‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 454 sur 1042 · LETTRES. VALEUR · texte numérisé non relu

LETTRES. VALEUR

ilif (variable).

bè b

pè p

le t

se ç

djim dj

tclnm icîi

ha I , . . ,

kha\ A aspiré.

dal d

zal s

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zè % •

je j

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c'hin ch

sad ç, ss

diiad dh, s

tlie lit, t

zè zh

aïn —

ghaïn gh

■ fà f

kaf k

kief le mouillé {Ici),

g Ftef g U

saijlûr-noun n mouillé (gn). *

lam l

mim m.

noun n

vao v

lié h aspiré.

yè y

lam-élif la

Toutes ces lettres sont des consonnes. Cependant les quatre suivantes, ilif, vue, lié, yè, peuvent servir de voyelles. Les lettres se divisent: 1° en ponctuées, mtt' djemê, ( exemptes d'amphibologie ) , et non ponctuées, tnuhmeié (négligées); 2° en consonnes dures, hourouf-i sakytë. et en consonnes faibles et douces, hourouf-i khafylé; 3° en lettres solaires, •chamsiyé, et en lettres lunaires, kumeriyé.

Les accents de l'alphabet ottoman sont les suivants : ustun, esté, euturu, techdid, meddètif, hemz et djezm ou sulcioun.

Ustun , placé au-dessus d'une consonne dure, se prononce a,; au-dessus d'une consonne faible, è.

Esré , p^acô au-dessous d'une consonne dure, se prononce e muet; au-dessous d'une consonne faible, t.

Euturu, placé au-dessus d'une consonne dure,- se prononce o ou ou; au-dessus d'une consonne faible, eu ou u.

Techdid double la consonne sur laquelle il est placé et n'est usité que dans les mots arabes.

Medd-élif, placé au-dessus d'élif, donne à cette lettre le son de â.

Hemz , placé sur cette même lettre , lui dorme le son de èè.

Enfin, djezm, signe de repos, se place pour marquer la (in du mot ou la suppression d'un accent-vo3'elle entre les consonnes sur lesquelles il est placé.

En osmanli, l'article et le genre n'existent pas. Les noms se forment régulièrement en ajoutant au radical, qui reste invariable, des désinences qui sont plutôt des postpositions que des flexions casuelles. Ces mêmes désinences, unies à la syllabe 1er ou lar, selon que le mot appartient à la classe faible ou à . la classe forte, forment le pluriel. U y a six cas : nominatif, génitif, datif, coramoratif, accusatif, ablatif.

L'adjectif est indéclinable (hormis quand il est pris substantivement) et se place toujours avant le nom.

La partie la plus ingénieuse du turc est, sans contredit, le verbe. Comme le verbegrec et sanscrit, il déploie une variété de modes et de temps qui suffit pour reproduire les plus- légères nuances de doute, de conjecture, d'espérance et de supposition. Mais il y a de plus, dans le verbe turc, une particularité à laquelle on ne peut rien trouver d'analogue dans aucune des langues indoeuropéennes : c'est la faculté de produire de nouvelles bases verbales par la simple addition de certaines lettres qui ajoutent à la racine une idée de négation ou de causalité, ou en font un verbe réfléchi ou réciproque.

Prenons pour exemple la racine sev, qui exprime l'idée générale et abstraite d'aimer; le substantif amour se dit sevgu ou sévi, et le verbe aimer, à l'infinitif, sevmek. En introduisant dans ce mot la syllabe in, on obtient un verbe réfléchi, sev-in-mek, s'aimer soimême, ou plutôt se réjouir, être heureux. A l'aide de ish, on forme un verbe réciproque, sev-ùh'inek, s'aimer l'un l'autre. La syllabe ■ dir ajoutera k chacune de ces trois formes l'idée de causalité: sev-dir-mek, faire aimer, seic-ish-dir-mek, faire s'aimer l'un l'autre ■ la syllabe il pourra donner la signification passive à chacune des formes obtenues: seail-inek , être aimé, sev-in-dir-il-mek, être amené à se réjouir. On peut ajouter l'idée de négation à chacune des racines secondaires ou tertiaires, par la simple insertion de

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me: sev-me-mek, ne pas s'aimer; et, si l'on veut exprimer l'impossibilité, on ajoute la syllabe ne à la négation : sev-he-me-mek, ne pas pouvoir aimer. Plusieurs de ces formes sont naturellement peu usitées; quelquesunes ne s'emploient jamais, tout en étant possibles grammaticalement, Même le verbe aimer, le plus flexible de tous, ne se prête pas ft quelques-unes des modifications qu'un grammairien turc aime à y opérer et qui portent à trente-six le nombre des racines dérivées d'un verbe primitif. Toutes ces formes dérivées peuvent êire conjuguées à tous les modes et à tous les temps, comme des racines simples.

L'impératif est le thème de la conjugaison. Ainsi, du radical quel, viens, impératif du verbe venir, on forme l'infinitif yuel-mek, venir. Les formes des participes et des gérondifs et celles des noms dérivés du verbe sont d'une richesse extrême. Il n'y a réellement qu'une seule conjugaison , comme il n'y a qu'une seule déclinaison. La seule différence entre les verbes de la classe faible et ceux de la classe forte consiste dans l'emploi des voyelles douces ou fortes.

Il y a huit verbes auxiliaires, dont quatre, ettnek, eylemek, kelmak, bouyourmak, répondent plus ou moins h notre verbe faire, et quatre, olmak, oiounmak, kelemmak, bouyouroulmafc, peuvent se traduire par être, devenir, se faire.

Dans l'agencement du discours, les circonstances accessoires de lieu ou de temps se fdacent ordinairement au commencement de a phrase; puis viennent le sujet et le régime, et enfin le verbe.

Ex. : Aujourd'hui moi à toi un cheval Bou gun ben sdua bir ât

j'ai donné.

verdum.

La langue turque ne supporte pas deux Consonnes de suite avant une voyelle. Lorsque les Turcs transcrivent des mots étrangers présentant deux consonnes de suite, ils intercalent une voyelle ou en font précéder une. Exemples: Feranza, France; Izmir, Smyrne. Mais, après une voyelle, on peut placer deux consonnes de suite.

L'alphabet turc est, comme nous l'avons vu, très-compliqué. Si encore, comme dans les langues aryennes , il n'y avait, en osmitnli, que deux sortes de caractères, les caractères imprimés et les caractères écrits, les Européens auraient moins de peine à se débrouiller au milieu des grimoires turcs ; mais aux difficultés de la langue viennent s'ajouter celles qui résultent de la multiplicité des manières d'écrire.» 11 y a plusieurs sortes d'écriture orientale, dit M. Maltouf : le sulus, qui sert aux titres des livres ; il est la base de la calligraphie; le neskhi (descriptive), dont on se sert pour écrire les livres, et surtout le Coran; le ta'lyfe (liée), qui ne diffère pas beaucoup du neskhi, et dont les postes se servent pour les vers ; cette écriture est surtout en usage chez les Persans; le riq'a, employé ordinairement pour écrire les lettres missives; le divani, écriture usitée pour les firmans et les bouyouroultous, presque toutes les lettres s'enlaçant les unes dans les autres; le kerma (cassée, toute petite), qui ressemble au riq'a et dont on se sert pour écrire les registres; le rey hani ou yakouti, mélange des-autres écritures.

Les Ottomans n'ont ni point ni virgule. Le sens seul indique la division et la lin des phrases. 11 n'y a point de lettres majuscules dans les caractères orientaux. Les Arabes, les Turcs et les Persans ne divisent jamais le mot à la fin de la ligne; ils serrent le dernier mot, ou ils l'allongent. Plusieurs journaux de Constantinople, publiés en langue osmanli, sont imprimés en caractères grecs ou arméniens.

Arrivons maintenant à l'explication d'un phénomène frappant dans la langue turque, à savoir le grand nombre des mots arabes qui s'y rencontrent.

Ainsi que lefait justement observer M. Max Millier, il n'y a pas de langue, à vrai dire, qui ne puisse, en un sens, être appelée mixte; aucune naiion ou tribu n'a jamais été si complètement isolée qu'elle n'ait laissé. s'introduire chez elle un certain nombre de mots étrangers. Dans plusieurs cas, ces mots ont changé tout l'aspect primitif de la langue et l'ont emporté, même en nombre, sur l'élément indigène. Ainsi, le turc est un dialecte touranien, et la grammaire en est purement tartare ou touianienne. Or, la langue turque, telle que les hautes classes la parlent aujourd'hui a Constantinopie et telle surtout qu'elles l'écrivent, contient un si grand nombre de mots persans et arabes qu'un paysan de l'Anatolie ne comprendra pour ain^i dire rien à cette langue, qui est censée la sienne, bien que la grammaire de l'idiome parlé par les chefs des Turcs Osraaniis soit la même que celle qui a été transmise au paysan par la tradition de son grossier patois tartare.

La présence dans ta langue turque de ces mots persans et arabes doit être expliquée bien plutôt par des influences littéraires et politiques que par des influences religieuses. La civilisation persane influa sur les Arabes dès leurs premières conquêtes religieuses et militaires, et, quoique les Persans aient du accepter nécessairement un grand nombre de termes religieux et politiques d'origine arabe, c'est-à-dire sémitique, un examen atteutit des

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différents mots persans adoptés en arabe nous montre que l'ancienne civilisation aryenne de la Perse, à laquelle les Sassanides donnèrent un éclat nouveau, exerça une réaction puissante, Vien que peu apparente, sur les mœurs primitives des Arabes nomades. Le Coran même contient des expressions persanes, et nous y trouvons une condamnation de3 romans persans qui circulaient chez les musulmans lettrés. Les Turcs embrassèrent une religion sémitique ainsi qu'une terminologie religieuse sémitique; mais cette religion n arriva chez eux qu'après avoir passé par la Perse. De là le grand nombre de mots persans que nous rencontrons en turc, et l'empreinte évidente de la construction et de l'idiome persan que portent les mots arabes usités dans la langue turque. Des mots aryens, tels que din, foi, gaur, infidèle, oruj, jeune, numaz, prières, employés par une race touianienne qui adopte dans son culte les formules d'une religion sémitique, en disent plus sur l'histoire de la civilisation et des races que des médailles, des inscriptions ou même des chroniques.

La prononciation du turc est sonore et pleine d'harmonie, elle adoucit considérablement la rudesse des gutturales arabes. L'accent tombe directement sur la dernière syllabe des mots quand cette syllabe n'est pus une' flexion grammaticale. Remaïquons en passant que la voyelle finale a souvent le son de notre faux e muet, tel que nous le prononçons dans les monosyllabes le, me, te, etc.

Les dialectes turcs diffèrent peu les uns des autres : celui de Roumélie est le plus doux et il s'approche le plus de la langue écrite ; ceux de l'Arménie et de l'Asie Mineure sont remplis de sons gutturaux.

Au point de vue de la physionomie générale de la langue, les Orientaux résument le jugement comparatif que l'on peut porter de l'arabe, du persan et du turc, en une espèce de triple aphorisme qui se traduit ainsi : l'arabe est persuasif, le persan flatte, le turc commande.

Le kiptehak est parlé en plusieurs dialectes par les prétendus Tattares purs qui habitent des contrées la plupart soumises à la domination russe. On y distingue le nogaï ou turc de la Crimée et du Daghestan, le baskir, le kirghiz, le boukl)are, le turcoman, le turc de Kazan, le turc d'Astrakan, le turc d'Orcnbourg, le karakalpak, le baraba, le meschtchervak et le turc sibérien, qui s étend jusqu'au nord-est de l'Asie. Ce sont les Yakoutes ou Sakhas, habitants des rives du Lena et de ses affluents, qui forment le dernier anneau de la chaîne des peuplades qui parlent les langues turques. Leur idiome a conservé je type turc plus complètement qu'aucun autre dialecte turco-tartare. Détaché de bonne heure de la tige commune et éloigné des influences auxquelh-s les autres dialectes furent exposés, pendant la guerre ou en temps de paix, le yakoutieii a conservé tant de traits primitifs de la grammaire tartare que, même à présent, il peut servir de clef pour les formes grammaticales de l'osmanli et ■ d'autres dialectes turcs plus cultivés.

Le djagatéen se divise eu kongrat, dialecte de Tuchkend, Khiva et Ocalkh, et en khorezmien ou uzbek, dialecte du Turkestan indépendant. Le koraan, idiome parlé par le peuple de ce nom, actuellement éteint, mais qui a laissé des traces dans un patois de la Hongrie, était un sous-dialecte du djagatéen. La littérature djagatéenne, quoique peu connue, semble assez riche. Elle possède, entre autres ouvrages, l'importante histoire des Tartares, écrite par Aboul-Ghazi-Bahadour, sultan de Itharism, et l'histoire du Miradj, ou de l'ascension fabuleuse de Mahomet. Les Djagatéens ont fait usage pendant longtemps de l'alphabet ouïgourjil parait qu'ils se servent actuellement de l'arabe.

L'ôuïgour est la langue que parlent les Ouïgours, nommés Kou chi ou Ktu chi vers le commencement de notre èrer et ensuite Kao Tcltanij, du nom d'une nation turque qui les domina pendant plusieurs siècles. Tantôt soumis aux Chinois, tantôt aux nations turques et tartares, les Ouïgours occupent actuellement une partie du Turkestan oriental, dans l'empire chinois. L'ôuïgour parait être le premier idiome tartare-qui ait été iixe par le; triture. Son alphabet, dont on u tant vante ■l'antiquité, a une frappante analogie avec le sabéen ; il est d'origine syriaque et il a du être apporté aux Ouïgours par lesNestonens, Cet alphabet, qu'on écrit en colonnes verticales, de droite à gauche, est le type sur lequel ont été formés ceux des Mongols, des Kalmouks et des Mandchoux. 11 était en usage dans le Djagatuï et aux cours de Perse et du Kaptchak, sous les successeurs de Gengis-Khan.

Des études récentes faites sur les inscriptions cunéiformes dutsystème médique, il resuite que c'est dans le turc, principalement, que se retrouvent les débris de l'ancienne langue des Mèdes,' débris dont quelques-uns existent aussi dans le mongol, le kourde, le persan, l'arménien et le géorgien. Mais les inscriptions cunéiformes n'ont pas encore laissé déchiffrer leur dernier mot.

— La littérature en Turquie. Que de fois n'u-t-on pas opposé à la brillante culture intellectuelle des anciens Hellènes la barbarie ottomane I Co préjugé a pris une nouvelle

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force pendant la dernière guerre de l'indépendance de la Grèce, Rien de plus faux qu'une telle idée, ainsi quel'a prouvé deHammer qui, dans son Histoire de l'empire ottoman, a ajouté à chacune des divisions de son travail un tableau du mouvement intellectuel en Turquie. C'est a, ce savant orientaliste que nous empruntons l'esquisse suivante de la littérature ottomane, depuis la paix de K»inardji (1744) jusqu'à nos jours. L'homme de lettres, le rhéteur, le sophiste n'existent pas en Turquie. En revanche, la science proprement dite occupe une place distincte et exerce une influence dans la constitution de l'Etat. Théologiens et jurisconsultes, professeurs et juges rétribués par le gouvernement, seigneurs de la plume, comme on les appelle a Constantinople, n'obtiennent les dignités de leur profession qu'en subissant des examens sévères et par une gradation dont on ne s'écarte jamais. C'est ce corps qui représente la science; il est le dépôt de 1 intelligence humaine, devenue l'alliée de la politique et de la religion. La savant (aalim), .celui qui cultive l'érudition ou le savoir (Uni), les sciences (onloum), docteur de l'empire, quand même il n'aurait pas écrit une seule ligne, est en quelque sorte membre du sénat conservateur de 1 intelligence, ou corps des oulémas (pluriel A'aalim). 11 y a des poôtes, des historiens, des érudits dans tous le> rangs de la hiérarchie ottomane. On a même des exemples de correspondances poétiques entre les diplomates, et de ghazels adressés par des sultans à leurs ministres, par des ministres aux sultans, au milieu de la poudre des champs de bataille et des circonstances les plus critiques. Nous ne donnerons pas la liste détaillée de ces poètes. Au xvmo siècle, Said Koprili, ueveu du grand vizir conquérant qui garda le vizirat pendant dix-sept années, et le grand vizir Mustapha pacha Cahir, versifièrent leurs rapports et leurs demandes adressés à la cour. Saïd-Mohammed pacha, ambassadeur en France, rapporta de ce pays une presse qu'il fit fonctionner à Constantinople. La plupart des ambassadeur* du xviiie siècle, des diplomates, des secrétaires de légation et des envoyés turcs se distinguèrent par leur talent littéraire, ou du moins par l'habileté de rédaction qui signalait leurs notes officielles. Dans cet océan de noms célèbres et de grands dignitaires de l'empire, nous citerons Mohammed Said et Dournizadeh, qui ont écrit les relations de leur voyage en France et en Perse; Resmi Ahmed, qui a fait l'histoire de son ambassade à Vienne et à Berlin et qui a écrit les annales des reis-effendis; Kizlar-Aga, auteur d un ouvrage intitulé : le Modèle des réflexions politiques; Ratib Aboubekr, qui écrivit une relation de son ambassade en Autriche, véritable traité de statistique ; les poètes \Vahin et Hedounnï ; Raghile, attaché à l ambassade de Vien ne.et qui chaîna en vers turcs la beauté des filles de l'empereur; le secrétaire Sakib, chargé, par le gouverneur de Bender, de plusieurs missions auprès de Charles II, dont il se fit le panégyriste poétique; enfin, Taile,son ennemi particulier, qui ne manqua pas de Im imputer a crime les éloges donnés k un infidèle. A vrai dire, cette poésie des hautes régions n'avait rien de populaire et contribuait Çort peu à la civilisation de l'empire ; on pouvait la ranger parmi les élégances de la vie, parmi les ornements nécessaires à la parure sociale de l'effeudi, ou gentilhomme turc. Telle est la constitution ottomane, que la presse elle-même, te grand levier de la civilisation intellectuelle, ne peut réussir à populariser le savoir. Elle avait été introduite en 1728, n'avait donné dans l'espace de vingthuit ans que dix-huit ouvrages, s'était arrêtée tout a coup et, après un sommeil de viii-t-sept années, avait repris ses travaux la même année où la Porte fut forcée de céder la Crimée à la Russie. En dix ans, elle ne produisit que six volumes, continuation d'anciennes histoires, traductions d'ouvrages stratégiques et d'ouvrages de grammaire. Les anciens caractères étaient uses, le papier mauvais, l'impression défectueuse. On n'y trouvait plus ces magnifiques cartouches, ces encadrements pleins d'élégance, ce beau choix de-papier, qui rendent si précieuses les premières productions de la typographie ottomane. Il fallut foudre de nouveaux caractères qui ne manquent ni de délicatesse ni de netteté, et la presse de Constantinople reprit une activité nouvelle. Elle publia des livres de doctrine que les sultans précédents avaient prohibés comme dangereux, d'excellents dictionnaires, des synonymies arabes et persanes, des ouvrages sur la géométrie, sur la géodésie et la géographie, la continuation de [Histoire de Vempire ottoman, par Wassif, de 1752 à la paix de Kainardji. Par une singulière juxtaposition, la barbarie et la civilisation, le passé et le présent, les janissaires et la presse se trouvaient réunis dans le même édifice. Le nizam-djedid et 1 imprimerie logeaient sous le même toit. Dans la révolution qui détrôna Sélim III, l'édifice fut incendié et l'imprimerie détruite; on ne sauva que les matrices, au moyen desquelles une nouvelle imprimerie fut fondée ; son activité, au lieu de s'arrêter, redoubla sous l'empereur Mahmoud, comme le prouvera l'esquisse rapide et nécessairement incomplète des principaux, ouvrages qu'elle a produits. A leur tète, il faut placer les trois gros volumes infolio, de mille pages chacun, ù quarante et

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une lignes par page, et contenant la traduction du Kamous, Océan, célèbre dictionnaire arabe, par Seïd-Ahmed-Aasim, traducteur du dictionnaire persan. Borhani-Katii termina ces deux gigantesques ouvrages dans l'espace de quatre années. Ensuite parurent le Grand dictionnaire arabe-turc, par Akhtry ; le glossaire persan, turc et arabe, versifié parSeïd- Hasan-Aïni, en treize cents couplets; un grand nombre de commentaires, de gloses et de traités sur la syntaxe, la grammaire et la logique arabes et turques; des traités sur le dogme, des ouvrages liturgiques, des œuvres de jurisprudence; enfin, pendant les six dernières années, sous la direction d'Ibrahim, des, ouvrages métaphysiques bien plus importants, entre autres le grand traité de métaphysique d'Eliji, avec plusieurs commentaires; puis le Scirol-Kebir ou la Grande campagne, traité fondamental de l'art de la guerre, parl'iman Mohammed-Ebn-Ebi-Sehlea-Sarkhasi. Citons encore les collections des Fetfas et des formules, documents, exemples judiciaires, si utiles pour les juges et les hommes de loi. Scheikh-Sede- Mohammed - Essad a publié une Histoire de l'anéantissement des janissaires, dont la traduction, par M. Caussin de Perceval, a paru à Paris, et où, selon l'usage de tous les rédacteurs de bulletins, le narrateur réduit au nombre de huit cents les huit mille janissaires massacrés. Les Gouttes de la fontaine de vie, histoire des cheiks de l'ordre des derviches nakshbendi, traduite par Mohammed- A bbasi, est le seul ouvrage historique qui ait paru sous le règne de Mahmoud. Les études géographiques et cosmographiques ont produit le petit ouvrage de Mohammed-Edile sur les Devoirs du pèlerinage, le petit Traité de géographie d'Ishak-Effendi et le Traité élémentaire d'astronomie, traduit du Fetidé arabe, dédié à Mohammed II par Ali- Koushji, petit ouvrage très -remarquable sous le rapport typographique, seul essai que l'on ait tentéjusqu'ici du caractère neestalik imprimé. Dans lasphère des sciences exactes, ou doit citer : l'Encyclopédie mathémaliqued'ïshak-Effendi ; la traduction d'un Traité des fortifications, du français en langue Uirque, par le même ; l'Essai d'Ishak-Khoja sur l'élévation du pâle et sur la hauteur du méridien; un autre Essai sur les mines ; les calendriers annuels, publiés depuis 1825; les règlements pour la cavalerie, l'infanterie, l'artillerie et la marine, imprimés, mais non publiés; un Traité de Masdarieji-Houssein sur ta trisec- lion de l'arc mesurant un angle droit, dans lequel l'auteur affirme avoir résolu le grand problème de la quadrature du cercle. Les études médicales ont produit deux gros volumes intitulés : Miroir du corps daus l'anatomie des membres de l'homme, traité anatoinique avec gravures nar Shanisade, œuvre importante qui atteste a elle seule une révolution et introduit dans le domaine superstitieux de la vieille médecine arabe les doctrines expérimentales de l'Europe. On retrouve le même caractère de progrès, mêlé à beaucoup de préjugés, dans un petit pamphlet sur le choléra, imprimé en 1831. De deux écrits politiques émanés du gouvernement, publiés à la même époque, l'un fixe le cérémonial, l'étiquette, le costume de cour destinés a remplacer les anciennes pelisses et leur hiérarchie; l'autre, ouvrage de Koudri-Mousa- Eifendi, composé originairement en arabe et traduit par Akif, a pour but le raffermissement de l'obéissance au sultan, obéissance fondée sur la foi et la tradition. II a pour titre : Modèle des preuves de l'obéissance due au sultan. Quant a la poésie, elle a été complètement négligée par cette presse ottomane, organe du gouvernement, vouée à ses doctrines et à ses intérêts politiques et consacrée à la reproduction des ouvrages que la Porte croit devoir propager. Cependant, le grand commentaire du Gulistan de Saadi, par Soudi, a paru en 1834. En Turquie, les livres sont des objets de luxe qui n'entrent pas dans l'usage vulgaire; le seul livre national, aujourd'hui même, c'est toujours le Coran.

Les écrivains ottomans ne sont guère connus par leur véritable nom, mais par quelque sobriquet familier, ou par le lieu de leur naissance. 11 y a plusieurs Wassjf, plusieurs Shanisade, plusieurs Halebi natifs d'Haleb, plusieurs Aintabi originaires d'Aintab. Que l'on juge de la confusion qui doit régner dans l'histoire littéraire d'un pays où les écrivains portent souvent le même nom, n'occupent pas de situation fixe et distincte, où la gloire d'un homme de mérite se répand au loin comme la fumée de l'encens, mais sans être analysée et annotée curieusement comme en Europe I De 1774 à 1792, les auteurs les plus remarquables parmi ceux que nous n'avons pas encore cités sont le jurisconsulte Halebi,qu'il ne faut pas confondre avec Halebi auteur de la Moullecka, code fondamental de ia législation turque ; le mathématicien Houssein Rifki, et Eazùbeg, auteur du Livre des femmes. Il y a en, dans le xvm* siècle, deux écrivains nommés Wehbi, l'Inspiré ; l'un, le plus célèbre et le premier, connu surtout par son Divan et sa description en prose des grandes fêtes données par le sultan Ahmed pour la circoncision de ses fils; le second, Mohammed-Wehbi, surnommé Sunbehsade, rils de la jacinthe, sa (leur de prédilection. Envoyé en Perse par le sultan Al-Hamid, il composa à son retour deux poèmes, ou cussidehs, en l'honneur de son maître; l'un,

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nommé Tajjare, au vol hardi; l'antre, Tannane, retentissant. Le premier est consacré à la fois au panégyrique du sultan, du grand vizir, et h la critique du kan de Crimée. Dans son Tannane, le poète décrit sonvoyage en Perse. Eshref-Khan, ambassadeur accrédité près la cour de Russie, avait fait imprimer une pièce de poésie en l'honneur de Saint-Pétersbourg et de Catherine'II. Wehbi, au contraire, s'attache à mortifier les Persans et à relever la gloire de son maître. Ce poeine monorime, et dont tous les vers se terminent par la syllabe an, est fort estimé en Turquie. La renommée de Wehbi repose aussi sur deux poèmes didactiques et sur un divan ou recueil de poèmes de diverses espèces. Sa Lutfijé , encyclopédie en vers , adressée à son fils Lutïalla, est beaucoup plus prosaïque. On y trouve tout, morale, philosophie, géométrie, .jurisprudence. Son œuvre ressemble d'une manière frappante à ces traités du moyen âge, écrits en style d'almanach. Galile-Dede, cheik des derviches, est bien supérieur à Wehbi. On lui doit un poème remarquable, qui a pour titre : la Beauté et l'amour, et dans lequel on trouve le même symbolisme perpétuel et le même mysticisme que chez Olopinel et Jean de Meung. Ce poème dépasse en vigueur d'expression toutes les compositions ottomanes du xvmo et du xixe siècle. Kiani-Effendi, longtemps employé dans la diplomatie, mystique dans sa vieillesse, et grand ivrogne dans sa jeu- .nesse; le cheik Rousheni, auteur d'un divan et de plusieurs gliazels, tous deux poètes allégoriques et religieux comme Galile, ne peuvent être comparés, pour l'éclat, la "puissance, l'originalité, à ce célèbre derviche.

I /auteur lyrique Souleiman-Nishil {['Accroissement), honoré de la faveur du grand vizir Ragliib-Pacha, composa un poBme allégorique intitulé : le Déluge de la science, et son divan fut publié par son disciple Perton ({'Eclat). Il écrivait avec la même élégance dans les trois dialectes arabe, turc et persan. Comme opposition à ces poètes religieux, nous placerons Fazilbeg, écrivain sensuel et voluptueux, dont le Livre des femmes olfte une galerie de tableaux consa'crés aux portraits des femmes de cinquante-trois pays différents. La nudité de ses peintures et l'indécence de son coloris ne permettent pas la description d'un tel ouvrage. L'histoire n'a pas été stérile pendant l'époque dont nous parlons. Depuis 1774 jusqu'en 1835, Saad-Allah-Emveri, Abmed-Wassif, Mulida-lihalib- NoUri-Effendi, Perton-Eifendi, Azim, Shanisade, Omersade, Souleiman, enfin Esadsade, la plupart mêlés aux plus grands événements de leur époque, ont rempli les fonctions d'historiographes de l'empire. Wassif est le plus célèbre et le plus fécond d'entre eux ; on lui doit les Annules de l'empire pendant les années 1783, 1784, 1785, 1786: Y Histoire du sultan Selim et l'Abrégé de l histoire ottomane de 1754 à 1772. Edib, maître des cérémonies, a composé une autre Histoire du sultan Sélim ; Einveri, V Histoire de l'empire, de 1769 à 1783, et celle de la Guerre de la Porte et de la Turquie; Nouri-Effendi, celle de l'empire pendant la réforme du nizam-djedid et la Jiévolte des janissaires, de 1794 à 1799. On doitàSaïd-Effendi-Kiaia, une bonne Histoire des deux dernières révolutions du trône ; à Wahib-Pacha, la Dernière conquête de Vile de CVd'o; au médecin Behdshen-Effendi, la traduction de la Campagne des Français en Egypte, composée en arabe par Abderrhamaii, et la continuation des Vies des reis-effendis, par Fnik, ainsi que celle des Vies des mou f lis, par Moustakimsude. La vie de ces historiens ne s'est pas écoulée dans l'obscurité du cabinet. Wassif, entre antres, prisonnier des Russes, ambassadeur en Espagne, tour à tour en faveur et disgracié, a connu par expérience le mouvement capricieux des cours, l'incertitude delà fortune, les hasards de la guerre. Aussi est-ce le roi des historiens ottomans modernes; son récit est vif, et quelquefois des anecdotes personnelles augmentent l'intérêt de sa narration. Au commencement du xix° et à la fin du xviii» siècle, quatre reis-etfendis se sont distingués parmi les écrivains musulmans : Nejib, traducteur du Traité de politique arabe, par le grand cheik Suhrwerdi, traité que Saladin (îsaleh-ed-diii) consultait sans cesse, et que le ■sultan Sélim portait toujours avec lui; Ra- .^hid, qui concourut avec Wassif à faire renaître l'imprimerie de Constantinople; Mahmoud, qui, avec IWde des frères Argyropoulo, lit paraître ii Constantinople les Nouveaux règlements, et qui périt victime de la révolution en 1807 ; enflu Ratib-Aboubekr-Effendi, plus remarquable que les précédents, et qui, après avoir écrit des poésies sous le nom de Behmen, prit le surnom de Ratib (l'homme d'ordre et d'analyse). C'est à lui qu'est due la statistique de l'Autriche dont nous avons parlé plus haut, et qui est peut-être le seul produit de l'intelligence asiatique où l'on retrouve l'analyse, l'exactitude et la classification européennes. On peut nommer encore, après ces écrivains, Jelebi-Effendi, l'un des premiers moteurs des réformes ordonnées par Sélim III, auteur d'un Traité sur le nizam-djedid, que Wilkinson a traduit en anglais. A tous ces auteurs, dont les ouvrages ont été publiés pur la presse de Constantinople, il faut ajputer quelques théologiens, philologues, juristes et grammairiens, Sélim 111 cultiva lui-même la poésie et composa des gha-

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zels fort remarquables, une élégie surtout qui lui fut inspirée par la solitude et le désespoir de la prison.

La littérature ottomane est aujourd'hui en pleine décadence; les poètes actuels croient avoir bien mérité de l'avenir et de leur patrie lorsqu'ils ont rédigé des chronogrammes, c'est-à-dire composé des vers ou sentences exprimant des faits historiques et marquant par certains caractères alphabétiques et numériques le chiffre et la date du fait rapporté. 11 faut placera leur tête Mir-Alginsade (le fils. du porte-étendard sacré) et Ketschesade (le fils du fabricant de couvertures). Ce dernier surtout, aussi fécond que mauvais écrivain, a composé dix mille couplets historiques, tous remarquables par l'exactitude .des chiffres et l'aridité de la pensée, et qui forment un divan fort estimé de ses compatriotes, qui le nomment le pilier de la poésie moderne. Ketschesade a intitulé son recueil le Trésor des monuments. En effet, c'est un dépôt assez précieux de souvenirs historiques. On peut remarquer dans cet ouvrage, comme symptômes delà révolution subie par l'empire d'Othman, la suppression ou l'oubli du Bismillah, ou invocation du nom de Dieu (début sacramentel et obligé de tous tes poèmes), et un esprit de tolérance envers les chiites de Perse, dont on ne trouve pas d'exemple .antérieurement. Le Miroir des victoires de Mohammed -Mir - Alemsade s'élève un peu au-dessus des œuvres de Ketschesade; c'est un long panégyrique de Mahmoud précédé du panégyrique du poëte par douze lettrés contemporains. On chercherait en vain une étincelle de poésie au milieu de cette composition sans force, sans coloris et sans chaleur. Que dire encore d'Yset-Effendi (le seigneur de l'honneur) et de-Rifat-Beg (le prince élevé)? L'un et l'autre, riment en chronogrammes les exploits de Mahmoud, quand le prince a lancé la flèche avec assez d'adresse pour toucher le but. La sultane Heibcton-Hab, sœur de Mahmoud, a le mérite d'avoir composé une chanson devenue populaire. Avant elle, quatre femmes ottomanes s'étaient occupées de poésie : Mihri, Seineb, RidkietAni.

Les lettrés de Constantinople sont assez nombreux, mais rien de plus rare qu'une production de quelque mérite. Le style^, au lieu de s'épurer, se corrompt; les gallicismes et même les locutions moscovites se reproduisent souvent dans le langage. La gazette olticietle en est remplie ; les termes de commandement employés dans les exercices militaires sont donnés en français, et non en arabe, langue assez riche cependant, et qui, si l'on ne voulait pas employer le turc, eût fourni toutes les expressions nécessaires aux évolutions et aux manœuvres des troupes. Les mots mêmes que l'Europe a empruntés àl'Orient pour les défigurer, c'est maintenant la Turquie elle-même qui nous les emprunte sous leur forme nouvelle et mutilée. Ainsi nous avons fait du mot arabe maksken les mots magasins, magazine; maintenant on dit à Constantinople magasina. Le taarif des Arabes est devenu tarif en Europe-, maintenant ou se sert à Constantinople du mot tarifa. Les changements de langage indiquent les révolutions des esprits avant que les révolutions des empires soient accomplies. Une littérature n'est grande que lorsqu'elle est nationale; détruire la nationalité pour reconstituer une littérature est donc une contradiction absurde, une impossibilité flagrante. A côté du renouvellement factice introduit par le sultan, vous trouvez tous les signes de la décrépitude. Des journaux s'impriment, mais la pensée meurt. L'étude de l'histoire est encouragée, mois l'investigation historique, tille de l'analyse et de la compréhension intellectuelle, n'existe nulle part. Ou relit les vieux auteurs, non pour s'élever à de nouvelles idées et pour étendre la sphère de la pensée, mais pour les surcharger de notes, de glossaires, d'appendices, de commentaires, du scolies, productions parasites qui s'attachent à l'arbre de la science pour absorber sa sève et détruire ses fruits. La littérature ottomane se détache de sou type originel; elle paraît s'écarter de l'Asie pour se rapprocher de l'Europe; mais Ce rapprochement, au lieu du l'enrichir, la dégrade ; elle perd ses qualités sans acquérir les nôtres et sans renoncer à ses défauts.

— Presse. A l'article presse, nous avons parlé du régime arbitraire sous lequel vit la presse ottomane. D'après {'Annuaire à l'usage de Constantinople pour l'année 1871, le nombre des journaux et publications périodiques paraissant dans l'empire ottoman ose de 58. Sur ce nombre, 34 paraissent à Constantinople, dont :

16 en langue turque, 7 en langue grecque, 4 en langue française, 2 en langue française et grecque, 2 en langue arménienne, 2 en langue bulgare, 1 en langue française et anglaise.

Le reste des journaux et publications périodiques dans l'empire ottoman se décompose ainsi d'après {'Annuaire: 6 journaux àSmyrne (dont 2 français, 2 grecs, 1 arménien et 1 héhréo-espagm 1), 1 journal arabe à Alep, l turcgrec à Andritiople, 1 à Bagdad, 1 arabe à Beyrouth, 1 turc à Bosna-Scraï, 1 turc à Brousse, 1 turc-grec en Crète, 1 turc-arabé à Damas, 1 à Diarbèkir, l turc h Erzeroum, 1 arménien à Ismid, l turc-bulgare à Roust*

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chouk, 1 à Salonique, l à Trébizonde et 1 & Tripoli (Afrique). ""

— Arts. La dégradation des arts, produite en Turquie par l'incurie où vivent toutes les classes , n'est nulle part plus sensible que dans l'architecture ; aussi les édifices turcs ne sont-ils que des copies grossières et sans proportion, et qui n'ont ni l'unité ni la simplicité des Grées, leurs modèles. Mais, tout en convenant de leur infériorité à cet égard, on ne peut s'empêcher d'admirer le travail et l'habileté dont ils font preuve dans la construction de leurs mosquées; leurs minarets surtout ont une certaine légèreté qui plaît à l'œil et une hardiesse qui surprend. Leurs sculpteurs s'occupent à peu près exclusivement de faire des ornements en bois a la moresque pour les salles du divan ou du harem. Les mots serbes bildaour et moter, sculpteur et peintre, empruntés à l'allemand, montraient déjà que ce peuple n'entend rien à ces arts. Les Turcs ne s'y adonnent guère, si ce n'est pour faire quelques bas-reliefs insignifiants sur des marbres funéraires et sur des pipes. Ils paraissent avoir perdu le goût de la sculpture et ne peuvent pas concevoir que des statues servent à orner un salon, un jardin, le devant ou le toit d'un édifice. En fait de graveurs on ne peut citer que les graveurs sur pierres ; ils gravent des cachets à sentences qu'on vend à Constantinople et qu'on ne trouve nulle part ailleurs en Turquie. Il n'y a point de graveurs en tailledouce , et la lithographie est à peine connue dans la capitale. La peinture, comme la sculpture, est tout à fait entre les mains des Grecs'et des Arméniens. Aucun Turc n'a été peintre célèbre , quoique certains sultans , comme Mohammed II, aient encouragé la peinture. Leurs prêtres eroient que les tableuux conduisent ii l'idolâtrie. Ils mettent cependant des figures d'animaux à la proue de leurs vaisseaux. La décadence dans ces arts, en Turquie, n'a rien de singulier, puisqu'au Xe siècle on ne sculptait déjà plus en pierre tlans l'empire byzantin, et, aulieu de faire des portraits, on se plaisait à figurer exactement îles ornements et des habillements. C'est alors que l'architecture se compliqua d'une multitude de petites tourelles, et qu une foule de pointes et de parties avancées remplacèrent les belles lignes classiques de l'architecture ancienne. On peignait aussi alors des arbres avec des oiseaux chantant, perchés sur les branches. Or, tout ce mauvais goût s'est perpétué desiècle en siècle jusqu'à nous, et on trouve belles des chambres dont les murs sont couverts d'arbres grotesques, de petites maisons, d'anges, etc. Il n'en reste pas moins remarquable que, l'an 1001, le roi Etienne de Hongrie crut devoir faire venir de Byzance des architectes et des artisans, tandis qu'aujourd'hui la Hongrie en envoie à Constantinople. Les moines du mont Alhos s'occupent de la peinture de tableaux pour les églises et pour l'intérieur des maisons, mais leurs ouvrages sont exécutés sans observer les lois de la perspective. Dans ces tableaux modernes ou fort anciens, on ne manque jamais de représenter Dieu personnifié, la Vierge et d'autres personnages avec des auréoles, de pauvres pécheurs dans les flammes de l'enfer, des monstres ailés jetant du feu, des anges sous la forme de Borées ailés, Adam et Eve dans le paradis, des processions burlesques, comme les peintures que l'on vend à Einsiedeln.ete.

Les peintres catholiques et grecs peuvent se donner la main en ce genre, où la sainteté paraît consister surtout dans l'absurde et le manque d'art. Ce n'est que dans les harems de quelques pachas riches ou chez les Grecs de Constantinople qu'on voit des peintures à fresque et, des arabesques. Ce sont eu général des paysages, des vues de Stamboul, du Bosphore ou de quelques capitales d'Europe. Aucun musulman, à l'exception du sultan, n'a cru encore pouvoir se faire peindre. La musique est fort goûtée dans l'empire ottoman; mais ce n'est pus notre genre de musique; car tous les habitants de la Turquie y paraissent insensibles, si on excepte toutefois les Valaques, peut-être quelques Grecs et les gens bien élevés. Il parait y avoir, sous ce rapport, une grande différence entre les Arabes et les Turcs. Toutes les peuplades de la Turquie font de la musique et chantent, mais à' leur manière, qu'ils préfèrent à toutes les autres. Leur chant est une espèce de récitatif cadencé plutôt qu'une suite d'intonations comme notre chant; aussi il n'a guère l'inconvénient dir nôtre, de ne flatter que l'oreille, sans laisser saisir le sens des paroles. Les Turcs ont un chant monotone et nasillard, et tous leurs chants roulent presque uniquement sur la volupté. On dirait qu'ils ont voulu imiter léchant nasillard de l'Eglise grecque, le plus désagréable qui existe, du moins pour une oreille française. Chez le Slave, la beauté des intonations consiste à soutenir le plus longtemps possible une même note et à crier de temps en temps très-fort. Les Grecs et même les Zingaris chantent déjà mieux que les Slaves. Les habitants de la basse Albanie tiennent le milieu entre ces deux peuples. Quant à la composition musicale, ce sont encore les Turcs et les Slaves qui semblent en avoir le moins l'idée. Leurs airs sont très-pauvres en idées mélodiques et au plus haut degré monotones ; néanmoins, déjà en Macédoine, les

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Bulgares ont quelques airs passables ^ mais les Grecs en ont encore plus. Un air n ayant qu'une partie et fort court paraît surtout en vogue dans la basse Albanie.

Les instruments de musique sont, en Turquie, de la dernière simplicité. L'antique cornemuse se trouve partout et reproduit même des airs entiers qu on entend enoore en Bretagne et.en Ecosse. Le joueur de cornemuse (oadliar ou mirais) est présent à toutes les fêtes. La guzla n'est en usage que parmi la . race serbe, tant chrétienne que musulmane. Cet instrument consiste en un grossier morceau de bois de chêne, taillé souvent avec une petite hache. C'est un long manche se terminant par une partie qui est. creusée en forme de grosse cuiller trouée en dessous. Les Turcs, les Bulgares, les Albanais et les Grecs sont déjà plus raffinés et remplacent la guzla par le temboura, espèce de luth ou de mandoline plus ou moins grande, dont la caisse est en formé de poire, et en coin au-dessous, et qui a quatre ou six cordes. Les plus petits sont appelés bulgari par les Turcs. On peut au moins jouer des airs sur cet instrument, soit avec la main, soit avec un petit morceau de tuyau ou de plume. Les autres instruments sont diverses espèces de fifres, de flageolets et de flûtes. Ils ont, outre le fifre commun, le fifre à deux embouchures (dvojniJza), qui est de deux espèces, dont l'une se termine par deux extrémités cylindriques; l'extrémité "de droite porte trois trous et l'autre quatre ; l'autre est un flageolet carré oblong, avec cinq trous sur le côté extérieur et un trou h l'extrémité du côté latéral droit; c'est le diple. Ces deux derniers instruments se jouent avec les deux mains et sont surtout employés par les Bulgares et les Serbes.

Ce sont les Grecs et les Albanais qui ont le plus grand goût pour la danse; mais la plupart des danses s'exécutent entre femmes seules ou hommes seuls. La musique y manque souvent et est alors remplacée par le chant. On danse les dimanches et les jours de fête. Le grave Turc et même le Serbe musulman ne dansent guère ; mais s'ils regardent la danse comme au-dessous de leur dignité, ils aiment beaucoup à voir danser, soit chez eux, soit ailleurs. Au contraire, pour les femmes turques, la danse est une partie de l'éducation. Maris et femmes aisés se délectent par la vue de danseurs et de danseuses grecs ou bohémiens. Souvent le Turc, dans ses voyages, se fait un plaisir d'offrir quelques bagatelles aux filles d'un village, pour avoir le plaisir de les voir danser. II est curieux d'étudier dans ces moments ces Asiatiques, parce que, la joie dans le cœur ou pleins d idées voluptueuses, ils ne perdent pas pour cela leur flegme; à peine quelques sourires se montrent sur leurs lèvres. Le décorum, l'étiquette sont toujours observés et ne sont déposés que dans l'intérieur de leur harem. La .danse du harem, exécutée par des femmes turques ou des zingares , est une danse très-lascive , où , après avoir pris toutes sortes de. postures voluptueuses, les danseuses font semblant de tomber épuisées de plaisir et de fatigue. Si on les prie de recommencer, on est tout étonné de les voir reproduire la même suite d.8 tableaux d'une exécution si fatigante, toujours avec la même vivacité.

— Bibliogr. Abrégé chronologique de t'hisloire ottomane, par de La Croix (1768, 2 t. petit in-8°) ; Observations sur la religion, les lois et le gouvernement des Turcs, etc., trad. de l'angl. (de Porter) par B. Beigier (faris, 17G9, ou Neuchàtel, 1770, 3 t. en 1 vol. in-12); Mignot, Histoire de l'empire ottoman jusqu'à ta paix de Belgrade en 1740 (1771, in-4», ou 4 vol. in- 12); Castellan, Mœurs, usages, coutumes des Ottomans et abrégé de leur histoire (1812, 6 vol. in-18, fig.) ; de Salaberry, Histoire de l'empire ottoman depuis sa fondation jusqu'à la paix de Yassi en 1793 (1813, 4 vol. in-80); Beaujour, Voyage militaire dans l'empire ottoman (1829); Précis historique de ta destruction des janissair.es par le sultan Mahmoud en 1826,' trad. du turc par Caussin de Perceval (1833, in-8°); Miehaud et Poujoulat, Correspondance familière d'Orient (1833- 1835, 7 vol. in-S») ; Ubieini, la Question d'Orient devant l'Europe, documents officiels, manifestes, notes, firmans, circulaires, etc. (1854, in-12) ; Viquesnel, Voyage dans la Turquie d'Europe (1S55, 2 vol. in-4° et atlas in-fol ; 1868, 2e édit.) ; Lavallèe, Histoire de l'empire ottoman (1855, in -8°); Poujade, Chrétiens et Turcs, scènes et souvenirs de la vie politique, militaire et religieuse en Orient (18=9, in-s°); Ami Boue, la Turquie d'Europe ou Observations sur ta géographie, l'histoire naturelle, la statistique, les mœurs, les coutumes..., -l'histoire et l'état politique de cet empire (1840, 4 vol. in-8°) ; de Moltke, Lettres sur C Orient (J84t), traduction française (1872); Tristarchi-Bey, Législation ottomane ou Becueil de lois, règlements, ordonnances , traités, capitulations et autres documents officiels de l'empire ottoman (Constantinople, 1873-1875, 4 vol. iii-S^) ; North, Etude sur la question d'Orient (Rome, 1876,

Turquie, «n Perae et an* Inde» (voYAGK EN), par Tavernier (1677-1679, 3 vol. in-4°). Pendant quarante aunées, Tavernier a parcouru la Turquie, la Perse, les grandes Indes, jusqu'aux frontières de la Chine, leS lies Côlèbes, Sumatra et Batavia. De 1C38 a. 1663,

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il a fait six voyages et il est mort dans un septième, en Russie, vers l'année 1685 ou 16S8. Tavernier voyageait en marchand, achetant des laines, des étoffes et des pierreries pour les revendre en France. Dès sa jeunesse, il avait voyagé en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, en Pologne, en Hongrie, en Italie; il n'a pas laissé de relations de ces excursions en Europe. « Tavernier, dit 'Voltaire, parle plus en marchand qu'en philosophe et n'apprend guère qu'à connaître les grandes routes et les diamants. • Il est vrai que Taverrrer a recueilli beaucoup de particularités sur les mines de diamants et le commerce des pierres précieuses; mais il donne encore des détails exacts sur l'histoire, la géographie, les productions, les monnaies, les mesures, les mœurs et les usages de l'Asie. Il a des vues commerciales qui valent bien certaines vues philosophiques. On avait contesté la véracité du voyageur ; sa bonne foi a été surprise plus d'une l'ois sans contredit, mais la crédulité n'est pas une preuve d'imposture. Tavernier a le sens droit; il a pu se laisser tromper, il ne trompe pas sciemment. Ses Voyages, rédigés par Chappuzeau et Laehapelie, ont eu plusieurs éditions et traductions.

Turquie (la), histoire de l'empire ottoman depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, par Théophile Lavaliée (1854). Sous ce litre, 1 auteur publie, non l'histoire savante, détaillée, de 1 empire ottoman avec le fastidieux récit de ses révolutions de palais et de ses rébellions de province, mais l'exposé * clair, succinct, tracé à grands traits, des événements européens de cette histoire réduite aux faits qui intéressent un lecteur français, en un mot une vue de l'empire ottoman prise de France. Ce n'est pas un ouvrage de circonstance, fait à la hâte pour satisfaire la curiosité du moment, comme on pourrait le croire d'après la date de la publication; c'est une œuvre sérieuse, originale, longuement méditée et soigneusement travaillée.

L'Histoire de la Turquie est divisée en cinq livres, dont le premier est exclusivement consacré à la partie géographique. Ce premier livre nous donne successivement la description des provinces de la Turquie d'Eu- -rope et de la Turquie d'Asie; des provinces du Danube, de celles de l'Archipel, de la mer Adriatique, de la Grèce, des lies de l'Archipel, du Caucase, de l'Arménie et de l'Euphrate, de l'Asie Mineure ou Anatolie, de la Syrie et de l'Arabie. La lin du premier livre est relative aux divisions administratives et à la statistique. Cette partie de l'ouvrage est purement descriptive, sauf la tin, qui résume le livre tout entier par les considérations suivantes : • D'après la description que nous venons de faire des provinces qui composent l'empire ottoman, on voit que cet empire, produit de la conquête, mais d'une conquête dans laquelle les vainqueurs immobilisés dans leur orgueil n'ont jamais songé à s'assimiler les vaincus pour former une nation unique, n'est composé que d'éléments hétérogènes presque partout ennemis. Toutes les races, toutes les religions, tous les idiomes, les habitudes lès plus diverses, les mœurs les plus étranges, la civilisation raffinée, l'état nomade et sauvage, se croisent ou se tiennent côte à côte dans ces magnifiques contrées qui rappellent tant de gloire, tant de souvenirs, tant de lumières, et où les Osmanlis avaient tant à faire pour que leur domination lût légitimée. > Les quatre autres livres traitent uniquement de l'histoire de l'empire ottoman: le deuxième est relatif à l'histoire de l'islamisme jusqu'à la prise de Constanti- □ople en 1453; le troisième va depuis la prise de Constaiitinople jusqu'à la paix de Carlowitz (1453-1699); le quatrième depuis la paix de Carlowitz jusqu'à celle d'Yassi (1699-1792); entin le cinquième depuis la paix d'Yassi jusqu'à l'année 1852, date de nouvelles complications de la question d'Orient.

En écrivant cette histoire, Th. Lavaliée s'est surtout, ainsi que nous l'avons indiqué dès le début, placé au point de vue français, en ce sens qu il s'est principalement attaché à raconter les relations hostiles d'abord, puis peu à peu amicales de la France avec la Porte, bien qu'il se borne ordinairement à un exposé clair, succinct et portant sur les points principaux, il ne néglige pas d'élucider et de traiter à fond les questions importantes, celle dite des lieux suints, par exemple. « La possession des lieux saints, dit-il, disputée entre les latins, les grecs et les arméniens, n'impliqua pas le dioit de propriété, mais seulement d'usufruit. La loi musulmane s'oppose à ce que les chrétiens possèdent dans le pays des croyants; elie ne leur permet pas de Construire de nouvelles églises, alors même qu'il serait convenu que ces églises doivent être considérées comme des propriétés publiques et appartenant , par conséquent , au souverain territorial ; mais elle leur accorde l'autorisation d'entretenir les anciennes églises, c'està-dire de les réparer et de relever les parties tombées, sans pouvoir toutefois y ajouter de nouvelles constructions. Dans les usages de l'Orient et de la terre sainte, la possession exclusive d'une église, d'un sanctuaire, d'un autel, quel qu'il soit, par une communion chrétienne, n exclut pas les autres communions de la faculté d'y aller pour leurs cérémonies; mais les possesseurs ont seuls le

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droit d'en garder les clefs, de réparer ces édifices et de les entretenir à leurs frais, d'y allumer des cierges, d'y étendre des tapis, enfin de les balayer, car c'est là, aux yeux des musulmans, le signe principal du droit de possession. Malgré les prétentions jalouses des grecs et des arméniens, c'est aux religieux catholiques protégés par la France qu'a toujours appartenu légalement la garde du saint sépulcre et des lieux saints. » Après ce lucide exposé, M. Th. Lavaliée raconte avec non moins de clarté les modifications successives apportées dans la question des lieux saints depuis la capitulation de 1540 et les violences religieuses de 1757 jusqu'à la réunion d'une commission européenne en 1858 et à la mission du prince Mentschikoffà Constantinople.

En ce qui concerne les considérations qui se mêlent chez l'historien au récit des événements, le livre de M. Lavalléeen est très-sobre; mais, par compensation, elles sont généralement de la plus grande exactitude et parfois aussi neuves que justes. Cette appréciation des croisades en est la preuve : t Les croisades furent pour les masses des guerres toutes religieuses qui n'eurent d'autre but que la délivrance du saint tombeau; mais, pour les papes et les princes, on pourrait dire qu'elles furent des guerres autant politiques que religieuses, si l'on pouvait à cette époque séparer la politique de la religion, qui était l'âme de l'état social, la mère de toutes les pensées, l'inspiratrice de toutes les actions. En effet, malgré les chroniques naïves et ignorantes qui nous représentent les chevaliers et les soldats de la guerre sainte comme animés du même zèle aveugle et barbare, on nesauraitdouter que les chefs et surtout les conseillers de ces expéditions héroïques n'en comprissent au moins la portée humaine et la nécessité politique, s'ils n'y voyaient pas, selon nos idées modernes, une réaction légitime de l'Occident contre l'Orient. Ils sentaient qu'il fallait, pour sauver l'Europe, conquérir une partie de l'Asie, que la protection des chrétiens d'outre-mer était pour les lalins, non-seulement une question de charité, mais une question d'existence. C'est ce que témoigne la lettre du patriarche de Jérusalem portée par Pierre l'Ermite au pape et au prince des chrétiens : « Les royaumes de » l'Occident, portait-elle, se croient en sûreté, » mais qui peut répondre du nom chrétien ■ quand Jérusalem est gardée par les in(i- • déles et qu'ils menacent de prendre B\ - » zanoe?» Cette manière d'envisager les croisades jette un nouveau jour sur la question et rend le livre de M. Th. Lavaliée aussi utile aux diplomates qu'aux historiens.

TURQUIN adj. m. (tur-kain — de l'ital.

turchino;à<s turco, turc, parce que le marbre turquin s'exportait de la Mauritanie, pays turc). Se dit d'un bleu foncé et mat : Taffetas bleu turquin. Drap bleu turquin. (Acad.)

— Miner. Marbre turquin ou substantiv.

Turquiti,M:ubve bleu : Sur la cheminée en marbre turquin, des porcelaines d% vieux Saxe entourent une pendule en platine, niellée d'arabesques. (Balz.)

— Substantiv, Bleu turquin : Un turquin très-foncé.

— Ornith. Passereau du genre tangara, qui vit au Brésil.

TURQUINE s. f. (tur-ki-ne — rad. turquin). Miner. Sorte de turquoise peu estimée.

TURQUIS s. m. (tur-ki). Bot. Syn. de turquet,

TURQUOIS s. m. (tur-koi — rad. turc, les

moulina a vent étant originaires d'Orient). Sorte de moulin à vent en usage en Normandie.

TURQUOISE s. f. (tur-koi-ze — de turc;]».

couleur bleue, eu effet, s'appelle turchine en italien. Comparez J'italien turchese, turquoise, espagnol-provençal turquesa, même sens).

Miner. Pierre précieuse qui est un phosphate d'alumine : Oh prétend qu'il existe dans les environs de Gimont une mine de trèsbelles turquoises. (A. Hugo.) Une dame, amie de sa mère, lui fit cadeau d'une belle turquoise. (Alf. de Muss.) Les turquoises sont des os fossiles coloriés par des oxydes de cuivre. (A. Karr.)

— Turquoise de la vieille roche, Turquoise tirée d'une mine ancienne. Il Turquoise de nouvelle roche, Turquoise osseuse, Turquoise occidentale, Turquoise odontotithe, Noms divers sous lesquels on désigne un ivoire fossile d'un bleu plus pâle que celui des turquoises de la vieille roche. Il Turquoise minérale, Sorte de pierre opaque, d'une couleur bleu de ciel, et assez dure pour rayer le fer.

— Çomrn. Etoffe croisée, fabriquée en Turquie.

— Entom. Nom vulgaire du procris ou sphinx du staticé.

— Bot. Espèce d'agaric, dont le dessus est d'un bleu de ciel très-vif.

— Hortic. Variété d'anémone.

— Encycl. Miner. La turquoise, facilement recounaissable à sa couleur bleu céleste, quelquefois verdâtre, a une densité de 2,9 environ ; sa composition chimique est encore peu connue; c'est un phosphate d'alumine contenant presque toujours un peu de chaux, de magnésie et de fer, et coloré par de I'hy-

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drate de cuivre. La turquoise n'est jamais cristallisée ; elle se rencontre en masses amorphes, formant parfois -de petits liions engagés dans leur gangue, ou libres et en petits rognons. Elle est infusible au chalumeau ; avec le borax, elle donne les réactions du fer et du cuivre; dans les acides, elle se dissout sans effervescence et sans résidu, en offrant les colorations du cuivre. La cassure est conchoïdale et inégale, à peine transparente, même sur les bords minces. La coloration de la turquoise se modifie à l'air, surtout si on la fait passer d'un lieu sec à un lieu humide et à une température un peu plus haute. Il no faut pas confondre avec cette pierre, qui est la vraie turquoise vieille roche, une odontolithe appelée aussi turquoise, qui n'est qu'un phosphate de chaux des os coloré par des infiltrations cuivreuses, et qui se trouve en assez grande abondance dans l'Oural.

— Bijout.Les lapidaires distinguent les turquoises en orientales et en occidentales. Les premières se trouvent, suivant Tavernier, en Perse, près de la ville de Nichabour ; ce sont les turquoises connues sous le nom de turquoises de la vieille roche. A cinq journées de chemin de cet endroit, se trouve une autre mine renfermant des turquoises de la nouvelle roche. Ces dernières ont beaucoup moins de valeur que les précédentes. On tire encore les turquoises orientales des Indes et de laTurquie, et, comme elles nous viennent toutes en passant par ce dernier pays, leur nom en est dérivé. Les plus belles et les plus estimées sont d'un bleu céleste, les autres d'un bleu clair; on en rencontre même qui sont d'un bleu verdâtre ou tirant un peu. sur le jaune.

« Les turquoises, dit Réaumur, du moins celles de France, ne sont point naturellement bleues; c'est le feu qui leur don ne cette couleur. Avant de les y mettre, on les voit semées dans toute leur substance de points ou de veines, ou de petites bandes qui sont d'un noir bleuâtre. »

Les turquoises les plus chères sont celles dont la couleur est limpide, le poli brillant, celles qui ne présentent à leur surface ni filets, ni raies, ni inégalités. Les joailliers ont quelquefois apprécié les tmquoises qui réunissent toutes ces qualités sur le même pied que les émeraudes, c'est-à-dire presque autant que le diamant. Il est vrai que les turquoises un peu grosses et sans défaut sont excessivement rares et que la moindre défectuosité diminue considérablement leur valeur. Les turquoises européennes, et en particulier celles que l'on trouve en France, dans le Languedoc, ne différent des orientales ni par la densité ni par la dureté. Mais la teinte n'est pas la même. La couleur des occidentales est ordinairement plus chargée de bleu ou plus blanchâtre , et elles sont presque toujours traversées de veines comme l'ivoire; aussi sont-elles d'un prix bien inférieur et les efforts de Réaumur n'ont pas réussi à en relever la valeur.

11 parait, ou du moins on a dit, que la turquoise perd sa couleur ; on a même désigné certaines circonstances dans lesquelles on a, vu ces pierres précieuses devenir vertes, de bleues qu'elles étaient auparavant.

Relativement à leur emploi, «les turquoises, quoique peu dures, dit Beudant, sont trèsrecherchées pour l'agrément de leur teinte. On les taille en cabochon, et on les monte souvent avec des entourages de diamants, de rubis. Parfois elles servent elles-mêmes d'entourage aux diamants, pour les bagues et épingles. La couleur bleu verdâtre de cette pierre précieuse se marie très-bien avec toutes les autres et produit un très-bel effet. Elle est fort estimée et se vend à des prix très-élevés,qui varient suivant la beauté de la teinte. Une turquoise ovale de 0m,0l2 (5 lignes 1/2) sur 0">,0ll (5 lignes), d'un bleu clair, avec un œil verdâtre, a été vendue chez M. Drée 500 francs ; une autre de mémo taille , d'un beau bleu de ciel , 241 francs. Celles de la nouvelle roche sont bien moins estimées, parce qu'elles perdent de leur couleur à la lumière et que les acides nitrique, chlorhydnque, etc., les attaquent. Une belle turquoise de cette espèce, bleu de ciel, de om.OlO (4 lignes 1/2) sur 0m,009 (4 lignes), a été vendue 121 francs. » Il y a une quarantaine d'années que ces turquoises se sont vendues les prix ci-dessus. Aujourd'hui, elles se vendraient un bon tiers plus cher.

TUBQUOY (Laurent), jurisconsulte français, mort à Orléans en 1648. 11 exerça la profession d'avocat au présidial de cette ville. On lui doit un ouvrage estimé qui a pour titre : l'Empire français ou {'Histoire des conquêtes des royaumes et provinces dont il est composé, avec Us cartes généalogiques de ta maison royale, celle des princes et grands seigneurs qui les ont- possédées (Orléans, 1651, in-fol.).

TDRR (Etienne), général hongrois au service de l'Italie, ne à Buja en 1825. Il servit d'abord comme volontaire dans l'année autrichienne, puis comme lieutenant dans une compagnie du. régiment de l'archiduc François-Charles, et lit ses premières armes en Italie, sous les ordres de Radetzki, pendant la campagne de 1848; mais bientôt, gagné à la cause de ceux qu il combattait, il passa dans les rangs des Italiens avec un certain

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nombre de ses compatriotes (janvier 1849Ï, Réfugié en Piémont, il fut chargé par Charles- Albert de l'organisation d'une légion hongroise et, à la tête de cette légion, il prit part à la bataille de Novare , qui fut si fatale aux armes italiennes. On lui offrit ensuite le grade de colonel dans l'année révolutionnaire commandée par le général Mieroslav?ski contre l'année prussienne.

Après la défaite des insurgés badois, le colonel Tûrr se lia à Londres avec les réfugiés italiens et hongrois, proscrits de leur pays par les. derniers événements de 1849, et cinq ans plus tard, lorsque éclata la guerre d'Orient, il entra au service de la Urande- Bretagne, comme officier supérieur dans la légion anglo-lurque. En cette qualité, il commit l'imprudence d'aller acheter des chevaux jusque dans les provinces danubiennes, et il se trouvait à Bucharest vers la lin de 1855, lorsqu'il fut reconnu par des officiers de son ancien régiment qui occupait cette ville, arrêté et dirigé sur Vienne, malgré son nouvel uniforme et les réclamations du gouvernement anglais. Traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort, comme déserteur et traître au drapeau autrichien , il n'obtint d'être relâché que grâce à l'intervention personnelle de la reine Victoria.

A peine rendu à la liberté (1S56), il se hâta de rentrer en Turquie et guerroya avec les Tcherkesses contre les Russes ; il allait pénétrer dans le Caucase, lorsqu une maladie le força de se résigner au repos. La guerre de 1859 lui offrit l'occasion de se signaler de nouveau par de glorieux faits d'armes, A la première nouvelle des hostilités contre l'Autriche, il était acco,uru en Italie et avait obtenu le commandement d'un bataillon da chasseurs des Alpes. Il combattit à Varèse, prés de Garibaldi, et fut grièvement blessé à Castel-Nedolo. En mai 1860, il suivit Garibaldi en Sicile et partagea l'honneur de cette folie héroïque depuis le débarquement de Marsala jusqu'à la prise de Païenne, qui lui valut une nouvelle blessure. A peine guéri, il reprit son service et contribua par son ac- . tivitô à [organisation de l'urinée méridionale qui devait bientôt- envahir le royaume de Naples. Son courage et son intrépidité, joints à de sérieuses connaissances dans l'art militaire, lui valurent le grade de général de division. Il était, en outre, très-sympathique à ses compagnons d'armes.

En l'absence de Garibaldi, il commanda en chef pendant quelques jours et remporta un brillant succès contre l'année napolitaine, à Caîazzo, le 19 septembre; il fut cité le premier à l'ordre du jour de la bataille du Volturne (lir octobre). Comme homme politique, adversaire du parti radical qui essayait de pousser Garibaldi dans les voies de la révolution à outrance, le général Tûrr eut sur les événements une influence modératrice et ne contribua pas peu à la proclamation du plébiscite qui prononçait l'annexion immédiate du royaume des Deux-Siciles à la monarchie italienne, sous le gouvernement de Victor- Emmanuel. Il en fut récompensé par la confirmation de son grade de lieutenant général et le titre d'aide de camp du roi (1S61). A cette époque, pendant les agitations produites en Hongrie, le général Tûrr adressa de Paris au général Klapka une lettre destinée à mettre ses compatriotes en garde contre tout mouvement prématuré. La même année il épousa, à Mondovi, la jeune princesse Adeline Wyse-Bonapnrte, et le roi lui conféra, à cette occasion, le titre de commandeur de l'ordre militaire de Savoie. Peu de temps après, vivement attaqué dans sa conduite privée et publique par un membre de l'émigration hongroise, il perdit beaucoup de son influence et de son prestige et dut quitter le service italien. Il a depuis vécu dans une complète obscurité.

Le général Tilir est l'auteur des écrils intitulés : Arrestation, procès et condamna' tion du général Tûrr, racontés par luimême (1863, in-so); la Maison d'Autriche et la Hongrie (1865, in-8°), et de plusieurs brochures politiques sur la Hongrie et les Slaves du Sud.

TURR (Eugénie), romancière russe. V.

Kapnist.

TUR-RA-MAs. m. (tur-ra-ma). Arme de jet usitée dans lu Nouvelle-Hollande.

— Encycl. Le lur-ra-ma est une arme de trait, formée d'un morceau de bois très-dur, d'une longueur de o™,70, légèrement recourbé et légèrement aiguisé. Son poids est d'envi' ron 300 grammes. Un des côtés est un peu convexe et revêtu d'incrustations ; l'autre est plat et uni. Lorsqu'on veut se servir de cette arme, on la tient, non comme un sabre, mais horizontalement à plat. On lui imprime un mouvement de rotation et on Ja lance. On distingue, du reste, deux espèces de turra-ma, l'un moins long et plus recourbé, qui revient vers celui qui le jette ; l'autre qui ne revient pas, mais atteint à une plus grande distance.

TURRE s. f. (tu-re). Agric. Nom donné aux mottes de terre, en certains pays.

TURREAU DE GARAMBOUVILLE (Louis- Marie, buron), général français, né à Evreux en 1750, mort eu 1816. Il était, avant la Révolution, officier surnuméraire attaché à un régiment de cavalerie. Elu maire de sa ville natale en 1789, il marcha aux frontières, au

ïtJRË

mois d'août 1792, comme commandant du bataillon de l'Eure, qui fut incorporé dans l'armée de la Moselle. Après avoir fait avec honneur la campagne de Trêves et d Arlon, il fut nommé adjudant général de la gnrcle (colonel) et appelé à l'armée des côtes de La Rochelle. Arrivéen Vendée le 14 juillet 1793, il se distingua dans les journées des 15 et 17 et eut son cheval blessé de trois coups de feu, en voulant rallier les troupes républicaines dans la malheureuse déroute du lendemain. Le comité de Salut public lui donna le grade de général de division, avec le commandement en chef de l'armée de l'Ouest (28 novembre 1793). Turreau s'empara de Noirmouticr, battit les bandes de Charette et défit La Rocheiaquelein à Montevrault. Après le 9 thermidor, on vint l'arrêter au milieu de son armée et de ses rapides progrès : le crime du général républicain était d'avoir désapprouvé cette journée. Les thermidoriens le tinrent sous les verrous jusqu'après la session conventionnelle. Mis en liberté par le Directoire en décembre 1795, il passa à l'armée deMayence. fitavec gloire la campagne d'Helvétie sous Masséna (1799), combattit en Allemagne en 1800, commanda l'armée de réserve, contribua au gain de la bataille deMarengo et reçut ensuite le gouvernement militaire du Piémont. Lorsque, en .1804, Bonaparte se fitempereur, Turreau fut du nombre des généraux opposants j envoyé alors aux Etats-Unis comme ambassadeur, il ne revint de cette sorte d'exil qu'en 1810, pour être employé k l'armée d'Allemagne. Il prit une part uctive à la campagne de 1313, défendit la rive gauche de fa Seine en juin 1815 et quitta le service à la deuxième Restauration. Turreau était un soldat brave et modeste, taillé à l'antique comme les Marceau et les-Kléber. A la mort de Babeuf, il se chargea de l'éducation de l'un de ses enfants. On a de lui : Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de la Vendée (1815 et 1824, in-8°); Aperçu de la situation politique des Étais- Unis (1815, in-8°).

TURREAU DE LlNIÈHES(Lotiis), administrateur et conventionnel fiançais, cousin du précédent, né à Orbee (Normandie) vers 1760, mort en Italie en 1790. Administrateur de l'Yonne en 1790, député suppléunt à la Législative en 1791, il devint, grâce à l'appui de Le Peltier de Saint-Furgean, membre de la Convention, le 21 septembre 1792, et alla siéger k la Montagne, dont il fut un des membres les plus exaltés. Après avoir voté lu mort de Louis XVI sans appel ni sursis, il se rendit en mission dans l'Yonne, puis dans la Vendée, y mit k exécution les mesures les plus violentes et fut rappelé par la Convention en même temps <jue son collègue Bourbotte. Nommé secrétaire de la Convention après la chute de Robespierre (1794), ou le vit tout k coup sa prononcer contre lus terroristes avec autant d'ardeur qu'il en avait mis jadis à faire de la terreur; puis il passa en Italie, en qualité de commissaire près do l'armée (1794-1795), prit une part active à la défense de l'Assemblée, lorsque les sections l'attaquèrent le 13 vendémiaire, et lit donner alors le commandement de l'armée au général Bonaparte. Après la dissolution de la Convention, Turreau obtint un emploi de garde-magasin à l'armée d'Italie et mourut peu après, rongé, dit-on, par des chagrins domestiques. Il avait épousé la veuve Davout, mère du prince dlickroùhl.

TUHRECREMATA (Jean de), cardinal et théologien espagnol. V. Torqukmada.

TURRÉE s. f. (tur-ré — de Turra, bot.

ital.). Bot. Genre d arbres et d'arbrisseaux, de la famille des méliacées, tribu des méliees, comprenant vingt espèces, qui croissent dans l'Asie tropicale, k Madagascar et dans l'Afrique australe.

TURREL (Pierre), en latin Tarellua, écrivain français, né à Autun vers la fin du Xive siècle, mort vers 1547. Il professa avec distinction la philosophie et les mathématiques au collège de Dijon, dont il devint recteur. Ttirrel était très- versé dans la connaissance-de l'astronomie judiciaire. Pour ce fait, il fut traduit en justice comme coupable de sortilège ; mais, grâce k l'évêque de Maçon, du Châtel, il recouvra la liberté. On a de lui : Futaie précision par les astres et disposition d'icelle sur la région de Jupiter, maintenant appelée Bourgoigne pour l'an 1529; la Période, c'est-à-dire la (in du monde, contenant la disposition des choses terrestres .par ta vertu et influence des corps célestes (Lyon, 1531); Al/cubitius, astronomix judiciuris principia tractons (Lyon, in-40).

TURRETTB s. f. (tur-rè-te — dimin.du lat. turritt , tour). Bot. Genre de plantes peu connu.

— Syn. de TOUBRETTE, genre de crucifères: La turuette des Alpes fait au printemps un effet charmant. (Dict. d'hist. nat.)

TURRETTIN ou TUURETTINI (Bénédict), ministre protestant suisse, né k Zurich en 1588, mort à Genève en 1631. Il descendait d'une noble famille italienne que les persécutions religieuses du xvie siècle avaient chassée de Lucques. Il fit ses études à Genève, où il devint professeur de théologie en leiï. Turrettin fut député au synode d'Alais en 1620 et chargé ensuite d'aller solliciter des états généraux, des villes

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hanséatiques les secours nécessaires pouif mettre Genève en état de défense, mission qui fut couronnée d'un plein succès. Sériebier, dans son Histoire littéraire de Genève, donne la liste des écrits qu'il publia, sermons, dissertations, etc. ; nous nous bornerons à citer : Défense de la fidélilé\les traductions de la Bible faitesà Genève (Genève, 1018-1625, 3 vol, in-8°); la TJiéologie chrétienne et la science du salut (Genève, 1721, 3 vol, in-40).

TURRETTIN (François), théologien suisse, fils du précédent, né a Genève en 1623, mort en 1G87. Il suivit comme lui la carrière pastorale et acquit une instruction solide et variée tant en Allemagne qu'a Paris. De retour à Genève, il fut nommé professeur. 11 prit une part tristement célèbre à In condamnation des arminiens par le synode de Dordrecht, où il avait été envoyé comme représentant de l'Eglise de Genève. On a de lui un cours de théologie : Instituiiones theoloyiss elenchticss (Genève, 1679-1085, 3 vol. in-4°),et des écrits de controverse et d'édification.

TURRETTIN (Jean-Alphonse), théologien, fils du précédent, le plus célèbre de tous les membres de cette famille, né k Genève en 1671, mort en 1737. Il fut un théologien du premier ordre et l'un des esprits les plus émancipés de son temps. En 1691, ayant terminé ses études théologiques, Turrettin visita la Hollande, où il se lia avec Bayle, Leclerc, Basnage etSpanheim; l'Angleterre, où il vit Newton et Tillotson ; la France, où il s'entretint avec Fontenelle, Huet, Bossuet et Malebranche et prit une part brillante à une discussion publique à la Sorbonne. De retour k Genève, il fut consacré au ministère évangélique (1694), puis nommé, en 1697, professeur d'histoire ecclésiastique, et de théologie en 1705. « Avec une santé faible et souvent dérangée, dit Monod, Turrettin remplit sa carrière de travaux nombreux et utiles. Non-seulement il se livra à de profondes recherches sur les sciences qu'il enseigna et recueillit pour son propre usage d'immenses matériaux, mais il prit part k tout ce qui se fit de sou temps dans sa patrie pour la religion et les lettres. Il entretint des relations dans toute l'Eglise protestante, dont il était une des principales lumières. 11 soutint une correspondance fort étendue avec des amis qu'il avait dans toutes les communions... Il s'occupa avec l'archevêque de Cantorbéry , Wake et quelques théologiens allemands de projets tendant à réunir les diverses branches de l'Eglise réformée, en attendant que 1 on pût porter ses espérances plus loin. »

Mais l'œuvre capitale d'Alphonse Turrettin fut l'abolition du Consensus, formulaire dont on imposait la signature aux aspirants pasteurs, et dont son père avait été le zélé défenseurr II délivra ainsi l'Eglise de Genève, et par suite l'Eglise protestante tout entière, d'un joug insupportable. Turettin, par cet acte de courage, eut une longue et salutaire influence sur les destinées du protestantisme. Outre des sermons, des discours académiques, des dissertations et des thèses, qui ont été réunis en trois volumes in-40 (Genève, 1737), on lui doit : Historis ecclesiaslicœ compendinm, a Christo nato usque ad annum 1700 (Genève, 1734, in-8°) ; Commentarius theoretico-practicus in Epistolas ad Thessalonicences (Bâle, 1739, in-8°J ; Commentarius theorico-practicvs in Epistolam ad Bomanos (Genève, 1741, in-4°) ; l)e Sancta Scriptura tractatus (Berlin, 1766, in-12). tous ces ouvrages ont été réunis sous le titre de Turrettini (J.-A.) opéra omnia (Leeu- Warden, 1775,3 vol. in-40).

TDRRETT1N (Samuel), théologien suisse, de la famille des précédents, né k Genève en 1688, mort en 1727. Il fut professeur de langues orientales et de théologie. On a de lui des thèses, De iis qui ultimis seculis divinas revelatianes jactarunt (1722, in-4°), traduit en français et publié avec un supplément, sous ce titre : Préservatif contre le fanatisme (Genève, 1723, iu-8<>).

TDRR1, dieu de la guerre et de la victoire, chez les Finnois. Il a une légende analogue à celle du chasseur magique en Allemagne. 11 était parent de Perkel, le diable ou le maître de l'enfer, et quand il sortait de sa montagne et sonnait de la trompette, une guerre terrible éclatait sur la terre.

TURRICULÉ, ÉE adj. (tur-ri-ku-lé — du lat. turris, tour). Moll. Se dit des Coquilles dont la spire est disposée de manière à présenter l'aspect d'une petite tour.

— Bot, Qui a la forme d'un cône très-allongé.

TURRIEN (François Torrbs, plus connu sous le nom de), en latin Turrinnua, théologien espagnol, né à Herrera, royaume de Valence, vers 1504, mort k Rome en 1584. S'étant rendu à Rome, il gagna la confiance du pape Pie IV, qui l'envoyaen 1562 au concile de Trente, ou il se prononça avec vigueur contre la communion sous les deux espèces. De retour k Rome, il se lit admettre dans la congrégation des jésuites (15G6). C'était un homme très-instruit, qui s'était livré k de longues recherches dans les bibliothèques d'Espagne et d'Italie. Turrien & laissé un grand nombre d'ouvrages de théologie et de traductions. Nous citerons de lui : In monachos apostatas (Rome, 1549, in-40); De votis monasticis; De inviolabili religione

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