‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 46 sur 1042 · RECHERCHE ET DOSAGE DU THALLIUM · texte numérisé non relu

RECHERCHE ET DOSAGE DU THALLIUM

10 Réactions par voie sèche. Au chalumeau et au spectroscope, le thallium présente des caractères que nous avons déjà décrits en nous occupant du métal. La ligne verte TU à elle seule permet de distinguer le thallium de tous les autres éléments. Les sels de thallium, quand on les chauffe, fondent généralement au-dessous du rouge et Se volatilisent ensuite. Quelques-uns d'entre eux toutefois, tels que le sulfate et le phosphate, ne commencent à subir des modifications dans leur état qu'au rouge vif. Le chlorure, au contraire, distille avec la vapeur d'eau. Sur le charbon, devant le chalumeau, tous se volatilisent, en communiquant à la flamme une teinte verte intense.

ï« Réactions par voie humide. Nous étudierons ces réactions en nous occupant des sels thallieux et thalliques, aux mots thallieux et thalliqob respectivement. V. ces mots.

— 3° Dosage et séparation du thallium.

Lorsque le thallium existe à l'état de sel au minimum, il convient de le doser à l'état d'iodure en le précipitant de ses solutions au moyen de l'iodure de potassium.* Le précipité est tout à fait stable à l'air, à la température à laquelle on est obligé de le peser. Il n'est presque pas soluble dans l'eau, moins soluble encore dans les solutions salines, l'ammoniaque aqueuse et l'alcool à 92 centièmes; mais il se dissout sensiblement dans l'eau renfermant des acides libres ou des alcalis fixes. Lorsqu'on mêle la solution ammoniacale chaude d'un sel thallieux avec une solution d'iodure potassique, l'iodure de thallium se sépare aussitôt sous la forme d'un précipité caillebotté qui, après quelques heures de repos, peut être recueilli sur au filtre taré, lavé à l'alcool ou à l'ammoniaque, puis

desséché à 115° et pesé, H renferme 49,40 pour 100 de thallium.

On peut encore doser le thallium à l'état de sulfate l-hallieux; mais cette seconde méthode est moins exacte que celle que nous venons de décrire. Le sulfate Supporte une chaleur rouge naissant sans se volatiliser d'une manière sensible, mais il se volatilise au rouge vif.

Le chlorure de platine précipite complètement le thallium de ses sels au minimum ; mais le chloroplatinate est si divisé qu'il passe à travers les filtres et qu'il est trèsdifficile de l'utiliser pour doser le métal.

Quand le thallium est à l'état de persel , le mieux est de réduire le persel par le sulfite de sodium oude potassium etde précipiter ensuite la solution par l'iodure de potassium, pour achever le dosage comme nous l'avons dit ci-dessus. On peutaussi précipiter le thallium à l'état de sesquioxyde par l'ammoniaque, et peser celui-ci après l'avoir recueilli sur un filtre taré et l'avoir desséché.

La séparation des oxydes thallieux et thallique peut s'effectuer, au moins dans le cas des chlorures et des sulfates, en précipitant d'abord le sesquioxyde par l'ammoniaque, filtrant, lavant et achevant la précipitation du thallium dans la liqueur filtrée et chaude an moyen de l'iodure de potassium. Le premier précipité fait connaître la proportion de thallium existant à l'état do sel thallique, et le second la proportion de Ce métal existant à l'état de sel thallieux. Or. peut encore séparer les sels thalliques des sels thallieux au moyen du chlorure platinique, qui ne précipite que ces derniers.

La précipitation à l'état d'iodure sert encore à séparer le thallium des autres métaux, après, bien entendu, qu'on a traité la liqueur par un sulfite, pour réduire tout ce qui pourrait exister de thallium à l'état de persel. S'il y a du cuivre dans le mélange, celui-ci se précipite à l'état d'iodure cuivreux; mais le précipité, lavé à l'ammoniaque au contact de l'air, abandonne le cuivre, qui se redissout en passant à l'état de chlorure cuivrique. On continue le lavage jusqu'à ce que les liqueurs ne soient plus bleues.

On peut encore séparer le cuivre du thallium en précipitant le premier de ces métaux au moyen de l'hydrogène sulfuré dans une solution acide; mais ce procédé est moins exact que le précédent. Cette dernière méthode sert à séparer le thalliumda plomb, de l'argent et du mercure; malheureusement, les précipités de sulfure entraînent toujours une petite quantité de thallium et déterminent une perte qui empêche le dosage d'être exact, à inoins qu'on ne les redissolve et qu'on ne répète à plusieurs reprises la même opération.

Le thallium se rencontre souvent dans des minerais de bismuth et dans les préparations qui en proviennent, particulièrement dans le carbonate. Pour y découvrir le thallium, on mélange la solution étendue de la substance avec un léger excès de carbonate de sodium et une petite quantité de cyanure de potassium , on chauffe et l'on filtre. Si le composé bismuthique renferme seulement un centmillième de thallium, l'addition de quelques

fouîtes de sulfure d'ammonium fait naître ans la solution un précipité brun foncé de sulfure de thallium qui se réunit peu à peu et peut ensuite être soumis à l'examen spectroscopique. Quand le bismuth est à l'état de carbonate, on peut facilement en retirer le thallium en faisant digérer ce sel avec du cyanure de potassium ou du carbonate de sodium; mais le cyanure de potassium vaut mieux.

10 Dosage volurnétrique. On peut doser volumétriquement le thallium au moyen du permanganate de potasse, en opérant comme pour le fer. A cet effet, il doit être à l'état de protochlorure de thallium ou do sel thallieux amphide mélangé avec de l'acide chlorhydrique, et la liqueur ne doit pas contenir plus d'un cinq-centième de thallium; il faut aussi que la solution de permanganate soit plus étendue que pour le dosage du fer. On peut titrer la solution permanganique avec du fer pur, avec du thallium ou avec un sel thallieux pur, l'alun, par exemple. 2 atomes de fer (112 parties) correspondent à 1 atome de thallium (204 parties); car une molécule de protochlorure de thallium T1CI se convertit par l'oxydation en perchlorure TIC13, tandis que deux molécules de chlorure ferreux KeCl2 se convertissent en une molécule de chlorure ferrique FeîCi8, de manière qu'un seul atome de thallium absorbe la même quantité d'oxygène que deux atomes de fer.

La solution du sel thallieux étendue, comme nous l'avons dit, est additionnée de quelques gouttes d'acide chlorhydrique et d'acide sulfureux et bouillie afin de chasser ce dernier; on y verse ensuite le permanganate jusqu'à ce que la couleur du réactif persiste, et, de la quantité de liqueur d'épreuve employée, on déduit la quantité de thallium.

— Poids atomique du thallium. Lamy, en décomposant le sulfate de thallium parl'azotate de baryte, et le chlorure par l'azotate d'argent, a obtenu des nombres qui varient entre 203,5 et 204,6; moyenne, 204,2. Crookes a trouvé 202,96 comme moyenne de cinq expériences. Werther estime aussi que le poids atomique du thallium est un peu inférieur à

THAL

204, 203,5 ou 203,7. Le nombre 204 est cependant celui qua l'on adopte généralement.

— Phosphure de thallium. Le thallium et le phosphore ne se combinent pas lorsqu'on les fond ensemble. Le phosphure de thallinm ne se forme pas non plus lorsqu'on chauffe le phosphate de ce .métal avec du charbon ou dans un courant d'hydrogène.

Les solutions des sels thallieux n'agissent pa3 sur le phosphore; dans la solution de l'hydrate thallieux, le phosphore se recouvre d'un dépôt noir qui prend un éclat métallique lorsqu'on le chauffe, et qui se dissout peu dans l'acide chlorhydrique étendu (ce dépôt est-il formé de thallium métallique?). Lorsqu'on chauffe le thallium avec une solution d'hydrate thallieux dans un tube scellé à la lampe, il se dégage un peu de phosphure d'hydrogène et il se sépare une masse noire pendant que de petits cristaux blanchâtres se déposent sur les parois du tube et que de l'acide phosphorique reste en solution.

On obtient du phosphure de thallium sous la forme d'un précipité pulvérulent, noir, insoluble, permanent a 1 air à la température ordinaire, en faisant passer un courant de gaz hydrogène phosphore k travers une solution de sulfate thallieux.

— SÉLÉNiURU de thallium Tl^Se. On l'obtient sous la forme d'une masse noire grisâtre en fondant ensemble les deux âlémems en proportion équivalente. On l'obtient encore en faisant passer un courant de guz sélénhydrique à travers une solution de carbonate thallieux; il prend alors la forme de lamelles grises, brillantes, qui noircissent par la dessiccation. 11 fond k 340° et dégage du gaz sélénhydrique lorsqu'on le traite par l'acide sulfurique ou par l'acide chlorhydrique.

Leséléiiiure obtenu pur la fusion des deux éléments est facilement fusible. Solide, il est dur, cassant, vésiculaire comme une scorie et change de couleur k l'air. L'eau ne l'attaque pas; il ne paraît pas se produire de trisélénide par la voie sèche.

— Sulkures ce thallium. Le thallium forme un monosulfure, un trisulfure et un .sulfure intermédiaire. Le monosulfure Tlî$ se forme lorsqu'on précipite la solution d'un sel neutre de thallium au minimum par l'hydrogène sulfuré ou le sulfure ammonique.

On l'obtient aussi en chauffant dans un fourneau à vent un mélange de 204 parties de thallium et de 16 parties de soufre. 11 apparaît dans ce cas sous la forme d'une masse noire, brillante, cassante, k structure cristalline. Préparé par voie humide, il forme des flocons denses de couleur grisâtre ou noir brunâtre; il s'oxyde à l'air et doit, par conséquent, être lavé à l'eau chargée d'acide suifhydrique; il se dissout facilement dans l'acide sulfurique ou l'acide azotique, mais il est insoluble dans le cyanure potassique et dans le sulfure ammonique. Une solution chaude, et pas trop étendue, de sulfate thallieux, acidulée par des traces d'acide sulfurique , donne, par l'acide sulfhydrique , des lames brillantes de sulfure de thallium pur d'un bleu noir. Au microscope, ces laines apparaissent comme formées de tétraèdres; elles sont plus stables que le sulfure amorphe. Les sels thalliques paraissent se réduire à l'état de sulfure thallieux lorsqu'on les fait bouillir avec du sulfure d'ammonium. Le sulfure de thallium projeté dans du cyanure potassique en fusion est réduit à l'état de sulfure formant alors une masse caSsanle d'aspect métallique, qui présente l'éclat de la plombagine et qui fond plus facilement que le thallium métallique. Le trisulfure de thallium Ti^S^ prend naissance lorsqu'on fond 2 atomes de thallium avec plus de 3 atomes de soufre et qu'on chauffe de manière à volatiliser l'excès de soufre à l'abri du contact de l'air. Il est noir, facilement fusible, mou et visqueux à la température ordinaire de l'été; au-dessous de 12», il devient cassant et présente alors uno cassure vitreuse; l'acide sulfurique étendu l'attaque k chaud sans donner lieu à aucun dépôt de soufre ; il n'abandonne pas non plus de soufre kl'anhydrosultide sulfocarbonique. Fondu avec le monosulfure, il donne naissance ii un sulfure intermédiaire qui cristallise en prismes gris noir. On obtient également des sulfures intermédiaires de thallium de composition variable en précipitant par le sulfure d'ammonium le soi-disant sesquichlorure ou en fondant 2 atomes de thallium avec plus de 1 et moins de 2 atomes de soufre. Ces deux sulfures répondent à la composition Tl*S,TiaS3 et (TOS)* (TlâS3}3. Ils n'abandonnent ni l'un ni l'autre aucune trace de soufre ou bisulfure de carbone ; mais ils abandonnent une partie de leur soufre (et il en est de même du trisulfure) lorsqu'on les chauffe dans un tube de verre ouvert. Tous les sulfures de thallium se décomposent avec incandescence lorsqu'on les chauffe dans un courant d'hydrogène.

— Sulfarsénite de thallium . C'est un précipité jaune rougeàtre, qui prend naissance lorsqu'on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré à travers la dissolution neutre ou acide d'un sel thallieux mélangé d'acide arséoieux, ou lorsque la solution ammoniacale de sulfure d'arsenic eat mélangée avec lu solution également ammoniacale d'un sel thallieux ; sa composition est T12S,ASSS». Un précipité semblable se forme lorsqu'on dirige uu courant d'acide sulfhydrique à travers Ou

THAL

chlorure de thallium brut préparé avec les poussières arsenicales des cheminées de l'ours k pyrites, ou à travers l'extrait aqueux brut des mêmes poussières. Quand on traite par l'acide sulfhydrique une solution renfermant de l'acide arsénieux et du sulfate thallieux dans les proportions voulues pour former le sulfarsénite, la totalité de l'arsenic se précipite: mais une portion du thallium demeure en solution, même si l'arsenic est en excès considérable au début. Si l'on filtre, qu'on ajoute une nouvelle quantité d'acide arsénieux et qu'on recommence à faire passer de l'acide Sulfhydrique, il se forme un nouveau précipité qui renferme encore du thallium, et si l'on répète l'opération un nombre de fois suffisant on Unit par précipiter la totalité du métal. Tous ces précipités successifs possèdent la même couleur.

— Verre de thallium. Le corps ainsi nommé est une espèce de cristal fiint-glass dans lequel on fait entrer du thallium, soit à la place du plomb, soit à la place du potassium. Ce verre est fort dense et présente un pouvoir réfringent considérable. En fondant ensemble 300 parties de sable, 200 parties de minium et 333 parties de carbonate thallieux, on obtient un verre parfaitement homogène qui présente une agréable teinte jaune et qui est très-brillant. La densité de ce verre est de 4,23 et son indicede réfraction (pour le rayon jaune)' de 1,71. Il est donc plus dense et plus réfringent que toutes les espèces de verre connues jusqu'à présent. En changeant la proportion du thallium, on obtient des verres dont la densité varie entre 4,235 et 5,025 et dont les indices de réfraction varient entre 1,71 et 1,365.

Pour compléter l'étude du thallium, v. les

mots THALLIATE, THALLIEUX, THALLtQUE, THAL- L1UM-DKNZAMIDB, THALLIUM-ALCOOI., THALLIUM- THIAMINE. '

THALLIUM -ALCOOL s. m. Chim. Nom donné k des composés qui résultent de l'action du thallium sur les divers alcools, et qui sont analogues aux produits qui se forment dans les mêmes conditions avec les métaux alcalins, il On les appelle aussi alcools thallicjuks.

— Encycl. Les thallium- alcools ou alcools thalliques sont des corps analogues à l'éthylate de potassium ou de sodium, corps qui prennent naissance dans l'action des divers alcools sur le thallium.

• — AMYLATB DE THALLIUM

CSHU [

Tl'

Il se produit, mais très-lentement, par l'action du thallium sur l'alcool ainylique. L'action est facilitée par la chaleur. Le mieux pour le préparer consiste à mélanger des quantités équivalentes d'éthylate de thallium et d'alcool atnylique et à porter le mélange k la température de 140° ou 150°. Il distille d'abord de l'alcool ordinaire , puis l'excès d'alcool amylique, et l'amylate thallieux reste sous la forme d'une huile lourde, qui rappelle l'alcool amylique par son odeur, dont la densité est de 2,465 k 2,518; son indice de réfraction pour la ligne B est de 1,572 k 20». Il ne se solidifie pas k 20°. L'alcool amyliquo le dissout aisément, l'ulcool éthylique plus facilement; avec l'éther et le chloroforme, il s,e comporte comme l'éthylate de thallium. Chauffé, il donne de l'hydrogène, puis de l'alcool amylique, et laisse uu mélange de carbonate et de valérate thallieux et de thallium métallique. Il se décompose aussi, mais moins promptement, au contact de l'air ou de l'eau. U brûle avec une flamme blanche modérément lumineuse.

— Ethylate de thallium

C«H6j0 Tl' j °-

Ce corps se produit, en même temps que de l'hydrogène se dégage, lorsqu'on chauffe k 100°, dans des tubes scellés à ta lampe, du i.hallium'et de l'alcool ordinaire. Lamy préfère le préparer en suspendant des plaques minces de thallium dans une cloche placée sur une capsule dans laquelle se trouve de l'alcool absolu et en faisant passer sous la cloche un courant de gaz oxygène pur exempt d'anhydride carbonique et de vapeur d'eau. En vingt-quatre heures, le thallium est entièrement converti en éthylate k la température de 20o-25°, en même temps qu'il se forme de l'eau; l'éthylate se réunit dans la capsule. On chauffe le produit k 100° pour lu débarrasser de l'excès d'alcool, et il reste une huile d'une densité de 3,480 a 3,553 qui, après le mercure, est le liquide le plus lourd que l'on connaisse. Sou coefficient de dilatation entre 0° et 100° est 0,072. A — 30, il su solidifie en diminuant beaucoup de volume. Lorsqu'on le soumet k une chaleur prolongée ou lorsqu'on l'abandonne dans le vide, il se décompose en partie, brunit, croît en densité jusqu'à 3,685 et ne se solidifie plus qu'à une température inférieure k celle où il se solidifiait d'abord. Au point de vue de ses" pouvoirs réfringent et dispersif, il dépasse tous les autres liquides connus jusqu'à ce jour, même le sulfure de carbone.

L'éthylate de thallium se dissout dans 5 parties environ d'alcool absolu; si l'alcool n'est pas tout k fait anhydre, il se dépose de l'hydrate thallieux blanc. C'est donc uu ex-

THxVL

cellent réactif pour juger si l'alcool est ou non absolu. Avec l'éther pur, exempt d'air, il forme une solution claire; si l'éther contient de l'eau, le liquide devient aussitôt jaunâtre ou brun et laisse déposer de l'hydrate thallieux en cristaux rayonnes qui brunissent peu k peu. Cette réaction est assez délicate pour qu'on l'utilise comme moyen de juger de la pureté de l'éther. L'éthylate de thallium se dissout aussi facilement dans le chloroforme ; mais la solution se trouble vite et abandonne des cristaux de prqtochlorure de thallium en même temps qu'une substance qui colore ce sel en rouge foncé et qui est très-sensible à la lumière ; le liquide devient très-acide et renferme un sel de l'acide formique.

Sous l'influence de la chaleur, l'éthylate de thallium donne un peu d'hydrogène à 130° et un dégagement régulier de ce gaz entre 170° et 180°; il distille en même temps de l'alcool; il se dépose du thallium en petites lames brillantes, et il reste un résidu fort alcalin contenant du carbonate et de l'acétate thallieux. Au-dessus de 200°, il se dégage de l'oxyde de carbone et de l'anhydride carbonique, ainsi que de petites quantités d'acide acétique et d'acétone. A l'air humide, et plus rapidement encore au contact de l'eau, l'éthylate de thallium se décompose en alcool et hydrate thallieux. Lorsqu'on l'abandonne sous une couche d'alcool absolu, les parois du vase qui le contient se recouvrent peu k peu d'une couche d'oxyde noir de thallium. Si on l'enflamme en le portant dans la flamme d'une bougie, il brûle avec une flamme verte peu lumineuse et laisse un résidu d'oxyde noir de thallium et de thallium métallique. Le potassium et le sodium en séparent trèsvite du thallium; mais il n'est décomposé ni par le zinc, ni par le fer, ni par le plomb, et cela se comprend, puisque ces derniers métaux, ne formant pas d'éthylate, ne peuvent se substituer uu thallium dans cette classe de composés ; il n'est pas décomposé non plus, par le courant voltaïque. Les acides chlorhydrique et sulfurique le convertissent en un sel thallieux et en alcool. L'anhydride carbonique sec se combine directement avec ce corps en donnant naissance k un corps blanc solide, que la chaleur réduit en métal libre et en produits empyreumatiques. Lorsqu'on mêle brusquement l'éthylate de thallium avec le disulfure de carbone, il se produit une réaction violente qui donne lieu k la formation d'un corps noir sulfuré. Si, au contraire, on introduit le thallium goutte k goutte dans un excès de sulfure de carbone, il se produit une masse volumineuse, jaunâtre, qui présente l'aspect de la gélatine.

— Méthylate de thallium CH3

CHiiT10 =

Tl

Ce corps se forme, en petite quantité seulement, par la méthode que nous venons de décrire comme fournissant le composé éthylique; mais on l'obtient facilement en soumettant l'éthylate ou l'amylate correspondant k l'action d'un excès d'alcool méthylique. Il se produit une élévation considérable de température, et le méthylate de thallium se dépose sous la forme d'une substance blanche qui, fondue et refroidie ensuite sous l'excès d'alcool méthylique, est susceptible de cristalliser en prismes obliques épais. Pressé fortement entre du papier Joseph et desséché dans le vide en présence de quelques morceaux de sodium, il constitue une masse blanche et solide altérable au contact de l'air. Ce corps est environ cinq fois aussi lourd que l'eau. Il est peu soluble dans l'alcool méthylique et dans l'éther, un peu plus soluble dans le chloroforme ; chauffé, il dégage de grandes quantités d'anhydride carbonique en même temps qua de l'hydrogène et des vapeurs d'alcool méthylique. 11 peut prendre feu et brûle alors aveu une flamme fortement teintée de vert.

THALLIDM-BENZAMIDEs. f. Chim. Nom donné à un composé qui dérive de la benzamide par la substitution d'un atome de thallium k un atome d'hydrogène.

— Encycl. La thallium-benzamide

CWTlAzO = C6H5,CO,AzHTl

représente de la benzamide C6H5,CO,AzH2 où un atome d'hydrogène du groupe AzH2 est remplacé parle thallium, fonctionnant ici comme monoatomique. C'est une monamide secondaire métallique. Pour préparer ce corps ou dissout un excès de benzamide dans une solution chaude de protoxyde de thallium. Par le refroidissement, l'excès de la benzamide se dépose en cristaux. On filtre et l'on ajoute à la liqueur un grand excès d'alcool absolu. La thallium-benzamide se sépare alors eu fines aiguilles solubles avec réaction alcaline dans l'eau froide et dans l'eau chaude. Elle fond sans se décomposer. Chauffée modérément, elle se fonce en couleur et, k une température plus élevée , elle dégsige des vapeurs blanches et inflammables qui brûlent avec une flamme verdâtre et fuligineuse. .^ i la chaleur rouge, elle se décompose entière- j ment en laissant un résidu d'oxyde de thallium fondu. L'acide chlorhydrique ajouté k sa solution aqueuse en précipité un mélange de protochlorure de thallium et de benzamide.

THALLIUM-TRIAMINE 3. f. Chim. Am-

TIIAM

moniaque composée triatomique, dans laquelle 3 atomes d'hydrogène sont remplacés par du thallium triatomique qui soude ensemble les trois atomes d'azote.

— Encycl. La thallium- triamine , T]tr, Az3 H3 JH3

est une triamine métallique qui résulte de la substitution de 1 atonie de thallium triatomique Tl''' à 3 atomes d'hydrogène dans une triple molécule d'ammoniaque

Az3 ] HS |H»

que l'atome de thallium soude ainsi en une molécule unique.

La thallium- triamine prend naissance, k l'état de chlorhydrate Az3Tl'"H0,3HCI, lorsqu'on dissout 1 oxyde thallique dans le sel ammoniac k la température de l'ébuliition. La solution concentrée chaude donne par l'ammoniaque ce chlorhydrate sous la forme d'un précipité blanc et lourd que l'eau décompose en oxyde thallique et sel ammoniac, d'après l'équation

2(Az3Tl'"H6,3HCl) + 3IISO Chlorhydrate Eau.

de thallium-triamine.

= T1203 + 6AzH*Cl.

Sesqtiio- Sel

xyde da ammoniac.

thallium.

Chauffé dans un tube scellé, le même chlorhydrate se résout en ammoniaque, se! ammoniac et chlorure de thallium, Tl^CI3 probablement. Sa solution dans l'acide chlorhydrique fournit des cristaux cubiques ou 00taêdriques du sel double (AzH4Cl)3,TlCR

THALLIURE s. m. (tal-li-u-re — du gr.

thallos, feuille; Oîira.'queue). Ichthyo!. Genre de poissons, de la famille des labroïdes.

THALLODIQUE adj. (tal-lo-di-ke — rad.

thalle). Bot. Qui appartient, qui a rapport au thalle, il Peu usité.

THALLOPHORE s. m. (tal-lo-fo-re — gr.

thallophoros ; de thallos, branche; phoros, qui porte), Antiq. gr. Vieillard qui portait des branches d'olivier dans les panathénées.

THALOTIE s. f. (ta-lo-sl — du gr. thallos, feuille; ous, ôtos, oreille). Mo!!. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, du groupe des troques.

THALPOPHILE s. m. (tal-po-fl-le — du gr. thalpos , chaleur; philos, qui aime). Kiitom. Genre d'insectes coléoptères hétéromères, de la famille des mélasotnes, tribu des tentyrites, formé aux dépens des akis, et dont l'espèce type habite le Sénégal.

— s. f. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuides.

THALWEG S. m. (tal-vègh — de l'allem.

thaï, vallée ; weg, chemin). Géogr. Ligne que décrit le fond d'une vallée, et suivant laquelle se dirigent les eaux courantes : Le canal maritime se dirige à l'est de la ville, en faisant une courbe, et suit le thalweg de la vallée jusqu'à ce qu'elle joigne les tacs. (L. Figuier.)

THALWE1L, village de Suisse, canton de Zurich, près du bord occidental du lac de ce nom, sur une hauteur d'où l'on jouit d'une vue délicieuse; 1,500 hab. Fabriques de cotonnades; beaux vignobles aux environs.

THALYSIES s. f. pi. (ta-li-zî — du gr. thalusia; de thallos, rameau). Antiq. gr. Fête grecque qui se célébrait en automne.

— Encycl. Les thalysies se célébraient après la récolte, en remerctment de la protection des dieux et de la fécondité de la terre. Le mot thalusia signifiait, en grec, les prémices des fruits récoltés, et le pain fait avec les prémices du blé s'appelait pain thalysien. Suivant quelques-uns, cette fête était célébrée en 1 honneur de Déméter, de Dionysos et de Poséidon; suivant d'autres, en l'honneur seulement de la déesse qui présidait k l'agriculture et du dieu des raisins, c'est-àdire en l'honneur de Déméter et de Dionysos. Une opinion, qui n'est pas moins répandue parmi les érudits, fait des thalysies une fêle en l'honneur de la seule Déméter. Cette opinion est fondée sur la septième idylle de Théocrite et sur les commentaires dont elle a été accompagnée par les grammairiens de l'antiquité. Si l'on se range à cet avis, il faut prendre garde de ne pas confondre les thalysies avec les thesmophories, qui étaient aussi une fête de Démêtêr, mais bieD plus importante, et célébrée au. mois de pyanepsion (novembre), quelque temps après les thalysies.

THAMAIt, mère de Phares et de Zara, personnages qui figurent dans la généalogie de Jésus-Christ. 11 est question d'elle dans la Genèse, et voici un extrait du chapitre qui la concerne : ■ En ce temps-là, Juda, quatrième fils de Jacob et de Lia, alla en Chanaan, et ayant vu la fille d'un Chananéen nommé Sue, il la prit pour sa femme, entra dans elle et en eut trois fils nommés Her, Ouan et Sela. Il maria son premier -né, Her, k une Chananéenne nommée Thamar. Her mourut sans laisser d'enfants. Juda dit alors k Onan, son second fils : « Prends pour femme la veuve

THAM

• de ton frère, entre dans elle et féconde la » semence de ton frère. • Mais Onan, sachant que les enfants qu'il ferait ne seraient point à lui, mais seraient réputés être les enfants de son frère, en entrant dans sa femme (ou chez sa' femme), répandait sa semence par terre ; c'est pourquoi le Seigneur lui ôta la vie. Et Juda dit à Thamar, sa bru : « Va-t'en ; » reste veuve dans la maison de ion père

• jusqu'à ce que mon troisième fils, Sela, soit » en âge. » Elle s'en alla doue et habita chez son père.

» Or, Juda étant allé voir tondre ses brebis, Thamar prit un voile et s'assit sur un chemin fourchu par lequel elle savait que Juda devait passer. Celui-ci crut que c'était une fille de joie , car elle avait voilé son visage, et s'approehiuit d'elle, il lui dit : « 11 faut que je

• couche avec toi ; » car il ne savait pas que c'était sa bru; et elle lui dit : < Que me ■ donaeras-tu pour coucher avec moi? — Je » t'enverrai, dit-il, un chevreau de mon trou- « peau. » Elle répliqua : ■ Je ferai ce que tu > voudras, mais donne-moi des gages. — Que » me demandes-tu pour gages?» dit Juda. Thamar répliqua : « Donne-moi ton anneau, » ton bracelet et ton bâton. »■ Il n'y eut que ce co't entre Juda et Thamar; elle devint grosse sur-le-champ, et, ayant quitté son voile, elle reprit son habit de veuve.

• Juda envoya par son valet le chevreau promis pour reprendre sas gages. Le valet ne trouvant point la femme demanda aux habitants du lieu où était cette lille de joie qu'il avait rencontrée assise sur le chemin fourchu ; ils répondirent tous : « Il n'y a » point de prostituées en ce lieu. » Juda dit :

• Eh bien! qu'elle garde mes gages; elle ne » pourra pas au moins m'accuser do n'avoir » pas voulu la payer. i

» Or, trois mois après, on vint dire à Juda : « Ta bru, Thamar, a forniqué, car son ventre

• commence a grossir. > Juda dit : « Qu'on « l'aille chercher au plus vite et qu'on la » brûle. • Comme on la conduisait au supplice, elle renvoya a Juda son anneau, son bracelet et son bâton, disant: « Celui à qui » cela appartient m'a rendue grosse. » Juda ayant reconnu ses gages dit : « Elle est plus » juste que moi. •

Thamar ne fut point brûlée et bientôt api es elle mettait au monde deux jumeaux, Phares et Zaru.

Voltaire, dans ses Commentaires sur ta Genèse, fait à propos de ce singulier épisode biblique quelques réflexions très-judicieuses :

« Le Seigneur, dit-il, a beau déi'endro à ses patriarches de prendre des filles chananéennes, ils en prennent souvent ; Juda, après la mort de son fils aîné Her, donne la veuve a son second fils Onan, afin que Ouan lui fasse des enfants qui hériteront du mort. Cette coutume n'était pas encore établie dans la race d'Abraham et d'isaac, et l'auteur sacré parle par anticipation... Les commentateurs prétendent que cette Thamar fut bien maltraitée par ses deux maris ; que Her, le premier, la traitait en sodomite, et que le second ne voulait jamais consommer i'acte du mariage dans le vase convenable, mais répandait sa semence à terre. Le texte ne dit pas positiveinentque Her traitait sa femme h la manière des sodomites; mais il se sert de la même expression qui est employée pour désiguer le crime de Sodome. A l'égard du péché d'Onau, il est expressément énoncé.

» C'est une chose singulière que Thamar, ayant été si fort maltraitée par les deux enfants de Juda, veuille ensuite coucher avec le père, sous prétexte qu'il ne lui a pas donné sou troisième lils, Sela, qui n'était pas encore en âge. Elle prend un voile pour se déguiser eu tille de joie. Mais, au contraire, le voileétait et fut toujours le vêtement des honnêtes femmes. Il est vrai que dans les grandes villes, où la débauche est fort connue, les lillos de joie vont attendre les passants dans les petites rues, comme à, Londres, à Paris, a Rome, à Venise. Mais il n'est pas. vraisemblable que le rendez- vous des tilles de joie, dans le misérable' pays de Chanaan, fût à la campagne dans un chemin fourchu.

» Il est bien étrange qu'un patriarche couche en plein jour avec une tille de joie sur le grand chemin et s'expose à être pris sur le lait par tous les paysans.

» Le comble de l'impossibilité est que Juda, étranger dans Cliacuan et n'ayant pas la moindre possession, ordonne qu on brûle sa belle-fille dès qu'il sait qu'elle est grosse ; et que sur-le-champ on prépare un bûcher, comme s'il était le juge et le maître du pays.

» Cette histoire a quelque rapport avec celle de Thyeste, qui, rencontrant sa lille Pélopèe, coucha avec elle sans la connaître. Les critiques disent que les Juifs écrivirent très-tard et qu'ils copièrent beaucoup d'histoires grecques qui avaient cours dans toute l'Asie Mineure. Josèphe et Philon avouent que les livres juifs n'étaient connus de personne et que les livres grecs étaient connus de tout le monde. »

Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de singulier dans i'aveuture de Thamar, c'est que Jésus- Christ naquit, dans la suite des temps, de l'inceste du patriarche Juda, Mais le révérend père dom Calmet se montre moins incrédule et moins raisonneur que Voltaire. Arrivé à cet épisode scabreux, il prend bravement son parti et se contente de dire naïvement : « Le Saint-Esprit a permis que

THAM

l'histoire de Thamar, de Rahab, de Ruth et de Bethsabée se trouve mêlée dans la généalogie de Jésus-Christ. »

Thamar et Juda OU Rencontre de Tbamar

c» de Juda, tableau d'Horace Vernet. V. rencontre.

L'histoire de Thamar et de Juda a été retracée par plusieurs artistes, notamment par H. Holbein (gravé par W. Hollar), Martin van Heemskerk (deux compositions gravées par Hermann Muller), Gio.-B. Pittoni (gravé par F. Berardi), P. Hastmann (eau-forte), L. Gassel (tableau daté de 1548, au musée du Belvédère). L'histoire de Thamar et d'Amnon (v. ci-dessous) a été traitée par Aidegrever dans une série de sept planches gravées sur cuivre (1540). Melchior Lorch areproduit, dans une estampe datée de 1548, la scène à' Amnon faisant violence à Thamar. Une planche de H. Hondius représente Thamar en costume de courtisane. Citons enfin un tableau de Jacques Bassan, la Justification de Thamar, qui appartient au musée du Belvédère.

THAMAR, fille de David et de Maacha, violée par son frère Amnon, et vengée de cet outrage par son autre frère Absalon vois l'an 1032 av. J.-C.

Voici la page de la Bible (Rois, liv. II, ch. xin, verset 1) où est raconté ce scandaleux épisode :

«Amnon, fils de David, aima sa scournppclée Thamar, sœur aussi d'Absalon, fils de David ; et il l'aima si fort qu'il en fut malade; car, comme elle était vierge, il était difficile qu'il fit rien de malhonnête avec elle... Or, Amnon avait un ami fort prudent, qui s'appelait Jonadab, et qui était propre neveu de David, Et Jonadab dit à Amnon : ■ Pourquoi » maigris-tu, lils du roi? que ne m'en dis-tu la » cause? » Amnon lui dit : » C'est que j'aime » ma sœur Thamar, sœur de mère de mon » frère Absalon. »

» Jonadab lui ayant donné conseil.., et Thamar étant venue chez son frère Amnon qui était couché dans son lit..., Amnon se saisit d'elle et lui dit : ■ Viens, couche avec » moi, ma sœur. » Elle lui répondit ; « Non, » mon frère, ne me violente pas, cela n'est » pus permis dans Israël ; ne me fais pas de « sottises ; car je ne pourrais supporter cet » opprobre, et tu passerais pour un fou dans

• Israël... Demande -moi plutôt au roi en » mariage, et il ne refusera pas de me don- » ner à toi. » Amnon ne voulut point se rendre à ses prières; étant plus fort qu'elle, il la renversa et coucha avec elle; et ensuite il conçut pour elle une si grande haine que sa haine était plus grande que ne l'avait été son amour; et il lui dit : « Leve-toi et va-t'en. « Thamar lui dit : ■ Le mal que tu me fais à » présent est encore plus fort que le mal que » tu m'as fait. « Mais Amnon ayant appelé un valet lui dit : « Chasse de ma chambre cette » fille et ferme la porte sur elle... »

■ Absalon, fils de David, ne parla à son frère Amnon de cet outrage ni en bien ni en mal ; mais il le haïssait beaucoup parue

3u'il avait violé sa sœur Thamar... Et il onna ordre à ses valets que, dès qu'ils verraient Amnon pris de vin dans un festin, ils l'assassinassent en gens de cœur... Les valets tirent à Amnon ce qu' Absalon leur avait commandé, et aussitôt tous les enfants du roi s'enfuirent chacun sur sa mule. »

Voltaire, cet esprit droit et judicieux, plein h lu fois d'ironie et de bon sens, a fait suivre cet épisode de quelques commentaires : « L'histoire profane, dit-il, rapporte des incestes qui ont quelque ressemblance avec celui d'Amnon ; et il n'est pas présumubia que les uns aient été copiés par les autres ; car, après tout, de pareilles iinpudicités n'ont été que trop communes chez toutes les nations. Mais ce qu'il y a ici d'étrange, c'est qu'Amnon confie sa passion criminelle à son cousin germain Jonadab. Il fallait que la famille do David fût bien dissolue pour qu'un de ses fils, qui devait avoir tant de concubines à son service, voulût absolument jouir de sa propre sœur, et que son cousin germain lui en facilitât les moyens,

■ Ce qu'il y a de plus étrange encore, c'est que Thamar dit à son frère : « Demande-moi

• en mariage. » Le Lévitigue défend expressément (au eh. xvhi) de révéler la turpitude de sa sœur. Mais quelques juifs prétendent qu'il était permis d'épouser la sœur de père, et non pas de mère. C'était tout le contraire chez les Athéniens et chez les Egyptiens ; il en fut, dit-on, de même chez les' Perses.

» C'est une grande impureté de coucher avec sa sœur, c est une extrême brutalité de la renvoyer ensuite a\vec outrage ; mais c'est sans doute un crime encore beaucoup plus grand d'assassiner son frère dans un festin. 11 est triste de ne voir que des forfaits dans toute l'histoire de Saul et de David, ■

Thmuar, tableau de M. Cabanel ; Salon de 1875. Thamar a été outragée par son frère Amnon. t Alors, dit la Bible, la fille de David ayant déchiré sa robe s'en alla, tenant sa tête couverte des deux mains, chez son frère Absalon, où elle demeura séchant d'ennui et de douleur. Absalon conçut contre Amnon une grande haine de ce qu'il avait outragé sa sœur Thamar. » Telle est l'anecdote que M. Cabanel a voulu retracer. Thamar, vêtue d'une simple jupe violette brochée d'or, lé torse nu, la chevelure dénouée, pleure a demi

THAM

couchée sûr les genoux de son frère. Celui-ci, assis sur un divan bleu, près d'une fenêtre ouverte entre deux colonnes, tend vers cette fenêtre son poing crispé et roule des yeux terribles; il est vêtu d'une tunique blanche brodée d'or, avec une draperie rouge sur l'épaule, et est coiffé d'un turban vert et rouge. Une négresse, debout et le visage tourné contre la muraille, semble partagerle désespoir de sa maîtresse.

Ce tableau, un des plus importants qu'ait exécutés M. Cabanel, a été l'objet de critiques assez vives. • Après avoir longtemps regardé d'assez haut les fantaisies et les paillettes, voilà M. Cabanel qui sacrifie, tout comme un autre, aux faux dieux de la mode. Il a fait invasion dans le domaine des Alma- Tadema, des Vollon et des Regnault. Il n'y détrônera personne, et il demeurera atteint et convaincu d'avoir faussé la vérité historique en étalant une architecture, une archéologie et une bimbeloterie que personne ne s'attendait à voir ici. » Ainsi s'est exprimé M. About. Un autre critique, M. Chaumelin, a raillé, dans les ternies suivants, la tentative de M. Cabanel : « M. le professeur Cabanel vient d'éprouver un grand trouble dans .ses facultés artistiques. Il avait remarqué depuis quelque temps que ses œuvres, si sagement composées, faisaient bâiller le public, tandis que les fantaisies orientales, fortement coloriées, de quelques-uns de ses élèves obtenaient une vogue croissante. Il a cherché le secret de celte injuste préférenbe et a cru le découvrir dans le goût du public pour les morceaux 'd'une exécution turbulente et d'un caractère... décolleté. Bien décidé à violenter la renommée, qui semblait vouloir lui retirer pour toujours ses faveurs, il a jeté un beau jour sa gravité professorale par-dessus les moulins et s'est lancé à corps perdu dans le sentier où fleurit l'outre-mer... Comme tous les gens qui se dérangent une fois par hasard, M. le professeur Cabanel a tenu à faire bien les choses; il ne s'est refusé aucune des voluptés qu'il s'était promises; il a entassé les coussins sur les divans, les chairs blanches sur les chairs brunes; il a dénoué les chevelures des sultanes; il a fripé les étoffes brochées d'or; il a joué avec les bracelets et les anneaux enrichis de pierres précieuses; il a distribué autour de lui les tons les plus incendiaires, les rouges, les bleus, les jaunes, les violets... Vous pouvez voir au Salon le produit de cette goguette professorale; l'auteur l'a baptisé Thamar. Tintamarre eût été plus juste. » Il y a, toutefois, des parties peintes avec une réelle vigueur et une grande science; le raccourci du bras d'Absalon est magistralement accusé, et le torse bronzé de la négresse est d'un fort beau ton.

THAMAR, reine de Géorgie, dans la seconde moitié du xw siècle, morte en 1212. Pille aînée de Georges III, roi de Géorgie, elle succéda à son père vers 1184. Devenue reine, elle épousa un prince russe, Georges, fils d'André Bogolubskoï, que son oncle Usvolod avait relégué dans le Kuptchak, après l'avoir dépouillé de ses Etats. Au commencement de son règne, ce prince russe se distingua à la tête des armées géorgiennes ; mais bientôt il se livra ù la débauche la plus effrénée et les nobles résolurent de casser soii inuriage; Thamur y consentit. Néanmoins, en congédiant son époux, elle lui fit de riches présents. 11 se retira sur les bords de la mer Noire, d'où il passa à Constantinople. La jeune reine, devenue libre, prit pour second mari David Janslau ou Soslau, prince héritier du pays d'Ouseti, au nord de la Géorgie. Georges, excité par ses compagnons,-s'opposa a ce second mariage, et, comme la reine avait passé outre, il aborda dans l'Imérétie, se fit des partisans, forma Une armée et marcha sur Titiis. Thamar se mit elle-même à la tête de ses troupes, alla au-devant de celui qu'elle avait chassé du trône et le battit deux fois. Elle le laissa pourtant sortir de ses Etats et même lui accorda une escorte.

Thamar fit aussi la guerre à quelques-uns de ses voisins et recula les frontières de ses Etats à leurs dépens. Ses conquêtes iui valurent le surnom de Mep'iie, ou roi, et elle fut mise par ses sujets au rang des plus illustres monarques de Géorgie, Vakhtang Geourgnsslan et David le Réparateur. Thamar n'était pas seulement entreprenante et hardie, sachant conduire une armée au combat; elle aimait aussi les choses de l'esprit et savait les apprécier. C'est sous son règne que l'on fixe l'époque la plus brillante de la littérature géorgienne.

Elle eut pour successeur Georges IV. né de son second mariage avec David Janslau, et qui fut surnommé Lareba. t

THAftUSP 1er et II, rois de Perse. V.Thah-

MASP.

TIIAMASP-KOOU-KIIAN, roi de Perse.

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