peuvent être vendus pour cause de dette. Une partie notable du sol est soumise à ce régime.
En Turquie, toutes les croyances ont la libre pratique de leur culte. « La Turquie n'a jamais connu, dit M. Ubicini, ni les persécutions religieuses, ni le saint-office, ni les auto-da-fé. Au contraire, elle ouvre un asile sur son territoire aux malheureuses victimes du fanatisme chrétien. »
Les Turcs n'opposent aucun obstacle direct k l'exercice des cultes non musulmans et ne cherchent pas à faire des prosélytes parmi les raïas (sujets turcs non musulmans), mais ne se fout aucun scrupule de maltraiter ces raïas. 11 les considèrent comme des êtres inférieurs , des • chiens , • que tout « vrai croyant ■ a le droit de frapper, de dépouiller et de tuer quand bon lui semble. Le raïasait que, tant qu'il ne se convertira pas k la foi de Mahomet, il sera en butte aux violences du premier musulman venu, violences qui, malheureusement, ont lieu quotidiennement en Turquie, et que les tribunaux turcs laissent impunies.
Les Turcs respectent non-seulement l'exer-
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cice des différents cultes non musulmans, mais encore les attributions politiques et judiciaires des chefs de ces cultes. Chaque chef de culte, patriarche, évêque ou rabbin, est le satrape de ses fidèles. « Constantinople aurait probablement évité son sort, dit M. Matthieu, si, dans les derniers temps qui ont précédé sa chute, les patriarches n'étaient devenus plus puissants que les empereurs et les moines plus nombreux que les soldats. Mahomet II, qui joignait une grande sagacité à ses talents militaires, ne tarda pas k apprécier les Grecs et à découvrir la véritable cause de leur faiblesse et de leur ruine. Il résolut de les contenir en les remettant sous le joug du patriarche et du clergé. Tel fut le motif politique qui dicta ce fameux hattichérif que les Grecs regardent aujourd'hui comme leur charte, et dont les Turcs se plaignent avec plus de dépit que de raison... Tous les avantages de cette chartersont évidemment pour Te clergé. Ses droits et ses privilèges y sont déterminés et garantis; le peuple n v est mentionné que pour servir et payer, et cependant il s'y attache, parce qu elle lut dorme une sortede gouvernement national et le dispense, dans beaucoup de cas, de tout contact avec l'administration turque. •
Le patriarche de Constantinople, comme chef de la religion grecque dans la Turquie d'Europe et comme directeur civil des communautés de la nation, dispose d'une influence très-considérable. Il est désigné par un synode de dix-huit membres, qui administre le budget religieux et décide souverainement en matière de foi. Les trois personnages principaux du rit latin sont : un patriarche, siégeant dans la capitale, et les deux archevêques d'Antivari et de Durazzo. Les deux cultes arméniens ont 'chacun leur patriarche résidant k Constantinople. Enfin, le culte Israélite est présidé par les rabbins et grands rabbins.
— Armée. Les premiers empereurs turcs ne durent leurs succès contre les Grecs énervés qu'à la réunion volontaire et accidentelle de tous leurs compatriotes tartares, quo l'espoir du butin ou celui d'un établissement conforme k nos anciennes lenurea féodales attiraient -sous leurs drapeaux victorieux. Mais les services de ces guerriers peu disciplinés cessaient et devenaient peu utiles aussitôt qu'ils avaient obtenu la récompensa qui les avait attirés. Le concours seul de nouveaux aventuriers, également avides, soutenait et alimentait les années ottomanes. Ainurat I" sentit le défaut de ces rassemblements précaires et résolut de former un corps permanent qui reçût une solde régulière du trésor impérial et qui, par son institution même, ne put jamais posséder des timars ou domaines féodaux. Ce fut le célèbre corps des janissaires (v. ce mot). Tous les écrivains du xvjc siècle constatent la supériorité des Turcs dans la science des grandes opérations. Iinolles dit qu'ils apprirent aux Fiançais à fortifier les places; André Doria les proclame sans égaux dans- l'art de conduire une armée, et le baron de Rusbeck s'écrie : • Quel malheur pour qui songe k l'avenir I De leur coté, l'ordre, la discipline, la frugalité, la vigilance, l'habitude de vaincre; du nôtre, au contraire, des soldats mécontents, des chefs sans capacité, l'indiscipline, la licence et, qui pis est, l'habitude de nous voir battus. « — «Tant que la discipline et la précision mécanique des manoeuvres suffirent pour assurer le succès, dit M. Matthieu, les Turcs furent la première nation militaire; mais du jour où la victoire devint le résultat de combinaisons scientifiques, ils éprouvèrent la conséquence fatale de l'ignorance et ne se mirent en campagne que pour se faire battre. ■ L'année ottomane a été définitivement organisée k l'européenne en 1843. Le recrutement par le sort l'ut alors substitué aux levées irrégulières, et l'année fut divisée en année active et en réserve. L'armée fut réorganisée par la loi du 22juin 1869. Aujourd'hui, le service militaire est obligatoire en Turquie; niais les musulmans seuls, sinon en droit, du moins en luit, sont appelés à l'honneur de porter les armes pour la défense de l'Etat. Les chrétiens sont exclus de l'armée et sont obligés de payer un impôt pour se libérer du service. Tout musulman, de vingt à quarante ans, fuit partie de l'armée et peut être appelé dans les rangs, en cas de mobilisation. Le tirage au sort décide, chaque année, quels sont ceux des hommes ayant atteint l'âge de vingt ans qui doivent faire partie de l'armée active ou nizam. La durée du service sous les drapeaux est de quatre ans dans l'armée active; le soldat reste, en outre, un ou deux ans dans l'ichtial, c'est-à-dire en disponibilité. Le reste du temps de service se décompose de la manière suivante : trois ans dans la réserve du premier ban ; trois ans dans la réserve du deuxième ban; huit ans dans la levée en masse. La reserve porte le nom de redif, et l'on appelle raustanriz la levée en masse. Quant aux jeunes gens qui n'ont pas été désignés par le sort, lors du premier tirage, pour faire partie de l'armée permanente, ils sont tenus de se représenter, pendant cinq ans encore, à chaque tirage annuel, et ils ne sont définitivement admis dans la réserve que si aucun numéro pris dans les six tirages consécutifs ne les a appelés au
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service actif. Le nombre annuel des jeunes gens astreints à répondre aux obligations de la loi sur le recrutement est de 80,000 environ; mais il y a, parmi eux, une telle quantité d'exemptés et de dispensés, et les finances de l'Etat sont si surchargées que l'armée active, au lieu de comprendre 150,000 hommes, comme le prescrit la loi de 1869, n'en a pas plus de 100,000.
Les troupes irrégulières se composent des contingents de différentes tribus, fournissant surtout une cavalerie légère excellente, et de bachi-bouzouks, engagés volontaires avec prime, dont l'indiscipline et l'inconduite laissèrent de si tristes souvenirs après la guerre de Crimée. On les évalue à 100,000 hommes.
En résumé, les forces militaires de l'empire, comprenant l'armée active, les réserves, la garde sédentaire, présentaient en 1875, d'après l'almanach de Gotha, un effectif de 486,000 hommes, non compris les troupes irrégulières.
— A/arine. La marine turque, en partie détruite lors des désastres de Navarin et de Sinope, a depuis lors complètement réparé ses perles. Le matériel nouveau, construit ou en cours de construction en Turquie et en Angleterre, ne laisse rien à désirer sous le rapport du progrès. La flotte possède déjà un certain nombre de frégates cuirassées. Les arsenaux de Tersané et d'ismid ont retrouvé l'activité qui les caractérisait à une autre époque, et les ressources .inhérentes au pays leur permettent de produire aisément les coques des navires; mais là s'arrête leur puissance. Sous les autres rapports, il reste des lacunes énormes à combler. L'outillage des ateliers est insuffisant, même à Constantinople, pour les réparations courantes de la marine à vapeur, presque nul sur les autres points; Je personnel mécanicien indigène des arsenaux et de la flotte est à créer en entier. L'arsenal de Constantinople, nommé Tersané, situé dans la Corne-d'Or, pourrait suffire, à lui seul, à la marine turque. Comme position maritime, c'est le plus bel arsenal du monde. Il existe aussi des chantiers de construction navuie à Ismid, à Sinope et a Eregli (Héraclée), dans la mer Noire ; k l'Ile de Métefin et à Rhodes ; mais ils offrent inoins de ressources encore que l'arsenal de la Corne-d'Or. La Turquie possède chez elle tout ce qu'exige la construction.
En 1875, la Turquie possédait 4 frégates cuirassées, d'une force de 3,050 chevaux, portail t et canons; 6 navires à casemates, avec 5 canons, et 3 navires à tourelles, de la force de 1,200 chevaux, avec 11 canons en tout; 15 navires cuirassés, "avec une force de 9,250 chevaux et 116 canons. Il faut ajouter 3 canonnières cuirassées, de la force de 240 chevaux et portant 6 canons, qui stationnent sur le Danube, et 2 canon'nièrcs cuirassées sur le lac de Scutari, avec une force motrice de 60 chevaux et 2 canons chacune. Les autres navires de guerre sont aussi, pour la plupart, bien construits et' bien équipés. On compte, en outre, 4 vaisseaux de ligne, 13 frégates et corvettes, 22 avisos et 101 navires de transport.
Quant à la marine marchande, elle comprenait en 1866 un total de 177,987 navires, jaugeant 11,639,864 tonneaux ottomans.
Les 177,987 navires de 1865-1866 comprenaient 171,544 navires à voiles, jaugeant 8,015,710 tonneaux, et 6,443 vapeurs jaugeant 3,024,154 tonneaux.
Le mouvement du port de Constantinople a été en 1872 de 12,447 navires, jaugeant 2,554,117 tonneaux ottomans (1 t. oit. égale 1,012' kilogr.); de 2,123 vapeurs, jaugeant 1,213,651 tonneaux ottomans, et de 1,061 navires àservice régulier, jaugeant 780,934 tonneaux ottomans,
— Voies de communication et de transport. Les routes de la Turquie d'Europe sont peu nombreuses et mal entretenues; le réseau té- Iégi-aphiijue a peu d'importance; le réseau ferré n'en 'a presque aucune. « Aucun service public n'est régulièrement organisé, ait M. North, ni les transports, ni les postes. L'absence ou le mauvais état des routes centuple les distances. En hiver, tout voyage est impossible; ce serait de l'héroïsme de s'y engager. ■ Pour communiquer entre eux, les gouverneurs de province et autres fonctionnaires ont recours à des courriers tartares à cheval. Ce service postal, tout à fait primitif, a été organisé par Reschid-Paclia. • Quant à la Turquie d'Asie, dit M. Levasseur, elle ne possède, pour ainsi dire, aucune route ; les transports se font à dos de mulet ou de chameau, soit à travers le désert, soit par les gorges des montagnes, et les directions que suivent les caravanes, tracées d'avance par la nature qui a fait les cols et les oasis, sont demeurées à peu près invariables depuis l'antiquité la plus reculée. »
Sur les côtes de la Turquie 'd'Europe et sur celles de la Turquie d'Asie , il y a des communications établies entre quelques ports par bateaux à vapeur, appartenant soit à l'Etat, soit à des compagnies particulières.
Les voies ferrées de l'empire ottoman ont un développement insignifiant. Les seules lignes exploitées sont : dans la Turquie d'Europe, celles de Roustchouk à Varna et de Tchernavoda à Kustendje (en tout, 300 kilom. environ) ; dans la Turquie d'Asie, celles de Smyrne à Aïdiii et de Smyrne à Cassuba.
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Le réseau télégraphique de la Turquie comprenait, en 1S70, 3,436 milles géographiques de lignes et 5,72G milles géographiques de fils. Le nombre des télégrammes expédiés a été de 825,393.
— Industrie et commerce. L'activité industrielle est très-faible dans l'empire ottoman, o En dehors de quelques établissements industriels qui appartiennent à l'Etat, directement ou indirectement, il n'y a, à notre connaissance, dit M. Colas dans sa Turquie en 1861, aucune manufacture ou usine qui Soit digne d'attention. Les huileries, les savonneries, les filatures de soie, les manufactures d'étoffes sont mal outillées, produisent peu et le plus souvent mal. Les moulins à vapeur de Sténia, sur le Bosphore, semblent seuls échapper à cette loi générale. Cette usine fournit beaucoup de farine à Constantinople et commence à en exporter. Si la législation commerciale des Etats avec lesquels la Turquie commerce était changée, si l'industrie turque était replacée, à l'égard de l'introduction de ses produits dans les pays étrangers, sur un terrain plus favorable, quelques exploitations manufacturières d'étoffes riches, de tapis, de tissus de soie se relèveraient; mais ce serait le plus petit nombre; la Turquie continuera à acheter beaucoup d'objets manufacturés à l'Europe, qui les livrera toujours à meilleur m.-irché que les fabriques turques. Les forces de la Turquie doivent donc se concentrer sur la production des matières premières, minérales, animales ou végétales, et des substances alimentaires. Sous ce rapport, la nature ne lui a rien refusé, et elle n'a aucun pays à redouter. Dans la province de Brousse, ainsi qu'à Alep, Damas, Amasia, Konièh, on fabrique encore des étoffes de soie pure, de soie et coton, de soie et or. Damas continue de briller surtout par ses châles, dans'lesquels la solidité des couleurs est sans égale. De riches tissus, soie et or, k dessins arabes, des étoffes de laine sortent des manufactures de Bagdad. Smyrne, Salonique, Philippopoli sont renommées pour les serviettes, le linge de table ; Andrinople pour ses étoffes de laine, et Constantinople pour ses broderies et ses magnifiques soieries. Sous le rapport de la perfection de fabrication, de l'éclat des couleurs, de leur solidité et du prix de revient, les tapis de Turquie peuvent être comparés très-avantageusement aux articles semblables sortant des meilleurs établissements de l'Europe. Ces tapis sont fabriqués dans les provinces d'Europe et d'Asie, mais ceux de l'Asie Mineure, connus sous le nom de tapis de Smyrne, sont incontestablement les plus beaux. Malgré' l'accroissement incessant de l'importation européenne, la fabrication indigène continue à fournir la majeure partie des étoffes à l'usage de la population. Le nombre des fabriques augmente, et Brousse, Damas, Alep, Beyrouth n'ont pas cessé d'envoyer à l'Egypte les riches tentures et les tissus légers que les caravanes transportent dans l'intérieur de l'Afrique. L'industrie de la préparation des peaux est très-active en Turquie. Les cuirs dé fabrication ottomane ne sont pas prohibés en Europe, mais l'élévation des droits arrive au même résultat, et leur importation est impossible. Les cuirs ordinaires de Turquie n'ont pas la souplesse de ceux qui sont fabriqués en Europe; cependant les peaux chagrinées dites maroquins sont beaucoup supérieures à ce que nos tanneries produisent en ce genre.
En somme, l'industrie est très-peu développée dans l'empire ottoman. Les cnuses de cet état de"choses sout multiples : les Turcs dédaignent les professions commerciales et industrielles. Les raïas in;i tiquent de culture intellectuelle et sont hors d'état de fabriquer suivant les procédés perfectionnés en usage chez les peuples de l'Occident. Faute de ' moyens de transport, et surtout de transport ' par voie de terre, l'industriel en Turquie ne ! peut faire écouler ses produits. D'ailleurs, | s'il faut croire M. North, «une industrie i vient-elle à naître, au lieu de la protéger, de .! l'encourager, de lui laisser prendre pied et enrichir le pays, on la surcharge aussitôt d'impôts, si bien que la fabrique est ruinée dès la première année et que la production cesse. ■
«On évalue actuellement, dit Elisée Reclus, le commerce de tout l'empire ottoman, d'Europe et d'Asie, à 1 milliard de francs environ; c'est une somme d'échange bien faible pour des contrées dotées d'un sol si fertile, de produits si variés, de ports si nombreux et si admirablement situés au centre de l'ancien monde, au point de croisement des grands chemins naturels qui relient les continents. »
— Covimerce extérieur. Le commerce extérieur de la Turquie ne paraît pas, suivant M. Levasseur, dépasser 500 millions de francs, et il consiste, à l'importation, en tissus, cotonnades, lainages, soieries, toiles; en vêtements et articles de toilette ; en denrées coloniales, sucre, café; en quincaillerie, en objets de métal, en ouvrages de cuir, en armes, en métaux, etc. ; et, à l'exportation, en céréales, en cocons, en soie, en coton, en graines oléagineuses, en laines et poils de, chèvre, en peaux, en buis, en vallonée et eu noix de galle,' en alizari (extrait de garance), etc., ainsi qu'en un grand nombre
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d'objets provenant de la Perse et de l'Asie Mineure et tirés des entrepôts de Constantinople.
Dans ce commerce, la France vient au second rang, après l'Angleterre et avant l'Autriche.
— Commerce intérieur. Le commerce intérieur des petits marchands de la Turquie se borne presque à l'approvisionnement des boutiques pour les objets suivants : de la ferraille, des bêches, des faux, des faucilles, des couteaux de poche, de la quincaillerie grossière, telle que de petites olqchettes pour les vaches, des plats de fonte de fer pour cuire le pain, des briquets, des tabatières, des pierres à fusil, de la poterie grossière, de la verrerie commune, de petitsmiroirs, de la verroterie, de la sellerie turque, des draps, diverses étoffes de coton et de soie, des mouchoirs, des sacs de poil de chèvre, des nattes, des bottes, des pantoufles, du sel, du vin, de l'eau-de-vie et do l'huile. En été, il se fait un commerce considérable de fruits des plaines dans les montagnes, parce que les fruits sont plus tardifs dans les lieux élevés. Le fromage, le beurre et le bétail sont aussi des articles qui donnent lieu à un commerce important. Les olives salées des bords maritimes de l'Epire et de l'Albanie sont un autre objet de commerce qui se distribue dans toute la Turquie. Les ventes et les achats se concluent en se tapant mutuellement dans les mains devant témoins. Des contrats régulièrement écrits ne se font que rarement. Il est singulier que les musulmans aient adopté pour, les époques de payement des baux, des loyers, etc., celles en usage chez les chrétiens de l'empire grec, c'est-à-dire la Saint-Georges ou le 5 mai et la Saint-Démétrius ou le 23 octobre. Les grandes villes turques ont des comptoirs dans la plupart des grands ports de l'Adriatique et des Etats d'Italie, surtout à Tiiesto, à Livourne, k Gênes, k Naples, à Malte, k Cadix, à Smyrne, à Alep, k Alexandrie, à Odessa, k Pesth et k Vienne.
— Agriculture, horticulture. La Turquie d'Europe peut être divisée, dit M. Levasseur, en quatre régions agricoles : 1° la région du plateau central, comprenant le midi de la Bosnie, le sud-ouest de la Bulgarie, le nord-ouest de la Roumélie, la province de Peizeiim et l'Albanie orientale, haute de 700 à 1,000 mètres environ, froide en hiver, rocheuse et nue sur beaucoup de points, couverte sur d'autres d'immenses forêts, hérissée de chaînés dont plusieurs dépassent 2,000 mètres, coupée de ravins et de vallées au fond desquelles coulent des rivières, produisant pour sa rare population le maïs, le sarrasin, le seigle, le froment et l'orge ; 2» la région des terrasses occidentales, descendant de degré en degré des hauteurs du plateau jusqu au rivage de la mer et étalant successivement les forêts de chênes, la vigne, le mûrier, le chanvre, le tabac, l'olivier, l'oranger, l'épeautre, le mais et le millet; 3° la région de la plaine du Danube, qui comprend la Bosnie et la Bulgarie septentrionale, région, froide en hiver, marécageuse, surtout vers l'embouchure du fleuve, mais terre d'alluvion fertile en maïs, en millet, en froment ; 4° la région des vallées de l'Archipel, vallées de la Maritza,du Strouma, du Vardar, de l'Indjé-Karasou, etc., ayant chacune un caractère propre et séparées par des montagnes boisées ou infertiles, mais jouissant d'un climat chaud et produisant en abondance les céréales, maïs, riz, froment, le mûrier, la vigne, le tabac, le cotonnier, l'olivier. 11 est impossible, dit M. Levasseur, d'indiquer, même d'une manière vague, le chiffre de la production des céréales en Turquie. La principale céréale est le maïs, que l'on cultive dans toutes les plaines, surtout dans la Bulgarie, la Thessalie et la Thrace ; celui de Philippopoli est particulièrement estimé; on le mange rôti, et on en fait de la bouillie dite mainoliga (eu Bulgarie), laquelle constitue la principale nourriture des habitants; les autres céréales cultivées sont: le riz, avec lequel on fait l'aliment connu sous le nom de pilau , cultivé dans les vallées : vallée de la Maritza, qui donne les riz blancs de Philippopoli, de la plaine de Serés, de la vallée de la Salembria; le millet et le sorgho, cultives surtout dans les vallées chaudes de la Bulgarie, de la Thrace et de l'Albanie ; l'épeautre, surtout sur la côte d'Epire; le froment en Bulgarie, en Thessalie, etc.; l'orge (orge de Philippopoli^ et le seigle, surtout dans les parties hautes, ainsi que le sarrasin, que donnent en assez grande abondance la Bosnie et l'Herzégovine. Les pois chiches (pois d'Andrinople), etc., les topinambours, les tomates, les choux, les oignons, l'ail, les courges, les pastèques, les melons et l'oseille contribuent aussi à l'alimentation. Les plantes industrielles sont : le chanvre, que l'on cultive peu, mais un peu partout, surtout dans les îles et dans l'Albanie ; le lin, qu'on cultive très-peu ; le coton qui, comme le riz, vient dans les vallées chaudes de la Maritza, du Strouma, du Vardar (coton de Salonique), delà Salembria; le tabac, de la province de Salonique, dans laquelle les provenances les plus estimées sont celles de ITndjé-Karasou, de Sari-Chaban, etc.; celui des provinces deJanina et d'Andrinople ; les drogues tinctoriales, garance, sumac, kermès, noix de galle de l'Albanie et de
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laThessalie ; le colza de Bulgarie et le sésame de la Maritza, de la Roumélie.
Les principales cultures arborescentes sont : la vigne, cultivée avec peu de soin, mais donnant en général de gros et "beaux grains que l'on consomme comme raisins de table et comme raisins secs, surtout dans les' terrasses de l'Herzégovine, de la Thessalie et de la Macédoine, ou dont on fait des vins estimés, vin du mont Athos, vin des Darda-' «elles, vin de Crète, vin d'Epire, vin de Tchoumla {en Bulgarie); l'olivier, donnant une huile médiocre, parce qu'elle est mal préparée, mais abondant sur les côtes de la Chalcidique, de la Roumélie, de l'Albanie et dans les lies; les autres arbres fruitiers, orangers, 'citronniers, grenadiers, figuiers, amandiers, abricotiers, dans les vallées; noyers, sur les pentes montagneuses ; cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers, partout; le rosier, que l'on cultive pour faire de l'essence de roses, au pied des Balkans et surtout près d'Andrinople (on cultive beaucoup aussi le géranium pour en faire de l'essence) ; le mûrier, qui nourrit lèvera soie, qui forme des forêts entières sur les bords de la mer .Noire, et qu'on cultive surtout en Roumélie et en Bulgarie. Andrinople (vallée de la Maritza) est le marché le plus important; Scutari (Albanie), Volo (Thessalie), les îles et Salonique ^vallée du Vardar et de l'Indjé- Karasou, dont les produits sont estimés) viennent au second rang, La Turquie, avec ses plateaux montagneux, est riche en furets ; mais ces forêts ne sont pas aménagées, et, faute de routes, elles ne sont, pour la plupart, ni exploitées, ni même explorées. Presque tout le plateau central, la plupart des pentes des Balkans et une partie du Despoio-Daefs sont boisés. Au nord de la fertile plaine de Sérès sont de belles forêts de pins; à l'ouest de Varna, des forêts de chines (chêne rouge et chêne pédoncule), de frênes et de hêtres. Parmi les produits les plus abondants de l'exploitation forestière sont la vallouée, e'est-à-dire la capsule du gland du chêne œgilops, employé pour la tannerie et pour la teinture, t écolte qui occupe à l'automne un grand nombre de paysans, et le buis, qui croît en quantité et acquiert de grandes dimensions.
La Turquie n'a pas de prairies artificielles et a peu de gros bétail : de bons chevaux d'origine tartare ou arabe (cheval turc et cheval tartare), de taille et de force médiocres, mais d'une grande vivacité, é["evés dans les pâturages des Balkans, principalement entre Sophia et lchtimun, entre Philippopoli et Jatuboly, dans les vallées de la Macédoine, de la Thessalie et de l'Albanie; un assez grand nombre de mulets et d'ânes de belle taille et de belle apparence, surtout dans la Thrace, la Macédoine et l'Albanie ; un petit nombre de grauds bœufs à longues cornes et à robe grise, nourris presque uniquement d'orge, et ne servant que comme bétes de somme ; des buffles dans la Bul-, gane, la Roumélie et l'Albanie ; beaucoup de moutons a laine assez commune et mai lavée, surtout dans la Bulgarie et la Roumélie ; beaucoup de chèvres, comme dans tous les pays de montagnes ; beaucoup de porcs, qui errent en nombreux troupeaux dans les forêts de chênes et y vivent à demi sauvages. La Turquie élève beaucoup d'abeilles.
Depuis quatre siècles, l'agriculture n'a pas fait un pas en Turquie ; elle y est encore ce qu'elle était en Occident au moyen âge. Elle ne consiste qu'en une routine sans principes et à laquelle il est difficile de rien changer. On laisse les terres reposer en jachères pendant une ou plusieurs années, surtout quand elles sont mauvaises. Ailleurs, on ensemence presque chaque année les bonnes terres en variant les semences, mais on ne sait guère faire sur une même terre plusieurs récoltes dans l'année. Presque nulle part on n'utilise le fumier ni la paille ; les terres ne sont fumées qu'accidentellement par les troupeaux de moutons, de chèvres ou par les bestiaux & cornes. On laboure généralement la terre très-peu profondément et avec des charrues si mauvaises qu'on ne fait presque que la gratter. La fertilité du terroir turc remplace le uéfaut de travail. Dans toute la Turquie, on ignore l'usage de marner les terres, quoique la manie y abonde. On ne sait pas non puis ce que c'est que les prairies artificielles de trèfle, de sainfoin, d'esparcette ou de luzerne. Aussi les pâtres sont obliges, en été, de s'éloigner des basses vallées et de chercher des pâturages eu s'élevaut graduellement jusqu'à la crête des montagnes, à mesure que la chaleur et la sécheresse augmentent. Le maïs se plante comme dans la France méridionale, c'est-à-dire sur des alignements élevés et séparés par des sillons^ en- fossés, afin que l'eau puisse s'y rassembler et y couler. On calcule généralement qu'un grain de maïs rapporte dans une bonne terre 300 grains, et un grain de blé 15 à 30 grains. Le ble se coupe avec des faucilles, moins près de la terre que chez nous, parce qu'on jette en général la paille ; mais l'épi nu maïs ou du sorgho est enlevé sur la tige, " qui reste sur le champ pour y pourrir ou pour servir en partie de pâture aux bestiaux. Le tabac et le coton se plantent fort régulièrement en lignes séparées par d'assez profonds sillons pour Tari-oseiiient. Les vignobles sont sans échalas ou supports ; le cep est rampant, et dans les contrées méridionales aussi
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petit que dans le Roussilldn. L'époque des moissons varie tellement, suivant les contrées, que les montagnards ont le temps daller aider leurs compagnons de la plaineavant que leurs moissons soient mûres. Les forêts ne sont soumises à aucun aménagement forestier. On ne sait pas utiliser ces trésors nationaux, ni même retirer des pins toute la résine qu'on pourrait s'en procurer. Outre que chacun coupe ce qu'il veut, on voit souvent les bergers ou des voyageurs faire tomber les plus beaux arbres en faisant du feu trop près de leur pied. L'horticulture est bien peu connue en Turquie. Les oliviers ne sont jamais taillés ni émondés, et on ne laboure ni n'engraisse le terrain qui les porte. Il en est de même des autres arbres fruitiers, et il y a un manque total de pépinières. La greffe des arbres fruitiers est aussi très-négligée ou même inconnue dans certaines parties de la Turquie, de manière que, sous un climat très-bon, les fruits sont médiocres, ou du moins pourraient être meilleurs, surtout, par exemple, les pêches et les abricots. Les vergers sont disposés généralement sans symétrie, et s'il s'en trouve dans des localités très-favorables à la végétation, ils dégénèrent en bois d'arbres fruitiers. Les jardins potagers ont en général des plates-bandes régulières, mais ils ne contiennent que le strict 'nécessaire, les légumes les plus communs. Les jardins d'agrément ne contiennent en général que des fleurs pêle-mêle et non disposées en plates-bandes^ si ce n'est chez les gens riches.
Chaque village se .compose d'un nombre limité de huttes et de cabanes; la population mâle qui s'adonne à la culture ne peut dépasser un certain chiffre; la quantité de charrues et d'attelages destinés au labourage est fixée par l'autorité ; il est défendu d'affecter à l'exploitation du sol au delà d'un certain capital, La conséquence de cet étatdechoses, c'est un éloignement profond de la part de la population pour le gouvernement centra^ avec lequel elle n'a, du reste, de rapport que' par l'intermédiaire des collecteurs de taxes. De là cette succession de révoltes et de guerres civiles qui caractérisent l'histoire de la domination ottomane en Asie Mineure- et en Syrie. De là aussi cette alternative à laquelle sont réduites des provinces entières de l'Asie occidentale, d'embrasser la vie nomade sous la suzeraineté du sultan, ou de demander à une révolution la sécurité de leurs propriétés individuelles.
Depuis près de' deux siècles, te nombre, comme la prospérité de la classe agricole, a toujours été en déclinant. Des circonstances accidentelles, l'impulsion donnée à certaines ■branches de culture par le voisinuge de quelques grandes cités commerçantes, des facilités momentanées de transport d'un lieu de production à un lieu de consommation, les dépenses faites par le gouvernement dans la plupart des villes que les négociants européens avaient choisies pour leur résidence et pour le centre de leurs opérations, tout cela a concouru à dissimuler jusqu'à un certain point les progrès de la dépopulation générale et la perte du capital consacré à l'exploitation du sol. Mais il n'est pas de voyageur, avant visité l'intérieur de l'Asie Mineure, qui n ait rencontré à chaque pas des mosquées désertes , des cimetières abandonnés , dos villes en ruine, des vestiges de cités autrefois florissantes et d'où les habitants se sont retirés. La vraie cause de la ruine de l'agriculture, en Turquie, c'est la manière dont se lèvent les taxes.Le mal est moins dans l'énormité des impôts que dans le mode même de perception de ces impôts. Dans l'empire ottoman, les taxes qui pèsent sur l'agriculture se payent en nature. Elles ne sont jamais évaluées à moins du dixième du produit brut du sol, sans compter l'obligation imposée au cultivateur de rentrer, de battre et de vanner la part de l'Etat. Si cette taxe so lève en nature, c'est par suite de l'impossibilité où est le gouvernement de la lever en argent dans des districts éloignés où il n'existe point de routes et où les frais de transport excéderaient de beaucoup la valeur des produits. Les mesures adoptées par le gouvernement et par les fermiers du revenu public pour empêcher la fraude paralysent l'essor de l'agriculture, entravent le développement de l'industrie et mettent obstacle à toute amélioration dans l'application dès méthodes de travail. Ainsi, il n'est pas rare de voir la récolte rester deux mois en "plein air, à la porte des granges, par suite de la défense qui est faite au cultivateur d'en détourner un grain pour l'usage de sa famille avant d'en avoir payé le dixième au gouvernement, ce qui entraîne pour le propriétaire une perte de 5 pour 100 au moins; et, plus d'une fois, on a vu des meules entières de blé emportées loin des granges par les orages du mois de juillet. Une autre conséquence de cet absurde système de perception des impôts, c'est de retenir oisive pendant deux mois de l'année toute la population agricole d'un village.
Il y a deux siècles, ce mode de payement des impôts en nature avait moins d'inconvénients qu'aujourd'hui. A cette époque, en effet, tes classes agricoles étaient nombreuses; les vignobles, les vergers, les plantations de mûriers et d'oliviers couvraient le sol de l'empire-, les marchands et les capitalistes musulmans trouvaient, dans le transport des produits de l'intérieur aux ports de
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mer les plus voisins, des bénéfices énormes. Le mal commença le jour où le gouvernement central s'empara des revenus que chaque localité affectait à l'entretien des routes et des ponts et négligea de réparer les voies de communication. L'augmentation qui en résulta dans les frais de transport permit à un petit nombre de capitalistes de monopoliser tout le commerce d'exportation. Les propriétaires fonciers firent entendre des réclamations énergiques , des plaintes amères ; mais le gouvernement n'y lit pas attention. Le trafic avec la Turquie était alors une des branches les plus importantes du commerce européen, et, sur les marchés d'Ancône et de Venise, les négociants turcs so faisaient remarquer, par leur faste et leur opulence. Mais l'avarice des fonctionnaires musulmans ne tarda pas à s'éveiller. Les pachas, leurs banquiers et leurs créatures commencèrent par entrer avec les marchands dans le partage des bénéfices, puis ils finirent par accaparer à leur profit tout la commerce. Leurs règlements oppressifs, leurs vexations intolérables ruinèrent en peu de temps les propriétaires fonciers et anéantirent la classe des paysans. Des villages disparurent, et, dans un grand nombre de districts, toute la population agricole abandonna la culture du sol pour émigrer dans les cités commerciales les plus voisines. Aujourd'hui, dans certains districts, la perception des revenus publics s'opère avec plus de modération. Mais le système fonctionne, en général, de manière à tenir l'agriculture dans un état de stagnation déplorable, même sous les souverains les plus libéraux et les plus doux. D'après la législation ottomane, tout individu qui réussit à cultiver la terre d'un autre pendant une année entière sans être inquiété jouit d'un droit de possession qui met le légitime propriétaire dans l'obligation d'établir son droit de propriété avant de pouvoir chasser l'envahisseur. Il résulte de cette toi une insécurité dans la propriété qui produit des maux incalculables.
Dans tous les pays civilisés de l'Europe, les frais de transport ont subi, depuis 1815, une réduction très-sensible. En Turquie, au contraire, ces frais se sont accrus; de là une diminution considérable dans la culture et dans l'importation de certains produits particuliers au sol et lu climat. Envisagé au point de vue moral et politique, le système de transport au moyen de bêtes de somme, en usage dans ce pays, offre encore d'autres inconvénients. Ce système a donné naissance à une classe d'individus à, moitié nomades, qui passent leur vie surlesgrandes routes,et de plus il a perpétué le brigandage en exposant continuellement, au milieu des déserts inhabités, des valeurs considérables sur lo dos des mulets ou des chameaux.
— Langues. Les principaleslangues parlées dans l'empire ottoman sont : lo turcosmanli, le serbe, le grec, l'albanais, le bulgare , l'arménien et l'arabe. L'osmanli ou othmanli, parlé par le peuple politiquement dominant dans I empire ottoman, appartient au groupe des idiomes qui constituent la famille des langues toura'niennes ou ouralaltaïques.
Les idiomes turcs offrent le phénomène d'être formés de mots presque identiques, quoique les peuples qui les parlent soient séparés les uns des autres par d'énormes distances, occupent dés degrés très-différents dans l'échelle de la civilisation et vivent au milieu d'un grand nombre de nations entièrement différentes. On peut dire qu'en général les idiomes turcs d'Occident sont mêlés de beaucoup de mots sémitiques dus à l'adoption de l'écriture arabe et à l'islamisme, et que ceux dé l'Orient sont plus ou muins mélangés d'expressions mongoles et samoyèdes.
Dans la branche des langues turques, on distingue : l'osmanli ou turc proprement dit, le kiptehak, le djagatéen ou tchagatéen et l'ouïgour.
L'osmanli est parlé par les Osmanlis, Ottomans ou Turcs proprement dits, qui sont les plus civilisés et les plus puissants de tous les peuples de cette famille. LesOsmanlis sont répandus dans toutes les provinces de l'empire, ottoman ; mais ils sont surtout très-nombreux dans la Thrace, la Macédoine et la Bosnie, en Europe, et dans les gouvernements d'Anatolie, d'Erzeroum, de Chypre, de Caraman , etc., en Asie. L'osmanli est remarquable par la manière ingénieuse dont y sont produites les formes grammaticales, la régularité qui règne daus tout le système de déclinaison et de conjugaison, la transparence et la simplicité de la construction tout entière. Un orientaliste éininent a dit : « On pourrait se figurer qVie le turc est le résultat des délibérations de quelque illustre Académie ;» mais, selon M. Max Millier, aucune société savante n'aurait jamais pu créer ce qu'a produit l'esprit de l'homme , abandonné à lui-même dans les steppes de la Tartarie, et guidé seulement par des lois inhérentes à sa nature ou par une puissance instinctive aussi merveilleuse qu'aucune autre force de la nature.
Dans toutes les langues de cette famille, la racine est inaltérable. Quelque syllabe que l'on y ajoute pour en modifier le sens, elle ne peut jamais être changée, ni brisée, ni assimilée; au contraire, elle impose des modifications euphoniques aux formations qui vien-
nent s'y agglutiner, selon que !a voyelle de la racine est dure, douce ou moyenne.
L'alphabet osmanli comprend les lettres et les accents. Les lettres sont au nombre de 34, dont 31 arabes ou persanes, t lettres particulières au turc et 1 lettre double (tamélit).
Voici le nom et la valeur des lettres: