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coration des boudoirs de Bagatelle. On voit de lui au Louvre un Portrait de vieille femme (1777).
THÉiULON (Marie-Emmanuel-Guillaume), auteur dramatique français, né à Aigues- Mortes en 1787, mort à Paris en 1841. Il a signé une foule de pièces appartenant pour la plupart au genre du vaudeville, pièces fort gaies d'ordinaire, qui ne sont souvent que des pochades écrites à la hâte, mais où la verve et l'entrain, l'esprit et l'à-propos ne manquent jamais. Son collaborateur le plus assidu a été Armand Danois, avec qui il avait débuté. Les deux amis furent, par excellence, les auteurs royalistes des deux Restaurations. Rendons-leur cette justice qu'ils ne furent pas, comme tant d'autres, des marchands de louanges à tout venant lorsqu'ils célébrèrent en prose et eu vers les événements gros ou petits d'une époque fertile en flatteries de toutes sortes. Les premiers ils uvaient salué au théâtre le retour des Bourbons par une pièce intitulée : les Clefs de Paris ou le Dessert de Henri IV, jouée au Vaudeville le 20 avril 1814. c'est-à-dire treize jours avant l'entrée de Louis XVIII à Paris. Saisissant toutes les occasions propices, ils donnèrent encore : le Roi et la Ligue, opéracomique en deux actes (1815); Charles de France ou Amour et gloire, opéru-cemique en deux actes (1816); le Panorama de Paris ou C'est fête partout, vaudeville en cinq tabîeiiux (1821), etc. Outre ces à-propos, auxquels, il faut joindre Jeanne d'Albret ou le Berceau, un acte en vers, au Théâtre-Français , et Blanche de Provence ou la Cour des fées, en trois actes, donnés k la salle Favart parThéaulon, en collaboration avec MM. Rochefort, Cannodche et de Rancé, à l'occasion du baptême du duc de Bordeaux, notre fécond auteur compta une fouie de rapides et (faciles esquisses où se trouvent reproduits sous une forma plaisante et vive les modes, les travers et les ridicules de l'époque. Dans ce genre, nous citerons la Girafe, à-propos inspiré par l'arrivée au Jardin des Plantes, dans l'été de 1827, de cette bête inconnue et merveilleuse qui mit en mouvement toute la budauderie parisienne et qui servit de marraine à toutes les modes du jour. Doué d'un grand talent, auquel ont manqué l'étude et la réflexion, Théaulon a montré par deux comédies en cinq actes et en vers, l'Artiste ambitieux, ou 1 Adoption (1820) et l'Indiscret (1825), représentées l'une et l'autre à l'Odéon et qui .offrent des scènes excellentes, il a montré, disons-nous, ce qu'il aurait pu faire s'il eût été moins prodigua et moins fécond. Sa facilité de travail lui a nui au moins autant que le décousu de sa vie. C'était d'ailleurs un singulier personnage que Théaulon, un dépensier comme il y en a peu en fait d'esprit et en fait d'argent, un de ces hommes de la famille de Dufresny, que tout l'or de la Californie ne parviendrait pas à protéger contre la détresse. En veut-on la preuve? C'est de Théaulon qu'est le Petit Chaperon rouge, dont le succès énorme promettait une ample moisson pour l'auteur des paroles comme pour le musicien. Théaulon , à qui l'argent coulait des mains aussi facilement qu'il le gagnait, vendit d'avance le poème du Petit chaperon rouge pour 1,500 francs, une fois payés, à Huet, l'acteur de l'Opéra-Comique, qui réalisa sur ce marché plus de 20,000 francs de bénéfice. Ce n'est pas la seule affaire de ce genre que notre homme ait faite; ses droits d'auteur étaient toujours aliénés d'avance à vil prix a des usuriers. Ce n'était pas que Théaulon eût une existence luxueuse, quoiqu'il gagnât beaucoup d'argent, mais il subissait les conséquences de son désordre et parfois aussi des idées folles, des fantaisies nées de la vivacité de sa cervelle méridionale. Un jour l'idée lui prenait d'apprivoiser des renards, ou plutôt de les civiliser. Alors, on voyait notre homme battre le pavé de Paris, 1 air radieux, promenant un de ces animaux désagréables sur son épaule, lui faisant dévorer des corbeilles d'échaudés. Mais la plus excentrique des inventions de ce grand et naïf enfant fut d'entreprendre sur une vaste échelle l'éclosion des œufs de poule par le moyen d'un four, procédé renouvelé de l'antique Egypte. Oubliant drames, comédies et vaudevilles, il loue un hangar au faubourg Saint-Honoré et y fait construire un four; puis, chargeant son bonhomme de père d'être jour et nuit le surveillant de la eouuée, il place une centaine d'œufs dans ce four, chauffé au degré indiqué par la science... Son pauvre père, aussi naïf que lui, obéit. Vingt jours et vingt nuits se passèrent ainsi. Hélas 1 la fatalité voulut que la vingtième nuit l'excellent père dormit une heure de trop... Quand son fils haletant arriva pour récolter les poulets, il ne récolta que des œufs durs. C'est depuis cet incident que l'on dit au théâtre qu une pièce a fait four, quand elle a une chute complète. Théodore Muret raconte qu'ardent et prompt en toutes choses, Théaulon, la mobilité même, devint amoureux une fois parmi bien d'aunes. Pour correspondre avec l'objet de sa flamme, il se mit à publier tout exprès un journal littéraire intitulé l'Apollon, paraissant plus ou moins régulièrement, messager galant qui aurait pu mieux^ncore s'appeler le Mercure et qui portait à' la belle la prose ou les vers dont elle était la mystérieuse héroïne. Ce port de lettres exception-
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nel coûtait assez cher à Théaulon, mais il n'y regardait pas de si près. L'Apollon parut tant que l'imprimeur fut payé ou tant que dura cette flamme éternelle. Dans l'un ou l'autre cas, il n'eut pas une longue existence. Avec de telles habitudes et de tels caprices, on conçoit aisément le désarroi dans lequel devaient se trouver sans cesse les affaires de Théaulon ; mais les embarras de toute nature qui pesaient constamment sur lui ne l'inquiétaient que médiocrement. Pour écrire ses pièces, il allait ordinairement au café de la Rotonde, se plaçait dans un coin, ayant devant lui, sur la table de marbre, une écritoire et uo petit verre, et travaillant sans se préoccuper de ce qui se passait autour de lui. Ses collaborateurs venaient le trouver là plus souvent que chez lui. Théodore Muret, qui a relaté ses rapports d'auteur avec Théaulon, fait observer avec raison qu'il fallait une organisation exceptionnelle pour employer des procédés de composition pareils, « Sa facilité, dit -il, était étonnante; il avait des facultés créatrices sans cesse en activité. Il lui arrivait d'écrire une pièce en deux ou trois jours. On prétend même qu'il en a ébauché en quelques heures. Un ouvrage de lui était refusé ou tombait; il s'en mettait peu en peine, tout charmé des autres idées qui miroitaient à ses yeux et bouillaient dans sa tête. A une répétition, le directeur lui faisait-il une observation , lui proposait-il un changement, Théaulon, qui n'avait pas du tout l'aniour-propre irritable, prenait ie manuscrit pour taire ce qui lui était demandé. Quelquefois, le lendemain, c'était toute une autre pièce qu'il rapportait; une idée en avait amené une autre ; il avait non-seutement moditié, mais changé presque entièrement son édifice en le reprenant par lu rez-de-chaussée, sinon même par la cave. C'était bien chez lui que l'imagination méritait d'être appelée la folle du logis. Dans la foule des conceptions qu'il enfantait, il y en avait d'aimables et piquantes, il y en avait de bizarres et impossibles. Aussi, quoique Théaulon ait fait jouer un très-grand nombre de pièces, deux cent cinquante k trois cents, ce chiffre doit être loin de représenter tout ce qui a jailli de son cerveau et de sa plume. ■ Le même auteur croit, et c'est aussi l'avis des collaborateurs mêmes de Théaulon, que ce dernier aurait pu, en apportant plus d'ordre, plus de réflexion et de maturité dans le travail, occuper une place non moins belle que celle que Scribe a conquise au théâtre. < J'oserai même ajouter, dit-il, que, par certains côtés, Théaulon lui aurait été supérieur. Scribe possédait au plus haut point l'habileté scénique, la sûreté de main, la manière de tirer parti d'un sujet; il mettait en œuvre et assaisonnait si bien une donnée connue qu'il trouvait moyen de se l'approprier et de la faire paraître nouvelle; mais, chez Théaulon , la faculté inventive était certainement plus riche, aussi bien que la faculté poétique, tout à fait absente chez Scribe, il tant l'avouer. L'auteur de Bertrand et Bâton était porté, au contraire, à ramener toute poésie au positif de la prose, et ce n'est pas à lui qu'on reprochera jamais le vol capricieux de la fantaisie, dont il coupait plutôt les ailes. >
Cependant Théaulon se maria; il se maria deux fois. Sa première femme, qui était une demoiselle de Bury, mourut jeune et lui laissa un Aïs qui mourut à l'âge de dix-sept ans. Remarié avec la fille de M1'0 Desmares, actrice du Vaudeville, Théaulon trouva en elle un auge de patience, de douceur et de dévouement. Comme il avaitjeté sa vie ainsi que son talent aux quatre coins de Paris, il était réduit sur la fin de sa carrière et quoique peu âgé à un état de santé déplorable. Heureusement, sa femme possédait en propre un petit avoir; autrement les deruieis jours de Théaulon eussent été livrés au hasard. Pourtant, il avait gagné assez d'argent pour se faire de belles rentes, et, indépendamment de ses ouvrages restés au répertoire, ceux, bien entendu, qu'il .n'avait pas aliénés, il travaillait encore et toujours. On le trouvait constamment le nez sur son papier, car sa vue aussi s'était bien affaiblie, noircissant feuillets sur feuillets d'un barbouillage indéchiffrable qui représentait des scénarios et des pièces. Tout ce qui restait de vie à ce cadavre ambulant, qui avait été un cavalier de bonne mine, s'était concentré dans le cerveau. Devenu aveugle, Théaulon mourut après de longues et cruelles souffrances. Il avait cinquante-quatre ans seulement. Outre les ouvrages que nous avons déjà cités, nous rappellerons de lui les vaudevilles suivants : la Mère au bal et la fille à la maison, Elle et lui, le Bénéficiaire, en cinq actes; Paris à Pékin, le Chiffonnier ou le Philosophe nocturne, en cinq actes, pièce dont le titre a peut-être inspiré le drame de M. Félix Pyat; les Inconvénients de la diligence, les Femmes romantiques, le Père de la débutante, Sans nom, la Comtesse dit Tonneau, M. Jovial ou l'Huissier chansonnier, Un ange au sixième étage, Un page du Bégent, le Sculpteur ou Une vision, Jean, le Marquis de Brunoy, en cinq actes, etc. A l'Opéra-Comique, il a été, pendant un temps, l'un des auteurs les plus heureux. Sans compter le Petit Chaperon rouge, en trois actes, musique de Boieldieu, dont nous avons parlé | plus haut , qu'il nous suffise de citer les | Ilosières, la Clochette, l'un et l'autre en trois
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actes, musique d'Hérold. Il a aussi mis son nom à un gros mélodrame joué par M1'8 Georges et intitulé : la Guerre des servantes (1837). Enfin, notre désir de ne rien -omettre nous fait un devoir de dire que la conception et l'exécution première de Kean, drame signé par Alexandre Dumas, appartiennent à Théaulon en société avec Frédéric deCourcy. Alexandre Dumas sa borna à imprimer son cachet à la pièce; ce cachet, demandé par l'acteur Frederick Lemattre, qui pressentait dans le principal rôle une de ses plus belles créations, était absolument nécessaire, disait-on. Quand il fallut signer, Théaulon et de Courcy consentirent k s'effacer; mais la paternité véritable de l'ouvrage leur appartient.
Tbébnïde (la), poème épique de Stace, composé vers l'an 88 de notre ère. Cette épopée a pour sujet la querelle d'Etéocle et Je Polynice, traité déjà par Eschyle dans les Sept chefs devant Thèbes; elle est dédiée à Domitien. La principale source de Stace a été la Thébaïde d'Antiniaque, qui ne nous est pas parvenue. Le sujet était m'en choisi; la guerre civile entre les fils d'GSdipe offrait une fable vraiment épique, riche en scènes terribles ; mais Stace l'a gâtée en lui donnant une forme historique, ornée seulement d'épisodes et de machines. « Il ne manque pas d'imagination, dit Scholl, d'idées hardies et de sentiments; On le préfère, sous ce rapport, k Valerius Klaccus; mais il ignore l'art sublime d'Homère da donner à chacun de ses héros un caractère individuel. Sa diction n'est pas simple et naturelle pil prend, comme Lucain, l'exagération pour la grandeur et les subtilités pour de l'esprit. Ces défauts sont ceux de son siècle, comme l'est aussi la maxime d'étaler de l'érudition, qui caractérise tous las poètes épiques de cotte période. » Comme les Argonautiques de Valerius Flaccus, la Thébaïde est, en effet, avant tout, une œuvre d'érudition mythologique. « Tous deux, d'après M. Nisard, ont tiré de là toute la substance do leurs poèmes. Ils relèvent par toute la Grèce tous les temples que la guerre ou le temps y ont détruits; ils consacrent de nouveau tous les lieux consacrés ; ils refont les généalogies avec plus de soin que ces généalogistes aux gages des grandes maisons, lesquels recevaient, un salaire pour entasser les quartiers et pour cacher la tète de la famille dans les nuages de la barbarie ; travail immense si l'on considère combien les traditions sont obscures et contradictoires. Evidemment, Valerius Flaccus et Stace croyaient avoir retrouvé la poésie grecque, ayant retrouvé son personnel de dieux et de héros. • Mais ces matériaux mythologiques, Stace est plus habile que Valerius à les disposer, à en tirer parti; mieux que lui aussi, il mécage et gradue l'intérêt de son poème, trouve et prépare les épisodes et saitiondru dans un tout harmonieux les emprunts qu'il fait à ses devanciers. En outre, il a plus de feu dans l'imagination et saisit plus vivement les objets. Quelques-uns de ses caractères ressemblent à une ébauche vigoureusement touchée. Ses descriptions de bataillé ne sont pas inférieures à celles de Silius Italicus. • Quelques-unes, dit M. Nisard, sont remuantes et sans un faux luxe de morts extraordinaires et de blessures ridicules. > Les comparaisons de Stace sont généralement fort belles et valent presque celles de Virgile, sous le patronage duquel il s'était mis, désespérant de l'égaler, modestie bien rare aux époques de décadence. Son principal mérite consiste dans le style, correct et élégant, mais surchargé d'un luxe stérile de fleurs et d'ornements. L'exagération gâte les inventions et l'affectation corrompt le style. Néanmoins, Juvénal nous apprend que toute la ville de Rome était en mouvement pour aller entendre Staca quand il devait réciter ses vers en public, suivant l'usage du temps, et que la lecture de la Thébaïde était une fête pour les Romains. Chaque chant avait coûté une année de travail à l'auteur. L'épisode le plus remarquable est le combat entra Etéocle et Polynice et ce qui précède ou suit ce combat, au XIe chant. La rencontre d'Antigène et d'Argie pendant la nuit, sur le champ de bataille, où elles vont chercher les cadavres de leurs frères pour leur donner la sépulture, est aussi de la plus grande beauté.
Il existe de la Thébaïde un certain nombre de traductions françaises, • mais, dit M. Pierron, Stace traduit n'est plus Stace, et il n'en reste presque rien, une fois sa poésie dépouillée de son rhytnme, de son charme musical et de son élégance. •
Thébaïde (LA) OU les Frère* cuuoiui», tragédie en cinq actes et en vers, de Racine (théâtre du Petit-Bourbon, 20 juin 1664). Œdipe, roi de Thèbes, a ordonné en mourant que ses deux fils Etéocle et Polynice régneraient alternativement chacun pendant un an. Le sort a couronné d'abord Etéocle, et Polynice s'est retiré a la cour du roi d'Argos, dont il a épousé la fille. A la fin de la première année de son rège, Etéocle ne veut point céder le trône à son frère, qui vient, avec des troupes argieunes, pour le lui disputer. Jocaste, mère des deux princes, et Antigone, leur sœur, font tous leurs efforts pour les engager a mettre bas les armes et à se conformer aux dernières volontés d'ffîdipe. Mais les deux frères, nés d'un hymen
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incestueux, ont tant de haine l'un pour l'autre, qu'ils ne peuvent consentir à aucun accord. On consulte les oracles. Ils annoncent que, pour faire cesser les troubles qui désos lent Thèbes, il faut que le dernier prince du sang de ses rois meure. Ménécée, le plus jeune des fils de Créon, frère de Jocaste, croit que ce décret des dieux le concerne, et, voulant rendre le calme à son pays et à sa coupable famille, il se tue au milieu des deux années, en conjurant leurs chefs de se réunir et de vivre en paix. Cependant, l'ambitieux Créon se plaît à entretenir la haine implacable de ses neveux, espérant que, détruits tous les deux l'un par l'autre, ils le laisseront libre possesseur du trône. Il se flatte également de ravir à Hémon, son fils aîné, l'ami de Polynice, le cœur et la main d'Antigone. Mais cette princesse est aussi vertueuse que ses frères sont criminels, et quand elle apprend qu'Héinon est mort en cherchant à séparer Etéocle et Polynice, qui se sont massacrés l'un l'autre, elle se tue elle-même, Antigone n'a pu survivre à la perte de son amant, à celle de sa mère que la fureur des deux princes a forcée à mourir et à celle d'Etéocle et de Polynice. Créon veut se tuer aussi, puisqu'il perd Antigone ; mais son confident Attale l'en empêche. Cependant, il meurt de désespoir, pour la plus grande gloire des oracles, qui ont compris dans la proscription toute ia race de Laïus et celle de Jocaste. Racine composa la plus grande partie de cette pièce durant son séjour à Uzès , lorsqu'il fut à peu près décidé à renoncer au bénéfice que son oncle, le Père Sconin, chanoine régulier de Sainte- Geneviève, avait promis de lui résigner. On raconte des circonstances curieuses sur la manière dont elle fut achevée et représentée. Il y avait alors deux théâtres à Paris, celui de l'hôtel de Bourgogne et celui de Molière, à l'hôtel du Petit-Bourbon. Molière était fâché de voir presque tous les auteurs tragiques porter leurs ouvrages k l'hôtel de Bourgogne. On devait y donner une pièce nouvelle dans deux mois; résolu d'avoir aussi une tragédie pour le même temps et se souvenant d'un jeune homme qui lui avait communiqué un plan de tragédie où il avait découvert (des germes de talent, il le lit chercher. Racine lui montra ce qu'il avait esquissé des Frères ennemis et s'engagea à lui en apporter un acte par semaine. La pièce fut jouée dans le temps que Molière désirait. Cette précipitation fut cause que Racine ne fit pas difriculté d'y insérer d'abord deux beaux récits tirés tout entiers àe\ Antigone de Rotrou, tragédie sur le même sujet; mais lorsqu'il fut question d'imprimer, il y substitua deux morceaux de sa composition. Molière le gratifia d'un présent considérable, et la Thébaïde eut quinze représentations. Le titre de cette pièce occasionna une singulière méprise à l'auteur du Nécrologe de Port-Royal. Cet écrivain crut que Racine avait mis en scène des anachorètes ; « Lié, dit-il, avec les savants solitaires qui habitaient le désert de Port-Royal, cette solitude lui fit produire la Thébaïde, qui lui acquit une très-grande réputation , dans un âge peu avancé. » L'auteur de ce Nécrologe ne se doutait pas que la Thébaïde de Racine fût une tragédie dont les personnages étaient Grecs et païens. « Une tradition constante veut que le sujet de cette pièce ait été donné par Molière à Racine, disent les frères Parfaict. Si cela était vrai, ce serait une obligation que nous aurions de plus à Molière de nous avoir acquis cet admirable génie. « Racine convient dans la préface de cette tragédie qu'on l'engagea a travailler pour le théâtre et que le sujet de la Thébaïde lui fut proposé, mais il ne dit pas que ce fut par Molière : « Voilà, dit Louis Racine en parlant de la Thébaïde dans ses Remarques sur les tragédies de son père, voilà d'où est parti celui qui est arrivé jusqu'à Athalie, et, quelque éloigné qu'il en soit, il en prend le chemin, parce qu'il prend le bon chemin. La Thébaïde, malgré ses défauts, est le coup d'essai d'un génie qui donne de grandes espérances. Le bon poste se fait reconnaître non-seulement parquelques beaux morceaux, comme le monologue de Jocaste dans le troisième acte, l'entrevue des deux frères dans le quatrième et le récit de leur combat dans le dernier, mais par la manière dont il conduit son sujet, et même par sa prédilection pour ce sujet. Instruit par la lecture d'Aristote que les poètes doivent chercher des sujets terribles, il osa entreprendre un sujet si terrible, qu'on peut dire qu'il répand l'horreur plutôt que la terreur, et il est remarquable que le poète qui a été appelé depuis le • peintre de l'amour » ait pour son coup d'essai fait le tableau de la plus affreuse haine qu'on ait jamais vue. Il a fait entrer, à la vérité, l'amour dans ce triste sujet; mais comment eût - il présenté une pièce sans amourîC'était alors être déjà très-hardi que de n'y faire entrer que peu d'amour, et on lui en fit apparemment un reproche, puisqu'il parait s'en justifier dans sa préface en disant que, si c'était à recommencer, il ne mettrait peut-être pas plus d'amour dans cette tragédie, parce qu'il ne trouve que fort peu de place parmi les incestes et les parricides de la famille d'Œdipe. L'amour n'y devait en trouver aucune. Celui de Créon ne s'accorde ni avec son âge ni avec son ambition, et celui d'Antigone ne contribue en rien à
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l'action. Pourquoi donc, éclairé comme il l'était par ia lecture des tragédies grecques, l'auteur de la Thébaïde a-t-il mis de l'amour, dans cette tragédie? Il se conformait au goût de son siècle. On ne connaissait point alors de tragédie sans amour. Quoique la versification de cette pièce, comparée à celle des autres œuvres de Racine, paraisse faible, on y trouve plusieurs vers très-heureux et quelques-uns qui sont admirables. On y remarque cette grande facilité à rimer à laquelle un jeune homme s'abandonne aussi bien qu'à la fécondité de son esprit. Quand une pensée lui plaît, il s'y arrête et la répète en plusieurs vers, à l'exemple de Corneille. Il se corrigera dans la suite de ce défaut, et il saura dire plus de choses en moins de paroles. On le verra aussi devenir autant ennemi des antithèses et des pointes qu'il en est amoureux dans cette première pièce.
Quoique nourri de la lecture des bons auteurs, son premier penchant l'entraîne vers le bel esprit. Le brillant séduit aisément la jeunesse, et-si l'on fait attention au goût qui régnait alors, on s'étonnera de ne pas trouver plus de défauts dans cette pièce. Il y ramène la versification au style naturel, et il sait' éviter ce ton de déclamation qui se trouvait autrefois dans les tragédies, comme dans tous les autres ouvrages. <
Ce sujet avait déjà été traité par Robelin et par 1 abbé Boyer, mais l'œuvre de Racine est bien supérieure à celles de ses devanciers.
THÉBAÏDE, ancienne Thebaïs, Thebaica regio, une des trois grandes divisions de l'Egypte ancienne. Cette région, appelée aussi haute Egypte ou Egypte supérieure, occupait la partie méridionale de l'Egypte, avait pour chef-lieu Thèbes et était divisée selon les uns en 7 nomes, selon d'autres en 16. Elle forme aujourd'hui le Sald et 1» partie méridionale de l'Ouestaniéh. La Thébaïde est fameuse par les déserts qui, à l'est et à l'ouest, environnaient sa partie habitée. C'est dans ces solitudes qu'aux premiers siècles du christianisme se réfugièrent un grand nombre de chrétiens, pour tuir la persécution ou pour se dérober aux séductions du monde et se livrer au jeûne, à la prière, à toutes les austérités de la vie ascétique. Le plus illustre d'entre eux, saint Antoine, avait donné l'exemple en distribuant sa fortune aux pauvres pour vivre du travail de ses mains. Sa réputation de sainteté se répandit au loin, et bientôt des milliers de disciples vinrent se grouper autour de lui. Pendant quelque temps, le désert fut, en quelque sorte, repeuplé de moines et d'anachorètes, parmi lesquels nous citerons saint Macaire, saint Pacôme, saint Siméon Stylite, etc. Mais enfin la dépopulation générale de l'Egypte amena l'extinction de presque tous les monastères qui s'étaient formés. Des cellules vides, marquées du symbole des chrétiens, indiquent seules aujourd'hui le séjour de ces religieux dans les temples païens ruinés et les grottes sépulcrales de la Thébaïde.
Dans le langage ordinaire, Thébaïde se dit d'un désert, d une solitude profonde, où l'on vit retiré du monde; mais ce mot est loin de se prendre toujours en mauvaise part. On en fait souvent usage, en poésie surtout, pour désigner une retraite favorite que l'on s'est choisie soi-même pour jouir, loin du tumulte, des douceurs de l'amitié ou même de sentiments plus tendres :
Un frai» cottage anglais, voila sa Thébaïde; Et si son front de nacre est coupé d'une ride, Ce n'est pas, croyez-moi, qu'elle songe à la mort; Pour craindre quelque chose elle est trop esprit fort. Mais c'est que de Paris une robe attendue Arrive chiffonnée et de taches perdue.
Tb. Gautier.
« Ce Port-Royal est une Thébaïde; c'est un paradis; c'est un désert où toute la dévotion du christianisme s'est réfugiée ; c'est une sainteté répandue dans tout le pays à une lieue à la ronde. »
Mme de SÉVIGNB.
« Çà et là s'élevaient des arbres verts aux formes élégantes, aux feuillages variés. Puis des grottes habilement ménagées, des terrasses massives avec leurs escaliers dégradés et leurs rampes rouillées imprimaient une physionomie particulière à cette sauvage Thébaïde. L'art y avait élégamment uni ses constructions aux plus pittoresques effets de la nature. •
Honoré de Balzac.
i Je ne sache rien d'aussi flasque que la dévotion de ces ascètes musqués du xixe siècle. Qu'ils soient obligés de passer, je ne dis pas une année dans les déserts d'une Thébaïde ou une semaine dans le galetas du prolétaire, mais seulement un jour et une nuit d'hiver dans ia cellule d'un chartreux, et vous verrez s'ils résisteront à cette bénigne
épreuve. »
Laroqdk.
« A cette époque, où des forêts séculaires couvraient les montagnes, rétrécissaient les horizons, dérobaient le ciel; où les eaux des torrents débordés dans les prairies formaient des lacs, des étangs, des marécages; où nulle
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autre route que des sentiers creusés par le pied des maies ne débouchait dans ce bassin d'eau courante et de feuillage ; où quelques rares chaumières de chasseurs, de pêcheurs, de bûcherons fumaient de loin en loin sur la cime des bois, la gorge de Cluny était une Thébaïde des Gaules. »
Lamartine,
THÉBAIN, AXNE s. et adj. (té-bain, è-ne). Géogr. anc. Habitant de Thèbes, en Egypte, ou de Thèbes, en Béotie ; qui appartient à l'une de ces villes ou à ses habitants : Les Thébains. Les antiquités thébaines.
— Hist. relig. Légion thébaine ou ihébéenne, Légion uniquement composée de chrétiens, et qui, d'après les hagiograpb.es, fut martyrisée tout entière.
THÉBAINE s. f. (té-ba-i-ne — rad. thébaïqve). Chim, Alcaloïde de l'opium, appelé
aussi FARAMORPHINE.
THÉBAÏQUE adj. (té-ba-i-ke). Antiq. Qui appartient, qui a rapport à Thèbes, d'Egypte, ou à la Thébaïde.
— Géol, Pierre thébaïque, Variété de granit d'Egypte.
— Pharm. Extrait (ft^ftaïçwejExtrait aqueux d'opium, ainsi dit à cause de la grande quantité d'opium que produit l'Egypte.
THEBALDEO, TEBALDEO ou TIBALDEO
(Antoine), poète italien, né à Ferrare en 1463, mort à Rome en 1537. Après avoir exercé la profession médicale, il servit pendant quelque temps dans l'armée du marquis de Gonzague, puis se livra à son goût pour la poésie. S'étant rendu à Rome, il y acquit beaucoup de réputation et reçut du pape Léon X une gratification de 500 écus d or pour une seule épigramme. Lorsque, en 1527, le connétable de Bourbon fit le sac de Rome, Thebaldeo perdit tout ce qu'il possédait, et il se fût trouvé dans la plus profonde misère si le car- ' dinal Bembo n'était venu à son secours. Ses poésies italiennes et latines se ressentent de l'enflure, de la recherche et de l'affectation qui étaient les défauts de son temps. On a de lui : Sonetti e capitoli (Modène, 1499, in-4°), recueil plusieurs fois réédité sous le titre d'Opere volgare ou à'Opere amorose ; Stanzenuove (Venise, 1520) ; Capitoli non piu stampati, insérés par l'abbé Parisotti dans le tome XIX du recueil de Calogera; Epigrammata, que l'on trouve dans les Délias poetarum italorum de Gruter et dans les Carmina illustrium poetarum italorum de Toscane On trouve, en outre, un choix de ses poésies dans les Poésie pastorali e rusticali (Milan, 1S0S, in-8°). Si Thebaldeo fut loué outre mesure par ses contemporains, il a peut-être été, en revanche, jugé trop sévèrement par la postérité. Muratori, entre autres, ne lui a pas épargné les rigueurs de sa critique, à laquelle Baruffaldi a répondu par une Lettre à Muratori pour la défense d'Antonio Thebaldeo (l709,in-8<>).
THÉBAUDIN (Pierre - Alexandre - Marie), baron de Bordignb, publiciste français, né à Paris en 1783, mort en 1849. U a acquis une assez grande notoriété après 1830 par son dévouement à la cause légitimiste, par son énergie et par les sacrifices pécuniaires qu'il n'a cessé de faire pour rendre des services aux princes exilés. En 1832, il prit part au commencement d'insurrection qui eut lieu en Vendée au nom de la duchesse de Berry et fut condamné à mort par contumace ; Thébaudin passa ensuite en Portugal, servit la cause de dom Miguel contre doîia Maria, suivit en Angleterre ce prince, qui le nomma commandeur de l'ordre du Christ, fit purger sa contumace en 1838 et fut acquitté. Le baron de Bord igné ne cessa, jusqu'à sa mort, de manifester son dévouement au comte de Chambord, à dora Miguel, à la duchesse de Berry, à la duchesse d Angoulème, qu'il visita plusieurs fois dans leur exil. Il a publié sans nom d'auteur les écrits suivants : Légitimité portugaise (Paris, 1830, in-4<>); Don Carlos et dom Miguel. Oui ou non, est-il de l'intérêt des puissances légitimes et monarchiques de laisser périr dans la Péninsule la monarchie et ia légitimité? (Paris, 1838, in-4°) ; Leuchtenberg et Cobourg (Parris, in -4°).
THÉBÉ ou THISBÉ, femme d'Alexandre, tyran de Phères, dans laThessalie. Elle vivait a"u ivb siècle avant notre ère. Craignant de devenir la victime de la barbarie de son mari, elle forma avec les frères de celui-ci (et non avec les siens, comme le dit Prudhomme) le compiot de le tuer et l'exécuta. Alexandre occupait le haut d'une tour ; sa chambre était gardée par un dogue féroce; on n'y parvenait que par une échelle. Thébé endormit le chien au moyen d'un narcotique, garnit de laine les échelons, puis montra le chemin à Tisiphonus, Lyeophron et PitholaUs, qui assassinèrent Alexandre (357 av. J.-C.).
THÊBiiEN, ÉENNE s. et adj. (té-bé-ain, é-è-ne). Syn. de thbbain, aiîms.
THÈBES, aujourd'hui Thivaoxx Slives, ville de Grèce , ch.-l. d'une éparchie du même nom, dans le nome d'Attique- et -Béotie; 6,000 hab. Thèbes est bâtie sur la Cadmée, colline élevée d'environ 50 mètres et complètement séparée des hauteurs environnantes. La ville actuelle se compose d'une grande rue, qui suit la Cadmée dans le sens de sa longueur, et de quelques rues latérales. La
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ville antique était bornée à l'E. par l'Ismène, qui jaillit delà fontaine Saint-Jean (l'antique Mélia), et à l'O. par la Dircé, qu'alimentent plusieurs sources, dont la principale est la fontaine Paraporti. Ces deux rivières, qui se rejoignent au N., servent de défense à la ville. « Le ruisseau de Strophia, dit M. Isambert, coule entre la Dircé et l'Ismène et separe la Cadmée des hauteurs Isménus et Amphion. L'acropole occupait la Cadmée, mais la position de la ville est problématique. Forchhammer la place sur les hauteurs Isménus et Amphidïi, à droite de la Strophia; Leake suppose, au contraire, qu'elle était située dans la petite vallée comprise entre la Cadmée et le Teumessus, où l'on voit encore les ruines d'un aqueduc ; mais aucun reste de monument ne vient confirmer ces hypothèses. On peut suivre la ligne des murailles franques qui entouraient la Cadmée. Au N., près d'une grande tour carrée, on voit quatre ou cinq assises de construction cvclopéenne; ce mur, épais de 8m,40, faisait peut-être partie de celui que la tradition attribue à Amphion. Quant aux sept portes, qui avaient valu à la ville son surnom poétique, il n'en reste aucun vestige, et l'examen attentif des lieux permet seul de déterminer approximativement la position de trois d'entre elles. La première, Proétidès, était située au N.-E., dans la direction du village de Saint-Théodore, et probablement au point où la route de Chalcis traverse le lit de l'Ismène; la seconde, Electraa, au S., entre la Cadmée et le mont Isménus, sur la route de Platée; la troisième, Neitse, au N.-O., près de la Dircé et sur la route de Delphes.
■ Des fouilles, faites il y a peu de temps sur la Cadmée, ont mis à découvert des soubassements antiques, qui semblent avoir appartenu à un temple. Sur la colline Isménus, les ruines de l'église Saint-Luc marquent l'emplacement du temple d'Apollon. Le pavé antique se retrouve presque en entier hors de l'église, à 0m,i6 environ au-dessous du sol. Près du chœur de cette éçlise, on remarque un tombeau de marbre qui passe pour celui de saint Luc. Ce monument n'est pas antérieur au me siècle, et deux inscriptions grecques à moitié effacées nous apprennent qu'il a servi de sépulture à un dignitaire romain. ■
Les origines de Thèbes sont des plus obscures, et, jusqu'au vie siècle av. J.-C, la fable se mêle presque constamment à l'histoire. « On connaît, dit M. Isambert, les légendes de Cadmus, qui, vers 1580, s'établit le premier sur la Cadmée avec une colonie phénicienne; la légende de Zéthus et d'Amphion, qui agrandirent la ville et la fortifièrent (1457) ; celles de Laïus et de Jocaste, d'Œdipe et d'Antigone, chantées par Sophocle. La rivalité d'Etéocle et de Polynice, l'expédition malheureuse des sept chefs contre Thèbes , la prise de Thèbes par les fils des sept chefs appartiennent à l'histoireVers l'an 1126, les Thébains adoptèrent la forme républicaine et leur ville devint la cité dominante de la fédération béotienne. Poussés par leur haine contre les Athéniens, les Thébains s'allièrent aux Perses ; mais, vaincus à Platée et affaiblis par leurs guerres avec Athènes et Sparte, ils ne tardèrent pas à perdre le premier rang qu'ils occupaient dans la fédération. Maîtres de Thèbes, les Athéniens firent peser pendant trois ans le joug le plus tyrannique sur ses habitants jusqu'au jour où Pélopidas, un des proscrits, rentra dans la ville sous un déguisement, massacra les tyrans et mit fin à la servitude de sa patrie. Une nouvelle ère de prospérité commença dès lors pour les Thébains, qui devinrent plus puissants que jamais et arrivèrent à l'apogée de leur gloire, grâce à Epami- Bondas, qui anéantit l'armée Spartiate à Leuctres, envahit quatre fois le Péloponèse et porta le dernier coup à la prééminence de Lacédéraone par la création de la ligue arcadienne et le rétablissement de Messène. Mais la mort d'Epaminondas, après la bataille de Mantinée, mit un terme à la puissance de Thèbes, et à une ère de prospérité brillante succéda une ère de terribles malheurs. Après avoir vaincu les Athéniens et les Thébains à Chéronée, Alexandre se rendit maître de Thèbes en 333 et, trois ans plus tard, pour punir les Thébains révoltés, la détruisit. Cassandre la rebâtit vingt ans après, mais ne lui rendit pas sa splendeur perdue à tout jamais. Du temps de Pausanias, l'acropole seule était habitée. Au moyen âge, Thèbes acquit une certaine importance, grâce à ses fabriques de soie. La domination turque ne lui a guère été favorable; c'est aujourd'hui le chef-lieu d'une éparchie.
Nous venons de dire qu'Alexandre ruina la ville de Thèbes; donnons quelques détails au sujet de cet événement, un des principaux de l'histoire ancienne.
Lorsque Alexandre eut résolu de porter chez les Perses les ravages qu'ils avaient tant de fois exercés au sein de la Grèce, il comprit la nécessité de ne laisser derrière lui aucun élément de résistance. Les grandes villes de ta Grèce lui étaient hostiles, entre autres Thèbes, qui n'était point encore déchue de la puissance qu'elle avait acquise sous Epaininoiidas. En franchissant les Thermopyles, il dit à ses amis : « Démosthène, dans ses harangues, m'a appelé enfant pendant que j'étais en Illyrie et dans le pays des Triballes ; il m'a appelé jeune homme quand j'ai été en Thessalie. Il faut donc lut montrer au pied
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des murailles d'Athènes que je suis homme fait. » Alexandre marcha sur Thèbes avec une telle rapidité qu'il arriva devant ses murs avant que les habitants eussent été instruits de sou approche. Ils devaient s'attendre à un grand acte de vengeance, car, quelques jours auparavant, ils avaient massacré une partie de la garnison macédonienne qu'ils avaient dans leur citadelle. Alexandre, avant d'agir, voulut cependant leur laisser le temps de la réflexion et du repentir; il demanda seule-» ment qu'on lui livrât les deux principaux chefs delà révolte, promettant amnistie pleine et entière à tous ceux qui feraient leur soumission. Les Thébains, par une ironie aussi déplacée qu'insultante, lui répondirent en demandant à leur tour qu'il leur abandonnai deux de ses principaux lieutenants, Philotas et Antipater. Alexandre se vit donc contraint d'en appeler à la force des armes. Une bataille sanglante s'engagea sous les murs de Thèbes; les habitants se défendirent vaillamment; mais ils n'en furent pas moins vaincus, et Alexandre entra dans Thèbes, que son armée pilla et saccagea. Après avoir hésité quelque temps sur le sort qu'il réserverait à cette malheureuse ville, il résolut de la détruire. Il ne conserva que la Cadmée et la maison de Pindare, le grand poète, pour lequel il professait la plus vive admiration ; tout le reste fut ruiné de fond en comble. 30,000 habitants furent vendus comme esclaves; le vainqueur ne conserva la liberté qu'aux prêtres, a tous ceux qui avaient droit d'hospitalité avec les Macédoniens et aux descendants de Pindare. Cette terrible et sauvage exécution glaça d'épouvante tous les peuples de la Grèce (335 av. J.-C.).
La prise de Thèbes fut signalée par un héroïque épisode qu'Alexandre ne put s'empêcher d'admirer lui-même. Tandis que l'armée ' victorieuse mettait tout k feu et k sang, des Thraces pénétrérentchez une noble Thébaine, nommée Timocléa, pillèrent ses trésors et détruisirent sa maison de fond en comble. Puis leur capitaine se porta envers elle aux derniers outrages et ne craignit pas de lui demander ensuite si elle n'avait pas de l'or et des bijoux cachés. «.Oui », lui répondit cette femme, outrée de colère, de honte et d'indignation. -Alors, elle le conduisit dans son jardin et lui montra un puits, en lut disant que, voyant la ville forcée, elle avait jeté là tout ce qu'elle avait de plus précieux. L'officier, ravi, s'approcha alors du puits et se pencha sur le bord pour en examiner la profondeur. Alors Timocléa, le saisissant vivement par les jambes, le précipita au fond, puis l'accabla sous une multitude de pierres. En ce moment, les Thraces, k la recherche de leur capitaine, la surprirent, l'enchaînèrent et la conduisirent à Alexandre, qui lui demanda à quelle famille elle appartenait. > Je suis, lui répondit-elle fièrement, la sœur de Théagène, qui combattit contre ton père, Philippe, pour la liberté de la Grèce, et qui fut tué à la bataille de Chéronèe. ■ Alexandre, frappé du courage de cette femme, ordonna qu'on la mit en liberté et qu'elle pût se retirer où elle voudrait avec ses enfants.
Tfaèbea (LES SEPT CHEFS DEVANT), tragédie
d'Eschyle. V. sept.
Tiicbea (romande), roman de chevalerie, attribué à Benoît de Saint-Maure, trouvère du xiuo siècle. Le Roman de Thèbes ne contient guère que l'histoire tragique d'Etéocle et Polynice.
Il parait que Benoit pensait que de tels sujets de poSmes étaient trop relevés pour être écoutés par des oreilles vulgaires ; car il avertit, dans le prologue, que ses personnages ne sont pas d'une vile condition :
Ne parlerai de pelletiers,
Ne de vilains, ne de bouchiers ;
Mais de deux frères parlerai
Et leur geste raconterai.
Il raconte en effet leur geste, mais, à la manière des trouvères : ce sont les rois, les chevaliers de son temps qu'il met en scène, au lieu des rois et des héros des siècles homériques. Au reste , en transformant en seigneurs des temps, féodaux les grands personnages de l'antiquité grecque, il les peint peut-être avec plus de vérité que Racine, lorsque celui-ci les représente sous le costume et leur fait parler le langage. des courtisans de Louis XIV. Il y a une certaine analogie entre les gouvernements de l'antique Grèce et les gouvernements que les Francs établirent dans les Gaules. Agamemnon, présidant le conseil de cent guerriers décorés du titre de rois, ressemble un peu à Charlemagne entouré de ses pairs et de ses seigneurs palatins.
THÈBES, célèbre ville de la haute Egypte, dont il reste d'immenses ruines, situées sur les deux bords du Nil, qui coupait la ville en deux parties presque égales; par 25° 42' de huit. N. et 30» 17' de longit. E. Fondée antérieurement au xxvo siècle av. J.-C. par une tribu sacerdotale venue d'Ethiopie, elle fut la capitale de l'Egypte sous les rois de la onzième à la vingtième dynastie, appelées pour ce motif dynasties thébaines. Les rois des dix premières dynasties résidaient généralement à Memphis, et les dynasties postérieures à la vingtième choisirent aussi cette dernière ville pour capitale. La splendeur de Thèbes, un moment déchue peudant l'invasion des Hiksos (xvu« siècle av. J.-C), s'ac-
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crut considérablement sous les rois de la dix-septième à la vingtième dynastie; Séthos, Ramsès I", Ramsès II, Ramsès III, Ainénophis II la dotèrent de gigantesques monuments qui ont résisté pour la plupart jusqu'à, présent k l'action du temps et des hommes,
Thèbes, appelée Tape par les Egyptiens, No-Ammon ou ville d'Ammon dans l'Ancien Testament, Diospolis par les Grecs, était surnommée dans l'antiquité la Ville aux cent portes. Elle ne paraît pas cependant avoir eu d'enceinte, car il n'en reste aucune trace, si ce n'est d'enceintes partielles enfermant autrefois certains édifices et leurs dépendances ; elle dut sans doute ce surnom aux nombreux pylônes placés en avant des principaux monuments et que les étrangers prenaient pour des portes. Déjà éclipsée par Memphis après l'avènement des dynasties de la basse Egypte, Thèbes fut dévastée par les Perses de Cambyse et décapitalisée définitivement par les Ptolémées, qui se fixèrent à Ptolémaïs, fondée par Ptolemée Lagus I". Sous la domination romaine, elle devint le chef-lieu de la province de la Thébaïde. Mais le quartier que l'on appelait la ville du temple et qui correspond à la ville actuelle de Kar-' nak, avait seul une population considérable; il y fut fait jusque sous les Antonins des réparations importantes. Les Arabes construisirent quatre villes distinctes sur l'immense étendue des ruines de Thèbes : Karnak et Louqsor sur la rive droite du Nil ; Medinet- Abou et Gournah sur la rive gauche.
J.-J. Ampère a donné une excellente topographie des ruines de Thèbes en comparant, comme moyen mnémonique, la situation des principaux édifices de la vieille eapitale de l'Egypte k celle de quelques-uns des monuments de Paris. • Thèbes, dit-il, était bâtie sur les deux rives du Nil comme Paris a été construit sur les deux rives de la Seine; il n'y a de différence que la largeur beaucoup plus considérable du premier fleuve. Nous commencerons notre topographie comparative par la rive droite du Nil, la rive orientale, La position de Karnak, qui renferme les plus majestueux édifices de l'ancienne Egypte, est a peu près celle de l'arc de l'Etoile, le plus colossal monument de notre époque. De là, une avenue de sphinx conduisait au palais de Louqsor, comme, toute révérence gardée, l'avenue des Champs-Elysées conduit à la place Louis XV, où Louqsor est représenté par l'obélisque qu'il nous a donné. Voilà pour la rive droite, passons à la rive gauche. Presque en face de Karnak, on trouve le palais de Gournah, dont nous désignerons l'emplacement par celui de l'Ecole militaire, qui s'élève à peu près en face de l'arc de l'Etoile. En remontant le fleuve et en nous éloignant de ses bords, nous arrivons k un monument dans lequel on a voulu retrouver le fameux tombeau d'Osymaudias, et que Champollion, qui l'a reconnu pour être l'œuvre de Ramsès le Grand, a appelé le Ramesséum. La situation du Ramesséum sera représentée par celle du palais du Luxembourg. Remontant encore à peu près parallèlement au fleuve, mais s'en rapprochant un peu , on parvient aux colosses de Memnon, dont nous indiquerons l'emplacement par celui de l'Ecole de médecine. Enfin, il reste un grand ensemble de monuments qu'on trouve plus loin, toujours en remontant le cours du ileuve. C'est ce qu'on appelle Medinet-Abou. Medinet-Abou est, comme Karnak, une collection d'édifices de différents caractères et de différents âges; son emplacement répond k celui du Muséum, k l'extrémité du Jardin des Plantes. Ainsi, sur la rive droite, deux groupes de monuments : Karnak et Louqsor ; sur la rive gauche, trois groupes de monuments : Gournah, le Ramesséum et Medrnet- Abou. Tels sont les points dont il faut tâcher de graver dans sa mémoire les positions respectives pour pouvoir se reconnaître dans la vaste plaine ou fut Thèbes. Les monuments de moindre importance se grouperont facilement autour de cinq monuments principaux. > Enfin, la Thèbes de la rive gauche est bordée par une chaîne de collines analogues, quant k la position, aux collines qui s'étendent de Meiidon k Clamart, en les supposant toutefois plus voisines de la Seine. Ces collines nues sont criblées de grottes funéraires qui ont servi de tombeaux à des particuliers. Derrière cette chaîne est une vallée parallèle au Nil, et qui renferme les tombeaux des rois, vastes demeures souterraines creusées dans le roc. Avec ces indications, on peut, ce me semble, se représenter la distribution des monuments que nous allons parcourir et rapidement examiner. J'ajouterai encore que la véritable ville, la ville d'Ammon, ou, comme disaient les Grecs, la ville de Jupiter ( Diospolis ) , occupait la rive droite , qui est la rive orientale. La rive gauche confinait k la nécropole ou ville des morts, laquelle était située comme toujours au couchant, parce que la région du couchant était la région des morts.' C'est encore un moyen mnémonique : les catacombes de Paris se trouvent sur la gauche. Comment communiquaient les deux parties de la grande cité thébaine? Etait-ce par des barques innombrables, comme les calques de Constantinople, ou par un pont, ainsi qu'à Babylone? Si ce pont a existé k Thèbes, il a dû être formé de bateaux, car autrement if resterait quelque trace de la maçonnerie. Du reste, les
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ponts n'étaient point inconnus des anciens Egyptiens ; on voit un pont représenté sur deux des monuments de Thèbes. Il ne reste rien de la fameuse enceinte ; il est donc permis de révoquer en doute l'existence des murs sur lesquels pouvaient se promener des chars. Si cette enceinte eût jamais existé, elle aurait laissé quelques vestiges. L'enceinte, moins antique, il est vrai, de la ville d'Elithya, a bien subsisté presque intacte jusqu'à nos jours, et l'on trouve, amoncelées en collines, les briques des murailles de Babylone. ■ Après ce coup d'œil général jeté sur la topographie de Thèbes, il est temps d'en visiter les débris. Par où faut-il commencer î Je n'hésite point à répondre : par le plus beau. En voyage, on doit, je pense, aller à ce qui est frappant ; on a, de la sorte, une impression forte et complète.
» Si l'on arrive par gradation aux objets les plus remarquables, l'impression s'affaiblit et s'atténue pour avoir été trop préparée. A Rome, il faut se diriger d'abord vers le Cotisée ou vers Saint-Pierre et ne rien regarder sur la route. D'après ce principe, je commence par Karnak. Quand on a traversé un petit bois de palmiers, on rencontre un vaste pylône, large comme la moitié de la façade des Invalides et haut comme la colonne de la place Vendôme. Il n'a pas été achevé. Par ce pylône, on entre dans un vaste péristyle au milieu duquel s'élevaient douze colonnes. Toutes, une seule exceptée, ont été couchées par un tremblement de terre. En face est un second pylône, placé en avant de la grande et merveilleuse salle k colonnes qu'on appelle la salle hypostyle de Karnak. Ici, on commence à éprouver le sentiment du gigantesque. Le tremblement de terre a fait crouler un des massifs du second pylône, qui présente maintenant l'aspect d un écoulement de montagne. En présence de ces débris, on ne pense à aucun monument humain ; on pense aux grandes catastrophes de la nature. Une statue colossale et mutilée se tient debout au seuil de -la grande salle ; c'est l'image de Ramsès le Grand, celui qu'on appelle Sésostris, bien qu'il ne soit pas le vrai, l'ancien Sésostris, mais parce qu'il était déjà confondu dans la tradition avec le grand conquérant au temps de Germanicus. Ayant eu la fortune de découvrir une de ses filles enfouie dans un coin du musée de Marseille, je passe devant lui avec la confiance d'un homme qui a été assez heureux de rendre quelques services à la famille, et je pénètre dans la grande salle. Le spectacle que j'ai devant les yeux surpasse tout ce que j'ai vu sur la terre. Non, M. Wilkinson n'a point exagéré en disant que c'est la plus vaste et la plus splendide ruine des temps anciens et modernes. Pour Champollion, dont l'âme, naturellement ouverte au sentiment du grand, savait aussi bien admirer l'Egypte que la comprendre , on voit qu'il fut étourdi et comme foudroyé k l'aspect de cette merveille du passé. < Les Egyptiens, écrivait-il, » en présence de ce que je vois, concevaient » deshommes de 100 piedsde hauteur, et l'ima- » gination, qui, en Europe, s'élance bien au- » dessus de nos portiques, s'arrête et tombe im- » puissante au pied des cent trente-quatre co- » tonnes de la salle de Karnak. Je me garderai » bien de rien décrire, ajoutait-il , car ou mes » expressions ne vaudraient que la millième » partie de ce qu'on doit dire en parlant de tels ■ objets, ou bien, si j'en traçais une faible es- » quisse, même très-colorée, je passerais pour » un enthousiaste et peut-être même pour un » fou. • Ainsi, Champollion trouvait plus facile de lire Karnak que de le décrire. Au risque de passer aussi pour un enthousiaste et pour un fou, j'essayerai de donner une idée de la prodigieuse salle de Karnak et de l'impression qu'elle a produite sur moi. Imaginez une forêt de tours, représentez-vous cent trentequatre colonnes égales en grosseur k la colonne de la place Vendôme, dont les plus hautes ont 70 pieds de hauteur (c'est presque la hauteur de notre obélisque) et 11 pieds de diamètre, couvertes de bas-reliefs et d'hiéroglyphes; les chapiteaux ont 65 pieds de circonférence ; la salle a 319 pieds de longueur, presque autant que Saint-Pierre, et plus de 150 pieds de largeur. Il est à peine besoin de dire que ni le temps ni les deux races de conquérants qui ont ravagé l'Egypte, les pasteurs, peuple barbare, et les Perses, peuple fanatique, n'ont ébranlé cette architecture impérissable. Elle est exactement ce qu'elle était il y a trois mille ans, k l'époque florissante des Ramsès. Les forces destructives de la nature ont échoué ici contre l'œuvre de 1 homme. Le tremblement de terre qui a renversé les douze colonnes de la cour que je viens de traverser a fait, je l'ai dit, crouler ce massif du grand pylône, qui me rappelait tout à l'heure une chute de montagne ; mais les cent trente-quatre colonnes de la grande salle que je contemple maintenant n'ont pas chancelé. Le pylône en tombant a entraîné les trois colonnes les plus voisines de lui ; la quatrième. a tenu bon et résiste encore aujourd'hui à ce poids immense de débris. Cette salle était entièrement couverte; on voit encore une des fenêtres qui l'éclairaient. Ce n'était point un temple, mais un vaste lieu de réunion, destiné sans doute k ces assemblées solennelles qu'on appelait des panégyries. L'hiéroglyphe, dont ce mot grec semble être une traduction, se compose d'un signe qui veut dire tout et d'un toit supporté par des
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colonnes semblables k celles qui m'entourent. Ce monument forme donc comme un immense hiéroglyphe au sein duquel je suis perdu. La grande salle de Karnak a été achevée par Ramsès-Sésostris, mais elle avait été construite presque entièrement par son père Séthos, dont les exploits sont représentés sur les murs de l'édifice. Ces tableaux forment littéralement une épopée en bas-reliefs, dont le héros est le pharaon Séthos, une Sélhéide sculptée et ravissante. Qu'on ne s'étonne pas de cette expression; ces peintures sont tellement homériques, que M. Wilkinson a pu penser qu'Homère les avait vues dans un voyage en Egypte et s'en était inspiré pour peindre les combats de l'Iliade. Chaque compartiment est comme un chant distinct. Au deik de cette merveilleuse salle, on trouve encore k Karnak un certain nombre de monuments, les uns en ruine, les autres assez bien conservés ; mais ils ne sont plus comparables pour la grandeur k ce qu'on vient de voir; on a. quitté la demeure des géants, on est entré parmi les hommes. Pour être moins considérables, ce qu'on peut appeler comparativement les petits monuments de Karnak n'en offrent pas moins d'intérêt et souvent de beauté. Rien n'est plus beau, par exemple, que les hiéroglyphes qui décorent l'obélisque qu'on aperçoit sur la gauche en sortant de la grande salle de Karnak. En pénétrant k travers les débris, on arrive à l'emplacement où furent élevés, plusieurs siècles avant que Séthos construisit la salle gigantesque, les plus antiques édifices de Karnak. Lk était le sanctuaire des premiers pharaons de la dix-huitième dynastie; là, un roi bien plus ancien, Osortasen le', de la douzième, avant l'invasion des pasteurs, avait gravé sur des colonnes, qui ont échappé aux ravages de la conquête, son nom, que j'ai déjà lu sur l'obélisque d'Héliopolis. Les débris do cette époque sont précieux, car ils sont rares- ils reportent la pensée vers une période de l'histoire d'Egypte postérieure de bien des siècles aux rois des pyramides, mais qu'on appelle néanmoins V ancien royaume, par comparaison avec l'âge, relativement moderne, qui vit bâtir les monuments de Thèbes, cet âge de Thoutmosis et des Ramsès, qui est luimême antérieur d'environ quinze cents ans à l'ère chrétienne. Vraiment, ici les siècles sont entassés sur les siècles, comme les ruines sont amoncelées sur les ruines. Si maintenant on laisse k gauche le palais de Karnak et qu'on avance vers le sud, on trouve quatre grands pylônes placés à la suite et k une certaine distance les uns des autres. Le troisième est appelé pylône d'Horus, parce qu'il a été élevé sous le roi de ce nom. Uorus appartient à cette dix-huitième dynastie sous laquelle l'art égyptien atteignit k toute la perfection dont il était susceptible. Aussi le pylône qui porte son nom est-il revêtu de bas-reliefs dont on ne saurait se lasser d'admirer la beauté. Ici, les descriptions ne peuvent rien; il faut voir. Près des pylônes est un temple dédié au dieu Khous , dont les Grecs traduisaient le nom par celui d'Hercule. Le temple ne présente pas, comme le palais de Karnak, l'empreinte de la puissance des Ramsès; mais il offre, ce qui est plus curieux peut-être, les traces d'une usurpation qui a suivi cette puissance. Le temple de Khous a été élevé sous les faibles descendants du grand Ramsès II, celui que l'admiration des peuples' confondait avec l'antique Sésostris. Auprès de leurs noms sans gloire, on voit figurer les noms des membres d'une famille de prêtres thébains, qui substituèrent graduellement le pouvoir théocratique au pouvoir militaire. Telles sont les principales ruines de Karnak. Joîguez-y plusieurs petits édifices que je ne mentionne pas dans cette première vue d'ensemble, et surtout trois pylônes gigantesques s'élevant l'un au sud, l'autre à l'est et l'autre au nord, comme pour garder ces ruines, amas de palais, de temples, de portiques, que domine la salle aux cent trente-quatre colonnes et du milieu desquelles s'élèvent deux élégants obélisques, dont la pointe effilée se détache sur un ciel parfaitement pur.
• De l'angle sud-ouest des ruines de Karnak part une ailée de sphinx k tête de bélier, qui se dirige vers le sud et allait autrefois rejoindre le palais de Louqsor. Quel aspect sévère et majestueux devait offrir cette double file d'images mystérieuses et sacrées se prolongeant ainsi presque en ligne droite pendant une demi-lieue, et réunissant deux masses de palais telles que l'Europe n'en connaît point! Des arbres comme on en voit encore sur une partie du chemin la bordaient sans doute. A l'ombre des palmiers, des acacias, des sycomores, les processions marchaient entre ces figures symboliques qui, muettes et accroupies, les regardaient passer. Il faut se transporter par l'imagination dans un autre état de choses pour retrouver la grandeur de cette singulière décoration ; car, dan3 l'état où elles sont aujourd'hui, les fameuses avenues de sphinx préparent au voyageur un véritable désappointement. Les sphinx sont pour la plupart mutilés ou renversés. Ici, ce n'est pas ce que l'on voit, mais c'est ce que l'on sait qui est grand, •
Louqsor, ce qui veut dire en arabe les Palais, est comme Karnak un assemblage de monuments de différents siècles; seulement cet assemblage est moins considérable et la chronologie en est plus simple. Tout se rno-
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porte aux deux époques entre lesquelles se partagent aussi les principaux monuments de Karnak. La partie la plus ancienne est l'œuvre d'Aménophis III, celui que les Grecs ont appelé Memnon, et dont le double colosse s élève sur l'autre rive du fleuve. Aménophis construisit le sanctuaire et le corps principal du temple; Ramsès H, cent soixante-dix ans plus tard, y ajouta les pylônes, qui en forment au nord la partie antérieure, et y fit dresser les deux magnifiques obélisques qui en décoraient l'entrée. Dans cette partie inégale des deux princes, la principale revient à Aménophis; aussi son nom et ses louanges se retrouvent-ils dans les décorations sans nombre qui décorent toutes les parties du temple. On y vante les richesses et la grandeur du pharaon • auquel tous les peuples apportent leurs tributs, leurs enfants, leurs chevaux et d'immenses quantités d'argent, de fer et. d'ivoire. » Les rois et les peuples tributaires venaient de pays si éloignés, qu'avant ce temps où les armes du roi les soumirent, ■ ils ne connaissaient ni la route ni Je nom de l'Egypte. > Aménophis est aussi glorifié dans ses inscriptions pour avoir construit des temples à son père céleste, le dieu Ainoun, « pour avoir agrandi la ville de Thèbes et avoir remplacé d'anciennes constructions en brique par des édifices en pierre. • Le dromos qui précédait l'entrée du temple est aujourd'hui enseveli sous le monticule de décombres et de sable sur lequel est bâti le village arabe ; dans l'état actuel des ruines, les premières constructions qui se présentent en quittant le village sont les pylônes de Ramsès, devant lesquels ce prince avait fait dresser ses deux obélisques et ses deux statues colossales. Les deux statues, taillées, de même que les obélisques, dans un seul bloc de granit rouge des carrières de Syène, sont enterrées aux trois quarts en arrière des obélisques, n'ayant au-dessus du sol que le buste et la tête tres-mutiiés. Comme toutes les images analogues qui se rencontrent devant les monuments égyptiens, celles-ci sont assises ; leurs proportions sont celles d'une statue de 13 mètres. Les deux obélisques étaient d'une hauteur un peu inégale. Le plus g-rand, qui est à gauche, mesure 2Gm,06 depuis sa base jusqu'au sommet du pyramidion ; le second, qui était placé à droite, n'a que 23™, 57. C'est ce dernier, donné à la France par Mohammed-Ali, qui a été transporté à Paris en 1830 et que 1 on voit aujourd'hui sur la place 'de la Concorde. Tous deux sont d'une beauté d'exécution extrêmement remarquable; les hiéroglyphes, gravés en creux sur leurs quatre faces, ont une pureté et une finesse que le temps nJa pas altérées. Les inscriptions n'ont pas, du reste, de caractère historique ; elles ne contiennent que les titres de Ramsès, accompagnés de tout le formulaire honorifique du style égyptien. Le double pylône, devant lequel se dressaient les monolithes, se compose de deux massifs pyramidaux que réunit un portail de 17 mètres de hauteur, surmonté d'une corniche, dont il ne reste plus que quelques arrachements ; les deux parties du pylône dépassent de 6 mètres la hauteur du portail et s'étendent à 30 mètres de part et d'autre. Les scènes qu'on y a sculptées se rapportent à une campagne de Ramsès contre les Kethans et d'autres peuples de la Syrie, dans la cinquième année de son règne. Le portail passé, on se trouve dans une cour rectangulaire de 59 mètres sur 52 mètres environ, entourée d'un double rang de colonnes qui formaient une galerie continue surmontée de larges terrasses; mais les masures dont cette cour est encombrée permettent à peine d'en reconnaître la disposition. C'est là que les musulmans ont construit leur mosquée. C'était ce vaste péristyle et le pylône antérieur qui composaient les additions de Ramsès; le reste des constructions, y compris le pylône qui forme le fond de la cour en regard de celui de Ramsès, appartient à l'édifice primitif d'Aménophis. Après avoir franchi le pylône d'Aménophis, on voit, en se retournant, une grande colonnade qui couvre la façade intérieure de ce pylône sur une longueur de 53 mètres. Les colonnes , au nombre de quatorze, sur deux rangs, sont enfouies jusqu'aux deux tiers de leur hauteur, qui est de 15 mètres; leur diamètre, près du chapiteau, n'est pas de inoins de 3 mètres. A 18 mètres de cette colonnade, toujours en s'avançant au sud, vient un nouvel espace découvert, qu'on peut regarder comme une seconde cour, ou dromos, dont la profondeur est de 48 mètres sur 52 mètres de largeur, avec deux galeries latérales de douze colonnes chacune sur deux colonnes de largeur, et, au fond, un portique couvert, soutenu par quatre rangées de huit colonnes chacune. Le fond de ce portique .était fermé par un mur, dont quelques arrachements percent encore les décombres. A la suite de c» mur, ou de l'axe qu'occupe sa base actuellement enfouie, il y a un espace de 15 mètres, qui s'étend de droite à gauche dans toute la largeur de l'édifice, et qui, sans doute, était, occupé par des appartements ayant leur entrée sous le portique. Les sordides constructions des Coptes et des fellahs, élevées sur les débris de ces parties du temple, en ont tout à fait changé l'aspect. Quelques pièces s'y conservent encore, notamment un vestibule soutenu par quatre colonnes et, à gauche du vestibule, une chambre décorée de peintures curieuses, entre autres d'une com-
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position représentant);! naissance du roi Aménophis, mis au monde par la reine Mautémoua, sa mère, et reçu par les divinités qui président aux délivrances. La porte principale du fond du vestibule, située dans le grand axe du temple , donne accès à une grande salle, dans l'intérieur de laquelle s'élève une construction entièrement isolée.
Cette construction isolée est le sêcos ou sanctuaire. C'est la seule partie de l'édifice dont les murs soient en granit. Deux portes y sont percées en regard dans le sens du grand axe du temple. Le plafond est revêtu de couleurs où le hleu domine, et les murs sont couverts de scènes religieuses. Le sanctuaire primitif avait été détruit par Cambyse ; celuici fut reconstruit, par Ptolémée Lagus, au temps qu'il n'était encore que gouverneur de l'Egypte, comme nous l'apprend une inscription dédicatoire en caractères hiéroglyphiques. C'est l'n témoignage fort remarquable de la politique habile adoptée par les Macédoniens dès les premiers temps de la conquête. Après le sanctuaire et le couloir qui l'environne, on se trouve dans une galerie transversale de 22 mètres de longueur sur une profondeur de près de 9 mètres, dont le plafond est soutenu par douze colonnes sur deux rangées. Six portes sont disposées symétriquement et donnent accès à une suite de chambres qui formaient la partie extrême du naos et de tout l'édifice. Plusieurs de ces chambres existent encore. Le temple de Louqsor longe, à très-peu de distance, le bord du Nil. Pour le protéger tout à la fois contre les envahissements et les débordements du fleuve, on a construit sur ce point un quai en blocs de grès, sur une longueur de G5 mètres. Cette construction est du temps des derniers Ptolémées ou des Césars; postérieurement encore, on l'a prolongée en amont du fleuve par un quai additionnel en briques. En remontant au-dessus du temple vers le sud^est, à la distance de 3 kilomètres 1/2 et à 2 kilomètres du fleuve, il y a les restes d'une enceinte rectangulaire de 1,700 mètres de longueur sur 1,050 mètres de largeur. Les talus en briques crues qui l'environnaient ne s'élèvent aujourd'hui au-dessus du sol que de 3 à
4 mètres au plus; tout le reste est maintenant couvert par les dépôts du Nil, qui, depuis l'époque des Rainsessides, ont exhaussé de 4 à
5 mètres le niveau de la plaine.
Nous reprendrons de nouveau J.-J. Ampère pour guide dans l'exploration de la rive gauche. «Remontant, dit le voyageur, la plaine de Thèbes du N. au S. parallèlement au Nil, sur la rive gauche, comme nous l'avions fait sur la rive droite, nous avons d'abord rencontré Gournah. C'est le nom d'un édifice beaucoup plus simple que ceux de Louqsor et surtout de Karnak. Gournuh est un monument de l'âge des Ramsès; aucune partie de l'édifice ne date d'une époque antérieure ; il n'offre donc pas le même intérêt historique que Karnak ou Louqsor; il n'est pas non plus d'un effet aussi extraordinaire. Vu de face, il rappelle davantage un temple grec. Deux pylônes isolés, que réunissait une avenue de sphinx, élèvent à une certaine distance de l'édifice leurs massifs inclinés. Arrivé au monument lui-même, on est immédiatement en présence d'un portique de 150 pieds, soutenu par dix colonnes. L'aspect qu'il offre aux yeux n'a rien de gigantesque; il est sévère et seulement grand. Cola repose de Karnak. Il y a bien ici une salle soutenue par des colonnes; mais, au lieu d'eu compter cent trente-quatre, on en compte six. Cependant le monument de Gournah date des mêmes règnes que la salle de Karnak, les règnes glorieux de Séthos et de son fils Ramsès le Grand, qu'on a confondu avec Sésostris. De même aussi le père construisit l'édifice, et le fils y mit la dernière main , les derniers ornements. Le Ramesséum, dit Champollion, est peut-être ce qu'il y a de plus noble et de plus pur. M. Wilkinson dit qu'il peut rivaliser avec tout autre monument de 1 art égyptien. C'est le Parthénon de Thèbes. 11 mérite donc qu'on entre dans son intérieur pour admirer la grâce noble et chaste des colonnades. Ce n'est plus l'écrasante majesté de Karnak; ce sont des dimensions modestes pour l'Egypte, "et qui, partout ailleurs, seraient grandioses. La salle des panégyries ou assemblées sole'nuelles n'est pas supportée par cent trente-quatre colonnes comme à Karnak, mais elle eu offre encore trente qui, comme le dit Champollion,. charmeraient par leur élégante majesté , les yeux même les plus prévenus contre tout ce qui n'est pas architecture grecque ou romaine. A peu de distance du Ramesséum, on trouve un vaste emplacement semé de débris que le limon du Nil a enfouis en partie et que recouvrent les hautes herbes, mais qui cependant reparaissent par intervalle. Ces tronçons de colonnes et ces fragments de statues gigantesques sont les restes du palais de Meinnon. C'est le nom donné par les Grecs au pharaon Aménophis III , de la dixhuitième dynastie, qui avait élevé. un édifice sur cette rive, comme il en avait élevé un sur l'autre rive à Louqsor. Le premier a été renversé, et cette destruction n'est pas facile à expliquer. Il ne reste plus de l'Ame nophium de la rive gauche que les deux colonnes encore intactes. Assis au milieu de la plaine de Thèbes, qu'ils remplissent de majesté, tous deux sont le portrait du même roi. Celui qui est le plus au N., célèbre par les
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sons qu'il rendait au lever de l'aurore, a été fameux sous le nom de statue de Memnon. Les bas-reliefs et les hiéroglyphes sculptés sur les trônes des deux colosses sont d une perfection achevée. Champollion a dit des derniers que ce sont de véritables camées de 1 pied de hauteur. Soixante-douze inscriptions latines et grecques, les unes en prose, les autres en vers, couvrent la jambe énorme de la statue. Pour les lire, on monte sur le pied, qui a 1 mètre d'épaisseur. Ces inscriptions sont des souvenirs laissés par de nombreux visiteurs , qui tous affirment avoir entendu la merveilleuse voix. Parmi ces inscriptions beaucoup sont insignifiantes, quelques-unes sont touchantes ou curieuses, et d autres sont ridicules. On remarque, au milieu de ces noms obscurs, le nom de l'empereur Adrien et celui de Sabine, son épouse.
« Il nous reste à voir encore un grand ensemble de ruines, le Karnak de la rive gauche, Médinet-Abou. L'ensemble des édifices de Médinet-Abou se compose de deux groupes de monuments. Ici , comme à Karnak, comme h Louqsor, on voit en présence l'élégante architecture du temps des Thoutmasis et l'architecture majestueuse de l'âge des Ramsès. A côté d'un petit temple de Thoutmasis UI, Ramsès III, appelé Mèiamoun, aussi grand conquérant que ses aïeux Ramsès le Grand et Séthos, a élevé des bâtiments immenses précédés d'un palais qu'on appelle son pavillon. Ces deux architectures, au lieu d'être placées l'une à la suite de l'autre, comme à Karnak et à Louqsor, sont ici placées côte à côte. En avançant vers le grand palais de Rainsès-Méiamoun , on passe bientôt d'une maison de plaisance royale a la majesté d'un édifice de représentation solennelle; à la demeure intime de l'homme succède la résidence publique du pharaon. Un grand pylône, dont les bas-reliefs rappellent les campagnes du roi et dont les inscriptions contiennent les noms des peuples qu'il a vaincus, conduit dans une première cour, bordée ù gauche par une colonnade, a droite par une galerie que forment des piliers à figure humaine. Après avoir traversé cette première cour, où des chapiteaux imitant la fleur du lotus semblent s'épanouir à la surface du sol amoncelé autour des colonnes enfouies à demi ; après avoir franchi un Second pylône, on arrive à une seconde cour entourée d'un péristyle soutenu ici par de magnifiques colonnes, là par de puissantes cariatides ; cette cour est une des merveilles de l'Egypte. Nulle part la grandeur des pharaons n'est représentée par une suite de bas-reliefs aussi remarquables que ceux de la grande cour de Médinet-Abou. Des colonnes corinthiennes, débris d'une église chrétienne, s'élèvent au milieu de la cour. L'édifice antique est intact; les murs extérieurs de la grande cour sont couverts de bas-reliefs comme les murs intérieurs. Sur la paroi du sud est un calendrier sacré, contenant l'indication des fêtes de chaque mois, c'est-à-dire un tableau cornplec de la vie religieuse des Egyptiens; mais ce curieux document est en partie enfoui sous le sol amoncelé contre le mur. Le dêblayement serait facile. On eu peut dire autant de plusieurs tableaux de la paroi septentrionale, qui représentent les divers événements d'une campagne entreprise par Ramsès-Méiamoun, dans la onzième année de son règne, contre plusieurs peuples asiatiques dont les noms se trouvent dans le récit hiéroglyphique gravé au-dessus des bas-reliefs. Il y a là, une grande page d'une histoire inconnue a mettre en lumière.
i La montagne qui regarde Thèbes, du côté de l'O., est criblée de tombeaux dont les hôtes, comme on le voit, par les inscriptions hiéroglyphiques, appartenaient tous aux classes élevées de la société. Où étaient enfouis les morts d'une condition obscure? L'asile sépulcral des pharaons était plus mystérieux, plus séparé du monde des vivants. Pour l'atteindre, il faut franchir cette montagne de 1*0., et on ne peut le faire qu'avec assez de fatigue. Alors on arrive dans la vallée des Rois, gorge d'un aspect sévère, où rien ne rappelle la vie, et qui n'est habitée et habitable que par la mort. Là, dans le sein du roc, dans les profondeurs du sol calcaire, sont creusés des palais souterrains composés d'un grand nombre, de chambres et tormès quelquefois de plusieurs étages. Les palais, dont tous les murs sont couverts d'hiéroglyphes et de peintures , et resplendissent aux flambeaux des couleurs les plus brillantes, ce sont les tombeaux des rois. Pour arriver dans cette vallée funèbre, on passe auprès d'un groupe de ruines qui, par diverses raiaons, otïre un assez grand intérêt. Ce lieu s'appelle El-Assasif. Près de l'Assasif est un tombeau creusé dans la montagne et qui a trois étages. Il est plus vaste qu'aucun des tombeaux des rois. Cependant ce n'est pas le tombeau d'un roi, mais seulement celui d'un prêtre nommé Rétemenof. Les sculptures et les hiéroglyphes qui couvrent les murs des galeries et des chambres sont d'une grande perfection. On voit là ce qu'étaient à Thèbes certaines existences sacerdotales. L'étendue occupée par la demeure funèbre de ce Rétemenofest évaluée par "Wilkinson à plus de 20,000 pieds carrés ou à une acre un quart. Contre 1 ordinaire, on n'y voit point figurer les membres de sa famille; je' n'y ai trouvé que le nom de sa mère; il était donc à peu près seul dans
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son grand tombeau. Jamais créature humaine n'a occupé plus d'espace après sa mort que ce prêtre de Thèbes. On voit qu'Hérodote a eu raison de dire que les Egyptiens ne cherchaient point à donner de la durée a leurs maisons, parce que la vie est passagère, mais à leurs tombeaux, parce que la mort est éternelle. On a trouvé dans Thèbes les traces d'une maison, et on y trouve les tombeaux par milliers. Je ne veux prendre de Thèbes 'qu'une vue d'ensemble, et je me hâte de la compléter en franchissant la montagne de l'O. pour aller dans la vallée des Rois. Je ne ferai qu'indiquer la disposition générale des monuments extraordinaires que je vais visiter. Ces monuments se trouvent tant dans la vallée parallèle au Nil que dans une vallée adjacente moins fouillée et qui semble avoir été le lieu de sépulture de pharaons de la dix-huitième dynastie, comme l'autre était destinée à recevoir ceux de la dix-neuvième. Ainsi, ces deux grandes dynasties, celle de Thoutmasis et celle de Rnnisès, que nous avons vues à Karnak, à Louqsor, à Médinet-Abou, élever, l'une auprès de Vautre, l'architecture rivale de leurs palais, avaient choisi chacune son vallon de mort pour y construire cette autre architecture plus singulière et plus durable encore , ces palais funèbres qui ont pour murs les solides parois de la montagne, demeures magnifiques et mystérieuses, dont pendant tant de siècles, les splendeurs n'ont été ni éclairées par un rayon de lumière ni contemplées par un œil humain. En effet, chose étrange, ces galeleries, ces salles nombreuses, étaient creusées dans le roc avec beaucoup de travail et d'effort; des légendes innombrables, des figures de dieux, d'hommes, d'animaux, des scènes de la vie et de la mort étaient, sculptées et peintes avec un grand soin sur les parois souterraines, où pas une place ne restait vide; et quand tout était fait, quand on avait mis le mort dans son sarcophage de granit, on fermait l'entrée, et on le laissait seul en possession de ces merveilles patientes, qui n'étaient destinées qu'à lui. Cependant on pénétrait quelquefois dans cette nuit, où peut-être la piété des descendants allait honorer les aïeux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à l'époque gréco-romaine les tombeaux des rois furent visités comme ils le sont de nos jours, par des curieux qui ont laissé, dans une centaine d'inscriptions, les traces de leur passage. En général , ces inscriptions expriment l'admiration qu'a fait éprouver aux voyageurs l'aspect des syrùigas, c est le nom que les Grecs donnaient à ces demeures souterraines. Depuis les visiteurs de l'antiquité, les tombeaux des rois, dont les abords étaient presque tous enfouis sous les écoulements de la montagne, ne reconquirent toute leur célébrité que le jour où l'intrépide Belzoni tourna vers eux l'attention de l'Europe, en découvrant le plus beau de tous, celui du père de Ramsès le Grand, de Séthos, qui a élevé la salle gigantesque de Karnak. Ainsi ce nom se trouve écrit à Thèbes sur le plus grand édifice et dans le plus magnifique tombeau. Vingt et un tombeaux ont été retrouvés. Strabon dit que, de son temps, on en connaissait quarante. En pénétrant dans l'intérieur d'un tombeau royaf,on trouve en général une pente, tantôt douce, tantôt rapide, quelquefois même escarpée. Le nom du pharaon est écrit près de l'entrée. Des deux côtés du corridor incliné, d'immenses inscriptions hiéroglyphiques se déroulent sur les murailles; à droite, les lignes marchent dans un sens; à gauche, elles marchent dans le sens opposé; de sorte que la lecture de ces inscriptions, dont l'étendue représente des volumes, peut se faire en descendant dans la demeure tunèbreet en remontant de ses profondeurs vers la lumière du jour. Ces volumes d'hiéroglyphes ne se déchiffrent pas encore couramment, il s'en faut; mais on voit que ce sont des prières semblables à celles qui se lisent sur les papyrus funéraires et sur les caisses des momies. C'est un long office des morts à l'intention du roi pour lequel a été creusé le tombeau. En avançant, les représentations figurées se montrent parmi les inscriptions hiéroglyphiques. C'est toujours, comme dans les papyrus funéraires, mais sur une échelle infiniment plus considérable, l'histoire de l'âme après la mort, le tableau des épreuves qu'elle doit subir, les jugements qui sont prononcés sur elle par les dieux et par une foule de génies à tête d'homme, de quadrupède, d'oiseau et de serpent. • V. Bibanel-MolobK.
Tlichcn ei à Sléi-oé ( VOYAGES À ) , par E. Cailliaud (1821 , 1826 et 1827). Cailliaud a exploré le bassin du Nil en géologue, en minéralogiste, en antiquaire. Après avoir visité la Hollande, l'Italie, la Sicile, une partie de la Grèce, la Turquie d'Europe et d'Asie, il entreprit des recherches dans le nord-est do l'Afrique.
Premier voyage. Arrivé en Egypte au mois de mai 1815, Cailliaud gagna l'amitié de Méhéinet-Ali, qui le chargea d'étudier le sol du pays, le long du Nil et dans les déserts adjacents, 11 pénétra en Nubie et il explora les ruines situées entre les deux dernières cataractes. Au mont Zabarah, il retrouva une ancienne mine d'éraeraudes, dans laquelle une multitude d'excavations et de canaux souterrains étaient pratiqués .- quatra cents ouvriers y travaillaient jadis. Il y re-
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connut des chaussées et de grands travaux ; il vit dans les mines des cordages, des paniers antiques, des leviers, des outils, des meules, des vases, des lampes abandonnés; il observa sur place les procédés d'extraction. Ce gisement d'émeraudes a été exploité par les Ptolémées et peut-être par les pharaons ; CaiJliaml a raison de soutenir cette opinion , mais il ignorait que l'exploitation eût été continuée par les princes arabes. 11 rapporta lui-même 10 livres d'émeraudes a Méhèmet- Ali. Ces émeraudes étaient-elles de bonne qualité? Cela est peu probable; on ne s'expliquerait pas l'abandon qu'on a fait de la mine, si ces pierres étaient vraiment précieuses. A côté de cette carrière, le voyageur retrouva les vestiges d'une petite ville avec des temples gréco-égyptiens, ainsi que des inscriptions. Sur les bords de la mer Rouge, il reconnut une montagne de soufre, et il découvrit aussi l'ancienne route du commerce entre l'Inde et l'Egypte. Cailliaud a visité Thèbes neuf fois ; il a pratiqué des fouilles dans les hypogées; l'oasis de Thèbes, riche en monuments , en peintures et en inscriptions, lui a fourni une abondante moisson de faits et de remarques. Vivant de la vie des Arabes du désert, le voyageur hésitait à rentrer en Europe; un cheik vénérable lui offrit le commandement de sa tribu et une belle jeune fille, dont les charmes auraient pu lui faire oublier sa patrie. Mais il continua de fouiller le sol, de dessiner les monuments, de copier les inscriptions, de lever des plans, de prendre des observations astronomiques, de noter la direction des routes et de tenir compte des distances.
Deuxième voyage. De retour en Egypte en 1819, après un court séjour à Paris, Cailliaud se procura un firman du pacha, et, traversant durant dix-huit jours les déserts à l'occident de l'Egypte, il arriva le 10 décembre 1819 à la ville de Syouah; il vit les restes du temple d'Ammon au milieu d'une mer de sable. En 1821, il accompagna le prince Ismaïl, dis du pacha, dans l'expédition de la haute Nubie, et parvint jusqu'au 10» degré de laùlude nord, 130 lieues plus loin que Senmiar, dans la direction de la branche principale du Nil. Laroort du jeune pacha interrompitce voyage entrepris dans des conditions si favorables, et fécond en résultats d'un haut intérêt pour la géographie, les arts et la connaissance de Fantiquité. Les immenses débris, les vestiges magnifiques de Méroé sont les archives monumentales de l'histoire. Sur ces ruines, Cailliaud a copié plus de cent inscriptions. Observateur attentif et judicieux, il n'oublie pas de recueillir des renseignements sur les niosurs , les productions et le commerce de ces contrées. Il a publié quatre ouvrages sur les pays qu'il a explorés : Voyage à l'oasis de Thèbes, rèch animé et intéressant (1821, 2 vol. grand in -fol., texte et planches) , traduit en anglais; Voyage à l'oasis de Syouah (1823, 1 vol. in-fol,); Voyage à Méroé, au fleuve Blanc, etc. (1826-1827, 4 vol. in-8<>, avec planches) ; Ilecherches sur les arts et métiers des anciens peuples de l'Egypte, de la Nubie, de l'Ethiopie, etc. (petit in-fol.). Ces divers ouvrages ont été rédigés par M. Joinard.
THEBESICS (Adam-Chrétien), médecin allemand, né à Hirschberg (Silésie), où il pratiqua son art. Il vivait au xvinc siècle, devint membre de l'Académie des Curieux de la nature et se fit connaître par de bonnes observations sur divers points d'anatomie pathologique , insérées dans les recueils de cette compagnie. On cite particulièrement de lui une savante dissertation, De sattguinis circulo in corde (Leyde, 1708, in-8°), qui a fait donner son nom à la valvule de la veine coronaire gauche du cœur. Les orifices des veines cardiaques entourant la fosse ovale sont aussi appelés par les anatomistes • trous de Thebesius. • — Un autre médecin du même nom, Jean-Ehrenfried Thëbusius, a pratiqué également la médecine à Hirschberg au xviiig siècle et a laissé, entre autres écrits, un Guide des sages-femmes (Leignitz, 1757,
THEBIT ou THÉBITU BEN-CORKAH, philosophe et savant arabe. V. Thabkt.
THÉBOLACTATE s. m. (té-bo-la-kta-te).
Chim, Sel produit par la combinaison de l'acide thébolactique avec une base.
THÉBOLACTIQUE adj. (té-bo-la-kti-ke).
Chim. Se dit d'un acide isomère ou identique a. l'acide lactique, découvert dans les eaux mères de la préparation de la morphine.
Encycl. MM. T. et H. Smith ont découvert
dans les eaux mères de la préparation de la morphine un acide isoménque ou identique avec l'acide lactique, auquel ils ont donné le nom d'acide thébolactique. Pour extraire cet acide, ils précipitent les,eaux mères de la morphine par une base, pour les débarrasser de ' tous les alcalis organiques qu'elles renferment, et ils les font digérer avec de l'oxyde de plomb. Le liquide évaporé est ensuite mêlé avec une grande quantité d'alcool et d'acide sulfurique. On filtre pour séparer les sulfates qui se précipent, on sature par un lait de chaux et l'on évapore à consistance sirupeuse. Après refroidissement, le liquide se prend en une masse cristalline de thébolactate calcique. L'opium turc fournit 2 pour 100 de ce sel. D'après une analyse de thébolactate d'argent ' fait par Stenhouse , l'acide thébolactique parait avoir la même composition centésimale
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que l'acide lactique ; mais, d'après MM. Smith, les sels de morphine et- de cuivre diffèrent par leurs caractères cristallographiques des lactates correspondants, <it le thébolactate de ferricumse comporte autrement que le lac ta te vis-à-vis de l'ammoniaque.
THÉCA s. m. (té-ka). Bot. Syn. de teck : La feuille du théca donne une liqueur qui sert à teindre en pourpre. (V. de Boinare.)
THÉCACÈRE S. m. (té-ka-sè-re — du gr.
thêkê, étui; keras, corne). Entom. Genre d'insectes coléoptères hétéromères , de la tribu des hélopiens, dont l'espèce type vit au Brésil.
THÉCACOR1DE s. m. (té-ka-ko-ri'de — du gr. thêkê, boite; chorizo, je sépare). Bot. Genre d'arbres, de la famille des euphorbiacées, tribu des buxées, dont l'espèce type croît à Madagascar.
THÉCADACTYLE s. m. (té-ka-da-kti-le).
Erpét. V. THÉCBODACTYLE.
THÉCAMONADIEN, IENNE (té-ka-mo-nadi-ain, i-è-ne — du gr. téké, boite, et de monadien). Infus. Se dit des infusoires renfermés dans un tégument non contractile.
— s. m. pi. Famille d'infusoires , comprenant ceux qui ont le corps revêtu d'un tégument non contractile , dur ou membraneux.
THÉCAPHORE s. m. (té-ka-fo-re — du gr.
thêkê, boîte; phoro's, qui porte). Bot. Réceptacle portant des thèques.
THÉCATHÈRE s. m. (té-ka-tè-re — du gr.
thêkê, étui; thêr, animal). Moll. Genre de mollusques gastéropodes gymnobranclies.
THECEL. Un des mots écrits, dit la Bible, par une main mystérieuse sur l'un des mors de la salle du festin de Balthasar. V. Makis,